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ALLER A LA TABLE DES MATIERES DE L'ALCHIMIE
Oeuvre numérisée par Marc Szwajcer
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Introduction - Première partie - Deuxième partie - Troisième partie - Quatrième partie - Sixième partieCINQUIÈME PARTIETRAITÉS TECHNIQUESV. I. — SUR LA TRÈS PRÉCIEUSE ET CÉLÈBRE ORFÈVRERIECe traité est un cahier d’artisan praticien, analogue au Papyrus X de Leide (Introd., p. 19), aux recettes techniques du Pseudo-Démocrite (p. 46), aux procédés de Jamblique (p. 274), et à ceux de la Chimie de Moïse (voir la note au bas de la page 288). D’après la langue, ce texte appartient au grec populaire du moyen âge. Le manuscrit A qui le renferme est une copie écrite en 1478; mais la langue en est à peu près la même que celle de deux articles analogues, contenus dans le Ms. M. écrit au xie siècle, l’un concernant les moulages en creux et en relief (φούρμας καὶ τύλους); l’autre, le plomb et l’or en feuilles; ces morceaux seront donnés dans la suite de la Ve partie. Ce sont là des indications propres à fixer la date de notre traité, ou plus exactement une limite de la date des textes relatifs à ce genre de pratiques. En effet la date de rédaction originelle n’est certainement pas la même pour les divers articles que le traité renferme: les uns étant plus anciens et remontant parfois jusqu’à l’antiquité gréco Égyptienne; tandis que les autres reproduisent des recettes postérieures et des additions peut-être contemporaines du dernier copiste. En tous cas, ce traité continue la vieille tradition de l’orfèvrerie alchimique, qui remonte aux anciens Égyptiens. Le nom de l’asèm y figure parfois comme distinct de celui de l’argent, et avec le sens qu’il possédait à l’origine (Introd., p. 62); quoiqu’il y ait souvent confusion, ce mot ayant fini par désigner l’argent à titre variable des orfèvres. De même le mot de διάργθρος; y désigne parfois un alliage analogue à l’argent et comparable à l’asèm (v. p. 26); mais il s’applique dans d’autres passages au mercure lui-même, comme dans le néogrec : c’est encore là un mot dont le sens s’est modifié dans le cours des âges. L’ouvrage se termine par la reproduction de divers textes de Zosime : ce qui montre bien la connexité traditionnelle de la vieille alchimie grecque avec les procédés techniques des orfèvres du moyen âge. Tout ceci, je le répète, est conforme aux faits et aux idées développés dans mon Introduction, à l’occasion des recettes du Papyrus X de Leide. 1. POUR AFFINER L’OR. — Prends du sel marin, mets avec de la lie solide; ferme le vase (marmite?) à la partie supérieure, et place-le dans le foyer, jusqu’à incandescence. Ajoute, pour une livre de ce métal, 2 parties de sel tamisé, et le tiers de brique pilée et tamisée. Mets dans deux pots, alternativement, une couche de sel, et une couche d’or, aminci au marteau autant que possible. Enduis tout autour avec le lut de l’art. Mets alors le (vase) dans le fourneau, de façon que (la flamme) le lèche. Or le fourneau est disposé comme il suit. Prenant une marmite, perce-la à partir du centre vers les côtés, de trous en forme de croix; ajoutes-y deux ferrements. Place les pots qui contiennent l’or, au milieu de la croix, et dans la couche inférieure de la marmite pratique un trou, afin que la scorie puisse s’échapper. Alors, remplis (le fourneau) de charbon et tache de fondre l’or. Si l’or (n’est pas) rassemblé au centre, recommence le jour suivant : amollis la brique pilée avec du sel et répète l’opération, jusqu’à ce que tu voies le métal fondu.[1] 2. POUR AFFINER L’ARGENT. — Prépare un creuset avec de la cendre et de la brique tamisée; mets 1 livre d’asèm dans le creuset; coupe en morceaux 1 livre de plomb ; mets-en une partie dans le creuset, et fais chauffer. Laisse refroidir spontanément. Alors, prépare un autre creuset neuf avec de la terre; place de nouveau l’asèm au milieu; porte à l’incandescence et laisse refroidir spontanément. Enlève le métal et place-le dans un creuset; fais-le fondre au feu, et coule comme tu voudras. 3. EXPLICATION DE LA DORURE. — Prends de l’or, 1 hexage; bats-le sur une enclume, de façon à l’amincir; coupe-le en morceaux et mets-le dans un creuset sur le feu, jusqu’à incandescence. Alors, à l’heure du pater noster, au milieu de l’or mets le mercure dans le creuset; mélange et ôte (le creuset) du feu. Mets de l’eau dans une aiguière; prends l’objet et lave-le bien dans ta main. Prenant d’autre part du mercure, mets-le dans l’eau contenue dans la coquille[2] et amalgame l’asèm, jusqu’à ce qu’il prenne une couleur orangée. Dore alors avec le mélange destiné à dorer.[3] Après avoir mis (l’objet) au feu, enlève-le et frotte-le avec une brosse de soie de porc. Puis mets de nouveau au feu, cinq ou six fois; lorsque tu verras que la couleur apparait au dehors, fais chauffer plus fort, et mets dans l’eau. Puis, frotte encore, chauffe de nouveau et mets dans l’eau. 4. AUTRE DORURE POUR L’OR FIN. — Coule de l’argent dans une lingotière, de façon que la coulée soit amenée à une longueur septuple. Puis, expose la barre au feu, en la chauffant dans toute sa longueur deux ou trois fois. Ensuite lime la surface avec une petite lime en acier de Damas, et bats (d’autre part) l’or très mince, afin que l’union soit intime. Ensuite dispose la feuille d’or sur l’argent; enroule-la autour, de façon à pouvoir opérer la soudure; mets sur le feu et fais rougir. Puis enlève du feu et frotte avec de la cendre d’olivier: là où manque l’or, mets-en avec la pierre à aiguiser place de nouveau l’objet au milieu du feu, puis enlève et frotte; répète cela par trois fois. Alors, mets la barre coulée dans la filière. 5. EXPLICATION POUR LA CUISSON.[4] — Prends deux parties d’argent affiné; mets-les dans un creuset, au milieu du feu; garnis le creuset avec la (cendre des os) de pieds de mouton. Ajoute le soufre à l’intérieur, par petites quantités, de façon que la vapeur s’échappe. Projette ainsi dans le creuset. Broie une autre portion (de métal avec du) soufre; mets-la dans un creuset, jusqu’à ce qu’il soit rempli à moitié et recouvre bien. Fais fondre cette moitié, et alors bats sur l’enclume. Mets (ensuite) dans la coquille (aiguière) et lave bien. Ensuite, mets un peu de matière vitreuse dans un vase de plomb, et fais bouillir. Puis place dans un autre vase; dispose l’objet d’argent ou d’or ciselé, avec du savon et du sel de soude.[5] Mets (l’objet) au feu.[6] Après l’avoir ôté du feu, polis avec la pierre ponce; puis frotte avec une plume et chauffe encore, avec du charbon, dans un vase de terre. 6. EXPLICATION DE L’ΕΜAIL.[7] — Broie menu l’émail sur l’enclume et place-le dans la coquille; puis lave bien. Ensuite dépose-le sur l’objet ciselé. Mets celui-ci au feu sur un fourneau de fer, la préparation pour émailler étant placée à l’intérieur du fourneau. Dans ce fourneau, il doit y avoir une feuille de fer cintrée et percée de trous. Comprime et frotte jusqu’à ce que tu voies l’argent couler avec le plomb sur le bois (du foyer). Mets de nouveau l’objet au feu sur le fourneau, de façon que l’émail se fixé la seconde fois. 7. EXPLICATION OU NETTOYAGE. — Broie du sel, et mêle du savon[8] au vinaigre. Délaie bien, et mets au feu, de façon à faire cuire le produit avec de la lie solide. Mets de nouveau la lie au feu, jusqu’à bonne cuisson. Ensuite pèse le produit et mets 2 parties de lie brûlée et 1 partie de sel marin. Jette dans la coquille, délaie avec de l’eau, et nettoie l’asèm avec. 8. EXPLICATION D’UN AUTRE NETTOYAGE. — Prenant du savon, délaie bien avec beaucoup de sel. Ensuite, mets au feu avec de la lie solide, et humecte. Puis, calcine; non pas complètement, mais de façon que l’intérieur du vase commence à rougir. Alors, ôte-le. Après avoir broyé, délaie avec de l’eau et emploie ce savon. Mets le fondant vitreux[9] par dessus. D’autres se bornent à nettoyer avec le fondant vitreux la surface de l’ouvrage qu’ils veulent dorer. 9. EXPLICATION DE LA SOUDURE ROYALE. — Prenant : or trois parties, et une partie d’argent, provenant d’une vieille monnaie;[10] coule dans la lingotière. Si le métal à travailler est mince, réduis (la soudure) en poudre fine; mais si l’ouvrage est épais, fais-en une feuille.[11] Soude le fil chauffé avec 2 parties de cette soudure et un tiers de fondant vitreux. 10. SUR LA SOUDURE ROYALE DE L’ARGENT. —Prenant de l’argent, provenant d’une vieille monnaie, 3 hexages; du cuivre rouge 1 hexage; mêle-les dans un creuset et mets au feu. Verse dans la lingotière. Si l’ouvrage est mince, emploie de la poudre et soude; s’il est épais, fais une feuille, soude et nettoie, D’autres mettent 3 parties d’asèm et 1 de cuivre. 11. AUTRE EXPLICATION DE LA SOUDURE D’ARGENT. — Prends de l’argent, 3 hexages, de tel argent que tu voudras, et du cuivre, 2 hexages. Mets-les au feu dans un creuset, de façon à les fondre. Alors ajoute de l’étain, 1 hexage; mets-le au milieu du creuset; laisse imbiber et verse sur le fil placé au-dessous; aplatis sur une plaque de marbre. Ensuite bats sur l’enclume; nettoie et soude. 12. AUTRE SOUDURE TRÈS PROMPTE OU ALAMARSA. — Prenant du cuivre rouge, du minium du Pont, environ 2 (parties), et de la lie de vin, pas (tout à fait) autant; prends toutes ces espèces; étale sur le cuivre le minium pontique et la lie; broie sur le marbre. Lute le creuset, en y pratiquant une cavité rectangulaire; ou bien pratique un trou au milieu. Le cuivre devra être très menu. Le trou sera de la grandeur du chas d’une aiguille; il est destiné à permettre à la fumée de s’échapper par en haut. Ensuite enlève; verse dans la lingotière, et lorsque tu souderas, mets avec le cuivre le quart des espèces ci-dessus. Pour l’argent, tu en prends le tiers; place ensuite dans un creuset, afin de faire fondre; verse dans la lingotière. Prépare de la (soudure en) poudre. Lorsque tu voudras souder, nettoie, et mets cette poudre. 13. EXPLICATION POUR DONNER A UN OBJET LA COULEUR D’OR. — Prenant (la terre) appelée ocre, mets-la sur le feu, jusqu’à ce qu’elle rougisse; alors, enlève, et délaie dans l’eau avec du sel ammoniac. Enduis-en l’objet à dorer; mets-le au feu, et retourne, jusqu’à formation de fumée et apparition de la couleur; puis mets dans l’eau. 14. POUR DONNER LA COULEUR D’OR A UN OBJET D’ARGENT DORURE. — Broie du soufre, de l’ail et de la lie, à parties égales; ajoutes-y de la lie sèche, avec de l’urine et du sel; fais chauffer au feu, et mets l’objet travaillé au milieu, jusqu’à l’heure du pater noster. Puis ôte-le et mets-le dans l’eau froide. Répète cela 5 à 6 fois, de façon que la couleur pénètre dans l’épaisseur de l’objet que l’on dore. Pour la cuisson,[12] broie ensemble 3 parties de métal de vieille monnaie et un quart de plomb; mets dans un creuset; fonds dans un excès de soufre, en couvrant (le creuset). 15. POUR (ÔTER A) L’ARGENT SON ÉCLAT. — Prenant du sel ammoniac et du vert de gris, délaie dans du vinaigre; enduis au soleil l’asèm: aussitôt il noircit. Si ces choses ne sont pas à ta disposition, enfume l’asèm avec un flambeau. 16. OBSERVATION. — Le cuivre est blanchi par l’astriopsiaké, et par le jus du plantain, je veux parler du plantain à larges feuilles L’argent est blanchi et adouci par le salpêtre. Mets l’argent dans le creuset avec cette liqueur, en y ajoutant le savon tiré de la lie solide; le sel ammoniac adoucit l’argent dans le creuset. 17. RECETTE MYSTÉRIEUSE. — Prends de l’argent et un peu d’ios, jusqu’à ce qu’il y ait autant d’argent que tu en as besoin, et broie-les ensemble; projette dans le creuset, soit sur l’étain, soit sur le cuivre, et il se produit un or véritable. 18. SUR (LA MANIÈRE DE) FAIRE DES EMPREINTES. — Fais une fusion ou une coulée avec des métaux; fais-les fondre là où se trouve le moule. Egalise bien la place, c’est-à-dire la tête du moulage, soit avec une lime, soit au moyen du tour. Applique un enduit sur sa tête, là où tu dois faire l’empreinte, avec une couche légère de cire, et fais une petite couronne avec la cire à l’entour, afin qu’elle garde le liquide au milieu. Alors prends une aiguille fine, et indique les marques de l’empreinte sur cette cire, les lettres par exemple, en prenant soin que l’aiguille pénètre bien dans le moule. Alors broie de l’argent et du vert de gris dans du jus de citron, et verse sur le moulage, sur les lettres tracées au pourtour de la pièce de monnaie, en opérant de façon que rien ne s’échappe au dehors. Si tu veux obtenir une impression profonde, laisse une nuit entière. Mais si tu ne tiens pas à ce qu’elle soit profonde, laisse une demi-journée. Après avoir enlevé, tu trouveras l’empreinte marquée convenablement ; car ce procédé attaque convenablement le métal fondu. 19. AUTRE (RECETTE) POUR L’ÉCRITURE EN LETTRES D’OR. — Broie le bol (destiné à l’opération), par exemple le cinabre ; ensuite ajoute du blanc d’œuf et mets dans un vase. Places-y de l’eau, mêle bien; fais mousser et attends que toute la mousse soit tombée. Ensuite, prenant de cette eau qui provient de l’œuf, mélange-la avec le bol. Mets où tu désires, et, dès que le tout aura été desséché, place de nouveau, par-dessus le bol, le reste de l’œuf. Expose (les lettres d’) or à l’air, et dès que (l’écriture) sera séchée, nettoie et polis avec la pierre. 20. SUR (LA MANIÈRE DE) FAIRE DES LETTRES CAPITALES DANS LES LIVRES. — Prends de l’or pur et fin, et mélange-le avec de l’argent; mets au feu dans un creuset. Ensuite, prends du soufre et mélange sur un porphyre; broie autant que tu pourras, afin que le tout devienne (fin) comme de la fleur de farine. Dispose le tout sur une tablette polie en argile; et mets sur un feu doux, en recouvrant avec une poterie propre; veille à ce que la matière soit chauffée jusqu’au rouge. Ensuite, laisse refroidir et délaie sur un porphyre, avec beaucoup d’eau et une éponge. Réunis, mets dans un vase propre; et abandonne un peu (de temps), jusqu’à ce que le produit purifié se dépose. Ajoutant de l’eau, lessive jusqu’à purification (par départ) des matières étrangères. Lorsque tu voudras écrire, mets, à partir du soir, de la gomme avec de l’eau et fais cuire avec cet or. Ensuite, trace d’abord les capitales; puis, emploie un autre produit, obtenu en mélangeant avec de l’ocre, de la gomme, de l’orcanette (?) et du cinabre. En te plaçant au-dessus des lettres capitales, écris avec un pinceau de peintre, comme c’est l’usage, et confectionne les (lettres) d’or. 21. SUR (LA MANIÈRE DE) TRACER DES ANIMAUX DORÉS SUR UNE COUPE, OU SUR UN RAMEAU, OU SUR TOUTE AUTRE CHOSE NON DORÉE. — Prenant des os de mouton, fais-les calciner, jusqu’à ce qu’ils soient incinérés. Ensuite, mélange un peu de plâtre avec de la céruse et broie bien, jusqu’à ce que le tout soit bien incorporé, ajoutes-y de la colle de poisson. Applique aux endroits où tu (ne) veux (pas) dorer et jusqu’à dessiccation. Ensuite dore le reste. 22. SUR LA COLORATION AU FEU. — 2 parties d’argent, provenant de vieilles monnaies, et 3 parties de cuivre. 23. POUR DORER DES ANIMAUX SUR UNE COUPE ET QUE LE FOND RESTE BLANC. — Prends du blanc d’œuf et de la brique pilée et tamisée, sans humecter; enduis le fond, et mets au soleil, afin de faire sécher. Ensuite, dore les animaux. 24. POUR LA SOUDURE D’OR. — Mets de l’alamarsa, 1 partie, et de l’or, 2 parties. Pour la (soudure) d’argent, mets 1 partie d’alamarsa et 2parties d’asèm. 25. SUR LA MANIÈRE DE DORER LE CUIVRE AVEC DE L’ARGENT. — Broie de l’argent fin et coupe-le en petits morceaux. Ensuite, fais comme (pour) l’or, lorsqu’on ajoute du mercure, amalgame et dore. Ajoute de la lie solide; place dans l’huile et fais bouillir. Ensuite, mets la coupe au milieu, et qu’elle y reste un peu de temps. Alors ajoute du coton (?) et délaie; puis, mets dans l’huile et délaie, jusqu’à ce que le mercure soit réuni au milieu de l’huile.[13] 26. SUR LA DORURE DU BRONZE AMALGAMÉ (?). — Pour amalgamer, prends de l’asèm beau et pur, avec (de la couleur) de citron ou d’orange; mets-le dans de la lie pour le rendre brillant. Ensuite ajoute le bronze amalgamé (?) et place-le sur l’asèm. Presque aussitôt l’or se dissout dans le mercure. Mets alors sur une plaque de fer large et propre, et polis au-dessus du feu. Frotte avec une patte de lièvre. Ensuite lorsque tu verras que la couleur est adhérente, emploie la dent de loup pour frotter;[14] polis au-dessus du feu, et dore. 27. SOUDURE ……— Au début, fais une soudure, en mettant 2 parties d’étain et 1 de plomb dans le creuset. Lorsque le tout sera fondu ensemble, ajoute un peu de sel ammoniac, puis de petits morceaux de limaille, de façon à faire la soudure. Mets le tout sur le marbre; apporte rapidement les morceaux (qu’il s’agit de souder) et place-les (aussi) sur le marbre, afin de les souder ensemble. 28. Lorsque tu dores de l’argent et que la dorure ne prend pas, prends une plume avant de chauffer, et étale avec un peu de cire pure sur l’argent; ensuite, dore. 29. POUR DORER LES ANIMAUX SUR LE FOND DE LA COUPE (SANS QUE LE FOND SOIT DORÉ). — Prends de la colle de peau et un peu de chaux; fais fondre sur le feu. Puis enduis le champ avec une plume. Lorsque le métal (du fond) est recouvert, frotte les animaux avec le mercure. 30. SUR (LA MANIÈRE DE) DONNER UNE TRS BELLE COULEUR A L’ARGENT DORÉ. — Prends : soufre, 3 parties; lie de vin de Malvoisie 2 parties; sel, 1 partie; broie bien; fais bien bouillir avec de l’eau. Puis place l’argent au milieu, (et laisse) jusqu’à l’heure du Pater noster. Ensuite enlève, mets dans l’eau froide et brosse. 31. LORSQUE L’ASÈM EST DEFECTUEUX. — Mets dans un creuset de la brique pilée grossièrement; fais chauffer, jusqu’à ce que le métal bouillonne. Souffle d’en haut sur le creuset avec un chalumeau: le plomb est absorbé. Si le métal n’est pas purifié, répète l’opération. Frappe alors avec le marteau, et si (le métal) est défectueux, place à sa surface du mercure et de la brique, et remets au creuset. 32. SUR LA SOUDURE DE L’ÉMAIL. — Prends : argent fin, 10 parties et 1 partie de cuivre. Mets un peu de soudure vitreuse et opère à ta volonté: broie finement, nettoie et soude. 33. SUR (LA MANIÈRE DE) FAIRE DU FIL (D’ARGENT) MINCE. — Prends de l’argent tin; bats-le, coupe-le en morceaux et mets-le dans un vase de fer à fond arrondi. Ensuite, mets-le dans la filière et étire-le une fois. Coupe à la lime; …………………. mets de la soudure vitreuse blanche (?) et soude. 34. SUR (LA MANIÈRE DE) FAIRE LA CUISSON. — (Opération d’émaillage.)[15] Prends de l’argent fin, 1 hexage; du cuivre, 1 hexage, et du plomb, 1 hexage ; fais fondre dans un creuset; ajoute une grande quantité de soufre broyé et mets dans un pot neuf; laisse à l’état fondu tant que la vapeur s’échappe. Après refroidissement, coule la barre dans la lingotière avec du soufre. Ensuite, broie et lave, et mets où tu voudras. 35. SUR LA MANIÈRE DE DONNER UNE TRÈS BELLE COULEUR A L’ARGENT DORÉ. — Prends du curcuma jaune. Broie bien et mets avec de la lie sèche dans l’eau, sur le feu : je veux dire de la lie de (vin de) Malvoisie et un peu de sel; fais bouillir. Laisse l’objet dans la liqueur, jusqu’à l’heure du Pater noster. Ensuite, prends-le et mets-le dans l’eau froide : répète cela 2 et 3 fois. 36. SUR LA MANIÈRE DE RECOLLER LES PETITES MARMITES; BAIN POUR ASSEMBLER LES TUYAUX DE POTERIE). — Arrose de la chaux tamisée et humecte-la bien pendant plusieurs jours. Ensuite ajoute (sur l’objet) la fleur de cette chaux; fais bouillir aussi des pieds et des têtes de mouton; jettes-en le jus sur la chaux. Fais bouillir encore un extrait fait avec l’écorce d’orme (?); ajoute-y du blanc d’œuf et assemble ce que tu désires. 37. POUR FAIRE BRILLER UNE PERLE FINE. — Prends une pastèque, ou un concombre; ouvre-le par le milieu; places-y la perle fine et mets le concombre sur le fourneau, jusqu’à ce qu’il se désagrège: par là les perles reprennent leur éclat. 38. AUTRE (RECETTE). — Fais macérer la perle fine dans un oiseau ou dans un pigeonneau, et qu’elle y soit tenue (jusqu’à) l’heure du Pater noster; alors presse, afin de la faire sortir. 39. SUR LES FILS MÉTALLIQUES DES ORFÈVRES. — Prenant de l’argent pur, ramollis-le avec le septuple de son poids de plomb, (jusqu’à ce) qu’il devienne mou comme de l’or. Ensuite nettoie-le et coule-le en barreau; amène-le à une longueur double par le battage. Puis, fais-en des fils, des feuilles, des rameaux, des étoiles, des roses, des réseaux tordus et entrelacés, des animaux, des oiseaux, et tout autre objet que tu voudras. Dispose une lame de fer mince et d’épaisseur uniforme. Prenant de la gomme adragante, mets-la dans un vase avec de l’eau, et laisse tremper pendant une nuit; le (lendemain) matin déverse l’eau : pour t’en servir, mets au feu, et amène en consistance de colle. Ensuite prends une pince à cheveux, saisis un à un les fils ou les feuilles et dépose-les dans la colle. Ensuite reprends-les, pour les poser sur la lame de fer, et fais ce que tu veux. Dès que tu l’auras exécuté, expose au feu, jusqu’à ce que la colle soit un peu brûlée. Alors, ajoute de l’argent fin, 1 hexage; mets-le dans le creuset, et fais fondre. Pour souder, aplatis au marteau aussi finement que tu peux; coupe en morceaux menus, avec de petits ciseaux; et place cette soudure sur les fils, au moyen d’une plume mouillée. Ensuite, tu feras une limaille grossière; mets-la (sur les fils), et, au-dessus, mets de la soude vitreuse, broyée finement; soumets à l’action du feu. Ensuite, blanchis et polis ce qui n’a pas été travaillé. Alors affine, (en ajoutant) environ 2 carats de minerai de cuivre lavé, ou de misy … Là où il n’y a pas l’émail, on peut employer cette soudure; on peut l’exécuter avec de vieilles monnaies, ou bien partout où il s’agit d’alamarsa. 40. AUTRE MÉTHODE MYSTÉRIEUSE. — Prenant de la chaux vive, mêle de l’huile avec la chaux et arrose bien, une fois ou deux. Mets alors dans l’alambic. Ajoute aussi de la lessive, en la versant tout autour et au-dessus, jusqu’à (une épaisseur) de deux doigts. Mets cette eau divine dans un autre flacon. Prenant alors une étoffe de lin, mouille-la dans cette eau; expose au feu, et si l’étoffe s’enflamme, sache qu’elle n’est pas bien préparée. Ajoute de nouveau le liniment calcaire avec d’autre chaux; opère comme précédemment, jusqu’à réussite, c’est-à-dire jusqu’à ce que l’étoffe ne s’enflamme pas dans le feu.[16] Alors, prenant l’huile, mets de l’étain dans le creuset; et il se forme de l’or. 41. AUTRE EAU DIVINE. — Prends de la couperose, 1 livre; du sel de nitre, 1 livre; et du cinabre,[17] 4 onces; broie bien dans un mortier de pierre, et jetant dans l’alambic, mets sur le fourneau : lute avec de la pate de levain et du blanc d’œuf. Mets à part la première eau. Quant à la seconde eau, celle qui coule ensuite de l’alambic, après avoir été condensée dans le chapiteau, c’est là ce qu’on appelle l’eau forte.[18] Alors, prends de ces eaux 2 onces, et du mercure 2 onces; mets le tout dans un matras (placé) sur de la cendre chaude ; et il se forme de l’eau de mercure.[19] Ensuite prenant de l’eau qui reste, 1 once, et de l’argent pur, 1 once; place le tout dans un autre matras sur de la cendre chaude; et il se forme de l’eau d’argent.[20] Alors mile, les deux eaux ensemble, l’eau de mercure et l’eau d’argent, dans un autre matras, à découvert; et place sur de la cendre chaude : il se forme un produit blanc comme du cristal. Puis, prenant de ce cristal ce que tu voudras, de l’huile calcaire une quantité égale, et du mercure une autre quantité égale; place dans un autre matras, et humecte bien, jusqu’à ce que le mercure soit dissous. Alors jette le tout dans un alambic ; fais un feu léger, rejette 3 fois l’eau qui sort de l’alambic et ajoute toujours de l’huile, en arrosant avec. Lorsque tu auras fait cela 3 fois, tu verras qu’il s’est formé, à l’intérieur de l’alambic, une sorte de pierre. Prends alors de cette espèce, 1 once, et du mercure 1 once; il se produit ce que tu veux.[21] 42. EAU POUR EXTRAIRE L’OR DE L’ASEM. — Prenant 2 parties de sel ammoniac, et 3 parties de sel de nitre; broie bien dans un mortier. Ensuite, mettant dans l’alambic, lute avec de la cendre, de la brique pilée et es œufs; place sur un fourneau, fais bouillir pendant trois heures. Ensuite ouvre pour retirer la préparation; et de nouveau replace sur le feu et fais bouillir jusqu’à l’aurore, pendant la durée d’une bonne veillée. Le laps est de soixante-cinq heures, et le feu doit être ajouté peu à peu. (En opérant) ainsi, l’eau divine[22] aura été confectionnée complètement. Quand tu voudras retirer l’or de l’asèm, coupe l’asèm en morceaux et le jetant dans le matras, bouche bien. Ensuite épuise l’action de l’eau divine et mets à part l’or : on obtient ainsi un métal en poudre. Agglomère-le avec l’outil à dorer.[23] 43. AUTRE (RECETTE) PAREILLE. — Prenant de l’alun, 2 litres; du sel de nitre, 1 livre; du vitriol romain, une livre et demie; broie, mets dans un alambic et, plaçant sur un fourneau, ferme bien. Ajoute en bas une fiole, pour recevoir l’eau forte. L’eau divine est ainsi confectionnée en 24 heures. Quand tu voudras retirer l’or de l’asèm, place l’eau forte à l’intérieur (d’un vase) de verre, posé sur de la cendre chaude : l’argent se dissout, et l’eau (forte) l’attaque en écumant. Ensuite, prenant l’eau qui contient l’argent et la mettant sur le fourneau dans l’alambic, fais un feu léger et reçois l’eau qui distille par les becs : l’argent[24] reste au fond. 44. AFFINAGE DE L’OR. — Prenant de la marcassite, 8 onces; du soufre, 4 onces; fais fondre ensemble dans le creuset: il se forme de l’antimoine (sulfuré).[25] Lorsque tu voudras affiner l’or en grains, mets l’or dans un creuset au milieu du feu. Ensuite projette de l’antimoine (sulfuré), au milieu du creuset, à ta volonté, jusqu’à ébullition. Pour (obtenir un) refroidissement (régulier), place le creuset sur une brique de Grèce, au milieu du feu, jusqu’à refroidissement.[26] 45. AUTRE (RECETTE) SEMBLABLE POUR L’ASEM. — Extrais l’or en poudre de l’asèm, et place la poussière dans le creuset. Ensuite délaie avec de l’antimoine, au milieu du creuset, et fais chauffer. Après cela, place sur une brique de Grèce, afin d’affiner et de laisser refroidir: on obtient ainsi de l’or fin. 46. LORSQUE L’ARGENT OU L’OR SONT DEFECTUEUX. — Mets dans le creuset du mercure neuf et de la brique pilée, fais chauffer et le métal s’adoucit. Plus tu en mets, plus le produit devient beau. 47. FIXATION DU MERCURE. — Mets du mercure, la quantité que tu voudras, et du plomb, une quantité égale; place-les dans un tesson de marmite, sur le fourneau. Ajoute un peu de bronze à canon, et il se forme un asèm de choix.[27] 48. AUTRE (RECETTE). — Mets du mercure dans un pot, avec du jus d’oignon et du bronze à canon; place sur le fourneau. Prends de l’axonge et fais chauffer, de façon à obtenir une lessive. Projette cette lessive sur l’asèm, dans le creuset, et il se forme de l’or. 49. SUR LA MANIÈRE DE FAIRE DES LETTRES D’OR.[28] — Prends du bronze couleur d’or; broie sur un porphyre; ajoute un peu de miel et broie beaucoup. Ensuite place dans la coquille et lave bien avec de l’eau, de façon à te débarrasser du miel. Ensuite prépare avec du blanc d’œuf et écris. Lorsque (les lettres) seront séchées, polis avec une petite pierre ponce, ou une dent de loup, et (le produit) devient beau. Presse le blanc de l’œuf avec une éponge à plusieurs reprises, de façon à rendre la masse bien fluide, qu’elle n’épaississe pas. Mets aussi de la litharge blanche et broyée. Lorsque l’or est devenu adhérent, lave le blanc d’œuf, de façon à l’enlever. 50. SUR (LA MANIÈRE DE) RENDRE LE CUIVRE BRILLANT COMME DE L’OR.[29] — Prenant de la tutie volatilisée, 1 once; semblablement de l’excrément, 1 once; des figues sèches et noires, 1 once; broie le tout dans un mortier et mélange. Apprête 1 once d’étain, et après l’avoir aplati, coupe-le en morceaux. Mélange (le cuivre) avec cette espèce; place dans un creuset; lute par en haut avec de l’argile, souffle et fais chauffer. Lorsque tu penseras que le métal est entré en fusion, recouvre et complète la fusion. Mélange de nouveau les espèces, et opère comme précédemment, de façon à employer la totalité de cette espèce, et elle devient pareille à de l’or. 51. SUR LE SAVON. — Prenant d’abord du savon, mélange, et broie avec du sel. Ensuite agite. 52. AUTRE (RECETTE). — Prenant du sel ammoniac, du sel et de l’eau, broie bien. Ensuite sers-t-en pour rendre le cuivre brillant. 53. LE VERRE. — C’est la soudure vitreuse, qui agit avec le sel ammoniac l’alun et le sel. 54. SUR (LA MANIÈRE DE) BLANCHIR L’ÉTAIN. — Prenant du minium du Pont couleur de citron, autant que tu voudras, et du sel de nitre, une quantité égale, broie bien. Ensuite mélange. Puis mets avec le fondant précédent, sur un feu de charbon, et fais chauffer jusqu’à absence de fumée. Le produit devient blanc comme de la neige. Ensuite retire et broie bien; et jetant de l’étain dans le creuset, (le poids de) 4 onces, joins-y l’opsiastiké,[30] 1 once. Mets à part 6 parties. Lorsque l’étain apparaît au milieu du creuset, projettes-y une première partie (de la préparation précédente) : recouvre avec des charbons, et fais chauffer jusqu’à ce que la vapeur, sorte. Puis de nouveau, mets une autre partie, en opérant comme la première fois, et en projetant. Verse alors dans une petite coupe en fer, et le traitement sera réalisé. Lorsque tu voudras dorer de l’argent, dispose suivant l’emploi, et à ta volonté; projette. Et lorsque tu auras mêlé le produit avec l’argent, ajoute aussi un peu de lie dans le creuset, je veux dire le quart. 55. SUR LA MANIÈRE DE RENDRE LE CUIVRE PAREIL A DE L’OR. — Prenant de la tutie, 3 parties; du curcuma, 1 partie ; des raisins secs et des figues sèches rousses, du miel, des fèves de …….. (?),[31] 1 partie, de l’enveloppe intérieure des amandes, de la réglisse, du jaune d’œuf et du safran, 1 partie, de la bile de bœuf roux desséchée, 1 partie. Broie la tutie, comme on broie le cinabre avec de l’huile et fais-en une pâte; alors broie les autres espèces et unifie. Prenant 3 onces de cuivre, réduis en lames minces sur l’enclume; humecte avec les espèces précédentes; mets dans le creuset; ferme avec le lut de l’art, mets au feu; souffle bien avec l’appareil (à souffler). Quand le produit est fortement chauffé, tu projettes ces espèces et le cuivre devient beau comme de l’or. 56. L’EAU DU TRAITEMENT ASSURÉ — Prenant la progéniture d’oiseaux vivants,[32] nette et sans tache, partage (en deux), comme pour des ragoûts: l’art culinaire nous est profitable en beaucoup de circonstances. Ensuite mets dans deux marmites, une partie de chaque liquide; fais une grande extraction, avec les appareils à mamelon. Quand tu verras le produit couler au milieu de la bouteille et se figer à la surface comme de la cire, alors enlève-le et laisse refroidir. Casse le vase : tu trouveras au milieu un produit très précieux, pour ton usage. Cette plante[33] purifie le plomb au moyen du mercure; elle affine l’or, le rendant pur et à toute épreuve. Fonds d’abord le plomb, pris sous le poids de 8 livres; lorsque le plomb est fondu, ajoutes-y du mercure traité suivant l’art, 8 autres livres, et laisse chauffer, jusqu’à ce que le produit fume. Alors, ajoute une livre de cette plante et fais chauffer jusqu’à pleine ébullition. Remue avec un bâton enflammé pendant heures. Ensuite porte au dehors et laisse l’enduit se refroidir; alors le métal devient noir. D’autres fois, il se colore en rouge garance.[34] Voici la préparation : fonds du plomb traité suivant l’art, 8 livres, et lorsqu’il est bien fondu, ajoute du mercure, 8 autres livres. Ajoute en second lieu, de la seconde plante, 1 livre; fais bien chauffer pendant 1 heure 1/2, et laisse refroidir. En outre, fonds 8 livres de plomb, et, après la fusion, traite-le convenablement, à cinq reprises, comme nous l’avons dit précédemment; la dernière fois, attache un morceau d’or au bout (du bâton).[35] Avec ce seul morceau d’or, les 8 livres de plomb et les 8 livres de mercure, joints avec cette plante, se changent en bel or. 57. Un autre dit: ………………………………………………… Vient ensuite un morceau emprunté à Zosime[36] et qui se trouve imprimé III, viii, p. 143-144. V. ii. — TRAVAIL DES QUATRE ÉLÉMENTS[37]1. ICI COMMENCE L’EXPLICATION DÉTAILLÉE DE L’ŒUVRE. — Prends le blanc et le jaune des œufs, et malaxe-les ensemble avec ta main, de façon à former un mélange en consistance pâteuse; mets-le dans une marmite neuve; ferme, et plonge (la marmite) dans du fumier, ou dans de la cendre chaude, ou dans de la paille (pourrie), pendant 7 ou 14 jours. Ensuite, enlève, place dans l’alambic sur un feu très bas. Prends l’eau blanche qui en provient. Or, quand tu verras que le produit passe trouble ou noir, arrête et mets ce produit à part. Prends l’huile; augmente la force du feu, et après avoir recueilli le produit, mets-le à part. Quant à la matière qui reste dans le matras, recouvre-la : c’est là le cuivre brûlé et la magnésie asiatique.[38] 2. PREMIER ÉLÉMENT : L’EAU. PREMIER TRAVAIL, CELUI DU VINAIGRE DIVIN. — Aussitôt après avoir distillé, au moyen de l’appareil, l’eau divine, jusqu’à trois fois; mets chaque fois, pour une livre, une once de chaux divine. Ensuite distille de nouveau avec des feuilles de myrte, par 7 fois. Opère de cette manière, jusqu’à ce que l’eau devienne transparente et brillante. C’est là ce qu’on appelle le vinaigre divin. 3. En suivant la première marche, conformément à ce que nous avons dit, aie soin, à chaque distillation, d’opérer la réaction dans l’alambic, pendant un jour, soit dans la fiente, ou dans la paille (pourrie), ou dans la cendre chaude. On y fait digérer l’alambic qui contient l’eau, avec une once de chaux nouvelle. Ensuite distille; ajoute chaque fois de la chaux nouvelle: retire la précédente. Aussi, chaque fois que tu distilleras, chaque fois tu produiras un résultat utile. 4. NOMENCLATURE DU VINAIGRE DIVIN ET DE L’EAU DIVINE.[39] — Voici ce que disent les philosophes: Eau divine, vinaigre divin, magnésie blanche, eau de chaux, urine (d’)impubère, mercure, eau de mer, lait virginal, lait d’ânesse, de chienne, de vache noire, eau d’alun, de cendre de choux, de natron, matière occidentale, vapeur. C’est là ce qui blanchit le corps de la magnésie, c’est-à-dire le cuivre brûlé; c’est là ce qui transporte au dehors la nature cachée à l’intérieur. C’est là la nature qui triomphe de la nature, celle qui transmute les natures, celle qui délaie, celle qui enchaîne, celle qui fait concevoir et qui enfante, celle par qui le Tout est accompli. 5. (SECOND ÉLÉMENT : L’AIR). ICI COMMENCE LE TRAVAIL DE L’AIR. — Prends de l’huile; mets pour une livre d’huile, 1 once de chaux ; laisse réagir, en faisant digérer dans du fumier pendant un jour. Ensuite distille et opère de même une fois chaque jour. Répète jusqu’à 20 ou 30 fois; distille avec des feuilles de myrte, jusqu’à ce que (la préparation) devienne très pure, blanchâtre, jaune. 6. Quant au feu, je n’ai pas à te dire ce que doit être (celui) du fourneau: Opère à ton gré, sur une lampe, ou sur un feu de paille, ou bien sur un feu très doux de fiente (desséchée), et pour ainsi dire sans feu. Que l’alambic soit entouré d’étoupe, ou plongé dans l’eau bouillante, ou bien dans le fumier, ou dans la lessive. Le mieux, c’est dans l’eau: ce qui est appelé fourneau humide.[40] Quelques-uns rectifient jusqu’à 50 fois; et à chaque dixième fois, (la préparation) apparaît plus brillante en couleur. Voici à quel signe (on reconnaît) que l’opération est achevée. Après avoir fait rougir au feu des feuilles de fer à cheval laminées, trempe-(les) jusqu’à fois dans l’huile divine, et vois si la feuille blanchit, s’adoucit, change d’essence, devient parfaite et plus belle que l’or.[41] Sinon, travaille-la de nouveau; c’est-à-dire recommence le traitement par l’huile divine. 7. ICI COMMENCE LA NOMENCLATURE (DE L’AIR).[42] — Son safran est appelé jaune d’œuf, sphère d’or, cinabre,[43] safran de Cilicie, ocre attique, terre de Sinope, nitre roux, natron d’Egypte, (bleu) d’Arménie, couperose, huile. L’huile qui en provient, lorsqu’elles été décomposée et qu’elle a passé par l’appareil distillatoire, est appelée huile divine, vin d’Amina, cinabre des philosophes, comaris, soufre natif, (huile) de raifort, huile de ricin, liqueur d’or, pierre de Mélos, huile de lin, soufre apyre, sandaraque, arsenic, gomme, huile d’aristoloche, huile de mandragore, de rhubarbe, de chélidoine; eau de pourpre, eau de fleur de cuivre, eau brillante comme de l’or, eau incombustible, alun décomposé, mercure, matière orientale. 8. (SUBSTANCES) D’UNE AUTRE NATURE. — Les mêmes esprits et (les mêmes) eaux ont été appelés par les philosophes perles[44] et pierres précieuses; ils sont doués d’une grande puissance. En effet si tu les travailles, de façon à transporter au dehors la nature cachée à l’intérieur, tu parviendras au mystère des philosophes. C’est là le résumé du mystère. De cette façon, la préparation est blanchie, puis jaunie; le cuivre de Chypre devient le cuivre brûlé, ou le corps de la magnésie, celui dont ils disent: La magnésie, traitée suivant l’art, ôte aux corps (métalliques) leur fragilité; elle blanchit le cuivre, elle amollit le fer, elle ôte à l’étain sa mollesse, elle convertit le mercure en or.[45] 9. TROISIEME ÉLÉMENT, LE FEU. ICI COMMENCE LE TRAVAIL DU FEU. — Ensuite prends le feu, c’est-à-dire le cuivre brûlé,[46] ce qui reste dans le plat. Après l’opération des œufs brûlés, broie finement, d’une façon continue et au soleil, pendant un jour entier. Le produit s’humecte peu à peu et émet de la fumée. Alors arrose-le, broie et fais sécher au soleil, ou sur la cendre chaude, ou sur un fourneau, (en arrosant avec du vinaigre divin, trois fois par jour. Tu feras cela jusqu’à ce que tu observes le signe suivant : l’argent prend une surface brillante dans le creuset. Projette-le en dehors de celui-ci. S’il est coloré en or, c’est bien; sinon, réitère ton travail. 10. QUATRIEME ÉLÉMENT, LA TERRE, ICI COMMENCE LE TRAVAIL DE LA TERRE, C’EST-A-DIRE DE LA CHAUX TOUTE PUISSANTE. — Pulvérise les coquilles des œufs, et broie-les avec du natron et de l’eau, pendant un jour. Ensuite, arrose-les à plusieurs reprises avec un liquide édulcorant. Puis dessèche et réduis à l’état de poudre fine. Ensuite, projette dans une dose d’eau égale au poids des œufs, et laisse dans un four de boulanger, ou sur un bain de cendre chaude, jusqu’à dessiccation, pendant 7 jours. Ensuite, enlève; pulvérise encore, et, mêlant avec une quantité d’eau égale au poids des œufs, referme de nouveau (le vase). Laisse dans le four pendant 7 jours; et opère ainsi jusqu’à trois fois. Ensuite pulvérise, après avoir fait sécher à plusieurs reprises au soleil, et après avoir arrosé pendant 3 jours, etc. Broie ainsi; mets dans un vase; ferme-le et soumets-le à l’action d’un fourneau de verrier pendant 2 jours et 2 nuits. Après avoir retiré (le vase), tu trouveras de la (terre) cimolienne verte. Après l’avoir pulvérisée encore et arrosée plusieurs fois par jour, fais cuire sur un feu de fiente (desséchée). Après avoir répété cela 3 ou 5 fois, tu la trouveras convertie en) céruse très blanche. Le produit sera accompli, si tu trouves le cuivre blanchi dans le creuset. Sinon, recommence ton travail. 11. NOMENCLATURE DE LA TERRE.[47] — Les sages nommaient ces choses: chaux divine, terre de Chio, terre astérite, alun lamelleux, litharge blanche, (terre) cimolienne, (terre) stibienne, aphrosélinon, gomme, couperose, urine non fluide, céruse, androdamas, alabastron, suc de figuier et de tithymale. 12. L’UNION DES QUATRE ÉLÉMENTS. — Fais attention, mon ami : si tu n’as pas traité convenablement les quatre éléments, suivant le procédé qui t’a été exposé, il ne faut pas entreprendre leur union. Il n’y aurait pas lieu de t’enorgueillir et tu en serais pour ta peine. FAIS ATTENTION. — Prends (du produit préparé plus haut sous le nom de) feu, 1 partie, et (du produit désigné sous le nom de) terre, 4 parties. Après avoir pulvérisé, mets dans un vase et place au-dessus (du produit désigné sous le nom de) l’air, le double (de la matière appelée) feu. Suspends le vase au milieu d’un autre vase de grande dimension, contenant du vinaigre piquant; ferme le vase, et laisse pendant quelques jours, jusqu’à ce que (le Contenu) devienne comme de la pate fermentée. 13. Sache[48] que quelques-uns mettaient 2 parties du (produit appelé) terre et 1 partie du (produit appelé) feu; d’autres, 3 parties de terre et 1 partie de feu; d’autres encore, 4 parties et plus (de terre) et 1 partie de feu. Toutes ces (proportions) sont convenables; mais la meilleure est celle qu’on a exposée ci-dessus. 14. Voilà ce que nous avons écrit pour toi, mon ami, sans aucun sentiment d’envie, afin que tu ne t’égares point. Après que la composition est devenue pareille à une pâte fermentée, enlève et fais cuire sur un feu léger, afin qu’elle sèche. Ensuite pulvérise-la de nouveau sur un marbre romain, puis mets-la dans le vase; mets-y aussi (du produit appelé) air, une quantité double (du produit appelé) feu, et suspends, comme tout à l’heure, le vase au milieu du vinaigre. Opère d’après le procédé ci-dessus jusqu’à 7 fois; et chaque fois, mets l’air en quantité double du feu. Après la 7e fois, enlève, dessèche et pulvérise, avec de l’air employé en quantité double de la terre, et laisse le vase dans le fumier, pendant un jour et une nuit. Ensuite retire; observe la couleur du produit si elle est changée, c’est qu’il a commencé à parcourir le chemin prescrit; sinon, soumets-le de nouveau au même travail, jusqu’à ce qu’il change d’apparence. Alors enlève-le de la même façon; pulvérise à part et séparément de l’air; fais un mélange avec l’air et le soufre, c’est-à-dire délaie le vinaigre divin[49] avec l’air, plusieurs fois par jour. Ensuite exécute de nouveau la réaction dans un vase, comme nous l’avons dit plus haut, avec du vinaigre piquant pendant deux jours. Le produit devient ainsi liquide comme de l’eau. Après l’avoir travaillé de cette façon, retire-le du vinaigre, et fixe-le sur un feu doux et convenable, jusqu’à ce qu’il se solidifie en une pierre (offrant l’apparence d’une) cire très consistante. Garde le produit obtenu par la grâce généreuse de Dieu, pour son honneur et pour ta (propre) délivrance de l’état de pauvreté. V. iii. — SUR LA TREMPE DU FER1. La trempe du fer, pour presque tout le monde, est utile à connaître; elle est multiple, quant à la pratique. Prends de la corne de chèvre; fais la brûler et broie (la cendre) de façon à l’unir avec le double de sel, non en poids, mais en volume. Ajoute avec l’eau que tu connais,[50] et pétris de façon à former une pâte liquide. Avec cela il t’est facile d’obtenir une épée de telle qualité que tu voudras. Tu en nettoies le tranchant; tu la mets sur des charbons, et tu la fais rougir au point voulu. Après cela, en la jetant dans l’eau que tu connais, tu auras une épée rendue tranchante par la trempe (qu’elle a reçue). Cette trempe est, comme on l’a dit, commune et presque universellement connue. La projection dans l’eau ne doit pas être quelconque, mais réglée suivant la forme et la destination de l’épée. Pour les instruments destinés à tailler la pierre et généralement pour tous ceux qui ne possèdent pas un tranchant très aigu, on se borne à les plonger simplement dans l’eau après le chauffage. Mais les outils qui sont dans le cas contraire, comme par exemple les coutelas et les glaives, ne doivent pas être travaillés d’une façon quelconque on les refroidit avec un linge mouillé, ou bien avec un morceau de laine humecté, tel que ceux que l’on emploie contre la pluie. On opère dans le sens du fil, en recouvrant le tranchant qui doit être trempé. Telle est cette trempe. 2. DEUXIÈME TREMPE. — Il y a aussi une autre espèce de trempe ; elle est destinée non seulement aux fers en général et susceptible de les rendre plus polis et plus brillants encore que la trempe précitée; mais c’est aussi elle qui rend encore plus tranchant le fer appelé indien. Quelques-uns décapent le haut de l’épée avec de la terre blanche, d’autres avec des œufs d’oiseaux, ou bien avec d’autres (matières), soit simples et tirées de la nature, soit composées et obtenues par l’art. Parmi les décapages accomplis avec des matières artificielles, on peut citer l’espèce de trempe qui est obtenue au moyen du bois, avec la cendre de toute (espèce de bois) et l’huile[51] et quelques autres matières. Ce que je dis là est exempt d’obscurité pour la plupart. Prends donc cette matière; fais-la chauffer, comme il est d’usage dans la pratique du fondeur d’or; unis-la avec le tiers de son poids de sel; ou bien, si le fer est tout à fait de bonne qualité, avec la moitié; après avoir décapé, le tranchant du fer, fais rougir au feu. Ensuite, en suivant la marche qui t’a été indiquée précédemment, et en tenant compte de la diversité de la forme et de l’usage des instruments, projette dans l’eau. Or n’ignore pas que si le fer trempé vient à être rendu cassant à cause de sa dureté, il faudra le projeter dans l’huile, ou dans une graisse qui n’ait pas été cuite, ni mélangée à autre chose. En opérant et en travaillant ainsi, tu obtiendras pleinement le résultat voulu. 3. TROISIÈME TREMPE. — Je vais parler d’une trempe garantie par la philosophie mystique. C’est une chose étrange à connaître, surprenante à comprendre, une chose difficile à trouver, et (pourtant) connue de tous; elle est recherchée avec ardeur, en raison de sa nature et bien qu’elle soit facile à connaître pour la plupart des hommes.[52] La terre n’engendre pas ce produit pour tous; ce n’est pas le fruit d’un mauvais destin, mais celui d’un destin favorable, manifeste et tourné vers le ciel.[53] (C’est ainsi que la terre) coopère à la confection du plus sérieux des êtres, l’or; en l’engendrant, elle ne le repousse pas au dehors; mais elle le conserve dans son sein, elle le nourrit. Suit un passage mystique et inintelligible. Telle est la trempe très mystique, la trempe du fer indien.[54] Maintenant observe : si le fer qui doit être rendu tranchant était trop dur, ne l’emploie pas dans cet état. En effet, ainsi que nous l’avons dit, en parlant du mystère, il est détruit et brisé par tout ce qu’on lui présente. Mais, en le reprenant convenablement, par l’huile ou par l’eau de pluie, tu pourras ensuite l’employer, après avoir opéré suivant la mesure qu’enseignent aisément la pratique et l’expérience. 4. QUATRIÈME TREMPE. — Quant à la quatrième trempe, comparée aux précédentes, elle est encore meilleure, moins connue et plus admirable que celle-là. En outre, elle est plus simple. L’homme étant un animal supérieur à tous, vois quelle gloire lui est échue parmi les (êtres) mortels; on pourrait énumérer bien des choses venant de lui qui sont remplies de merveilles. Parmi elles, il faut citer cette chose-là qui a reçu (en partage) la puissance de tremper et de rendre tranchant. Le passage qui suit est un pur galimatias.[55] La sécrétion liquide, entre autres propriétés, a celle de tremper le fer et de le rendre tranchant; c’est par (elle) seule que le fer devient excellent. Or la trempe s’opère, comme on l’a dit dans ce qui précède, suivant la diversité d’emploi et de forme (des instruments) de fer; mais pour tous, ainsi qu’on l’a dit en commençant, ce qui occupe le premier rang dans la trempe, c’est la sécrétion liquide.[56] V. iv. — TEINTURE DU CUIVRE TROUVÉ CHEZ LES PERSESDÉCRITE SOUS LE RÈGNE DE PHILIPPE[57]1. Prenant de la tutie la plus haute,[58] ce que tu voudras; broie et passe au tamis très fin; mets dans un vase de terre cuite, Ajoute sur elle de l’huile de telle qualité que tu voudras, soit de l’huile commune, soit de l’huile de sésame. Reprends avec les mains, mélangeant et broyant l’huile avec la unie dans le vase de terre, jusqu’à ce que la tutie soit imprégnée d’huile et qu’elle n’en absorbe plus. Lorsque tu verras qu’elle en e absorbé suffisamment, ajoute de nouveau et mélange une nouvelle dose de la même huile, jusqu’à ce qu’il se forme une pète. Puis prenant de la couleur de palmier, je dis du rouge appelé natef chez les Arabes,[59] un poids égal au cinquième de la tutie; ajoute-le au-dessus de la tutie, dans le mélange opéré au préalable dans le vase de terre cuite, et après l’avoir réduit en morceaux qui ne soient ni trop petits ni trop gros. Puis, après avoir fait chauffer un four avec un feu très fort, mets le vase dans le four, en lutant l’ouverture du four jusqu’au lendemain. Ainsi la tutie sera brûlée et rendue noire. Retire-la le lendemain, broie et passe au tamis fin. 2. Lorsque tu voudras teindre le cuivre précité, ainsi qu’on ne teint pas mieux en Perse, prends 2 parties de beau cuivre de Chypre, et 1 partie de la poudre sèche préparée à l’avance au moyen de la unie. Casse le cuivre en autant de mentis morceaux que tu pourras; mêles-y la poudre, et plaçant les a substances dans un creuset, souffle fort jusqu’à ce que le cuivre bouillonne avec la poudre. Lorsqu’il bouillonnera, ajoute encore du charbon, en soufflant énergiquement jusqu’à ce que les deux corps soient unifiés. Si tu veux connaitre la beauté de la couleur, prends une baguette de fer à bout recourbé, retire (la matière) qui adhère au bout, et regarde : si la couleur te plaît, cesse de souffler; mais si elle ne te plaît pas encore, continue de souffler et ajoute du charbon. En effet, plus l’on souffle le feu de charbon, plus le résultat que l’on se propose d’obtenir est satisfaisant.[60] V. v. — TREMPE DU FER INDIEN, DÉCRITE A LA MÊME ÉPOQUE1. Prenant du fer doux, livres, coupe-le en petits morceaux; puis prenant de l’écorce des fruits de palmier,[61] nommée elileg chez les Arabes, 15 parties en poids, et 4 parties en poids de belileg,[62] pareillement nettoyé à l’intérieur, c’est-à-dire l’écorce seule; ainsi que 4 parties d’ambileg, semblablement nettoyé, et de la magnésie des verriers ci-dessus mentionnée (magnésie femelle) 2 parties.[63] Broie le tout ensemble, pas trop menu, et mélange avec les 4 livres de fer. Puis mets dans un creuset et égalise bien la place du creuset, avant de chauffer; car si tune prends pas ce soin, de façon à éviter que celui-ci (le creuset) ne soit déplacé, tu trouveras des difficultés dans l’opération de la fonte. Ensuite mets les charbons et pousse le feu jusqu’à ce que le fer soit fondu, et que les espèces (susdites) soient unies avec lui. Or les livres de fer demandent 100 livres de charbon. 2. Observe que si le fer n’est pas très doux, il n’a pas besoin de magnésie, mais seulement de toutes les autres espèces; car la magnésie le rend sec au plus haut degré et il devient cassant. Mais s’il est doux, il n’est besoin que d’elle seule, ainsi qu’il a été dit plus haut; car celle-ci accomplit tout. 3. Telle est la première et royale opération, celle que l’on étudie aujourd’hui, et au moyen de laquelle on fabrique des épées merveilleuses.[64] Elle a été découverte par les Indiens et exposée par les Perses, et c’est de ceux-ci qu’elle nous est venue. V. vi. — FABRICATION DES VERRES1. Prenant des œufs,[65] le nombre que tu voudras; lave-(les) dans de l’eau saumâtre, puis essuie-les) Lave-(les) de nouveau dans de l’eau de natron; puis après les avoir cassés, sépare les coquilles de leurs membranes (intérieures), dépose les jaunes isolément et le blanc isolément. Après avoir égorgé de petits oiseaux noirs, recueilli leur sang et l’avoir mis dans l’appareil, retires-en l’eau, soit au moyen d’un feu doux, soit d’un feu immatériel qui ne brûle pas.[66] Garde le résidu et l’eau. Si l’on obtient aussi de l’huile, mets-la à l’ombre. Quant au blanc d’œuf, soumets-le à l’extraction au moyen du feu; tires-en l’eau et l’huile séparément, ainsi que le résidu, et garde ensemble à l’ombre. Broyant les coquilles avec les membranes, mets-(les) dans deux creusets, lutés avec de la terre broyée et feutrée avec des poils. Chauffe fortement au moyen de deux soufflets de peau, jusqu’à effervescence et jusqu’à ce que tu n’entendes plus le bouillonnement; car lorsque (la matière) se trouve à point à l’intérieur, le bouillonnement cesse dès que tu reconnaîtras à ce signe que le produit est cuit, laisse refroidir, en déposant (le creuset) sur le fourneau; puis, en cassant (le creuset), tu trouveras du verre vert, 2. Semblablement, prenant aussi le résidu du blanc, et le mettant dans deux creusets, bien calfeutrés, fais chauffer le tout ensemble et tu trouveras du verre couleur citron, dit de Bérénice. 3. (Prenant) les jaunes, mettant leurs résidus dans deux creusets et chauffant, tu trouveras du verre blanc. 4. Semblablement, faisant chauffer les résidus du sang, tu trouveras du verre bleuâtre, celui qu’on appelle bleu. 5. Lorsque[67] tu auras fait chauffer ainsi isolément ces quatre corps, et que tu auras fabriqué isolément ces verres; alors prends ces (matières) en proportion égale, mélange-les et broie-les toutes ensemble. Mets le tout dans deux creusets, l’un au-dessus, l’autre au-dessous; fais fondre. Toutes ces (matières) doivent avoir été chauffées auparavant fortement. Lorsqu’elles auront bouilli et qu’elles seront à point, laisse le produit digérer, puis refroidir. Retire le tout des vases et broie finement. Alors, reprend les huiles tirées de tous les corps,[68] mélange-les ensemble et sers-t’en pour arroser (la poudre); de façon à donner à la composition la consistance d’une pâte fermentée épaisse, en délayant l’huile avec les verres, qui en représentent les corps. Laisse ensuite dans le mortier et expose au soleil dans le mortier même, pendant 3 jours. Lorsque ce ferment aura été exposé au soleil, il devra être cuit légèrement, et il produira du cinabre (ou de l’or?).[69] V. vii. — COLORATION DES PIERRES, DES ÉMERAUDES, DES ESCARBOUCLES ET DES AMÉTHYSTESD’APRÈS LE LIVRE TIRÉ DU SANCTUAIRE DES TEMPLES[70]1. Prends de la comaris,[71] difficile à trouver, matière que les Perses et les Égyptiens nomment talac, et d’autres talc, une demi-once; du soufre, une demi-once; et de l’eau de soufre natif, 18 onces. Délaie la comaris et incorpore-la avec le mercure. Puis mets dans un verre de forme courbe (fiole?), et conserve. 2. Lorsque tu voudras colorer une émeraude, prends de la rouille de cuivre et du vinaigre de première qualité; broie dans un mortier de verre; après avoir mélangé de la bile de taureau ou de vautour desséchée et après avoir unis (ces produits) dans un mélange homogène, formes-en des boulettes, laisse refroidir à l’ombre, et conserve. 3. Lorsque tu veux colorer une pierre, mets ces boulettes dans un mortier de verre, et après avoir broyé, forme un mélange homogène avec le produit retiré du vase de forme courbe. Après avoir délayé le tout ensemble, fais une liqueur et mets dans une bassine de verre, enduite d’un lut qui résiste au feu. Prends les objets de verre, de telle forme que tu voudras; introduis-les dans la bassine lutée qui contient la liqueur; place des charbons, de façon à chauffer par dessous à une douce chaleur; laisse prendre un seul bouillon, puis ôtant du feu, mets dans un lieu (frais), et laisse tremper pendant 3 jours. Après avoir retiré (les objets), tu obtiendras par la grâce de Dieu le résultat cherché.[72] 4. En suivant la même marche, s’il s’agit de l’escarboucle,[73] mets en boulettes du sang de serpent (sang dragon)[74] et du suc d’orcanette; délayant avec l’eau mentionnée plus haut dans (l’article de) l’émeraude, places-y l’objet de verre et tu le coloreras. 5. Semblablement aussi pour l’améthyste, délaie de l’azur avec du suc d’isatis et fais des boulettes, comme il a été expliqué plus haut; car il n’y a rien de meilleur. 6. QUELLES ESPECES PRODUISENT LA COLORATION DES PIERRES (PRÉCIEUSES) ET PAR QUEL TRAITEMENT.[75] — Nous savons que l’agent commun dans les œuvres de cet art, c’est la comaris, et nous nous proposons de parler de la coloration des pierres. Voyons d’abord quelles espèces sont susceptibles de colorer les pierres; comment, unies à la comaris, elles colorent les verres, ou augmentent la teinte des (pierres) naturelles; quels (sont) les vases et les moyens du traitement. En ce qui touche la fabrication des émeraudes, suivant l’opinion d’Ostanès, ce compilateur universel des anciens, (les espèces employées sont) la rouille du cuivre, les biles de toutes sortes d’animaux et matières similaires. Pour les hyacinthes (améthystes), on emploie la plante du même nom (jacinthe) et la racine d’isatis, mise en décoction avec elle. Pour l’escarboucle, c’est l’orcanette et le sang-dragon. Pour l’escarboucle qui brille la nuit, et qui est appelé couleur (de pourpre) marine, ce sont les biles d’animaux marins, poissons ou cétacés; à cause de leur propriété de briller la nuit, et surtout de leur couleur plus ou moins glauque. C’est ce que manifestent leurs entrailles, leurs écailles et leurs os phosphorescents. En effet, Marie s’exprime ainsi « Si tu veux (teindre) en vert, mélange la rouille du cuivre avec la bile de tortue; si tu veux (obtenir une couleur) plus belle, c’est avec la bile de la tortue d’Inde. Mets-y les objets, et (la teinture) sera tout à fait de première qualité. Si tu n’as pas de bile de tortue, emploie du poumon marin bleu,[76] et tu feras une teinture plus belle. Lorsqu’elle est complètement développée, les objets teints émettent une lueur. » Ainsi Ostanès, pour les émeraudes, a pris les biles des animaux et la rouille du cuivre, sans y ajouter la couleur marine. Pour l’hyacinthe, il a pris la plante du même nom, le noir Indien et la racine d’isatis. Pour le rubis, l’orcanette et le sang-dragon, Marie a pris, de son côté, la rouille du cuivre et les biles des animaux marins. Quant à la pierre qui brille la nuit, c’est celle que les savants en matière de pierres appellent hyacinthe. C’est pourquoi il continue en ces termes « Lorsque la teinture est complètement développée, les objets projettent une lueur pareille aux rayons du soleil. » 7. Où les pierres prennent-elles cet éclat flamboyant? car ni les biles, ni la rouille du cuivre ne peuvent le leur donner, étant vertes par nature. Que dirons-nous (à ce sujet)? Est-ce qu’une opération si utile a échappé à Marie? Celle-ci, (parle) de la fabrication des rubis, qu’elle a exposée en détail plus haut. Ostanès, lui, prend l’orcanette, le sang-dragon, et les agents colorants pour d’autres pierres. Il a parlé d’abord de la teinture de la pierre en rouge couleur de feu, mais qui ne brille pas la nuit. Dans ce passage, l’opérateur expose que la pierre la plus précieuse qu’il convienne de préparer et de teindre est celle qui émet des rayons lumineux la nuit: de telle sorte que ceux qui la possèdent puissent lire et écrire presque comme en plein jour. En effet, chaque escarboucle (teinte) peut être vue séparément de nuit, en raison de sa grosseur propre et de sa pureté, que la pierre soit naturelle ou artificielle. On peut se diriger à l’aide de la lumière, ainsi émise en vertu de la propriété (de ces pierres) de briller la nuit. Car le mot employé ici ne s’applique pas seulement à la pierre qui brille le jour, mais à celle qui brille la nuit. 8. Les biles des animaux en perdant leur matière aqueuse, sont desséchées à l’ombre. Dans cet état, on les incorpore à la rouille de notre cuivre, ainsi qu’à la comaris; on fait cuire le tout ensemble, suivant les règles de l’art. Colorées par l’eau (divine), elles prennent une teinte stable. Cette eau étant écartée, les pierres sont chauffées, et encore chaudes, trempées dans la teinture, suivant les préceptes des Hébreux. Si toutefois la couleur tirée des biles ne donne pas à la pierre un vert suffisamment intense, on met celle-ci dans notre rouille, en ajoutant de la rouille de plomb commun, un peu de couperose et toutes les matières susceptibles de servir aux pierres que l’on veut surteindre, ou qui contiennent des figures: cela se fait principalement pour les émeraudes. Il faut savoir que les biles des animaux marins ajoutent la phosphorescence à la coloration propre de chaque pierre, lorsqu’on les introduit en proportion convenable dans les (matières) tinctoriales propres à chaque couleur, ou avec certaines autres espèces. Il faut que toute teinture soit exécutée dans des vases de verre clairs, et toute chose accomplie suivant la règle universelle. Tu comprends qu’il doit en être ainsi, et que ces choses ne doivent pas être négligées.[77] 10. PROCÉDÉ POUR DONNER DE L’ÉCLAT AUX COULEURS ET POUR FABRIQUER DES PIERRES TEINTES.[78] — Le Philosophe, nous enseignant quel est le procédé pour donner de l’éclat aux couleurs des pierres teintes, dans le (livre) qui traite des pierres teintes par le cuivre, s’exprime en ces termes Ainsi que je l’ai appris dans le livre traditionnel, on prend la bile d’ichneumon, la bile de vautour. Dans ces biles, on fait macérer la rouille du cuivre pendant 40 jours, afin que la matière décomposée fournisse la substance qui colore les pierres et que la rouille rende cette espèce inaltérable, suivant Agathodémon. » C’est de cela que parle Moïse le divin prophète, dans sa Chimie:[79] « Plaçant toutes choses dans un petit ballon de verre, fais cuire jusqu’à ce que le produit devienne couleur de cinabre et accomplisse le mystère divin. » Il fait entendre que la chaleur doit être inoffensive et proportionnée à la composition, en parlant de l’exposition au soleil. Il le montre clairement aussi par sa lettre en vers iambiques adressée à Sanis, où il disait avec clarté: Et tu traiteras toutes choses comme (par l’exposition) à un soleil fort. 11. SUR L’ART CHIMIQUE. — Prenant de la rubrique, 3 livres; du verre pur, 1 livre; de l’étain, 2 hexages; délaie avec l’eau de soufre en consistance pâteuse. Mets ces matières dans un pot neuf et fais-les cuire sur du charbon, jusqu’à ce qu’il se forme du verre vert. Si le feu est de longue durée, la matière prend l’apparence de l’or; et si l’on poursuit encore davantage, elle blanchit comme du cristal. 12. AUTRE CHAPITRE SUR LES PIERRES.[80] — Parmi les pierres, les unes sont teintes (simplement); les autres le sont avec l’emploi d’un fixateur. Parmi les pierres teintes, les unes sont colorées après attaque, et les autres sont teintes à leur surface dans leur état d’intégrité. De même aussi, parmi les (pierres) teintes, celles qui sont attaquées, ne le sont pas toutes dans leur étendue totale, les unes étant hétérogènes et les autres homogènes. Nous parlerons d’abord des (pierres) teintes à la surface, d’une façon uniforme, et ensuite des (pierres) teintes d’une façon hétérogène; enfin, de la fabrication des perles.[81] 13. Il est nécessaire de connaître la préparation et la fabrication complète des pierres, au moyen d’une seule liqueur. Cherchons avant tout si une seule liqueur sert au travail complet; ou bien s’il en faut deux, ou trois. En effet, toute pierre a besoin d’être amollie,[82] teinte et fixée. Voici comment on opère la fixation. Il faut d’abord amollir la pierre, conformément à l’opinion du bon Philosophe; l’amollissement est nécessaire, afin qu’elle puisse recevoir la couleur. Puis vient la teinture, en vue de la beauté et de la fin désirée; enfin on opère la fixation, en vue d’amener (la pierre) à sa forme (dernière). De même dans les préparations concernant l’or et l’argent, nous avons besoin d’opérer l’imbibition, la teinture et la fixation; car sans l’accomplissement de ces opérations le métal ne saurait éprouver l’action de la poudre de projection, qui doit le teindre. La même nécessité existe pour la teinture des pierres. 14. Quelques-uns ont travaillé au moyen de (deux ou) trois liqueurs: ce qu’ils ont exposé, non en parlant de la fixation, mais de la classe des liqueurs, ils amollissent dans une liqueur; puis ils fixent (dans une seconde liqueur (?); enfin ils teignent et fixent tout ensemble, en opérant la teinture dans une autre liqueur. D’autres ont exécuté le tout au moyen d’une seule liqueur, amollissant, fixant et teignant du même coup. C’est là ce qu’ils ont exposé d’abord; puis ils ont expliqué que l’on opère la fixation comme pour les perles. Entre mille auteurs qui ont donné cet enseignement, je citerai Démocrite, Marie et Zosime, s’agit du traitement complet par une seule liqueur C’est là le procédé de la teinture à froid, suivi pour la pourpre:[83] car la même (pourpre) peut-être fixée et teinte préalablement avec la cochenille, puis, surteinte en bleu. Il est possible de teindre et de fixer en même temps, en recourant à un mordant pour la teinture, et en opérant de telle sorte qu’une liqueur unique joue le rôle de mordant, parce qu’elle imbibe, teint et fixe à la fois, ainsi que le dit le Philosophe, des liquides propres aux deux premières compositions. De cette façon, non seulement l’artisan réussira, grâce au concours de cette liqueur ; mais il sera sûr en tout du succès. 15. Il y a l’amollissement, le mordant,[84] et la teinture. Quand même tous les autres auteurs passeraient outre, il faut considérer dans divers cas avec le Philosophe que si nous laissons les crevasses des pierres sans les remplir auparavant, le travail demeure imparfait. Il expose la coloration et tout ce qui concerne les pierres et les perles, en trois chapitres. 16. Comment on exécute le traitement pour teindre en pourpre au moyen des matières précédentes; quelle est la pourpre type; quelle est la soudure d’or; et, en troisième lieu, quelle est la teinture des objets consacrés; comment on atteint la perfection des œuvres de l’art; d’après le traité relatif aux pierres, et les principes empruntés aux anciens, voilà ce que nous allons vous développer. Je veux que vous sachiez que les pierres et les perles étaient nommées par eux l’eau divine native,[85] c’est-à-dire l’eau de pourpre, à cause de son prix et de sa fixité; car leur enseignement ne s’applique pas aux pierres tirées de la terre. Le Philosophe le montre dans son exposé des travaux relatifs à l’ios. En effet, il dit clairement qu’il ne s’agit pas de la pierre fixatrice, ni de la partie sèche ou humide de la pierre; mais d’une méthode pratique, dans laquelle concourent la qualité des p |