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[1] Peut-on dire que pour chaque être le bien soit autre chose que d'agir et de
vivre conformément à la nature (02) ; que, pour un être composé
de plusieurs
parties, le bien ne consiste pas dans l'action de la meilleure partie de
lui-même, action qui lui soit propre, naturelle, et qui ne lui fasse jamais
défaut? S'il en est ainsi, le bien pour l'âme est d'agir conformément à la
nature. Si de plus l'âme, étant elle-même un être excellent, dirige son action
vers quelque chose d'excellent, le bien qu'elle atteint n'est pas seulement le
bien par rapport à elle, c'est le Bien absolu. S'il est donc un principe qui ne
dirige son action vers aucune autre chose, parce qu'il est le meilleur des
êtres, qu'il est même au-dessus de tous les êtres, que tous les autres êtres
tendent vers lui, évidemment c'est là le Bien absolu par la vertu duquel les
autres êtres participent du bien. Or les autres êtres ont deux moyens de
participer du bien : l'un, c'est de lui devenir semblables; l'autre, c'est de
diriger leur action vers lui. Si diriger son désir et son action vers le
meilleur principe est un bien, il en résulte que le Bien absolu lui-même doit
ne regarder ni désirer aucune autre chose, rester dans le repos, être la source
et le principe de toutes les actions conformes à la nature, donner aux autres
choses la forme du bien, sans agir sur elles; ce sont elles au contraire qui
dirigent leur action vers lui.
Ce n'est ni par l'action, ni même par la pensée, mais seulement par la
permanence (μονῇ) que ce principe est le Bien. Si le Bien est supérieur à
l'être, il doit être aussi supérieur à l'action, à l'intelligence et à la
pensée. Car il faut reconnaître comme étant le Bien le principe duquel tout
dépend, tandis que lui-même ne dépend de rien. C'est à cette condition que le
Bien est vraiment le principe vers lequel toutes choses tendent. Ιλ faut donc
qu'il persiste dans son état, et que tout se tourne vers lui, de même que, dans
un cercle, tous les rayons aboutissent au centre. Nous pouvons en voir un
exemple dans le soleil : il est un centre pour la lumière qui est en quelque
sorte suspendue à cet astre. Aussi est-elle partout avec lui et ne s'en
sépare-t-elle pas; et quand même vous voudriez la séparer d'un côté, elle n'en
resterait pas moins concentrée autour de lui.
[2]
Comment toutes les autres choses se rapportent-elles au Bien? Ce qui est inanimé
se rapporte à l'Âme; ce qui est animé se rapporte au Bien par le moyen de
l'Intelligence. Tout être a quelque chose du bien tant qu'il est une unité, un
être, et qu'il participe de la forme. Par cela qu'il participe de l'unité, de
l'être et de la forme, chaque être participe du bien; mais en cela il ne
participe que d'une image : car les choses dont il participe sont des images de
l'unité, de l'être; il en est de même de la forme. Pour la Première âme (03),
comme elle approche de l'Intelligence , elle a une vie qui approche plus de la
vérité, et c'est à l'Intelligence qu'elle le doit; elle a donc la forme du bien
[par la vertu de l'Intelligence]. Pour posséder le Bien, elle n'a qu'à tourner vers lui
ses regards. L'Intelligence vient immédiatement après le Bien : car
l'Intelligence tient le premier rang après le Bien. Ainsi, pour ceux auxquels il
est donné de vivre, la vie est le bien. De même, pour ceux qui participent à l'intelligence, l'intelligence est le bien; en sorte que l'être qui joint l'intelligence
à la vie possède un double bien.
[3] Si la vie est un bien, ce bien appartient-il ou non à tous les êtres? Non
certes. La vie est incomplète pour le méchant comme pour l'oeil qui ne voit pas
distinctement: car il n'accomplit pas sa fin.
Si, pour nous, la vie, mêlée comme elle l'est, est un bien, quoiqu'un bien
imparfait, comment soutenir [nous dira-t-on] que la mort n'est pas un mal? Mais
pour qui serait-elle un mal? car il faut que le mal soit l'attribut de
quelqu'un. Or pour l'être qui n'est plus, ou qui, même existant, est privé de
la vie, il n'y a pas plus de mal que pour une pierre (04).
Mais si après la mort l'être vit encore, s'il est encore animé, il possédera le
bien, et d'autant plus qu'il exercera ses facultés sans le corps. S'il est uni à
l'Âme universelle,
quel mal peut-il y avoir pour lui ? Aucun : car pour les dieux il y a bien sans
mélange de mal. Il en est de même pour l'âme qui conserve sa pureté. Pour qui ne
la conserve pas, ce n'est pas la mort, c'est la vie qui est un mal. S'il y a des
châtiments dans l'enfer, la vie est encore un mal pour l'Âme, parce qu'elle
n'est pas pure. Si la vie est l'union de l'âme et du corps, et la mort leur
séparation, l'âme peut passer par ces deux états [sans être pour cela
malheureuse].
Mais si la vie est un bien, comment la mort n'est-elle pas un mal? Certes la vie
est un bien pour ceux qui possèdent le bien; [elle est un bien] non parce que
l'âme est unie au corps, mais parce qu'elle repousse le mal par la vertu. La
mort serait plutôt un bien [parce qu'elle nous délivre du corps]. En un mot, il
faut dire que la vie dans un corps est par elle-même un mal; mais, par la vertu,
l'âme se place dans le bien, non en conservant l'union qui existe, mais en se
séparant du corps.
page 426
NOTES ET
ÉCLAIRCISSEMENTS.
LIVRE SEPTIÈME.
DU PREMIER BIEN ET DES AUTRES BIENS.
Dans l'ordre chronologique, ce livre est
le dernier qu'ait écrit Plotin.
Comme nous l'avons déjà dit (p. 114, note 1), il a peu d'importance par
lui-même, et il n'est qu'un faible résumé des livres VII, VIII, IX de l'Ennéade
VI. Nous prions donc le lecteur de recourir au texte et aux notes de ces livres
pour les développements et les éclaircissements auxquels il pourrait donner
lieu, et que nous ne saurions placer ici sans faire double emploi.
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