ARISTOTE
TRAITÉ DE LA GÉNÉRATION DES ANIMAUX
LIVRE CINQUIÈME
table des matières du traité de la génération des animaux
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TRAITÉ DE LA GÉNÉRATION DES ANIMAUX LIVRE CINQUIÈME |
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CHAPITRE PREMIER |
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[778a. 16]
§ 1. Il nous faut étudier maintenant les
différences que les parties diverses des animaux présentent entre elles. Par les
différences des parties, j'entends, par exemple, que les yeux peuvent être bleus
ou noirs, que la voix peut être aiguë ou grave, comme j'entends aussi que les
couleurs du corps, [20] des poils ou des plumes, peuvent être différentes. § 3. On ne peut certes pas admettre que la cause de toutes ces diversités, si nombreuses et si frappantes, [30] soit la même. Quand ces différences ne sont pas communes à tous les animaux d'une certaine nature, ou qu'elles ne sont pas particulières à chaque espèce d'animal, c'est qu'alors ce n'est pas en vue de quelque fin qu'elles existent telles qu'elles sont, ou qu'elles se produisent. L'oeil a une fin très précise ; mais qu'il soit bleu, ce n'est pas en vue d'une fin quelconque, à moins que cette affection ne s'étende à toute une espèce. § 4. Quelques-unes de ces diversités ne se rapportent pas à la définition et à l'essence de l'animal [35] ; mais, pour les causes d'où elles dépendent nécessairement, il faut les voir dans la matière et dans [779] le principe moteur. Ainsi que nous l'avons dit en commençant ces études, dans toutes les oeuvres régulières et bien définies de la Nature, ce n'est pas parce qu'un être a acquis telle qualité, que cette qualité est la sienne; mais c'est bien plutôt parce qu'il est primitivement de telle espèce qu'il acquiert ensuite les qualités [5] que nous lui voyons. Le développement de l'être est la suite de son essence et est fait pour cette essence; mais l'essence n'est pas la suite du développement. § 5. Les anciens Naturalistes ont pensé tout le contraire. Leur erreur est venue de ce qu'ils n'ont pas vu que les causes sont très multiples ; et qu'ils ne se sont arrêtés qu'aux deux seules causes de la matière et du mouvement. Celles-là même, ils ne les ont comprises que confusément; et les deux causes [10] de la définition essentielle et de la fin ont complètement échappé à leur attention. Chaque chose a sa fin propre; c'est par cette cause et par les autres que se développe tout ce qui est renfermé dans la définition de chaque être, tout ce qui existe en vue d'une certaine fin, ou l'être auquel cette fin s'applique. Pour tout ce qui se produit en dehors de cet ordre, il faut en chercher uniquement la cause dans le mouvement et dans le [15] développement, aussi bien que dans l'organisation même des êtres qui contractent la différence en question. Ainsi, l'animal aura nécessairement un oeil si l'on suppose qu'il est d'une espèce qui a des yeux ; un animal a nécessairement des yeux faits de telle ou telle façon ; mais cette nécessité n'est pas la même que celle en vertu de laquelle l'animal doit naturellement faire ou souffrir telles ou telles choses. § 6. Ces points une fois fixés, [20] voyons les conséquences qui en sortent. D'abord, dans toutes les espèces, quand les jeunes viennent de naître, et spécialement les petits qui sont incomplets, ils sont le plus souvent endormis. Même dans le sein de la mère, ils continuent encore à dormir après avoir reçu la sensibilité. On peut se demander si, au moment même de la naissance, les animaux sont éveillés avant [25] de dormir; car comme ils sont évidemment plus éveillés à mesure qu'ils grandissent, on est amené à supposer qu'au début de leur naissance ils étaient dans un état contraire, c'est-à-dire, dans le sommeil. § 7. A ce premier motif, on peut en ajouter un autre, c'est que, pour arriver du non-être à l'être, il faut passer par l'état intermédiaire. Or, il semble que le sommeil est par sa nature un intermédiaire de ce genre; il est sur les confins de la vie [30] et de la mort ; et d'un homme endormi, il est également difficile de dire qu'il n'est pas ou qu'il est. La veille semble être plus particulièrement la vie, à cause de la sensibilité qu'elle nous rend. Si c'est une nécessité que l'animal ait essentiellement la faculté de sentir, et s'il n'est vraiment animal que du moment même où il commence premièrement à sentir, il faut penser que l'état initial du jeune, s'il n'est pas tout à fait [35] le sommeil, est quelque chose qui y ressemble beaucoup; et c'est aussi l'état de toutes les plantes. [779a] § 8. A ces premiers moments, on peut dire des animaux qu'ils ont la vie du végétal. Pourtant, il est bien impossible que les plantes puissent sommeiller; car il n'y a pas de sommeil sans réveil, et l'état dans lequel la plante se trouve est sans réveil, bien qu'il soit rapproché du sommeil. Les jeunes animaux doivent dormir presque tout [5] le temps, parce que la croissance et le poids se trouvent dans les parties supérieures du corps. Nous avons expliqué dans d'autres ouvrages que c'est bien là la cause qui les fait dormir. § 9. Quoi qu'il en soit, les foetus semblent être éveillés même dans le sein de la mère. On peut s'en convaincre par l'Anatomie, et en voyant ce qui se passe pour les petits des ovipares. Ils se mettent à dormir aussitôt après la naissance, et ils s'affaissent [10] de nouveau. C'est pour cela aussi que, même après avoir vu le jour, ils dorment presque tout le temps. Une fois éveillés tout à fait, les enfants ne rient pas encore ; c'est seulement dans leur sommeil qu'ils pleurent et qu'ils rient. Cela tient à ce que les animaux ont des sensations même quand ils dorment ; et ce ne sont pas uniquement ce qu'on appelle des rêves, comme sont les gens qui se lèvent [15] tout en dormant et qui font beaucoup de choses, sans rêver le moins du monde. § 10. En effet, il y a des gens qui, quoique endormis, se lèvent et marchent, les yeux tout grands ouverts, comme s'ils étaient éveillés. Ils sentent fort bien ce qui se passe autour d'eux; pourtant, ils ne sont pas éveillés, et ils ne sont pas davantage en état de rêve. Les enfants semblent en quelque sorte ignorer [20] qu'ils veillent, par l'habitude qu'ils ont prise de sentir et de vivre en dormant. Mais avec le progrès du temps, et grâce à leur croissance, qui passe à la partie inférieure du corps, ils s'éveillent de plus en plus, et ils restent pendant plus en plus de temps dans cet état de veille. Mais, tout d'abord, ils demeurent plus endormis que tous les autres animaux, parce qu'ils naissent [25] les plus imparfaits des animaux parfaits, et que leur croissance se fait, à ce moment, par le haut du corps. § 11. Dans tous les enfants, les yeux sont plus bleus aussitôt après la naissance ; puis, ils changent ensuite, pour prendre la couleur qui leur est naturellement propre. Si ces changements ne sont pas aussi apparents chez les autres animaux, cela tient à ce que, [30] chez eux, les yeux sont le plus ordinairement d'une seule couleur. Ainsi, les boeufs ont des yeux noirs ; les moutons ont toujours les yeux verdâtres, de la nuance de l'eau; d'autres espèces ont, tout entières, des yeux bruns ou bleus; d'autres les ont de la couleur des yeux du bouc; et c'est ainsi que toute l'espèce des chèvres les a de cette façon. § 12. Au contraire, chez les hommes, la couleur des yeux [35] varie infiniment; ils sont bleus, azurés, noirs [780] ; d'autres sont jaunes, comme ceux du bouc. De même que, dans une espèce, les animaux ne diffèrent pas les uns des autres, de même les deux yeux ne différent pas entre eux. Naturellement, ils n'ont qu'une seule et unique couleur. Mais le cheval, seul entre les autres animaux, a le plus souvent les yeux de différente couleur ; car on voit assez souvent des chevaux dont les yeux ont des couleurs diverses, l'un des deux étant bleu. § 13. [5] On ne remarque rien de pareil chez les autres animaux; mais il y a quelques hommes qui n'ont qu'un oeil bleu. En cherchant à s'expliquer pourquoi chez les autres animaux, jeunes ou vieux, les yeux ne changent pas sensiblement, et pourquoi ce changement a lieu chez les enfants, on peut en trouver une raison suffisante dans ce fait que, chez les uns, l'organe de l'oeil n'a qu'une seule couleur, tandis que chez les autres il en a [10] plusieurs. Que les yeux des enfants soient plus bleus et qu'ils n'aient pas d'autre couleur que celle-là, cela tient à ce que les organes de ces petits êtres sont faibles; et la couleur bleue est une sorte de faiblesse dans la nuance. § 14. Mais il nous faut rechercher, d'une manière générale, la cause qui amène cette différence dans la couleur des yeux, et qui fait que les uns sont bleus, les autres azurés, d'autres jaunes comme ceux du bouc, et que d'autres enfin [15] sont noirs. On ne saurait admettre avec Empédocle que les yeux bleus sont ignés et que les yeux noirs ont plus d'eau que de feu, et que c'est là ce qui fait que les yeux bleus voient moins bien le jour, faute d'eau, et que les yeux noirs voient moins bien la nuit, faute de feu. C'est là une opinion qui n'est pas du tout exacte, parce que, chez tous les animaux, la vue n'est pas du feu, [20] mais de l'eau. § 15. Du reste il est possible de trouver encore une autre cause à ce changement de couleurs. Mais si, comme on l'a dit antérieurement dans le Traité des Sensations, et, même avant ce traité, dans celui de l'Âme, cet organe est de l'eau; et si l'on a bien expliqué pourquoi il est de l'eau, et non de l'air ou du feu, [25] on doit admettre que c'est là aussi la cause des variétés que nous venons de signaler. § 16. Certains yeux ont plus d'eau qu'il n'en faut pour leur mouvement régulier; d'autres en ont moins ; d'autres en ont la juste proportion. Les yeux qui ont beaucoup d'eau sont noirs, parce que les choses accumulées sont peu diaphanes; mais les yeux qui ont peu d'eau sont [30] bleus. C'est un phénomène qu'on peut voir se répéter pour la mer. Quand elle est transparente, elle paraît bleue ; quand elle l'est moins, elle semble de l'eau ordinaire; et quand sa profondeur est insondable, elle est noire ou d'un bleu excessivement foncé. De même, les yeux qui ont des couleurs intermédiaires diffèrent entre eux du plus au moins. § 17. C'est encore cette même cause qui doit faire que les yeux bleus n'ont pas une vue perçante pendant le jour, ni les yeux noirs pendant la nuit. [780a] Les yeux bleus, qui ont peu de liquide, sont plus agités par l'effet de la lumière et des objets qu'elle fait apercevoir, en tant qu'il y a en eux du liquide et du diaphane. Or, le mouvement de cet organe, c'est la vision, en tant que diaphane, mais non pas en tant que liquide. Mais les yeux noirs reçoivent moins de mouvement, [5] à cause de la quantité d'eau qu'ils contiennent. La lumière de la nuit est d'ailleurs très faible ; et, en même temps, l'eau de l'oeil a beaucoup de peine à se mouvoir pendant la nuit. Elle doit donc ne pas rester tout à fait sans mouvement, ni se mouvoir plus qu'il ne faut, pour demeurer diaphane, parce qu'un mouvement plus fort en arrête un plus faible. § 18. C'est là ce qui fait que, passant d'une couleur [10] très vive à une moins forte, on cesse de voir, de même que quand on passe de l'éclat du soleil aux ténèbres. Le mouvement violent qui est dans l'oeil empêche celui du dehors ; et, en général, ni une vue forte ni une vue faible ne peuvent regarder les objets trop lumineux, parce que la partie liquide de l'oeil est affectée par un mouvement plus vif qu'il ne faut. § 19. Les maladies de ces deux espèces [15] de vue prouvent bien la vérité de ce que nous disons ici. Le glaucome attaque surtout les yeux bleus, et la nyctalopie attaque plus particulièrement les yeux noirs. Le glaucome est une sécheresse des yeux plus que toute autre chose ; et c'est surtout aux vieillards qu'il survient; car aux approches de la vieillesse, [20] cette partie du corps se dessèche comme toutes les autres. La nyctalopie, au contraire, est une surabondance du liquide ; et ce sont plutôt les jeunes gens qui en sont affectés, parce que le cerveau est chez eux plus liquide. § 20. La vue la meilleure est celle qui tient le milieu entre le trop d'eau et le trop peu. Comme l'eau y est en petite quantité, elle n'est pas de force à troubler et à empêcher le mouvement des couleurs ; et elle ne gêne pas davantage le mouvement par [25] son abondance. Mais ce ne sont pas uniquement les causes qu'on vient de dire qui font que l'on voit bien ou qu'on voit mal; c'est aussi la nature de la peau qui enveloppe ce qu'on appelle la pupille. Cette peau doit être transparente ; et elle est transparente à la condition d'être mince, blanche et bien unie. § 21. Elle doit être mince, pour que le mouvement venu du dehors pénètre sans peine au dedans ; elle doit être unie [30] , pour qu'elle ne produise pas d'ombre en se plissant ; et ce qui fait que les vieillards ne voient pas bien, c'est que la peau de l'oeil, comme le reste de la peau, vient à se rider et s'épaissit avec les années. Enfin, elle doit être blanche, parce que le noir n'est pas diaphane; car le noir est précisément ce qui ne laisse point passer la lumière; et [35] c'est là ce qui fait que les lanternes ne peuvent pas éclairer si on les recouvre d'une enveloppe noire. § 22. Ainsi, dans la vieillesse et dans les maladies, [781] toutes ces causes réunies font qu'on ne voit plus bien; et si les enfants ont au début les yeux bleus, c'est qu'il y a peu d'eau dans leurs yeux. Ce sont surtout les hommes [5] et les chevaux qui ont un des yeux bleu, et c'est par la même cause qui fait que les hommes blanchissent. Parmi les autres animaux, il n'y a guère que le cheval dont les poils blanchissent sensiblement dans la vieillesse. § 23. La blancheur des cheveux et la couleur bleue des yeux sont un signe de faiblesse, et de coction imparfaite dans l'humidité du cerveau ; car une légèreté trop grande et une trop grande épaisseur produisent le même effet, par l'insuffisance ou l'excès d'humidité. Lors [10] donc que la Nature ne peut pas répartir également l'humidité en la cuisant dans les deux yeux, ou quand elle ne la cuit pas du tout, ou bien encore qu'elle la cuit dans l'un et qu'elle ne la cuit pas dans l'autre, l'un des deux yeux devient bleu. § 24. D'ailleurs, si certains animaux ont la vue perçante et si les autres ne l'ont pas, on peut expliquer cette différence de deux manières. L'acuité d'un sens se comprend de deux façons; et la différence [15] que nous remarquons pour le sens de la vue se répète aussi pour l'ouïe et pour l'odorat. Ainsi, avoir une vue perçante, c'est, ou voir les choses de fort loin, ou bien encore c'est pouvoir distinguer les moindres détails des objets qu'on regarde. Mais ces deux facultés ne se rencontrent pas toujours ensemble. Par exemple, une personne qui abrite ses yeux avec la main, ou qui, regardant par un tube, ne voit ni mieux ni moins bien les nuances [20] diverses des couleurs, verra cependant de plus loin, comme ceux qui, pour observer les astres, descendent quelquefois dans des trous et dans des puits. § 25. Par conséquent, si un animal a des yeux très proéminents, et que l'eau qui est dans la pupille ne soit pas très pure, ni en rapport avec le mouvement venu du dehors, ou bien [25] si la peau de la surface n'est pas mince, cet animal ne distinguera pas très nettement les nuances des couleurs. Mais il verra de loin, tout comme s'il était près, mieux que ceux qui ont l'eau des yeux très pure et bien recouverte, mais qui n'ont pas cet abri faisant ombre devant les yeux. § 26. C'est dans l'oeil même que réside la cause qui fait que la vue n'est pas assez perçante [30] pour distinguer les différences. De même que, sur un vêtement parfaitement propre, les taches les plus légères paraissent aisément, de même dans une vue très pure les moindres mouvements sont visibles, et causent la perception. C'est la position seule des yeux qui fait qu'on voit de loin, et que le mouvement, venu des objets placés au loin et visibles, arrive jusqu'à l'oeil. Ceux qui ont les yeux saillants ne voient pas bien de loin; ceux, au contraire, qui ont les yeux [781a] renfoncés et intérieurs voient de très loin, parce que le mouvement ne s'égare pas dans la largeur, et qu'il suit la ligne droite ; car, s'il n'y a rien au devant des veux, il faut nécessairement que le mouvement de la lumière se disperse; il est moindre en tombant sur les objets qu'on voit; et alors on voit moins bien les objets éloignés. § 27. Il n'y a, d'ailleurs, aucune différence à dire que l'on voit, comme quelques naturalistes le soutiennent, parce que la vision vient de l'oeil, ou à dire que l'on voit par le mouvement venu des choses vues. [5] De part et d'autre, c'est reconnaître nécessairement que la vue vient toujours d'un mouvement. On verrait le mieux possible les objets éloignés si, de l'oeil à l'objet vu, il y avait comme une sorte de tuyau continu ; car alors le mouvement [10] parti des choses visibles ne pourrait pas se disperser ni se perdre ; et comme il ne se perdrait pas, plus les choses seraient loin, et plus on les regarderait de loin, mieux on les verrait nécessairement. § 28. Telles sont les causes qui peuvent amener des différences dans la vision. |
§ 1. Il nous faut étudier maintenant. Il est de toute évidence que les matières traitées dans ce cinquième et dernier livre ne se rapportent en rien à la génération ; et il n'est pas moins clair qu'elles peuvent faire une suite très naturelle aux quatre livres du Traité des Parties des animaux. On en doit conclure que ce cinquième livre appartient à ce dernier ouvrage, et non point à celui-ci. J'ai exposé cette question, et je l'ai discutée tout au long dans la Dissertation spéciale qui suit la Préface, et à laquelle je prie le lecteur de vouloir bien se référer. MM. Aubert et Wimmer ont bien remarqué la différence des matières qui sépare le cinquième livre des quatre précédents; mais ils n'y ont pas insisté, p. 354. — Les parties diverses des animaux. Les expressions même qu'emploie ici l'auteur indiquent assez que ceci se rattache étroitement au Traité des Parties. — J'entends, par exemple... Les exemples cités ici sont très clairs, et ils annoncent exactement tout ce qui va suivre sur la vision, sur le pelage des animaux, sur leur voix, et sur leurs dents. C'est toujours de la physiologie comparée; mais la question de la génération n'y apparaît plus. § 2. A des espèces tout entières. La division que propose Aristote est très exacte, et les différences qu'il veut étudier se présentent en effet, soit dans l'espèce, soit dans les individus. — D'autres sont réparties au hasard. .. surtout... dans l'espèce humaine. Il serait bien difficile certainement de dire pourquoi tel homme a les yeux bleus et pourquoi tel autre les a gris, ou bruns, ou jaunâtres. — Que l'âge amène. L'action du temps se fait sentir sur tous les êtres sans exception; mais elle agit différemment, selon les circonstances et les individualités. — La voix et la couleur des poils. Ce sont les questions qui rempliront en partie les chapitres suivants. § 3. Immédiatement après la naissance. Cette nouvelle division n'est pas moins exacte que les précédentes ; elle est déjà étudiée, en ce qui concerne le pelage des animaux, dans l'Histoire des Animaux, liv. III, ch. X, §§ 1 et suiv. — Qu'avec l'âge et la vieillesse. Ainsi, la puberté ne vient qu'à une certaine époque ; les cheveux de l'homme blanchissent avec l'âge. — Soit la même. Il est clair que la cause est différente ; mais c'est à la science de constater les effets et d'expliquer la cause, si elle le peut. — Ce n'est pas en vue de quelque fin... qu'elles se produisent. C'est alors ce que l'auteur vient d'appeler le hasard, dans le paragraphe précédent. — L'oeil a une fin très précise. C'est la vision qui est la fin de l'oeil, quelle que soit sa forme ou sa couleur. — A moins que cette affection ne s'étende à toute une espèce. Cette restriction ne semble pas très bien justifiée; et la différence s'étendrait à toute une espèce que la cause n'en serait pas plus explicable pour nous, dans bien des cas. § 4. A la définition et à l'essence. Il n'y a qu'un seul mot dans le texte; mais il a les deux sens que je donne dans ma traduction. — Dans la matière et le principe moteur. Ceci aurait peut-être demandé quelque développement. — En commençant ces études. Il serait bien difficile de dire précisément à quoi ceci se rapporte; il n'y a rien dans le Traité de la Génération qui réponde à cette référence, ni même dans le Traité des Parties des Animaux, si ce n'est peut-être le fameux passage où Aristote réfute l'opinion d'Anaxagore sur la main de l'homme, Traité des Parties, liv. IV, ch. x, § 14. L'homme a des mains, parce qu'il est intelligent; mais Il n'est pas intelligent, parce qu'il a des mains. — Le développement de l'être est la suite de son essence. La science moderne ne saurait mieux dire ; souvent même elle s'écarte de ce principe, qui est le vrai, et qui suppose dans la Nature l'action d'une intelligence infinie et créatrice. § 5. Les anciens Naturalistes. Il s'agit sans doute ici, comme dans bien d'autres passages, de Démocrite, d'Empédocle, d'Anaxagore. Empédocle est nommé particulièrement un peu plus bas, § 14. — Aux deux seules causes. Aristote répète ces mêmes critiques contre ses prédécesseurs, dans la Métaphysique. liv. I, ch. III, §§ 7 et suiv., et ch. VI. § 19. — Ils ne les ont comprises que confusément. Voir la Métaphysique, loc. cit. — De la définition essentielle et de la fin. Ce sont les deux causes auxquelles Aristote a toujours attaché le plus d'importance. — Complètement échappé à leur attention. C'est peut-être exagéré. — C'est par cette cause. Il est évident que tout ce qui précède la fin et la rend possible est moins considérable que la fin elle-même; elle résume tous les développements antérieurs. — Dans le mouvement et le développement. Ce sont les actes successifs qui tendent au même résultat, c'est-à-dire, à la fin que l'être doit atteindre et représenter. — Ainsi, l'animal... Les exemples cités ne semblent pas très bien choisis, ni assez clairs. - Cette nécessité n'est pas la même. Ceci encore méritait une explication plus nette. § 6. Ces points une fois fixés. Ces points ne sont pas fixés aussi solidement que l'auteur le pense, et les conséquences qu'il en tire ne semblent pas en sortir rigoureusement. — Le plus souvent endormis. La loi indiquée par Aristote est juste, sans être tout à fait générale ; elle souffre des exceptions assez nombreuses; mais il est vrai que, dans plusieurs espèces, les jeunes naissent avec les yeux fermés. — Même dans le sein de la mère. La vie intra-utérine n'a été bien étudiée que dans ces derniers temps ; mais on voit par ce passage que cette question préoccupait déjà l'Antiquité. Voir le Traité élémentaire de physiologie humaine de M. Béclard, 6e édition, pp. 1182-1192 ; voir aussi M. G. Colin, Traité de Physiologie comparée, 2e édition, tome II, pp. 861 et suiv. — A dormir. Le fait est exact. — Après avoir reçu la sensibilité. Les physiologistes modernes ont observé de très près l'organisation successive du système nerveux dans le foetus; elle commence de très bonne heure, sans qu'on puisse préciser le moment; mais le système nerveux semble exercer très peu d'influence sur la vie foetale. C'est après la naissance qu'il tient une si grande place. — On peut se demander. La curiosité des Anciens n'était pas moins vive que la nôtre. — Sont éveillés avant de dormir. C'est là une question que nous pouvons toujours nous poser. D'une manière générale, la vie du foetus est un perpétuel sommeil; et l'on peut dire que le foetus s'éveille au moment de la naissance. — C'est-à-dire dans le sommeil. L'argument est ingénieux. § 7. Passer par l'état intermédiaire. C'est-à-dire, par un état qui n'est, ni la mort, ni la vie. La pensée est ici incomplètement exprimée; mais la suite l'éclaircit. — Il est sur les confins de la vie et de la mort. Nous ne pourrions dire mieux. Du reste, la comparaison est tout indiquée, et Homère, en parlant du sommeil, le fait souvent le frère de la mort. Voir l'Iliade, chant XVI, v. 682. — Qu'il n'est pas ou qu'il est. La remarque est frappante. — A cause de la sensibilité qu'elle nous rend. C'est en effet le signe principal de la vie, bien que l'insensibilité ne suppose pas absolument la mort. — Ait essentiellement la faculté de sentir. C'est là, entre l'animal et la plante, la différence essentielle. Aristote a bien des fois insisté sur ce phénomène, qui sépare profondément les deux règnes. — C'est aussi l'état de toutes les plantes. Les plantes ont la vie et l'organisation ; mais elles ne sont pas sensibles, et les mouvements que quelques plantes éprouvent sont purement réflexes; on ne peut pas dire qu'elles sentent réellement. § 8. Ils ont la vie du végétal. C'est fort exact; mais la suite l'est moins. — Il est bien impossible que les plantes puissent sommeiller. Au contraire, il est prouvé que les plantes ont un sommeil qui leur est propre; et bien des faits, qu'il était assez facile d'observer a l'approche de la nuit, pouvaient montrer ce qu'il en est. — Pas de sommeil sans réveil. L'objection est spécieuse: mais les plantes ont leur réveil particulier, comme elles ont leur sommeil. — Les jeunes animaux doivent dormir. Ceci peut se vérifier aisément sur les enfants, bien que l'explication que donne Aristote ne soit peut-être pas très juste. — Dans d'autres ouvrages. Voir le Traité du Sommeil et de la Veille, Opuscules psychologiques, p.165 de ma traduction, ch. III, § 7. Les explications données dans ce traité, tant sur le sommeil des enfants que sur la différence de la plante et de l'animal, sont tout à fait semblables à celles qu'Aristote donne ici. Voir aussi l'Histoire des Animaux, liv. IV, ch. X, et liv. VII, ch. IX, § 7, sur le sommeil des enfants. § 9. Semblent être éveillés. Il paraît prouvé que le foetus n'est jamais éveillé, et que les mouvements qu'il peut avoir dépendent bien plus du point où est arrivé son développement qu'ils ne dépendent de lui-même; ils sont purement réflexes. — Par l'Anatomie. Nouvelle preuve, entre cent autres, qu'Aristote demandait à l'anatomie exactement ce que nous lui demandons. — Pour les petits des ovipares. Ceci est sans doute une allusion à l'étude qu'Aristote avait faite de l'oeuf des gallinacés. — Aussitôt après leur naissance. Ceci n'est peut-être pas très exact. — Et ils s'affaissent de nouveau. On ne voit pas bien à quel phénomène réel ceci se rapporte. — C'est pour cela aussi. La conséquence n'est pas rigoureuse. - Ils dorment presque tout le temps. Le fait est certain. — Les enfants ne rient pas encore. On peut trouver que ces idées ne se suivent pas très bien, quoique en effet les enfants ne rient guère avant six semaines. Voir l'Histoire des Animaux, loc. cit. — Même quand ils dorment. Ce sont les rêves, qu'on peut observer sur les animaux, comme chez l'homme. — Qui se lèvent en dormant... C'est le somnambulisme ; voir le Traité des rêves, Opuscules psychologiques, p. 181 de ma traduction. — Sans rêver le moins du monde. Ou plutôt, sans conserver le moindre souvenir de leurs actions. § 10. Se lèvent et marchent. Ce sont surtout les enfants et les personnes très nerveuses qui sont sujettes au somnambulisme. — Les yeux tout grands ouverts. On a pu faire assez souvent ces observations sur des personnes avec qui l'on vit. - Ce qui se passe autour d'eux. Les somnambules évitent en effet bien des obstacles, sans d'ailleurs savoir ce qu'ils font. — Ils ne sont pas éveillés... Toutes ces remarques sont fort exactes, et la science moderne n'a pu que répéter ce qu'Aristote dit ici. — Les enfants semblent en quelque sorte ignorer... Ceci n'est pas moins exact que tout ce qui précède, et cette ignorance fait en grande partie le charme de l'enfance. — De sentir et de vivre en dormant. Ceci est peut-être exagéré. — Grâce à leur croissance. Dans les débuts de la vie, c'est la partie haute du corps qui l'emporte ; mais, avec le temps, la partie inférieure prend le dessus, et elle acquiert assez de force pour que l'homme prenne la station droite, qui est son privilège exclusif. — Pendant plus en plus de temps. Dans la santé ordinaire, l'homme donne un tiers au sommeil et deux tiers à la veille. — Plus endormis que tous les autres animaux. Ceci n'est pas tout à fait exact. — Les plus imparfaits. Il y a beaucoup de jeunes dans les vivipares qui ne naissent pas plus parfaits que l'homme ; voir l'Histoire des Animaux, liv. II, ch; III, §§ 9 et 10; et liv. VII, §§ 1, 2, 3. § 11. Les yeux sont plus bleus. C'est un fait que tout le monde a pu observer. — Ils changent ensuite. Ceci n'est pas moins exact. Voir l'Histoire des Animaux, liv. I, ch. VIII,, § 3; et Traité des Parties des Animaux, liv. II, ch. VIII. Il est remarquable que, dans ces deux ouvrages, Aristote s'est peu occupé des yeux. La science moderne n'y a pas non plus donné grande attention. — Ne sont pas aussi apparents. L'explication d'Aristote est juste; mais cela tient aussi à ce que nous observons les animaux beaucoup moins que nos semblables. — Les boeufs ont des yeux noirs. Je ne sais si le fait est absolument exact. — Les moutons... Même remarque. — De la couleur des yeux du bouc. C'est-à-dire, d'un jaune noirâtre. § 12. Chez les hommes. Comme les yeux de l'homme sont plus faciles à observer, ce qu'Aristote en dit est plus exact. — D'autres sont jaunes. Le fait est vrai, quoique les yeux de cette couleur soient assez rares. — Les deux yeux ne diffèrent pas. C'est le cas le plus ordinaire, en ce qui concerne la couleur; car pour la force de la vision, il n'arrive presque jamais que les yeux soient parfaitement égaux. — Le cheval. Il paraît bien qu'en effet cette disposition des yeux est fréquente dans l'espèce des équidés. Comme le cheval est un animal domestique, il est presque aussi facile à l'observer que d'observer l'homme. § 13. On ne remarque rien de pareil. Le fait n'est peut-être pas aussi général que le dit Aristote ; mais, les animaux sauvages nous fuyant, il est bien difficile de les observer avec la constance nécessaire. — Il y a quelques hommes. Le cas est certainement fort rare; et pour moi, je n'ai vu qu'une seule personne qui eût les yeux de couleur dissemblable. Cette différence produit un effet singulier sur toute la physionomie. — En cherchant à s'expliquer pourquoi. C'est toujours la recherche de la cause qui préoccupe le philosophe. — Une raison suffisante. Ce n'est pas à dire, par conséquent, que c'est la seule raison ; il peut y en avoir d'autres. Je ne sais pas si la physiologie moderne a fait des études sur ce point curieux. — Que les yeux des enfants soient plus bleus. Chacun de nous a pu faire cette observation. — Cela tient... Est-ce bien la cause véritable? — La couleur bleue est une sorte de faiblesse. Pour le temps d'Aristote, la remarque peut sembler bien profonde. Dans le spectre solaire, il est certain que la couleur verte, qui est si répandue dans la Nature, tient le milieu, et qu'elle est la plus douce; le bleu vient immédiatement après. § 14. Rechercher... la cause. C'est pour Aristote la préoccupation essentielle et la plus constante. Il a raison de chercher la cause, bien qu'ici elle nous échappe nécessairement. Il est amené par là à discuter les opinions de ses devanciers. — On ne saurait admettre. L'explication d'Empédocle est insuffisante; mais celle qu'on essaie d'y substituer ne l'est pas moins. — Les yeux bleus sont ignés. On doit croire tout le contraire; car en général les yeux bleus sont plus doux, et n'ont pas les éclairs qui peuvent faire penser au feu. — Ont plus d'eau que de feu. C'est une hypothèse purement arbitraire. — Les yeux bleus voient moins bien... les yeux noirs... Il n'y a rien de moins prouvé, et Empédocle semble faire ici une simple supposition. — N'est pas du tout exacte. Aristote a raison, sans que peut-être sa théorie vaille mieux que celle qu'il réfute. — La vue n'est pas du feu, mais de l'eau. Les humeurs de l'oeil sont liquides ; et sous ce rapport, l'objection d'Aristote est parfaitement vraie. § 15. Trouver encore une autre cause. Aristote n'est donc pas si satisfait de son explication qu'il ne puisse en admettre une autre. — Dans le Traité des Sensations. Dans le Traité de la Sensation et des choses sensibles, Opuscules psychologiques, ch. II § 4, p. 28, de ma traduction, Aristote réfute l'opinion d'Empédocle et celle de Platon dans le Timée, l'un et l'autre croyant que la vue vient du feu. Dans ce passage, Aristote cite tout au long les vers d'Empédocle, comparant l'oeil à une lanterne d'où sort la lumière. Il combat aussi Démocrite, bien qu'il reconnaisse que la vue est de l'eau. — Dans celui de l'Âme. Il n'y a rien de pareil dans le Traité de l'Âme, bien que la théorie de la vision y soit exposée tout au long, liv. II, ch. VII, p. 210 de ma traduction. Aristote y réfute encore Démocrite, § 6, p. 214; mais c'est sur un autre point relatif à la vision dans le vide. D'ailleurs, le Traité de l'Âme vient avant le Traité de la Sensation, ainsi que l'indique ce dernier ouvrage lui-même. — C'est là aussi la cause. La conséquence n'a rien de rigoureux; mais parmi les hypothèses qu'on peut former sur un fait inexplicable, celle d'Aristote est aussi admissible qu'une autre. § 16. Ont plus d'eau. Ce n'est pas impossible. — Sont noirs. L'accumulation de l'eau ne change pas la couleur, et il y a des eaux très profondes qui sont d'une limpidité parfaite. — Sont peu diaphanes. C'est vrai d'une manière générale; mais il y a bien des exceptions. — Les yeux qui ont peu d'eau sont bleus. L'explication est ingénieuse, si d'ailleurs elle n'est pas fort exacte. — Pour la mer. La couleur de l'eau tient plutôt à sa composition qu'à sa profondeur; l'Océan n'est jamais bleu comme la Méditerranée, qui cependant n'est pas moins profonde. — Sa profondeur est insondable. Les Anciens avaient essayé de constater les diverses profondeurs des mers, comme nous l'essayons encore nous-mêmes. — Elle est noire. Ce n'est pas à la profondeur qu'est due la couleur noire; car il y a des eaux qui ont cette couleur tout en étant très peu profondes.
§ 17. Les yeux bleus...
les yeux noirs. Voir plus haut, § 14; c'est la réfutation de la
théorie d'Empédocle dans sa seconde partie. — Sont plus agités
par l'effet de la lumière. La composition de l'oeil étant admise
telle que l'expose Aristote, il s'ensuit qu'en effet une moindre
quantité de liquide doit être plus agitée qu'une quantité plus
grande. — Du liquide et du diaphane. Voir le Traité de l'Âme,
liv. II, ch. VII, pp. 210 et suiv. de ma traduction ; la théorie du
diaphane y est longuement exposée. — En tant que diaphane.
Tout ce passage est obscur, et le Traité de l'Âme n'est pas plus
clair sur ce point. — A cause de la quantité d'eau... Ceci
est bien la conséquence de ce qui précède, et l'explication est fort
ingénieuse. — La lumière de la nuit. L'expression n'a rien
que de correct; car il n'y a jamais dans la nuit une obscurité
absolue. — A beaucoup de peine à se mouvoir. On comprend que
la lumière étant plus faible pendant la nuit, l'oeil en reçoit moins
d'impression et de mouvement. — Parce qu'un mouvement plus fort.
La remarque est § 18. On cesse de voir. C'est une observation que chacun a pu faire bien des fois sur lui-même. L'explication n'est pas précisément celle que donne Aristote ; mais le phénomène tient tout entier au jeu de la pupille, qui se rétrécit, ou qui se développe, avec moins de rapidité qu'il ne convient; au bout de peu de moments, la vision redevient tout ce qu'elle doit être. — Quand on passe de l'éclat du soleil aux ténèbres. C'est au fond le même phénomène, quoique en sens inverse ; la pupille n'est pas immédiatement dans l'état où elle doit être pour que la vision soit complète. — Le mouvement violent qui est dans l'oeil. C'est la contraction ou la dilatation de la pupille, qui ne s'accomplit pas aussi vite qu'il le faudrait. — Ni une vue forte ni une vue faible. On ne peut pas assimiler ces deux sortes de vue autant que le fait Aristote; l'une et l'autre ne se comportent pas également à l'égard des objets lumineux. — La partie liquide de l'oeil. Les humeurs de l'oeil en forment la partie liquide et y tiennent une place considérable, l'humeur aqueuse, l'humeur vitrée, etc. § 19. Les maladies... Les deux affections dont Aristote va parler sont bien en effet des maladies. - Le glaucome. On entend par glaucome l'épaississement de l'humeur vitrée qui trouble profondément la vue. — La nyctalopie. C'est l'affaiblissement de la vue pendant le jour, et le renouvellement de sa force pendant la nuit. Il n'est pas prouvé que l'une de ces maladies attaque plus particulièrement les yeux bleus, et l'autre les yeux noirs. — Une sécheresse des yeux. Il était possible, dans l'état des connaissances médicales au temps d'Aristote, de trouver que le glaucome était une sécheresse. — Surtout aux vieillards. L'observation est exacte, et il est bien rare qu'avec l'âge la vue ne s'obscurcisse pas. — Cette partie du corps se dessèche. Le phénomène est réel. — La nyctalopie... Je ne sais pas si la nyctalopie est attribuée par la science moderne à la cause qu'Aristote indique. — Le cerveau est chez eux plus liquide. Dans la jeunesse, toutes les sécrétions se font mieux que dans la vieillesse; et, à mesure qu'on avance en âge, la constitution s'épuise et toutes les fonctions s'affaiblissent. Hippocrate et son école n'ont pas parlé du glaucome ; mais la nyctalopie leur était connue; voir Hippocrate, tome V, pp. 193 et 333, et tome IX, pp. 65. 67 et 159, édition et traduction E. Littré. Il est difficile de savoir ce qu'Aristote entend par glaucome, ainsi que le remarquent MM. Aubert et Wimmer. § 20. La vue la meilleure... La science moderne aurait peut-être de la peine à se prononcer sur cette question; la puissance de la vue dépend tout à la fois de la nature des humeurs de l'oeil et de sa forme. La combinaison de ces deux éléments est excessivement délicate, et la vision est plus ou moins bonne selon que l'un ou l'autre domine. — Le mouvement des couleurs. Qui viennent du dehors faire impression sur l'organe. — C'est aussi la nature de la peau. C'est là en effet un élément considérable dans tout l'appareil optique. L'anatomie de l'oeil n'était pas assez avancée du temps d'Aristote pour qu'il se rendit compte de tous ces détails, comme nous pouvons le faire ; mais il a très bien compris de quelle importance ils pouvaient être. — Cette peau... C'est la cornée transparente, suivie de l'humeur aqueuse et de l'iris, qui colore l'oeil de diverses nuances. La cornée est en effet d'une transparence parfaite, ainsi que l'indique Aristote. — Mince, blanche et bien unie. Ce sont bien là en effet les conditions que la cornée doit remplir pour que ses fonctions soient aussi efficaces que possible. § 21. Elle doit être mince. La cornée transparente n'a pas plus d'un millimètre d'épaisseur; l'humeur aqueuse en a deux fois plus. La rétine et la choroïde, placées au fond de l'appareil, ont à peine un cinquième de millimètre. Le cristallin en a sept, et le corps vitré en a plus de douze; voir le Traité élémentaire de Physiologie humaine de M. Béclard, 6e édition, p. 818. M. Béclard emprunte lui-même ces données à M. Krauser. — En se plissant. Ceci semblerait indiquer qu'au lieu de dire Unie, il vaudrait peut-être mieux de dire Tendue. Il n'y a pas d'ailleurs à supposer que jamais ces parties de l'oeil puissent se plisser. — Vient à se rider. Il avait fallu des observations anatomiques bien délicates pour constater ce fait. — Et s'épaissit avec les années. Il est certain que les meilleures vues s'obscurcissent avec les années; mais il est possible que cet affaiblissement de la vision tienne encore à d'autres causes que l'épaississement des membranes. — Parce que le noir n'est pas diaphane. La raison est excellente, bien qu'Aristote ne connût pas la composition de la lumière. Le noir en effet absorbe tous les rayons lumineux, et c'est ainsi qu'il est la négation de toute lumière. — Les lanternes. On ne sait pas au juste de quelle matière se servaient les Anciens pour rendre leurs lanternes transparentes. C'était, à ce qu'on croit, des vessies ou de la corne; plus tard, ce fut du verre. Voir le Dictionnaire de Rich, article Laterna. On a trouvé des lanternes dans les fouilles d'Herculanum et de Pompéi. § 22. Toutes ces causes réunies. La cause principale, c'est l'affaiblissement général que l'âge amène toujours avec lui. — Ont au début les yeux bleus. Voir plus haut, § 13. — Il y a eu d'eau dans leurs yeux. C est fa théorie propre d'Aristote ; il n'est pas sûr qu'elle soit la vraie. — Et les chevaux qui ont des yeux bleus. Les observations sur le cheval étaient déjà très nombreuses au temps d'Aristote, comme le prouvent les ouvrages de Xénophon ; voir ma préface à l'Histoire des Animaux, p. LXIX; mais je ne sais pas si l'observation spéciale que fait ici Aristote est bien exacte. — Qui fait que les hommes blanchissent. Il est peu probable que la cause soit la même de part et d'autre. Le cheval peut blanchir, avec les années, dans une certaine mesure; mais il ne devient jamais blanc comme l'homme; et quelle qu'en soit la cause, ce n'est pas elle qui fait que le cheval a parfois des yeux bleus. § 23. Sont un signe de faiblesse. On peut voir que bien des gens, tout en ayant des yeux bleus, sont très forts et de la plus vigoureuse santé; mais Aristote veut peut-être indiquer une faiblesse topique exclusivement. La suite de ce paragraphe semble le prouver. - Dans l'humidité du cerveau. Il n'est pas à croire que la composition de la masse encéphalique ait une action décisive sur la couleur des yeux. — En la cuisant dans les deux yeux. Cette expression, assez singulière, est bien celle qui convient à la théorie aristotélique sur la coction en général. Cette théorie remonte tout au moins à Hippocrate ; et elle n'est pas tout à fait fausse, en ce sens que les sécrétions peuvent être plus ou moins parfaites, et que les humeurs peuvent avoir plus ou moins de maturité, ou être plus ou moins crues. — L'un des deux yeux. C'est revenir à ce qui a été dit plus haut, § 13, sur la dissemblance de coloration dans les deux yeux ; ce n'est plus de la couleur bleue de l'iris qu'il s'agit. § 24. Certains animaux... les autres. Dans l'Histoire des Animaux, Aristote parle de la vue perçante de l'aigle de mer, liv. IX, ch. XXIII, § 5; et de la vue très mauvaise des cigales, liv. V, ch. XXIV, § 5. — De deux manières. MM. Aubert et Wimmer remarquent que ces distinctions sont fort importantes en ophtalmologie. — Et la différence que nous remarquons. Le texte n'est pas aussi explicite. D'ailleurs, la théorie est parfaitement exacte; car la vue n'est pas seule à être plus ou moins vive; l'ouïe l'est également plus ou moins, ainsi que l'odorat. Aristote aurait pu en dire autant du goût et du toucher, en un mot de tous les sens. — Pouvoir distinguer les moindres détails. La vue alors est plutôt fine que perçante; mais il est probable que, dans la langue grecque, c'était toujours le même mot qui servait à exprimer les deux facultés. — Qui abrite ses yeux avec la main. C'est le sens précis, à ce que je crois, de l'expression peu ordinaire dont se sert le texte. - Regardant par un tube. C'est le premier élément des lunettes, et l'on voit que, dès le temps d'Aristote, on cherchait à rendre la simple vue plus puissante. — Dans des trous ou dans des puits. Qui font en quelque sorte l'office du tuyau de la lunette , et du télescope, inventé plus tard. § 25. Des yeux très proéminents. L'observation est très fine et très juste ; mais le texte peut avoir encore un sens autre que celui que je lui donne dans ma traduction : « Si un animal a devant la vue un abri quelconque ». Il semblerait, d'après la fin de la phrase, que ce second sens serait préférable. quoiqu'un abri se comprenne bien pour l'homme et ne se comprenne guère pour les animaux.— Que l'eau qui est dans la pupille. C'est l'humeur aqueuse surtout, sans compter les autres humeurs, qui ne sont pas moins nécessaires pour la vision. - En rapport avec le mouvement venu du dehors. Il faut que l'organe puisse supporter la lumière, plus ou moins vive, qui lui vient des objets, et qu'il se mette en une certaine relation avec eux. — Si la peau de la surface n'est pas mince. MM. Aubert et Wimmer font remarquer que, dans ces conditions, la vision est impossible, et ils rejettent la petite phrase incidente : « Comme s'il était près ». Sur ce dernier point, je ne saurais partager leur avis. — Et bien recouverte. C'est-à-dire, ayant la peau de la surface très mince, comme Aristote l'indique quelques lignes plus haut.
§ 26. C'est dans l'oeil
même... Cette explication est très juste, quoique Aristote ne
pût pas savoir sur la constitution de l'organe de la vue tout ce
qu'en sait la physiologie moderne; il est certain que la forme seule
de l'oeil suffit pour que la vue soit plus ou moins bonne; et c'est
précisément l'altération de cette forme qui affaiblit la vue avec
l'âge, bien que d'ailleurs l'oeil reste parfaitement sain. — De
même que sur un vêtement... Peut-être eût-il été possible de
trouver une comparaison plus frappante. — Dans une vue très pure.
C'est sur la rétine, qu'Aristote ne connaissait pas, que se peignent
toutes les nuances des objets perçus par la vision. - C'est la
position seule des yeux. Ceci n est pas tout à fait exact. La
position des yeux telle que l'entend l'auteur n'est pas indifférente
sans doute; mais c'est surtout la composition même de l'oeil qui
importe. — Arrive jusqu'à l'oeil. Plus précisément : Jusqu'à
la rétine. — § 27. Quelques naturalistes. Il eût été bon de nommer ces naturalistes. — La vision vient de l'oeil... par le mouvement venu des choses. Dans le Traité de l'Âme, liv. II, ch. VII, pp. 208 et suiv. de ma traduction, Aristote a fait la théorie générale de la vision: mais il n'a pas parlé des théories opposées à la sienne. Au § 6, loc. cit., p. 214, il réfute une opinion de Démocrite, qui croit qu'on pourrait voir tout aussi bien, et même mieux, dans le vide. Aristote soutient au contraire, et avec raison, qu'il faut un milieu pour que la vision soit possible. — La vue vient toujours d'un mouvement. Ceci est exact. — On verrait le mieux possible... C'est le pressentiment du télescope et des services qu'il peut rendre. C'est là aussi ce qui fait qu'on allonge de plus en plus les télescopes, quelque grandes que soient les difficultés de construction. — Une sorte de tuyau continu. On doit remarquer que ce desideratum remonte jusqu'à l'Antiquité. — Plus les choses seraient loin. C'est la conséquence rigoureuse de ce qui précède ; mais le fait n'est pas exact, et la science de l'optique ne l'admet pas. MM Aubert et Wimmer croient aussi qu'il faudrait ici dire tout le contraire. C'est aux physiciens qu'il appartient de juger. |
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CHAPITRE II |
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§ 1. On peut répéter pour l'ouïe et pour [15] l'odorat à peu près ce qu'on vient de dire de la vue. Une chose est de bien sentir et de bien entendre les objets de ces deux sens et de les percevoir aussi exactement que possible ; mais c'est autre chose encore d'entendre de loin et de sentir les odeurs à distance. C'est l'organe lui-même qui fait que, comme pour la vue, on juge bien les différences, si cet organe [20] est sain, et que la méninge qui l'entoure soit saine ainsi que lui. § 2. On a vu dans le Traité des Sensations que les conduits de tous les organes des sens se rendent au coeur, ou à la partie qui lui correspond, quand le coeur vient à manquer. Le conduit de l'ouïe, qui est l'organe qui sent l'air, se termine là où le souffle naturel produit le pouls chez quelques animaux, [25] et, chez d'autres, l'expiration et l'aspiration. C'est par cet organe aussi que la connaissance des paroles qui ont été prononcées nous permet de reproduire ce qu'on a entendu. Sortant il est entré de mouvement par l'organe de l'ouïe, autant le mouvement est reproduit au moyen de la voix, comme si c'était une seule et même impression de telle sorte qu'on peut redire [30] ce qu'on vient d'entendre. Quand on bâille ou qu'on pousse son souffle, on entend moins bien que quand on aspire, parce que le principe du sens de l'ouïe se trouve sur la partie respiratoire ; le principe est agité et mis en mouvement, en même temps que l'organe met le souffle en mouvement de son côté, parce que l'organe qui meut est mû à son tour. Dans les saisons et dans les jours humides, [35] la même affection se produit. On dirait que les oreilles sont remplies de vent, [782] parce qu'elles sont alors proches du principe du lieu du souffle. § 4. Ainsi, l'exactitude avec laquelle on juge les différences des sons et des odeurs tient à ce que l'organe est sain et pur, de même que la membrane qui en revêt la surface. Car tous les mouvements qui affectent ces deux sens ne sont pas moins manifestes [5] que ceux de la vue. Sentir ou ne pas sentir de loin se retrouvent ici comme dans l'acte de la vision. Les animaux qui, en avant des organes, ont des espèces de canaux qui s'étendent loin dans ces parties, peuvent sentir de très loin. [10] Aussi, les chiens de Laconie, qui ont de longs nez, ont un odorat des plus fins. L'organe étant placé en haut, les mouvements qui viennent de loin ne se dispersent pas; mais ils arrivent tout droit, comme la lumière arrive à l'oeil quand on se fait une ombre avec la main. § 5. De même ceux des animaux qui ont de longues oreilles, pourvues d'un large rebord, comme en ont quelques quadrupèdes, entendent de loin, [15] et aussi, quand ils ont à l'intérieur une longue spirale ; car ce genre d'oreilles prennent le mouvement à grande distance et le transmettent jusqu'à l'organe. L'homme, proportionnellement à sa grandeur, est peut-être de tous les animaux le moins bien organisé pour percevoir avec précision les sensations des objets éloignés ; mais c'est celui qui, entre tous, sent le mieux les différences des choses. [20] Ce qui lui donne cette supériorité, c'est que son organe est pur et qu'il est le moins terreux et le moins matériel ; car de tous les animaux, c'est l'homme qui a naturellement la peau la plus fine, relativement à son volume. § 6. La Nature n'a pas moins bien fait les choses en ce qui regarde le phoque. Quadrupède et vivipare, cet animal n'a pas d'oreilles, et il n'a que des conduits auditifs. C'est qu'il passe sa vie [25] dans l'eau. Or, la partie protubérante des oreilles est mise en avant des conduits pour recueillir le mouvement de l'air; qui vient de loin . Une organisation de ce genre n'aurait aucune utilité pour le phoque ; mais, au contraire, elle le gênerait, si les oreilles recevaient en elles une grande quantité de liquide. Voilà ce que nous voulions dire ici de la vue, de l'ouïe et de l'odorat. |
§ 1. Pour l'ouïe et pour l'odorat. Voir plus haut, § 24, au chapitre précédent. — Aussi exactement que possible... de loin. C'est toujours la même distinction que pour la vue : la netteté et la portée. Ces différences sont très réelles .— C'est l'organe lui-même... comme pour la vue. Voir plus haut ch. I. § 26. — Si cet organe est sain. C'est-à-dire, s'il remplit toutes les conditions nécessaires à la perception complète. — La méninge. Ou la membrane. J'ai préféré conserver le mot grec, qui est le même pour l'oeil et pour l'encéphale. tandis que, dans notre langue, il ne s'applique guère qu'à l'encéphale tout seul. § 2. Dans le Traité des Sensations. C'est le petit Traité de la sensation et des choses sensibles, qui ouvre les Opuscules psychologiques, les Parva naturalia; voir ma traduction, ch. 12 et 13 ; mais dans ce passage, la théorie n'est pas la la même que celle qui est exposée ici. C'est surtout le goût et le toucher qu'Aristote rapporte au coeur, les autres sens se rapportent au cerveau; l'auteur y fit en propres termes que l'oeil est une partie de l'encéphale. — L'organe qui sent l'air. Voir le traité de la Sensation et des choses sensibles, loc. cit., § 11. Dans la théorie d'Aristote, chaque sens semble devoir se rapporter à un des éléments ; mais cette théorie se heurte à cette difficulté qu'il n'y a que quatre éléments, tandis que les sens sont au nombre de cinq. — Le souffle naturel produit le pouls.. C'est seulement quand la physiologie a bien connu les fonctions du coeur qu'on a pu se rendre compte exactement du phénomène du pouls. — C'est par cet organe aussi. Cette petite phrase peut sembler une interpolation, et elle fait presque double emploi avec ce qui suit. § 3. Autant il est entré en mouvement... La pensée est fort ingénieuse, et le fait est rigoureusement vrai; cela revient à dire qu'on répète ce qu'on a entendu. — Une seule et même impression. C'est un peu exagéré ; mais le phénomène est bien rendu. — Quand on baille... on entend moins bien. C'est fort exact, et chacun de nous a pu en faire l'épreuve. — Se trouve sur la partie respiratoire. Il ne serait pas possible de justifier anatomiquement cette assertion ; mais il est certain qu'une gêne quelconque dans la circulation agit vivement sur le sens de l'ouïe ; par exemple, quand on éternue, on n'entend plus rien. L'explication que donne Aristote n'est pas admissible; elle atteste uniquement une vive curiosité, qui cherche à se rendre compte des choses. — Dans les saisons... humides. Le fait est incontestable ; mais on peut l'expliquer autrement; c'est la nature de l'atmosphère qui est changée; ce n'est pas l'organe. § 4. Est sain et pur. Il n'y a dans le texte que le dernier adjectif; j'ai cru devoir ajouter l'autre pour plus de clarté. — Ne sont pas moins manifestes que ceux de la vue. L'observation est très juste; et, à cet égard, les trois sens se ressemblent absolument; il y a des ouïes fines ou obtuses, et de même pour les odorats. — Sentir ou ne pas sentir de loin. Tel individu sent les odeurs, ou perçoit les sons, de plus ou moins loin que tel autre individu, de même que la vue varie également, et qu'elle est plus ou moins longue. — Des espèces de canaux. Qui font alors pour l'odoration ce que les tubes peuvent faire pour la vision. — Qui s'étendent loin dans ces parties. Ainsi, les chiens ont le museau plus ou moins allongé, et l'olfaction varie chez eux avec ces conditions mêmes. — Peuvent sentir de très loin. Au lieu de Sentir, on pourrait traduire : Odorer. — Les chiens de Laconie. On en faisait très grand cas dans toute la Grèce, et les chasseurs y tenaient beaucoup. Aristote en parle plusieurs fois dans l'Histoire des Animaux, liv. VI, ch. XX, §§ 1 et suiv.; liv. VIII, ch. XXVII, § 11; et liv. IX, ch. I § 4, n. Voir aussi ma préface, p. LXXI, à propos de l'étude de Xénophon sur les chiens de chasse. — Qui ont de longs nez. C'est l'organisation ordinaire des chiens de chasse. — Mais ils arrivent tout droit. On ne pourrait pas répondre de l'exactitude parfaite de cette explication. — Quand on se fait une ombre. Voir plus haut, ch. I, §§ 24 et suiv. § 5. Qui ont de longues oreilles. L'assimilation des deux sens est fort exacte, et les oreilles jouent, sous ce rapport, à peu près le même rôle que les narines. Dans l'Histoire des Animaux, Aristote a dit quelques mots seulement des oreilles, liv. I, ch. IX ; et il n'a parlé que des oreilles de l'homme. Dans le Traité des Parties des Animaux, liv. II, ch. XI, §§ 1 et suiv., il a dit quelques mots très concis des oreilles des quadrupèdes et de leur position. Les détails qu'il y donne sont exacts ; mais ils ne sont pas aussi développés qu'ici. — Quand ils ont à l'intérieur une longue spirale. Ceci indique évidemment des observations anatomiques et des dissections sur les organes de l'ouïe ; seulement, l'analyse n'a pas été poussée assez loin ; mais on sait qu'aujourd'hui même on a encore beaucoup d'études à faire sur l'organe auditif. — Prennent le mouvement à grande distance. L'image est très juste, et l'on conçoit très bien que de plus longues oreilles doivent recueillir plus de son, quand elles sont droites et larges. — Le moins bien organisé. C'est peut-être exagéré ; mais il est certain que bon nombre d'animaux ont l'ouïe plus fine que nous. — Les différences des choses. Sans doute parce qu'il est le seul à les comprendre. — Le moins terreux. Ceci répond à la théorie des quatre éléments, adoptée par Aristote et par toute l'Antiquité, jusqu'à la Renaissance. — Et le moins matériel. Mot à mot, Corporel. - La peau la plus fine. Ceci peut être exact, avec la réserve qu'y ajoute l'auteur. § 6. La Nature... Ici, comme dans cent autres passages, Aristote admire la sagesse infinie de la Nature. — Le phoque. Tout ce que l'auteur va dire de l'organisation du phoque est exact; mais il peut sembler que c'est là une digression peu nécessaire. — N'a pas d'oreilles. Il faut sous-entendre : « à l'extérieur », puisque l'animal a les conduits auditifs. On peut voir des détails analogues dans l'Histoire des Animaux, liv. I, ch. IX, § 5. — N'aurait aucune utilité. On peut approuver complètement toutes ces explications; et, en ceci, l'intention de l'auteur des choses est de toute évidence. § 7. Voilà ce que nous voulions dire ici. Ce résumé partiel est fort exact; mais les études sur la vue, l'ouïe et l'odorat, ne se rapportent plus it la question de la génération; voir la Dissertation préliminaire sur la composition du Traité de la Génération, t. I, à la suite de la Préface. |
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CHAPITRE III |
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§ 1. [30] La chevelure présente chez les hommes des différences selon l'âge, dans chaque individu; elle en présente aussi de l'homme aux autres espèces d'animaux qui ont un pelage. Presque tous ceux qui portent en eux-mêmes des petits vivants sont pourvus de poils. Car, chez les animaux mêmes qui ont des piquants en guise de poils, on peut regarder encore ces piquants comme [35] une sorte de poils particuliers, par exemple, les piquants des hérissons de terre et de quelques autres vivipares. § 2. [782a] Les différences des poils sont la rudesse ou la douceur, la longueur ou la dimension courte, la direction droite ou couchée, l'abondance ou la rareté. Le pelage diffère aussi par les couleurs qu'il peut avoir, blancheur, noirceur [5] et nuances intermédiaires. Quelques-unes de ces différences peuvent venir simplement de l'âge, selon que les animaux sont jeunes ou vieux. § 3. C'est surtout dans l'homme que ces différences se marquent davantage. A mesure que l'homme vieillit, sa chevelure devient plus épaisse. Quelques individus deviennent chauves sur le devant de la tête. Tant que l'homme est [10] enfant, il n'est pas sujet à la calvitie; les femmes ne la connaissent pas non plus. Mais les hommes, en prenant des années, peuvent devenir chauves, de même que, dans la vieillesse, les cheveux blanchissent. Chez aucun autre animal, pour ainsi dire, on ne remarque rien de pareil ; et c'est le cheval, qui plus que tout autre peut prêter à ces observations. § 4. Chez les hommes, la calvitie atteint le devant de la tête; [15] et les premiers cheveux blancs qui se montrent sont ceux des tempes. Mais on ne devient jamais chauve aux tempes, ni au derrière de la tête. Les animaux qui n'ont pas de poils précisément, mais qui ont quelque chose d'analogue, comme les oiseaux, qui ont des plumes, et les poissons qui ont des écailles, subissent également quelques changements de ce genre, qui ne laissent pas que de les atteindre [20] à peu près de même. § 5. Nous avons expliqué antérieurement le but que la Nature s'est proposé en donnant des poils aux animaux ; et c'est en traitant des Parties des Animaux que nous avons présenté ces explications. L'objet de la présente étude sera de faire voir clans quelles conditions, et par suite de quelles nécessités, se produisent toutes les différences dont il s'agit ici. § 6. C'est surtout la peau qui fait que les poils [25] sont durs, ou qu'ils sont doux. La peau en effet est épaisse chez les uns, ou mince chez les autres ; elle est lâche chez ceux-ci, et serrée, chez ceux-là. Une autre cause qui agit simultanément, c'est la différence d'humidité. Tantôt la peau est grasse; tantôt elle est comme aqueuse. En général, la peau a naturellement quelque chose de terreux. Comme elle est à la surface, [30] dès que l'humidité s'évapore, elle devient solide et terreuse. § 7. Les poils, ou les parties correspondantes, ne viennent pas de la chair précisément, mais de la peau, quand l'humidité qui est dans l'animal se vaporise et s'exhale. Aussi, les poils épais viennent d'une peau épaisse ; les poils légers, d'une peau légère. Si le tissu de la peau est plus lâche, [35] et plus épais, les poils s'épaississent par suite de l'abondance du terreux et [783] de la largeur des canaux. Si le tissu est plus serré, les poils s'amincissent par l'étroitesse même des vaisseaux. § 8. Si l'humeur est aqueuse, comme elle se dessèche très vite, les poils ne prennent pas de longueur; si l'humeur est graisseuse, c'est tout le contraire ; car la graisse ne se dessèche pas aisément. [5] En général, ce sont les animaux dont la peau est la plus épaisse qui ont le poil le plus fourni; mais cependant, ce ne sont pas toujours les animaux à peau épaisse qui ont le plus de poil, par suite des causes qu'on vient d'énumérer; par exemple, les porcs présentent cette différence relativement aux boeufs et à l'éléphant, et relativement à plusieurs autres espèces. C'est à peu près la même cause qui fait que chez l'homme les poils de la tête sont [10] les plus épais ; car, cette partie de la peau est la plus épaisse, et elle a d'ordinaire le plus d'humidité, en même temps qu'elle est plus poreuse. § 9. Ce qui fait que les poils sont longs ou qu'ils sont courts, c'est quand l'humidité qui se vaporise ne se dessèche pas trop aisément. Si l'humidité est en [15] grande abondance, elle ne se dessèche pas très vite, non plus que la graisse; et voilà d'où vient que chez l'homme, ce sont les poils sortant de la tête qui sont les plus longs. L'encéphale, qui est humide et froid, fournit une grande quantité de liquide. § 10. Les poils sont droits ou inclinés, selon l'évaporation qu'ils contiennent. Si elle est [20] de nature fumeuse, comme elle est chaude et sèche, elle fait friser le poil. § 11. Le poil s'infléchit, parce qu'il reçoit deux impulsions diverses; le terreux se dirige en bas; l'igné se dirige en haut; et comme le poil est flexible, il tourne à cause de sa faiblesse; et c'est la ce qui cause la frisure. Voilà une première explication qu'on peut donner de ce fait. Mais il se peut aussi que la frisure vienne [25] de ce qu'il y a peu d'humidité et beaucoup de terreux, et de ce que les poils se tordent desséchés par l'air ambiant. Un objet droit se plie, en effet, en perdant son humidité et se racornit, comme on le voit sur un cheveu qu'on brûle au feu. La frisure ne serait alors qu'une contraction amenée par le défaut de liquide, et par la chaleur qui se trouve dans l'air environnant. La preuve, [30] c'est que les poils frisés sont plus rudes que les poils lisses, parce que le sec est toujours dur. § 12. Tous les animaux qui ont beaucoup d'humidité, ont aussi des poils lisses. La liqueur qui est dans ces poils sort en s'écoulant, mais non pas goutte à goutte. C'est ce qui fait que les Scythes du Pont et les Thraces ont les cheveux plats ; car ils sont humides de tempérament, et l'air où ils vivent l'est comme eux. Les Éthiopiens et les hommes des climats chauds ont les cheveux crépus; [783a] car leur cerveau est sec, et l'air qui les entoure l'est également. § 13. Il y a des pachydermes qui ont des poils très fins, par la raison qu'on vient de dire un peu plus haut. Plus leurs vaisseaux sont fins, plus aussi leurs poils doivent l'être nécessairement. De là vient que [5] toute l'espèce ovine a des poils très fins; car la laine n'est pas autre chose qu'une grande abondance de poils. Il y a d'autres animaux qui ont le poil doux, quoique moins fin, et, par exemple, le lièvre, comparé au mouton. Chez ces animaux, le poil est tout à fait à la surface de la peau ; aussi n'a-t-il pas de longueur, [10] et il se rapproche beaucoup de la filasse, qui est le déchet du lin; car cette filasse non plus n'a pas de longueur; mais elle est douce et ne se laisse pas plier. § 14. Dans les climats froids, les moutons sont tout le contraire des hommes. Ainsi, les Scythes ont les cheveux doux, tandis que les moutons sauromates ont la toison très rude. C'est encore cette même cause [15] qui agit chez tous les animaux sauvages. Le froid durcit les choses, tout en les desséchant par l'action de la gelée. La chaleur s'exhalant au dehors fait évaporer l'humide ; et les poils, ainsi que la peau, deviennent terreux et durs. Chez les animaux sauvages, c'est leur vie en plein air qui produit cet effet; et parfois, c'est aussi le climat où ils sont, qui a cette qualité. § 15. On peut citer en preuve [20] ce qu'on remarque dans les oursins de mer, qu'on emploie comme remède contre les maux de gorge. Comme ils vivent dans la mer, qui est froide à cause de sa profondeur, puisqu'ils sont parfois à soixante brasses, et même encore plus bas, ils ont des piquants énormes bien qu'ils soient eux-mêmes très petits, et ces piquants sont très durs. La grandeur des piquants [25] vient de ce que c'est là que se tourne tout le développement du corps. Ces animaux ayant peu de chaleur, et la nourriture ne subissant pas de coction, ils ont beaucoup de sécrétion et de résidu; or, les piquants, les poils et les autres matières de ce genre ne proviennent que de résidu. Les piquants sont durcis et pétrifiés par le froid et la gelée. § 16. C'est de la même manière que, [30] dans tous les lieux exposés au nord, les plantes de tout genre sont beaucoup plus dures, plus terreuses et plus pierreuses que les plantes exposées au midi; et celles qui sont exposées au vent, plus que celles des bas fonds. C'est qu'elles ont alors plus froid, et que leur humidité se vaporise. Ainsi, la chaleur et le froid durcissent également les choses, parce que l'humide se vaporise sous l'action de l'une et de l'autre, [35] avec cette seule différence que la chaleur agit directement par elle-même, tandis que le froid agit indirectement. L'humide sort en même temps que la chaleur, parce qu'il n'y a pas d'humide sans chaleur; mais quant au froid, [784] non seulement il durcit, mais il condense, tandis que la chaleur dilate. § 17. C'est précisément encore la même cause qui fait qu'avec les progrès de l'âge les poils deviennent plus rudes chez les animaux qui ont des poils, comme le deviennent aussi chez les oiseaux et les animaux qui ont des écailles, les plumes et [5] les écailles. A mesure que l'animal vieillit, la peau devient plus dure et plus épaisse; il se dessèche ; et le mot même de Vieillesse, en grec, se rapproche de celui de Terre desséchée; et si l'animal se dessèche ainsi, c'est que la chaleur lui manque, et que l'humidité lui manque avec elle. § 18. De tous les animaux, c'est évidemment l'homme qui est le plus sujet à la calvitie; mais néanmoins cette affection [10] a quelque chose de général. Ainsi, parmi les plantes, les unes conservent toujours leurs feuilles ; les autres les perdent ; et ceux des oiseaux qui hibernent perdent également leurs plumes. Chez les hommes qui deviennent chauves, la calvitie peut passer pour une affection pareille. Ce n'est que petit à petit que les feuilles des végétaux viennent à tomber, et que les [15] plumes et les cheveux tombent aux animaux qui en ont. Quand cette affection est considérable, on dit que l'homme devient chauve, que la plante perd ses feuilles, que l'oiseau perd ses plumes, toutes expressions qui reviennent au même. § 19. C'est toujours le défaut d'humidité chaude qui est cause du phénomène; et de toutes les choses humides, c'est la graisse qui est la plus chaude; et de tous les végétaux, ce sont les plantes grasses [20] qui ont le plus souvent des feuilles persistantes. Mais nous nous réservons d'expliquer cela dans d'autres ouvrages; car il y a aussi d'autres causes qui concourent a produire ce phénomène. Pour les végétaux, ce changement a lieu en hiver, dont l'action est encore plus puissante que l'âge de la plante, de même qu'il a lieu, dans cette saison aussi, sur les animaux qui hibernent, parce que les animaux ont moins d'humidité [25] que l'homme et moins de chaleur naturelle. § 20. Les hommes ont un hiver et un été dans les phases diverses de l'âge. On ne devient jamais chauve qu'après avoir joui des plaisirs sexuels; et on le devient d'autant plus qu'on les goûte davantage. C'est que le cerveau est naturellement le plus froid de tous les organes ; l'acte vénérien refroidit, en causant une déperdition de la chaleur pure et [30] naturelle. C'est le cerveau qui est, comme on doit croire, le premier à s'en ressentir. Tout ce qui est faible et mal disposé cède à la moindre cause et à la plus légère pression. Par conséquent, si l'on songe que le cerveau lui-même a peu de chaleur, que la peau de son enveloppe en a moins encore nécessairement, et que [35] les cheveux qui en sont le plus éloignés ont encore moins de chaleur que la peau, on comprendra sans peine que les libertins doivent devenir chauves avec l'âge. § 21. C'est aussi cette même cause qui fait que l'homme ne devient chauve que sur [784a] le devant de la tête, et qu'il est le seul animal à devenir chauve. Il le devient sur le devant de la tête, parce que c'est là qu'est le cerveau; et s'il est le seul à présenter le phénomène de la calvitie, c'est parce que c'est l'homme qui a l'encéphale le plus considérable et le plus humide. Les femmes ne deviennent jamais chauves, [5] parce que leur nature se rapproche de celle des enfants. Les unes et les autres n'ont pas de sécrétion spermatique propre à la génération. § 22. L'eunuque non plus ne devient pas chauve, parce qu'il est presque changé en femme. Les eunuques ne poussent pas les poils qui ne sont pas de naissance; ou ils les perdent, si par hasard ils les ont poussés, si ce n'est les poils du pubis. De même, les femmes [10] n'ont pas non plus ces poils postérieurs, ou elles n'ont les autres qu'au pubis. La mutilation qui fait des eunuques est le changement d'un homme en femme. § 23. Si les animaux qui hibernent reprennent leur poil, ou si les végétaux qui ont perdu leurs feuilles les poussent de nouveau, et si les cheveux des chauves ne repoussent jamais, c'est que, pour les uns, les saisons sont en quelque sorte davantage les phases que [15] leur corps subit, et que, la saison venant à changer, un changement se produit aussi dans la production ou la chute des plumes, et des poils, et dans celle des feuilles pour les plantes. Au contraire, chez l'homme, on peut bien aussi, selon les âges, distinguer l'hiver, et l'été, le printemps et l'automne; mais comme les âges divers ne reviennent pas, [20] les affections qui en sont la suite ne changent pas périodiquement, bien qu'au fond la cause soit la même. § 24. Voilà à peu près tout ce qu'on peut dire sur ces premiers changements du pelage. |
§ 1. La chevelure. Aristote a dit quelques mots de la chevelure de l'homme, en même temps qu'il traitait des poils en général, dans l'Histoire des Animaux, liv. III, ch. X, §§ 8 et 9, et aussi liv. I, ch. I, § 9, sur les poils des animaux. Il n'en a dit qu'un mot dans le Traité des Parties, liv. II, ch. XIV, § 5. Ici l'étude est plus complète. — Selon l'âge. La calvitie et la blancheur sont, dans le cours des années, les deux principales affections de la chevelure humaine. — Elle en présente aussi. Dans notre langue , le mot de chevelure s'applique spécialement à l'homme ; dans la langue grecque, au contraire, le mot peut s'appliquer tout à la fois à l'homme et aux animaux. — Presque tous... Il y a en effet des exceptions assez nombreuses. — En guise de poils. L'idée est ingénieuse, et on peut la trouver vraie; Aristote l'a déjà exprimée dans l'Histoire des Animaux liv. IlI, ch. X, § 4. — Et de quelques autres vivipares. Ils sont peu nombreux. § 2. Les différences des poils... Toutes ces observations sont exactes; la science moderne y a donné moins d'attention. — La rudesse ou la douceur. Ces différences peuvent être remarquées dans notre espèce et dans toutes les autres, notamment chez les animaux domestiques, comme les chiens, les chats, etc. — Par les couleurs. La couleur du pelage est la plus frappante de ses qualités. — Simplement de l'âge. Ceci peut se voir surtout chez les enfants, dont la chevelure prend d'année en année une couleur plus foncée. § 3. C'est surtout dans l'homme. Les différences sont sans doute plus marquées dans notre espèce; mais c'est là aussi qu'on peut les observer le plus aisément. — A mesure que l'homme vieillit. Ou plutôt : « Prend des années » à partir de l'enfance; car plus tard, quand l'homme vieillit réellement, il perd peu à peu ses cheveux. — Enfant... calvitie... les femmes. Ces observations sont déjà dans l'Histoire des Animaux, liv. III, ch. X, § 11. — Les cheveux blanchissent. C'est le cas le plus ordinaire de beaucoup; il y a cependant des exceptions. — Pour ainsi dire. La restriction est nécessaire, et il y a des animaux qui, sans blanchir précisément, perdent leur couleur avec l'âge. — C'est le cheval. Voir l'Histoire des Animaux, liv. III, ch. x, § 8. § 4. Le devant de la tête... ceux des tempes. Voir l'Histoire des Animaux, liv. III, ch. X, § 9. — Jamais. C'est peut-être dire trop. Il y a dans ce genre des cas exceptionnels. — Des plumes... des écailles. Dans l'Histoire des Animaux, liv. I, ch. I, § 8, Aristote rapproche aussi les plumes et les écailles; ici il fait les écailles et les plumes analogues aux poils. L'idée est profonde ; mais je ne sais pas si la science moderne peut l'accepter. - Subissent également quelques changements. Ces modifications sont évidentes chez les carpes qui vieillissent dans les viviers. — A peu près de même. La réserve que fait ici Aristote est indispensable, parce que, chez les animaux, les changements sont bien moins sensibles. § 5. Antérieurement... en traitant des Parties des Animaux. Dans le Traité des Parties, Aristote n'a consacré que quelques lignes à cette question, et il ne l'a pas étudiée longuement, comme on pourrait le croire d'après cette référence; voir le Traité des Parties, liv. II, ch. XIV, § 5. Aristote a bien exprimé son admiration pour la sagesse de la Nature dans une foule d'autres passages ; mais ce n'est pas dans celui-là. C'est indirectement qu'il s'y occupe de la chevelure de l'homme, à laquelle il ne s'arrête même pas ; et c'est à propos des cils et de la queue des animaux qu'il en dit quelque chose. - L'objet de la présente étude. Elle semble en effet être annoncée dans le Traité des Parties, loc. cit., § 6. § 6. C'est surtout la peau. Cette même théorie est développée dans l'Histoire des Animaux, liv. III, ch. X, § 2; et là aussi, Aristote fait dépendre la nature des poils de celle de la peau. — La peau. Ces variétés de la peau selon les espèces sont évidentes. — C'est la différence d'humidité. Cette même cause est indiquée d'un mot dans l'Histoire des Animaux, loc. cit. ; elle est très réelle. — Quelque chose de terreux. Ceci se rapporte à la théorie des quatre éléments, où la terre est regardée comme la matière de tout ce qui a quelque solidité. — Solide et terreuse. Même remarque. § 7. Les parties correspondantes. Les plumes et les écailles, d'après ce qui vient d'être dit plus haut; voir aussi l'Histoire des Animaux, liv. I, ch. I, § 8. — Ne viennent pas de la chair... mais de la peau. La distinction est juste; les poils ne vont pas jusqu'à la chair, et leur bulbe ne dépasse point l'épiderme. — Les poils épais. Voir l'Histoire des Animaux, liv. III, ch. X, § 2, où cette explication est déjà donnée. — Les poils s'épaississent. C'est une répétition de ce qui précède. — La largeur des canaux. Il s'agit ici des vaisseaux capillaires, qui nourrissent la racine bulbeuse des poils. — Par l'étroitesse même des vaisseaux. Si l'on repousse cette théorie, il n'en faut pas moins rendre justice aux efforts que fait l'auteur pour bien comprendre les phénomènes. § 8. En général. En posant cette généralité, Aristote voit bien qu'elle souffre beaucoup d'exceptions, et il en indique lui-même une dans ce qui suit. — Les porcs... Dans l'Histoire des Animaux, liv. II, ch. II, §§ 5 et 13, Aristote établit que le porc a des poils répandus sur tout le corps; mais ces poils sont très peu nombreux. — Relativement aux bœufs. Cette différence est réelle, puisque le boeuf est couvert de poils; mais elle ne l'est pas relativement à l'éléphant, qui n'a guère plus de poils que le cochon. — La même cause. C'est-à-dire, l'épaisseur de la peau. — Est la plus épaisse. Je ne sais pas si cette observation est parfaitement exacte, et il y a peut-être encore quelques autres parties du corps où la peau est au moins aussi épaisse, si ce n'est même plus épaisse. — Plus poreuse. Même remarque.
§ 9. Sont longs ou qu'ils
sont courts. Il est probable que la dimension des poils tient
encore à d'autres causes, notamment à la santé de l'animal. —
L'humidité qui se vaporise. Il n'est pas présumable que la
physiologie de notre temps accepte cette théorie; mais je ne sais
pas si elle a sur ce point des théories bien arrêtées. — Qui sont
les plus longs. C'est parfaitement exact; mais la cause reste
toujours obscure. — L'encéphale qui est humide et froid. Voir
dans le Traité des Parties des Animaux les fonctions du § 10. Selon l'évaporation qu'ils contiennent. Cette théorie n'est pas acceptable. — De nature fumeuse. Voir ces distinctions de l'évaporation , ou exhalaison , dans la Météorologie, liv. I, ch. IV, § 2, et liv. III, ch. VII, § 4 ; voir aussi ma Préface à ce traité, p. VIII. L'exhalaison fumeuse vient de la terre ; l'exhalaison humide vient de l'eau ; c'est l'évaporation proprement dite. — Elle fait friser le poil. Il ne faut pas juger trop sévèrement ces théories ; peut-être aujourd'hui, l'explication de ce phénomène n'est-elle pas plus avancée. - Le terreux se dirige en bas. On ne voit pas trop comment ce mouvement peut se produire. — L'igné se dirige en haut. Ceci se rapporte toujours à la théorie des quatre éléments. Il y a, selon Aristote, de la terre et du feu tout à la fois dans le poil. - C'est là ce qui cause la frisure. L'auteur ne semble pas lui-même très sûr de cette explication, puisqu'il en donne encore une autre dans le paragraphe suivant. § 11. Mais il se peut aussi... Cette seconde explication ne semble pas meilleure que la précédente, et elle se fonde à peu près sur les mêmes arguments. - Par l'air ambiant. Il est certain que l'air ambiant a une grande influence sur les cheveux et sur les poils; mais il y a des personnes qui ont les cheveux frisés naturellement, et le milieu n'y fait rien; les cheveux, bien qu'éprouvant certaines impressions, n'en restent pas moins toujours frisés. — Sur un cheveu qu'on brûle. L'expérience est vraie ; mais elle n'explique rien pour la frisure naturelle. — Qui se trouve dans l'air environnant. Ceci n'explique pas la frisure naturelle, qui est cependant la plus importante. — La preuve, c'est que... Cette preuve n'a rien de décisif. § 12. Tous les animaux qui ont beaucoup d'humidité. C'est bien vague, même après tout ce qui précède. Qu'est-ce que l'auteur entend par l'humidité dans les animaux? Nous dirions aujourd'hui : Lymphatiques. — La liqueur... sort en s'écoulant. L'auteur ne dit pas sur quelles observations s'appuie cette théorie. — Les Scythes du Pont et les Thraces. Ce sont les peuplades cosaques qui habitent encore les bords de la mer d'Azoff et les contrées au nord de la mer Égée, et sur les rives du Danube. Les connaissances des Anciens sur ces régions n'allaient pas plus loin, et elles étaient fort peu précises. Même au temps de Strabon, la Grèce ne paraît pas en savoir plus sur ces peuplades qu'au temps d'Homère, qui nomme les Thraces ; voir Strabon, liv. VII, ch. III, p. 246, 5, édition de Firmin Didot. La Thrace était plus rapprochée de la Grèce, puisqu'elle était en deçà du Danube, et que Philippe, père d'Alexandre, en fit la conquête ; la Scythie était beaucoup plus éloignée, et ses limites étaient encore plus indécises. En général, toutes ces populations étaient nomades, comme elles le sont encore en grande partie. — Ont les cheveux plats. C'est encore aujourd'hui un des signes caractéristiques de ces races. — L'air où ils vivent l'est comme eux. Cette circonstance n'est pas aussi générale que l'auteur semble le croire. — Les Éthiopiens. Ce sont les nègres. — Ont les cheveux crépus. C'est là une observation que tout le monde a pu faire ; mais au temps d'Aristote, les nègres étaient fort peu connus des Grecs ; et c'était par l'Égypte surtout qu'ils pouvaient les connaître. — Leur cerveau est sec. Sans doute par Cerveau il faut entendre le crâne ; car l'encéphale n'a rien à faire ici. § 13. Il y a des pachydermes. C'est le mot même du texte; mais l'auteur semble un peu plus bas comprendre les moutons parmi les pachydermes ; on les comprend aujourd'hui parmi les ruminants, qui, il est vrai, sont très voisins des pachydermes ; voir Cuvier, Règne animal, t. I, pp. 236 et 254, édit. de 1829. — Un peu plus haut. Voir plus haut, §§ 7 et 8. — Plus leurs vaisseaux sont fins. Il n'est pas probable que cette raison soit la bonne; voir plus faut, § 7, où déjà cette théorie est annoncée. — De là vient... Ceci implique qu'Aristote avait étudié d'assez près l'anatomie du mouton. — Des poils très fins. Les poils de la laine ne sont pas très fins, du moins dans nos climats. — Par exemple le lièvre. Voir l'Histoire des Animaux, liv. III, ch. X, § 20, où Aristote parle de la disposition particulière des poils chez le lièvre, mais non de leur finesse. Il est certain d'ailleurs que le poil du lièvre est beaucoup plus fin que la laine du mouton. — Qui est le déchet du lin. Je crois que c'est la force du mot grec. § 14. Dans les climats froids... Dans l'Histoire des Animaux, Aristote cite plusieurs faits pour prouver l'influence que le climat exerce sur les moutons, liv. III, ch. I, § 19. — Ont les cheveux doux. Je ne sais pas jusqu'à quel point le fait est exact ; mais il semble assez peu probable. — Sauromates. Les peuples qui portaient ce nom habitaient les bords du Tanaïs, le Don, au nord des Palus Méotides; les Grecs les connaissaient à peine, comme le remarque Strabon, liv. VII, ch. II, p.. 245, 3, édition Firmin Didot, et aussi liv. II, ch. V, p. 106, 33. — Chez tous les animaux sauvages. Cependant, ils ne vivent pas tous dans des climats froids. — Terreux et durs. Voir plus haut, § 10. — Leur vie en plein air. Cette cause est bien plus réelle que l'action spéciale du froid. § 15. Dans les oursins de mer. Voir l'Histoire des Animaux, liv. IV, ch. V, §§ 3 et 4. — Qu'on emploie comme remède. Cette petite phrase pourrait bien être une interpolation; elle interrompt assez inutilement la suite des idées. — A soixante brasses... C'est plus de cent mètres. On voit que les Anciens avaient songé aussi à l'exploration des grands fonds ; seulement, les moyens dont ils disposaient étaient beaucoup moins puissants que les nôtres. — La grandeur des piquants... L'explication n'est guère admissible; mais elle est tout à fait conforme aux théories habituelles d'Aristote. — Ne proviennent que de résidu. Toutes les matières de sécrétion viennent du sang et des glandes, qui l'élaborent de tant de façons merveilleuses. — Par le froid et la gelée. C'est aller chercher bien loin l'explication d'une cause qui est beaucoup plus simple. L'animal produit ses piquants, comme tout le reste de son organisation, par le travail sécrétoire qui lui est propre. 16. C'est de la même manière... les plantes. Aristote rapproche la plante et l'animal, toutes les fois qu'il en trouve l'occasion. — Celles des bas-fonds. Ou : Des vallées. — Elles ont... plus froid. Ceci est vrai pour certaines plantes, mais ce n'est pas vrai pour toutes. — La chaleur et le froid durcissent également les choses. L'assimilation est exacte jusqu'à un certain point, non pas seulement pour le durcissement, mais aussi pour d'autres modifications des corps. — Le froid agit indirectement. Ceci n'est pas assez clair, bien que la suite l'explique en partie. L'auteur veut dire sans doute que le froid, avant d'agir, doit d'abord chasser la chaleur. — Condense... dilate. Ces faits sont exacts, et au temps d'Aristote ces observations étaient neuves. Voir la Météorologie. liv. IV, ch. II, p. 280 de ma traduction. § 17. Avec les progrès de l'âge. Le fait est exact en général; mais la disposition des poils dépend aussi beaucoup de la santé, qui influe au moins autant que l'âge. — Les plumes et les écailles. L'action des années se fait beaucoup moins remarquer sur ces matières, qui sont moins faciles à observer. — La peau devient plus dure. C'est bien là en effet le résultat de l'âge ; chez les enfants, la peau est toujours plus souple et plus douce. — Le mot même de Vieillesse. Il est vrai qu'en grec les deux mots se ressemblent, bien que, selon toute apparence, leurs étymologies n'aient pas le moindre rapport. — En grec. J'ai dû ajouter ces mots — L'humidité lui manque avec elle. Au paragraphe précédent, il a été dit qu'il n'y a pas d'humidité sans chaleur. § 18. C'est évidemment l'homme... On pourrait même dire que l'homme est le seul animal qui devienne chauve. — Parmi les plantes. C'est forcer les choses que de trouver que la chute des feuilles est une calvitie pour les plantes. La métaphore ne serait exacte que si la chevelure repoussait à l'homme chaque année, comme la verdure revient aux arbres. Voir plus bas, § 23. — Perdent également leurs plumes. Ce n'est pas davantage de la calvitie, puisque les plumes repoussent aussi. On peut trouver une admirable étude sur l'hibernation dans l'Histoire des Animaux, liv. VIII, ch. XVI à XIX. — Ce n'est que petit à petit... Ceci est comme une atténuation de ce qui vient d'être dit d'excessif. — Qui reviennent au même. C'est exagéré. § 19. Humidité... graisse, ... plantes grasses. Il n'est pas nécessaire d'insister sur l'insuffisance de ces théories; pour les excuser, il ne faut que se rappeler à quelle époque elles appartiennent. Au début de la science, les erreurs sont inévitables, et nous ne devons pas être trop surpris de celles qui sont commises ici. — Le plus souvent. La restriction est justifiée; car par exemple, toute la famille des cupressinées, qui a des feuilles persistantes, ne présente pas de plantes grasses. — Dans d'autres ouvrages. On ne sait précisément à quels autres ouvrages d'Aristote ceci fait allusion; mais on peut croire d'après le texte que ce sont des ouvrages de botanique. Aristote s'était occupé aussi de cette science, bien qu'il en eût laissé l'étude à son élève Théophraste. — Il y a aussi d'autres causes. Ceci prouve que l'auteur ne s'abuse pas sur la valeur des théories qu'il vient d'exposer. — Pour les végétaux. Du moins, pour la plupart, si ce n'est pour tous. — Sur les animaux qui hibernent. On peut voir dans l'Histoire des Animaux toute une étude sur l'hibernation des animaux divers, liv. VIII, ch. XVI à XX, de ma traduction. A ce propos, je fais remarquer que le Dictionnaire de l'Académie française n'admet, ni le mot d'hibernation, ni celui d'hiberner ; ce sont cependant des mots indispensables et bien faits. Les mots d'hivernage et d'hiverner n'ont pas le même sens. — Et moins de chaleur naturelle. La température ordinaire de l'homme étant de 37°, beaucoup de mammifères ont plus de chaleur que lui. Quant aux animaux à sang froid, leur chaleur ne s'élève guère au-dessus de celle des milieux où ils vivent. Ainsi, l'on ne peut pas dire que les animaux aient moins de chaleur naturelle que l'homme, même ceux qui hibernent. § 20. Les hommes ont un hiver et un été. La métaphore est très juste si on la prend dans toute sa généralité; la vie a ses saisons, moins marquées que celles de l'année, mais qui sont encore très sensibles , bien que les limites en soient moins déterminées. — Après avoir joui des plaisirs sexuels. Voir la même remarque dans l'Histoire des Animaux, liv. III, ch. X, § 11. — Qu'on les goûte davantage. Observation très exacte, qui est banale pour nous, mais qui était neuve au temps d'Aristote. — Le plus froid de tous les organes. La science moderne a fait beaucoup de recherches sur la température des diverses parties du corps ; mais je ne crois pas qu'elle se soit occupée spécialement de l'encéphale, où la température serait en effet très difficile à constater, pour ne pas dire impossible. On ne voit pas sur quel fait réel Aristote pouvait appuyer sa théorie. — L'acte vénérien refroidit. Le fait est incontestable, et l'observation est facile. — C'est le cerveau. Ceci est également fort exact, et il est certain que les passions du corps portent au cerveau et à la raison une atteinte d'autant plus forte qu'elles sont plus immodérées. — Le cerveau lui-même a peu de chaleur. C'est plus une hypothèse qu'un fait. — La peau... les cheveux. Le degré de chaleur est bien difficile à constater pour toutes ces matières. — Les libertins... Cette observation est fort exacte, comme toutes les précédentes. Voir sur la chaleur animale M. G. Colin, Traité de Physiologie comparée, 2e édition, tome Il, pp. 904 et suiv. § 21. C'est aussi cette même cause. On ne comprend pas assez clairement quelle cause veut désigner l'auteur. — Que sur le devant de la tête. Voir plus haut, §§ 3 et 4. — C'est là qu'est le cerveau. Anatomiquement, ceci est inexact, et l'on peut dire que l'encéphale remplit tout l'intérieur de la boite osseuse, puisque le cervelet y tient si peu de place. — Le plus considérable. Proportionnellement à la grandeur de son corps. Voir le Traité des Parties des Animaux, liv. II, ch. VII, §, 10-15, de ma traduction. — Les femmes ne deviennent jamais chauves. C'est exact d'une manière générale ; mais il y a des exceptions. — Les unes et les autres... Cette assimilation des femmes aux enfants n'est pas exacte, sous le rapport qu'indique Aristote. § 22. L'eunuque non plus... Voir l'Histoire des Animaux, liv. III, ch. X, § 11, où se trouvent des observations analogues. — Presque changé en femme. Voir l'Histoire des Animaux, liv. IX, ch. XXVII, § 3. Ces changements dans l'eunuque sont très réels. — Qui ne sont pas de naissance. Cette distinction est déjà faite dans l'Histoire des Animaux, liv. III, ch. X, § 8. Il n'y a guère de poils qui soient tout à fait de naissance; mais il y en a qui viennent presque aussitôt après, et d'autres qui ne poussent que plus tard. — La mutilation... d'un homme en femme. Cette petite phrase ne fait que répéter ce qui précède ; et l'on pourrait la prendre pour une interpolation. § 23. Si les animaux qui hibernent... Aristote apporte ici quelques restrictions dans les ressemblances qu'il établit entre l'homme, les animaux et les plantes. Ces restrictions sont justifiées. — Les cheveux des chauves ne repoussent jamais. C'est exact; et c'est que sans doute l'action qui fait tomber les cheveux, pénètre jusqu'au bulbe capillaire et le détruit. — Les phases. Ou : Les modifications. — Distinguer l'hiver et l'été. Voir plus haut, § 18, où cette métaphore a été déjà employée. — Les âges divers ne reviennent pas. C'est là dans l'homme la grande différence, qu'on ne peut jamais perdre de vue. — Bien qu'au fond la cause soit la même. On peut le contester.
§ 24. Sur ces premiers
changements du pelage. Dans ce chapitre, en effet, il est parlé
de la position et de la nature des poils, de leur chute et de leur
persistance. Dans le chapitre suivant, il sera traité de leur
couleur. Voir plus haut, § 2, et aussi l'Histoire des Animaux, liv.
III, ch. X, p. 267, de ma traduction, où il y a déjà une étude assez
longue des poils chez les animaux. Tout ceci est très loin de la
théorie de la génération, la seule dont il devrait être question
dans le présent ouvrage. |
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CHAPITRE IV |
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§ 1. Quant aux couleurs du pelage et à ce qui les détermine chez les animaux autres que l'homme, et quant à ce qui fait que les pelages sont d'une seule couleur, ou qu'ils en ont plusieurs, la cause tient à la nature de la peau de l'animal. [25] Dans les hommes, ce n'est pas la peau qui produit le changement de couleur, si ce n'est dans le cas où les cheveux blanchissent, non point par la vieillesse, mais à la suite de quelque maladie; et c'est ainsi que, dans la maladie qu'on appelle la lèpre blanche, les cheveux deviennent blancs. Mais quand les cheveux blanchissent par le progrès de l'âge, il n'en résulte pas que la peau devienne blanche aussi. C'est que les cheveux viennent et poussent de la peau ; et, quand la peau [30] est malade et qu'elle blanchit par cette cause, le cheveu devient malade ainsi qu'elle; en ce cas, la blancheur est une maladie du cheveu. § 2. Mais la blancheur de la chevelure, quand elle vient de l'âge, n'est qu'un affaiblissement et un défaut de chaleur. Tout âge est soumis à l'influence du corps, qui incline dans un sens ou dans l'autre; et dans la vieillesse, c'est au refroidissement qu'il incline, parce que la vieillesse est froide et sèche. Il faut croire que la chaleur propre à chaque organe y digère et y cuit la nourriture, qui se répartit [35] à chaque partie du corps; mais quand la chaleur ne peut plus agir, [785] cette partie dépérit , et il survient une infirmité ou une maladie. Mais nous nous proposons de discuter plus tard la cause de ces affections dans le Traité de la Croissance et de la Nutrition, et nous donnerons alors plus de détails. § 3. Chez les individus où la nature des cheveux a peu de chaleur, et où l'afflux humide est [5] plus considérable qu'il ne faut, la chaleur propre de l'organe ne suffit plus à la coction ; et alors, la chevelure est viciée par la chaleur du lieu qui l'enveloppe. Toute corruption, toute putréfaction vient de la chaleur, mais non de la chaleur naturelle, ainsi que nous l'avons dit dans d'autres ouvrages. La putréfaction ne peut s'appliquer qu'à l'eau, à la terre et à des matières corporelles de ce genre, et aussi à la vapeur [10] terreuse, comme ce qu'on appelle la moisissure ; car la moisissure n'est qu'une putréfaction de la vapeur terreuse. On doit donc penser que la nourriture qui est sans coction dans les cheveux, s'y pourrit ; et alors vient ce qu'on nomme le grisonnement des cheveux. § 4. La lèpre blanche et la moisissure sont, pour ainsi dire, les seules putréfactions qui soient blanches; et cela vient de ce qu'elles contiennent beaucoup d'air. [15] Toute vapeur terreuse produit l'effet d'un air épais. La moisissure est comme l'opposé du givre. Quand une vapeur qui s'élève vient à se congeler, c'est du givre qui se produit; mais si elle se pourrit, c'est de la moisissure. Le givre et la moisissure sont à la surface des corps l'un et l'autre ; car la vapeur n'est jamais que superficielle. § 5. Aussi, les poètes font-ils, dans leurs comédies, une métaphore assez juste, [20] lorsque, se moquant des cheveux blancs, ils disent que c'est la moisissure et le givre de la vieillesse. L'un en genre, l'autre en espèce sont identiques; le givre l'est en genre, puisque tous cieux sont des vapeurs; la moisissure l'est en espèce, puisque tous deux sont des putréfactions. Ce qui le prouve bien, c'est qu'il arrive assez souvent que des maladies font blanchir les cheveux, et que, plus tard, les cheveux redeviennent [25] noirs, avec le rétablissement de la santé. | |