RETOUR À L’ENTRÉE DU SITE    PINDARE : INTRODUCTION A SES OEUVRES     CHRONOLOGIE - LES «VIES»   PINDARE : LE POÈTE D'OR

 

 

 

 

PINDARE

 

ODES ET FRAGMENTS

 

 

 

 

 

Une nouvelle traduction

 

par

 

Philippe Renault

 

 

 

 

 

On a toujours affirmé, depuis la redécouverte de Pindare à la Renaissance, que sa poésie était d'une complexité telle qu'une traduction fidèle de ces vastes élévations lyriques était impossible. La richesse inépuisable des tournures, les effets de style, les alliances de mots sont, en effet, difficilement adaptables dans une autre langue que le grec. Car, comment avec aisance, adapter sans les déformer ou les détourner de leur syntaxe le phrasé et le verbe si touffu et si libre de cet auteur ? Plus qu'un tout autre poète grec, la reproduction d'un style d'une aussi grande subtilité s'avère délicate, et pour le moins hasardeuse.

 

Au siècle dernier, la seule traduction valable fut celle de Boissonade (reprise avec quelques variantes par Aimé Puech dans la collection Budé dans les années 1920) ; elle fut réalisée en prose, ce qui avait l'avantage d'éviter l'écueil d'une transcription de la phrase versifiée. C'était, à vrai dire, une traduction de moindre mal et à but pédagogique. Mais l'esprit du poème en était quelque peu malmené. En effet, comment en prose évoquer avec assez de justesse la richesse et le souffle épique de Pindare ?

 

Dans sa prime jeunesse, Saint-John Perse s'efforça de traduire ce poète qui le fascinait plus que tout autre, et dont le phrasé allait influencer ses propres compositions. Très récemment, les éditeurs ont révélé la teneur de ces travaux. Il faut bien convenir que la personnalité du poète prime largement sur celle du Grec, ce qui fausse quelque peu l'évaluation de cette traduction. Plus tard, Robert Brasillach qui ne l'estime guère ! et surtout Marguerite Yourcenar – grande admiratrice de Pindare, et auteur d'un brillant essai qui lui est consacré tentèrent chacun, dans leur respective anthologie des poètes grecs, de retrouver l'authenticité rythmique de l'ode pindarique. Brasillach utilisa à cet effet l'amplitude du vers claudélien, très en vogue durant l'EntreDeux–Guerres. Sa tentative ne fut guère concluante. Quant aux efforts de Yourcenar, malgré sa bonne volonté évidente, ils n'ont abouti elle en avait pleinement conscience, si l'on en croit la notice sur Pindare qui précède ses traductions qu'à l'écriture d'un texte d'une facture plus classique que celle de Brasillach, mais, somme toute, assez confus.

 

En 1990, la traduction juxtalinéaire de Jean Paul Savignac a eu le mérite de transcrire vers à vers le texte de Pindare, et  « d'épousseter »  les anciennes traductions, à la lumière des découvertes philologiques. Pourtant, ce travail me trouble quelque peu. La dislocation systématique des phrases, l'abus de mots composés, parfois stupéfiants, donnent l'impression d'une véritable cacophonie verbale ; en amplifiant jusqu'à l'illisibilité absolue le  « beau désordre » qui a fait le succès du poète grec, M. Savignac a fini par rendre le texte plus complexe qu'il ne l'est en réalité. Certes, la souplesse syntaxique conquise par la poésie française, désormais communément acceptée, à permis à la traduction versifiée de développer des possibilités qui étaient inconnues au XIXe siècle, où seul l'alexandrin – ou presque – était en usage pour transcrire la poésie antique. Malheureusement, dans son édition de Pindare, M. Savignac, fort de ces perspectives nouvelles, a poussé la logique de déconstruction de la langue jusqu'à ses limites extrêmes. Je comprends qu'il est salutaire de ne jamais lisser une traduction, de l'enjoliver, afin de la rendre plus  « présentable » aux yeux du lecteur ; mais d'ici à torturer la langue pour la soumettre tant bien que mal aux exigences, aux méandres du texte original, il y a des limites... Il s'agit de faire une traduction française, et, si possible, un tantinet compréhensible. Pour les Grecs, la souplesse syntaxique de leur langue faisait que les audaces de Pindare ne choquaient pas trop l'oreille de l'auditeur : en grec, la sonorité prime sur la phrase. Or le français, langue plus rigide par nature, se prête beaucoup moins bien à la dislocation des éléments constituant la phrase : aussi le but du traducteur est-il d'accommoder les caractères de la langue qui traduit avec ceux de la langue à traduire. L'exercice, est, je le reconnais, très périlleux, parfois insurmontable...

 

Quant à moi, il m'a paru essentiel de respecter la versification pindarique (strophe antistrophe – épode) si complexe, liée à l'accompagnement musical. En cela, ma démarche est proche de celle de M. Savignac. Mais, contrairement à lui, j'ai essayé, tout en restant au plus près du texte, de ne pas tomber dans la manie de l'obscurité pour l'obscurité. La vigilance s'impose quant à la place des mots, essentielle chez le Thébain, mais je me suis bien gardé, sous prétexte de littéralité absolue, de me complaire dans un hermétisme stérile. Certes, ma traduction refuse toute concession à une clarté syntaxique, qui n'est pas de mise chez Pindare – c'est là, d'ailleurs, tout son charme –, mais je ne la crois pas illisible. Car tout bon traducteur se doit d'être avant tout un  « faiseur d'harmonie ». Cela a fait que mon travail s'est avéré souvent très difficile, fruit de plusieurs années de méditation et de ratures, car tout doit être maîtrisé chez Pindare,  véritable dentellier du verbe : nul plus que lui ne peut souffrir une traduction approchante, sans nuire aussitôt à l'intégrité de son art

 

Quant à la sonorité des vers, elle a été l'une de mes grandes préoccupations : de fait, j'ai tenté de restituer la résonance spécifiquement dorienne, faite de  « a » et « oi ».

 

Autres précisions. J'ai rendu, quand il le fallait, le ton  sublimement hautain du poète, tendant parfois vers la morgue, mais aussi l'élan solennel, le flot majestueux où bouillonnent tant de splendeurs, et que le dialecte dorien amplifie notablement ; j'ai bien eu conscience que cette puissance verbale risquait d'irriter par moment le lecteur moderne, habitué à plus de simplicité et de modestie. Devant cette avalanche d'images et de rythmes, la saturation guette... Mais que l'on aime ou pas, cela fait partie du style du poète, particulièrement dans les Odes. Par scrupule, je n'ai pas cherché à gommer cette pompeuse suffisance.

 

De plus, je me suis efforcé, autant qu'il m'était possible, d'éviter toute omission textuelle, mais aussi toute tentation paraphrasante, deux travers qui découlent d'une traduction en vers.

 

Telle est cette entreprise funambulesque et ingrate, où l'idéal poétique est mon principal leitmotiv, mais jamais au détriment du texte initial. Ainsi, ce travail a pour ambition (ou la naïveté peut-être !) de satisfaire à la fois l'honnête homme, l'amateur de poésie et le spécialiste des littératures anciennes. Au lecteur maintenant de juger.

 

 

 

 

 

SOMMAIRE

 

 

OLYMPIQUE III

Pour Théron d'Agrigente,

Vainqueur à la course des chevaux,

pour les Théoxénies

OLYMPIQUE IV

Pour Psaumis d'Agrigente,

Vainqueur au quadrige

Olympique V

Pour Psaumis d'Agrigente,

Vainqueur à l'attelage des mules

OLYMPIQUE XI

Pour Agésidamos, Locien Zéphyrien,

Vainqueur au pugilat des garçons

OLYMPIQUE XIV

Pour Asopicos d'Orchomène,

Vainqueur au stade des garçons

PYTHIQUE VI

Pour Xénocrate d'Agrigente, 

Vainqueur au quadrige

PYTHIQUE VII

À Mégaclès d'Athènes,

Vainqueur au quadrige

PYTHIQUE X

Pour Hippocléas, Thessalien,

Vainqueur à la course diaulique

PYTHIQUE XI

Pour le jeune Thrasidée de Thèbes,

Vainqueur à la course

PYTHIQUE XII

À Midas d'Agrigente,

Joueur de flûte

NÉMÉENNE II

À Timodèmos,

Vainqueur au pancrace

NÉMÉENNE V

À Pythéas d'Égine,

Vainqueur au pancrace

NÉMÉENNE VI

Pour Alcimidas d'Égine, lutteur,

Vainqueur au concours des garçons

NÉMÉENNE VIII

 Pour Dénias, fils deMégas,

Vainqueur à la course du stade 

NÉMÉENNE XI

À Aristagoras, fils d'Arcésilas,

Prytane de Ténédos 

ISTHMIQUE II

Pour Xénocrate d'Agrigente,

Vainqueur à la course des chars

ISTHMIQUE III

Pour Mélissos de Thèbes,

Vainqueur au quadrige

ISTHMIQUE VII

Pour Strepsiade, Thébain,

Vainqueur au pancrace

DITHYRAMBES AUX ATHÉNIENS

PÉANS AUX THÉBAINS

PÉANS AUX ABDÉRITAINS

FRAGMENTS D'ÉLOGES

FragMents d'hyporchèmes

FRAGMENTS D'HYMNES

FRAGMENTS DE THRÈNES

FRAGMENTS DE PROSODIES

FRAGMENTS DE PARTHÉNÉES
FRAGMENTS INCERTAINS

 

 

 

 

OLYMPIQUE III

 

 

Pour Théron d'Agrigente,

Vainqueur à la course des chevaux,

pour les Théoxénies

 

Strophe 1

Des Tyndarides hospitaliers, je désire la faveur,

       Et celle d'Hélène finement bouclée,

Pour célébrer la glorieuse Agrigente : tel est mon vœu !

Au vainqueur olympique,

       Théron, j'ai dressé l'hymne, à ses coursiers aussi,

À l'élan prodigieux ! Or la Muse était

       À mes côtés, lorsque j'inventai une harmonie nouvelle,

Unissant la cadence dorienne à la voix,

 

Antistrophe 1

Splendeur des fêtes. Puisque se dressent

       Sur la chevelure les couronnes,

Je me dois d'acquitter une dette sacrée :

La lyre subtile,

       Le son des flûtes, et l'ordre des vers,

Au fils d'Onésidamos doivent se mêler, comme il sied ;

       Et toi, Pise, déclare aussi, toi par qui,

Divinement, sont inspirées aux hommes les Odes,

 

Épode 1

Oui, parle de celui qui obéit aux premiers ordres d'Héraclès,

Le juge intègre des Hellènes, cet Étolien,

       Qui posa au-dessus de ses prunelles,

Sur son front,

       Le verdoyant feuillage d'olivier, que, jadis,

Des sources obscures

       De l'Ister ramena le fils d'Amphitryon,

Cette mémoire des joutes olympiques,

 

Strophe 2

Après avoir si bien convaincu les Hyperboréens,

       Serviteurs d'Apollon, par l'éclat de sa parole.

Bienveillant, il désirait pour l'agréable

Bosquet de Zeus une plante ombrageante

       Pour les hommes, afin de couronner leurs exploits.

Et déjà, alors que les autels au Père

       Déjà étaient dédiés, et que le char doré

Du soir avait embrasé sa prunelle, la Lune,

 

Antistrophe 2

Les arbitres des joutes,

       De même que les quinquennales,

Étaient par lui fondés sur les saintes falaises de l'Alphée ;

Mais les arbres charmants n'étaient guère abondants

       Dans les vallées du Cronion, la terre de Pélops :

Tout était pauvre, et l'endroit lui apparut

       Écrasé par les feux ardents du soleil.

Alors, son cœur le poussa à se rendre dans le pays

 

Épode 2

Istrien ; là, Léto, dresseuse de chevaux,

L'accueillit, lui qui revenait des régions d'Arcadie

       Aux coteaux sinueux,

Jeté dans cette aventure

       Par Eurysthée, contraint aussi par le Père céleste,

Afin de ramener la biche aux cornes d'or,

       Que jadis Taigétê

Avait donnée à Orthosie, offrande sacrée.

 

Strophe 3

Dans sa poursuite, il découvrit une contrée

       Épargnée par les souffles du Nord

Au froid mugissement ; devant ces arbres, il fut fasciné !

Un désir ardent le poussa

       À les planter le long de l'espace douze fois borné de tours,

Où courent les chevaux. Et, aujourd'hui, à la fête,

       Tout de mansuétude, il vient,

Accompagné des Jumeaux, enfants de la svelte Léda.

 

Antistrophe 3

Car il leur a ordonné, à son départ pour l'Olympe,

       De régir ces jeux sublimes

Pour la vaillance des hommes et le maniement du char

Si vif. Et moi, je veux de tout mon cœur

       Affirmer, qu'aux Euménides

Et à Théron, la gloire est échue, grâce aux cavaliers

       De Tyndare, car aux plus opulents des hommes,

Ils furent hospitaliers, leur donnant des festins,

 

Épode 3

Ayant préservé une piété digne des Meilleurs.

Si le premier bien est l'eau, si

       L'or est le plus pur,

Aujourd'hui, à l'apogée

       De ses exploits, Théron vient d'atteindre

L'extrémité des Colonnes

       D'Héraclès. Leur au-delà est aux sages interdit,

Comme aux impies. Mais je n'irai pas plus loin : sinon, je serai fou !

 

 

 

 

OLYMPIQUE IV

 

Pour Psaumis d'Agrigente, 

Vainqueur au quadrige

 

 

Strophe

Toi qui lances au loin la foudre, toi l'agile,

      Zeus, par tes filles, les Heures,

Aux sons de l'hymne surgi de ma lyre sublime, je suis venu

Pour admirer de valeureux exploits.

Leurs hôtes étant vainqueurs,

La joie étreint soudain les vertueux, à la douce nouvelle.

Fils de Cronos, maître de L'Etna,

Pourfendeur de la lourde masse à cent têtes,

      Typhon l'abominable,

Reçois cet hommage pour le vainqueur olympique

Par les Charites décrété,

 

Antistrophe

Pour l'éclat immortel de la noble vaillance.

      Voyez ! Le char

De Psaumis est là, lui, couronné de l'olivier de Pise, pressé d'étendre la gloire

Sur Camarine. Que les dieux favorables

Satisfassent ses vœux.

Je le loue ! Il est grand dans l'art de dompter les cavales ;

Mais sa vertu est l'hospitalité,

Et c'est dans la paix, joie de toute cité, que pure,

Son esprit aime à s'épancher.

Mais le mensonge ne doit point colorer

Mon éloge : l'expérience seule est gage de vérité aux hommes :

 

Épode

C'est elle qui vengea le fils de Clymènos

Des affres des femmes de Lemnos :

Écrasé par le bronze, triomphant à la course,

Il dit, recevant d'Hypsipyle les lauriers :

« Moi, je me suis affermi

Autant par les mains que par le cœur ! » Oui, les cheveux, même aux jeunes

Hommes, les voilà devenus blancs

Trop vite, malgré leur âge.

 

 

 

 

OLYMPIQUE V

 

Pour Psaumis d'Agrigente, 

Vainqueur à l'attelage des mules

 

 

 

Strophe 1

Du prestige et des lauriers la splendeur,

Ceux d'Olympie, ô filles d'Océan, dans la joie,

Et pour ses coursiers vifs, recevez l'offrande de Psaumis,

 

 

Antistrophe 1

Lui qui magnifie Camarine, lui, si prodigue envers son peuple,

À qui l'on doit les six autels aux fêtes divines, imposantes,

Où l'on sacrifia des bœufs, lors des cinq jours de jeux,

 

Épode 1

De chars, d'habileté au célès. Quelle gloire immortelle

Vainqueur, il s'est acquis ! Et, de son père Acron,

       Il a proclamé le nom, et celui de sa ville renaissante.

 

Strophe 2

Il venait de revoir le doux pays d'Oïnomaos et de Pélops,

Et, ô poliade déesse, Pallas, il a honoré ton bosquet saint

Ta rivière, l'Oanis, le lac où il naquit,

 

Antistrophe 2

Et l'antique canal  dont l'Hipparis désaltère les troupes,

Et où se dressent les bâtisses grandioses

Qui, après les temps misérables, ont consacré l'opulence de ce peuple.

 

Épode 2

Acharnement et souffrance se disputent pour l'exploit

Périlleux.  Mais une fois vainqueur,

       Le renom de sagesse grandit l'homme, reconnu même parmi les siens.

 

Strophe 3

Ô toi, prince des nuées, Zeus, qui trônes sur la cime cronienne,

Qui te plais sur l'Alphée, majestueux flot, dans la caverne de l'Ida,

À toi, je demande que mes hymnes se mêlent aux lydiennes flûtes,

 

Antistrophe 3

Pour louer, par ces nobles cœurs, la cité ;

Et toi,  ô vainqueur d'Olympie, fier de tes chevaux posidoniens,

Dans la joie, passe une verte vieillesse jusqu'à la mort,

 

Épode 3

De tes fils entouré. Car celui qui baigne dans le bonheur et la santé,

Et joint à la richesse l'éloge,

       Qu'il n'aspire point au sort des dieux.

 

 

 

 

OLYMPIQUE XI

  

Pour Agésidamos, Locien Zéphyrien,

Vainqueur au pugilat des garçons

 

 

Strophe

L'homme, parfois, goûte le vent comme un ardent

Besoin, ou la rosée céleste,

Filles des nuées de pluie ;

Mais que l'on soit vainqueur, les hymnes, son de miel,

Prélude aux discours futurs,

Sont les garants absolus de l'éternelle gloire.

 

Antistrophe

Loin de l'envie, voilà ce qui échoît

Aux vainqueurs olympiques,

Et ma langue désire en donner la saveur :

Or c'est par Zeus que l'homme exalte en pensées vertueuses.

Apprends donc, ô fils d'Archestratos,

Agésidamos, qu'à ton pugilat,

 

Épode

Autour de ta couronne d'olivier d'or,

Résonnera, suave, mon chant,

Hommage aux Locriens Zéphyriens.

Accourez à la joute : je vous y engage !

Muses, ce ne sont point des gens inaccueillants

Ignorant la beauté,

Mais sages grandement et guerriers vifs que vous rencontrerez ;

Car leur nature, ni le renard chafouin,

Ni le lion rugissant ne les échangeraient.

 

 

 

 

 

OLYMPIQUE XIV

 

 Pour Asopicos d'Orchomène,

Vainqueur au stade des garçons

 

 

Strophe 1

Vous, des ondes céphisiennes

Les habitantes, vous qui hantez le havre aux charmants poulains,

Reines suaves,

Charites de la riche Orchomène, gardiennes de la race antique de Mynias,

Écoutez-moi, je vous prie, vous par qui liesse

Et douceur éclosent aux mortels

Pour la sagesse, la beauté, la gloire éclatante.

Non, les dieux, sans les Charites saintes,

Ne pourvoiraient ni aux chœurs,

Ni aux banquets ; mais donneuses de tous les présents

Célestes, sur le trône, sises aux côtés de l'archer d'or,

Le Pythien Apollon,

Elles adorent le Père, l'Olympien sempiternel.

 

Strophe 2

Ô Aglaé,

Chant suave, Euphrosyme, filles du dieu le plus grand,

Soyez attentives ! Toi aussi, Thalie,

Amie du verbe ; voyez, dans la joie bienheureuse,

L'hymne virevoltant, car, sur le mode lydien,

- Mon œuvre -, je m'en vais chanter

Ta victoire olympique, dont Mynos

Par toi s'honore. Aussi, jusqu'à l'antre aux murs noirs

De Perséphone, vole, ô Écho,

Révèle à son père la prestigieuse nouvelle,

Vole vers Cléodamos, et dis que son fils,

Au cœur de la glorieuse Pise,

A ceint d'ailes triomphales son front.

 

 

 

 

 PYTHIQUE VI

 

Pour Xénocrate d'Agrigente, 

Vainqueur au quadrige

 

 

 

Strophe 1

Écoutez ! C'est le champ d'Aphrodite

       Aux yeux vifs et des Charites

Que nous labourons, tandis qu'au nombril de la mugissante

Terre, vers le temple, nous nous dressons ;

Louant la victoire pythique, pour les riches Euménides,

Pour l'humide Agrigente, enfin, pour Xénocrate,

J'offre ce cortège d'hymnes qui, à la profusion d'or

De l'Apollinienne vallée, se mêle, inaltérable.

 

Strophe 2

Sur lui, ni l'orageuse pluie, monstrueuse,

       Ni le vacarme des nuées

Dans leurs bataillons cruels, ni le vent ne pourront jusqu'aux gouffres

Maritimes les mener, malgré tous les débris

Qui viendraient l'affecter. Brillante, pure, sa façade

Dira, tout comme de ton père, Thrasybule, de sa race,

Aux hommes, l'illustre victoire au quadrige,

Ce triomphe au vallon de Crisa !

 

Strophe 3

Tenant le rêne, à ta droite, tu conduis,

       Debout, le Précepte

Qu'autrefois, sur les monts, au magnifique

Fils de Phylire, au fils de Pelée, loin de vos parents,

Rappelait ceci : « Puissamment, le Cronide,

Dont la voix rauque décoche éclairs et foudre,

Lui, parmi tous les dieux, honore-le : mais, de cette célébration,

N'oublie jamais tes parents tout le temps qui leur reste de vie. »

 

Strophe 4

Jadis aussi, Antilochos le fort

       Était mû par ce sentiment,

Lui qui mourut pour son père en affrontant

Le tueur d'hommes, le chef  des Éthiopiens,

Memnon. Le cheval nestoréen, clouant son char sur la place,

Il fut blessé par les coups de Pâris, brandissant

Son épée : le vieillard messénien

Éperdu, implora le secours de son fils,

 

Strophe 5

Sa parole ne s'éteignant que lorsqu'il fut à terre !

      Face au péril, le héros divin

Vengea par son trépas le salut de son père,

Devenant, pour les siècles à venir,

Au regard de la jeunesse, par son exploit sublime,

L'indéfectible modèle de vaillance filiale.

Mais ce temps est révolu ! Aujourd'hui, Thrasybule

Marche, brillant, sur les voies paternelles :

 

Strophe 6

Il imite son oncle dans ses vertus splendides ;

      Humblement, il goûte à sa richesse,

Ne cueillant ni l'injustice, ni l'intempérance au cœur de sa jeunesse,

Mais la vertu au fond de l'antre des Piérides.

Et toi, Trembleur de terre, toi qui préludes aux jeux équestres,

De toute son âme, Poséidon, il t'aime,

Et son commerce exquis, au milieu des banquets,

Est plus suave encore que l'œuvre ajourée des abeilles.

 

 

 

 

 

PYTHIQUE VII

  

À Mégaclès d'Athènes,

Vainqueur au quadrige

 

 

 

Strophe

Le plus beau prélude

- Athènes l'immense - pour honorer cette race grandiose,

Les Alcmanides, auxquels je dresse une ode à leur quadrige.

Y a-t-il un pays, une famille, dont la renommée

Soit la plus éclatante

À jeter à la face des Grecs ?

 

Antistrophe

Car toutes les cités connaissent

Les hommes d'Érechthée, qui, ô Apollon, pour toi,

Ont bâti ta demeure dans la sainte Pytho, merveille !

Vois : cinq victoires dans l'Isthme me guident, comme celle, splendide,

Au Zeus de l'Olympique,

Deux triomphes à Cyrrha,

 

Épode

Ô Mégaclès,

Enfin, celles de vos ancêtres !

Et ton succès nouveau me grise. Cependant, je suis triste,

Car l'exploit engendre l'envie. Mais ne dit-on pas

Qu'ainsi vont les choses, que, trop proche de l'homme,

Le bonheur qui rayonne apporte l'un, apporte l'autre ?

 

 

 

 

PYTHIQUE X

 

  

 

Pour Hippocléas, Thessalien,

Vainqueur à la course diaulique

 

 

Strophe 1

Ô belle Lacédémone,

Ô heureuses vallées de Thessalie !

Sur vous deux, la race issue

D'un même père, le bienveillant Héraclès, règne.

Aurais-je retardé ma louange ? Mais Pytho

Et Pélinnéon m'ont fait part de leurs vœux,

Les enfants d'Aléas aussi, qui veulent d'Hippocléas

Glorifier la prouesse par des chants de victoire.

 

Antistrophe 1

Il se livre aux jeux :

Et le cortège assemblé dans le val parnassien

L'a proclamé vainqueur au diaule des garçons.

Apollon, finitude des hommes, et leur commencement aussi,

Est ébloui quand le sort leur concède la gloire.

Oui, c'est bien grâce à toi qu'il a triomphé,

Succédant aux exploits accomplis par son père,

 

Épode 1

Vainqueur deux fois à Olympie aux armes

Belliqueuses d'Arès,

Mais aussi sous les rochers de l'ombrageante Cyrrha,

À la course, grâce à son pied agile, lui Phrikias !

Qu'un destin bienveillant, pour ses jours futurs,

Déploie la floraison lumineuse de ses richesses,

 

Strophe 2

Car, pour le bonheur de l'Hellade,

Des dons divers leur ont été confiés ! Puissent-ils des Immortels

Ne point subir les humeurs versatiles ! Puisse Zeus

Leur être bienveillant ! Car heureux et digne des chants,

Devient l'homme aux yeux des sages,

Lui qui, par ses bras et ses pieds vainqueurs,

A conquis par ses âpres efforts les plus belles couronnes.