Aristote : Physique

ARISTOTE

PHYSIQUE.

TOME DEUX : LIVRE IV : DE L'ESPACE, DU VIDE ET DU TEMPS. CHAPITRE IΙ
 

Traduction française : BARTHÉLÉMY SAINT-HILAIRE.

chapitre XIV - chapitre XVI

paraphrase du livre IV

 

 

 

LEÇONS DE PHYSIQUE


LIVRE IV.


DE L'ESPACE, DU VIDE ET DU TEMPS.

 

 

 

 

 

 

 

CHAPITRE XV.

Les systèmes antérieurs n'ont pas éclairci suffisamment la question du temps; on a confondu bien souvent le mouvement et le temps; profondes différences du temps et du mouvement; on ne peut les identifier, puisque c'est le temps qui mesure le mouvement.
 

1 Τί δ' ἐστὶν ὁ χρόνος καὶ τίς αὐτοῦ ἡ φύσις, ὁμοίως ἔκ τε τῶν παραδεδομένων ἄδηλόν ἐστιν, καὶ περὶ ὧν τυγχάνομεν διεληλυθότες πρότερον. 2 Οἱ μὲν γὰρ τὴν τοῦ ὅλου κίνησιν [218b] εἶναί φασιν, οἱ δὲ τὴν σφαῖραν αὐτήν. 3 Καίτοι τῆς περιφορᾶς καὶ τὸ μέρος χρόνος τίς ἐστι, περιφορὰ δέ γε οὔ· μέρος γὰρ περιφορᾶς τὸ ληφθέν, ἀλλ' οὐ περιφορά. 4τι δ' εἰ πλείους ἦσαν οἱ οὐρανοί, ὁμοίως ἂν ἦν ὁ χρόνος ἡ ὁτουοῦν αὐτῶν κίνησις, ὥστε πολλοὶ χρόνοι ἅμα. 5 δὲ τοῦ ὅλου σφαῖρα ἔδοξε μὲν τοῖς εἰποῦσιν εἶναι ὁ χρόνος, ὅτι ἔν τε τῷ χρόνῳ πάντα ἐστὶν καὶ ἐν τῇ τοῦ ὅλου σφαίρᾳ· ἔστιν δ' εὐηθικώτερον τὸ εἰρημένον ἢ ὥστε περὶ αὐτοῦ τὰ ἀδύνατα ἐπισκοπεῖν.  6πεὶ δὲ δοκεῖ μάλιστα κίνησις εἶναι καὶ μεταβολή τις ὁ χρόνος, τοῦτ' ἂν εἴη σκεπτέον. μὲν οὖν ἑκάστου μεταβολὴ καὶ κίνησις ἐν αὐτῷ τῷ μεταβάλλοντι μόνον ἐστίν, ἢ οὗ ἂν τύχῃ ὂν αὐτὸ τὸ κινούμενον καὶ μεταβάλλον· ὁ δὲ χρόνος ὁμοίως καὶ πανταχοῦ καὶ παρὰ πᾶσιν. 7τι δὲ μεταβολὴ μέν ἐστι θάττων καὶ βραδυτέρα, χρόνος δ' οὐκ ἔστιν· τὸ γὰρ βραδὺ καὶ ταχὺ χρόνῳ ὥρισται, ταχὺ μὲν τὸ ἐν ὀλίγῳ πολὺ κινούμενον, βραδὺ δὲ τὸ ἐν πολλῷ ὀλίγον· ὁ δὲ χρόνος οὐχ ὥρισται χρόνῳ, οὔτε τῷ ποσός τις εἶναι οὔτε τῷ ποιός. τι μὲν τοίνυν οὐκ ἔστιν κίνησις, φανερόν· μηδὲν δὲ διαφερέτω λέγειν ἡμῖν ἐν τῷ παρόντι κίνησιν ἢ μεταβολήν.

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 § 1. Qu'est-ce que le temps? Quelle est sa nature véritable? C'est ce qui reste également obscur, soit d'après les systèmes qui sont venus jusqu'à nous, soit d'après les considérations que nous avons nous-mêmes antérieurement présentées. § 2. Les uns ont prétendu que le temps est [218b] le mouvement de l'univers; les autres en ont fait la sphère même du monde. § 3. Bien qu'une partie de la révolution circulaire soit une portion du temps, la révolution n'est pas le temps pour cela. La portion du temps que l'on considère n'est qu'une partie de la révolution ; mais encore une fois, ce n'est pas la révolution même. § 4. En outre, s'il y avait plus d'un ciel, le temps serait de même le mouvement de chacun de ces cieux ; et, par conséquent, il y aurait plusieurs temps à la fois. § 5. Ce qui fait qu'on a pu confondre le temps avec la sphère du monde, c'est que toutes choses, sans aucune exception, sont dans le temps, et qu'elles sont toutes aussi dans la sphère universelle. Du reste, cette assertion par trop naïve ne mérite pas qu'on examine les impossibilités qu'elle renferme. § 6. Mais comme le temps semble être avant tout, un mouvement et un changement d'une certaine espèce, c'est là ce qu'il faut étudier. Le mouvement et le changement de chaque chose est ou exclusivement dans la chose qui change, ou bien dans le lieu où se trouve la chose qui change et se meut. Mais le temps est égal et par tout et pour tout, sans exception. § 7. Ajoutons que tout changement, tout mouvement est ou plus rapide ou plus lent; mais le temps n'est ni l'un ni l'autre. Le lent et le rapide se déterminent par le temps écoulé; rapide, c'est ce qui fait un grand mouvement en peu de temps; lent, c'est ce qui fait un faible mouvement en beaucoup de temps. Mais le temps ne se mesure et ne se détermine pas par le temps, ni en quantité ni en qualité. Ceci suffit pour faire voir clairement que le temps n'est pas un mouvement. D'ailleurs nous ne mettons pour le moment aucune différence entre ces deux mots de Mouvement ou de Changement.

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Ch. XV, § 1. Antérieurement présentées, soit dans le chapitre précédent, soit peut-être aussi dans les autres chapitres sur le vide, l'infini et l'espace.

§ 2. Les uns ont prétendu, les commentateurs ont cru en général qu'il s'agissait ici de Platon; mais les théories du Timée ne sont pas celles qu'on rappelle ici, et il est probable que c'est à d'autres que son maître que s'adresse Aristote. Voir le Timée, traduction de M. V. Cousin, p. 130 et 131.

- Les autres, Simplicius pense que ceci se rapporte aux Pythagoriciens. Le peu qui est dit ici ne suffit pas pour montrer clairement quel pouvait être leur système; et l'on ne comprend pas comment ou petit confondre le temps et les révolutions des corps célestes. Voir plus bas, § 5.

§ 3. Soit une portion de temps, ceci n'est pas tout à fait exact; et il serait mieux de dire qu'une partie de la révolution céleste s'accomplit dans une portion de temps; mais une partie de cette révolution n'est pas plus une partie du temps que la révolution entière n'est le temps lui-même.

- Encore une fois, j'ai cru devoir ajouter ces mots.

§ 4. S'il y avait plus d'un ciel, c'était là une des opinions de Démocrite.

 - Plusieurs temps à la fois, théorie qui est évidemment insoutenable, le temps étant un et le même aussi bien que l'espace.

§ 5. Confondre le temps avec la sphère, voir plus haut § 2.

 - Sont dans le temps, comme elles sont dans l'espace.

 - Par trop naïve, voir plus haut la note sur le § 2.

§ 6. Un mouvement et un changement d'une certaine espèce, la restriction est nécessaire; car Aristote retomberait alors dans l'erreur qu'il a lui-même combattue plus haut § 2, quand il réfutait les philosophes qui prétendaient que le temps est le mouvement de l'univers. Voir aussi plus bas la fin du § 7.

- C'est là ce qu'il faut étudier, et ce qui sera étudié dans toute la fin de ce IVe livre.

- Dans la chose qui change, c'est ce qu'Aristote appelle le mouvement d'altération, le changement qui se fait dans les qualités de la chose.

- Ou bien dans le lieu, c'est le mouvement de déplacement de translation; voir les Catégories, ch. 14, p. 128 de ma traduction.

§ 7. Le temps n'est ni l'un ni l'autre, parce qu'en effet le temps s'écoule d'une manière toujours uniforme; et c'est par un simple abus de langage qu'on peut dire que le temps est plus ou moins rapide. Ce sont simplement les changements qui se font dans le temps qui ont plus ou moins de rapidité; mais le temps proprement dit est éternellement le même.

- Le lent et le rapide se déterminent par le temps... Ne se mesure et ne se détermine, il n'y a qu'un seul mot dans le texte.

- Ni en quantité, ni en qualité, on comprend aisément la quantité du temps; mais on comprend moins sa qualité; les commentateurs pensent qu'Aristote veut parler ici des jours et des nuits, et des diverses saisons de l'année.

- Pour le moment, ou peut-être aussi : « Dans le présent traité, » Le texte peut également présenter les deux sens.

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