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Oeuvre numérisée par Marc Szwajcer

 

 

 

 


Introduction - Première partie Troisième partie - Quatrième partie - Cinquième partie - Sixième partie

DEUXIÈME PARTIE

TRAITES DEMOCRITAINS

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II. i. — DEMOCRITE

QUESTIONS NATURELLES ET MYSTÉRIEUSES

1. Mettez dans une livre de pourpre, un poids de deux oboles de scories de fer, macérées dans sept drachmes d’urine, posez surie feu jusqu’à ébullition. Puis, enlevant du feu la décoction, mettez le tout dans un vase. Retirant d’abord la pourpre, versez la décoction sur la pourpre et laissez tremper une nuit et un jour. Puis, prenant quatre livres de lichen marin,[1] versez de l’eau de façon qu’il y ait au-dessus du lichen quatre doigts d’eau, et tenez (le mélange dans cet état) jusqu’à ce qu’il s’épaississe; filtrez alors, faites chauffer et versez sur la laine disposée d’avance. Foulez ce qui est trop lâche, de façon que le jus pénètre la laine à fond; puis laissez deux nuits et deux jours. Prenez ensuite et faites sécher à l’ombre; déversez le jus.

Puis reprenez le même jus et, dans deux livres de ce jus, mettez de l’eau, de façon à reproduire la première proportion. Tenez de même (le mélange dans cet état), jusqu’à ce qu’il s’épaississe; puis l’ayant filtré, mettez-y de la laine, comme tout d’abord, et laissez une nuit et un jour. Prenez ensuite et rincez dans l’urine, puis séchez à l’ombre.

Prenez de l’orcanette,[2] broyez; mettez quatre livres d’oseille et faites bouillir avec de l’urine, jusqu’à ce que l’oseille soit délayée; ayant filtré l’eau, mettez l’orcanette, faites cuire jusqu’à épaississement et, ayant filtré à nouveau l’orcanette, mettez la laine. Ensuite lavez avec l’urine, et après cela avec de l’eau. Faites sécher de même à l’ombre, Exposez aux vapeurs des algues marines la laine trempée dans l’urine, pendant 2 jours.

a. Voici ce qui entre dans la composition de la pourpre: l’algue qu’on appelle fausse pourpre,[3] le coccus,[4] la couleur marine,[5] l’orcanette[6] de Laodicée, le cremnos,[7] la garance d’Italie, le phyllanthion d’Occident,[8] le ver à pourpre,[9] tiré de, le rose d’Italie. Ces couleurs ont été estimées entre toutes par nos prédécesseurs. Celles qui ne donnent pas de teinture fixe sont de nulle valeur. Telles sont la cochenille de Galatie, la couleur d’Achaïe, qu’on appelle laccha, celle de Syrie qu’on appelle rhizion, le coquillage et le double coquillage de Libye, la coquille d’Égypte de la région maritime qu’on appelle pinna, la plante appelée isatis, et la couleur de la Syrie supérieure que l’on appelle murex. Ces couleurs ne sont pas solides, ni estimées parmi nous, excepté celle de l’isatis.[10]

3. Ayant recueilli ces notions de notre maître précité, et connaissant la diversité de la matière, nous nous sommes efforcés de faire concorder les natures. Mais, notre maître étant mort avant que nous fussions initiés, et dans un temps où nous nous occupions encore de la connaissance de la matière, on nous dit qu’il fallait essayer de l’évoquer de l’Hadès. Et je m’efforçais d’atteindre ce but, en l’invoquant directement par ces mots: Par quels dons récompenses-tu ce que j’ai fait pour toi? Après ces mots, je gardai le silence. Comme je l’invoquais à plusieurs reprises, lui demandant comment je pourrais faire concorder les natures, il me dit qu’il lui était difficile de parler sans la permission du Démon (génie). Et il prononça seulement ces mots: « Les livres sont dans le Temple.

Retournant au Temple, je me mis à chercher si je pouvais être mis en possession des livres; car il ne m’avait pas parlé de ces livres de son vivant, étant mort sans avoir fait de dispositions testamentaires. Il avait, à ce qu’on prétend, pris un poison pour séparer son âme de son corps; ou bien, à ce que dit son fils, il avait avalé du poison par mégarde. Or, avant sa mort, il comptait montrer les livres à son fils seulement, quand celui-ci aurait dépassé le premier âge. Aucun de nous ne savait rien de ces livres. Comme après avoir fait des investigations nous n’avions rien trouvé, nous nous donnions un mal terrible (pour savoir) comment s’unissent et se confondent les substances et les natures. Mais lorsque nous eûmes opéré les compositions de la matière, le temps étant venu d’une cérémonie dans le Temple, nous fîmes un festin en commun. Donc, comme nous étions dans le naos, tout d’un coup, une certaine colonne s’ouvrit, mais nous n’y vîmes rien à l’intérieur. Or, ni lui, ni personne ne nous avait dit que les livres de son père y eussent été déposés. S’étant avancé, il nous conduisit à la colonne; nous étant penchés, nous vîmes avec surprise que rien ne nous avait échappé, sauf cette for. mule précieuse que nous y trouvâmes:

« La nature jouit de la nature; la nature triomphe de la nature; la nature maîtrise la nature.

Nous fûmes très surpris qu’il eût rassemblé en si peu de mots tout son écrit.

« Je viens[11] moi aussi apporter en Égypte le traité sur les (questions) naturelles, afin que vous vous éleviez au-dessus de la curiosité du vulgaire[12] et de la matière confuse. »

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CHRYSOPEE

4. Prenant du mercure, fixez-le avec le corps métallique[13] de la magnésie,[14] ou avec le corps métallique de l’antimoine d’Italie, ou avec du soufre apyre, ou avec de la sélénite, ou avec de la pierre calcaire cuite, ou avec l’alun de Milo, ou avec l’arsenic,[15] ou comme vous l’entendrez. Mettez la terre blanche (ainsi préparée) sur du cuivre et vous aurez du cuivre sans ombre.[16] Ajoutez de l’argent jaune[17] et vous aurez de l’or; avec l’or (le résultat) sera du chrysocorail[18] réduit en corps (métallique).

Le même effet s’obtient avec l’arsenic jaune[19] et la sandaraque[20] traitée convenablement, ainsi qu’avec le cinabre tout à fait transformé. Le mercure seul produit le cuivre sans ombre. La nature triomphe de la nature.[21]

5. Traitez la pyrite d’argent, que l’on nomme aussi sidérite, suivant l’usage, de manière à la rendre fluide. Or, on la rendra fluide au moyen de la litharge grise, ou de la blanche, ou au moyen de l’antimoine d’Italie. Puis saupoudrez avec du plomb (je ne dis pas simplement avec du plomb, pour que vous ne fassiez pas d’erreur, mais avec le plomb de Coptos) et avec notre litharge noire, ou comme vous l’entendrez. Faites chauffer, puis mettez dans la matière du jaune factice et teignez.[22] La nature jouit de la nature.

6. Traitez la pyrite jusqu’à ce qu’elle devienne incombustible,[23] après avoir perdu sa couleur noire. Traitez-la avec la saumure, ou avec l’urine non corrompue, ou avec l’eau de mer, ou avec l’oxymel, ou comme vous l’entendrez, et faites cuire jusqu’à ce qu’elle devienne pareille aux paillettes d’or qui n’ont pas subi l’action du feu. Cela réalisé, mêlez-y du soufre apyre ou de l’alun jaune, ou de l’ocre attique, ou ce qui vous conviendra. Puis ajoutez de l’argent, pour avoir de l’or; et de l’or, pour avoir la coquille d’or. La nature domine la nature.[24]

7. Fabrication de l’or jaune. — Prenant du claudianos,[25] rendez-le brillant et traitez-le selon l’usage, jusqu’à ce qu’il devienne jaune. Par conséquent jaunissez-le (pour jaunir je ne parle pas de la pierre, mais de la partie utile de la pierre).[26] Or vous jaunirez avec l’alun décomposé, avec le soufre, ou avec l’arsenic, ou avec la sandaraque, ou avec le calcaire, ou avec ce que vous voudrez. Et si vous ajoutez ce composé à l’argent, vous obtiendrez de l’or; si vous l’ajoutez à l’or, vous obtiendrez de la coquille d’or.[27] La nature victorieuse domine la nature.

8. Rendez le cinabre[28] blanc au moyen de l’huile, ou du vinaigre, ou du miel, ou de la saumure, ou de l’alun;[29] puis jaune au moyen du misy, ou du sory,[30] ou de la couperose, ou du soufre apyre, ou comme vous l’entendrez. Jetez (le mélange) sur de l’argent et vous obtiendrez de l’or, si vous avez opéré la teinture en vue de l’or; ou de l’électrum, si vous avez opéré sur du cuivre.[31] La nature jouit de la nature.

9. Faites blanchir selon l’usage la cadmie de Chypre, je parle de celle qui a été affinée. Ensuite faites.la jaunir; or vous la jaunirez avec de la bile de veau, ou de la térébenthine, ou de l’huile de ricin, ou de raifort, ou avec des jaunes d’œufs, toutes substances pouvant la jaunir; puis jetez le mélange sur de l’or. Car l’or s’obtiendra au moyen de l’or et de la liqueur d’or. La nature triomphe de la nature.[32]

10. Traitez l’androdamas[33] avec du vin âpre au goût, ou de l’eau de mer, ou de l’urine, ou de la saumure, toutes substances pouvant éteindre sa force naturelle. Délayez avec de l’antimoine de Chalcédoine, puis traitez de nouveau avec de l’eau de mer, ou de la saumure pure, ou mêlée de vinaigre. Lavez jusqu’à ce que la couleur noire de l’antimoine ait disparu.[34] Faites griller ou cuire, jusqu’à ce que la matière ait jauni;[35] puis faites bouillir dans l’eau du soufre natif.[36] Jetez sur l’argent et, lorsque vous aurez mis du soufre apyre, vous obtiendrez de la liqueur d’or.[37] La nature domine la nature.

11. Prenant de la terre blanche, j’entends celle que l’on tire de la céruse, et des scories d’argent,[38] ou de l’antimoine d’Italie; puis de la magnésie, ou encore de la litharge blanche, faites blanchir. Or vous faites blanchir (cette terre) avec de l’eau de mer ou de la saumure adoucie, ou de l’eau du ciel: j’entends en l’exposant à la rosée et au soleil, de façon que (cette terre) réduite en poudre devienne blanche comme la céruse. Faites fondre et mettez de la fleur de cuivre[39] et de la rouille raclée (je parle de celle qui a subi le traitement); ou bien du cuivre brûlé très altéré, ou de la chalcite; et jetez-y du bleu,[40] jusqu’à ce que la matière devienne solide et compacte, effet qui sera facilement obtenu. Ce que l’on obtient ainsi, c’est le molybdochalque.[41] Assurez-vous aile produit est d’une teinte claire: s’il n’en est pas ainsi, ne vous en prenez pas au cuivre, mais plutôt à vous-même, vu que vous n’aurez pas fait une bonne opération. Préparez donc un métal de teinte claire, divisez-le et ajoutez les substances capables de le jaunir; cuisez, jusqu’à ce que la couleur jaune soit obtenue. Ajoutez-en dans toute espèce de corps métallique, car le cuivre de teinte claire, en devenant jaune, teint toute espèce de corps.[42] La nature triomphe de la nature.

12. Délayez avec du soufre apyre, du sory et de la couperose. Le sory est une matière bleuâtre, rugueuse, que l’on trouve toujours dans le misy: on l’appelle couperose verte.[43] Faites le cuire sur un feu modéré pendant trois jours, jusqu’à ce qu’il devienne jaune.[44] Jetez-le sur le cuivre, ou sur l’argent fabriqué par nous, et vous aurez de l’or.[45]

Déposez le métal réduit en feuilles dans du vinaigre, de la couperose, du misy, de l’alun, du sel de Cappadoce, du natron roux, ou ce que vous voudrez, pendant trois ou cinq ou six jours, jusqu’à ce qu’il se forme de la rouille, puis teignez.[46] Car la couperose fait de l’or avec la rouille. La nature jouit de la nature.

13. Mélange pour la teinture. Traitez la chrysocolle de Macédoine,[47] qui ressemble à la rouille de cuivre, en (la) délayant dans l’urine de génisse, jusqu’à ce qu’elle soit transformée. Car la nature est cachée à l’intérieur (des substances). Quand la chrysocolle sera transformée, plongez-la dans l’huile de ricin, en faisant passer au feu à plusieurs reprises et en teignant. Ensuite mettez cuire avec de l’alun, après avoir préalablement délayé avec du misy, ou du soufre apyre; jaunissez et teignez tout le métal en or.[48]

14. O natures productrices des natures,[49] ô natures majestueuses qui triomphez des natures par les transformations, ô natures qui charmez les natures d’une façon surnaturelle I Telles sont donc les choses qui concernent la grande nature. Il n’y a pas d’autres natures supérieures à celles-ci, dans les teintures; il n’en est pas d’égales, ni d’inférieures. Toutes ces choses sont exécutées au moyen de la dissolution. O mes confrères en prophétie, je sais que vous n’avez pas été enclins à l’incrédulité, mais à l’étonnement; car vous connaissez la puissance de la matière. Tandis que les jeunes gens sont embarrassés et n’ajoutent pas foi à ce qui est écrit, parce qu’ils sont dominés par leur ignorance de la matière; ne sachant pas que les enfants des médecins, lorsqu’ils veulent préparer un médicament propre à guérir, n’entreprennent pas de le faire avec un élan inconsidéré; mais Ils essaient d’abord quelle substance est chaude, quelle autre réunie à celle-ci opère un mélange moyen; quelle substance est froide ou humide, et dans quelle condition elle doit être pour favoriser un mélange moyen. Et c’est de cette façon qu’ils préparent le médicament qu’ils destinent à la guérison.

15. Mais ceux-ci, qui se proposent de préparer la cure de l’âme et la délivrance de toute peine, ne s’aperçoivent pas qu’ils seront embarrassés en procédant par un élan dénué de discernement et de raison. En effet, croyant que nous tenons des discours fabuleux et non symboliques, ils ne font aucune épreuve des espèces: de manière à voir par exemple si telle espèce est bonne pour nettoyer, telle autre accessoire; telle bonne pour teindre, telle pour produire la combinaison complète; si telle convient pour donner du brillant; tandis que telle autre est à éviter par rapport au brillant. Ils ne cherchent pas si telle substance ressortira du fond (de la matière teinte); si telle autre résistera au feu, et si telle autre par son adjonction rendra le corps plus résistant au feu. Ainsi, par exemple, comment le sel nettoie la surface du cuivre et même ses parties internes; et comment il rouille[50] les parties externes, après le décapage, et même les parties internes. Et ensuite, comment le mercure blanchit les parties externes du chrysochalque et les nettoie, et comment il blanchit les parties internes; comment il est éliminé à la surface et comment il sera éliminé des parties internes. Si les jeunes gens étaient exercés dans ces matières, ils n’échoueraient pas dans les préparations entreprises précipitamment. Car ils ne savent pas qu’une seule espèce transforme jusqu’à dix espèces de natures contraires. En effet une goutte d’huile suffit à faire disparaître une grande quantité de pourpre, et un peu de soufre peut brûler beaucoup d’espèces. Voilà ce que nous avions à dire sur les substances sèches, et comment il faut donner son attention à ce qui est écrit.

16. Maintenant, parlons des liqueurs. Prenant de la rhubarbe pontique, broyez-la dans du vin aminéen de saveur âpre. Amenez en consistance cireuse, étendez sur la feuille d’argent,[51] afin de produire l’or.[52] Donnez l’épaisseur de l’ongle et servez-vous d’une couche encore plus mince de la préparation; placez-la dans un vase neuf, luté de toutes parts; faites chauffer doucement jusqu’à pénétration jusqu’au centre de la feuille. Puis mettez la feuille métallique[53] dans le reste de la préparation.

Délayez dans le vin prescrit pour cet usage, jusqu’à ce que la liqueur s’épaississe. Mettez-y aussitôt la feuille, avant qu’elle ne soit encore refroidie. Laissez l’ambition se faire. Puis prenant (la feuille), fondez et vous trouverez de l’or. Si la rhubarbe est ancienne, mêlez-y une égale quantité de chélidoine, que vous aurez préalablement macérée selon l’usage; en effet la chélidoine a de l’affinité pour la rhubarbe. La nature jouit de la nature.

17. Prenez du safran de Cilicie;[54] délayez les fleurs de safran dans le jus de la vigne prescrit pour cet usage et faites une liqueur, à la manière ordinaire. Trempez-y l’argent en feuilles, jusqu’à ce que la couleur vous plaise. Et si c’est une feuille de cuivre, cela vaudra mieux: purifiez le cuivre au préalable, suivant l’usage. Puis prenant de la plante aristoloche, deux parties; du safran et de la chéildoine, une dose double: mettez en consistance de cire et, après avoir enduit la feuille, travaillez suivant la première marche vous serez surpris du résultat.

En effet le safran de Cnide a la même action que le mercure; comme le cassia a la même action que la cannelle. La nature triomphe de la nature.

18. Prenant notre plomb rendu peu fusible,[55] au moyen de la terre de Chio, de la pierre de Paros et de l’alun; faites-le fondre sur un feu de paille et projetez sur de la pyrite.

Prenez (d’autre part) le safran, le carthame, la fleur d’œchomène,[56] la chélidoine, le marc de safran et l’aristoloche; délayez-les dans du vinaigre très fort et faites une liqueur, suivant l’usage; puis laissez le plomb s’imbiber dans de la rhubarbe, et vous trouverez de l’or.[57] Que la composition contienne aussi un peu de soufre. La nature domine la nature.

ig. Cette matière de la Chrysopée, accomplie par des opérations naturelles, est telle de Pamménès, qui l’enseigna aux prêtres en Egypte. Or ne vous étonnez pas si une seule espèce accomplit un tel mystère.[58] Ne savez-vous pas que la multiplicité des préparations, même avec beaucoup de temps et de peine, ne ressoude pas la fracture du fer; tandis que l’excrément humain[59] y réussit aussitôt. Dans les maladies qui exigent l’emploi des caustiques, la multiplicité des remèdes ne sert à rien; tandis que la chaux vive seule, mise en œuvre convenablement, guérit la maladie. Souvent la variété des traitements dans l’ophtalmie a pour effet de faire du mal; tandis que le nerprun épineux est une plante qui réussit bien, dans toute affection de ce genre. Il faut donc dédaigner cet ensemble de matières vaines et intempestives et se servir des seules substances naturelles (convenables).[60] Maintenant jugez d’après cela si quelqu’un peut accomplir l’œuvre, sans les natures exposées précédemment. Mais si l’on ne peut rien faire sans elles, pourquoi aimons-nous cette fantaisie de matières diverses? Pourquoi, chez nous, ce concours de nombreuses espèces tendant au même résultat, étant donné qu’une seule nature triomphe du Tout?

Voyons la composition des espèces, en vue de l’Argyropée.

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FABRICATION DE L’ASEM[61]

20. Fixez suivant l’usage le mercure[62] tiré de l’arsenic ou de la sandaraque, ou préparé comme vous l’entendrez; projetez (le) sur le cuivre et le fer[63] traité par le soufre, et le métal deviendra blanc.[64]

Le même effet est produit par la magnésie blanchie,[65] l’arsenic[66] transformé,[67] la cadmie calcinée, la sandaraque[68] apyre,[69] la pyrite blanchie,[70] et la céruse[71] cuite avec du soufre. Vous amollirez le fer en y mettant de la magnésie, ou du soufre,[72] moitié moins, ou de la pierre magnétique en petite quantité; car la pierre magnétique a de l’affinité pour le fer. La nature charme la nature.

z s. Prenant la vapeur[73] décrite précédemment, faites la cuire dans l’huile de ricin[74] ou de raifort, avec addition d’un peu d’alun. Puis prenant de l’étain, purifiez avec du soufre suivant l’usage, ou avec de la pyrite,[75] ou comme vous l’entendrez. Incorporez avec la vapeur (mercurielle) et faites le mélange. Mettez cuire sur une flamme enveloppante, et vous trouverez un produit analogue à la céruse. Cette préparation blanchit toute sorte de corps (métalliques). Mêlez-y dans les projections la terre de Chio,[76] ou l’astérite, ou la sélénite, ou ce que vous voudrez; car la sélénite mêlée au mercure blanchit toute sorte de corps. La nature triomphe de la nature.[77]

22. Magnésie blanche:[78] blanchissez-la avec de la saumure et de l’alun lamelleux, dans de l’eau de mer;[79] ou dans un jus naturel, je parle du jus de citron; ou bien dans la vapeur de soufre. Car la fumée du soufre étant blanche, blanchit tout. Quelques-uns disent aussi que la fumée des cobathia[80] blanchit (la magnésie?) Mêlez-y après le blanchiment une quantité égale de lie, afin qu’elle devienne très blanche. Après avoir pris 4 onces de cuivre blanchâtre, je parle de l’orichalque, fondez-les et jetez-y peu à peu 1 once d’étain purifié d’avance, en agitant par en bas (le creuset) avec la main, jusqu’à ce que les substances se soient mariées. Projetez ainsi la moitié de la préparation blanche, et ce sera la première (opération; car la magnésie blanchie ne rend pas les corps métalliques fragiles, et ne ternit pas l’éclat du cuivre. La nature domine la nature.

23. Prenant du soufre blanc, blanchissez-le en le délayant au soleil, avec de l’urine, ou avec de l’alun et de la saumure de sel. Le soufre natif est de beaucoup le plus blanc. Délayez-le avec de la sandaraque, et de l’urine de génisse, pendant 6 jours, jusqu’à ce que la préparation devienne semblable au marbre. Quand elle le sera devenue, il y aura là un grand mystère; car elle blanchit le cuivre, elle amollit le fer, elle rend l’étain compacte,[81] et le plomb peu fusible; elle rend solides les substances métalliques et fixe les teintures. Le soufre mglé au soufre rend les substances métalliques sulfureuses, parce qu’elles ont une grande affinité pour lui. Les natures charment les natures.[82]

24. Broyez la litharge propre à blanchir avec du soufre, ou de la cadmie, ou de l’arsenic, ou de la pyrite, ou de l’oxymel,[83] afin qu’elle ne soit plus fluide. Faites cuire sur un feu très clair, après avoir consolidé le vase. Tenez la composition dans l’état, en y ajoutant du calcaire cuit, imbibé de vinaigre, pendant 3 jours, afin qu’elle devienne plus propre à décaper. Projetez donc (sur le métal) la préparation devenue plus blanche que la céruse. Elle devient souvent jaune, si le feu a été excessif; mais si elle devient jaune, dès lors elle ne vous est plus utile; car il s’agit de blanchir les corps métalliques. Faites-la donc cuire convenablement et jetez-la sur tout corps métallique destiné à tre blanchi. Si la litharge perd sa fluidité, elle ne peut plus redevenir du plomb. Or cela arrive facilement, car la nature du plomb se transforme aisément en beaucoup d’autres. Les natures triomphent des natures.

25. Prenant du safran de Cnide, broyez-le dans de l’eau de mer ou de la saumure et faites une liqueur; mettez sur le feu et teignez-y des feuilles de cuivre, de plomb, de fer, jusqu’à ce que le résultat vous plaise.[84] (Ces feuilles) deviennent ainsi blanches. Puis prenez la moitié de la préparation, et délayez avec de la sandaraque, ou de l’arsenic blanc, ou du soufre apyre, ou ce que vous voudrez, et donnez (au mélange) la consistance cireuse. Enduisez la feuille et placez dans un vase neuf bien luté, selon l’usage. Placez sur un feu de sciure de bois pendant tout un jour. Ensuite, ayant enlevé (du feu), placez dans une liqueur pure, et le cuivre sera blanc, très blanc. Faites le surplus comme l’artisan; car le safran de Cilicie blanchit avec l’eau de mer et jaunit avec le vin. La nature charme la nature.

26. Prenez de la litharge blanche et broyez-la avec des feuilles de laurier, de la terre Cimolienne, du miel et de la sandaraque blanche, et faites un mélange visqueux. Enduisez le métal avec la moitié de la préparation, puis mettez au feu selon l’usage. Trempez dans le reste de la préparation, après avoir délayé avec de l’eau et de la cendre de bois de peuplier; car les mélanges sans substance propre[85] opèrent bien sans feu. On rend ainsi les teintures[86] capables de résister à la chaleur, même aidée des liquides. La nature triomphe de la nature.

27. Prenant la vapeur sublimée décrite plus haut, broyez avec de l’alun et du misy, et après avoir imbibé avec du vinaigre, jetez-y un peu de cadmie blanche, ou de magnésie, ou de chaux vive, afin que d’un corps métallique il s’en forme un autre. Broyez avec du miel très blanc; faites une liqueur, dans laquelle vous teindrez à chaud ce que vous voudrez; laissez déposer et la transformation sera accomplie. Ajoutez à la composition un peu de soufre apyre, afin que la préparation pénètre à l’intérieur.[87] La nature domine la nature.

28. Prenez 1 once d’arsenic, une demi-once de natron, 2 onces de la pellicule des feuilles tendres du pêcher, une demie (once) de sel, 1 once de suc de mûrier, de l’alun schisteux une quantité égale. Délayez tout ensemble dans du vinaigre, ou de l’urine, ou de la chaux liquide,[88] jusqu’à ce qu’il se forme un liquide (homogène). Teignez-y à chaud les feuilles obscurcies (oxydées) du métal et vous obtiendrez un métal sans ombre (brillant).[89] La nature domine la nature.

29. Ecartez toutes les choses utiles à l’or et à l’argent, et il ne reste rien; il n’y a plus rien à exposer, excepté la montée (évaporation) de la vapeur sublimée et de l’eau;[90] mais je passe à dessein ces choses sous silence, attendu qu’elles figurent largement dans mes autres écrits. Profitez du présent écrit.[91]

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II. ii. — DÉMOCRITE A LEUCIPPE

(Livre V de Démocrite adressé à Leucippe.)

Démocrite à Leucippe, son ami, salut.[92]

Sache ce qu’il y avait sur ces arts des Égyptiens, ô Leucippe, dans les livres des prophètes persans.[93] J’ai écrit dans le dialecte vulgaire; parce que c’est celui qui convient le mieux au sujet; mais le livre lui-marne n’est pas vulgaire; car il contient des énigmes mystiques, anciennes et très raisonnables; énigmes que les ancêtres et les rois de la divine Égypte ont exposées.[94]

Quant à moi qui suis ton ami, je me servirai d’énigmes raisonnables, telles que personne n’en a écrites pour moi parmi les initiés Egyptiens. Toi, médecin, qui as l’esprit éveillé, j’aurai soin de t’expliquer ouvertement toutes choses. L’ouvrage comprend le blanchiment et le jaunissement, ainsi que les amollissements et les cuissons du minerai de cuivre. Je laisse de côté la teinture; mais plus tard je reviendrai sur tous les produits singuliers qui se fabriquent au moyen de ce mime cuivre et du cinabre. Tu peux faire de l’or avec la cadmie et les autres espèces, par calcinations et alliages, et fabriquer des produits singuliers.

2. Or, le livre commence ainsi: Prenez de l’arsenic lamelleux, et fabriquez des feuilles métalliques. Mettez dans un pot rond, et brûlez. Puis, lorsque (la préparation) est à point, jetez-y du lait ancien, en le versant sans incliner le vase. Lorsqu’il est coagulé, enlevez et délayez avec de l’alun arrosé d’urine de génisse, pendant sept jours; puis, faites sécher au soleil; et délayez-y de nouveau de la saumure; jetez-y l’efflorescence saline;[95] gardez pendant sept jours, et le produit se forme. Prenez-le; faites sécher de nouveau au soleil; mettez cette (préparation) dans un pot, faites-la cuire avec de l’huile de ricin ou de raifort, jusqu’à ce qu’elle devienne jaune. Projetez-y du cuivre et il blanchira. Le même effet est produit par la sandaraque. En traitant de même par la matière verte, la moitié du cuivre sera employée pour le jaunissement, et l’autre partie pour certains arrangements.[96]

3. Voici comment s’opère le traitement des matières sulfureuses pour le blanchiment du cuivre. Prenant de l’arsenic, faites macérer, soit dans le sel pendant neuf jours, soit dans l’urine d’un impubère; ou bien, car cela vaut mieux, pendant vingt et un jours. Puis délayez dans du vinaigre[97] de citron, pendant sept jours, en y mélangeant la partie blanche des citrons; ensuite faites sécher. Puis, prenant de la sandaraque couleur de fer, mettez-la en morceaux et faites macérer dans la saumure, pendant vingt et un jours. Puis, prenant de l’eau et du calcaire, faites une liqueur, desséchez et conservez. Ensuite, prenant la sandaraque, faites la bouillir avec de l’huile pendant un jour; faites bouillir pareillement sur (un feu) de sciure de bois, avec de la chaux et maintenez l’eau en contact pendant un jour et une nuit. Ensuite, prenant de l’une et de l’autre parties égales, jetez dans une rogé.[98] Faites cuire dans l’huile de ricin ou de raifort, jusqu’à ce que la matière soit sèche, et conservez. Ensuite (prenant) du minerai de cuivre, pareil (en couleur) au corail natif, sans opérer la fusion à la façon des artisans, mélangez (?). D’abord nettoyez le vase de verre (destiné à contenir le mélange?); puis, affinez de la manière que j’exposerai plus tard. Ensuite, projetez (sur le métal), et le produit sera blanchi.[99] Partagez en deux pour l’usage, ainsi que je vous l’ai dit plus haut.[100]

4. Prenant seulement deux parties du cuivre traité; de l’arsenic et de la sandaraque, une partie de chaque; de l’alun, une demi-partie; et de la pute de safran, deux parties; délayez, pendant vingt et un, ou quatorze, ou sept jours. Pour délayer, jetez le liquide sur la matière, et après l’avoir épuisée, vous verrez pendant le délaiement, un changement de couleur, pareil à ceux du caméléon. Mais lorsque la matière ne change plus et cesse d’offrir plusieurs apparences, alors comprenez que vous obtiendrez heureusement le délaiement en opérant, suivant le procédé des Prophètes égyptiens, dans un vase de verre; ils font cuire légèrement et ils projettent.

5. Pour notre part, ceux qui nous inspirent confiance exposent autrement, en langage ordinaire, les opérations subséquentes. Prenant le cuivre et plaçant dans le mortier la préparation huileuse, mettez le produit dans une boite et faites macérer pendant 31, ou 21, ou 15 jours, principalement dans le crottin de cheval;[101] enlevez ensuite et gardez. Délayez à la façon des médecins, jetant dans la composition du misy, de la couperose, en quantité convenable, du safran, de la chélidoine, à raison d’une partie de chaque contre quatre parties de rouille[102] macérée. Puis faites fondre, après avoir délayé avec un peu de jaune (bile de veau), et attendri avec de la gomme le produit amené à un état constant par la macération consciencieusement pratiquée. Lorsque vous aurez délayé à la manière des médecins, ajoutez quelque peu de la partie aqueuse des plantes, avec de l’efflorescence saline et du suc de poireau.[103] Ensuite reprenant le produit, faites le cuire à la manière des médecins dans une cuiller, en agitant avec une spatule. Broyez, faites cuire pendant trois jours: trois décoctions de quatre heures chaque jour. Lorsque vous aurez achevé la cuisson, en veillant à ce que la composition ne se dessèche pas, mais conserve la consistance oléagineuse mettez dans un vase de verre; faites digérer peu à peu dans du fumier, jusqu’à ce que la matière se solidifie. Enlevez et délayez: gardez.

Prenant du minerai d’argent; de la terre de la qualité la plus tendre, celle que quelques.uns nomment terre de Chio ou ochre, deux parties; du minium du Pont, une partie, et du contenu de la fiole, deux parties; délayez avec la partie liquide du soufre et faites cuire sur un feu régulier: vous trouverez un corps puissant, possédant la couleur du cinabre, ou du corail, ou du minium. Cette grande merveille, cette merveille inénarrable, on la nomme chrysocorail (corail d’or). Quant aux autres noms qu’elle reçoit, le vulgaire les ignore.[104] Projetez cette substance et soumettez l’argent à l’action du feu. Cache ce Tout[105] que nous avons blanchi; par crainte de l’envie, ô Leucippe. Bonne santé.

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II. iii. — SYNÉSIUS LE PHILOSOPHE A DIOSCORUS

SUR LE LIVRE DE DÉMOCRITE. — COMMENTAIRES

A Dioscorus, prêtre du grand Sérapis, à Alexandrie, avec l’approbation de Dieu, le philosophe Synésius, salut.

1. La lettre que tu m’as adressée sur le livre du divin Démocrite ne m’a pas laissé indifférent; loin de là. Avec beaucoup de zèle et un grand effort, je me suis mis l’esprit à la torture et j’ai eu hâte de venir auprès de toi. Nous nous proposons de dire quel était cet homme, le philosophe Démocrite, ce naturaliste venu d’Abdère, qui n dirigé ses investigations sur toutes les choses de la nature et qui n traité des êtres naturels. Abdère est une ville de Thrace. Démocrite était un très savant homme qui, venu en Egypte, fut initié aux mystères par le grand Ostanès, dans le sanctuaire de Memphis, par lui et ses disciples, prêtres d’Egypte. Tirant de lui ses principes, il composa quatre livres de teinture, sur l’or et l’argent,[106] sur les pierres et sur la pourpre. Par ces mots, s tirant ses principes, j’entends qu’il écrivit d’après le grand Ostanès. Car cet (écrivain) est le premier qui ait émis ces axiomes: « la nature est charmée par la nature; et e la nature domine la nature s; et « la nature triomphe de la nature s, etc.

2. Mais il est nécessaire que nous recherchions (le sens des écrits) du Philosophe[107] et que nous apprenions quelle est la pensée et quel est l’ordre de ses enseignements successifs. Qu’il ait formé deux catalogues, c’est un fait certain pour nous; car il a fait deux catalogues, à savoir: celui du jaune et celui du blanc. D’abord il a catalogué les solides, puis les liqueurs, c’est-à-dire les matières aqueuses, bien qu’aucune de celles-ci ne soit employée dans l’Art. En effet, lui-même, en parlant du grand Ostanès, atteste que celui-ci ne s’était pas servi des projections des Egyptiens, ni de leurs procédés de cuisson; mais qu’il opérait sur les substances avec des enduits placés au dehors, et faisant agir le feu il effectuait la préparation. Et il dit: c’est l’usage chez les Perses d’opérer ainsi.[108] Or ce qu’il dit signifie que: si tu n’atténues[109] pas les substances, si tu ne les dissous pas, si tu ne les épuises pas de leur partie liquide,[110] tu ne feras rien.

3. Arrivons maintenant aux discours de l’écrivain; écoutons ce qu’il dit.[111] Il est d’abord question de la rhubarbe du Pont. Remarque la circonspection de notre auteur. Il a commencé par les plantes, afin d’indiquer la fleur;[112] car les plantes portent des fleurs. Il a parlé de la rhubarbe du Pont, parce que le Pont-Euxin[113] est alimenté par les fleuves qui s’y écoulent. Voulant donc mettre ce point en lumière, il entend par là[114] l’épuisement de la partie liquide, l’assombrissement[115] et l’atténuation[116] des corps métalliques, ou des substances.

3 bis. Dioscorus. — Et dans quel sens dit-il: « le serment nous a été imposé de ne rien exposer clairement à personne »?

Synésius. — Il a dit avec raison « à personne s, c’est-à-dire à personne d’entre les non initiés. Le mot personne ne se rapporte pas à tout le monde absolument; car lui-même parle pour ceux qui sont initiés et qui ont l’esprit exercé.

4. Remarque encore ce qu’il dit dans l’Introduction de la Chrysopée: le mercure, provenant du cinabre et la chrysocolle.

D. — A-t-on besoin de ces sortes (de substances)?

S. —Non, Dioscorus.

D. — Mais desquelles a-t-on besoin?

S. — Tu l’as entendu dire; entends-le encore une fois. En parlant de la dissolution des corps (métalliques), on veut dire que tu les dissolves et que tu en fasses des eaux;[117] afin qu’ils deviennent fluides et qu’ils s’assombrissent[118] et qu’ils soient atténués.[119] C’est là ce que l’on appelle eau divine,[120] mercure, chrysocolle, soufre apyre.

Il y a aussi d’autres dénominations. Ainsi le blanchiment est une calcination, et le jaunissement une régénération ignée; car telles de ces (substances) se calcinent elles-mêmes, et (telles autres) se régénèrent elles-mêmes.[121] Mais le Philosophe les a désignées par plusieurs noms[122] et tantôt au singulier, tantôt au pluriel, afin de nous exercer et de voir si nous sommes intelligents; car il a dit, en poursuivant son discours: « Si tu es intelligent et que tu procèdes comme il a été écrit, tu seras bienheureux; car tu vaincras par la méthode la pauvreté, ce mal incurable ». Il nous détourne donc et nous détache de la vaine erreur, afin de nous affranchir de cette imagination de la pluralité des matières.[123]

Fais attention à ce qu’il dit dans l’Introduction de son livre: « Je viens moi aussi en Egypte, apportant les questions naturelles, afin que vous dédaigniez la matière multiple.[124] Or il appelle naturels: les corps (métalliques) solides. Car si ces (corps) ne sont pas dissous, puis de nouveau solidifiés, rien n’aboutira pour l’accomplissement de l’œuvre.

5. Pour que nous comprenions bien que les liquides dérivent dessoudes, — autrement dit la fleur,[125] — vois comment il s’exprime: « Les produits contenus dans les liqueurs sont le safran de Cilicie, l’aristoloche, etc. ». En parlant ainsi des fleurs, il nous a fait voir que les eaux dérivent des solides. Et pour nous persuader qu’il en est ainsi, après avoir dit « l’urine d’un impubère », il ajoute: l’eau de chaux, l’eau de cendre de choux, l’eau de lie, l’eau d’alun »; et, à la fin, il parle du lait de chienne. Il est évident pour nous que cela est pris dans le sens vulgaire; car il s introduit comme substances propres à dissoudre les corps (métalliques), l’eau de natron et l’eau de lie. Vois comment il a dit: « L’objet même de la Chrysopée, ce sont les choses qui transforment la matière et produisent les métaux[126] et les (substances) qui résistent à l’action du feu; car en dehors de ces choses il n’y a rien de sur. Si donc tu es intelligent et que tu procèdes comme il a été écrit, tu seras bienheureux».

6. D. — Et comment dois-je comprendre? Philosophe, je désire apprendre de toi la méthode. Car si je m’en rapporte seulement aux explications données (précédemment), je n’en tirerai aucun profit.

S. — Écoute, Dioscorus, comment il parle; aiguise ton esprit sur le texte de son discours, et applique-toi (à saisir) dans quel sens il dit: Transforme leur nature, car la nature s été cachée à l’intérieur ».[127]

D. — O Synésius, de quelle transformation parle-t-il?

S. — De celle des corps (métalliques.)

D. — Et comment l’accomplir, comment en transporter la nature au dehors?

S. — Aiguise ton esprit, Dioscorus, et fais attention aux expressions employées.

D. — Comment s’exprime-t-il?

S. — Si donc tu traites (la matière) comme il faut, tu transportes la nature au dehors. Il s’agit de la terre de Chio, de l’astérite, de la cadmie blanche, etc. Remarque quelle est la circonspection de l’auteur, comment il a fait allusion à toutes sortes de substances blanches, afin de faire entendre le blanchiment. Ce qu’il dit, Dioscorus, revient donc à ceci Mets les corps (métalliques) avec le mercure et divise finement, puis reprends un autre mercure. Car le mercure attire à soi toutes choses. Laisse macérer 3 ou 4 jours; jette le produit dans un botarion (matras ou vase de digestion), et place sur un bain de cendre qui ne soit pas chauffé par un feu ardent, mais chauffé doucement; c’est-à-dire sur un bain à kérotakis. Pendant l’action du feu, on ajuste au botarion un Instrument de verre en forme de mamelle, adapté à sa partie supérieure, avec chapiteau.[128] Reçois l’eau qui s’échappe par la pointe de la gorge et garde-la pour la décomposition c’est là ce qu’on appelle l’eau divine (ou l’eau de soufre).

Elle produit la transformation, c’est-à-dire l’opération qui amène au dehors la nature cachée: c’est ce qu’on appelle, la dissolution des corps (métalliques).

Cette (préparation), lorsqu’elle a été décomposée, prend le nom de vinaigre, ou de vin aminéen, et des noms analogues.

7. Pour que tu admires l’habileté de l’auteur, vois comment il a formé deux catalogues: (l’un) de la Chrysopée, (l’autre) de l’Argyropée, et en outre deux liquides: l’un pour le jaune, l’autre pour le blanc, c’est-à-dire pour l’or et pour l’argent; il a nommé le catalogue de l’or, Chrysopée, et celui de l’argent, Argyropée.[129]

D. — Tu parles tout à fait bien, philosophe Synésius Mais quel est le premier point de l’art, est-ce le blanchiment, ou le jaunissement?

S. — C’est plutôt le blanchiment.

D. — Et pourquoi parle-t-il d’abord du jaunissement?

S. — Parce que l’or est préféré à l’argent.

D. — Devons-nous procéder ainsi, Synésius?

S. — Non, Dioscorus; mais il convient d’exercer notre esprit et notre pensée. Voici comment les choses ont été arrangées. Ecoute le parler: « Je m’entretiens avec vous comme étant des gens intelligents, et j’exerce votre esprit. » Maintenant si tu veux savoir exactement les choses, fais attention que dans les deux catalogues le mercure a été classé avant toutes choses, et dans le jaune: ce qui signifie l’or; et dans le blanc: ce qui signifie l’argent. Dans (le traité de) l’or, il est dit: « Le mercure qui provient du cinabre). Et dans le (traité du) blanc, il est dit: le mercure qui provient de l’arsenic ou de la sandaraque[130] », etc.

8. D. — Le mercure est donc de différentes sortes?

S. — Oui, il est de différentes sortes, tout en étant un.

D. — Mais, s’il est un, comment est-il de différentes sortes?

S. — Oui, il est de différentes sortes, et il a une très grande puissance. N’as-tu pas entendu dire à Hermès: « Le rayon de miel[131] est blanc, et le rayon de miel est jaune? »

D. — Oui, je (le lui) ai entendu dire. Mais ce que je veux apprendre, Synésius, enseigne-le moi: c’est l’opération que tu sais. Le mercure prend donc de toute manière les apparences de tous les corps?

S. — Tu as compris, Dioscorus. En effet, de même que la cire affecte la couleur qu’elle a reçue; de même aussi le mercure, ô philosophe, blanchit tous les corps et attire leurs âmes; il les digère par la cuisson et s’en empare. Etant donc disposé convenablement, et possédant en lui-même le principe de toute liquidité, lorsqu’il a subi la décomposition, il opère partout le changement des couleurs. Il forme le fond[132] permanent, tandis que les couleurs n’ont pas de fondement propre. Ou plutôt le mercure, perdant son fondement propre, devient un sujet modifiable par les traitements exécutés sur les corps métalliques et sur leurs matières.[133]

9. D. Et quels sont ces corps et leurs matières?[134]

S. — C’est la tétrasomie[135] et ses congénères.

D. — Et quels sont ses congénères?

S. — Tu as entendu dire que leurs matières sont leurs âmes.[136]

D. — Ainsi les matières (des métaux) sont leurs âmes?

S. — Oui; car de même que le menuisier, lorsqu’il prend un objet de bois et qu’il fabrique un siège, ou un char, ou quelque autre chose, ne travaille que sur la matière; de même aussi opère cet art, ô philosophe, lorsqu’il divise les corps. Ecoute, ô Dioscorus: le tailleur de pierre taille la pierre, ou bien la scie, afin de la rendre propre à son usage. Semblablement aussi le menuisier scie et taille le bois, pour en faire un siège, ou un char: l’artiste ne cherche pas par-là à modifier autre chose que la forme; car il n’y a rien là que du bois. Semblablement aussi, l’airain façonné en statue, en anneau, ou en tout autre objet: l’artiste ne cherche à modifier que la forme.[137]

De même aussi le mercure travaillé par nous reçoit toutes sortes de formes. Fixé sur un corps formé des quatre éléments, ainsi qu’il a été dit, il y demeure fermement attaché et il est impossible de l’en chasser: il est à la fois dominé et dominant. Voilà pourquoi Pébéchius disait qu’il avait une grande affinité.

10. D. — Tu as bien résolu (les difficultés), philosophe. Tu m’as instruit, philosophe.

S. — Je veux donc revenir en hâte à la parole de l’auteur, en reprenant dès le commencement les choses qu’il a dites en langage indirect u le mercure (ordinaire) provient du cinabre. Mais tout mercure est engendré par les corps (métalliques).[138]

D. — Ne parle-t-il pas ici du cinabre, afin de montrer que le mercure (ordinaire) provient du cinabre?

S. — Le cinabre désigne la substance mercurielle jaune; tandis que la substance mercurielle blanche est le mercure. En acte, il existe à l’état blanc; tandis qu’en puissance, il devient jaune.[139]

D. — Le Philosophe n’a-t-il pas dit: « O natures célestes, créatrices des natures, vous triomphez des natures au moyen des transmutations I.

S. — Oui; c’est pour cela qu’il a dit: « …… car si tu n’opères pas la transformation, il est impossible que l’effet attendu se produise. C’est en vain que prendront de la peine ceux qui approfondissent l’étude des matières, à moins qu’ils ne recherchent les natures des corps (métalliques) de la magnésie. Car il est permis aux opérateurs et à ceux qui transcrivent les mêmes enseignements d’employer indifféremment telle ou telle manière. Donc il a dit: « le corps de la magnésie; ce qui signifie le mélange des substances. C’est pour cela qu’il dit, en poursuivant, dans l’introduction de (son livre sur) la fabrication de l’or: Prenant du mercure, fixez-(le) avec le corps (métallique) de la magnésie ».[140]

11. D. — Ainsi le mercure est l’élément qu’il faut préférer?

S. — Oui, car c’est par lui que le Tout est défait, puis rétabli de nouveau: suivant le degré convenable pour chaque traitement, on réussit avec la chrysocolle,[141] autrement dite batrachion,[142] qui se rencontre parmi les pierres vertes.

D. — Qu’est-ce que la chrysocolle ou batrachion ? Quelle est la signification de ces mots: « qui se rencontre dans les pierres vertes »?

S. — Il est nécessaire que nous le cherchions. Nous devons donc connaître ce qui est relatif aux couleurs vertes. Eh bien! parlons-en, d’après ce qui est relatif à l’homme. Car l’homme est le plus important de tous les animaux vivant à la surface de la terre. Nous disons de l’homme qui a pâli,[143] qu’il est devenu vert; il est évident que, comme l’ocre, il change de qualité spécifique en passant à la couleur dorée. Ceci est encore plus évident, si on le compare à l’écorce de citron, qui représente la qualité même de la couleur jaune pâle. L’auteur poursuivant a parlé aussi de l’arsenic jaune,[144] afin de montrer qu’il s’agit bien de la qualité spécifique de la couleur pâle.

12. Mais, pour que tu voies combien il a mis de circonspection pour exposer cela en détail, observe avec attention dans quel sens il dit: « Le mercure qui provient du cinabre, (c’est) le corps métallique de la magnésie.[145] Puis il ajoute la chrysocolle, le claudianos, l’arsenic. Il a introduit le nom de l’arsenic[146] (c’est-à-dire du masculin), afin de le distinguer des substances féminines.[147] Après le claudianos, il parle de l’arsenic jaune: il met d’abord deux substances jaunes du genre féminin,[148] puis deux substances du genre masculin. Il faut donc approfondir et voir ce que cela peut vouloir dire. Comme j’avance, Dioscorus ! Ici il transforme l’or, puis il reprend la cadmie, ensuite l’androdamas; or, l’androdamas et la cadmie sont des substances sèches. Il met en évidence la sécheresse[149] des corps, et afin de rendre cela bien manifeste, il s ajouté l’alun décomposé. Remarque quelle est la circonspection de l’auteur. Il voulait que les gens sensés com. prissent dans quel sens il les instruisait, en parlant de l’alun décomposé; car il devait se faire entendre en cela, même des non initiés. Mais, afin que la chose devînt plus certaine pour toi-même, il a ajouté aussitôt le soufre apyre, c’est-à-dire le soufre non calciné. Le Tout, c’est-à-dire les espèces desséchées, signifie les corps métalliques amenés à l’unité.[150] Ensuite Il ajoute la pyrite désagrégée, ne désignant aucun autre corps et sans spécifier. Ceci est établi comme une vérité, à savoir que ce qui reste à la fin est sec. Faisant des subdivisions dans cette matière, Il ajoute le minium du Pont.[151] Ainsi, passant des substances sèches aux substances liquides, Il a parlé du minium, et spécialement de celui du Pont. Car s’il n’avait pas ajouté « du Pont s, il ne serait pas arrivé à se faire comprendre.[152] Et voulant confirmer (son dire), il a ajouté l’eau du soufre natif, provenant du soufre seul.

13. D. — Tu as bien résolu (les difficultés), philosophe; mais prends garde dans quel sens, il a dit: « si en le purifiant par la chaux...

S. — O Dioscorus, tu ne fais pas attention. La chaux vive est blanche, et l’eau qui en provient est blanche et flpre, et l’eau de soufre, par ses exhalaisons, blanchit. Pour plus de clarté, il a ajouté aussitôt: « la vapeur de soufre). N’a-t-il pas rendu tout cela évident pour nous?

D. — Oui, tu as bien parlé. Après cela (il mentionne) le sory jaune, la couperose jaune et le cinabre.[153]

S. — Le sory et la couperose, des substances jaunes? Comment cela? Tu n’ignores pas qu’elles sont vertes.[154] Ayant donc en vue la réduction du cuivre (à l’état métallique), c’est-à-dire sa recherche, ou plutôt la teinture du Tout,[155] il s’est exprimé ainsi, en apportant une nouvelle confirmation, et il a ajouté sur la fin: « Après que l’on a fait disparaître la rouille, opération appelée réduction, alors la projection des liquides ayant eu lieu, il se produit un jaunissement stable. Réellement la libéralité de l’auteur est rendue ici manifeste.

14. En effet, vois comme aussitôt il réunit les choses dans son explication. Quant aux substances susceptibles de former des liqueurs, ce sont le safran de Cilicie,[156] l’aristoloche, la fleur de carthame, la fleur du mouron à fleurs bleues. Que pouvait-il dire ou énumérer de plus, afin de nous persuader, sinon parler de la fleur du mouron? En effet, admire avec moi. Il ne parle pas seulement « du mouron », mais encore de sa fleur); le mot mouron nous indiquant l’ascension de l’eau,[157] et le mot fleur, l’ascension des âmes de ces plantes, c’est-à-dire celle de leurs esprits.[158] En effet, s’il n’en est pas ainsi, il n’y a rien de sûr. Livrés à de vains efforts, les misérables qui sont ballottés sur cette mer, avec une multitude de peines et de fatigues, ne pourront jamais avoir aucun profit.

15. D. — Et pourquoi, encore une fois, ce philosophe généreux, ce maître habile, a-t-il ajouté la rhubarbe du Pont?

S. — Remarque la libéralité de l’auteur. Il a parlé de la rhubarbe elle-même, et afin de nous persuader, il a ajouté « du Pont ». Car y a-t-il un philosophe qui ne sache que la mer (pontoV) est alimentée de tous côtés par l’eau des fleuves[159]?

D. — Tu as parlé véridiquement, Synésius, et tu m’as réjoui lime aujourd’hui; car ces choses ne sont pas médiocres. Maintenant je te prie de m’enseigner en outre, pourquoi il a parlé plus haut de la couperose jaune; tandis qu’ici, il ajoute ce mot, sans spécifier « avec la couperose bleue ».[160]

S. — Ces mots, ô Dioscorus, indiquent les fleurs, car elles sont jaunes, mais, comme l’eau que l’on fait monter[161] a besoin d’éprouver une fixation, il a ajouté aussitôt: la gomme d’acanthe » Ensuite il a ajouté: « l’urine d’un impubère, l’eau de chaux, l’eau de cendres de chou, l’eau d’alun,[162] l’eau de natron,[163] l’eau d’arsenic et de soufre[164] ». Remarque comme il a mis en avant toutes les (substances) susceptibles de produire la dissolution et la dispersion, nous enseignant évidemment par là la dissolution des corps (métalliques).

16. D. — Oui, tu as bien parlé. Et dans quel sens a-t-il dit à la fin: « le lait de chienne »? Est-ce afin de montrer que le Tout est tiré de la chose commune[165]?

S. — Réellement, tu as compris, Dioscorus; mais observe avec attention dans quel sens il dit: e Cette matière est celle de la Chrysopée.

D. — Quelle matière?

S. — Qui ne sait que toutes les choses (dont il s’agit) sont volatiles? Car ni le lait[166] d’ânesse, ni le lait de chienne ne peuvent résister au feu. Le lait d’ânesse, si tu le déposes quelque part, pendant un nombre de jours convenable, finit par disparaître.

D. — Que signifient ces mots: Telles sont les (substances) qui transforment la matière; telles sont celles qui rendent les corps résistant au feu, étant elles-mêmes volatiles)? Et ces mots En dehors de ces substances, il n’y e rien de sûr?

S. — C’est afin que les misérables pensent que ces choses sont vraies.[167] Mais écoute encore ce qu’il dit et ajoute: « Si tu es intelligent et que tu procèdes comme il a été écrit au lieu de: « Si tu es habile et que tu discernes le calcul qu’il faut employer; alors tu seras bienheureux. Et que dit-il ailleurs? Je m’adresse à vous qui êtes des gens sensés. »

Il faut donc que nous exercions nos esprits et que nous ne nous trompions pas, afin que nous évitions la maladie incurable de la pauvreté et que nous ne soyons pas vaincus par elle; de crainte qu’étant tombés dans la vaine pauvreté nous ne soyons malheureux, étant devenus incapables de tirer profit de nos travaux. Nous devons exercer nos esprits, aiguiser notre intelligence.

17. D. — Pourquoi ajoute-t-il le mot de projeter)?

S. — Il ne parie pas des choses dites au commencement, mais de celles qu’il faut entendre. Voilà pourquoi il dit encore: « Traitez par (projection) l’or, par le corail d’or; l’argent, par l’or; le cuivre, par l’or; le plomb ou l’étain, par le molybdochalque.[168] Voici qu’il nous a fait monter les degrés de l’Art, (afin que) nous n’allions pas, en faisant de vains efforts, tomber dans le gouffre de l’ignorance et méconnaître les choses qu’ils ont voulu désigner.[169] Grande est l’habileté de l’auteur; car après qu’il a dit: « Ainsi a été exposée la matière de la Chrysopée; Il ajoute ces mots: maintenant, et à la suite, traitons amplement la question de l’Argyropée[170] afin de montrer qu’il y a deux opérations (distinctes), et que l’Argyropée a été considérée avant toutes les autres; elle les précède et, sans elle, rien ne se fera.

18. Écoute-le encore lorsqu’il dit: « Le mercure tiré de l’arsenic, ou du soufre,[171] ou de la céruse, ou de la magnésie, ou de l’antimoine d’Italie. » Et (plus) haut dans la Chrysopée: Le mercure, qui provient du cinabre.[172] Ici il dit: « le mercure, tiré de l’arsenic, ou de la céruse, etc. »

D. — Et comment admet-il que la céruse se change en mercure?

S. — Il n’a pas dit que nous extrayons le mercure de la céruse: mais il a voulu exprimer le blanchiment des corps (métalliques), c’est-à-dire leur retour (à une forme commune?).[173] En effet, ici, il parle de toutes les (substances) blanches, et dans l’autre passage, des substances jaunes, afin que nous comprenions.

Vois comment il s’est exprimé: « Le corps (métal) de la magnésie (produit seul le chrysocorail. » Là il s’agit du corps (métal) de la magnésie, de celui de la magnésie seulement, ou de celui de l’antimoine d’Italie.

Qu’il suffise de vous dire ceci brièvement. Mais il faut exercer l’esprit d’avance, afin que nous discernions les actions de la nature, relativement aux choses qui doivent erre accomplies avec le concours de Dieu.[174] Sachez qu’il faut d’abord faire macérer les espèces et, dans les fusions, amener celles qui ont des couleurs pareilles à l’identité de couleur. Les deux mercures[175] exercent ainsi leur action mercurifiante, et se séparent dans la décomposition.

Avec le secours de Dieu, je commencerai mon commentaire.[176]

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II. iv. — OLYMPIODORE, PHILOSOPHE D’ALEXANDRIE[177]

Commentaire sur le livre « Sur l’action de Zosime », et sur les dires d’Hermès et des philosophes.

1. « La macération se fait depuis le 25 méchir (février) jusqu’au 25 mésori (août). Toutes les choses que tu peux faire macérer et lessiver, laisse-les déposer dans des vases (convenables); et, si tu le peux, accomplis l’œuvre de la macération, toi le meilleur des sages.[178]

Il était d’usage chez les anciens de cacher la vérité et les choses tout à fait évidentes pour les hommes, au moyen des allégories et (du langage) de l’art des philosophes.[179] En effet, non seulement ils ont tenu dans l’ombre ces arts honorables et philosophiques par leur exposition obscure et ténébreuse ; mais encore ils ont remplacé les termes communs par d’autres termes: comme cela a lieu quand on intervertit ce qui est dans le sujet et ce qui n’est pas dans le sujet. Tu sais toi-même, philosophe mon maître, que Platon et Aristote ont procédé de même par allégories et modifié le sens des mots. Ainsi Aristote dit que la substance n’est pas dans le sujet, mais que c’est l’accident qui est dans le sujet. Platon de son côté établit la même opposition: d’une part, il ne place pas la substance dans le sujet; et, d’autre part, il place l’accident dans le sujet. En un mot, de même qu’ils ont exposé beaucoup de choses de cette nature, suivant la manière qui leur a paru convenable; de même, en ce qui concerne cet art honorable, les anciens y ont mis toute leur application, ayant pour unique affaire et pour art unique d’exposer (les faits) au moyen de certaines considérations et énigmes; ils se proposaient d’aiguillonner les chercheurs et de les faire sortir des choses naturelles, pour les tourner vers la poursuite des choses mystérieuses : ce qui eut lieu en effet. C’est ce que montrera le présent traité.

2. « La macération s’effectue au moyen de la terre limoneuse ».

Ici le philosophe veut parler de la terre qui doit être lessivée. Car il faut laver et relaver, jusqu’à ce que la partie limoneuse disparaisse, suivant ce que dit la divine Marie. En effet toute terre de cette nature, contenant un corps (métallique), lorsqu’el