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Euripide

 

 

ANTHOLOGIE TRAGIQUE

 

3. D'Électre aux Bacchantes - Le Cyclope

(de 413 à 405)

 

 

 

 

 

 

 

Électre

 

- Plan de la pièce

- Tristesse d’Électre

- Où est la vertu ?

- Insulte au mort

- Une fille contre sa mère

- Bonheur après la vengeance

 

 

Hélène

- Plan de la pièce

- Hélène se sent coupable

- Difficile reconnaissance

 

 

Les Phéniciennes

- Plan de la pièce

- Jocaste retrouve son fils

- Œdipe l’infortuné

- Antigone contre Créon

 

 

Oreste

- Plan de la pièce

- La défense

 

 

Iphigénie à Aulis

- Plan de la pièce

- Retournement de situation

- Agamemnon et le vieillard

- Prière à Éros

- Supplication

- Désir de sacrifice

 

 

Les Bacchantes

- Plan de la pièce

- Penthée déchiré par les Bacchantes

 

 

Le Cyclope

- Plan de la pièce

- Un effrayant personnage

- Dans l'antre de Polyphème

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

ÉLECTRE

 

λέκτρα

 

(413)

 

 

En pleine montagne, à la frontière de l'Argolide, près de l'Inachos, une chaumière paysanne.

 

Prologue : le laboureur, homme à qui Égisthe a donné Électre en mariage, a gardé vierge la jeune fille : il expose la situation. Tableau de la vie du couple. Oreste arrive avec Pylade et recherche sa sœur. Électre chante le deuil de son père.

Parodos en forme de kommos : des paysannes essaient de consoler Électre.

Épisode 1 : Oreste et Pylade se montrent, mais le jeune homme ne se fait pas reconnaître. Le laboureur lui offre l'hospitalité. Oreste parle de la vertu. Électre l'envoie chercher un vieux serviteur qui leur apportera des vivres.

Stasimon 1 : le chœur évoque les danses des Néréides et décrit le bouclier d'Achille.

Épisode 2 : le vieillard arrive avec des vivres : il est intrigué car, lors d'un passage près du tombeau d'Agamemnon, il a vu des offrandes qui ne peuvent provenir que d'Oreste. Électre ne le croit guère ; or le vieillard reconnaît Oreste à une cicatrice. Après des effusions, tous préparent la vengeance.

Stasimon 2 : légende de l'agneau d'or que Thyeste obtint par ruse pour se faire proclamer roi.

Épisode 3 : Électre est désespérée, mais un messager lui annonce qu'Oreste a réussi à tuer Égisthe. Oreste et Pylade arrivent : on amène le cadavre d'Égisthe qu'Électre injurie. Clytemnestre arrive chez sa fille. Reproches de la fille à sa mère. Le chœur chante quelques vers.

Stasimon 3 : rappel de la mort d'Agamemnon; la justice s'accomplit. On entend les cris de Clytemnestre frappée par ses propres enfants.

Exodos : Électre et Oreste prennent conscience de leur crime. Joie de s’être vengé. Les Dioscures apparaissent pour condamner l'ordre d'Apollon et annoncer à Oreste son acquittement par l'Aréopage athénien.

 

 

 

 

 

tristesse d’électre

(vers 167 - 212)

 

Chœur

Fille d’Agamemnon,

Nous sommes arrivées dans ta pauvre maison.

Un homme est avec moi, et c’est un Mycénien,

Un montagnard buveur de lait qui vient nous dire :

« Un messager d'Argos

Annonce un sacrifice à la déesse Héra.

C’est prévu pour demain ! »

Toutes les vierges sont conviées à la fête.

 

Électre

Ce n’est point pour l’éclat

De la cérémonie que je suis épuisée,

Ni pour ces colliers d’or. Je ne conduirai pas

Les danses aux côtés de ces jeunes Argiennes.

Mon cœur est lourd de peine.

Je passe mes journées en lamentations

Et je pleure sans cesse.

Vois ces cheveux crasseux, ces malheureux haillons :

Est-ce là vraiment la fille d’Agamemnon,

Une digne princesse ?

 

Chœur

Héra est une puissante divinité.

Du courage, veux-tu !

Ces bijoux que je t’offre, il faut les accepter.

Les fêtes convenues

Pour Héra n’en auront qu'une beauté plus grande.

Crois-tu donc l’emporter

Sur celle que tu hais en pleurant simplement,

Sans honorer nos dieux ? Un peu de piété

Plutôt que des sanglots.

C’est le meilleur remède à donner à tes maux.

 

Électre

Les dieux entendent-ils ma voix désespérée ?

Ils n’ont plus souvenir des victimes, jadis,

Que mon père donna au fer du sacrifice.

Moi, je pleure ce mort et mon frère en exil,

Et je passe ma vie dans cette âpre chaumière

Dans la forêt hostile,

Éloignée, car chassée du palais de mes pères.

Pendant ce temps dans le lit tout sanglant

Elle dort tranquille auprès de son amant.

 

 

où est la vertu ?

 (vers 367 - 400)

 

La vertu n’obéit à nulle loi précise :

Dans l’âme des mortels quelle confusion !

J’ai déjà vu le fils né d’un homme excellent

N’être qu’un rien du tout, mais aussi des enfants

D’une grande vertu naître d’affreux parents.

J’ai vu la boue au cœur d’hommes très opulents

Et la générosité chez bien de pauvres gens.

Ah ! comment distinguer les bons et les mauvais?

La richesse est-elle un judicieux critère ?

Vaut-il mieux choisir la pauvreté, au contraire ?

Mais la pauvreté engendre souvent le mal.

Dois-je m’en rapporter à la valeur guerrière ?

Mais qui peut attester que celui qui combat

Est vraiment téméraire ? Acceptons le hasard,

Cela est plus prudent. Cet homme qui n’est point

D’un rang très élevé parmi les gens d'Argos,

Qui n’appartient pas non plus à d’illustres familles,

Celui-là, je vous dis, a une âme qui brille

Par sa vertu. Allons, foin de vos préjugés,

C’est en les fréquentant, en ayant connaissance

De leur tempérament qu’on trouve la noblesse

Chez certains. Ce sont eux qui gouvernent le mieux

Leur cité, leur maison, non ces corps plantureux,

Sans cervelle, ces corps semblables aux statues

Qui ornent l’Agora. Des bras forts et musclés

Ne soutiennent pas mieux l’assaut d’une cité

Que des bras faibles. La seule vraie résistance

Ne dépend que d’un cœur animé de vaillance.

 

 

insulte au mort

(vers 911 - 950)

 

Je suis libre aujourd’hui de mes anciennes peurs

Et je puis déverser sur ton corps ma fureur.

Tu m’as perdue ! Par toi nous sommes orphelins

D’un père chéri, nous qui ne t’avions rien fait.

Pour épouser ma mère, indicible forfait,

Tu as tué le roi, les chefs de tous les Grecs,

Toi qui ne vins même pas devant les murs de Troie.

Ah ! quel fou tu étais ! Tu avais l’air si sûr

De trouver une femme exempte de souillure,

Toi qui déshonoras la couche de mon père.

Qu’il sache que celui qui s’unit en secret

A la femme d’autrui et qui l’épouse ensuite

N'est qu'un larron, surtout s’il a le sentiment

Que cette femme est un modèle de vertu.

En fait, jusque là, ce n'était pas le cas !

Tu menais au palais une vie lamentable

Sans connaître jamais le mal qui te rongeait.

Pourtant, tu savais bien ton union impie.

Tu étais pour ma mère un funeste mari.

Dans la cité, sur toi, j’entendais ces rumeurs :

« Égisthe est le mari de cette femme et non

La femme du mari. » Quelle calamité

Quand, dans une maison, la femme a tout pouvoir.

S’allier au-dessus de sa condition,

Fait qu’un homme n’est rien : l’épouse a la puissance.

Et tu te croyais fort du fait de tes richesses,

Incroyable ignorance ! La fortune n’est rien :

Le temps ne nous l'octroie que pour un temps très court.

Le caractère seul est la chose qui dure,

Qui dure pour toujours : c’est le triomphateur

De l’adversité, ce pourvoyeur de tourments.

Une richesse acquise avec grossièreté

Ne dure qu’un moment.

 

 

une fille contre sa mère

(vers 1061 - 1100)

 

Ma mère, que n'as-tu de meilleurs sentiments !

Bien sûr, Hélène et toi êtes fort séduisantes ;

Mais vous êtes deux sœurs indignes de Castor.

Hélène, qui fut ravie par Paris, s'est perdue !

Toi, tu as fait périr l'un des meilleurs des Grecs.

Et pour justifier un tel assassinat,

Tu dis avoir agi pour venger ton enfant !

Or, moi, je te connais bien mieux que tous les autres.

Rien ne prédisposait alors au sacrifice

De ta fille ; et le roi, à peine te quittait,

Que devant ton miroir, tu tressais tes cheveux.

Une femme qui ose arranger sa beauté

Pour plaire à tout venant n'inspire que dégoût.

C'est pour de vils desseins qu'elle livre ses charmes.

Moi, seule parmi les femmes, je sais encore

Que tout succès de Troie satisfaisait ton cœur.

Au moindre échec, tes yeux révélaient leur noirceur.

Tu aurais bien voulu qu'il ne revînt jamais,

Ton malheureux époux ! Pourquoi n'avoir pas fait

Le choix de la vertu ? Ton mari valait bien

Égisthe ! Il présidait la grande armée des Grecs.

La honte de ta sœur, par contraste, aurait pu

Donner plus de splendeur à ta propre vertu.

Et même, en reprochant à mon père ce meurtre,

Pourquoi nous en vouloir, à moi et à mon frère ?

Pourquoi ne nous avoir pas rendu ce palais,

Au lieu de le donner comme dot à Égisthe !

Il n'est pas exilé, cet époux, le deuxième,

Pour expier l'exil de ton fils ; il n'a pas

Subi le châtiment pour m'avoir fait mourir,

Oui, mourir, car ma mort est plus terrible encore

Que celle de ma sœur, puisque je suis en vie !

Au nom de la Justice, il faut que tu périsses :

Un meurtre appelle un meurtre ! Oreste et moi de même

Vengerons notre père. Et si tu nous déclares

Que ton meurtre fut juste, alors le nôtre aussi !

Un homme qui s'unit par goût de la richesse

Ou de la naissance à une femme perverse

Est fou, en vérité ! Donnons la préférence,

Non pas à la grandeur, mais à l'humble foyer

Que surveille une épouse fidèle et dévouée.

 

 

bonheur après la vengeance

(vers 865 - 878)

 

Électre

Ô lumière, ô char éclatant du soleil !

Ô terre, ô nuit, toi qui me surveillais hier !

Désormais mon regard goûte à la liberté :

L’abominable Égisthe, assassin de mon père

Est tombé sous nos coups.

Je m’en vais sur le champ parer ma chevelure

De bijoux à foison,

Ceux que j’avais gardés au fond de ma maison.

Allons-y, mes amies,

Il faut les apporter, en couronner le front

De mon frère, celui par qui nous triomphons.

 

Chœur

Oui, montre ces bijoux, pose-les sur sa tête !

Ensuite, le chœur cher aux Muses dansera

Quelque danse de fête.

Nos anciens souverains retrouvent leur patrie !

Ô rois que l’on respecte !

Les tyrans sont vaincus ! Ô force de la Loi !

Que le chant de la flûte annonce notre joie.

 

 

 

 

 

 

HÉLÈNE

 

Ἑλένη

 

(412)

 

 

Devant le palais du roi d'Egypte Protée,

à côté de son tombeau

 

Prologue : Hélène raconte que les dieux ont créé une fausse Hélène qu'ils ont ensuite offerte à Pâris afin de provoquer la ruine de Troie. Hermès a transporté la véritable Hélène en Égypte depuis dix ans. Elle veut échapper à la poursuite amoureuse du roi Théoclymène, successeur de Protée. Arrivée de Teucros chassé par Télamon après la mort d'Ajax. Il lui apprend l'issue de la guerre et la disparition en mer de Ménélas.

Parodos : des captives grecques pleurent sur leur infortune.

Épisode 1 : Hélène qui se croit veuve veut mourir. Mais on lui conseille d'interroger la prophétesse Théonoé.

Kommos : Hélène entre dans le palais avec le chœur. Culpabilisation.

Épisode 2 : un naufragé entre : c'est Ménélas. Une vieille gardienne lui conseille de partir et lui apprend qu'Hélène est ici.

Épiparodos : Théonoé annonce que Ménélas est en vie.

Épisode 3 : Hélène et Ménélas se reconnaissent. Mais ce dernier refuse de croire en l'histoire de son épouse. Mais un serviteur réussir à le convaincre. Duo lyrique. Les époux cherchent alors à fuir. Théonoé survient et décide de feindre d'organiser en mer un cénotaphe pour Ménélas.

Stasimon : réflexion sur le destin et les souffrances de la guerre.

Épisode 4 : réalisation de la feinte.

Stasimon : évocation de la Grande déesse (Déméter-Cybèle).

Épisode 5 : Théoclymène donne à Hélène un navire, puis il rentre pour préparer ses noces.

Stasimon : évocation du retour en Grèce des époux.

Exodos : un messager apprend au roi la ruse et la fuite des époux. Les Dioscures apparaissent et apaisent la colère du roi.

 

 

 

 

hélène se sent coupable

(vers 363 - 384)

 

Pour un crime que tu n'as pas commis, ô Troie

Malheureuse, tu as souffert, tu as péri !

Victime tu es donc ! Cypris a fait couler

Des rivières de sang et des torrents de larmes.

Ah ! déplorations ! Pleurs succédant aux pleurs !

Ah ! désolation ! Mères privées de fils !

Filles qui jettent leurs cheveux sur les tombeaux

Où sont leurs frères morts !  À côté du Scamandre,

Un cri vient de la Grèce ; on se griffe les joues,

On s'inonde de sang. Ô fille d'Arcadie,

Callisto, sous les traits d'une lionne aux yeux noirs,

Tu es entrée au fond de la couche de Zeus

Avant d'être guérie. Tu es plus fortunée

Que ma mère ! Heureuse aussi celle qu'Artémis

Fit enlever du chœur, la fille de Mérops,

La Titanide, la biche aux cornes dorées.

Ah ! à quoi ma beauté fut-elle utile enfin,

Si ce n'est à la mort des murailles de Troie ?

 

 

difficile reconnaissance

 (vers 558 - 580)

 

Ménélas

Qui es-tu ? Quel est ce visage que je vois ?

 

Hélène

Qui es-tu ? Les deux mêmes viennent à la fois !

 

Ménélas

Cette ressemblance est en tous points fantastique !

 

Hélène

Dieux oui ! car est sacré le retour de l'ami.

 

Ménélas

Es-tu née en Hellade ou bien dans ce pays ?

 

Hélène

Je suis grecque mais toi, je voudrais bien l'apprendre !

 

Ménélas

Ton visage me rappelle Hélène à s'y méprendre.

 

Hélène

Tu ressembles étrangement à Ménélas.

Ah ! comment exprimer tout ce que je ressens.

 

Ménélas

Tu reconnais le plus malheureux des humains.

 

Hélène

Te voici rendu à ta femme, à ses baisers...

Avec retard !

 

Ménélas

                     Ma Femme ? Ah ! laisse mes habits.

 

Hélène

Une épouse donnée par Tyndare, mon père.

 

Ménélas

Envoie-moi des spectres bienveillants, Ô Hécate !

 

Hélène

Celle que tu vois n'est pas la sombre émissaire

De celle qui hante les rues comme un fantôme.

 

Ménélas

Voyons ! Je ne puis être l'époux de deux femmes !

 

Hélène

Et sur quelle autre couche as-tu un droit sacré ?

 

Ménélas

Sur celle d'une femme amenée de Phrygie

Et qui, en ce moment, se cache en une grotte.

 

Hélène

Je suis ta seule épouse !

 

Ménélas

                                        Mon esprit est-il clair

Lorsque ma vue est trouble ?

 

Hélène

                                                Ne me crois-tu donc pas ?

 

Ménélas

Certes, la ressemblance est troublante à mes yeux

Mais je n'ai pas encore une preuve éclairante.

 

Hélène

Vois donc ! N'y-a-t-il pas preuve plus éclatante ?

 

Ménélas

Mais oui, tu lui ressembles, je ne le nie pas.

 

Hélène

Qui donc te convaincra si tu ne crois jamais

    À tout ce que tu vois ?

 

 

 

 

 

 

LES PHÉNICIENNES

 

Φοινίσσαι

 

(410)

 

 

À Thèbes, devant le palais royal

 

Prologue : la reine Jocaste raconte l'histoire des Labdacides jusqu'au jour de la tragédie : Polynice et ses amis assiègent Thèbes. Antigone et le Pédagogue montent sur une terrasse pour voir l'armée argienne.

Parodos : les jeunes Phéniciennes du chœur racontent qu'elles ont été envoyées à Delphes par leurs compagnons pour être consacrées au culte d'Apollon.

Épisode 1 : Jocaste retrouve Polynice au cours d'une trêve. Joie de la mère. Ensuite Polynice affronte Étéocle qui refuse de céder le pouvoir, malgré les efforts de Jocaste pour l'en convaincre. Un ultime défi est lancé.

Stasimon 1 : les choreutes rappellent la fondation de Thèbes par Cadmos et invoquent Leur ancêtre Épaphos pour qu'il leur prête secours.

Épisode 2 : Créon conseille à Étéocle de choisir sept chefs argiens. Consultation de Tirésias.

Stasimon 2 : lamentations sur la guerre et le destin des Labdacides.

Épisode 2 : Selon Tirésias, les dieux demandent que pour le salut de Thèbes Ménécée, fils de Créon, soit exécuté. Ménécée feint d'accepter de fuir mais, sitôt son père parti, il marche au sacrifice.

Stasimon 3 : Évocation de l'histoire de Thèbes : le Sphinx, la victoire d'Œdipe et les sacrilèges commis par celui-ci.

Épisode 4 : un messager vient raconter à Jocaste le succès des Thébains contre les assiégeants.

Stasimon 4 : Chant de lamentation

Exodos : Créon apprend la mort de Ménécée. Un messager survient et raconte le duel, la mort des deux frères, enfin, le suicide de Jocaste. Le cortège funèbre arrive. Antigone entonne un chant de deuil et Œdipe sort du palais en se plaignant sur son sort et sa race. Créon ordonne son exil et interdit que l'on donne une sépulture à Polynice. Opposition d’Antigone qui se soumet cependant, n’accordant qu’un baiser à Polynice. Elle décide ensuite d’accompagner Œdipe sur le chemin de l'exil.

 

 

 

 

jocaste retrouve son fils

(vers 302 - 354)

 

Vierges, j'ai entendu votre cri phénicien

Et, d’un pied hésitant par les années, je viens

Vers toi. Ah ! mon enfant, après tant et tant de jours,

Je te revois enfin ! Serre-moi dans tes bras

Et donne-moi tes joues pour que je les embrasse.

Que tes longs cheveux noirs tombent sur mes épaules

En leur faisant ombrage. Ah ! je te presse enfin

Sur mon sein, mon enfant, je ne t'attendais plus.

Ah ! comment exprimer la joie qui me transporte

Par quelques simples mots ? Comment dire la joie

De retrouver l'espoir que j'avais oublié ?

Ah ! mon enfant, depuis que tu t'es exilé

Après avoir subi l'injure fraternelle,

Ce lieu m'a paru vide. Combien tes compagnons

Et la cité thébaine ont pu te regretter !

C'est pourquoi j'ai rasé ma blanche chevelure ;

C'est pourquoi je revêts, non plus un blanc péplos,

Mais ces affreux haillons plus obscurs que la nuit.

Quant au vieil homme aveugle au fond de ce palais,

Depuis que s'est rompu le joug de la famille,

Il a voulu mourir à l'aide d'une épée,

En se pendant aussi. Il maudit ses enfants

Et se plaint en cachette en des coins ténébreux.

Ainsi, j'apprends, mon fils, que tu t'es marié,

Que tu goûtes la joie de la paternité

Dans une autre maison. Cet hymen est mauvais

Pour moi et pour Laïos, fondateur de la race.

Cette union ne peut qu'être maudite : aussi

N'ai-je pas allumé le flambeau rituel.

Ensuite l'Isménos ne t'a pas honoré

En délivrant ses eaux pour le bain nuptial.

Thèbes s'est tue ! Ta femme est encor hors des murs.

Moi, bientôt je mourrai, la discorde, le fer,

Ton père ou le destin seraient-ils à mes yeux

Tous fautifs,