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ARISTOTE

MÉTAPHYSIQUE
LIVRE VII
SAINT-HILAIRE

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CHAPITRE PREMIER Véritable sens du mot d'Être ; l'Être considéré en lui-même et dans ses attributs ; l'Être est d'abord indispensable, et les modes de l'Être ne viennent qu'à la suite ; la catégorie de la substance, ou de l'individuel, est la première de toutes, et les autres s'appuient sur celle-là ; l'Être premier est la substance, qui a la priorité en définition, en connaissance, en temps et en nature ; la substance seule est séparable ; les autres catégories ne le sont pas ; la question de l'Être, si ancienne et si controversée, se réduit à celle de la substance. |
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§ 1. [1028a] [10] Ce mot d'Être peut recevoir plusieurs acceptions, comme l'a montré l'analyse que nous en avons faite antérieurement, en traitant des sens divers de ce mot. Être peut signifier, d'une part, la substance de la chose et son existence individuelle; d'autre part, il signifie qu'elle a telle qualité, telle quantité, ou tel autre des différents attributs de cette sorte. § 2. Du moment que l'Être peut s'énoncer sous tant de formes, il est clair que l'Être premier entre tous est celui qui exprime ce qu'est la chose, c'est-à-dire [15] son existence substantielle. Ainsi, quand nous voulons désigner la qualité d'une chose, nous disons qu'elle est bonne ou mauvaise; et alors nous ne disons pas plus que sa longueur est de trois coudées que nous ne disons qu'elle est un homme. Tout au contraire, si nous voulons exprimer ce qu'est la chose elle-même, nous ne disons plus qu'elle est blanche, ou chaude, ou de trois coudées ; nous disons simplement que c'est un homme, ou un Dieu. § 3. Toutes les autres espèces de choses ne sont appelées des êtres que parce que les unes sont des quantités de l'Être ainsi conçu ; les autres, des qualités; celles-ci, des affections ; celles-là, telle autre [20] modification analogue. § 4. Aussi, l'on peut se demander si chacune de ces façons d'être, qu'on désigne par ces mots Marcher, Se bien porter, S'asseoir, sont bien de l'Être ou n'en sont pas; et la même question se représente pour toutes les autres classes qu'on vient d'énumérer. Aucun de ces êtres secondaires n'existe naturellement en soi, et ne peut être séparé de la substance individuelle; et ceci doit paraître d'autant plus rationnel que l'Être réel, c'est ce qui marche, [25] c'est ce qui se porte bien, c'est ce qui est assis. Et ce qui fait surtout que ce sont là des êtres, c'est qu'il y a sous tout cela un être déterminé, qui leur sert de sujet. § 5. Ce sujet, c'est précisément la substance et l'individu, qui se montre clairement dans la catégorie qui y est attribuée. Sans cette première condition, on ne pourrait pas dire que l'être est bon, ou qu'il est assis. § 6. Ainsi donc, il est bien clair que c'est uniquement [30] grâce à cette catégorie de la substance, que chacun des autres attributs peut exister. Et par conséquent, l'Être premier, qui n'est pas de telle ou telle manière particulière, mais qui est simplement l'Être, c'est la substance individuelle. Le mot de Premier peut, il est vrai, être pris lui-même en plusieurs sens; mais la substance n'en est pas moins le premier sens de l'Être, qu'on le considère d'ailleurs sous quelque rapport que ce soit, la définition, la connaissance, le temps, et la nature. Pas un seul des autres attributs de l'Être ne peut exister séparément; il n'y a que la substance toute seule qui le puisse. § 7. D'abord, c'est bien cela [35] qu'est le primitif sous le rapport de la définition ; car de toute nécessité, dans la définition d'une chose quelconque, la définition même de la substance est toujours implicitement comprise. Ajoutez que, quel que soit l'être dont il s'agit, nous ne croyons le connaître que quand nous savons, par exemple, que c'est un homme, ou que c'est du feu. [1028b] Et alors, nous le connaissons bien plus que quand nous savons seulement qu'il a telle qualité, ou telle quantité, ou qu'il est dans tel lieu. Pour ces notions mêmes, nous les comprenons d'autant mieux que nous savons quel est l'être qui a telle quantité, ou telle qualité. § 8. On le voit donc : cette question agitée depuis si longtemps, agitée encore aujourd'hui, cette question toujours posée, et toujours douteuse de la nature de l'Être, revient à savoir ce qu'est la substance. Les uns prétendent que l'Être, c'est l'unité; [5] pour les autres, c'est la pluralité; pour ceux-ci, les êtres sont limités; pour ceux-là, ils sont infinis. Mais quant à nous, notre recherche principale, notre recherche première, et nous pourrions presque dire, notre unique recherche, c'est de savoir ce qu'est l'Être considéré sous le point de vue que nous avons indiqué. |
§ 1. Antérieurement. Voir plus haut, liv. V, ch. VII. — La substance de la chose et son existence individuelle. Le texte n'est pas aussi développé. — Qu'elle a telle qualité. Ceci revient à dire qu'on peut exprimer d'abord d'une chose qu'elle Est, d'une manière absolue, telle ou telle espèce d'être ; puis en second lieu, qu'elle est douée de telle qualité, ou de telle autre des dix catégories. § 2. C'est-à-dire son existence substantielle. J'ai dû encore ici développer un peu le texte. — Sa longueur est de trois coudées. Car ce serait alors sa quantité, et non plus sa qualité. — Simplement. J'ai ajouté ce mot. — C'est un homme. Car ce serait alors sa substance propre, et ce ne serait pas davantage la qualité qu'on prétendrait énoncer. § 3. Sont des quantités. J'ai conservé la formule même du texte. — Quantités... qualités... modification. C'est une énumération incomplète des Catégories, dont le nombre complet est de dix, comme on sait. § 4. Sont bien de l'Être. En effet, ces modes n'existent pas par eux-mêmes; ils existent seulement à la condition d'un être qui les représente. — Pour toutes les autres classes. Ou catégories. — Secondaires. J'ai ajouté ce mot, qui ressort du contexte. — C'est ce qui marche. Le texte grec emploie la forme du neutre, que j'ai, rendue autant que je l'ai pu. — Qui leur sert de sujet. C'est la substance, qui est le support de toutes les autres catégories. Il faut d'abord être pour être ensuite quelque autre chose. § 5. Dans la catégorie. C'est la catégorie de la substance, la première et la plus importante de toutes; voir le Traité spécial des Catégories, ch. V. — Est bon. C'est une qualité. — Qu'il est assis. C'est une manière d'être, une position. § 6. De la substance. J'ai ajouté ces mots pour plus de clarté. — Des autres attributs. Ou « des autres catégories ». — De telle ou telle manière particulière. C'est-à-dire qu'il est pris dans sa pure et simple existence, sans aucune addition d'attributs. — La définition, la connaissance. Les deux idées se confondent presque, puisque c'est la définition qui fait connaître ce que sont les choses. — Et la nature. J'ai conservé ces mots, qui se trouvent dans quelques manuscrits, mais qu'ont supprimés la plupart des éditeurs. Ce qui autorise cette suppression, c'est que l'auteur, qui revient un peu plus bas à la définition et à la connaissance, ne parle plus de la nature. — Il n'y a que la substance toute seule. Voir la Physique, liv. I, ch. III, § 3, p. 439 de ma traduction. § 7. Implicitement comprise. Par conséquent, la notion de la substance elle-même est antérieure à la définition. — Et alors nous le connaissons. Le texte n'est pas aussi développé.
§ 8. Depuis si longtemps.
On peut voir dans le Ier livre de la Métaphysique l'analyse
de quelques-uns des principaux systèmes qui ont été proposés sur
cette grande question. — Les uns. C'est l'École d'Ionie,
Thalès, Anaximène et les autres. — Les autres. Ce sont les
philosophes qui, comme Empédocle, reconnaissent plusieurs éléments.
— Limités. Les philosophes de l'École d'Ionie. — Infinis.
Anaxagore, Démocrite, etc. — Que nous avons indiqué. L'Être
en tant qu'Être. Voir plus haut, livre IV. |
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La Substance se manifeste surtout dans les corps naturels : les animaux, les plantes, le feu, l'eau, la terre, le ciel avec les étoiles, le soleil et la lune sont des substances ; questions à se poser ; opinions diverses des philosophes ; Platon et Speusippe; les Idées et les nombres considérés comme principes des substances ; méthode à suivre dans cette étude ; énumération des problèmes. |
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§ 1. C'est surtout aux corps que la substance individuelle semble appartenir le plus évidemment; et c'est ainsi que l'on qualifie de Substances, les animaux, les plantes, leurs différentes parties, [10] et aussi les corps de la nature, tels que le feu, l'eau, la terre, et tous les autres éléments de ce genre, avec tout ce qui en fait partie, ou tout ce qui en est composé, soit qu'on les considère à l' état de fraction, soit à l'état de totalité : par exemple, le ciel et les parties du ciel, étoiles, lune, soleil. § 2. Sont-ce bien là les seules substances ? Y en a-t-il d'autres encore ? Ou bien ne sont-ce [15] même pas du tout des substances? Les vraies substances ne sont-elles pas toutes différentes? C'est ce qu'il faut examiner. § 3. Des philosophes ont pensé que les limites du solide, surface, ligne, point, unité, sont des substances véritables, et qu'elles en sont plus réellement que le corps lui-même et le solide. D'autres ont cru qu'en dehors des choses sensibles, il n'y a rien qu'on puisse appeler substance; d'autres, au contraire, ont supposé qu'il y a en outre bien des substances, et qui le sont même d'autant plus qu'elles sont éternelles. § 4. Ainsi, Platon [20] a fait des Idées et des Êtres mathématiques deux substances, et il n'a placé qu'au troisième rang la substance des corps sensibles. Speusippe a également admis plusieurs substances, en commençant par l'unité; il supposait des principes pour chaque espèce de substance, un principe des nombres, un principe des grandeurs, un principe de l'âme; et c'est de cette façon qu'il multiplie les substances. § 5. D'autres philosophes encore [25] ont soutenu que les Idées et les nombres sont de même nature, et que tout le reste ne fait qu'en dériver, les lignes et les sur faces, et même jusqu'à la substance du ciel et jusqu'aux choses sensibles. § 6. Pour éclaircir toutes ces questions, il nous faut examiner ce qu'il y a d'exact ou d'erroné dans ces systèmes, quelles sont les vraies substances, s'il y a ou s'il n'y a pas de substances en dehors des substances sensibles; et alors, nous nous demanderons ce qu'elles sont. [30] Puis en supposant qu'il existe quelque substance séparée, pourquoi et comment elle l'est. Enfin, nous rechercherons s'il n'y a aucune substance possible en dehors des substances que nos sens nous révèlent. Mais auparavant, il nous faut esquisser ce que c'est que la substance. |
§ 1. Aux corps. La suite de ce § explique ce qu'Aristote entend ici par les Corps. — Les corps de la nature. Le mot propre est Éléments ; mais j'ai suivi fidèlement le texte. — A l'état de fraction. C'est-à-dire, Individuellement, par opposition à leur réunion totale, qui forme la totalité de l'univers. § 2. Les vraies substances ne sont-elles pas toutes différentes? Aristote semblerait ici incliner vers la théorie des Idées. § 3. Des philosophes. Asclépius pense qu'Aristote veut désigner les Pythagoriciens; c'est en effet la conjecture la plus probable, bien que la conception qui est prêtée aux successeurs de Pythagore ne paraisse point très rationnelle. Il semble que c'est une erreur bien forte de prendre les limites du corps pour sa substance. — D'autres. Alexandre d'Aphrodise voit ici une allusion à Hippon, qui a été cité plus haut, liv. I, ch. III, § 16. Il s'agit sans doute aussi des philosophes ioniens. § 4. Platon. Voir plus haut, liv. I, ch. VI, ce qui a été déjà dit de la théorie des Idées. — Speusippe. Il faut d'autant plus remarquer ce passage qu'Aristote ne nomme Speusippe qu'une seule autre fois dans la Métaphysique, liv. XII, ch. VII, § 8. Il y a d'autres passages qui semblent se rapporter à lui ; mais où il n'est pas nommément désigné. Voir liv. XIV, ch. III, § 6. Dans la Morale à Nicomaque, Speusippe est nommé deux fois, liv. I, ch. III, § 7, p. 19 de ma traduction, et liv. VII, ch. XII, § 1, p. 298. Speusippe, neveu et successeur de Platon, avait, à ce qu'on croit, vingt ans de moins que lui; et il était mort avant l'année 335 av. J.-C., où Aristote revint à Athènes. Voir la Philosophie des Grecs, de M. Ed. Zeller, t. Il, p. 840, 2e édition. § 5. D'autres philosophes. Il est probable que ces « autres philosophes » sont les successeurs de Platon, peut-être Xénocrate après Speusippe. § 6. Pour éclaircir toutes ces questions. Plus haut, liv. III, ch. I, § 1, Aristote a déjà énuméré les questions qu'il se proposait de traiter. Celles qui sont indiquées ici ne se confondent pas tout à fait avec les précédentes ; mais on peut trouver qu'après de si longs développements, la discussion n'est guère avancée. |
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Quatre sens du mot de Substance ; Essence, Universel, Genre et Sujet ; analyse du sujet ; la matière et la forme ; le composé qu'elles constituent en se réunissant ; la substance n'est jamais un attribut ; c'est elle qui reçoit tous les attributs ; elle ne peut se confondre avec la matière, non plus qu'avec le composé résultant de la matière et de la forme ; analyse de la forme ; théorie des substances sensibles annoncée. |
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§ 1. Le mot de Substance peut présenter tout au moins quatre sens principaux, si ce n'est davantage. Ainsi, dans chaque chose, la notion de substance [35] semble s'appliquer à l'essence, qui fait que la chose est ce qu'elle est, à l'universel, au genre, et, en quatrième lieu, au sujet. § 2. Par Sujet, on doit entendre ce à quoi tout le reste est attribué, sans qu'il soit jamais réciproquement l'attribut d'une autre chose. C'est donc du sujet qu'il faut tout d'abord noua occuper. [1029a] Le sujet, en effet. semble être plus particulièrement substance. Sous ce rapport. on l'appelle d'abord la matière; puis à un autre point de vue, on l'appelle la forme; et en troisième et dernier lieu c'est le composé que constituent, toutes deux réunies, la forme et la matière. § 3. La matière, c'est par exemple l'airain ; la forme, c'est la figure [5] que revêt la conception de l'artiste; et l'ensemble qu'elles produisent en se réunissant, c'est, en fin de compte, la statue. Par conséquent si la forme, qui donne l'espèce. est antérieure à la matière. et si elle est davantage de l'Être, par la même raison elle doit être antérieure au composé, qui sort de la réunion des deux. § 4. Nous avons donc maintenant un aperçu de ce qu'est la substance ; et nous savons qu'elle n'est jamais l'attribut de quoi que ce soit, et qu'au contraire c'est à elle que se rapportent tous les attributs divers. Mais nous ne devons pas nous contenter de cette esquisse, qui n'est pas tout à fait suffisante. § 5. [10] Elle est d'abord assez obscure en elle-même; et de plus, c'est alors la matière qui devient la substance; car, si la matière n'est pas la substance même, on ne voit plus quelle autre substance il pourrait y avoir. Tout le reste a disparu, et il n'y a plus rien absolument qui subsiste. § 6. Tout le reste, en effet, ne représente que les affections des corps, leurs actions, leurs puissances. Longueur, largeur, profondeur, [15] ce ne sont que des quantités; ce ne sont pas des substances ; car la quantité et la substance ne se confondent pas; et, loin de là, la substance est bien plutôt le sujet primordial auquel toutes ces modifications appartiennent. Si l'on retranche successivement longueur, largeur, profondeur, nous ne voyons pas qu'il reste quoi que ce soit, si ce n'est précisément l'objet que limitaient et déterminaient ces trois dimensions. § 7. Ainsi, en se mettant à ce point de vue, il n'y a plus que la matière toute seule qui puisse être prise pour la substance. [20] Mais quand je dis Matière, c'est la matière en soi, celle qui n'est, ni un objet individuel, ni une quantité, ni aucun des modes qui servent à déterminer l'Être. Il faut bien qu'il y ait quelque chose à quoi s'appliquent tous ces attributs, et dont la façon d'être soit tout à fait différente de chacune des catégories. § 8. En effet, tout le reste est attribué à la substance, qui elle-même est l'attribut de la matière; et par conséquent, ce terme dernier n'est en soi, ni un individu, ni une quantité, ni rien de pareil. Ce sont encore moins les négations de tout cela; car les négations n'ont qu'une existence indirecte et accidentelle. § 9. On voit donc qu'en adoptant ces théories, on arrive à reconnaître la matière pour la substance. Mais cette théorie est insoutenable, puisque le caractère éminent de la substance, c'est d'être séparée, et d'être quelque chose de distinct et d'individuel. Aussi, à ce point de vue, la forme et le composé que constituent la forme et la matière, sembleraient avoir plus de droit que la matière à représenter la substance. [30] Cependant, il faut laisser de côté la substance formée de ces deux éléments, je veux dire, le résultat que composent la matière et la forme combinées. Cette substance est postérieure, et elle n'a rien d'obscur; la matière est à peu près aussi claire; mais c'est à la troisième substance, celle de la forme, qu'il faut nous attacher ; car elle est la plus difficile à comprendre.
§ 10. Mais, comme on est d'accord
pour reconnaître que, parmi les choses sensibles, il y en a qui sont des
substances, c'est à celles-là que nos recherches vont s'adresser tout d'abord. |
§ 1. Le mot de substance. Déjà l'analyse de la notion de substance a été exposée plus haut, liv. V, ch. VIII ; mais Aristote ne reconnaît, dans cette analyse incomplète, que deux acceptions du mot de Substance ; ici, il en constate quatre au moins. — A l'universel, au genre. M. Bonitz fait remarquer avec raison que, dans les théories d'Aristote, l'universel et le genre se confondent le plus ordinairement. Ici, il semble qu'il faut entendre par Universel le genre le plus élevé dans la série ; et par Genre, soit un des genres subordonnés, soit même toutes les espèces, y compris celle à laquelle l'individu appartient d'une manière immédiate. § 2. Plus particulièrement substance. Au fond, c'est la substance même : et si le sujet n'était pas substance, rien ne le serait. Seulement. c'est une notion de l'esprit et pas autre chose : Aristote ne le dit pas en propres termes ; mais cette conséquence ressort de toute sa théorie. — La matière... la forme... le composé. Cette division du sujet se retrouve plus loin, liv. VIII. ch. I. § 8. M. Bonitz pense qu'Aristote n'est pas très conséquent avec lui-même, quand il confond la forme avec le sujet. Le sujet est la substance même, qui a une forme sans doute, mais qui se distingue profondément de la forme qu'elle a. 3. Que revêt la conception de l'artiste. J'ai paraphrasé le texte, afin de rendre toute la force du mot grec. — L'ensemble, qu'elles produisent. C'est le composé dont il est parlé au § précédent. - Qui donne l'espèce. J'ai développé le texte, afin de reproduire le double sens qu'a l'expression grecque. qui signifie tout ensemble Forme et Espèce. — Au composé. Alexandre d'Aphrodise et quelques manuscrits donnent une variante assez grave, et qui offrirait un sens assez différent. Si on l'adoptait, il faudrait traduire : « Par la même raison, le composé qui vient de la réunion des deux, doit être antérieur aussi à la matière ». J'ai conσervé la leçon vulgaire, comme l'ont fait la plupart des éditeurs, tout en reconnaissant que celle-ci serait plus acceptable. Celle que j'ai gardée me paraît d'ailleurs plus conforme aux théories ordinaires d'Aristote. Voir la même pensée plus bas, § 9. § 4. Un aperçu. Le mot du texte est ici le même que celui que j'ai rendu un peu plus loin par Esquisse ; cette expression est familière à Aristote ; et, à l'occasion de ce passage, M. Schwegler en cite une foule d'autres où elle est employée. § 5. C'est... la matière qui devient la substance. C'est là l'opinion la plus répandue ; et, dans l'esprit de la plupart des hommes, la substance d'une chose est la matière même dont cette chose est composée. — Tout le reste a disparu. Il s'agit ici des attributs, comme on le voit par le § suivant. — Substance... subsiste. Cette analogie de forme ne se retrouve pas dans les mots dont le texte se sert. § 6. Leurs puissances. Ce mot doit être pris ici au sens métaphysique. — Est bien plutôt. On pourrait affirmer ceci d'une manière absolue. « La substance est le sujet, etc. » — L'objet. Qui n'est rien de réel, et qui n'est qu'une conception de l'esprit, une entité logique ; et comme Aristote le dit un peu plus bas, c'est la « matière en soi », c'est-à-dire, une pure abstraction. § 7. C'est la matière en soi. Voir la Physique, liv. I, ch. VIII et X. — Ni un objet individuel. C'est alors réduire la matière à une simple notion. § 8. Qui elle-même est l'attribut de la matière. Dans l'hypothèse où la matière est seule considérée comme substance. — Les négations de tout cela. C'est-à-dire, la négation de l'Être, de la quantité, de la qualité, etc. La négation est toujours quelque chose d'indirect et d'accidentel, puisqu'elle part toujours d'une affirmation, qu'elle contredit. § 9. Mais cette théorie est insoutenable. Cette conclusion aurait pu être obtenue plus tôt. — D'être séparée. C'est-à-dire, de former un individu distinct de tout autre, et qui ne peut se confondre avec aucun de ceux qui l'entourent, fussent-ils de la même espèce. — Le composé. Voir plus haut, § 3. — La matière est à peu près aussi claire. Aristote ne veut pas dire sans doute que la notion de matière soit d'une parfaite clarté; car ceci contredirait ce qui vient d'être exposé un peu plus haut. Mais, probablement, il veut se borner à affirmer que la matière ne peut pas évidemment être prise pour la substance, non plus que le composé de la matière et de la for-me. J'ai cru devoir conserver dans ma traduction l'indécision du texte. Voir plus loin, ch. IV, § 1. § 10. Tout d'abord. Il semblerait d'après ceci que le chapitre suivant devrait traiter des substances sensibles ; il n'en est rien; et c'est l'analyse de la notion générale de substance qui le remplit, comme si elle n'avait pas été déjà exposée. |
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Retour sur l'idée de Substance ; condition générale de la science ; sens absolu de l'expression : En soi ; différences de la catégorie première, de la substance, et des autres catégories ; définition de l'Être pris individuellement et en lui-même, ou pris avec une modification quelconque; la définition- s'applique surtout aux substances ; il ne faut pas la confondre avec la simple appellation ; elle s'adresse toujours au primitif ; l'Être est surtout dans la catégorie de la substance; mais il est aussi dans les autres d'une façon déterminée ; le Non-Être lui-même Est, mais à l'état de Non-être; les autres catégories n'ont d'Être que par homonymie ; objet primitif et essentiel de la définition ; unité absolue de l'être qu'elle fait connaître. |
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§ 1. [1029b] [3] Au début, nous avons indiqué tous les sens où le mot de Substance peut être pris; et l'un de ces sens nous a semblé être celui où le mot de Substance veut dire que la chose est ce qu'elle est. C'est cette dernière question qu'il faut étudier, en cherchant à arriver ensuite à quelque chose de plus notoire. § 2. La science, en effet, s'acquiert toujours en partant de notions qui, [5] de leur nature, sont moins notoires, pour s'élever à des notions qui, par leur nature, le sont davantage. C'est qu'il en est de la science comme de la conduite dans la vie pratique, où, partant du bien des individus, on doit faire que le bien général devienne aussi le bien de chaque particulier. De même ici, nous partons de notions qui nous sont personnellement plus connues, pour atteindre des notions qui, étant notoires par leur nature, finissent par le devenir aussi pour nous. Mais les connaissances qu'on a personnellement, et tout d'abord, sont souvent bien légères [10] et bien peu nettes ; elles n'ont que peu ou point de réalité. Et cependant, c'est en partant de ces connaissances si insuffisantes, mais qui nous sont personnelles, qu'on doit tâcher d'atteindre à la connaissance absolue des choses, où l'on ne peut parvenir qu'en prenant le point de départ que nous venons d'indiquer. § 3. D'abord, disons quelques mots, à un point de vue tout rationnel, pour faire comprendre que l'essence propre de chaque chose, et ce qui la fait être ce qu'elle est, c'est ce qu'elle est dite En soi. Ainsi, vous êtes éclairé et instruit; mais ce n'est pas précisément être Vous; car ce n'est pas en vous-même [15] que vous êtes instruit. Ce que vous êtes essentiellement, c'est en vous seul que vous l'êtes. § 4. Mais ceci n'est pas applicable à tous les cas. Être en soi, selon cette acception, ce n'est pas être à la manière que la surface est blanche, puisque l'Être de la surface n'est pas du tout l'Être du blanc. L'essence n'est pas non plus le composé des deux termes réunis : la surface blanche. Et pourquoi? C'est que la surface, qui est à définir, est comprise dans sa définition. § 5. Ainsi, la définition essentielle [20] où la chose définie elle-même ne figure pas, c'est là vraiment la définition, qui explique pour chaque chose ce qu'elle est En soi. Si donc être une surface blanche était la même chose qu'être une surface polie, il s'ensuivrait que le Blanc et le Poli seraient absolument identiques, et ne seraient qu'une seule et même chose. § 6. Mais il y a également des composés dans les autres catégories ; car, dans chacune, il y a toujours un sujet ; et, par exemple, il y a un sujet pour la qualité, pour le [25] temps, pour le lieu, pour le mouvement. Dès lors, il faut voir si la définition de l'essence, telle qu'on l'applique a chacun de ces sujets, se retrouve aussi dans les composés. Par exemple, si l'on définit l'Homme blanc, il faut voir s'il y a une définition essentielle de ce composé : l'Homme blanc. § 7. Représentons, si nous voulons, cette définition, par le mot de Manteau. Mais alors qu'est-ce que c'est que d'être un manteau? Ce composé d'Homme blanc n'est pas certainement non plus une de ces choses dont on peut dire qu'elles sont en elles-mêmes, et par elles-mêmes. Ou bien, l'expression de N'être pas En soi ne peut-elle pas [30] avoir un double sens ? Dans l'un, on fait une addition à la chose à définir, tandis que, dans l'autre, on ne fait pas cette addition. Ici, le défini ne s'énonce qu'en étant adjoint à une chose autre que lui ; et par exemple, si l'on avait à définir le blanc, ce serait commettre cette faute que de donner la définition d'Homme blanc. Là au contraire, le défini est accompagné d'un autre terme, qui est ajouté ; et si, comme nous venons de le dire, Manteau signifiait Homme blanc, on définirait le manteau, comme si l'on avait simplement le Blanc. L'Homme blanc est bien quelque chose dans le blanc ; [1030a] mais sa définition essentielle n'est pas d'être blanc. § 8. L'essence, dans le cas où la définition d'Homme blanc est Manteau, est-elle quelque chose de réel, quelque chose d'absolu? Ou bien n'y a-t-il pas la d'essence? L'essence d'une chose, c'est d'être ce qu'elle est. Mais quand une chose est l'attribut d'une autre, c'est qu'elle n'est pas quelque chose d'individuel et d'indépendant. Ainsi, [5] l'Homme blanc n'est pas une chose individuelle, puisque cette individualité indépendante appartient uniquement aux substances. § 9. Par conséquent, il n'y a d'essence individuelle que pour les choses dont l'explication est une définition. Or, il n'y a pas de définition par cela seul que le nom de la chose aurait le même sens qu'elle. Autrement toutes les appellations nominales seraient autant de définitions, puisque le nom d'une chose se confondrait alors avec l'explication qu'on en donnerait; et, à ce compte, le mot seul d'Iliade serait une définition tout entière. § 10. [10] Mais la définition n'est réelle que si elle s'adresse à un primitif. Et les primitifs sont toutes les choses qu'on peut désigner, sans que la chose en question soit attribuée à une autre. Aussi, la définition essentielle, exprimant que le primitif est ce qu'il est, n'appartiendra à aucune des espèces qui ne font pas partie du genre ; elle n'appartiendra qu'aux seules espèces qui y sont comprises ; car, dans la désignation de ces espèces, on n'a besoin d'impliquer, ni leur participation à un autre être, ni une modification quelconque, ni une attribution accidentelle. Mais même, pour chacune [15] des autres catégories, l'appellation indiquera ce qu'elles expriment, du moment que le nom indique que telle chose est à. telle autre, ou bien, si, à la place d'une appellation simple, il y en a une plus exacte et plus complète. Mais il n'y aura là, ni définition, ni explication, de ce qu'est essentiellement la chose. § 11. C'est que le mot de Définition aussi bien que celui d'Essence peut avoir plusieurs acceptions. En effet, ce qu'est la chose peut, en un sens, signifier la substance, et aussi tel ou tel objet individuel; mais, en un autre sens, [20] il exprime indistinctement chacune des attributions : quantité, qualité, et le reste. § 12. De même que l'Être appartient à toutes ces catégories, sans leur appartenir d'une manière semblable, puisqu'il est primitif dans l'une, et qu'il n'est que consécutif dans les autres; de même ce qu'est la chose, l'essence, ne s'applique d'une manière absolue qu'à la substance ; mais elle peut aussi, sous certains rapports, s'appliquer au reste des catégories. C'est qu'en effet on peut aussi demander, pour la qualité, par exemple, ce qu'elle est; et la qualité devient alors de l'Être, [25] sans qu'elle en soit absolument. Et de même pour le Non-Être, on dit quelquefois logiquement qu'il Est, sans que ce soit d'une manière absolue, mais seulement en tant que Non-Être. De même encore, pour la qualité. § 13. Il faut donc, pour chaque chose, bien voir le nom qu'on doit lui donner; mais il faut voir, avec non moins d'attention, ce qu'est réellement la chose. Et comme ici ce dont on parle est fort clair, on peut dire que l'Être appartiendra également à tous ces termes; mais il appartiendra premièrement [30] et absolument à la substance; et en sous-ordre, il appartiendra au reste, de même que l'existence individuelle appartiendra au reste aussi, non pas d'une manière absolue, mais en tant qu'elle peut appartenir à la qualité et à la quantité. § 14. Il faut en effet que tout cela, ou ne soit de l'Être que par homonymie, ou bien que ce ne soit de l'Être qu'autant qu'on y ajoute, ou qu'on en retranche quelque chose, de même que l'inintelligible est encore de l'intelligible. Le vrai en ceci est de ne considérer l'Être de ces choses, ni comme une simple homonymie, [35] ni comme un même être; mais il faut le prendre comme on le fait pour le mot de Médical, qui se rapporte bien à une seule et même chose, mais qui n'a pas un seul et même sens, et qu'on ne confond pas sous une vague homonymie. [1030b] Ainsi, un corps, une opération, un instrument, s'appellent Médical ; mais ce n'est pas là une homonymie; ce n'est pas là non plus une seule et même chose; mais c'est à une seule et même notion que tout cela se rapporte. § 15. Du reste, il n'y a guère d'importance à se servir ici de l'expression qu'on voudra. Ce qu'il y a d'évident, [5] c'est que la définition qui explique la chose d'une manière primitive et absolue, et qui dit ce qu'elle est essentiellement, ne s'adresse qu'aux substances ; et que, si la définition s'applique aussi aux autres catégories, ce n'est pas primitivement.
§ 16. En effet, cela même étant
admis, il ne s'ensuit pas nécessairement qu'il y ait définition par cela seul
que l'explication donnée signifie la même chose ; il faut encore que ce soit une
explication d'un certain genre ; c'est-à-dire, qu'il faut que l'explication
s'applique à une chose qui soit Une, non pas simplement Une en tant que
continue, comme l'est l'Iliade, par exemple, ou comme le sont des choses qui se
tiennent entre elles, par un lien commun, [10] mais à une chose qui soit Une
dans tous les sens où l'Un se comprend; et l'Un a autant d'acceptions que l'Être
peut en avoir. Or, l'Être désigne un objet substantiel ; mais il désigne encore
la quantité, la qualité, etc.; et voilà comment on peut tout à la fois donner
une explication et une définition de ce que signifient ces deux mots réunis,
Homme, Blanc ; et qu'à un autre point de vue, on peut expliquer et définir
séparément le Blanc, et la Substance Homme. |
§ 1. Au début. Voir plus haut, ch. III, § 1 ; et aussi, liv. V, ch. VIII, § 4. — Que la chose est ce qu'elle est. C'est le nom pur et simple de la chose ; elle est considérée absolument dans ce qu'elle est par elle-même, indépendamment de tout attribut et de toute modification. M. Bonitz propose de faire ici un déplacement important, et il, voudrait reporter la première phrase de ce chapitre : « Au début... qu'il faut étudier », à la fin du § 2 et avant le § 3. Je ne crois pas que ce changement soit nécessaire, et il ne s'appuie sur aucune autorité. Cette conjecture mérite d'ailleurs une grande attention de la part d'un savant qui a tant fait pour éclaircir la Métaphysique. — Ensuite. J'ai ajouté ce mot, qui me paraît indispensable, et qui est justifié par ce qui suit. La notion de l'essence est par elle-même peu claire ; mais, en partant d'une notion d'abord plus claire pour nous, on parviendra à dissiper les premières obscurités qui s'attachent à la notion d'essence. Ce passage d'ailleurs ne laisse pas que d'être assez embarrassé, et l'expression de la pensée n'a pas la netteté désirable. Le commentaire d'Alexandre d'Aphrodise ne fournit aucun éclaircissement. § 2. La science, en effet, s'acquiert. M. Schwegler a recueilli plusieurs passages d'Aristote qui peuvent servir à expliquer celui-ci, et qui y sont tout à fait conformes; je n'en citerai que trois: les Derniers Analytiques, liv. I, ch. II, § 11, p. 10 de ma traduction ; les Topiques, liv. VI, ch. IV, § 3, p. 221; et la Physique, liv. I, ch. r, § 2, p. 431. Dans tous ces passages, Aristote établit, à plusieurs reprises, que la vraie méthode est de partir des notions les plus claires pour nous, afin d'arriver à des notions qui, par leur nature propre et par elles-mêmes, sont les plus claires de toutes. — Par leur nature. J'ai répété ces mots qui ne sont pas répétés dans le texte ; mais le sens ne peut faire de doute. — De la conduite dans la vie pratique. Alexandre d'Aphrodise croit que ceci regarde les législateurs, qui, en faisant des lois pour le bien général de la société, font en même temps le bien des individus, même quand ils sont forcés de les punir. Ce sens est fort acceptable ; mais j'ai dû conserver dans ma traduction l'indécision du texte, qui ne dit point précisément ce qu'Alexandre lui fait dire. § 3. A un point de vue tout rationnel. Aristote exprime toujours une nuance de dédain pour les théories purement logiques. — Et ce qui la fait être ce qu'elle est.... ce qu'elle est dite En soi. L'essence propre de la chose semble alors se réduire au nom qu'elle porte, et qui la désigne d'une manière absolue — Éclairé et instruit. Il n'y a qu'un seul mot dans le texte. — Être Vous. L'exemple est très clair et très simple. La forme qu'adopte ici Aristote est assez rare dans son style ; mais, en s'adressant directement à la personne même du lecteur, il met les choses sur un terrain où chacun peut les vérifier. — En vous-même. Car vous pourriez ne pas être éclairé et instruit, et vous n'en seriez pas moins Vous. Mais dans la question comme la pose Aristote, la personnalité individuelle intervient ; et elle n'existe à aucun degré dans les choses, ni dans les êtres autres que l'homme. - C'est en vous seul. Le texte n'est pas tout à fait aussi précis. § 4. De la manière que la surface est blanche. C'est-à-dire que ce n'est pas ici un lien pareil à celui du sujet et de l'attribut. La surface en soi n'est pas blanche plus qu'elle n'est de toute autre couleur. Ainsi, la blancheur ne se confond pas avec la surface; ce qui serait nécessaire si l'Être était le même de part et d'autre. — La surface, qui est à définir, est comprise dans sa définition. Le texte est plus concis ; j'ai dû le développer un peu pour le rendre intelligible. Le sens que je donne est emprunté au commentaire d'Alexandre d'Aphrodise, p. 434, édition Bonitz. Alexandre remarque lui-même que la concision du texte le rend obscur, et il se croit forcé de l'expliquer très longuement. § 5. Où la chose définie... ne figure pas. Comme tout à l'heure, la surface figurait dans la définition de surface blanche, qu'on prétendait y appliquer. — Blanc et poli seraient absolument identiques. Puisque l'un et l'autre seraient la définition d'une seule et même chose, à savoir la surface. Deux choses égales et pareilles à une troisième sont égales et pareilles entre elles. Toutes ces distinctions sont bien subtiles et bien peu nécessaires. § 6. Des composés dans les autres catégories. C'est surtout dans les catégories autres que celle de la substance, que se présentent les composés dont parle ici Aristote. Dans la catégorie de la substance, la chose est en soi et pour soi ; la définition ne fait qu'expliquer son essence individuelle. Au contraire, dans les autres catégories, il y a toujours et nécessairement la combinaison d'un sujet et d'un attribut, d'une substance et d'un mode. Aristote se demande si ces composés peuvent avoir une définition essentielle, tout aussi bien que la substance. Mais peut-être la question est tellement évidente qu'il n'y avait pas lieu de la soulever. Il est clair que ces composés n'ont pas de définition essentielle, par cette raison qu"ils ne sont pas des substances. Tout ce passage est d'une grande obscurité, sans avoir d'ailleurs grande importance ; et les commentateurs les plus autorisés, comme MM. Bonitz et Schwegler, n'ont pu y porter une complète lumière. Alexandre d'Aphrodise lui-même n'a pas pu dissiper ces ténèbres. § 7. Par le mot de Manteau. C'est une manière assez singulière de prendre un nom simple pour la définition d'un terme composé ; et ici définir l'Homme blanc par le mot de Manteau ne se conçoit guère. - Ce composé l'Homme blanc. J'ai dû développer le texte, qui n'a qu'un pronom neutre tout à fait indéterminé. — Qu'elles sont par elles-mêmes. L'Homme blanc n'existe pas réellement; ce qui existe, c'est l'homme, qui a pour attribut d'être blanc. — On fait une addition à la chose. C'est ainsi qu'on dit l'Homme blanc, en ajoutant la notion de Blanc à celle d'Homme. — En étant adjoint à une chose autre.... d'un autre terme qui y est ajouté. L'opposition ne semble pas aussi complète que l'auteur pourrait le croire. Si le défini s'adjoint à une seconde chose, ou bien si cette seconde chose s'adjoint au défini, le résultat est, à ce qu'il paraît, à peu près le même. De part et d'autre, on a introduit des éléments nouveaux qui faussent la notion, ou dans le défini lui-même, ou dans la définition qu'on en donne. Le commentaire d'Alexandre d'Aphrodise n'est guère plus net que le texte. — Ce serait commettre cette faute. J'ai rendu le grec avec beaucoup plus de précision qu'il n'en a. Je ne me flatte pas d'ailleurs d'avoir réussi là où M. Bonitz et M. Schwegler ont fait de vains efforts, pour arriver à une clarté complète. § 8. L'essence, dans le cas... J'ai adopté ici la ponctuation que M. Bonitz donne dans son texte, et qui est confirmée par le commentaire d'Alexandre d'Aphrodise. Le changement est assez important; car il attribue à cette phrase ce qui dans les éditions ordinaires fait la fin de l'autre. La pensée est par là coupée d'une manière toute différente ; et, à mon avis, beaucoup plus rationnelle. — Dans le cas où la définition d'Homme blanc est Manteau. C'est le membre de phrase transposé. D'ailleurs, j'ai dû paraphraser le texte plutôt que le traduire. En réalité, Aristote se demande si une énonciation comme celle-ci : « l'Homme blanc », représente une réalité, et il répond négativement. — Quand une chose est l'attribut d'une autre. L'attribut n'a d'existence véritable que dans son sujet ; c'est le sujet qui Est; l'attribut n'Est que grâce au sujet dont il est l'accident. — Cette individualité indépendante. Le texte n'est pas aussi formel. - Aux substances. L'homme blanc n'est pas une substance ; c'est l'homme seul, qui est un être substantiel. Voir l'Herméneia, ch. XI, p. 180 de ma traduction. § 9. Dont l'explication. Le mot grec est au moins aussi vague que celui de ma traduction. L'Explication peut être simplement un autre nom de la chose ; mais alors ce n'est pas une définition proprement dite. — Le mot seul d'Iliade. Aristote se sert du même exemple pour exprimer la même pensée dans les Derniers Analytiques, liv. Il, ch. VII, § 8, p. 221 de ma traduction. § 10. A un primitif. Le Primitif ne signifie point autre chose ici que la substance. — Soit attribuée à une autre. C'est le propre de la substance de n'être jamais elle-même un attribut, et d'être au contraire le sujet, et comme le réceptacle, de tous les attributs. — Le primitif. Le texte n'est pas aussi formel. Ici, le Primitif indique le genre supérieur sous lequel se rangent les espèces secondaires; la définition essentielle du genre s'applique aussi aux espèces. Alexandre d'Aphrodise n'a pas commenté ce passage, qui aurait cependant grand besoin d'explication. — Leur participation. C'est le mot même du texte ; peut-être celui de Relation serait-il plus vrai. — Chacune des autres catégories. Le texte n'est pas aussi précis. — Plus exacte et plus complète. Il n'y a qu'un seul mot dans le texte. — Ni explication. Une explication qui fait connaître ce qu'est essentiellement la chose; est bien près d'être une définition. § 11. La substance. Prise d'une manière générale, soit qu'on la considère clans le genre et les espèces, soit qu'on la considère dans l'individu. — Chacune des attributions. Ou catégories, dont Aristote n'énonce ici que les deux premières. § 12. Dans l'une. Dans la catégorie de la substance. — Ce qu'est la chose, l'essence. Il n'y a qu'un seul mot dans le texte. — Des catégories. J'ai ajouté ces mots que justifient ce qui précède et ce qui suit. Voir dans les Topiques, liv. I, ch. § 3, p. 25 de ma traduction, la même pensée plus complètement développée. — Ce qu'elle est. Et en prenant la qualité de la couleur, par exemple, on peut demander si elle Est blanche ou noire, verte ou rouge. — Devient... de l'Être. Consécutivement, comme il est dit plus haut. — Logiquement. C'est-à-dire, par une simple conception de l'esprit, qui ne répond point à une réalité, parce qu'autrement on se contredirait soi-même en disant que le Non-Être Est; car ce serait dire que ce qui n'est pas Est, sans être. — De même encore pour la qualité. Et pour toutes les catégories. Si la qualité Est, ce ne peut-être que d'une existence empruntée à l'objet dans lequel elle se trouve ; mais elle n'a pas d'existence propre. § 13. Le nom qu'on doit lui donner. Selon les catégories diverses. Le texte d'ailleurs n'est pas aussi formel. — Ce qu'est réellement la chose. A savoir, si elle est substance ou bien quantité, qualité, etc.— A tous ces termes. C'est-à-dire, à toutes les catégorie.. — L'existence individuelle. Ou essentielle. L'expression grecque est fort difficile à rendre dans notre langue. — A la qualité et à la quantité. Sous-entendu « et aux restes des catégories. ». § 14. Qu'on y ajoute, ou qu'on y retranche. L'Être n'est pas exprimé d'une manière absolue dans les catégories autres que celle de la substance. Dans celle-ci, en effet, on dit simplement que la chose Est; dans les autres on ajoute qu'elle Est, ou quelle n'est pas, modifiée de telle ou telle manière. —L'inintelligible est encore de l'intelligible. Comme le Non-Être Est encore de l'Être, comme en géométrie et en arithmétique on reconnaît des quantités négatives, c'est-à-dire des quantités qui ne sont pas des quantités. — Il faut le prendre comme on le fait. Le texte n'est pas aussi formel. — S'appellent médical. Notre langue ne se prête pas aussi bien que la langue grecque à ces locutions. Voir plus haut, liv. IV, ch. II, § 1. — Ce n'est pas là une homonymie. Voir au début des Catégories le sens du . mot Homonyme. Les homonymes n'ont de commun que le nom ; mais la réalité qu'ils représentent est toute différente. — A une seule et même notion. Le texte est moins précis; il se contente encore d'un pronom indéterminé. § 15. Se servir ici de l'expression qu'on voudra. Voir plus haut, §§ 7 et 10. — La définition... ne s'adresse qu'aux substances. C'est la conclusion de toutes ces théories, qui doivent paraître bien prolixes.
§ 16. Cela mérite étant
admis. C'est-à-dire, si l'on admet que la définition essentielle
peut s'appliquer aux autres catégories. presque aussi bien qu'à
celle de la substance. — Définition... explication. Ce qui
peut augmenter encore l'obscurité de tout ce passage, c'est que,
dans la langue grecque, le mot que je rends par Explication peut
également signifier Définition. — Comme l'est l'liade.
Aristote s'est servi plusieurs fois de cet exemple; voir plus loin,
liv. VIII, ch. VI, § 2, la même pensée et presque dans les mêmes
termes ; voir aussi les Derniers Analytiques, liv. II, ch. X,
§ 2, p. 231 de ma traduction 1 et la Poétique, ch. XX, § 14,
p. 110. — Où l'Un se comprend. Voir plus haut, liv. IV, ch.
II, § 6; et liv. V, ch. VI et ch. VII. — La quantité, la qualité.
Aristote ne cite que deux catégories; mais il est évident qu'il
sous-entend toutes les autres ; et c'est là ce qui m'a autorisé à
ajouter un et criera qui n'est pas dans le texte. — Ce que
signifient ces deus mots réunis. Le texte n'est pas aussi
formel. — Définir séparément. Même remarque. Ces additions,
que je me permets, sont indispensables. |
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De la définition appliquée à des termes
complexes ; exemple de l'idée de Camus, qui implique nécessairement l'idée de
Nez ; l'idée de mâle ou femelle implique nécessairement celle d'animal ; et
l'idée d'impair, celle de nombre ; difficulté de la définition dans ces cas ; il
n'y a de définition véritable que pour les substances ; pour les autres
catégories, il faut toujours recourir â une addition quelconque ; le mot de
Définition ne peut avoir qu'une seule signification; il s'applique, ainsi que
l'essence, aux substances seules, ou du moins plus qu'à tout le reste, et d'une
manière primitive et absolue. |
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§ 1. Si l'on nie que l'explication complexe d'une chose soit une véritable définition, il est bien difficile de savoir [15] dans quels cas la définition est possible, pour les termes qui ne sont pas simples, mais qui sont accouplés deux à deux. Car nécessairement on doit expliquer la chose avec le développement qu'on y a joint. § 2. Je prends pour exemples le Nez et la Courbure, et le Camus, qui se forme de la combinaison des deux termes Nez et Courbure, puisque Camus est une certaine chose dans une autre chose. Or, la Courbure et le Camus ne sont pas des attributs accidentels du nez ; mais ils se rapportent au nez essentiellement et [20] en soi. § 3. lls ne sont pas au nez comme la blancheur est à Callias, ou à l'homme, parce que Callias, qui a pour attribut indirect d'être homme, est blanc. Mais ils sont au nez comme la notion de mâle se rapporte à celle d'Animal, comme l'égal se rapporte à la notion de quantité, et comme sont toutes les attributions dont on dit qu'elles sont essentiellement En soi. § 4. Les attributs essentiels sont ceux dans lesquels se trouve comprise l'explication, ou le nom, de la chose dont les attributs sont les modes, et qu'on ne peut expliquer séparément de l'objet lui-même. [25] La blancheur peut être exprimée sans l'idée d'homme, tandis qu'il est bien impossible d'exprimer l'idée de Femelle ou de Mâle sans l'idée d'Animal. Ainsi, pour ces attributs complexes, ils n'ont, ni essence, ni définition; ou s'ils en ont, c'est tout autrement, ainsi que nous l'avons dit antérieurement. § 5. Mais ici se présente une autre difficulté. Si un nez Courbé et un nez Camus sont la même chose, dès lors Camus et Courbé [30] sont également identiques. Mais si l'on nie cela, parce qu'il est impossible de soutenir que le Camus existe en soi et sans la chose dont il est une affection, et si l'on soutient, au contraire, que le Camus est la courbure du nez, alors, ou il n'est pas possible de jamais dire que le nez est Camus; ou, si on le dit, on s'expose à répéter deux fois la même idée Nez-nez courbé, puisque Nez Camus signifiera Nez-nez courbé. § 6. Il est donc absurde de soutenir que ces attributs ont une définition essentielle ; et si l'on suppose qu'ils en ont une, ce sera se perdre dans l'infini; car Nez-nez courbé pourra aussi avoir un autre attribut. § 7. [1031a] Il faut donc en conclure qu'il n'y a vraiment de définition que pour la substance. S'il y en a pour les autres catégories, c'est uniquement par voie d'addition, comme on le voit quand on veut définir la qualité ou l'impair. Il est impossible en effet de définir l'impair sans l'idée du nombre, pas plus qu'on ne définit l'idée de femelle sans l'idée d'animal. Par Voie d'addition, j'entends [5] les cas où, comme dans ceux qu'on vient de citer, l'on répète deux fois la même chose. Si cela est vrai, il n'y aura pas davantage de définition pour les termes accouplés, comme ils le sont quand on dit le : Nombre impair, au lieu de dire simplement l'Impair. Mais on ne prend pas garde que les expressions dont on se sert sont inexactes. § 8. S'il y a des définitions même pour ces termes combinés, les conditions en sont du moins toutes différentes. Ou bien, comme nous l'avons dit, il faut reconnaître que le mot de Définition peut se prendre en plusieurs acceptions, ainsi que le mot d'Essence. [10] Par conséquent, dans un sens, il n'y aura de définition pour aucun de ces termes, et il n'y aura de définition essentielle absolument que pour les seules substances; mais dans un autre sens, il pourra y en avoir. § 9. En résumé, la définition est évidemment l'explication de l'essence indiquant que la chose est ce qu'elle est ; et l'essence ainsi comprise appartient aux substances, ou exclusivement, ou du moins, à titre supérieur, primitivement et absolument. |
§ 1 . L'explication complexe. Mot à mot : « l'explication par adjonction », comme dans cet exemple : « l'Homme blanc » au lieu de l'Homme, pris seul et absolument. Aristote se demande s'il peut y avoir définition pour les deux termes ainsi réunis, ou si la définition essentielle ne s'adresse réellement qu'au sujet seul, sanσ l'addition qui y est jointe. — Il est bien difficile. L'auteur lui-même semble sentir ce que ces théories, peu nécessaires, ont de subtil et d'obscur. § 2. La Courbure. Le mot du texte signifie précisément le con-traire, c'est-à-dire « la concavité »; mais le Camus est le contraire de « Concave », et j'ai dû changer l'expression pour qu'il y eût concordance entre les deux termes ; voir plus bas, § 5. Il est possible d'ailleurs que le mot de « Concavité », signifie seulement ici l'aplatissement du nez camard. — Est une certaine chose dans une autre chose. Le Camus s'applique exclusivement au nez; et les deux notions sont inséparables, en ce sens que celle de Camus implique toujours et nécessairement celle de Nez. Le Camus est un attribut du nez, ou, comme le dit le texte, « est une certaine chose dans une autre chose », dont elle ne peut pas être séparée. — La courbure et le Camus. Il serait plus exact de dire : « la Courbure qui constitue le Camus »; la courbure n'est pas un attribut du nez, comme l'est le Camus.Voir plus haut, liv. VI, ch. I, § 8, la même pensée et les mêmes mots. § 3. Indirect. J'ai ajouté ce mot, qui me semble nécessaire. — La notion de Mâle se rapporte à celle d'Animal. En ce sens que la notion de Mâle suppose celle d'Animal, aussi nécessairement que la notion de Camus suppose celle de Nez; aussi nécessairement que la notion d'Égal suppose celle de Quantité. — Essentiellement et En soi. Comme le Camus est au nez. § 4. Les attributs essentiels. Par rapport aux attributs accident tels, dont il a été question plus haut, § 2. — Se trouve comprise l'explication. Comme dans la notion de Camus est comprise celle de Nez. — Qu'on ne peut expliquer séparément. La courbure peut se comprendre sans impliquer la notion de Nez et séparément d'elle ; la notion de Camus ne le peut pas. — Ainsi que nous l'avons dit antérieurement. Voir plus haut, ch. § 15. § 5. Une autre difficulté. Qui peut ne pas paraître beaucoup plus sérieuse que la précédente. — Existe en soi. Ceci n'est peut-être pas tout-à-fait juste. Le Courbé n'existe pas non plus en soi, et c'est toujours un attribut; mais cet attribut ne s'attache pas, comme le Camus, à un seul et exclusif sujet. Une foule de choses peuvent être courbes, tandis que le nez seul peut être Camus. — Jamais dire que le nez est Camus. Il semble au contraire qu'on le dit fort bien en grec comme dans notre français. C'est une subtilité peu soutenable de dire que, la notion de Camus renfermant nécessairement celle de Nez, on répète deux fois cette dernière. § 6. Que ces attributs ont une définition essentielle. C'est là la conclusion de toute la discussion précédente. § 7. Pour la substance. Voir plus haut, ch. IV, § 10. — L'idée de femelle. Voir plus haut, § 3 et § 4. — L'on répète deux fois la même chose. Dans les exemples cités plus haut, §§ 5 et 6. On répète deux fois la notion de nez quand on dit : Un Nez-Nez courbé ; ou cieux fois la notion de nombre quand on dit : Un nombre impair. attendu que le mot de Camus implique déjà l'idée de Nez, et celui d'Impair, l'idée de Nombre. § 8. Comme nous l'avons dit. Voir plus haut, ch. IV, § 11. — Dans un sens. C'est-à-dire : « d'une manière absolue et primitive ». — Dans un autre sens. C'est-à-dire : « d'une manière qui n'est, ni absolue, ni primitive ». Voir plus haut, ch. IV, § 15. § 9. En résumé. Le texte dit simplement : « Donc » — Appartient aux substances. C'est la conclusion déjà exposée dans le chapitre précédent, dont celui-ci dans son ensemble n'est guère qu'une répétition. La question est la même, et les développements, quoique un peu différents, aboutissent au même résultat. Il semble que ce résultat aurait pu être obtenu par une discussion plus concise. Il y a là sans doute une double rédaction. |
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De l'identité de l'essence d'une chose avec la chose même ; distinction nécessaire de la chose et de ses attributs ; objections contre la théorie des Idées; impossibilité de la science dans ce système, et destruction nécessaire des êtres ; identité de l'Être en soi et de quelques-uns de ses attributs essentiels; ne pas créer inutilement des êtres qui n'ont rien de réel; il faut prendre garde d'aller à l'infini ; la définition de l'Être et celle de ses attributs essentiels sont identiques. ; réponse aux objections sophistiques. Résumé. |
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§ 1. [15] L'essence d'une chose, l'essence qui fait que la chose est ce qu'elle est, et la chose elle-même, sont-elles toujours identiques, ou sont-elles différentes? C'est une question que nous avons à examiner, et qui nous sera de quelque utilité dans notre étude de la substance. Il ne semble pas qu'une chose puisse jamais différer de sa substance propre, et l'essence qui fait que chaque chose est ce qu'elle est, s'appelle sa substance. § 2. Mais, pour les attributions qui ne sont qu'accidentelles, on peut croire que la substance et l'essence sont [20] différentes; car l'Homme-blanc, par exemple, est autre chose que l'essence de l'homme qui est blanc. Mais, si Homme et Homme blanc sont la même chose, l'être de l'Homme et l'être de l'Homme blanc seront la même chose aussi, puisque, dit-on, Homme se confond avec Homme blanc, de telle sorte qu'être Homme blanc et être Homme sont des choses identiques. § 3. Mais ne peut-on pas soutenir qu'il n'est pas du tout nécessaire que les attributs accidentels [25] soient identiques avec l'essence? En effet, les extrêmes ne s'identifient pas toujours avec l'essence de la même façon ; mais on peut croire que, s'ils peuvent s'identifier, c'est au moins d'une manière accidentelle; comme, par exemple, être blanc serait la même chose qu'être instruit; or cela n'est pas soutenable. § 4. Mais pour les choses considérées en elles-mêmes, est-il nécessaire que l'essence et la substance soient toujours identiques, en supposant, par exemple, qu'il existe des substances qui soient antérieures à toutes les autres [30] substances et à toutes les autres natures, dans le genre de ces substances que quelques philosophes ont appelées des Idées? Si l'on veut distinguer l'essence du bien du bien réel, l'essence de l'animal de l'animal réel, l'essence de l'Être de l'Être réel, [1031b] alors il y a d'autres substances et d'autres Idées que celles dont on nous parle; et ces autres substances seront les premières, si l'essence ne s'applique vraiment qu'à la substance. § 5. Si les essences sont distinctes et indépendantes des substances, alors il n'y a plus de science possible pour les unes; et les autres ne sont plus des êtres réels. Quand je dis Indépendantes et Distinctes, [5] j'entends que l'essence du bien n'est pas le bien réel, et que le bien réel n'est pas davantage l'essence du bien. La science d'un objet quelconque consiste à savoir quelle en est l'essence, qui fait que l'objet est ce qu'il est. Le bien et toutes les choses sans exception sont dans le même cas ; et si le bien en soi n'est pas le bien, l'Être en soi non plus n'est plus l'Être, l'unité en soi cesse d'être l'unité. De deux choses l'une : ou toutes les essences sont soumises à la même règle, ou il n'y en a pas [10] une qui le soit ; et, par une conséquence forcée, du moment que l'Être en soi n'est plus l'Être, tout le reste cesse du même coup de pouvoir être identique. Ajoutez encore que, dans cette supposition, ce qui n'a pas l'essence du bien n'est pas bon. § 6. Dès lors, il faut nécessairement que le bien et l'essence du bien soient une seule et unique chose, que le beau soit identique à l'essence du beau, comme en un mot toutes les choses qui ne peuvent jamais être les attributs d'une autre chose, mais qui sont en soi les premières. Cette identité suffit du moment qu'elle existe, quand bien même il n'y aurait pas d'Idées, et, [15] à bien plus forte raison peut-être, s'il y en a. § 7. Il n'est pas moins clair que, s'il existe des Idées du genre de celles qu'on suppose, le sujet dès lors cesse d'être une substance ; car ce sont les Idées qui sont nécessairement les substances, et elles ne sont jamais les attributs d'un sujet, puisqu'alors elles n'existeraient que par simple participation. § 8. De toutes ces considérations, on peut conclure que la chose réelle et l'essence de la chose forment une unité et une identité qui n'a rien d'accidentel ; [20] et que savoir une chose quelconque, c'est savoir ce qu'est son essence. L'exposition que nous venons de faire prouve bien que l'une et l'autre ne sont absolument qu'une même chose. § 9. Quant à l'accidentel, tels, par exemple, que les attributs de Blanc et d'Instruit, il est impossible de dire avec vérité que, dans ce cas, la chose et son essence se confondent et ne font qu'un, parce que le mot d'Accidentel peut se prendre en un double sens; [25] car pour le Blanc, par exemple, il y a d'une part le sujet auquel cet accident est attribué; et, d'autre part, il y a cet accident lui-même. Par conséquent, ici la chose et son essence sont identiques en un sens ; et en un autre sens, elles ne le sont pas. Être Homme et être Homme-blanc ne sont pas des choses identiques, et il n'y a identité que par l'affection spéciale du sujet. § 10. On verrait d'ailleurs aisément combien cette assertion est absurde, si l'on donnait à chacune de ces prétendues essences, sujet et attribut, un nom particulier; car, à côté de cette essence-là, il y en aurait [30] une autre; et, par exemple, s'il s'agissait de l'essence du cheval, il y en aurait aussi une tout autre. § 11. Cependant, qui empêche que, dans ce cas aussi, les essences ne soient immédiatement identiques à la substance, puisqu'on admet que l'essence est une substance? Mais non seulement il y a ici unité de la substance et de l'essence; mais la notion de l'une et de l'autre est absolument la même, comme le fait bien voir ce qu'on vient d'en dire; [1032a] car il n'y a rien d'accidentel à ce que l'essence de l'unité et. l'unité soient identiques. § 12. Si l'on supposait une différence entre la substance et l'essence, ce serait se perdre dans l'infini ; car il faudra toujours avoir, d'une part, l'essence de l'unité, et d'autre part, l'unité; et par conséquent, pour ces autres termes également, le raisonnement serait encore le même. § 13. Il est donc évident que, [5] quand il s'agit de primitifs et de choses en soi, l'essence de la chose et la chose elle-même sont absolument une seule et unique notion. Les objections sophistiques qu'on peut élever contre cette thèse, se réfuteraient de la même manière qu'on démontre que Socrate et l'essence de Socrate sont tout-à-fait des choses identiques; car il n'y a ici aucune différence à mettre entre les interrogations que peuvent poser des Sophistes, et les solutions qu'on peut opposer victorieusement à devaines objections.
§ 14. En résumé, nous avons fait
voir dans quel sens on peut dire que l'essence se confond avec la substance, et
en quel sens on peut dire qu'elle ne se confond pas avec elle. |
§ 1. L'essence qui fait que la chose est ce qu'elle est. J'ai dû paraphraser la formule grecque, pour en rendre toute la force. M. Bonitz fait remarquer avec raison que, dans toutes ces théories, Aristote se rapproche bien souvent de Platon et de sa théorie des Idées. — De quelque utilité. Ceci est peut-être contestable, ou du moins l'auteur ne fait pas voir assez clairement quel intérêt spécial peut avoir cette longue et épineuse discussion. § 2. Pour les attributions qui sont accidentelles. C'est-à-dire, pour tous les cas où le sujet est considéré conjointement avec un attribut, comme dans les exemples qui suivent : « Homme blanc», etc. — La substance et l'essence. Le texte n'a qu'un pronom neutre indéterminé; le sens d'ailleurs n'est pas douteux. Ce qui jette une grande obscurité sur tout ce passage, c'est qu'Aristote ne distingue pas assez nettement ce qu'il entend par Essence de ce qu'il entend par Substance. L'essence est la forme et l'espèce de l'objet ; et c'est surtout une notion logique ; la substance, c'est l'existence réelle de l'objet. — Dit-on. M. Schwegler croit que ceci se rapporte aux Sophistes, dont il a été question plus haut, liv. VI, ch. 2, § 5. § 3. Les extrêmes. Il est assez difficile de comprendre ce que signifie cette expression. M. Schwegler croit qu'elle signifie simplement les attributs accidentels, qui peuvent, comme dans l'exemple qui suit, Blanc et Instruit, s'échanger l'un pour l'autre, sans glue l'essence, à laquelle tous les deux se rapportent, en soit modifiée. M. Bonitz, d'après Alexandre d'Aphrodise, suppose qu'il y a ici un syllogisme de sous-entendu, et que les Extrêmes sont alors la majeure et la mineure, qu'Aristote appelle les Extrêmes dans son langage logique. Malgré l'autorité presque décisive d'Alexandre, je crois que le mot d'Extrêmes ne veut dire ici que les attributs accidentels. § 4. Considérées en elles-memes. Et isolément, au lieu d'être considérées avec les attributs qui y sont joints, comme dans les exemples cités plus haut. — Est-il nécessaire. Dans quelques manuscrits, il y a une affirmation précise au lieu de la forme interrogative. J'ai conservé cette dernière forme, parce qu'elle a pour elle l'autorité d'Alexandre d'Aphrodise et de plusieurs manuscrits, et qu'elle me semble davantage dans les habitudes de style d'Aristote. D'ailleurs, il est clair que l'auteur répondrait à cette question par l'affirmative ; voir plus haut, § 1. — Du bien réel. Aristote ne veut pas distinguer l'essence de la substance : et ici l'essence du bien, telle du moins que, selon lui, l'entend Platon, est distincte et séparée de toute espèce de bien réel. Il en est de même pour les Idées d'Animal et l'Être. — Que celles dont on nous parle. C'est-à-dire que, si l'on admet les Idées séparées de la substance, il faudra d'autres Idées supérieures où l'essence et la substance seront réunies. - Les premières. C'est-à-dire, antérieures et supérieures à celles mêmes qu'admet le Platonisme, tant critiqué par Aristote. § 5. Il n'y a plus de science possible. Si l'essence est séparée de la réalité, on sait autre chose que cette réalité, puisque l'essence est différente ; mais on ne sait rien de la réalité elle-même, si ce n'est qu'elle est. — Pour les unes. C'est-à-dire, les substances. — Les autres. C'est-à-dire, les essences sans aucune réalité. La suite explique d'ailleurs assez clairement quelle est la pensée de l'auteur. — Le bien en soi. Ou l'essence du bien. — Ajoutez encore. Cette phrase n'est peut-être qu'une interpolation ; en tout cas, elle n'est qu'une répétition peu utile de ce qui précède. § 6. Cette identité suffit. Le texte n'est pas aussi formel ; et il n'a qu'un pronom neutre indéterminé. — S'il y en a. D'ordinaire Aristote, est plus décidé contre la théorie des Idées ; il semble ici l'admettre, tandis que le plus souvent il la nie résolument. § 7. Par simple participation. Tandis qu'au contraire, dans la doctrine platonicienne, ce sont les êtres réels qui participent aux Idées, et non point les Idées qui participent aux êtres, comme l'attribut participe à l'existence de son sujet, sans lequel il n'existerait point. Voir plus haut, liv. I, ch. VI, § 6. § 8. La chose réelle. J'ai ajouté l'épithète. — Qui n'a rien d'accidentel. Voir plus haut, § 4. — C'est savoir ce qu'est son essence. Dans les théories les plus habituelles d'Aristote, savoir une chose c'est en connaître la cause. Il l'a répété bien souvent. § 9. De Blanc et d'Instruit. Voir plus haut, § 3. — Pour le Blanc. Voir plus haut, § 2, où Blanc est un attribut de l'Homme, qui est un sujet, tandis qu'Instruit est un attribut de Blanc, qui est un attribut lui-même. — Le sujet. C'est l'Homme. — Cet accident lui-même. C'est la blancheur attribuée â ce sujet. — L'affection spéciale du sujet. C'est-à-dire que le sujet reste identique, d'abord considéré en lui-même, et ensuite, dans son rapport avec l'affection qui lui est attribuée. § 10. Sujet et attribut. J'ai ajouté ces mots pour plus de clarté. — Il y en aurait une autre. Le texte pèche ici par excès de concision; et, pour le bien comprendre et l'expliquer, il faut supposer une énorme ellipse de pensée. Voici quelle paraît être cette pensée, d'après le commentaire d'Alexandre d''Aphrodise : « Il est absurde de séparer l'essence d'une chose de sa substance ; et, pour se convaincre combien cette théorie est fausse, il suffit de donner un nom spécial à chacune des choses qu'on sépare ainsi. Pour chacune d'elles prise à part, il faudra suivre le même procédé, c'est-à-dire distinguer cette seconde essence de la substance à laquelle elle est jointe ; puis encore, cette troisième essence, et ainsi de suite, sans qu'il y ait de terme à cette série qui pourrait être infinie. Il vaut bien mieux reconnaître tout d'abord que l'essence et la substance ne se séparent pas, et qu'elles forment une unité indissoluble. » — De l'essence du cheval. C'est-à-dire qu'on donnerait ce nom, ou tel autre, à la seconde essence. On ne voit pas bien d'ailleurs pourquoi l'auteur prend un nouvel exemple, au lieu (le s'en tenir à ceux qu'il a déjà adoptés plus haut. MM. Bonitz et Schwegler supposent qu'il pourrait bien y avoir eu quelque interversion dans le texte ; et ils proposeraient de déplacer un § pour rendre le raisonnement plus régulier et plus net. Outre que ces hypothèses ne s'appuient pas sur l'autorité des manuscrits, elles ne remédient pas suffisamment à l'obscurité de tout ce passage pour qu'on puisse les accepter. C'est surtout le § 11 qui semble hors de sa place. J'ai dû laisser les choses telles qu'elles sont, tout en reconnaissant qu'elles sont d'ailleurs dans une disposition très peu satisfaisante. § 11. Dans ce cas aussi. C'est-à-dire, dans le cas où, séparant l'essence et la substance, on donnerait à l'essence un nouveau nom. Entre l'essence ainsi séparée et le nom qui la désignerait, la difficulté se reproduirait comme la première fois; on irait ainsi sans pouvoir s'arrêter; et il vaut mieux s'arrêter dès le premier pas, et reconnaître, sans aller plus loin, que l'essence et la substance se confondent et sont inséparables, quoi qu'en ait dit Platon, selon Aristote. — Identiques à la substance. J'ai ajouté ces mots, qui ressortent de tout le contexte. § 12. Entre la substance et l'essence. Même observation ; ces mots sont ajoutés pour plus de clarté. — Pour ces autres termes. Le texte n'est pas aussi formel. § 13. Il est donc évident. Voir plus haut, § 1. — De choses en soi. C'est-à-dire, de sujets individuels, de réalités substantielles. — Les objections sophistiques. Voir plus haut, liv. VI, ch. II, §§ 5 et 6. — Aucune différence à mettre. Alexandre d'Aphrodise explique ce passage obscur, en supposant que l'auteur recommande de n'être pu plus scrupuleux envers les Sophistes qu'ils ne le sont eux-mêmes, et de se servir d'arguments tirés de purs accidents, comme ils s'en servent, eux aussi, contre leurs interlocuteurs. § 14. Dans quel sens. L'essence et la substance se confondent dans le système ordinaire d'Aristote, pour les choses en soi; elles ne se confondent pas, lorsqu'à la substance sont joints des accidents ou attributs. |
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Les phénomènes sont de trois espèces, selon que la nature, l'art ou le hasard les produisent; phénomènes naturels; phénomènes que l'art produit; conception de l'esprit nécessairement antérieure à la production de la chose ; succession de raisonnements dans l'esprit du médecin avant d'agir ; cette conception s'adresse précisément à l'essence des choses ; idée des phénomènes que produit le hasard; pour tout phénomène, il faut toujours admettre quelque chose de préexistant ; la notion de matière est presque toujours impliquée dans la définition ; appellation des choses dérivée du nom de celles d'où elles sortent ; exemples divers de la statue et de la maison ; cette dérivation est indispensable pour expliquer la notion de changement. |
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§ 1. Parmi les phénomènes qui viennent à se produire, il y en a qui sont produits par la nature; d'autres sont le produit de l'art; d'autres enfin sont spontanés et l'effet du hasard. D'ailleurs, tout phénomène, qui se produit, est nécessairement produit par quelque chose; il vient de quelque chose, et il est telle ou telle chose. Quand je dis Quelque [15] chose, ce terme peut s'appliquer également à toutes les catégories : ici la substance, là la quantité, la qualité, le lieu, etc. § 2. Parmi les phénomènes qui se produisent, ceux qu'on appelle naturels sont précisément ceux dont la production vient de la nature. Ce dont est faite la chose qui se produit, c'est ce que nous nommons sa matière ; la cause par laquelle la chose est produite est un des êtres qui existent déjà naturellement. Un quelconque de ces êtres pris individuellement, c'est un homme, une plante, ou telle autre chose de ce genre, que nous regardons éminemment comme des substances. § 3. Tout ce que produit la nature, ou tout ce que l'art produit, a une matière, parce qu'en effet chacun des produits de l'art et de la nature peut être ou n'être pas; et c'est là précisément ce qu'est la matière dans chacun d'eux. D'une manière générale, on appelle également du nom de Nature, et l'origine d'où l'être vient à sortir, et la forme qu'il revêt; car tout être qui se produit a une certaine nature, comme la plante ou l'animal; et la cause par laquelle cet être est produit, c'est sa nature, [25] qui, sous le rapport de l'espèce et de la forme, est identique à l'être qu'elle produit; seulement cette cause est alors dans un autre être. C'est ainsi que l'homme engendre et produit l'homme. § 4. Tels sont donc tous les phénomènes qui viennent de la nature. Quant aux autres, ce ne sont, à vrai dire, que des phénomènes produits par l'homme ; et tous les produits de ce genre viennent de l'art, ou d'une certaine faculté que l'homme possède, ou de son intelligence. Enfin, il y a des choses qui sont spontanées et qui viennent du hasard, à peu près [30] comme certains phénomènes de la nature; car, dans le domaine de la nature, les mêmes êtres naissent d'un germe, ou naissent sans germe. Mais ce sont là des considérations que nous aborderons plus tard. § 5. [1032b] Les produits de l'art sont les choses dont la forme est dans l'esprit de l'homme; et par forme, j'entends ici l'essence qui fait de chaque chose qu'elle est ce qu'elle est, et sa substance première. Car, à un certain point de vue, les contraires eux-mêmes ont une forme identique; la substance opposée est la substance de la privation; et, par exemple, la santé est l'opposé [5] de la maladie; car l'absence de la santé révèle et constitue la maladie. La santé, c'est la notion qui est dans l'esprit du médecin, et qui est selon la science. La guérison, qui rend la santé, ne se produit que si le médecin se dit d'abord dans sa pensée : « Puisqu'il s'agit de rendre la santé, il « faut nécessairement que telle chose se fasse pour que la santé soit rendue; par exemple, il faut rétablir l'équilibre des humeurs, et si je l'obtiens, je rétablirai la chaleur. » Et c'est en allant toujours ainsi de pensée en pensée, que le médecin arrive à l'acte dernier qu'il doit réaliser lui-même. § 6. Le mouvement qui vient [10] de ces pensées successives et qui vise à guérir le malade, s'appelle une opération, un produit de l'art. Ainsi, à un certain égard, on peut dire que la santé vient de la santé, comme la maison vient de la maison, celle qui est matérielle venant de celle qui ne l'est pas. C'est que la médecine et l'architecture sont l'idée et la forme, ici de la santé, et là de la maison. Or, ce que j'appelle la substance sans matière, c'est précisément l'essence qui fait que la chose est ce qu'elle est. § 7. [15] De ces produits et de ces mouvements, l'un se nomme la pensée ; l'autre se nomme l'exécution. C'est du principe et de l'idée que part la pensée; et le mouvement qui part du point extrême où la pensée peut atteindre, c'est l'exécution. Cette observation s'appliquerait également à tous les autres intermédiaires ; et, par exemple, pour que le malade guérisse, il faut qu'il retrouve l'équilibre des humeurs. Mais qu'est-ce que retrouver l'équilibre? C'est telle [20] ou telle chose; et le malade arrivera à cet état, s'il rétablit sa chaleur. Et qu'est-ce encore que la chaleur? C'est telle ou telle chose. Or, il est possible, d'une certaine façon, de rétablir la chaleur; et voilà l'opération dernière qui dépend du médecin. § 8. Ce qui agit ici et ce qui est le point de départ du mouvement de guérison, quand la guérison vient de l'art du médecin, c'est l'idée qu'il a dans l'esprit; et si la guérison est spontanée, elle ne peut venir évidemment que de ce qui aurait été le principe d'action pour le médecin, agissant [25] selon les règles de l'art. Dans l'exemple de guérison indiqué par nous, c'est la chaleur qui peut être considérée comme le principe; or, c'est par la friction qu'on produit la chaleur nécessaire. Ainsi donc, c'est la chaleur, rétablie dans le corps, qui est un élément direct de la santé, ou qui est suivie d'une succession plus ou moins longue de conséquences heureuses, dont la santé a besoin. C'est là le terme dernier, celui qui agit, et qui à ce titre est une partie, ou de la santé, ou de la maison, comme en font partie les pierres; ou § 9. qui fait partie de toute autre chose. § 9. On le voit donc, il est impossible que rien puisse se produire ainsi qu'on l'a dit, s'il n'y a pas quelque chose de préexistant. De toute évidence, c'est quelque partie de la chose qui doit préexister; or, la matière est une partie de la chose ; et tout ensemble, elle lui est intrinsèque, et c'est elle qui devient quelque chose. § 10. [1033a] Mais la matière fait-elle partie de la définition ? En est-elle un élément? Si nous avons, je suppose, à parler de cercles d'airain, nous pouvons de deux manières dire ce qu'ils sont. En parlant de leur matière, nous disons qu'ils sont d'airain; puis, en parlant de leur forme, nous disons qu'ils ont telle ou telle figure; et c'est là le genre dans lequel le cercle rentre primitivement. Ainsi, le [5] cercle d'airain implique nécessairement la matière dans sa définition. § 11. Par rapport à ce dont comme matière vient la chose, cette chose, quand elle se produit, ne prend pas le nom même de cette matière, mais on dit qu'elle en est faite; et, par exemple, on ne dit pas d'une statue qu'elle est marbre, mais bien, qu'elle est de marbre. De même, l'homme qui guérit ne reçoit pas le nom de l'état d'où il vient; et la raison de ceci, c'est qu'il vient de la négation privative, et du sujet même que nous appelons la matière. § 12. Mais on peut dire tout à la fois que c'est l'homme et le malade qui reviennent à la santé. Cependant, on dit plutôt que c'est de la privation que vient le guéri; c'est-à-dire que le guéri vient du malade, plutôt qu'il ne vient de l'homme. Aussi, ne peut-on pas dire du malade qu'il est bien portant; mais on le dit de l'homme et de l'homme bien portant.
§ 13. Dans les cas où la
privation est incertaine et n'a pas de nom spécial, comme pour l'airain, par
exemple, quand on ignore la forme quelconque qu'il doit recevoir, ou pour la
maison quand on ignore [15] le plan que formeront les pierres et les poutres,
dans ces cas-là il semble que les choses se produisent; comme on vient de dire
que la santé se produit en venant de la maladie. Aussi, de même que, plus haut,
la chose ne prenait pas précisément le nom de celle d'où elle sortait, de même
la statue, par exemple, si elle est en bois, n'est pas appelée bois; mais, par
une dénomination un peu détournée, on dit qu'elle est de bois; comme on dit
qu'elle est d'airain et non pas qu'elle est airain ; ou encore, qu'elle est de
marbre, et non pas qu'elle est marbre; et pour la maison, qu'elle est de
briques, et non pas qu'elle est briques. Mais, si l'on veut y regarder de près,
on ne peut pas [20] même dire que la statue est de bois, ou que la maison est de
briques; c'est là une expression absolue qu'on ne saurait employer, puisqu'il
faut que la chose d'où se forme l'autre chose subisse un changement; et qu'elle
ne peut rester ce qu'elle est. C'est de là que vient la locution dont on est
obligé de se servir. |
§ 1. Spontanés et l'effet du hasard. Il n'y a qu'un seul mot dans le texte; mais la suite justifie l'addition que j'ai cru devoir faire. Voir plus loin liv. XII, ch. ni, § § 1 et suivants, où les mêmes théories sont exposées presque dans les mêmes termes. — Tout phénomène. Le texte n'emploie qu'un pronom neutre tout indéterminé. — Toutes les catégories. Comme dans une foule d'autres pages, Aristote n'en nomme ici que quatre, bien qu'elles soient au nombre de dix; voir le traité spécial des Catégories, ch. V. § 2. Qui se produisent dont la production. Cette tautologie est dans le texte. — Ce dont est faite la chose. C'est de la matière de la chose qu'il s'agit, et non de son origine, bien que l'expression grecque pût avoir aussi cette dernière signification. — Un quelconque de ces dires. Le texte n'est pas aussi précis. § 3. Ce qu'est la matière. Qui peut indifféremment recevoir un des contraires, et qui est en simple puissance. — Engendre et produit. Il n'y a qu'un seul mot dans le texte. — L'homme engendre et produit l'homme. Aristote s'est servi de cet exemple à bien des reprises ; voir plus loin, ch. VIII, § 10, et liv. XII, ch. III, § 8. § 4. Par l'homme que l'homme possède. J'ai ajouté ces mots pour plus de clarté; la suite le justifie. — Spontanées et qui viennent du hasard. Aristote confond souvent ces 'deux idées, et parfois aussi il les distingue. Elles sont très rapprochées l'une de l'autre. Le spontané regarde surtout les choses de la nature ; le hasard s'adresse plutôt aux choses qui touchent plus particulièrement l'homme, et dont il ne peut pas se rendre compte ; voir la Physique, liv. II, ch. VI, p. 41 et suivantes de ma traduction ; Aristote s'efforce d'y expliquer la différence du spontané et du hasard. — Que nous aborderons plus tard. Voir plus loin ch. IX, § 7, des pensées analogues. § 5. Les choses dont la forme est dans l'esprit de l'homme. Il faut remarquer la justesse de cette définition. — Qu'elle est ce qu'elle est. C'est la paraphrase de la formule grecque. — Ont une forme identique. C'est-à-dire, dans l'exemple cité plus bas, que la maladie ne se comprend que par son opposition à l'idée de la santé ; il faut donc, pour avoir la notion négative de la maladie, avoir la notion positive de la santé ; et de cette façon, la forme de la santé est aussi celle de la maladie. — Révèle et constitue. Il n'y a qu'un seul mot dans le texte. — Que si le médecin se dit. Toute cette analyse est très fine et très exacte. — Des humeurs. J'ai ajouté ces mots, qui m'ont paru indispensables. — Je rétablirai la chaleur. Voir plus loin ch. IX, § 5. — L'acte dernier. C'est-à-dire, le remède ou l'opération, qui assurera la guérison. § 6. Un opération, un produit de l'art. Il n'y a qu'un seul mot dans le texte. — Que la santé vient de la santé. Cette pensée est bien subtile. et au fond ce n'est qu'un jeu de mots. — Qui ne l'est pas. Ce n'est pas à vrai dire la santé, ni la maison ; c'est seulement la pensée de l'une et de l'autre. — L'essence. L'expression n'est pas tout à sait exacte; et il faudrait dire plutôt : « la pensée de l'essence » . § 7. L'exécution. Notre langue ne m'a pas offert de mot répondant mieux au mot grec, qui ex-prime surtout l'action de faire. — Et de l'idée. Le mot grec signifie également espèce et idée ; j'ai préféré ce dernier mot en le prenant dans son sens vulgaire. — A tous les autres intermédiaires. Entre la conception du remède par le médecin, et la guérison effective, obtenue par une succession d'actes dépendant les uns des autres. — L'opération dernière. Voir plus haut la fin du § 5. § 8. Si la guérison est spontanée. C'est-à-dire, produite par le seul effort de la nature, sans que l'art du médecin soit intervenu. — C'est par la friction. Il semblerait alors que c'est la friction qui est le principe, puisqu'elle est antérieure à la chaleur qu'elle produit, et d'où dépend la guérison. — Fait partie ou de la santé. Peut-être l'expression n'est pas très correcte, d'après l'exposition qui précède ; mais sans doute, Aristote aura voulu dire seulement que la chaleur est une des conditions de la santé et de la guérison. § 9. Ainsi qu'on l'a dit. Il est possible qu'Aristote veuille s'en référer à ce qu'il a dit lui-même cent fois sur ce même principe; il est possible aussi qu'il veuille faire allusion à d'autres philosophes. On pourrait traduire aussi : « Répétons-le ». - Devient quelque chose. J'ai ajouté ces deux mots. Le texte se borne à dire simplement : « Qui devient ». § 10. Fait-elle partie de la définition. Il y a plusieurs éditeurs qui ont adopté la forme affirmati |