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Anthologie grecque

NOTICES BIOGRAPHIQUES ET LITTÉRAIRES SUR LES POÈTES DE L'ANTHOLOGIE.

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pour lire le Grec, police Athenian

 

  AUTEURS   Palladas Pamphile Pancrate
Pantéléus Parménion Parménon Parrhasius Peritus Persès
Phaennus Phalécus Phanias Phédime Philémon Philiadas
Philippe Roi Philippe de Thessalonique Philiscus Philodème Philon Philostrate
Philoxène Phocas le diacre Phocilide Photius Pinytus Pisandre
Pison Planude Platon Platon le Jeune Polémon Pollien
Jules Polyen Polystrate Pompée le jeune Posidippe Proclus Ptolémée
Pythagore Pythéas Quadratus Quintus de Smyrne Rhianus Rufin

PALLADAS, P‹lladaw.

Palladas était de Chalcis en Eubée ; mais comme il séjourna longtemps à Alexandrie et qu'il y exerça la profession de grammairien, il est qualifié d'Alexandrin, P‹lladaw ƒAlejandreæw. C'est dans ses ouvres qu'il faut puiser les éléments de sa biographie : l'épigramme …Antugow aÞyerÛhw, IX. 292, où il raille le philosophe Thémistius qui, sacrifiant la philosophie à l'ambition, s'était fait nommer préfet de Constantinople, nous apprendra qu'il écrivait déjà en 389, sous le règne de Valens et de Valentinien ; l'épigramme †Otan bl¡pv se, IX, 400, en l'honneur d'Hypatie, la fille de Théon, cette femme admirable par sa sagesse, son savoir, sa modestie, que massacra la populace d'Alexandrie, nous apprendra qu'il écrivait encore sous Arcadius, en 415, date néfaste de cet odieux attentat. Par les épigrammes IX, 168, 169, 171, 173, 174, 175, et XI, 378, nous verrons qu'il exerça la profession de grammairien, moins par vocation et par goût que par nécessité; qu'il renonça plus tard à la grammaire; et à cette occasion il nous avoue qu'il aurait aussi renoncé bien volontiers à son acariâtre épouse, si la loi romaine l'eût permis (1). Il est probable qu'ici il est question d'une de ces lois restrictives du divorce si facile dans l'ancienne législation, promulguée sous l'influence du christianisme. Notre poète lui-même était-il chrétien ? On ne saurait le dire. Reiske croit qu'il était resté païen. Sans doute il y a des indices de paganisme, mais des indices bien légers, dans ses invectives contre les moines (2). L'épigramme Î t°w megÛsthw, X, 90, est plus significative : elle fait allusion à l'édit de Théodose le Grand qui ordonnait la destruction des temples et des idoles de la religion païenne (3). Là les expressions mvrÛ& douleæomen ne peuvent s'entendre que de la loi nouvelle, et ne laissent guère de doute sur les croyances du poète : il était §llhn ou païen.
Palladas est le poète qui a fourni le plus de pièces à l'Anthologie ; près de cent cinquante épigrammes portent son nom. Mais, s'il tient le premier rang par le nombre des vers, il s'en faut de beaucoup que son mérite poétique l'y maintienne ; l'absence d'originalité, de mesure et de goût, le fait déchoir de cette place d'honneur, et bien que ses concitoyens lui aient, dans leur enthousiasme, décerné l'épithète de sublime,
met¡vrow, il est, en définitive, placé assez bas parmi les poètes dont s'honore la Grèce.
Il faut reconnaître cependant qu'il a eu le privilège de passionner, en sa faveur ou contre lui, d'éminents érudits. Ainsi, d'une part, Vincent Obsopoeus lui décerne la palme poétique, et, en raison du charme et de l’agrément de ses vers, il le met au niveau de Martial (4) ; d'un autre cité, Casaubon (5) l'appelle un sot versificateur, versificatorem insulsissimum. Palladas ne nous paraît mériter ni tant d'estime ni tant de mépris. La vérité est que, toutes les fois qu'il s'inspire d'une idée des poètes anciens, qu'il refait une de leurs épigrammes, il est excellent, mais qu'il est souvent pitoyable quand il ne s'inspire que de lui-même et qu'il travaille sur son propre fonds.

(1)
Eàrxei x‹rthw gŒr kaÜ nñmow Aésñniow, XI, 378.
(2)
EÞ monaxoÜ, tÜ tosoÛde, XI, 384.
(3) Voy. à ce sujet la curieuse épigramme
XristianoÜ gegaÇtew, IX, 628, sur des statues de dieux et de déesses transférées au culte des chrétiens et ainsi conservées.
(4) Facile inter eos poetas, qui epigrammata conscripserunt, principatum obtinet. Tantum adhibet in scribendo argutiae, leporis, salis, festivitatis et gratiae, ut jure optimo Martiali prae ceteris comparetur. Anth. De Wechel, Francfort, 1600, p. 34
(5) Ad Script. histor, aug. t. I, p. 842.

PAMPHILE, P‹mfilow.

Nous avons de Pamphile deux épigrammes, TÛpte panam¡riow, IX, 57, et Oéketi d¯ xlvroÝsin, VII. 201, deux fleurs détachées de la Couronne de Méléagre. On connaît un Pamphile grammairien, disciple d'Aristarque, et un autre Pamphile d’Amphipolis ou de Sicyone ; mais on ignore si l'un d'eux, et lequel des deux, représente le Pamphile de Méléagre, notre poète.

PANCRATE, Pagkr‹thw.

Pancrate aussi figure dans la Couronne de Méléagre, et trois de ses épigrammes ornent encore nos Anthologies, VI, 117 et 356, VII, 653. Brunck estime que c'est le poète dont Athénée (1) loue les Halieutiques: Burette (2) estime qu'il est le même que le Pancrate, poète et musicien, dont parle Plutarque en son traité de la musique (3). Dans tous les cas, c'est un poète d'une époque ancienne et classique, que n'a pas flatté Méléagre en l'assimilant aux rejetons flexibles du noyer, êgroÝw karæhw ¦rnesi.
(1) Banquet des savants, I , p.13.
(2) Mém.de l’Académie des inscriptions, t. XIX, p. 441.
(3)
PerÜ Mousik°w.

PANTÉLÉUS, Pant¡leow.

Il n'y a de Pantéléus qu'une épigramme, une épigramme héroïque, Î keneoè kam‹toio, Appendice, 58, sur Callimaque et Cynégire (1). Cela ressemble fort à un exercice d'école, et l’on peut en induire que notre poète, inconnu d'ailleurs, était un grammairien ou un rhéteur.
(1) Voy. Hérodote, VI, 114.

PARMÉNION, ParmenÛvn.

Parménion, de Macédoine, est un poète qui a de l'originalité ; c'est une des fleurs de la Couronne de Philippe, le rédacteur de la seconde Anthologie. Comme le plus grand nombre des auteurs qui figuraient dans ce recueil, notre poète vivait ou du temps d'Auguste ou peu de temps avant cet empereur. Il resté encore quinze de ses épigrammes. Dans toutes il y a une simplicité excessive jusqu'à la sécheresse. Lui-même il recommande la brièveté comme une règle du genre, FhmÜ polustixÛhn ¤pigr‹mmatow oé katŒ Moæsaw eänai, IX, 342 ; il recherche cette brièveté et la trouve, mais il aurait dû rechercher davantage la grâce et le trait. Ne serait-il pas alors plus digne de l'emblème que lui attribue Philippe, Mærta d' õ ParmenÛvn ?

PARMÉNON, Parm¡nvn.

Il ne faut pas confondre Parménon avec Parménion de Macédoine. Celui-là, Parm¡nvn -Parm¡nontow, est encore moins connu peut-être que le poète macédonien et n'a laissé que bien peu de souvenirs, une épigramme, X‹lkea ¦rga, XIII, 18. Nous savons seulement, et c'est lui-même qui nous l'apprend, quel était son père : il s'appelait Phocrite ; nous savons aussi par Étienne de Byzance quelle était sa patrie : c'était Byzance. Fier d'un tel compatriote, Étienne cite deux fois (1) son poème intitulé les Iambes ; mais s'il était son compatriote, il n'était pas son contemporain, Parménon ayant dû vivre longtemps avant le grammairien-géograpbe du cinquième siècle. Le poète, en effet, dans son épigramme, célèbre la victoire équestre qu'il remporta aux jeux Olympiques (2). Or ces jeux cessèrent au troisième siècle de l'ère chrétienne. Il est ici à remarquer que le poète est le vainqueur hippique, le héraut et le consécrateur de sa victoire.
(1)
ƒEn prÅtÄ ƒI‹mbvn, aux mots BoudÛnoi et FrÛkion, Étienne de Byzance.
(2) Au lieu de
kaÛ „Ulaýdai lisez ƒAmuklaÛtai, Les dieux d'Amycles sont les Dioscures, fils de Jupiter, qui présidaient aux fêtes d'Olympie.

PARRHASIUS, Parr‹siow.

Ce Parrhasius est le peintre célèbre qui naquit à Éphèse vers 430 avant notre ère, et qui fut le contemporain et le rival de Zeuxis. Ses oeuvres étaient extrêmement recherchées ; Tibère acheta plus de 60 000 sesterces (12 600 francs environ) son tableau d'un Archigalle (1). Il ne reste plus rien de ce grand artiste que trois épigrammes. C'est Athénée qui nous a conservé ces petites pièces que les auteurs des Anthologies ont, sans raison, négligé de recueillir. Jacobs les a placées dans l'Appendix epigrammatum, 59, 60, 61. Ce sont des inscriptions que le peintre avait faites pour quelques-unes de ses productions ; elles prouvent un amour-propre excessif et justifient ce que ce même Athénée (2) dit de son faste : "Il affectait dans son costume un luxe royal, il portait un habit de pourpre: sa tête était ceinte d'un bandeau blanc ; les agrafes de ses sandales étaient d'or." Il poussait la vanité au point de se prétendre issu d'Apollon. A en juger par la réputation dont jouissaient ses chefs-d'oeuvre et par les vers qui nous restent, on peut affirmer que le dieu inspirait mieux le peintre que le poète.
Voy. le Catalogus artificum de Sillig, p. 316.

(1) Pline, Hist. nat., XXXV, 36. 10.
(2) Banquet des savants, XII, p. 543.

PERITUS, P¡ritow.

Nous avons de Péritus une épigramme, Aétoè ¤f' aßmasiaÝsi, Anth. plan., 236, sur une statue de Priape, et encore Léonidas la lui conteste, car on lit en tête LevnÛda, oß d¢ PerÛtou. On ne sait rien de ce poète, pas même l'orthographe de son nom ; dans le lexique de Pape on lit, en effet, PerÛtaw et PereÛtaw et dans le texte qui les accompagne la traduction de Grotius, PerÛtou.

PERSÈS, P¡rshw.

Rien dans les neuf épigrammes de Persès ne peut servir à préciser l’époque ni le pays où il a vécu. Nous savons seulement qu'on le dit tantôt de Thèbes. tantôt de Macédoine, et qu'il a dû vivre avant Méléagre ou de son temps. De toute manière il appartient à une époque où le style était correct, où le goût était assez pur. On s'en aperçoit bien à la pureté, à l'agrément de sa diction, sans qu'on puisse cependant se rendre compte de l'emblème du lentisque, sous lequel il figure dans la Couronne de Méléagre, P¡rsou t' eéÅdh sxÝnon.

PHAENNUS, F‹ennow.

Phaënnus, dont il existe deux épigrammes, VII, 197 et 437, est aussi un poète sur lequel nous n'avons rien à dire, sinon qu'il vivait à une époque de bonne grécité. Il est, en effet, antérieur au siècle d'Auguste, puisqu'il figure dans la Couronne de Méléagre. Il s'y trouve sous l'emblème du térébinthe, dont il est aujourd'hui difficile de se rendre compte, Fa¡nnou t¡rminyon.

PHALÉCUS, F‹laikow.

Dans quel siècle, en quel pays a vécu Phalécus ? Qu'a-t-il fait ? nous n'en savons rien. Nous savons qu'il est l'auteur de six épigrammes, et nous présumons que l'une d'elles, Toèt' ¤gÅ, XIII, 6, s'applique à Lycon, célèbre comédien qu'Alexandre, le roi de Macédoine, gratifia de dix talents (1). Une autre, Streptòn Bassarikoè, VI, 165, semble faire allusion aux orgies de la grande déesse, dont le culte en Grèce n'est postérieur à la mort d'Alexandre que d'une quarantaine d'années. Voilà pourquoi sans doute Brunck, dans ses Analecta, place Phalécus tout près de Callimaque qui florissait sous le premier Lagide. Le style et la forme de ses épigrammes se concilient assez avec l'époque présumée, et l'on s'étonne de ne trouver ce poète ni dans le recueil de Méléagre ni dans celui de Philippe. L'auraient-ils jugé peu digne d'orner leurs Couronnes.
(1) Plutarque, Vie d'Alexandre, XXIX.

PHANIAS, FanÛaw.

Nous sommes réduit, en ce qui concerne Phanias, à des conjectures. Des huit épigrammes qui lui sont attribuées quatre sont des dénombrements d'outils consacrés, et l'on voit ici un émule, un imitateur de Léonidas de Tarente. L'épigramme Eég‹yúw Lapitanñw, VI, 307, indique que notre poète a dû vivre peu de temps après Épicure qu'il y mentionne. Or, entre Épicure et Méléagre il s'est écoulé près de deux cents ans. Antérieur d'un siècle peut-être à Méléagre, et méritant d'orner sa Couronne, il y figure sous l'emblème du bleuet en fleur, Ku‹nvn nyea FanÛev.

PHÉDIME, FaÛdimow.

Phédime, dont nous avons quatre épigrammes, était de la ville de Bisanthé en Macédoine, colonie samienne. C'est Étienne de Byzance (1) qui nous l'apprend, sans rien ajouter qui détermine l'époque où le poète vivait. Nous savons seulement qu'il a dû vivre avant le siècle d' Auguste, puisqu'il est une des fleurs de la Couronne de Méléagre, une fleur brillante comme son nom (2) auquel elle fait allusion, plus peut-être qu'à ses poésies, flòj FaidÛmou.
(1) Au mot
Bis‹nyh.
(2)
FaÛdimow, lumineux, de f‹ow
.

PHILÉMON, Fil®mvn

Ce Philémon, né à Soles en Cilicie vers l'année 320 avant l'ère chrétienne, était le contemporain et le rival de Ménandre, et après lui le plus éminent poète de la Nouvelle comédie. Il avait beaucoup d'imagination et travaillait avec une extrême facilité, s'occupant moins de plaire aux spectateurs délicats que de flatter les goûts de la multitude. Aussi, bien qu'inférieur à Ménandre, il lui enlevait souvent le prix. Un jour qu'il avait été couronné, Ménandre lui dit : "O Philémon, n'as-tu pas honte de m'avoir vaincu ?" Il avait composé, dit-on, quatre-vingt-dix-sept comédies. C'est d'une de ces comédies dont on ne sait plus le titre, que sont tirés les les trois vers iambiques conservés dans l’Anthologie, IX, 450, ils contiennent un éloge vif et plaisant d'Euripide, et sont bien dans le style comique.
EÞ taÝw ŽlhyeÛaisin
.
Post fata si quis esset, ut quidam putant,
Sensus superstes, ipse me suspenderem,
Hac spe, liceret ut videre Euripidem.

GROTIUS.

PHILIADAS, Fili‹daw Megareæw

Combien on regrette de ne rien savoir de la vie et des destinées de ce Philiadas de Mégare, d'un contemporain d'Eschyle, comme lui peut-être soldat et poète ! Le seul souvenir qui nous en reste est une épigramme funéraire, héroïque, sur les Grecs qui périrent dans l'incendie et le sac de Thespies, terrible épisode des guerres médiques. Cette épigramme ne se trouve pas dans l'Anthologie. C'est le grammairien-géographe Étienne de Byzance qui nous l'a conservée au mot Y¡speia. De là elle a passé dans les Analecta de Brunck, puis dans l'Appendix epigraminatum, 94.

PHILIPPE ROI, FÛlippow õ Makedñnvn basileæw.

L'auteur du distique …Afloiow kaÜ fullow, Appendix epigrammatum,95, est un roi de Macédoine, Philippe V, le fils deDémétrius, le père de Persée, l'avant-dernier successeur de Philippe et d'Alexandre. Ce Philippe, vaincu à la bataille de Cynocéphales par T. Quinctius Flamininus (197 ans avant notre ère), éprouva une grande et patriotique irritation de cette défaite, et aussi de l'épigramme terrible …Aklaustoi kaÜ yaptoi, VII, 247, qui, dans toute la Grèce, en popularisa la honte (1). Cette épigramme était d'Alcée de Méssénie, son ennemi personnel, et le distique royal y répond avec une insultante menace. Philippe ne passe pas pour avoir cultivé ni encouragé les lettres, mais il n'a pas manqué d'habileté politique, car il a régné quarante-deux ans, de 220 à 178, luttant contre la politique envahissante du sénat romain par la diplomatie, par les armes, malgré les divisions, les défaillances et les illusions de la Grèce dégénérée.
(1) Vov. Plutarque, Vie de Flamininus, IX .

PHILIPPE DE THESSALONIQUE, FÛlippow Yessalonikeæw.

Pendant la seconde moitié du premier siècle de l'ère chrétienne, vivait Philippe de Thessalonique ou le Macédonien (1), poëte et rédacteur de la seconde Anthologie, séparé de Méléagre, le rédacteur de la première, par près de deux siècles.
Philippe publia cette seconde Anthologie par les mêmes procédés que son prédécesseur, mais avec moins d'avantages. Méléagre, lorsqu'il fit son oeuvre, avait à puiser dans les six siècles d'Hésiode aux Ptolémées. Tout se réunissait pour faire de cette première Guirlande poétique une collection incomparable : les élégantes bagatelles qui s'étaient échappées de la lyre féconde et légère de Bacchylide, de Stésichore d'Anacréon, les élégies éloquentes de Simonide, les accents pathétiques de Sapho, les sublimes inspirations d'Alcée lui donnaient un charme, une valeur que Philippe ne pouvait atteindre ; il n'avait à sa disposition que ce qu'avait négligé son devancier dans les poésies antiques et ce qu'avait produit la muse grecque depuis Méléagre. Heureusement elle n'avait pas été stérile, et son recueil où brillèrent les poésies d' Antipater, de Crinagoras, d' Antiphile, de Tullius, de Philodème, de Parménion, d'Antiphane, d'Automédon, de Zonas, de Bianor, d'Antigone de Caryste, de Diodore, d'Evénus, présentent encore un grand nombre de pièces ingénieuses et piquantes. Si elles laissent quelquefois regretter ces grâces naïves. cette mâle simplicité dont le siècle de Périclès donna l'exemple au siècle d'Auguste, si trop souvent les poètes visent aux traits et courent après l'esprit, on ne peut leur reprocher du moins ni l'affectation d'originalité, ni les subtilités sophistiques, ni surtout les jeux de mots en vogue chez les littérateurs du siècle suivant. Ainsi on peut croire que Philippe avait choisi avec goût parmi las matériaux, sans doute nombreux, qu'il avait entre les mains. Comme son modèle Méléagre, aux oeuvres des poètes ses prédécesseurs ou ses contemporains il joignit ses propres oeuvres, et elles ne déparent pas son recueil. Ses quatre-vingt-cinq épigrammes y occupent une place distinguée, et à l'élégance, à la finesse, à l'harmonie des idées et du style on reconnaît aisément, sinon un poète parfait, du moins un aimable et spirituel versificateur. La force même ne lui est pas toujours étrangère, témoin l'épigramme
Poulç LevnÛdev, IX, 293, sur le héros des Thermopyles :
"Oui, sur Léonidas mes yeux versent des pleurs,
Disait Xercés ; amis, que la flotte assemblée
Amoncelle l'encens, éparpille les fleurs,
Et d'or, d'azur, de pourpre orne son mausolée !"
Le guerrier l'entendit et plein d'un noble orgueil :
"Que l'or brille, dit-il, sur la cendre d'un Parthe ;
Sur la mienne du fer ! Qu'en voyant mon cercueil,
On voie encor le fils et l’'élève de Sparte."

Quelle énergie bien appropriée au sujet dans l'épigramme funéraire,
Î jeÝne, feèje, VII, 405, sur le satirique Hipponax !
En vain au noir empire un dieu te fit descendre,
Hipponax ! sur le marbre où repose ta cendre,
Debout, la haine veille et tonne .... fuis, passant.
Le tombeau de Bupale est là, sous l'orme sombre.
Fuis le luth homicide et l'ïambe sanglant
Qu’errante au bord du Styx murmure encor son ombre.

Et quel ingénieux sentiment d'admiration en présence du Jupiter de Phidias !
Aux yeux de Phidias s'offrant, divin modèle,
Jupiter descendit de la sphère immortelle ;
Ou bien volant lui-même au palais de l’éther,
Phidias à loisir y sculpta Jupiter (2).

On voit avec quel art il sait varier son style, et le nuancer des couleurs mêmes du sujet. En général, il a de la variété et de la justesse dans le ton, et il passe aisément d'un genre grave et fier au badinage le plus délicat. On lui voudrait un peu plus d'originalité et moins de réminiscences. Sans doute il y a de la grâce dans les idées, de la délicatesse de style, dans la pièce
ƒAnye‹ soi dr¡caw ¥likÅnia, IV, 2, où il compare son Anthologie à une guirlande et les poètes aux fleurs ; mais cette épigramme qui sert d'introduction à toutes les autres est trop imitée de celle de Méléagre dont elle n'égale pas d'ailleurs la fraîcheur ni le coloris.
Cette seconde Anthologie, comme la première, s'est perdue en grande partie; ce qui en reste est dû aux soins d'Agathias, de Constantin Céphalas et de Maxime Planude, qui, avec moins de goût, mais avec la même passion, ont suivi les traces de Méléagre et de Philippe.

(1) On dit de même Antipater de Thessalonique ou de Macédoine, et cela s'explique géographiquement, Thessalonique étant une ville macédonienne.
(2) La traduction poétique de ces trois épigrammes est due à la plume savante et spirituelle de feu Parizot.

PHILISCUS, FÛliskow.

Philiscus, de Milet en Ionie, était poëte et historien. Disciple d'Isocrate, il eut, lui aussi, d'illustres disciples, les historiens Timée de Tauroménium et Théopompe de Chios. Des harangues qu'il composa, de sa vie de l'orateur Lycurgue, il ne reste rien. Nous n'avons plus de Philiscus qu'un vers insignifiant dans l'Anthologie, IX, 441, et dans l'Appendix epigrammatum, 96, une épigramme que nous a conservée Plutarque (1) et qui constate son admiration pour l'orateur Lysias.
(1) Vie des dix orateurs, III, 17.

PHILODEME, Filñdhmow.

Philodème, grammairien, poète, musicien, naquit à Gadara en Coelésyrie, ville déjà célèbre par la naissance de Ménippe le Cynique et par celle de Méléagre qui forma, le premier, sous le nom de Guirlande ou Couronne, une collection d'épigrammes. Après avoir visité la Grèce, il vint à Rome, vers le milieu du premier siècle avant notre ère ; et comme les Archias, comme tous les Grecs instruits, il fut bien accueilli dans les familles aristocratiques qui aimaient et cultivaient les lettres grecques. S'étant lié plus particulièrement avec L. Calpurnius Pison, gendre de César et consul en 696, il le suivit en Macédoine, quand il fut nommé gouverneur de cette province. Tel fut le scandale de ce consulaire dans son gouvernement que Cicéron provoqua et obtint son rappel. De retour malgré lui à Rome, Pison se plaignit violemment dans le sénat de Cicéron, et celui-ci lui répondit par un discours qui est un chef-d'oeuvre d'ironie. Dans ce discours il est question de notre poète, et au soin que prend l'orateur de ne rien dire d'offensant pour lui, tout en blâmant une liaison qui lui semblait mal assortie et compromettante, on reconnaît l'estime singulière que Cicéron avait pour Philodème, qu'il a même la délicatesse de ne pas nommer. "Il est un certain Grec, vivant avec Pison, homme, à dire vrai, aimable et poli, mais quand il est rendu à lui-même ou dans une autre société. Ce Grec, l'ayant vu, dans sa jeunesse, avec cette austérité sombre dont il semblait dès lors menacer les dieux, ne rejeta par son amitié qu'il s'empressait de lui offrir. Il entra si avant dans son intimité qu'il vivait absolument avec lui et ne le quittait presque pas .... Le Grec dont je parle a l'esprit extrêmement orné ; non seulement il a cultivé la philosophie, il s'est adonné encore aux lettres, négligées, dit-on, par le plus grand nombre des épicuriens. Il tourne une épigramme avec tant d'enjouement, de goût, d'élégance, qu'il est impossible d'y mettre plus d'art. On pourra le blâmer, si l'on veut, pourvu que ce soit avec ménagement, non comme un audacieux, un infâme, un pervers, mais comme un Grec léger, un peu flatteur, en un mot, un poète. Ce Grec, cet étranger devint ami de Pison par hasard, ou plutôt contre son intention, séduit par ce masque d'austérité qui a trompé la plus puissante et la plus sage des villes. Il ne pouvait rompre une si étroite amitié, et il craignait de passer pour inconstant. Prié, sollicité, forcé même, il lui a adressé beaucoup de petits poèmes composés à son sujet : toutes les dissolutions de Pison, ses repas, ses banquets de toute espèce, ses adultères enfin y sont décrits dans des vers pleins de délicatesse .... Et pourtant je ne veux pas décrier l'auteur de ces vers. S'il avait été plus heureux dans le choix d'un disciple, peut-être eût-il été plus austère et plus grave (1)." Ailleurs, Cicéron nomme Philodème en le qualifiant des plus honorables épithètes : Syronem et Plhilodemum, quum optimos viros, tum doctissimos homines (2) .... Ses épigrammes, qui sont encore au nombre de vingt-neuf, ne justifient pas tant d'estime, mais elles réuniraient tous les suffrages, si le choix des sujets répondait à l'exécution. Nous aurions aussi de Philodème une opinion meilleure et plus juste, si des oeuvres plus importantes sur la rhétorique, la morale, la musique, n'avaient été détruites par le temps. Des fragments en ont été retrouvés dans les fouilles d'Herculanum et publiés (3) dans le recueil intitulé: Herculanensium voluminum quae supersunt, Naples, 1793.

(1) Cicéron, orat in Pisonem, 28 et 29.
(2) De Finibus, II, 39.
(3) M. Gros a édité et traduit la Rhétorique avec commentaire, Paris, 1840.

PHILON, FÛlvn.

Ce Philon n'est pas le Philon de Larisse, chef de la Nouvelle Académie après Clitomaque, qui se retira à Rome quand Mithridate envahit la Grèce et qui eut Cicéron pour disciple ; ce n'est pas non plus Philon le juif, qui fut député à l'âge de soixante-dix ans vers Caligula par ses coreligionnaires et que cet empereur renvoya abreuvé d'humiliations, qui fit connaître la philosophie platonicienne aux Orientaux et mérita d'être appelé un Platon juif ; ce n'est pas non plus le Philon de Byzance, ingénieur du deuxième siècle de notre ère, l'auteur d'une Poliorcétique, où se trouvent de curieux détails sur les machines militaires des anciens ; mais, d'après des renseignements que donne Eudocie dans son ƒIvni‹, Violarium, il y a lieu de croire que notre Philon est Philon de Byblos, surnommé Hérennius, qui traduisit en grec l’Histoire phénicienne de Sanchoniathon, composa plusieurs ouvrages historiques sur les Juifs, sur leurs villes et leurs grands hommes, sur l'empereur Hadrien, et, de plus, quatre livres d'épigrammes. Il est singulier que de tant d'épigrammes il ne reste qu'un seul distique. Ce distique, XI, 419, sur les cheveux blancs de la vieillesse, est assez remarquable d'ailleurs par l'idée et l’expression. Eudocie ajoute que Philon fut, de par l’empereur, élevé au consulat, g¡gone d¢ kaÜ ìpatow par' aétoè, mais on ne trouve pas son nom dans les fastes consulaires.

PHILOSTRATE, Filñstratow

Flavius Philostrate, sophiste ou rhéteur, naquit à Lemnos sous le règne de Néron. On ignore la date précise de sa vie et de sa mort. Tout ce qu'on sait de lui, c'est qu'il enseigna la rhétorique à Athènes, puis à Rome, qu'il fut honorablement accueilli à la cour de Septime Sévère et se concilia plus particulièrement la faveur de l’impératrice Julia Domna, qui aimait et protégeait les savants. C'est elle qui lui demanda d'écrire la vie d'Apollonius de Tyane. Il nous reste de lui plusieurs ouvrages fort utiles pour l'histoire des opinions, de la littérature et de l’art au deuxième siècle de l’ère chrétienne : 1° la vie d'Apollonius de Tyane ; 2° les Héroïques ; 3° les Vies des sophistes ; 4° les Tableaux, description d'une galerie de tableaux, peut-être imaginaires ; 5° des lettres. Ajoutons une épigramme, Oðtow õ TeuyranÛaw, Anth. Plan., 110, sur une statue ou un tableau de Télèphe blessé. "Le goût de ce rhéteur, dit M. Chassang (1), n'est pas très pur ; mais il a de l'imagination, de la vivacité, de l'agrément, et sa langue n'est pas indigne d'un contemporain de Lucien."
Sur les oeuvres de Philostrate et celles de son neveu, Philostrate le Jeune, voyez deux excellents articles de M. Miller, dans le Journal des Savants, octobre et décembre 1849.

(1) Le merveilleux dans l'antiquité. Apollonius de Tyane, sa vie, ses voyages etc., traduits parM. Chassang, Introd., p. 2.

PHILOXENE, Filñjenow.

Nous n'avons de Philoxène qu'une épigramme, Tlhpñlemow õ Mureæw, IX, 319, sur le Lycien Tlépolème, fils de Polycrite, qui remporta une victoire hippique à Olympie. Pausanias nous donne la date de cette victoire, la 131e olympiade, 256 ans avant notre ère. Or le poëte dithyrambique, Philoxène, qui vivait à la cour de Denys l'ancien et qui préférait les carrières aux vers du tyran, était mort plus d'un siècle avant cette date ; il n'est donc pas possible de lui attribuer l'épigramme, comme le fait Schneider. A défaut de ce Philoxène, on ne connaît pas d'autre poète du même nom, contemporain de Tlépolème.

PHOCAS LE DIACRE, Fvkw õ di‹konow.

Ce Phocas le diacre, l’auteur de l'épigramme OÞnoxñÄ fÛlon, IX, 772, est appelé Photius le diacre par Grotius (1) qui l'a traduite ainsi :
Pocla ministranti poclum non gratius ullum,
Namque illi e vino calligo quod superest.
Mais nous n'en savons pas plus sur le diacre Photius que sur le diacre Phocas ; et quant à l’épigramme elle est bien insignifiante et méritait peu l'honneur d'être recueillie et traduite.

(1) Tome III, p. 438 de l'édit. de Bosch.

PHOCILIDE, FvkulÛdhw.

Phocylide naquit à Milet, en Carie, ou à Chios, et florissait vers la fin du sixième siècle avant l'ère chrétienne. Telle était la vogue de ses poésies, qu'on les faisait chanter par les rhapsodes, comme celles d'Homère et d'Hésiode. C'étaient des poèmes héroïques et des élégies dont il ne reste presque rien. Nous n'avons plus de ce poète que deux cent dix-sept vers renfermant des sentences dont la justesse et le tour ont classé Phocylide parmi les meilleurs poètes gnomiques. L'excellence même de la morale de ces vers a porté des critiques à les attribuer à quelque poète chrétien du deuxième ou troisième siècle. D'ordinaire, Phocylide est imprimé avec Théognis, son contemporain. Son épigramme Gn®siñw eÞmi fÛlow, X, 117, est simple et belle ; elle fait aimer l'homme et le poète.

PHOTIUS, FvtÛow.

Photius fut peut-être l'homme le plus savant du neuvième siècle. Il est l'auteur du Miryobiblon ou de la Bibliothèque, livre qui renferme des entraits de deux cent quatre-vingts ouvrages avec des jugements dictés par un goût très pur, d'un lexique grec, du Nomocanon ou accord des lois impériales et des canons ecclésiastiques, et ce qui n'ajoute rien à sa gloire, de l'épigramme …Ervya prikrñn, IX, 203, sur le roman de Leucippe et Clitophon par Achilles Tatius. Mais il est peu probable que Photius ait ainsi loué et recommandé une oeuvre qu'il critique avec sévérité dans sa Bibliothèque et dont il réprouve les narrations obscènes. Aussi Brunck, dans ses Analecta, a cru devoir placer cette même épigramme parmi celles de Léon le Philosophe. Si la vie littéraire de Photius est admirable, il n'en est pas de même de sa vie politique et religieuse ; car, quoique laïque, installé comme patriarche, par la cabale et l'intrigue, dans la chaire des Grégoire et des Chrysostome malgré les protestations du pape, il est l'auteur du grand schisme des Grecs qui éclata en 858 et qui sépare encore aujourd'hui les Églises d'Occident et d'Orient.

PINYTUS, Pinutñw.

Nous avons de Pinytus un distique funéraire sur Sapho. En passant à Mitylène, il aura vu la tombe de la muse de Lesbos, et. eu présence de cette tombe il aura proclamé l'immortalité de ses oeuvres. Étienne de Byzance (1) nous apprend que ce Pinytus était un grammairien de Bithynium en Bithynie, affranchi d'Epaphrodite, affranchi lui-même et secrétaire de Néron.
(1) Au mol
Biyænion.

PISANDRE, PeÛsandrow.

Ce Pisandre était Rhodien. C'est très probablement le Pisandre de Camire, une des villes de l'île de Rhodes, l'auteur de l'Héracléide et d'autres poèmes. celui à qui ses compatriotes élevèrent une statue d'airain, bien des mois, bien des années après sa mort, polloÝw mhsÜn öpisye k®ni autoÝw. Ainsi s'exprime Théocrite dans l'épigramme Tòn tÇ Zanñw, 1X, 598, sur cette statue. L'épigramme de Pisandre ƒAndrÜ m¢n „IppaÛmvn, VII, 304, la seule que nous ayons de ce poète, est sur le guerrier Hippaemon, mort en combattant aux premiers rangs, ¤n prom‹xoiw Il y a là quelque chose de simple, de naïf même et d'héroïque.

PISON, PeÛsvn.

Le distique de Pison, GaÛhw ¤k GalatÇn, XI, 424, contre la Galatie (1), patrie des Furies, est fort obscur. On ne devine pas à quel propos éclate cette boutade, et quel grief l'inspire au poète. On ne sait pas non plus quel est ce poète dont le nom est à la fois grec et romain.
(1) Vers le milieu du troisième siècle avant l'ère chrétienne, les bandes de Gaulois qui avaient échoué dans leur entreprise contre Thèbes passèrent dans l'Asie Mineure, et parvinrent à s'établir dans le nord de la Grande Phrygie qui, de leur nom, s'appela Galatia et Gallograecia

PLANUDE. Planoædow

Maxime Planude, M‹jimow õ Planoædow, n'est pas du nombre des poètes de l'Anthologie, et néanmoins il a droit ici à une place d'honneur, comme poiht®w dans le sens propre du mot, étant un des quatre fabricateurs de l'Anthologie, le rédacteur du dernier recueil, de celui qui, le premier, révéla au monde les trésors d'esprit et de grâce de la petite poésie des Grecs. Il naquit à Nicomédie (1), vers la fin du treizième siècle. L'épithète de Constantinopolitain que les manuscrits lui donnent, s'explique par sa longue résidence dans un monastère de Constantinople. C'était un homme d'une érudition extraordinaire pour son siècle, possédant des connaissances très variées, et qui fut même utilement employé dans la politique. En 1327, l'empereur Andronic Paléologue le Vieux l'envoya comme ambassadeur auprès de la république de Venise. De retour de son ambassade, il vécut encore vingt-sept ans. C'est à peu près tout ce que nous savons de la vie de ce religieux, qui est du nombre des plus savants polygraphes du moyen âge, et l'un de ceux qui ont le plus contribué à hâter l'époque de la Renaissance. Ses ouvrages les plus importants sont : des traductions en grec du Songe de Scipion par Cicéron ; de la Guerre des Gaules de César, publiée par Jungermann, Francfort, 1606 ; des Métamorphoses d'Ovide, éditée en 1822 par M. Boissonade dans l'Ovide de Lemaire ; un éloge de Claude Ptolémée, en quarante-sept vers héroïques, imprimé par Iriarte, dans son Catalogue des manuscrits de la Bibliothèque de Madrid ; la collection des Fables d'Ésope, publiée par Buonacorso, Milan, 1479, et par Robert Estienne, Paris, 1546, avec une Vie d'Ésope, assez amusante, mais dépourvue de toute critique ; enfin, et c'est son plus beau titre, une Anthologie grecque, en grande partie extraite de celle de Céphalas. Celle-ci se divise en quinze sections, celle de Planude en sept livres ; la distribution de l'une n'est guère préférable à celle da l'autre ; mais les moeurs sont plus respectées dans l'oeuvre de Planude, qui a eu le bon goût d'éliminer les épigrammes obscènes (2). La première édition du recueil de Planude est due à Jean Lascaris, Florence, 1494, et la dernière à Jérôme de Bosch, Utrecht. 1795-1822 (3).

(1) Ville de l'Asie Mineure, en Bithynie, aujourd'hui Ismid.
(2) "L'obscénité n'est pas du goût des honnêtes gens," a dit avec raison Voltaire, Mélanges, t. III, p. 213.
(3) C'est là que se trouve, en regard du texte, la merveilleuse traduction de Grotius.

PLATON, Pl‹tvn.

Les poésies de Platon ornaient la Couronne de Méléagre sous l'emblème ingénieux et vrai du rameau d'or, xræseion ŽeÜ yeÛoio Pl‹tvnow klÇna. Trente épigrammes qui ne sont pas toutes élégiaques et amoureuses figurent encore dans l'Anthologie, et leur présence infirme l'assertion d'Apulée, qui dit qu'on n'a plus de ce philosophe, en fait de vers, que des élégies amoureuses ; car pour le reste de ses poésies, sans doute parce qu'elles n'étaient pas assez gracieuses, il les jeta au feu (1).
"Platon fut ainsi nommé, nous dit ce même Apulée, à cause de son extérieur (2) ; il s'appelait d'abord Aristoclès. Il eut pour père Ariston (3), et pour mère Périctione, fille de Glaucus. Sa famille était illustre ; car son père Ariston tirait par Codrus son origine de Neptune lui-même, et Solon, le législateur d'Athènes, était son ancêtre en ligne maternelle. On rapporte qu'il vint au monde le lendemain d'un anniversaire de la naissance de Socrate, et l'on cite même un songe bien remarquable de ce dernier. Il crut voir le petit d'un cygne s'envoler de l'autel qui est consacré à Cupidon dans l'Académie, et venir s'abattre dans son propre sein ; ensuite ce cygne s'éleva à tire-d'aile dans les cieux, en charmant de ses accords pleins de mélodie et les dieux et les hommes. Comme Socrate racontait ce songe au milieu d'une réunion d'auditeurs, précisément Ariston venait derrière lui pour lui présenter le petit Platon. Dès que le maître eut envisagé cet enfant, et que d'après son extérieur il eut reconnu le fond de sa belle âme : "Voilà, mes amis, dit-il, quel était mon cygne du Cupidon de l'Académie (4)!"
Sa jeunesse ne fut pas d'abord consacrée aux études philosophiques, mais aux arts et à la poésie. Ce fut Socrate qui lui révéla sa vocation véritable. Platon avait vingt ans, lorsqu'il s'attacha à Socrate, et il lui fut fidèle jusqu'au dernier jour, c'est-à-dire pendant dix années. Socrate étant mort, Platon dut fuir d'Athènes, et se retira à Mégare, où Euclide, qui avait étudié auprès de Parménide et de Socrate, fondait une école nouvelle. De là il passa à Cyrène en Afrique, où il fréquenta Théodore le mathématicien, et enfin en Italie et en Sicile. A Syracuse, des amis, Archytas et Dion, le mirent en relation avec Denys l'ancien qui, bientôt irrité contre lui, le livra à des ambassadeurs spartiates. Transporté à Égine, alors alliée de Sparte, il n'échappa à l'esclavage que par l'intervention d'Annicéris de Cyrène. Il revint à Athènes, où il fonda son école, l'Académie, dans le jardin d'Académus (5). On attache la date approximative de 385 à cette mémorable fondation. Platon avait alors quarante-cinq ans. Vers 368, peu de temps après la mort de Denys l'ancien, à la sollicitation de Dion, oncle da Denys le jeune, il retourna à Syracuse, dans l'espoir de gagner le jeune prince à la philosophie, et peut-être à ses vues politiques. Mais bientôt Dion fut exilé et Platon revint à Athènes. Il retourna encore à Syracuse vers 361, pour tâcher d'obtenir le rappel de Dion, et n'échappa lui-même à la prison que par l'intervention d'Archytas. Il revint à Athènes, dans son jardin d'Académus, où il passa les dernières années de sa vie, livré à l'enseignement oral et à la composition de ses chefs-d'oeuvre ; il y mourut à l'âge de quatre-vingts ans.
Les dialogues de Platon, par un singulier bonheur, nous sont tous parvenus. Si le temps ne les eût pas protégés, c'eût été un irréparable malheur pour l'humanité tout entière et pour la gloire de Socrate et de son immortel disciple. Il n'en est pas de même des épigrammes qui auraient pu disparaître sans le moindre inconvénient, et cependant parmi ces petites oeuvres il y en a de remarquables et de jolies. En voici quelques-unes agréablement traduites (6).

ƒAst¡raw eÞsayreiw, VIII, 669

Je voudrais, tendre Aster, toi, mon astre charmant,
Pour te contempler mieux, être le firmament.

ƒAst¯r prÜn m¡n, VII, 670

Aster chez les vivants fut l’étoile du jour,
Aujourd'hui c'est Vesper dans le sombre séjour.

ƒArxe‹nassan ¦xv, VII, 217

Charmante Archéanasse, en vain l’âge s'avance;
L'amour s'assied encor sur ton front adoré.
O de quels feux dut périr dévoré
Celui qui le premier reconnut la puissance
De ces yeux qui m'ont égaré!

„A Kæpriw MoÛsaisi, IX, 39

Muses, disait Cypris, adorez ma puissance,
Ou j'arme mon fils contre vous.
Va, répond Uranie, on craint peu sa vengeance;
Ses ailes tombent devant nous.

Xrusòn Žn¯r eêrÅn, IX, 45

Un homme en se pendant fait tomber un trésor,
Laisse la corde et va le prendre;
L'avare à son retour ne trouvant plus son or,
Trouve la corde et va se pendre.


En résumé, pour connaître et apprécier Platon, nous recommandons avant tout la lecture et l'élude de ses oeuvres mêmes, puis la traduction de M. Cousin, 13 vol. 1822-1839, les trois livres de la doctrine de Platon par Apulée, le discours sur Platon de Claude Fleury, l'Histoire abrégée du Platonisme par M. Victor le Clerc, le Timée de Platon de M. Henri Martin, l'article Platon par M. Paul Janet dans le Dictionnaire des sciences philosophiques. Le résultat, ou mieux la récompense d'une telle étude, sera de s'éprendre d'enthousiasme pour le génie du grand philosophe, et da pouvoir dire, avec je ne sais plus quel platonicien : Plato ille meus, quem ego admiror, quem omnibus antepono, quem maxume diligo.

(1) Apulée, dans l'Apologie : Platonis nulla carmina exstant nisi amoris elegia ; nam cetera omnia, credo quod non tam lepida erant, igni deussit.
(2)
Pl‹tvn de platæw, large, parce qu'il avait les épaules larges (comme Ulysse, f‹nen d¢ oß eér¡ew Îmoi, Odyssée, XVIII, 67) ; les anciens vantaient sa beauté. …Alloi d¢ Éw platçn ¤n lñgoiw. Suidas.
(3)II naquit dans l’île d’Egine, alors soumise aux Athéniens, l'an 430 ou 427 avant J. C.
(4) Apulée, De la doctrine de Platon, t. II, p. 169, trad. de M. Bétoland.
(5)De là le nom d'Académie donné aux écoles qui continuèrent celle de Platon.
(6) Voy, les Pensées de Platon, trad. par M. Victor le Clerc, 2e édit., 1824.

PLATON LE JEUNE, Pl‹tvn NeÅterow

Platon, surnommé le Comique pour le distinguer du philosophe Platon, était le contemporain de Socrate et vivait près d'un siècle avant un autre Platon que, pour le distinguer aussi de son devancier, on nomme Platon le Jeune. Celui-ci se distingua parmi les auteurs de la Comédie moyenne. Néanmoins, il est presque impossible de faire la part de l'un et de l'autre dans les comédies de ces deux Platon, dont il ne reste d'ailleurs que quelques titres et des fragments. Quant aux trois épigrammes, ƒAn¡ra tiw, IX, 13, „A lÛyow, IX, 748, „A sfragÜw ê‹kinyow, IX, 751, elles appartiennent, sans conteste, à Platon le Jeune. Léonidas de Tarente, Tuflòw Žlhteævn, XI, 51, et plus tard Philippe de Thessalonique, Phròw õ m¢v guÛoiw, XI, 52, ont imité et surpassé la première ; la dernière, „A sfragÛw, est fort jolie, et Grotius l'a très bien traduite :
Hic lapis est hyacinthus ; in hoc est sculptus Apollo,
Et pariter Daphne. Phoebus utrius erit ?

POLÉMON ROI, Pol¡mvn Basileçw.

Il existe trois épigrammes (1) du roi Polémon ; comme il régnait sur le Pont, il est aussi qualifié de Pontique, õ Pontikñw Sa fortune fut étrange : il était citoyen de Laodicée en Phrygie et fils du rhéteur Zénon ; c'était un homme d'un grand courage ; par ses éclatantes actions, par les services qu'il rendit aux Romains dans les guerres d'Asie, il fut jugé digne être proclamé roi par Marc Antoine d'abord et ensuite par Auguste (2). Ils lui donnèrent pour royaume Laodicée et une partie du Pont ; il obtint ensuite par Agrippa le royaume du Bosphore. Ce successeur de Mithridate périt misérablement, prisonnier des Aspurgiens (3). Polémon II, son fils régna après lui ; mais bientôt ses États furent réduits en provinces par Néron et annexés à l'empire. Est-ce à Polémon Ier ou à Polémon II qu'appartiennent les trois épigrammes ? On ne saurait le décider.
(1) V, 68, IX, 746 ; XI, 38.
(2) Voy. Strabon, X, 758 et XII, p. 887. Cf. Dion Cassius, LXIX, 33 et 44.
(3) L'an 1 ou 2 de l'ère chrétienne.

POLLIEN, Pollianñw.

Il y a cinq épigrammes au nom de Pollien. L'une de ces épigrammes, EÞ m¯ xaÛrv, FlÇre, XI, 128, est adressée au poète Florus ; or, ce poète a vécu sous le règne d'Hadrien. Lui-même nous apprend qu'il s'occupait de poésie élégiaque, ¤l¡goiw pros¡xv (1), et néanmoins on est porté à croire qu'il était grammairien de profession. Maints exemples de l'Anthologie prouvent que beaucoup de grammairiens ont cultivé la poésie
1) Dans l'épigramme
Toçw kuklÛouw toætouw, XI, 130.

JULES POLYEN, ƒIoæliow Polæainow

Jules Polyen de Sardes, dont nous avons quatre épigrammes, était un sophiste du temps de Jules César. Il est vraisemblable qu'il prit son prénom pour honorer la famille Julia qui le protégeait et dont il était le client.
Ce poète aurait-il subi les peines de l'absence du pays natal, et, sous le personnage d'Ulysse, n'aurait-il exprimé que ses propres voeux dans l'épigramme
EÞ kaÛ seu polæfvnow, IX, 7 ? Ce même amour du pays se retrouve dans l'épigramme Poll‹kiw eéjam¡nÄ, IX, 9. Ainsi, transplanté à Rome dans la plus illustre famille, il n'aurait pas oublié les sentiments nationaux dans les délices du patronage.
Il ne faut pas confondre ce Polyen avec un autre Jules Polyen qui, sous le règne de Néron, fut duumvir à Corinthe, ni avec le Polyen qui a écrit la compilation des Stratagèmes en huit livres, et l'a dédiée divis fratribus, c'est-à-dire à Marc-Aurèle et à Vérus.

POLYSTRATE, Polæstratow.

Polystrate était peut-être de Latopolis (1), la ville de Latone, en Égypte. Il ne nous est connu que par deux épigrammes (2), dans l'une desquelles il déplore la prise et l'incendie de Corinthe par le consul L. Mummius en 146. Par là il nous indique l'époque où il a vécu, et il se trouve ainsi le contemporain de Méléagre.
Celui-ci avait placé notre poète dans sa Couronne sous le poétique emblème de la marjolaine,
Žm‹rakon, nyow ŽoidÇn.

(1) Aujourd'hui Esnèh. Tò ¤ynikòn, LhtopolÛthw: oìtv gŒr Polæstratow. Étienne de Byzance.
(2)VII, 297 ; XII, 91.

POMPÉE LE JEUNE, Pomp®iow NeÅterow.

Il reste deux épigrammes, sur la ville de Mycènes, IX, 28, et sur la courtisane Laïs, VII, 219, au nom de Pompée le Jeune. L'illustre Visconti estime que c'est Marcus Pompée Junior, le même que Marcus Pompée Théophane Junior, petit-fils de Théophane de Mitylène. Ce Théophane, l'aïeul, possédait la science des affaires politiques, dit Strabon, et ce mérite contribua principalement à lui concilier l'amitié du grand Pompée ; ce qui le mit à portée d'embellir sa patrie soit par les soins de Rome elle-même, soit par ses propres dépenses, et le rendit le plus illustre des Grecs (1). C'est en faveur de Théophane seul que Pompée avait rendu la liberté à ses compatriotes les Mityléniens (2) ; il l'avait gratifié du titre de citoyen romain et lui, par reconnaissance, avait pris le nom de son glorieux bienfaiteur. Son petit-fils, notre poète, fut nommé par Auguste gouverneur de l'Asie, et il fut au nombre des meilleurs amis de Tibère (3). La poésie était une des récréations de ses affaires administratives et de sa périlleuse amitié (4).
(1) Strabon, XIII, p. 918.
(2)Vell. Palerculus, II, 18 : Mititylenaeis libertas in unius Theophanis gratiam a Pompeio restituta est.
(3) Strabon, XII1, p. 918.
(4) Voir du savant Visconti la Lettera in due monimenti ne' quali é memoria d'Antonia Augusta. Ingeniosa est conjectura viri eruditissimi, et in ipso libello multa cum doctrina multoque acumine commendata. Jacobs.

POSIDIPPE, PosÛdippow µ PoseÛdippow

Pisidippe, sous le nom duquel nous avons une vingtaine d'épigrammes, est probablement celui dont Athénée cite deux poèmes épiques, l’Ethiopie et Asopie ; il parait n'être pas le même que le poète comique, son homonyme, car le scoliaste d'Apollonius de Rhodes lui donne l'épithète d'épigrammatographe, et semble ainsi avoir voulu le distinguer de l'autre. Dans l'épigramme KekropÜ =aÝne l‹gue, V, 134. notre poète interpelle Cléanthe et Zénon qui vivaient vers l'an 268 avant l'ère chrétienne, et l'épigramme Toèto kaÜ ¤n potamÒ, appendice, 67, est relative au temple d'Arsinoé Zéphyritis qui mourut l'an 247, mais on sait que bien avant sa mort cette princesse égyptienne fut honorée comme une déesse. Posidippe florissait donc plus d'un siècle avant Méléagre, et celui-ci l'admit dans sa Couronne où il figure sous l'emblème de l'anémone, jolie fleur des champs, gri' Žroæshw nyea.

PROCLUS, Prñklow.

Il y a dans l'Appendice de l'Anthologie, 69, une épigramme de Proclus. Une seconde épigramme, Prñklow ¤gÆ Lækiow, VII, 341, qui se trouve dans les Analecta de Brunck, sous le nom de Proclus, est donnée comme anonyme, dhlon, par l'Anthologie palatine.
Ce Proclus est le célèbre philosophe néo-platonicien qui fut un des derniers anneaux de cette chaîne d'or que l'école d'Alexandrie faisait remonter jusqu'à Hermès Trismégiste et que l'école d'Athènes rattachait à Orphée. Né à Constantinople en 412 de l'ère chrétienne, il est appelé Lycien, parce que son père et sa mère étaient de Xanthe en Lycie et qu'il y fit ses premières études. Il alla les perfectionner à Alexandrie, où les leçons d'Olympiodore l'initièrent aux doctrines d'Aristote. Minerve elle-même, dit son biographe Marinus, l'engagea à visiter les écoles de la ville qu'elle protégeait. Arrivé à Athènes, il relut avec Syrianus les ouvrages d'Aristote, puis il passa à Platon. Ce dernier resta pour lui la source de toute vérité, le centre de toute doctrine. Des troubles le forcèrent de quitter momentanément Athènes. Il fit un voyage en Asie, et s'y livra à l'étude des rites anciens et des cultes étrangers, prétendant qu'un philosophe doit être l'hiérophante du monde entier. Après une année passée en Lydie, il revint à Athènes où il succéda à son maître Syrianus dans la chaire de philosophie, et de là lui vint le surnom de
Di‹doxow successeur. En 485, à soixante-treize ans, il mourut au milieu de ses disciples, en désignant pour son successeur le plus distingué d'entre eux et celui qui lui était le plus cher, Marinus qui a écrit sa vie ou mieux sa légende.
Le but de son enseignement était de construire un système dans lequel toutes les philosophies antérieures seraient représentées ; conciliant Aristote et Platon, prétendant montrer l'identité des doctrines de l'Égypte avec la philosophie de Pythagore et d'Orphée, il n'apercevait que les analogies, il ne tenait nul compte des différences. Son régime était celui d'un ascète, il observait le jeûne à certains jours, il se soumettait à des purifications mensuelles ; initié aux secrets de la science théurgique, il la pratiquait avec un tel art qu'il passait pour jouir d'une puissance presque divine, et pendant une de ses leçons on vit une auréole de lumière autour de sa tête. Tout cela n'empêche pas que son vaste savoir, que les efforts qu'il fit pour établir une parfaite harmonie entre les doctrines si diverses de la philosophie ancienne, n'aient accumulé dans ses écrits les plus utiles matériaux pour l'histoire des sciences philosophiques.
Ses principaux ouvrages sont des commentaires sur les dialogues de Platon, notamment sur le Timée ; des hymnes au soleil, aux Muses, aux Dieux, à Vénus, à Hécate et à Janus, à Minerve (1) ; une chrestomathie grammaticale et poétiques dont il reste des extraits, etc.
Les deux épigrammes ci-dessus ne comptent pour rien dans les monuments qui honorent sa mémoire.
Pour connaître et apprécier Proclus, il faut lire, mais avec discernement et critique, sa Vie par Marinus (Boissonade, 1814), l'article Proclus de Daunou, dans la Biographie universelle, et surtout celui que M. Jules Simon a consacré à l'exposition et à la discussion des doctrines du célèbre néo-platonicien dans le Dictionnaire des sciences philosophiques.

(1) Ces hymnes se trouvent dans la Sylloge, de M. Boissonade, t. VIII, à la suite de Callimaque.
(2)Voy. Hephaestionis enchiridion de Gaisford, Oxonii, 1810, p. 375.

PTOLÉMÉE, PtolemaÝow.

C'est sous le nom du roi Ptolémée que sont publiées, dans les Analecta de Brunck les trois épigrammes P‹ny' „Hfhsi‹naj, Oàd' ÷ti ynhtòw ¤gÅ et M¯ pñyen eÞmÜ m‹yúw ; dans Jacobs (1) elles sont sous le nom de Ptolémée sans la désignation de roi. La première cependant est bien du roi Ptolémée, il serait difficile d'en douter en présence de la citation précise de ce passage de la vie du poëte Aratus : Ïn kaÜ PtolemaÝow m¡mnhtai õ basileçw oìtvw : P‹ny' „Hfhsi‹naj ....C'est l'épigramme même qui est citée. La seconde est sans doute de Claude Ptolémée l'astronome ; le sujet même autorise cette attribution. Quant à la troisième, M¯ pñyen eÞmÜ m‹yúw, sur Timon le misantrophe, il est très difficile d'en désigner l'auteur parmi tous les Ptolémées qui ont cultivé les lettres.
(1) VII, 314 ; IX, 577 ; Appendice, 70.

PYTHAGORE, Puyagñraw.

L'Anthologie n'a recueilli de Pythagore qu'un seul vers, VII, 746, sur le tombeau de Jupiter dans l'île de Crète ; mais ce vers qui constate la mort de Jupiter est mémorable en ce qu'il a servi de base au fameux système d'Évhémère, où les dieux ne sont que des héros, des bienfaiteurs, divinisés par l'admiration ou la reconnaissance publique.
Suivant l'opinion la plus accréditée, Pythagore naquit à Samos. Élève de Phérécyde et d'Épiménide, les voyages l'instruisirent mieux encore que leurs leçons. Il alla étudier en Égypte, en Asie, en Crète les systèmes religieux et politiques.
Au retour de ses voyages il trouva Samos, sa patrie, sous le joug du tyran Polycrate. Il la quitta de nouveau et définitivement pour s'établir dans le midi de l'Italie, la Grande-Grèce. Tarquin le Superbe régnait alors à Rome (520-530 avant notre ère). Il fonda à Crotone un institut de trois cents personnes, qu'il initiait peu à peu et par degrés à ses doctrines philosophiques. La ville qui lui avait donné l'hospitalité lui demanda des lois, une constitution ; les autres villes de la Grande-Grèce appelèrent ses disciples pour les gouverner. Le maître et les disciples firent partout prévaloir le gouvernement aristocratique ; mais le parti populaire se souleva, et partout les pythagoriciens furent expulsés, poursuivis, persécutés. Pythagore lui-même périt dans cette persécution.
Ce chef d'une grande école philosophique n'a rien écrit, si ce n'est peut-être le vers en question. Les vers dorés ne sont pas de Pythagore, mais ils expriment les traditions morales de son enseignement.
Pour l'histoire de Pythagore et du pythagorisme, il importe de lire la vie de Pythagore dans Diogène Laërte ; Jamblique, de Vita Pythagorica, à la suite du Diogène Laërte de MM. Didot, et l'article Pythagore, par M. Paul Janet, dans le Dictionnaire des sciences philosophiques.

PYTHÉAS, Puy¡aw.

Ce Pythéas, l'auteur de l'épigramme Puy¡a mn°ma tñde, Appendice, 71, était un Arcadien de Phigalie. C'est Athénée qui nous l'apprend en la citant dans son Banquet des savants (1). Il ne nous apprend rien de plus sur notre poëte ; et son épigramme, jejunum carmen, comme dit Jacots, n'inspire point de regrets de n'en pas savoir davantage. Ce nom de Pythéas a été mieux porté par un orateur athénien (2) contemporain de Démosthène, et par le voyageur marseillais, l'auteur du PerÛodow g°w.
(1) Liv. XI, p. 465.
(2) Les fragments de cet orateur se trouvent dans les Frahmenta oratorum atticorum, t. II, p, 436, de MM. Didot.

QUADRATUS, Voy. ASINIUS QUADRATUS.

QUINTUS DE SMYRNE, Koýntow SmurnaÝow.

L'épigramme 92 de l'Anthologia Planudea, sur les travaux d'Hercule, est anonyme, dhlon; mais dans les Analecta de Brunek, dans les Chiliades de Tzetzès, elle est sous le nom de Quintus de Smyrne. Ce Quintus, ou Cointus, de Smyrne ou de Calabre, est un poète épique dont on ne sait ni l'époque où il vécut ni le lieu où il naquit. On estime qu'il appartient au quatrième ou au cinquième siècle de l'ère chrétienne. Son surnom de Calaber lui vient de ce que son poème fut trouvé dans un couvent de la Calabre, et c'est au cardinal Bessarion qu'en due la découverte l'autre surnom de Smyrnaus lui est donné parce qu'il insinue lui-même qu'il habitait Smyrne. Son poème (1) dont le manuscrit ne porte aucun titre, a été appelé Homeri Paralipomenon, Posthomerica, etc. ; c'est la continuation de l'Iliade dans le style homérique, avec une touche moins nerveuse, avec moins de grâce et de simplicité ; mais il s'y révèle encore un très remarquable talent.
(1) Voir une très intéressante étude sur Quintus de Smyrne et son épopée, par M. Sainte-Beuve, à la suite de son Etude sur Virgile, 1857.

RHIANUS, „Rianñw.

Rhianus était de Bène en Crète ou d'Ithèma en Messénie. Il vécut sous Ptolémée III, dit Évergète (247-232 avant l'ère chrétienne). C'était conséquemment un contemporain d'Ératosthène, sægxronow ƒEratosy¡nouw, comme dit Suidas. Il fut d'abord esclave et gardien d'une palestre. Plus tard il reçut de l'éducation et devint grammairien et poète ; mais la méthode, la précision, l'élégance, semblent avoir refroidi chez lui l'enthousiasme poétique et le génie de l'invention. Il écrivit en vers l'histoire de la guerre de Messène, et Pausanias loue son exactitude ; il lui donne même la préférence sur Myron de Priène qui avait écrit la même histoire en prose (1). Il est probable que ses Achaïques, ses Thessaliques, ses Éliaques étaient aussi de poétiques annales. Son Héracliade, dont Hercule était le héros, comportait une forme plus épique ; mais nous ne savons pas dans quelle mesure l'imagination y dominait. Tibère, qui faisait aussi des vers grecs, avait pris Rhianus pour un de ses modèles et avait placé ses oeuvres et son image dans les bibliothèques publiques (2). Il ne reste de ses poésies qu'une trentaine de vers et les onze épigrammes de l'Anthologie. Méléagre avait mis dans sa Couronne l'oeuvre de Rhianus, sous l'emblème de la marjolaine odorante, s‹mcuxon Žf' ²dæpnoio „Rianoè.
(1)Pausamas, IV, 7.
(2) Suétone, Tibère, 70.

 

RUFIN, „RoufÝnow.

Il y a quarante-huit épigrammes de Rufin, presque toutes du genre érotique et d'un style qui est celui d'Agathias, de Paul le Silentiaire, de Macédonius, les meilleurs poètes de l'époque de Justinien (517-565 de l'ère chrétienne). Le nom de ce poète est tout romain, et il devait être de race latine ; mais ce n'est pas une raison suffisante pour l'identifier, ainsi que le fait Reiske, avec Rufin, l'auteur de l'épigramme latine sur la fable de Pasiphaé, Filia solis Aestuat igne novo, qu'on lit parmi les Catalectes de Pétrone et dans l'Anthologie de Burmann (1). On pourrait aussi bien le confondre avec un des deux Rufin, sophistes et rhéteurs, l'un de Naucrate (2), l'autre de Smyrne (3). Aucun indice certain dans les écrivains de l'antiquité, ni dans les épigrammes de notre poëte, ne nous met sur la voie de ce qui le concerne ; rien même n'indique l'époque où il a pu vivre que le choix de ses sujets et la manière dont il les traite.
(1) Anthol. lat., III 232 (edit. Meyeri, t. II, p, 41).
(2) Philostrate, Vies des Sophistes, II,19.
(3) Ibid., 35.