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ALLER A LA TABLE DES MATIERES DE L'ALCHIMIE
Oeuvre numérisée par Marc Szwajcer
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ZOSIMEIII. i. — LE DIVIN ZOSIMESUR LA VERTU.[1] — LEÇON I1. La composition des eaux, le mouvement, l’accroissement, l’enlèvement et la restitution de la nature corporelle, la séparation de l’esprit d’avec le corps,[2] et la fixation de l’esprit sur le corps; les opérations qui ne résultent pas de l’addition de natures étrangères et tirées du dehors, mais qui sont dues à la nature propre, unique, agissant sur elle-même, dérivée d’une seule espèce, ainsi que (l’emploi) des minerais durcis et solidifiés, et des extraits liquides du tissu des plantes; tout ce système uniforme et polychrome comprend la recherche multiple et infiniment variée de toutes choses, la recherche de la nature, subordonnée à l’influence lunaire et à la mesure du temps, lesquelles règlent le terme et l’accroissement suivant lesquels la nature se transforme. 2. En disant ces choses, je m’endormis; et je vis un sacrificateur qui se tenait debout devant moi, en haut d’un autel en forme de coupe.[3] Cet autel avait quinze marches à monter. Le prêtre s’y tenait debout, et j’entendis une voix d’en haut qui me disait: J’ai accompli l’action de descendre les quinze marches, en marchant vers l’obscurité, et l’action de monter les marches, en allant vers la lumière. C’est le sacrificateur qui me renouvelle, en rejetant la nature épaisse du corps. Ainsi consacré prêtre par la nécessité, je deviens un esprit. Ayant entendu la voix de celui qui se tenait debout sur l’autel en forme de coupe, je lui demandai qui il était. Et lui, d’une voix grêle, me répondit en ces termes : « Je suis Ion,[4] le prêtre des sanctuaires, et je subis une violence intolérable. Quelqu’un est venu au matin précipitamment, et il m’a violenté, me pourfendant avec un glaive, et me démembrant, suivant les règles de la combinaison. Il a enlevé toute la peau de ma tête, avec l’épée qu’il tenait (en main); il a mêlé les os avec la chair[5] et il les a fait brûler avec le feu du traitement. C’est ainsi que j’ai appris, par la transformation du corps, à devenir esprit. Telle est la violence intolérable (que j’ai subie). Comme il m’entretenait encore, et que je le forçais de me parler, ses yeux devinrent comme du sang, et il vomit toutes ses chairs. Et je le vis (changé en) petit homme contrefait, se déchirer lui-même avec ses propres dents, et s’affaisser. 3. Rempli de crainte, je m’éveillai et je songeai: « N’est-ce-pas là la composition des eaux? n. Je fus persuadé que j’avais bien compris; et je m’endormis de nouveau. Je vis le même autel en forme de coupe, et, à la partie supérieure, de l’eau bouillonnante et beaucoup de peuple s’y portant sans relâche.[6] Et il n’y avait personne que je pusse interroger en dehors de l’autel. Je monte alors vers l’autel, pour voir ce spectacle. Et j’aperçois un petit homme, un barbier blanchi par les années, qui me dit : « Que regardes- tu? » Je lui répondis que j’étais surpris de voir l’agitation de Peau et celle des hommes brûlés et vivants. Il me répondit en ces termes : « Ce spectacle que tu vois, c’est l’entrée, et la sortie, et la mutation ». Je lui demandai encore: Quelle mutation? Et il me répondit: « C’est le lieu de l’opération appelée macération; car les hommes qui veulent obtenir la vertu entrent ici et deviennent des esprits, après avoir fui le corps. Alors je lui dis : « Et toi es-tu un esprit? » Et il me répondit: « Oui un esprit et un gardien d’esprits a. Pendant notre entretien, l’ébullition allant en croissant, et le peuple poussant des cris lamentables, je vis un homme de cuivre, tenant dans sa main une tablette de plomb.[7] Il me dit les mots suivants, en regardant la tablette: « Je prescris à tous ceux qui sont soumis au châtiment de se calmer, de prendre chacun une tablette de plomb, d’écrire de leur propre main, et de tenir les yeux levés en l’air et les bouches ouvertes, jusqu’à ce que leur vendange[8] soit développée ». L’acte suivit la parole et le maître de la maison me dit : « Tu as contemplé, tu as allongé le cou vers le haut et tu as vu ce qui s’est fait ». Je lui répondis que je voyais, et il me dit: « Celui que tu vois est l’homme de cuivre; c’est le chef des sacrificateurs et le sacrifié, celui qui vomit ses propres chairs. L’autorité lui a été donnée sur cette eau et sur les gens punis ». 4. Après avoir eu cette apparition, je m’éveillai de nouveau. Je lui dis : Quelle est la cause de cette vision? N’est-ce donc pas là l’eau blanche et jaune bouillonnante, l’eau divine? Et j’ai trouvé que j’avais bien compris. Je dis qu’il est beau de parler et beau d’écouter, beau de donner et beau de recevoir, beau d’âtre pauvre et beau d’être riche. Or, comment la nature apprend-elle à donner et à recevoir? L’homme de cuivre donne et la pierre liquéfiée reçoit ; le minéral donne et la plante reçoit; les astres donnent et les fleurs reçoivent; le ciel donne et La terre reçoit; les coups de foudre donnent le feu qui s’élance. Dans l’autel en forme de coupe, toutes choses s’entrelacent, et toutes se dissocient: toutes choses s’unissent; toutes se combinent; toutes choses se mêlent, et toutes se séparent; toutes choses sont mouillées, et toutes sont asséchées; toutes choses fleurissent et toutes se déflorent. En effet, pour chacune c’est par la méthode, par la mesure, par la pesée exacte des quatre éléments que se fait l’entrelacement et la dissociation de toutes choses; aucune liaison ne se produit sans méthode. Il y a une méthode naturelle, pour souffler et pour aspirer, pour conserver les classes stationnaires, pour les augmenter et pour les diminuer. Lorsque toutes choses, en un mot, concordent par la division et par l’union, sans que la méthode soit négligée en rien, la nature est transformée ; car la nature, étant retournée sur elle-même, se transforme: il s’agit de la nature et du lien de la vertu dans l’univers entier. 5. Bref, mon ami, bâtis un temple monolithe, semblable à la céruse, à l’albâtre, n’ayant ni commencement ni fin dans sa construction. Qu’il y ait à l’intérieur une source d’eau très pure, étincelante comme le soleil. Observe avec soin de quel côté est l’entrée du temple et prends en main une épée; cherche alors l’entrée, car il est étroit ic lieu où se trouve l’ouverture. Un serpent est couché à l’entrée, gardant le temple. Empare-toi de lui; tu l’immoleras d’abord; dépouille-le, et prenant sa chair et ses os, sépare ses membres; puis réunissant les membres avec les os, à l’entrée du temple, fais-en un marchepied, monte dessus, et entre : tu trouveras là ce que tu cherches. Le prêtre, cet homme de cuivre, que tu vois assis dans la source, rassemblant (en lui) la couleur, ne le regarde pas comme un homme de cuivre ; car il a changé la couleur de sa nature et il est devenu un homme d’argent. Si tu le veux, tu l’auras bientôt (à l’état d’) homme d’or.[9] 6. Ce préambule est une entrée destinée à te manifester les fleurs des discours qui vont suivre (c’est-à-dire) la recherche des vertus, du savoir, de la raison, les doctrines de l’intelligence, les méthodes efficaces, les révélations qui éclaircissent les paroles secrètes. Ainsi la vertu poursuit le Tout, en son temps et avec méthode, 7. Que signifient ces mots: « La nature triomphant des natures o?et ceci « Au moment où elle est accomplie, elle est prise de vertige »? et encore: o Resserrée dans la recherche, elle prend le visage commun de l’œuvre du - Tout, et elle absorbe la matière propre de l’espèce-»? Et ceci: « tombée ensuite en dehors (de) sa première apparence, elle croit mourir o? Et ceci: « Lorsque, parlant une langue barbare, elle imite celui qui parle la langue hébraïque; alors, se défendant elle-même, La malheureuse se rend plus légère en mélangeant ses propres membres. »? Et ceci ! L’ensemble liquide est mené à maturité par le feu 8. Appuyé sur la clarté de ces conceptions de l’intelligence, transforme la nature, et considère la matière multiple comme étant une. N’expose clairement à personne une telle propriété; mais suffis-toi à toi-même, de crainte qu’en parlant, tu ne te détruises toi-même. Car le silence enseigne la vertu, il est beau de voir les mutations des quatre métaux [le plomb, le cuivre l’asèm (ou l’argent), l’étain], changés en or parfait. Prenant du sel, mouille le soufre, de façon à amener la masse en consistance de cire mielleuse. Enchaîne la force de l’un et l’autre; ajoutes-y de la couperose et fabriques-en un acide, premier ferment de la couleur blanche, tiré de la couperose. Avec ces (substances) tu amèneras par degré le cuivre dompté à l’apparence blanche. Fais distiller par la cinquième méthode, au moyen des trois vapeurs sublimées: tu trouveras l’or attendu. Voilà comment en domptant la matière tu obtiens l’espèce unique, tirée de plusieurs espèces.[10] III. ii. — LA CHAUX[11]ZOSIME DIT AU SUJET DE LA CHAUX1. Je vais vous rendre (les choses) claires. On sait que la pierre alabastron[12] est appelée cerveau,[13] parce qu’elle est l’agent fixateur de toute teinture volatile. Prenant donc la pierre alabastron, fais.la cuire une nuit et un jour; aie de la chaux, prends du vinaigre très fort et fais bouillir : tu seras étonné; car tu réaliseras une fabrication divine, un produit qui blanchit au plus haut degré la surface (des métaux). Laisse déposer, puis ajoute du vinaigre très fort, en opérant dans un vase sans couvercle, afin d’enlever la vapeur sublimée, à mesure qu’elle se forme au-dessus. Prenant encore du vinaigre fort, fais élever cette vapeur pendant sept jours, et opère ainsi jusqu’à ce que la vapeur ne monte plus. Laisse durant quarante jours le produit (exposé) au soleil et à la rosée, à l’époque fixée ; puis adoucis avec de l’eau de pluie. Fais sécher au soleil, et conserve. C’est là le mystère incommuniqué, qu’aucun des prophètes n’a osé divulguer par la parole; mais ils l’ont révélé seulement aux initiés. Ils l’ont appelé la pierre encéphale dans leurs écrits symboliques, la pierre non-pierre, la chose inconnue qui est connue de tous, la chose méprisée qui est très précieuse, la chose donnée et non-donnée de Dieu.[14] Pour moi, je la saluerai du nom de (pierre) non donnée et donnée de Dieu: c’est la seule, dans notre œuvre, qui domine la matière. Telle est la préparation qui possède la puissance, le mystère mithriaque. 2. L’esprit du feu s’unit avec la pierre et devient un esprit de genre unique. Or je vous expliquerai les œuvres de la pierre. Mélangée avec la coma- ris, elle produit les perles, et c’est là ce que l’on a nommé chrysolithe. L’esprit opère toutes choses par la puissance de la poudre sèche. Et moi, je vais vous expliquer le mot comaris, chose que personne n’a osé divulguer; mais ceux-ci (les anciens) la transmettaient aux personnes intelligentes. Elle détient la puissance féminine, celle que l’on doit préférer; car le blanchiment est devenu un objet de vénération pour tout prophète. Je vous expliquerai aussi la puissance de la perle. Elle accomplit ses œuvres, mise en décoction dans l’huile. Elle représente la puissance féminine. Prenant la perle, tu la mettras en décoction avec de l’huile, dans un vase non bouché, sans couvercle, pendant 3 heures, sur un feu modéré. Prenant un chiffon de laine, frotte-le contre la perle, afin d’en ôter l’huile et tiens, (la perle disponible) pour les besoins des teintures; car l’accomplissement de la (transformation) matérielle a lieu au moyen de la perle. 2 bis. Stephanus[15] dit : Prenez (le métal composé) des quatre éléments, (ajoutez-y l’arsenic le plus élevé[16] et le plus bas, le rugueux et le roux, le mile et la femelle, à poids égaux, afin de les unir entre eux. Car de même que l’oiseau couve ses œufs et les mène à terme dans la chaleur, de même vous couverez et mènerez à terme votre œuvre,[17] après l’avoir porté au dehors, arrosé avec les eaux divines, exposé au soleil et dans des lieux chauds; après l’avoir fait cuire sur un feu doux, en le déposant dans du lait virginal.[18] Prenez garde à la fumée. Plongez le produit dans l’Hadès;[19] [ressortez-le, arrosez-le avec du safran de Cilicie, au soleil et dans des lieux chauds; faites cuire sur un feu doux, avec du lait virginal, en dehors de la fumée. Enfoncez-le dans l’Hadès[20]]. Remuez avec soin, jusqu’à ce que la préparation ait pris de la consistance, et ne puisse s’échapper du feu. Alors, prenez-en (une partie), et lorsque l’âme et l’esprit se sont unifiés (avec le corps) et ne forment plus qu’un seul être, projetez sur le corps métallique de l’argent et vous aurez de l’or, tel que n’en renferment pas les trésors des rois. Voilà le mystère des philosophes, celui que nos pères ont juré de ne point révéler ni publier. 3. On entend par élévation, la montée des fleurs:[21] l’eau avec laquelle le produit a été arrosé s’élève et monte sans obstacle, par suite de l’association intime du corps avec le soufre.[22] Sinon (le corps) reste au fond (du vase à sublimation?) Contentons-nous du mortier et du filtre pour les deux teintures. Quant au cuivre, Zosime dit à son sujet: a Altéré par la plupart des eaux, à cause de l’humidité de l’air et de la chaleur, il augmente de volume et se couvre de fleurs, qui sont de beaucoup les plus douces; il fructifie par l’action productrice de la nature ». III. iii. — AGATHODEMON,Après l’affinage du cuivre et son noircissement, puis son blanchiment ultérieur, alors aura lieu le jaunissement solide. III. iv. — HERMÈSSi tu ne dépouilles pas les corps de leur nature corporelle et si tu ne donnes pas une nature corporelle aux êtres incorporels, rien de ce que tu attends n’aura lieu.[23] III. v. — ZOSIMELEÇON II1. Enfin je fus pris du désir de monter les sept degrés et de voir les sept châtiments; et comme il convient, en un seul des jours (fixés), j’effectuai la route de l’ascension. En m’y reprenant à plusieurs reprises, je parcourus la route. Au retour, je ne retrouvai pas mon chemin. Plongé dans un grand découragement, ne voyant pas comment sortir, je tombai dans le sommeil. J’aperçus pendant mon sommeil un certain petit homme, un barbier revêtu d’une robe rouge et d’un habillement royal, qui se tenait debout en dehors du lieu des châtiments, et il me dit: Que fais-tu (là), ô homme? Et moi je lui répondis: Je m’arrête ici parce hue, m’étant écarté de tout chemin, je me trouve égaré. Il me dit (alors): Suis-moi. Et moi, je vins et je le suivis. Comme nous étions près du lieu des châtiments, je vis celui qui me guidait, ce petit barbier, s’engager dans ce lieu et tout son corps fut consumé par le feu. 2. A cette vue, je m’éloignai, je tremblai de peur; puis je me réveillai, et je me dis en moi-même : Qu’est-ce que je vois? et de nouveau je tirai mon raisonnement au clair et je compris que ce barbier était l’homme de cuivre, revêtu d’un habillement rouge, et je (me) dis : J’ai bien compris, c’est l’homme de cuivre. Il faut d’abord qu’il s’engage dans le lieu des châtiments. 3. De nouveau mon âme désira monter le 3e degré. Et de nouveau, seul, je suivis le chemin; et comme j’étais près du lieu des châtiments, je m’égarai encore, ne sachant pas ma route, et je m’arrêtai désespéré. Et de nouveau, semblablement, je vis un vieillard blanchi par les années, devenu tout à fait blanc, d’une blancheur aveuglante. Il s’appelait Agathodémon. Se retournant, ce vieillard aux cheveux blancs me considéra pendant une grande heure, Et moi je lui demandai : Montre-moi le droit chemin. Il ne se retourna pas vers moi, mais il s’empressa de suivre sa propre route. En allant et venant, de ci, de là, je gagnai en hâte l’autel. Lorsque je fus arrivé en haut sur l’autel, je vis le vieillard aux cheveux blancs s’engager dans le lieu du châtiment. O démiurges des natures célestes! Comme il fut aussitôt embrasé tout entier! Quel récit effroyable, mes frères ! Car, par suite de la violence du châtiment, ses yeux se remplirent de sang. Je (lui) adressai la parole et lui demandai: Pourquoi es-tu étendu? Mais lui, ayant entr’ouvert la bouche, me dit: Je suis l’homme de plomb et je subis une violence intolérable[24] ». Là-dessus, saisi d’une grande crainte, je m’éveillai et je cherchai en moi-même la raison de ce fait. De nouveau je réfléchis et je me dis: J’ai bien compris par là qu’il faut rejeter le plomb; la vision se rapporte réellement à la composition des liquides. III. v — OUVRAGE DU MÊME ZOSIMELEÇON III1. De nouveau, je remarquai le divin et sacré autel en forme de coupe, et je vis un prêtre revêtu d’une (robe) blanche, tombant jusqu’à ses pieds, lequel célébrait ces effrayants mystères, et je dis: Quel est celui-ci? Et il me répondit: C’est le prêtre des sanctuaires. C’est lui qui a l’habitude d’ensanglanter les corps, de rendre les yeux clairvoyants et de ressusciter les morts. Alors, tombant de nouveau (à terre), je m’endormis encore. Pendant que je montais le quatrième degré, je vis, du côté de l’orient, (quelqu’un) venir, tenant dans sa main un glaive. Un autre, derrière lui, portait un objet circulaire, d’une blancheur éclatante, et très beau à voir, appelé Méridien du Cinabre.[25] Comme j’approchais du lieu du châtiment, il me dit que celui qui tenait un glaive, devait lui trancher la tâte, sacrifier son corps et couper ses chairs par morceaux, afin que ses chairs fussent d’abord bouillies dans l’appareil, et qu’alors elles fussent portées au lieu du châtiment. M’étant réveillé de nouveau, je (me) dis : j’ai bien compris; il s’agit des liquides dans l’art des métaux. Celui qui portait le glaive dit encore Vous avez accompli l’ascension des sept degrés. L’autre reprit, en même temps qu’il laissait dissoudre les plombs par tous les liquides (?),[26] l’Art s’accomplit III. vi. — LE DIVIN ZOSIMESUR LA VERTU ET L’INTERPRÉTATION[27]1. Pour obéir à son penchant et en vue d’expliquer le songe qu’il avait fait,[28] il dit : Je vis un autel en forme de coupe; un esprit igné, debout sur l’autel, présidait à l’effervescence, aux bouillonnements et à la calcination des hommes qui s’élevaient. Je m’informai, au sujet du peuple qui se tenait debout, et je dis: Je vois avec étonnement l’effervescence et Le bouillonnement; comment ces hommes en ignition sont-ils vivants? Et me répondant, il me dit: Cette effervescence que tu vois, c’est le lieu où s’exerce la macération. Les hommes qui veulent obtenir la vertu entrent ici; ils perdent leurs corps (et) deviennent des esprits. L’exercice (à la vertu) s’explique par là, à cause du (mot) exercer;[29] car, en rejetant l’épaisseur du corps, ils deviennent des esprits. 2. Démocrite dit quelque chose d’analogue: « Poursuis le traitement jusqu’à ce qu’il se forme un ios jaune comme la couleur d’or, arrivant à l’état d’esprit au moyen de l’ios » En effet, l’ios provenant de la substance privée de corps, par l’action du serpent, signifie l’esprit.[30] En raison de l’accomplissement de la coloration jaune, l’ios est appelée couleur d’or, » C’est de cette façon qu’ils se transmettent leur pensée de vive voix et la proclament, jusqu’à ce qu’ils soient parvenus à une apparence uniforme. Et il poursuit: « Traite jusqu’à ce que tu puisses faire couler » — faire couler vient de liquéfaction et non d’extraction, car ils changent la lettre s en t.[31] — Il dit ainsi : « Fais couler »; ce qu’il entend de la liquéfaction, comme nous l’avons expliqué. Quant à ses paroles : « Fais le traitement, jusqu’à ce que tu puisses faire couler »; ceci équivaut au mot employé plus haut d’écoulement simultané.[32] 3. L’expression de sidérite,[33] nom employé aussi par ceux qui sont signalés plus bas, désigne, conformément à ce qu’il rapporte : le molybdochalque et la pierre étésienne. La pyrite, matière employée à cause de sa faculté colorante, après qu’elle a été brûlée ou soumise, à l’action du feu, signifie le cuivre (tiré de la pyrite). Semblablement le mot argyrite s’emploie pour la matière qui reste après l’expulsion du mercure; car le cuivre débarrassé de l’excès du mercure devient de l’argyrite;[34] tandis que la pierre étésienne est le mercure même, selon la vraie interprétation de l’ensemble des opérations (?). En effet le départ du mercure annonce la prochaine apparition de la couleur d’or par le feu. Il dit « sidérite » à cause de la nécessité de faire intervenir la combinaison du plomb. En effet les substances combinées produisent la sidérite.[35] 4. Semblablement, qu’est-ce que le cœur du fer? Lorsque la masse est brisée, comme il arrive pendant cette extraction — en employant les mots conformément aux analogies — nous trouvons la théorie manifeste, et elle nous révèle le secret. Dans d’autres passages, Démocrite dit: « Pratique le traitement avec la saumure additionnée de vinaigre ou d’urine, ou avec les deux réunis ». Entends d’ailleurs (comme tu le comprends d’après l’écrit, ou comme la chose y est expliquée), que la chose est possible en opérant avec d’autres liquides; attendu que rien de tout cela ne demeure (dans la préparation), ces liquides étant déversés ensuite, lors du lavage de la composition. 5. C’est à ce sujet que le très ancien Ostanès, dans ses démonstrations, dit: Quelqu’un raconte ceci sur un certain Sophar, qui vécut antérieurement en Perse. Ce divin Sophar s’exprime ainsi : « Il existe sur un pilier un aigle d’airain,[36] qui descend dans la fontaine pure et s’y baigne chaque jour, se renouvelant par ce régime ». Puis il dit: « L’aigle, dont nous avons donné l’interprétation, a l’habitude de se baigner chaque jour ». Comment donc, faisant entendre la même chose d’une autre manière, rejette-t-il l’ablution et le lavage quotidien? Il faut (s’expliquer) exactement au sujet de la présente opération. Tenu dans l’incertitude à cause de la doctrine (ambiguë) du philosophe, nous devons cependant laver et rajeunir l’aigle de cuivre pendant 365 jours entiers; comme il convient d’après la suite de son traité, car Ostanès s’exprime ainsi: Presse la vendange.[37] Plus bas, il explique qu’il faut entendre par là[38] le lavage par écoulement; par ce mystère, on doit comprendre l’ios. Il ajoute, en s’exprimant très clairement: « Va vers le courant du Nil; tu trouveras là une pierre ayant un esprit; prends-la, coupe-la en deux; mets ta main dans l’intérieur et tires-en le cœur: car son âme est dans son cœur. » Par l’expression: « Va vers le courant du Nil, tu trouveras là une pierre ayant un esprit » ; il désigne clairement les produits lavés par les courants (d’eau), pendant la macération de notre pierre. Voilà comment tout minerai de cuivre est employé pour la génération des métaux, ainsi que tout minerai de plomb. « Tu trouveras, dit-il, cette pierre qui a un esprit » ce qui se rapporte à l’expulsion du mercure. 6. C’est pour ces raisons que mon excellent (maître), Démocrite, distingue lui-même et dit : « Reçois cette pierre qui n’est pas une pierre, cette chose précieuse qui n’a pas de valeur, cet objet polymorphe qui n’a point de forme, cet inconnu qui est connu de tous, qui a plusieurs noms et qui n’a pas de nom:[39] « je veux parler de l’aphrosélinon ». Car cette pierre n’est pas une pierre, et tout en étant très précieuse elle n’a aucune valeur vénale; sa nature est unique, son nom unique. Cependant on lui a donné plusieurs dénominations, je ne dis pas absolument parlant, mais selon sa nature; de sorte que si on l’appelle soit: être qui fuit le feu, soit: vapeur blanche, soit: cuivre blanc, on ne ment pas. Il dit qu’elle (se réduit entièrement) en nuage condensé, attendu qu’elle fuit le feu, à la différence de tous les autres corps métalliques; c’est la vapeur sublimée du cinabre, et seule elle blanchit le cuivre. Fais-la donc chauffer doucement et éteins-la dans du lait d’ânesse ou de chèvre. [Rends- toi compte, après avoir opéré le rapprochement, qu’elle fuit le feu, à la différence de tous les autres corps; que c’est la vapeur sublimée du cinabre, et que seule elle blanchit le cuivre.) . Comment les philosophes comprennent-ils cette pensée, à savoir que (Démocrite) appelle pierre, la pyrite débarrassée de son mercure? Cet excellent philosophe (dit): « Qui ne sait que la vapeur sublimée du cinabre est le mercure? c’est par son moyen qu’il est fabriqué. C’est pourquoi si quelqu’un, après avoir délayé le cinabre dans l’huile de natron, après l’avoir mélangé et renfermé dans des vases doubles, l’expose ensuite à un feu continu, il recueillera toute la vapeur fixée par la chaleur sur les corps (métalliques)[40] ». Ainsi donc la pierre, je veux dire celle au moyen de laquelle on obtient la fixation sur le corps (métallique) de la magnésie, n’est pas une vraie pierre.[41] En effet, il est dans sa nature de s’écouler (par volatilisation). N’entends-tu pas ce que Démocrite dit plus haut: a Prenant du mercure, fixe le corps de la magnésie au moyen d’une matière mélangée, de façon à obtenir une seule substance métallique, le molybdochalque. » N’est-ce donc pas là l’aphrosélinon? Car tout le monde sait que, pendant leur ascension, Aphrodite (Vénus) et Séléné (la Lune) forment un composé, que nous dénommons l’aphrosélinon. Or, tout le monde sait aussi que les astrologues assignent le cuivre à Vénus, pendant son ascension. Les uns disent que le mercure est une chose plus épaisse; les autres, que le mercure est une chose plus spirituelle : attendu que, dans le déclin de la lune, il y a décroissement de la lumière:[42] Ce déclin ou écoulement résulte aussi de la nature propre de tous les autres astres. Jupiter seul est appelé d’abord électrum, pendant son ascension;[43] tout électrum étant composé au moins de trois métaux. 8. Ainsi donc, dans son sens propre, l’argent répond à l’ascension de la lune;[44] comme l’a montré l’excellent Philosophe, employant les dénominations exactes, au sujet des deux argents,[45] et lorsqu’il dénomme l’aphrosélinon. De même que la lumière est vue en esprit à l’opposé de la lune, tandis qu’elle naît et meurt corporellement dans cet astre;[46] de même aussi, naît et meurt le (vif) argent,[47] tiré du corps (métallique) de la magnésie; il est esprit quant à sa nature. Nous trouvons encore des explications sur ces choses dans le traité de la Vertu en Action de Zosime; car lui-même demande: « Et toi, tu es donc un esprit? « Et celui-ci répond et dit : « Je suis esprit et gardien d’esprits[48] ». En effet celui-ci étant esprit, en raison de la substance spirituelle qui réside dans la lune,[49] il reprend un corps métallique par son union avec les solides; et il fait à ce corps un esprit qui pénètre pour ainsi dire dans sa profondeur……………………………………………… (passage inintelligible). N’as-tu pas entendu, dit-il, proférer à haute voix cette parole souvent répétée : Défends le cuivre, combats le mercure et rends tout à fait incorporel, jusqu’à destruction : tel est l’art ». Or il n’a rien employé pour cela, sauf le mercure et la magnésie, et ces deux substances sont réunies dans la fixation. « Prends, dit-il, le mercure (et) le corps (métallique) de la magnésie; tu obtiens l’esprit par l’expulsion du mercure ». « On le trouve, dit-il encore, vers les courants du Nil »; ce qui signifie l’écoulement simultané par fusion, comme il a été expliqué précédemment.[50] Alors, ainsi qu’il le dit: « rien ne manque, rien n’est ajourné, à l’exception de la vapeur[51] » c’est-à-dire que l’opérateur peut, grâce à sa faculté de voir et de comprendre, voir et comprendre les choses énoncées. 9. En effet, que prescrit encore Hermès,[52] lorsqu’il parle de ce qui tombe de la lune à son déclin, et dit où (cela) se trouve, où on le traite et comment cela possède une nature qui résiste au feu? «Tu le trouveras chez moi et chez Agathodémon. Par l’expression déclin,[53] il parle de l’écoulement, et (cela) devient plus clair par l’addition de ces mots: « ce qui tombe au déclin lunaire »; à ceux-ci: « la substance de la lune ». En effet, le corps demeure fixé par le déclin. La nature de la magnésie lunarisée acquiert ainsi en totalité le caractère spécifique de la lune,[54] et se développe à l’occasion du déclin (qui répond à la volatilisation du mercure). De telle sorte que le principe actif tombe (de la lune) par ce déclin, le corps (métallique) demeurant transformé. Revenons maintenant au déclin et à la faculté de voir et de pénétrer, qui résulte du déclin, du courant et de l’écoulement, conformément à la nature séparative de l’écoulement. Prends la magnésie traitée par l’art philosophique, en la brûlant par le feu, non pendant l’incandescence; mais pendant le déclin du feu, afin que l’esprit soit conservé et qu’il ne s’évapore pas par la violence de l’incandescence. 10. Comprends ainsi ce que dit Ostanès: « Mets ta main à l’intérieur de la pierre, et tires-en le cœur, parce que son âme est dans son cœur[55] ». Ainsi donc, par un semblable déclin, cette pierre rejette tout ce qui est à l’intérieur, et le fond du cœur est rejeté; de même que l’esprit, qui est l’ios jaune, établi en principe comme la couleur d’or; car ces choses sont en rapport avec ce que dit aussi Démocrite « Traite la pyrite jusqu’à ce qu’elle soit jaune comme la couleur d’or et vérifie si le métal devient sans ombre.[56] S’il ne devient pas sans ombre, ne t’en prends pas au cuivre, mais à toi-même : c’est que tu n’auras pas bien opéré. Traite donc jusqu’à ce que le cuivre, devenu jaune et sans ombre, teigne tout corps en or et devienne comme la couleur d’or ». Il faut dès lors considérer et observer s’il devient jaune sans ombre, comme la couleur d’or : s’il ne devient pas sans ombre, il ne peut teindre en jaune comme la couleur d’or. En effet, il n’est pas d’or (ou doré) quant à sa qualité, puisque ce sont certaines qualités qui rendent jaune; car le mot qualité[57] a pour étymologie le mot fabriquer.[58] (Le jaune) produit une teinture, en raison de sa qualité dorée; car il est évident que les actions exercées par les qualités sont en quelque sorte incorporelles. De là découle l’action de dorer; attendu que si la couleur ne possède pas la qualité jaune[59] dans sa propre substance, elle ne peut ni faire de l’or, ni teindre en or Mais notre or, qui possède la qualité voulue, peut faire de l’or et teindre en or. C’est là le grand mystère, (à savoir) que la qualité devient or et alors elle fait de l’or.[60] 11. Voilà pourquoi la Couronne des philosophes[61] dit que la qualité, par la transmutation, réalise ce que l’on cherche. Il nous persuade et nous invite à l’interroger, disant: a Quelle est cette qualité? » Il répond : la qualité de la poudre de projection réside dans les qualités dorées. Si elle n’acquiert pas la qualité dorée et ne devient pas de l’or, possédant la couleur parfaite, elle ne peut faire de l’or. Ainsi donc, comme il le dit, vérifie si le jaune est devenu sans ombre, c’est-à-dire (un être) incorporel, un ios jaune comme la couleur d’or. Ce qu’il faut donc vérifier, c’est si le jaune est devenu sans ombre et paraît comme la couleur d’or. Le commentateur poursuit en exposant des discussions subtiles et alambiquées dont nous supprimons la traduction. 12. ………………………………. Si tu commences par blanchir, le jaunissement sera parfait, parfait et solide. Dans le cas où il ne serait pas exact, il faut observer que le jaunissement dépend du degré de blanchiment: si le blanchiment passe, le jaunissement passe aussi. 13. Il sera nécessaire d’observer et de surveiller le blanchiment, et de le prolonger. Hermès exige que le lavage dure pendant six mois, à partir du mois de Méchir; Ostanès, dans son traité, parlant de l’aigle, exige une année entière. Ajoutons que les philosophes œcuméniques, les savants modernes, les exégètes de Platon et d’Aristote, résumant le compte des dissolutions et des chauffes, disent 2 fois 8 centaines et 3 fois 3 dizaines et 4 fois, montrant que onze cent (fois) la combinaison doit être remaniée, et décomposée, pour que le blanchiment devienne parfait et s’accomplisse en vue d’un jaunissement parfait et solide. Zosime disait encore plus expressément : Ne craignez pas de multiplier les chauffes et les expulsions de l’eau[62] des corps, attendu que la chauffe mille fois répétée du cuivre le rend plus apte à la teinture. On n’a pas traduit la fin de ce §, qui est un développement sans intérêt. 14. Il convient d’admirer le concours des qualités; car les actions incorporelles effectuées par leur concours ont accompli cette merveilleuse Chrysopée, par la production d’une seule substance. La chaleur du feu, la liquidité de l’eau, le froid de l’air, toutes qualités concourant avec la solidité de la terre, ont forcé le corps (métallique) de la magnésie de passer à la mutation et à la transformation. Où sont donc ceux qui disent qu’il est impossible de changer la nature? Car voici que la nature des solides change et acquiert la qualité dorée ; de même le molybdochalque s’est changé, en prenant la qualité dorée, et s’est rapproché du noir; de même l’argent commun se change par notre opération en or. Les § 15, 16, 17 sont de pures subtilités, dont nous supprimons la traduction. 18. La présente composition part de l’unité, et se constitue en triade par l’expulsion du mercure; l’unité de constitution résulte d’une triade à éléments sépares. C’est ainsi qu’une triade unique, partagée, constituée par des éléments séparés, constitue le monde, par la providence du premier auteur, cause et démiurge de la création. Par suite, il est appelé Trismégiste, ayant envisagé suivant la triade ce qui est fait et ce qui fait. Or ce qui est fait, c’est le molybdochalque (et la) pierre étésienne; et ce qui fait, c’est le chaud, et le froid, et le fluide, d’abord triade première indivisible, et puis unité divisée. On juge inutile de donner la traduction du commencement du § 19. 19. …………………. (Zosime) dit en parlant de ces matières : « Brûlez le cuivre dans la coin- position blanche s, afin de vous détourner de toute autre cuisson; (il veut) convaincre ceux qui brûlent au moyen du soufre, de l’arsenic, ou de la sandaraque, que l’on ne réussit pas avec ces matières. La pyrite chauffée avec elles ne devient pas blanche, mais noire, et ne peut plus ensuite être blanchie. Mais si on la chauffe avec la composition blanche, elle blanchit et est affinée par le lavage, ainsi qu’il a été écrit. 20. A la fin (la matière) est blanchie et jaunie, comme le dit Ostanès: « En même temps que vous blanchissez, vous jaunissez. Et Zosime dit: «Veillez à ne pas négliger le moment favorable au blanchissement: car à ce moment deux choses se produisent à la fois, le blanchissement et le jaunissement». Rien n’est blanchi d’abord et jauni plus tard; mais on blanchit et on jaunit dans une opération continue, suivant l’unité de cette composition trisubstantielle. Telle est la répartition triadique: Par le blanchiment, par la monade conjonctive, les trois substances sont blanchies et jaunies; (tandis que) par la triade distinctive, elles sont désunies et s’écoulent. Le livre de Démocrite s’exprimait ainsi : (Traite avec la saumure, ou le vinaigre de saumure, ou comme tu l’imagineras ». Il déclare d’abord que le cuivre ne teint pas, mais que le cuivre brûlé par l’huile de natron, après avoir subi ce traitement à plusieurs reprises, devient plus beau que l’or. Le cuivre ne teint pas, tant qu’il conserve une essence unique; mais il est teint par sa combinaison (avec d’autres corps). Comment donc sans cette combinaison et avant que le cuivre soit teint, pourrait-on réussir à teindre les objets soumis à l’action du feu? Mais cela suffit pour montrer pourquoi la première opération ne réussit pas. 21. Quant à nous, nous remarquerons aussi que la cuisson par l’huile de natron a été mentionnée par le Philosophe, en opposition, comme réserve et pour se faire entendre. De même que celui qui regarde dans un miroir ne regarde pas les ombres, mais ce qu’elles font entendre, comprenant la réalité à travers les apparences fictives; de même il s’est servi, pour se faire entendre, de l’expression « par l’huile de natron s, afin de nous faire comprendre la vérité. Voilà pourquoi au lieu des mots « vinaigre de natron » il emploie la dénomination huile de natron s. Le métal est brûlé par la composition blanche, affiné, blanchi, lavé dans le vinaigre de natron. Dans celui-ci il est en même temps jauni, c’est-à-dire blanchi à l’extérieur et jauni à l’intérieur. 22. Il faut mettre (le métal) au feu, seulement pour l’échauffer, et prendre garde qu’il ne se produise de la fumée; car s’il se produit de la fumée, la couleur disparaît.[63] C’est dans ce sens que le libéral et excellent Démocrite... dit au sujet du cuivre: « Ne le chauffe pas trop fortement, mon ami, de peur de lui faire perdre sa beauté; ne l’expose jamais à la flamme du feu: ce n’est pas avantageux, car il se volatilise. Expose-le au feu, comme à l’action d’un soleil ardent; conserve-lui toute sa matière sublimable et rends-le pareil au jaune d’œuf. » Nous interprétons (cet auteur, en admettant) que par l‘expression : « ne le chauffe pas trop fortement et ne l’expose jamais à la flamme du feu »; il rejetait de ce soufflage, toute calcination et toute action directe de la flamme. Dans cette vue il modère le feu et l’air, afin d’éviter la calcination qui sépare (les composants de l’alliage), et (il a recours) à un lut résistant au feu, bien feutré, pour enduire à l’extérieur les appareils, à deux ou trois reprises, afin d’éviter la calcination, tout en réalisant l’échauffement. Non seulement il se sert de ce lut, mais encore il prend soin d’enduire les interstices des compartiments des appareils. De même que le Démiurge, après avoir séparé le firmament de l’élément liquide, place l’eau au-dessous du firmament; de même l’opérateur prend soin des interstices, afin que dans les appareils la composition ne soit pas calcinée et ne se dissipe pas. De même encore que (le Démiurge) a ordonné que le soleil, en accomplissant son cours, passe au-dessus de tous les êtres délicats, (sans) brûler les corps vivants, les parties molles et les corps qui flottent à la surface; de même l’opérateur a ordonné que l’air souffle du dehors et à travers, afin que ces corps refroidis par là soient préservés de la combustion. Et cette intelligence démiurgique, opérant entre la composition supérieure et le feu mis au-dessous, dispose les choses de façon à tempérer l’action (du feu) sur les matières placées au-dessus. Deux fois huit centaines et trois fois trois dizaines et quatre, voilà combien de fois le feu doit être suspendu. C’est ainsi qu’il faut un grand tempérament, afin d’éviter que tout le produit ne soit brûlé et toute la partie liquide perdue. Car il dit: Tout le liquide, par la violence de l’action du feu, serait perdu. 23. Ainsi, toute la vapeur contenue dans la composition étant conservée et celle-ci devenue de la couleur du jaune d’œuf, passons à la seconde et grande macération. C’est celle qui transforme la nature, qui révèle la nature recélée dans la profondeur intime. A ce passage se rapporte le dire de Stephanus : « le but de la philosophie, c’est la dissolution du corps, la séparation de l’âme et du corps n. Ici voyons Démocrite disant : « Rien ne manque, il n’y a plus rien à exposer, excepté la montée de la vapeur et de l’eau[64] ». Stephanus dit à son tour: « Il ne faut pas... (phrase inintelligible). Mais nous enlevons les eaux qui surnagent, afin de voir sa beauté, de contempler la belle forme de la beauté ineffable, la grâce du trône d’or. Que faut-il donc faire? Comment ferons-nous l’enlèvement de l’eau[65]? » Mais si le feu est contraire au traitement des espèces, comment faut-il (faire) autrement? dit-il; si le métal ne peut être chauffé sans feu, que ferons-nous? Opérerons-nous sans feu? Et que sera un commencement n’ayant pas de fin, dans cette opération pratique que nous décrivons? Que voulait donc dire notre philosophe, le maître le plus complet en toutes choses, ce professeur plein de sens? Il n’a rien omis de ce ‘qui tend à la pratique, sans le comprendre parmi les choses qui complètent son exposition. Voilà pourquoi il dit ici : « Prenant du plomb, je ne dis pas du plomb ordinaire, mais notre plomb, étends-le sur une largeur double. Après l’avoir disposé pour l’œuvre au moyen d’un outil, opère la montée de l’eau[66] ». Fais bien attention, dit-il : si tu es embarrassé, va en Égypte, et prenant un tissu épais, lave, presse ta vendange[67] ». Zosime s’explique aussi en disant Prenant du sel, extrais le soufre blanc, en mouillant avec un jus acide. « Stephanus dit : Lorsque tu feras la composition avec la matière, il y aura une dépense excessive ». 24. Notre libéral et parfait Stephanus, le révélateur des mystères, (dit) : « Mets sur la nature morte[68] la vapeur sublimée, place (le mélange) dans un sac de lin très épais et exprime toute l’eau; le superflu sera ainsi extrait plus vite. Mets du sel de Cappadoce en quantité égale, mouille avec une liqueur acide, jusqu’à ce que le produit ait pris une consistance piteuse; puis fais sécher, en broyant avec du vinaigre de natron. Celui qui opère ainsi est un homme parfait; il suit la marche prescrite dans les ouvrages, la marche indirecte et détournée ». Pour celui qui préfère adopter une voie plus agréable et dépourvue de complications, il dit « Prends du natron 2 parties; de l’alun rond, 1 partie; du misy, 2 parties; du sel de Cappadoce, 4 parties; mets dans du vinaigre très fort et fais une liqueur. A l’aide de ces (ingrédients) tu ôteras aux feuilles (métalliques) leur éclat. Une telle liqueur suffit pour le commencement et la fin de l’expérience ». III. vii. — SUR L’ÉVAPORATION DE L’EAU DIVINE(QUI FIXE LE MERCURE)[69]1. Me trouvant une fois dans vos demeures, ô femme,[70] afin de t’entendre, j’admirais toute l’opération de ce qui est appelé chez toi le « structeur. » Je tombai dans une grande stupéfaction, à la vue de ces effets, et je me mis à vénérer comme divin le poxamo;[71] je pensais, (en considérant) l’intelligence de chaque artisan (de l’œuvre) ; comment, trouvant secours dans leurs devanciers, ils perfectionnaient leurs propres recherches. Ce qui me surprenait, c’était la cuisson de l’oiseau[72] soumis à la filtration; c’était de voir comment il la subit, par le moyen de la vapeur sublimée, de la chaleur et d’un liquide approprié, alors qu’il participe à la teinture. Surpris, mon esprit revient à notre objet d’étude; il examine si c’est par suite de l’émission de la vapeur de l’eau divine que notre composition peut être cuite et teinte. Or je cherchais si quelqu’un des anciens fait mention de cet instrument, et (rien) ne se présentait à mon esprit. Découragé, je compulsai les livres et je trouvai dans ceux des Juifs, à côté de l’instrument traditionnel nommé tribicos, la description de ton propre instrument. Voici comment la chose est présentée. Prenant de l’arsenic (sulfuré), blanchis-le de la manière suivante. Fais une pâte grasse, de la largeur d’un petit miroir très mince; perce-la de petits trous, en manière de crible, et place par dessus, en l’ajustant bien, un petit récipient, renfermant une partie de soufre; mets dans le crible de l’arsenic, la quantité que tu voudras. Après avoir recouvert avec un autre récipient, et avoir luté les points de jonction, au bout de 2 jours et 2 nuits, tu trouveras de la céruse.[73] Prends-en un quart de mine et souffle pendant tout un jour, en y ajoutant un peu de bitume, etc. Telle est la construction de l’appareil. 2. Quant à moi je reviendrai à notre objet, en montrant, d’après l’écrit lui-même, qu’il n’y a pas blanchiment, puisqu’il conseille de faire durer la cuisson 2 jours et 2 nuits; tandis qu’une heure suffit pour évaporer une grande quantité de soufre. Mais par là, il fournit un motif à tes réflexions. En effet Agathodémon a rappelé que l’arsenic est toute la composition; c’est celle sur laquelle j’ai fortement discouru dans le 6e chapitre, sur la cuisson, dans mon livre sur l’Action;[74] beaucoup d’autres anciens l’ont rappelée explicitement et avec intention. Mais le début de l’écrit, qu’enseigne-t-il sur le sujet présent? Il dit ; « Le blanchiment par l’arsenic s’étend jusqu’à l’arsenic non blanchi ». C’est dans le même sens que Démocrite dit « si la flamme est trop forte, le jaune se produit; mais (cela) ne te servira pas maintenant, car tu veux blanchir les corps (métalliques)[75] ». 3. Or comment y a-t-il un homme assez simple pour ne pas entendre par là toutes les espèces de l’arsenic (sulfuré)? Et même l’arsenic lamelleux, comme l’expose L’écrit précité? Si les matières[76] sont blanchies de cette façon, et non pas seulement à la surface, le métal sera entièrement blanc et il ne perdra passa couleur au feu; il sera blanc dans l’intérieur ainsi qu’à la surface. Or comment n’est-on pas capable d’entendre l’arsenic blanchi, là où l’écrit a prescrit de le projeter et de le soumettre à l’insufflation; cet arsenic ne contenant aucune (partie) de soufre,[77] mais s’évaporant en nature[78] sous l’action du feu? Mais si la composition renferme du soufre, il recommande non seulement de souffler, mais encore d’ajouter du bitume, afin que par là le Tout soit désulfuré et devienne pur et brillant. 4. Voilà toutes les choses qu’il m’est permis de dire là-dessus, et vous en êtes témoins. Mais si vous y trouvez bien des ressources, vous êtes aussi des maîtres pour le reste. Je vous conseille conformément à ce que j’ai appris jusqu’ici, ayant accepté de vous, moi aussi, les fruits de l’œuvre finale. L’écrit dit qu’on opère également sur les monnaies.[79] Or ce procédé s’exécute dans l’Ecrevisse.[80] 5. Pour la composition,[81] le vase de terre cuite a une ouverture, destinée à découvrir la coupe placée sur la kérotakis, afin que l’on puisse voir si la matière blanchit ou jaunit. Or l’ouverture du vase de terre cuite est fermée au moyen d’une autre coupe,[82] afin que le produit ne s’évapore pas; et que l’alliage de l’Écrevisse[83] ne s’échappe pas par là. L’opération a lieu en un seul jour. Si la décoction est conduite autrement, ainsi que la cuisson, il faudra deux fourneaux: le premier, pour les fioles apparentes; le second, pour les kérotakis, les vases à fixation, ou les bocaux. Si l’on veut y faire digérer l’alliage de l’Écrevisse, ou les matières analogues, on le placera sur la kérotakis, en l’y étendant, et en évitant qu’il ne coule. Le vieux Zosime disait: « Je connais une classe unique qui renferme deux opérations: l’une pour que la fluidité soit produite par l’extraction; la seconde pour que l’humidité du plomb soit desséchée jusqu’à épuisement. Car elle se fixera et se desséchera ». III. viii. — SUR LA MÊME EAU DIVINE1. Prenant des œufs, la quantité que tu voudras, fais-les bouillir, et après les avoir cassés, êtes-en tout le blanc;[84] mais n’emploie pas la coquille.[85] Prenant un vase de verre mâle et femelle,[86] celui qui est appelé alambic, jettes-y les jaunes des œufs,[87] en usant de la pesée ci-après: une once de jaune; coquille des œufs calcinée, deux carats, ni plus ni moins, mais juste comme il a été écrit. Ensuite, délaie; puis, prenant d’autres œufs, casse-les et jette (les) dans l’alambic avec les jaunes délayés, de façon que les œufs entiers soient recouverts par les jaunes. Lute l’alambic et son chapiteau au récipient,[88] avec beaucoup de soin; en te servant de suif, ou de plâtre, ou bien de cire d’abeille, ou de cendre mélangée d’huile, ou de ce que tu voudras. Fais digérer dans du crottin de cheval ou d’âne, ou sur un feu de sciure de bois, ou dans un four de pâtissier. Emploie n’importe quel genre de caléfaction convenable, au degré que peut supporter la main humaine. Que le lieu où les appareils sont installés soit à l’abri du vent, qu’il reçoive la lumière de l’est ou du sud, mais non celle du couchant, ou du nord, ou du nord-ouest, ou du nord-est, à cause du refroidissement.[89] Fais digérer pendant 14 ou 21 jours, jusqu’à ce que cesse la montée des vapeurs; et maintiens lutés avec soin les joints de l’appareil, afin de conserver l’odeur; car si elle s’échappe, tout le travail est perdu. En effet, cette odeur est tout à fait désagréable, et c’est dans cette odeur que réside le travail.[90] 2. La première eau qui passe (à la distillation) est blanche. La seconde coule goutte à goutte elle est d’une odeur désagréable, toute pareille (au lait de chaux).[91] Ensuite, quand la montée de l’eau a cessé, tu enlèves le récipient dans lequel l’eau a coulé, tu (le) fermes, et tu le gardes avec soin. Découvrant l’alambic, tu te boucheras le nez à cause de l’odeur; et tu trouveras dans le vase femelle les scories (caput mortuum). Ne refuse pas au mort de parvenir à la résurrection; mais attends la résurrection du (mort) dont on a désespéré.[92] Ensuite mélange avec la cendre d’autres jaunes d’œufs, comme dans l’art de la savonnerie; délaie ensemble les matières humides et les matières sèches, et jette (le tout) dans un alambic. Opère comme il a été prescrit antérieurement, en changeant le récipient de l’eau, c’est-à-dire le rogion. Fais cela jusqu’à trois fois et tu auras d’abord la première eau blanche, comme il a été dit précédemment, cette (eau) que les anciens ont nommée eau de pluie; puis, la seconde eau, jaune-verdâtre, qu’ils ont nommée huile de raifort; puis la troisième eau, d’un noir verdâtre.[93] Tu auras aussi les scories qui sont dans le têt. Lorsque tu ouvriras l’appareil, tu trouveras la première fois la scorie tournant au noir, —la seconde fois, blanche; — la troisième fois, jaune.[94] Après la première, la seconde et la troisième extractions d’eau et ouvertures de l’appareil, tu réunis les eaux des trois extractions, c’est-à-dire les eaux divines qui s’y trouvent, avec le résidu contenu dans le vase femelle. Après cela, prenant un alambic de verre, fais-y entrer les matières, bouche l’alambic avec une poterie cuite, capable de s’ajuster aux bords de l’alambic. Lute avec tout le soin possible, à l’aide d’un lut qui résiste au feu. Aban donne sur le fumier du fourneau, pendant quarante et un jours, jusqu’à ce que la décomposition ayant eu lieu, la matière teinte devienne semblable à la matière tinctoriale, et que la nature domine la nature. En effet, de cette façon, les matières sulfureuses sont dominées par les matières sulfureuses[95] et les matières humides par les matières humides correspondantes. 3. Ne prends pas souci du poids, ni de la fraîcheur des œufs, ou de leurs jaunes; seulement, broie ensemble les matières liquides et les matières sèches, comme il a été dit précédemment, et mets-les dans l’alambic. Après le quarante et unième jour, découvre l’alambic et tu y trouveras une composition entièrement vert clair, c’est-à-dire tournée en ios. Celui qui fait l’ios, sait quelle opération il accomplit; mais celui qui n’en fait pas ne produit rien. Or, après le quarante et unième jour, ôte l’alambic du lieu chaud et laisse le pendant cinq jours éloigné de toute source de chaleur. Les cinq jours (écoulés), place l’alambic sur de la braise de sciure de bois et extrais-en l’eau divine; tu la recevras, non dans ta main, mais dans un vase de verre. Puis, prenant cette eau, mets-la dans un alambic, comme il a été écrit précédemment, et fais chauffer pendant deux ou trois jours. Après avoir enlevé, délaie, et expose au soleil sur une coquille. Lorsque le produit sera devenu compacte comme du savon, fais chauffer une once d’argent, et projettes-(y) de cette eau solidifiée, c’est-à-dire deux karats de poudre sèche, et tu auras de l’or.[96] Le nombre total des jours de l’opération est de cent dix jours, d’après ce qu’ont dit Zosime, le Chrétien et Stephanus.[97] Quant à moi, après avoir bien butiné de tous côtés comme l’abeille, et tressé une couronne avec beaucoup de fleurs, je t’en ai fait hommage, à toi mon maître. Ensuite, je t’exposerai quels sont les appareils. Portez-vous bien en Jésus-Christ, notre Dieu, maintenant, toujours et dans tous les siècles des siècles. Amen. III. ix. — ZOSIME DE PANOPOLIS[98]MÉMOIRES AUTHENTIQUES SUR L’EAU DIVINE1. Ceci est le divin et grand mystère; l’objet que l’on cherche. Ceci est le Tout. De lui (provient) le Tout, et par lui (existe) le Tout. Deux natures, une seule essence; car l’une attire l’une; et l’une domine l’une. Ceci est l’eau d’argent,[99] l’hermaphrodite, ce qui fuit toujours,[100] ce qui est attiré vers ses propres éléments. C’est l’eau divine, que tout le monde a ignorée, dont la nature est difficile à contempler; car ce n’est ni un métal, ni de l’eau toujours en mouvement, ni un corps (métallique); elle n’est pas dominée. 2. C’est le Tout en toutes choses; il a vie et esprit et il est destructeur. Celui qui comprend cela possède l’or et l’argent. La puissance a été cachée, mais elle est déposée dans Erotyle.[101] III. x. — CONSEILS ET RECOMMANDATIONSPOUR CEUX QUI PRATIQUENT L’ART[102]1. Je vous le déclare, à vous les sages : sans l’appareil propre à traiter le cuivre, et sans le temps prescrit pour l’opération de l’iosis (lequel temps est court ou long) et pour le mélange des dix espèces susdites,[103] sèches ou liquides, que l’on broie ensemble, n’espérez rien faire, ô hommes, vous qui appartenez à la troupe de l’or, à la race d’or, aux enfants de la tête d’or; vous qui êtes les amants de la sagesse et les investigateurs de la matière du jaune d’œuf.[104] Mais vous, gens du creuset, vous vous raillez mutuellement et vous ne suivez pas mes avis, à moi qui vous engage à vous conformer aux préceptes des maîtres et à leurs écrits; à moi qui vous fais connaître leurs opinions, révélées par la puissance de la parole divine. 2. Cette eau a deux couleurs, blanche et jaune; ils lui ont donné mille noms divers. Sans l’eau divine, rien n’existe. Par elle toute la composition est entreprise; par elle, elle est chauffée; par elle, elle est brûlée; par elle, elle est fixée; par elle, elle est jaunie; par elle, elle est décomposée; par elle, elle est teinte; par là, elle subit l’iosis, elle est affinée et soumise à la cuisson. En effet, il dit: « En projetant l’eau de soufre natif et un peu de gomme, tu teindras un corps quelconque ». Toutes (les substances) qui tirent leur origine de l’eau, sont en opposition avec celles qui tirent leur origine du feu; de sorte que sans le catalogue de tous les liquides, rien n’est certain. 3. Quelques-uns l’ont rappelé, — et peut-être même tous: il est nécessaire que cette eau, en guise de levain, détermine la fermentation destinée à produire le semblable au moyen du semblable, dans le corps métallique qui doit être teint. En effet, de même que le levain du pain, pris en petite quantité, fait fermenter une grande masse de pate; de même aussi ce petit morceau d’or va faire fermenter toute la matière sèche.[105] 4. D’autres, mêlant ensemble deux espèces de choses, les résidus dorés des (substances) sulfureuses avec les matières d’or, les ont associées : les unes aux produits bruts et non fermentés, les autres aux produits cuits ensemble dans l’eau de l’iosis. *************************** En haut les choses célestes, et en bas les choses terrestres; par le mâle et la femelle l’œuvre est accomplie.[106] III. xi. — ZOSIME DE PANOPOLISÉCRIT AUTHENTIQUESur l’art sacré et divin de la fabrication de l’or et de l’argent[107] Abrégé sommaire. 1. Prenant l’âme du cuivre qui est au-dessus de l’eau du mercure, fais (en) un corps volatil; car l’âme du cuivre retenue dans la matière en fusion monte en haut;[108] la partie liquide reste en bas dans l’appareil à kérotakis, et doit être fixée au moyen de la gomme:[109] c’est la fleur d’or, la liqueur d’or, etc. D’autres entendent par là la coloration, la cuisson, l’œuvre de la doctrine mystique. Au début le cuivre projeté, après traitement dans l’appareil de la fabrication, charme les yeux. Tandis qu’il perd son éclat, on le combine avec la gomme dorée, la liqueur d’or, etc.[110] (Voilà ce que) il a écrit au sujet de la confection de l’or, laquelle est proclamée aussi la fixation. Marie dit : « Prends l’eau de soufre et un peu de gomme, mets-la sur le bain de cendre; on dit que c’est de cette façon que l’eau est fixée ». Marie dit encore : « Pour la préparation de la fleur d’or, place l’eau de soufre et un peu de gomme sur la feuille de la kérotakis, afin qu’elle s’y fixe. Fais digérer à la chaleur du fumier pendant quelque temps ». Après les mots « pendant quelque temps », Marie (ajoute) : « Prends une partie de notre cuivre, une partie d’or; amollis la feuille formée de ces deux métaux unis par fusion, pose (la) sur le soufre, et laisse (le tout) pendant 3 fois 24 heures, jusqu’à ce que le produit soit cuit. 2. Le Philosophe[111] expose la même chose : « après avoir fixé pendant quelque temps à la chaleur du fumier, nous faisons cuire le produit en le traitant par le soufre pendant 2 ou 3 jours, jusqu’à ce qu’il se forme une préparation extrêmement jaune, que l’on transporte dans un autre vase ». Telle est la composition. En effet, après la fixation de l’eau de soufre dans un matras,[112] on met dans un vase, et on fait cuire fortement pendant 2 ou 3 jours. 3. Tous les écrits veulent (que) le feu (soit fait) par progression. On emploie d’abord le bain de cendre ou le fumier, jusqu’à ce que l’eau de soufre se fixe. C’est ainsi qu’ils arrivent à notre mode de cuisson: (Fixe, dit-il, transforme, et change de matras;[113] fais cuire, sur un feu indirect et varié. Quant à moi, j’ai dit dans mon livre du blanc: On fait cuire d’abord pendant un jour, et l’on fixe pendant quelque temps, non seulement en exposant à la vapeur, mais aussi en trempant dans l’eau de soufre ». 4. C’est pour cette raison que le Philosophe, dans le catalogue des liquides, a parlé avec intention de la vapeur; puis de l’eau de soufre. Après avoir opéré la fixation pendant quelque temps, au moyen de la vapeur; puis après avoir traité par l’eau de soufre, nous faisons cuire pendant un jour; comme pour la litharge, lorsqu’on veut l’amener à l’état de céruse. On ajoute le reste de la préparation, si l’on a besoin d’or. Sinon, on souffle avec précaution pour brûler le soufre.[114] On délaie la composition et on la traite de nouveau par l’huile de natron, jusqu’à ce qu’elle perde sa fluidité. On souffle jusqu’à ce que les matières sulfureuses s’échappent, en laissant le métal éclairci.[115] Ainsi on fait bouillir avec l’huile (de natron) désulfurante, jusqu’à ce qua le produit perde sa fluidité, et après avoir grillé par insufflation, on obtient (ce que l’on cherche). Voici comment nous parvenons au jaunissement. Après avoir délayé et employé les matières susceptibles de jaunir, telles que l’eau de soufre et la gomme; nous fixons légèrement avec la chaleur du fumier. Puis nous faisons cuire 2 ou 3 jours, jusqu’à ce que le produit devienne jaune au plus haut degré. On place ce produit dans le reste de la préparation pendant 3, 5 ou 7 jours, jusqu’à ce qu’il ait subi l’iosis. Puis nous le projetons sur l’argent et nous teignons en or. Nous réglons le feu de façon que la vapeur commence à se fixer. 5. Après avoir fait agir l’eau de soufre sur le molybdochalque, nous faisons chauffer pendant un jour, comme il est dit dans la première classe des liquides blancs; nous opérons sur un feu indirect, ainsi que cela se fait pour la litharge. Si nous voulons blanchir, nous opérons l’iosis de cette manière. Mais si nous avons grillé par soufflage en vue du jaunissement, nous traitons de nouveau par l’eau de soufre natif et la gomme. Après avoir fixé en exposant à la chaleur du fumier, nous faisons cuire pendant 2 ou 3 jours, jusqu’à ce que le produit devienne jaune au plus haut degré. Après l’avoir enlevé, nous transformons en ios le reste de la préparation. J’ai défini la proportion du feu. III. xii. — SUR LES SUBSTANCES QUI SERVENT DE SUPPORTET SUR LES QUATRE CORPS MÉTALLIQUES, D’APRÈS DÉMOCRITE1. Les quatre corps (métalliques) servent de support,[116] et aucun d’eux ne se volatilise. C’est pour cela qu’il n’a pas parlé de griller (par insufflation) la composition; car si c’était utile, il en aurait fait mention expressément. En effet, il dit : « Rien n’a été omis, rien n’a été ajourné ». Il dit aussi, en parlant de la liqueur d’or Elle teint un corps quelconque ; ce qui s’applique aux quatre corps. C’est aussi pour cette raison qu’il a cité son maître disant: « Teignant toutes les substances »; montrant par là qu’il ne s’agit pas de souffler; mais que les quatre (corps) qui servent de support sont teints et aptes à teindre. Il introduit Pamménès opérant sur le soufre[117] et disant qu’il n’est (Enlève la (nature) sulfureuse au plomb; partout où le soufre entre, il teint ». Elles voulu montrer par la que nous n’avons pas raison de griller le soufres Elle a employé des noms étrangers aux arts dans la description de leurs opérations. Ce n’est pas ainsi que font ceux qui opèrent, lorsqu’ils parlent de notre cuivre ou bien d’un corps métallique quelconque. On fait une feuille au moyen de deux métaux unis par fusion. Le Philosophe prend cette feuille métallique et la coupe en morceaux; si l’alliage est fondu, cela vaut mieux. Voici ce qu’ils disent: « Ce n’est pas au moyen d’une feuille... ». 2. De cette façon, s’ils parlent de griller, ils ne parlent pas d’une opération faite en dehors, mais pendant leur propre travail. Car ils soumettent au grillage les matières cuites, afin de prendre leur (principe) propre et tinctorial. Ils rejettent les matières cuites, et font évaporer les parties inutiles.[118] Ils donnent d’autres noms aux produits purifiés. Ainsi ils grillent par insufflation, de façon à isoler le principe propre et tinctorial. Voilà comment on brûle dans les cuissons, on expulse par insufflation toutes les matières étrangères, en gardant l’esprit utile et tinctorial. 3. Sur les poids des (substances) crues et cuites. D’après ce que les écrits disent à cet égard, assurément le soufre doit être expulsé par insufflation. C’est là ce que Marie a voulu faire entendre en disant : « Tu trouveras 5 parties moins le quart, c’est-à-dire moins le soufre chassé par l’insufflation. Semblablement à la fin de son exposé, elle dit que le cuivre, dans son affinage à la fonte, diminue d’un tiers de son poids. Elle dit que ces changements s’accomplissent aussi lorsqu’on blanchit et qu’on jaunit; car les (substances) sulfureuses teignent, mais se volatilisent. Nous nous débarrassons des substances sulfureuses par volatilisation. Il en est de même des plantes, lorsqu’elles sont entièrement dissoutes ; ainsi qu’il arrive lorsqu’on les fait cuire avec l’eau de soufre, rejetant la partie ligneuse. 4. Ce n’est pas sans motif que Agathodémon dit « et unifiées »; mais afin que, pénétrant dans la profondeur du métal de l’argent, les matières tinctoriales puissent échapper à la destruction causée par le feu. Nous nous privons donc des teintures tirées de plantes, sachant que les métaux ne peuvent en emprunter les qualités, et recevoir ainsi à fond la teinture. Les qualités seules agissent; car le corps ne peut pénétrer dans l’intérieur du corps. Aristote (dit):[119] « les qualités triomphent les unes les autres ». D’après Agathodémon les métaux placés en haut prennent les substances volatiles: c’est ainsi qu’il emprunte l’esprit de la chrysocolle. Ce mot esprit signifie évidemment une substance volatile et les vapeurs sublimées sont du même ordre. Telles sont : la vapeur blanche, la vapeur du cinabre, et « un esprit plus noir, humide, pur ».[120] Car toute vapeur sublimée est un esprit, et telles sont les qualités tinctoriales. Le divin Démocrite parle ainsi du blanchiment et Hermès de la fumée. Quand ces (vapeurs) leur étaient utiles, ils les admettaient dans les traitements, mais (en les désignant) par énigmes. C’est pour cela que c’est un mystère. (Ainsi il dit) : « J’ai écrit cela dans le chapitre : Si tu es intelligent. La vapeur du soufre natif, de l’arsenic, et la vapeur blanche de cinabre »... Agathodémon dit aussi: « (la vapeur de) l’arsenic est l’âme de la matière dorée. Après qu’il a été débarrassé de sa partie épaisse et caustique, qu’il a abandonné son corps sulfureux, prends-en alors la partie colorante s. 5. La vapeur c’est l’esprit, l’esprit qui pénètre dans les corps. L’âme diffère de l’esprit. Il appelle âme la nature primitivement sulfureuse et caustique (de l’arsenic?). Sous l’influence purificatrice du feu on conserve l’esprit, si l’on travaille d’après les règles de l’art; car il ne peut être détruit. Telle est la chose utile, l’élément tinctorial. Il faut à l’opérateur une intelligence subtile, afin qu’il reconnaisse l’esprit sorti du corps et qu’il en fasse emploi, et que surveillant son départ il atteigne le but, c’est-à-dire que le corps étant détruit, (il prenne garde que) l’esprit (ne) soit détruit en même temps. Or il n’a pas été détruit; mais il a pénétré dans la profondeur du métal, lorsque l’opérateur a accompli son œuvre. 6. Ceux qui ne reconnaissent pas quand l’œuvre est à point, interprètent mal; car ils ne voient pas autre chose que des matières qui n’ont pas repris leur corps (métallique), des matières brûlées ou incinérées. Tandis qu’ils ne jugent que la partie visible de ces choses, les infortunés, par une sorte de punition, laissent perdre tout et ils ne réussissent pas à éviter la réduction (du produit) en cendre.[121] Dans aucun passage des écrits, on ne mentionne d’autre support (à la teinture), sinon le cuivre seul. Ainsi Marie dit que le cuivre est traité et plus tard brêlé. C’est dans ce sens qu’il joue le rôle de support. Tel est (le rôle du) cuivre ou de l’argent, dans notre opération. Nous ne voulons pas en tirer la qualité, et leur corps, par sa mort, devient inutile. Les plantes aussi sont inutiles, car elles sont consumées par le feu.[122] 7. Agathodémon dit: « La magnésie, l’antimoine et la litharge se volatilisent, après avoir perdu leur pureté s. Marie: « souffle, dit-elle, les vapeurs, jusqu’à ce que les produits sulfureux soient volatilisés avec l’ombre (qui obscurcit le métal), et que le cuivre prenne tout son éclat ». Ainsi notre cuivre reçoit d’eux la vapeur sublimée. Or la vapeur, c’est l’esprit du corps. Lime diffère de l’esprit ... A partir de ces mots, la fin du § 7 et le § 8, dans M, sont la répétition des § 5, 6, 7; jusqu’à ces mots: ainsi notre cuivre (reçoit) la vapeur sublimée… Dans le texte grec, on a donné les variantes. 9. Démocrite a passé sous silence les poids (dans son premier livre). Il dit: « Il ne reste rien; il n’y a plus rien à exposer, excepté la montée de la vapeur sublimée et de l’eau. Or voici ce qu’il disait au sujet des poids et du soufre, dans le livre suivant : la liqueur blanche d’arsenic, une once, etc. Car il y a deux compositions des soufres... (phrase inintelligible). Le cuivre sera trouvé constitué de telle manière, qu’il puisse unir sa nature (à un autre corps), et dominer avec lui et charmer conjointement. Ainsi la nature charme la nature. Car l’argent, s’unissant à tous les corps métalliques, ne les repousse pas. Quant au cuivre, il le subit volontiers, comme la jument accepte l’accouplement de l’âne, et la chienne celui du loup: ce que font tous les êtres naturels qui se ressemblent. Le cuivre se rouille et se réduit, sans quitter sa propre nature ». Démocrite, dans la classe de la magnésie, dit: « La magnésie blanchie ne laisse pas les corps métalliques se séparer, ni apparaître[123] dans l’ombre du cuivre. » Nous avons achevé le discours sur les poids. Bonne santé. III. xiii. — SUR LA DIVERSITÉ DU CUIVRE BRÛLÉBeaucoup préparent le cuivre brûlé au moyen du soufre.[124] Les traités des autres auteurs le disent avec obscurité. Démocrite seul s’exprime avec une clarté généreuse : « Jetez sur le cuivre un quart de fer sulfuré, c’est-à-dire préparé en fondant avec la pierre magnétique, le quart ou la moitié de soufre; coulez le produit avec le plomb provenant de l’antimoine et de la litharge. Ensuite faites brûler la composition obtenue avec la pyrite, le cuivre et le fer, afin qu’il se forme une scorie convenable. Projetez-y la vapeur sublimée de l’arsenic (sulfuré). Le métal est blanchi par la vapeur du soufre ». En parlant de la céruse cuite avec le soufre, il veut parler du soufre pur, comme propre à changer le molybdochalque en métal étésien. Lorsqu’il dit: « La magnésie blanchie produit le même effet »; il veut parler du cinabre traité simultanément. Mais quelqu’un objectera : il a parlé d’abord de la magnésie et de la pyrite. Oui, afin que tu apprennes ceci qu’en même temps que le cuivre, on projette le fer et le plomb et les minerais, afin que le molybdochalque devienne du cuivre étésien (doré). III. xiv. — SUR CE POINT QU’ILS DONNENT LE NOM D’EAU DIVINE À TOUS LES LIQUIDES ET QUE C’EST UNE (SUBSTANCE) COMPLEXE ET NON PAS SIMPLE1. La vapeur décrite précédemment, tu la feras cuire dans l’huile. La vapeur décrite précédemment, c’est la formule entière; car elle paraît comprendre l’eau divine et l’huile. Ils disent qu’il faut opérer avec tous les liquides, voulant faire entendre (par là) la liquidité. En effet, par tous ces mots : la saumure vinaigrée, ensuite l’huile, puis le miel et le lait, il faut entendre l’eau divine. Le safran par lui-même est impuissant à teindre sans le concours de l’eau divine; ceux qui veulent teindre s’en servent. Marie parle de « la dissolution du comaris et de la chélidoine ». Démocrite (place) dans la dernière classe des liquides blancs « l’eau de chaux qui a coulé » à travers le filtre, ou à travers une chausse. Toutes les espèces sont traitées par macération, au moyen des liquides simples; puis le produit est soumis au lavage. Ainsi sont lavés les corps (métalliques) solides. On les fait macérer, soit en les délayant, soit en les arrosant. Les produits délayés sont exposés au soleil et à la rosée, à la façon du soufre blanc ou de la litharge. On les fait macérer 1, ou 3, ou 5, ou 7 jours, jusqu’à désagrégation totale. |