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table des matières de l'œuvre dE JULIEN
LETTRES relu et corrigé
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LETTRE I A UN SOPHISTE Il félicite un sophiste de ses amis (01) de son retour d'Égypte.
Je te croyais depuis longtemps descendu vers le Nil, et souvent
rappelant à mon esprit cette idée familière : Heureux,
disais-je, les enfants des Égyptiens, qui ayant, de temps
immémorial, le Nil pour tributaire de tous les biens qu'il sait
apporter, jouissent en outre aujourd'hui des bienfaits de ta
muse, non moins précieux, à mon avis, et plus grands peut-être
que ceux du Nil! En effet, il les enrichit en arrosant leur
campagne; et toi, en faisant pénétrer tes discours dans l'âme de
leurs jeunes gens, tu les conduis vers le trésor de la science
avec autant de sûreté que jadis Pythagore en voyage chez eux, et
Platon après lui (02). Voilà ce que je me disais à moi-même,
pendant que tu étais tout près de moi à mon insu. Aussi, quand
est venu celui qui m'a remis ta lettre, surpris tout d'abord,
j'ai cru qu'il y avait erreur, et je n'en pouvais croire mes
yeux. Mais en lisant ce que tu m'écrivais, et m'assurant que ces
grâces n'étaient point d'un autre, quelle fut ma joie, le
comprends-tu? J'y trouvai l'espérance plus prochaine de te
revoir, et je fus heureux, comme cela devait être, de songer que
tu faisais, pour quelque temps du moins, le bonheur de ta
patrie. Car tu m'as l'air de plaisanter quand tu l'accuses. Que
l'air qui circule au-dessus de la tête soit tel que tu le dis,
que l'eau qu'on y boit rappelle celle de la mer et que le pain
qu'on nous y donne soit mêlé d'orge, je n'en disconviens pas, et
tu n'as rien exagéré de tout cela, par ménagement pour ta ville
natale; cependant, mon excellent ami, tu dois lui savoir gré
d'avoir formé ton esprit à la philosophie (03), de manière à
dédaigner un jour les délices égyptiennes. Le sage Ulysse (04)
habitait une île petite et stérile; car Ithaque fut-elle autre
chose ? Et pourtant ni Calypso ni l'espoir d'une vie meilleure
ne put l'empêcher de donner la préférence à Ithaque. Jamais
Spartiate, je le crois, tout en se rappelant le régime sévère de
son pays, ne se plaignit de Sparte. Mais je vois ce qui t'a
entraîné à cette sortie. Tu aimes les richesses, mon bon ami; et
dès que tu manques la moindre occasion, tu pousses des hélas! et
tu ne cesses de regretter le Nil et ses trésors. Voilà, comme tu
le dis toi-même, ce qui te fait l'hôte de ce pays, et ce qui te
donne un corps aussi peu gracieux que celui de Chéréphon (05).
Je présume aussi qu'une nymphe t'y retient dans ses bras
amoureux, et que tu éprouves avec quelque peine ce que peut le
désir. Puisse du moins l'amitié de Vénus ménager tes forces!
Porte-toi bien, et fasse le ciel que je te revoie bientôt, et
même père de famille! |
(01) Peut-être Libanius. (02) Il y a une ironie évidente : Pythagore et Platon allèrent s'instruire chez les Égyptiens plutôt qu'ils ne les instruisirent. (03) Cf. Lucien, Éloge de la Patrie, 6. T. II, p. 328 de notre traduction. (04) Voyez pour les détails Homère, Odyssée, I, 55-59, v. 208; IX, 27; X, 417; XIII, 242, et Lucien l. c. II. (05) Sur Chéréphon, voyez les Nuées d'Aristophane, trad. Artaud ou Poyard. — Cf. Xénophon, Mém. sur Socrate, t. 1, p. 13 de notre traduction. |
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LETTRE II A PROHERESIUS (01) Il l'engage à écrire l'histoire de son retour des Gaules, et il lui promet des documents.
Pourquoi ne m'empresserais-je pas de saluer le beau Prohérésius,
l'homme aux discours abondants et rapides comme les fleuves dont
le cours se répand dans les campagnes, le rival de Périclès en
fait d'éloquence, mais incapable de troubler et de bouleverser
la Grèce (02) ? Ne sois pas étonné si j'use avec toi d'une
brièveté laconique. Permis à vous autres sages de faire de très
longs et de très grands discours (03), à nous il nous suffit de
vous adresser quelques mots. Sache donc que je suis dans un
cercle d'affaires qui affluent de toutes parts. Cependant les
causes de mon retour (04), si tu veux écrire l'histoire, je te
les exposerai dans le plus grand détail, et je te donnerai les
lettres pour te servir de documents. Mais si tu es décidé à te
livrer jusqu'à la vieillesse aux déclamations et aux exercices
oratoires, tu ne me reprocheras pas. j'espère, mon silence. |
(01) Orateur chrétien dont nous avons parlé dans notre Étude. — On peut comparer cette lettre à celle où Cicéron engage Luccéius à écrire l'histoire de son consulat. Voyez Lett. fam., livre V, 12. (02) Allusion aux vers si connus d'Aristophane dans les Acharniens, v. 535 et suivants. (03) Légère pointe de persiflage à l'endroit des sophistes. (04) Julien parle de son retour des Gaules à Constantinople, sur lequel il avait écrit lui-même un Mémoire qui n'est pas parvenu jusqu'à nous. |
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LETTRE III A LIBANIUS Il lui demande un écrit dont il attend l'envoi. Puisque tu as oublié ta promesse, car voilà trois jours écoulés, et je ne vois pas arriver le philosophe Priscus (01), qui m'a écrit même qu'il tarderait encore, je te la rappelle et te prie d'acquitter une dette, dont tu sais pouvoir te libérer avec autant de facilité que j'aurai de plaisir à en recevoir le payement. Envoie-moi le discours avec ton avis, chose sacrée, mais, au nom de Mercure et des Muses, envoie promptement. Car tu sauras que ces trois jours-ci tu m'as fait sécher, si le poète de Sicile dit vrai, quand il prétend que le désir fait vieillir en un jour (02). A ce compte, mon ami, tu as triplé chez moi la vieillesse. Je dicte cela pour toi, au milieu de mes occupations, étant incapable d'écrire, vu que j'ai la main plus paresseuse encore que la langue : or, ma langue elle-même, par défaut d'exercice, est devenue plus paresseuse et plus bégayante que jamais. Porte-toi bien, frère très désiré et très aimé. |
(01) Celui à qui est adressée la lettre LXXIII. Il en est question, du reste, dans la vie de Julien. (02) Voyez. Théocrite, Idylle XII, v. 2. — On songe aux jolis vers de Béranger dans la Vieille :
Pour moi le temps semble, dans sa vitesse, |
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LETTRE IV AU PHILOSOPHE ARISTOXÈNE (01) Il l'invite à venir le trouver en Cappadoce, et se plaint du peu d'empressement des habitants de ce pays aux autels du paganisme. Est-il donc nécessaire d'attendre une invitation, et les avances ne doivent-elle, pas être à fonds communs? Garde-toi d'établir entre nous cette étiquette rigoureuse, qui fait exiger des amis les mêmes civilités que de connaissances toutes simples et de pure rencontre. On se demandera peut-être ici comment, sans nous connaître, nous sommes amis. Comment est-on l'ami de gens qui vivaient il y a mille ans, que dis-je? deux mille ans? Parce que c'étaient des gens de bien, des gens vertueux. Or, nous avons le désir d'être comme eux. Il est vrai, pour moi du moins, que nous en sommes à une énorme distance; seulement, notre bonne volonté nous place à peu près sur la même ligne. Mais pourquoi ces vains propos? Si tu dois venir sans invitation, tu ne manqueras pas de venir; si tu attends une invitation, voici la nôtre qui t'arrive. Viens donc avec nous causer de tout cela, au nom de Jupiter, dieu des amis, et fais-nous voir chez les Cappadociens un Grec pur sang. Jusqu'ici je ne vois offrir des sacrifices que par des gens qui n'y mettent pas de bon vouloir, ou qui, s'ils le veulent bien, ne savent pas s'y prendre. |
(01) D'autres lisent Aristomène; mais les manuscrits les plus autorisés portent le nom que nous avons adopté. |
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LETTRE V A THÉODORA (01) Il la remercie d'un envoi de livres et de lettres. Julien à la très respectable Théodora. Les livres que tu m'as envoyés, je les ai tous reçus avec les lettres fort bienvenues, que m'a remises l'excellent Mygdonius (02). J'ai bien peu de temps à moi (03); les dieux le savent; ne t'offense donc pas si je ne t'écris que ces lignes. Porte-toi bien et écris-moi toujours de pareilles lettres. |
(01) On croit que cette Théodora est la même à qui Libanius adresse sa lettre MCCXCIX. (02) Celui à qui Libanius adresse quelques lettres amicales.
(03)
Julien était sans doute alors dans les Gaules. |
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LETTRE VI (01) A ECDICIUS (02), PRÉFET D'ÉGYPTE Il lui ordonne de faire exiler Athanase, patriarche d'Alexandrie. Si tu ne nous as rien écrit des autres affaires, du moins fallait-il écrire au sujet d'Athanase (03), l'ennemi des dieux, d'autant que, depuis bien longtemps, tu dois avoir pleine connaissance de nos édits. Je jure donc par le grand Sarapis (04) que, si avant les calendes de décembre (05) cet Athanase, l'ennemi des dieux, n'est sorti de la ville (06), ou plutôt de toute l'Égypte, je frapperai d'une amende de cent livres d'or la légion que tu commandes. Tu sais bien que, si je suis lent à condamner, je suis plus lent encore à revenir sur une condamnation une fois prononcée. Ajouté de la main même de l'empereur (07): C'est un très vif chagrin pour moi que ce mépris pour tous les dieux. Aussi, je ne verrais, je n'apprendrais rien de ce que tu fais qui me soit plus agréable que l'expulsion hors de tous les points de l'Égypte de cet Athanase, de ce misérable, qui a osé, sous mon règne, baptiser des femmes grecques de distinction. |
(01) Écrite l'an 362 après J.-C. — Cf. les lettres XXV et LI, qui ont trait à la même circonstance. (02)' Il y a eu plusieurs personnages de ce nom : celui auquel écrit Julien était le plus connu et le plus respectable. (03) C'est saint Athanase, patriarche d'Alexandrie, qui, déjà exilé par Constantin et par Constance, protecteur de l'arianisme, était rentré en Égypte, grâce à l'édit général de rappel donné par Julien. — Cf., pour plus amples détails, Baronius, Annal. Ecclésiast., année 362, chap. CCXXXIX. Voyez aussi Villemain, Tableau de l'éloquence chrétienne au quatrième siècle, p. 93 de l'édition Didier, 1849. (04) Voyez Dict. myth. de Jacobi. — Cf. Tacite, Hist., IV, 84. (05) Du 1er au 13 décembre. (06) Alexandrie. (07) Passage controversé. Nous avons adopté la conjecture de Petau, de La Bleterie et de Heyler, qui croient que les mots καὶ τῇ αὐτοῦ ou αὑτοῦ χειρί sont d'un copiste ou d'un secrétaire même de l'empereur, et indiquent que la fin de la lettre, dictée d'abord, était toute de la main de Julien. Voyez même formule, lettre XLIV. |
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LETTRE VII (01) A ARTABIUS (02) Il dit qu'il n'a pas l'intention de faire égorger les chrétiens. J'en atteste les dieux, je ne veux ni massacrer les Galiléens (03), ni les maltraiter contrairement à la justice, ni leur faire subir tout autre mauvais traitement : je dis seulement qu'il faut leur préférer des hommes qui respectent les dieux, et cela en toute rencontre. Car la folie (04) de ces Galiléens a pensé tout perdre, tandis que la bienveillance des dieux nous a sauvés tous. Il faut donc honorer les dieux, ainsi que les hommes et les villes qui les respectent. |
(01) Écrite l'an 361 après J.-C. (02) Personnage inconnu. (03) Mot par lequel Julien se plaît à désigner les chrétiens. (04) Ainsi parle L. Racine dans le poème de la Religion, chaut IV.
Les maîtres des pays par le Nil arrosés, Seulement, la folie chrétienne dont veut triompher Julien est devenue, selon Racine, la raison de l'univers. — Cf. Béranger, la chanson des Fous. |
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LETTRE Vlll A GÉORGIUS (01) Il le loue de son éloquence. Souvent de petites œuvres ont illustré de grands artistes; de même les lettres de Géorgius attestent son talent oratoire. « Tu es venu, Télémaque (02) », dit le poète; et moi, je t'ai vu dans tes lettres et j'ai dessiné l'image de ton âme divine, comme sur un cachet étroit l'empreinte d'un grand caractère; car on peut dans un petit espace faire voir bien des choses. Ainsi l'habile Phidias (03) n'est pas connu seulement par sa statue qui est à Olympie ou par celle qui est à Athènes (04), mais pour avoir enfermé dans un petit relief un travail d'un grand art : on en cite comme exemples sa Cigale, son Abeille, ou, si tu veux, sa Mouche (05). Chacune d'elles, quoique faites matériellement en airain, est animée par la main de l'artiste. Toutefois peut-être la petitesse même de ces insectes a-t-elle aidé à produire une œuvre où brille à son gré le talent du sculpteur. Mais regarde, s'il te plaît, un Alexandre chassant à cheval (06), dont la dimension totale n'excède pas celle de l'ongle d'un doigt de la main, mais dont les détails sont merveilleux : Alexandre frappe la bête, effraye le spectateur, que tout son air terrifie, tandis que le cheval, se dressant sur la pointe des pieds pour quitter la place où il pose, fait illusion par la vérité de son attitude que rend mobile un effet de l'art. Voilà, homme admirable, l'impression que tu as produite sur nous. Après avoir été couronné maintes fois déjà dans la lice de Mercure, dieu de l'éloquence, où tu as fourni la longue carrière (07), le peu de lignes que tu écris suffit à montrer la hauteur de ton talent. Tu nous retraces au vif l'Ulysse d'Homère (08), qui n'a besoin que de dire qui il est pour étonner les Phéaciens. Si donc il te faut, pour parler ton langage. un peu de la fumée de notre encens amical, nous n'en serons point avares. On a souvent besoin d'un plus petit que soi, comme le prouve de reste la fable du rat qui sauva le lion en retour de son service (09). |
(01) On croit qu'il avait la charge de procurateur impérial, c'est-à-dire d'intendant de César. — Cf. lettre LIV. (02) Voyez Homère, Odyssée, XVI, 33; XVII, 41. (03) Voyez Pline l'ancien, XXIV, 8. (04) C'était à Olympie la fameuse statue de Jupiter Olympien, et à Athènes celle de Minerve Poliade, dont un habile archéologue et sculpteur de nos jours, Simart, a essayé une imitation réduite faite avec beaucoup de talent. (05) Voyez Pline à l'endroit cité. (06) Il est regrettable que Julien n'ait pas nommé l'auteur de ce petit chef-d'œuvre. (07) Pour fournir la longue carrière, il fallait, après avoir atteint le but et doublé la borne, retourner au point de départ : on exigeait, dans de certains concours, que les athlètes fournissent jusqu'à douze fois la longueur du stade. — Voyez Barthélemy, Voy. Anacharsis, chap. XXXVIII. (08) Voyez Homère, Odyssée, VIII, 17; IX, 19.
(09)
Voyez Babrius, fable CVII, édit. Schneidewin, et La Fontaine,
liv.
II, fable 11. |
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LETTRE IX (01) A ECDICIUS, PRÉFET D'ÉGYPTE (02) Il le prie de faire rechercher les livres de Géorgius. Les uns aiment les chevaux, les autres les oiseaux, d'autres les bêtes sauvages; moi, dès mon enfance, j'ai eu la passion des livres. Ce serait donc une chose étrange, si je les voyais avec indifférence accaparés par des hommes, dont l'or ne saurait assouvir l'insatiable cupidité, mais qui songent sournoisement à qui nous soustraira le mieux ces richesses. Rends-moi donc le service personnel de faire retrouver tous les livres de Géorgius (03). Il en avait beaucoup sur la philosophie et sur la rhétorique, beaucoup sur la doctrine des impies Galiléens, que je voudrais faire entièrement disparaître. Mais de peur de détruire en même temps ceux qui sont plus précieux, fais une recherche exacte de tous, et prends pour guide dans cette recherche le Notaire (04) même de Géorgius. S'il s'en acquitte avec fidélité, il aura sa liberté pour récompense; mais s'il use de fourberie dans cette affaire, il subira les tourments de la question. Je connais, pour ma part, les livres de Géorgius, sinon tous, du moins en grande partie. Il me les a communiqués, lorsque j'étais en Cappadoce, pour prendre copie de quelques-uns, et il les a repris ensuite. |
(01) Écrite l'an 362 après J.-C. (02) Voir la lettre VI. (03) Évêque arien d'Alexandrie, opposé à saint Athanase; voyez la lettre suivante. (04) Scribe, copiste. |
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LETTRE X (01) AUX ALEXANDRINS Il leur reproche avec énergie le massacre de l'évêque arien Géorgius. L'empereur César Julien Très Grand Auguste au peuple alexandrin. Si vous ne respectiez pas Alexandre votre fondateur, et par-dessus lui encore le grand dieu très saint Sarapis, comment, du moins, n'avez-vous tenu aucun compte de l'intérêt commun, de l'humanité, du devoir, j'ajouterai et de nous-même, que tous les dieux, et avant tout le grand Sarapis, ont jugé digne de gouverner l'univers, et à qui il appartenait de prendre connaissance de vos griefs? Mais, direz-vous peut-être, vous avez été dupes de l'emportement, de la colère, qui vous a fait commettre, ainsi qu'il arrive, des actes criminels, et qui vous a jetés hors de votre bon sens : c'est elle qui, au moment où, réprimant votre fougue, vous alliez suivre les conseils de la prudence, vous a entraînés au mépris des lois, à ce point que vous, peuple, vous n'avez pas rougi d'oser des forfaits, que vous aviez justement condamnés dans les autres. Car, dites-le-moi, au nom de Sarapis, pour quels torts vous êtes-vous déchaînés contre Géorgius (02)? Il a irrité contre nous, direz-vous peut-être, le bienheureux Constance : il a fait entrer des troupes dans la ville sainte : le préfet de l'Égypte (03) s'est emparé du temple auguste de la Divinité; il en a enlevé de vive force les images, les offrandes et tous les ornements sacrés. Cédant à une indignation toute naturelle, vous avez été chargés de défendre le dieu ou plutôt les trésors du dieu; mais le chef militaire a osé diriger contre vous ses hoplites au mépris de la justice, des lois, de la religion. C'était, à ce qu'il paraît, plutôt par crainte de Géorgius que de Constance qu'il avait grand soin d'agir à votre égard avec beaucoup plus de modération et de ménagement que d'emportement tyrannique. Et voilà pourquoi, irrités contre Géorgius, l'ennemi des dieux, vous avez souillé de nouveau la ville sainte, quand vous pouviez le déférer aux suffrages des juges. Alors il n'y eût pas eu de meurtre, pas de violation des lois; et la justice, rendue comme elle doit l'être, en vous mettant à l'abri de tout reproche, aurait puni l'auteur du sacrilège, et rendu sages tous ceux qui méprisent les dieux, ne comptent pour rien des cités comme la vôtre et des peuples florissants, et font consister la puissance à exercer contre eux leur cruauté. Comparez donc ma lettre actuelle avec celles que je vous ai naguère écrites, et voyez la différence! Quels éloges je vous écrivais alors! Et maintenant, au nom des dieux, je voudrais vous louer que je ne le pourrais à cause de votre forfait. Un peuple ose, comme des chiens, mettre un homme en pièces! Et il n'en rougit pas, et il garde dégouttantes de sang les mains qu'il devrait avoir pures, afin de sacrifier aux dieux ! Mais Géorgius méritait le sort qu'il a subi. Oui, dirai-je, et pire encore et plus douloureux. Mais par votre fait, c'est ce que je n'accorde point. Car vous avez des lois qu'il vous fallait, tous ensemble et chacun en particulier, respecter et chérir. Et si quelqu'un, isolément, s'était permis de les enfreindre, le peuple entier du moins devait rester dans l'ordre, obéir aux lois et ne pas violer des institutions établies dés le principe avec tant de sagesse. Par bonheur pour vous, citoyens d'Alexandrie, c'est sous mon règne que vous avez commis ce crime, sous moi qui par vénération envers le dieu et envers mon oncle, mon homonyme (04), qui commandait en Égypte et dans votre ville même, veux bien vous conserver une bienveillance fraternelle. Autrement, une autorité qui veut être respectée, un gouvernement sévère et juste ne fermerait pas les yeux sur le forfait audacieux d'un peuple, mais guérirait un mal violent par un remède plus violent encore (05). Cependant. par les motifs que je viens de vous dire, je ne vous applique que des conseils bienveillants et des paroles. Mais j'espère que vous y obéirez d'autant mieux que vous êtes, je le sais, d'une vieille origine grecque, et que cette noble provenance a laissé dans votre esprit et dans vos habitudes un caractère respectable et généreux. Que ceci soit mis sous les yeux de mes citoyens d'Alexandrie. |
(01) Écrite l'an 362 après J.-C. — Cf. Fleury, Hist. Eccl., t. VII. (02) Sur ce meurtre, voyez Ammien Marcellin, XXII, XI, § 10, et La Bleterie, Vie de Julien, p. 291 et suivantes. (03) Il se nommait Artémius. (04) C'est ce Julien, frère de Basilina, mère de Julien, auquel est adressée la lettre XIII. (05) Cf. Cicéron, Des devoirs, I, 24. |
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LETTRE Xl AUX BYZANTINS Il rétablit quelques sénateurs dans leurs fonctions. Julien aux Byzantins.
Nous vous rendons tous vos sénateurs et vos conseillers
patriciens, soit qu'ils aient adopté la secte des Galiléens,
soit qu'ils aient pris parti ailleurs afin d'échapper au Sénat
(01), à l'exception de ceux qui ont exercé une fonction publique
dans la métropole. |
(01) Les charges de sénateur et de conseiller étant alors très onéreuses, à cause des largesses à faire au peuple ou des frais de réception des princes, beaucoup de riches cherchaient à s'y soustraire. |
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LETTRE XII A BASILE (01) Il engage cet ami à venir à la cour.
Le proverbe dit : « Tu n'annonces point la guerre (02). »
Et moi j'ajouterais volontiers le mot de la comédie (03) : « O
porteur de nouvelles d'or!
»
Viens donc, montre-toi réellement, et accours près de nous : tu
viendras ami près d'un ami (04). Une application assidue aux
affaires publiques ne me semble onéreuse qu'à ceux qui s'en
occupent négligemment; mais ceux qui s'y donnent avec zèle sont
des gens prudents et sensés, à mon avis, et tout à fait propres
à tout. Je me donne donc du relâche, et je me permets, sans rien
négliger, de prendre du repos. Nos rapports réciproques n'ont
rien de cette hypocrisie de cour, la seule dont jusqu'ici, je
crois, tu aies fait l'épreuve, et selon laquelle ceux qui vous
louent vous détestent aussi cordialement que leurs plus grands
ennemis. Mais nous, tout en nous reprenant l'un l'autre, quand
il le faut, et en nous blâmant avec une honnête franchise, nous
ne nous en aimons pas moins que les meilleurs amis. Il nous est
donc possible, soit dit sans envie, de travailler en nous
délassant, de ne point nous fatiguer de notre travail, et de
dormir d'un bon somme, parce que, quand j'ai veillé, c'est moins
à moi qu'aux autres que j'ai donné ma veille. Ce verbiage
fatigant et ce flux de paroles te paraît sans doute de quelque
fou; car je fais moi-même mon éloge comme Astydamus (05); mais
c'est afin de te convaincre que la présence d'un homme sage
comme toi nous serait plus utile qu'elle ne prendrait sur notre
temps, que je t'écris ainsi. Accours donc, comme je te l'ai dit,
et sers-toi de la voiture publique (06); puis, quand tu seras
resté auprès de nous aussi longtemps qu'il te plaira, nous te
ferons conduire où tu voudras avec les honneurs qui te sont dus
et tu pourras repartir. |
(01) On a cru, mais à tort, que cette lettre était adressée à saint Basile, évêque de Césarée. (02) C'est-à-dire « Tu nous annonces une bonne nouvelle. » On dit en français, d’une manière analogue : « Paroles de paix et de conciliation.» (03) Voyez Aristophane, Plutus, v. 268. (04) Expression de Platon dans le Ménexène, et répétée par Julien dans la lettre XLVIII. (05) « Cet historien, à qui on avait décerné une statue, y plaça une inscription à sa louange et composée par lui-même. » TOURLET. (06) On voit par ce passage et par d'autres de Julien, rapprochés de Suétone, d'Aurélius Victor et d'Ammien Marcellin, qu'il y avait dans l'empire des postes ou stations de chevaux, soit seuls, soit attelés, pour le service des envoyés de l'empereur ou de ses amis. — Cr. Egger. Latini sermonis reliquiae, p. 138, où l'auteur cite un passage de Caton « Numquam ego erectionem datavi, etc., » mot que le savant Angelo Maio explique par Diploma, quo usus publici cursus concedebantur. Voyez aussi Xénophon, Éducation de Cyrus, liv. VIII, chap. VI. T. II, p. 420 de notre traduction. |
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LETTRE XIII (01) A JULIEN Il lui donne des nouvelles de sa santé, et cherche à excuser sa marche coutre Constance. Julien à Julien, son oncle (02). La troisième heure de la nuit commence, et comme je n'ai pas de secrétaire à mes ordres, parce que tous sont occupés, j'ai beaucoup de peine à t'écrire ce peu de mots. Nous vivons, grâce aux dieux, délivrés de la nécessité ou de souffrir ou de faire des maux irrémédiables. Je prends à témoin le Soleil, celui de tous les dieux que j'ai supplié le premier de me venir en aide, je prends à témoin le roi Jupiter, que je n'ai jamais souhaité la mort de Constance, et que j'aurais plutôt souhaité le contraire. Pourquoi donc suis-je venu? Parce que les dieux me l'ont formellement ordonné, me promettant le salut si j'obéissais; et, si je demeurais, ce que puissent-ils ne jamais faire! Et d'ailleurs, déclaré ennemi public, je ne songeais qu'à faire peur, afin d'amener ensuite les affaires à de plus doux accommodements. Cependant, s'il avait fallu en décider par un combat, confiant mon sort à la Fortune et aux dieux, j'aurais attendu ce qu'il eût plu à leur clémence. |
(01) Ecrite l'an 361 après J.-C. (02) Frère de Basilina, mère de Julien, à qui est adressée la lettre X. Voyez, pour plus amples détails, La Bleterie, Vie de Julien, Table des matières. |
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LETTRE XIV A LIBANIUS Il fait l'éloge d'un discours de ce rhéteur. Julien à Libanius. J'ai lu hier avant dîner presque tout ton discours (01) ; et, aussitôt après dîner, j'ai achevé tout d'un trait le reste de ma lecture. Heureux homme de pouvoir parler, et plus encore de pouvoir penser ainsi! Quelle éloquence! Quelles pensées! Quelle finesse! Quelle division! Quelle argumentation! Quel ordre! Quels mouvements ! Quelle diction! Quelle harmonie ! Quel ensemble! |
(01) On croit qu'il s'agit ici du discours de Libanius en faveur d'Aristophane de Corinthe, préfet d'Égypte sous Constance, accusé de magie et condamné à une amende pour avoir consulté des astrologues. — Voyez plus loin, lettre LXXVI. |
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LETTRE XV A MAXIME Il l'invite à venir le voir. Julien à Maxime le philosophe (01). Alexandre de Macédoine passait, dit-on, la nuit à lire les poèmes d'Homère (02), afin de se pénétrer nuit et jour de ses principes guerriers. Tes lettres sont pour nous des remèdes péoniens (03) qui nous font goûter le sommeil, et nous ne nous lassons point de les relire, comme fraîchement écrites et venues en nos mains. Si donc tu veux que tes écrits nous retracent l'image de ta présence, écris-nous et ne cesse jamais de le faire; ou plutôt viens ici sous les auspices des dieux, convaincu que, pendant ton absence, nous ne croyons vivre que quand il nous est permis d'avoir sous les yeux quelqu'un de tes écrits (04). |
(01) Ce Maxime d'Éphèse, dont Eunape a écrit la vie, contribua puissamment à faire abjurer le christianisme à l'empereur Julien. On peut voir dans La Bleterie, Vie de Julien, à la Table des matières, les circonstances les plus importantes de sa biographie. (02) Voyez Plutarque, Alexandre, 12. (03) Péan ou Péon désigne dans Homère le médecin des dieux de l'Olympe, auquel recourent Mars et Pluton, blessés en combattant. (04) Nous savons par Ammien Marcellin, liv. XXV II, chap. VII, 3, que Maxime se rendit à l'invitation de Julien. |
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LETTRE XVI (01) AU MÊME Il le prie de vouloir bien jeter les yens sur un de ses écrits. La fable raconte que l'aigle (02) voulant éprouver la légitimité de ses aiglons, les enlève sans plumes dans la région de l'éther et les présente aux rayons du Soleil, comme pour savoir par le témoignage de ce dieu s'il est vraiment le père de sa couvée ou d'une race bâtarde et étrangère. C'est ainsi que nous te présentons nos écrits comme à Mercure, le dieu de l'éloquence, afin que, après avoir soutenu ton audition, tu décides s'ils peuvent prendre leur essor vers les autres hommes ou être rejetés comme étrangers aux Muses et plongés dans le fleuve comme des bâtards. C'est ainsi que le Rhin (03) rend témoignage aux Celtes en entraînant dans ses tourbillons les enfants illégitimes pour venger les outrages faits au lit nuptial, tandis que ceux qu'il reconnaît issus d'un sang pur, il les porte à la surface de ses eaux et les remet aux mains de leur mère tremblante comme un témoignage sincère et irrécusable d'un hymen chaste et saint auquel il accorde en retour le salut de l'enfant. |
(01) Écrite l'an 362 après J.-C. (02) Voyez dans Claudien, Panégyrique sur le troisième consulat d'Honorius, quelques jolis vers sur cette tradition. — Cf. ce que dit Némésien, Cynégétique, v. 406 et suivants, au sujet des chiens de race éprouvés ainsi par leur mère. (03) Julien cite également ce fait dans le second panégyrique de Constance, 23. — Cf. Claudien, Contre Rufin, liv. II, v. 112; Nonnus, liv. III, et une épigramme de l'anthologie. — Voltaire dit à ce propos : « L'homme est dans les deux mondes un animal très faible; les enfants périssent partout faute d'un soin convenable; et il ne faut pas croire que, quand les habitants des bords du Rhin, de l'Elbe et de la Vistule, plongeaient dans ces fleuves les enfants nouveau-nés dans la rigueur de l'hiver, les femmes allemandes et Sarmates élevassent alors autant d'enfants qu'elles en élèvent aujourd'hui. » Essai sur les mœurs, chap. CXLVI. |
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LETTRE XVII (01) A ORIBASE Il le consulte sur un songe où il a vu deux arbres, dont l'un est déraciné et l'autre reste debout. Il se plaint ensuite d'un misérable qui a voulu lui faire signer des arrêts injustes. Julien à Oribase (02). Les songes viennent par deux portes, selon le divin Homère (03), et la confiance ne doit pas être la même aux événements qu'ils prédisent. Mais moi, je pense qu'aujourd'hui plus que jamais tu as vu clairement l'avenir. Car je viens d'avoir moi-même une vision analogue (04). J'ai cru voir planté dans un triclinium un arbre d'une hauteur démesurée, qui penchait vers la terre, et de ses racines partir un autre arbre tout petit, de jeune pousse, mais couvert de fleurs (05). Vivement préoccupé de la crainte que ce petit arbre ne soit arraché avec le grand, je m'approche, et j'aperçois le grand arbre étendu sur le sol, et le petit, au contraire, droit, mais à fleur de terre. A cette vue, toujours inquiet, je m'écrie : « Quel arbre! Mais son rejeton est en danger de périr. » Alors un homme tout à fait inconnu me dit : « Regarde bien et rassure-toi : la racine demeurant dans la terre, le petit arbre restera intact et s'affermira davantage. » Voilà quel est mon songe : Dieu sait ce qu'il en doit arriver. Quant à ce misérable androgyne (06), je voudrais bien savoir à quelle époque il a tenu ses propos sur moi, si c'est avant ou après notre entrevue. Fais-nous (07) donc savoir ce qu'il en est, si tu le peux. Pour ce qui est de lui, on sait que souvent j'ai, aux dépens de ma dignité, gardé le silence sur ses injustices envers ses administrés; ignorant les unes, excusant les autres, ne voulant pas croire à celles-ci, et imputant celles-là à ses entours. Cependant quand il a voulu me couvrir de tant de honte, en m'envoyant à signer ses infâmes et honteux arrêts, que devais-je faire? Me taire ou riposter? Le premier parti était absurde, servile, impie; le second, juste, viril, indépendant, mais cadrant mal avec les circonstances où nous étions. Qu'ai-je donc fait? En présence d'un grand nombre de gens, que je savais devoir le lui rapporter : « De toute manière, ai-je dit, et certainement un tel rétractera ses arrêts : il y blesse trop la justice. » Notre homme averti fut si loin de revenir à résipiscence, qu'il agit, Dieu m'en est témoin, comme un tyran tant soit peu réservé n'eut osé le faire, et cela quand j'étais à deux pas de lui. Dans cet état de choses, quel parti devait prendre un disciple zélé de Platon et d'Aristote? Laisser sans rien dire des malheureux en proie à des brigands, ou bien les défendre de tout mon pouvoir, ce me semble, au moment où ils allaient chanter le chant du cygne, grâce aux intrigues criminelles de ces pervers? Je tiens pour honteux de condamner (08) des tribuns militaires, qui ont abandonné leur poste, quand ils devaient affronter la mort (09), et de les priver de sépulture, mais honteux aussi d'abandonner le nôtre, lorsqu'il s'agit de malheureux à défendre contre des brigands, et cela, quand Dieu combat pour nous et nous a placé à notre rang. Du reste, si j'en dois souffrir, ce n'est point une médiocre consolation que de m'en retirer avec ma conscience en repos. Puissent les dieux me rendre le vertueux Salluste (10)! Et si dans l'avenir le ciel m'accorde un successeur, je n'y verrai point de mal. Mieux vaut, en effet, bien agir pendant peu de temps que mal agir durant de longues années (11). Quoi qu'on en dise, les dogmes des péripatéticiens ne sont pas moins virils que ceux des stoïciens. Il n'y a, selon moi, qu'une seule différence entre ces deux sectes : l'une est plus exaltée, moins réfléchie, l'autre donne plus de prudence à ceux qui savent y persister (12). |
(01) Écrite probablement l'an 358 après J.- C. (02) Oribase, médecin de Julien, confident de son ambition et de son apostasie. (03) Odyssée, XIX, v. 502. — Cf. Vigile, Énéide, VI, v. 893 et suivants. (04) Voyez sur ces songes précurseurs de la grandeur future de Julien, Ammien Marcellin, XX, v, 10. (05) Cet arbre est Constance, et le rejeton Julien lui-même, La Bleterie (06) Les commentateurs ne sont point d'accord sur le nom du misérable auquel Julien fait allusion. S'agit-il de Florentius, préfet des Gaules, ou de l'eunuque Eusèbe? Les avis sont partagés. D'après Heyler, le mot androgyne s'applique plutôt à Eusèbe qu'à Florentius, qui était marié. Voyez plus haut, Épître au Sénat et au peuple d'Athènes, 13. (07) Le texte, d'ailleurs si correct, de Heyler porte ici ὑμῖν, mais on ne peut douter qu'il ne faille lire ἡμῖν. (08) Nous savons par Lucien que c'était une condamnation capitale. Voyez Lucien, le Navire ou les Souhaits, 33, t. II, p. 348 de notre traduction. (09) Passage très obscur; nous avons tâché d'être le plus clair possible. (10) Celui qui exerçait un emploi en Gaule sous le règne de Constance, et dont il est question dans le Discours III. Il ne faut pas le confondre avec un autre Salluste qui, à la même époque, était préteur de l'Orient. (11) Maxime des péripatéticiens, exprimée par Cicéron dans les Tusculanes, V, 2, et reproduite souvent par les philosophes modernes. (12) Le texte de cette dernière phrase paraît altéré : l'antithèse n'est point nettement accusée. |
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LETTRE XVIII A EUGÉNIUS Il se plaint de son éloignement, et lui demande des lettres. Julien au philosophe Eugénius( 01). Dédale fit, dit-on, pour Icare des ailes de cire et osa soumettre la nature à l'art. Pour moi, tout en louant son art, je n'approuve point son dessein d'avoir eu seul le courage de confier le salut de son fils à une cire fusible. Et cependant, si je pouvais, comme le lyrique de Téos (02), je souhaiterais de changer ma nature pour celle des oiseaux, non sans doute pour voler vers l'Olympe ou exhaler quelque plainte amoureuse, mais afin de diriger mon essor au-delà de vos montagnes afin d'aller t'embrasser, toi, mon unique souci, suivant l'expression de Sappho (03). Mais puisque la nature, en m'enfermant dans la prison du corps humain, ne veut pas que je m'élève dans les airs, je vole vers toi sur les ailes de la parole qui sont à mon service, je t'écris et je suis, autant qu'il est possible, avec toi. Voilà pourquoi sans doute Homère appelle les paroles ailées (04), parce qu'elles peuvent s'envoler partout, comme les oiseaux les plus légers s'élancent où ils veulent. Écris-moi donc aussi, mon ami; car tu as autant que moi, si ce n'est plus, la facilité de ces ailes, qui te servent à transporter tes amis et à les rendre heureux partout comme en ta présence. |
(01) Sophiste distingué, très probablement père de Thémistius. (02) Anacréon, dans un poème perdu. — Cf. pour la même idée Aristophane, Oiseaux, v. 117; Horace, liv. II, ode XVIII, et Béranger, Si j'étais petit Oiseau. (03) Dans une pièce perdue. (04) Dans plusieurs endroits de ses poèmes. Cf. Lucien, Sur un appartement, 20, t. II, p. 346 de notre traduction. |
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LETTRE XIX A ÉCÉBOLE Il lui démontre qu'il faut préférer l'argent à l'or, et il lui demande des lettres. Julien à Écébole (01). Pindare (02) veut que les Muses soient d'argent, sans doute pour comparer l'éclat et la splendeur de leur art avec ce qu'il y a de plus brillant dans la matière. Le sage Homère (03) appelle l'argent étincelant et l'eau argentée, parce que les rayons purs du soleil y reflètent l'éclat de leur image. La belle Sappho (04) dit que la lune est argentine, parce qu'elle nous dérobe la vue des autres astres (05). D'où il est permis de conclure que les dieux préfèrent l'argent à l'or. Quant aux hommes, dire que dans les besoins de la vie l'argent est plus précieux que l'or, et qu'il leur sert bien plus que l'or enfoui sous la terre, et se dérobant à leur vue, outre qu'il plaît à l'œil et qu'il est mieux approprié à l'usage, ce n'est pas moi seul, ce sont tous les anciens qui parlent ainsi. Lors donc qu'en retour de la pièce d'or (06) que tu m'as envoyée, et pour t'en payer le prix, je t'en envoie une d'argent, ne crois pas mon présent inférieur au tien et ne t'imagine pas y perdre comme Glaucus échangeant son armure (07). En effet Diomède ne le paya point prix pour prix en lui donnant une armure d'argent pour une armure d'or, vu que la sienne lui était beaucoup plus utile et qu'elle avait, comme le plomb, la force de repousser les traits. Nous nous permettons cette plaisanterie avec toi parce que ta lettre nous fournit l'occasion de te faire la guerre avec quelque liberté. Mais si tu veux réellement nous envoyer des dons plus précieux que l'or même, écris-nous et ne cesse point de le faire. A mes yeux la moindre lettre de toi vaut mieux que ce qu'on croit le plus beau des biens. |
(01) Sophiste sous lequel Julien avait étudié. (02) Voyez Pythiques, IX, 65, et Isthmiques, II, 13. (03) On ne trouve point ces épithètes dans ce qui nous reste d'Homère. (04) Dans une pièce perdue. (05) Voyez Horace, liv. I, ode. XII, v. 46 et suivants. (06) Les amis s'envoyaient ainsi des gages de leur affection. Cf. plus loin lettre LXIX, p. note 2. (07) Voyez Homère, Iliade, VI, v. 234 et suivants. |
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LETTRE XX A EUSTOCHIUS Il l'invite â venir recevoir les honneurs du consulat Julien à Eustochius (01) Le sage Hésiode (02) veut que nous fassions venir nos voisins à nos fêtes, pour qu'ils se réjouissent avec nous, parce qu’avec nous aussi ils souffrent et s'affligent quand il nous arrive quelque trouble imprévu. Mais moi je dis qu'il vaut mieux faire venir ses amis que ses voisins : et ma raison, c'est qu'un voisin peut fort bien être un ennemi, tandis qu'un ami ne peut pas plus l'être que le blanc noir et le chaud froid. Or, tu sais que ce n'est pas d'aujourd'hui, mais depuis longtemps que tu es mon ami, et n'aurais-tu d'autre témoignage de cette affection persévérante que notre disposition, notre manière d'être à ton égard, c'en serait déjà, ce me semble, une grande preuve. Viens donc toi-même partager les honneurs du consulat. La poste publique (03) t'y amènera sur son attelage avec un cheval de renfort. S'il faut faire quelque autre vœu, nous avons prié Énodia de t'être favorable, ainsi qu'Enodius (04). |
(01) On ne sait rien de bien précis sur ce personnage. On a deux lettres de Libanius à un Eustochius que Suidas dit avoir été un sophiste de Cappadoce, qui florissait sous Constance. (02) Travaux et jours, v. 342 et suivants. (03) Voyez plus haut, lettre XII, p. 366, note 2. (04) Énodia, c'est Hécate qui préside aux routes, Enodius, c'est Mercure, dieu des chemins. Tourlet a donné de ce passage une interprétation qui lui vaut les justes railleries de Heyler. |
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LETTRE XXI (01) A CALLIXÉNA Il l'investit d'un double sacerdoce pour être demeurée fidèle au culte des dieux. Julien à Callixéna (02). Le temps seul est l'épreuve de l'homme juste (03): voilà ce que nous apprennent les anciens; quant à moi, j'y joindrais encore l'homme pieux et ami de la Divinité. Mais on cite également, dis-tu, Pénélope (04) pour sa tendresse conjugale; je réponds qu'on ne peut préférer dans une femme la tendresse conjugale à la piété, sans avoir fait un abus de la mandragore (05). Si donc, ayant égard aux temps, on compare Pénélope louée presque universellement pour sa tendresse conjugale, aux femmes qui naguère ont été mises à l'épreuve pour leur piété, et si l'on observe que, par surcroît de maux, le temps de l'épreuve a été double, pourra-t-on, en bonne conscience, te comparer Pénélope ? Estime donc à sa valeur ta conduite digne d'éloges, pour laquelle tous les dieux veulent te récompenser et que nous honorerons, nous, d'un double sacerdoce. A celui de la très sainte déesse Cérès, dont tu es déjà investie, nous ajouterons la prêtrise de la Grande Déesse Phrygienne (06), dans la pieuse ville de Pessinonte (07). |
(01) Écrite l'an 362 après J.-C. — Cf. le discours Sur la Mère des dieux, page 137 et suivantes. (02) Prêtresse de la Bonne Déesse à Pessinonte. (03) Sophocle, OEdipe roi, v. 601. (04) Julien aime à rappeler le nom de Pénélope, qu'il a comparée plus haut avec l'impératrice Eusébie. Voyez p. 109. (05) Breuvage stupéfiant tiré d'une plante du genre des belladones. (06) Voyez sur Cérès et sur la Bonne Déesse le Dict. myth. de Jacobi. (07) Ville célèbre de Phrygie. |
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LETTRE XXII A LÉONTIUS Il le crée capitaine de sa garde. Julien à Léontius (01). L'historien de Thurium (02) dit que les hommes ont les oreilles moins fidèles que les yeux (03); moi j'ai à ton égard une opinion tout à fait contraire : j'en crois plus mes oreilles que mes yeux. Je te verrais même dix fois que je m'en rapporterais moins à mes veux qu'à mes oreilles, une personne incapable de mentir m'ayant affirmé que tu es un homme qui fait tout des pieds et des mains, comme dit Homère (04), pour se montrer supérieur à lui-même. Nous te permettons donc le port d'armes et nous t'envoyons l'armure complète qui convient aux fantassins et qui est plus légère que celle de la cavalerie (05). Nous t'incorporons en même temps dans notre milice domestique. Or, cette milice est recrutée parmi la classe des vétérans qui ont déjà fait quelques campagnes (06). |
(01) Préfet de la ville sous Constance. Voyez Ammien Marcellin, XV, VII, 1. (02) Hérodote, qui, né à Halicarnasse, mourut, dit-on, à Thurium, ville de la Grande Grèce. (03) Voyez Hérodote, I, VIII. — Cf. Lucien, Sur un appartement, 20, t. II. p. 316 de notre traduction; Comment il faut écrire l'histoire, 29, t. 1, p. 368, et De la danse, 78, t. I, p. 498. — Voyez aussi Horace, Art poét., v. 180 et suivants (04) Odyssée, VIII, v. 140 et suivants. — Cf. Pindare, Ném., X, v. 90. (05) Ce dernier membre de phrase paraît être une glose qui s'est introduite dans le texte. (06) Voyez l'observation précédente. |
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LETTRE XXIII (01) A HERMOGÈNE Il le félicite d'avoir échappé à un grand danger, et il l'invite à venir le voir. Julien à Hermogène (02), ex-préfet d'Égypte. Laisse-moi m'écrier avec les poètes(03) : « Ah! que j'espérais peu me voir sauvé! » Ainsi pour toi : « Ah! que j'espérais peu te voir échapper (04), j'en atteste Jupiter, à l'hydre aux mille têtes! » Ce n'est point Constance que je désigne par là. Il était ce qu'il était; mais j'entends les bêtes féroces qui l'entouraient, ces hommes dont les regards menaçaient tout le monde et qui le rendaient plus cruel, quoiqu'il fût moins doux, à tout prendre, qu'on ne le croyait généralement. Pour lui, que maintenant, puisqu'il est au rang des bienheureux, la terre lui soit légère, comme on dit! Et pour eux, je ne veux point qu'on leur fasse la moindre injustice, j'en prends à témoin Jupiter. Cependant comme il s'élève contre eux de nombreux accusateurs, on leur a donné des juges (05). Quant à toi, mon cher ami, viens vite, fais l'impossible pour arriver ici. J'ai souvent souhaité de te voir, j'en atteste les dieux, mais aujourd'hui que je te sais échappé au danger, mon affection te presse plus vivement d'accourir. |
(01) Écrite l'an 361 après J.-C. (02) Il ne faut las confondre ce correspondant de Julien avec un autre Hermogène surnommé Ponticus, et qui était préfet du prétoire en Orient. Voyez Ammien Marcellin, XIX, XII, 6. (03) Il ne s'agit las d'un poète en particulier, mais l'auteur fait allusion au langage ordinaire des poètes tragiques. (04) J'adopte la leçon ὅτι διαπέφευγας au lieu de ὅτι δ' ἀπέφευγον. Heyler fait observer avec raison que cette dernière leçon est en contradiction avec la fin de la lettre. (05) Voyez sur l'organisation et les actes de ce tribunal, institué par Julien contre ses ennemis et contre ceux de son frère Gallus, Ammien Marcellin, XXIII, III. |
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LETTRE XXIV (01) A SARAPION Il lui envoie cent figues de Damas. Éloge des figues et du nombre cent. Julien à l'illustrissime Sarapion (02). On s'envoie divers présents dans les jours solennels, moi je te fais parvenir pour régal un doux assortiment de figues sèches de ce pays, figues à longue queue (03) et au nombre de cent. Comme quantité c'est un petit présent, mais comme beauté peut-être | |