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Poèmes attribués à Virgile : traduction nouvelle de Maurice RAT, GARNIER, 1935

La fille d'auberge le cachat l'aigrette le moustique l'Etna Epigrammes Priapées imprécations élégies pour Mécène

ÉLÉGIES POUR MÉCÈNE (ELEGIAE IN MAECENATEM)

NOTICE SUR LES ÉLÉGIES POUR MÉCÈNE

Bien que les élégies (ou l'élégie) pour la mort de Mécène aient été éditées dans les oeuvres de Virgile par Sweynheim et Pannartz vers 1474, elles ne sauraient être de l'auteur de l'Enéide, puisque Virgile est mort onze ans avant Mécène.
Elles constituent une apologie, assez maladroite d'ailleurs, du ministre d'Auguste, composée sans doute aussitôt après sa mort, c.-à-d. en l'an 8 av. J.-C., comme le fut, aussitôt après la mort de Drusus, survenue en l'an 9, l'Epicède auquel font allusion certains vers des poèmes *.
Leur attribution à Pedo Albinovanus, inventée par Scaliger, est dénuée de tout fondement. Il est probable que ces Élégies sont dues à un imitateur de Virgile et de Properce **, qui, en dépit de ses maladresses, ne manquait pas d'un certain talent.
On ignore si ces élégies, qui font corps dans les manuscrits, constituent, comme l'a supposé Scaliger, deux poèmes, l'un de 144 vers consacré à la défense et à l'apologie de Mécène, l'autre de 34 vers rapportant les adieux de Mécène à Auguste, ou s'il faut voir dans le second, comme le croit M. Frédéric Plessis, une partie déplacée du premier poème, dont le développement est d'ailleurs fort lâche.

* Cf. Elégies, I, 1; II, 2-6 (I, 146-150).
** Voir les rapprochements signalés dans les notes.

ELEGIAE IN MAECENATEM

I

In Maecenatis obitum

Defleram iuvenis tristi modo carmine fata,
sunt etiam merito carmina danda seni.
Ut iuvenis deflendus enim tam candidus et tam
longius annoso vivere dignus avo.
Inreligata ratis,numquam defessa carina,
et redit in vastos semper onusta lacus.
Illa rapit iuvenes prima florente iuventa,
non oblita tamen sed repetitque senes.
Nec mihi, Maecenas, tecum fuit usus amici,
Lollius hoc ergo conciliavit opus.
Foedus erat vobis nam propter Caesaris arma
Caesaris et similem propter in arma fidem.



ÉLÉGIES POUR MÉCÈNE

I

Pour la mort de Mécène (1136).

Je venais de pleurer, en un chant douloureux, le destin d'un homme jeune (1137), et voici qu'il me faut aussi consacrer des vers à un vieillard (1138) plein de mérites. Car il doit être pleuré autant qu'un homme jeune, lui qui était si pur et si digne de vivre plus longtemps qu'un ancêtre accablé d'années. Le radeau qui ne jette pas l'ancre (1139), la carène qui n'est jamais lasse, va et vient, toujours chargée (1140) sur la vaste lagune (1141). Elle ravit les hommes jeunes, dans la fleur de leur prime jeunesse; mais elle n'oublie pas non plus de ravir les vieillards. Je n'avais point, Mécène, de relations d'amitié avec toi. C'est Lollius (1142) qui m'a poussé à écrire cet ouvrage : car il était votre ami, tant pour avoir pris part aux campagnes de César (1143) que pour avoir eu dans les campagnes de César une confiance semblable à la vôtre.

 

Regis eras, Etrusce, genus; tu Caesaris almi
dextera, Romanae tu vigil urbis eras.
Omnia cum posses tanto tam carus amico,
te sensit nemo posse nocere tamen.
Pallade cum docta Phoebus donaverat artes:
tu decus et laudes huius et huius eras.
Vincit vulgaris, vincit Berytus arenas,
littore in extremo quas simul unda movet.
Quod discinctus eras, animo quoque, carpitur unum:
diluis hoc nimia simplicitate tua.
Sic illi vixere, quibus fuit aurea Virgo,
quae bene praecinctos postmodo pulsa fugit.
Livide, quid tandem tunicae nocuere solutae ?
Aut tibi ventosi quid nocuere sinus?
Num minus Urbis erat custos et Caesaris opses?
Num tibi non tutas fecit in Urbe vias?
Nocte sub obscura quis te spoliavit amantem ?
Quis tetigit ferro, durior ipse, latus?
Maius erat potuisse tamen nec velle triumphos,
maior res magnis abstinuisse fuit.
Maluit umbrosam quercum nymphasque cadentes
paucaque pomosi iugera certa soli.
Pieridas Phoebumque colens in mollibus hortis
sederat argutas garrulus inter avis.
Marmora Maeonii vincent monumenta libelli:
vivitur ingenio, cetera mortis erunt.
Quid faceret ? defunctus erat comes integer, idem
miles et Augusti fortiter usque pius.
Illum piscosi viderunt saxa Pelori
ignibus hostilis reddere ligna ratis;
pulvere in Emathio fortem videre Philippi,
tam nunc ille tener, tam gravis hostis erat !
Cum freta Niliacae texerunt laeta carinae,
fortis erat circa, fortis et ante ducem,
militis Eoi fugientis terga secutus,
territus ad Nili dum fugit ille caput.
Pax erat: haec illos laxarunt otia cultus:
omnia victores Marte sedente decent.
Actius ipse lyram plectro percussit eburno,
postquam victrices conticuere tubae.
Hic modo miles erat, ne posset femina Romam
dotalem stupri turpis habere sui.
Hic tela in profugos (tantum curaverat arcum !)
misit ad extremos Exorientis equos.

Étrusque, tu étais d'une race de rois (1144) : toi, le bras droit de César vénéré (1145), toi, le gardien de la ville romaine (1146). Tu avais beau, de par la faveur d'un si grand ami, jouir de la toute puissance, personne n'éprouva pourtant que tu pouvais nuire (1147). Phébus avec la docte Pallas t'avait comblé de talents (1148) : tu étais l'honneur et la louange de l'une et de l'autre. Ainsi le Béryte (1149) l'emporte sur les sables vulgaires que la vague avec lui roule au bord de la côte. Le seul reproche qu'on te fait c'est d'avoir été relâché, dans ton allure (1150) et aussi dans tes moeurs (1151) : mais tu as ton excessive simplicité pour excuse. Ainsi vécurent les hommes, au temps de la Vierge d'or (1152), que mirent en fuite plus tard les gens bien accoutrés (1153). Toi que l'envie fait verdir, quel mal t'a-t-il fait, dis-moi, à porter des tuniques lâches (1154) et des robes où le vent s'engouffre ? En était-il moins bon gardien de la Ville (1155), moins bon lieutenant de César (1156) ? N'a-t-il pas assuré la sécurité des rues (1157) dans la Ville ? Quelqu'un t'a-t-il dépouillé quand tu faisais l'amour par une nuit obscure (1158) ? Ou frotté son fer à tes flancs, plus dur lui-même encore que son arme ? Il y avait pourtant une certaine grandeur à avoir pu obtenir des triomphes et à n'en pas vouloir (1159) ; il y avait une certaine grandeur à s'être abstenu des grandeurs. Il aima mieux l'ombre d'un chêne, les cascades (1160) et quelques arpents, sans plus, d'un sol couvert d'arbres fruitiers ; honorant dans de doux jardins (1161) les Piérides (1162) et Phébus, il s'asseyait pour bavarder au milieu des oiseaux gazouillants (1163). Les livres méoniens (1164) vaincront les monuments de marbre (1165) : on vit par le talent, le reste appartiendra à la mort. Que pouvait-il faire? compagnon infatigable et soldat d'Auguste toujours bravement fidèle, il s'était acquitté de sa tâche (1166). Les rochers du poissonneux Pélore le virent livrer aux flammes le bois du navire ennemi (1167). Philippes (1168) vit sa vaillance dans la poussière de l'Emathie (1169) : quel ennemi terrible, lui si tendre, il savait être alors ! Quand les carènes niliaques (1170) couvrirent au loin les flots, il était là, vaillant, dépassant même son chef (1171) en vaillance, pressant la fuite du soldat de l'Aurore (1172), jusqu'à ce qu'il l'eût fait fuir, terrifié, à la bouche du Nil (1173) ! Vint la paix : ses loisirs relâchèrent les moeurs (1174). Tout est permis aux vainqueurs dans le repos de Mars (1175). Le dieu d'Actium (1176) lui-même frappa sa lyre de son plectre d'ivoire (1177), quand se turent les trompettes victorieuses. Tout récemment encore il luttait en soldat pour empêcher une femme de recevoir Rome en dot pour son ignoble stupre (1178). Il lança sur les fuyards ses traits (1179) (tant il avait recourbé son arc !) jusqu'aux confins du monde où se lèvent les chevaux de l'Aurore (1180). 
Bacche, coloratos postquam devicimus Indos,
potasti galea dulce iuvante merum
et tibi securo tunicae fluxere solutae :
te puto purpureas tunc habuisse duas.
Sum memor, et certe memini sic ducere thyrsos
baltea purpurea candidiora nive.
Et tibi thyrsus erat gemmis ornatus et auro,
serpentes hederae vix habuere locum.
Argentata tuos etiam talaria talos
vinxerunt certe nec, puto, Bacche, negas.
Mollius est solito mecum tum multa locutus
et tibi consulto verba fuere nova.
Impiger Alcide, multo defuncte labore,
sic memorant curas te posuisse tuas,
sic te cum tenera multum lusisse puella,
oblitum, Nemeae iamque, Erymanthe, tui.
Ultra numquid erat? Torsisti pollice fusos,
lenisti morsu levia fila parum.
Percussit crebros te propter, Lydia, nodos,
te propter dura stamina rupta manu.
Lydia te tunicas iussit lasciva fluentes
inter lanificas ducere saepe suas.
Clava torosa tua pariter cum pelle iacebat,
quam pede suspenso percutiebat Amor.
Quis fore credebat, premeret cum iam impiger infans
Hydros ingentes vix capiente manu,
cumve renascentem meteret velociter hydram,
frangeret immanes vel Diomedis equos
vel tribus adversis communem fratribus alvum
et sex adversas solus in arma manus ?
Fudit Aloidas postquam dominator Olympi,
dicitur in nitidum procubuisse diem
atque aquilam misisse suam, quae quaereret, ecquid
posset amaturo digna referre Iovi.
Valle sub Idaea dum te, formose sacerdos,
invenit et presso molliter ungue rapit.
Sic est. Victor amet, victor potiatur in umbra,
victor odorata dormiat inque rosa.
Victus aret victusque metat, metus imperet illi,
membra nec in strata sternere discat humo.
Tempora dispensat usus et tempora cultus,
haec homines, pecudes, haec moderantur aves.
Lux est: taurus arat; nox est: requiescit ; arator,
liberat et merito fervida colla bovi.
Conglaciantur aquae: scopulis se condit hirundo;
verberat egelidos garrula vere lacus.
Caesar amicus erat: poterat vixisse solute,
cum iam Caesar idem, quod cupiebat, erat.
Indulsit merito : non est temerarius ille.
Vicimus: Augusto iudice dignus erat.
Toi aussi, Bacchus (1181), après que nous eûmes battu les Indiens colorés (1182), tu bus avec plaisir du vin pur dans un casque (1183) et portas sans souci des tuniques flottantes (1184) ; tu avais même, je crois, deux tuniques de pourpre. Oui, je me le rappelle, et je revois encore ton baudrier plus blanc qu'une neige vermeille (1185) menant la ronde des thyrses ; ton thyrse était orné de gemmes et d'or, et des serpents y tinrent la place du lierre. Des talonnières argentées enchaînèrent tes talons et je ne pense pas, Bacchus, que tu le nies. Avec plus de laisser-aller que de coutume tu me fis alors de nombreuses confidences et, toi qui es réfléchi, tu me tins des propos étranges. Toi aussi, infatigable Alcide (1186), après t'être acquitté d'une tâche nombreuse, tu vécus, dit-on, sans souci, tu jouas souvent avec une tendre jeune femme, oublieux du fauve (1187) de Némée, ainsi, ô Erymanthe, que du tien (1188). Et tu allas encore plus outre ? Tu tournas de ton pouce les fuseaux (1189), tu assoupis d'une morsure des fils trop peu lisses. Une Lydienne (1190) te frappa (1191) pour avoir fait trop souvent des noeuds, pour avoir rompu l'écheveau de ta main trop rude (1192) ; une Lydienne lascive te contraignit de porter souvent des tuniques flottantes au milieu de ses fileuses de laine (1193). Ta massue noueuse gisait à côté de la peau du lion, foulée au pied par les bonds de l'Amour (1194). Qui eût cru qu'il en serait ainsi, quand l'enfant prompt étouffait d'énormes hydres dans sa main à peine assez grande pour les contenir (1195), quand il moissonnait rapidement l'hydre renaissante (1196), quand il domptait les chevaux monstrueux de Diomède (1197), quand seul en bataille rangée il tint tête au monstre à trois têtes et à six mains (1198) qui se dressait contre lui ? Après que le souverain de l'Olympe (1199) eut mis en déroute les Aloïdes (1200), il se coucha, dit-on, pour célébrer ce jour de gloire et envoya son aigle lui chercher quelqu'un qui pût être le courrier de Jupiter amoureux. L'aigle alors te rencontra, ô prêtre au beau corps (1201), dans la vallée de l'Ida (1202) et te ravit dans une douce étreinte de ses serres. Ainsi va le monde. Au vainqueur d'aimer, au vainqueur de posséder dans l'ombre l'objet de ses amours, au vainqueur de dormir sur la ros eodorante (1203). Au vaincu de labourer, au vaincu de moissonner, d'être en proie à la peur, et de ne pas savoir oser étendre ses membres sur le sol. Les usages et les cultures dépendent du moment ; c'est lui qui gouverne les hommes, les bêtes et les oiseaux. Fait-il jour ? le taureau laboure ; fait-il nuit ? il se repose ; le laboureur libère le cou en sueur du boeuf (1204) qui a accompli sa tâche. Les eaux sont-elles glacées ? L'hirondelle se cache dans les rochers ; mais au printemps elle fait retentir de son gazouillis le lac dégelé (1205). César (1206) était son ami; il (1207) eût pu vivre dans le relâchement, puisque c'était justement ce que désirait César, indulgent pour ses mérites, et non à l'aveuglette. Nous avons vaincu : il était digne du jugement de César.
Argo saxa pavens postquam Scyllaea legit
Cyaneosque metus iam religanda ratis,
viscera disiecti mutavit in arietis agno
Aeetis sucis omniperita suis.
His te, Maecenas, iuvenescere posse decebat;
haec utinam nobis Colchidos herba foret !
Redditur arboribus florens revirentibus aetas:
ergo non homini, quod fuit ante, redit?
Vivacesque magis cervos decet esse paventes,
si quorum in torva cornua fronte rigent?
Vivere cornices multos dicuntur in annos:
cur nos angusta condicione sumus?
Pascitur Aurorae Tithonus nectare coniunx
atque ita iam tremulo nulla senecta nocet.
Ut tibi vita foret semper medicamine sacro,
te vellem Aurorae complacuisse virum.
Illius aptus eras croceo recubare cubili
et, modo poeniceum rore lavante torum,
illius aptus eras roseas adiungere bigas,
tu dare purpurea lora regenda manu,
tu mulcere iubam, cum iam torsisset habenas
procedente die respicientis equi.
Quaesivere chori iuvenum sic Hesperon illum,
quem nexum medio solvit in igne Venus,
quem nunc in fuscis placida sub nocte nitentem
Luciferum contra currere cernis equis.
Hic tibi Corycium, casias hic donat olentes,
hic et palmiferis balsama missa iugis.
Nunc pretium candoris habes, nunc redditus umbris:
te sumus obliti decubuisse senem.
Ter Pylium flevere sui, ter Nestora canum
dicebantque tamen, non satis esse senem:
Nestoris annosi vicisses saecula, si me
dispensata tibi stamina nente forent.
Nunc ego, quod possum ? Tellus, levis ossa teneto,
pendula librato pondus et ipsa tuum.
Semper serta tibi dabimus, tibi semper odores,
non umquam sitiens, florida semper eris.
Après qu'Argo craintif eut effleuré les rochers de Scylla (1208) et l'épouvantail des Cyanées (1209), navire destiné à être bientôt amarré, l'habile Éétide (1210) avec ses sucs avait changé en agneau les viscères d'un bélier déchiqueté (1211). Il eût fallu, Mécène, que tu pusses rajeunir par ces sucs : ah ! si l'herbe de la Colchidienne (1212) nous eût appartenu ! Leur florissante jeunesse est rendue aux arbres qui reverdissent; et l'homme ne voit pas revenir ce qu'il possédait jadis ? Est-il séant que les cerfs craintifs soient plus agiles, si des cornes durcissent sur leur front torve (1213) ? Les corneilles, dit-on, vivent pendant des années (1214) : pourquoi sommes-nous soumis à des bornes si étroites ? Tithon, l'époux de l'Aurore (1215), se repaît de nectar (1216), et ainsi bientôt tremblant, n'a rien à craindre de la vieillesse (1217). Pour que tu fusses toujours resté en vie par l'effet d'un breuvage magique, j'aurais voulu que l'Aurore t'agréât pour mari. Tu étais digne de coucher sur sa couche safranée (1218), et, tandis que la rosée lavait son lit de pourpre, tu étais digne d'atteler son bige (1219) rose, digne de diriger de ta main les rênes empourprées, de flatter la crinière des chevaux, en faisant tournoyer les rênes du cheval qui se retourne quand la journée s'avance. Ainsi les choeurs des jeunes gens pleurèrent le fameux Hespéros (1220), attaché à Vénus, que la déesse consume au milieu de son feu, et que remplace maintenant au sein de la nuit calme l'étincelant Lucifer (1221) que tu vois courir sur ses chevaux foncés (1222). L'un te donne du safran du Coryce (1223), un autre du garou odorant (1224), un autre le baume importé des monts couverts de palmes (1225). Maintenant tu reçois la récompense de ta vertu ; maintenant tu es rendu aux ombres; nous avons oublié que c'était un vieillard qui se couchait dans la tombe. Trois fois (1226) les siens pleurèrent le vieillard de Pylos, Nestor aux cheveux blancs, et malgré ses cheveux blancs ils disaient qu'il n'était pas encore assez vieux pour mourir. Tu aurais vécu autant de siècles que Nestor chargé d'années, si l'on m'avait donné à filer les écheveaux mesurant ta vie. Mais à présent que peut faire un homme comme moi? O Terre, qui renfermes ses os, sois-leur légère et balance sur eux ton poids avec mesure. Toujours nous te donnerons des guirlandes, toujours des encens; jamais altérée, tu seras toujours fleurie.

II

De Maecenate moriente

Sic est Maecenas fato veniente locutus,
frigidus et iam iam cum moriturus erat.
"Men", inquit, "iuvenis primaevi, Iuppiter, ante
augustam Drusi non cecidisse diem !
Pectore maturo fuerat puer, integer aevo
et magnum magni Caesaris illud opus.
Discidio vellemque prius." - Non omnia dixit
inciditque pudor quae prope dixit amor,
sed manifestus erat: moriens quaerebat amatae
coniugis amplexus oscula verba manus.
"Si tamen hoc satis est: vixi te, Caesar, amico
et morior" dixit, "dum moriorque, sat es.
Mollibus ex oculis aliquis tibi procidet umor,
cum dicar subita voce fuisse tibi.
Hoc mihi contingat: iaceam tellure sub aequa.
Nec tamen hoc ultra te doluisse velim,
sed meminisse velim: vivam sermonibus illic,
semper ero, semper si meminisse voles.
Et decet et certe vivam tibi semper amore
nec tibi qui moritur desinit esse tuus.
Ipse ego quidquid ero cineres interque favillas,
tunc quoque non potero non memor esse tui.
Exemplum vixi te propter molle beati,
unctus Maecenas teque ego propter eram.
Arbiter ipse fui; voluit, quod contigit esse,
pectus: eram vere pectoris ipse tui.
Vive diu, mi care, senex pete sidera sero:
est opus hoc terris, te quoque velle decet.
Et tibi succrescant iuvenes bis Caesare digni
et tradant porro Caesaris usque genus.
Sit secura tibi quam primum Livia coniunx,
expleat amissi munera rupta gener.
Cum deus in terrris, divis insignis avitis,
te Venus in patrio collocet ipsa sinu."

II

Sur Mécène mourant.

Voici comment parla Mécène à l'arrivée de son destin, déjà froid et sur le point de mourir : « Pourquoi n'ai-je pas succombé, dit-il, Jupiter, avant le jour fatal qui a clos l'étroite vie de Drusus (1227) ? C'était un enfant au mûr courage, et dans la fleur de l'âge, c'était le grand oeuvre du grand César (1228). Et j'aurais voulu qu'avant le divorce (1229)... » Il ne dit pas tout, et un sentiment de pudeur traversa ce qu'a presque exprimé l'amour. Mais, de toute évidence, il cherchait en mourant de l'épouse qu'il aimait les étreintes, les baisers, les paroles et les mains. « Si pourtant il suffit, j'ai vécu, César, en t'ayant pour ami, et je meurs, dit-il, et il suffit que je t'aie pour ami en mourant. De tes yeux attendris il tombera quelques pleurs, lorsqu'on te dira soudain que j'ai fini de vivre. Puissé-je avoir la joie de reposer sous la Terre équitable, sans vouloir de toi rien de plus que ton souvenir ! Puissé- je revivre là-haut dans tes entretiens ! J'existerai toujours, si tu veux bien te souvenir de moi. Il sied que je vive toujours dans ton amicale pensée et que celui-là qui meurt pour toi ne cesse pas d'être tien. Pour moi, quoi qu'il advienne (1230) parmi les fumées et les cendres, je ne pourrai, même alors, ne pas me souvenir de toi. Ma vie près de toi fut un exemple de doux bonheur, et j'étais près de toi le seul à être Mécène. Je fus moi-même l'arbitre de mon sort : ce que j'ai voulu, j'ai eu la joie de le réaliser. J'étais vraiment le coeur de ton coeur. Vis longtemps, mon cher vieux (1231), gagne tardivement les astres (1232). La terre en a besoin; il te sied aussi de le vouloir. Puissent faire souche pour toi les jeunes gens (1233) deux fois dignes de César (1234), puissent-ils prolonger sans fin la race de César. Puisse ton épouse Livie te donner au plus tôt toute sécurité (1235) ! Puisse ton gendre (1236) remplir les charges interrompues du défunt (1237) ! Puisque tu es sur terre un dieu digne de tes divins ancêtres (1238), puisse Vénus elle-même (1239) t'accueillir dans le giron paternel (1240) ! »

 

INSCRIPTIONS

NOTICE SUR LES INSCRIPTIONS DIVERSES

On trouvera réunis ici sous ce titre quatre petits poèmes célèbres attribués à Virgile, et dont on ne saurait dire avec certitude s'ils sont de lui ou non : le distique écrit sur le mur du palais des Césars et dont Bathylle se proclame l'auteur, le fameux Sic vos non vobis, l'ép­taphe de Ballista, celle du poète lui-même.« Le caractère presque insignifiant de cette inscription, a écrit M. F. Plessis de cette dernière, incline à croire qu'elle est de lui : quel autre que Virgile, en sa modestie, eût osé écrire sur Virgile, ne fût-ce qu'un distique, sans un mot d'hommage au génie? »

INSCRIPTIONES

I

Caesar et Juppiter.

 Nocte pluit tota ; redeunt spectacula mane;
Dimidium imperium cum Jove Caesar habet.

II

Sic vos non vobis...

 Hos ego versiculos feci; tulit alter honores :
Sic vos non vobis nidificatis, aves;
Sic vos non vobis vellera fertis, oves;
Sic vos non vobis mellificatis, apes;
Sic vos non vobis fertis aratra, boves.

III

Ballistae epitaphium.

 Monte sub hoc lapidum tegitur Ballista sepultus;
Nocte, die, tutum carpe, viator, iter.  

IV

Poetae epitaphium. 

Mantua me genuit, Calabri rapuere, tenet nunc
Parthenope; cecini pascua, rura, duces.


INSCRIPTIONS

I

César et Jupiter (1241).

Il a plu toute la nuit; le matin ramène les spectacles (1242) ; César a l'empire de moitié avec Jupiter (1243) .

II

Ainsi vous, non pour vous (1244)...

C'est moi qui ai fait ces petits vers; c'est à un autre qu'ils ont valu des honneurs. Ainsi vous, non pour vous, vous faites des nids, oiseaux; ainsi vous, non pour vous, vous portez une toison, brebis; ainsi vous, non pour vous, vous faites du miel, abeilles; ainsi vous, non pour vous, vous portez, ô bœufs, des charrues (1245) .

III

Epitaphe de Ballista (1246).

Sous ce monceau de pierres est cachée la sépulture de Ballista; nuit et jour, voyageur, passe ton chemin tran-quille (1247).

 IV

Epitaphe du poète (1248).

Mantoue m'a donné le jour (1249); les Calabres m'ont ravi (1250) ; j'appartiens maintenant à Parthénope (1251) ; j'ai chanté les pâquis (1252), les champs (1253), les capitaines (1254).

 

 

1136. La mort de Mécène... Mécène mourut l’an 8 av. J.-C.

1137. Un homme jeune... Il s'agit probablement de Drusus (Nero Claudius Drusus Germanicus), frère de Tibère et fils de Livie, adopté par Auguste, qui naquit en 38 av. J.-C. et mourut le 14 septembre de l'an 9, à moins de trente ans, d'une chute de cheval aux bords de l'Elbe, au cours d'une expédition en Germanie.
En ce cas le « chant douloureux » auquel l'auteur fait ici allusion serait un épicède sur la mort de Drusus.

1138. Un vieillard... Mécène étant né vers 67 av. J.-C. était donc à sa mort à peu près âgé de 60 ans.

1139. Le radeau qui ne jette pas l'ancre... La barque infatigable de Charon.

1140. Chargé... Chargé de morts.

1141. La vaste lagune... Le Styx.

1142. Lollius... M. Lollius, favori d'Auguste, consul en 21 av. J.-C. qui, commandant une armée romaine en Gaule, y subit une défaite (16 av. J.-C.), et qui, envoyé plus tard en Asie pour accompagner comme gouverneur le petit-fils d'Auguste C. César, devait trahir Rome au profit des Parthes et s'empoisonner en l'an 2 ap. J.-C. Cf. Velléius Paterculus, II, 101-102 ; Pline, H. N., IX, 58.C'est à ce même Lollius qu'Horace consacre l'ode 9 de son quatrième livre, où une part plus grande est faite d'ailleurs au conseil indirect qu'à l'éloge apparent.

1143. César... Auguste.

1144. Etrusque, tu étais d'une race de rois... Mécène descendait d'une famille noble d'Arretium, aujourd'hui Arezzo, l'une des douze cités étrusques, où l'on appelait rois les chefs de tribu ou Lucumons.
Horace (Od., I, 1, 1) rappelle lui aussi la royale ascendance de Mécène :
Maecenas atavis edite regibus,
et Properce (El., III, 1, 9) le nomme « un chevalier de sang étrusque royal ».
Maecenas eques Etrusco de sanguine regum
.
Cf. encore Horace, Od., III, 29, 1; et Silius Italicus, VII, 29.

1145. De César vénéré... L'épithète de « vénéré » (almus) est souvent accolée par les poètes au nom de César Auguste. Cf. Horace, Od., III, 4, 37 ; Ovide, Pont., II, 3, 63 ; Epicède de Drusus, 453.

1146. Gardien de la ville romaine... Mécène avait été préfet de Rome. Cf. Horace, Od., III, 29, 25-26 :
Tu civitatem quis deceat status
Curas et Urbi sollicitus times,
« Tu penses, toi, à ce qu'il faut faire pour la bonne marche de l'État, tu t'inquiètes pour Rome et redoutes, etc. »
et Velléius Paterculus, II, 88, 2 : [Maecenas] Urbis custodiis præpositus.

1147. Personne n'éprouva pourtant que tu pouvais nuire... La modération de Mécène et sa bonté sont louées aussi par Properce, El., III, 7, 3 sq.; 9, 29.

1148. Phébus avec la docte Pallas t'avait comblé de talents... Mécène ne fut pas seulement un protecteur des lettres et des arts, il écrivit lui-même plusieurs ouvrages; il nous reste sous son nom des fragments de poésies d'un style plein d'afféterie et de recherche ; un de ses traités avait pour objet la toilette ; une de ses épigrammes a été fort censurée par Sénèque, et La Fontaine en a fait la moralité d'une de ses fables:
Mécénas fut un galant homme ;
II a dit quelque part : « Qu'on me rende impotent,
Cul-de-jatte, goutteux, manchot, pourvu qu'en somme
Je vive, c'est assez; je suis plus que content.

1149. Le béryte... Le béryte ou pierre de Béryte (auj. Beyrouth) en Phénicie, qu'il ne faut pas confondre avec le béryl, était très recherché. Peut-être le poète y songe-t-il plutôt qu'à toute autre gemme parce qu'Auguste venait de fonder, dans la ville ancienne de Béryte détruite en 140 par Tryphon, la colonie de Julia Felix.

1150. Relâché dans ton allure... « Un vêtement lâche et ouvert, dit Sénèque (Epist., XCIV), dénonce un homme oisif et efféminé, un vêtement strict et serré un homme actif et laborieux. » Ses ennemis reprochaient à Mécène d'avoir une tenue négligée et même débraillée qui ne seyait pas à un préfet de Rome.

1151. Dans tes moeurs... Mécène aimait le plaisir, le vin et les femmes. Sa vie privée était l'objet d'âpres critiques. Il répudia et reprit vingt fois son épouse, Térentia, qu'Horace chante sous le nom de Lycimnie (Od., II, 12), de sorte qu'on disait de lui « qu'il ne pouvait vivre sans elle ni avec elle ». Sénèque, méditant sur la vie du ministre d'Auguste, le plaint d'être obligé de recourir au vin pour s'assoupir, au bruit des chutes d'eau pour se distraire, à mille autres voluptés pour tromper son chagrin, et de demeurer éveillé sur la plume comme Régulus sur des pointes déchirantes ».

1152. Au temps de la Vierge d'or... Au temps d'Astrée, déesse de la Justice, qui habita la terre pendant l'âge d'or et qui remonta dans l'Olympe suivie de sa soeur Pudicitia (la Pudeur), quand apparut le crime parmi les hommes. Cf. Virgile, Buc., IV, 6; Tibulle, I, 3, 35. Sous la plume des poètes, l'expression » au temps d'Astrée » désigne une époque d'innocence et de bonheur; cf. Voltaire :
Regrettera qui veut le bon vieux temps
Et l'âge d'or et le siècle d'Astrée...

1153. Que mirent en fuite plus tard les gens bien accoutrés... La fuite d'Astrée, abandonnant la terre pour l'Olympe, a été décrite par Ovide, Mét., I, 149 sq., et par Aratus, Phaen., I,114 sq.
Par gens bien accoutrés (praecinctos) le poète désigne sans doute les gens forcés de quitter de doux loisirs et une vie un peu molle pour les travaux, les soucis et la guerre.

1154. Des tuniques lâches... « Il s'avançait toujours dans la ville, dit Sénèque (Epist., CXIV, 6), dans des tuniques lâches. »

1155. Gardien de la ville... Cf. note 1146.

1156. Lieutenant de César... Mécène commandait à Rome pendant les absences d'Auguste.

1157. La sécurité des rues... En dépit des améliorations apportées par Mécène dans la police des rues, Juvénal, un siècle plus tard, se plaignait encore avec véhémence du manque de sécurité. Cf. Sat., III, 275 sq. : « Il y a autant de chances de mort dans les rues nocturnes que de fenêtres ouvertes et éclairées. Le seul voeu à faire, c'est qu'on se contente de vider sur ta tête de larges bassins... On risque de se voir dévaliser, dès l'heure où les maisons sont fermées et les boutiques muettes, volets clos, chaînes de sûreté mises aux portes... Pendant que nos gardes font la police dans les marais Pontins et dans les bois Gallinaires, les brigands accourent au pillage de Rome... »

1158. Quelqu'un t'a-t-il dépouillé quand tu faisais l'amour par une nuit obscure?... Tibulle (El., I, 2, 25 sq) plaint les amants qui s'exposent la nuit à mille dangers pour aller rejoindre leur maîtresse, et qui peuvent rencontrer, si Vénus ne les protège pas, un assassin qui les blesse d'un coup de poignard (qui corpora ferro vulneret) ou un voleur qui s'enrichisse du rapt de leurs vêtements (rapta praemia veste petat).

1159. A avoir pu obtenir des triomphes et à n'en pas vouloir... Properce (El., III, 9, 23 sq.) loue aussi Mécène de n'avoir désiré ni honneurs ni triomphes :« Quand, au comble des honneurs romains, tu pourrais faire porter des haches dominatrices et dicter tes lois en plein Forum, quand tu pourrais affronter ces belliqueux ennemis que sont les Mèdes et couvrir de leurs armes les murs de ta maison, quand César met ses forces à ton service, et que tu as sous la main en toute circonstance tant de ressources et de facilités, tu te dérobes, et modeste, humblement, tu te retires dans l'ombre. »

1160. Les cascades... Sénèque (De Provident., III) signale de son côté le goût de Mécène pour les cascades (aquarum fragoribus) dont l'agréable murmure berce la rêverie et le sommeil.

1161. De doux jardins... Les célèbres jardins de Mécène (horti Maecenatiani), situés sur l'Esquilin.

1162. Les Piérides... Cf. note 110.

1163. Gazouillants... Tibulle (El., II, 5, 30) applique la même épithète (garrulus) au pipeau : garrula fistula.
Le tableau que fait ici l'auteur des goûts rustiques de Mécène rappelle les vers où Ovide (Fast., III, 17) dépeint de semblables loisirs :
Dum sedet, umbrosae salices volucresque canorae
Fecerunt somnos et leve murmur aquae
« Il s'assoit, et l'ombre des saules, le chant des oiseaux et le léger murmure de l'eau l'invitent au sommeil. »

1164. Les livres méoniens... Les livres d'Homère. Cf. note 94.
En citant les livres méoniens, de préférence à d'autres ouvrages célèbres, l'auteur songe sans doute que les Méoniens, c.-à-d. les Lydiens du Haut-Hermus, quittant leur pays sous la conduite du fils du roi, Tyrsénas ou Tyrrhénus, s'établirent d'après la tradition en Etrurie, pays de Mécène. Cf. Hérodote, I, 94; Virgile, En., VIII, 499, etc.

1165. Les livres méoniens vaincront les monuments de marbre... L'idée que les livres survivent à la forme des cités est un lieu commun poétique, qu'on trouve notamment exprimé par Pétrone (P. LXXXVII) :
Haec urbem circa stulti monumenta laboris
Concutiet sternetque dies...
Carmina solo carent fato mortemque repellent.

« Ces monuments autour de la ville, fruits d'un stupide travail, un jour viendra qui verra leur écroulement et leur ruine... Les poèmes seuls sont épargnés du sort et éviteront la mort. »
Voir aussi Horace, Od., III, 30, 1 sq.; Ovide, Am., III, 9, 28 :« Les poèmes seuls échappent aux bûchers avides. »

1166. De sa tâche... De sa tâche militaire.

1167. Les rochers du poissonneux Pélore virent livrer aux flammes le bois du navire ennemi... Allusion à la victoire navale remportée par Mécène sur Sextus Pompée dans le détroit de Sicile, et à laquelle Properce lui aussi a accordé des louanges (El., II, 1, 28). — Le Pélore, l'un des trois caps qui ont fait donner à la Sicile le surnom de Trinacrie, est le promontoire du nord-est, celui qui est le plus rapproché de l'Italie (auj. Torre di Faro). Ses parages n'étaient pas seulement célèbres par leurs flots poissonneux, mais par leurs dangereuses tempêtes.

1168. Philippes... Allusion à la victoire des Octaviens et des Antoniens sur Brutus et Cassius, meurtriers de César, en 42 : Mécène y avait participé vaillamment.

1169. L'Emathie... L' Emathie, qui est le nom d'un des trois districts de la côte macédonienne, coeur du royaume, où se trouvait la capitale Pella, devient, chez les poètes, le nom poétique de toute la Macédoine. Virgile associe également le nom de l'Emathie à celui de Philippes (Géorg., I, 490-492) :
Romanas acies iterum videre Philippi ;
Nec fuit indignum Superis bis sanguine nostro
Emathiam et latos Haemi pinguescere campos.

1170. Les carènes niliaques... La flotte de Cléopâtre, reine d'Egypte. Le poète fait maintenant allusion à la bataille d'Actium, où Octave, secondé par Mécène, mit en fuite Antoine et Cléopâtre (2 septembre 31 av. J.-C.).

1171. Son chef... Auguste.

1172. Du soldat de l'Aurore... Du soldat oriental, c.-à-d. des troupes d'Antoine et de Cléopâtre. Le mot Eôs (l'Aurore) pour désigner l'Orient est également employé par Horace, Od., I, 35, 31; Epod., 2, 51, et par Virgile cinq fois : Géorg., I, 221, 288; II, 115; En., VI, 831; XI, 4.

1173. A la bouche du Nil... Antoine, vaincu à Actium, se réfugia en Égypte.

1174. Ses loisirs relâchèrent les moeurs... « Mécène, dit Velléius Paterculus (II, 88, 2), était capable, quand les circonstances l'exigeaient, de demeurer sans dormir, et il savait prévoir et agir; mais dès qu'on pouvait prendre quelque relâche, il se laissait aller, plus qu'une femme, aux loisirs et à la mollesse. »

1175. Dans le repos de Mars... Un tableau célèbre d'Apelle qu'Auguste plaça sur son forum, dédié en l'an 2 av. J.-C., représentait Alexandre triomphant sur un char, traînant la Guerre, les mains liées derrière le dos. Cf. Pline, H. N., XXXV, 27 et 93. — On avait coutume de représenter en temps de paix Mars se prélassant sur un monceau de gemmes et Hercule sur un tas d'écus.

1176. Le dieu d'Actium... Apollon, qui avait un temple sur le promontoire d'Actium, où, en commémoration de la victoire d'Actium, Auguste institua des fêtes qui revenaient tous les quatre ans comme les grands jeux de la Grèce. Virgile, dans l'Énéide, fait remonter ces fêtes à Énée qui les célèbre à la fin de la quatrième année qui suit la guerre de Troie. Une épigramme de l'Anthologie palatine (VI, 251) est une invocation au dieu d'Actium, qui avait aussi un temple sur la côte opposée, au promontoire italien de Leucade : « O toi, qui du haut promontoire de Leucade surveilles au loin la mer d'Ionie qui le baigne, Apollon, reçois de pauvres matelots cette part de biscuit... Sois-leur propice et dans leurs voiles fais souffler un vent vigoureux qui les conduise jusqu'au port d'Actium. »

1177. Frappa sa lyre de son plectre d'ivoire... Properce (El., IV, 6, 69) nous montre de même Apollon vainqueur abandonnant ses armes pour prendre en main la lyre:
...citharam jam poscit Apollo
Victor et ad placidos exuit arma choros.

1178. De recevoir Rome en dot pour son ignoble stupre... Allusion aux amours d'Antoine et de Cléopâtre et au dessein qu'avait l'adversaire d'Octave de régner, avec Cléopâtre pour épouse, sur le monde romain. Ce que l'auteur de l'élégie appelle ici la dot d'un stupre ignoble, Properce (El., III, 11, 31) l'appelle « le prix d'un concubinat obscène » conjugii obsceni pretium, et le même poète traite Cléopâtre de « reine courtisane » meretrix regina. Horace, dans une ode célèbre (I, 37, 6-8), parle de la reine « qui dans sa démence préparait la ruine du Capitole et les funérailles de l'empire ».

1179. Il lança sur les fuyards ses traits... Comme dans les épopées d'Homère et de Virgile, le dieu participe au combat. Cf. notamment Virgile, En., VIII, 704-705 :
Aetius haec cernens arcum intendebat Apollo
Insuper...
et aussi Properce, El., IV, 6, 39 :
Dixerat et phaetrae pondus consumit in arcus,
dont les vers peuvent être rapprochés du tantum curvaverat arcum de notre auteur.

1180. Jusqu'aux confins du monde où se lèvent les chevaux de l'Aurore... Jusqu'aux confins extrêmes de l'Orient, jusqu'à l'Égypte, l'Arabie et l'Inde. Cf. Virgile, En., VIII, 702-703 :
...omnis eo terrore Aegyptus et Indi,
Omnis Arabs, omnes vertebant terga Sabaei.

1181. Bacchus... Selon certains, sous le nom de Bacchus, le poète viserait ici Antoine, qui s'était fait appeler Liber Pater en Orient et s'était montré à Alexandrie couronné de lierre comme Bacchus-Liber et comme lui enguirlandé de crocus doré, chaussé de cothurnes et tenant le thyrse. Cf. Velléius Paterculus, II, 82. — Mais il semble plutôt qu'il s'agit de Bacchus lui-même; l'auteur n'a-t-il pas nommé avant Bacchus Apollon et ne va-t-il pas nommer ensuite Hercule et Jupiter?

1182. Après que nous crimes battu les Indiens colorés... Allusion obscure à des victoires orientales. — L'auteur qualifie les Indiens de « colorés » comme Virgile l'a fait dans les Géorgiques (IV, 293) :
Usque coloratis amnis devexus ab Indis.

1183. Tu bus avec plaisir du vin pur dans un casque... Les soldats en campagne utilisaient souvent leurs casques pour porter de l'eau et ils buvaient à même leur récipient de fortune. Cf. Tibulle, El., II, 6, 8-9 :
... erit hic quoque miles
Ipse levem galera qui sibi portet aquam;
Lucain, Phars., IX, 501 sq .:
Unda procul vena, quant vix e pulvere miles
Corripiens patulum galeae confundit in orbem
Porrexitque duci...
« Il y a à quelque distance un filet d'eau; un soldat le capte avec peine dans la poussière et verse le tout dans l'orbe béant de son casque, puis s'en va le tendre à son chef... »

1184. Tu portas sans souci des tuniques flottantes... L'emploi du mot tuniques au pluriel n'est sans doute pas le pluriel, mis pour le singulier, dont usent souvent les poètes, mais signifie que Bacchus portait deux tuniques, une de dessous et une de dessus. Calpurnius (Buc., III, 29-30) nous montre le berger Lycidas se jetant sur la bergère Phyllis et lui déchirant ses deux tuniques pour lui meurtrir les seins :
... ambas
Diduxi tunicas et pectora nuda cecidi.

1185. Une neige vermeille... Une neige d'une éblouissante blancheur. Horace (Od., IV, 1, 10) applique la même épithète à la blancheur des cygnes : purpureis oleribus.

1186. Alcide... Hercule.

1187. Du fauve... Du lion (de Némée) ; allusion au premier des travaux d'Hercule.

1188. Du tien... Du sanglier (d'Erymanthe); allusion au quatrième des travaux d'Hercule.

1189. Tu tournas de ton pouce les fuseaux... Allusion à la scène fameuse d'Hercule filant aux pieds d'Omphale.

1190. Une Lydienne... Omphale, femme du roi de Lydie Tmalus à qui elle succéda sur le trône.

1191. Te frappa... Lorsque Hercule commettait une maladresse dans sa tâche de fileuse, Omphale le frappait, dit-on, de sa sandale.

1192. Pour avoir rompu l'écheveau de ta main trop rude... Hercule, dit-on, se rendit plus d'une fois coupable de cette maladresse. Déjanire le lui rappelle dans Ovide (Hér., IX, 79-80) :
Ah! quoties, digitis dum torques stamina duris,
Praevalidae fusos comminuere manus.
« Ah ! combien de fois, quand tu tournais l'écheveau de tes doigts rudes, tes mains trop vigoureuses rompirent le fuseau ! »

1193. Te contraignis de porter souvent des tuniques flottantes au milieu de ses fileuses. de laine... La voluptueuse Omphale se plaisait à faire habiller Hercule en femme, et à se vêtir elle-même de la peau du lion de Némée ; les deux amants ainsi travestis, tantôt demeuraient parmi les fileuses, tantôt partaient pour un long voyage. Properce (El., IV, 9, 47) fait dire à Hercule lui-même :
Idem ego Sidonia fecl servilia palla
Officia et Lyda pensa diurna colo.

1194. La peau du lion, foulée aux pieds par les bonds de l'Amour.. Dans les scènes représentant Hercule et Omphale, les peintres et les sculpteurs faisaient souvent figurer l'Amour vainqueur, tantôt piétinant la peau du lion pour insulter Hercule, tantôt le montrant du doigt avec un rire moqueur. Dans une pensée analogue, Reposianus, en ses Amours de Mars et de Vénus (126 sq.), montre l'Amour jouant avec les armes du dieu tandis que celui-ci tient Vénus dans ses bras.

1195. Etouffait d'énormes hydres dans sa main à peine assez grande pour les contenir... Allusion au premier exploit d'Hercule enfant qui, de ses petites mains, étouffa dans son berceau les deux hydres envoyées par Junon.

1196. L'hydre renaissante... L'hydre de Lerne aux neuf têtes : allusion au second des travaux d'Hercule.

1197. Les chevaux monstrueux de Diomède... Allusion au huitième des travaux d'Hercule.

1198. Au monstre à trois têtes et à six mains... A Géryon : allusion au dixième des travaux d'Hercule.

1199. Le souverain de l'Olympe... Jupiter.

1200. Les Aloïdes... Les Aloïdes étaient les fils jumeaux de Neptune et d'Iphimédie; ils tiraient leur nom du titan Alceus, leur père nominal, époux d'Iphimédie. L'un d'eux, Ephialte, osa aspirer à l'hymen de Junon, et Othus, son frère, à celui de Diane. Pour les obtenir, ils attaquèrent l'Olympe, entassèrent le Pélion sur l'Ossa et furent tués selon les uns par la foudre de Jupiter, selon les autres par les flèches d'Apollon. C'étaient, dit Homère (Od., XI, 310-311), « les plus grands et les plus beaux héros que nourrit la terre féconde ». Cf. Virgile, En., VI, 582 sq.
Hic et Aloidas geminos immania vidi
Corpora, qui manibus magnum rescindere caelum
Aggressi superisque Jovem detrudere regnis.
et Claudien, Bell. Get., 68 sq.

1201. O prêtre au beau corps... Le prêtre en question est Ganymède, à qui l'auteur attribue un caractère sacré parce qu'il fut l'échanson des dieux, de même qu'on nommait camilles « assistants sacrés » les jeunes enfants qui versaient le vin dans les sacrifices des Curètes, des Cabires et des Corybantes.

1202. Dans la vallée de l'Ida... Les auteurs placent dans la vallée de l'Ida de Troade, auj. Kas-Dagh, le ravissement de Ganymède. Cf. notamment Virgile, En., V, 252-255 :
Intextusque puer frondosa regius Ida
Veloces jaculo cervos cursuque fatigat,
Acer, anhelanti similis, quem praepes ab Ida
Sublimem pedibus rapuit Jouis armiger uncis.

1203. Dormir sur la rose odorante... Reposer sur un lit de roses était un voluptueux raffinement des anciens. Cicéron (Verr., V, 10 et 11) nous montre Verrès en sa litière « appuyé sur un coussin d'étoffe transparente et rempli de roses de Malte ». Spartien (Hist. Aug., Aelius Verus, V) rapporte qu'Elius Vérus s'était fait faire un lit formé de quatre gros coussins et rempli de roses. Héliogabale, au dire de Lampride (Hist. Aug., Antoninus Heliogabalus, XIX), faisait parsemer ses lits de roses et de toutes sortes de fleurs. Trébellius Pollion (H. Aug., Gallieni duo, XVI) reproche au premier Gallien de « construire au printemps des chambres à coucher avec des roses » et, si l'on en croit Flavius Vopiscus (H. Aug., Carinus, XVII), Carin ne prenait ses repas que sur des lits garnis de roses de Milan.

1204. Libère le cou en sueur du boeuf... Cf. Virgile, Géorg., II,542 :
Et jam tempus equum fumantia soluere colla.

1205. Au printemps, elle fait retentir de son gazouillis le lac dégelé... Virgile (Géorg., I, 377) dépeint « l'hirondelle aux cris aigus volant autour des étangs » 
Aut arguta lacus circumuolitauit hirundo.

1206. César... Auguste.

1207. Il... Mécène.

1208. Après qu'Argo craintif eut effleuré les rochers de Scylla... Au retour de l'expédition des Argonautes, le navire Argo passa devant Charybde et Scylla. Cf. Apollonius de Rhodes, Argon., IV, 923.

1209. L'épouvantail des Cyanées... Les îles rocheuses Cyanées ou Symplégades, situées dans le Pont-Euxin, à l'entrée du Bosphore de Thrace, et autrefois mobiles, s'entrechoquaient, disait-on, au passage des navires : le navire Argo réussit à passer entre elles et elles furent alors fixées par les dieux.

1210. L'habile Eétide... Médée la magicienne, fille du roi de Colchide Eétès.

1211. Avait changé en agneau les viscères d'un bélier déchiqueté... C'est ce que dit aussi Apollodore (I, 9) :
koiòn melÛssa kaÜ kayec®sasa ¤poÛhsen rna
.

1212. La Colchidienne... Médée.

1213. Leur front torve... L'épithète « torve » semble consacrée par les poètes au front des bêtes à cornes. Cf. Virgile, Géorg., III, 51-52 :
Optima torvae
Forma bovis ...........
et Claudien, De Rapt. Pros., I, 128-129 :
... uitulam non blandius ambit
Torva parens

1214. Pendant des années... Pendant plus de dix siècles au dire d'Ovide (Am., II, 6, 35) : saeclis vix moritura decem.

1215. Tithon, l'époux de l'Aurore... Tithon, prince troyen, frère de Laomédon selon les uns, fils de Laomédon et frère de Priam suivant les autres, jeune et d'une grande beauté, fut aimé de l'Aurore qui l'enleva dans son char et l'épousa. Il lui fit deux enfants : Memnon et Emathion.

1216. Se repaît de nectar... Non point de nectar, mais d'ambroisie, si l'on en croit Homère, Hymne à Vénus, 232.

1217. Et ainsi, bientôt tremblant, n'a rien à craindre de la vieillesse... La légende rapporte qu'à la prière de l'Aurore, Jupiter accorda l'immortalité à Tithon, mais que sa divine épouse ayant négligé de demander en même temps pour Tithon une éternelle jeunesse, il eut bientôt à subir tous les maux de la décrépitude, au point qu'il fallut l'emmailloter comme un enfant.

1218. Sa couche safranée... La couche safranée de l'Aurore, que Tithon quittait au lever du jour, a été célébrée par les poètes. Cl. notamment Virgile, Géorg., I, 447 :
Tithoni croceum linquens Aurora cubile
et En., V, 585; IX, 460; XXIV, 695.

1219. Bige... Char à deux chevaux.

1220. Hespéros... Hespéros ou Vesper personnifiait l'étoile du soir qui prenait an matin le nom de Lucifer. Si l'on en croit Hygin (Pod. Astron., II, 42), Hespéros, fils de l'Aurore et de Céphale, était remarquable par sa beauté, qui le fit chérir de Vénus; selon Eratosthène (Catastérism., XLIII), on l'appelait « le flambeau de Vénus »fvsfñron ƒAfrodÛthw.

1221. Lucifer... Cf. note 1220.

1222. Sur ses chevaux foncés... Certains poètes attribuent à Lucifer un char et des chevaux, cf. Tibulle, El., I, 9, 62; Ovide, Amor., I, 6, 65; d'autres des chevaux seulement, cf. Ovide, Mét., XV, 189; Trist., III, 5; Claudien, IV Cons. Hon., 561; De Rapt. Pros., II, 122; Rutilius Namatianus, Itin., I, 430.

1223. Du safran du Coryce... Le safran du mont Coryce en Cilicie était célèbre. Cf. Horace, Sat., II, 4, 68. Les habitants du pays, excellents horticulteurs, protégeaient par des lames de verre ces plantations de safran.

1224. Du garou odorant... Virgile (Buc., II, 49) mentionne aussi le garou (casia) ou poivre de montagne parmi les fleurs et les herbes odorantes dont les Naïades font des bouquets pour Alexis :
Tum casia atque aliis intexens suavibus herbis...
Selon Pline l'Ancien, on faisait avec le garou des couronnes.

1225. Le baume importé des monts couverts de palmes... Sans doute le baume de Jéricho ou de La Mecque, extrait de l’amyris opobalsamum. Cf. Virgile, Géorg., II, 119.

1226. Trois fois... Parce que Nestor, roi de Pylos, vécut trois générations d'hommes, il fut pleuré par trois générations.

1227. Avant le jour fatal qui a clos l'étroite vie de Drusus...Cf. note 1137.

1228. C'était le grand oeuvre du grand César... Drusus avait été formé par César Auguste; il était son « oeuvre », comme le dit aussi l'auteur de l'Epicède pour Drusus (vers 39) :
Caesaris iliud opus, voti pars altera nostri.
« [Drusus], l'oeuvre illustre de César, l'autre moitié de nos espérances. »

1229. Avant le divorce... Allusion au divorce de Mécène d'avec Térentie, qui l'avait trompé avec Auguste.

1230. Quoi qu'il advienne... Formule usuelle dans la bouche des mourants. Cf. Properce, El., I, 19, 11 :
Illic, quidquid ero, semper tua dicar imago
;
Ovide, Ibis, 145 :
Quidquid ero, Stggiis erumpere nitar ab oris.

1231. Vis longtemps, mon cher vieux... Même voeu familièrement exprimé dans Tibulle, El., I, 6, 63 : « Vis longtemps, ma douce vieille. »
Vive diu, mi dulcis anus.

1232. Gagne tardivement les astres... Même voeu flatteur dans Ovide, Trist., I, 1
Optavi peteres cælestia sidera tarde. 

1233. Les jeunes gens... G. et L. César, fils d'Agrippa et de Julie, le premier né en 20 av. J.-C., le second en 17 av. J: C., proclamés princes de la jeunesse le premier en 5 av. J.-C., et le second en 2 av. J.-C., et adoptés par Auguste. C. César devait mourir le 21 février de l'an 4 ap. J.-C. et Lucius le 20 août de l'an 2.

1234. Deux fois dignes de César... Par la naissance et par leurs vertus. La même idée est exprimée par Ovide, Trist., IV, 2, 9.

1235. Puisse ton épouse Livie te donner au plus tôt toute sécurité !... Vers obscur. Il semble que le poète veuille dire : puisse Livie, dont la fille, Julie, a épousé Tibère, avoir bientôt un petit-fils, qui assure la perpétuité de la race des Césars !

1236. Ton gendre... Tibère, qui, à la mort d'Agrippa, avait répudié Agrippine (12 av. J.-C.) et épousé Julie, fille d'Auguste et de Livie (11 av. J.-C.).

1237. Du défunt... Selon les uns, il s'agit ici d'Agrippa, mort en mars 12 av. J.-C., selon les autres, et plus probablement, croyons-nous, de Drusus, mort le 14 septembre de l'an 9 av. J.-C.

1238. Un dieu, digne de tes divins ancêtres... Suétone (Vie de César, VI), dit que César touchait par son ascendance paternelle aux dieux immortels, paternum genus cum diis immortalibus confunctum, et Horace (Od., IV, 5, 1) appelle Auguste le descendant des dieux bons :
Divis orte bonis, optimo Romuhe
Custos gentis
...

1239. Vénus elle-même... Vénus avait coutume d'accueillir au ciel les personnages illustres, mais de plus, en accueillant Auguste, elle accueillait un de ses descendants. Déjà dans l'Énéide (I, 289 sq.) on voit Jupiter demander à Vénus de recevoir au ciel Auguste chargé des dépouilles de l'Orient, c.-à-d. des dépouilles d'Antoine et de Cléopâtre :
Hunc tu olim coelo, spoliis Orientis onustum,
Accipies secura...

1240. Le giron paternel... Le giron de Jules César, père d'Auguste, qu'il avait adopté.

1241. César et Jupiter... Ce distique a une histoire, qu'ont rapportée les biographes latins de Virgile. Auguste César faisait, disent-ils, célébrer à Rome des fêtes publiques, qui furent interrompues par un orage, mais qui purent, dès le lendemain, reprendre leur cours, parce que le ciel était redevenu serein. Cependant tous ceux qui passaient devant le palais d'Auguste pouvaient y lire le distique en question, où l'on disait d'Auguste qu'il partageait avec Jupiter l'empire du monde. Auguste, flatté, voulut savoir qui était l'auteur du distique : les recherches demeurèrent vaines. Enfin Bathylle, poète médiocre, finit par déclarer qu'il avait lui-même tracé les deux vers, et Auguste le couvrit d'éloges et de cadeaux. Alors, dit-on, Virgile qui était le véritable auteur du distique et que sa modestie seule avait empêché de se déclarer, employa un moyen ingénieux pour confondre l'audacieux menteur : il écrivit de nouveau les deux vers sur les murs du palais, et y ajouta celui-ci :
Hos ego versiculos feci, tulit alter honores ;
puis il ajouta le commencement de quatre autres vers dont les premiers mots étaient :
Sic vos non vobis...
Auguste, pensant qu'un poète, jaloux de Bathylle, pouvait avoir eu l'idée de jeter ainsi du doute sur le droit que celui-ci aurait eu à recevoir des récompenses, exprima le désir de voir Bathylle achever lui-même ces quatre vers ; mais le pauvre Bathylle ne put en venir à bout, malgré tous ses efforts. Virgile alors se fit connaître et compléta les vers; Bathylle fut contraint d'avouer son imposture.

1242. Le matin ramène les spectacles... On sait combien Auguste fut prodigue de spectacles. Suétone écrit qu'il surpassa tous les autres Césars par la fréquence, la variété et la magnificence des représentations. Il donna des jeux quatre fois en son nom propre, vingt-trois fois au nom d'autres magistrats : chasses, bataille navale, courses, productions d'athlètes et de bestiaires, jeux troyens, productions de fauves, etc. Cf. Vie d'Auguste, XLIII­XLV.
II créa, en outre, de nouveaux jeux : jeux Actiaques (Actia), créés pour célébrer la victoire d'Actium et qui revenaient tous les quatre ans, le 2 septembre; jeux Augustaux (Augustalia), célébrés pour la première fois en 19 ap. J: C. en l'honneur d'Auguste à son retour d'Orient, et qui avaient lieu chaque année du 5 au 12 octobre; jeux Martiaux (Martia) en l'honneur de Mars protecteur; jeux pour l'anniversaire de l'empereur, etc.

1243. Jupiter... Le Jupiter latin, comme le Zeus des Grecs, était avant tout le dieu des phénomènes célestes, de la pluie et de la foudre ( Jupiter elicius), « celui qui fait descendre ». Quand l'eau tombe, au lieu de dire « il pleut », les Grecs disaient Zeçw ìei « Zeus pleut », et l'on voyait, sur l'Acropole, une statue de la Terre suppliant Zeus de lui envoyer la pluie féconde; de même à Rome, c'est Jupiter qu'on invoquait en temps de sécheresse, selon les rites de l'aquaelicium, où hommes et femmes, pieds nus, les cheveux épars, promenaient une pierre dans la ville et montaient au Capitole.

1244. Ainsi vous, non pour vous... Cf. note 1241.

1245. Vous portez, ô bœufs, des charrues... Victor Hugo, qui, enfant et adolescent, s'était exercé à traduire plusieurs passages de Virgile, entre autres la première Bucolique (16 octobre 1816); le premier livre des Géorgiques et l'épisode de Nisus et Eurgale (novembre 1816), l'églogue à Pollion (décembre 1816), l'épisode d'Aristée (janvier 1817), etc., et qui connaissait la traduction de Delille, avait ainsi traduit les quatre derniers vers de cette inscription :
Ainsi, pour vous, oiseaux, au lais vous ne nichez ;
Ainsi, pour vous, moutons, vous ne portez la laine;
Ainsi, mouches, pour vous aux champs vous ne ruchez ;
Ainsi, pour vous, taureaux, vous n'écorchez la plaine.

1246. Ballista... Le distique sur Ballista, attribué à Virgile, par Suétone-Donat (XVII), par Servius dans sa vie de Virgile, et par Phocas (65 sq.), aurait été, prétendent ses biographes, composé par le poète encore enfant.
Sur Ballista lui-même, ils diffèrent d'avis : selon Suétone-Donat, Ballista était un laniste, c.-à-d. un maître d'escrime ayant à son compte une troupe de gladiateurs qu'il louait pour des jeux (ludi [gladiatorii] magistrum) ; selon Phocas, c'était un maître d'école (litterator).

1247. Voyageur, passe ton chemin tranquille... L'auteur laisse à entendre que le laniste ou maître d'école Ballista était un brigand.

1248. Epitaphe du poète... On sait que Virgile mourut, au retour d'un voyage en Grèce, en débarquant à Brindes, le 10 des calendes d'octobre, en 19 av. J: C. Son corps fut, suivant son désir, transporté à Naples et enseveli sur le chemin de Pouzzoles, près du Pausilippe. On plaça sur son tombeau cette épitaphe, qu'il avait, dit-on, composée lui-même, et qu'il est permis de croire authentique. (Voir à ce sujet notre Notice.) Cinquante ans plus tard, Silius Italicus acquit d'un paysan le champ abandonné où était ce tombeau et y institua un sacrifice annuel en l'honneur du poète. On montre encore aujourd'hui comme étant le tombeau de Virgile un tombeau romain, qui fut peut-être le sien, quoiqu rien ne le prouve avec certitude, — tombeau qui fut, pendant tout le moyen âge, l'objet d'un pieux pèlerinage, et où l'on voyait encore au début du XIXe siècle le laurier qu'y avait planté Pétrarque, quand il y fut conduit par le roi Robert d'Anjou.

1249. Mantoue m'a donné le jour... Virgile naquit le 15 octobre de l'an 70 av. J.-C., non pas à Mantoue même, mais à Andes, bourg du territoire de Mantoue, que l'on peut, sans invraisemblance, identifier avec Pietola. Cette petite ville n'est qu'à deux ou trois milles de Mantoue. Aussi Suétone-Donat peut-il dire avec raison que Virgile était Mantouan et Servius qu'il était citoyen de Mantoue. Virgile lui-même nomme deux fois Mantoue dans les Bucoliques (IX, 27, 28), deux fois dans les Géorgiques (II, 198; III, 12), deux fois dans l'Énéide (X, 200, 201).Au palais de la Raison, à Mantoue, on voit une statue antique représentant un personnage assis qu'on prétend être Virgile. Des images modernes du poète ornent divers monuments et lieux publics de la Ville, qui possède une place de Virgile (Piazza Virgiliana) et une Académie Virgilienne.

1250. Les Calabres m'ont ravi... Il semble bien que Virgile, à l'époque où il écrivait les Bucoliques (42-37), ait eu une maison de campagne près de Tarente. Selon certains il l'aurait tenue d'Octave lui-même, désireux de le dédommager de la perte du patrimoine d'Andes. Cf. Cartault, Etude sur les Bucoliques de Virgile, p. 76, à la fin.

1251. J'appartiens maintenant à Parthénope... Naples (Neapolis, « la ville nouvelle ») se nommait anciennement Parthénope, du nom d'une Sirène qui se jeta dans la mer non loin de là, parce qu'Ulysse, dit la légende, avait résisté aux charmes de sa voix. Virgile, dans les Géorgiques (IV, 563-564), donne déjà à Naples cet ancien nom :
Illo Vergilium me tempore dulcis alebat
Parthénope... 
« En ce temps-là, moi, Virgile, j'étais nourri par la douce Pa­thénope...»

1252. J'ai chanté les pâquis... Dans les Bucoliques.

1253. Les champs... Dans les Géorgiques.

1254. Les capitaines... Dans l'Enéide.