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TOPIQUES
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LIVRE QUATRIÈME.
LIEUX COMMUNS DU GENRE. |
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CHAPITRE PREMIER. Importance des lieux du genre. - Dix lieux. |
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[121a]
§ 1. Après les lieux de l'accident, il faut étudier ceux qui sont relatifs au
genre et au propre : ce sont en ces questions les éléments des définitions, bien
que ce soient là des choses qu'examinent rarement ceux qui discutent.
§ 2. [15] Si
l'adversaire a posé le genre de quelque objet, il faut d'abord regarder à toutes
les choses qui sont de même genre que la chose mentionnée
et voir si le genre suggéré n'est pas atrribué à l'un d'entre eux, comme
cela se produit dans le cas d'un accident. Par exemple si le bon est un
genre du plaisir, il faut voir si quelque plaisir n'est pas bon ; car si
cela est, il est clair que le bien n'est pas le genre du plaisir, le genre
devant être attribué [20] à toutes les espèces qui sont au-dessous de lui.
§ 3. Ensuite, il faut voir si le genre prétendu, au lieu d'être attribué
essentiellement, n'est pas un simple accident : par exemple, le blanc attribué à
la neige; ou à l'âme, ce qui se meut par soi-même; car da neige n'est pas ce qui
est le blanc, puisque le blanc n'est pas le genre de la neige, et l'âme n'est
pas non plus ce qui se meut soi-même : mais c'est un accident [25] pour elle de se
mouvoir, comme c'en est un souvent à l'animal de marcher ou d'être ce qui
marche. On peut ajouter que ce prétendu genre, ce qui se meut soi-même, n'est
pas une substance, mais qu'il paraît exprimer plutôt un sujet qui agit ou qui
souffre: et de même pour le blanc; car cet attribut ne dit pas ce qu'est la
neige substantiellement, mais il exprime sa qualité. Par conséquent, aucun de
ces deux termes ne peut être attribué essentiellement au sujet.
§ 4. Il faut surtout regarder à la définition de l'accident, si elle convient
bien au genre indiqué, comme pour les exemples cités plus haut; car une chose
peut ou non se mouvoir soi-même, et de même être blanche ou ne pas l'être. Ainsi
donc, aucun de ces attributs n'est genre, mais ils sont accidents, puisque nous
avons appelé accident ce qui peut être ou n'être pas [35] à une chose.
§
5. Il faut voir encore si le genre et l'espèce ne sont pas dans la même
division, tandis que l'un est substance et l'autre simple qualité, ou l'un
relatif, et l'autre qualité: par exemple, la neige et le cygne sont des
substances, mais le blanc n'est pas une substance, ce n'est qu'une qualité; de
sorte que de blanc n'est le genre ni de la neige, ni du cygne.
[121b] Autre exemple :
la science fait partie des relatifs; le beau et le bon sont des qualités, de
sorte que ni le beau ni le bon ne sont le genre de la science; car il faut que
les genres des relatifs soient eux-mêmes des relatifs : par exemple, pour le
double, le multiple étant le genre [5] du double est lui-même un relatif. En un mot,
il faut que le genre soit compris sous la même division que l'espèce: si
l'espèce est substance, le genre le sera aussi ; et si l'espèce est ln
qualitatif, le genre sera aussi qualitatif; et, par exemple, si le blanc est
qualitatif, la couleur le sera aussi; et ainsi du reste.
§ 6. [10] En outre, il faut voir s'il y a nécessité ou simple possibilité que le
genre participe à ce qui est supposé dans le genre. Le mot participation doit
s'entendre dans le sens de recevoir la définition de ce qui est partagé. Il est
donc évident que les espèces participent aux genres, mais que les genres ne
participent point aux espèces; car l'espèce reçoit la définition du genre, mais
le genre ne reçoit pas la définition de l'espèce. Il faut donc examiner [15] si le
genre indiqué participe ou peut participer à l'espèce: par exemple, si l'on
donne quelque chose comme genre de l'être ou de l'un, il en résultera que le
genre participera à d'espèce; car l'être et l'un sont des attributs de toute
chose, de sorte que leur définition l'est aussi.
§ 7. [20] De plus, il faut voir si d'espèce donnée pour une certaine chose est vraie,
tandis que le genre ne l'est pas : par exemple, si l'on suppose que d'être ou la
science soit le genre du probable ; car le probable pourra être attribué à ce
qui n'est pas. Beaucoup de choses qui ne sont pas pourront être probables, mais
il est évident que l'être et la science ne peuvent être attribués à ce qui n'est
pas. Donc l'être, [25] non plus que la science, ne sont le genre du probable; car
pour les choses auxquelles l'espèce est attribuée, il faut que le genre le leur
soit aussi.
§ 8. A l'inverse, il faut voir si ce qui est posé dans le genre ne peut
participer à aucune des espèces; car il est impossible que ce qui ne participe à
aucune espèce participe au genre, à moins qu'il ne soit une des espèces de la
première division [30] ; car ce sont celles-là seulement qui participent au genre. Si
donc l'on a supposé que le mouvement est le genre du plaisir, il faut regarder
si le plaisir n'est ni destruction, ni altération, ni aucun autre des mouvements
connus; car alors il est évident qu'il ne participe à aucune des espèces et
qu'il ne participe pas non plus du genre, parce qu'il y a nécessité que ce qui
participe du genre doit participer [35] aussi de l'une des espèces. Donc, le plaisir
ne peut être une espèce de mouvement, puisqu'il n'est pas un des mouvements
individuels, c'est-à-dire, l'un des individus qui sont sous l'espèce du
mouvement. C'est qu'en effet les individus participent à la fois au genre et à
d'espèce; par exemple, un individu homme participe de d'homme et de l'animal.
§ 9. [122a] Il faut voir de plus si ce qui est placé dans le genre n'est pas plus
étendu que le genre, comme par exemple, le probable est plus étendu que l'être;
car ce qui est et ce qui n'est pas sont des probables. Donc, le probable n'est
pas une espèce de l'être; car toujours le genre est plus étendu que l'espèce.
§ 10. Il faut regarder de plus, si le genre
[5] et d'espèce sont faits d'étendue
égale et par exemple, si d'attributs qui sont à tout, l'un n'est pas fait genre
et l'autre espèce, comme l'être et l'unité et l'un sont attributs de tout. Donc,
celui-ci n'a pas le genre de celui-là, puisqu'ils sont d'extension
parfaitement égale. Et de même si l'on a supposé subordonnés entre eux le
primitif et le principe; car le principe est le primitif et le primitif [10] est le
principe: donc ces deux choses sont identiques, et l'une n'est pas du tout le
genre de l'autre. Le point essentiel à bien savoir dans tout ceci est que le
genre est plus large que l'espèce et que la différence; car la différence aussi
est moins large que le genre.
§ 11. [15] Il faut voir encore si le genre énoncé n'est pas ou peut ne pas paraître
le genre d'une des choses non différentes en espèce; et quand on établit la
thèse, il faut voir s'il est le genre de l'une de ces choses; car le genre est
le même pour toutes les choses non différentes eu espèces. Si donc on montre
qu'il est de genre de l'une, on aura montré qu'il l'est de toutes; et si l'on
montre pour une seule qu'il n'en est pas le genre, on aura montré qu'il ne l'est
d'aucune. Par exemple, si après avoir posé les lignes indivisibles, on dit que
l'insésécable est leur genre, [20] on se trompe; car ce genre n'est pas celui des
lignes qui sont divisibles, bien quelle soient sans différences quant à
l'espèce, puisque toutes les lignes droites n'ont entre elles aucune différence
spécifique.
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§ 3. L'âme n'est pas non plus ce qui se meut soi-même,
théorie platonicienne , Timée, et passim.
§ 4. Nous avons appelé accident, liv. 1, ch. 5, § 8.
§ 5. La même division, c'est-à-dire la même catégorie. Voir
les Catégories. - La science fait partie des relatifs, voir
les Catégories, ch. 8, § 32. - Qualitatif, j'ai cru pouvoir
forger ce mot qui se comprend sans peine.
§ 6. A ce qui est supposé dans le genre, c'est-à-dire à l'espèce,
comme il le dit d'ailleurs un peu plus bas dans ce paragraphe même.
§ 7. Si l'espèce donnée pour une certaine chose est vraie, ce
qui reçoit l'espèce reçoit aussi le genre ; ainsi la science et
l'être étant le genre du probable, si le probable s'applique comme
espèce au non-être, il faut que l'être et la science s'appliquent
aussi au non-être; ce qui ne se peut pas: donc l'être et la science
ne sont pas le genre du probable.
§ 8. Si ce qui est posé dans le genre, en d'autres termes, ce
qui est pose comme genre, ce que l'on prend pour le genre doit
participer a l'espèce, ou à l'une des espèces. - A moins qu'il ne
soit une des espèces de la première division, une des espèces
entre lesquelles le genre se divise en premier lieu chacune de ces
espèces pouvant d'ailleurs se subdiviser elle-mène. - Qui
participe au genre, immédiatement. - Ni destruction ni
altération, l'édition de Berlin donne déplacement, translation,
au lieu de destruction; la leçon n'est pas à repousser ; mais elle
est moins conforme à la théorie exposée dans les Catégories, ch. 14,
§ 1, sur les diverses espèces de mouvement. - L'un des mouvements
individuels, l'une de pèces du mouvement. - Qui sont sous
l'espèce du mouvement, on mieux, sous le genre.
§ 9. Ce qui est placé dans
le genre, ce qui est considéré comme genre.
§ 10. L'Être et l'un,
voir la Métaphysique, liv. 5, ch. 6 et 7. - Le primitif et le
principe, voir la Métaphysique, liv. 3, ch. 1. - La
différence aussi est moins large que le genre, puisque c'est
elle qui sépare et distingue les espèces qui composent le genre et
qui sont moins étendues que lui.
§ 11. Ou peut ne pas
paraître parce qu'on est tel en dialectique. |
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CHAPITRE II.
Treize autres lieux du genre. |
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§ 1. Il faut voir encore s'il n'y a pas quelque autre genre de l'espèce [25] donnée
que n'embrasse pas le genre indiqué, et qui ne soit pas sous lui : par exemple,
si l'on a posé que la science soit le genre de la justice; car la vertu est
aussi le genre de la justice, et aucun de ces genres ne comprend l'autre. Donc,
la science n'est pas le genre de la justice; car il semble que quand une espèce
est sous deux genres, l'un doit être compris dans [30] l'autre. Toutefois, ceci offre
quelque difficulté dans certains cas: par exemple, quelques-uns croient que la
prudence est à la fois une vertu et une science, et pourtant aucun de ces genres
n'est compris dans l'autre. Il est vrai que tout le monde n'accorde pas que la
prudence soit une science ; mais si l'on accorde que cette assertion soit
exacte, il semble nécessaire [35] que les genres d'une même chose soient subordonnés
entre eux, ou que tous deux soient compris sous un même genre, comme c'est le
cas pour la vertu et pour la science; car toutes deux sont sous le même genre,
puisque l'une et l'autre sont possession et disposition. Il faut donc voir si
aucune des deux n'appartient au genre indiqué; car [122b] si les genres de toutes deux
ne sont pas subordonnés entre eux, ou si toutes les deux ne sont pas comprises
sous un même genre, le genre indiqué n'appartient pas au sujet.
§ 2. Il faut regarder aussi le genre du genre donné, et ainsi pour tous les
genres supérieurs et s'assurer qu'ils sont tous attribués à l'espèce [5] et qu'ils
lui sont attribués essentiellement; car il faut que le genre supérieur puisse
être attribué essentiellement à l'espèce. S'il y a quelque part discordance,
c'est évidemment que le genre indiqué n'est pas genre véritablement. A
l'inverse, il faut voir si le genre participe à l'espèce, soit ce genre même,
soit quelqu'un des genres supérieurs; car le terme supérieur ne peut participer
à aucun des inférieurs. Il faut donc, quand on réfute [10] une proposition, s'y
prendre comme on l'a déjà dit. Quand on l'établit, et qu'il est reconnu que le
genre indiqué est bien à l'espèce, mais qu'il y a doute s'il y est comme genre,
il suffit de montrer que l'un des genres supérieurs est attribué essentiellement
à l'espèce : car du moment qu'un seul est attribué essentiellement, tous les
autres, soit au dessus soit [15] au dessous de lui, s'ils sont attribués à l'espèce,
le seront essentiellement. Donc, le genre donné est attribué essentiellement
aussi. Pour se convaincre que l'un des genres étant attribués essentiellement,
tous les autres, pourvu qu'ils soient attribués, le sont essentiellement aussi,
il faut recourir à l'induction. Mais si l'on doute absolument que le genre
indiqué [20] soit bien au sujet, il ne suffirait plus de montrer qu'un des genres
supérieurs est attribué à l'espèce essentiellement: par exemple, si l'on a
soutenu que la translation soit le genre de la marche, il ne suffit pas de
montrer que la marche est un mouvement pour montrer aussi que c'est une
translation, puisqu'il y a encore d'autres mouvements qu'elle; mais il faut
montrer [25], en outre, que la marche ne participe d'aucun des mouvements placés sous
la même catégorie, si ce n'est de la translation. En effet il y a nécessité que
ce qui participe du genre participe aussi de quelqu'une des espèces placées sous
la première division. Si donc la marche ne participe ni de d'accroissement, ni
de la diminution, ni d'aucun des autres mouvements; il est évident qu'elle
participe à la translation, et [30] par conséquent que la translation est le genre de
la marche.
§ 3. A l'inverse, pour les choses où l'espèce indiquée est réellement attribuée
comme genre, il faut voir si le genre donné est attribué essentiellement à
toutes les choses auxquelles l'est aussi l'espèce; et de même pour tom les
termes supérieurs au genre. S'il y a quelque discordance, il est évident que ce
[35] n'est pas le genre vrai qui a été donné; car si c'était le genre, tout ce qui
est au dessus et lui-même, seraient attribués essentiellement à toutes les
choses auxquelles l'espèce est attribuée essentiellement aussi. On pourra donc,
quand on renverse la proposition, se servir de cette considération, que le genre
n'est pas attribué essentiellement aux choses mêmes dont l'espèce est un
attribut essentiel. Mais quand on établit la proposition, on ne peut se servir
que du cas où le [123a] genre est attribué essentiellement; car alors et le genre et
l'espèce seront attribués essentiellement au même sujet : de sorte que le même
sujet est sous deux genres. Donc nécessairement ces deux genres sont subordonnés
entre eux. Si donc, on a montré que ce qu'on veut établir [5] comme genre n'est pas
sous d'espèce, il est évident que l'espèce sera sous lui, et l'on aura prouvé
que ce terme est bien le genre.
§ 4. Il faut regarder aussi aux définitions des genre et voir si elles
s'accordent avec l'espèce donnée, et avec tout ce qui participe de cette espèce;
car il faut nécessairement que les définitions des genres soient attribuées à
l'espèce et à tout ce qui participe [10] de l'espèce. Si donc il y a quelque part
discordance, il est évident que ce n'est pas le genre véritable qui a été donné.
§ 5. Il faut voir encore si l'on a donné la différence comme genre; par exemple,
si l'on dit que l'immortel est genre de la divinité : l'immortel n'est que la
différence de l'animal, puisque parmi les animaux les uns sont mortels et les
autres immortels. Il est donc clair [15] qu'on s'est mépris; car la différence ne
peut être genre de quoi que ce soit. Et ce qui fait bien voir que cela est vrai
c'est que toute différence exprime non pas la substance mais bien plutôt la
qualité, comme le terrestre et le bipède.
§ 6. On s'est également mépris si on a placé la différence dans le genre comme
espèce : par exemple, si l'on dit que l'impair est ce qu'est le nombre; car c'est
une différence des nombres que l'impair, ce n'en est pas [20] une d'espèce.
Bien plus, la différence ne paraît même pas participer au genre; car tout ce qui
participe au genre est toujours espèce ou individu; et la différence n'est ni
espèce ni individu. Il est donc évident que la différence ne participe pas au
genre. Donc aussi l'impair est non une espèce, mais une différence, puisqu'il ne
participe point au genre.
§ 7. [25] II faut voir également si l'on a placé le genre dans l'espèce : et, par
exemple, si l'on a appelé la contiguïté continuité, et le mélange combinaison,
ou comme fait Platon qui définit la translation le mouvement dans l'espace. Ce
sont autant d'erreurs; car la contiguïté n'est pas continuité : tout au
contraire, c'est la continuité qui [30] est continuité. En effet tout contigu n'est
pas continu, tandis que tout continu est contigu. Et de même pour le reste; car
tout mélange n'est pas combinaison ; ainsi le mélange de choses sèches n'est pas
une combinaison, pas plus que changement dans respect n'est une translation : et
par exemple, la marche ne parait pas être une translation : la translation ne
peut guère se dire que des objets qui passent involontairement d'un lieu à un
autre, comme cela arrive pour les choses [35] inanimées. Il est don évident que, dans
tous les cas qu'on vient de citer, l'espèce est plus large que le genre, tandis
qu'il en doit être tout à l'opposé.
§ 8. On peut encore s'être trompé à l'inverse, si l'on a placé les différences
dans l'espèce : par exemple, si l'on a dit que l'immortel est dieu; car alors
l'espèce sera aussi large et même [123b] plus large que la différence; or la différence
est toujours aussi large ou plus large que l'espèce.
§ 9. L'on peut aussi avoir placé le genre dans la différence : et, par exemple,
avoir dit que la couleur est ce qui fait distinguer les choses, et que le nombre
est ce qui est impair.
§ 10. On peut même encore avoir posé le genre comme différence, et l'on peut
avoir fait une proposition comme celle-ci, par exemple : que le mélange est une
différence de la combinaison, ou [5] le changement dans l'espace une différence de
la translation. Il faut appliquer à tous les cas analogues le même procédé; car
les lieux sont communs à tous. Il faut toujours que le genre soit plus large que
la différence, et qu'il ne participe pas de la différence; mais en le donnant
ainsi qu'on l'a fait dans les exemples indiqués plus haut, ces deux règles
cessent d'être possibles; car le genre alors sera moins large [10], et il participera
de la différence.
§ 11. De plus, si aucune des différences du genre n'est attribuable à l'espèce
donnée, le genre non plus n'y sera point attribué : par exemple, ni le pair ni
l'impair ne sont attribués à l'âme, non plus que le nombre, par conséquent.
§ 12. Il faut voir encore si l'espèce donnée est naturellement
[15] antérieure au
genre, et si elle détruit le genre, quand elle est elle-même détruite; car il en
devrait être tout le contraire: c'est qu'alors on n'a pas donné le vrai genre.
§ 13. Il faut voir de plus si l'on petit laisser de coté le genre ou la
différence pour l'espèce : par exemple, pour l'âme, le mouvement; et pour
l'opinion, le vrai et le faux; car alors aucun des deux termes indiqués ne
serait ni genre, ni différence, puisque le genre et la différence suivent
toujours l'espèce tant que l'espèce elle-même subsiste. |
§ 1. Aucun de ces gens ne comprend l'autre :
la science ne comprend pas la vertu; la vertu ne comprend pas la
science ; l'une à l'égard de l'autre n'est pas genre. - Par
exemple, quelques-uns croient, il s'agit peut-être ici de
Platon. - Sont possession et disposition, voir les
Catégories, ch. 7, § 2 et suiv., sur les relatifs.
§ 2. Le genre du genre donné, en remontant de
genre en genre. - S'il y a quelque part discordance, si l'un
des genres ainsi examinés n'est pas attribué essentiellement aux
genres inférieurs, aux espèces. - Ne peut participer à aucun des
inférieurs, parce qu'Il est plus large qu'eux. - Comme on l'a
déjà dit, comme on vient de le dire. - La translation soit le
genre de la marche, voir les Catégories, ch. 14. -
Placées sous la première division, les premières espèces entre
lesquelles le genre est divisé et qui le forment tout entier.
§ 3. Pour tous les termes supérieurs au genre,
pour tous les genre plus étendus que celui qui d'abord a été indiqué
et qui le comprennent par conséquent. Le lieu, développé un peu
obscurément dans ce paragraphe, se réduit à cette règle formulée par
Pacius : Quand un premier terme est le genre d'un second, tous les
genres de ce premier terme sont attribués essentiellement à toutes
les espèces du second; et, par exemple, du moment que vivant est
pris pour le genre d'animal, corps, substance, qui sont les genres
supérieurs de vivant, sont attribués essentiellement à l'homme, au
cheval, au lion, espèces de l'animal et qui forment l'animal tout
entier.
§ 4. Si les genres du premier terme sont attribués au
second, il faut aussi que la définition de ce premier terme et les
définitions de tous ses genres s'appliquent esstsentiellement au
second terme et à toutes ses espèces.
§ 5. La différence ne peut être genre de quoi que
ce soit, aussi la différence ne fait-elle point partie de la
substance ; et en effet. il ajoute plus bas que la différence
n'exprime jamais la substance; elle exprime plutôt la qualité.
§ 7. Ou comme fait Platon, dans les Lois, liv.
10, p. 134, trad. de M. Cousin. Du reste, comme le fait observer
Alexandre, Aristote, qui blâme Platon de cette définition, la donne
lui-même dans le 5e liv. de la Physique (p. 226, a, 32). Mais il
faut ajouter aussi qu'Aristote la donne comme la définition la plus
commune ; et il semble faire dans ce passage une sorte de réserve
contre une expression qu'il ne repousse pas, mals qu'il n'a point
choisie cependant. - C'est ta continuité qui est contiguïté,
voir les Catégories, ch. 6.
§ 8. Si l'on a placé la différence dans l'espèce,
la différence, étant plus large que l'espèce, n'y peut être
renfermée ; tout au plus la différence est-elle aussi étroite que
l'espèce qu'elle constitue |
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CHAPITRE III.
Quinze autres lieux du genre. - Douze pour renverser la thèse, et trois pour
l'établir. |
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§ 1. Il faut encore examiner si ce qui est dans le genre participe ou peut
participer de l'un des contraires du genre; car alors une même chose pourrait
avoir les contraires, puisque le genre ne défaillit jamais, et qu'ainsi il
participe ou peut participer au contraire.
§ 2. Il faut voir, en outre, si l'espèce n'est pas doué de quelque qualité qui
ne peut absolument point être a ce qui est sous [25] le genre : par exemple, l'âme
est douée de la vie, mais aucun nombre ne peut vivre; aussi l'âme n'est pas une
espèce de nombre.
§
3. Il faut examiner encore si l'espèce est homonyme au genre, en se servant pour
découvrir l'homonymie des procédés indiqués plus haut; car le genre et l'espèce
sont synonymes.
§ 4. [30] Comme il y a toujours plusieurs espèces dans un genre, il faut voir s'il
n'est pas impossible qu'il y ait une seconde espèce du genre dénommé; car s'il
n'y en a pas, il est clair que le terme indiqué ne peut pas du tout être genre.
§ 5. Il faut voir encore si ce n'est pas un terme purement métaphorique qui a
été donné comme genre, comme lorsqu'on dit, par exemple que la prudence est une
harmonie; car tout genre [35] est attribué proprement à ses espèces: or, l'harmonie
est attribuée non point proprement, mais seulement par métaphore, à la prudence;
en effet toute harmonie n'est que dans les sons.
§ 6. II faut voir encore s'il n'y a pas quelque contraire à l'espèce : et cet
examen petit se faire de plusieurs façons.
§ 7. D'abord, on doit voir si le contraire est dans le même genre, quand il n'y
a pas de contraire au genre; car il faut que les contraires soient dans le même
genre, s'il n'y a pas de contraire au genre. S'il y a un contraire au genre, il
faut voir si le contraire est dans le genre contraire ; car il faut que le
contraire soit dans le genre contraire, s'il y a quelque contraire au genre; et
c'est par l'induction qu'on pourra s'en assurer dans chaque cas.
§ 8. De plus, il faut voir si le contraire de l'espèce n'est dans aucun genre,
attendu qu'il est genre lui-même, comme le bien ; car, si ce terme n'est pas
dans un genre, le contraire de ce terme n'y sera pas non plus : mais il sera
genre lui-même, et c'est ce qui a lieu pour le bien et le mal; car aucun de ces
deux termes n'est dans un genre, mais tous les deux sont genres.
§ 9. On peut examiner encore si le genre et l'espèce ne sont pas l'un et l'autre
contraires à quelque terme : et si pour les uns il y a intermédiaire et si pour
les autres il n'y en a pas; car s'il y a quelque intermédiaire pour les genres,
il y en a pour les espèces: et si pour les espèces, il y en a pour les genres,
comme pour la vertu et le vice, la justice et l'injustice ; car il y a des
intermédiaires pour les deux. On objecte à cela qu'il n'y a pas d'intermédiaire
entre la maladie et la santé, bien qu'il y en ait entre le mal et le bien.
§ 10. On peut rechercher s'il y a quelque intermédiaire à la fois et pour les
genres et pour les espèces, sans que ce soit de la même manière : pour les uns
comme négation, et pour les autres comme sujet; car il est probable à première
vue que les intermédiaires seront de la même manière pour les deux, comme pour
la vertu et le vice, la justice et l'injustice. En effet pour tous les deux les
intermédiaires sont négatifs.
§ 11. Quand il n'y a pas de contraire au genre, il ne faut pas regarder
seulement si le contraire est dans le même genre, il faut regarder encore si
l'intermédiaire y est; car là où sont les extrêmes, là aussi sont les moyens,
comme pour le beau et le noir, puisque la couleur est le genre des deux extrêmes
et de toutes les couleurs intermédiaires. On objecte que le défaut et l'excès
sont dans le même genre; car tous les deux sont dans le mal: et que la
modération qui en est l'intermédiaire est non dans le mal, mais dans le bien.
§ 12. Il faut voir en outre si le genre est contraire à quelque terme, tandis
que l'espèce ne l'est à aucun; car si le genre est contraire à quelque terme,
l'espèce l'est aussi, comme la vertu et le vice, la justice et l'injustice. Et
si l'on examine d'autres cas, on verra qu'il en est bien de même. Une objection
peut se tirer de la santé et de la maladie; car, absolument parlant, la santé
est contraire à la maladie : mais telle maladie particulière, qui est une espèce
de la maladie, n'est contraire à rien; par exemple, la fièvre, I'ophthalmie, ou
telle autre maladie.
§ 13. Quand on réfute, voilà tout ce qu'il faut examiner; car si les conditions
qu'on a dites n'ont pas été remplies, il est clair que ce n'est pas le genre qui
a été donné.
§ 14. Quand on établit la proposition, il y a trois manières de procéder :
§ 15. D'abord il faut voir si le contraire de l'espèce est bien dans le genre
indiqué, quand il n'y a pas de contraire à ce genre; car si le contraire est
dans ce genre, il est clair que l'objet en discussion y est aussi.
§ 16. Et il faut voir encore si le terme intermédiaire est dans le genre
indiqué; car là où est le terme moyen, là aussi sont les extrêmes.
§ 17. Et de plus, s'il y a quelque contraire au genre, il faut examiner si le
contraire est dans le genre contraire; car, s'il y est, il est clair que l'objet
proposé est aussi dansé genre proposé. |
§ 1. Si ce qui est dans le genre, c'est-à-dire l'espèce. -
Ne défaillit jamais, ne manque jamais à ses espèces. - On
peut participer au contraire, parce que les espèces peuvent être
contraires les unes aux autres.
§ 2. L'âme n'est pas une espèce de nombre, nouvelle critique
contre la définition de Xénocrate. Voir au chapitre précédent, § 11.
§ 3. Des procédés indiqués plus haut, liv. 1, ch. 15. - Car le
genre et l'espèce sont synonymes, voir le début des Catégories,
ch. 1, § 1 et suivantes.
§ 4. Du genre dénommé, de ce qui est donné pour genre.
§ 5. Tout genre est attribué proprement, essentiellement; et
par conséquent cette attribution n'est point une métaphore.
§ 7. Il faut voir si le contraire de l'espèce donnée.
§ 8. Si le contraire de l'espèce n'est dans aucun genre, voir
le chap. 11 des Catégories sur les contraires, espèce des opposés.
§ 9. On objecte à cela, Alexandre a raison de dire que
l'objection n'est que vraisemblable, et qu'au fond elle n'est pas
vraie ; car, entre la santé et la maladie, il est possible de
distinguer une foule de nuances intermédiaires.
§ 10. Sans que ce soit de la même manière, si les contraires
sont affirmatifs pour les genres, ils doivent être affirmatifs pour
les espèces; s'ils sont négatifs pour les genres, ils doivent l'être
aussi pour les espèces. - Comme sujet, comme affirmation. -
Les intemédiaires sont négatifs, ne sont ni vice ni vertu, ni
justice ni injustice. Ainsi les intermédiaires des genres vice et
vertu sont négatifs : ceux des intermédiaires de ces genres, justice
et injustice, le sont également.
§ 11. On objecte, c'est une sorte d'exception à la règle
posée antérieurement.
§ 12. Une objection peut se tirer, c'est encore une
exception. - La vertu et le vice, la justice et l'injustice,
l'édition de Berlin donne : La vertu au vice, la justice à
l'injustice; toutes les autres éditions ont la leçon que j'ai
traduite. La variante n'a point d'ailleurs d'importance. |
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CHAPITRE IV.
Quatorze autres lieux du genre. |
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§ 1. Il faut regarder aussi aux cas et aux conjugués, s'ils se suivent
pareillement, soit qu'on réfute la thèse, soit qu'on l'établisse; car c'est à la
fois que l'attribut est ou n'est pas à un seul ou à tous : par exemple, si la
justice est une science, justement sera savamment et le juste sera savant; mais
si l'une de ces choses n'est pas, il n'en saurait être non plus une seule des
autres.
§ 2. Il faut regarder, en outre, aux choses qui sont entre elles dans un rapport
semblable : par exemple, le rapport de l'agréable au plaisir est tout à fait
pareil à celui de l'utile au bien; car des deux côtés l'un est ce qui produit
l'autre. Si donc le plaisir se confond avec le bien, l'agréable se confondra
avec l'utile. Il est donc clair que le plaisir produit le bien puisque le
plaisir est un bien.
§ 3. Même remarque pour les générations et destructions des choses : par
exemple, si bâtir c'est agir, avoir bâti ce sera avoir agi; et si apprendre
c'est se souvenir, avoir appris ce sera s'être souvenu; et si être dissous c'est
être détruit, avoir été dissous ce sera avoir été détruit; et la dissolution
sera une sorte de démolition.
§ 4. Même remarque encore pour les choses qui produisent et qui détruisent. De
même aussi pour ressemblances des choses et les usages; et, en général, soit
qu'on réfute, soit qu'on établisse, il faut regarder à la lumière des
ressemblances, quelles qu'elles soient, comme nous venons de le dire pour la
génération et la destruction des choses. Si ce qui détruit est dissolvant, être
détruit sera aussi être dissous; et si générateur est produire, être engendré ce
sera être produit, et la génération sera une production. Et de même pour les
puissances et les usages des choses; car si la puissance est disposition,
pouvoir sera aussi être disposé; et si se servir de quelque chose est une
action, se servir ce sara agir, et s'être servi, avoir agi.
§ 5. Si l'opposé de l'espèce est privation, on peut réfuter la thèse de deux
manières : d'abord, si l'opposé est dans le genre indiqué; car, ou la privation
n'est jamais absolument dans le même genre, ou du moins n'est pas dans le
dernier genre : par exemple, si la vue est dans le dernier genre, dans la
sensation, l'aveuglement ne sera pas sensation. En second lieu, si la privation
est à la fois l'opposé du genre et de l'espèce, et que l'opposé ne soit pas dans
le genre opposé, le genre indiqué n'est pas non plus dans le genre indiqué. Il
faut donc, quand on réfute la thèse, se servir de ces moyens. Mais, quand on
l'établit, il n'y en a qu'un seul; car si l'opposé est dans l'opposé, l'objet en
question sera aussi dans l'objet en question : par exemple, si l'aveuglement est
une sorte d'insensibilité, la vue sera une sorte de sensation.
§ 6. Il faut examiner dans un sens contraire les négations, comme on l'a dit
pour l'accident : par exemple si l'agréable se confond avec le bien, ce qui
n'est pas bien n'est pas agréable; car s'il n'en était pas ainsi, il y aurait
quelque chose qui ne serait pas bon et qui serait cependant agréable. Mais il
est impossible qu'il y ait quelque chose de non bon qui soit agréable, puisque
le bien est le genre de l'agréable. En effet toutes les fois que le genre n'est
pas attribué, aucune des espèces ne l'est davantage. II faut faire le même
examen quand on établit la thèse; car, si ce qui n'est pas bon, n'est pas
agréable, l'agréable est bon ; et par conséquent, le bon est le genre de
l'agréable.
§ 7 Si l'espèce est un relatif, il faut regarder si le genre aussi en est un;
car si l'espèce est un relatif, le genre aussi en sera un, comme pour le double
et le multiple, qui tous deux sont des relatifs. Mais le genre doit être un
relatif, sans que l'espèce en soit nécessairement un; car la science est un
relatif, et la grammaire n'en est pas un. Ou bien la règle posée plus haut
n'est-elle pas fausse? La vertu, en effet, est ce qu'est le bon, ce qu'est le
beau, et la vertu est un relatif, tandis que le beau et le bon ne sont pas des
relatifs, mais des qualités.
§ 8. Il faut aussi regarder si l'espèce n'est pas dite pour elle-même et pour le
genre, relativement à la même chose: par exemple, si le double est dit le double
de la moitié, il faut aussi que le multiple soit dit de la moitié : sinon, le
multiple ne serait plus le genre du double.
§ 9. Il faut voir encore si l'espèce n'est pas dite relativement à la même chose
et pour le genre et pour tous les genres du genre : car si le double est relatif
à la moitié, le multiple l'est aussi, le surpassant sera relatif à la moitié; et
d'une manière générale tous les genres supérieurs seront relatifs à la moitié.
On objecte qu'il n'est pas nécessaire que l'espèce soit relative à une même
chose, en soi et pour le genre; car la science est dite la science de ce qui est
su, mais la possession et la disposition sont dites possession et disposition,
non de ce qui est su, mais de l'âme.
§ 10. De plus, il faut voir si le genre et l'espèce sont exprimés d'une façon
égale dans les cas des mots: par exemple, s'ils sont dits à quelqu'un, de
quelqu'un ou de toute autre façon; car le genre doit suivre l'espèce. Ainsi ce
qui est pour le double est aussi pour les genres supérieurs : de même que le
double est le double de quelque chose. Et pour la science, elle est aussi la
science de quelque chose, ainsi que ses genres, comme la disposition et la
possession. On peut objecter qu'il n'en est pas toujours de cette façon; car
l'opposé et le contraire sont opposés et contraires à quelque chose, tandis que
l'autre, qui en est le genre, est non pas autre à quelque chose, mais autre que
quelque chose : en effet on dit que telle chose est autre que telle chose.
§ 11. De plus, il faut voir si les relatifs exprimés d'une façon égale dans les
cas des mots, ne sont pas également réciproques comme pour le double et le
multiple; car chacun d'eux est dit le double, le multiple de quelque chose, soit
en eux-mêmes, dans leurs termes réciproques. Ainsi la moitié et le sous-multiple
sont dits la moitié et le sous-multiple de quelque chose; et de même pour la
science et pour la perception; car elles sont la science et la perception de
quelque chose, et sont exprimées également dans leurs termes réciproques; ainsi
ce qui est su, ce qui est perçu, est su, est perçu par quelqu'un. Si donc, il
n'y a pas pour l'un des termes une égale réciprocité, il est clair que l'un
n'est pas le genre de l'autre.
§ 12. De plus, il faut voir si le genre et l'espèce sont relatifs à un nombre
égal de choses; car l'un et l'autre semblent devoir se dire également, et pour
un même nombre de choses, comme pour la donation et le don; ainsi la donation
est dite donation de quelqu'un ou à quelqu'un , et le don est le don de
quelqu'un et à quelqu'un; le don est le genre de la donation, la donation étant
un don irrévocable. Mais pour certaines choses le genre et l'espèce ne sont pas
également étendus; car le double est le double de quelque chose, mais le
surpassant et le plus grand sont surpassant quelque chose et de quelque chose,
plus grand est plus grand que quelque chose et de quelque chose ; car tout ce
qui surpasse et est plus grand surpasse quelque chose et de quelque chose, et
est plus grand que quelque chose et de quelque chose. Donc, ces termes ne sont
pas les genres du double, puisqu'ils ne sont pas relatif à autant de choses que
l'est l'espèce. Ou bien il n'est pas vrai généralement de dire que le genre et
l'espèce sont relatifs dans une étendue égale.
§ 13. Il faut voir encore si l'opposé est bien le genre de l'opposé : par
exemple, si le multiple est le genre du double, et si le sous-multiple l'est de
la moitié; car il faut que l'opposé soit le genre de l'opposé. Si donc on avance
que la science est la sensation, il faudra aussi que ce qui est su soit
sensible, mais cela n'est pas; car tout ce qui est su n'est pas sensible, et il
y a certaines choses purement intellectuelles que l'on sait. Donc le sensible
n'est pas le genre de ce qui est su, et s'il ne l'est pas, la sensation n'est
pas non plus le genre de la science.
§ 14. Puisque, parmi les relatifs, les uns sont nécessairement dans les choses
ou du moins près des choses relativement auxquelles ils sont dits : par exemple,
la disposition, la possession et la commensurabilité; car il n'est pas possible
que ces trois relatifs soient dans d'autres choses que dans celles dont ils sont
les relatifs; et comme d'autres relatifs au contraire ne sont pas nécessairement
dans les choses dont ils sont les relatifs? mais y peuvent seulement être: par
exemple, si l'âme est une chose qu'on peut savoir, car il n'y a aucun obstacle à
ce que l'âme ait la connaissance d'elle-même: mais cela n'est en rien
nécessaire, puisque cette même science peut fort bien être aussi dans une autre
chose : comme enfin d'autres relatifs ne peuvent absolument point être dans les
choses dont ils sont les relatifs; par exemple, le contraire n'est jamais dans
le contraire, non plus que la science dans ce qui est su, à moins que ce qui est
su ne soit l'âme même de l'homme: il s'ensuit qu'il faut examiner si
l'adversaire a placé une chose qui a cette qualité de relatif dans un genre qui
n'a pas cette qualité. Par exemple, si l'on a dit que la mémoire est la
permanence de la science; car toute permanence est dans l'objet permanent et
dans ce qui le concerne, de sorte que la permanence de la science est dans la
science, et que la mémoire est dans la science, puisque c'est la permanence de
la science; mais cela n'est pas possible; car toute mémoire est dans l'âme.
Du reste, ce lieu qu'on vient de dire est commun aussi à l'accident : il n'y a
pas de différence à dire que la permanence est le genre de la mémoire, ou de
dire que la permanence est un accident pour elle; car de quelque façon que la
mémoire soit la permanence de la science, cette même définition lui conviendra
toujours. |
§ 1. Aux cas et aux conjugués, voir liv. 2, ch. 9.
§ 3. Si apprendre, c'est se souvenir, comme Platon le veut,
dans le Ménon, etc. § 4. Pour les puissances des choses,
puissances à l'état de simples possibilités.
§ 5. Si la vue est dans le dernier genre, dans celui-ci est
la possession - L'aveuglement ne sera pas sensation, il sera
dans le genre insensibilité. - En second lieu, il faut
supposer ici quatre termes ; le premier opposé au second , le
troisième au quatrième, par privation ; si le quatrième n'est pas
l'espèce du second, le troisième ne sera pas l'espèce du premier. -
Et que l'opposé ne soit pas duns le genre opposé, le quatrième
n'étant pas l'espèce du second, le genre indigné n'est pas non
plus dans le genre indiqué, le troisième n'est pas non plus
l'espèce du premier. - Car si l'opposé est dans l'opposé, si
le quatrième est l'espèce du second, - L'objet en question sera
aussi dans l'objet en question, le troisième sera aussi l'espèce
du premier.
§ 6. Comme on l'a dit pour l'accident, voir plus haut, liv.
2. ch. §, 3, et liv. 3, ch. 2, § 8..
§ 7. Le double et le multiple, Catégories, ch. 7, § 17. -
La science est un relatif, ibid., § 18. - Est ce qu'est le
bon, ce qu'est le beau, se confond essentiellement avec le bon,
avec le beau.
§ 8. N'est pas dite, et c'est une faute, attendu qu'elle doit
etre, et pour soi et pour le genre, relative à une même chose. -
Il faut aussi que le multiple, genre du double.
§ 9. Le surpassant, genre du multiple, comme le multiple
lui-même l'est du double. - Tous les genres supérieurs,
c'est-à-dilre plus larges. - On objecte, c'est une exception.
§10. Straton, au rapport d'Alexandre, avait développé ce lieu et, en
avait ajouté un autre qui s'en rapprochait. Alexandre ne dit pas si
c'était dans un commentaire ou dans un ouvrage original que Straton
faisait cette addition.
§ 11. Une égale réciprocité, si le terme réciproque n'exige
pas le même cas, dont on prétend qu'il est le réciproque, c'est
qu'il n'est pas le genre de ce terme, ou que ce terme n'en est pas
le geste: évidemment l'on s'est trompé.
§ 12. Sont relatifs à un nombre égal de choses, si le nombre
des cas est égal pour le genre et pour l'espèce. - Sont relatifs
dans une étendue égale, s'appliquent à un même nombre de
relatifs.
§ 13. La science est la sensation, voici un passage formel où
Aristote nie que la science et la sensation se confondent. Il se
prononce rarement d'une manière aussi nette. Voir le dernier
chapitre des Derniers Analytiques. - Tout ce qui est su n'est pas
sensible, c'est la théorie tout entière de Théététe.
§ 14. A ce que l'âme ait la connaissance de l'âme, voilà
l'acte de conscience très clairement indiqué. - Cette même
science peut fort bien être dans un autre, Alexandre propose ici
une variante, qu'il ne paraît pas d'ailleurs emprunter à un
manuscrit; il vaudrait mieux dire, suivant lui :
«
Puisque cette même science (que l'âme applique à elle-même) peut
fort bien aussi s'appliquer à une autre chose.
»
II est évident que c'est là la véritable pensée d'Aristote; les mots
du texte, que j'ai fidèlement traduits, peuvent donner aussi ce sens
en grec, comme le commentateur l'observe ; mais il n'en est pas tout
à fait de même dans notre langue. - La mémoire est la permanence
de la science, ceci peut se rapporter à la définition que Platon
donne de la mémoire, Phédon, pag. 227, trad. de M. Cousin, ou
peut-être à quelqu'autre définition encore.
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CHAPITRE V.
Douze autres lieux du genre. |
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§ 1. De plus, si l'on a placé la faculté dans l'acte ou l'acte dans la faculté,
ce qu'on a pris pour genre s'est pas véritablement genre : par exemple, si l'on
a dit que la sensation était un mouvement dans le corps; car la sensation est
une faculté : mais le mouvement est un acte. Et de même, si l'on a dit que la
mémoire est une faculté susceptible de recevoir la perception; car aucune
mémoire n'est faculté, elle est bien plutôt un acte.
§ 2. On se trompe encore en plaçant la faculté dans la puissance qui en est la
suite : par exemple, si l'on dit que la douleur est une réfrénation de la
colère, et que la justice et le courage sont la réfrénation de sentiments
cupides et craintifs; car il suffit alors d'être impassible pour être courageux
et doux : tandis que l'homme qui se modère est celui qui est ému et ne se laisse
pas entraîner. Peut-être, du reste, cette puissance est-elle la suite de l'un et
de l'autre état, de sorte que l'homme maître de soi, souffre, n'est pas
entrainé, et sait résister. Mais même n'est pas l'essence ici du courage et là
de la douleur; l'essence de l'un et de l'autre, c'est de ne pas se laisser
émouvoir par de telles passions.
§ 3. Parfois on prend la conséquence, quelle qu'elle soit pour le genre : par
exemple, la douleur pour le genre de la colère, et la perception pour celui de
la certitude. Il est bien vrai que toutes deux suivent d'une certaine manière
les espèces indiquées : mais aucune d'elles cependant n'en est le genre. En
effet l'homme en colère ne s'est mis en colère qu'après que la douleur est ne
vienne l'atteindre; et ce n'est pas la colère qui est cause de la douleur, mais
bien la douleur qui l'est de la colère; donc, absolument parlant, la colère
n'est pas la douleur. Et par le même motif la certitude n'est pas la perception
; car on peut bien avoir la même perception sans avoir de certitude: mais cela
ne se pourrait pas si la certitude était une espèce de la perception. En effet
il n'est pas possible qu'une chose demeure la même si on la change tout à fait
d'espèce. Ainsi, ce même animal ne saurait être tantôt homme et tantôt ne l'être
pas.
Mais si l'on prétend que nécessairement celui qui perçoit a une certitude aussi,
la perception et la certitude
tut prises comme égales, de sorte que de cette façon encore il n'y aurait plus
de genre; car il faut que le genre soit toujours plus large que l'espèce.
§ 4. Il faut voir encore si les deux ne peuvent pas être naturellement dans un
seul et même objet; car là où est l'espèce là est le genre : par exemple, là où
est le blanc, là aussi est la couleur; et là où est la grammaire, là aussi est
la science. Si donc on appelle la honte crainte, et la colère douleur, il en
résultera que l'espèce et le genre ne sont pas dans le même objet; car la honte
est dans l'âme raisonnable, la crainte dans l'âme passionnée, et la douleur dans
l'âme concupiscible; car c'est là aussi qu'est le plaisir, tandis que la colère
est dans la partie passionnée. Donc, ce ne sont pas les vrais genres qui ont été
indiqués, puisqu'ils ne peuvent être naturellement dans les mêmes objets que les
espèces. Et de même pour l'amitié, si on la place dans la partie concupiscible,
elle cessera d'être un acte volontaire, tandis que toute volonté est dans la
partie raisonnable. Ce lieu, du reste, est utile même aussi pour l'accident; car
l'accident et la chose à laquelle il appartient sont dans le même objet, de
sorte que s'ils ne paraissent pas y être, il est évident que l'accident a été
mal indiqué.
§ 5. On s'est encore trompé si l'espèce ne participe qu'en partie au genre
indiqué; car le genre ne paraît pas pouvoir être possédé en partie par l'espèce.
Ainsi, l'homme n'est pas animal en partie, la grammaire n'est science en partie:
et de même pour le reste. Il faut donc examiner si le genre n'est pas possédé
seulement en partie par quelques termes. Et, par exemple, si l'on dit qu'animal
est ce qui est senti ou ce qui est vu; l'animal est bien en partie sensible et
visible, et c'est par son corps qu'il est sensible et visible; mais non par son
âme. Donc, le sensible et le visible ne peuvent être les genres de l'animal.
§ 6. On ne s'aperçoit pas non plus quelquefois qu'on met le tout dans la partie,
comme lorsqu'on appelle animal un corps animé; mais la partie ne peut point être
attribuée au tout. Donc le corps ne saurait être le genre de l'animal, puisqu'il
en est une partie.
§ 6. Il faut voir encore si l'adversaire n'a point dans la connaissance et dans
le possible, quelque chose qui soit à reprendre ou à fuir ; par exemple, s'il a
appelé sophiste celui qui peut tirer un lucre de sa sagesse apparente, ou
calomniateur celui qui peut calomnier en secret et semer la haine entre les
amis, ou voleur celui qui peut voler les choses d'autrui. En effet, aucun de ces
gens n'est qualifié de ce nom uniquement parce qu'il peut être tel. Dieu et
l'homme vertueux peuvent aussi malfaire, mais ne sont pas tels cependant; car on
n'appelle méchants que ceux qui le sont volontairement. C'est que toute
puissance est chose à désirer: les puissances même du mal sont désirables aussi,
et voilà pourquoi nous disons que Dieu et l'homme vertueux les possèdent; car
ils peuvent faire le mal. Ainsi donc, la puissance ne saurait être le genre de
rien de blâmable; sinon, il en résulterait que quelque chose de blâmable serait
à désirer, et que certaine puissance serait blâmable.
§ 8. Il faut aussi voir si l'adversaire n'a pas donné comme puissance ou
possible, ou simplement comme pouvant produire quelque chose, une des choses
précieuses ou désirables en soi; car toute puissance, tout possible, toute chose
qui agit, n'est désirable qu'en vue d'une autre chose.
§ 9. Ou bien si l'adversaire a placé dans un seul genre une chose qui est dans
deux ou plusieurs genres; car il y a certaines choses qu'on ne saurait place
dans un seul genre; par exemple, le menteur et le calomniateur. En effet,
l'intention avec la puissance ou la puissance sans l'intention ne suffisent
point pour faire ni le menteur ni le calomniateur; il n'y a de menteur et de
calomniateur que celui qui réunit les deux choses. Donc, il ne faut pas placer
les deux choses indiquées ici dans un seul genre, il faut les mettre dans deux
genres.
§ 10. Quelquefois aussi on donne réciproquement le genre pour la différence et
la différence pour le genre ; par exemple, la stupéfaction pour un excès
d'admiration, et la certitude pour une violence de conception. Mais ni l'excès
ni la violence ne sont le genre : ce n'est que la différence; car la
stupéfaction paraît être une admiration excessive, et la certitude une
conception violente. Donc, l'admiration et la conception sont le genre, comme
l'excès et la violence sont la différence. De plus, si l'on prenait l'excès ou
la violence pour genres, les choses inanimées elles-mêmes éprouveraient
certitude et stupéfaction. En effet, la violence de chaque chose et l'excès sont
à ce dont ils sont l'excès et la violence. Si donc la stupéfaction est un excès
d'admiration, la stupéfaction sera à l'admiration, de sorte que l'admiration
sera stupéfaite : et de même la certitude sera à la conception, s'il y a une
violence de conception, de sorte que la conception aura la certitude. II
arrivera encore, si l'on prétend qu'il en est ainsi, que la violence est
violente, que l'excès est excessif; car il y a une attitude violente. Si donc la
certitude est violence, la violence sera violente. Et de même aussi il y a une
stupéfaction excessive: si donc la stupéfaction est excès, il y aurait un excès
excessif. Mais ni l'une ni l'autre de ces choses ne semble vraie, de même que le
mouvement n'est pas le mobile, non plus que la science n'est ce qui est su.
§ 11. On se trompe encore en plaçant la modification dans le genre même qui est
modifié : par exemple, quand on dit que l'immortalité est une existence
éternelle ; car l'immortalité paraît être une modification ou une circonstance
de l'existence. Mais évidemment l'assertion précédente ne deviendrait vraie que
si l'on accordait que de mortel on peut devenir immortel; car personne ne dirait
alors qu'il prend une autre existence, mais seulement qu'à cette même existence
il arrive quelque modification ou quelque circonstance nouvelle. Donc
l'existence n'est pas le genre de l'immortalité.
§ 12. En outre, on se trompe si l'on dit que le genre de la modification est
l'objet même dont il y a modification : par exemple, si l'on dit que le vent
c'est l'air agité; car le vent est plutôt l'agitation de l'air. C'est en effet
toujours le même air, soit qu'il soit agité, soit qu'il reste en repos. Donc,
absolument parlant, le vent n'est pas l'air; car alors il y aurait vent même
quand l'air ne serait pas agité, puisque le même air subsiste qui tout à l'heure
était le vent. Et de même pour toutes les autres erreurs de ce genre. Mais si,
dans l'exemple précédent, on peut accorder que le vent soit de l'air agité, il
ne faudrait pas admettre des assertions de ce genre pour toutes les choses dans
lesquelles le genre indiqué n'est pas le véritable; on ne pourrait les admettre
que pour le cas où le genre donné est attribué avec vérité.
En effet, dans quelques cas, ce genre ne semble pas être vrai; par exemple, pour
la boue et la neige : ou peut dire que la neige est de l'eau coagulée, et que la
boue est de la terre mêlée à l'humide; mais la neige n'est pas de l'eau et la
boue n'est pas de la terre; donc, ni l'un ni l'autre des genres indiqués ne sont
vraiment genres; car il faut que le genre soit toujours vrai pour toutes les
espèces. Et de même on ne peut dire que le vin soit de l'eau tournée, comme
Empédocle prétendait que c'était
«
de l'eau tournée dans le bois: » c'est qu'absolument parlant, le vin
n'est pas de l'eau.
|
§ 1. Ce qu'on a pris pour genre n'est pas
véritablement genre, l'édition de Berlin a omis tout ce membre
de phrase que donnent toutes les éitions, et elle n'a justifié cette
lacune par aucune autorité. Cette phrase est presque indispensable,
si ce n'est pour la pensée générale qui est claire, du moins
grammaticalement. - Car la sensation est une faculté,
sensation est pris ici dans l'acception de sensibilité. - Car
aucune mémoire n'est faculté, il faut entendre mémoire dans le
sens de souvenir.
§ 2. En plaçant la faculté dans la puissance qui
en est la suite, c'est-à-dire en faisant la puissance genre de
la faculté. Voir, pour la théorie du courage et de la douceur, la
Morale à Nicomaque, liv. 3, ch. 6, et liv. 4, ch. 5.
§ 3. Les espèces indiquées, ou les genres, la
colère, la certitude, par exemple. - Douleur... certitude,
Ces mots ne rendent pas parfaitement la nuance du mot grec; mais
notre langue ne m'a pas offert d'équivalents plus exacts. - La
perception et la certitude seront prises comme égales, on les
considérera l'une et l'autre comme deuxgenres égaux, d'étendue
parfaitement égale.
§ 4. Si les deux, genre et espèce. - Là où
est l'espèce là est le genre, ce qui reçoit l'espèce reçoit
aussi le genre, tandis que la réciproque n'est pas vraie. Le genre
peut se passer d'une espèce : l'espèce ne peut jamais se passer du
genre. - Et dans l'âme raisonnable, c'est–à-dire la partie
raisonnable de l'âme. Voir le Traité de l'âme, liv. 3, ch. 9, page
432, a, 25. - L'amitié cessera d'être un acte volontaire,
Voir pour la théorie de l'amitié, les liv. 8 et 9 de la Monrale à
Nicomaque. - Sont dans le même objet, sont compris dans
le même genre. L'accident, en effet, suit toujours le sujet dans
lequel il est.
§ 5. Mais il ne l'est par dans son âme, L'âme
n'est ni sensible ni visible ; par conséquent elle est immatérielle.
C'est toute la doctrine platonicienne, dans le Phédon, la
République, les Lois, le Timée.
§ 9. La puissance sans l'intention, Voir dans
la Morale à Nicomaque, liv. 3 , la théorie de la volonté morale.
§ 11. De mortel on peut devenir immortel, C'est celle même
impossibilité qui a dicté à Platon la théorie de l'éternité de
l'âme. Voir le Phèdre et le Timée.
§ 12. Si l'on dit que le vent est l'air agité, C'est
peut-être l'opinion d'un philosophe antérieur que critique ici
Aristote, ou simplement aussi l'opinion vulgiaire qui explique ainsi
le vent. La première supposition est la plus probable.
§ 13. Mais la neige n'est pas de l'eau, absolument parlant:
c'est de l'eau modifiée de certaine manière. - De l'eau tournée,
ou bien aigrie.
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CHAPITRE VI.
Dix-sept autres lieux du genre, neuf pour réfuter, et huit pour établir la
thèse. - Fin des lieux du genre. |
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§ 1. De plus, il faut voir si ce qui est donné comme genre n'est absolument le
genre de rien; car il est clair alors qu'il n'est point non plus le genre de ce
dont il s'agit. Il faut remarquer aussi que les choses participant au genre
donné ne doivent différer en rien spécifiquement ; par exemple, les choses
blanches : entre elles il ne peut y en avoir une qui diffère en espèce; or les
espèces de tout genre sont différentes; donc le blanc ne serait le genre de
rien.
§ 2. En outre, l'adversaire s'est trompé s'il a pris pour genre ou différence un
attribut commun à tout; car il y a plusieurs attributs qui appartiennent à tout
ainsi l'être et l'unité sont des attributs qui suivent toutes choses. Si donc on
a donné l'être comme genre, il est clair que ce serait le genre de tout,
puisqu'il est attribué à tout; mais le genre n'est attribué uniquement qu'aux
espèces; donc, l'un lui-même serait une espèce de l'être. Il en résulterait
alors que l'espèce serait attribuée à toutes les choses auxquelles le genre est
attribué, l'être et l'unité étant absolument attribués à tout, tandis qu'il faut
toujours que l'espèce soit attribuée moins largement que le genre. Si l'on a
pris pour différence un attribut qui appartient à tout, il est évident que la
différence sera ou égale ou plus large que le genre; car si le genre est un des
attributs qui appartiennent à tout, la différence lui est égale; et si le genre
n'est pas un attribut applicable à tout, la différence est prise plus largement
que lui.
§ 3. En outre, il faut voir si le genre indiqué est placé dans l'espèce
subordonnée, comme le blanc pour la neige; car alors il est clair que ce n'est
pas le genre véritable, le genre ne pouvant être que l'attribut de l'espèce
subordonnée.
§ 4. Il faut voir encore si le genre n'est pas synonyme à l'espèce ; car le
genre est attribué synonymiquement à toutes les espèces.
§ 5. Il faut voir si lorsqu'il y a un contraire au genre et à l'espèce, on n'a
point placé le meilleur des contraires dans le genre pire; car il faudra que le
terme restant soit dans le genre restant, puisque les contraires sont dans des
genres contraires: et ainsi le meilleur sera dans le pire, et le pire dans le
meilleur, tandis que le genre meilleur paraît devoir appartenir aussi au
meilleur.
§ 6. L'adversaire s'est trompé si un même objet, étant dans un rapport pareil
avec deux autres, il l'a placé dans le pire et non dans le meilleur: si, par
exemple, il a dit que l'âme est essentiellement un mouvement ou un mobile; l'âme
est en effet également susceptible de repos et de mouvement : et si le repos est
meilleur, il fallait placer le genre de l'âme dans le repos.
§ 7. Puis aussi, on peut tirer des arguments du plus et du moins, quand on
réfute, si le genre reçoit le plus et que l'espèce ne le reçoive pas, soit
elle-même, soit ce qui s'y rapporte; par exemple, si la vertu reçoit le plus, la
justice et le juste le recevront aussi ; car tel homme est dit plus juste que
tel autre. Si donc le genre donné reçoit le plus et que l'espèce ne le reçoive,
ni elle-même ni ce qui s'y rapporte, c'est que le terme désigné n'est pas le
genre véritable.
§ 8. En outre, si ce qui paraît être plus on également n'est pas le genre, il
est clair que le terme qui a été indiqué ne l'est pas non plus. Ce lieu est
utile surtout dans les cas où les attributs essentiels de l'espèce sont
plusieurs, et qu'on n'a pas déterminé nettement et qu'on ne peut pas dire quel
est le genre véritable: par exemple, la douleur et le sentiment du mépris
paraissent être essentiellement attribuées à la colère ; car l'homme courroucé a
de la douleur et croit être méprisé.
§ 9. La même considération est applicable si l'on compare quelqu'autre espèce à
l'espèce; car si ce qui parait être plus ou également dans le genre donné n'est
pas dans le genre, il est clair que l'espèce donnée n'est absolument pas non
plus dans le genre.
§ 10. II faut donc, quand on réfute, procéder comme on vient de le dire.
§ 11. Mais quand on établit la proposition, si le genre et l'espèce donnés
admettent le plus, ce lieu n'est pas applicable; car si tous deux le reçoivent,
rien n'empêche que l'un ne soit pas le genre de l'autre. Ainsi, le beau et le
blanc reçoivent le plus, et cependant l'un n'est pas le genre de l'autre.
§ 12. Mais la comparaison des genres et des espèces entre elles est utile;
ainsi, du moment que telle chose et telle autre sont également genres, si l'une
est genre, l'autre le sera aussi. Et de même s'il s'agit de plus et de moins :
par exemple, si la force est plus le genre de la modération que la vertu, et que
la vertu soit genre, la force le sera aussi.
§ 13. On pourra dire encore la même chose pour l'espèce; car si telle chose et
telle autre chose sont également l'espèce de la chose proposée, du moment que
l'une est espèce, l'autre aussi le sera : et si ce qui paraît être moins, est
espèce, le plus le sera aussi.
§ 14. Il faut voir encore, quand on établit la proposition, si le genre est
attribué essentiellement aux choses pour lesquelles il est indiqué, quand
l'espèce indiquée n'est pas seule, mais qu'il y en a plusieurs et des
différentes : il est clair alors que c'est bien le genre qui a été indiqué. Mais
s'il n'y a qu'une seule espèce et donnée, il faut voir si pour les autres
espèces le genre est attribué essentiellement; car alors il arrivera qu'il sera
attribué et à plusieurs choses et à des choses différentes, et que par
conséquent on devra le reconnaître pour genre.
§ 15. Puisque quelques-uns croient aussi que la différence est attribuée aux
espèces essentiellement, il faut séparer le genre de la différence en se servant
des procédés indiqués plus haut; d''abord parce que le genre est toujours plus
large que la différence, ensuite parce qu'il vaut mieux prendre le genre que la
différence dans la définition essentielle ; car si l'on dit que l'homme est
animal, on montre par là plus ce qu'est l'homme qu'en disant qu'il est
terrestre; et enfin parce que la différence exprime toujours la qualité du
genre, et que le genre n'exprime pas celle de la différence: car lorsqu'on dit
terrestre, on désigne un animal qui a telle qualité, tandis que quand on dit
animal, on ne désigne pas un certain être terrestre. C'est donc ainsi qu'il faut
séparer la différence du genre.
§ 16. Puis donc que le musicien, en tant que musi
ricien, paraît être savant, et que la musique paraît être une science; et
puisque, si ce qui marche se meut parle marcher, la marche est une sorte de
mouvement, il faut voir dans quel genre on veut établir la proposition , de la
manière suivante : par exemple, si l'on veut prou-ver que la science est ce
qu'est la certitude, il faut voir si celui qui sait, en tant qu'il sait, est
certain; car il est clair alors que la science est une sorte de certitude. Et ii
en est de même pour tous les cas analogues.
S 17. Et en outre, comme il est bien difficile quand une chose en suit toujours
une autre sans lui être réci¬proque, de ne pas la considérer comme son genre, il
faut, lorsque telle chose suit telle autre toute entière, sans que cette autre
suive la première toute entière; comme par exemple, le repos suit le calme de
l'air, et le divisible suit le nombre, sans que l'inverse soit vrai, puisque
tout divisible n'est pas nombre, et que tout repos n'est pas le calme dans
l'air; il faut, dis-je, quand on argumente soi-même, admettre que le terme qui
suit toujours est genre, quand l'autre ne lui est pas réci¬proque. § 18. Mais
lorsqu'un adversaire veut procéder ainsi, on ne doit pas y acquiescer dans tous
les cas; et l'objection qu'on peut lui faire, c'est que le non-être suit tout ce
qui naît, car ce qui naît n'est pas, mais ne lui n'est pas réciproque, puisque
tout non-être ne naît pas : et que par conséquent le non-être n'est pas le
ment la certitude. L'exposition d'Aristote, dans ce §, est un peu embarrassée,
comme l'a remarqué Alexandre, qui propose une variante pour éclaircir le texte.
$ 17. Sans lui être réciproque, sans avoir une étendue égale, c'est-à-dire, en
ayant une étendue plus grande ou plus petite suivant les di-vers cas.
158 TOPIQUES.
genre de ce qui naît; car, absolument parlant, le non-être n'a pas d'espèces.
§ 19. Il faut donc traiter le genre ainsi qu'on vient de le dire.
$ 19. Ainsi qu'on vient de le dire, dans tout ce 4e livre.
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§ 1. Les choses participant au genre donné, Il est clair
qu'il s'agit ici des individus, et il vaudrait mieux dire :
participant à l'espèce donnée. - Ne doivent différer en rien
spécifiquement, parce que ce sont des Individus. - Par
exemple, les choses blanches, Prises individuellement et une à
une, elles sont toutes de la même espèce. - Or, les espèces de
tout genre sont différentes, et par conséquent les individus
semblables entre eux ne sont pas des espèces : l'espèce à laquelle
on les rapporte n'est pas genre. - Donc le blanc ne serait le
genre de rien, ce n'est qu'une espèce de la couleur et non point
un genre.
§ 2. N'est attribué uniquement qu'aux espèces qui le
composent.
§ 3. Est placé dans l'espèce subordonnée, fait partie comme
qualité du sujet auquel on l'applique et qu'on prétend moins large
que lui puisqu'on le lui subordonne. - Comme le blanc pour la
neige, le blanc est dans la neige comme dans son sujet: il ne
peut donc en être le genre ; car le genre est toujours plus large
que le sujet qui le reçoit.
§ 4. Est attribué synonymiquement, Voir les Catégories, ch.
1, § 2 et suiv.
§ 5. Si, lorsqu'il y a un contraire au genre et à l'espèce,
il y a donc ici quatre termes : deux genres contraires, deux espèces
contraires. - Le meilleur des contraires relatifs aux
espèces. - Devoir appartenir aussi au meilleur, à l'espèce
meilleure.
§ 6. Il l'a placé dans le pire, il en a fait une espèce du
pire.
§ 7. Quand on réfute, Plus loin, § 2. il indiquera les lieux
qu'on peut tirer du plus et du moins, quand on établit la thèse, au
lieu de la réfuter. - Soit ce qui s'y rapporte, les individus
dénommés d'après l'espèce.
§ 8. Si ce qui paraît être plus ou également doué d'une
certaine qualité qu'on attribue au sujet en discussion. - La
douleur et le sentiment du mépris; de ces deux attributs, quel
est celui qui est le genre véritable de la colère? C'est ce qui
n'est pas déterminé; c'est ce qu'il n'est pas facile de dire.
§ 9. Quelqu'autre espèce à l'espèce en discussion. - Plus
ou également dans le genre: être plus ou également espèce. -
N'est absolument pas non plus dans le genre, n'est pas espèce.
§ 11. Ce lieu n'est pas applicable. Ainsi, de ce qu'un genre
et une espèce reçoivent le plus en sont et sont susceptibles
d'accroissement, il ne s'ensuit pas que ce genre soit vraiment le
genre de cette espèce.
§ 15. Puisque quelques-uns croient aussi, Ceci indique que
les théories exposées dans les Topiques et les Catégories trouvaient
des contradicteurs. - Que la différence est attribuée aux espèces
essentiellement, tout comme le genre, opinion que combat
Aristote. - Indiqués plus haut, dans ce même livre, ch. 9, §
10.
§ 16. Puisque le musicien, Le texte dit d'une manière plus
générale : Le musical, - et que la musique parait être une
science. Ce lieu consiste à passer, comme le disent les
scholastiques, du concret à l'abstrait : si le musicien un savant,
on peut en conclure la musique est une science. - Est ce qu'est
la certitude, est essentielle
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FIN DU LIVRE IV DES TOPIQUES. |