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William Smith

Dictionnaire des auteurs

grecs et latins

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PANÉTIOS DE RHODES (Παναίτιος ὁ ῾Ρόδιος), disciple des stoïciens Diogène et Antipater, naquit vers 180 av. J.-C. Il vécut plusieurs années à Rome, commensal de Scipion et ami de Lélius. En 143, il accompagna le premier dans son voyage en Orient et à Alexandrie. Puis il succéda à Antipater dans la direction de l'école stoïcienne d'Athènes, où il mourut vers 110 av. J.-C.

On lui attribue sept écrits, sur le Devoir, dont Cicéron s'est beaucoup servi pour le De officiis et qui a ainsi indirectement inspiré le De officiis ministrorum de Saint Ambroise; sur les sectes philosophiques, sur la mantique, que rappelle en certains endroits le De divinatione de Cicéron; sur la politique, sur la Providence, à propos duquel se sont élevées de nombreuses discussions pour savoir si le De natura Deorum de Cicéron en reproduit les doctrines essentielles, etc.

À Athènes et à Rome, il eut de nombreux disciples, qu'énumère Zeller, et dont les plus célèbres sont Q. M. Scevola, Sextus Pompée, les Balbus, Mnésarque, son successeur à Athènes, Démétrios de Bithynie, Hécaton, Posidonios de Rhodes.

Panétios a introduit le stoïcisme à Rome, en le rendant pratique et éclectique. Il laisse de côté la dialectique et la physique, pour se tourner vers l'anthropologie, la morale ou la partie de la théologie qui traite des rapports de Dieu et de l'humain. Puis il se recommande de Platon et d'Aristote, de Xénocrate, de Théophraste, de Dicéarchos, autant, sinon plus, que de Zénon ou de ses successeurs. Aussi met-il en doute, après Boëthus, la conflagration universelle, qui doit, selon les stoïciens, ramener l'unité divine d'où sortira une nouvelle variété, et il trouve vraisemblable l'éternité du monde admise par Aristote. Peut-être encore se rapproche-t-il de certains disciples d'Aristote, en niant que l'âme survive, même pendant un certain temps, à ce que nous appelons la mort. En tout cas, il se souvenait du péripatétisme, lorsque, dans sa réduction à six des huit parties de l'âme humaine, il attribuait à la nature, et non plus à l'âme, la faculté reproductrice; lorsqu'il divisait la vertu en théorique et en pratique. Il se serait encore rapproché des platoniciens et surtout d'Aristote, s'il avait, comme l'affirme Diogène Laërce (VII, 128) - auquel Zeller d'ailleurs refuse d'ajouter foi - déclaré que la vertu ne suffit pas à elle seule, mais qu'il faut y joindre la santé, la force, la richesse. La même tendance se retrouve dans l'abandon de l'analgésie et de l'apathie; dans l'acceptation d'un plaisir conforme à la nature; lorsqu'il néglige le katorthôma pour s'attacher au kathèkon; qu'il s'adresse non pas au sage, mais à l'humain qui ne l'est pas (Sénèque, Ep. 116, 4), etc.

Avec Panétios s'établit à Rome une philosophie dont les tendances éclectiques atteindront leur complet développement avec Plotin, dont le caractère unificateur et pratique revivra dans le christianisme romain.

 

Παναίτιος, Ῥόδιος, ὁ πρεσβύτης, φιλόσοφος: οὗ πολὺς ἐν φιλοσόφοις λόγος. φέρεται αὐτοῦ βιβλία φιλόσοφα πλεῖστα. (SUIDAS)

Παναίτιος, ὁ νεώτερος, Νικαγόρου, Ῥόδιος, φιλόσοφος Στωϊκός, Διογένους γνώριμος, ὃς καθηγήσατο καὶ Σκηπίωνος τοῦ ἐπικληθέντος Ἀφρικανοῦ μετὰ Πολύβιον Μεγαλοπολίτην. ἐτελεύτησε δ' ἐν Ἀθήναις. (SUIDAS)

 

Athénée XIII, 2

 

PERSAIOS (Περσαος), surnommé le Kitien (Κιτιες), à cause de son lieu de naissance, Kition, ville située au sud de Chypre. Il était le disciple favori de Zénon le stoïcien, également originaire de Kition. Suidas (s. v.) nous dit qu'il s'appelait aussi Dorothéas, et que le nom de son père était Démétrios. Diogène Laërce affirme qu'il fut l'ami intime de Zénon, après avoir été l'esclave d'Antigonos Gonatas et le tuteur du fils de celui-ci, Alcyonéos ; il aurait été présenté à Zénon par le monarque pour qu'il lui serve de copiste : c'est alors qu'ils auraient sympathisé. L'opinion selon laquelle il aurait été l'esclave de Zénon est reprise par les auteurs postérieurs comme Aulu-Gelle (II, 18). Mais celle-ci est largement contredite par les détails de son existence et elle semble avoir été forgée à partir d'un commentaire de Bion Borysthénitès. En effet, Bion avait vu une statue en bronze de Persaios portant cette inscription, Περσαῖον Ζήνωνος Κιτιέα, en constatant qu'il y avait une faute à Περσαῖον Ζήνωνος οἰκιτιέα (Athénée IV, p. 162, d). Cependant la volonté de dénigrement qui caractérise les propos de Bion prouve bien plutôt qu'il méprisait Persaios, son rival à la cour d'Antigonos, dont la servilité tenait essentiellement à son comportement à l'égard de Zénon. Si Persaios avait été l'esclave de Zénon, le sarcasme aurait été beaucoup moins appuyé. Nous apprenons de Diogène Laërce que Zénon habita dans la même maison que Persaios, et il rapporte un incident qui doit être mis en rapport avec les insinuations de Bion. La même histoire est racontée par Athénée (XIII, p. 607, a. b), dans une version rapportée par Antigonos de Caryste, moins favorable à Zénon.

Persaios florissait durant la cent trentième Olympiade, vers 260 av. J.-C. Antigonos Gonatas l'avait envoyé à Zénon entre 277 et 271 (Clinton, F. H. vol. II, p. 368, note 1), alors que le philosophe avait déjà 81 ans. Fort apprécié par Antigonos, il le conseilla dans le choix de son entourage littéraire, comme l'affirme Bion, non sans ironie, dans le récit rapporté par Laërce. Malheureusement pour notre philosophe, il fut chargé de gouverner la ville de Corinthe ; de fait, il est classé par Élien parmi ces philosophes qui prirent une part active dans les affaires publiques. D'après Athénée (IV, p. 162, c), qui n'a pas une très haute opinion de sa moralité, son relâchement fut la cause de la perte de Corinthe, qui tomba dans l'escarcelle d'Aratos de Sicyone, en 243 av. J.- C. Pausanias (II, 8, VII, 8) dit qu'il fut mis à mort. Plutarque, sans en être tout à fait certain, le fait s'enfuir à Cenchreae. Dans sa mort, Athénée le fait parler : lui, qui avait appris de Zénon à  considérer les philosophes comme les seuls  à même de commander des armées, se voit contraint, une fois mort, à changer son opinion, ayant été vaincu par un jeune Sicyonien.

Nous trouvons la liste de ses écrits dans Laërce : nous commencerons par Θυέστης. Athénée (IV, 140, p. 6, e) d'accord avec Laërce pour lui attribuer cet ouvrage, l'intitulait Πολιτεία Λακωνική. Il nous donne également une vue d'ensemble d'un écrit portant son nom et qui est intitulé Συμποτικοὶ Διάλογοι (IV, p. 162, e). Mais que l'élève favori de Zénon et que l'ami intime d'Antigonos ait pu écrire un tel ouvrage est inconcevable. Il est l'auteur plus probable de ce livre appelé ῾Υπομνήματα Συμπότικα (comme en témoigne Laërce), sur le modèle du Συμπόσιον de Platon ; le  Περὶ Γάμου et le Περὶ ᾿Ερώτων, mentionnés par Laërce seraient deux traités séparés. En effet, ayant été l'ami d'Antigonos, il est impossible qu'il ait été un ennemi de la liberté de la Grèce ; C'est en raison de l'inimitié farouche de Ménédèmos (Diog. Laërce II, 143), que des œuvres apocryphes écrites sur un ton méprisant lui furent attribués. Toutefois, Lipsius (Manuduct. ad Stoic. Philosoph. XII, 1), semble être d'un avis contraire. Suidas et Eudoxia (p. 362) disent qu'il composa une Histoire qui peut être mise en rapport avec ses écrits politiques. Enfin, il serait l'auteur, selon Laërce, d'un ouvrage réfutant les Lois de Platon.

De ses opinions philosophiques, nous ne savons rien de particulier.  On pense qu'il adhéra complètement aux théories de Zénon. À cette occasion, il accusa Ariston, alors qu'il doutait, d'être en contradiction avec lui-même : or selon Zénon, l'homme sage n'a point à douter (ἀδόξαστος). Nous le trouvons aussi surpris lui-même par Antigonos dans ses contradictions - un fait qui été finement rapporté par Thémistios (Orat. XXXII, p. 358). Cicéron (de Nat. Deor. I, 15) critique son opinion selon laquelle la divinité était discernable non seulement à travers les hommes, créateurs des arts vitaux, mais aussi à travers les objets utilisés par ces mêmes hommes. Meursius (de Cypro, II, p. 167) pense que cette idée est formulée dans son ouvrage intitulé ᾿Ηθικαὶ Σχολαί,  cité par Laërce. Minucius Félix (Octav. p. 22, éd. Lugd. Bat. 1652), fait allusion à cette opinion, mais il semble l'avoir reçue de sa connaissance de  Cicéron, ses exemples étant romains et non point grecs. Dion Chrysostome (Orat. LIII) qui évoque, à la suite de Zénon, la figure de Persaios dans son commentaire sur Homère, ne dit rien de ses mérites en tant que général, mais s'efforce de démontrer qu'il avait écrit κατὰ δοξάν, et non pas κατὰ ἀληθείαν (Comp. Diog. Laërce VII, avec Lipsius, Meursius. ll. cc., et Fabric. Bibl. Graec, vol. III, p. 570). 

Περσαῖος, Κιτιεύς, φιλόσοφος Στωϊκός: ἐπεκλήθη δὲ καὶ Δωρόθεος. ἦν δὲ ἐπὶ τῶν χρόνων Ἀντιγόνου τοῦ Γονατᾶ υἱοῦ Δημητρίου, μαθητὴς καὶ θρεπτὸς Ζήνωνος τοῦ φιλοσόφου. Ἱστορίαν. (SUIDAS) 

 

Athénée XIII, 86

 

PHANODEMUS (Φανόδημος), auteur d'une de ces oeuvres sur les légendes et les antiquité de l'Attique connues sous le nom d'Atthides. L'époque et le leu de naissance de Phanodemus sont incertains . On peut conjecturer, par un passage de Proclus, (ad Platon. Tim. p. 30, ed. Basil.) que Théopompe écrivit contre lui, mais le passage de Proclus ne le prouve pas. Phanodemus vécut en tout cas avant l'époque d'Auguste, puisqu'il est cité par le grammairein Didymus (Harpocrat. s. v. γαμηλία) et Denys d'Halicarnasse (i. 61). Le lieu de naissance de Phanodemus pourrait être, suivant un passage d'Hesychius (s. v. Γαλεοί), Tarente, puisque ce dernier parle de  Phanodemus et de Rhinthon comme des Ταρεντῖνοι, mais on a bien conjecturé qu'on doit lire dans ce passage Ταρεντῖνος, parce que seul Rhinthon était de Tarente. Il est donc fort probable qu'il était natif de la petite île d'Icus, une des Cyclades, parce que nous savons qu'il a écrit un livre spécifique sur cette île. En tout cas il s'identifie avec l'Attique et parle avec enthousiasme de sa grandeur et de sa gloire.

Trois oeuvres de Phanodemus sont citées, mais la première était de loin la plus importante :

1. ᾿Ατθίς : on en a parlé plus haut . Ce doit être été un travail d'une ampleur considérable, car on mentionne le neuvième livre (Harpocrat. s. v. Λεωκόρειον). Nous citons en annexe quelques passages d'auteurs anciens qui le citent : une liste complète se trouve dans les oeuvres suivantes dont nous donnons les titres (Athen. iii. p. 114, c. ix. p. 392, d. x. p. 437, c, xi. p. 465, a.; Plut. Them. 13, Cim. 12, 19). 

2. Δηλιακά (Harpocrat. s. v. ῾Εκάτης νῆσος). Il n'y a pas de raison de changer le nom de Phanodemus en celui de Phanodicus dans le passage d'Harpocration, comme Vossius l'a fait, ni d'adopter la modification de Siebelis, qui asssigne cette oeuvre à Semus. 

3. Ἰκιακά, une histoire de lîle d'Icus (Steph. Byz. s. v. Ἰκός). 

Les fragments de Phanodemus ont été colléctés par Siebelis, Phanodemi, Demonis, &c., Fragmenta, Lips. 1812 (p. v. et pp. 3 - 14), et par C. et Th. Müller, Fragmenta Historicorum Graecorum, Paris, 1841 (pp. lxxxiii. Ixxxvii. and pp. 366 - 370). 

 

PHÉRÉCRATÈS (Φερεκράτης) d'Athènes fut l'un des meilleurs poètes de la comédie ancienne (Anon. de Com. p. XXVII). Il était le contemporain du poète comique Cratinos, de Cratès, d'Eupolis, de Platon, et d'Aristophane (Suid. s. v. Πλάτων), plus jeune que les deux premiers, et un peu plus âgé que les trois autres. L'une des sources les plus importantes le concernant est très corrompue mais peut être améliorée en partie ; il s'agit du texte qui suit (Anon, de Com. p. XXIX) : Φερεκράτης ᾿Αθηναῖος νικᾷ ἐπὶ θεάτρον γινόμενος, ὁ δὲ ὑποκριτὴς ἐζήλωκε Κράτηρα. Καὶ αὖ τοῦ μὲν λοιδορεῖν ἀπέστη πράγματα δὲ εἰσηγούμενος καινὰ ηὐδοκίμει γενόμενος εὑρετικὸς μύθων. Dobree corrige ce passage : Φερεκράτης ᾿Αθηναῖος νικᾷ ἐπὶ Θεοδώρου, γενόμενος δὲ ὑποκριτὴς ἐζήλωκε Κράτηρα. κ.τ.λ. ; cette modification est approuvée par Meineke et par les meilleurs critiques universitaires. Grâce à ce texte, nous apprenons que Phérécratès obtint sa première victoire sous l'archontat de Théodoros, en 438 av. J.- C. et qu'il imitait encore le style de Cratès dont il avait été l'acteur. En examinant la dernière partie de ce texte, mais aussi en nous basant sur un long passage tiré d'Aristote (Poet. 5), on comprend mieux que les transformations déjà opérées par Cratès se soient amplifiés avec Phérécratès ; tous deux ont atténué l'aspect satirique et le goût du quolibet que ce genre avait jusque-là toujours véhiculés (ce qu'Aristote appelle ἡ ἰαμβικὴ ἰδέα) ; ils ont construit leurs comédies sur la base d'une intrigue régulière en renforçant l'action dramatique. Néanmoins, cela n'a pas empêché Phérécratès de se livrer à des satires personnelles, si l'on regarde d'un peu près les fragments de ses pièces où il attaque allègrement Alcibiade, le poète tragique Mélanthios, et bien d'autres (Athénée VIII, p. 343, c, XII, p. 538, b.; Phot. Lex. p. 626, 10). Mais nos fragments montrent aussi que ce qui caractérisait surtout sa comédie était la fluidité de l'intrigue et l'élégance de la diction : c'est à juste titre qu'on l'appella ᾿Αττικώτατος (Athénée VI, p. 268, e ; Steph. Byz. p. 43 : Suid. s.v. ᾿Αθηναία ). Toutefois, sa langue n'était pas aussi strictement pure que celle d'Aristophane et des autres comiques de son temps, comme Meineke le démontre à travers de nombreux exemples.
   Il créa un nouveau mètre, nommé après lui, le Pherecratéen, invention dont il se fait gloire dans les vers suivants (ap. Hephaest. X, 5, XV, 15, Schol in Ar. Nub. 563) :

ἄνδρες, πρόσχετε τὀν νοῦν
ἐξευρήματι καινῷ
συμπτύκτοις ἀναπαίστοις

L'organisation du vers, comme le révèle cet exemple est :

_ _ _ UU _ _

qui ressemble à un choriambe, avec une spondée au début et une syllabe longue à la fin. Phérécratès semble lui-même l'appeler mètre anapestique ; on peut le considérer comme tel en effet : cela signifie que l'auteur l'utilisait dans les parabases, qu'on appelait souvent anapestes, parce que, à l'origine, ils étaient composés de vers anapestiques (en fait, on soutient généralement que le vers anapestique était jadis choriambique). Héphestion explique que ce mètre était heplithemimeral antispastic, ou, en utilisant d'autres mots, antispastic dimeter catalectio (Héphest. II, c ; comp. Gaisford's Notes). Le mètre est très fréquent dans les chœurs des tragédies grecques, et chez Horace également : pour exemple,
Grato Pyrrha sub antro.
    Au sujet du nombre de pièces composées par Phérécratès, nos sources diffèrent notablement. L'Auteur anonyme en comptabilise 18 ; Suidas et Eudoxia 16. Les titres subsistants, quand ils sont correctement écrits, sont au nombre de 18, mais il en est qui sont douteux. Meineke ne garde que 15 titres qui sont : ῎Αγριοι, Αὐτόμολοι, Γᾶες, Δουλοδιδάσκαλος, ᾿Επιπλήσμων ἢ Θάλαττα, ᾿Ιπνὸς ἢ Παννυχίς, Κοριαννώ, Κραπάταλοι, Λῆροι, Μυρμηκάνθρωποι, Πετάλη, Τυραννίς, Ψευδηρακλῆς. Le plus intéressant est le ῎Αγριοι, à cause de la référence qui en est faite dans le Protagoras de Platon (p. 327, d), et qui a prêté à discussion. Heinrichs s'est efforcé de montrer que le sujet de la pièce était la corruption de l'art musical à laquelle les poètes comiques avaient tant contribué, et dont le principal responsable était le Centaure Chiron, qui avait appliqué les lois de la musique ancienne à un chœur d'hommes sauvages, les Centaures ou les Satyres ; il note cependant que le terme employé, μισάνθρωποι, celui que Platon applique au Chœur, n'est pas destiné à décrire les Satyres, ni les Centaures, puisqu'il le transforme en ἡμιάνθρωποι (Demonstratio et Restitutio loci corrupti e Platonis Protagora, Kiliae, 1813, et aussi son ouvrage Epimenides aus Creta, &c. pp. 188, 192, foil.). Le même point de vue est adopté par Ast et Jacobs, mais avec moins de radicalité dans l'analyse du texte de Platon, μιξάνθρωποι. Une lecture plus commune est cependant défendue avec succès par Meineke, qui prouve qu'il n'y a aucune raison de supposer que Chiron apparaissait dans le ῎Αγριοι, ou que le Chœur, à travers le titre et l'allusion de Platon, était forcément composé d'hommes sauvages. la pièce semble plutôt avoir été une satire de la corruption sociale d'Athènes, exprimée à travers les réactions suscitées par le contraste entre les hommes policés et les ennemis de la part civilisée de l'humanité. La pièce fut jouée aux Lénéa, au mois de février 420 av. J. -C. (Plat. I. c.; Athénée V, p. 218, d). Les sujets des pièces restantes ont été âprement discutés par Meineke. Le nom de Phérécratès est parfois confondu avec Cratès et Phérécyde (Fabric. Bibl. raec. vol. II, pp. 473 - 476 ; Meineke, Frag. Com. Graec. vol. I, pp. 66 - 86, vol. II, pp. 252 - 360 ; Bergk, Reliq. Comoed. Att. Antiq. pp. 284 - 306). 

   Φερεκράτης, Ἀθηναῖος, κωμικός: ὃς Ἀλεξάνδρῳ συνεστράτευσεν. ἐδίδαξε δράματα ιζ'. Φερεκράτης Πετάλῃ γράφει.

 

Athénée XIII, 94

 

PHÉRÉCYDE (Φερεκύδης) d'Athènes, était le plus célèbre des logographes grecs. Suidas parle d'un Phérécyde de Léros, qui était historien ou logographe ; mais Vossius (De Hist. Graecis, p. 24, ED. Westermann) a démontré qu'il s'agissait du même personnage que l'Athénien.

Il était né dans l'île de Léros, mais il vécut la plus grande partie de sa vie à Athènes. Ajoutons que, hormis Suidas, on ne trouve qu'une seule fois son nom mentionné (Comp. Diog. Laërce I, 119 ; Strab. X, p. 487, b). Suidas fait également une erreur en disant qu'il était plus âgé que son homonyme de Syros.

L'époque où il vécut n'est pas déterminée ; Suidas le situe avant la soixante-quinzième Olympiade, vers 480 av. J.-C. ; mais Eusèbe et la Chronicon Paschale le fait naître durant la quatre-vingt-unième Olympiade, vers 456, enfin, Isidore (Orig. I, 41) durant la quatre-vingtième. On n'a toutefois aucun doute sur le fait qu'il ait vécu au cours de la première moitié du Ve siècle av. J.-C., et qu'il ait été le contemporain d'Hellanicos et d'Hérodote.

On a longtemps cru que cétait lui dont parlait Lucien dans ses exemples de longévité, puisqu'il aurait vécu jusqu'à l'âge de 85 ans. (Lucien, de Macrob. 22, où il s'appelle incorrectement ὁ Σύριος  au lieu de ὁ Λέριος.

Suidas attribue plusieurs ouvrages à l'Athénien ou au Phérécyde lérien. Le lexicographe rapporte que certains ont considéré Phérécyde comme un collecteur de textes orphiques. Mais cela n'a rapport qu'au philosophe. Il parle également de Παραινέσεις δι' ἐπῶ, qui, cependant, ne doit pas être attribué à l'Athénien. L'autre écrit évoqué par Suidas, Περὶ Λέρου, Περὶ ᾿Ιφιγενείας, Περὶ τῶν Διονύσου ἑορτῶν peut, en revanche, avoir été écrit par l'historien, mais aucun fragment n'a été conservé.

Sa grande œuvre, fréquemment citée par les Scholiastes et Apollodore, était une histoire mythologique en dix livres, qui portait des titres variés, en raison de la diversité de son contenu. Elle est appelée, soit ῾Ιστορίαι, soit Αὐτόχθονες, soit ᾿Αρχαιολογίαι ; les nombreux extraits que nous en possédons sont difficilement identifiables dans un livre ou dans un autre.

Cet écrit débutait avec une théogonie, puis relatait l'Age héroïque et les grandes familles de cette époque, celles qui forgèrent le sentiment religieux des anciens Grecs.

Les fragments de Phérécyde ont été recueillis par Sturtz, Pherecydis Fragmenta, Lips. 1824, 2e éd.; et par Car. et Théod. Müller in Fragmenta Historicorum Graecorum, p. XXXIV, &c., p. 70, &c. (CHAPITRE 4)

 

Φερεκύδης, Ἀθηναῖος, πρεσβύτερος τοῦ Συρίου, ὃν λόγος τὰ Ὀρφέως συναγαγεῖν. ἔγραψεν Αὐτόχθονας: ἔστι δὲ περὶ τῆς Ἀττικῆς ἀρχαιολογίας ἐν βιβλίοις ι#: Παραινέσεις δι' ἐπῶν. Πορφύριος δὲ τοῦ προτέρου οὐδένα πρεσβύτερον δέχεται, ἀλλ' ἐκεῖνον μόνον ἡγεῖται ἀρχηγὸν συγγραφῆς. (SUIDAS)

 

Athénée XIII, 4

 

PHILÉMON (Φιλήμων), le premier du point de vue chronologique et le second par la renommée est l'un des grands poètes comiques de la Comédie nouvelle. Fils de Damon, il naquit à Soles en Cilicie, selon Strabon (XIV, p. 671) ; certains auteurs lui donnaient pour patrie Syracuse. Mais il est un fait avéré qu'il vint très tôt à Athènes et qu'il y acquit la citoyenneté (Suid. Eudoxia, Hésych., Anon, de Com. p. XXX). Meineke a longtemps cru qu'il avait été considéré comme un natif de Soles, parce qu'il avait trouvé refuge dans cette cité après son banissement d'Athènes, un évènement sur lequel nous reviendrons plus loin ; mais il s'agit d'une simple supposition que Meineke écarte finalement dans un travail plus récent (Frag. Com. Graec. vol. II, p. 52).

Par contre, nous n'avons aucun doute sur le fait que Philémon est un représentant éminent de la Comédie nouvelle, bien que certaines sources le font appartenir à la Comédie moyenne (Apul. Flor. § 16). La chose s'explique par le fait que les premières manifestions de la Comédie nouvelle étaient contemporaines des dernières œuvres de la Comédie moyenne. Il fut intégré par les grammairiens alexandrins au sein du Canon des six auteurs de la Comédie nouvelle qui sont, dans l'ordre : Philémon, Ménandre, Diphilos, Philippidès, Posidippos, Apollodoros (Anon, de Com. p. XXX, Τῆς δὲ νέας κωμῳδίας γεγόνασι μὲν ποιηταἰ ξδ', ἀξιογώτατοι δὲ τούτων Φιλήμων, Μένανδρος, Δίφιλος, Φιλιππίδης, Ποσείδιππος, ᾿Απολλόδωρος; comp. Ruhnken, Hist. Crit. Orat. Graec. p. XCV). 

Il fut en pleine activité sous le règne d'Alexandre, un peu avant Ménandre (Suid.), quoiqu'il survécût longtemps à ce dernier. Il fit représenter sa première pièce avant la cent treizième Olympiade (Anon. I. c.), aux environs de 330 av. J.- C. Il est l'initiateur de la Comédie nouvelle, partageant cet honneur avec Ménandre qui, cependant, ne se fit connaitre que huit ans après lui. Il donna à ce genre une forme régulière. Certes, certains éléments propres à la Comédie nouvelle se trouvaient déjà contenus dans la moyenne et même dans l'ancienne, comme le confirme le Cocalos, pièce attribuée à Aristophane ou à son fils Araros. D'ailleurs, il est fort possible que la première pièce de Philémon relevant de la Comédie nouvelle, intitulée les Hypoboliméos, ait été imitée du Cocalos. (Clém. Alex, Strom. VI, p. 267 ; Anon, de Vit. Arist. pp. 13,14, s. 37, 38).

Philémon vécut juqu'à un âge très avancé, d'après le témoignage d'Élien, et il mourut durant la guerre qui opposa Athènes à Antigonos (ap. Suid. s. v.). Diodore (XXIII, 7) nous indique que sa mort survint au cours de la cent vingt-neuvième Olympiade, c'est-à-dire vers 262 av. J.- C. (cf. Wesseling, ad loc.), ce qui signifie qu'il fit représenter ses comédies pendant presque soixante-dix années. On pense qu'il vécut entre 96 et 101 ans (Lucien, Macrobe, 25 ; Diod. l c.; Suid. s. v.). De fait, on s'accorde à le faire naître aux alentours de 360 ; bref, il était de vingt ans l'aîné de Ménandre. Les circonstances de sa mort ont été diversement relatées : certains auteurs affirment qu'il mourut de rire (Suid., Hesych., Lucien, l. c.; Val. Max. IX, 12, ext. 6) ; d'autres disent qu'il mourut de joie en obtenant une victoire lors d'un concours théâtral (Plut. An Seni sit Respubl. gerend. p. 785, b) ; une légende raconte aussi qu'il mourut paisiblement, rappelé par les dieux qu'il servait, alors qu'il composait ou faisait représenter son ultime pièce, qui serait aussi la meilleure de son répertoire (Élien, ap. Suid. s. v. ; Apulée, Flor. 16). Son portrait nous est fourni par une statue romaine en marbre qui appartint à Raphaël. Nous avons aussi un camée le représentant et que l'on peut voir dans leThesaurus de Gronovius, vol. II, p. 99. Vois aussi Meineke, Men. et Phil Reliq. p. 47).

On sait que Philémon était inférieur à Ménandre en tant que poète, mais il fut plébiscité par les Athéniens, supplantant nettement son rival dans les concours dramatiques. Aulu-Gelle (XVII, 4) précise que ses victoires tenaient surtout à ses réseaux d'influence (ambitu gratiaque et factionibus), et il rapporte que Ménandre avait l'habitude de demander à Philémon s'il ne rougissait pas à l'idée de le vaincre. Nous avons d'autres témoignages de la rivalité qui existait entre Ménandre et Philémon par le simple comparaison du titre de leurs pièces et par une anecdote fournie par Athénée (XIII, p. 594, d). 

Philémon connut cependant quelques infortunes : il dut, semble-t-il, s'exiler un certain temps (Stob. Serm. XXXVIII, p. 232). Parmi les autres faits marquants de sa vie, on note un voyage qu'il effectua en Orient, sans doute à la suite d'une invitation du roi d'Egypte, Ptolémée, à se rendre à Alexandrie (Alciphr. Epist. II, 3) ; c'est au cours de ce voyage qu'il faut situer ses démêlés avec Magas, tyran de Cyrène et frère de Ptolémée Philadelphe. Philémon se moqua de Magas qui cherchait à se procurer, non sans peine, les copies d'une des comédies du poète. À son arrivée à Cyrène, Philémon fut surpris par un orage, ce qui fournit au roi l'occasion de prendre sa revanche : il ordonna à un soldat de toucher la gorge de Philémon avec un glaive, puis de retirer l'arme doucement sans le blesser. Peu après, il lui fit présent d'une collection de jouets d'enfants et le congédia (Plut. de Cohib. Ira, p. 458, a, de Virt. Mor. p. 449, e).

Philémon était probablement inférieur à Ménandre, n'ayant point la verve de ce dernier. On a longtemps considéré, sur la foi de nombreux arguments, que ses pièces étaient davantage destinées à la lecture qu'à la représentation (Démétrios de Phalère, de Eloc. § 193). Apulée (I. c) décrit finement les caractères de son art : "Reperias tamen apud ipsum multos sales, argumenta lepide inftexa, agnatos lucide explicatos, personas rebus competentes, sententias vitae congruentes ; joca non infra soccum, seria non usque ad cothurnum. Rarae apud ilium corruptelae: et, uti errores, concessi amores. Nec eo minus et leno perjurus, et amator fervidus, et servulus callidus, et amica iiludens, et uxor inhibens, et mater indulgens, et patruus objurgator, et sodalis opitulator, et miles prœliator (gloriator ?) : sed et parasiti edaces, et parentes tenaces, et meretrices procaces."

Les fragments qui subsistent de Philémon se distinguent par leur piquant, leur esprit, leur élégance, leur psychologie. Ses sujets favoris semblent avoir été des intrigues amoureuses ; quant aux personnages, ils corrrespondent tout à fait aux standards propres à la Comédie nouvelle, dont Plaute et Térence seront plus tard familiers. La raillerie envers Magas, relatée plus haut, prouve que la satire personnelle, qui était une des facettes de la Comédie ancienne, n'avait pas entièrement disparu dans la Comédie nouvelle ; elle montre aussi la fougue avec laquelle les Athéniens, persuadés de leur supériorité intellectuelle, se moquaient de la magnificence semi-barbare des potentats grecs d'Orient ; un autre exemple de cette morgue est attestée par la description assez caustique qu'il fit de la tigresse que Séleucos offrit un jour à Athènes (Ath. XIII, p. 590, a ; Meineke, Men. et Phil. Reliq. p. 372, Frag. Com. Graec. vol. IV, p. 15).
Le nombre des pièces attribuées à Philémon s'élève à 97 (Diod. XXIII, 7 ; Anon, de Com. p. 30 ; Suid. s. v.), celui des titres encore subsistants - après le rejet des titres douteux ou erronés - est de 53. Il est probable que certaines de ces œuvres devraient être attribuées à Philémon le jeune. La liste suivante contient les titres des pièces qui ont été préservés par les auteurs anciens, même s'il en est qui sont encore considérés comme douteux par Meineke : — ῎Αγροικος, ᾿Αγύρτης, ῎Αδελφοι, Αἰτωλός, ᾿Ανακαλύπτων, ᾿Ανανεουμένη, ᾿Ανδροφόνος, ᾿Αποκατερῶν, ῎Απολις, ῾Αρπαζόμενος, Αὐμητής, Βαβυλώνιος, Γάμος, ᾿Εγχειρίδιον, ῎Εμπορος, ᾿Εξοικιζόμενος, ᾿Επιδικαζόμενος, Εὔριπος, ᾿Εφεδρῖται, ῎Εφηβος, ῞Ηρωες, Θηβαῖοι, Θησαυρός, Θυρωρός, ᾿Ιατρός, Καταψευδόμενος, Κοινωνοί, Κόλαξ, Κορινθία, Μετίων ἢ Ζώμιον, Μοιχός, Μυρμιδονές, Μυστίς, Νεαίρα, Νεμόμενοι, Νόθος, Νύξ, Πανγκρατιαστής, Παιδάριον, Παῖδες, Παλαμήδης, Πανήγυρις, Παρεισιών, Πιττοκοπούμενος, Πτερύγιον, Πτωχή ἢ ῾Ροδία, Πυρρός, Πυρφόρος, Σάρδιος, Σικελικός, Στρατιώτης, Συναποθνήσκοντες, Συνέφηβος, ῾Υποβολιμαῖος, Φάσμα, Φιλόσοφοι, Χήρα. 

Parmi toutes ces pièces, les plus connues de nous sont ῎Εμπορος et Θησαυρός, par le fait qu'elles ont été imitées par Plaute dans son Mercator et son Trinummus. Le Μυρμιδονές est un témoignage très intéressant quant à la manière avec laquelle les auteurs de la Comédie nouvelle traitaient les sujets mythologiques. Quant à l'inspiration des autres comédies de Philémon, voir Meineke, ainsi que l'article d'Ersch dans l'Encyclopédie de Grüber.

Les fragments de Philémon ont été imprimés avec ceux de Ménandre dans toutes les éditions mentionnées dans la notice consacrée à Ménandre. S'agissant des œuvres de Philémon, mais aussi de celles de Ménandre, on pourra consulter la préface de Meineke dans Menandri et Philemonis Reliquiae, de même que les articles tirés du Lexicon Bibliographicum d'Hoffmann.

Notons que les témoignages relatifs à Philémon sont souvent rendus incertains en raison de la confusion faite entre les noms Philémon, Philétairos, Philétas, Philippidès, Philippos, Philiscos, Philistion, Philon, Philoxènos, bref entre tous les auteurs ayant en commun la syllabe initiale Phil. souvent utilisée dans nos manuscrits afin d'abréger les noms d'auteurs. Même le nom de Diphilos est quelquefois confondu avec Philémon, tout comme Philon (cf. Meineke, Men. et Phil. Reliq. pp. 7 - 11). La cause d'une telle confusion trouve son origine dans une collection de fragments portant le nom de Σύγκρισις Μενάνδρου καὶ Φιλιστὶωνος, que l'on devrait bien plutôt appeler καὶ Φιλήμονος.

 

   Athénée XIII, 25, 57, 66, 67, 84

 

PHILÉTAIROS (Φιλέταιρος), comique athénien de la Comédie moyenne, aurait été, selon Athénée le contemporain d'Hypéride et de Diopeithès, ce dernier étant peut-être le père du poète Ménandre (Athénée VII, 342, a ; XIII, p. 587). Selon Dicéarchos, Philétairos était le troisième fils d'Aristophane, mais d'autres auteurs maintiennent qu'il était plutôt le fils de Nicostratos (voir les Vies des Grecs d'Aristophane, et Suidas, s. v. ᾿Αριστοφάνης, Φιλέταιρος).

Il composa 21 pièces, d'après Suidas, qui, avec Athénée, nous en a donné les titres : — ᾿Ασκληπιός, ᾿Αταλάντη, ᾿Αχιλλεύς, Κέφαλος, Κορινθιαστής, Κυνηγίς, Λαμπαδηφόροι, Τηρεύς, Φίλαυλος ; à cela doivent être ajoutés les Μῆνες. Il y a aussi des titres douteux, comme celle d'une pièce, en fait écrite par Philippidès ; ῎Αντυλλος  et Οἰνοπίων, sont attribués à Nicostratos ; enfin, Μέλεαγρος est sans doute la même pièce que le ᾿Αταλάντη.

Les fragments de Philétairos montrent que ses pièces se référaient aux courtisanes. (Meineke, Frag. Com. Graec. vol. I, pp. 349, 350, vol. III, pp. 292 - 300)

 

Φιλέταιρος: ὄνομα κύριον. Ἀθηναῖος, κωμικός, υἱὸς Ἀριστοφάνους τοῦ κωμικοῦ. δράματα αὐτοῦ κα#: ὧν ἐστι καὶ ταῦτα: Ἀχιλλεύς, Κορινθιαστής, Κυνηγίας, Φίλαυλος, Κέφαλος, Τηρεύς, Οἰνοπίων, Ἄντυλλος [καὶ αὐτὸ Φιλεταίρου, ὡς δέ τινες Νικοστράτου], Ἀταλάντη, Λαμπαδηφόροι. (SUIDAS)

 

Athénée XIII, 7, 27, 31, 52

 

PHILÉTAS (Φιλητᾶς) de Cos, fils de Téléphos, se distingua en tant que poète et grammairien (ποιητὴς ἄμα καὶ κριτικός, Strab. XIV, p. 657). Il fut actif durant les premières années de l'école d'Alexandrie, à une période où l'étude ardue de la littérature classique de la Grèce se combinait chez certains érudits avec une intense production critique originale. D'après Suidas, il vécut sous Philippe II et Alexandre ; mais ce témoignage semble erroné. Sans doute sa jeunesse doit-elle être située sous le règne de ces deux rois, mais sa grande période d'activité littéraire se déroula pendant le règne du premier Ptolémée, fils de Lagos, qui le nomma tuteur de son fils, Ptolémée II Philadelphe. Clinton estime que sa mort dut survenir vers 290 av. J.- C. (Fast. Hell. vol. III, app. 12, No 16) ; mais il est possible qu'il ait encore vécu quelques années, puisqu'on prétend qu'il fut aussi le contemporain d'Aratos, qu'Eusèbe situe vers 272. En tout cas, on sait formellement qu'il fut le contemporain d'Hermésianax, son ami intime, ainsi que d'Alexandre d'Étolie. Il fut le professeur, au moins par son exemple et son influence, de Théocrite et de Zénodote d'Ephèse. Théocrite le cite comme son modèle littéraire favori (Id. VII, 39 ; voir le Scholia ad loc.).

Philétas semble avoir été d'une constitution fragile, qu'accrut encore davantage ses intenses travaux d'érudition. Il était si fluet qu'il devint un objet de raillerie pour les poètes comiques, qui le représentaient fréquemment portant des semelles de plomb à ses chaussures pour éviter que le vent ne le soulevât, plaisanterie qu'Élien prend pour argent comptant, lui qui se demande comment il pouvait supporter le poids de ses semelles, alors qu'il était déjà trop faible pour affronter les tempêtes ? (Plut. An Seni sit ger. Respub. 15, p. 791, e ; Athénée XII, p. 552, b ; Élien V. H, IX, 14, X, 6). La cause de sa mort est relatée dans cette épigramme (ap. Athénée IX, p. 401, e) :

 

Ξεῖνε, Φιλητᾶς εἰμι· λόγων ὁ ψευδόμενος με
ὥλεσε καὶ νυκτῶν Φροντίδες ἑσπέροι.

 

Nous apprenons d'Hermésianax (ap. Ath. XIII, p. 598, f) qu'une statue de bronze fut érigée en mémoire de Philétas par les habitants de son île natale, pour l'attachement qu'il lui témoigna dans ses poèmes tout au long de sa vie (Schol. ad Theoc. I. c.). La poésie de Philétas était surtout élégiaque (Suid. ἕγραψεν ἐπιγράμματα καὶ ἐλεγίας καὶ ἄλλα). Tous les auteurs d'élégies estimaient qu'il était supérieur à Callimaque ; on le préférait à ce dernier en raison de son style moins pédant ; à la lumière des fragments que nous possédons, on peut juger, en effet, qu'il échappait en partie au piège de l'affectation érudite (Quintil. X, 1, § 58 ; Procl. Chrest. 6, p. 379, Gaisf.). Deux poètes en font le modèle absolu de l'élégie romaine : d'abord Properce, qui déclare dans un passage qu'il imitait plus volontiers Philétas que Callimaque (Properce, II, 34, 31, III, 1, 1, 3, 51, 9, 43, IV, 6, 2 ; Ovide, Art. Amat. III, 329, Remed. Amor. 759 ; Stat. Silv. I, 2, 252 ; Hertzberg, de Imitatione Poetarum Alexandrinorum, dans son Propertitis, vol. I, pp. 186 - 210). Les élégies de Philétas étaient essentiellement amoureuses ; pour la plupart, elles se composaient de prières adressées à sa maîtresse Bittis, que les poètes latins nommaient aussi Battis (Hermésianax, l. c ; Ovide Trist. I, 6, 1, ex Ponto, III, 1, 57 ; Hertzberg, Quaest. Propert. p. 207 ; la forme Βιττώ est valable également, Corp. Inscrip. Nos. 2236, 2661, b, ou en Latin Batto, selon la correction ingénieuse faite par Lachmann de Properce, II, 34, 31, Tu Battus memorem, &c.). Il est très probable qu'il composa un recueil complet de poèmes dédiés spécialement à Bittis, et que c'est ce livre qui fut connu et cité par Stobée sous le nom de Παίγνια (Jacobs, Animadv. ad Anth. Graec. vol. I, pars I, pp. 388, fol. ; Bach, Frag. PJiilet. p. 39 ; Hertzberg, Quaest. Propert. p. 208). Il semble logique de supposer que les épigrammes de Philétas mentionnées par Suidas, et deux fois citées par Stobée, appartenaient au même recueil que les Παίγνια ; mais rien ne vient le prouver formellement. Il existe également deux autres poèmes de Philétas cités par Stobée, dont les sujets sont clairement mythologiques, comme on le devine à travers leurs titres, Δημήτηρ and ῾Ερμῆς. À partir de ces trois fragments conservés par Stobée, (Flor. civ. 11, CXXIV, 26), on est quasiment sûr que le premier de ces poèmes était écrit en mètre élégiaque, et que le thème en était les plaintes de Déméter à la suite de la perte de sa fille. Pour le cas du ῾Ερμῆς, il est plus difficile de se faire une idée du titre et du mètre utilisé. Stobée cite à trois reprises ce poème : une fois, il donne trois lignes (Flor. CIV, 12), une seconde fois, trois lignes encore (Eclog. Phys. V, 4), enfin, une troisième fois, deux lignes (Flor. CXVIII, 3). Tous les vers cités sont des hexamètres ; d'un autre côté, Strabon (III, p. 168) rapporte un distique élégiaque de Philétas, ἐν ῾Ερμενείᾳ, que les critiques ont tout naturellement supposé être une corruption de ἐν ῾Ερμῇ, ou, d'après une autre conjecture, de ἐν ῾Ερμῇ ἐλεγείᾳ. Toutefois, Meineke a tenté de résoudre le problème en affirmant que le ῾Ερμῆς était entièrement en hexamètres, et que les lignes citées par Strabon provenaient d'un poème complètement différent, le titre authentique ne pouvant être déterminé avec certitude à partir d'une simple conjecture dérivée d'une lecture corrompue de ἐν ῾Ερμενείᾳ (Analecta Alexandrina, Epim. II, pp. 348 - 351). Nous savons par Parthénios, grâce à un bref épitomé, que le poème évoquait Hermès (Erot. 2). Le poème racontait l'aventure amoureuse d'Ulysse avec Polymèle dans l'île d'Éole. Un autre poème, intitulé Naliska, a été attribué à Philétas par Eustathe (Ad Hom. p. 1885, 51) ; mais Meineke a montré que le nom de l'auteur cité par cet érudit était Philtéas, et non Philétas. (Anal. Alex. Epim. II, pp. 351 - 353).

Nous avons conservé un grand nombre de fragments de Philétas, dont on ne sait à quels poèmes ils appartenaient : parmi eux, des vers iambiques, que l'on a du mal à attribuer, à cause de la confusion faite entre des noms commençant avec la syllabe Phil, qui peut se référer aussi bien à Philémon qu'à Philétas. On a pensé de manière erronée que notre poète était l'auteur de poèmes bucoliques, et ce, à partir d'un passage de Théocrite, qui parle de la beauté de sa poésie en général, mais aussi de quelques vers de Moschos (Idyll, III, 94, foil.), qui sont en fait le fruit d'une interpolation de Musée.

Outre des poèmes, Philétas écrivit en prose sur la grammaire et la critique. Il était l'un des commentateurs d'Homère, qu'il semble avoir interpréter avec beaucoup de liberté mais avec méthode ; son travail fut poursuivi dans la même voie par son disciple Zénodote. Aristarque écrivit un ouvrage où il s'opposait à Philétas (Schol. Venet. ad Il. II, 111). Mais le plus important écrit grammatical, est celui qu'Athénée cite à maintes reprises sous le titre de ῞Ατακτα, œuvre qui est également mentionnée sous les titres de ῞Ατακτοι γλῶσσαι (Schol ad Apol. Rhod. IV, 989), et de γλῶσσαι, plus simplement (Etym. Mag. p. 330, 39). La valeur de ce travail, reconnue dès l'époque de sa publication est révélée par le fait que le poète comique Straton en fait déjà allusion (Athénée IX, p. 383 ; Meineke, Frag. Com. Graec. vol. IV, p. 545) ; Hermésianax en fait aussi mention (l. c.) ; même chose pour Cratès de Mallos, dans son épigramme sur Euphorion (Brunck, Anal. vol. II, p. 3, Anth. Pal. IX, 318). Rien ne nous est parvenu de cet écrit, si ce n'est que quelques rares fragments, qui prouvent néanmoins que Philétas s'efforçait de comprendre la signification des mots à partir de leurs variétés dialectiques. Il est très possible que tous les écrits de Philétas relatifs à la grammaire, y compris ses commentaires sur Homère, aient été édités en un seul volume.

Les fragments de Philétas ont été recueillis par C. P. Kayser, Philetae Coi Fragmenta, quae reperiuntur, Göttingen, 1793, 8vo., par Bach, Philetas Coi, Hermesianactis Colophonii, atque Phanoclis Reliquiae, Halis Sax. 1829, 8vo. ; et dans les éditions de l'Anthologie grecque (Brunck, Anal. vol. I, p. 189, II, p. 523, III, p. 234 ; Jacobs, Anth. Graec. vol. I, pp. 121 - 123). Les plus importants de ces fragments se trouvent dans Schneidewin, Delectus Poesis Graecorum, vol. I, pp. 142 - 147 (Reiske, Notitia Epigrammatorum, p. 266 ; Schneider, Anal. Crit. p. 5 ; Heinrich, Observ. in Auct. Vet. pp. 50 - 58 ; Jacobs, Animadv. in Anth. Graec. vol. I, pt. I, pp. 387 - 395, vol. III, pt. III, p. 934 ; Preller, dans Ersch et Gruber, Encyklopädie).

Athénée XIII, 71

 

PHILON (Φίλων) d'Athènes. Lorsque Démétrios gouverna Athènes, un certain Sophocle du district simien (Σουνιεύς), fit voter une loi interdisant aux philosophes d'enseigner à Athènes sans l'accord préalable de la Boulê et du peuple, sous peine de mort. Ce décret eut pour effet le départ de Théophraste et d'autres philosophes de la cité (Diog. Laërce V, 38). Athénée, sans doute à tort, pense que cette loi fut l'unique cause de ces bannissements (XIII, p. 610. f ; comparer avec Pollux, IX, 42, qui considère que cette loi ne visait en fait que les Sophistes). Cette décision fut critiquée par Philon, ami d'Aristote, mais défendue par Démocharès, le neveu de Démosthène (Athénée I, c). Les arguments de Philon furent un succès puisque, l'année suivante, les philosophes revinrent à Athènes et Démocharès dut payer une amende de cinq talents (Diog. Laërce I, c, où, à la place de Φιλλίωνος, il faut lire Φιλώνος). L'année durant laquelle se déroula cette affaire reste incertaine. Alexis (apud Athen. l. c.) parle d'un Démétrios, sans préciser s'il s'agit de Phalère, en 316 av. J. -C. ou de Poliorcète, en 307. Clinton incline pour le premier (F. H. vol. II, p. 169), tout en faisant état des opinions émises par d'autres spécialistes qui croient que la chose eut lieu sous Démétrios Poliorcète ; c'est d'ailleurs aussi l'avis de Ritter (Hist. of Ancient Philosophy, vol. III, p. 379, traduction anglaise). Quant à Jonsius, (De Script. Hist. Phil.) il situe l'évènement aux environs de 300. Il n'est pas improbable que Philon ait été l'esclave d'Aristote, qui lui rendit sa liberté (Diog. Laërce V, 15).

Athénée XIII, 92

 

PHILONIDES (Φιλωνίδης), PHILONIDES (Φιλωνίδης), poète comique athénien de l'Ancienne Comédie, est plus connu comme l'une des deux personnes sous le nom desquelles Aristophane a présenté quelques-unes de ses pièces de théâtre, que par ses propres pièces. On peut résumer en quelques mots les informations que nous avons sur lui comme poète, mais la question de ses relations avec Aristophane mérite un examen attentif.

Avant de devenir poète, Philonidès fut soit foulon soit peintre, d'après les versions différentes de Suidas et d'Eudocia, le premier donnant γναφεὺς, le second γραφεὺς. Trois de ses pièces sont connues : Ἀπήνη, Κόθορνοι, Φιλέταιρος (Suid. sv). Le titre même de Κόθπρνοι nous fait penser qu'il s'agissait d'une attaque contre Théramène, dont l'inconstance lui avait valu la célèbre épithète de Κόθορνος et cette conjecture est tout à fait confirmée par le passage suivant d'un grammairien (Bekker, Anecd. p. 100. 1): τὴν κλητικήν· Φιλιππίδης Κοθόρνοις, où nous devons sans aucun doute lire Φιλωνίδης, car on ne trouve aucune mention d'une telle pièce de Philippide, alors que les Κόθορνοι de Philonidès, en plus d'être mentionnées par Suidas, sont plusieurs fois citées par Athenée et d'autres écrivains. Le pluriel du titre, Κόθορνοι, provient sans doute du fait que le chœur était composé de personnes ayant le caractère de Théramène. C'est un autre exemple de cette confusion entre les noms commençant par Phil., qui a été expliqué à l'article PHILEMON, parce que de nombreux fragments, que Stobée a conservés sous le nom de Philonidès, appartiennent évidemment à la Nouvelle Comédie, et doivent être attribués soit à Philémon soit à Philippide. (Meineke, Frag. Com. Graec. Vol. I. pp. 102-104, vol. ii. Pp. 421-425; Fabric. Bibl. Graec. Vol. ii. p. 482.)

L'autre question concernant Philonidès est l'une des plus importantes dans le cadre de l'histoire littéraire de l'Ancienne Comédie en général, et en particulier d'Aristophane. On pense généralement que Philonidès était un acteur d'Aristophane, dont il est dit qu'il lui avait confié, ainsi qu'à Callistrate, ses personnages principaux. Mais les preuves sur lesquelles repose cette déclaration sont considérées par quelques-uns des meilleurs critiques modernes comme menant à une toute autre conclusion, à savoir que plusieurs des pièces d'Aristophane ont été jouées sous les noms de Callistrate et Philonidès. Cette question a été traitée par des érudits tels que Ranke, C.F. Hermann, Fritzsch, Hanovius, W. Dindorf, et Droysen, mais la discussion de loin la plus élaborée et satisfaisante sur ce sujet est celle de Theodor Bergk, en préface à son édition des fragments d'Aristophane, dans les Fragmenta Comicorum Graecorum de Meineke, vol. II. pp. 902-939.

Il faut se rappeler que, quand un poète souhaitait mettre en scène une pièce, il devait d'abord s'adresser au premier ou au second archonte pour obtenir un chœur, et cette obtention dépendait de l'avis de l'archonte sur la valeur de la pièce, et aussi dans une moindre mesure, de l'influence personnelle et politique. On a même vu des choeurs refusés à des poètes comme Sophocle et Cratinus. Même quand on réussissait à obtenir un choeur, il fallait affronter la versatilité proverbiale du public athénien, dont le comportement, même à l'égard des anciens favoris n'était pas fait, comme s'en plaint Aristophane, pour encourager un jeune candidat au succès. Afin de réduire les obstacles qui parsemaient le chemin d'un jeune poète dès le début du parcours, on avait l'habitude d'agir de deux façons: soit le candidat aux honneurs dramatiques mettait à son propre nom la pièce de certains poètes populaires, dont la valeur intrinsèque leur permettait d'être certains d'obtenir un choeur, soit il usait de la réputation d'un poète célèbre en demandant un choeur en son nom. Le résultat dans le premier cas, dont nous savons qu'il fut adopté par le fils d'Eschyle, de Sophocle et d'Aristophane, était que le nom du jeune poète était ainsi connu, et qu'il pouvait espérer plus facilement obtenir un choeur pour une de ses propres pièces de théâtre, et, dans ce dernier cas, la réception de ses œuvres, l'encourageait soit à revenir en son propre nom, soit le contraire. Il y a en fait d'un passage d'Aristophane, qui, s'il peut être interprété à la lettre, suggère l'idée selon laquelle il est d'usage pour un jeune poète de passer par trois étapes : d'abord aider un autre poète dans la composition des passages les moins importants de ses pièces (comme les élèves d'un grand artiste) : comme nous savons qu'Eupolis avait travaillé pour Aristophane dans les Cavaliers, puis faire paraître ses propres pièces sous le nom d'un autre poète, afin de tester la faveur du public et, enfin, de les produire en son propre nom. Ces différentes étapes se retrouvent peut-être dans les passages, ἐρέτην γένεσθαι πρωρατεῦσαι καὶ τοὺς ἀνέμους διαθρῆναι et κυβερνᾶν αὐτὸν ἑαυτῷ dans le passage évoqué (Eq. 541- 543, voir Bergk, I.c. pp . 916,917). En plus des raisons qui viennent d'être exposées, c'est une opinion très courante, fondée sur la déclaration d'un grammairien (Schol. in Aristoph. Nub. 530), qui prétend que la loi interdit expressément à un poète de monter un drame en son propre nom, s'il n'avait pas trente ans, mais Bergk a montré (I.c. pp. 906, 907) que cette loi est probablement l'une de ces innombrables fictions des commentateurs, qui affirment comme des faits des choses qui ne sont que l'expression de leur propre façon de comprendre l'auteur : Eschyle, Sophocle et Euripide sont connus pour avoir fait jouer leurs pièces en leur propre nom, alors qu'ils avaient moins de trente ans.

Mais, dans tous les cas, le nom inscrit dans les registres publics est celui de la personne au nom de laquelle le choeur a été demandé, qu'il fût le véritable auteur ou non, et c'est ce nom qui apparaît dans les Didascalies en préface de la pièce de théâtre Sous la forme ἐδιδάχθη διὰ Καλλιστράτου (Acharn.) ou δι' αὐτοῦ τοῦ Ἀριστοφάνους (Equit.). En effet, selon l'esprit original de l'institution, le chœur était le seul élément essentiel d'une pièce de théâtre, et le public ne connaît rien de l'auteur en tant que tel, mais seulement du maître du chœur. C'est pourquoi, on peut facilement comprendre comment, alors qu'un poète était riche et fervent de jouissance, il pouvait choisir de confier le pénible devoir de la formation des acteurs et du chœur à une autre personne, et donc, outre les raisons déjà indiquées pour qu'un poète utilise le nom d'un autre au début de sa carrière, nous voyons une autre raison pour laquelle il doit poursuivre cette pratique, même après que sa réputation fût établie.

Nous apprenons à présent d'Aristophane lui-même, sans parler des autres éléments de preuve, qu'il a non seulement fait jouer ses premières pièces sous le nom d'autres poètes, mais aussi les raisons qu'il a eues pour ce faire. Dans la Parabase des Cavaliers (v. 514), il affirme qu'il l'avait fait, non de son propre gré, mais poussé par le sentiment de la difficulté de sa profession, et par crainte de souffrir de cette inconstance des Athéniens qui s'était manifestée à l'égard des autres poètes, comme Magnes, Crates et Cratinus. A nouveau, dans la Parabase des Nuées (v. 530), il exprime la même pensée en ces mots:

Κἀγὼ, παρθένος γὰρ ἔτ' ἦ, κοὐκ ἐξῆν πώ μοι τεκεῖν
ἐξέθηκα, παῖς δ' ἑτέρα τις λαβοῦσ' ἀνείλετο.

οù les derniers mots impliquent évidemment, si l'on interprète logiquement le texte, que la personne au nom de laquelle il a fait jouer la piéce visée (les Daetaleis) était un autre poète. C'est évidemment le mot ἐξῆν dans ce passage, qui a induit en erreur le scholiaste dans son idée fantaisiste d'une interdiction légale.

On va maintenant voir quels étaient les avis des anciens grammairiens sur le sujet. L'auteur de l'œuvre anonyme, ἐπὶ κωμῳδίας, qui est décidément l'un des meilleurs parmi ces écrivains, dit (p. xxix.) Que "Aristophane joua pour la première fois (ἐδίδαξε) sous l'archontat de Diotimus (427 av. J.-C.), sous le nom de Callistrate (διὰ Καλλιστράτου); pour ses comédies politiques (τὰς πολιτικάς) il prétend qu'il les a fait jouer en son nom, mais celles contre Euripide et Socrate sous le nom de Philonidès, et comme grâce à cela (ce premier drame) il fut considéré comme un bon poète, il s'assura d'autres possibilités (τοὺς λοιποὺς, se. χρόνους), d'utiliser son propre nom comme auteur (ἐπιγραφόμενος). Ensuite, il fit donner ses drames au nom de son fils" (Araros). La pièce qu'il donna à cette occasion fut les Δαιταλεῖς (Nub. I. c. et Schol.). Dans le même sens un autre grammairien respectable, l'auteur de la vie d'Aristophane, nous dit (p. xxxv.) Qu" «étant d'abord excessivement prudent et intelligent, il fit jouer (καθίει, le mot habituel pour mettre en concours) ses premiers drames sous les noms de (διὰ) Callistrate et Philonidès, c'est pourquoi il fut ridiculisé .... au motif qu'il avait travaillé pour d'autres: mais ensuite, il concourut en son nom propre (αὐτὸς ἠγωνίσατο):" là encore, le membre de phrase "qu'il a travaillé pour d'autres" doit signifier que Callistratus et Philonides étaient poètes.

Jusqu'ici tout est clair et cohérent. Aristophane, pour des motifs de prudence et de modestie, mais absolument pas par nécessité juridique, commenca par faire jouer, non en son nom propre, mais en celui de Callistrate, et ensuite de Philonidès. Le succès de ces premiers efforts l'encouragea à se présenter comme l'auteur avoué de ses pièces, et puis, vers la fin de sa vie, il aida son fils Araros, en lui permettant de faire connaître quelques-unes de ses pièces de théâtre (par exemple le Cocalus), sous son propre nom. Mais à la fin de cette même vie d'Aristophane (p. xxxix.), on va trouver l'erreur que nous devons exposer, mais combinée quand même avec la vérité: il déclare «les acteurs d'Aristophane furent Callistrate et Philonidès, sous le nom desquels (δι' ὧν), il fait jouer ses propres drames: les publics (ou politiques) (τὰ δημιτικά) sous le nom de Philonidès, et les privés (ou personnels) (τὰ δημοτικὰ) sous celui de Callistrate. " Il semble que le grammairien, bien que lui-même comprît le sens de διά, a copié l'erreur où s'étaient fourvoyés certains anciens auteurs, en supposant qu'il renvoie aux acteurs: mais le fait qu'il ne peut pas avoir ce sens dans le passage qui nous est soumis est mis en évidence par la tautologie qui déculerait d'une telle traduction, et à cause de la vigueur du ἑαυτοῦ : "les acteurs d'Aristophane étaient Callistrate et Philonidès, par qui en tant qu'acteurs, il fait jouer ses propres drames." Nous pouvons, en revanche, avec une grande probabilité considérer ce passage comme une interpolation tardive: son peu de crédit est dû au fait que la distribution des sujets dans la dernière proposition ne s'accorde ni avec le témoignage déjà cité, ni avec les informations que nous tirons des Didascalies, comme quoi ces pièces ont été attribuées respectivement à Philonidès et Callistrate. A partir des Didascalies et d'autres témoignages, nous constatons que les Babyloniens (426 av. J.-C.) et le Acharniens (425 av. J.-C.) ont aussi été jouées sous le nom de Callistrate et que la première pièce qu'Aristophane présenta en son nom propre, fut les Cavaliers, en 424 av. J.-C. (ἐδιδάχθη... δι' αὐτοῦ τοῦ Ἀριστοφάνους, Didasc.). Et, par conséquent, l'idée s'est répandue un peu hâtivement qu'il continua à faire jouer désormais en son propre nom, jusqu'à ce que, vers la fin de sa vie, il accepte de les faire jouer sous le nom d'Araros. Mais, au contraire, nous trouvons de les Didascalies qu'il fit jouer les Oiseaux (414 av. J.-C.) et Lysistrata (411 av. J.-C.), sous le nom de Callistrate (διὰ Καλλιστράτου).

Jusqu'ici, les témoignages cités font seulement référence à Philonidès en termes généraux: il reste à voir quelles sont les pièces de théâtre d'Aristophane qui furent jouées sous son nom. Des déclarations précédentes des grammairiens, on pourrait déduire qu'Aristophane utilisa le nom de Philonidès avant la composition des Cavaliers, mais il ne s'agit probablement que d'une partie de l'erreur selon laquelle on a supposé que, à partir du moment de la composition des Cavaliers, il faisait toujoursjouer ses comédies en son propre nom. Il est vrai que le scholiaste sur le passage des Nuées, cité plus haut, qui fait référence aux Daetaleis, explique la phrase παῖς ἑτέρα comme signifiant Φιλωνίδης καὶ Καλλιστράτης, et Dindorf, en citant ce passage et par déduction avec ce qui précède, imagine que les Daetaleis ont été joués sous le nom de Philonides (Frag. Arist. Daet.); mais le scholiaste à l'évidence ne parle pas particulièrement de la publication de cette pièce (παῖς ἑτέρα ne peut signifier deux personnes, et les pièces ne peuvent être jouées que sous un seul nom) comme l'usage courant d'Aristophane dans plusieurs de ses pièces de théâtre. Il n'y a donc aucune raison pour modifier avec brutalité et arbitrairement les mots du grammairien, qui, comme cité plus haut, dit expressément que la pièce a été jouée διὰ Καλλιστράτου. Il n' y a donc aucune preuve qu'Aristophane ait fait joué sous le nom de Philonidès les pièces antérieures aux Cavaliers, mais qu'il l'ait fait après, nous en avons la preuve irréfutable. On peut penser que sa pièce suivante, les Nuées (423 av. J.-C.), a été jouée sous le nom de Philonidès, compte tenu de la déclaration du grammairien, disant qu'Aristophane l'a pris comme prête-nom dans les pièces contre Socrate et Euripide, ajouté au fait connu que les Grenouilles ont été jouées sous le nom de Philonidès, mais cependant quoi qu'il en soit, nous constatons que l'année suivante, en 422 av. J.-C., Aristophane fit jouer deux pièces de théâtre, le Proagon et les Guêpes, à la fois sous le nom de Philonidès, et il obtint le premier et le deuxième prix. Cette affirmation repose sur l'autorité du passage difficile et certainement corrompu des Didascalies des Guêpes : nous ne pouvons pas entrer dans la discussion critique, si ce n'est en donnant le texte amendé et modifié du manuscrit de Ravenne, modification, adopté à la fois par Dindorf et Bergk, et dont on peut difficilement mettre en doute l'exactitude aujourd'hui: Ἐδιδάχθη ἐπὶ ἄρχοντος Ἀμυνίου διὰ Φιλωνίδου ἐν τῇ πθ' ὀλυμπιάδι β' (c'est-à-dire δεύτερος) ἦν. εἰς Λήναια. καὶ ἐνίκα πρῶτος Φιλωνίδης, Λεύκων Πρέσβεσι γ' (c'est-à-dire τρίτος). D'après ce texte, on apprend que les Guêpes ont été jouées aux Lénéennes, lors de la 89e Olympiade, sous l'archontat d'Amynias, sous le nom de Philonidès, et qu'il gagné la seconde place, la première ayant été donnée aux Προάγων, qui fut aussi jouée sous le nom de Philonidès, et dont nous savons par d'autres sources qu'elle était une pièce d'Aristophane (voir les Fragments), et la troisième aux Πρέσβεις de Leucon.

Au cours de l'année 414 av. J.-C., on voit Aristophane présenter à nouveau deux pièces (mais à différents festivals), l'Amphiaraus, au nom de Philonidès, et les Oiseaux, au nom de Callistrate (Arg. in av.), Et enfin, on apprend des Didascalies des Grenouilles, que cette pièce fut jouée également sous le nom de Philonidès. On voit ainsi qu'Aristophane utilisa le nom de Philonidès, sans doute, pour les Nuées (voir Bergk, l. c. pp. 913, 914), et certainement pour les Guêpes, le Proagon, le Amphiaraus, et les Grenouilles. Les Daetaleis, les Babyloniens, le Acharniens, les Oiseaux, et le Lysistrata, ont été mis en scène, comme nous l'avons vu, sous le nom de Callistrate. Du reste des pièces existantes d'Aristophane, les seules dont on soit sûr qu'il les ait jouées en son propre nom sont les Cavaliers, la Paix et le Ploutos. Il a fait jour ses deux dernières pièces de théâtre, le Cocalus et Aeolosicon, sous le nom de son fils Araros. Les Thesmophories et l'Assemblée des femmes n'ont pas de nom qui leur soit rattaché dans les Didascalies.

Ces points de vue sont soutenus entre autres par Bergk, dans un vaste débat sur tous les passages d'Aristophane et ses scholiastes portant sur la question ; et qui doivent être lus par tous ceux qui désirent maîtriser cette importante question dans l'histoire littéraire d'Aristophane.

Il nous reste cependant une ou deux questions qu'on ne doit pas négliger. En supposant établi qu'Aristophane ait fait jouer beaucoup de ses pièces sous les noms de Callistrate et Philonidès, si ceux-ci n'étaient pas également les principaux acteurs de ces pièces, alors qui étaient-ils, et quel rôle avaient-ils ? De ce qui a été dit dans la première partie de cet article, on peut présumer avec raison que les personnes qui ont prêté leurs noms aux pièces étaient eux-mêmes des poètes qui avaient déjà acquis une certaine réputation, mais qui, en vieillissant, ou pour d'autres raisons, auraient préféré ce type de partenariat littéraire par rapport au risque et à la difficulté de la composition originale. En effet, il semblerait, sur le principe, absurde pour une personne, qui ne serait pas poète de profession, d'inscrire son nom auprès de l'archonte comme auteur d'une pièce, et d'assumer la charge très importante de la formation des acteurs. Mais nous avons le témoignage d'Aristophane lui-même, que les prête-nom de ses pièces étaient des poètes,comme lui, ἑτέροισι ποιηταῖς (Guêpes. 1016; comp. Schol.): On a déjà vu que Philonidès était un poète de l'Ancienne Comédie, et pour Callistrate, nous n'avons pas d'autres informations pour douter sur celles qui figurent dans ce qui précède et dans d'autres passages d'Aristophane et des grammairiens. Le fait que nous ne disposons que de trois titres de Philonidès et d'aucun de Callistrate, nous concorde avec l'idée qu'ils furent principalement employés comme διδάσκαλοι des pièces d'Aristophane. On a vu, en effet, qu'un ou deux grammairiens affirment qu'ils étaient acteurs, mais avec toutes les preuves fournies d'autre part, il ne fait guère de doute que cette déclaration provient simplement d'une erreur sur la signification du mot διὰ dans les Didascalies. Ce mot a son sens reconnu à cet égard, et on n'hésite pas à le lui donner dans les Didascalies des pièces précédentes: il n'y a pas de raison valable de supposer qu'il désigne l'acteur: les Didascalies n'ont pas été conçues pour enregistrer le nom de l'acteur, mais celui du poète, qu'il soit vrai ou supposé; les termes διδάσκαλος, χοροδιδάσκαλος, κωμῳδοδιδάσκαλος, sont utilisés comme des équivalents de ποιητής et de κωμῳδοποιητής : et l'idée que le χοροδιδάσκαλος et l'acteur principal puissent être la même personne suppose l'idée pratiquement absurde d'un acteur principal qui se formerait lui-même.L'opinion répandue selon laquelle Aristophane joua lui-même le rôle de l'acteur principal dans les Cavaliers n'est sans doute d'après Bergk, qu'une simple invention d'un quelconque grammairien, qui a mal compris le sens de ἐδιδάχθη δι' αὐτοῦ τοῦ Ἀριστοφάνους dans les Didascalies, et une fois que le drame a été bien installé, on ne trouve aucun cas où un poète ait été enmême temps acteur, soit dans ses propres pièces de théâtre, soit dans celles d'un autre poète. Il existe une curieuse confirmation de l'un des arguments qui viennent d'être débattus dans l'une des Scholies sur ce passage des Nuées qui a tellement induit les commentateurs en erreur (c. 531). Δηλονότι ὁ Φιλωνίδης καὶ ὁ Καλλίστρατος, οἱ ὝΣΤΕΡΟΝ γενόμενοι ὑποκριταί, l'auteur de passage a évidemment inséré ὕστερον dans le but de glisser sur l'absurdité consistant à attribuer à διὰ des significations différentes dans les Didascalies des premières et des dernières pièces.

Il reste encore une question intéressante à régler : celle qui concerne la connaissance que le public athénien avait du véritable auteur de ces pièces qui étaient jouées sous d'autres noms, notamment dans le cas d'Aristophane. Nous renvoyons le lecteur à Bergk (l. c. pp . 930, &c.), qui résume l'ensemble de la discussion en ces mots: Aristophane, par timidité inhérente à sa jeunesse, lorsqu'il commença à écrire des pièces de théâtre, les fit jouer sous le nom de Callistrate, mais même après avoir fait jouer en son propre nom, il conserva toujours son ancienne habitude, et confia généralement la tâche de monter ses pièces à Callistrate ou Philonidès; que ces deux personnes étaient des poètes et non des acteurs; que ce n'est pas non plus Aristophane qui prit le rôle de Cléon dans les Cavaliers, que la renommée d'Aristophane, bien que cachée sous des prête-nom, se propagea rapidement à l'étranger; et que c'était lui-même et non Callistrate, que Cléon a attaqué à trois reprises au tribunal (p. 939).

On ne doit pas confondre Philonidès, le poète comique, avec un certain Philonidès qui est attaqué pour libertinage et débauche par Aristophane (Plut. 179, 303; comp. Schol.), et d'autres poètes comiques, comme Nicocharès, Théopompe, et Philyllius. (Bergk, Frag. Com. Att. Antiq. p. 400.) [P. S.]

 

 

PHILOXÈNOS (Φιλόξενος). Parmi tant de personnages portant ce nom, le plus important paraît être Philoxènos de Cythère, l'un des grands poètes dithyrambiques grecs. Cependant, on le confond souvent avec un autre Philoxènos, de Leucade celui-là, qui vécut à Athènes sensiblement à la même époque que le premier. Or il convient de remarquer que tous deux ont été raillés par les poètes de la Comédie ancienne ; tous deux ont passé une partie de leur existence en Sicile : de fait, il est normal que les grammairiens les aient sans cesse confondus l'un l'autre. Afin de rendre notre propos le plus clair possible, il est préférable de commencer par le plus jeune, celui qui est sans doute le plus important des deux.

Philoxènos, fils d'Eulétidas, naquit à Cythère ; des auteurs disent qu'il était aussi originaire d'Héraclée du Pont (Suid. s. v.). Un témoignage est venu nous éclairer sur lui. En effet, une plaque en marbre de Paros (n° 70) nous indique qu'il mourut durant la cent unième Olympiade (380 av. J.-C.) à l'âge de 55 ans. Il était né lors de la quatre-vingt-sixième Olympiade (435 av. J.-C.). Selon Diodore (XIV, 46), il fut en pleine activité durant la quatre-vingt quinzième Olympiade, vers 398.

La brève biographie fournie par Suidas pose problème : elle nous dit que lorsque les Cythériens furent réduits en esclavage par les Lacédémoniens, Philoxènos fut acheté par un certain Agésilas, qui l'appela Μύρμηξ ; quand cet Agésilas fut mort, il fut la propriété du poète lyrique Mélanippide, qui fit son éducation. Cependant, nous n'avons aucune preuve attestant que les Lacédémoniens aient réduits les Cythériens en esclavage ; mais nous savons que l'île fut prise par les Athéniens commandés par Nicias, en 424 av. J.-C. (Thuc. IV, 53, 54 ; Diod. Sic. XII, 65 ; Plut. Nic. 6) ; cette solution n'est pas très satisfaisante et une autre, plus juste a été proposée par Schmidt (Dithyramb, pp. 5, 6) ; bien entendu, il n'est pas question de discuter davantage de l'origine servile de Philoxènos : cette condition est largement créditée par de nombreux témoignages émanant des poètes comiques (voir Hesych. s. v. Δούλωνα ; Meineke, I. c. Schmidt (pp. 7, 8) montre qu'il ya une très nette allusion à Philoxènos dans les Grenouilles d'Aristophane (v. 1506), quand il cite le nom Μύρμηκι, qui, justement, était celui qui lui avait été conféré par son premier maître, un nom que l'on donnait générallement aux esclaves. D'autres spécialistes pensent cependant que ce nom avait été utilisé par les poètes comiques pour exprimer la mollesse de ses rythmes musicaux, le ἐκτραπέλους μυρμηκιάς, comme dit Phérécrate.

Suidas nous dit qu'il fut instruit par Mélanippide dans l'art dont il faisait profession, c'est-à-dire la poésie dithyrambique, un art dans lequel, si l'allusion des Grenouilles est correcte, il avait obtenu un succès considérable avant 408 av.J.-C ; ce qui correspond, soit dit en passant, avec un passage de Diodore (I. c.), affirmant qu'il eut son apogée sept ans plus tard. Phérécrate l'attaqua dans son Cheiron, comme étant l'un des corrupteurs de la musique ; Plutarque ne dit pas autre chose ; si cette opinion est confirmée, elle expliquerait le nom Μύρμηξ qu'on lui avait donné et la mention de ἐκτραπέλους μυρμηκιάς (Plut. de Mus. 30, p. 1146), expliqué et corrigé par Meineke, Frag. Com. Graec. vol. II, pp. 326-335).

Dans les Gerytades d'Aristophane, qui évoquait aussi la décadence de la poésie et de la musique, pièce qui fut probablement jouée à la même époque que les Grenouilles, Philoxènos n'est pas appelé par le même nom : il y a des passages qui sont visiblement des parodies de son poème intitulé Δεῖπνον (Fr. XII, XIII, éd. Bergk, ap. Meineke, Frag. Com. Graec. vol. II, pp. 1009, 1010). Dans l'Assemblée des femmes, datée de 392, on note un autre passage qui, sans nul doute, constitue une autre parodie (1167 – 1178 ; Bergk, Comment. de Reliq. Comoed. Att. Antiq. p. 212). De même, dans un long extrait du Phaon composé par le poète comique Platon, pièce jouée en même temps que l'Assemblée des femmes, en 391, il est question d'un livre que son possesseur nomme Φιλοξένου καινή τις ὀψαρτυσία : il s'agit certainement d'une parodie du poème, bien qu'Athénée et les critiques modernes croient plutôt à une allusion au poète Philoxènos de Leucade et à son livre sur l'Art d la Cuisine.

Il est vrai que ce dernier poète avait la réputation de vivre dans le luxe. Mais la coïncidence serait par trop remarquable s'il fallait supposer, avec Schmidt et d'autres, que les deux Philoxènos avaient écrit des poèmes à peu près similaires et à la même époque. (Meineke, Frag Com. Graec. vol. II, pp. 672 – 674 ; Bergk, Comment, pp. 211, 212 ; Schmidt, Dithyramb., p. 11, &c.).

Le moment où Philoxènos quitta Athènes pour se rendre en Sicile reste indéterminé. Schmidt (p. 15) suppose qu'il y est allé en tant que colon, après les premières victoires de Dionysios sur les Carthaginois, en 396. Ayant obtenu les faveurs de ce prince, il s'installa à sa cour à Syracuse, dont le luxe lui fournit la matière de son poème Δεῖπνον. Toutefois, on sait qu'il offensa bientôt Dio