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table des matières de l'oeuvre d'Aristote

 

 

 

ARISTOTE

TABLE DES MATIÈRES DU TROISIÈME VOLUME.

.
Plan général des Derniers Analytiques. I à CLI

Derniers Analytiques. 1 à 292

livre 1 1 texte grec

livre 2 187 texte grec

Table des chapitres du troisième volume. 293 à 300

Table des matières du troisième volume. 301

FIN DU TROISIÈME VOLUME.

 

DERNIERS ANALYTIQUES

 

 

DERNIERS ANALYTIQUES

LIVRE I texte grec

SECTION PREMIÈRE.

POSSIBILITÉ DE LA DÉMONSTRATION.

CHAPITRE PREMIER.

Principe général de toute connaissance rationnelle : application à toutes les sciences. - Les notions antérieures sont de deux espèces, selon qu'elles se rapportent à l'existence de la chose, ou au mot qui exprime la chose. - Notions immédiates et simultanées : la notion de l'universel contient implicitement la notion de tous les cas particuliers. - Théorie du Ménon sur la réminiscence. - Objection sophistique et réfutation de cette objection ; solution vraie de la question.

SECTION DEUXIÈME.

DÉFINITION ET ÉLÉMENTS DE LA DÉMONSTRATION.

CHAPITRE II.

Définition générale de la science. - La science peut s'acquérir par la démonstration. - Définition de la démonstration; principes de la démonstration ; conditions indispensables de la démonstration; les principes de la démonstration doivent être vrais, indémontrables, causes de la conclusion et antérieurs à elle; antérieur et plus notoire peut s'entendre de deux façons. - Le principe de la démonstration est la proposition immédiate. - La proposition immédiate se divise en thèse et en axiome; la thèse se divise en hypothèse et en définition. - Les principes sont plus connus que la conclusion; les opposés des principes sont aussi connus que les principes.

CHAPITRE III.

Deux objections contre la science démonstrative : 1° la science démonstrative est impossible; car il n'y a point de principes et il y a progrès à l'infini ; ou s'il y a des principes, on ne les sait pas puisqu'on ne peut les démontrer. - Réponse : toute science ne vient pas de la démonstration; et par exemple, celle des propositions immédiates est indémontrable; les principes de la science sont les termes, les définitions. - 2° La science démonstrative est possible, mais la démonstration est circulaire et réciproque. - Réponse : la démonstration circulaire mène à cette contradiction évidente qu'une même chose est à la fois antérieure et postérieure à une autre ; la démonstration circulaire prouve le même par le même; la démonstration circulaire n'est possible que dans le premier mode de la première figure, et seulement encore pour les termes réciproques; fausseté de cette théorie.

CHAPITRE IV.

Principe général : Toute conclusion démontrée est nécessaire, parce que les principes dont elle sort sont nécessaires; définition de la démonstration.

Conditions de la nécessité dans les propositions. 1° II faut que le sujet soit pris dans toute son extension. 2° Il faut que l'attribution soit essentielle. 3° Il faut que l'attribut soit universel, c'est-à-dire, aussi étendu que le sujet.
Définitions de ces trois expressions : être attribué à tout, essentiel, universel. - Pour être attribué à tout le sujet, il faut que l'attribut soit à toutes les parties du sujet et dans tous les temps ; pour que l'attribution soit essentielle, il faut que l'attribut soit compris dans la définition du sujet, ou le sujet dans la définition de l'attribut, que le sujet existe par lui-même et que l'un des deux termes soit cause de l'autre; pour que l'attribut ne soit pas plus étendu que le sujet, il faut qu'il se rapporte à un primitif. - Démonstration universelle et essentielle.

CHAPITRE V.

Quatre sortes d'erreurs possibles dans la démonstration universelle. - 1° Quand la démonstration s'arrête à l'individuel et ne va pas jusqu'à l'universel auquel l'individu se rattache. - 2° Ou les individus se rattachent. - 3° Quand il n'y a pas de mot spécial pour l'universel et qu'on se borne à démontrer les espèces. - 4° Quand on confond la démonstration de toutes les espèces avec celle de l'universel. - Exemples: 1° de la quatrième erreur, 2° de la première, 3° de la troisième, 4° de la seconde.

Règle générale : il n'y a démonstration universelle que quand on est parvenu au primitif universel; le primitif universel est le terme dont le retranchement détruit la démonstration, et dont l'admission la rend possible.

CHAPITRE VI.

Développement du principe général que la démonstration est formée de propositions nécessaires.

1° La conclusion démontrée est nécessaire; les prémisses doivent donc l'être aussi. - 2° Avec des prémisses nécessaires, on arrive toujours à une conclusion démontrée. - 3° La nature même des objections contre les conclusions non démontrées prouve que la conclusion démontrée doit venir de prémisses nécessaires; les sophistes ont tort de croire qu'il suffit pour démontrer de propositions probables et vraies. - 4° Des prémisses non nécessaires ne peuvent donner une conclusion nécessaire; il faut que le moyen soit nécessaire comme les deux autres termes.

II n'y a pas de démonstration pour l'accident; il faut que les prémisses soient essentielles, de même qu'il faut qu'elles soient nécessaires.

CHAPITRE VII.

Les prémisses et la conclusion doivent toujours être prises dans un seul et même genre, attendu que les extrêmes et le moyen doivent être essentiels.

Exception : la démonstration peut passer d'un genre à un autre, quand l'un des genres est subordonné à l'autre comme l'optique l'est à la géométrie.

Distinction des questions qui tiennent aux principes propres des choses ou qui ne tiennent aux choses que relativement à des principes différents.

CHAPITRE VIII.

Toute conclusion démontrée est éternelle : il n'y a donc pas de démonstration pour les choses périssables, de même qu'il n'y a pour elles que science d'accident. - Les définitions sont éternelles comme les démonstrations, dont elles ne sont qu'une forme. - La démonstration peut s'appliquer à certaines choses passagères, mais dont l'essence est éternelle, par exemple certains phénomènes naturels.

CHAPITRE IX.

La démonstration d'une chose ne résulte jamais que des principes propres à cette chose, et non point de principes communs à d'autres choses et à celle-là ; la démonstration donnée par des principes communs n'est jamais qu'accidentelle; elle n'est point essentielle.

Exception pour les sciences subordonnées les unes aux autres, où les démonstrations peuvent se faire par des principes communs.

Les principes propres sont indémontrables; la science de ces principes propres, source de toutes les démonstrations, est la science suprême dans chaque genre; difficulté de reconnaître les caractères de la science véritable.

CHAPITRE X.

Définition des principes : les principes sont ce dont on ne peut démontrer l'existence. - Division des principes en principes propres et principes communs; exemples des uns et des autres ; éléments essentiels de toute démonstration au nombre de trois.
Définition et différence de l'hypothèse et du postulat ; différence de la définition comparée à l'hypothèse et au postulat.

CHAPITRE XI.

La démonstration ne suppose pas la théorie des idées platoniciennes ; elle n'a besoin que de l'universel résidant dans la pluralité des individus, et non pas distinct des individus.

La démonstration n'exprime pas ordinairement le principe de contradiction sur lequel repose toute démonstration ; exception. - C'est surtout la démonstration par l'absurde qui fait usage de ce principe; et elle le restreint toujours au genre en question.

Les sciences communiquent entre elles par les principes communs ; la dialectique et la science des principes sont communes à toutes les autres sciences ; mais la dialectique ne démontre pas.

CHAPITRE XII.

La dialectique n'est pas la seule à employer l'interrogation ; l'interrogation peut conduire aussi à la science : conditions des interrogations propres à la démonstration et à la science.

Interrogations contraires à la science; conditions du paralogisme; il doit être tiré des mêmes principes, et être pris dans le même genre que le syllogisme; le paralogisme peut tenir à l'homonymie; des irrégularités dans la forme du syllogisme ne produisent pas toujours un paralogisme. - Si le paralogisme est possible, c'est parce qu'on peut tirer une conclusion vraie de prémisses fausses.

CHAPITRE XIII.

Différence entre la démonstration du fait et la démonstration de la cause : pour la première, le moyen terme n'est qu'un effet immédiat ; pour la seconde, il est la cause immédiate.

1° Dans une même science : exemples d'une démonstration du fait; si l'effet et la cause sont d'extension égale, en renversant les termes, on obtient la démonstration de la cause : scintillation des planètes, sphéricité de la lune. - Si le moyen terme au lieu d'être un effet immédiat ou la cause immédiate n'est qu'une cause éloignée, on ne démontre que le fait et non la cause du fait; exemple : le syllogisme est alors dans la seconde figure.

2° Dans des sciences diverses ; en général, c'est la science inférieure qui démontre le fait ; c'est la science supérieure à laquelle la première est subordonnée, qui démontre la cause: exemples divers.

CHAPITRE XIV.

La première figure du syllogisme est celle qui est la plus propre à donner la science ; c'est dans cette figure que se forme ordinairement le syllogisme de la cause; elle est la seule qui puisse donner les éléments de la définition essentielle des choses; elle se suffit à elle-même, tandis que les autres figures ont besoin d'elle.

CHAPITRE XV.

Les propositions immédiates peuvent être négatives aussi bien qu'elles sont affirmatives.
Quand les deux termes de la proposition négative sont chacun dans un genre, ou même quand ils sont tous deux dans un même genre, la proposition ne peut jamais être immédiate ; il y a toujours quelque terme moyen qui démontre l'attribut du sujet.
Pour que la proposition négative soit immédiate, il faut que les deux termes soient chacun des genres, et des genres différents; le syllogisme alors n'est possible ni dans la première ni dans la seconde figure.

SECTION TROISIÈME.

DE L'IGNORANCE OPPOSÉE A LA SCIENCE DÉMONSTRATIVE.

CHAPITRE XVI.

De l'ignorance positive dans les propositions immédiates: cette ignorance peut être produite par syllogisme.
Dans la première figure. - Conclusion affirmative et erronée: les deux propositions étant fausses ; l'une des deux seulement étant fausse. - Conclusion négative et erronée : les deux propositions étant fausses ; l'une des deux seulement étant fausse, soit la mineure, soit la majeure.

Dans la seconde figure. - Conclusion négative et erronée: les propositions ne peuvent être toutes deux entièrement fausses; mais elles peuvent être toutes deux fausses en partie, dans les deux premiers modes; l'une des deux seulement peut être fausse, soit majeure, soit mineure, dans l'un ou l'autre mode.

CHAPITRE XVII.

De l'ignorance positive dans les propositions médiates.

Conclusion erronée et négative, obtenue dans la première figure, soit par le terme moyen qui pourrait servir à donner la conclusion vraie, soit par un moyen d'une série voisine, soit par un moyen étranger, sujet et non sujet du majeur. - Dans la seconde figure; vérité et fausseté des propositions.

Conclusion erronée et affirmative obtenue dans la première figure soit par le terme moyen propre, soit par un moyen d'une série voisine, soit par un moyen étranger, sujet ou non sujet du majeur; vérité et fausseté des propositions.

CHAPITRE XVIII.

De l'ignorance négative par quelque défaut naturel dans les sens ; la démonstration s'appuie sur l'universel, qui vient de l'induction comme l'induction vient du particulier; et le particulier n'est perçu que par la sensibilité, sans laquelle il n'y aurait ni induction, ni démonstration possible.

SECTION QUATRIÈME.

MÉTHODE POUR REMONTER DES PROPOSITIONS MÉDIATES AUX PROPOSITIONS IMMÉDIATES, ET DÉGAGER LES ÉLÉMENTS DE LA DEMONSTRATION.

CHAPITRE XIX.

Les principes de la démonstration sont-ils limités ou infinis? 1° Les attributs sont-ils limités ou infinis? 2° Les sujets sont-ils limités ou infinis? En d'autres termes, peut-on, en par-tant du sujet. remonter sans fin d'attributs en attributs; en partant de l'attribut, descendre sans fin de sujets en sujets? 3° Les extrêmes étant limités, les moyens peuvent-ils être infinis?
Ces questions s'appliquent aux propositions immédiates négatives aussi bien qu'aux propositions immédiates affirmatives.
Exception pour les termes réciproques.

CHAPITRE XX.

Si les extrêmes sont limités, les moyens ne peuvent pas être infinis, car alors on ne pourrait jamais arriver à unir les extrêmes.
Objection : Les moyens ne sont pas infinis à partir de l'un des extrêmes; ils ne le sont qu'après quelques attributions. - Réponse : du moment qu'ils sont infinis, peu importe le point où ils commencent à l'être.

CHAPITRE XXI.

S'il y a des limites pour la démonstration affirmative, il y en a également pour la démonstration négative; dans celle-ci non plus que dans la première, les moyens ne peuvent être infinis. - Démonstration négative dans la première figure; démonstration négative dans la seconde; démonstration négative dans la troisième; démonstration négative dans les trois figures à la fois : le nombre des moyens termes est toujours limité.

CHAPITRE XXII.

Dans toute proposition affirmative les sujets sont limités comme les attributs; il y a toujours une limite en descendant aussi bien qu'en remontant.

Preuves dialectiques de ce principe ; espèces diverses des attributions; l'attribution vraie est l'attribution essentielle; l'accident est toujours dans un sujet autre que lui ; critique de la théorie des idées; il ne peut y avoir d'accident d'accident, parce que l'accident ne peut jamais être sujet, il faut toujours remonter à un sujet primitif ; si les attributs et les sujets étaient infinis, la démonstration serait impossible.

Preuves analytiques de ce principe; la démonstration n'emploie que des attributs essentiels; ces attributs sont limités puisqu'ils servent à définir les choses; ils s'arrêtent à la substance, leur sujet primitif; les moyens sont limités aussi, puisqu'on peut unir les extrêmes dans une proposition.

CHAPITRE XXIII.

Une même chose peut être attribuée immédiatement, non pas uniquement à une seule, mais à plusieurs; autrement, il faudrait admettre que le nombre des moyens termes pourrait être infini. - Il y a toujours autant de démonstrations qu'il y a de moyens.

Principe général pour remonter des propositions médiates aux propositions immédiates, soit affirmatives, soit négatives : insérer entre les deux extrêmes autant de moyens qu'il y en aura, en ayant soin de toujours prendre pour moyens des attributs essentiels ; les propositions deviennent de moins en moins larges, et elles arrivent à l'indivisible, c'est-à-dire, à l'immédiat. - Application de ce principe aux syllogismes affirmatifs de la première figure, aux syllogismes négatifs de cette même figure, aux syllogismes de la seconde, et enfin aux syllogismes de la troisième.

SECTION CINQUIÈME.

DES DIVERSES ESPÈCES DE LA DÉMONSTRATION ET DE LA SCIENCE.

CHAPITRE XXIV.

La démonstration universelle est supérieure à la démonstration particulière.

Position de la question. - Raisons apparentes en faveur de la démonstration particulière; elle fait plus savoir que la démonstration universelle; elle s'applique davantage à la réalité puisque l'universel n'a rien de réel ; elle ne trompe pas puisqu'elle ne fait croire qu'à ce qui est. Réponse à ces différentes raisons.

Raisons diverses de la supériorité de la démonstration universelle : l'universel est plus cause que le particulier; la dé monstration universelle s'applique aux choses qui ne relèvent que d'elles-mêmes et n'en ont point une autre pour cause; les cas particuliers étant infinis sont insaisissables; la démonstration universelle fait savoir plus de choses que la démonstration particulière; plus le moyen est universel, plus il est principe; et la démonstration universelle est la plus rapprochée du principe et de l'immédiat ; l'universel renferme le particulier en puissance, et la réciproque n'est pas vraie; l'universel se rapporte à l'entendement, l'individuel ne se rapporte qu'à la sensibilité.

Conclusion pour la démonstration universelle.

CHAPITRE XXV.

La démonstration affirmative vaut mieux que la démonstration négative :

1° Parce qu'elle a besoin d'un plus petit nombre d'éléments ;

Parce qu'elle n'a pas besoin de la démonstration négative, tandis que celle-ci ne peut se passer d'elle; car le syllogisme négatif emploie des propositions affirmatives, tandis que l'affirmatif n'emploie pas de propositions négatives;

3° Parce qu'en développant la démonstration affirmative, on prouve la majeure par deux affirmatives, tandis que la preuve de la majeure dans la démonstration négative exige une négative et une affirmative;

4° Parce que le principe de la démonstration affirmative est supérieur ; car la proposition universelle immédiate y est affirmative, tandis que dans la démonstration négative, elle est négative;

5° Parce que la démonstration affirmative joue le rôle de principe à l'égard de la démonstration négative.

CHAPITRE XXVI.

La démonstration affirmative est meilleure que la démonstration par l'absurde; car la démonstration négative est meilleure que celle-ci, et la démonstration affirmative est meilleure que la négative.

La démonstration négative vaut mieux que la démonstration par l'absurde; exemptes et différences de ces deux démonstrations; la démonstration négative part des propositions pour arriver à la conclusion ; la démonstration par l'absurde part au contraire de la conclusion pour arriver à ta proposition. - La démonstration négative est supérieure, parce que les principes dont elle est tirée sont supérieurs.

CHAPITRE XXVII.

Une science est supérieure à une autre science:

1° Quand elle réunit à la fois la démonstration de l'existence du sujet et la démonstration de sa cause;

2° Quand son sujet est plus abstrait;

3° Quand son sujet est plus simple et exige un moindre nombre de notions.

CHAPITRE XXVIII.

Unité de la science; il n'y a qu'une seule et même science pour les objets composés des mêmes principes, et qui sont ou parties ou modifications essentielles de ces principes.

Diversité de la science : il y a sciences distinctes, quand les objets ont des principes différents qui ne rentrent pas les uns dans les autres.

C'est ce que prouve le rapport même des conclusions démontrées aux prémisses; elles sont toujours de même genre.

CHAPITRE XXIX

Une seule et même conclusion peut être démontrée de plusieurs manières ; et les moyens termes peuvent être dans la même série, sans y être continus, ou dans des séries différentes.

Exemple d'une même conclusion démontrée par des termes moyens appartenant à des séries opposées; seulement, il faut toujours que l'un de ces moyens puisse être attribué à l'autre.

Cette règle est vraie pour toutes les figures du syllogisme.

CHAPITRE XXX.

Il n'y a pas de démonstration pour les choses qui ne dépendent que du hasard. Le hasard n'est ni nécessaire, ni même habituel; les propositions qui le concernent ne peuvent donc entrer ni dans le syllogisme ni dans la démonstration.

CHAPITRE XXXI.

La science démonstrative ne peut s'acquérir par la sensation ; la sensation est toujours limitée et ne peut donner l'universel, sans lequel il n'y a pas de démonstration possible. — La connaissance sensible ne peut jamais tenir lieu. de la démonstration ; exemples. — La sensation sert à préparer la démonstration parce qu'elle sert à former l'universel. -- La supériorité de l'universel tient à ce qu'il fait connaître; la cause. — C'est l'imperfection des sensations qui souvent nous empoche de savoir ; exemple tiré de la transparence des verres.

CHAPITRE XXXII.

Diversité des principes. — Les principes ne sont pas les mêmes pour tous les syllogismes ;

1° Les uns sont vrais, les autres sont faux comme les conclusions qu'ils forment ;

2° Tous les principes faux ne sont pas même semblables entre eux ;

3° Les principes vrais ne le sont pas davantage; les principes propres de chaque science ne se ressemblent pas ;

4° Les principes communs ne suffisent pas à la démonstration, il faut en outre les principes propres;

5° Les principes sont à peu près aussi nombreux et aussi différents que les démonstrations, et elles sont infinies;

6° Les principes diffèrent entre eux, car les uns sont contingents et les autres nécessaires.

Solutions fausses de la question : on ne peut pas dire que les principes sont identiques en ce sens qu'ils restent identiques à eux-mêmes pour chaque science spéciale; on ne peut pas dire non plus que tout se démontre indistinctement par des principes quelconques, car chaque science a un principe qui lui est propre et qu'exprime une seule proposition immédiate; on ne peut pas dire enfin que tous les principes sont du mente genre, et qu'ils ne diffèrent qu'en espèce.

Solution vraie; les principes doivent se distinguer en principes communs à toutes les démonstrations qui ne seraient point sans eux, et en principes propres à chaque démonstration.

CHAPITRE XXXIII.

Distinction de la science et de l'opinion ;

1° Les objets de toutes deux sont différents: la science s'applique au nécessaire, l'opinion au contingent;

2° la connaissance fournie par l'une et par l'autre est différente, instable pour l'opinion, inébranlable pour la science;

Objection : La science et l'opinion se confondent, car il peut y avoir opinion de tout ce dont il y a science. — Réponse : La science et l'opinion ne peuvent point être une seule et même chose, elles peuvent tout au plus s'appliquer à un seul et même objet, l'une y considérant les attributs essentiels en tant qu'essentiels, l'autre y considérant ces attributs comme contingents. Un même esprit ne peut donc sur une même chose avoir science et opinion tout ensemble, bien que cette distinction puisse exister dans deux esprits différents.

CHAPITRE XXXIV.

La sagacité n'est pas autre chose que la découverte exacte et rapide du terme moyen. — Exemples divers physiques et moraux.

 

LIVRE SECOND. (texte grec)

 

SECTION PREMIÈRE.

DU CHANGEMENT

DE LA DÉMONSTRATION EN DÉFINITION.

CHAPITRE PREMIER.

Quatre espèces de questions : la qualité de la chose et la cause de cette qualité; l'existence et la définition de la chose. Les deux premières questions sont complexes, les deux dernières sont simples. — Exemple des unes et des autres.

Le nombre des questions est égal au nombre même des connaissances qu'on peut avoir sur les choses.

CHAPITRE II.

Les quatre espèces de questions se réduisent à une seule, celle de la cause.

1° Dans les deux premières questions, on recherche s'il y a un moyen, et dans les deux autres, on recherche quel est ce moyen.

2° Le moyen se confond avec la cause, soit dans les questions complexes, soit dans les questions simples.

3° La définition et la cause sont toujours identiques.

4° Les phénomènes sensibles attestent que c'est toujours le moyen ou la cause que l'on cherche.

Réduction de toutes les questions à une seule, celle de la cause.

CHAPITRE III.

La définition et la démonstration sont parfaitement distinctes l'une de l'autre, et. ne doivent pas être confondues.

1° Tout démontrable n'est pas définissable, car toute définition est universelle et affirmative, tandis que parmi les syllogismes il y en a de particuliers et de négatifs : il n'y a 'pas même définition pour tous les syllogismes universels affirmatifs, puisque alors on pourrait savoir le démontrable autrement que par démonstration; c'est l'induction et non la définition qui nous fait connaître les attributs essentiels et les accidents des choses; enfin la définition s'applique à la substance, et les démontrables ne sont jamais des substances.

2° Tout définissable n'est pas démontrable, car alors on saurait le démontrable autrement que par démonstration ; de plus, les définitions sont les principes des démonstrations, et à ce titre elles ne peuvent être démontrées, car ce serait le progrès à l'infini.

3° Aucun démontrable n'est définissable ; la définition s'applique à l'essence qu'admet toujours et que suppose la démonstration; la démonstration' fait toujours une attribution ; il n'y en a pas dans la définition : la démonstration ne s'occupe que de l'attribut de la chose ; la définition, de son essence.

Donc, la démonstration et la définition sont tout à fait différentes, et elles ne rentrent point l'une dans l'autre.

CHAPITRE IV.

L'essence de la chose ne peut pas être démontrée par syllogisme.

1° Pour obtenir la définition comme conclusion d'un syllogisme, il faut que les trois termes soient réciproques l'un à l'autre, et' alors la définition se trouve déjà dans la mineure avant d'être dans la conclusion. — Exemple.

2° On ne peut ainsi démontrer l'essence par syllogisme qu'en faisant une pétition de principe. — Exemple.

3° Il faut se garder de confondre une simple attribution avec l'attribution essentielle qui forme la définition proprement dite.

CHAPITRE V.

La méthode de division ne peut démontrer l'essence.

1° La méthode de division ne conclut pas nécessairement comme le syllogisme, elle procède uniquement par concession.

2° Elle ne prouve pas que la réunion des différences soit la définition vraie de l'essence.

3° Elle est sujette à une foule d'erreurs, et même en admettant qu'on parvienne à éviter ces erreurs,

4° Elle n'a pas force de syllogisme parce qu'elle ne donne jamais la cause, et que sa définition n'est pas démontrée.

CHAPITRE VI.

La démonstration de l'essence ne peut se faire ni par la définition même de la définition, ni par la définition du contraire de la chose dont on cherche l'essence.

1° En prenant la définition de la définition pour majeure, on fait toujours une pétition de principe dans la mineure.

2° Dans le syllogisme, on ne fait jamais la définition du syllogisme ; on ne doit pas faire davantage la définition de la définition dans la démonstration de l'essence; on doit toujours supposer, à part du syllogisme sa définition, et l'essence à part de la démonstration.

3° On ne peut pas davantage démontrer l'essence d'une chose en démontrant l'essence de son contraire, non plus que dans le syllogisme on n'attribue jamais une chose à elle-même.

4° Les attributs donnés par la méthode des contraires ne forment pas plus une unité que les attributs obtenus par la méthode de division.

CHAPITRE VII.

La définition même ne peut faire connaître l'essence.

1° Elle ne procède en effet ni comme le syllogisme, ni comme l'induction, seuls moyens de connaissance.

2° Elle devrait faire connaître à la fois, bien qu'elle ne puisse montrer qu'une seule chose, l'essence de la chose, et . l'existence de la chose.

3° C'est la démonstration et non point la définition qui fait connaître l'existence de la chose ; il n'y a pas de science qui démontre l'essence; toutes la posent ; la définition ne fait jamais connaître l'existence de la chose.

4° Il est absurde de soutenir que la définition ne fait qu'expliquer le mot qui représente la chose ; car alors la définition pourrait s'appliquer à ce qui n'est pas, et elle serait tout à fait arbitraire; les sciences ne font jamais de simples définitions de mots.

Donc il ne faut pas confondre la définition avec la démonstration ; mais ni l'une ni l'autre ne font connaître l'essence.

CHAPITRE VIII.

Théorie véritable de la démonstration de l'essence.

1° On peut démontrer une des définitions de la chose par une autre de ses définitions; mais ce n'est point une démonstration vraie de l'essence ; ce n'est qu'une démonstration dialectique et imparfaite.

2° Pour savoir ce qu'est une chose, il faut d'abord savoir qu'elle est ; mais on peut savoir qu'une chose est, de deux manières, soit par un des accidents de cette chose, soit par sa cause.

3° Quand on ne connaît l'existence de la chose que par un de ses accidents, on ne connaît point du tout son essence.

4° Ce n'est que quand on connaît l'existence de la chose par sa cause, qu'on possède la démonstration de son essence.

5° Quand on démontre l'existence de la chose par sa cause, le moyen terme est la définition même de la chose, et en fait par conséquent connaître l'essence.

Exemples divers; définitions des phases de la lune, du tonnerre, etc.

CHAPITRE IX.

Distinction entre l'essence qui se démontre et celle qui ne peut pas se démontrer. Il faut distinguer entre les choses celles qui n'ont de causes qu'elles-mêmes, ce sont les substances; et celles qui ont une cause étrangère à elles, ce sont les accidents ; l'essence des premières, des substances, ne peut pas se démontrer ; on ne démontre que l'essence des secondes, des accidents.

CHAPITRE X.

Des diverses espèces de la définition. 1° Définition de mot, 2° définition de chose. — La définition de mot n'indique pas la cause de la chose, et voilà pourquoi elle ne démontre pas. -- La définition de chose n'est au fond qu'une démonstration où les termes sont seulement disposés d'une autre manière. — La définition des choses qui né peuvent se prouver par un moyen terme, n'est que la thèse indémontrable de l'essence.

Il y a donc trois espèces de définitions : la définition de mot qui est la conclusion même du syllogisme de l'essence ; la définition de chose qui est le syllogisme entier sous une autre forme : la définition indémontrable qui est le principe même de la démonstration.

Résumé général de la théorie de la démonstration et de la définition de l'essence.

SECTION DEUXIÈME.

DES DIFFÉRENTES ESPÈCES DE CAUSES

EMPLOYÉES

COMME MOYENS TERMES DANS LA DÉMONSTRATION.

CHAPITRE XI.

Toutes les espèces de causes peuvent servir à la démonstration ; la cause essentielle, la cause matérielle, la cause motrice, et la cause finale.

1° Exemple de la cause matérielle : dans la forme même du syllogisme; dans la démonstration de la valeur de l'angle inscrit à la demi-circonférence.

2° La cause essentielle se confond avec la cause matérielle.

3° Exemple de la cause motrice ; motif de la guerre médique.

4° Exemple de la cause finale; la promenade après dlner. — Comparaison de la cause motrice et de la cause finale ; différence de l'une et de l'autre dans l'ordre des termes. — Comparaison de la cause matérielle et de la cause finale.

Un même effet peut être prouvé par deux causes différentes; l'une matérielle, l'autre finale. — Un même effet peut être à la fois, nécessaire, et relatif à une cause finale.

Effets naturels, tantôt nécessaires, tantôt en vue d'une cause finale.

Effets volontaires et dépendant de l'intelligence ; intervention du hasard.

CHAPITRE XII.

Les causes, c'est-à-dire, les moyens termes dans la démonstration, varient dans le temps, avec le temps même des effets; passées avec des effets passés, présentes avec des effets présents, futures avec des effets futurs. — La cause qui est moyen terme dans la démonstration est toujours contemporaine de l'effet. — Quand la cause précède l'effet, soit au passé, soit au futur, on ne peut pas démontrer l'effet par la cause, parce qu'il y a. toujours de l'un à l'autre un intervalle de temps qui les sépare : c'est alors l'effet qui peut servir à démontrer la cause, soit au passé, soit au futur :

Exemples divers.

Quelquefois la cause et l'effet peuvent se démontrer l'un par l'autre, et alors la démonstration est circulaire : Exemple des nuages et de la pluie.

Quand la démonstration s'applique à un fait qui n'est point universel, mais qui est le plus ordinairement, le moyen doit avoir aussi ce caractère, et être le plus ordinairement.

SECTION TROISIÈME.

THÉORIE DE LA DÉFINITION.

CHAPITRE XIII.

Théorie générale de la définition. — La définition d'une chose est la réunion de tous les attributs essentiels de cette chose, qui, chacun pris à part, peuvent être plus étendus qu'elle, mais dont l'ensemble a précisément la même étendue que le défini. — Exemple de la définition d'une espèce; définition de la triade. La définition ainsi conçue est nécessaire, car les attributs essentiels sont universels et par conséquent nécessaires ; elle donne bien l'essence de la chose, car elle ne peut appartenir qu'à la chose, et n'en. est point le genre, puisque elle n'est pas plus étendue qu'elle. -- Exemple de la définition d'un genre : il faut définir d'abord les espèces que le genre contient, et les attributs communs que présenteront les définitions des espèces formeront la définition du, genre. La méthode de division, bien qu'impuissante à donner seule des définitions exactes et nécessaires, peut être utile pour' les définitions formées par la méthode de composition. 1° Si d'abord elle observe avec grand soin l'ordre régulier des attributs essentiels.. 2° Si elle n'en omet aucun. -- Il n'est pas nécessaire d'ailleurs pour définir ainsi une chose de connaître toutes les autres choses, ainsi que l'ont affirmé quelques philosophes. De plus, il n'y a point pétition de principe, si les contraires choisis par la division n'ont point de termes intermédiaires entre eux. — Trois règles à observer pour que la division puisse servir à la définition par composition : -- 1° Elle ne doit prendre qu'un des attributs essentiels; — 2° Elle doit les classer ; — 3° Elle doit les donner tous. -- Règles générales de la définition par composition : — 1° Réunir les attributs communs des individus pour en faire ceux des espèces et des genres, en prenant garde aux homonymies : Exemples de la définition de la magnanimité. — 2° Être clair avant tout ; — 3° Éviter les métaphores.

CHAPITRE XIV.

Règles pour déterminer le sujet dont il faut démontrer un attribut :

1° Quand ce sujet est un genre qui porte un nom commun aux espèces que ce genre renferme.

2° Quand ce sujet est un genre qui n'a point reçu de nom spécial, mais dont les attributs sont communs.

3° Quand ce sujet n'est un ni par le nom ni par l'essence, mais seulement par analogie.

CHAPITRE XV.

Rapport des questions entre elles relativement à leurs termes moyens :

1° Deux ou plusieurs questions peuvent avoir un seul moyen terme identique pour toutes ;

2° Elles peuvent avoir un moyen terme identique en genre et différent en espèce.

3° Le moyen terme de l'une peut être subordonné au moyen terme de l'autre et en dépendre.

SECTION QUATRIÈME.

RAPPORTS

DE LA CAUSE ET DE L'EFFET DANS LES DÉMONSTRATIONS.

CHAPITRE XVI.

La cause et l'effet peuvent 'se démontrer réciproquement l'un par l'autre.

1re Objection : Si la cause et l'effet se démontrent l'un par l'autre, les démonstrations seront circulaires. -- Réponse : les démonstrations ne seront pas circulaires ; car elles ne seront pas semblables, l'une prouvera le fait, et l'autre la cause du fait.

2e Objection. Un même effet peut avoir plusieurs causes, et alors, on ne sait laquelle des causes on doit démontrer par cet effet. — Réponse : Un effet n'a jamais qu'une cause qui lui soit vraiment égale, parce qu'il faut que le terme moyen soit universel comme la conclusion.

CHAPITRE XVII.

Un même effet peut-il avoir plusieurs causes. dans plusieurs sujets différents ?

1° Quand l'effet est un attribut essentiel de la chose et qu'il est démontré comme tel, il ne peut y avoir qu'une seule cause de cet effet, même dans des sujets différents.

Quand l'effet n'est qu'un attribut accidentel de la chose, il peut avoir des causes diverses dans des sujets différents.

Dans les questions qui portent sur un attribut accidentel de la chose, et non sur un attribut universel, le moyen terme est toujours semblable aux extrêmes, ou homonyme comme eux, ou s'adressant comme eux à l'espèce et non au genre primitif. -- Exemples de ces deux sortes de questions.

Dans les questions universelles, le sujet, la cause et l'attribut sont des termes réciproques ; dans les questions d'accident; cette réciprocité des trois termes ne peut avoir lieu parce que l'attribut s'adresse non plus au sujet primitif, mais à des espèces de ce sujet. -- Exemple général par les lettres.

Dans ce dernier cas, il peut y avoir plusieurs causes d'un même effet, et ces causes peuvent être subordonnées ; le moyen terme pour la démonstration particulière est la cause la plus rapprochée des espèces.

CHAPITRE XVIII.

Résumé général des Analytiques Premiers et Derniers.

SECTION CINQUIÈME.

DE L'ACQUISITION DES PRINCIPES.

CHAPITRE XIX.

Des principes : théorie générale du mode de connaissance par lequel on les acquiert, et de la faculté spéciale qui les connaît.

1° Les principes ne sont pas innés en nous, ils ne peuvent non plus venir de connaissances antérieures comme toute science produite par la démonstration. — Les principes nous viennent par la sensation; râle général de la sensibilité dans l'animal ; formation des universaux à la suite de la sensation.

La sensation contient toujours de l'universel : c'est par l'induction que l'esprit connaît les universaux, les principes.

2° L'entendement est la seule faculté qui soit en rapport avec les principes ; il n'y a pas de science proprement dite des principes, parce qu'il n'y a point de démonstration pour eux ; l'entendement est le principe de la science.

FIN DES ANALYTIQUES