Xénophon, traduit par Chambry

XENOPHON

HELLENIQUES

LIVRE I.

Traduction française · Pierre Chambry.

 

autre traduction : Talbot

 

 

 

CHAPITRE PREMIER 

SUCCÈS DES ATHÉNIENS DANS L'HELLESPONT. VICTOIRE D'ALCIBIADE A CYZIQUE. DESTITUTION DES COMMANDANTS DE LA FLOTTE SYRACUSAINE. TENTATIVE INFRUCTUEUSE D'AGIS CONTRE ATHÈNES. LES CARTHAGINOIS PRENNENT SÉLINONTE ET HIMÈRE (AV. J.-C. 41I-410)

1. Peu de jours après ces événements, Thymocharès arriva d'Athènes avec quelques vaisseaux, et aussitôt les Lacédémoniens et les Athéniens engagèrent un nouveau combat naval (01), où les Lacédémoniens, commandés par Agèsandridas, eurent le dessus. 

2. Peu après, au commencement de l'hiver, Dorieus (02), fils de Diagoros, parti de Rhodes avec quatorze vaisseaux, entra dans l'Hellespont au point du jour. Dès qu'elle les vit, la vigie de jour des Athéniens les signala aux généraux. Ceux-ci allèrent à leur rencontre avec vingt navires. Dorieus s'enfuit vers le rivage, et, dès qu'il se fut mis au clair, hala ses trières sur le sec, dans le voisinage du Rhoiteion (03). 

3. Puis, les Athéniens s'étant approchés, les gens de Dorieus combattirent du haut des vaisseaux et du rivage jusqu'au moment où les Athéniens se retirèrent à Madytos (04) auprès du gros de leur flotte, sans avoir obtenu aucun résultat. 

4. Cependant Mindaros, qui offrait à Ilion un sacrifice à Athéna, ayant vu le combat, se mit en devoir de secourir les siens sur mer. Il mit à flot ses vaisseaux et fit voile pour recueillir la flotte de Dorieus. 

5. Les Athéniens cinglèrent contre lui et combattirent dans les parages d'Abydos, le long du rivage, depuis le matin jusqu'à la fin de l'après-midi. Ils étaient vainqueurs sur un point, vaincus sur un autre, quand Alcibiade arriva avec dix-huit vaisseaux. 

6. Alors les Péloponnésiens s'enfuirent vers Abydos. Pharnabaze vint à leur secours et, poussant son cheval dans la mer aussi loin qu'il le put, il combattit et excita ses cavaliers et ses fantassins à l'imiter. 

7. Les Péloponnésiens, serrant leurs vaisseaux les uns contre les autres et se rangeant près du rivage, soutinrent la bataille. Enfin les Athéniens se retirèrent à Sestos (05), après avoir pris aux ennemis trente vaisseaux vides et repris ceux qu'ils avaient perdus.

8. De là, à l'exception de quarante navires, leur flotte se dispersa hors de l'Hellespont pour recueillir de l'argent, et Thrasyllos, l'un des généraux, cingla vers Athènes pour annoncer les événements et pour demander des troupes et des vaisseaux.

9. Tissapherne vint dans l'Hellespont après ces combats. Alcibiade se rendit auprès de lui avec une seule trière. Il lui portait des présents d'hospitalité et divers cadeaux. Mais le Perse se saisit de lui et l'enferma à Sardes, sous prétexte qu'il avait ordre du roi de faire la guerre aux Athéniens. 

10. Cependant, au bout de trente jours, Alcibiade avec Mantithéos, qui avait été pris en Carie, se procurèrent des chevaux et s'enfuirent pendant la nuit de Sardes à Clazomènes. 

11. Les Athéniens qui étaient à Sestos, apprenant que Mindaros allait les attaquer avec soixante vaisseaux, s'enfuirent à Cardia (06) pendant la nuit. Ils y furent rejoints par Alcibiade, qui venait de Clazomènes avec cinq trières et une embarcation légère. Mais, apprenant que la flotte des Péloponnésiens avait passé d'Abydos à Cyzique (07), il se rendit lui-même à Sestos par terre et ordonna à ses vais-seaux de s'y porter en contournant la côte. 

12. Quand ils furent arrivés, comme il était sur le point d'appareiller pour livrer bataille, il y fut rallié par Théramène, qui venait de Macédoine avec vingt navires, et en même temps par Thrasybule, qui venait de Thasos avec vingt autres, tous deux ayant été lever des contributions. 

13. Alcibiade leur dit, à eux aussi, de le suivre, après avoir cargué leurs grandes voiles, et lui-même cingla sur Parion (08). Quand tous les navires furent rassemblés à Parion, au nombre de quatre-vingt-six, ils appareillèrent la nuit suivante et le lendemain ils arrivèrent à Proconnèse (09) à l'heure du déjeuner.

14. Là, ils apprirent que Mindaros était à Cyzique avec Pharnabaze et son infanterie. En conséquence, ils restèrent là ce jour-là; mais le lendemain, Alcibiade, ayant convoqué l'assemblée, lui expliqua qu'il était nécessaire de combattre sur mer, de combattre sur terre et de donner l'assaut aux remparts : « La raison, dit-il, c'est que nous n'avons pas d'argent et que les ennemis en reçoivent abondamment du roi. »

15. La veille, aussitôt que la flotte était entrée au port, il avait rassemblé près de lui tous les bateaux et même les barques, pour que personne ne dénonçât aux ennemis le nombre de ses vaisseaux et il avait publié par la voix du héraut que quiconque serait pris à passer sur la rive opposée serait puni de mort. 

16. Après l'assemblée, il fit ses préparatifs pour un combat naval et cingla sur Cyzique par une pluie battante. Quand il fut près de la ville, le temps s'étant éclairci et le soleil s'étant mis à briller, il aperçut les vaisseaux de Mindaros qui manoeuvraient loin du port et qui en étaient coupés par sa propre flotte; il y en avait soixante. 

17. De leur côté, les Péloponnésiens, constatant que les trières des Athéniens étaient beaucoup plus nombreuses qu'auparavant et qu'elles étaient près du port, s'enfuirent vers la terre, et, après avoir mis leurs navires au mouillage, ils firent tête aux ennemis qui fai­saient voile contre eux. 

18. Alors Alcibiade contournant sa flotte avec vingt de ses navires, descendit à terre. En le voyant, Mindaros débarqua, lui aussi, et tomba en com­battant sur le rivage; ses gens prirent la fuite. Quant à ses vaisseaux, les Athéniens les emmenèrent tous à Proconnèse, excepté ceux des Syracusains, que leurs équipages avaient eux-mêmes incendiés. 

19. De Proconnèse, les Athéniens firent voile le lendemain pour Cyzique. Ils y furent reçus par les habitants, les Péloponnésiens et Pharnabaze ayant évacué la ville. 

20. Alcibiade y resta vingt jours, et après avoir obtenu des Cyzicènes de grosses sommes d'argent, sans leur causer d'autre dommage, il mit à la voile pour Proconnèse. 

21. De là, il se rendit à Périnthos (10) et à Sèlymbria (11). Les Périnthiens reçurent l'année dans leur ville; les Sèlymbriens ne la reçurent pas, mais donnèrent de l'argent. 

22. De là, les Athéniens se rendirent à Chrysopolis (12) de Chalcédoine, la fortifièrent et y établirent un bureau pour percevoir la dîme, qu'ils levèrent sur les bateaux venant du Pont. Ils y laissèrent pour garnison trente vaisseaux et deux stratèges, Théramène et Euboulos, qu'ils chargèrent de surveiller la place et le passage des vaisseaux et de faire aux ennemis tout le mal possible. Les autres stratèges regagnèrent l'Hellespont. 

23. Cependant une lettre envoyée à Lacédémone par Hippocratès, lieutenant de Mindaros, fut interceptée et portée à Athènes. Elle contenait ces mots : «Les vaisseaux sont perdus, Mindaros a été tué; les soldats ont faim; nous ne savons que faire. »

24. Mais Pharnabaze exhorta toutes les troupes des Péloponnésiens et celles de leurs alliés à ne pas se décourager pour quelques planches; il n'en manquait pas, dit-il, dans les États du roi et rien n'était perdu, tant que les hommes seraient saufs. Puis, il leur donna à chacun un vêtement et des vivres pour deux mois; enfin, il fournit des armes aux matelots et leur confia la garde des côtes de son gouvernement. 

25. Il réunit ensuite les stratèges et les trié­rarques des villes et leur dit de faire construire à Antandros (13) autant de vaisseaux que chacun en avait perdus, et il leur donna de l'argent et les engagea à tirer du bois de l'Ida. 

26. Pendant que les vaisseaux se construisaient, les Syracusains aidèrent les habitants d'Antandros à achever une partie des remparts et se firent hautement apprécier comme gardiens de la ville. Aussi les Syracusains ont-ils à Antandros le titre de bienfaiteurs et le droit de cité. Après avoir pris toutes ces mesures, Pharnabaze partit aussitôt au secours de Chalcédoine (14). 

27. A ce moment, les généraux des Syracusains reçurent de chez eux la nouvelle que le parti démocratique les avait bannis. Ils convoquèrent leurs soldats; puis, par l'organe d'Hermocratès, ils déplorèrent leur malheur d'être tous frappés d'un exil injuste et illégal; ils exhortèrent les hommes à être à l'avenir aussi zélés que par le passé et à exécuter bravement tous les ordres qu'on leur donnerait. Ils les invitèrent ensuite à se choisir des chefs, en attendant l'arrivée de ceux qui avaient été nommés pour les rem-placer. 

28. L'armée, et notamment les triérarques, les soldats de marine et les pilotes, leur crièrent de garder le commandement. Les stratèges leur remontrèrent qu'il ne fallait pas s'insurger contre la patrie. « Si l'on a quelque reproche à nous faire, dirent-ils, c'est à nous à nous justifier. Rappelez-vous seulement combien de victoires navales vous avez remportées à vous seuls et combien de vaisseaux vous avez pris, combien de fois, unis aux autres, vous avez été invincibles sous notre commandement, occupant toujours le poste le plus honorable grâce à notre habilité et à votre zèle, aussi bien sur terre que sur mer. » 

29. Comme personne n'élevait contre eux aucune accusation, et qu'on les pria de rester, ils restèrent jusqu'à l'arrivée de leurs remplaçants, Démarchos, fils d'Épicydos, Myscon, fils de Ménécratès, et Potamis, fils de Gnosis. La plupart des triérarques jurèrent de faire rapporter le décret de bannissement, dès qu'ils seraient rentrés à Syracuse et, après les avoir comblés de louanges, ils les laissèrent se retirer où ils le désiraient. 

30. Hermocratès en particulier fut extrêmement regretté de ceux qui l'approchaient à cause de son activité, de son zèle et de son affabilité. Avait-il reconnu la valeur particulière d'un triérarque, d'un pilote, d'un soldat de marine, chaque jour, matin et soir, il les réunissait dans sa tente et leur communiquait ce qu'il devait dire ou faire et il les instruisait en les faisant parler tantôt sans préparation, tantôt après réflexion. 

31. Par suite, Hermocratès avait acquis une grande considération dans le conseil; ses avis et ses plans semblaient toujours les plus judicieux. Comme Hermocratès avait accusé Tissapherne (15) à Lacédémone et que son accusation, appuyée du témoignage d'Astyochos, avait paru fondée, s'étant rendu auprès de Pharnabaze, il en reçut de l'argent avant d'en avoir demandé et il se mit à rassembler des mercenaires et des trières en vue de retourner à Syracuse. Dans l'intervalle, les successeurs des stratèges syracusains étaient arrivés à Milet, et avaient pris le commandement de la flotte et de l'armée. 

32. Vers ce temps-là, une révolution éclata à Thasos et les partisans de Lacédémone et l'harmoste laconien Étéonicos en furent chassés. Accusé d'avoir fomenté ce mouvement, d'intelligence avec Tissapherne, le laconien Pasippidas fut exilé de Sparte. Il avait rassemblé une flotte fournie par les alliés; on envoya Cratèsippidas pour la commander et il la prit en main à Chios. 

33. Vers le même moment, tandis que Thrasyllos se trouvait à Athènes, Agis sortit de Décélie pour fourrager et s'avança jusqu'aux murs mêmes de la ville. Thrasyllos fit sortir les Athéniens et tous ceux qui étaient dans la ville et les rangea le long du gymnase du Lycée, décidé à livrer bataille, si l'ennemi approchait. 

34. Voyant cela, Agis battit promptement en retraite et perdit quelques hommes de son arrière-garde, tués par les troupes légères. A la suite de cet événement, les Athéniens furent encore plus disposés à accorder à Thrasyllos les renforts qu'il était venu demander et votèrent qu'il pourrait lever mille hoplites, cent cavaliers et cinquante trières. 

35. Agis, voyant de Décélie qu'un grand nombre de transports de blé arrivaient au Pirée, déclara qu'il était inutile d'employer ses troupes si longtemps à bloquer les Athéniens par terre, si l'on ne s'emparait pas aussi des lieux d'où le blé leur arrivait par mer et que le meilleur parti était d'envoyer Cléarque, fils de Ramphios, proxène des Byzantins, à Chalcédoine et à Byzance. 

36. Cet avis fut adopté; on équipa quinze vaisseaux fournis par les Mégariens et les autres alliés, vaisseaux de transport plutôt que vaisseaux de guerre rapides, et Cléarque partit. Il en perdit trois dans l'Hellespont. Ils furent coulés par les neuf vaisseaux athéniens qui croisaient en cet endroit pour protéger leurs transports. Les autres s'en-fuirent à Sestos et de là se sauvèrent à Byzance. 

37. Ainsi finit cette année, pendant laquelle les Carthaginois commandés par Hannibal débarquèrent cent mille hommes en Sicile et s'emparèrent en trois mois de deux villes grecques, Sélinonte et Himère.

CHAPITRE II

THRASYLLOS, APRÈS QUELQUES SUCCÈS, SE FAIT BATTRE A ÉPHÈSE. IL REJOINT L'ARMÉE A LAMPSAQUE. ALCIBIADE, QUI LA COMMANDE, BAT PHARNABAZE A ABYDOS (ANNÉE 409 AV. J.-C.).

1. Au cours de l'année suivante, celle de la quatre-vingt-treizième olympiade où Évagoras d'Élis remporta le prix de la course nouvellement établie des chars à deux chevaux et Éubotas de Cyrène celui du stade, Évarchippos étant éphore à Sparte et Éuctémon archonte à Athènes, les Athéniens fortifièrent Thoricos (16), tandis que Thrasyllos, prenant les navires qu'on lui avait votés et armant de boucliers légers cinq mille de ses matelots, pour qu'ils fissent le service de peltastes, mettait à la voile pour Samos, au commencement de l'été. 

2. Il y resta trois jours, puis mit le cap sur Pygéla (17), dont il ravagea le territoire et attaqua le rempart. Un certain nombre d'habitants de Milet vinrent au secours des Pygéliens, et, trouvant les troupes légères des Athéniens dispersées, leur donnèrent la chasse. 

3. Mais les peltastes et deux compagnies d'hoplites, accourant au secours des leurs, tuèrent tous les Milésiens, à l'exception de quelques-uns, ramassèrent deux cents boucliers et dressèrent un trophée. 

4. Le lendemain, les Athéniens cinglèrent vers Notion (18) et de là, après avoir fait les préparatifs nécessaires, ils se mirent en marche sur Colophon. La ville passa à leur parti. La nuit suivante, ils se jetèrent sur la Lydie, où le blé était mûr; ils incendièrent plusieurs villages et prirent de l'argent, des esclaves et une grande quantité de butin. 

5. Le Perse Stagès (19), qui était dans ces parages, voyant les Athéniens dispersés hors de leur camp pour butiner chacun à son compte, courut à la rescousse avec ses cavaliers et il prit un homme vivant et en tua sept. 

6. Thrasyllos ramena ensuite son armée vers la mer, afin de faire voile sur Éphèse. Tissapherne, devinant son dessein, réunit des troupes considérables et dépêcha des cavaliers pour enjoindre à tout le monde de se porter à Éphèse au secours d'Artémis. 

7. Dix-sept jours après son invasion en Lydie, Thrasyllos mit à la voile pour Ephèse. Il débarqua ses hoplites au Coressos (20) et ses cavaliers, ses peltastes, ses soldats de marine et tout le reste de ses gens près du marais de l'autre côté de la ville, puis, au point du jour, il fit avancer ses deux corps d'armée. 

8. Les Éphésiens sortirent à leur rencontre, renforcés des alliés amenés par Tissapherne, des Syracusains, tant ceux des vingt premiers vaisseaux que des cinq autres qui se trouvaient là, récemment arrivés avec les stratèges, Éuclès, fils d'Hippon, et Hèracleidès, fils d'Aristogénès, et enfin par deux vais-seaux de Sélinonte. 

9. Toutes ces troupes se portèrent d'abord contre les hoplites auprès de Coressos, les mirent en déroute, en tuèrent une centaine et, après les avoir poursuivis jusqu'à la mer, se retournèrent contre les troupes qui étaient près du marais. Là aussi, les Athéniens furent mis en fuite et perdirent environ trois cents des leurs. 

10. Les Ephésiens élevèrent un trophée à cet endroit, et un autre près du Coressos. Ils reconnurent la grande bravoure qu'avaient montrée les Syracusains et les Sélinontins par des récompenses accordées à tout leur corps d'armée et à beaucoup de soldats en particulier et par l'exemption d'impôts pour tous ceux qui voudraient se fixer chez eux. Ils donnèrent aussi le droit de cité aux Sélinontins, parce que leur ville avait été détruite.

11. Les Athéniens, ayant relevé leurs morts à la faveur d'une trêve, retournèrent à Notion, les y ensevelirent et firent voile vers Lesbos et l'Hellespont. 

12. Ils étaient à l'ancre à Méthymne, port de Lesbos, quand ils virent passer, venant d'Éphèse, les vingt-cinq vaisseaux syracusains; ils s'élancèrent contre eux, en prirent quatre avec leurs équipages et poursuivirent les autres jusqu'à Éphèse. 

13. Thrasyllos envoya tous les prisonniers à Athènes à l'exception d'un Athénien qu'il fit lapider : c'était un nommé Alcibiade, cousin d'Alcibiade, qui l'avait suivi dans son exil. De là, il fit voile vers Sestos pour rejoindre le reste de l'armée; puis toute l'armée passa à Lampsaque (21). 

14. L'hiver arriva, pendant lequel les prisonniers syracusains, enfermés dans les carrières du Pirée, creusèrent le roc et se sauvèrent de nuit, les uns à Décélie, les autres à Mégare. 

15. A Lampsaque, comme Alcibiade voulait fondre en un seul corps toute l'armée, les soldats du premier contingent refusèrent de se ranger avec ceux de Thrasyllos, sous prétexte qu'eux-mêmes avaient toujours été victorieux et que les autres venaient de se laisser battre. Cependant ils passèrent tout l'hiver à Lampsaque, qu'ils fortifièrent.

16. Ils firent aussi une expédition contre Abydos (22). Pharnabaze vint pour la défendre avec une nombreuse cavalerie; il fut vaincu et mis en fuite. Alcibiade le poursuivit avec sa cavalerie et cent vingt hoplites commandés par Ménandros, jusqu'au moment où la nuit lui déroba les fuyards. 

17. A la suite de ce combat, les soldats se mêlèrent les uns aux autres et fraternisèrent avec les gens de Thrasyllos. Ils firent aussi pendant l'hiver d'autres incursions sur le continent et ravagèrent le territoire du roi. 

18. Dans le même temps, les Lacédémoniens firent une trêve avec ceux des hilotes qui s'étaient révoltés et avaient passé de Malée à Coryphasion (23) et les laissèrent libres. Dans le même temps aussi, les colons d'Hèraclée la trachinienne (24) furent trahis par les Achéens dans une bataille que les uns et les autres avaient engagée contre les OEtéens (25), leurs ennemis, en sorte qu'ils perdirent environ sept cents des leurs avec l'harmoste lacédémonien Labotas. 

19. Ainsi s'acheva cette année, où les Mèdes, révoltés contre Darius, roi des Perses, se réduisirent de nouveau à l'obéissance.

 

 CHAPITRE III

ALCIBIADE INVESTIT CHALCDOINE, DÉFENDUE PAR L'HARMOSTE HIPPOCRATÈS ET PAR PHARNABAZE. HIPPOCRATÈS EST VAINCU ET TUÉ. ALCIBIADE TRAITE AVEC PHARNABAZE ET S'EMPARE DE BYZANCE (ANNÉE 408 AV. J. C.)

1. L'année suivante, le temple d'Athèna à Phocée fut frappé de la foudre et brûlé. A la fin de l'hiver, Pantaclès étant éphore et Antigénès archonte, au commencement du printemps, la vingt-troisième année de la guerre, les Athéniens cinglèrent vers Proconnèse avec toute l'armée. 

2. Ils en partirent pour gagner Chalcédoine et Byzance et campèrent près de Chalcédoine. Informés de l'arrivée des Athéniens, les Chalcédoniens avaient déposé tous leurs biens meubles chez les Thraces de Bithynie, leurs voisins. 

3. Alcibiade, ayant pris avec lui quelques hoplites et la cavalerie, et donné l'ordre aux vaisseaux de longer la côte, se rendit chez les Bithyniens et leur demanda de lui livrer les biens des Chalcédoniens; sinon, il leur ferait la guerre. Les Bithyniens les livrèrent. 

4. Quand Alcibiade, ayant conclu un traité avec eux, fut de retour au camp avec son butin, il investit Chalcédoine avec toute l'armée, en construisant une palissade de bois qui allait d'une mer à l'autre et qui englobait autant que possible la rivière. 

5. Alors Hippocratès, harmoste lacédémonien, fit sortir ses troupes de la ville pour livrer bataille. Les Athéniens se rangèrent en face de lui, tandis que Pharnabaze, en dehors de l'enceinte, se portait au secours des Lacédémoniens avec son armée et une forte cavalerie. 

6. Hippocratès et Thrasyllos combattirent longtemps avec leurs hoplites respectifs, jusqu'à ce qu'Alcibiade arrivât au secours des siens avec quelques hoplites et sa cavalerie. Hippocratès fut tué et ses gens s'enfuirent dans la ville. 

7. En même temps Pharnabaze, qui ne pouvait joindre Hippocratès à cause de l'étroitesse du passage laissé entre la rivière et la palissade qui la touchait presque, se retira dans le temple d'Hèraclès, sur le territoire de Chalcédoine, où il avait son camp. 

8. A la suite de cette victoire, Alcibiade se rendit dans l'Hellespont et la Chersonèse pour recueillir de l'argent. Les autres généraux conclurent au sujet de Chalcédoine un arrangement avec Pharnabaze : le satrape devait donner aux Athéniens vingt talents et conduire auprès du roi des ambassadeurs d'Athènes. 

9. Ils s'engagèrent en outre par serment, Pharnabaze, que les Chaldéconiens paieraient aux Athéniens le tribut accoutumé et s'acquitteraient de l'arriéré; les Athéniens, à ne pas faire la guerre aux Chalcédoniens jusqu'au retour des ambassadeurs envoyés au roi. 

10. Alcibiade n'avait pas assisté à la prestation des serments; il était à Sèlymbria. Cette ville prise, il marcha sur Byzance, ayant avec lui tout le peuple de Chersonèse, des troupes de Thrace et plus de trois cents cavaliers. 

11. Pharnabaze, jugeant nécessaire de lui faire prêter serment, attendait à Chalcédoine qu'il revînt de Byzance. Quand il fut de retour, Alcibiade déclara qu'il ne jurerait pas, si Pharnabaze ne renouvelait pas son serment devant lui. 

12. Ils prêtèrent alors, l'un à Chrysopolis aux envoyés de Pharnabaze, Mitrobatès et Arnapès, l'autre à Chalcédoine aux délégués d'Alcibiade, Euryptolémos et Diotimos, le serment officiel en y ajoutant des gages personnels. 

13. Aussitôt après Pharnabaze s'en alla en donnant rendez-vous à Cyzique aux ambassadeurs qui devaient se rendre à la cour du roi. Ce furent du côté des Athéniens Dorothéos, Philocydès, Théogénès, Éuryptolémos, Mantithéos et avec eux les Argiens Cléostratos et Pyrrholochos. Les Lacédémoniens envoyèrent aussi des ambassadeurs : ce furent Pasippidas et d'autres et avec eux Hermocratès, déjà exilé de Syracuse, et son frère Proxénos. 

14. Tandis que Pharnabaze les emmenait, les Athéniens assiégeaient Byzance, qu'ils entourèrent d'un mur; ils lançaient des traits sur les remparts et essayaient des assauts. 

15. Dans Byzance se trouvait l'harmoste lacédémonien Cléarque qui avait avec lui des périèques (26), quelques néodamodes (27), des Mégariens commandés par Hélixos de Mégare et des Béotiens sous les ordres de Coiratadas. 

16. Les Athéniens, voyant qu'ils n'arrivaient à rien par la force, persuadèrent à quelques Byzantins de leur livrer la ville. 

17. L'harmoste Cléarque, convaincu que personne n'oserait commettre une telle trahison, après avoir tout réglé du mieux qu'il put et remis la garde de la ville à Coiratadas et à Hélixos, passa sur la rive opposée et se rendit chez Pharnabaze pour obtenir de lui la paye de ses soldats, pour rassembler les vaisseaux que Pasippidas avait laissés en divers points afin de garder l'Hellespont, ceux qui étaient à Antandros et ceux qu'Agèsandridas, lieutenant de Mindaros, avait en Thrace, et enfin pour en faire construire d'autres. Avec tous ces vaisseaux ramassés ensemble il pourrait faire du mal aux alliés des Athéniens et faire lever le siège de Byzance. 

18. Mais quand Cléarque fut parti, ceux qui songeaient à livrer la ville se mirent à l'oeuvre : c'étaient Cydon, Ariston, Anaxicratès, Lycurgue et Anaxilaos. 

19. Par la suite, cet Anaxilaos fut traduit en justice à Lacédémone pour ce crime de trahison qui entraînait la peine de mort. Il fut absous, parce que, disait-il, il n'avait pas trahi, mais sauvé la ville, dont il voyait les enfants et les femmes mourir de faim; qu'il était Byzantin et non Lacédémonien, et que Cléarque donnait aux soldats lacédémoniens le blé qui était dans la place. C'était pour cette raison qu'il avait introduit l'ennemi et non pour de l'argent et par haine des Lacédémoniens. 

20. Donc, quand ils se furent concertés, ils ouvrirent pendant la nuit la porte qui donne sur la place de Thrace et firent entrer Alcibiade et son armée. 

21. Hélixos et Coiratadas, qui ne se doutaient de rien, accoururent avec toutes leurs troupes sur la place publique; mais voyant que l'ennemi occupait toute la ville et ne sachant que faire, ils se rendirent. 

22. Ils furent envoyés à Athènes; mais tandis qu'on les débarquait au Pirée, Coiratadas s'échappa dans la foule sans être vu et gagna sain et sauf Décélie.

CHAPITRE IV

DEVANCÉE PAR UNE AMBASSADE LACÉDÉMONIENNE, CELLE DES ATHÉNIENS EST ARRÊT EN ROUTE PAR CYRUS ET PHARNABAZE. ALCIBIADE RENTRE TRIOMPHALEMENT A ATHÈNES; IL EST NOMMÉ GÉNÉRALISSIME (ANNÉE 407 AV. J.-C.).

1. Pharnabaze et les députés apprirent les événements de Byzance à Gordion, en Phrygie, où ils passaient l'hiver. 

2. Au commencement du printemps, comme ils reprenaient le chemin de la cour du roi, ils rencontrèrent les ambassadeurs lacédémoniens qui en revenaient; c'étaient un nommé Boiotios et ses collègues avec d'autres messagers, qui leur dirent que les Lacédémoniens avaient obtenu du roi tout ce qu'ils demandaient. 

3. Ils rencontrèrent également Cyrus, qui allait prendre le commandement de toutes les provinces maritimes et faire la guerre de concert avec les Lacédémoniens. Il était porteur d'une lette munie du sceau royal et adressée à tous les habitants de bas pays. Entre autres choses, elle contenait ceci : « J'envoie Cyrus comme caranos des peuples qui s'assemblent à Castolos (28).» Caranos veut dire souverain. 

4. Quand le députés athéniens eurent entendu ces nouvelles et qu'ils eurent vu Cyrus, ils demandèrent avant tout de monter chez le roi, sinon, de retourner dans leur patrie. 

5. Mais Cyrus enjoignit à Pharnabaze de lui livrer les ambassadeurs ou de ne pas les renvoyer encore dans leur pays; car il ne voulait pas que les Athéniens fussent informés de ce qui se passait. 

6. Pharnabaze retint alors les ambassadeurs leur disant tantôt qu'il les conduirait vers le roi, tantôt qu'il les renverrait chez eux. Il pensait ainsi échapper aux reproches de Cyrus. 

7. Enfin, au bout de trois ans (29), il pria Cyrus de les laisser aller, lui représentant qu'il avait juré de les reconduire à la mer, s'il ne les menait pas chez le roi. Aussi les envoya-t-on à Ariobarzanès, avec ordre de les remmener; celui-ci les reconduisit à Cios, en Mysie, d'où ils firent voile pour rejoindre l'armée. 

8. Alcibiade, voulant revenir à Athènes avec ses troupes, cingla droit sur Samos; de là, avec vingt vaisseaux, il mit à la voile pour le golfe Céramique, en Carie, et, après avoir prélevé vingt talents sur ces contrées, il retourna à Samos. 

9. Quant à Thrasybule, il était parti pour la Thrace avec trente navires. Là, il réduisit les places qui avaient passé aux Lacédémoniens et en particulier Thasos, cruellement éprouvée par les guerres, les factions et la famine. 

10. Pour Thrasyllos, il était rentré à Athènes avec le reste de la flotte; mais avant son arrivée, les Athéniens avaient élu trois stratèges, Alcibiade, qui était exilé, Thrasybule, qui était absent, et le troisième, Conon, qui était dans la ville. 

11. De Samos, avec ses vingt navires et ses trésors, Alcibiade passa à Paros, et de là cingla droit sur Gytheion (30) pour observer les trente vaisseaux qu'il savait que les Lacédémoniens y équipaient et pour connaître les sentiments de ses concitoyens relativement à son retour dans sa patrie. 

12. Quand il vit qu'ils étaient bien disposés à son égard, qu'ils l'avaient élu stratège et que ses amis, par des messages personnels, l'invitaient à revenir, il entra dans le Pirée le jour où la ville célébrait les Plyntéries (31) et où la statue d'Athéna était voilée, ce que quelques-uns regardèrent comme un présage funeste pour lui et pour Athènes, attendu que ce jour-là pas un Athénien n'oserait entreprendre aucun acte sérieux. 

13. Comme il abordait, la foule, tant du Pirée que de la ville, se pressa devant les vaisseaux pour admirer et contempler Alcibiade. Les uns disaient qu'il était le meilleur des citoyens, qu'il s'était justifié seul d'un injuste exil, qu'il avait été victime des intrigues de gens moins puissants que lui, moins éloquents, qui ne cherchaient dans la politique que leur intérêt personnel, tandis que lui ne songeait qu'à accroître le bien commun par ses propres moyens comme par ceux de l'État. 

14. Il voulait être jugé tout de suite, au moment où il avait été accusé d'avoir profané les mystères; mais ses ennemis avaient fait remettre le jugement, bien que sa demande parût juste, et l'avaient privé de sa patrie en son absence. 

15. Alors, esclave de la misère, il s'était vu forcé de servir ses plus cruels ennemis, exposé chaque jour à perdre la vie. Il voyait ceux qui le touchaient de plus près, ses concitoyens, ses parents et tout l'État, commettre des fautes, et il ne pouvait leur être d'aucun secours, empêché qu'il était par l'exil.

16. Des hommes comme lui, ajoutaient-ils, n'avaient pas besoin de faire des révolutions ni des changements à la constitution; car la faveur du peuple le mettait au-dessus de ceux de son âge et l'égalait à ceux qui étaient plus vieux que lui, tandis que ses ennemis étaient aussi peu estimés après qu'avant son bannissement. Ayant ensuite obtenu le pouvoir, ils avaient fait périr les meilleurs citoyens. Comme ils étaient demeurés seuls, les citoyens avaient dû se résigner à leur domination, n'ayant per-sonne de meilleur à mettre à leur place. 

17. D'autres disaient au contraire qu'il était seul responsable des malheurs passés et qu'il pourrait bien attirer à lui seul sur la république tous les malheurs qu'elle avait à redouter. 

18. Après avoir abordé au rivage, Alcibiade ne descendit pas tout de suite. Il craignait ses ennemis. Debout sur le pont, il regardait si ses amis étaient là. 

19. Apercevant Éuryptolémos, fils de Peisianax, son cousin, et ses autres parents, et ses amis avec eux, il débarqua et monta à la ville avec cette escorte prête à le protéger contre toute attaque.

20. Au sénat et à l'assemblée, il se défendit d'avoir profané les mystères, affirma qu'il avait été injustement condamné et s'étendit sur ce sujet sans que personne le contredît, parce que l'assemblée ne l'aurait pas souffert. On le proclama généralissime avec un pouvoir absolu, comme seul capable de rendre à la république son ancienne puissance. Jusque-là, à cause de la guerre, les Athéniens conduisaient par mer la procession des mystères d'Éleusis; il fit sortit toutes ses troupes et la conduisit par terre. 

21. Après cela, il leva une armée de quinze cents hoplites, de cent cinquante chevaux et de cent navires, et, trois mois après son retour, il fit voile vers Andros, qui avait quitté le parti des Athéniens. On lui adjoignit Aristocratès et Adeimantos, fils de Leucolophidès, élus comme généraux des troupes de terre. 

22. Alcibiade débarqua son armée à Gaurion, sur le territoire d'Andros. Les Andriens s'étant portés à sa rencontre avec les Laconiens qui se trouvaient chez eux, il les mit en déroute et les enferma dans leur ville, après leur avoir tué quelques hommes.

23. Alcibiade éleva un trophée et, après être resté là quelques jours, il fit voile vers Samos, dont il fit sa base d'opérations et il commença la guerre.

CHAPITRE V

LYSANDRE EST NOMMÉ AMIRAL DE LA FLOTTE LACÉDÉMONIENNE. IL BAT LES ATHÉNIENS À NOTION PENDANT UNE ABSENCE D'ALCIBIADE. LES ATHÉNIENS IRRITÉS REMPLACENT ALCIBIADE PAR CONON (ANNÉE 407 AV. J.—C.)

1. Quelque temps avant ces événements, les Lacédémoniens avaient envoyé Lysandre prendre le commandement de la flotte à la place de Cratèsippidas, dont les pouvoirs étaient expirés. Arrivé à Rhodes, il y prit des vaisseaux et fit voile pour Cos et pour Milet, et de là pour Éphèse, où il resta avec soixante-dix bâtiments, jusqu'à ce que Cyrus fût arrivé à Sardes. Cyrus arrivé, il se rendit près de lui avec les ambassadeurs de Lacédémone. 

2. Là, ils dénoncèrent les agissements de Tissapherne et prièrent Cyrus de pousser la guerre le plus vivement possible. 

3. Cyrus répondit que c'était justement ce que lui avait enjoint son père, que c'était aussi son intention et qu'il ferait tout ce qui dépendrait de lui. Il apportait avec lui cinq cents talents; si la somme était insuffisante, il prendrait sur les fonds particuliers que son père lui avait donnés; si ce n'était point assez, il couperait en morceaux le trône où il était assis; ce trône était d'argent, et d'or.

4. Les Lacédémoniens louèrent sa réponse et le prièrent d'assigner une drachme attique à chaque matelot, en lui représentant que cette augmentation de paye amènerait la désertion chez les matelots athéniens et lui épargnerait de grandes dépenses par la suite. 

5. Cyrus reconnut qu'ils avaient raison, mais déclara qu'il lui était impossible de dépasser les instructions de son père, qu'aux termes du traité, il devait donner trente mines (32) par mois pour chaque vaisseau que les Lacédémoniens voudraient entretenir. 

6. Lysandre ne dit rien pour le moment, mais après le repas, quand Cyrus, buvant à sa santé, lui demanda ce qu'il pourrait faire de plus agréable pour lui, il répondit : « C'est que tu augmentes d'une obole la solde de chaque matelot. » 

7. Dès lors la solde fut de quatre oboles; auparavant elle n'était que de trois; en outre, Cyrus paya l'arriéré et fit même distribuer une avance d'un mois, ce qui redoubla le zèle du soldat. 

8. À cette nouvelle les Athéniens furent pris de découragement et ils envoyèrent des ambassadeurs à Cyrus par l'entremise de Tissapherne. 

9. Cyrus refusa de les recevoir, bien que Tissapherne l'en priât et l'engageât à veiller, comme il le faisait lui-même, sur les conseils d'Alcibiade, à ce qu'aucun des peuples grecs n'acquît de la puissance, et qu'au contraire, ils s'affaiblissent tous par leurs divisions intestines.

10. Quant à Lysandre, lorsqu'il eut organisé sa flotte, il tira sur le rivage les quatre-vingt-dix vaisseaux qui se trouvaient à Éphèse et se tint tranquille, occupé à les armer et à les sécher. 11. Alcibiade, apprenant que Thrasybule était sorti de l'Hellespont et investissait Phocée, fit voile vers lui, après avoir confié sa flotte à son pilote Antiochos, en lui défendant d'aller attaquer les vaisseaux de Lysandre. 

12. Mais Antiochos, avec son vaisseau et un autre, cingla de Notion vers le port d'Éphèse et longea les proues des vaisseaux de Lysandre. 

13. Celui-ci d'abord, ayant mis à flot quelques bâtiments, lui donna la chasse, puis, voyant que les Athéniens se portaient au secours d'Antiochos avec un plus grand nombre de vaisseaux, il rangea tous les siens en bataille et fonça sur eux. Là-dessus, les Athéniens, mettant à la mer le reste de leur flotte, s'avancèrent de Notion, au fur et à mesure que chacun se trouva prêt. 

14. Il s'ensuivit une bataille où les uns combattaient en bon ordre et les autres, les Athéniens en ordre dispersé, jusqu'à ce qu'enfin ces derniers s'enfuirent après avoir perdu quinze bâtiments. La plupart de ceux qui les montaient s'échappèrent; les autres furent faits prisonniers. Lysandre ayant pris avec lui les vaisseaux capturés, dressa un trophée à Notion et repassa à Éphèse, tandis que les Athéniens se retiraient à Samos. 

15. Après ce combat, Alcibiade étant allé à Samos, se porta avec la flotte entière sur le port d'Éphèse, et la mit en ligne à l'entrée du port, pour voir si l'adversaire accepterait la bataille. Lysandre n'ayant pas bougé, à cause de l'infériorité numérique de ses vaisseaux, Alcibiade retourna à Samos. Quelque temps après, les Lacédémoniens s'emparèrent de Delphinion et d'Éion (33).  

16. Quand on reçut à Athènes la nouvelle de ce combat naval, on s'indigna contre Alcibiade et l'on attribua la perte des vaisseaux à sa négligence et à son intempérance (34) En conséquence on nomma dix autres généraux, Conon, Diomédon, Léon, Périclès, Erasinidès, Aristocratès, Archestratos, Protomachos, Thrasyllos et Aristogénès. 

17. Alcibiade voyant que l'armée même était indisposée contre lui, prit une trière et se retira en Chersonèse dans son château (35). 

18. Alors Conon partit d'Andros avec les vingt vaisseaux qu'il avait pour aller à Samos prendre le commandement de la flotte, conformément au vote des Athéniens. À la place de Conon, ils envoyèrent à Andros Phanosthénés avec quatre vaisseaux. 

19. Celui-ci, étant tombé sur deux trières de Thurii, les prit avec leurs équipages. Les Athéniens mirent aux fers tous les prisonniers, sauf leur chef Dorieus, Rhodien d'origine, qui s'était exilé depuis longtemps d'Athènes et de Rhodes, pour échapper à la peine de mort que les Athéniens avaient prononcée contre lui et ses parents, et qui était devenu citoyen de Thurii. On eut pitié de lui et on le relâcha sans même exiger de rançon. 

20. Conon, à son arrivée à Samos, trouva la flotte en proie au découragement. Il arma soixante-dix trières, tandis qu'il y en avait plus de cent auparavant et, prenant le large avec les autres généraux, il débarqua tantôt sur un point, tantôt sur un autre du territoire ennemi, pour y faire des razzias. 

21. Ainsi finit cette année où les Carthaginois firent une expédition en Sicile avec cent vingt trières et cent vingt mille hommes de pied. Bien que vaincus en bataille rangée, ils s'emparèrent d'Agrigente, par la famine, après un siège de sept mois.

 

CHAPITRE VI

LYSANDRE CRÉE DES DIFFICULTÉS À SON SUCCESSEUR CALLICRATIDAS. CALLICRATIDAS ENFERME CONON DANS MYTILÈNE. LES ATHÉNIENS ENVOIENT UNE FLOTTE À SON SECOURS. BATAILLE DES ARGINUSES (ANNÉES 407-406 AV. J.-C.).

1. L'année suivante, année où il y eut une éclipse de lune un soir (36) et où le vieux temple d'Athèna (37) à Athènes fut détruit par un incendie, Pityas étant éphore et Callias archonte à Athènes, les Lacédémoniens envoyèrent Callicratidas prendre le commandement de la flotte, parce que le terme des fonctions de Lysandre était arrivé après la vingt-quatrième année de guerre. 

2. En lui remettant les vaisseaux, Lysandre se vanta à Callicratidas d'être le maître des mers et d'avoir été vainqueur en combat naval. Alors Callicratidas lui dit de sortir d'Éphèse pour côtoyer à gauche l'île de Samos, où stationnaient les vaisseaux athéniens, et de lui remettre la flotte à Milet et qu'alors il le reconnaîtrait comme maître de la mer. 

3. Lysandre ayant répondu qu'il ne voulait pas s'ingérer dans cette affaire, alors qu'un autre avait le commandement, Callicratidas lui-même accrut la flotte qu'il reçut de Lysandre, en armant cinquante bâtiments que lui fournirent Chios, Rhodes et les autres alliés. Quand il eut assemblé tous ces vaisseaux, au nombre de cent quarante, il se prépara à marcher à la rencontre de l'ennemi. 

4. Mais ayant appris que les amis de Lysandre cabalaient contre lui, et que non seulement ils n'apportaient aucun zèle à leur service, mais encore qu'ils allaient disant dans les villes que les Lacédémoniens avaient grand tort de changer les amiraux et d'envoyer souvent à la place de chefs capables, juste au courant des affaires navales et sachant comment il faut traiter les hommes, des gens sans expérience de la mer et inconnus aux populations chez lesquelles se fait la guerre, et qu'ils s'exposaient par là à de fâcheux résultats, informé de ces intrigues, Callicratidas réunit ceux des Lacédémoniens qui étaient présents et leur parla en ces termes :

5. « Personnellement, il m'est indifférent de rester chez moi, et, si Lysandre ou quelque autre prétend être plus habile dans les choses nautiques, je ne m'y oppose pas pour mon compte. Mais, comme j'ai été envoyé par l'État pour commander les vaisseaux, je n'ai pas autre chose à faire que d'exécuter de mon mieux les ordres qu'on m'a donnés. Pour vous, considérant les devoirs que j'ai à coeur de remplir et les critiques dont notre État est l'objet, critiques que vous connaissez aussi bien que moi, conseillez-moi ce qui vous paraît le mieux, soit de rester ici, soit de m'en retourner à Sparte pour y annoncer ce qui se passe ici. » 

6. Personne n'ayant osé dire autre chose, sinon qu'il devait obéir à la patrie et s'acquitter de sa mission, Callicratidas alla trouver Cyrus et lui demanda de quoi payer les matelots. Cyrus le pria d'attendre deux jours. 

7. Callicratidas, ennuyé de ce délai et de l'obligation de revenir à sa porte, se fâcha et déclara que les Grecs étaient bien malheureux de courtiser des barbares pour de l'argent, et il ajouta que, s'il revenait à Sparte, il ferait tout son possible pour réconcilier les Athéniens et les Lacédémoniens. Là-dessus, il mit à la voile pour Milet. 

8. De là, il envoya des trières à Lacédémone pour chercher de l'argent; puis il convoqua l'assemblée des Milésiens et leur tint ce discours :« Pour moi, Milésiens, je suis contraint d'obéir aux magistrats de mon pays ; pour vous, je vous demande de déployer tout votre zèle à soutenir cette guerre, parce que, habitant au milieu des barbares, vous avez déjà beaucoup souffert de leur fait. 

9. Il faut que vous donniez l'exemple aux autres alliés, pour faire tout de suite à l'ennemi le plus de mal possible, en attendant le retour de ceux que j'ai envoyés chercher de l'argent, 

10. puisque ce qui restait ici, Lysandre, en partant, l'a rendu à Cyrus comme superflu. Quant à Cyrus, chaque fois que je me suis présenté pour lui parler, il m'a remis à plus tard, et moi, je n'ai pu me résoudre à être toujours à sa porte. 

11. Mais je vous promets à vous que, pour tous les avantages que nous pouvons obtenir en attendant qu'on nous envoie les fonds que je demande, je vous récompenserai comme vous l'aurez mérité. Pour le moment, montrons aux barbares, avec l'aide des dieux, que, sans tomber en admiration devant eux, nous sommes capables de nous venger de nos ennemis. » 

12. Quand il eut dit ces mots, plusieurs se levèrent, surtout ceux qu'on accusait de lui faire de l'opposition. Pris de peur, ils proposèrent des moyens de se procurer de l'argent et offrirent même des contributions personnelles. Après avoir recueilli cet argent et ramassé à Chios de quoi donner à chaque matelot une provision de cinq drachmes, il cingla sur Méthymne de Lesbos, qui était du parti de l'ennemi. 

13. Les habitants refusant d'entrer dans son alliance, vu qu'ils avaient une garnison athénienne et que ceux qui tenaient le pouvoir étaient du parti d'Athènes, Callicratidas attaqua leur ville et s'en empara de vive force. 

14. Alors les soldats pillèrent toutes les richesses qui s'y trouvaient, et Callicratidas rassembla tous les esclaves sur la place publique. Comme les alliés le pres­saient de vendre aussi les Méthymnéens, il déclara que, tant qu'il aurait le commandement, il s'opposerait de tout son pouvoir à ce qu'aucun Grec fût réduit en esclavage. 

15. Le lendemain, il remit en liberté les Méthymnéens et vendit la garnison athénienne (38) et les prisonniers de condition servile. Il fit dire à Conon qu'il l'empêcherait bientôt d'être l'amant de la mer. Puis le voyant prendre le large au point du jour, il le poursuivit et lui coupa la route de Samos, afin qu'il ne pût s'y réfugier. 

16. Conon s'échappa avec ses vaisseaux qui étaient bons marcheurs, vu qu'il avait choisi parmi de nombreux équipages les meilleurs rameurs pour les mettre sur un petit nombre de navires. Il se réfugia à Mytilène de Lesbos avec deux des dix stratèges, Léon et Erasinidès. Callicratidas, qui le poursuivait avec cent soixante-dix vaisseaux, entra en même temps que lui dans le port. 

17. Conon, prévenu dans ses desseins par la rapidité de l'ennemi, fut contraint de livrer bataille dans le port et perdit trente vaisseaux, mais les équipages se sauvèrent à terre. Quant au reste des vaisseaux, au nombre de quarante, il les tira à sec sous le rempart. 

18. Callicratidas jeta l'ancre dans le port et, maître de la passe, bloqua son adversaire. Il fit venir par terre les Méthymnéens levés en masse et par mer les troupes de Chios. En même temps, il recevait de l'argent de Cyrus. 

19. Conon, assiégé par terre et par mer, pouvait d'autant moins se procurer les vivres suffisants que les gens renfermés dans la ville étaient nombreux, et il ne recevait point de secours d'Athènes. où l'on ignorait son sort. Il mit à la mer les deux vaisseaux les plus rapides de sa flotte, les équipa avant le jour, y mit les meilleurs rameurs choisis sur tous les navires, fit descendre les soldats de marine dans la cale et fit tendre les écrans de protection (39). 

20. Les équipages restaient là tout le jour. Le soir, quand l'obscurité était venue, il les débarquait, afin que sa manoeuvre échappât à l'ennemi. Le cinquième jour, après avoir embarqué les provisions suffisantes, ils attendirent l'heure de midi. Voyant alors que les guetteurs se relâchaient de leur surveillance, que quelques-uns même dormaient, ils sortirent du port, et l'une des deux trières s'élança vers l'Hellespont, l'autre vers le large. 

21. Les guetteurs, coupant les ancres et s'éveillant, aussitôt qu'ils furent prêts, accoururent en désordre; car ils étaient justement en train de prendre leur repas sur terre. Ils embarquent et se jettent à la poursuite de la trière qui avait pris le large ; ils la rejoignent au coucher du soleil, l'attaquent la prennent et la remorquent jusqu'à leur camp avec son équipage. 

22. Celle qui avait fui du côté de l'Hellespont échappa et parvint à Athènes, où elle annonça le blocus. Cependant Diomédon, se portant au secours de Conon assiégé, mouilla dans le canal de Mytilène (40). 

23. Mais Callicratidas, fondant sur lui à l'improviste, lui prit dix de ses vaisseaux. Diomédon s'enfuit avec le sien et un autre. 

24. Quand les Athéniens apprirent ce qui s'était passé et que Conon était bloqué, ils décrétèrent de lui porter secours avec cent dix vaisseaux, où ils embarquèrent tous les hommes en âge de servir, esclaves et hommes libres. Les cent dix vaisseaux furent équipés en trente jours, au bout desquels ils mirent à la voile. Les chevaliers mêmes s'étaient embarqués en grand nombre.

25. Alors la flotte cingla sur Samos, où elle s'adjoignit dix vaisseaux samiens; elle en ramassa encore plus de trente chez les autres alliés, qu'elle força tous à s'embarquer, et s'adjoignit de même tous les vaisseaux athéniens qu'elle rencontra dehors, de sorte que le nombre total dépassa cent cinquante trières. 

26. Lorsque Callicratidas apprit que la flotte de secours était déjà à Samos, il laissa là cinquante navires sous le commandement d'Etéonicos, mit à la voile avec les cent vingt autres et s'en alla dîner au cap Malée de Lesbos, en face de Mytilène. 

27. Il se trouva que le même jour les Athéniens dînaient aux îles Arginuses (41), qui sont aussi en face de Lesbos. 

28. Ayant aperçu leurs feux pendant la nuit, et averti par des rapporteurs que c'étaient les Athéniens, il appareilla au milieu de la nuit pour tomber sur eux à l'improviste ; mais il survint une forte pluie accompagnée de tonnerres, qui l'empêcha de tenir la mer. L'orage dissipé, il se dirigea au point du jour sur les Arginuses.  

29. Les Athéniens vinrent à sa rencontre, en déployant leur aile gauche vers le large, et dans l'ordre suivant : Aristocratès ouvrait la marche à l'aile gauche avec quinze vaisseaux, puis venait Diomédon avec quinze autres. Derrière Aristocratès s'était rangé Périclès, et derrière Diomédon, Erasinidès. À côté de Diomédon les dix vaisseaux des Samiens s'étaient placés sur une seule ligne ; ils étaient commandés par un Samien du nom d'Hippeus. Contigus aux Sauriens, les dix vaisseaux des taxiarques (42) étaient rangés aussi sur une seule ligne. Derrière ceux-ci les trois vaisseaux des navarques (43) avaient pris place avec un certain nombre de vaisseaux alliés. 

30. L'aile droite était commandée par Protomachos, qui avait quinze vaisseaux ; à côté de lui, il avait Thrasyllos avec quinze autres ; derrière Protomachos s'était rangé Lysias avec le même nombre de vaisseaux et derrière Thrasyllos, Aristogénès. 

31. Ils avaient choisi cet ordre pour n'être point coupés en deux, car leurs navires tenaient moins bien la mer. Les vaisseaux lacédémoniens au contraire étaient tous rangés face à l'ennemi sur une seule ligne, disposés ainsi pour couper et tourner leurs ennemis ; car ils étaient plus rapides. Callicratidas tenait l'aile droite. 

32. Hermon de Mégare, son pilote, lui dit qu'il ferait bien de se retirer, attendu que les trières des Athéniens étaient beaucoup plus nombreuses que les siennes. Il répondit que Sparte ne s'en porterait pas plus mal, s'il était tué, mais que la fuite serait une honte. 

33. La bataille une fois engagée dura longtemps; les vaisseaux d'abord serrés s'éparpillèrent ensuite. Mais Callicratidas ayant éperonné un vaisseau ennemi fut précipité dans la mer et disparut, et Protomachos et les siens qui étaient à l'aile gauche battirent la droite des ennemis. Dès lors, ce fut la déroute chez les Péloponnésiens; les uns s'enfuirent à Chios, la plupart à Phocée. Quant aux Athéniens, ils retournèrent aux Arginuses. 

34. Ils avaient perdu vingt-cinq vaisseaux avec leurs équipages, à l'exception d'un petit nombre d'hommes qui avaient gagné la côte. Du côté des Péloponnésiens, les Laconiens en avaient perdu neuf sur les dix qu'ils avaient en tout, et leurs alliés plus de soixante. 

35. Les stratèges athéniens décidèrent que Théramène et Thrasybule qui étaient triérarques et quelques-uns des taxiarques iraient avec quarante-sept vaisseaux à la recherche des hommes qui montaient les vaisseaux sombrés et de marcher avec les autres contre les vaisseaux d'Etéonicos qui bloquaient Mytilène. Voilà ce qu'ils voulaient faire ; mais ils en furent empêchés par le vent et une grosse tempête qui s'élevèrent, et après avoir érigé un trophée, ils passèrent la nuit où ils étaient. 

36. Etéonicos reçut du croiseur de service un rapport complet sur le combat naval. Il le renvoya en disant à l'équipage de sortir du port en silence, sans parler à personne, puis de revenir aussitôt à leur camp avec une couronne sur la tête et en criant que Callicratidas avait remporté la victoire et que toute la flotte athénienne était anéantie. 

37. Ils firent ce qu'Etéonicos leur avait commandé. Quant à lui, lorsqu'ils rentrèrent au port, il offrit un sacrifice pour fêter la bonne nouvelle, fit passer aux soldats l'ordre de dîner, aux marchands celui d'embarquer sans bruit leurs marchandises pour cingler sur Chios, car le vent était favorable, et aux trières de suivre au plus vite. 

38. Lui-même emmena les troupes de terre à Méthymne, après avoir mis le feu au camp. Quand les ennemis se furent enfuis et que le vent se fut calmé, Conon, mettant ses vaisseaux à flot, se porta à la rencontre des Athéniens qui avaient déjà quitté les îles Arginuses et leur rapporta ce qu'avait fait Etéonicos. Les Athéniens abordèrent à Mytilène, de là firent voile vers Chios et retournèrent à Samos, sans avoir rien fait.

 

CHAPITRE VII

PROCÈS INTENTÉ AUX GÉNÉRAUX POUR N'AVOIR PAS RELEVÉ LES MORTS. DISCOURS D'EURYPTOLÉMOS. LES GÉNÉRAUX SONT CONDAMNÉS À MORT (ANNEE 406 AV. J.-C.).

1. Le peuple d'Athènes déposa les généraux, excepté Conon, auquel il adjoignit Adeimantos et Philoclès. Deux des généraux qui avaient pris part à la bataille, Protomachos et Aristogénès, ne retournèrent pas à Athènes. 

2. A l'arrivée des six autres, Périclès, Diomédon, Lysias, Aristocratès, Thrasyllos et Erasinidès, le chef du parti démocratique, chargé aussi du diobole (44), Archédémos, proposa une amende contre Erasinidès, qu'il accusait de garder par-devers lui des sommes levées dans l'Hellespont qui appartenaient au peuple. Il l'accusait également pour sa gestion de stratège. Le tribunal décréta l'arrestation d'Erasinidès. 

3. Ensuite les généraux firent un rapport au sénat sur la bataille navale et sur la violence de la tempête. Timocratès, ayant déclaré qu'il fallait les jeter en prison, eux aussi, et les traduire devant le peuple, le sénat les fit arrêter. 

4. Ensuite l'assemblée du peuple fut convoquée. Quelques citoyens, et Théramène surtout, attaquèrent les généraux, disant qu'il était juste qu'ils expliquassent pourquoi ils n'avaient pas relevé les naufragés et, pour prouver qu'ils n'en rejetaient sur aucun autre la responsabilité, il produisit une lettre qu'ils avaient envoyée au sénat et au peuple, où ils n'accusaient que la tempête. 

5. Alors les généraux se défendirent chacun en quelques mots, le temps légal ne leur ayant pas été accordé. Ils exposèrent comment les choses s'étaient passées : tandis qu'eux-mêmes cinglaient contre l'ennemi, ils avaient donné charge de ramasser les naufragés à des triérarques capables, qui avaient rempli déjà les fonctions de stratège, à Théramène, à Thrasybule et à d'autres de même rang. 

6. S'il fallait incriminer quelqu'un à propos des naufragés, ils ne pouvaient incriminer que ceux à qui ce service avait été commandé. « Et ce n'est pas parce qu'ils nous accusent, ajoutèrent-ils, que nous mentirons, en disant qu'ils sont coupables : c'est la violence de la tempête qui a empêché de relever les naufragés. » 

7. À l'appui de cette déclaration ils produisirent comme témoins les pilotes et beaucoup d'autres compagnons de leur navigation. Leurs discours persuadèrent le peuple. Beaucoup de particuliers se levèrent et s'offrirent pour caution. Cependant on décida de remettre l'affaire à la prochaine assemblée, car il était tard et l'on n'aurait pu voir les mains. Le sénat, après une délibération préalable, devait proposer suivant quelle procédure on jugerait les prévenus. 

8. Sur ces entrefaites arriva la fête des Apatouries (45) durant laquelle les pères et les parents se réunissent entre eux. À l'occasion de cette fête, Théramène et ses suppôts enrôlèrent un grand nombre d'hommes vêtus de noir et tondus jusqu'à la peau, et les engagèrent à se présenter à l'assemblée comme parents des morts, et ils persuadèrent à Callixeinos d'accuser les généraux au sénat. 

9. Puis ils convoquèrent l'assemblée, où le sénat présenta sa motion rédigée par Callixeinos en ces termes : « Attendu que les accusations contre les généraux et la défense de ces derniers ont été entendues dans l'assemblée précédente, tous les Athéniens sont appelés à voter par tribus; on placera deux urnes pour chaque tribu. Devant chaque tribu un héraut fera cette proclamation : que ceux qui tiennent les généraux pour coupables de n'avoir pas relevé les vainqueurs du combat naval déposent leur bulletin dans la première urne, les autres, dans la seconde. 

10. S'ils sont déclarés coupables, ils seront punis de mort et livrés aux Onze ; leurs biens seront confisqués et le dixième en sera consacré à la déesse. » 

11. Alors un homme s'avança dans l'assemblée, qui déclara qu'il s'était sauvé sur un tonneau de farine d'orge et que les mourants l'avaient chargé, s'il en réchappait, de rapporter au peuple que les généraux n'avaient pas recueilli ceux qui avaient combattu vaillamment pour la patrie. 

12. Cependant Callixeinos fut cité en justice par Euryptolémos, fils de Peisianax, et par d'autres pour avoir fait une proposition illégale. Il y eut parmi le peuple des gens qui leur applaudirent ; mais la foule se mit à crier qu'il était fort étrange de ne pas laisser le peuple faire ce qui lui plaisait. 

13. Là-dessus, Lyciscos prit la parole et dit qu'il fallait juger ces gens du même coup que les stratèges, s'ils ne retiraient pas leur citation. De nouveau la foule approuva bruyamment et Euryptolémos dut la retirer. 

14. Comme certains prytanes déclaraient qu'ils ne mettraient pas aux voix une motion illégale, Csllixeinos se leva de nouveau et porta contre eux les mêmes accusations dont il avait chargé les généraux, et la foule cria qu'il fallait décréter d'accusation les opposants. 

15. Les prytanes effrayés consentirent à la mise au voix, à l'exception du seul Socrate, fils de Sophroniscos, qui déclara qu'il ne ferait rien que de conforme à la loi (46). 

16. Alors Euryptolémos montant à la tribune prononça le discours suivant en faveur des généraux « Si je suis monté à cette tribune, Athéniens, c'est en partie pour accuser Périclès, mon parent et mon intime, et Diomédon, mon ami, en partie pour les défendre, en partie pour vous conseiller les mesures qui me paraissent les plus avantageuses à toute la cité. 

17. Je les accuse donc d'avoir dissuadé les autres généraux, qui voulaient le faire, d'annoncer par une dépêche au sénat et au peuple qu'ils avaient chargé Théramène et Thrasybule de recueillir les naufragés avec quarante-sept vaisseaux, et que ceux-ci ne les avaient pas recueillis. 

18. La conséquence, c'est qu'ils portent en commun le poids de la faute particulière de ces deux hommes et qu'en retour de la philanthropie qu'ils montrèrent alors, ils sont en butte à leurs embûches, et à celles de leurs partisans et courent le risque d'être mis à mort. 

19. Eh bien, non, cela ne sera pas, si vous m'en croyez et si vous écoutez la voix de la justice et de la religion, ce qui est pour vous le plus sûr moyen d'apprendre la vérité et d'échapper au repentir qui vous saisirait par la suite, en reconnaissant que vous avez commis la plus grande faute contre les dieux et contre vous-mêmes. Le conseil que je vous donne est tel que, si vous le suivez, vous ne sauriez être trompés ni par moi ni par aucun autre, et que, connaissant les coupables, vous leur infligerez le châtiment que vous voudrez, soit à tous ensemble, soit à chacun séparément : donnez-leur, si vous ne voulez pas leur accorder davantage, au moins un jour pour se défendre, et ne vous fiez pas à d'autres plus qu'à vous-mêmes. 

20. Vous savez tous, Athéniens, que le décret de Cannonos est extrêmement sévère. Il porte que celui qui aura lésé le peuple d'Athènes devra comparaître chargé de fers pour se défendre devant le peuple et que, s'il est reconnu coupable, il sera puni de mort et jeté dans le barathre (47), ses biens seront confisqués et le dixième en sera consacré à la déesse. 

21. C'est selon ce décret que je vous demande de juger les généraux et, par Zeus, s'il vous plaît, Périclès, mon parent, tout le premier; car il serait honteux pour moi de m'intéresser plus à lui qu'à l'État. 

22. Si vous ne voulez pas de cette procédure, jugez-les d'après la loi sur les sacrilèges et les traîtres, laquelle porte que celui qui trahira l'État ou dérobera des objets sacrés sera jugé par un tribunal et que, s'il est reconnu coupable, il ne sera point inhumé en Attique et que ses biens seront confisqués. 

23. Quelle que soit, Athéniens, celle de ces deux lois que vous préfériez, jugez ces hommes séparément et divisez la journée en trois parties, l'une pour vous ras-sembler et décider par votre vote s'ils vous paraissent coupables ou non, l'autre où vous entendrez l'accusation, et la troisième, la défense. 

24. Si vous procédez ainsi, les coupables seront frappés du châtiment le plus sévère et les innocents seront libérés par vous, Athéniens, et ne périront pas injustement. 

25. Quant à vous, vous prononcerez selon la loi, respectant les dieux et vos serments, et vous ne ferez pas la guerre pour les Lacédémoniens, en faisant périr illégalement sans forme de procès des hommes qui leur ont enlevé soixante-dix vaisseaux et qui ont remporté la victoire. 

26. Que craignez-vous donc pour agir avec tant de précipitation ? N'avez-vous pas le droit de faire périr et d'absoudre qui bon vous semble, en agissant d'après la loi, au lieu de la violer comme le veut Callixeinos, qui a persuadé au sénat de proposer au peuple un vote unique ? 

27. Car peut-être feriez-vous périr quelque innocent, pour vous en repentir dans la suite. Songez combien le repentir est douloureux et inutile, surtout quand votre erreur a causé la mort d'un homme. 

28. Il serait monstrueux qu'après avoir accordé jadis à Aristarque, qui avait renversé la démocratie, puis livré Oinoè aux Thébains, nos ennemis, une journée, pour se défendre comme il l'entendait, et l'avoir laissé use de tous les autres droits conformes à la loi, vous alliez priver de ces mêmes droits les généraux qui ont tout fait au gré de vos désirs et qui ont vaincu les ennemis. 

29. Ne faites pas cela, Athéniens; mais observez les lois que vous avez établies vous-mêmes et qui ont si fortement contribué à votre grandeur, et n'essayez jamais de rien faire en dehors d'elles. Et maintenant reportez-vous aux circonstances mêmes où les généraux semblent avoir été en faute. Vainqueurs dans la bataille navale, ils venaient de rallier leur mouillage. Diomédon proposa de sortir avec toute la flotte en ligne pour ramasser les épaves et les naufragés, Érasinidès de cingler tous à toute vitesse contre les ennemis qui assiégeaient Mytilène; Thrasyllos émit l'avis qu'on pouvait faire les deux choses à la fois, en laissant là une partie des vaisseaux et en cinglant sur l'ennemi avec les autres. 

30. Si l'on adoptait son plan, chacun des généraux, qui étaient au nombre de huit, laisserait trois vaisseaux de sa division, auxquels on ajouterait les dix des taxiarques, les dix des Samiens et les trois des navarques, ce qui fait en tout quarante-sept bâtiments, quatre pour chacune des douze trières perdues. 

31. Parmi les taxiarques qu'on laissa étaient Thrasybule et Théramène, ce Théramène qui dans l'assemblée précédente accusait les généraux. Le reste de la flotte marcha contre la flotte ennemie. Qu'y a-t-il en cela qui ne soit sage et bien concerté ? Il est donc juste que, si l'attaque dirigée contre les ennemis a été mal conduite, on en demande compte à ceux qui en furent chargés, et que ceux qui ont été commis au soin de relever les naufragés, s'ils n'ont pas fait ce que les généraux leur avaient commandé, passent en jugement pour avoir négligé leur mission. 

32. Mais il y a une chose que je puis dire en faveur des uns et des autres, c'est que la tempête les a empêchés de rien faire de ce que les stratèges avaient concerté. Vous en avez pour témoins ceux qui ont échappé à la mort par un effet du hasard, et parmi eux un de nos généraux sauvé du naufrage de son vaisseau, qu'on veut vous faire juger avec les autres qui n'ont pas fait ce qu'on leur avait ordonné, alors que lui-même avait besoin d'être recueilli. 

33. Ne vous conduisez donc pas, Athéniens, au milieu de la victoire et du bonheur, comme des vaincus et des malheureux et, en présence de malheurs inévitables envoyés par un dieu, ne vous exposez pas à passer pour des êtres sans jugement, en confondant la trahison avec l'impuissance, puisque la tempête a empêché d'exécuter les ordres donnés. Il serait bien plus juste de couronner et d'honorer les vainqueurs que de les mettre à mort en écoutant les conseils des méchants. » 

34. Son discours fini, Euryptolémos rédigea une motion tendant à faire juger les prévenus d'après le décret de Cannonos, chacun séparément, tandis que celle du sénat était de les juger tous à la fois par un seul vote. Ces deux motions mises aux voix, le peuple vota d'abord celle d'Éuryptolémos; mais sur les protestations de Ménéclès, un second vote eut lieu et ce fut l'avis du sénat qui l'emporta. Après cela, le peuple condamna les généraux qui avaient pris part à la bataille navale; ils étaient huit; les six qui étaient présents furent exécutés. 

35. Les Athéniens ne tardèrent pas à s'en repentir, et décrétèrent que ceux qui avaient trompé le peuple seraient mis en accusation et qu'ils fourniraient des garants jusqu'au moment du jugement. Callixeinos était du nombre; quatre autres furent accusés avec lui et emprisonnés par leurs garants. Mais par la suite, à la faveur d'une émeute où périt Cléophon, ils s'évadèrent avant le jugement. Callixeinos rentra à Athènes avec les exilés du Pirée; exécré de tous, il mourut de faim.

NOTES

(01) Ce début est une énigme pour nous. Il ne se rattache pas à l'Histoire de Thucydide qui finit par le projet de voyage dans l'Hellespont formé par Tissapherne. D'autre part, il est invraisemblable que Timocharès, battu à Erétrie par Agésandridas, ait été choisi pour commander une nouvelle flotte. D'ailleurs Agèsandridas, après la défaite de Kynos Sèma, avait été appelé dans l'Hellespont par Mindaros et sa flotte avait été entièrement détruite par une tempête au mont Athos. Qu'est-ce donc que cette seconde bataille entre Timocharès et Agèsandridas ? Aucun historien n'en parle. C'est peut-être une confusion avec la première, commise par un scribe qui aurait refait à sa manière le premier feuillet perdu du manuscrit de Xénophon.

(02) Il commandait les vaisseaux que les habitants de Thurii avaient envoyés au secours des Péloponnésiens, et Mindaros l'avait envoyé à Rhodes pour y prévenir une révolte qui menaçait d'éclater. 

(03) Le promontoire de Rhoiteion se trouve à l'entrée de l'Hellespont sur la côte asiatique.

(04) Madytos, près de Sestos dans la Chersonèse de Thrace.

(05) Sestos, ville de la Chersonèse de Thrace, en face d'Abydos.  

(06) Cardia, ville de la Chersonèse de Thrace, sur le golfe Mélas.

(07) Cyzique, presqu'île et ville sur la côte sud de la Propontide.

(08) Parion, ville de Troade sur la Propontide.

(09) Proconnèse, île de la Propontide.

(10) Périnthos, ville sur la côte septentrionale de la Propontide.

(11) Sèlymbria ou Sèlybria, ville de Thrace sur la Propontide.

(12) Chrysopolis, ville de Bithynie, sur le Bosphore, au nord de Chalcédoine.

(13) Antandros, ville de Troade.

(14) Chalcédoine, ville de la côte asiatique du Bosphore, en face de Byzance. Elle avait abandonné le parti d'Athènes et reçu un harmoste lacédémonien.

(15) Tissapherne, satrape de l'Asie Mineure, avait d'abord soutenu les Lacédémoniens, puis restreint ses subsides sur le conseil d'Alcibiade. Il y avait rivalité entre Tissapherne et Pharnabaze, satrape des côtes de l'Hellespont et de la Propontide. C'est pour cela que Pharnabaze accueille si volontiers Hermocratés, dénonciateur de Tissapherne.

(16) Thoricos, ville de la côte orientale de l'Attique, au nord du promontoire de Sounion.

(17) Pygéla, petite ville au sud d'Ephèse.

(18) Notion, port de Colophon. 

(19) Stagès était un lieutenant de Tissapherne.

(20) Le Coressos est une montagne située à quarante stades d'Ephèse. Quant au marais dont il est ici question, il était au nord de la ville.

(21) Ville d'Asie Mineure sur l'Hellespont.

(22) Abydos, ville de la côte asiatique, sur l'Hellespont, en face de Sestos.

(23) Coryphasion, promontoire de Messénie, près de Pylos, où les Athéniens avaient en 425 construit une forteresse. Le cap Malée est au sud du Péloponnèse.

(24) Héraclée trachinienne, ville sur le golfe Maliaque, avait en 426 appelé les Spartiates à son secours et ceux-ci avaient envoyé des colons à Héraclée. Les Achéens sont ceux de la Phthiotide soumis par Agis en 413.

(25) Habitants de l'Oeta, montagne de Thessalie.

(26) Les périèques étaient les anciens habitants du pays que les Doriens soumirent lors du retour des Héraclides. Ils étaient libres, mais soumis au tribut et au service militaire, et privés de droits politiques.

(27) Les néodamodes étaient des esclaves qui avaient acquis la liberté, mais sans être citoyens.

(28) La plaine de Castolos, ville de Lydie, était l'endroit où se rassemblaient pour les revues annuelles les habitants de l'Asie Mineure en deçà de l'Halys qui étaient astreints au service militaire. Cf. Cyropédie VI, 2, II.

(29) Ce chiffre semble exagéré. Trois mois serait plus vraisemblable.

(30) Gythéion, port de Sparte, à quarante kilomètres de la ville.

(31) La fête des Plyntéries se célébrait vers la fin du mois Thargélion (milieu de juin), en l'honneur d'Athéna, dont on nettoyait la vieille statue de bois, laquelle restait voilée aux regards du peuple, pendant qu'on lavait ses habits. Sur le retour d'Alcibiade, cf. Plutarque, Alcibiade, XXXIV, et Justin, V, 4. 

(32) La mine attique (97 fr.) valait 100 drachmes; la drachme (0 fr. 97) valait 6 oboles : l'obole équivalait à 0 fr. 16. La solde journalière étant de 3 oboles par homme, et celle du vaisseau entier de 600 oboles (1 mine), il y avait donc 200 hommes par vaisseau.  

(33) Delphinion, château fort de Chios, bâti par les Athéniens en 412, lors de la défection de Chios. — Eion, port d'Amphipolis, à l'embouchure du Strymon.  

(34) Cf. Plutarque, Alcibiade, XXXVI. 

(35) Ce château d'après Plutarque (Alc., XXXVI) se trouvait près de Bisanthé sur la Propontide; d'après Diodore de Sicile et Népos, près de Pactyè, dans la Chersonèse.

(36) Le 15 ou le 16 avril.

(37) Il s'agit vraisemblablement du temple d'Athéna Poliade sur l'acropole qui avait été brûlé par les Perses en 480 et dont Périclès avait entrepris la reconstruction. 

(38) Callicratidas exceptait donc les Athéniens : il ne s'agissait dans sa pensée que des sujets ou alliés d'Athènes, qui tous ou presque tous subissaient de force sa domination.

(39) Ces écrans tendus le long du bordage servaient ordinairement à protéger le pont contre les vagues ou contre les traits. 

(40) Mytilène était bâtie en partie dans une île, en partie sur le continent en face. Le canal qui séparait les deux parties de la ville formait deux ports séparés par un pont, l'un au nord, le plus grand, l'autre au sud, où les petits navires seuls avaient accès.

(41) Les Arginuses sont trois petites îles entre Lesbos et le continent asiatique, à 120 stades de Mytilène. 

(42) Les taxiarques commandaient les contingents fournis par chacune des dix tribus.

(43) Les navarques étaient des officiers dont les attributions nous sont inconnues.

(44) Le diobole était donné aux pauvres ruinés par la guerre. Il ne s'agit pas ici de la somme allouée pour leur payer l'entrée du théâtre,

(45) La fête des Apatouries se célébrait pendant trois jours au mois Pyanepsion (octobre). C'est pendant cette fête qu'on admettait les jeunes gens dans les phratries.

(46) Cf. Platon, Apologie, 34 b et Xénophon, Mémorables, I, 1. 18.

(47) Le barathre était un gouffre qui se trouvait en dehors de la ville à l'ouest, dans le dème Mélité.