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PLINE L'ANCIEN

 

HISTOIRE NATURELLE

 

LIVRE ONZE

 

livre 10           livre 12

Texte français

Paris : Dubochet, 1848-1850.

édition d'Émile Littré

 

LIVRE XI,

TRAITANT DES INSECTES.

I. Extrême ténuité que la nature présente en ces choses. - II. Les insectes respirent-ils? ont-ils du sang?  - III. De leur corps. -  IV. Des abeilles. - V. Quel est l'ordre observé dans leurs travaux. - VI. Que sont, dans leurs produits, la commosis, la pissocéros, la propolis.- VII.  Ce qu'est l'érithace , ou sandarace , ou cerinthe. - VIII. Avec quelles fleurs se font les travaux des abeilles. - IX. Hommes épris de l'étude des abeilles.- X. Marche de leur travail. - XI. Des bourdons. - XII. Nature du miel. - XIII. Quels sont les meilleurs miels. - XIV. Quelles sont les variétés du miel suivant les lieux. - XV. Manière d'éprouver le miel. L'érice, tétradice , ou sisyre. - XVI. Reproduction des abeilles. - XVII. Mode de leur gouvernement. - XVIII. Que les essaims fournissent parfois d'heureux présages. - XIX. Des espèces d'abeilles. - XX. Des maladies des abeilles. - XXI. Ce qui leur est contraire. - XXII. Du Moyen de les retenir. - XXIII. Moyen d'en réparer la perte. - XXIV. Des guêpes et des frelons. Animaux qui s'emparent du travail d'autrui. - XXV. Du bombyx d'Assyrie. - XXVI. Des chrysalides bombyliennes. Quel est l'inventeur des étoffes bombycines. - XXVII. Du bombyx de Cos. Comment se font les tissus de Cos. - XXVIII. Des araignées. Quelles sont parmi elles celles qui font de la toile. Nature des matériaux dont elles composent leur toile. - XXIX. Reproduction des araignées. - XXX. Des scorpions. - XXXI. Des stellions. - XXXII. Des cigales : qu'elles n'ont ni bouche ni anus. - XXXIII. Des ailes des insectes. - XXXIV. Des scarabées. Lampyrides. Autres espèces de scarabées. - XXXV. Des sauterelles.- XXXVI. Des fourmis. - XXXVII. Chrysalides. - XXXVIII. Des animaux qui naissent du bois ou dans le bois. - XXXIX. Animaux parasites de l'homme. Quel est l'animal le plus petit. Qu'il y a des animaux même dans la cire. - XL. Animal sans conduit excréteur pour les aliments. - XLI. Teignes, cantharides, culex. L'animal de la neige. - XLII. L'animal du feu : pyralis ou pyraustes. - XLIII. L'éphémère. - XLIV.I Caractères et histoire de tous les animaux, comparés membre à membre. Quels sont ceux qui ont des aigrettes , qui ont des crêtes. - XLV Des espèces de cornes. Cornes mobiles. - XLVI. Des têtes , et de ceux qui n'en ont pas. - XLVII. Des cheveux. - XLVIII. Des os de la tête. - XLIX. Du cerveau. - L. Des oreilles. Quels sont ceux qui entendent sans oreilles et sans conduit auditif. - LI. De la face , du front et des sourcils. - LII. Des yeux. Animaux sans yeux ; animaux n'ayant qu'un œil. - LIII. De la diversité des yeux. - LIV. Mode de la vision. Animaux voyant la nuit. - LV. De la nature de la pupille. Animaux qui ne clignent pas. - LVI. Des cils. Animaux qui n'en ont pas.  Animaux qui n'en ont qu'à une des paupières. - LVII. Animaux qui n'ont pas de paupières. - LVIII. Des joues. - LIX.I Des narines. - LX. De la bouche, des lèvres, du menton, des mâchoires. - LXI. Des dents. Espèces des dents. Animaux qui n'en ont pas en haut et en bas. Animaux qui les ont creuses. - LXII. Des dents des serpents; de leur venin. Quel est le volatile qui a des dents. - LXIII. Merveilles concernant les dents. - LXIV. Moyen de reconnaître l'âge des animaux par les dents. - LXV. De la langue. Animaux qui en sont dépourvus. Du son que font entendre les grenouilles. Du palais. - LXVI. Amygdales. Luette , épiglotte , trachée-artère, pharynx. - LXVII.  Nuque , col , épine dorsale. - LXVIII. Gosier, œsophage, estomac. - LXIX. Du cœur, du sang , de l'âme. - LXX. Quels sont les animaux qui ont le cœur le plus gros , le plus petit? quels sont ceux qui en ont deux? - LXXI.  Quand a-t-on commencé à examiner le cœur dans l'inspection des entrailles? - LXXII. Du poumon. Chez quels animaux il est le plus gros , le plus petit. Chez quels animaux il n'y a que du poumon à l'intérieur. Quelle est la cause de la vélocité des animaux.  - LXXIII. Du foie. Chez quels animaux, et en quels lieux trouve-t-on deux foies ? - LXXIV. De la vésicule biliaire. Où et chez quels animaux est-elle double? quels animaux en sont dépourvus? chez quels animaux est-elle située ailleurs qu'au foie? - LXXV. Vertu du fiel. - LXXVI. Chez quels animaux le foie croît et décroît avec la lune. Observations des aruspices touchant ce viscère; et choses merveilleuses. - LXXVII. Région précordiale ; nature du rire. - LXXVIII. Du ventre. Des animaux qui n'en ont pas. Quels sont les seuls animaux qui vomissent - LXXIX. Lactes , billes, bas-ventre , colon. Pourquoi certains animaux sont-ils insatiables ? - LXXX. De l'épiploon , de la rate ; des animaux qui n'ont pas de rate. - LXXXI. Des reins. Où l'on voit des animaux en avoir quatre. Animaux qui n'en ont point. - LXXXII. Poitrine ; côtes. - LXXXIII. Vessie. Animaux qui n'en ont pas. - LXXXIV. Des vulves. De la vulve de truie; du sumen. - LXXXV. Des animaux qui ont du suif. De ceux qui n'engraissent pas. - LXXXVI. De la moelle ; des animaux qui n'en ont pas. - LXXXVII. Des os et de la colonne vertébrale. Des animaux qui n'ont ni os ni colonne vertébrale. Cartilages. - LXXXVIII. Des nerfs. Animaux sans nerfs. - LXXXIX. Artères, veines. Animaux sans veines et sans artères. Du sang et de la sueur. - XC. Animaux dont le sang se coagule avec le plus de rapidité ; animaux chez qui il ne se coagule pas; animaux qui l'ont le plus épais , le plus ténu , qui n'en ont pas. - XCI. Animaux qui n'ont pas de sang à certaines époques de l'année. - XCII. Le sang est-il l'agent essentiel de la vitalité? - XCIII.Du cuir. - XCIV. Des poils, et de ce qui recouvre le cuir. - XCV. Des mamelles. Volatiles qui ont des mamelles. Choses remarquables chez les animaux, touchant les mamelles. - XCVI. Du lait , du colostrum , du fromage ; laits qui n'en fournissent pas. De la présure. Genres d'aliments que fournit le lait. - XCII. Des espèces de fromages. - XCVIII. Différences que présentent les membres de l'homme avec ceux des autres animaux. - XCIX. Des doigts , des bras. - C. De la ressemblance des singes avec l'homme. - CI. Des ongles. - CII. Du genou et du jarret. - CIII. Quelles sont les parties du corps humain auxquelles s'attachent des idées religieuses. - CIV. Varices. - CV. De la marche : des pieds et des jambes. - CVI. Des sabots des quadrupèdes. - CVII. Pieds des oiseaux. - CVIII. Pieds des animaux, de deux à cent. Des nains.- CIX. Des organes génitaux ; des hermaphrodites. - CX. Des testicules. Eunuques de trois espèces.- CXI. Des queues. - CXII. De la voix des animaux. - CXIII. Des membres surnuméraires. - CXIV. Signes de vitalité et indices du moral des hommes, d'après la conformation de leurs membres. - CXV. De l'haleine et de la nourriture. - CXVI. Animaux qui , nourris de poison , ne périssent pas, et qui , mangés , donnent la mort. - CXVII. Causes des mauvaises digestions. Remèdes des indigestions. - CXVIII. De quelle manière vient l'embonpoint; de quelle manière on le diminue. - CXIX. Quelles choses il suffit de goûter pour apaiser la faim et la soif.

Résumé . Faits, histoires et observations, 2370.

Auteurs :

M. Varron, Hygin, Scropha, Saserna, Celse, Aemilius Macer, Virgile, Columelle, Julius Aquila qui a écrit sur la doctrine des Étrusques, Tarquitius qui a traité le même sujet, Umbricius qui a traité le même sujet , Caton le Censeur, Domitius Calvinus, Trogue Pompée, Melissus, Fabianus, Mucien, Nigidius, Mamilius, Oppius.

Auteurs étrangers :

Aristote, Démocrite, Néoptolème qui a écrit sur la fabrication du miel , Aristomaque qui a traité le même sujet, Philistus qui a traité le même sujet, Micandre, Ménécrate, Denys qui a traduit Magon , Empédocle, Callimaque, le roi Attale, Apollodore qui a écrit sur les animaux venimeux, Hippocrate, Hérophile, Erasistrate, Asclépiade , Thémison , Posidonius le Stoïcien , Ménandre de Priène, Ménandre d'Héraclée , Euphronius d'Athènes, Théophraste, Hésiode, le roi Philométor.


 

LIVRE XI.

I. (I.) [1] Les Insectes sont nombreux et de diverses espèces, et leur vie est celle des animaux terrestres et des oiseaux. Les uns sont ailés, comme les abeilles; les autres sont ailés et sans ailes, comme les fourmis ; quelques-uns manquent et d'ailes et de pattes. Tous ces animaux ont été appelés avec raison insectes, à cause des divisions qui les coupent tantôt au col, tantôt à la poitrine et à l'abdomen, en segments réunis l'un à l'autre seulement par un conduit ténu.

[2] Chez quelques insectes la division n'est pas complète ; un repli l'enveloppe, et les commissures s'imbriquent soit à l'abdomen, soit à la partie supérieure du corps. Nulle part la nature n'a déployé plus d'habileté. (II.) Dans les grands animaux, ou du moins dans les animaux plus grands, le travail fut facile et la matière obéissante ; mais dans ces animaux si petits, si voisins du néant, quelle sagesse, quelle puissance, quelle perfection ineffable ! Où a-t-elle pu mettre un aussi grand nombre de sens dans le cousin? et il y a des animaux encore plus petits!

[3] Où a-t-elle placé la vue en sentinelle? où a-t-elle appliqué le goût? où a-t-elle inséré l'odorat? où a-t-elle disposé l'organe de cette voix farouche et relativement si forte? avec quelle subtilité n'a-t-elle pas agencé les ailes, prolongé les pattes, disposé une cavité affamée, espèce de ventre, et allumé une soif avide de sang, et surtout de sang humain? avec quelle adresse n'a-t-elle pas aiguisé l'arme propre à percer la peau, et, comme si elle était au large dans cet appareil si ténu qu'on peut à peine l'apercevoir, n'y a-t-elle pas créé un double mécanisme qui le rend pointu pour perforer, et creux pour pomper?

[4] Quelles dents a-t-elle données au taret (teredo navalis, L.) pour percer les planches de chêne avec un bruit attestant son action destructive, et trouver sa principale nourriture dans le bois ? Nous admirons les épaules des éléphants chargées de tours, le cou des taureaux, leur forai lancer en l'air ce qu'ils saisissent, les déprédations des tigres, les crinières des lions, tandis que la nature n'est tout entière nulle part plus que dans les êtres les plus petits. En conséquence, je prie les lecteurs, malgré le mépris qu'on a pour beaucoup de ces insectes, de ne pas condamner et dédaigner ce qui est rapporté ici : dans l'observation de la nature rien ne peut paraître superflu.

II. (III.) [1] Beaucoup d'auteurs ont refusé la respiration aux insectes, alléguant que, dans les viscères intérieurs, on ne trouve pas d'organe respiratoire; ils ont soutenu que ces animaux vivaient comme les plantes et les arbres, et qu'il y avait une grande différence entre respirer et vivre ; que pour la même raison ils n'avaient pas de sang, liquide qu'on ne trouve chez aucun animal privé de cœur et de foie ; que, de la même façon, ceux qui n'ont pas de poumon ne respirent pas.

[2] De là sort une série de nombreuses questions. En effet, les mêmes auteurs disent que les insectes n'ont pas de voix, malgré le bourdonnement bruyant des abeilles, le chant des cigales, et les sons de plusieurs autres dont il sera question eu lieu et place. En contemplant la nature je me suis habitué à penser qu'en elle rien n'est incroyable; et je ne vois pas pourquoi on comprendrait mieux la vie de ces animaux sans respiration, que leur respiration sans poumon ; doctrine que j'ai soutenue (IX, 6) pour les animaux marins, malgré la densité et la profondeur de l'eau, qui met obstacle à la respiration.

[3] Quoi donc ! la respiration ne sera pas dévolue aux insectes ; et ces animaux volent, vivent au milieu de l'élément respirable, ont les instincts de la nourriture, de la génération, du travail, et même le soin de l'avenir, jouissent, bien que dépourvus des organes qui sont en quelque sorte le support des sens, de l'ouïe, de l'odorat, du goût, et ont reçu en outre de la nature des dons précieux, l'adresse, le courage, l'habileté! Ils n'ont pas de sang, je l'avoue, liquide qui ne se trouve pas même chez tous les animaux terrestres ; mais ils ont quelque chose d'équivalent.

[4]  De même que, dans la mer, les sèches ont une liqueur noire au lieu de sang (IX, 46), et les pourpres ce suc colorant qui teint les étoffes (IX, 60), de même chez les insectes le liquide qui entretient la vie, quel qu'il soit, sera le sang. Mais laissons à chacun l'opinion qu'il se fait; il nous suffit, pour atteindre notre but, d'indiquer les conditions manifestes des choses, sans juger les questions douteuses.

III. (IV.) [1] Les insectes, autant qu'il est possible de s'en assurer, ne paraissent point avoir des parties nerveuses, des os, des épines, des cartilages, de la graisse, de la chair, pas même une croûte fragile comme certains animaux marins (IX, 50), ni rien qu'on puisse appeler peau avec raison; mais ils ont un corps d'une nature intermédiaire en quelque sorte entre toutes ces choses, un corps pour ainsi dire aride, plus mou que les parties nerveuses, et dans le reste plutôt sec, à bien parler, que dur. Voilà tout ce qu'ils ont, rien de plus; à l'intérieur rien, si ce n'est dans un petit nombre un intestin replié. Aussi, même coupés, jouissent-ils d'une grande vitalité, et les parties isolées palpitent.

[2] Quel le que soit la source de leur vie, elle n'est pas attachée à certains membres, mais elle est dispersée dans le corps entier, toutefois dans la tête moins que partout ailleurs; la tête, séparée, ne se meut pas, à moins qu'elle ne soit arrachée avec le corselet. Aucune espèce n'a plus de pieds que les insectes. Ceux qui en ont le plus vivent le plus longtemps coupés en morceaux, comme on le voit dans les scolopendres. Ils ont des yeux, et en outre, parmi les sens, le tact et le goût; quelques-uns ont l'odorat; peu ont l'ouïe.

IV. (V.) [1] Entre tous le premier rang appartient I aux abeilles, et elles méritent la principale admiration, étant seules, parmi tous les insectes, faites pour l'homme. Elles extraient le miel, suc très doux, très léger et très salutaire; elles fabriquent les rayons et la cire, qui ont mille usages dans la vie; elles se soumettent au travail, exécutent des ouvrages, ont une société politique, des conseils particuliers, des chefs communs, et, ce qui est plus merveilleux, elles ont une morale.

[2] De plus, sans qu'elles soient ni apprivoisées ni sauvages (VIII, 82), la nature est si puissante, que d'un avorton, que de l'ombre d'un animal elle a fait une merveille incomparable. Quelle puissance musculaire, quelle force mettre de pair avec tant d'habileté et d'industrie? et même quels génies humains comparer à leur intelligence? Elles ont au moins cet avantage de ne rien posséder qu'en commun. Ne parlons pas de l'âme, admettons seulement qu'elles aient du sang; la quantité en sera bien petite en un si petit corps. Faites maintenant la proportion entre si peu de sang et tant d'instinct.

V. (VI.) [1] Elles se tiennent cachées pendant l'hiver ; car où prendraient-elles des forces pour supporter les frimas, les neiges et le souffle de l'Aquilon? Tous les insectes hivernent aussi, mais moins longtemps ; ceux qui ont leur retraite dans nos maisons se réchauffent de bonne heure. Quant aux abeilles, les saisons ou les climats ont varié, ou bien les anciens se sont trompés. Elles se renferment après le coucher des Pléiades, mais elles restent cachées au delà du lever de cette constellation; à plus forte raison elles ne sortent pas au commencement du printemps, comme on l'a dit; et en Italie personne n'a cette idée sur les ruches. Avant la floraison des fèves, elles sortent pour se livrera leur travail, et, tant que l'atmosphère est favorable, elles ne perdent  pas un seul jour.

[2] D'abord elles construisent les rayons, pétrissent la cire, c'est-à-dire bâtissent leurs cellules et leurs maisons; puis elles font leurs petits, enfin le miel ; la cire avec les fleurs, le melligo avec les larmes des arbres qui produisent une glu, avec le suc, la gomme, la résine du saule, de l'orme et du roseau. Avec ces substances et d'autres sucs plus amers, elles font d'abord un enduit dont elles revêtent tout l'intérieur de la ruche, sorte de défense contre l'avidité d'autres petites bêtes; car elles savent bien qu'elles vont fabriquer ce qui peut être un objet de convoitise. Puis avec la même matière elles rétrécissent les portes trop larges.

 VI. (VII.) [1] Les personnes du métier appellent commosis les premiers fondements, pissoceros les seconds, et les troisièmes propolis : la propolis est placée entre ces deux couches et la cire ; on s'en sert beaucoup dans les compositions médicamenteuses (XXII, 50). La commosis forme la première couche ; elle a un goût amer : la pissoceros vient ensuite ; c'est une cire plus molle, comme si les abeilles voulaient poisser leurs constructions. La propolis provient de la gomme pins douce des vignes (XXIII, 3) et des peupliers (XXIV, 32) : c'est une substance déjà plus dense, à laquelle du suc de fleurs a été ajouté; mais et n'est pas encore de la cire; elle est le fondement des rayons, et ferme les issues au froid et à toute influence nuisible ; elle a aussi une odeur forte, à tel point qu'on s'en sert généralement en place de galbanum.

VIII. [1] En outre, les abeilles amassent l'érithace,  que quelques-uns nomment sandaraque, d'autres cérinthe : c'est la nourriture des abeilles pendant qu'elles travaillent ; on la trouve souvent en réserve dans les cavités des rayons ; elle a aussi une saveur amère. Elle est le produit de la rosée du printemps et du suc gommeux des arbres, moins abondante par le vent Africas, plus noire par le vent du midi, meilleure et rouge par l'Aquilon, très abondante sur les noyers grecs (amandiers). Ménécrate dit que la fleur de ce noyer donne des indices sur ce que sera la récolte en miel; mais il est le seul qui le dise.

VIII. (VIII.) [1] Les abeilles font la cire avec les fleurs de tous les arbres et de toutes les plantes cultivées, excepté la patience (XIX, 40 ; XX, 85) et l'échinopode ; ce sont des herbes. On excepte à tort le spart (XIX, 7) : plusieurs miels d'Espagne provenant de lieux plantés de spart ont le goût de cette plante. Je pense aussi que c'est à tort qu'on excepte l'olivier (XXI, 41); car il est certain que l'abondance des olives est favorable à la multiplication des essaims. Les abeilles ne nuisent à aucun fruit; elles ne se posent même pas sur une fleur morte, bien moins encore sur un corps mort. Elles opèrent dans un espace de soixante pas autour de la ruche, et quand les fleurs du voisinage sont consommées, elles envoient des explorateurs chercher des pâturages plus éloignés. Surprises par la nuit dans une expédition, elles veillent couchées sur le dos, afin de protéger leurs ailes contre la rosée.

IX. (IX.) [1] On ne s'étonnera pas que des hommes se soient épris d'amour pour elles, par exemple Aristomaque de Soles, qui pendant cinquante-huit ans ne fit que s'occuper des abeilles, et Philiscus de Thasos, qui vécut dans les lieux déserts élevant des abeilles, et qui fut surnommé le Sauvage. Tous deux ont écrit sur les abeilles.

X. (X.) [1] Voici la règle de leur travail : pendant le jour, une garde veille aux portes comme dans les camps; pendant la nuit ou se repose, jusqu'au matin, qu'une abeille éveille les autres en bourdonnant deux ou trois fois, comme si elle sonnait de la trompette. Alors elles s'envolent toutes ensemble, si la journée doit être douce ; elles prévoient en effet les vents et les pluies, et se tiennent renfermées dans leur ruche. Quand le temps est beau (et elles ont aussi la faculté de le deviner), la troupe sort et va se mettre à l'ouvrage : les unes chargent de fleurs leurs pattes, les autres remplissent d'eau leur bouche, et de gouttes tout le duvet de leur corps.

[2]  La jeunesse travaille ainsi au dehors, et rapporte ces provisions; les abeilles plus âgées s'occupent à l'intérieur. Celles qui portent les fleurs chargent avec leurs pattes de devant leurs pattes de derrière, qui à cette fin sont rugueuses, et leurs pattes de devant avec leur trompe; puis, toutes chargées, reviennent pliant sous le faix. Elles sont reçues par trois ou quatre abeilles, qui les déchargent. Car, à l'intérieur aussi, les emplois sont divisés : les unes construisent, les autres polissent; d'autres passent les matériaux, d'autres préparent des aliments avec ce qui a été apporté.

[3] En effet, elles ne mangent pas à part, pour qu'il n'y ait aucune inégalité ni dans le travail, ni dans la nourriture, ni dans la distribution du temps. Elles commencent leurs constructions à la voûte de la ruche, et, comme dans le tissage de la toile, elles conduisent la contexture de leurs cellules de haut en bas, laissant deux sentiers autour de chaque construction, pour l'entrée des unes et la sortie des autres. Les rayons, fixés par le haut et aussi un peu par le côté, tiennent ensemble et sont également suspendus ; ils ne touchent pas le plancher ; ils sont anguleux ou ronds, suivant que l'exige la forme de la ruche ; quelquefois anguleux et ronds, lorsque deux essaims qui vivent dans la concorde ont des procédés différents. Elles soutiennent les rayons qui s'affaissent, à l'aide de piliers partant du sol et disposés en arcades, pour que le passage ne soit pas fermé aux réparations.

[4] Elles laissent vides les trois premières rangées environ, pour ne pas exposer à la vue ce qui pourrait tenter les voleurs. Les dernières rangées sont les plus remplies de miel ; aussi est-ce par le derrière de la ruche qu'on retire les rayons. Les abeilles chargées recherchent les vents favorables; s'il s'élève un orage, elles prennent une petite pierre dont le poids leur sert de lest ; quelques auteurs prétendent qu'elles la mettent sur leur épaule. Quand le vent est contraire, elles volent à ras-terre, en évitant les ronces. Le travail est merveilleusement surveillé. Les paresseuses sont remarquées, puis châtiées, enfin punies de mort. Leur propreté est extraordinaire : elles enlèvent tout delà ruche, et ne laissent aucune immondice au milieu de leurs travaux. Les excréments des ouvrières sont accumulés en un seul endroit dans l'intérieur, afin qu'elles ne s'écartent pas trop loin ; et, dans les journées de mauvais temps, quand on ne travaille pas, elles les transportent au dehors.

[5] Sur le soir le bourdonnement va diminuant dans la ruche, jusqu'à ce qu'une abeille volant autour, et faisant entendre un bourdonnement semblable à celui du réveil, donne, pour ainsi dire, le signal du repos. C'est encore une habitude militaire. Alors soudainement toutes gardent le silence. (XI.) Elles construisent d'abord des maisons pour la multitude, puis pour les rois : si on attend une année abondante, elles ajoutent des logements pour les bourdons; ce
sont les plus petites cellules, bien que les bourdons soient plus gros que les abeilles.

XI. [1] Les bourdons sont sans aiguillon, espèce d'abeilles imparfaites, produites les dernières, ébauchées par des parents fatigués et épuisés, progéniture tardive, et, pour ainsi dire, les esclaves des abeilles véritables. Aussi leur commandent-elles; elles les poussent les premiers à l'ouvrage, et punissent sans miséricorde leur paresse. Les bourdons non seulement les aident dans leur travail, mais encore ils leur sont utiles pour la propagation de l'espèce, la multitude contribuant beaucoup à entretenir la chaleur. Dans tous les cas, plus le nombre de ces bourdons est grand, plus la production des essaims est féconde. Lorsque le miel commence à mûrir, elles les chassent; et, se mettant plusieurs après un seul, elles les tuent. Ces bourdons ne se voient qu'au printemps. Un bourdon auquel on a ôté les ailes, remis dans la ruche, les enlève aux autres.

XII. [1] Dans le bas de la ruche elles construisent, pour leurs chefs futurs, des palais spacieux, magnifiques, séparés, et surmontés d'une espèce de dôme; si on ôte cet appendice, il ne se produit pas de progéniture. Toutes les cellules sont hexagones, chaque patte ayant fait son côté. Aucun travail n'est à jour fixe; mais elles se hâtent, pendant les beaux temps, d'accomplir leur tâche; en une ou deux journées au plus elles remplissent les cellules de miel, (XII.) Cette substance vient de l'air, surtout au lever des constellations; elle se fait principalement quand Sinus est dans son éclat, jamais avant le lever des Pléiades, au moment de l'aube.

[2] Aussi trouve-t-on alors, à la première aurore, les feuilles des arbres humectées de miel ; et ceux qui le matin sont en plein air sentent que leurs vêtements et leurs cheveux sont enduits d'une liqueur onctueuse. Sueur du ciel, ou espèce de salive des astres, ou suc de l'air qui se purifie, plût aux dieux que le miel fût pur, limpide, et tel qu'il a coulé d'abord! mais, tombant d'une aussi grande hauteur, il se salit beaucoup dans son trajet vers nous, et il se corrompt par les exhalaisons terrestres qu'il rencontre ; en outre, il est pompé sur le feuillage et les herbages, accumulé dans les petites poches des abeilles (car elles dégorgent par leurs trompes), altéré par le suc des fleurs, macéré dans les ruches, et modifié mille fois; néanmoins il fait éprouver un grand plaisir, effet de son origine céleste.

XIII. (XIII.) [1]  Il est toujours le meilleur lu où il a pour réservoirs les calices des fleurs les plus exquises. Les plus renommés sont ceux du mont Hymette en Attique et du mont Hybla en Sicile, puis ceux de l'île Calydna (IV, 23, 5; V, 36, 1). Au commencement le miel est liquide comme de l'eau ; il bouillonne pendant les premiers jours comme du moût, et il se purifie; au vingtième jour il s'épaissit, puis il se couvre d'une pellicule mince : c'est l'écume qui se concrète par l'effet de la chaleur. Le meilleur au goût, celui qui est le moins altéré par les feuilles, provient des feuilles du chêne, du tilleul et des roseaux.

XIV. (XIV.) [1] L'excellence des produits dépend, comme nous venons de le dire, du pays, mais à divers titres : ici, en effet, des rayons remarquables par la cire, comme chez les Pélignes et en Sicile; là, un miel abondant comme en Crète, en Chypre, en Afrique ; ailleurs, la grandeur du rayon est extraordinaire : comme dans les régions septentrionales ; on en a vu en Germanie un de huit pieds de long, noir dans la partie creuse.

[2] Toutefois, en quelque contrée que ce soit, on distingue trois espèces de miels. La première est le miel du printemps : le rayon a été formé avec les fleurs; on l'appelle anthinum (ἄνθος, fleur). Quelques-uns défendent d'y toucher, afin qu'une nourriture abondante produise une génération vigoureuse ; pour d'autres, c'est le miel dont il faut laisser le moins aux abeilles, parce que les produits abonderont au lever des grandes constellations. Du reste, le solstice d'été, quand le thym (XXI, 81) et la vigne commencent à fleurir, est le moment principal de l'approvisionnement des cellules.

[3] Il est une juste mesure à garder en taillant les ruches : la disette désespère les abeilles, elles meurent ou elles s'enfuient ; au contraire, l'abondance les rend paresseuses, et alors elles se nourrissent de miel et non d'érithace. Aussi les bons éleveurs laissent aux abeilles un douzième. Le jour fixé pour commencer la récolte est déterminé par une sorte de loi naturelle : je dirai, pour ceux qui veulent savoir ou pratiquer, que c'est le trentième jour après la sortie de l'essaim ; cette récolte se fait presque toujours dans le mois de mai.

[4] La seconde espèce est le miel d'été ; on l'appelle ὡραῖον, parce qu'il est produit dans la saison (ὥρα, saison) la plus favorable, quand Sirius est dans tout son éclat, trente jours environ après le solstice. La nature a révélé dans cette substance aux mortels des propriétés merveilleuses; mais la fraude de l'homme falsifie et perd toutes choses. Après le lever de chaque constellation, mais surtout des constellations de premier rang, ou l'apparition de l'arc-en-ciel, s'il ne survient pas de la pluie et que la rosée s'échauffe par les rayons du soleil, ce ne sont plus des miels, ce sont des médicaments qui se produisent ; dons célestes pour les yeux, les plaies et les viscères intérieurs. Si on recueille ce miel au lever de Sirius, et que le lever de Vénus, ou de Jupiter, ou de Mercure, tombe le même jour, ce qui arrive souvent, la douceur de cette substance, et la vertu qu'elle possède pour rappeler les mortels à la vie, ne sont pas moindres que celles du divin nectar.

XV. (XV.) [1] Le miel est plus abondant dans la pleine lune, plus gras dans un jour serein. Dans tout miel, celui qui a coulé spontanément, comme la mère-goutte et l'huile vierge, et qu'on appelle acetum, est le plus estimé. Tout miel d'été est d'une couleur rouge, ayant été produit dans des journées plus sèches. Le miel blanc ne se fait pas avec du thym ; on le regarde comme très bon pour les yeux et les plaies. Quant à celui qui provient du thym, il est d'une couleur d'or et d'un goût très agréable. Celui que nous voyons formé dans les calices des fleurs est gras; celui du romarin (XXIV, 59) est épais ; celui qui a des grumeaux est très peu estimé. Le miel du thym ne se coagule pas, il est filant au toucher; c'est la première preuve de sa pesanteur.

[2] Quand il se détache aussitôt et rejaillit en gouttes, c'est la preuve qu'il ne vaut rien. Les autres conditions, c'est qu'il soit parfumé, d'un doux tirant sur l'acre, gluant et transparent. Cassius Dionysius pense qu'on doit laisser aux abeilles le dixième de la récolte d'été, si les ruches sont pleines; si elles ne le sont pas, une part proportionnée ; et si elles sont vides, il ne faut pas y toucher du tout. Les habitants de l'Attique ont fixé l'époque de cette récolte au commencement de la capriflcation; d'autres, au jour consacré à Vulcain (en août).

[3]  (XVI.) La troisième espèce de miel, la moins estimée, est le miel sauvage; on l'appelle miel de bruyère. Les abeilles le recueillent après les premières pluies d'automne, lorsque la bruyère seule fleurit dans les forêts ; aussi a-t-il l'aspect sablonneux. Il se produit principalement après le lever d'Arcturus, à partir de la veille des ides de septembre (19 septembre). Quelques-uns retardent la récolte d'été jusqu'au lever d'Arcturus, parce que de là jusqu'à î'équinoxe d'automne il reste quatorze jours, et que de l'équinoxe au coucher des Pléiades, pendant quarante-huit jours, la bruyère est le plus abondante.

[4] Les Athéniens appellent cette plante tétralix, les Eubéens sisare ; ils la regardent comme très agréable aux abeilles : elle ne l'est peut-être que parce qu'alors il n'y a pas d'autres fleurs. Cette récolte se termine donc avec les vendanges et le coucher des Pléiades, vers les ides de novembre (18 novembre). L'expérience enseigne, qu'il faut laisser aux abeilles deux tiers de cette récolte, indépendamment de la partie des rayons qui contient l'érithace. Depuis le solstice d'hiver jusqu'au lever d'Arcturus, pendant soixante jours, elles sont plongées dam un sommeil qui leur tient lieu de toute nourriture. Depuis le lever d'Arcturus jusqu'à l'équinoxe du printemps, dans les climats plus chauds, elles sont éveillées, mais elles se tiennent renfermées dans leur ruche, et ont recours aux provisions qu'elles ont mises en réserve pour cette époque; mais en Italie elles y ont recours après le lever des Pléiades; elles dorment jusqu'à cette époque.

[5] Quelques-uns en retirant le miel le pèsent, et en prennent autant qu'ils en laissent : l'équité doit être observée même à leur égard, et on assure qu'elles meurent si le partage est frauduleux. On recommande avant tout que la personne chargée de retirer le miel soit lavée et propre. Elles haïssent les voleurs (XIX, 37), et les femmes pendant la menstruation. Quand on retire le miel, il est très avantageux de les chasser par la fumée, de peur qu'elles ne s'irritent, et qu'elles ne dévorent avidement le miel. On emploie souvent la fumée pour les réveiller de leur paresse au travail, car si elles ne restent pas sur les gâteaux, ils deviennent livides. D'un autre côté, en les enfumant trop souvent, on les infecte; le miel, qui s'aigrit au moindre contact de la rosée, se ressent très promptement du mal quelles éprouvent : aussi, parmi les diverses espèces de miels, on en a une qu'on appelle acapnos (sans fumée).

XVI. [1] La génération des abeilles a été parmi les savants un objet de grandes controverses et de recherches subtiles ; en effet, on ne les a jamais vues s'accoupler. Plusieurs ont pensé qu'elles devaient naître de fleurs artistement arrangées pour cette destination : quelques-uns admettent qu'elles proviennent de l'accouplement d'un seul individu qui est appelé roi dans chaque essaim; qu'il est le seul mâle; qu'il l'emporte par la taille pour qu'il ne s'épuise pas; qu'aussi nulle progéniture n'est produite sans lui ; que les autres abeilles sont des femelles qui l'accompagnent en sa qualité de mâle, et non de chef. Cette opinion, du reste probable, est réfutée par la génération des bourdons. Comment, en effet, se pourrait-il que le même accouplement produisit des individus parfaits et des individus imparfaits ? L'opinion que j'ai rapportée la première serait plus vraisemblable, s'il ne s'y présentait une difficulté différente: en effet, il naît quelquefois à l'extrémité des rayons des abeilles plus grosses, qui mettent les autres en fuite ; cette espèce nuisible s'appelle oestrus. Comment naît-elle, si les abeilles façonnent elles-mêmes leur progéniture?

[2] Un fait certain, c'est qu'elles couvent à la manière des poules : ce qui éclôt présente d'abord l'apparence d'un vermisseau blanc, couché en travers, et tellement adhérent à la cire, qu'il en paraît être une partie intégrante. Le roi est, dès le premier temps, de la couleur du miel, comme étant formé du choix de toutes les fleurs ; ce n'est pas un vermisseau, et tout d'abord il a des ailes. Les autres abeilles, quand elles commencent à prendre une forme, s'appellent nymphes, comme les bourdons se nomment sirènes ou céphènes. Si on ôte la tête à l'une ou à l'autre espèce avant qu'elles aient des ailes, le reste du corps est le mets le plus agréable pour les mères. Au bout de quelque temps elles leur instillent de la nourriture, et elles les couvent en bourdonnant très fort, pour produire, pense-t-on, la chaleur qui est nécessaire à l'éclosion des petits. Enfin, les membranes qui les enveloppent, comme l'œuf enveloppe le poussin, se rompent, et toute l'armée paraît à la lumière.

[3] Cela a été vu aux environs de Rome, à la campagne d'un consulaire qui avait fait des ruches avec la corne transparente des lanternes. Les petits ont pris tout leur développement en quarante-cinq jours. Dans certains rayons il se forme ce qu'on appelle le clou; c'est une cire dure et amère qu'on rencontre quand elles n'ont pas mené à bien leur couvain, soit par maladie, soit par paresse, soit par une stérilité naturelle ; c'est l'avortement des abeilles. Les petits, aussitôt après leur éclosion, travaillent avec les mères comme pour se former; leur jeune roi est accompagné d'un essaim de son âge.

[4] Les abeilles, dans la crainte de manquer de rois, en élèvent plusieurs; puis, quand la progéniture royale commence à grandir, elles s'accordent unanimement pour mettre à mon lès plus mauvais, de peur qu'ils ne soient une cause de discorde. Il y en a de deux sortes; le meilleur est noir et tacheté. Tous ces rois ont toujours une forme distinguée; ils sont deux fois plus gros que les autres, leurs ailes sont plus courtes, leurs pattes sont droites, leur démarche est plus fière, et sur le front ils ont une tache blanche en forme de diadème : ils diffèrent beaucoup aussi du vulgaire par leur éclat.

XVII. (XVII.) [1] Qu'on recherche maintenant s'il y a eu plusieurs Hercule, et combien de Bacchus, et ces autres questions ensevelies dans les profondeurs de l'antiquité. Voici une petite chose, elle est attachée à nos maisons de campagne, on l'a constamment sous la main ; et cependant les auteurs ne sont pas d'accord sur ceci : si le roi seul est sans aiguillon, sans autre arme que la majesté; ou si la nature, lui en ayant donné un, s'est contentée de lui en refuser l'usage. Ce qui est certain, c'est que le roi ne se sert pas de l'aiguillon. Le peuple lui obéit merveilleusement. Quand le roi sort, tout l'essaim est avec lui, se groupe alentour, l'enveloppe, le protège, et ne le laisse pas voir. Le reste du temps, quand le peuple est à l'ouvrage, le roi visite les travaux dans l'intérieur, paraît donner des exhortations, et seul est exempt du travail.

[2] Il a autour de lui des espèces de satellites et de licteurs, gardes assidus de son autorité. Il ne sort de la ruche que quand l'essaim doit émigrer. Cette émigration se connaît longtemps d'avance à un bourdonnement qui, entendu pendant quelques jours dans 1'intérienr, indique que les abeilles, attendant une journée favorable, font leurs apprêts. Si on coupe une aile au roi, l'essaim ne part pas. Quand elles sont en route, chacune ambitionne de s'approcher de lui, et se réjouit d'être remarquée, remplissant son devoir; fatigué, elles le soulèvent sur leurs épaules ; plus fatigué encore, elles le portent tout à fait. Si une d'elles reste en arrière par lassitude, ou s'égare, elle suit le reste à l'odeur. Le camp est toujours là où il s'arrête.

XVIII. [1] Alors elles forment pour les particuliers et pour les États, suspendues en grappe dans les maisons ou dans les temples, des présages souvent accomplis par de grands événements. Elles se posèrent sur la bouche de Platon encore enfant, annonçant ainsi la suavité de cette éloquence si douce ; elles se posèrent au camp de Drusus imperator (frère de Tibère), lors de l'éclatante victoire d'Arbalon (Germanie] : preuve que les conjectures des aruspices ne sont pas immanquables, car ils pensent que c'est toujours un funeste augure. En tenant le chef, on tient tout l'essaim; le chef perdu, la troupe se disperse et se joint à d'autres chefs.

[2] Jamais elles ne peuvent être sans roi. Elles les tuent à regret, quand il y en a plusieurs ; et elles préfèrent détruire les cellules de ceux qui naissent, quand elles désespèrent de la récolte; alors elles chassent aussi les bourdons. A l'égard de ces derniers il y a des doutes ; et quelques auteurs pensent qu'ils forment une espèce à part, comme cette abeille très grande parmi les autres, appelée larronnesse, parce qu'elle dévore furtivement le miel, mais noire et à large ventre. Il est certain que les abeilles mettent à mort les bourdons ; ces derniers n'ont pas de roi. Mais comment naissent-ils sans aiguillon, c'est ce qu'on n'explique pas.

[3] Avec un printemps humide, les essaims multiplient davantage; avec un printemps sec, le miel est plus abondant. Si une ruche vient à manquer de nourriture, l'essaim dirige une attaque contre la ruche voisine, dans le dessein de la piller; les autres se rangent en bataille pour résister; et si un gardien est présent, celui des deux essaims qui se sent soutenu par lui ne l'attaque pas. Elles se livrent souvent aussi des combats pour d'autres causes, et les deux généraux rangent l'une contre l'autre les armées ennemies. C'est surtout dans la récolte des fleurs que surgissent les querelles; chacune appelle ses compagnes à son secours. Un peu de poussière ou de fumée sépare les combattants. Les deux partis se réconcilient, si on les mouille avec du lait ou de l'eau miellée.

XIX. (XVIII.) [1] Il y a aussi des abeilles des campagnes et des bois, d'un aspect rude, beaucoup plus irascibles, mais l'emportant par le travail et le produit. Les abeilles domestiques sont de deux espèces : les meilleures sont courtes, nuancées, et ramassées dans leur rondeur ; celles qui sont allongées, et ont la forme des guêpes, sont mauvaises, et encore plus, parmi ces dernières, les velues. Dans le Pont il y a une espèce blanche, qui fait du miel deux fois par an. Sur les bords du fleuve Thermodon on en trouve deux espèces, l'une qui fait le miel sur les arbres, l'autre, sous terre; toutes deux construisent un triple gâteau et sont très productives.

[2]  La nature a donné aux abeilles un aiguillon attaché au ventre. Quelques-uns pensent qu'au premier coup il reste fixé dans la piqûre, et que l'abeille meurt aussitôt ; suivant d'autres, ce n'est qu'autant qu'il a été enfoncé assez avant pour entraîner une portion de l'intestin ; ils ajoutent qu'après avoir perdu leur aiguillon elles deviennent des bourdons ; qu'elles ne font plus de miel, châtrées pour ainsi dire, et incapables également de nuire et d'être utiles. On cite des exemples de chevaux tués par elles.

[3]  Elles haïssent les mauvaises odeurs, les fuient au loin, et même les parfums artificiels; aussi attaquent-elles ceux qui sont parfumés. Elles-mêmes sont exposées aux attaques de plusieurs animaux : les guêpes et les frelons, de la même race, mais abâtardis, leur font la guerre, et même une espèce de cousins qu'on nomme mulions leur est nuisible. Les hirondelles et d'autres oiseaux les détruisent. La grenouille les guette quand elles vont chercher de l'eau, ce qui est leur grande occupation pendant le temps où elles élèvent leur progéniture. Et ce ne sont pas seulement les grenouilles qui occupent les étangs et les ruisseaux, mais la grenouille buissonnière vient même les chercher, et, se traînant jusqu'à la porte de la ruche, elle souffle par cette ouverture : au bruit les abeilles arrivent, et sont aussi tôt enlevées. On dit que les grenouilles ne sentent pas les piqûres des abeilles. Les moutons encore sont dangereux pour elles; elles s'embarrassent dans la toison. L'odeur des écrevisses que l'on fait cuire dans le voisinage leur cause la mort.

XX. [1] Elles sont aussi sujettes par leur propre nature à des maladies. On s'en aperçoit aux indices suivants : elles sont tristes, dans la torpeur ; les unes offrent des aliments à des malades amenées devant la porte de la ruche à la chaleur du soleil; les autres emportent les mortes, et accompagnent les corps comme pour leur rendre les derniers devoirs. Si le roi périt par ce fléau, le peuple reste plongé dans une douleur inerte; les abeilles ne ramassent plus d'aliments, elles ne sortent plus, elles ne font que se grouper autour de son corps, avec un bourdonnement triste. On l'enlève en écartant cette multitude ; autrement la vue de leur roi mort entretiendrait leur deuil. Alors aussi, si on ne vient pas à leur secours, elles meurent de faim. C'est donc à leur allégresse et à leur bonne apparence qu'on juge de leur santé, (XIX.) Il y a aussi des maladies qui affectent leurs produits : le cleros quand elles ne remplissent pas leurs rayons, et la blapsigonie quand elles ne mènent pas à bien leur progéniture.

XXI. [1] L'écho, dont le son redoublé les frappe et les effraye, leur nuit ainsi que le brouillard. Les araignées leur font le plus de mal ; quand elles sont parvenues à tendre leur toile dans la ruche, elles tuent tout l'essaim. Ce papillon (teigne des ruches, phalœna tinea mellonella et phalœna tortrix cereana, L.), lâche et vil, qui vole autour des flambeaux allumés, leur est funeste, et de plus d'une façon : il mange la cire, et laisse des excréments qui engendrent des teignes ; de plus, partout où il va il masque les fils d'araignée, qu'il  couvre du duvet de ses ailes. Il s'engendre aussi dans le bois même de la ruche des teignes, qui font des ravages surtout dans la cire. Les abeilles sont encore victimes de leur propre avidité : quand elles se gorgent de fleurs, surtout au printemps,  il en résulte le cours de ventre.

[2] L'huile tue les abeilles comme tous les autres insectes, surtout si on les met au soleil après leur en avoir enduit la tête. Quelquefois aussi elles s'occasionnent la mort à elles-mêmes lorsque, voyant qu'on se dispose à enlever leur miel, elles se mettent à le dévorer. Du reste, elles sont très économes; et, dans les autres circonstances, elles chassent les abeilles prodigues et gourmandes, non moins que les paresseuses et les lâches. Leur miel même leur nuit : enduites par-devant avec cette substance, elles meurent. Tels sont les ennemis, tels sont les accidents (et je n'en ai rappelé que la moindre partie) auxquels un animal aussi bienfaisant est exposé; nous dirons en lieu et place les remèdes (XXI, 42) ; maintenant il s'agit de leur histoire.

XXII. (XX.) [1] Le tintement de l'airain les réjouit et les rallie ; ce qui prouve qu'elles sont aussi douées du sens de l'ouïe. Leurs travaux terminés, leur progéniture élevée, quittes de toute besogne, elles se livrent à des exercices solennels : elles se répandent dans la campagne, s'élèvent dans l'air, volent en tournant, jusqu'à ce que l'heure du repas les rappelle. Le terme le plus long de leur existence, en supposant qu'elles échappent aux ennemis et aux accidents, est de sept ans au plus ; on dit que jamais ruche n'a duré plus de dix ans. Il y a des gens qui pensent que, après leur mort, conservées pendant l'hiver dans la maison, exposées au soleil du printemps et échauffées pendant un jour entier dans de la cendre de figuier, elles reviennent à la vie.

XXIII. [1] Selon ces auteurs, l'espèce étant complètement détruite, on peut la renouveler dans le ventre d'un boeuf tué récemment et couvert de fumier : d'après Virgile (Géorg. IV, 284), avec le cadavre d'un jeune taureau, de même qu'on reproduit les guêpes et les frelons avec le cadavre des chevaux, et les scarabées avec celui des ânes, la nature opérant des métamorphoses d'une espèce en une autre. Mais on aperçoit l'accouplement des guêpes, des frelons et des scarabées, cependant leurs petits s'élèvent à peu près de la même manière que ceux des abeilles.

XXIV. (XXI) [1] Les guêpes font, avec de la boue, des nids dans des lieux élevés, et de la cire dans ces nids ; les frelons les font dans des trous ou sous terre. Les cellules sont hexagones chez ce deux espèces. Leur cire ressemble à de l'écorce et à de la toile d'araignée. Il n'y a pas dans cette race barbare de régularité dans la naissance des petits; l'un prend son vol, un autre est à l'état de nymphe, un troisième à l'état de ver. Tout cela s'opère en automne, et non au printemps; c'est surtout pendant la pleine lune qu'ils croissent.

[3] Les guêpes appelées ichneumons (elles sont plus petites que les autres)  tuent une espèce d'araignée qu'on nomme phalange; elles portent le corps dans leur nid, le couvrent d'un enduit, et en font naître par l'incubation leur progéniture. Toutes les guêpes se nourrissent de chair tandis que les abeilles ne touchent à aucune substance animale. Les guêpes pourchassent les grosses mouches; elles leur coupent la tête, et emportent le reste du corps. Les frelons des bois vivent dans les trous des arbres; en hiver, ils se tiennent cachés comme les autres insectes; leur vie ne passe pas deux ans.

[4] Leur piqûre ne manque guère de causer la fièvre. Des auteurs disent que trois fois neuf piqûres suffisent pour tuer un homme. D'autres  frelons qui paraissent moins malfaisants, sont divisés en deux espèces : les ouvriers, plus petits de corps, qui meurent en hiver; les mères, qui durent deux ans; ces dernières sont inoffensives.  Ils font au printemps des nids qui d'ordinaire ont quatre ouvertures, et dans lesquels les ouvriers sont engendrés; ils construisent (ceux-ci venus à bien) d'autres nids plus grands pour élever la mères qui doivent naître; des ce moment les ouvriers commencent à s'acquitter de leurs fonctions, et ils les nourrissent. Les mères sont plus larges; et on ne sait si elles ont un aiguillon, attendu qu'elles ne le font jamais voir. Les frelons ont aussi leurs bourdons; des auteurs pensent que lues ces insectes perdent leurs aiguillons à l'hiver. Les frelons et les guêpes n'ont pas de rois et ne forment pas d'essaims; la multitude se renouvelle successivement par des procréations.

XXV. (XXII) [1]  Une quatrième espèce analogue aux précédentes est le bombyx; il vient en Assyrie; il est plus grand que ceux dont nous venons de parler. Les bombyx construisent avec de la boue leurs nids, qui ont l'apparence du sel, qui sont appliqués contre les pierres, et tellement durs qu'on peut à peine la percer avec un dard. Ils y font de la cire en plus grande quantité que le abeilles; le ver qu'ils produisent est plus gros (abeilles maçonnes).

XXVI. [1] Voici d'autres bombyx, dont l'origine est différente: ils proviennent d'un gros ver munie de deux cornes particulières proéminentes. Ce ver devient d'abord chenille, puis ce qu'on appelle bombyle; de cet état il passe à  celui de nécydale, et au bout de six mois à celui de bombyx. Ces insectes forment, comme les araignées, des toiles, dont on fait, pour l'habillement et la toilette des femmes, une étoffe nommée bombycine. L'art de les dévider et d'en faire un tissu a été inventé dans l'île de Céos (IV, 20) par Pamphila, fille de Latoüs : ne la privons pas de la gloire d'avoir imaginé pour les femmes un vêtement qui les montre nues.

XXVII. (XXII.) [1] On dit qu'il naît aussi des bombyx dans l'île de Cos, les exhalaisons de la terre donnant la vie aux fleurs que les pluies ont fait tomber du cyprès, du térébenthinier, du frêne, du chêne. Ce sont d'abord de petits papillons nus; bientôt, ne pouvant supporter I« froid, ils se couvrent de poils, et se font contre l'hiver d'épaisses tuniques, en arrachant avec les aspérités de leurs pieds le duvet des feuilles. Ils forment un tas de ce duvet, le cardent avec leurs ongles, le traînent entre les branches, le rendent fin comme avec un peigne, puis le roulent autour d'eux, et s'en forment un nid qui les enveloppe.

[2] C'est dans cet état qu'on les prend ; on les met dans des vases de terre, on les y tient chauds, les nourrissant avec du son : alors il leur naît des plumes d'une espèce particulière ; et quand ils en sont revêtus, on les renvoie travailler à une nouvelle tâche. Leurs coques jetées dans l'eau s'amollissent, puis on les dévide sur un fuseau de jonc. Les hommes n'ont pas eu honte de se servir de ces étoffes, parce qu'elles sont légères en été. Les mœurs ont tellement dégénéré, que, loin de porter la cuirasse, on trouve trop lourd même un vêtement. Toutefois, nous laissons jusqu'à présent aux femmes le bombyx d'Assyrie.

XXVIII. (XXIV.) [1] Il ne sera pas déraisonnable de joindre Ici l'histoire des araignées, digne d'une admiration toute particulière. Il y en a plusieurs espèces, qu'il n'est pas nécessaire de nommer, parce qu'elles sont très connues. On nomme phalanges (XXIX, 27) des araignées dont la morsure est venimeuse, le corps petit, bigarré, pointu, et qui avancent par sauts.

[2] Une autre espèce de phalange est noire, et a les pattes de devant très longues. Toutes ont trois articulations
aux pattes. Parmi les araignées-loups les petites ne font pas de toile ; les grosses tendent des toiles au-devant du vestibule étroit de leur trou, dans la terre. Une troisième espèce d'araignée-loup est remarquable par l'habileté de ses opérations : elle ourdit ses toiles, et son abdomen suffit aux matériaux d'un si grand travail, soit que, comme le veut Démocrite, les résidus contenus dans le ventre se transforment régulièrement à cet effet, soit qu'elle ait en elle-même la faculté de produire une espèce de laine. Avec quel ongle régulier, avec quel fil uni et égal elle conduit sa trame, son propre corps lui servant de poids !

[3] Elle commence par le milieu son tissu, qu'elle étend par des anneaux comme tracés au compas; les mailles, d'étroites qu'elles sont, vont s'élargissant graduellement, à des intervalles toujours égaux, et elle les assujettit par un nœud indissoluble. Avec quel art elle cache ses filets disposés en réseau ! Qu'il y a loin, ce semble, d'un piège à cette toile moelleuse et peluchée, à cette trame tenace et qu'on dirait polie par l'art? Que le fond en est lâche pour céder aux vents, et ne pas repousser ce qui arrive ! Vous croiriez que l'araignée fatiguée a laissé au haut de sa toile les fils qui y sont tendus ; mais ces fils se voient difficilement, et, comme les cordons de nos filets qu'on vient à heurter, ils précipitent la proie au fond de la toile.

[4] La caverne même, avec quelle habileté d'architecture elle est voûtée ! Combien elle est plus rembourrée que le reste contre le froid ! Comme l'araignée se tient à l'écart, et paraît occupée de tout autre chose ! tellement renfermée qu'on ne peut voir s'il y a ou non quelqu'un dans l'intérieur. Ajoutez la solidité : quels vents peu vent rompre cette toile? quel amas de poussière peut la faire tomber? la largeur : c'est souvent l'espace entre deux arbres, quand l'insecte s'exerce et apprend à tisser; la longueur : l'araignée étend son fil du haut de l'arbre au sol, et du sol remonte rapidement le long de ce fil ; et en remontant elle en fait un autre.

[5] Quand une proie s'est prise, quelle vigilance, et quelle promptitude à accourir! Quand même la proie serait à l'extrémité de la toile, elle court toujours au milieu, parce que c'est de cette façon qu'elle secoue le plus sa toile, et enlace le captif. Sa toile déchirée, elle la répare aussitôt, et la reprise ne se voit pas. Elle fait même la chasse aux petits des lézards : elle leur enveloppe d'abord la tête avec sa toile, et alors elle leur mord les lèvres; spectacle digne de l'amphithéâtre pour celui qu'un hasard heureux en rend témoin. L'araignée fournit aussi des présages : quand les rivières doivent croître, elle place sa toile plus haut. Ces insectes ne tissent pas par un temps serein, ils tissent par un temps nuageux ; aussi le grand nombre de toiles d'araignées est une annonce de pluie. Ou pense que celle qui tisse est la femelle, et celle qui va à la chasse, le mâle : ainsi dans ce ménage les services sont égaux.

XXIX. [1] Les araignées s' accouplent par derrière; elles produisent des vermisseaux semblables à des œufs. Je ne veux pas remettre à parler de leur génération, car il n'y a presque rien autre à dire sur les insectes. Elles pondent ces œufs dans les toiles, mais dispersés, parce qu'elles sautent en les pondant. Les phalanges seules en couvent un grand nombre dans leur trou ; dès que la progéniture a éclos, elle dévore la mère et souvent le père; car celui-ci aide aussi à l'incubation. Elles font jusqu'à trois cents œufs  ; les autres en font moins. Elles couvent trois jours ; les petits ont atteint leur développement au bout de quatre septénaires.

XXX. (XXV.) [1] De la même façon les scorpions de terre produisent des vermisseaux en forme d'oeufs, et de la même façon ils périssent. C'est une bête dangereuse, dont le venin est semblable à celui des serpents ; avec cette seule différence que le supplice est plus cruel, la mort étant lente et ne venant qu'au bout de trois jours. La piqûre est mortelle pour les vierges toujours, presque toujours pour les femmes; elle l'est pour les hommes le matin, quand le scorpion, sortant de son trou à jeun, n'a pas encore déchargé son venin par un coup fortuit.

[2] Sa queue est toujours en action; elle menace incessamment, pour ne jamais faillir à l'occasion. Il frappe de biais, et en repliant sa queue. Apollodore assure que le venin des scorpions est blanc : il les a divisés en neuf espèces, principalement d'après la couleur ; mais à quoi bon ? car on ne sait quels sont ceux qu'il regarde comme moins dangereux. Il ajoute que quelques-uns ont deux aiguillons, et que les mâles, car il leur attribue l'accouplement, sont les plus funestes (on les reconnaît à leur corps mince et allongé) ;

[3] que tous ont du venin au milieu de la journée, quand les ardeurs du soleil les ont échauffés, et aussi lorsqu'ils ont soif; or, ils sont toujours altérés. Il est certain que ceux qui ont sept articulations à la queue sont plus redoutables; la plupart n'en ont que six. Ce fléau de l'Afrique, les vents du midi lui donnent des ailes, l'insecte étendant ses bras et s'en servant comme de rames. Le même Apollodore dit expressément que quelques-uns ont vraiment des ailes (panorpes ou mouches-scorpions?). Souvent les Psylles, qui, colportant les venins des autres contrées pour gagner de l'argent, ont rempli l'Italie de fléaux étrangers ; les Psylles, dis-je, ont aussi essayé d'y importer les scorpions volants ; mais ces insectes n'ont pu vivre au delà du climat de la Sicile.

[4] On en voit quelquefois en Italie, mais ils sont inoffensifs, ainsi qu'en beaucoup d'autres lieux, par exemple près de Pharos en Égypte. Dans la Scythie, ils tuent même les porcs, qui ailleurs résistent mieux que d'autres animaux à de pareils venins ; et les noirs plus vite que les autres, s'ils se plongent dans l'eau. On pense qu'un bomme piqué se guérit en buvant de la cendre de scorpion dans du vin (XXIX, 29). On croit que rien n'est plus contraire aux scorpions que l'huile, ainsi qu'aux stellions : ces derniers ne sont inoffensifs que pour les animaux dépourvus aussi de sang ; ils ressemblent aux lézards. En général, les scorpions ne font pas de mal aux animaux qui n'ont pas de sang.

[5] Quelques auteurs pensent qu'ils dévorent leurs petits; que le plus adroit échappe seul, se plaçant sur le derrière de sa mère, et par là se trouvant à l'abri de la morsure et de la queue; qu'il est le vengeur des autres, et que, de cette position élevée, il finit par mettre à mort ses parents. La portée est de onze petits.

XXXI. (XXVI.) [1] Les stellions (XXIX, 22) (gecko, lacerta mauritanica, Gmel.) tiennent jusqu'à un certain point de la nature des caméléons; ils ne vivent que de rosée; ils mangent aussi des araignées (VIII, 95 ; XI, 28; XXX, 27).

 XXXII. [1] Les cigales vivent aussi de rosée; il y en a deux espèces : le-, plus petites viennent les premières et périssent les dernières, elles sont muettes; l'autre espèce vole rarement; celles qui chantent sont nommées achètes (chanteuses), et les plus petites d'entre elles, tettigontes ; mais les grandes ont plus de voix. Dans tous les cas, les mâles chantent; les femelles sont muettes. Des nations orientales en mangent, même les Parthes, qui sont dans l'abondance.

[2] On préfère les mâles avant l'accouplement, les femelles après, lorsqu'elles ont conçu leurs œufs, qui sont blancs. Elles s'accouplent renversées. Elles ont au dos une pointe dure et très aiguë, avec laquelle elles creusent une loge en terre pour leurs petits. C'est d'abord un vermisseau, devenant ensuite ce qu'on appelle tettigomètre (mère des cigales); la coque se rompt vers le solstice d'été et laisse s'envoler les petits, toujours pendant la nuit. Les cigales sont d'abord noires et dures. De tous les animaux c'est le seul qui n'ait pas de bouche ; en place, elles ont quelque chose de semblable à la langue des insectes pourvus d'un aiguillon : cet organe est situé à la poitrine, et leur sert à sucer la rosée.

[3] Leur poitrine elle-même est fistuleuse; c'est par là que chantent les achètes, comme nous avons dit. Du reste, elles n'ont dans le ventre aucun viscère. Quand on les fait lever, elles rendent une humeur, qui est la seule preuve qu'elles se nourrissent de rosée. La cigale est aussi le seul animal qui n'ait aucun pertuis pour l'évacuation des excréments. Leur vue est tellement mauvaise, que si on approche d'elles un doigt qu'on fléchit et qu'on étend-, elles y vont comme sur une feuille. Quelques auteurs en distinguent deux autres espèces : la surculaire, qui est la plus grande, et la fromentaire, que d'autres nomment avenière ; elle paraît en effet au moment où les céréales jaunissent, (XXVII.)

[4] Les cigales ne naissent pas là où les arbres sont rares; c'est pour cette raison qu'il n'y en a pas dans les environs de Cyrène . ni dans les plaines; il n'y en a pas non plus dans les forêts froides et fourrées. Elles font aussi des différences entre les localités. Dans le pays de Milet, on n'en trouve qu'en certains endroits; à Céphalénie, une certaine rivière sépare le pays où elles sont abondantes du pays où il n'y en a pas; dans le territoire de Rhégium, toutes sont muettes ; de l'autre côté du fleuve, dans le territoire de Locres, elles chantent. Leurs ailes sont conformées comme celles des abeilles, mais plus grandes, en raison de leur taille.

XXXIII. (XXVIII.) [1] Quelques insectes ont deux ailes, comme les mouches; d'autres en ont quatre, comme les abeilles. Les ailes des cigales sont membraneuses. Les insectes qui sont armés d'un aiguillon placé au ventre en ont quatre. Aucun de ceux qui ont une arme à la bouche n'a plus de deux ailes; les premiers ont reçu l'aiguillon pour se venger, les autres pour satisfaire à leurs besoins. Chez aucun de ces insectes les ailes arrachées ne repoussent. Aucun insecte ayant l'aiguillon au ventre n'a deux ailes.

XXXIV. [1] Quelques-uns, pour la protection de leurs ailes, sont recouverts d'une écaille, tels que les scarabées, dont l'aile est mince et fragile; l'aiguillon leur a été refusé. Mais une grande espèce de scarabées a des cornes très longues, présentant à l'extrémité une tenaille dentelée qui se rapproche, quand l'animal veut, pour pincer ; ces cornes servent de remède dans les maladies des enfants, au cou desquels on les suspend. Nigidius les appelle lucaniens (cerf- volant, lucanus cervus, L.). Une autre espèce de scarabées roule, en marchant à reculons, d'énormes pelotes de fumier, et y dépose comme dans un nid, à l'abri des rigueurs de l'hiver, de petits vers, sa progéniture.

[2] D'autres voltigent avec un grand bourdonnement et mugissement; d'autres creusent des trous nombreux dans les foyers (grillons domestiques) et dans les prés (taupes-grillons), et la nuit font entendre un cri aigre. Les larapyrides (XVIII, 66) (lampyris noctiluca, L.) brillent la nuit comme des feux, par la couleur de leurs flancs et de leur croupe, tantôt resplendissant quand leurs ailes s'entr'ouvrent, tantôt éclipsées quand elles les ferment ; on ne les voit pas avant que les fourrages soient mûrs, on ne les voit plus quand ils ont été fauchés (XVIII, 66). Au contraire, la vie des blattes (XXIX, 39) se passe dans les ténèbres ; elles fuient la lumière, et naissent surtout dans la chaleur humide des bains. Des scarabées dorés et très grands, appartenante la même espèce, creusent la terre aride, construisent des rayons semblables à une éponge ; petite et poreuse, et y déposent un miel empoisonné. Dans la Thrace, auprès d'Olynthe, est une petite localité qui tue cet animal, et qui ne tue que lui ; on l'appelle, pour cette raison, Cantharolethrus (mort des scarabées).

[3] Tous les insectes ont les ailes sans division. Aucun n'a de queue, si ce n'est le scorpion ; il est aussi le seul qui ait à la fois des pinces et un aiguillon à la queue. Parmi les autres, quelques-uns ont un aiguillon à la bouche, comme l'asile ou tabanus (taon), quelque nom qu'on veuille lui donner. Il en est de même du cousin et de quelques mouches. Tous ces insectes ont l'aiguillon dans la bouche, et il leur tient lieu de langue. Chez d'autres, l'aiguillon n'est pas acéré; il sert non pas à piquer, mais à pomper, par exemple chez  les mouches, où la langue est évidemment un canal (XI, 65). Ces insectes n'ont pas non plus de dents. D'autres ont devant les yeux de petites cornes sans force, par exemple les papillons. Quelques insectes sont dépourvus d'ailes, par exemple les scolopendres (XXIX, 39).

XXXV. [1] Parmi les insectes, ceux qui ont des t pattes les meuvent obliquement. Chez quelques- uns les pieds de derrière sont les plus longs et courbés en dehors : telles sont les sauterelles, (XXIX.) Ces dernières pondent, en enfonçant dans la terre la pointe de leur queue, des œufs qu'elles accumulent. Cette ponte se fait en automne; les œufs passent l'hiver sous terre ; l'année suivante, à la fin du printemps, il en sort des sauterelles petites, noirâtres, sans pattes, et se traînant à l'aide de leurs ailes.

[2] Aussi les pluies du printemps font-elles périr leurs œufs, et leur multiplication est plus grande avec un printemps sec. Des auteurs prétendent qu'elles produisent deux fois et qu'elles périssent deux fois; qu'elles pondent au lever des Pléiades (le 7 mai), puis qu'elles meurent au lever de la Canicule (18 juillet), et que d'autres renaissent; suivant quelques-uns, c'est au coucher d'Arcturus (le 11 mai) que se fait cette seconde production. Il est certain que les mères meurent après avoir pondu; il leur naît aussitôt dans la gorge un petit ver qui les étrangle; les mâles périssent dans le même temps. Cet insecte, qui succombe par une cause si petite, tue quand il lui plaît, seul à seul, un serpent en le mordant à la gorge. Les sauterelles ne naissent que dans les lieux crevassés.

[3] On rapporte qu'en Inde il y a des sauterelles de trois pieds de long : leurs pattes desséchées servent de scie. Elles périssent aussi d'une autre manière : le vent les soulève; par troupes, et les précipite dans les mer»ou dans les étangs, ce qui arrive par des circonstances fortuites, et non, comme les anciens l'avaient pensé, parce que leurs ailes ont été détrempées par l'humidité de la nuit. Les mêmes auteurs ont rapporté qu'elles ne volaient pas non plus pendant la nuit, à cause du froid ; ils ignoraient qu'elles traversent même de vastes mers, supportant, chose très merveilleuse ! pendant plusieurs jours, la faim, qui leur apprend à chercher de lointains pâturages.

[4] On les regarde comme un fléau de la colère céleste : en effet, elles apparaissent plus grandes, et volent avec un tel bourdonnement d'ailes, qu'on les prendrait pour des oiseaux ; elles obscurcissent le soleil, et les peuples, effrayés, les suivent de l'œil pour savoir si elles s'abattront sur le pays. Elles ont en effet des forces de reste : comme si c'était peu d'avoir franchi les mers, elles traversent d'immenses espaces, et les couvrent d'un nuage funeste aux moissons; brûlant par leur contact beaucoup de choses, elles rongent tout, même les portes des maisons. C'est surtout de l'Afrique qu'elles se lèvent pour venir infester l'Italie; et plus d'une fois le peuple romain a été obligé de recourir aux remèdes sibyllins, de peur de la famine.

[5] Dans la Cyrénaïque, une loi oblige de leur faire la guerre trois fois par an, en écrasant d'abord les œufs, puis les petits, puis les grandes ; celui qui y manque est puni de la peine des déserteurs. Dans l'île de Lemnos, ou a fixé une certaine mesure que chaque individu doit apporter aux magistrats, pleine de sauterelles tuées ; pour cette raison on y respecte le choucas, qui accourt à leur rencontre pour les détruire. En Syrie, les troupes sont employées à les tuer.

[6] Tant ce fléau est répandu sur de vastes contrées! Les Parthes regardent la sauterelle, ainsi que la cigale (XI, 32), comme un mets agréable. La voix des sauterelles parait sortir de l'occiput ; on croit qu'en ce lieu, à la réunion des épaules, elles ont des espèces de dents, et qu'en les frottant l'une contre l'autre elles produisent un bruit : c'est surtout vers les deux équinoxes qu'on les entend, tandis qu'on entend les cigales vers le solstice d'été. L'accouplement des sauterelles est celui de tous les insectes qui s'accouplent; la femelle porte le mâle; l'extrémité de la queue de la femelle est retournée vers lui; les deux individus ne se séparent qu'au bout d'un long temps. Dans toute cette espèce les mâles sont plus petits que les femelles.

XXXVI. (XXX.) [1] La plupart des insectes produisent un vermisseau. Les fourmis font au printemps un vermisseau semblable à un œuf. Elles travaillent en commun, comme les abeilles; mais celles-ci fabriquent des aliments utiles, tandis que les fourmis les enfouissent. Si l'on compare à la taille des fourmis les fardeaux dont elle se chargent, on conviendra qu'aucun animal n'a proportionneraient plus de force. Elles les portent avec leur bouche; les fardeaux plus lourds, elles les poussent à reculons avec leurs pattes de derrière, en appuyant leurs épaules. Elles ont une société politique, de la mémoire, de la prévoyance : avant d'enfouir les graines, elles les rongent, de peur qu'elles ne germent en terre; les graines trop grosses pour entrer, elles les divisent; celles qui sont mouillées par la pluie, elles les tirent dehors et les font sécher.

[2] Elles travaillent même de nuit pendant la pleine lune; elles se reposent quand il n'y a pas de lune. Dans le travail quelle ardeur, quelle exactitude! Et comme elles font leurs provisions en divers lieux sans se voir l'une l'autre, certains jours sont fixés, espèces de foires où l'on passe mutuellement en revue ce qui a été apporté. Alors quel concours! avec quelle sollicitude elles s'entretiennent pour ainsi dire ensemble, et semblent s'interroger ! Nous voyons les cailloux usés par leur passage, des sentiers frayés par leurs travaux : tant il est vrai qu'en toute chose il n'est rien que ne puisse faire la continuité du plus petit effort! Seules de tous les êtres vivants, avec l'homme, elles donnent la sépulture aux morts. En Sicile il n'y a pas de fourmis ailées.

[3]  (XXXI.) Les cornes d'une fourmi indienne, attachées dans le temple d'Hercule à Érythres (V, 31), ont excité l'étonnement. Cette fourmi tire l'or des cavernes, dans le pays des Indiens septentrionaux appelés Dardes. Elle a la couleur du chat, la taille du loup d'Égypte. Cet or, qu'elle extrait durant l'hiver, est dérobé par les Indiens pendant les chaleurs de l'été, dont l'ardeur fait cacher les fourmis dans des terriers. Cependant, mises en émoi par l'odeur, elles accourent, et souvent déchirent les voleurs, bien qu'ils s'enfuient sur des chameaux très rapides ; tant sont grandes leur agilité et leur férocité, jointes à la passion de l'or!

XXXVII. (XXXII.) [1] Beaucoup d'autres insectes ont une origine différente ; ainsi il en naît de la rosée. La rosée est, aux premiers jours du printemps, posée sur la feuille du chou, et, épaissie par le soleil, elle se réduit à la grosseur d'un grain de millet. Puis elle s'allonge en un petit ver qui, au bout de trois jours, devient une chenille. Les jours suivants elle croit, immobile et recouverte d'une enveloppe dure; elle ne se meut que si on la touche; elle est entourée d'une toile d'araignée qu'on appelle chrysalide ; l'enveloppe se rompt, et le papillon s'envole (papillon de chou, papilio brassicœ, L.).

XXXVIII. (XXXIII.) [1] De la même façon quelques insectes naissent de la pluie dans la terre. D'autres s'engendrent dans le bois, non seulement les cessons (XVII,37), mais encore le tabanus (taon), qui naît aussi partout où il y a excès d'humidité. De même il se produit, dans l'intérieur de l'homme, des ténias longs de trente pieds et plus.

XXXIX. [1 Il s'en produit aussi dans la chair 1 morte, et dans la chevelure des hommes vivants ; c'est cette vermine qui fit périr le dictateur Sylla et Alcman, poète grec des plus i Hosties. Elle infeste aussi les oiseaux ; elle tue les faisans, à moins qu'ils ne se roulent dans la poussière. Des animaux couverts de poils, l'âne et le mouton sont les seuls qu'on en croit exempts. La vermine se produit dans certaines étoffes, et surtout dans celles où entre la laine de moutons tués par le loup. Je lis aussi dans les auteurs que certaines eaux où nous nous baignons favorisent la multiplication de cette vermine. La cire même engendre un animal qui est regardé comme le plus petit de tous. D'autres naissent des ordures sous l'influence des rayons du soleil ; ils sont appelés sauteurs à cause de l'agilité de leurs jambes postérieures ; d'autres proviennent de la poussière humide dans les cavernes, ils sont ailés.

XL. (XXXIV.) [1] Il est un animal (tique), produit aussi des chaleurs de l'été, qui, la tête toujours plongée dans le sang, vit de ce liquide et gonfle ; c'est le seul qui n'ait pas de voie d'excrétion pour ses aliments ; trop rempli, il crève, et meurt par sa nourriture même. On ne le voit jamais sur les bêtes de somme ; il est commun sur les bœufs; on le trouve parfois sur les chiens, sujets à toute espèce de vermine. C'est le seul qu'on rencontre sur les moutons et les chèvres. La passion qu'ont pour le sang les sangsues au sein dés eaux marécageuses n'est pas moins singulière; elles y plongent aussi leur tête entière. Il y a encore un insecte ailé (cynips, L.), fléau particulier des chiens; il les attaque surtout aux oreilles, que la gueule ne peut défendre.

XLI. (XXXV.) [1] La poussière crée des teignes dans la laine et les étoffes, surtout si une araignée y est renfermée en même temps; l'araignée a soif, et, absorbant toute l'humidité, elle augmente la sécheresse. La teigne naît aussi dans les papyrus. Une espèce traîne une carapace comme les escargots, mais on voit les pieds de ras teignes; dépouillées de cette tunique, elles meurent; développées, elles font une chrysalide. Le figuier sauvage produit le cousin appelé ficaire (XV, 21) ;

[2] les petits vers du figuier, du poirier, du pin, de l'églantier, du rosier (XXIX, 30) produisent les cantharides. Les cantharides portent avec elles leur contre-poison : les ailes en sont le remède (XXIX, 30) ; quand on les ôte, cet insecte cause la mort. Les substances qui aigrissent engendrent, à leur tour, d'autres espèces de moucherons. On trouve des vermisseaux blancs jusque dans la neige ancienne; à une profondeur moyenne ils sont rouges, couleur que prend la neige elle-même en vieillissant : ces vers sont velus, grands, et presque immobiles.

XLII. (XXXVI.) Quelques animaux naissent même de l'élément destructeur de la nature : dans les fourneaux où à Chypre on fait le cuivre, et au milieu du feu, vole un animal à quatre pattes, ailé, de la taille d'une grosse mouche; on le nomme pyralis, d'autres l'appellent pyrauste. Tant qu'il est dans le feu, il vit; quand son vol l'en éloigne un peu, il meurt.

LXIII. [1] Le fleuve Hypanis, dans le Pont, entraîne, vers le solstice d'été, des membranes ténues ayant la forme de grains de raisin ; il en sort un animal à quatre pattes, ailé, comme cela dont il vient d'être parlé. Il ne vit pas plus d'un jour ; d'où lui vient son nom d'hémérobion. Les autres insectes du même genre sont assujettis, depuis le commencement jusqu'à la fin, à des nombres septénaires : trois fois sept pour le moucheron et le vermisseau ; quatre fois sept pour ceux qui sont vivipares. Les changements et les métamorphoses s'opèrent en trois ou quatre jours. Les autres insectes ailés de ce genre meurent généralement à l'automne ; les tabanus (taons) meurent même aveugles. Les mouches noyées reviennent à la vie, si on les plonge dans la cendre.

XLIV. (XXXVII.) [1] Maintenant ajoutons, à et que nous avons déjà dit, l'histoire de chacune des parties du corps. Tous les animaux qui ont du sang ont une tête. Chez un petit nombre d'animaux, et sortant chez les oiseaux, la tète est garnie d'aigrettes de diverse espèce : le phénix porte un rang de plumes, et du milieu de cette aigrette s'en élève une autre; le paon, un petit bosquet chevelu; l'oiseau de Stymphale, une boucle ; le faisan, de petites cornes (X, 67).

[2] Un petit oiseau (cochevis), appelé jadis galerita à cause de sa huppe, a reçu depuis le nom gaulois d'alaude, nom qui a été donné même à une légion. Nous avons parlé de l'oiseau auquel la nature a accordé une crête qui se replie à volonté (X, 44) ; les foulques ont reçu d'elle one crête qui s'étend sur le milieu de la tête, à partir du bec; le pic de Mars et la grue des Baléares (X, 69) (grue demoiselle, ardea virgo, L.) ont une huppe. Mais ce qu'il y a de plus remarquable en ce genre, c'est, chez les gallinacées, cette crête consistante et dentelée ; ce n'est ni une chair ni un cartilage, ni une callosité ; c'est quelque chose de particulier. Quant aux crêtes des dragons, on ne trouve personne qui en ait vu.

XLV. [1] Des cornes diversement configurées ont été données à plusieurs animaux aquatiques, i marins et reptiles ; mais ce qu'on entend proprement par cornes ne se trouve que chez les quadrupèdes, car je regarde comme fabuleux Actéon et même Cipus dans l'histoire romaine. Nulle part la nature ne s'est plus amusée. Elle s'est jouée dans les armes des animaux : elle les a ramifiées, comme chez les cerfs ; chez d'autres, elle les a faites simples, comme chez cette espèce de cerfs appelés pour cela su butons (daguet, cerf de 2e année) ; chez d'autres elle leur a donné une forme palmée et digitée; de là le nom de platycéros (cervus dama, L.) Elles sont rameuses chez les chevreuils, mais petites, et ne tombent pas.

[2] Chez les béliers, elles sont contournées, comme si la nature leur donnait des cestes. Elles sont menaçantes chez le taureau; dans cette espèce la femelle en a aussi ; dans beaucoup d'espèces les mâles seuls en sont pourvus (VIII, 50). Celles des chamois sont recourbées en arrière ; celles du dama (antilope redunca, L. ?), en avant. Le strepsicéros, que l'Afrique appelle addax (quelque gazelle), aies siennes droites, parcourues par des cannelures qui forment un léger relief, de sorte qu'on dirait dessillons. Elles sont mobiles comme des oreilles, chez les bœufs de Phrygie ; ceux des Troglodytes les ont dirigées vers la terre ; aussi paissent-ils le cou tourné de côté. D'autres n'ont qu'une corne (VIII, 29 et 31), située au milieu de la tête ou sur le nez.

[3] Elles sont fortes chez les uns pour un choc, chez les autres pour un coup ; chez ceux-ci la pointe est recourbée en dedans, chez ceux-là en dehors; chez d'autres, elles sont propres à lancer en l'air, de diverses manières : couchées en arrière, convexes, concaves, toutes terminées en pointe. Dans une espèce elles servent, en place de mains, à gratter le corps. Les escargots tes emploient pour sonder leur chemin; les leurs sont charnues comme celles des cérastes (coluber cerastes, L.) ; mais les reptiles quelquefois n'en ont qu'une; lès escargots en ont toujours deux, tellement disposées qu'elles peuvent s'allonger et rentrer.

[4] Les barbares du Nord boivent dans les cornes des ures, dont chaque paire contient une urne; d'autres en font des pointes à leurs traits. Chez nous on les coupe en lames, elles sont alors transparentes, et elles rendent même visible à une plus grande distance la lumière qu'on y renferme. On les emploie encore à plusieurs autres usages de luxe, soit qu'on les colore, soit qu'on les vernisse, soit qu'on s'en serve pour le genre de peinture appelé cestrote (XXV, 41). Chez tous les animaux les cornes sont creuses, et ce n'est qu'à la pointe qu'elles sont massives, excepté chez les cerfs, où elles sont complètement solides, et qui les perdent tous les ans. Quand les ongles des bœufs sont usés, les cultivateurs y remédient en leur graissant les cornes. La substance des cornes est tellement ductile, que, même sur le vivant, on les rend flexibles avec de la cire bouillante, et que, fendues sur un animal naissant, on les tourne en sens opposés, de sorte que la tête en porte quatre.

[5] Les femelles ont généralement les cornes plus minces, de même que les individus châtrés parmi les bêtes à laine. Il n'y a de cornes ni chez les brebis ni chez les biches (VIII, 50), ni chez les digités, ni chez les solipèdes, excepté l'âne indien, qui est armé d'une seule corne (rhinocéros). La nature en a accordé deux aux pieds fourchus; elle n'en a accordé à aucun de ceux qui ont les dents de devant à la mâchoire supérieure. Ceux qui pensent que la matière de ces dents est employée à la formation des cornes sont facilement réfutés par l'observation des biches, qui n'ont pas plus de dents que les mâles, et qui cependant n'ont pas de cornes. Les cornes sont adhérentes aux os, excepté chez les cerfs, qui les ont implantées seulement dans la peau.

XLVI. [1] La tête des poissons est très grosse, à proportion de leur corps, peut-être pour qu'ils puissent plonger. La tête n'existe ni chez les huîtres, ni chez les éponges, ni généralement chez aucun des animaux qui n'ont que le sens du toucher. Quelques-uns l'ont confondue avec le reste du corps, par exemple les écrevisses.

XLVII. [1] De tous les animaux, l'homme est celui qui a les poils les plus longs à la tête, et l'homme aussi bien que la femme, du moins chez les nations qui ne se coupent pas les cheveux ; de là même les noms de Chevelus (III, 7) que portent les habitants des Alpes, et de Gaule Chevelue (IV, 31). Cependant les pays exercent là-dessus une certaine influence : dans l'île de Mycone les habitants naissent sans cheveux, de même qu'à Caunos ils naissent avec la rate gonflée. Certains animaux aussi sont naturellement chauves, tels que les autruches et les corbeaux aquatiques, qui ont tiré de là leur nom grec (X, 68).

[2] Il est rare que la femme perde ses cheveux ; les eunuques ne les perdent jamais, et aucun homme ne les perd avant l'usage des plaisirs vénériens. Les cheveux ne tombent pas des parties inférieures de la tête, ni autour des tempes et des oreilles. La calvitie ne se voit que chez l'homme : nous exceptons les animaux qui sont naturellement chauves. L'homme aussi et le cheval sont les seuls qui blanchissent ; chez l'homme les cheveux commencent toujours à blanchir par devant, puis ils blanchissent par derrière.

XLVIII. [1] Quelques hommes, en petit nombre, paraissent avoir, par la disposition de leurs cheveux, deux sommets de tête. Les os du crâne sont plats, minces, dépourvus de moelle, unis par des sutures dentelées. Rompus en morceaux, ils ne peuvent se consolider ; mais l'extraction d'une pièce de médiocre étendue ne cause pas la mort : la perte de substance est remplacée par une cicatrice charnue. Nous avons dit en son temps que les ours (VIII, 54) ont la tête la plus faible, et les perroquets (X, 68), la plus dure.

XLIX. [1] Le cerveau existe chez tous les animaux  qui ont du sang; il existe même chez les animaux marins que nous avons appelés mous, bien qu'ils soient dépourvus de sang, tels que les poulpes. L'homme est celui qui pour sa taille a le cerveau le plus volumineux. C'est le plus humide et le plus froid de tous les viscères ; il est enveloppé en dessus et en dessous de deux membranes : la rupture de l'une ou de l'autre entraîne la mort. Du reste, il est plus volumineux chez les hommes que chez les femmes. Chez l'homme, le cerveau est dépourvu de sang et de veines; de graisse, chez les autres animaux. Les savants enseignent que le cerveau est autre chose que la moelle, vu qu'il se durcit par la cuisson. Dans le cerveau de tous les animaux il se trouve de petits osselets.

[2] L'homme est le seul chez lequel, pendant l'enfance, cet organe présente des battements (VII, 1, 4), et il ne se raffermit qu'après les premiers essais de la parole. C'est le plus élevé des viscères, le plus voisin de la voûte de la tête ; dépourvu de chair, dépourvu de sang, sans souillures. C'est la citadelle où' les sens résident, c'est là que se rendent toutes les veines parties du cœur, c'est là qu'elles aboutissent ; c'est le point culminant, c'est le régulateur de l'entendement. Chez tous les animaux il est avancé sur la partie antérieure, parce que les sens se dirigent en avant. Du cerveau part le sommeil ; c'est pour cela que la tête tombe. Les êtres qui n'ont pas de cerveau ne dorment pas. On dit que les cerfs ont à la tête des vers (larves d'oestre), au nombre de vingt, qui sont au-dessous de la langue, et autour de l'articulation qui joint la tête au cou.

L. [1] L'homme est le seul qui ait les oreilles immobiles. Les surnoms de Flaccus viennent des oreilles. Aucune autre partie ne fait faire de plus grandes dépenses aux femmes, à cause des perles qu'elles y suspendent; dans l'Orient, les hommes même se font un honneur de porter de l'or aux oreilles. Parmi les animaux les uns les ont plus grandes, les autres plus petites. Chez les cerfs seulement elles sont fendues et comme partagées ; elles sont velues chez la souris. Tous les animaux vivipares ont des oreilles, excepté le veau marin, le dauphin, les poissons que nous avons appelés cartilagineux (IX, 40) et la vipère :

[2] ces animaux ont des trous au lieu d'oreilles, excepté les poissons cartilagineux et le dauphin. Cependant il est certain que le dauphin entend, car il est charmé par le chant, et, étonné par le bruit, il se laisse prendre : mais comment entend-Il? c'est ce qu'on ne comprend pas. Il n'a pas non plus de traces de l'organe de l'olfaction ; cependant ce sens est très subtil chez lui. Parmi les oiseaux, le hibou et l'otus (strix otus, L.) ont des plumes en façon d'oreilles, les autres n'ont que des conduits auditifs; il en est de même des animaux couverts d'écailles et des serpents. Chez les chevaux et chez toutes les bêtes de somme, les oreilles indiquent la disposition morale : flasques dans la fatigue, tressaillantes dans la peur, dressées dans la colère, pendantes dans la maladie.

LI. [1] L'homme seul a une face; les autres ont un museau ou un bec. D'autres animaux ont un front, mais chez l'homme seul se peignent sur le front la tristesse, la gaieté, la bonté, la sévérité; il est le miroir de l'âme. L'homme a deux sourcils mobiles ensemble et alternativement, et où se montre aussi une partie de l'âme ; ils refusent ou ils accordent ; ce sont eux qui indiquent surtout l'orgueil. La source de l'orgueil est ailleurs, mais c'est là qu'il siège; il naît dans le cœur, mais c'est là qu'il monte et se fixe : il n'a rien trouvé de plus élevé ni de plus escarpé dans le corps où il dominât solitaire.

LII. [1] Au-dessous sont les yeux, la partie du corps la plus précieuse, celle qui, par l'usage de la lumière, distingue la vie de la mort. Tous les animaux n'en sont pas pourvus : les huîtres n'en ont pas. Ils sont probables chez quelques coquillages : car si l'on remue les doigts devant les pétoncles entr'ouverts, ils se ferment comme s'ils voyaient, et les solènes (X, 88) évitent l'approche d'un instrument de fer. Parmi les quadrupèdes, les taupes ne voient pas; on aperçoit chez elles un simulacre d'oeil, si l'on enlève la membrane qui est tendue au-devant. Parmi les oiseaux, l'espèce de héron qu'on appelle leucos (blanc) manque, dit-on, d'un œil. Cet oiseau est d'un excellent augure quand il vole vers le midi ou vers le nord ; on prétend que c'est la fin des périls et des craintes. Nigidius dit que ni les sauterelles ni les cigales n'ont d'yeux. Chez les escargots l'office d'yeux est rempli par deux petites cornes qui sondent le chemin. Les lombrics en sont dépourvus, ainsi que tout le genre des vers.

LIII . [1] Dans l'espèce humaine seule la couleur des yeux varie; elle est au contraire uniforme respectivement dans les autres espèces d'animaux. Quelques chevaux ont les yeux glauques. Mais dans l'homme les différences sont très nombreuses : yeux grands, moyens, petits, saillants, qu'on regarde comme plus faibles; enfoncés, qui passent pour voir le mieux, comme les yeux qui par la couleur ressemblent aux yeux de chèvre.

LIV. [1] En outre les uns voient de loin; les autres ne voient que les objets rapprochés. Chez beaucoup la vue ne s'exerce que si le soleil luit, ils ne voient point par un jour nuageux, ni après le coucher de cet astre ; d'autres ont la vue mauvaise pendant le jour, mais excellente pendant la nuit. Nous avons suffisamment parlé (VII, 2, 8) des prunelles doubles, et de ceux, dont le regard est nuisible. Les yeux bleu» voient mieux, dans les ténèbres.

[2] On raconte que l'empereur Tibère, seul entre tous les mortels, avait, réveillé au milieu de la nuit, la faculté d'apercevoir pendant quelques instants tous les objets, aussi bien que s'il était en plein jour; puis, peu à peu, tout rentrait pour lui dans l'obscurité. Le dieu Auguste avait les yeux glauques comme les chevaux, et le blanc en était plus grand que chez les autres hommes :

[3] aussi se fâchait-il quand on les regardait attentivement. L'empereur Claude avait à l'angle des yeux une carnosité blanche qui se remplissait de temps en temps de veines sanguines. Chez l'empereur Caligula les yeux étaient fixes. Néron ne voyait rien a moins qu'il ne clignât et que l'objet ne fût près. L'empereur Caligula avait vingt couples de gladiateurs : sur ce nombre, deux gladiateurs seulement, tant cela est difficile à l'homme, ne clignaient pas des yeux, quelque geste menaçant que l'on fit; aussi étaient-ils invincibles. Chez la plupart il est naturel de toujours cligner, ce qu'on regarde comme un signe de timidité.

[4] Chez personne l'œil n'est d'une seule couleur ; celle de la partie moyenne tranche toujours avecle blanc du reste. Aucune partie n'indique mieuxl'état de l'âme chez tous les animaux, mais surtout chez l'homme, où ils expriment la modération, la bonté, la compassion, la haine, l'amour, la tristesse, la joie. Le regard en varie le caractère : farouche, menaçant, étincelant, grave, oblique, de travers, soumis, caressant. Certes c'est dans les yeux que l'âme habite : ils deviennent ardents, fixes, humides, voilés. Des yeux coulent les larmes de la pitié. Quand nous les baisons  nous semblons atteindre l'âme même.

[5] Des yeux viennent les pleurs et ces ruisseaux qui arrosent le visage. Quel est donc ce liquide si abondant et toujours prêt dans la douleur ? et où est-il en réserve le reste du temps? Mais c'est par l'âme que nous voyons, par l'âme que nous discernons : les yeux, comme des espèces de canaux, reçoivent sa faculté visuelle,. et la transmettent. Ainsi une méditation profonde rend aveugle, la vue étant tournée à l'intérieur. Dans l'épilepsie, les yeux ouverts ne voient rien, l'âme étant couverte d'un brouillard. Bien plus, les lièvres dorment les yeux ouverts, et beaucoup d'hommes en font autant; les Grecs appellent cela κορυβαντιᾷν. La nature les a composés de membranes multiples et minces; elle a mis à l'extérieur, contre le froid et la chaleur, des tuniques épaisses qui sont de temps en temps purifiées par l'humeur lacrymale; et, pour garantir les yeux des chocs, elle les a faits glissants et mobiles.

LV. [1] La nature, au milieu de la cornée, a percé une fenêtre, la pupille, dont les petites dimensions ne laissent pas la vue s' égarer et être incertaine, la dirigent comme ferait un tube, et lui permettent d'éviter facilement le choc des corps étrangers. La pupille est entourée d'un cercle noir chez les uns, fauve chez les autres, glauque chez d'autres. Habile disposition! la lumière parvenue à l'œil a un blanc qui l'entoure, et, n'étant pas réfléchie brusquement, ne fait aucune discordance. Les yeux sont un miroir si parfait, que cette pupille toute petite rend l'image entière d'un homme : c'est ce qui fait que la plupart des oiseaux que nous tenons dans nos mains s'efforcent
de becqueter nos yeux, parce que, y voyant leur image, ils s'y portent comme vers les objets de leur affection naturelle.

[2]  Quelques bêtes de somme seulement éprouvent des maux d'yeux vers les accroissements de la lune. L'homme seul est délivre de la cécité par l'évacuation de l'humeur qui l'a causée (abaissement du cristallin). Beaucoup ont recouvré la vue au bout de vingt ans. Chez quelques-uns la cécité est congénitale, sans qu'il y ait aucun vice dans les yeux. Beaucoup ont perdu subitement la vue, l'œil restant également intact, et sans aucune lésion antécédente. Les auteurs les plus savants rapportent que des veines se rendent des yeux au cerveau; je serais porté à croire qu'il s'en rend aussi des yeux à l'estomac ;