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PLOTIN

 

état d'avancement

 

Ennéade 1 1 2 3 4 5 6 7 8 9
Ennéade 2 1 2 3 4 5 6 7 8 9
Ennéade 3 1 2 3 4 5 6 7 8 9
Ennéade 4 1 2 3 4 5 6 7 8 9
Ennéade 5 1 2 3 4 5 6 7 8 9
Ennéade 6 1 2 3 4 5 6 7 8 9

 

 

 

LES ENNEADES

 livre I

les pages manquantes m'ont été fournies gracieusement par le

SERVICE COMMUN DE LA DOCUMENTATION

de l'UNIVERSITÉ LILLE 3

Je tiens à les remercier (Philippe Remacle)

manquaient les pages LVI et LVII

pages 324-325,  346-347, 364-365,  366

PRÉFACE. (I à XXXV)

NOTICE BIBLIOGRAPHIQUE

I. ÉDITIONS. (XXXVI - XXXIX)

ÉDITIONS MANUSCRITES, DONNÉES DANS L'ANTIQUITÉ.

ÉDITIONS TYPOGRAPHIQUES.

II. TRADUCTIONS. (XL - XLI)

TRADUCTIONS COMPLÈTES.

TRADUCTIONS PARTIELLES.

III. TRAVAUX RELATIFS A PLOTIN. (XLII - XLIV)

PORPHYRE (XLVI - XCIII)

 

AVERTISSEMENT (XLVI - V)

PRINCIPES DE LA THÉORIE DES INTELLIGIBLES PAR PORPHYRE, DISTRIBUÉS DANS L'ORDRE DES ENNÉADES. (LI - LXXXVI)

Traité des facultés de l'âme. Fragments conservés par Stobée.(LXXXVII - XCIII)

AMMONIUS SACCAS. Fragments conservés par Némésius. (XCIV-XCVII)

NUMENIUS : Traité du Bien (fragments conservés par Eusèbe) (XCVIII -CIII)

SOMMAIRES (CIV - CXXXIV)

VIE DE PLOTIN par Porphyre (1-34)

 

 

PREMIÈRE ENNÉADE

LIVRE PREMIER. (35-50)

texte grec

QU'EST-CE QUE L'ANIMAL, QU'EST-CE QUE L'HOMME ?

Dans ce livre, Plotin s'est proposé de résoudre une question qui est énoncée dans le livre III de l'Ennéade lI (§ 16, p. 187) : Quelle partie de l'âme est séparable du corps pendant cette vie ? Quelle partie ne l'est pas ? question qu'il transforme en celle-ci : Qu'est-ce que l'animal ? Qu'est-ce que l'homme ?

Pour la traiter, il analyse toutes les facultés qui constituent la nature humaine, et, d'après les caractères qui les distinguent, il les rapporte à trois principes essentiellement différents : l'intelligence, qui est toujours séparée du corps ; l'Âme raisonnable, qui est séparable du corps, et l'Âme irraisonnable, qui en est inséparable pendant la vie. A l'exposition de cette théorie se trouve joint nécessairement un résumé succinct de tout le système dont elle n'est qu'un corollaire.

Ce livre se divise en deux parties : dans la première (I-Vl ), Plotin discute les diverses hypothèses qui ont été faites sur le sujet qu'il traite, et il examine les idées exposées par Aristote dans le traité De l'Âme; dans la deuxième (VII-XIII), il explique sa propre doctrine.
(§ I) Pour déterminer ce que c'est que l'animal, ce que c'est que l'homme, il faut déterminer à quels principes appartiennent : 1° les passions et les sensations; 2° l'opinion et le raisonnement ; 3° la pensée intuitive.

On doit aussi déterminer quel est le principe qui pose ces questions et qui en donne la solution.

(II) Les passions et les sensations n'appartiennent : 1° ni à l'âme pure, parce que, possédant par elle-même une activité innée, l'âme pure est, impassible; 2° (III-V) ni au composé de l'âme raisonnable et du corps organisé, parce que, si l'âme raisonnable est avec le corps dans le même rapport que l'artisan avec son instrument ou que le pilote avec le navire, les passions ne peuvent passer du corps dans l'âme raisonnable, qui en est la forme séparable, et qui, par conséquent, tout en étant présente au corps, y demeure impassible comme l'est la lumière répandue dans l'air, en sorte qu'elle n'éprouve pas les mêmes passions que le corps, ni des passions analogues ; 3° (VI) ni au corps organisé seul, si l'on admet que les facultés qui s'y rapportent ne ressentent pas ses passions.

(VII) Le seul moyen de résoudre les difficultés précédentes, c'est de reconnaître qu'il y a dans l'âme humaine trois partita, l'Âme irraisonnable, l'Âme raisonnable et l'Intelligence.

Âme irraisonnable. - Pour expliquer la communication de l'une raisonnable, qui est impassible, avec le corps organisé, qui pâtit, il faut admettre que de l'âme raisonnable émane une puissance inférieure, l'âme irraisonnable: par sa présence dans le corps organisé, l'Âme irraisonnable constitue l'Animal ; c'est à elle qu'appartiennent les passions ainsi que les sensations.

Il y a d'ailleurs dans la sensation deux éléments fort distincts : la sensation extérieure ou passion, qui résulte de l'impression faite par l'objet extérieur sur l'organe, et qui appartient à l'âme irraisonnable; la sensation intérieures, qui est la perception de la passion, de la représentation sensible, et qui appartient à l'âme raisonnable.

Âme raisonnable. - La sensation intérieure, l'imagination intellectuelle, l'opinion et la raison discursive sont les facultés de l'âme raisonnable et constituent essentiellement l'Homme.

Intelligence. — La pensée intuitive appartient à l'Intelligence, à laquelle la raison discursive emprunté ses principes.
(VIII) Considéré dans ses rapports avec les trois hypostases divines (Dieu ou l'Un, l'Intelligence suprême, et l'Âme universelle), l'homme, par l'unité qui fait le fond de son être, se rattache à Dieu, à l'Un, qui plane sur le monde intelligible; par son Intelligence, il entre en rapport avec l'intelligence suprême dont il tient ses idées; par l'essence de son âme, qui est tout à la fois indivisible et divisible (indivisible, en tant qu'elle est âme raisonnable ; divisible, en tant qu'elle est âme irraisonnable, en rapport avec les organes), il participe à l'essence de l'Âme universelle, qui est elle-même tout à la fois indivisible et divisible (indivisible, en ce qu'elle est une dans l'univers et qu'elle reste en elle-même tout en répandant partout la vie ; divisible, en ce qu'elle est la Puissance naturelle et génératrice, de laquelle procèdent les âmes sensitives et végétatives ou raisons séminales qui animent tous les corps vivants.

(IX) Considérée en elle-même, rime humaine est impeccable et infaillible ; si elle pèche ou si elle se trompe, c'est qu'elle cède aux passions et aux appétits de la nature animale ou qu'elle est égarée par l'imagination sensible. Le caractère des faits qui se rapportent à la nature animale est de ne pouvoir se produire sans les organes; le caractère des faits propres à l'âme est de n'avoir pas besoin du corps pour se produire. La faculté essentielle et constitutive de l'âme, la raison discursive, est indépendante des passions : d'un côté elle perçoit les représentations sensibles, de l'autre elle s'exerce sur les pensées intuitives. (X) Nous désigne deux choses, ou l'âme avec la partie animale qu'elle illumine, ou la partie supérieure, l'homme, qui possède les vertus intellectuelles. (XI) Les facultés qui appartiennent à la nature animale s'exercent dans l'enfance, mais l'intelligence illumine alors rarement l'âme humaine, parce qu'il faut réfléchir à ce qu'on possède en soi pour le faire passer de la puissance à l'acte.

Quant au principe qui anime la bête c'est, ou la partie sensitive et végétative d'une âme. humaine qui a péché (partie qui est seule présente dans le corps de la bête), ou une raison séminale qui procède de l'Âme universelle.

(XII) Si l'âme humaine pèche et en est punie en passant dans de nouveaux corps c'est qu'au lieu de rester pure, elle est descendue dans un corps, et qu'elle a incliné vers lui en y produisant une image d'elle-même, image qui est l'âme irraisonnable ou nature animale. Elle ne possède plus alors que la vertu active, tandis qu'en se tournant vers le monde intelligible elle possède la vertu contemplative, condition essentielle du bonheur.

(Xlll) Le principe qui examine et résout toutes les questions précédentes, c'est le principe que nous appelons Nous, c'est-à-dire l'âme, qui se considère elle-même par la réflexion.
Quant à l'intelligence, elle est notre en ce sens que l'âme est intelligente; mais la vie intellectuelle est pour nous une vie supérieure.

 

COMMENTAIRES  (pages 319-396)

§ 1. THÉORIE DES TROIS HYPOSTASES DIVINES.
§ II. Facultés de l'âme humaine
§ III. RAPPORTS DE L'ÂME AVEC LE CORPS.
§ IV.  NATURE ANIMALE
§ V. SÉPARATION DE L'ÂME ET DU CORPS.
§ VI. METEMPSYCOSE.
§ VII. MENTIONS ET CITATIONS QUI ONT ETE FAITES DE CE LIVRE.
§ VIII. EXTRAITS DU COMMENTAIRE DE FICIN SUR CE LIVRE.

PREMIÈRE ENNÉADE

LIVRE DEUXIÈME. (51-63)

texte grec

DES VERTUS

Dans ce livre, Plotin a pour but d'expliquer comment nous devenons semblables à Dieu par la vertu, dont il distingue quatre espèces : vertus civiles, vertus purificatives, vertus de l'âme purifiée, vertus exemplaires.

(§ I-II) Nous devenons semblables à Dieu par la vertu, quoique Dieu ne possède pas lui-même la vertu. On ne saurait en effet lui attribuer la première espèce de vertus, les vertus civiles : la prudence, qui se rapporte à la partie raisonnable de notre être, le courage, qui se rapporte à la partie irascible, la tempérance, qui est l'accord de la partie concupiscible et de la raison, la justice, qui consiste dans l'accomplissement par toutes ces facultés de la fonction propre à chacune d'elles. Cependant ces vertus nous rendent semblables à Dieu parce que, réglant nos appétits et nous délivrant des fausses opinions, elles donnent une mesure à notre âme comme une forme à une matière, et nous font participer ainsi à l'essence intelligible.

(III) Nous nous rapprochons encore plus de Dieu par le deuxième espèce de vertus, les vertus purificatives : la prudence, par laquelle l'âme pense par elle-même au lieu d'opiner avec le corps, la tempérance, par laquelle elle cesse de partager les passions du corps, le courage, par lequel elle ne craint pas d'être séparée du corps, et la justice, par laquelle l'intelligence commande et est obéie. Ces vertus rendent l'âme semblable à Dieu, parce qu'elles lui permettent d'être impassible et de penser les choses intelligibles.

(IV-VI) Quand l'âme est purifiée, il faut la tourner vers Dieu ; par cette conversion, l'âme éclaircit les idées qu'elle a en elle-même des objets intelligibles. En même temps, elle se sépare du corps, en réprimant ses passions et en n'accordant à ses besoins que ce qui leur est strictement nécessaire. Dans cet état, elle possède les vertus de l'âme purifiée: la prudence, qui est la contemplation des essences intelligibles, la justice, qui consiste à diriger l'action de l'âme vers l'intelligence, la tempérance, qui est la conversion intime de l'âme vers l'intelligence, le courage, qui est l'impassibilité par laquelle l'âme devient semblable â te qu'elle contemple .

(VII) Les vertus ont dans l'âme le même enchaînement qu'ont entre eux dans l'intelligence les types supérieurs ai la vertu (les vertus exemplaires) pour l'intelligence, la pensée est la prudence, la conversion vers soi-même est la tempérance, l'accomplissement de sa fonction propre est la justice, et la persévérance à rester en soi-même est le courage.

Quiconque possède les vertus de l'ordre supérieur possède nécessairement en puissance celles de l'ordre inférieur. Mais celui qui possède les inférieures ne possède pas nécessairement les supérieures.

C'est à la prudence qu'il appartient d'examiner la nature et les rapports des vertus.

L'homme vertueux ne se contentera pas de pratiquer les vertus civiles; il aspirera à la vie divine, en prenant pour modèle l'intelligence suprême qui contient les types des vertus.

COMMENTAIRES  (pages 397-403)

§ I. RAPPROCHEMENTS ENTRE LA DOCTRINE DE PLOTIN ET CELLE DE PLATON.
§ II. RAPPROCHEMENTS ENTRE LA DOCTRINE DE PLOTIN ET CELLE D'ARISTOTE.
§ III. MENTIONS ET CITATIONS QUI ONT ÉTÉ FAITES DE CE LIVRE.

 

PREMIÈRE ENNÉADE

LIVRE TROISIÈME. (63-69)

texte grec

DE LA DIALECTIQUE OU DES MOYENS D'ÉLEVER L'ÂME AU MONDE INTELLIGIBLE

L'objet de ce livre est d'exposer par quelle méthode peut s'opérer le retour de  l'âme au monde intelligible.
(§ 1) Celui qu'on veut élever au monde intelligible doit, lors de la première génération, être descendu ici-bas pour former un Musicien, un Amant ou un Philosophe.

Le Musicien est sensible à la beauté de la voix et des accords. Il est nécessaire de lui apprendre à distinguer, dans les rythmes et les chants qui le charment, la matière de la forme, les simples sons de l'harmonie intelligible, dont la conception le conduira, avec l'aide du raisonnement, à reconnaître des vérités qu'il ignorait tout en le possédant instinctivement.

(II) L'Amant a quelque réminiscence du beau. On lui enseignera à ne pas se contenter d'admirer un seul corps, à reconnaître la beauté dans tous les corps où elle se trouve, à la distinguer même dans les arts, les sciences et les vertus; puis des vertus on l'élèvera à l'Intelligence et à l'Être.

(III) Quant au Philosophe, il suffit de lui indiquer la route à suivre pour s'élever au monde Intelligible : oh lui enseignera d'abord les Mathématiques, puis la Dialectique.

(IV-V) La Dialectique est la science qui étudie l'être véritable et le non-être, le bien et son contraire. Au moyen de la méthode platonicienne, elle discerne les idées, définit les objets, s'élève aux premiers genres des êtres, descend des principes an conséquences ou remonte des conséquences aux principes. Elle est fort supérieure à la Logique qui ne traite que des propositions et des arguments. Tirant ses principes de l'intelligence, elle saisit par intuition l'être réel en même temps que l'idée, et ne s'occupe qu'accidentellement de l'erreur ainsi que du sophisme.

(VI) La Dialectique est la partie la plus éminente de la Philosophie. La Physique a besoin de son secours et la Morale lui emprunte ses principes. Sans la sagesse, que donne la Dialectique, on ne saurait s'élever des vertus Inférieures aux vertus parfaites.

COMMENTAIRES  (pages 404-411)

§ I. RAPPROCHEMENTS ENTRE LA DOCTRINE DE PLOTIN ET CELLE DE PLATON.

§ II. RAPPROCHEMENTS ENTRE LA DOCTRINE DE PLOTIN ET CELLE D'ARISTOTE.

 

PREMIÈRE ENNÉADE

LIVRE QUATRIÈME. (70-91)

texte grec

DU BONHEUR

(§ I) Les définitions qu'ont données du bonheur les Péripatéticiens, les Stoïciens, les Cyrénaïques et les Épicuriens ne sauraient satisfaire la raison : car, si le bien-vivre consiste soit dans l'accomplissement de sa fin propre, soit dans une vie conforme à la nature, soit dans le bien-être, soit dans l'ataraxie (l'imperturbabililé), on est obligé d'admettre que les animaux, que les plantes mêmes peuvent bien vivre.
(II) Quand on distingue le bonheur de la vie en général, qu'on le regarde comme supérieur à la vie végétative et même à la vie sensitive, qu'on le place dans la vie raisonnable (comme le fait Aristote), il reste encore à dire pourquoi on accorde la prééminence à la vie raisonnable, à expliquer si on estime la raison pour elle-même ou seulement pour les objets qu'elle peut nous procurer afin de satisfaire les premiers besoins de la nature : car ce n'est pas dans la contemplation des objets sensibles que consistent l'essence et la perfection de la raison.
(Ill-IV) Le bonheur appartient à l'être vivant ; mais il n'appartient pas à tous les êtres vivants. Le bonheur consiste dans la vie parfaite, véritable et réelle, qui est la vie intellectuelle. Tout homme possède cette vie, soit en puissance, soit en acte. Dès qu'il la possède en acte, il est heureux : car il a son bien en lui-même ; il n'a plus rien à désirer ; aucune affliction ne peut atteindre la partie intérieure de son être, et la possession des objets propres à satisfaire les besoins du corps n'intéresse point l'homme véritable.

(V-VI) Il n'est point nécessaire (comme le croit Aristote d'ajouter à la vie parfaite les biens extérieurs, la santé, la richesse, etc. Le bonheur consiste dans la possession du véritable bien, abstraction faite de ses accessoires. Les objets propres à satisfaire nos besoins, la santé, la richesse, etc., sont des choses nécessaires plutôt que des biens, et ils ne doivent pas être comptés au nombre des éléments de notre fin.
(VII-X) S'il arrive à l'homme vertueux quelque accident contre sa volonté, comme la perte d'un fils, la ruine de sa patrie, etc., son bonheur n'en est pas altéré. Un pareil homme ne se laisse pas affliger par les douleurs des autres, ni effrayer parla crainte de ce qui peut arriver. Quant à ses propres souffrances, il les supporte avec une âme inébranlable et impassible, ou bien il s'y soustrait par la mort. Dans quelque état qu'il se trouve, il est heureux tant qu'il continue d'être vertueux. La perte même de la raison n'anéantit pas le bonheur, si elle n'empêche pas de posséder la sagesse en acte, d'exercer l'activité du principe intellectuel. Cette activité peut s'exercer sans être sentie : la conscience implique la réflexion ; mais la réflexion est si peu nécessaire à la pensée qu'elle semble au contraire en affaiblir l'énergie.

(XI-XIII) La volonté de l'homme vertueux a pour seul but la conversion de l'âme vers elle-même, abstraction faite des objets extérieurs. Son plaisir consiste dans une douce sérénité. Ses actions peuvent varier avec les vicissitudes de la fortune, mais ne sauraient être entravées par elle, parce que rien ne peut enlever à l'intelligence la contemplation du Bien.

(XIV-XV) Le bonheur est le privilège de l'âme raisonnable. Il est donc indépendant de toutes les choses qui n'agissent que sur le corps ou sur l'âme irraisonnable, qui ne se rapportent ni à la sagesse, ni à la vertu, ni à la contemplation du Bien. Le sage doit être impassible, sans cependant rester étranger à l'amitié.

(XVI) Le bonheur n'est donc point placé dans la vie du vulgaire. Pour devenir sage et heureux, il faut, comme le dit Platon, quitter la terre pour s'élever au Bien et tâcher de lui devenir semblable.

COMMENTAIRES  (pages 412-418)

§ I. RAPPROCHEMENTS ENTRE LA DOCTRINE DE PLOTIN ET CELLE D'ARISTOTE.

§ II. RAPPROCHEMENTS ENTRE LA DOCTRINE DE PLOTIN ET CELLE DES STOÏCIENS.

 

PREMIÈRE ENNÉADE

LIVRE CINQUIÈME. (92-97)

texte grec

LE BONHEUR S'ACCROÎT-IL AVEC LE TEMPS ?

Ce livre est le complément du précédent. L'auteur y pose et y résout dix questions qui sont destinées à éclaircir quelques-uns des points traités dans le livre IV.

(§ 1) Le bonheur ne s'accroît pas avec le temps parce qu'il consiste dans le présent, c'est-à-dire dans la contemplation de l'intelligible, contemplation qui n'admet point la distinction du passé et du futur. (II-IV) Il ne faut donc point placer le bonheur dans la satisfaction du désir de vivre et d'agir, ni croire que c'est un avantage de contempler plus longtemps le même spectacle ou de jouir plus longtemps du plaisir que procure cette contemplation. (V-Vl) La durée n'influe sur le bonheur et sur le malheur qu'autant qu'elle permet de faire un progrès dans la vertu ou qu'elle accroît la gravité du mal dont on souffre. (VII-X) On ne peut appliquer au bonheur les divisions du temps, parce que le bonheur consiste dans la vie intellectuelle, dont l'essence est l'éternité, c'est-à-dire un présent perpétuel. Il en résulte que le souvenir d'actes vertueux ne saurait influer sur notre condition. En effet, le bonheur ne dépend pas des belles actions, mais des dispositions de l'âme, de sa sagesse et de la concentration de son activité en elle-même.

COMMENTAIRES  (pages 419- 420)

SOURCES DE CE LIVRE.

 

PREMIÈRE ENNÉADE

LIVRE SIXIÈME. (98-113)

texte grec

DU BEAU.

Le but de ce livre est de montrer comment, par la vue du Beau, on peut, en purifiant l'âme et en la séparant du corps, s'élever du monde sensible au monde intelligible et contempler le Bien, qui est le principe du Beau.

(§ I-III) La beauté ne consiste pas dans la proportion ni dans la symétrie, comme l'enseignent les Stoïciens, mais dans l'idée, la forme ou la raison. Un corps est beau quand il participe à une idée, quand il reçoit du monde intelligible une forme et une raison, quand les parties qui le composent sont ramenées à l'unité. A l'aspect de ce corps, l'âme reconnaît l'image visible de la forme invisible qu'elle porte en elle-même, et elle éprouve un sentiment de sympathie pour la beauté qui frappe ses sens.

(IV-VI) Au-dessus des objets sensibles, qui ne sont beaux que par participation, existent les objets intelligibles, qui sont beaux par eux-mêmes : telles sont la vertu et la science, dont la contemplation inspire des sentiments d'amour et d'admiration. C'est que, par le vice et l'ignorance, l'âme s'éloigne de son essence et tombe dans la fange de la matière, tandis que, par la vertu et la science, elle se purifie des souillures qu'elle avait contractées dans son alliance avec le corps, et elle s'élève à l'Intelligence divine de laquelle elle tient toute sa beauté.
(VII-IX) En examinant à quel principe chaque être doit la forme qui constitue sa beauté, on remonte du corps à l'âme, de l'âme à l'intelligence divine, et de l'Intelligence divine au Bien. En effet, c'est au Bien que tout aspire, c'est du Bien que tout dépend, que tout tient la vie et la pensée; c'est lui qui, topa en demeurant immobile en lui-même, fait participer à sa perfection les êtres qui le contemplent. Pour avoir l'intuition de cette Beauté ineffable, auprès de laquelle tous les biens de la terre ne sont rien, il faut détourner nos regards des choses sensibles, qui n'offrent que de pâles images des essences intelligibles, et retourner dans la région qu'habite notre Père. Pour atteindre ce but, nous devons rentrer en nous-mêmes, purifier notre âme par la vertu et l'orner par la science ; puis, après avoir rendu notre âme semblable à l'objet qu'elle aspire à contempler, nous élever à l'Intelligence divine, en qui résident les idées ou formes intelligibles ; alors, au-dessus de l'Intelligence divine, nous rencontrerons le Bien, qui fait rayonner autour de lui la souveraine Beauté.

COMMENTAIRES  (pages 421- 425)

§ 1. RAPPROCHEMENT ENTRE LA DOCTRINE DE PLOTlN ET CELLE DE PLATON.

§ II. MENTIONS QUI ONT ÉTÉ FAITES DE CE LIVRE.

 

PREMIÈRE ENNÉADE

LIVRE SEPTIÈME. (114-116)

texte grec


DU PREMIER BIEN ET DES AUTRES BIENS

(§ I) Le premier bien est la vie ; le second, la vie intellectuelle. Au-dessus de ces deux espèces de biens, il y a le Bien absolu, qui est supérieur à l'action et à la pensée. Le Bien a pour essence la permanence : tout dépend de lui, tout aspire à lui, mais lui-même reste dans le repos, ne regarde ni ne désire aucune autre chose, parce qu'il ne dépend de rien.

(II) Toutes les autres choses se rapportent au Bien par l'Âme et par l'Intelligence. Ce qui est inanimé se rapporte à l'Âme, en reçoit l'être et la forme, et participe ainsi à l'unité. L'Âme, à son tour, reçoit sa forme de l'Intelligence, en, tournant vers elle ses regards. Enfin, l'Intelligence reçoit elle-même sa forme du Bien qu'elle contemple.

(Ill) Il en résulte que l'existence n'est un bien qu'autant qu'elle se lie é l'exercice de l'intelligence. Or l'exercice de l'intelligence suppose la séparation de l'âme et du corps, soit par la philosophie, soit par la mort.

NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS. (page 426)

 

PREMIÈRE ENNÉADE

LIVRE HUITIÈME. (117-139)

texte grec

DE LA NATURE ET DE L'ORIGINE DES MAUX

(I) Le Mal absolu, étant la négation de l'Être et de la Forme, ne peut être connu directement par lui-même. On ne peut le concevoir qu'indirectement, en se le représentant comme le contraire du Bien : d'où suit que pour déterminer la nature du Mal, il faut d'abord déterminer celle du Bien.

(II) Le Bien est le principe duquel tout dépend et auquel tout aspire ; il est complet et n'a besoin de rien. De lui procède l'Intelligence suprême, dans laquelle le sujet pensant, l'objet pensé et la pensée ne font qu'une seule et même chose. De l'Intelligence suprême procède l'Âme universelle qui la contemple. Ces trois hypostases sont complètement étrangères au Mal.

(III-V) Le Mal en soi est le non-être relatif, c'est-à-dire l'image trompeuse de l'être véritable, et l'infini en soi, c'est-à-dire le sujet de toute forme. Il est donc la même chose que la matière. Le mal relatif est la nature du corps, en tant qu'elle participe de la matière. Il en résulte que, par son union avec le corps, la partie irraisonnable de l'âme se trouve sujette à l'indétermination, c'est-à-dire aux vices, aux passions, aux fausses opinions. Les maux de l'âme ont pour cause, comme les maladies du corps, un excès ou un défaut.

(VI-VIII) L'existence du Mal est nécessaire pour plusieurs raisons : 1° il faut que le Bien ait son contraire ; 2° la Matière concourt à la constitution du monde, dont la nature est mêlée d'intelligence et de nécessité) (parce que chaque objet est composé de forme et de matière); 3° enfin, comme le Bien engendre, et que, les êtres engendrés étant toujours inférieurs aux principes générateurs, la puissance divine s'affaiblit graduellement dans la série de ses émanations successives, il y a un dernier degré de l'être au delà duquel rien ne peut plus être engendré ; ce dernier degré de l'être est la Matière ou le Mal.

Du Mal absolu dérive le mal relatif, le vice. Il a pour cause l'influence que le corps exerce sur l'âme.

(IX) Quant à la connaissance que nous avons du mal, elle suppose une espèce d'abstraction. Nous connaissons le vice en considérant ce qui manque pour constituer la vertu. Nous concevons le Mal absolu en faisant abstraction dé toute forme pour nous représenter la matière. Dans ces deux cas, l'âme devient elle-même informe et ténébreuse, parce qu'il doit y avoir analogie entre le sujet qui connaît et le sujet qui est connu.

(X-XI) La matière est mauvaise, parce qu'elle n'a pas de qualité. Cependant elle n'est pas la privation, parce qu'elle n'est pas une pure négation, mais seulement le dernier degré de l'être.

(XII-XIV) Le mal de l'âme n'est pas la privation absolue du bien, mais un simple défaut, qui consiste dans une possession incomplète du bien. La cause de ce défaut est l'union de l'âme avec le corps, union qui entrave les opérations de la raison et de laquelle naissent les vices. Placée entre l'intelligence et la matière, l'âme peut se tourner vers la première ou incliner vers la seconde. Si elle descend dans la matière pour y exercer sa puissance génératrice, elle expose ses facultés à être affaiblies et obscurcies jusqu'au moment où elle opère son retour dans le monde intelligible.

(XV) En résumé, le Mal absolu est le contraire du Bien absolu. Entre eux se trouve placée la nature mélangée de bien et de mal : c'est l'état de l'âme quand elle incline vers le corps et qu'elle en partage les passions ; elle ne s'en affranchit qu'en s'élevant au monde intelligible et en y restant solidement édifiée.

NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS. (pages 427-438)

 

PREMIÈRE ENNÉADE

LIVRE NEUVIÈME (140-142)

texte grec

DU SUICIDE

Il ne faut pas séparer violemment l'âme du corps, mais attendre que les liens qui les unissent se rompent naturellement. Si par un acte illicite, on arrache l'âme du corps, elle conservera quelque chose du principe passif auquel elle était unie, et elle sera obligée de passer dans un nouveau corps.

D'ailleurs si le rang qu'on doit occuper là-haut dépend de l'état dans lequel on se trouve en quittant la terre, il ne faut pas sortir de la vie quand on peut encore faire des progrès.
 

NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS. (pages 439-443)

FIN DE LA PREMIÈRE ENNÉADE

 

DEUXIÈME ENNÉADE


LIVRE PREMIER (143-157)

texte grec


DU CIEL

(§ I-II) Le monde, être corporel, a toujours existé et existera toujours. Chez les animaux, l'espèce seule est perpétuelle, tandis que les individus meurent ; le monde, au contraire, possède à la fois la perpétuité de la forme spécifique et celle de l'individualité. C'est qu'il joint à une Âme parfaite un corps que sa constitution naturelle rend apte à l'immortalité.

(III-V) Quelles que soient les transformations que subissent les éléments contenus dans le monde, rien ne s'écoule hors de lui. Si l'on considère en particulier le feu, qui constitue l'élément principal du ciel, on voit qu'il demeure dans la région céleste, où il se trouve placé par sa nature, et qu'il se ment circulairement. En outre, il est contenu par l'Âme universelle, qui administre le monde avec une admirable puissance et qui doit le faire subsister toujours. Si les choses d'ici-bas n'ont pas la même durée que les astres, c'est qu'elles sont composées d'éléments moins parfaits, et qu'elles sont gouvernées par la partie inférieure de l'Âme universelle (par la Nature ou Puissance génératrice), tandis que les choses célestes sont gouvernées par sa partie supérieure (par la Puissance principale de l'Âme universelle.

(VI-VIII) En examinant la nature des quatre éléments, on trouve que le ciel et les astres doivent être composés de feu, tandis que l'air, la terre et l'eau ne peuvent subsister que dans la région sublunaire Il en résulte que le ciel et les astres ont des corps immortels, parce qu'ils ont pour matière un feu incorruptible, et qu'ils reçoivent leur forme de l'Âme universelle qui leur imprime un mouvement circulaire dans une région parfaitement pure.

NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS. (pages 444-448)

 

DEUXIÈME ENNÉADE

LIVRE DEUXIÈME. (158-164)

DU MOUVEMENT DU CIEL

texte grec

(§ I-III) Le mouvement circulaire du ciel est l'image du retour eut soi-même qui constitue la réflexion. Il résulte à la fois de la nature de l'Âme et de celle du corps : le mouvement propre à l'Âme, c'est de contenir ; le mouvement propre au corps, c'est de se transporter en lieu droite ; de ces deux mouvements combinés résulte le mouvement circulaire, dans lequel il y a tout à la fois translation et permanence, et qui est en harmonie parfaite avec la nature du feu céleste.

Le mouvement circulaire du ciel est aussi une conséquence de la nature des trois hypostases. On peut se représenter le Bien comme un centre, parce qu'il est le principe duquel tout dépend et auquel tout aspire ; l'Intelligence, comme un cercle immobile, parce qu'elle possède et embrasse le Bien immédiatement ; l'Âme, comme un cercle mobile, mû par le désir, parce qu'elle aspire au Bien qui est placé au-dessus de l'Intelligence. La sphère céleste, possédant l'Âme, qui aspire ainsi au Bien, aspire elle-même, comme le peut un corps, au principe hors duquel elle est, c'est-à-dire cherche à s'étendre autour de lui pour le posséder partout, par conséquent tourne et se meut circulairement. Le mouvement circulaire, qui implique à la fois translation et permanence, est l'image du mouvement de l'Intelligence qui se replie sur elle–même.

Le pneuma (esprit éthéré), qui entoure notre Âme, a un mouvement circulaire comme le ciel ; mais ce mouvement est entravé par notre corps. Quand notre l'âme obéit à l'influence du désir et de l'amour, elle se meut elle-même, et, par une réaction naturelle, elle produit un mouvement dans le corps auquel elle est unie.

NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS. (pages 449-456)

DEUXIÈME ENNÉADE

LIVRE TROISIÈME (165-194)

texte grec

DE L'INFLUENCE DES ASTRES.

(§ I) Il est des hommes qui prétendent que les astres ne se bornent pas à annoncer les événements, mais que leur influence produit tout. Selon eux, pour expliquer tout ce qui arrive à un individu, il suffit de considérer dans le ciel cinq choses: les maisons, les signes du zodiaque, les planètes, les aspects et les étoiles.

(§ II-VII) Si les astres sont inanimés, ils ne peuvent exercer qu'une influence physique, par exemple, produire de la chaleur ou du froid. S'ils sont animés, ils doivent, en vertu de leur nature divine, ne pas nuire aux hommes qui n'ont rien fait pour s'attirer leur colère ; ils doivent encore, toujours en vertu de leur nature divine, n'éprouver aucune modification dans leur manière d'être par l'effet des aspects et des maisons. Les raisonnements que les astrologues font à ce sujet impliquent des contradictions étranges et conduisent à attribuer aux dieux les plus indignes passions.

En considérant l'Univers dans son ensemble, on voit qu'il constitue un vaste organisme, que tous les êtres sont des parties de ce Tout, et, par la sympathie qui les unit les uns aux autres, y constituent une harmonie unique. Les astres sont, comme tout le reste, subordonnés à la Puissance de l'Âme universelle qui gouverne l'Univers. En même temps qu'ils concourent par leur mouvement à la conservation de l'Univers, ils y remplissent un autre rôle : par les figures qu'ils forment, ils annoncent les événements en vertu des lois de l'analogie.

La raison en est que, l'Univers étant un animal un et multiple, tout y est coordonné, tout conspire à un but unique ; par conséquent, en vertu de cette liaison naturelle, chaque chose est signe d'une autre.

(VIII-X) L'Univers étant un animai use suppose un principe unique. Ce principe unique est l'Âme universelle qui fait régner dans l'univers l'ordre et la justice: l'ordre, parce qu'elle donne à chaque être un rôle conforme à sa nature ; la justice, parce qu'elle punit ou récompense les hommes par les conséquences naturelles de leurs actions. En effet, nous renfermons en nous deux puissances différentes, l'âme raisonnable et l'âme irraisonnable. Quand nous développons les facultés de l'âme raisonnable qui nous constitue essentiellement, alors nous nous affranchissons des passions par la vertu, nous nous élevons au monde intelligible par la contemplation, et nous sommes véritablement libres. Quand, au contraire, nous exerçons les facultés de l'âme irraisonnable plus que l'intelligence et la raison, alors nous nous égarons dans le monde sensible et nous sommes soumis à la fatalité, c'est-à-dire à l'action qu'exercent sur nous les circonstances extérieures, par conséquent, à l'influence des astres ; dans ce cas, nous partageons les passions du corps.

(XI-XII) Les maux que l'on voit ici-bas ne proviennent pas de la volonté des astres ; ils ont des causes diverses, telles que l'action des êtres les uns sur les autres, la résistance de la matière à la forme, etc. La génération de l'homme ne s'explique pas non plus par l'influence seule des astres ; il faut y tenir compte du rôle des parents, des circonstances extérieures, de l'action de l'Âme universelle.

(XIII-XVI) Si l'on veut remonter au principe général de toutes les choses qui arrivent ici-bas, il faut dire : L'Âme gouverne l'Univers par la Raison, comme chaque animal est gouverné par la raison séminale qui façonne ses organes et les met en harmonie avec te tout dont ils sont des parties. Les raisons séminales de tous les êtres étant contenues dans la Raison totale de l'univers, il en résulte que tous les êtres sont à la fois coordonnés entre eux, parce qu'ils forment par leur concours la vie totale de l'univers, et subordonnés les uns aux autres, parce qu'ils occupent un rang plus ou moins élevé selon qu'ils sont animés on inanimés, raisonnables ou irraisonnables. La richesse et la pauvreté, la beauté et la laideur, etc., proviennent du concours des circonstances extérieures et des causes morales. C'est sous ce rapport que l'homme est soumis à la fatalité; il s'en affranchit, quand il exerce les facultés qui le constituent essentiellement. Pour bien comprendre ce point, Il faut résoudre les questions suivantes : 1° Qu'est-ce que séparer l'âme du corps? 2° qu'est-ce que l'Animal ? qu'est-ce que l'Homme  ? Elles seront discutées ailleurs.

Le rôle que la puissance de l'Âme joue dans l'univers donne lieu à plusieurs questions. On peut les résoudre par le développement du principe suivant : L'Âme gouverne l'univers par la Raison. Comme la raison séminale de chaque individu comprend tous les modes de l'existence du corps qu'elle anime, et que la Raison totale de l'univers comprend les raisons séminales de tous les individus, il en résulte que gouverner l'univers par la Raison, c'est, peur l'Âme, faire arriver à l'existence et développer successivement dans le monde sensible toutes les raisons séminales contenues dans la Raison totale de l'univers. Pour cela, elle n'a pas besoin de raisonner. Il lui suffit d'un acte d'imagination par lequel, tout en demeurant en elle-même, elle produit à la fois la matière et les raisons séminales qui, en façonnant la matière, constituent tous les êtres vivants. De là vient que toutes choses forment un ensemble harmonieux, et que même ce qui est moins bon concourt à la perfection de l'univers.

(XVII-XVIII) L'Âme universelle comprend deux parties analogues aux deux parties de l'Âme humaine : ce sont la Puissance principale de l'Âme et la Puissance naturelle et génératrice. La Puissance principale de l'âme contemple l'Intelligence divine et conçoit ainsi les idées ou formes pures dont l'ensemble constitue le monde intelligible. La Puissance naturelle et génératrice reçoit de la Puissance principale de l'Âme les idées sous la forme de raisons séminales, dont l'ensemble constitue la Raison totale de l'univers; elle transmet ces raisons à la matière, et donne ainsi naissance è tous les êtres. Il en résulte que le monde sensible est fait à la ressemblance du monde intelligible, et que c'est une image qui se forme perpétuellement.

 

NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS. (pages 457-480)

 

DEUXIÈME ENNÉADE

LIVRE QUATRIÈME. (pages 195-222)

DE LA MATIÈRE

(§ I) Les philosophes s'accordent à définir la matière la substance, le sujet, le réceptacle des formes. Mais les uns [les Stoïciens] regardent la matière comme un corps sans qualité; les autres [les Pythagoriciens, les Platoniciens, les Péripatéticiens] la croient incorporelle; quelques-uns de ces derniers en distinguent deus espèces, la substance des corps ou matière sensible, et la substance des formes incorporelles ou matière intelligible.

DE LA MATIÈRE INTELLIGIBLE - . (II-V) L'existence de la matière intelligible soulève plusieurs difficultés: il semble qu'il ne saurait y avoir dans Ie monde intelligible rien d'informe ni de composé. Pour répondre à ces objections, il suffit de remarquer qu'appliqués aux êtres intelligibles les termes d'informe et de composé n'ont qu'une valeur relative : par exemple, l'âme n'est informe que par rapport à l'intelligence qui la détermine. En outre, la matière intelligible est immuable et toujours unie à une forme. Pour expliquer son existence, il faut considérer que les idées ou essences ont quelque chose de commun et quelque chose de propre qui les différencie les unes des autres : ce qu'elles ont de commun, c'est leur matière; ce qu'elles ont de propre, c'est leur forme. Ainsi, la matière des idées est le sujet unique des différences multiples. Elle est le fond des choses ; et, comme la forme, l'essence, l'idée, la raison, l'intelligence sont appelées la lumière, la matière est assimilée aux ténèbres. Mais il y a une grande différence entre le fond ténébreux des choses intelligibles et celui des choses sensibles. La forme des intelligibles possédant une véritable réalité, leur substance a le même caractère; c'est une essence éternelle, immuable. Sa raison d'être est que chaque intelligible est informe ayant d'être déterminé par son principe générateur : c'est ainsi que l'Âme reçoit sa forme de l'Intelligence, et l'Intelligence de l'Un, qui est la source de toute lumière (73).

DE LA MATIÈRE SENSIBLE. — (VI-VIII) L'existence de la matière sensible, qui sert de sujet aux corps, se démontre par la transformation des éléments les uns dans les autres, par la destruction des choses visibles, etc. Elle n'est ni le mélange d'Anaxagore, ni l'infini d'Anaximandre, ni les éléments d'Empédocle, ni les atomes de Démocrite. La matière première (qu'il faut bien distinguer de la matière propre) est une, simple, sana qualité ni quantité. Elle reçoit sa quantité comme toutes ses qualités de la forme ou essence.

(IX-X) La matière n'a point de quantité parce que l'être est distinct de la quantité: par exemple, la substance incorporelle n'a point d'étendue. L'esprit peut d'ailleurs concevoir la matière sans quantité. Pour cela, Il n'a qu'à faire abstraction de la quantité et de toutes les qualités des corps; étant ainsi arrivé à un état d'indétermination, il conçoit la matière en vertu de cette indétermination même et il reçoit l'impression de l'informe.

(XI-XII) Pour composer les corps, il ne suffit pas de la quantité et des qualités ; il faut encore un sujet qui les reçoive. Ce sujet, c'est la matière première, qui n'a point d'étendue. Elle n'est point, comme on l'a avancé, la quantité séparée des qualités. Elle possède l'existence, quoique son existence ne soit pas claire pour la raison ni saisissable par les sens.

(XIII-XIV) Si la matière n'est pas la quantité, elle n'est pas non plus une qualité commune à tous les éléments. On ne saurait d'ailleurs regarder comme une qualité la privation, qui est l'absence de toute propriété. La matière n'est pas l'altérité, mais seulement une disposition à devenir les autres choses. Elle n'est pas non plus le non-être, mais seulement le dernier degré de l'être.

(XV-XVI) La matière n'est pas l'infini par accident ; elle est l'infini même, dans le monde intelligible comme dans le monde sensible. Cet infini, qui constitue la matière, procède de l'infinité de l'Un; mais entre l'infini de l'Un et l'infini de la matière il y a cette différence que le premier est l'infini idéal et le second l'infini réel. Ce caractère d'infini se concilie fort bien dans la matière avec la privation de toute quantité et de toute qualité.

Étant privée de la forme, qui est la source de toute beauté et de toute bonté, la matière est par cela même laide et mauvaise (74).

En résumé, dans le monde intelligible, la matière est l'être parce que ce qu'il y a au-dessus d'elle, l'Un, est supérieur à l'être; dans le monde sensible, la matière est le non-être, parce que ce qu'il y a au-dessus d'elle, l'Essence ou la Forme, est l'être véritable.

NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS. (pages 481-485)

 

 

DEUXIÈME ENNÉADE

LIVRE SEPTIÈME. (243-249)

DU MÉLANGE OU IL Y A PÉNÉTRATION TOTALE.

texte grec

Ce livre se rattache au précédent parce qu'il y est traité des qualités qui constituent l'essence corporelle.

(§ 1) La mixtion, qu'il ne faut pas confondre avec la juxtaposition, a pour caractère de former un tout homogène. Il y a à ce sujet deux opinions : selon les Péripatéticiens, dans la mixtion de deux corps, les qualités seules se mêlent et les étendues matérielles ne sont que juxtaposées ; selon les Stoïciens, deux corps qui constituent un mixte se pénètrent totalement (78).

(Il) On peut objecter aux Stoïciens que, si les qualités s'altèrent et se confondent dans la mixtion, il ne saurait en être de même des étendues corporelles; aux Péripatéticiens, que des qualités incorporelles peuvent pénétrer un corps sans le diviser, et que la matière ne possède pas plus, en vertu de sa nature propre, l'impénétrabilité que toute autre qualité.

(III) Si l'on examine l'essence du corps, on voit qu'il est le composé de toutes les qualités réunies avec la matière. Cet ensemble de qualités constitue la corporéité, qui est une forme, une raison.

 

NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS (page 488-489)

 

DEUXIÈME ENNÉADE

LIVRE HUITIÈME.

DE LA VUE.

texte grec

Pourquoi les objets éloignés paraissent-ils petits ?

Le seul lien qui existe entre ce livre et les précédents, c'est que Plotin y traite de la couleur en la considérant exclusivement comme une forme.

(§ I-II) D'où vient que les objets paraissent plus petits dans l'éloignement ? C'est que, lorsqu'un corps est près de nous, nous voyons quelle est son étendue colorée, et que, lorsqu'il se trouve éloigné, nous voyons seulement qu'il est coloré. L'étendue, étant liée à la couleur, diminue proportionnellement arec elle ; en même temps que la couleur devient moins vive, l'étendue devient moins grande, et la quantité décroît ainsi avec la forme.

NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS (page 490)

 

DEUXIÈME ENNÉADE

LIVRE NEUVIÈME

CONTRE LES GNOSTIQUES

texte grec

(I-II) Il y a trois hypostases divines, l'Un ou le Bien, l'Intelligence, l'Âme universelle. — L'Un ou le Bien est, en vertu de sa simplicité même, le Premier et l'Absolu. On ne saurait donc distinguer en lui l'acte et la puissance [comme les Gnostiques ont distingué dans Bythos Ennoïa et Thelesis]. L'Intelligence réunit en elle-même, jusqu'à la plus parfaite identité, le sujet pensant, l'objet pensé et la pensée même. Il en résulte qu'on ne saurait admettre avec les Gnostiques l'existence de plusieurs Intelligences, dont l'une serait en repos et l'autre en mouvement, ou dont l'une penserait et l'autre penserait que la première pense [comme le Nous et le Logos de Valentin ]. La Raison qui découle de l'Intelligence dans l'Âme universelle ne constitue pas non plus une hypostase distincte de l'Intelligence et de l'Âme et intermédiaire entre elles [comme le second Logos ou l'Éon Jésus de Valentin ]. -- Enfin, l'Âme universelle, à laquelle notre âme est unie sans se confondre avec elle, contemple le monde intelligible, et, sans raisonner ni sortir d'elle même, embellit le monde sensible avec une admirable puissance en faisant rayonner sur lui la lumière qu'elle reçoit elle-même de l'Intelligence.

(III) Il est dans la nature des trois hypostases de communiquer chacune quelque chose de leurs perfections aux êtres inférieurs. Il en résulte que ces êtres sont perpétuellement engendrés par les trois hypostases. La matière elle-même existe de tout temps parce qu'elle résulte nécessairement des autres principes ; de tout temps aussi elle reçoit du monde intelligible les formes qui constituent les êtres sensibles. Elle n'est donc pas, comme l'imaginent les Gnostiques, une nature qui ait été créée à un moment déterminé et qui doive périr ; elle n'occupe pas non plus une région qui soit entièrement séparée du monde intelligible par une limite infranchissable [l'Horus de Valentin],

(IV) Les vérités précédentes ont été complètement méconnues par les Gnostiques. Ils prétendent que l'Âme [Achamoth] a créé par suite d'une chute, qu'elle s'est repentie, et qu'elle détruira le monde dès que les âmes individuelles auront accompli leur oeuvre ici-bas ; car, dans ce système, le monde n'est qu'une oeuvre imparfaite.

(V) Les Gnostique croient que leur âme est d'une nature supérieure aux âmes des astres et à l'âme du Démiurge, laquelle est, selon eux, composée des éléments. Ils enseignent aussi qu'il existe un principe intermédiaire entre le monde intelligible et le monde sensible, et ils lui donnent les noms de Terre nouvelle et de Raison du monde. Ils disent qu'ils ont reçu dans leurs âmes une émanation de ce principe, et qu'ils iront se réunir à lui après leur mort. Mais on ne voit pas bien si, dans leur système, ce principe est antérieur ou postérieur à la création du monde, ni comment il est nécessaire au salut des âmes.

(VI) Les Gnostiques parlent encore d'empreintes, d'exils, de repentirs, de jugements, de métensomatoses. Tous ces mots pompeux ne servent qu'à déguiser les emprunts qu'ils ont faits à Platon. C'est à Platon qu'ils ont pris tout ce qu'ils enseignent sur le Premier [l'Un], sur l'existence du monde intelligible, sur l'immortalité de l'âme et sur la nécessité de la séparer du corps. Mais, en même temps ils défigurent la doctrine du sage auquel ils sont si redevables : ils font de l'Intelligence divine plusieurs hypostases [Nous, Logos] ; ils admettent qu'il existe en dehors de cette Intelligence d'autres essences intelligibles [les bons]. Pour donner du crédit à leurs idées, ils cherchent à rabaisser indignement la sagesse antique des Grecs. Cependant, ces innovations dont ils sont si fiers se bornent à supposer l'existence d'un grand nombre d'Éons, à se plaindre de la constitution de l'univers, à critiquer la puissance qui le gouverne, à identifier le Démiurge avec l'Ave universelle, et à donner à cette Âme les mêmes passions qu'aux âmes individuelles.

(Vil) Il y a de grandes différences entre l'Ave universelle et notre âme. Tandis que notre âme a été liée au corps involontairement, et souffre de l'union qu'elle a contractée avec lui, l'Âme universelle, au contraire, n'a pas besoin de se détourner de la contemplation du monde intelligible pour gouverner le monde sensible et lui communiquer quelque chose de ses perfections.

(VI il) Quant au monde sensible, son existence est nécessaire parce qu'il est dans la nature des principes intelligibles de créer pour manifester leur puissance. Inférieur au monde intelligible, il en offre une image aussi parfaite que possible, soit que l'on considère les astres mis en mouvement par des finies divines, soit que l'on abaisse ses regards sur la terre où, malgré les obstacles qu'elle rencontre à l'exercice de ses facultés, notre âme peut cependant acquérir la sagesse et mener une vie semblable à celle des dieux. D'ailleurs, la justice règne ici bas, si l'on tient compte des existences successives par lesquelles nous passons.

(IX-Xil) Les Gnostiques ont tort de ne pas vouloir reconnaître que l'univers manifeste la puissance divine, de s'imaginer qu'ils ont une nature supérieure, non seulement à celle des autres hommes, mais encore à celle des astres, de croire enfin qu'ils ont le privilège d'entrer seuls en communication avec le Bien [Bythos] et de jouir exclusivement de sa gràce. On ne peut voir sans étonnement avec quelle jactance ces hommes se vantent de posséder la science parfaite des choses divines: car il est facile de montrer combien leur doctrine soulève d'objections. Eu voici le résumé:

« L'Âme [Sophia supérieure] a incliné, c'est-à-dire a illuminé les ténèbres de la matière. De cette illumination de la matière est née la Sagesse [Achassoth] qui a incliné aussi. Les membres de la Sagesse [les natures pneumatiques] sont descendus en même temps ici-bas pour entrer dans des corps. En outre, après avoir conçu la Raison du monde ou la Terre étrangère, la Sagesse a créé et produit des images psychiques [les natures psychiques]. C'est ainsi qu'elle a donné naissance au Démiurge, qui est composé de matière et d'une image. Ce Démiurge lui-même, s'étant séparé de sa mère, a fait les êtres corporels à l'image des êtres intelligibles [des Éons]. il a formé successivement le feu et les trois autres éléments, les astres, le globe terrestre, enfin toutes les choses qui étaient contenues dans le type du monde. »

Si l'on examine attentivement en quoi consiste cette illumination des ténèbres par laquelle les Gnostiques expliquent la création de toutes choses, on peut amener ces hommes à reconnaître les vrais principes du monde, les forcer d'avouer que tous les êtres ont reçu des premiers principes leur matière aussi bien que leur forme, et que les ténèbres sont nées du monde intelligible comme la lumière elle-même.

(Xlll) On n'a donc pas le droit de se plaindre de la nature du monde puisqu'un enchaînement étroit unit les choses du premier, du second et du troisième rang, et descend jusqu'à celles du plus bas degré. Le mal n'est que ce qui, par rapport à la sagesse, est moins complet, moins bon, eu suivant toujours une échelle décroissante.

(XIV) Non seulement les Gnostiques méprisent le monde visible, mais ils prétendent par leur puissance magique commander aux êtres intelligibles aussi bien qu'aux démons. Leur but unique est d'imposer au vulgaire par leur jactance. Les gens sages ne sauraient donc trouver aucun profit à étudier un pareil système.

(XV) La morale des Gnostiques est encore pire que la doctrine qu'ils enseignent sur Dieu et sur l'univers. Ils retissent tout respect aux lois établies ici-bas et prétendent que les actions ne sont bonnes ou mauvaises que d'après l'opinion des hommes. Aux préceptes de vertu que nous ont légués les anciens, ils veulent substituer cette maxime : « Contemple Dieu. » Mais rien n'empêche de s'abandonner aux passions, comme ils le font, tout en contemplant Dieu. Sans la véritable vertu, Dieu n'est qu'un mot.

(XVl-XVII) La cause principale des erreurs dans lesquelles tombent les Gnostiques, c'est qu'ils méprisent les astres et qu'ils s'imaginent que le monde visible est complètement séparé du monde intelligible. Selon eux, Dieu prive l'univers de sa présence, et sa Providence ne s'étend qu'aux pneumatiques. Pour reconnaître leur erreur, il suffit de considérer la beauté du monde visible : car il ne peut être beau que parce qu'il participe aux perfections du monde intelligible et qu'il en offre une fidèle image. On a le droit d'en dire autant de la sphère céleste. Le mépris que les Gnostiques affectent pour les merveilles qui frappent tous les regards est une preuve de leur perversité.

(XVIII) C'est en vain que ces hommes prétendent que leur doctrine est supérieure aux autres en ce qu'elle inspire de la haine pour le corps. Ce n'est pas en critiquant l'oeuvre de l'Aine universelle, c'est en s'affranchissant des passions par la vertu qu'on devient semblable à Dieu et qu'on s'élève à la contemplation du monde intelligible.

NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS. (pages 491-544)

 

 

 

 

AVERTISSEMENT.

TROISIÈME ENNÉADE. (Résumé)

QUATRIÈME ENNÉADE. (Résumé)

(pages IV à XLIII)

 

PLOTIN

LES ENNÉADES

ENNÉADE III,

 

LIVRE I

texte grec

DU DESTIN.

(I-II) Les essences premières n'ont point de cause parce qu'elles existent toujours. Les essences qui dépendent des essences premières tiennent d'elles aussi l'existence. Quant aux choses qui deviennent, elles ont toutes une cause. Seulement les philosophes en expliquent la production de diverses manières. Les uns rapportent tout aux atomes ou aux éléments, d'autres au Destin, qu'ils définissent de différentes façons, d'autres encore aux astres.

(Ill) La doctrine des atomes ne peut rendre compte des faits qui se produisent dans le monde, parce qu'elle suppose que tout arrive par huard. La doctrine des éléments soulève les mêmes objections.

(IV) On ne peut admettre (comme Héraclite) qu'une cause, appelée Destin, agisse seule dans l'univers : car un pareil système détruirait l'enchaînement des effets et des causes, puisqu'il n'existerait dès lors qu'un seul être, qui agirait dans tous les autres êtres.

(V-VI) Il ne convient pas davantage de rapporter tout ce qui arrive à l'action des astres, comme le font les astrologues. Sans doute les astres exercent une influence physique sur notre corps, mais ils ne peuvent rien sur notre âme. Nous devons d'ailleurs à nos parents beaucoup de nos qualités corporelles. Les astres ne sont donc pas les auteurs des événements ; ils n'en sont que les signes en vertu des lois de l'analogie.

(Vll) La doctrine (stoïcienne) que toutes choses dérivent l'une de l'autre par un enchaînement fatal détruit la liberté humaine, parce que, dans ce cas, toutes nos déterminations sont des impulsions que nous recevons du Destin.

(VIII-X) Pour sauver la liberté de l'homme sans détruire l'enchaînement et l'ordre des faits dans l'univers, il faut admettre deux espèces de causes : d'abord l'âme humaine, puis les causes secondes qui dépendent de l'Âme universelle. Quand l'âme humaine se détermine à un acte par l'influence que le choses extérieures exercent sur elle, elle n'est point libre. Ses actes ne sont vraiment indépendants que quand elle obéit à la raison pure et impassible, qu'elle n'est point égarée par l'ignorance ni dominée par la passion.

PLOTIN

LES ENNÉADES

ENNÉADE III,

 

LIVRE DEUXIÈME.

texte grec


DE LA PROVIDENCE, I.

(I-ll) Il ne suffit pas d'admettre que le monde doit son existence à une cause intelligente; il faut encore montrer comment les maux que nous voyons se concilient avec la sagesse de la Providence.

Le monde a pour cause, non une Providence particulière, semblable à la réflexion de l'artiste qui délibère avant d'exécuter son oeuvre, mais une Providence universelle, savoir l'Intelligence, principe, archétype et paradigme de tout ce qui existe. D'abord, l'Intelligence constitue elle-même le monde intelligible, unité vivante et intelligente, permanente et immuable, type de la perfection et de la béatitude. Ensuite, en vertu d'une nécessité inhérente à son essence, elle engendre le monde sensible, qui est le théâtre de la pluralité, de la division, de la lutte des contraires, parce qu'il est un mélange de la matière et de la raison. L'harmonie qu'on y découvre lui est donnée par l'Âme universelle qui le gouverne.

(Ill) Quoique le monte sensible soit bien inférieur au monde intelligible, il est cependant le plus beau et le meilleur des inondes possibles où la matière entre comme élément: il procède nécessairement d'une cause excellente et divine; il est achevé, complet, harmonieux dans son ensemble et ses détails; enfin, il est bon, parie que tout y aspire au Bien et y représente l'Intelligence selon son pouvoir.

(IV-V) Les parties du monde se transforment, mais ne périssent pas. Les âmes animent tour à tour des corps différents : de là naît la lutte des natures opposées, la mort, la transgression de la loi suprême. Les âmes qui écoutent les appétits du corps en sont justement punies; elles n'ont pas le droit de réclamer la félicité divine lorsqu'elles ne se sont pas élevées elles–même à un état divin. Quant à la pauvreté, aux maladies et aux autres souffrances, elles sont indifférentes aux hommes vertueux et utiles aux méchants; elles rentrent dans l'ordre de l'univers, parce qu'elles nous forcent à lutter contre les obstacles, à distinguer le bien du mal. Ainsi, les maux qui sont inévitables dans la constitution de l'univers, puisque celui-ci doit être moins parfait que sa cause, ont cependant de bons résultats et se concilient parfaitement avec l'existence de la Providence: car le mal n'est qu'un défaut de bien.

(VI-VII) On demande comment il se fait que les hommes vicieux obtiennent si souvent tous les avantages auxquels on attache tant de prix, richesses, honneurs, beauté, etc., et que les hommes vertueux aient une condition contraire. - Pour répondre. à cette objection et à toutes celles qu'on peut élever contre la Providence, il faut remarquer en général que les choses sensibles ne sauraient atteindre à la perfection des choses intelligibles, et en particulier que Dieu n'est point responsable des actes volontaires et libres des âmes. D'ailleurs, l'homme n'occupe dans l'univers qu'un rang intermédiaire entre Dieu et la brute.

(VIII-IX) Pour obtenir les avantages auxquels on attache du prix, il faut faire les actes de l'accomplissement desquels dépend leur possession. On ne peut raisonnablement demander à la Providence de venir à chaque instant suspendre les lois de la nature et en interrompre le cours, par son intervention. En effet, l'action de la Providence ne doit pas anéantir la liberté de l'homme : son. rôle est d'assurer à chacun, soit ici-bas, soit après la mort, la récompense ou la punition qu'il a méritée car sa conduite. Elle rappelle d'ailleurs toujours l'homme à la raison et à la vertu par les moyens dont elle dispose.

(X) Les méchants sont pleinement responsables de leurs actions parce que ce sont eux qui les font. Leur méchanceté même leur est imputable, parce que c'est une disposition conforme à leur volonté.

(XI-XII) La Raison de l'univers n'a pas dû donner à tout une perfection uniforme, parce que les inégalités mêmes et les différences des êtres contribuent à la beauté de l'univers, que chacun d'eux pris séparément a ses différences propres qui constituent sen individualité, et que tous pris ensemble réalisent toutes les essences contenues dans le monde intelligible.

(XIII-XIV) Pour juger le monde sensible, il ne suffit pas de considérer l'état présent des choses ; il faut encore embrasser toute la série des faits passés et futurs où s'exerce la justice distributive de Dieu. On découvre alors un ordre admirable. Si chaque individu, considéré isolément; laisse à désirer, c'est parce qu'il ne peut réunir en lui seul toutes les perfections de son espèce.

(XV) Quant aux objections particulières que soulève le spectacle du monde, on peut répondre que la destruction des animaux les uns par les autres est une des conditions de la vie universelle, que la guerre n'est qu'un jeu puisqu'elle n'anéantit pas l'âme, etc. En général, toutes les choses qui sont pénibles polir la partie animale de notre être constituent des incidents variés du drame ire mense dont la terre est le théâtre.

(XVI) Si l'on remonte aux principes, on voit que la Raison du monde procède de l'Âme universelle et de l'Intelligence divine. C'est un acte, une vie, dont l'unité consiste dans une harmonie formée par mille sous divers. La pluralité et l'opposition des contraires sont nécessaires dans le monde sensible parce qu'il est un tout, et que la totalité implique à la fois unité et variété.

(XVII~-XVIII) La Providence accorde à chacun le rôle qu'il est le plus propre à remplir par ses dispositions naturelles, ses mérites et ses défauts, et, tout en donnant à l'univers sa perfection, exercé en même temps sa justice distributive. Ainsi, c'est des différences intrinsèques des âmes que naissent les inégalités des conditions. Quant aux inégalités des âmes, elles tiennent à ce que celles-ci occupent le premier, le deuxième ou le troisième rang dans le drame de la vie, où la nature, prévoyant le rôle que jouerait chaque acteur, lui a donné dans son plan une place convenable à ses dispositions. Ainsi, le bien qui est réalisé ici-bas vient de la Providence, le mal qu'on y rencontre tient aux écarts de la liberté humaine.

PLOTIN

LES ENNÉADES

ENNÉADE III,

LIVRE TROISIÈME.

texte grec

DE LA PROVIDENCE, II.

(I-II) La Raison de l'univers contient en soi toutes les raisons séminales particulières; chacune de celles-ci contient à son tour toutes les actions qu'elle doit produire: car toute raison renferme la pluralité dans l'unité. L'harmonie des raisons particulières dans leur développement constitue l'unité du plan de l'univers. Tout ce qui arrive ici-bas découle directement ou indirectement de l'ordre établi par l'Âme universelle.

(III) Les actes de l'homme, quoiqu'il soit libre, sont compris dans le plan de l'univers, parce que la Providence a tenu compte de notre liberté. Notre imperfection morale n'est imputable qu'à nous seuls. Les infériorités relatives sont la conséquence de la pluralité des êtres.

(IV-V) Il y a deux règnes, celui de la Providence et celui du Destin. Il y a aussi deux vies pour l'homme : dans l'une, il exerce la raison et l'intelligence ; dans l'autre, l'imagination et les sens; dans la première, il est libre ; dans la seconde, il est soumis à la fatalité. Il dépend toujours de lui de mener l'une ou l'autre de ces deux espèces de vie. Il est donc juste qu'il subisse les conséquences de ses actions, qu'il soit récompensé ou puni par la Providence, selon qu'il se conforme à ses lois ou qu'il les viole.

(VI) C'est en vertu de l'enchaînement des faits que les astrologues et les devins peuvent prédire les événements futurs. Toute divination est fondée sur les lois de l'analogie qui règne dans l'univers.

(VII) En résumé, sans inégalités, il n'y aurait pas de Providence : car celle-ci, étant le principe suprême dont tout dépend, ressemble à un arbre immense dont toutes les parties constitueraient autant d'êtres différents et cependant unis entre eux.

 

COMMENTAIRES SUR LES LIVRES II ET III

DE LA PROVIDENCE.

§ 1. DOCTRINE DE PLOTIN SUR LA PROVIDENCE ET LE DESTIN.

§ II. RAPPROCHEMENTS ENTRE LA DOCTRINE DE PLOTIN ET CELLES DE PLATON, D'ARISTOTE ET DES STOÏCIENS.

§ III. AUTEURS QUI ONT CITÉ OU MENTIONNÉ CES LIVRES OU QUI DONNENT LIEU
A DES RAPPROCHEMENTS.

A. Philosophes néoplatoniciens.

B. Saint Grégoire de Nysse, Synésius, saint Denys l'Aréopagite, Théodoret, Énée de Gaza, Gennade.

C. Saint Augustin, Boécè, Fénelon, Bossuet, Lelbnitz.

PLOTIN
LES ENNÉADES

ENNÉADE IV,

LIVRE TROISIÈME. (pages 261- 329)

texte grec

QUESTIONS SUR L'ÂME, I.

Dans les livres III, IV et V, Plotin pose et résout successivement diverses questions sur la nature, les facultés et la destinée de l'âme; sans suivre l'ordre méthodique qu'il eût sans doute adopté s'il eût voulu faire tin traité complet de Psychologie .

INTRODUCTION. (I) La connaissance de l'âme est la condition de la connaissance des principes dont elle procède et des choses dont elle est elle-même le principe. D'ailleurs, on ne peut posséder réellement la science si l'on ne sait ce qu'est l'instrument même de la science.

PREMIÈRE QUESTION. Toutes les âmes ne sont-elles que des parties d'une seule Âme)?

Il est des philosophes qui soutiennent que nos âmes sont des parties d'une Âme totale et unique, de même que nos corps sont des parties du corps de l'univers. Ils invoquent à l'appui de leur opinion divers passages de Platon.

(II-III) De ce que nos âmes sont conformes et appartiennent au même genre, il en résulte, non qu'elles soient les parties d'une Âme unique, mais qu'elles procèdent d'un même principe. — Le mot partie ne peut se prendre ici dans le sens où on l'applique à une quantité, parce que dans ce cas l'Âme serait une grandeur corporelle. - Le mot partie ne peut davantage se prendre ici dans le sens où l'on dit qu'une notion est une partie d'une science : car ou l'Âme totale ne serait que la somme des âmes particulières, on elle leur serait supérieure, ce qui détruit l'hypothèse combattues. - Le mot partie ne peut enfin se prendre ici dans le sens où l'on dit que la puissance sensitive qui est dans les doigt est une partie de l'âme totale de l'animal : car, dans a cas. il n'y aurait plus d'existence réelle que celle de l'Âme universelle, par conséquent, il n'y aurait plus de parties.

(IV) Voici la solution. -- Les intelligences particulières sent distinctes les unes des autres, et subsistent cependant toutes ensemble dans l'Intelligence universelle. De cette Essence indivisible procèdent à la fois l'Âme universelle et les âmes particulières, qui, semblables à des rayons de lumière, divergent à mesure qu'elles s'éloignent de leur foyer.

(V) L'individualité des âmes est indestructible. Comme les intelligences particulières dont elles sont les raisons, les âmes particulières conservent toujours leur différence et leur identité : elles s'unissent, sans se confondre, dans le sein de l'Âme universelle dont elles procèdent.
(V1-Vil) L'Âme universelle, contemplant l'Intelligence universelle, a plus de puissance créatrice que les âmes particulières qui contemplent les intelligences particulières: celles-ci occupent d'ailleurs le premier, le deuxième ou le troisième rang, selon qu'elles sont en acte les intelligibles mêmes, ou qu'elles les connaissent ou qu'elles les désirent. Les passages qu'on cite de Platon sont conformes à la distinction de l'Âme universelle et des âmes particulières.

(VIII) Les âmes sont distinguées les unes des autres, abstraction faite des corps, par leurs opérations intellectuelles et leurs habitudes morales. Chaque âme est toutes choses en puissance, mais n'est en acte que ce qui occupe son attention, par conséquent, elle est caractérisée par la faculté qu'elle, a principalement développée. Chacune enfin offre en elle unité et variété, et est coordonnée avec les autres dans l'unité et la variété de l'univers.

DEUXIÈME QUESTION. Pour quelle cause et de quelle manière l'âme descend-elle dans le corps? Il faut distinguer ici l'Âme universelle et l'âme humaine .