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ATTENTION : police unicode PLINE L'ANCIEN HISTOIRE NATURELLE LIVRE HUIT. Texte français Paris : Dubochet,
1848-1850.
LIVRE VIII TRAITANT DE LA NATURE DES ANIMAUX TERRESTRES. I. Des éléphants; de leur intelligence. - II. Quand attelés pour la première fois. - III. De leur docilité - IV. Merveilles dans leurs actions. - V. De l'instinct des bêtes pour comprendre les dangers qui les menacent. - VI. Quand, pour la première fois, a-t-on vu des éléphants en Italie? - VII. Combats des éléphants. - VIII. Par quels moyens les prend-on? - IX. Par quels moyens parvient-on a les dompter? - X. Du part de l'éléphant; autres particularités. - XI. Leur patrie; antipathie des éléphants et des dragons. - XII. De l'adresse des animaux. - XIII. Des dragons. - XIV. Serpents d'une grandeur extraordinaire. - XV. Des animaux de la Scythie; des bisons. - XVI. Des animaux du septentrion; de l'aloès; de l'achlis; du bonase. - XVII. Des lions; leur naissance. - XVIII. Leurs espèces. - XIX. Leur naturel. - XX. Qui, le premier, a montré à Rome un combat de lions. Qui a sacrifié le plus grand nombre de ces animaux dans un pareil combat. - XXI. Choses merveilleuses dans les actions des lions. - XXII. Homme reconnu et sauvé par un dragon. - XXIII. Des panthères. - XXIV. Sénatus-consulte et lois sur les panthères d'Afrique. Qui, le premier, a montré à Rome des panthères d'Afrique; qui en a montré le plus grand nombre. - XXV. Des tigres. Quand a-t-on vu un tigre, peur la première fois à Rome? Du naturel de ces animaux. - XXVI. Du chameau ; ses espèces. - XXVII. De la girafe. Quand a-t-on vu les premières à Rome? - XXVIII. Du chaüs; des céphes. - XXIX. Du rhinocéros. - XXX. Du lynx; des sphinx; des crocotes ; des cercopithèques. - XXXI. Animaux terrestres de l'Inde. - XXXII. Animaux terrestres de l'Éthiopie; bête qui tue par la vue. - XXXIII. Des basilics. - XXXIV. Des loups; d'où vient la fable qu'ils changent de peau. - XXXV. Espèces des serpents. - XXXVI. De l'ichneumon. - XXXVII. Du crocodile. - XXXVIII. Du scinque. - XXXIX. De l'hippopotame. - XL. Qui, le premier, a montré à Rome cet animal, ainsi que le crocodile. - XLI. Remèdes trouvés par les animaux. - XLII. Pronostics fournis par les animaux au sujet de certains dangers. - XLIII. Nations détruites par des animaux. - XLIV. Les hyènes. - XLV. Des crocottes; des mantichores. - XLVI. Des onagres. - XLVII. Du castoréum; des animaux à la fois aquatiques et terrestres; des loutres. - XLVIII. De la grenouille rubète. - XLIX. Du veau marin, des castors, des lézards. - L. Des cerfs. - LI. Du caméléon. - LII. Des autres animaux qui changent de couleur: le tarande, le lycaon, le thos. - LIII. Le porc-épic. - LIV. Les ours, leurs petits. - LV. Les rats du Pont et des Alpes. - LVI. Des hérissons. - LVII. Le léontophone, le lynx. - LVIII. Les blaireaux, les écureuils. - LIX. Des vipères et des limaçons. - LX. Les lézards. - LXI. Naturel du chien; exemples de la fidélité de cet animal pour son maître. Quels sont ceux qui ont entretenu des chiens pour les faire combattre. - LXII. De la génération des chiens. - LXIII. Remèdes contre la rage. - LXIV. Naturel des chevaux. - LXV. De leur Instinct. Choses merveilleuses sur des quadriges. - LXVI. Génération des chevaux. - LXVII. Cavales concevant par l'influence du vent. - LXVIII. Des ânes; génération de ces animaux. - LXIX. Naturel des mules et des autres bêtes de somme; leur génération. - LXX. Des bœufs, et de leur génération. - LXXI. Apis en Egypte. - LXXII. Des bêtes à laine et de leur génération. - LXXIII. Variétés de la laine et de ses rouleurs. - LXXIV. Diverses étoffes pour vêtements. - LXXV. De la forme des moutons. Du musmon. - LXXVI. Naturel des chèvres et leur génération. - LXXVII. Des porcs. - LXXVIII. Du sangliers. Quel est celui qui, le premier, a renfermé dans des parcs des bêtes vivantes. - LXXIX. Des animaux demi-sauvages. - LXXX. Des singes. - LXXXI. Des espèces de loups. - LXXII. Des animaux qui ne sont ni apprivoisés ni sauvages. - LXXXIII. Quels sont les lieux ou l'on ne trouve pas d'animaux. - LXXXIV. Où et quels animaux font du mal seulement aux étrangers? Où et quels animaux en font seulement aux indigènes? Résumé : Faits, histoires et Observations, 787. Auteurs : Mucien, Procillius, Verrius Flaccus, L. Pison, Corn. Valerianus, Caton le Censeur, Fenestella, Trogue Pompée, les Actes, Columelle, Virgile, Varron, Lucilius, Metellus Scipion, Celse, Nigridius, Trebius Niger, Pomponius Mela, Mamilius Sura. Auteurs étrangers. Le roi Juba. Polybe, Hérodote, Antipater, Aristote, Démétrios le physicien. Démocrite, Théophraste, Évanthe, Agriopas qui a écrit sur les vainqueurs olympiques, le roi Hiéron, le roi Attale Philométor, Ctésias, Duris, Philistus, Arrhitas, Phylarque, Amphilochus d'Athènes, Anaxipolis de Thasos, Apollodore de Lemnos, Aristophane de Milet, Antigone de Cumes, Agathocle de Chios, Apollonius de Pergame, Aristandre d'Athènes, Bacchius de Milet, Bion de Soles, Chaeréas d'Athènes, Diodore de Priène, Dion de Colophon, Épigène de Rhodes. Évagon de Thasos, Euphronius d'Athènes, Hégésias de Maronée, les deux Ménandres de Priène et d'Héraclée, le poète Ménécrate, Androtion qui écrit sur l'agriculture, Aeschion qui a traite le même sujet, Lysimaque qui l'a également traité, Denys qui a traduit Magon, Diophane qui a fait un abrégé de Denys, le roi Archelaüs, Nicandre.
[2] Des auteurs rapportent que, dans les forêts de la Mauritanie, des troupeaux d'éléphants descendent sur le bord d'un fleuve nommé Amilas, aux rayons de la nouvelle lune: que là, se purifiant, ils s'aspergent solennellement avec l'eau; et qu'après avoir ainsi salué l'astre ils rentrent dans les bois, portant avec leur trompe les petits fatigués. Ils comprennent même la religion des autres ; et l'on croit que, près de traverser la mer, ils ne s'embarquent qu'après que leur cornac leur a promis per serment la retour. [3] On en a vu qui, accablés par la maladie (les maladies n'épargnent pas même ces masses énormes), jetaient, couchés sur le dos, des herbes vers le ciel, comme s'ils appelaient la terre en témoignage dans leurs prières. Quant à la docilité, ils adorent le roi, fléchissent le genou, présentent des couronnes. Les Indiens emploient au labourage (VI, 22) des éléphants plus petits, qu'on appelle bâtards.
[2] La blancheur des défenses indique la jeunesse; les éléphants en ont un très grand soin ; ils ménagent la pointe d'une des deux, afin de l'avoir en état pour le combat; ils emploient l'autre pour leurs besoins, à arracher les racines, à mouvoir les corps pesants; entourés par les chasseurs, ils mettent en avant ceux qui ont les plus petites défenses, pour que l'ennemi s'imagine que le butin ne vaut pas le combat; puis, las de résister, ils les brisent contre un arbre, et payent ainsi leur rançon.
[2] De même la tigresse, redoutable aux autres bêtes féroces, et qui ne tient aucun compte des traces de l'éléphant lui-même, déplace, dit-on, ses petits dés qu'elle a vu la trace d'un homme. Comment l'a-t-elle reconnue? où a-t-elle aperçu précédemment celui qu'elle redoute? Les forêts qu'elle habite sont fort peu fréquentées. Je veux bien que cette empreinte frappe les animaux par sa rareté; mais d'où savent-ils qu'il y a quelque danger? ou plutôt pourquoi redoutent-ils l'aspect de l'homme lui-même, eux qui l'emportent tant par la force, par la taille et par la rapidité? Telle est la loi de la nature et la puissance qu'elle exerce : les animaux les plus féroces et les plus grands, sans avoir jamais vu ce qui ils doivent craindre, comprennent sur-le-champ quand vient le moment de craindre. [3] (V.) Les éléphants marchent toujours en troupe; le plus âgé conduit la bande, le plus âgé ensuite ferme la marche; quand ils passent une rivière, ils envoient devant les plus petits, de peur que les pieds des plus grands n'enfoncent le lit et n'augmentent la profondeur de l'eau. Antipater rapporte que le roi Antiochus avait deux éléphants de guerre, dont le nom même était célèbre. Les éléphants tiennent à ces distinctions; et Caton, qui n'a pas nommé les généraux dans ses Annales, rapporte que l'éléphant qui combattit le plus vaillamment dans l'armée punique s'appelait Surus, et avait perdu une défense. Antiochus donc sondant le gué d'une rivière, l'éléphant appelé Ajax, qui était le chef de la bande, refusa d'entrer dans l'eau. [4] Alors on déclara que le commandement appartiendrait à celui qui passerait : Patrocle s'y hasarda, et pour cet exploit on lui donna les colliers d'argent, qui leur font le plus grand plaisir, et toutes les autres prérogatives du commandement: Ajax, ainsi dégradé, se laissa mourir de faim, préférant la mort a l'ignominie. Les éléphants, en effet, sont très sensibles à la honte; le vaincu fuit à la voix du vainqueur, il lui présente de la terre et de la verveine (XXII, 4). [5] Ils ont de la pudeur, et ne se livrent à la copulation que dans le secret. Le mâle est apte à la génération à cinq ans, et la femelle a dix. La femelle ne reçoit le mâle que tous les deux ans; et seulement, dit-on, pendant cinq jours : le sixième, ils se baignent dans une rivière, et c'est alors seulement qu'ils rejoignent la troupe. L'adultère est inconnu parmi eux ; la possession des femelles ne suscite pas chez eux des combats cruels, comme chez les autres animaux. Ce n'est pas qu'ils n'éprouvent la puissance de l'amour : on rapporte qu'un éléphant aima en Égypte une femme qui vendait des couronnes; et qu'on ne s'imagine pas que son choix était mauvais : cette femme fut la bien almée d'Aristophane, très célèbre grammairien. Un autre aima Ménandre, Syracusain, jeune adolescent de l'armée de Ptolémée; et il témoignait, en ne mangeant pas, le regret qu'il éprouvait de son absence. Juba dit qu'une marchande de parfums fut aimée par un de ces animaux : [6] tous montrèrent leur attachement en témoignant de la joie à la vue de la personne aimée, en lui faisant des caresses à leur manière, en conservant et en jetant dans son sein les pièces de monnaie qu'on leur avait données. Il n'est pas donnant que des animant qui ont de la mémoire éprouvent de l'attachement. Juba rapporte encore qu'un éléphant reconnut après beaucoup de temps un vieillard qui, jeune, avait été son cornac. Le même auteur leur attribue un certain instinct de justice : le roi Bocchus ayant exposé, attachés à des poteaux, trente éléphants qu'il avait résolu de mettre à mort par trente autres éléphants, on ne put obtenir, quoi qu'on fît pour exciter ceux-ci, qu'ils servissent la cruauté d'autrui.
[2] L'expérience des batailles contre Pyrrhus montra qu'il était très facile de couper leur trompe. Fenestella rapporte que le premier combat d'éléphants qu'on ait vu a Rome eut lieu dans le cirque, pendant l'édilité curule de Claudius Pulcher, sous le consulat de M. Antonius et de A. Posthumius, l'an de Rome 655, et que vingt ans après y eut un combat d'éléphants contre des taureaux, sous l'édilité curule des deux frères Lucullus. Sous le second consulat de Pompée (l'an de Rome 700), lors de la dédicace du temple de Vénus Victorieuse, vingt éléphants, ou, selon d'autres, dix-sept, combattirent dans le cirque contre des Gétules, qui les attaquaient à coups de javelot. Un d'entre eux excita surtout l'étonnement : les pieds percés de traits, il s'avança se traînant sur les genoux contre ses ennemis, arrachant les boucliers et les jetant en l'air: ces boucliers, qui tournoyaient en retombant, faisaient un grand plaisir aux spectateurs, comme si c'eût été un tour d'adresse et non un effet de la fureur de l'animal. [3] Un autre fait qui surprit aussi, c'est qu'un éléphant tut tué d'un seul coup: un javelot, entrant sous l'œil, atteignit dans la tête les organes vitaux. Tous ensemble ils essayèrent de faire une sortie, non sans jeter beaucoup de désordre parmi le peuple qui entourait les grilles de fer. Pour cette raison, le dictateur César, sur le point, dans la suite, de donner un spectacle semblable, entoura de fossés pleins d'eau l'arène, fossés que Néron fit disparaître pour ajouter aux places des chevaliers. Les éléphants de Pompée, ayant perdu l'espoir de s'échapper, implorèrent la miséricorde du peuple par des attitudes qu'on ne peut décrire, se lamentant, pour ainsi dire, sur leur destinée; ce qui causa une telle peine aux spectateurs, qu'oubliant le général et la magnificence déployée en leur honneur, ils se levèrent tous versant des larmes, et maudirent Pompée, malédiction qui ne tarda pas à s'accomplir. [4] Le dictateur César, lors de son troisième consulat, en fit combattre 20 contre 500 fantassins, et, derechef, 20 armés de tours, avec 60 combattants sur leur dos, contre 500 fantassins et un pareil nombre de cavaliers. Sous le règne de Claude et de Néron, le dernier exploit des gladiateurs qui demandaient leur congé était de les combattre seul à seul. L'éléphant a, dit-on, tant de douceur a l'égard de plus faible que lui, qu'au milieu d'un troupeau de menu bétail il écarte avec sa trompe les animaux qui sont devant lui, de peur d'en écraser quelqu'un par mégarde; ils ne font du mal que provoqués. En raison de cette douceur, ils marchent toujours en troupe, et ce sont les moins solitaires des animaux. Entourés par de la cavalerie, ils mettent au milieu les malades, les fatigués, les blessés, et ils viennent tour à tour au premier rang, comme s'ils obéissaient à un commandement et à la discipline. Pris, Ils s'apprivoisent très promptement par l'usage de l'orge.
[2] Les Troglodytes, limitrophes de l'Éthiopie, qui ne vivent que de cette chasse, montent sur les arbres voisins des chemins que suivent les éléphants; puis, ayant remarqué le dernier de toute la bande, ils sautent sur l'extrémité de sa croupe; de la main gauche ils le saisissent par la queue, ils appuient leurs pieds sur la cuisse gauche; ainsi suspendus, ils coupent de la main droite, avec une hache à double tranchant très affilée, l'un des jarrets; cette blessure retardant l'animal, ils lui coupent en se sauvant les tendons de l'autre jarret : tout cela se fait avec une rapidité extrême. [3] D'autres, employant un mode moins périlleux mais moins certain, fixent dans la terre, à une distance plus considérable, de très grands arcs; des jeunes gens très forts les maintiennent; d'autres, non moins forts, les tendent, et lancent des épieux en guise de flèches sur les éléphants qui passent; puis ils suivent l'animal blessé à la trace de son sang. Les femelles sont beaucoup plus timides que les mâles.
[2] Je lis qu'on fait tomber les traits enfoncés dans leur corps en leur donnant à boire de l'huile, et qu'au contraire le trait tient davantage si on les fait suer. Il est mortel pour eux de manger de la terre, à moins qu'ils ne s'y habituent peu à peu. Ils avalent aussi des pierres. Les aliments qui leur plaisent le plus sont les tronc d'arbre; ils abattent des palmiers élevés, en les heurtant de leur front; et, l'arbre ainsi renversé, ils en mangent le fruit. Ils mangent avec la bouche; ils respirent, ils boivent et ils flairent avec ce qu'on appelle non improprement leur main. De tous les animaux celui qu'ils haïssent le plus c'est le rat, et ils rebutent leur nourriture s'ils aperçoivent qu'elle ait été touchée dans la crèche par cet animal. Ils éprouvent les plus grandes souffrances quand ils avaient en buvant une hirudo, que l'on commence, j'en fais la remarque, à appeler ordinairement sangsue : quand elle s'est fixée dans les voies respiratoires, elle leur cause une douleur intolérable. [3] Leur peau est le plus dure au dos, elle est molle au ventre; ils ne sont pas défendus par des soies; leur queue même ne leur sert pas à les débarrasser de l'importunité des mouches, à laquelle leur masse ne les empêche pas d'être sensibles; leur peau est ridée, et attire ces insectes par son odeur. Ils en laissent des essaims se poser sur cette peau tendue ; puis, la fronçant subitement, ils les écrasent entre les plis : cela leur tient lieu de queue, de crinière et de poil. [4] Leurs défenses ont un prix énorme; c'est la plus riche matière pour les statues des dieux. Le luxe a trouvé un autre mérite dans l'éléphant : on est allé jusqu'à rechercher la saveur du cartilage de sa trompe, par la seule raison, je pense, que l'un se figure manger l'ivoire même. C'est surtout dans les temples qu'on voit employées les grandes défenses. Toutefois, Polybe a rapporté, sur l'autorité d'un petit roi appelé Gulussa, qu'à l'extrémité de l'Afrique, sur les confins de l'Éthiopie, elles servent de poteaux dans les maisons, et qu'on les emploie, au lieu de pieux, pour y faire des clôtures et parquer les bestiaux.
[2] de là vient qu'on trouve souvent des éléphants aveugles, consumés par la faim et le chagrin. Comment expliquer la cause d'une si grande discorde, si ce n'est en disant que la nature se plaît à se donner le spectacle de ces duels? On rapporte encore autrement ce combat : l'éléphant, dit-on, a le sang très froid, aussi est-ce surtout pendant les chaleurs que les serpents le convoitent; en conséquence, cachés dans les rivières, ils guettent l'éléphant qui vient boire; ils s'enlacent autour de sa trompe et le mordent à l'oreille, parce que c'est le seul endroit qu'Il ne puisse défende avec sa trompe (03); ils boivent tout son sang, tant ils sont énormes. L'éléphant, ainsi épuisé et mis à sec, tombe; le dragon enivré est écrasé, et meurt.
[2] sa peau et ses mâchoire sont été conservées à Rome, dans un temple, jusqu'à la guerre de Numance. On peut croire à ces faits quand on voit en Italie le serpent appelé boa arriver à une telle grandeur, que sous le règne du dieu Claude on trouva un enfant entier dans le corps d'un de ces animaux, tué au Vatican. Ils se nourrissent d'abord en tétant les vaches; c'est de là que vient leur nom (04). Quant aux autres animaux qui, n'étant qu'apportés de toutes parts, ont souvent touché le sol de l'Italie, il n'importe pas d'en décrire minutieusement les formes.
[2] C'est l'Afrique qui est le principal théâtre de ces fureurs, la pénurie des eaux assemblant les animaux sur les bords d'un petit nombre de rivières. Aussi y voit-on se produire des formes diverses d'animaux, les femelles s'accouplant de gré ou de force avec des mâles de toute espèce; de là vient cette façon de parler proverbiale en Grèce: L'Afrique produit toujours quelque chose de nouveau. Le lion reconnaît à l'odeur l'adultère commis par la lionne avec le pard, et se venge avec violence; aussi la lionne après cette faute se lave dans le fleuve, ou ne suit le lion que de loin. Je vois qu'on a cru vulgairement qu'elle n'enfantait qu'une fois, se déchirant la matrice avec les griffes pour mettre son petit au monde. Aristote parle autrement; et comme je suivrai généralement ce grand homme, je crois devoir dire d'abord quelques mots sur son compte. [3] Alexandre le Grand, brillant de connaître l'histoire des animaux, remit le soin de faire un travail sur ce sujet à Aristote, éminent en tout genre de science; et il soumit à ses ordres, en Grèce et en Asie, quelques milliers d'hommes qui vivaient de la chasse et de le pêche, et qui soignaient des viviers, des bestiaux, des ruches, des piscines et des volières, afin qu'aucune créature ne lui échappât. En interrogeant ces hommes, Aristote composa environ cinquante volumes sur les animaux : j'ai abrégé cet ouvrage célèbre, et j'y ai joint ce qu'il avait ignoré; je prie les lecteurs d'avoir de l'indulgence pour notre travail, qui va les faire rapidement voyager parmi tous les ouvrages de la nature, et au milieu de ce que le plus illustre des rois a désiré connaître. [4] Aristote rapporte donc que la lionne met bas à sa première portée cinq petits; que d'année en année elle en enfante un de moins, et qu'elle devient stérile après en avoir porté un seul; que les petits sont d'abord informes, très peu en chair, et ne sont pas plus grands que des belettes; qu'ils marchent à peine à six mois, et qu'ils ne commencent pas à faire quelques mouvements avant deux mois; qu'en Europe on ne trouve des lions qu'entre l'Acheloüs et le Nestus, beaucoup plus forts que ceux que produit l'Afrique ou la Syrie (07).
[2] Leur vie est longue, dit Aristote ( Hist. an., IX, 39) ; ce qui le prouve, c'est qu'on les trouve la plupart privés de dents. Polybe, compagnon de Scipion Émilien, rapporte que dans leur vieillesse ils attaquent l'homme, parce qu'il ne leur reste plus assez de force pour poursuivre les bêtes fauves; qu'alors ils assiègent les villes d'Afrique, et qu'avec Scipion il en vit qu'on avait mis en croix, pour effrayer les autres par la crainte d'un pareil supplice.
[2] La queue est chez les lions l'indice de leurs sentiments, comme les oreilles chez les chevaux; car la nature accorde aux plus nobles animaux des indices de cette espèce. La queue étant immobile, le lion est calme, bienveillant et caressant, pour ainsi dire ; ce qui est rare, car la colère est chez lui un état plus fréquent. Quant la colère commence, il frappe la terre de sa queue; quand elle croît, il s'n bat les flancs, comme s'il voulait s'exciter lui-même. Sa plus grande force est dans la poitrine. Des blessures qu'il fait, soit avec les griffes, soit avec les dents, un sang noir s'écoule. [3] Repu, le lion ne fait pas de mal. Son noble courage se manifeste surtout dans les dangers : ce n'est pas seulement quand, dédaignant les traits, il se défend par la terreur qu'il inspire, proteste en quelque sorte qu'il est contraint, et s'élance sur les adversaires, moins forcé par le péril que courroucé de leur folie; mais il témoigne encore mieux sa grandeur d'âme quand, pressé par une multitude de chiens et de chasseurs, il recule avec lenteur et dédain en rase campagne, et tant qu'il peut être vu; au lieu que, dès qu'il est entré dans le fourré et les bois, il s'échappe par une course très rapide, comme si les témoins faisaient la honte. [4] Quand il poursuit, il va par bonds ; ce qu'il ne fait pas quand il fuit. Blessé, il reconnaît merveilleusement ce lui qui l'a frappé; et il va le chercher, quoi que soit le nombre des chasseurs. Il saisit celui qui lui a lancé un trait sans le blesser, le renverse, le roule, mais ne le blesse pas. Quand la lionne combat pour ses petits, on dit qu'elle tient les yeux fixés à terre, pour ne pas être effrayée par la vue des épieux. Du reste, les lions ne sont ni rusés ni soupçonneux: ils ne regardent pas de côté, et ne veulent pas être regardés de cette façon. [5] On croit qu'en mourant ils mordent la terre, et donnent une larme à leur mort. Un animal si puissant et si féroce est effrayé par le mouvement d'une roue et d'un char vide, par la crête du coq, plus encore par son chant, mais surtout par le feu. La seule maladie à laquelle le lion soit sujet est la perte d'appétit; on l'en guérit en excitant sa colère par l'insolence de guenons mises près de lui: il boit leur sang, qui lui sert de remède.
[2] Le premier qui les ait mis sous le joug, et qui les ait attelés à un char dans Rome, est Marc-Antoine, et ce fut pendant la guerre civile, après la bataille livrée dans les champs de Pharsale; attelage prodigieux, sorte de signe des temps, qui témoignait que les esprits généreux subissaient le joug; car se faire traîner ainsi avec la mime Cythéris, c'était une monstruosité qui dé passait même les calamités de l'époque. Le premier homme qu'on dise avoir osé flatter un lion de la main, et le montrer apprivoisé, est Hannon, personnage carthaginois des plus célèbres; cela même le fit condamner : on crut qu'un homme aussi ingénieux persuaderait tout ce qu'il voudrait, et que la liberté serait en péril entre les mains de celui qui avait triomphé si complètement de la férocité. [3] On cite aussi des exemples fortuits de la démence des lions. Mentor, de Syracuse, vit en Syrie un lion qu'il rencontra se rouler à terre en suppliant : frappé de terreur, il voulut s'enfuir; mais la bête lui barrait le passage, et lui léchait les pieds d'un air caressant : Mentor s'aperçut alors qu'elle avait une tumeur et une plaie à la patte; il en tira une épine, et la délivra de ses souffrances : une peinture à Syracuse atteste le fait. Élpis, de Samos, débarqué en Afrique, vit aussi, sur la côte, un lion la gueule ouverte et menaçante; il court à un arbre en invoquant Bacchus : c'est surtout quand l'espoir est perdu, que l'on fait des vœux. La bête, sans le poursuivre, comme elle aurait pu faire, alla se coucher au pied de l'arbre, cherchant à exciter sa pitié par cette gueule ouverte qui l'avait effrayé : [4] en mordant trop avidement, elle s'était enfoncé un os entre les dents; elle souffrait de la faim, et la cause de la souffrance était dans ses armes mêmes. La voyant tenir la tête en l'air, et lui adresser pour ainsi dire de muettes prières, Élpis, qui d'abord ne se fiait pas à la bête, fut retenu plus longtemps encore par l'étonnement qu'il ne l'avait été par la crainte; enfin, il descendit et arracha l'os au lion, qui présentait sa gueule, et se prêtait à l'opération autant qu'il était nécessaire. On raconte que tant que le vaisseau resta à la côte le lion témoigna sa reconnaissance en apportant du gibier. [5] En mémoire de cet événement, Élpis consacra, dans Samos, à Bacchus un temple que pour cette raison les Grecs nommèrent temple de Bacchus à la bouche ouverte. Étonnons-nous après cela (VIII, 5) que les bêtes reconnaissent les traces de l'homme, quand c'est le seul animal dont elles attendent du secours. Car pourquoi celles-ci ne se sont-elles pas adressées a d'autres? Ou bien d'où savaient-elles que la main de l'homme peut guérir? Peut-être aussi la violence du mal force les bêtes même à tout essayer. [6] (XVII.) Démétrios le naturaliste rapporte un trait non moins mémorable d'une panthère. L'animal était couché au milieu d'un chemin, dans le désir de rencontrer un homme : le père d'un certain philosophe Philinus l'aperçut à l'improviste. La peur le prend, il se met à reculer : mais la panthère se roule autour de lui; évidemment elle le caressait, et elle était en proie à un chagrin que l'on pouvait reconnaître même dans une panthère : elle avait des petits, lesquels étaient tombes loin de la dans une fosse. La crainte de l'homme se calma, ce fut le premier degré de la compassion; il voulut lui donner des soins, ce fut le second. Il la suivit là où elle l'entraînait, en tirant légèrement ses vêtements avec les griffes : dès qu'il comprit la cause de sa douleur, il retira de la fosse les petits, ce qui était en même temps sa propre rançon. La panthère le suivit avec eux, et le reconduisit au delà du désert, pleine de joie et d'allégresse; et l'on voyait facile ment qu'elle témoignait sa reconnaissance sans mettre en compte son propre bienfait; ce qui est rare, même chez l'homme.
[2] Il a une aversion naturelle pour le cheval; il peut supporter la soif pendant quatre jours. Il boit, quand l'occasion s'en présente, pour le passé et pour l'avenir, et il trouble auparavant l'eau avec ses pieds; autrement l'eau ne lui plairait pas. Il vit cinquante ans, quelquefois cent; il est sujet aussi à la rage. On a trouvé le moyen de les châtrer, même les femelles, pour les rendre propres à la guerre; cette continence forcée les rend plus courageux.
[2] des bœufs pareils à ceux de l'Inde, à une: corne et à trois cornes; la leucrocote (18), animal excessivement rapide, ayant à peu près la taille de l'âne, les jambes du cerf, le cou, la queue et le poitrail du lion, la tête du blaireau, le pied fourchu, la gueule fendue jusqu'aux oreilles, et au lieu de dents un os continu : on prétend que cet animal imite la voix humaine. Dans le même pays ou trouve un animal nommé éale (19), de la grandeur de l'hippopotame, ayant la queue de l'éléphant, une couleur noire ou fauve, la mâchoire du sanglier, les cornes hautes de plus d'une coudée, mobiles, qu'il emploie alternativement dans les combats, et dont il varie l'obliquité suivant qu'il le juge nécessaire. [3] Mais ce que ce pays a de plus farouche sont des taureaux sauvages (20), plus grands que ceux de nos champs, d'une rapidité supérieure à celle de tous les animaux, d'une cou leur fauve, ayant les yeux bleus, le poil tourné à rebours, la gueule fendue jusqu'aux oreilles, des cornes mobiles comme l'animal dont il vient d'être parlé, un cuir aussi dur que la pierre, et résistant à toutes blessures. Ils font la chasse à toutes les bêtes : quant à eux, on ne les prend que dans des fosses, où ils périssent toujours par l'effet de leur propre fureur. Dans le même pays il naît, d'après Ctésias, un animai appelé mantichore (VIII, 45) (21), ayant un triple rang de dents qui s'engrènent en forme de peigne, la face et les oreilles de l'homme, les yeux glauques, une couleur de sang, un corps de lion, une queue qui pique comme celle du scorpion, une voix semblable au concert du chalumeau et de la trompette, une rapidité très grande, et un goût tout particulier pour la chair humaine.
[2] Mais d'où vient que cette opinion ait pris de telles racines dans l'esprit du vulgaire, que le mot de loup-garou soit un terme d'imprécation? Nous allons le dire. D'après Évanthes, écrivain grec qui n'est pas sans réputation, les livres des Arcadiens disent qu'un individu de la famille d'un certain Anthus est choisi au sort parmi les siens, et conduit à un étang de l'Arcadie; que la, suspendant ses habits à un chêne, il passe l'étang à la nage, va dans la solitude, se transforme en loup, et vit pendant neuf ans avec les animaux de cette espèce. [3] Si pendant ce temps il n'a vu aucun homme, il retourne à l'étang, et, après l'avoir traversé à la nage, il reprend la forme humaine : seulement il se trouve âgé de neuf ans de plus qu'avant sa métamorphose; Fabius ajoute même qu'il reprend son ancien vêtement. On est stupéfait de l'excès de la crédulité grecque; il n'est pas de mensonge si impudent qui ne soit appuyé d'un témoignage. Ainsi Agriopas, historien des Vainqueurs Olympiques, raconte que Déménète de Parrhasie (IV, 10) ayant goûté des entrailles d'un enfant, immolé dans le sacrifice de victimes humaines que les Arcadiens faisaient encore dans ce temps à Jupiter Lycéen, fut métamorphosé en loup; qu'au bout de dix ans, rendu aux Jeux athlétiques, il disputa le prix du pugilat, et revint victorieux d'Olympie. [4] Bien plus, on croit vulgairement qu'un petit poil qui est à la queue du loup constitue un philtre amoureux, et que l'animal pris jette ce poil, qui n'a de vertu qu'autant qu'il est enlevé sur l'animal vivant. On dit que le temps de l'accouplement des loups n'est, dans toute l'année, que de douze jours; qu'affamé, il se nourrit de terre. De tous les présages le plus favorable est de voir son chemin coupé à droite par un loup ayant la gueule pleine. Au même genre appartiennent tes loups appelés cerviers, tels que l'animal qui, avons-nous dit (VIII, 28), venu de la Gaule, fut montré dans les jeux célébrés par le grand Pompée. Ce dernier animal, même ayant faim, oublie, dit-on, s'il tourne la tête, les aliments qu'il mangeait, et va ailleurs en chercher d'autres.
[2] Ce reptile si redoutable n'a qu'un sentiment, ou plutôt qu'une passion. Les aspics ne cheminent que par couple apparié, et ils ne vivent pas l'un sans l'autre ; aussi, le mâle ou la femelle étant tuée, le survivant met à la vengeance un acharnement incroyable. Il poursuit le meurtrier; il n'attaque que lui, par une sorte d'instinct, au milieu de la foule la plus nombreuse; il triomphe des obstacles, il traverse les espaces, et on ne lui échappe qu'en passant une rivière, ou par une fuite rapide. On ne peut dire si la nature a été plus prodigue de fléaux que de remèdes : d'abord elle a donné à cet animal redoutable une vue faible; les yeux sont non pas en avant, mais sur les tempes; aussi l'ouïe (27) le met-elle en mouvement plus souvent que la vue. (XXIV.) Puis il règne une guerre à mort entre lui et l'ichneumon (mangouste, viperra ichneumon L.).
[2] Le crocodile a sous le ventre la peau molle et mince; le dauphin, comme effrayé, plonge, et, passant sous le ventre de son ennemi, il le lui ouvre avec son épine. Bien plus, une race d'hommes fait, dans le Nil même, la guerre à ce monstre: ce sont les Tentyrites (XXVIII, 6, 2), appelés ainsi de l'île qu'ils habitent. Leur taille est petite, mais leur présence d'esprit est merveilleuse, au moins dans de pareilles luttes. Le crocodile est terrible contre ceux qui fuient, mais il fuit devant ceux qui le poursuivent. [3] Les Tentyrites seuls osent l'attaquer de front; ils se jettent même à la nage dans le fleuve, et, se mettent à cheval sur son dos, ils lui placent, au moment où, renversant la tête, il ouvre la gueule pour les mordre, une massue entre les dents; ils en tiennent les bouts avec l'une et l'autre main, et conduisent l'animal captif à terre avec cette espèce de frein; ils effrayent le crocodile par leur seule voix, et les forcent à revomir, pour être rendus à la sépulture, les corps qu'il vient d'avaler. [4] Aussi Tentyra est-elle la seule île où les crocodiles n'abordent pas; et l'odeur des Tentyrites les fait fuir comme celle des Psylles (VII,2) fait fuir les serpents. Cet animal a, dit-on, la vue faible dans l'eau, très perçante au dehors, et il passe toujours quatre mois d'hiver dans un trou, sans rien manger. Quelques–uns pensent que, seul entre tous les animaux, il grandit tant qu'il vit; or il vit longtemps.
[2] Une herbe excellente contre les morsures des serpents (XXII, 45) est celle avec laquelle se raniment les lézards blessés dans les combats qu'ils leur livrent. Le chélcidoine (XXV, 50 et 91) est très bonne pour la vue ; ce que nous ont appris les hirondelles, qui s'en servent pour guérir les yeux malades de leurs petits. [3] La tortue se redonne des forces contre les serpents en mangeant la cunile, qu'on appelle herbe aux boeufs (XX, 61); la belette, en mangeant de la rue quand elle a livré des combats aux serpents en poursuivant les rats (XXIX, 16); la cigogne se guérit dans les maladies en mangeant de l'origan ; les sangliers, avec du lierre et en mangeant des écrevisses, surtout celles que la mer rejette. Le serpent qui mue par l'effet de l'hiver (XX, 95) se délivre de sa peau avec le jus du fenouil, et reparaît, au printemps, brillant de jeunesse. [4] Il commence à s'en dépouiller par la tête, et il ne lui faut pas moins d'un jour et d'une nuit pour se dégager de sa vieille peau, la retournant à l'envers d'un bout a l'autre. Le même animal, dont la vue s'est affaiblie pendant l'hivernage, se frotte avec le fenouil, et par cette onction rend de la force à ses yeux; en se frottant contre les épines du genévrier, il se délivre des écailles qui lui obscurcissent la vue; le dragon se purge au printemps avec le suc de la laitue sauvage. Les barbares vont à la chasse des panthères avec de la viande frottée d'aconit; c'est un poison : la panthère, dès qu'elle en a mangé, est prise d'étranglement; aussi quelques-uns appellent-ils cette herbe pardalianches (XXVII, 2). [5] Mais l'animal se guérit avec les excréments de l'homme, dont il est tellement avide, que si des bergers en mettent dans un vase, en ayant soin de le suspendre hors de la portée de ses bonds, il s'épuise à sauter pour y atteindre, et finit par expirer; et cependant la panthère a la vie si dure, que, les intestins hors du corps, elle combat longtemps. L'éléphant, trompé par la couleur, mange-t-il un caméléon (c'est un poison pour lui), a recours à l'olivier sauvage. [6] Les ours (XXIX, 39), quand ils ont goûté du fruit de la mandragore, lèchent les fourmilières. Le cerf en mangeant de la cinare (30) combat les plantes vénéneuses des pâturages, les ramiers, les choucas (XI, 25), les merles, les perdrix, remédient avec la feuille du laurier à la perte d'appétit qu'ils éprouvent chaque année; Ies colombes, les tourterelles, les poules, avec l'herbe appelée helxine (31) ; les canards, les oies et les autres oiseaux aquatiques, avec la sidéris (32); les grues et oiseaux semblables, avec le jonc de marais. Le corbeau ayant tué un caméléon, nuisible à son vainqueur même, dissipe le venin avec du laurier.
[2] Les rats délogent à l'avance des édifices qui menacent ruine; les araignées tombent les premières avec leurs toiles. Les augures constituent même un art chez les Romains, et le collège des prêtres y est surtout consacré. En Thrace, quand les eaux sont glacées, le renard, animal d'ailleurs d'une habileté malfaisante, est consulté : on ne passe les fleuves et les lacs gelés que quand il les a lui même traversés en allant et venant; on a observé que, mettant l'oreille contre la glace, il en estime l'épaisseur.
[2] que, seule entre tous les animaux, elle fouille les sépulcres et y va chercher les cadavres: que la femelle est rarement prise; que les yeux présentent mille variétés et mille changements de coloration; que les chiens atteints par son ombre perdent la voix ; qu'au moyen de certains procédés magiques elle rend immobile tout animal autour duquel elle a tourné trois fois.
[2] Elles exercent leurs petits à la course, leur apprennent à fuir, les conduisent dans des lieux abruptes, et leur enseignent à sauter. Les mâles, délivrés des ardeurs du rut, courent avidement aux pacages; quand ils se sentent un excès d'embonpoint, ils cherchent la retraite, à cause de l'incommodité qu'il leur cause. Au reste, ils prennent toujours des temps de repos dans leur fuite, et s'arrêtent pour regarder derrière eux; quand on en approche, ils se remettent à courir. Cela provient de la douleur qu'ils éprouvent à leurs intestins, si faibles, qu'il suffit d'un coup léger pour en causer la rupture à l'intérieur. [3] Ils fuient dès qu'ils entendent les aboiements des chiens, en se tenant sous le vent, afin que l'odeur de leur piste s'en aille avec eux. Ils écoutent avec plaisir le chalumeau des bergers et leurs chants : quand ils dressent les oreilles, leur ouïe est très fine; ils sont sourds quand ils les baissent. Du reste, c'est un animal simple et qui s'étonne de tout; à tel point qu'un cheval ou une génisse s'approchant, il ne voit pas le dessein qui le poursuit, ou, le voyant, il contemple l'arc et les flèches. [4] Les cerfs traversent les mers à la nage, en formant une longue file; ils mettent leur tête sur la croupe de celui qui est devant, et chacun va à son tour à l'arrière-garde. On observe surtout cette manière de nager chez ceux qui vont de Cilicie en l'île de Chypre. Ils ne voient pas la terre, mais ils la sentent, et c'est ce qui les guide. Les mâles ont des cornes, et seuls de tous les animaux ils les perdent annuellement à une époque déterminée du printemps; aussi, au moment de les perdre, se retirent-ils dans les solitudes les plus inaccessibles. Après les avoir perdues, ils se tiennent cachés comme s'ils étaient désarmés; mais eux aussi nous envient les avantages que nous en pourrions retirer. On assure que leur corne droite ne se trouve pas, étant douée de quelque propriété médicamenteuse; et cela est d'autant plus étonnant, il faut en convenir, qu'ils sont sujets à la mue annuelle, même dans les parcs : on pense qu'ils l'enfouissent. [5] L'odeur que répand l'une ou l'autre de ces cornes brutes met en fuite les serpents, et fait reconnaître les personnes sujettes à l'épilepsie (34). L'âge des cerfs est indiqué par leur bois; chaque année, il s'y ajoute un andouiller jusqu'à six ans; à partir de cette époque, le bois repousse sans changement, et ne peut plus servir à faire discerner leur âge : mais leur vieillesse se connaît aux dents; les siens n'en ont que peu, ou n'en ont point. Ils n'ont pas non plus à la partie inférieure du bois certaines dagues qui s'avancent ordinairement sur le front des jeunes. Chez les cerfs châtrés, le bois ne tombe pas et ne pousse pas non plus. [6] Le bois repousse par deux tubercules, et est semblable d'abord à de la peau sèche; il croît par des tiges tendres, revêtues d'un duvet doux, comme des têtes de roseau. Les cerfs, tant qu'ils n'ont pas leur bois, ne vont au pâturage que la nuit; à mesure qu'il croît, ils l'endurcissent à la chaleur du soleil, et l'essayent de temps en temps contre les arbres; quand il leur semble assez dur, ils se montrent au grand jour. On en a pris qui portaient dans leur bois du lierre verdoyant; ce lierre, implanté pendant qu'Ils frottaient leur bols tendre encore contre les arbres pour l'essayer, y avait pris racine comme sur un végétal. [7] On en trouve qui sont blancs, comme fut, dit-on, la biche de Q. Sertorius, lequel avait persuadé aux nations espagnoles qu'elle rendait des oracles. Le cerf est aussi en hostilité avec les serpents (XXVIII, 9 et 42); il cherche les cavernes de ces reptiles, et, par le souffle de ses narines, il les force à en sortir; aussi l'odeur de la corne de cerf brûlée a une vertu singulière pour chasser les serpents. Quant aux morsures de ces reptiles, le meilleur remède est la présure d'un faon tué dans le ventre de sa mère. La longévité des cerfs est un fait reconnu. Quelques-uns ont été pris, au bout de cent ans, avec des colliers d'or qu'Alexandre le Grand leur avait fait mettre, et qui étaient cachés sons les plis de la peau, à cause de l'embonpoint que ces animaux avaient acquis. [8] Le cerf n'éprouve pas les maladies rebelles, et même il en préserve : en effet, nous savons que quelques dames d'un rang illustre avaient naguère l'habitude de manger de la chair de cerf tous les matins, et furent exemptes de la fièvre pendant une longue vie. On pense que cette propriété n'est sûre que quand l'animal a été tué d'un seul coup. (XXXIII.) A la même espèce que le cerf appartient un animal qui n'en diffère que par la barbe et les poils des épaules, et qu'on appelle tragélaphe (35); on ne le trouve que sur les bords du Phase.
[2] Toujours la tête haute et la gueule ouverte, il est le seul de tous les animaux qui ne mange ni ne boive, et qui n'ait pas d'autre aliment que l'air. Redoutable vers la fin des jours caniculaires, il est le reste du temps inoffensif. La nature de sa coloration est ce qu'Il y a de plus digne d'admiration; en effet, il change souvent de couleur dans ses yeux, dans sa queue et tout son corps, et reproduit toujours celle dont il est voisin, excepté le rouge et le blanc; mort il est de couleur pâle. Il n'a un peu de chair qu’à la tête, aux mâchoires, et à la naissance de la queue ; il n'en a pas dans le reste du corps. Il n'a de sang que dans le coeur et autour des yeux; il n'a point de rate. Il hiverne comme les lézards.
[2] Le renne a la taille du boeuf; sa tête est plus grande que celle du cerf, et n'en diffère guère; son bois est rameux, son pied fendu, son poil aussi long que celui de l'ours. Quand il ne change pas sa couleur naturelle, il offre celle de l'âne. Son cuir est si dur, qu'on en fait des cuirasses. Il reproduit la couleur des arbres, des arbrisseaux, des fleurs, et des lieux où il se cache lorsqu'il a peur; aussi le prend-on rarement. Il était étonnant que des apparences aussi multipliées fussent données au corps ; il l'est encore plus quelles soient données au poil.
[2] Rien de plus rare que de voir une ourse mettre bas. Les mâles se tiennent cachés pendant quarante jours. les femelles pendant quatre mois. S'ils n'ont pas de caverne, ils bâtissent avec des branchages une cabane impénétrable à la pluie, et garnie d'un lit de feuillage. Dans les quatorze premiers jours, leur sommeil est si profond, que les blessures même ne peuvent les en tirer. Cet engourdissement les engraisse d'une manière extraordinaire. La graisse qu'ils acquièrent en ce temps entre dans des préparations médicamenteuses, et est utile contre la chute des cheveux (XXXVII, 46). Ces quatorze jours écoulés, ils se tiennent assis, et vivent en suçant leur pattes de devant. Ils réchauffent leurs petits glacés, les serrant contre leur poitrine, non autrement que les oiseaux couvent leurs oeufs. [3] Chose singulière! Théophraste (de Odor., p. 196) croit que la chair d'ours, même cuite, croît, si on la conserve, pendant le temps de leur retraite. Le même auteur dit que pendant l'hivernage on ne trouve aucune trace d'aliments; que leur ventre ne contient qu'une très petite quantité de liquide; qu'il n |