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Poèmes attribués à Virgile : traduction nouvelle de Maurice RAT, GARNIER, 1935 |
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ÉPIGRAMMES (EPIGRAMMATA)
NOTICE SUR LES ÉPIGRAMMES
Sous le titre traditionnel d'Epigrammes, qui, comme l'on sait, au sens antique du mot, ne désigne pas forcément des pièces satiriques, le lecteur trouvera ici seize poèmes, dont les quatorze premiers ont été attribués avec plus ou moins de certitude à Virgile, et dont les deux derniers ne sont sûrement pas de lui.
Ces poèmes, qui sont ici publiés par nous dans l'ordre des manuscrits, se répartissent au point de vue métrique de la façon suivante : huit poèmes en distiques élégiaques (1, 3, 4, 7, 8, 9, 11, 14), trois en ïambes purs (6, 10, 12), un en distiques ïambiques (13), deux en vers scarzons (2, 5)
(a). Comme on voit, l'éditeur des Epigrammes, qui ne semble pas par ailleurs s'être beaucoup soucié, en publiant le recueil, d'un ordre logique ni chronologique
(b), ne paraît pas s'être préoccupé davantage d'un classement métrique; à moins qu'il ne faille admettre, comme on l'a dit
(c), qu'il y ait dans ce désordre apparent
"une disposition voulue et un contraste cherché", le centre du recueil, à l'imitation de celui de Catulle, étant occupé
par une longue pièce, l'Éloge de Messalla, à laquelle font pendants une première partie composée surtout de petites pièces élégiaques, et une partie finale d'inspiration surtout satirique.
Quoi qu'il en soit, et sans nous attarder davantage à savoir si ce beau désordre est un effet de l'art,
bornons-nous à le souligner, et examinons, dans le détail la question d'authenticité. Elle est des plus complexes. A en croire M. Frédéric Plessis, qui est l'un des meilleurs juges en la matière, on pourrait classer ainsi les quatorze premières épigrammes
:
1° Quatre "qu'on s'accorde généralement à croire écrites par Virgile" (2, 5, 10, 14);
2° Trois incertaines (1, 3, 7);
3° Trois "très douteuses" (6, 8, 12);
4° Quatre "qui ne peuvent être de Virgile" (4, 9, 11, 13) (d).
L'épigramme 2 est une petite pièce dirigée contre le rhéteur Cimber, coupable d'avoir fait périr son frère, et qui a en outre un goût ridicule pour l'éloquence archaïque. Son attribution à Virgile a pour elle l'autorité de Quintilien
(e), qui la cite comme étant de Virgile, et celle d'Ausone
(f), qui, en lui donnant pour référence le Calalepton de Virgile, lui donna place dans son
"Casse-tête des grammairiens". Sans doute ni l'une ni l'autre de ces autorités ne semble irrévocable, mais par ailleurs l'art de cette épigramme, la discrétion avec laquelle le criminel est flétri, le dégoût qu'exprime son auteur pour une éloquence apprêtée et vieillotte, tout porte à croire qu'elle est bien de Virgile.
En tout cas elle n'est pas
indigne d'être de lui.
L'épigramme 5, qui est un adieu à la rhétorique et aux Muses quittées par le poète pour la philosophie, est aussi des plus dignes du talent virgilien. On a objecté qu'une telle préférence
pour la philosophie ne saurait s'être produite quand Virgile était jeune, et que c'était l'état d'âme d'un poète désabusé et déjà sur l'âge. Mais c'est là fragile argument, et l'on a fort joliment répondu
"qu'il n'y a guère de poète qui, vers la vingtième année, n'ait fait un jour des adieux solennels à la Muse et proclamé, dans des vers parfois très sincères, que sa vie était finie".
L'épigramme 10, excellente parodie du Phaselus de
Catulle, est décochée à Sabinus, le muletier parvenu.
Elle est d'un art achevé et d'une malice très fine, qui ne dément pas l'origine virgilienne.
L'épigramme 14, sur l'Enéide, est moins "généralement attribuée à Virgile" que M. Plessis ne semble le croire. Heyne, le premier, suivi par Bücheler, Schanz, Teuffel et Leo, tout en reconnaissant le charme de ses vers, préférait les attribuer à un ami de Virgile plutôt qu'à Virgile même. A Sommer et à M. Galletier il paraît même
"à peu près impossible de la croire virgilienne". Mais les différentes raisons qu'ils donnent de leur scepticisme sont, à vrai dire, spécieuses. C'est ainsi que le poète ayant l'air, au début de la pièce, de pressentir sa mort, M. Galletier déclare
"qu'il faut se méfier des textes auxquels les événements ont donné une si parfaite confirmation", il trouve par ailleurs les vers de la pièce
"trop virgiliens", etc. Dirons-nous que cette méfiance nous paraît excessive, et que nous ne voyons pas de raison suffisante
d'attribuer à je ne sais quel ami de Virgile la plus jolie épigramme du recueil, dans
le fait que ce petit poème est tout fleuri de réminiscences virgiliennes. En tout cas, si c'est un pastiche, il faut
convenir qu'il est digne du maître, et l'on comprend que, comme le dit M. Galletier,
"l'éditeur n'ait pas eu le moindre doute sur l'origine de ces vers et les ait publiés comme une oeuvre authentique
(g)".
L'épigramme 1, où l'auteur se plaint à son ami Tucca de ne pouvoir rejoindre celle qu'il aime et que surveille un mari jaloux, est d'une attribution incertaine; certains
(h) pensent qu'elle a pour auteur Furius Bibaculus,
d'autres (i) un poète cisalpin inconnu. Nous nous rallierions volontiers à l'opinion de Ribbeck, qui voit dans la dédicace de cette pièce à un ami de Virgile une forte présomption de la croire authentique.
L'épigramme 3, qui semble destinée à un portrait ou à un tombeau, retrace la carrière d'un conquérant que la Fortune a interrompu dans sa course, et dans lequel on a voulu voir tour à tour Pompée
(j), Mithridate (k), Antoine
(l), et, avec beaucoup plus de probabilités, Alexandre
(m). L'attribution de cette épigramme est des plus incertaines : alors que M. Galletier y voit l'oeuvre assez médiocre d'un déclamateur du temps de Sénèque et de Lucain, Ribbeck, avec plus de raison, semble-t-il, ne la trouve pas indigne d'un grand poète
(n). Il n'est pas impossible que Virgile l'ait écrite.
L'épigramme 7, adressée à Varius, est un badinage sur le mot qu'il convient d'employer,
potus ou puer, à l'égard d'un petit esclave dont le charme a plu au poète.
Son attribution à Virgile est très discutée. Les goûts de Virgile et ceux de beaucoup de poètes de son temps, qui permettent de ne pas voir dans cette épigramme un simple jeu d'esprit, nous laissent incertains sur son auteur, sans que rien n'empêche, bien au contraire, d'en laisser la paternité à Virgile, à qui Pollion, pour lui faire plaisir, offrait en présent un joli esclave, et qui a très bien pu, comme le suppose M. Galletier, improviser cette épigramme
"pour cette circonstance ou une analogue (o)".
Les épigrammes 6 et 12, ou plutôt 12 et 6, évoquent un petit roman, dont les héros demeurent enveloppés de mystère. Dans l'épigramme 12, l'auteur raille les prétentions d'un certain Noctuin, qui veut épouser la fille
d'Atilius ; dans l'épigramme 6, postérieure à ce mariage, il s'en prend à la fois à Noctuin et à son beau-père, dont la stupidité contraint à vivre à la campagne, et
non plus à la ville, une jeune femme que le poète désire. On a fait bien des suppositions sur l'identité de ce gendre et de ce beau-père : les uns
(p) voient en Noctuin le pseudonyme du sénateur Luciénus, ami de
Varron ; les
autres (q) y découvrent Antoine, et dans la jeune femme cette Antonia qu'il épousa vers 48-47, dans le beau-père Antonius Hybrida, oncle paternel d'Antoine. Mais ces
suppositions sont fragiles, et, au surplus, invérifiables. La seule découverte intéressante à l'égard des personnages est celle de Birt
(r), qui, trouvant au Corpus la mention fréquente des Atilii dans la région de Côme et de Brescia, en conclut que le beau-père et le gendre doivent être des Cisalpins. M. Galletier tire parti de cette
découverte pour supposer que l'auteur de l'épigramme est Tucca (s)
; on peut penser aussi que ces deux petites pièces, très catulliennes de tour, ont pour auteur Virgile.
L'épigramme 8, qui est une brève élégie adressée à la maison du philosophe Siron accueillante des pauvres réfugiés, n'avait pas été suspectée jusqu'à ces dernières années, où Cartault
(t) en a contesté l'origine et a été suivi par Curcio et par M. Frédéric Plessis
(u). Selon Cartault, le père et les frères de Virgile (du moins deux d'entre eux, Silon et Flaccus) étaient morts lorsque, après le partage des terres, le poète vint habiter à Rome la maison de
Siron ; or, au vers 3 hos paraît bien désigner ses frères, et au vers 5 son père est nommé
; ces distiques seraient donc l'oeuvre d'un faussaire postérieur à Virgile et qui connaissait mal l'histoire de sa jeunesse. Mais les objections de Cartault semblent avoir été réfutées victorieusement par M. Galletier
(v), dont l'argumentation, qui est un modèle de finesse critique, vaut d'être citée ici : d'abord, dit M. Galletier,
"il n'est pas sûr du tout que Virgile ait perdu son père, quand il composa les églogues I et IX.
Parentes jam grandis amisit se contente de dire Donat, et le terme de
grandis ne nous permet pas de détermination précise. Peut-on vraiment tirer argument du fait que Virgile semble, dans les églogues I et IX, le maître du domaine pour affirmer que son père est mort à cette date? Puisque celui-ci perdit la vue vers la fin de sa vie, n'est-il pas naturel que, au moment difficile des partages de terre, le fils s'acquitte du rôle de chef de
famille ? N'est-ce pas d'ailleurs son bien, en même temps que celui de son père, qu'il défend
contre l'usurpation ? et le poète qui a su, en Cisalpine, se faire des protecteurs, n'est-il pas plus qualifié que son père pour solliciter
Auguste ? Il n'est pas surprenant dès lors qu'il nous apparaisse comme le vrai possesseur du domaine en danger : rien ne nous permet de conclure que le vieillard ait disparu avant l'an 39. En
ce qui concerne hos, nous trouvons que M. Cartault a trop restreint son sens : il n'y veut voir que les frères du poète. Pourquoi n'y trouverions-nous pas une allusion à sa mère, à des serviteurs, à des
parents ? En admettant même que hos désigne seulement les frères de Virgile, nous ne pouvons affirmer avec M. Cartault que tous deux sont morts à cette date. Pour l'un, Silon, la chose n'est pas
douteuse ; elle l'est beaucoup plus en ce qui touche Flaccus. Rien n'est moins sûr que l'interprétation allégorique des anciens commentateurs qui font de l'églogue 5 un chant de deuil où Virgile pleure son frère sous le nom de Daphnis. Nous ne pouvons pas discerner s'ils ont imaginé cette allégorie parce qu'ils savaient que Flaccus était mort à peu près à l'époque où fut composée cette pièce ou s'ils ont, après coup, imaginé cette interprétation sans avoir aucune donnée exacte sur la date de sa mort. La question est insoluble, et nous ne pouvons pas nous fonder sur une tradition
si incertaine pour nier que Flaccus pût vivre encore en 40 ou 39 et figurer parmi les nouveaux habitants de la villa de Siron. Nous admettons donc que Virgile, chassé, avec sa famille, de sa propriété d'Andes, vint chercher un refuge momentané dans la maison que son ancien maître lui offrait aux environs de Rome et qu'il la salua de ces quelques vers."
L'épigramme 4 est une protestation d'amitié, d'amitié adulatrice, pour un certain Musa, familier du poète, qu'on loue d'avoir un caractère amène, de vigoureuses qualités d'esprit et de grands talents poétiques. Ce Musa
semble bien avoir été Octavius Musa, "citoyen de Mantoue" au dire de Servius, qui joua un rôle assez obscur lors des partages de terres, le même sans doute
qu'Horace (w) nomme à côté de Mécène, de Virgile, de Varius et de Tucca, dont il fait les juges de ses satires. Cette petite pièce est-elle de Virgile? Il n'est pas impossible, encore que de bons juges hésitent à l'admettre, alléguant l'emphase et la platitude qui caractérisent cet éloge.
L'épigramme 9, qui est une élégie de 68 vers consacrée à Messalla, le protecteur de Tibulle, a été et demeure l'objet d'érudites controverses. Scaliger, Vollmer, Jahn, de Witt, Gubernatis, Ellis, tiennent pour l'authenticité
; Burmann, Wagner, Forbiger, Ribbeck, Bäehrens, Kroll, Birt, M. Plessis et M. Galletier contestent qu'elle soit de Virgile. Il faut reconnaître que, si la pièce est de l'auteur des
Géorgiques, ce n'est point du meilleur Virgile : il y a certes de brillants passages, de jolis vers, mais beaucoup de procédé aussi, et de procédé un peu monotone.
L'épigramme 11 est l'épitaphe familière et badine, dans le goût d'un grand nombre d'épitaphes de l'antiquité, d'un certain Octavius, en qui Vettori, que suivent Haupt, Bäehrens, Sabbadini et Birt, voit le même personnage que l'Octavius Musa de l'épigramme 9. Dans sa facture traditionnellement plaisante, elle n'est pas, semble-t-il, indigne de Virgile.
L'épigramme 13, qui est une invective violente et souvent obscène contre un certain Luccius, et qui s'apparente à certaines épodes d'Horace, est attribuée à Catulle par Heyne, Naeke, Bäehrens, Ribbeck, Curcio, Sabbadini; Némethy la croit
d'Horace ; Scaliger (x), tout en reconnaissant l'élégance de sa forme, n'osait pas l'attribuer à Virgile, ce qu'ont osé depuis lui Vollmer, Birt, de Witt et Gubernatis, mais non M. Galletier.
Il résulte de ce bref exposé que loin de classer, comme l'a fait M. Plessis, ces quatorze épigrammes en quatre classes, il nous semble plus prudent d'admettre que toutes peuvent être de Virgile, et d'en accepter, jusqu'à preuve du contraire, comme l'ont fait Vollmer et Gubernatis, l'authenticité intégrale.
Quant aux épigrammes 15 et 16, si nous n'en avons rien dit jusqu'ici, c'est qu'elles ne sauraient être de Virgile. L'épigramme 15, que Birt attribue à Varius
(y), est manifestement dans le goût et le style des grammairiens des IIIe et
IVe siècles (z). L'épigramme 16, qui ne figure que dans les manuscrits du XVe siècle au milieu de l'épigramme 13, est une interpolation d'un copiste négligent : c'est l'oeuvre d'un humaniste moderne, qui connaissait les
Carmina XII Sapientium et les formules d'épitaphes
; il n'est même point possible d'affirmer que ces quatre vers aient jamais désigné Virgile.
a Il n'est pas tenu compte dans cette répartition des épigrammes 15 et 16, ajoutées postérieurement.
b L'éditeur a séparé les deux pièces en l'honneur d'Octavius Musa ; Il a séparé les pièces 6 et 12, où la même victime est appelée par son nom, la première devant d'ailleurs suivre, et non pas précéder, la seconde.
c Edouard. Galletier, [P. Vergili Maronis] Epigrammata et Priapea, Paris, 1920, p. 61.
d Cf. F. Plessis, t. c., pp. 278-280.
e Instit. Orat., VIII, 3, 27-29.
f Grammatirnmastix, p. 267, éd. Peiper.
g E. Galletier, 1. c., p. 218.
h Heidel, Classic. Rev., 1901, pp. 215 sq.
i E. Galletier, l. c., p. 38.
j Cf. Burmann,
Anth., t. 1, p. 302.
k Cf. Scaliger, Append.
Virgil., p. 510.
l Cf. de Witt, Amer. Journ. of Philol., 1912, p. 321.
m Cf. Bücheler, Rh. Mus., 1883, p. 512 ; Christiensen, Neue Jahrb., 1909, pp. 107 sq. ; Galletier, l. c., pp. 157-159.
n Cf. App. Verg., Prolegomen. : Epigramma per se vel optimo poeta dignum.
o Cf. Galletier, loc., p. 38.
p Cf. Bücheler, Rhein. Mus., 1883, p. 519.
q Cf. de Witt, Amer. Journ. of Philol., 1911, pp. 448 sq.
r Erkl. des Cat., p. 134.
s Cf. Galletier, l. c., p. 171, note 1.
t Etudes sur les Bucoliques, pp. 6 et 15.
u L. c., p. 279.
v L. c., pp. 33-35.
w Sat., I, 10, 82.
x App. Virg., p. 490 : " Poematium maledicentiae et probrorum plenissimum. Quod non ausim Vergilio attribuere licet elegans et eruditum. Videtur enim secundum aetatem Augusti scriptum fuisse."
y Erkf. des Catal., p. 7.
z
Cf. Galletier, l. c., pp. 46-48.
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EPIGRAMMATA I. Ad Tuccam De
qua saepe tibi venit, sed, Tucca, videre |
ÉPIGRAMMES I. A Tucca (774). Celle dont je t'ai souvent parlé (775) est de retour, mais, Tucca, il ne t'est pas permis de la voir : son mari la cache et verrouille sa porte. Celle dont je t'ai souvent parlé n'est pas encore de retour pour moi, car on la cache et ce qu'on ne peut toucher est bien loin (776). J'admets qu'elle soit de retour, je l'ai entendu dire ; mais que me fait une pareille nouvelle ? Annoncez-la à l'homme pour qui elle est de retour (777). |
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II.
In Annium Cimbrum rhetorem Corinthiorum
amator iste verborum, |
II. Contre le rhéteur Annius Cimber (778). Le voilà, cet amateur de mots corinthiens (779) ; le voilà, cet individu (un rhéteur en effet !) qui jusqu'ici parfait Thucydide (780), tyran de la fièvre attique (781), a préparé pour son frère cette mixture de toutes choses, cette mixture de mots (782), le thau gaulois (783), le min et le psin (784) et le "Malheur à lui (785) !" |
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III.
In Alexandrum Magnum Aspice
quem valido subnixum gloria regno |
III. Contre Alexandre le Grand. Regarde cet homme que la gloire avait établi sur un trône puissant (786) et porté plus haut que les séjours du ciel (787) ! Il avait secoué par la guerre le vaste monde ; il avait brisé les rois et les peuples de l'Asie. Déjà il t'apportait, il t'apportait, à Rome, une lourde servitude (788), - car tout le reste du monde était tombé (789) sous sa lance de héros - quand soudain précipité au milieu de sa lutte pour la conquête du monde, il croule, et se voit chassé de sa patrie pour l'exil (790). Tel est le pouvoir de la déesse (791) : un signe de sa tête, et une heure perfide renverse en un moment les mortelles puissances. |
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IV. Quocumque
ire ferunt variae nos tempora vitae,
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IV A Musa. (792) En quelque lieu que nous forcent d'aller les circonstances de la vie changeante, quelques terres qu'elles nous fassent toucher et quelques gens qu'elles nous fassent voir, que je meure (793) s'il est un homme au monde qui me fut plus cher que toi ! Et quel autre peut être plus que toi doux à mon coeur, toi à qui jeune encore et avant tous les autres, les dieux et les soeurs des dieux (794), à toi, Musa, qui en es si digne, ont donné tous les biens, tous ceux du moins qui plaisent et au choeur de Phébus (795) et à Phébus lui-même ! Qui peut, Musa, avoir été plus docte que toi ? Qui au monde parle plus suavement que toi ? N'est-ce la blanche Clio (796) qui parle par ta bouche ? Aussi ce m'est assez que tu me permettes de t'aimer (797) ; car où saurai-je trouver des raisons de mériter de toi un amour réciproque? |
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V. Ite
hinc, inanes, ite, rhetorum ampullae,
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V. Le poète dit adieu à tous ses travaux antérieurs pour embrasser la Philosophie d'Epicure. Loin d'ici, ampoules vaines des rhéteurs, expressions boursouflées (798) dont le style ronflant n'a rien d'archaïque (799), et vous, Sélius (800), Tarquitius (801), Varron (802), race de déclamateurs (803) humide d'empâtement, loin d'ici, vaine cymbale (804) de la jeunesse (805), et toi, ô Sextus, Sinus (806), souci de mes soucis (807), adieu ! A jamais adieu, beaux amis ! Nous mettons les voiles pour un port fortuné (808), nous allons entendre les doctes préceptes du grand Siron (809), et nous libérons notre vie de tout souci (810), Loin d'ici, Camènes (811), vous aussi à jamais adieu, douces Camènes (car nous avouerons la vérité, douces vous me fûtes) et pourtant rendez encore visite à mes écrits, mais avec discrétion et rarement. |
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VI.
In Atilium et Noctuinum Socer,
beate nec tibi nec alteri, |
VI. Contre Atilius et Notuin (812). Beau-père qui ne fais le bonheur ni de toi-même ni d'autrui (813), et toi, Noctuin (814) son gendre, tête puante (815), victime de votre stupidité double, une belle pareille (816) va donc partir pour la campagne (817) ! Hélas ! quel malheur pour moi ! En quelque sens qu'on entende le vers fameux : "Gendre et beau-père, vous avez tout perdu (818) !" |
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VII.
Ad Varium Si
licet, hoc sine fraude, Vari dulcissime, dicam
: dispeream, nisi me perdidit iste potus. |
VII. A Varius (819). S'il m'est permis de le dire sans pécher contre les règles (820), mon très cher Varius : que je meure (821), si ce gosse (822) ne m'a pas fait perdre la tête (823) ! Mais si les règles m'empêchent de parler ainsi, c'est bon, je ne le dirai pas. Mais tout de même cet enfant m'a fait perdre la tête. |
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VIII.
Ad Sironis villam Villula,
quae Sironis eras, et pauper agelle, |
VIII. A la villa de Siron (824). Maisonnette qui appartenais (825) à Siron, et toi, petit champ bien pauvre en vérité, mais qui fus pour ton maître
illustre un trésor, je me recommande à toi, moi et avec moi ceux que j'ai toujours aimés
(826), si je viens à entendre de tristes récits sur ma patrie
(827), - et surtout je te recommande mon père
(828). C'est toi maintenant qui seras pour lui ce qu'avaient été jadis et Mantoue et Crémone
(829). |
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IX.
Ad M. Velerium Messalam Corvinum. Pauca
mihi, niveo sed non incognita Phoebo, |
A M. Valérius Messalla Corvinus (830). Chantez-moi quelques vers (831), doctes Pégasides
(832), quelques vers seulement, mais des vers qui ne soient pas désavoués par Phébus neigeux
(833). Voici qu'arrive le vainqueur, magnifique ornement d'un magnifique triomphe
(834), le vainqueur qui a vu s'ouvrir devant lui et les terres et les mers
(835) ; portant les horribles dépouilles
(836) de la lutte contre les Barbares
(837), il rappelle le grand OEnide (838), il rappelle le superbe Eryx
(839), et il n'est pas moins habile à exhaler vos chants
(840) ni moins digne d'entrer dans vos choeurs sacrés
(841). Et c'est précisément, ô sublime Messalla, pourquoi je passe par des transes inouïes : car que pourrais-je écrire de toi
(842) et que pourrais-je t'écrire (843)
? Il est vrai, je vais t'en faire l'aveu (844), que c'est surtout ce qui devrait effrayer ma Muse qui l'enhardit surtout. Quelques vers de toi sont passés dans nos écrits
(845), vers délicieux par l'idiome et
par le sel de Cécrops (846), vers qui, accueillis pas les siècles futurs, sont dignes de vaincre en durée le Phrygien
(847), vers qui sont dignes de vaincre le vieillard de Pylos
(848). Ici, mollement, sous le verdoyant couvert d'un large chêne
(849), reposaient les bergers Méris
(850) et Mélibée (851), se renvoyant les doux chants au vers alterné
(852) qu'aime le docte jeune homme de Trinacrie
(853). Tous les dieux à l'envi ornaient ton héroïne de leurs présents, et chaque déesse à l'envi y joignait le sien. Heureuse entre toutes la jeune fille
(854) célébrée par un écrivain tel que toit
! Aucune autre n'aura (855) pu se vanter de la surpasser
en renommée : ni celle qui, si elle n'avait été trompée par le présent des Hespérides, allait vaincre à la course |
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X.
De Sabino (parodia Catulliana) Sabinus
ille, quem videtis, hospites, |
X. Sur Sabinus (882) (parodie de Catulle (883). Le Sabinus que vous voyez, passants
(884), était, dit-il, le muletier le plus rapide, et jamais char au vol impétueux ne pouvait le dépasser, qu'il fût besoin de voler à Mantoue ou à Brixia
(885). Et il affirme n'être démenti par la fameuse maison Tryphon
(886) ni par l'hôtel Cérule (887), où le Sabinus d'aujourd'hui, qui autrefois s'appelait Quinction
(888), commença, armé du fer à deux dents, par tondre des encolures chevelues, pour
empêcher que, froissée par le joug du Cytore (889), la dure crinière des chevaux ne reçût des atteintes. O froide Crémone, ô boueuse Gaule
(890), vous avez su, vous savez tout cela parfaitement : Sabinus l'affirme
! Il dit que de père en fils il a barboté dans ton gouffre, déchargé des bagages
(891) dans tes marais, conduit son attelage le long de ta route milliaire tout encombrée d'ornières, gouvernant ses mules de la main gauche ou de la droite, ou parfois même des deux mains... Et jamais il ne s'avisa de faire
des voeux aux dieux des sentiers (892), hormis le jour où il leur dédia son patrimoine
(893) : ses rênes et l'étrille qui les accompagne. Mais cela, c'est pour le passé : pour le présent, il siège sur un siège d'ivoire
(894), et il se dédie en personne à toi, jumeau Castor et jumeau de Castor
(895) |
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XI.
De Octavii morte Quis
deus, Octavi, te nobis abstulit ? an quae |
XI. Sur la mort d'Octavius (896) Quel dieu (897), Octavius, t'a enlevé à nous ? Ou plutôt, si ce qu'on dit est vrai, quelles coupes cruelles de trop de vin remplies (898) - Mais c'est avec vous, si c'est là une faute, que j'ai bu ! chacun suit son destin (899) : en quoi des bouches (900) innocentes sont-elles coupables ? - Va, Octavius, nous admirerons beaucoup tes écrits, et nous pleurerons ta perte (901) et celle de ton histoire romaine (902). Mais toi, tu ne seras plus 1 Pervers Mânes, dites-nous quelle jalousie (903) vous eûtes de le voir survivre à son père (904) |
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XII.
In Noctuinum Superbe
Noctuine, putidum caput, |
XII. Contre Noctuin (905). Superbe Noctuin, tête puante (906), on te donne la belle que tu demandes, on te la donne : on te donne, superbe Noctuin, celle que tu demandes. Mais, ô superbe Noctuin, ne vois-tu pas qu'Atilius (907) a deux filles (908), oui, deux, et que l'une et l'autre te sont données. Arrivez, maintenant, arrivez (909) : voici que, comme il sied, le superbe Noctuin épouse... une bouteille. Thalassio ! Thalassio ! Thalassio (910) ! |
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XIII.
In Luccium Iacere
me, quod alta non possim, putas, |
XIII. Contre Luccius (911). Je suis à bas, penses-tu, parce que je ne puis pas, comme autrefois, courir les mers, ni braver les durs
frimas ou endurer les feux du jour, ni suivre les armes du vainqueur (912). J'ai, crois-le bien, j'ai encore toute ma colère, toute mon ancienne fureur, et ma langue tout entière pour te servir, - sans compter la liaison infâme de la prostituée qu'est ta soeur
(913) ! Oh ! pourquoi me provoques-tu, pourquoi, impudique et digne de la réprobation de César
(914) comme tu l'es ? Tu veux donc qu'on parle de tes vols, de la tardive économie où tu en fus réduit à l'égard de ton frère quand tu eus englouti ton patrimoine, des festins où tu allais t'asseoir enfant avec des hommes faits
(915), de tes cuisses mouillées pendant ton sommeil et de ces cris en outre qui te réveillaient soudain en
sursaut : "Thalassio ! Thalassio (916)
! " Pourquoi as-tu pâli, femme (917)? Ces plaisanteries te
blessent-elles ? Reconnaistu là tes hauts faits ? Va, ce n'est pas moi que tu attireras
: parmi tes belles Cotyties (918), à des fênes
(919) en fête (920)
! Je ne te verrai pas ensuite mouvoir tes flancs (921) dans une robe de femme, en étreignant l'autel
(922), ni appeler au bord du Tibre jaune
(923) des gens qui sentent la marine
(924), là où ont accosté les barques, retenues par une boue sale sur les bas-fonds
(925) et luttant contre de maigres eaux
(926). Tu ne m'emmèneras pas non plus à ta gargote, aux graisseuses Compitalies
(927), aux sales banquets, d'où tu t'en retournes, repu, auprès de ton épouse obèse et hydropique, pour besogner savamment ses tripes fumantes, et la lécher partout de tes baisers. Attaque-moi maintenant, harcèle-moi, si tu en as la force
(928), - et je te nomme en toutes lettres
(929). Cinède (930) Luccius, déjà tes richesses ont fondu
(931) et tes mâchelières claquent de faim. Oui, je te verrai n'ayant plus rien que des frères
(932) paresseux, Jupiter en colère contre toi
(933), le ventre fendu (934), et les pieds turgides d'inanition
(935) de ton oncle le herniaire (936)
! |
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XIV.
Ad Venerem Si
mihi susceptum fuerit decurrere munus, |
XVI. A Vénus (937) Si j'ai le bonheur de fournir la carrière que je cours, ô déesse qui habites Paphos (938) et le séjour d'Idalie (939), si mon Troyen Enée (940) vogue enfin avec toi par les cités romaines (941) porté par un chant digne de vous (942), je ne me contenterai pas d'orner ton temple d'encens et de tableaux (943), ni de t'apporter des guirlandes dans mes mains pures : un bélier cornu, humble victime, et un taureau, la plus grande de toutes (944), teindront de leur offrande tes foyers consacrés, et pour toi un Amour ailé (945), marmoréen ou multicolore (946), se dressera selon la coutume, avec un carquois bariolé (947). Puisses-tu m'assister, ô Cythérée (948) ! De l'Olympe où tu es, t'appellent ton César (949) et l'autel du rivage Sorrentin (950). |
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XV.
Ad lectorem Vate
Syracosio qui dulcior, Hesiodoque |
XV. Au lecteur. Voici encore (951) les premiers poèmes (952) du divin poète (953) qui fut plus doux (954) que le chantre de Syracuse (955) et plus grand (956) qu'Hésiode, et dont la voix ne fut pas inégale à celle d'Homère (957) ; voici, en des mètres variés (958), sa Calliope (959) qui s'ébauche (960). |
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XVI.
Epitaphium Callida
imago sub hac sede est iniuria caeli ! |
XVI. Épitaphe (961). Ci-gît, passant, une ombre experte (962), preuve de l'injustice du ciel (963), l'égale en génie des anciens (964), - l'ombre d'un homme par qui Rome pouvait rivaliser avec la docte Athènes (965) : mais les destins sont de fer (966), et il n'est donné à personne de les vaincre (967). |
774. Tucca... Plotius Tucca compte avec L. Varius Rufus parmi les plus chers compagnons de la jeunesse de Virgile. Le poète l'inscrira avec Varius parmi ses héritiers, et c'est lui et Varius que l'empereur Auguste chargera d'assurer la publication posthume de l'Enéide.
775. Celle dont je t'ai souvent parlé... Le poète tait par discrétion le nom de son amie.
776.
Ce qu'on ne peut toucher est bien loin... Locution proverbiale. C'est notre
:
"Tout bonheur que la main n'atteint pas n'est qu'un rêve." Ovide,
Am., I, 4, 3-4, oppose aussi la vue et le toucher :
Ergo ego dilectam tantam conviva puellarn
Adspiciam, tangi quem jouet alter erit.
777. A l'homme pour qui elle est de retour... A son mari.
778. T. Annius Cimber... T. Annius CimbeT, fils de l'affranchi Lysidicus, exerçait à Rome la profession de rhéteur. Cicéron le nomme deux fois dans ses Philippiques (XI, 14 ; XIII, 12) et Suétone le mentionne parmi les maîtres préférés d'Antoine, un maître qui affectait volontiers l'archaïsme, cf. Vie d'Auguste, LXXXVI.
779. Amateur de mots corinthiens... Comme on dit "amateur de vases corinthiens" ; par "mots corinthiens", il faut entendre sans doute des mots hybrides, empruntés à divers dialectes, de même que les vases de Corinthe passaient pour être faits d'un amalgame de métaux divers.
780. Parfait Thucydide... Thucydide était un des modèles favoris des atticistes.
781. Tyran de la fièvre attique... C.-à-d. chef de la folle coterie des atticistes.
782. A préparé pour son frère cette mixture de mots... Allusion cinglante au crime commis par Cimber qui empoisonna son frère, d'où le jeu de mots de Cicéron (l. c., note 778) sur le Cimbre qui a tué le Germain (Germanum Cimber occidit) [ou Cimber qui a tué son frère] et l'ironique épithète de "philadelphe" qu'il applique à Cimber.
783. Le thau gaulois... Allusion probable à la lettre ajoutée par les Gaulois à l'alphabet latin et qui figurait "une sorte de dentale aspirée analogue au thêta grec et au th anglais". Cf. Jullian, Hist. de la Gaule, II, p. 375. Fils d'un affranchi grec, T. Annius Cimber, comme l'indique son surnom, avait dans les veines du sang timbre ou gaulois, et sans doute la prononciation barbare due à son origine.
784. Le min et le psin... Le min, c.-à-d. la forme ionienne min pour autên, et le psin, c.-à-d. la forme dorienne pour sphin.
785. Le "Malheur à lui !"... Formule d'exécration qui entrait dans les recettes des magiciens et des empoisonneurs : c'est une imprécation lancée par Cimber contre son frère.
786. Un trône puissant... Le trône de Macédoine.
787. Porté plus haut que les séjours du ciel... Hyperbole pour dire : mis au-dessus des dieux mêmes.
788.
Il t'apportait, ô Rome, une lourde servitude... Allusion aux projets occidentaux d'Alexandre. Cf. Lucain,
Phars., X, 39-40 :
Isset in occasus, mundi devexa secutus
Ambissetque polos Nilumque a fonte bibisset...
"II fût allé jusqu'à l'occident en suivant le versant du monde (c.-à-d. en passant par les
antipodes) ; il eût fait le tour des pôles et eût bu à la source du Nil."
789. Tout le reste du monde était tombé... Expression virgilienne, cf. En., XI, 245 : concidit Ilia tellus.
790. Pour l'exil... Pour la terre d'Egypte, où, à Memphis, loin de son royaume natal, fut enseveli Alexandre.
791. La déesse... Ce mot désigne sans doute la Fortune ou la Parque.
792. Musa... Ce Musa est-il l'Antonius Musa, médecin d'Auguste, comme l'ont cru Scaliger, Burmann et Benoist ? ou ne serait-ce plutôt l'Octavius Musa, citoyen de Mantoue, qui, au moment du partage des terres entre les vétérans, fut chargé à Mantoue du travail d'arpentage sous la direction du gouverneur Varus (41 av. J.-C.) ? Voir notre Notice.
793. Que je meure... Expression de Catulle, XCII, 2.
794. Les soeurs des dieux... Les déesses.
795. Au choeur de Phébus... Aux Muses. Cf. Virgile, Buc., V I, 66.
796. La blanche Clio... La Muse de l'Histoire, qualifiée de blanche (candida), comme les déesses, les nymphes, les héroïnes le sont dans Virgile : candida dea (En., VIII, 608) ; candida Naïs (Buc., II, 46) ; candida Dido (En., V, 571).
797. Ce m'est assez que tu me permettes de
t'aimer... Catulle (LXV III, 147-148) dit de même :
...illud satis est, si nobis is datur unus,
Quem lapide illa diem candidiore notat.
"Il nous suffit d'obtenir d'elle un jour, un seul jour, qu'elle marque d'une pierre blanche."
798. Boursouflées... C'est le terme même dont se sert Quintilien (Inst. Orat., XII, 10, 16) pour désigner l'éloquence asiatique : inflati illi [Asiatici] et inanes.
799. Rien d'achaïque... Rien de grec, rien d'attique.
800. Sélius... On ne sait rien de ce Sélius. Certains lisent Stilo et croient qu'il s'agit du grammairien L. Aelius Stilo Praeconinus, de la génération antérieure à celle de Virgile.
801. Tarquitius... Sans doute l'historiographe Tarquitius Priscus, auteur d'ouvrages religieux et notamment d'un livre sur la science étrusque.
802. Varron... Peut-être le fameux érudit M. Terentius Varron, le plus savant des hommes de son temps.
803. De déclamateurs... De rhéteurs.
804. Vaine cymbale... Allusion au style creux des rhéteurs. C'est ainsi que Pline (H. N., Préf., 25) appelle le grammairien Apion "cymbale du monde" cymbalum mundi.
805. De la jeunesse... De la jeunesse qui suit leur enseignement creux et vide.
806. Sextus Sabinus... Sans doute Sextus Clodius Sabinus, qui enseigna aussi la rhétorique à Antoine et auquel Cicéron accorde beaucoup d'esprit et un grand charme (Ad Attic., IV, 15, 2 ; Philipp., II, 42).
807. Souci de mes
soucis... C.-à-d. mon maître de prédilection, dans le même sens que Malherbe écrit
:
Beauté, mon beau souci ....
808. Pour un port fortuné... La philosophie est souvent comparée par les écrivains à un havre sûr. Cf. Cicéron, Ad Fam.. VII, 31 : se in philosophiae portum conferre.
809. Sinon... Le philosophe épicurien Sinon, qui passe pour avoir été le maure de Virgile et de qui celui-ci tiendrait la théorie atomistique sur la formation du monde qu'il a exposée dans la VIe de ses Bucoliques.
810. De tout souci... C'est la formule de l'ataraxie épicurienne.
811.
Camènes... Naïades romaines souvent identifiées avec les Muses
grecques ; et auxquelles, en souvenir de l'une d'elles, Egérie, le roi Numa avait dédié un temple de bronze.
Les anciens poètes latins, Livius Andronicus, Naevius, puis les poètes de l'époque impériale se sont servis du nom de
Camenae pour remplacer le nom des Muses. Livius Andronicus commence son poème par
:
Virum mihi, Camena, insece versutum.
Macrobe, Somn. Scip., II, 3, 4, donne le mot pour étrusque
:
Etrusci Musas Camenas quasi Canenas a canendo dixerunt
"Les Etrusques nommèrent les Muses Camènes, déformation de Canènes, de canere (chanter)".
812. Atilius et Noctuin... On ne sait rien des personnages de ce petit roman. Certains critiques ont supposé que Noctuin serait Antoine et Atilius son oncle paternel C. Antonius Hybrida, dont il épousa en secondes noces la fille, Antonia, qu'il répudia pour épouser en troisièmes noces Fulvie. D'autres, trouvant au Corpus la mention fréquente des Atilii dans la région de Côme, pensent que les personnages ici raillés sont des Cisalpins. Ces suppositions sont extrêmement fragiles et presque gratuites.
813. Beau-père qui ne fais le bonheur ni de toi-même ni d'autrui... Atilius fait son propre malheur par son ivrognerie qui le ruine, et il fait celui d'autrui parce qu'il a marié sa fille ridiculement.
814. Noctuin... Si le nom de Noctuin est un nom d'emprunt, il est sans doute formé sur Noctua, "oiseau de nuit", et désigne un homme qui se plaît aux orgies nocturnes. Cf. note 812.
815. Tête puante... L'épithète "puante" (putidus) s'emploie pour désigner soit des moeurs ignobles, soit la sotte vanité. Cf. Catulle, P., XLII, 11v ; XCVIII, 1 ; Cicéron, De Orat., XXVII. - Calvus applique l'expression "tête puante" à Tigellius : Sardi Tigelli putidum caput venit.
816. Une belle pareille... La fille d'Atilius.
817. Partit pour la campagne... Soit pour y cacher son déshonneur, ayant été en butte (pressa) aux assiduités de son beau-père et de son mari, soit pour y pouvoir vivre moins difficilement, se trouvant ruinée par leurs excès.
818.
Le vers fameux : "Gendre et beau-père, nous avez tout
perdu !"... C'est le vers de Catulle, P., XXIX, 24, appliqué à César et à Pompée, son gendre, qui ont laissé l'infâme
Marmurra dilapider les revenus des provinces, et ici à Atilius et à Noctuin, son gendre, qui ont ruiné (moralement ou matériellement, voir note précédente) la vie de leur fille et de leur femme, et, en l'obligeant à partir pour la campagne, ruiné aussi les amours du poète.
Il faut remarquer toutefois qu'en citant le vers de Catulle : Socer generque perdidistis
omnia ! l'auteur de l'épigramme intervertit les facteurs ;
gener socerque perdidistis omnia, soit parce qu'il en veut surtout au gendre, Noctuin, soit parce qu'il cite le vers de mémoire et inexactement.
819. Varius... Varius, sans aucun doute l'ami de Virgile dont il est question dans la IXe Bucolique (v. 35), et qui introduisit Horace auprès de Mécène, cf. Sat., I, 6, 54-55.
820. Les règles... Les règles de la métrique ou de la grammaire Cf. note 822.
821. Que je meure... Cf. note 793.
822. Ce gosse... Le mot
potus ne se trouve qu'ici. Est-ce un doublet de putus
"gosse", de même qu'on a poppus et pupus,
poppa et pupa, popillus et
pupillus ? ou une forme latinisée du grec pothos
"désir, objet du désir" ? Dans le premier cas, le poète emploierait le mot contre les règles de la métrique, car l'o de polos est
long ; dans le second cas, il emploierait un mot étranger, contre les lois du purisme grammatical.
Il convient d'observer que le poète dit potus iste,
"ce gosse que tu connais bien", peut-être parce que l'esclave ainsi désigné appartenait à Varius, ou que Varius aussi en faisait ses délices, ou peut-être encore parce que Varius en avait fait présent au poète.
823. Fait perdre
la tête... Rendu follement amoureux. Cf. Catulle, Poé., CIV, 3
:
Nec potui nec, si possem, tam perdite amarem.
"Je n'ai pu (médire d'elle) et, si je le pouvais, je ne l'aimerais pas à en perdre la tête.
"et Virgile, En., IV, 541 :
... Nescis, heu ! perdita
"Tu ne le sais pas, hélas ! ayant perdu la tête ..."
824. Siron... Cf. note 809.
825. Qui appartenais... Siron était-il mort à la date où le poète écrit cette épigramme ? Ou bien avait-il vendu, ou loué, ou prêté sa petite maison au poète ? On ne peut que faire ces suppositions sans prendre parti.
826. Ceux que j'ai toujours aimés... Sans doute les parents, le frère, les serviteurs du poète. Voir notre Notice.
827. Si je viens à entendre de tristes récits sur ma patrie... Vers obscur, où le poète semble dire qu'il ne s'établira à demeure dans la maison de Siron que si les nouvelles de son pays sont mauvaises : on y voit généralement une allusion au partage des terres menaçant.
828. Mon père... Parce que ce père est âgé sans doute. Si Virgile est l'auteur de l'épigramme, on peut voir dans cette recommandation particulière un égard pour son vieux père aveugle. Cf. Donat, Comm., 14.
829. Ce qu'avaient été jadis et Mantoue et Crémone... Certains éditeurs, comme Birt et nous-même, font porter prius sur toute la proposition ; d'autres sur Cremona seulement : "ce qu'avait été pour lui Mantoue, et, auparavant, Crémone". Si l'on en croit Donat, Virgile, né à Andes, habita bien Crémone (de 70 à 55) avant Mantoue (de 55 à 40), mais il est peu probable que le poète tienne à marquer ici l'antériorité du premier séjour.
830. M. Valérius Messalla Corvinus... Voir notre Notice.
831.
Peu de vers... On songe, pour le mouvement du vers et pour l'idée, au vers célèbre de la Xe
Bucolique :
Pauca meo Gallo, sed quae legat ipsa Lycoris.
832.
Pégasides... Les Muses, à qui est consacrée la fontaine d'Hippocrène, que fit jaillir Pégase. Cf. Ovide,
Hér., XV, 27 :
At mihi Pegasides blandissima carmina dictant.
"Mais les Pégasides me dictent mes plus doux chants."
833. Phébus neigeux... Ainsi voyons-nous Properce qualifier Adonis de "neigeux" niveus (El., II, 13, 53) et Virgile (En., XI, 39) appliquer la même épithète à Pallas. Cf. note 796.
834. Le vainqueur, magnifique ornement d'un magnifique triomphe... Allusion à la victoire de Messalla sur les Aquitains et au triomphe qui lui fut décerné (27 av. J.-C.).
835.
Et les terres et les mers... Messalla commandait une partie de la flotte d'Octave à Actium et prit une part importante à la victoire. Cf. Tibulle,
El., I, 1, 53 :
Te bellare decet terra, Messalla, marique.
836. Les horribles dépouilles... Ce mot désigne le butin et les ornements du triomphe.
837. Les Barbares... Les Aquitains.
838. Le grand Oenide... Diomède, descendant d'Oenus, qu'Enée appelle "le plus brave des Danaens" (En., I, 96).
839. Le superbe Eryx... Eryx, fils de Butès et de Vénus, fut roi d'un canton de Sicile appelé Erycie. Fier de sa force prodigieuse et de sa réputation au pugilat, il défiait au combat ceux qui se présentaient chez lui, et tuait le vaincu. Il osa même s'attaquer à Hercule qui venait d'arriver en Sicile. Le prix du combat fut d'un côté les boeufs de Géryon, et de l'autre le royaume d'Eryx, qui fut d'abord choqué de la comparaison, mais qui accepta l'offre lorsqu'il sut qu'Hercule perdrait, avec ses boeufs, l'espérance de l'immortalité. Il fut vaincu et enterré dans le temple dédié à Vénus, sa mère.
840. Vos chants... Les chants des Muses Pégasides. - Allusion aux oeuvres poétiques de Messalla, dont il ne reste rien.
841. Vos choeurs sacrés... Les choeurs des Muses. Cf. note précédente.
842. Que pourrais-je écrire de toi ?... Le poète est embarrassé par le choix, entre tous les talents de Messalla.
843. Que pourrais-je t'écrire ?... Le poète est embarrassé pour écrire un poème digne de Messalla, qui est un connaisseur.
844. Je vais t'en faire l'aveu... Parenthèse virgillenne, cf. Buc., I, 32 ; En., IV, 20.
845. Quelques vers de toi sont passés dans nos écrits... Le poète a fait passer dans ses vers latins quelques-uns des vers grecs de Messalla.
846. Par l'idiome et par le sel de Cécrops... Par la qualité de leur langue - la langue grecque - et par leur sel attique.
847.
Le Phrygien... Priam ou son frère Tithon, célèbres l'un et
l'autre par leur longévité. Cf. Priapées, LVII, 2-3
:
Potuisset esse nutrix Tithoni Priamique Nestorisque.
"Elle aurait pu être la nourrice de Tithon, de Priam et de Nestor."
848. Le vieillard de Pylos... Nestor, cf. note 847.
849.
Mollement, sous le verdoyant couvert d'un large chêne... On pense aux premiers vers de la
1ère Bucolique :
Tityre, tu patulae recubans sub tegmine fagi, etc.
850. Méris... Nom de berger qu'on trouve dans les VIIIe et IXe Bucoliques.
851. Mélibée... Nom de berger qu'on trouve dans les Ire, IIIe, VII' Bucoliques.
852. Les deux chants au vers alterné...
Cf. Virgile, Buc., VII, 18 :
Alternis igitur contendere versibus ambo
Coepere...
853. Le docte jeune homme de Trinacrie... Le docte Théocrite qui met en scène dans ses Idylles des bergers de Sicile ou Trinacrie, cf. note 647.
854.
Heureuse entre foutes la jeune fille... Expression virgilienne. Cf.
En., II, 321 :
O felix una ante alias Priameia virgo !
855. Celle... Atalante.
856. Qui, si elle n'eût été trompée par le présent des Hespérides, allait vaincre à la course le volant Hippomène... Allusion à la victoire d'Hippomène, qui, en jetant un à un les fruits d'or que lui avaient donnés les trois soeurs Hespérides (Eglé, Aréthuse et Hyperéthuse) vainquit à la course l'invincible Atalante qui s'arrêtait pour les ramasser, et dont il eut la main en récompense de sa victoire. Cf. Properce, El., I, 1, 10 ; Pétrone, Poé., LXIV, 1.
857. La blanche Tyndaride éclose de l'oeuf du Cygne... Hélène, fille de Léda, femme de Tyndare, naquit avec son frère Pollux de l'oeuf divin fécondé par Jupiter changé en cygne, tandis qu'un autre veuf produit en même temps donnait le jour à Castor et à Clytemnestre, considérés comme issus de Tyndare. Sur l'épithète "blanche", cf. note 796.
858. Cassiopée, qui brille au haut de l'Empyrée... Cassiopée, femme du roi éthiopien Céphée, mère d'Andromède, belle-mère de Persée, fut placée au ciel parmi les constellations septentrionales (d'où l'expression "qui brille au haut de l'Empyrée") en même temps que Persée, Andromède et Céphée.
859. Celle... Hippodamie, fille d'OEnomaüs, roi de Pise, avait été promise en mariage par son père à celui qui le vaincrait à la course des chars, le vaincu devant payer de sa mort sa défaite. Possédant un char et des chevaux rapides conduits par Myrtile, le plus habile des écuyers OEnomaüs ne doutait pas d'être toujours vainqueur. S'il mettait une condition si dure au mariage de sa fille, c'est qu'au oracle lui avait annoncé que son gendre serait cause de sa mort, et il voulait se défaire de tous les prétendants. Mais grâce à la complicité de Myrtile, qui scia en partie l'essieu du char d'OEnomaüs Pélops vainquit celui-ci, dont le char se fracassa en le tuant dans sa chute.
860. Pour qui si souvent le sol d'Elide baigna dans les flots d'un sang rouge... Treize prétendants à la main d'Hippodamie avaient péri et rougi de leur sang le sol de l'Elide, quand Pélops triompha.
861. La royale Sémélé... Sémélé, fille du roi thébain Cadmus, que Jupiter séduisit en prenant l'apparence de la foudre.
862. L'Inachine fille d'Acrisios... Danaé, telle d'Acrisios, arrière-petite-fille d'Inachos, que Jupiter séduisit en prenant la forme d'une pluie d'or. Cf. note 663.
863. Celle dont le rapt fut cause, etc... Lucrèce, fille du préfet de Rome Lucretius et femme de Collatin, qui contrainte par Sextus Tarquin son hôte et l'ami de son mari, de subir les derniers outrages, le dénonça le lendemain à son mari, en présence de Junius Brutus, puis se poignarda pour ne pas survivre à sa honte. Junius Brutus s'emparant du poignard sanglant courut au Forum, souleva le peuple et prononça la déchéance de la dynastie royale des Tarquins.
864. Superbe... Allusion au surnom de Lucius Tarquin, le septième et dernier roi de Rome.
865. De nombreuses récompenses à ses enfants... Parmi ces récompenses (praemia), il faut citer au premier rang le consulat où parvint en 509 P. Valérius.
866. Aux Messalla Poplicola... Le surnom de Poplicola (Publicola) fut donné aussi au consul P. Valérius ; celui de Messalla, deux siècles et demi plus tard, à un autre consul M. Valérius, qui avait sauvé Messine d'une attaque des Carthaginois.
867. Les temps horribles... L'auteur emploie ici le mot "horribles" horrida dans le même sens où Virgile parle de "l'horrible grêle", de "l'horrible hiver", cf. Géorg., I, 449 ; III, 442.
868. Les camps, les clairons préférés au
forum... Allusion au talent d'orateur de Messalla, sacrifié par lui à la gloire militaire. Cf. Horace, A.
P., 370-371 :
....virtute diserti
Messallae ...
"La puissance oratoire de l'éloquent Messalla."
869. Ce fils... Messallinus, qui fut l'ami d'Ovide
870.
Les flots farouches souvent traversés malgré les astres
hostiles ?... On songe au vers du Panégyrique (Tibulle, IV, 1, 194)
:
Adversis hiberna licet tumeant frela ventis.
"J'oserais affronter pour toi, dit le poète à Messalia, les ondes rapides de la mer, quand bien même leurs flots tempétueux seraient gonflés par les vents
contraires !"
871. Le dieu commun de la guerre... Mars, qui ne se prononce pas tout de suite entre les camps adverses et qui leur est d'abord "commun". Cf. Cicéron, Fam., VI, 4, 1 : cum omnis belli Mars communis et cum semper incerti exitus proeliorum sunt.
872. Les agiles Africains... Les Numides avaient la réputation d'être des cavaliers adroits et rapides.
873. Cette nation parjure... Allusion à la nation égyptienne, qui trahit la cause romaine en soutenant Antoine contre Octave, et qui avait, si l'on en croit César (B. C., CIV), une réputation de fourberie bien assise.
874. Les
flots d'or du Tage rapide... Catulle, Poé., XXIX, 19, parle du "cours aurifère du Tage"
:
amnis aurifer Tagus.
Messalla, après son triomphe d'Aquitaine,était sans doute désigné pour prendre part à l'expédition d'Auguste de fin 27,
contre les Astures et les Cantabres.
875.
Au delà des confins de l'Océan... Allusion au projet d'expédition d'Auguste dans les ales Britanniques. Cf. Dion Cassius,
LIII, 23.
876. Le Cynthien... Apollon. Cf. note 601.
877. Aglaé... L'une des trois Grâces, la plus jeune de celles-ci, dont le nom signifie "la Brillante" et qu'on représentait d'ordinaire tenant à la main un bouton de rose à peine éclos.
878. National... Latin.
879. Aborder Cyrènes,.. Aborder la poésie élégiaque, illustrée par le poète de Cyrènes, Callimaque.
880. Les saillies grecques... L'auteur a déjà parlé au vers 14 du "sel de Cécrops".
881.
Je n'ai rien de commun avec le peuple épais... Lieu commun poétique, qu'on trouve exprimé par Catulle, XCV, 10
:
"J'ai un faible, dit-il pour les petits ouvrages de mon ami (il s'agit de Cinna), et je laisse le peuple faire son plaisir des vers boursouflés d'Antimaque"
:
At populus tumido gaudeat Antimacho;
Par Properce, El., II, 13, 11-14 :
Me juvet in gremio doctae legisse puellae,
Auribus et paris scripta probasse mea.
Haec ubi contingerint, populi confusa valeto
Fabula...
"Ce qui me plaît, c'est le giron d'une docte jeune femme à qui je puisse lire mes écrits, que son goût pur approuve.
Que ce bonheur m'arrive, et je me moque de la foule et de ses propos confus..."
et surtout par Horace, Od., III, 1, 1 :
Odi profanum valgus et arceo
"Je hais la foule profane et je l'écarte" ; et Sat., I, 10, 72-76
:
Saepe stilum vertas, iterum quae digna legi sint
Scripturus ; neque te ut miretur turba labores,
Contentas paucis Iectoribus...
"Retourne souvent ton style pour effacer, si tu veux écrire une oeuvre qui mérite d'être relue; ne recherche pas l'admiration de la foule et contente-toi de quelques lecteurs."
882. Sabinus... Personnage inconnu, sans doute un riche muletier de Crémone ou de Mantoue qu'a pu connaître l'auteur.
883.
Parodie de Catulle... Cette petite pièce est en effet une parodie ou plutôt un pastiche de la charmante pièce du Phaselus (Catulle,
Poé., IV), dont il convient de donner ici, pour que le lecteur apprécie l'adresse extrême du calque, le joli texte
:
Phaselus ille, quem videtis, hospites,
Ait fuisse navium celerrimus,
Neque ullius natantis impetum trabis
Nequisse praeterire, sive palmulis
Opus foret volare, sive linteo.
Et hoc negat minacis Adriatici
Negare litus insulasve Cycladas
Rhodumve nobilem horridamve Thraciam
Propontida trucemve Ponticum sinum,
Ubi iste post phaselus antea fuit
Comata silva : nam Cytorio in jugo
Loquente saepe sibilum edidit coma.
Amastri Pantica et Cytore buxifer,
Tibi haec fuisse et esse cognitissima
Ait phaselus : ultima ex origine
Tuo stetisse dicit in cacumine,
Tuo imbuisse palmulas in aequore,
Et inde tot per impotentia freta
Erum tulisse, laeva sive dextera
Vocaret aura, sine utrumque Juppiter
Simul secundus incidisset in pedem ;
Neque ulla vota littoralibus deis
Sibi esse jacta, cum veniret a mare
Novissime hunc ad usque limpidurn lacum.
Sed haec prius fuere : nunc recondita
Senet quiete seque dedicat tibi,
Gemelle Castor et gemelle Castoris.
Ce canot que vous voyez, passants, fut, à l'entendre, le plus rapide des navires. Jamais aucun vaisseau ne put le devancer de son étrave, soit que les voiles, soit que les rames le fissent voler sur l'onde. II vous défie de le nier, rivages de l'Adriatique menaçant, îles Cyclades, horrible Propontide de Thrace, et vous, golfe sauvage du Pont : oui, les sommets du Cytore ont souvent retenti du sifflement de sa sonore chevelure ! Amastris du Pont, Cytore couronné de buis, vous avez connu, dit le canot, vous connaissez encore cette histoire. Dès l'origine du monde, il se dressait, dit-il, sur vos rives, il plongeait ses rames dans vos flots. C'est de là qu'à travers tant de mers en furie, il a porté son maître, soit que le vent l'appelât à gauche ou à droite, soit que Jupiter propice vint frapper d'un coup ses deux flancs. Jamais on ne fit de vaux pour lui aux dieux des rivages, quand il quitta la mer pour finir sur les bords de ce lac limpide. Mais cela, c'est le passé ; maintenant il vieillit dans une calme retraite et se consacre à toi, Castor jumeau, à toi, jumeau de Castor.
884. Passants... L'épigramme de Virgile a, comme celle de Catulle, l'apparence d'une inscription.
885. Brixia... Brixia était une petite ville, à trente milles environ de Crémone.
886. La fameuse maison Tryphon... La maison de muleterie dirigée par Tryphon, concurrent de Sabinus, et sans doute, à en juger par son nom, un ancien esclave grec. Mais il y a un jeu de mots sur maison, pris ironiquement dans le sens de famille, race.
887. L'hôtel Cérule... La maison de muleterie de Cérule, autre concurrent de Sabinus, désignée pompeusement ici par le nom d'hôtel (insula), pour indiquer sans doute que Cérule avait d'importantes écuries-remises.
888. Le Sabinus d'au