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TABLE DES MATIÈRES DE LA MÉTÉOROLOGIE

table des matières de l'œuvre d'Aristote

ARISTOTE

 

 

MÉTÉOROLOGIE. (Météorologiques)

 

LIVRE I

 

DISSERTATION SUR LA COMPOSITION DE LA MÉTÉOROLOGIE ET DU PETIT TRAITÉ DU MONDE.- livre II

 

texte grec

 

 

 

 

LIVRE I.
CHAPITRE PREMIER.
Récapitulation de travaux précédents sur la science de la nature. Objet et étendue de la Météorologie. Indication de travaux ultérieurs sur les animaux et les plantes.

§ 1. 338a Dans des ouvrages antérieurs, nous avons traité des premiers principes de la nature, du mouvement physique dans toutes ses parties, des astres dont la marche si bien ordonnée s'accomplit dans la sphère supérieure, des éléments des corps dont nous avons indiqué le nombre, la qualité et les permutations réciproques, et enfin de la génération et de la destruction des choses considérées dans leur ensemble.
§ 2. De toute cette étude, il ne nous reste plus qu'à examiner une seule partie, celle que nos devanciers ont ordinairement nommée la météorologie. Elle 339 comprend tous ces phénomènes qui, bien que se produisant suivant des lois naturelles, ont cependant des conditions moins régulières que celles de l'élément premier des corps, et qui ont lieu dans l'espace le plus rapproché de la révolution des astres ; je veux dire, par exemple, la voie lactée, les comètes, les météores ignés et à mouvement rapide, que nous pouvons regarder comme des accidents communs de l'air et de l'eau. Enfin cette science comprend l'étude de toutes les espèces de la terre, de ses parties, ou des propriétés de ces parties, qui nous peuvent servir à expliquer les causes des vents et des tremblements de terre 339a, et de toutes les circonstances qui accompagnent les mouvements qu'ils provoquent. Parmi ces phénomènes, les uns nous sont inexplicables; les autres nous sont accessibles dans une certaine mesure. Nous traiterons aussi de la chute de la foudre, des ouragans, des tempêtes, et de toute cette série de phénomènes qui par leur combinaison deviennent des modifications de ces mêmes corps.
§ 3. Après avoir parcouru tous ces sujets, nous essayerons, suivant notre méthode habituelle, de traiter des animaux et des plantes, soit en général, soit à part et en détail; car cette étude une fois faite, nous aurons à peu près achevé la totalité des recherches que dès le début nous nous étions proposé de faire.
Ayant donc ainsi commencé, il nous faut étudier d'abord les phénomènes dont nous venons de parler.

Livre I, Ch. 1, § 1. Dans des ouvrages antérieurs, d'après les explications qui suivent et d'après les commentateurs grecs, Alexandre d'Aphrodisée ou d'Égée, Olympiodore et Philopon, les ouvrages antérieurs dont il est ici question sont au nombre de trois : La Physique, Le Traité du ciel et Le Traité de la génération et de la corruption. - Des premiers principes de la nature, ce sujet a été traité dans la Physique. - Du mouvement physique dans toutes les parties, id. ibid. - Des astres, dans le Traité du ciel. - Des éléments des corps, au second livre du Traité de la génération et de la corruption. - Et les permutations réciproques, ceci semblerait se rapporter plus particulièrement au IVe livre de la Météorologie elle-même. - De la génération et de la destruction des choses, dans le traité de ce nom, et spécialement dans le premier livre de et traité.

§ 2. De toute cette étude, c'est-à-dire l'étude générale de la nature. - Nos devanciers, les commentateurs grecs n'indiquent pas à qui s'applique précisément cette désignation. Elle prouve qu'avant le temps d'Aristote, on avait essayé de réunir en une science régulière l'étude de certains phénomènes qui se passent dans l'atmosphère; et Aristote lui-même cite dans son ouvrage une foule de théories antérieures aux siennes. - L'élément premier des corps, selon Alexandre, l'élément premier signifie ici le corps éthéré, qui enveloppe tous les astres, et qui se meut circulairement. Dans les théories d'Aristote et de l'antiquité, ce cinquième élément a une marche plus régulière qu'aucun des quatre autres. - Le plus rapproché de la résolution des astres, ceci n'est pas exact si on l'applique même aux planètes; ce l'est bien moins encore si on l'applique aux étoiles fixes. Mais aujourd'hui même on ne sait pas précisément à quelle distance de la terre se passent les phénomènes météorologiques. - La voie lactée, l'étude de la voie lactée ne fait plus partie de la météorologie depuis qu'on sait que c'est un amas innombrables d'étoiles fixes très rapprochées entre elles. Aristote lui-même s'occupe plus loin de la voie lactée, dans le ch. 8 du premier livre. - Les comètes, l'étude des comètes fait aujourd'hui partie de l'astronomie. Au XVIIe siècle, Roberval les compte encore parmi les météores, et Descartes le lui reproche, tome IX, p. 557, édit. de V. Cousin. - Les météores ignés, par exemple, les aurores boréales, les étoiles filantes, les bolides etc. - Des accidents communs de l'air et de l'eau, c'est ce qui ressortira des explications et des théories qui seront exposées plus loin. L'air et l'eau exercent une action constante l'un sur l'autre, soit pour la vaporisation des liquides, soit pour la rétraction de la lumière; et c'est à l'aide de l'air et de l'eau combinés avec la chaleur et le froid qu'Aristote essaiera d'expliquer tous les phénomènes de la météorologie. - De toutes les espèces de la terre, la géologie forme maintenant une science à part. - Les causes des vents, on verra plus loin que les vents sont très étroitement rattachés aux tremblements de terre. Aujourd'hui ces phénomènes sont parfaitement distingués les uns des autres; au temps d'Aristote, il étaient encore confondus. - Les uns sont inexplicables, de nos jours même et malgré les progrès de la science, la météorologie est bien loin de pouvoir expliquer tout ce qu'elle observe; et il faut ajouter qu'elle ne s'en flatte pas. - Dans une certaine mesure, cet aveu est plein de modestie et de justesse. - La foudre, les ouragans, les tempêtes, ce sont toujours là des sujets traités par la météorologie.

§ 3. Des animaux et des plantes, pour les animaux, il reste d'Aristote plusieurs traités admirables qui font une des meilleures parts du sa gloire; mais quant aux plantes, si Aristote a fait réellement quelque ouvrage, il ne nous en est rien parvenu, la traité Des Plantes compris dans ses œuvres étant apocryphe. Les commentateurs grecs ne citent aucun ouvrage spécial de lui sur cette matière. Diogène Laërce, dans son catalogue, mentionne deux livres sur les plantes (livre V, ch. 1, p. 116, ligne 49, édit. Firmin Didot) Mais si Aristote n'a pas écrit personnellement sur la botanique, il n'y a pas de doute que c'est lui qui a inspiré et guidé Théophraste, son disciple. Voir plus loin le IVe livre, ch. 12, § 13, où il est encore question des études sur les animaux et les plantes. - Dès le début, c'est-à-dire quand il a commencé l'étude générale de la nature. - Dont nous venons de parler, c'est-à-dire des phénomènes particuliers dont l'étude constitue la météorologie. On voit d'ailleurs que dans ce assumé ne figure que très obscurément l'indication des théories qui forment le lVe livre de la Météorologie. Voir la Dissertation préliminaire sur la composition de cet ouvrage d'Aristote.

CHAPITRE II.
Principes et éléments généraux du monde terrestre; ses rapports avec le reste de l'univers.

§ 1. Nous avons antérieurement établi qu'il n'y a qu'un seul principe pour les corps dont se compose la nature des corps soumis au mouvement circulaire. Nous avons établi aussi qu'il y a quatre autres corps formés par les quatre principes, dont le mouvement, avons-nous dit, est double, l'un partant du centre, l'autre se dirigeant vers le centre. Ces quatre éléments sont le feu, l'air, l'eau et la terre. Parmi eux l'un, le feu, est à la surface de tous les autres; et l'autre, la terre, leur sert de base. Les deux autres ont beaucoup de rapport chacun en soi avec ceux-là; l'air se rapproche davantage du feu, de même que l'eau se rapproche de la terre. Le monde entier de la terre se compose de ces quatre corps, et c'est pour ce monde ainsi composé que nous devons étudier tous les phénomènes qui y font sentir leur influence.
§ 2. D'abord, il faut de toute nécessité que ce monde se rattache sans discontinuité de quelque façon que ce puisse être, aux révolutions supérieures, de telle sorte que toute sa puissante ordonnance soit gouvernée par ces révolutions. C'est qu'en effet le principe qui donne le mouvement à toutes choses doit être considéré comme la cause première. De plus, cette cause est éternelle; elle n'a pas de fin pour le mouvement qui s'accomplit dans l'espace; mais elle en est éternellement à finir. Quant à tous ces corps, ils ont des lieux séparés les uns des autres et limités, de telle manière qu'il faut regarder comme causes des phénomènes qui se produisent dans le monde, le feu, la terre et les éléments analogues, qui servent à ces phénomènes comme d'une espèce de matière; car c'est du nom de matière que nous appelons le sujet et ce qui souffre les phénomènes, tandis que ce qui est cause, en ce sens que c'est de là que part le principe du mouvement, doit être regardé comme la puissance propre aux corps dont le mouvement est éternel.

Ch. II, § 1. Antérieurement établi, dans le Traité du Ciel, et dans le Traité de la génération et de la corruption. - Pour les corps... la nature des corps, la répétition est dans le texte, et je n'ai pas cru devoir l'éviter. - Soumis au mouvement circulaire, c'est l'éther, qui est considéré à la fois comme étant un cinquième élément, et comme l'élément supérieur et premier. - Nous avons établi, dans les deux traités qui viennent d'être cités au début de ce paragraphe. - Est double, ce sont les deux forces appelées plus tard chez les modernes centrifuge et centripète. Le feu et l'air semblaient aux anciens obéir à la première; la terre et l'eau, obéir à la seconde. - Le feu à la surface de tous les autres, si l'on excepte l'éther, qui est encore au-dessus du feu. - La terre leur sert de base, c'est vrai dans le sens restreint où l'on peut entendre ceci; mais cette opinion est fausse si l'on fait de la terre le centre du monde, comme l'a toujours fait Aristote. - Le monde entier de la terre, on verra plus loin dans le IVe livre que l'auteur essaie d'expliquer la formation de toutes les substances que la terre renferme par la combinaison des quatre éléments primitifs.

§ 2. Ce monde se rattache, cette assertion est vraie, si on la prend dans toute sa généralité; mais ceci ne veut pas dire que notre monde soit soumis aux influences chimériques qu'avait imaginées l'astrologie. - Le principe... la cause première, il semble qu'il y a ici quelque redondance. La cause première est unique; dès lors l'ordonnance de l'univers entier relève de cette cause, et l'ensemble du système, quelque immense qu'il soit, atteste l'unité du plan. Voir le Vllle livre de la Physique, dernier chapitre. - Pour le mouvement qui accomplit dans l'espace, c'est le sens que donne Alexandre, et qui est en effet le plus acceptable. - Elle en est éternellement à finir, et à commencer, à cause du mouvement circulaire, où l'on ne saurait trouver ni commencement ni fin, contrairement au mouvement en ligne droite, qui part d'un point pour aboutir à un autre. - Tous ces corps, la terre, l'eau, l'air, le feu. - Dans le monde, ou plutôt dans notre atmosphère. - D'une espèce de matière, ceci est vrai en ce sens que dans les quatre éléments les phénomènes météorologiques ne pourraient avoir lieu. - Que nous appelons le sujet, la substance, quelle qu'elle soit, dont les modifications nous frappent par les phénomènes qu'elles causent. - Le principe du mouvement, en termes plus simples, la cause motrice. - Dont le mouvement est éternel, les corps célestes.

CHAPITRE III.
Arrangement et nature des quatre éléments. - Opinion d'Anaxagore sur l'éther. - De la nature particulière du corps qui remplit l'espace entre la terre et les astres. - Double nature de l'exhalaison. De la formation et de la hauteur des nuages. Des régions supérieures de l'air.

§ 1. Ainsi donc, après avoir rappelé les principes que nous avons posés au début et les définitions antérieurement données, parlons ici de la voie lactée telle qu'elle nous apparaît, des comètes, et de tous les autres phénomènes qui se rapprochent de ceux-là, Nous avons dit que le feu, l'air, l'eau et la terre viennent les uns des autres, et que chacun d'eux étaient 339b en puissance dans chacun des autres, comme il en est d'ailleurs pour toutes les, choses qui ont un sujet un et identique dans lequel elles se résolvent en dernière analyse.
§ 2. On pourrait d'abord se demander pour ce corps qu'on appelle l'air, quelle en est an juste la nature dans le monde qui entoure la terre, et quel est son ordre relativement aux autres éléments, nominés les éléments des corps. On sait d'une manière certaine quel est le rapport de la masse terrestre aux grandeurs dont elle est entourée; car nous avons déjà appris par des observations d'astronomie qu'elle est beaucoup plus petite que certains astres. Quant à la nature de l'eau constituée et limitée comme elle l'est, nous ne l'avons jamais vue et il est impossible de la voir jamais, séparée du corps que forme la terre, tant pour les eaux qui sont à découvert, la mer par exemple et les fleuves, que pour l'eau qui pourrait se dérober à nous par la profondeur où l'eau serait cachée. Or, l'espace compris entre la terre et les plus rapprochés des astres, doit-il être regardé comme un corps unique par sa nature? Est-ce plusieurs corps? Et s'il y en a plusieurs, quel en est le nombre, et jusqu'où s'étendent les lieux divers qu'ils occupent?
§ 3. Nous avons dit antérieurement, en parlant du premier élément, quelles en sont les propriétés, et nous avons ajouté que le monde des révolutions supérieures était rempli entièrement par ce corps. Nous pouvons dire d'ailleurs que cette opinion ne nous est pas du tout personnelle, et que c'est une vieille idée qu'ont eue même des philosophes fort anciens.
§ 4. Ainsi ce qu'on appelle l'éther a reçu très anciennement cette dénomination, qu'Anaxagore, ce me semble, a voulu identifier avec celle du feu ; car pour lui les régions supérieures étaient pleines de feu, et il pensa devoir appeler éther la force qui les remplit. En ceci il a bien vu; car on a pu avec toute raison regarder comme divin le corps qui jouit d'un mouvement éternel et appeler par conséquent ce corps Ether, à cause de cette propriété qui le fait si différent de tous les corps que nous voyons. C'est qu'il faut bien le dire : ce n'est pas une fois, deux fois, ni même un petit nombre de fois que les mêmes opinions se reproduisent périodiquement dans l'humanité ; c'est un nombre de fois infini.
§ 5. Ceux qui prétendent que l'enveloppe du monde est un feu pur, qu'il y a autre chose que les corps lumineux qui circulent, et que tout ce qui est compris entre la terre et les astres est de l'air, ne soutiendraient pas sans doute une opinion si puérile, s'ils examinaient les démonstrations tout à fait incontestables que de notre temps les mathématiques ont données. C'est qu'en effet il serait par trop simple de croire que chacun des corps qui se meuvent dans l'espace a des dimensions aussi petites qu'il nous le parait, quand nous les considérons d'ici-bas.
§ 6. Nous avons déjà, dit dans nos considérations sur le lieu supérieur, et nous pouvons bien répéter ici dans les mêmes termes, 340a que, si les espaces étaient remplis de feu et que les corps fussent composés de cet élément, c'en serait fait dès longtemps de tous les autres.
§ 7. Les espaces ne peuvent pas davantage être remplis d'air tout seul ; car ce serait dépasser complètement l'égalité de proportion générale qui doit régner entre des corps de même ordre, si deux éléments suffisaient à remplir tout l'espace compris entre le ciel et la terre. La masse totale de la terre, en y comprenant et toute la terre et la quantité de l'eau qui y est renfermée, n'est rien pour ainsi dire en comparaison de la grandeur qui l'environne. Or nous ne voyons pas qu'il y ait une différence d'une grandeur aussi prodigieuse entre les volumes, lorsque l'air se produit de l'eau sécrétée, ou lorsque le feu se produit de l'air. Il faut donc nécessairement que le même rapport que cette petite quantité d'eau soutient avec l'air qui en est formé, se retrouve aussi de tout l'air à toute l'eau.
§ 8. D'ailleurs peu importe de dire que ces corps ne sont pas produits les uns par les autres, mais qu'ils ont cependant des propriétés tout à fait égales; car de cette façon il faut toujours nécessairement que l'égalité de puissance reste à leurs masses, absolument comme s'ils étaient en effet issus les uns des autres. Il est donc évident que ni l'air ni le feu ne remplissent à eux seuls tout l'espace intermédiaire.
§ 9. Reste une dernière question à se faire : c'est de savoir dans quel ordre sont placés ces deux éléments relativement à la position du premier corps, l'air et le feu j'entends, et par quelle cause la chaleur des astres qui sont en haut descend dans les lieux qui entourent la terre. Ainsi donc, après avoir parlé d'abord de l'air, suivant le plan que nous nous sommes tracé, nous parlerons ensuite des autres éléments de la même façon.
§ 10. Si l'eau vient de l'air, et l'air de l'eau, pourquoi les nuages ne se forment-ils pas dans la région supérieure? Et ceci semblerait d'autant mieux devoir être que l'espace est plus éloigné que la terre et plus froid qu'elle, par ces deux raisons qu'il n'est point assez voisin des astres qui sont chauds, ni des rayons réfléchis par la terre, lesquels empêchent les nuages de se former dans son voisinage, en divisant par leur chaleur ceux qui se forment. Les nuages ne peuvent donc se condenser que là où cessent les rayons réfléchis, parce qu'ils se dispersent dans l'immensité.
§ 11. Ainsi donc, ou bien l'eau ne peut pas venir de toute la masse de l'air, ou si elle vient également de toute la masse, il faut que l'air qui environne la terre ne soit pas seulement de l'air, mais comme une espèce de vapeur, ce qui fait qu'il peut ensuite se convertir en eau. Mais si l'air tout entier, tel qu'il est, n'était qu'une vapeur, la quantité de l'air et de l'eau semblerait alors l'emporter de beaucoup sur les autres éléments, si les espaces des régions supérieures sont remplis 341 d'un certain corps, et que ce corps ne puisse être le feu parce qu'alors il dessécherait tout le reste. Reste donc que ces espaces soient pleins d'air et d'eau autour de toute la terre; car la vapeur n'est pas autre chose qu'une sécrétion de l'eau.
§ 12. Ne poussons pas du reste ces considérations plus loin que nous ne venons de le faire; mais ajoutons pourtant, afin de bien éclaircir ce qui sera dit plus tard et ce qui vient d'être dit, que pour nous ce qui est au-dessus de la terre et jusqu'à la lune est un corps différent du feu et de l'air, qu'il y a dans ce corps une partie plus pure, et une partie moins subtile, et que ce corps a des différences là surtout où il aboutit à l'air et au inonde qui environne la terre.
§ 13. Comme le premier élément et les corps qu'il renferme se meuvent circulairement, la partie du monde inférieur et de l'élément qui lui est éternellement contiguë, se trouvant divisée par le mouvement, s'enflamme et produit la chaleur. Nous devons croire qu'il en est ainsi, en nous appuyant sur ce principe que le corps au-dessous de la révolution supérieure, comme une sorte de matière qui en puissance est chaude, froide, sèche, humide, et douée de toutes les autres propriétés conséquences de celles–là, devient et est tout cela par le mouvement et l'immobilité, dont nous avons ailleurs étudié la cause elle principe.
§ 14. C'est donc au centre et autour du centre que le plus lourd et le plus froid, la terre et l'eau, se place sécrété comme il l'est; autour de la terre et de l'eau, et de tout ce qui y tient, se trouve l'air, et ce que par habitude nous appelons le feu, bien que ce ne soit pas du feu; car le feu est un excès de la chaleur et comme un bouillonnement.
§ 15. Mais il faut distinguer aussi, dans ce que nous appelons l'air, la partie qui environne la terre, laquelle est humide et chaude parce qu'elle renferme les vapeurs et les exhalaisons terrestres, et la partie supérieure à celle-là, laquelle est chaude et sèche. La nature de la vapeur est humide et chaude; mais celle de l'exhalaison est chaude et sèche. La vapeur est par ses propriétés une sorte d'eau, tandis que l'exhalaison au contraire est par ses propriétés une sorte de feu.
§ 16. Ainsi donc, si les nuages ne se forment pas dans la région supérieure, c'est, il faut le supposer, parce que dans cette région il y a non pas seulement de l'air, mais plutôt une espèce de feu. D'ailleurs il se peut fort bien que ce soit le mouvement circulaire qui empêche la formation des nuages dans les parties supérieures; car nécessairement l'air circulaire doit s'écouler tout entier, ou du moins toute cette partie de l'air qui n'est pas comprise en dedans de cette circonférence, dont la disposition fait que toute la terre est sphérique.
§ 17. En effet, comme on le sait bien maintenant, les vents se forment dans les lieux marécageux de la terre, et ils ne soufflent pas au-dessus des montagnes les plus élevées. C'est qu'ils s'écoulent circulairement, parce qu'ils sont emportés avec la révolution de l'univers. Le 341a feu est en effet continu à l'élément supérieur, et l'air est continu au feu, de sorte que c'est le mouvement même qui l'empêche de se convertir en eau.
§ 18. Mais chaque particule qui vient à s'alourdir, dans l'air pressé qui s'est échappé vers le lieu supérieur de la chaleur, est toujours portée en bas; et une autre vient à sa place, apportée par l'exhalaison du feu; et ainsi de suite continuellement, l'une restant pleine d'air, et l'autre pleine de feu, et chacune d'elles changeant perpétuellement de l'un à l'autre état.
§ 19. Voilà donc ce que nous avions à dire pour montrer que les nuages ne se forment pas dans la région supérieure non plus qu'aucune concrétion d'eau, et pour expliquer ce que semble être l'espace compris entre les astres et la terre et de quel corps il doit être rempli.
Quant à la chaleur que produit le soleil, il convient davantage d'en parler spécialement et en détail dans les traités sur la sensation ; car la chaleur n'est qu'une affection de la sensibilité. Mais nous devons dire ici par quelle cause elle est produite, bien que les astres qui la produisent ne soient pas chauds eux-mêmes.
§ 20. Nous voyons certainement que le mouvement peut diviser l'air et l'enflammer, à tel point que les corps emportés par un mouvement rapide paraissent souvent se liquéfier. La révolution seule du soleil suffit donc pour que la sécheresse et la chaleur se produisent; car il faut que ce mouvement soit rapide et ne soit point éloigné. La révolution des astres est rapide ; mais elle est à grande distance ; celle de la lune est inférieure, mais elle est lente. Celle du soleil réunit les deux caractères en une juste proportion. Ce qui peut nous faire croire avec pleine raison que la chaleur se produit surtout par le soleil même, c'est ce que nous apprend l'observation de phénomènes tout pareils qui se passent près de nous. Ainsi nous voyons sur notre terre que l'air devient très chaud là où il est en contact avec des corps mus très violemment; et c'est tout simple, puisqu'alors le mouvement du corps solide divise l'air extrêmement.
§ 21. C'est donc encore pour cette cause que la chaleur arrive dans le lieu que nous habitons, et aussi parce que le feu ambiant est déchiré continuellement par le mouvement, et qu'il est violemment projeté en bas. Ce qui prouve de reste que la région supérieure n'est ni chaude ni enflammée, ce sont les courses que les astres fournissent; car ce n'est pas là qu'ils font leurs révolutions, mais c'est en bas, bien que les corps dont le mouvement est le plus rapide soient aussi les plus prompts à s'enflammer. Il faut ajouter que le soleil qui est surtout chaud parait être blanc et n'a pas la couleur du feu.

Ch.III, § 1. Posés au début, il serait plus exact de dire: « Les ouvrages cités plus haut au début du chapitre premier.» - Les définitions antérieurement données, dans d'autres ouvrages, plutôt que dans celui-ci, où l'auteur n'a pu encore donner de longues définitions. Celles dont il est question ici se rapportent surtout au cinquième élément, l'éther, dont la translation est éternelle et circulaire. - La voie lactée, Voir plus haut, ch. 1, § 8. Cette phrase, qui interrompt la série des pensées, n'est peut-être qu'une interpolation; car malgré: cette assertion, il ne sera question de la voie lactée que dans le chapitre 8, après la théorie des comètes. - Nous avons dit, Traité du ciel, livre 1, ch. 8, édit. de Berlin. - Étaient en puissance, ceci se comprend assez bien pour trois des éléments: l'eau se change en air par la vaporisation; l'air se change en feu; mais on comprend moins que la terre se change en eau, et il faudrait faire exception pour ce quatrième élément.

§ 2. Dans le monde qui entoure la terre, il faut entendre par là notre atmosphère et l'espace qui s'étend fort au-delà. - On sait d'une manière certaine, ceci ne veut pas dire que dès le temps d'Aristote on eût essayé de mesurer des degrés terrestres. - Nous avons déjà vu, les observations astronomiques dont il est ici question sont résumées dans le Traité du ciel, livre, II, ch. 13, p. 297, b, 32, éd. de Berlin. Voir plus loin, ch. 8 § 6, une expression pareille. - Certains astres, le soleil, par exemple, et peut-être aussi quelques planètes et même les étoiles fixes.  - Constituée et limitée comme elle l'est, c'est-à-dire formant une partie considérable du globe de la terre, dont elle ne peut être séparée. - Celle qui pourrait se dérober, ce sont les nappes d'eau qui gisent et circulent sous la terre; au temps d'Aristote, on eu pouvait très bien soupçonner l'existence, quoique la géologie. fût alors très peu avancée. Une foule de phénomènes naturels et aisément observables attestaient la présence de l'eau dans le sein de la terre. - Comme un corps unique, aujourd'hui la question est encore posée d'une manière analogue; et en admettant que tout l'espace entre la terre et les plantes les plus rapprochées soit rempli d'air, les diverses couches de cet air ne sont pas homogènes, puisqu'il y a plus de pression dans les unes que dans les autres. - Jusqu'où s'étendent les lieux divers qu'ils occupent, c'est une question à laquelle la science ne pourrait guère mieux répondre de nos jours que du temps d'Aristote.
§ 3. Nous avons dit antérieurement, Voir le Traité du ciel, livre ll, ch. 4, p. 287, a, 3, édit. de Berlin, et aussi, a, 33. - Des philosophes fort anciens, il faut lire pour tout ce passage le Traité du ciel, loc. cit.

§ 4. Ce qu'on appelle l'éther, si cette expression n'avait été employée plus haut en parlant de l'air, on pourrait croire qu'elle s'applique très spécialement à l'éther, élément qu'on suppose bien plutôt qu'on ne l'observe comme les quatre autres éléments. - Anaxagore, Voir sur une opinion toute pareille prêtée à Anaxagore le Traité du ciel, livre 1, ch. 3, p. 270, b, 21, édition de Berlin. - Le corps qui jouit d'un mouvement éternel, l'étymologie du met Éther, telle qu'Aristote semble l'accepter ici, signifie : « Qui court éternellement. » Elle est déjà donnée par Platon dans le Cratyle, p. 77, trad. de M. V. Cousin; mais elle n'en est pas meilleure, et l'on voit qu'on peut la faire remonter jusqu'au temps d'Anaxagore tout au moins. - Ce n'est par une fois, la même pensée est reproduite presque dans les mêmes termes, Traité du ciel, livre I, ch. 3, p. 270, b, 19, édition de Berlin.

§ 5. L'enveloppe du monde, l'expression grecque est aussi vague. - Est un feu pur, c'est l'opinion d'Anaxagore et d'Héraclite. - Est de l'air, c'est un point qui est encore aujourd'hui fort douteux, et l'on ne sait pas précisément quel est le corps qui remplit les espaces célestes. - C'est qu'en effet, ces idées ne semblent pas très bien se suivre, quoique d'ailleurs elles soient fort juste. - Des dimensions aussi petites, ces opinions n'étaient pas seulement admises par le vulgaire, et des philosophes les avaient soutenues.

§ 6. Nous avons déjà dit, Traité du ciel, livre II, ch. 7, a, 10-35, édit. de Berlin. Mais dans le Traité du ciel, la pensée n'est pas aussi précise qu'elle l'est dans le résumé donné ici.

§ 7. Si deux éléments suffisaient, en y ajoutant l'éther, ce serait trois éléments au lieu de deux; mais il semble que la raison qu'Aristote allègue n'en est pas meilleure. II est certain du reste que l'espace entre te ciel, et la terre n'est pas rempli du même air que celui que nous respirons. - N'est rien pour ainsi dire, idée fort juste et très avancée pour le temps d'Aristote. - Or nous ne voyons pas, la pensée est un peu embarrassée dans le texte aussi bien que dans la traduction. La voici sous terme plus simple : « Lorsque nous voyons l'eau se changer en air et l'air se changer en feu, il y a bien une différence de volume, causée par ces transformations; mais cette différence de volume n'est pas aussi grande qu'elle devrait l'être si l'on suppose qu'il n'y a que de l'air entre l'air et le ciel. Donc il y a autre chose dans cet immense espace. » - Il faut donc nécessairement, cet argument est purement logique. - De tout l'air à toute l'eau, il faut entendre la masse d'air qui environne la terre, et la masse d'eau qui entre dans la composition de la masse terrestre.

§ 8. Produits les uns par les autres, c'était une opinion soutenue par Empédocle et par d'autres philosophes, qui essayaient de démontrer par là l'homogénéité de la matière. - Il est évident, cette conclusion n'est pas aussi évidente que l'auteur semble le croire. - L'espace intermédiaire, entre la terre et le ciel.

§ 9. Du premier corps, c'est-à-dire de l'éther, si l'on prend le terme employé par Anaxagore; ou l'enveloppe du monde, pour prendre le terme péripatéticien. - La chaleur des astres, et spécialement celle du soleil, qui est à peu près la seule que nous sentions. - Suivant le plan que nous nous sommes tracé, pour la présente étude aussi bien que pour les études antérieures.

§ 10. Si donc l'eau vient de l'air, c'est sans doute le phénomène de la pluie qui aura inspiré cette théorie; l'air en effet semble produire de l'eau, par la condensation des vapeurs qui s'y trouvent. - Et l'air de l'eau, l'air semble tenir de l'eau par le phénomène de la vaporisation. - Dans la région supérieure, c'est-à-dire la partie de l'espace où l'on suppose qu'est l'éther. Les nuages se forment en effet à une assez petite distance de la terre, comme on le voit très nettement quand ils circulent sur le flanc des montagnes. - Plus éloigné que la terre, par rapport aux nuages. - Assez voisin des astres qui sont chauds, c'est-à-dire assez voisin du soleil pour en éprouver la chaleur. - Des rayons réfléchis par la terre, c'est en effet la réflexion sur la terre, qui rend les rayons solaires plus chauds et capables d'échauffer fortement notre atmosphère. Plus on s'élève dans les airs, plus le froid est intense. - Empêchent les nuages de se former, cette explication est vraie. - Les rayons réfléchis, j'ai ajouté ce dernier mot que le contexte semble autoriser. - Dans l'immensité, il semble que les rayons parlant du soleil, devraient se perdre dans l'immensité plus encore que les rayons réfléchis par la terre. Seulement il est vrai que les rayons solaires ne sont chauds qu'en traversant notre atmosphère ; et renvoyés par la terre, ils perdent bien vite la chaleur qu'ils ont contractée en s'en approchant.

§ 11. De toute la masse de l'air, en supposant qu'il n'y a que de l'air dans l'espace entre la terre et les astres. - Mais comme une espèce de vapeur, cette observation est vraie, puisque cette vapeur se résout souvent en eau, ainsi que l'ajoute le texte. - N'était qu'une vapeur, on distingue aujourd'hui les gaz des vapeurs ; et cette distinction n'était que soupçonnée très vaguement en temps d'Aristote. - L'emporter de beaucoup, cette nécessité de l'équilibre entre les quatre éléments n'a rien de réel ; et c'est une simple hypothèse que ne démontrent pas les phénomènes. - D'un certain corps, qui serait l'éther selon Anaxagore, ou l'enveloppe du monde selon Aristote. - Pleins d'air et d'eau, ceci semble contredire ce qui précède.

§ 12. Au-dessus de la terre, il faut entendre sans doute non seulement la terre, mais aussi l'atmosphère dont elle est entourée. - Différent du feu et de l'air, la science actuelle pourrait approuver cette théorie. Seulement de la terre jusqu'à la lune, il y a de grandes différences de densité dans le corps, quel qu'il soit, qui remplit cet espace. - Une partie plus pure, c'est-à-dire moins dense. - Des différences, ce corps est plus épais là où il confine à l'air qui compose notre atmosphère.

§ 13. Le premier élément, éther ou enveloppe du monde. - Les corps qu'il renferme, le soleil, les étoiles fixes et sans doute aussi les planètes. - Et de l'élément.... contiguë, c'est la partie supérieure de notre atmosphère. - S'enflamme et produit la chaleur, explication fausse, mais qui était assez ingénieuse à l'époque où elle s'est produite. - Au-dessous de la révolution supérieure, celle qui se fait dans l'éther. - Devient et est tout cela, c'est-à-dire, chaud, froid, sec et humide. - Par le mouvement et l'immobilité, le mouvement produisant la chaleur, et le repos produisant le froid. - Nous avons ailleurs étudié, Voir la Physique, et spécialement le livre VIII, pp. 453 et suiv. de ma traduction.

§ 14. C'est donc au centre, on voit par quelle méthode Aristote est arrivé à placer la terre au centre du monde; c'est surtout en la considérant comme un élément dont la densité était plus grande que celle de tous les autres. Ceci est vrai dans une certaine mesure; et la terre est en effet plus lourde que l'eau, et la plus forte raison que l'air et le feu; mais il ne s'ensuit pas que la terre comparée aux corps célestes, par rapport auxquels elle est si peu de chose, comme le reconnaît Aristote, soit le centre entour duquel ils se meuvent. - Se trouve l'air, ceci est vrai encore si l'on prend l'air pour l'atmosphère. Nous appelons le feu, Aristote semble bien douter qu'au-delà de l'air il y ait une région ignée; mais il se conforme au langage ordinaire et aux opinions reçues. - Un excès de la chaleur et comme un bouillonnement, il vaudrait mieux dire : « un résultat de la combustion.»

§ 15. Il faut distinguer, la distinction très juste qu'Aristote ne fait qu'entrevoir, est celle des gaz et des vapeurs. Les vapeurs sont en effet plus humides et plus froides que les gaz, à cause de l'eau quelles renferment. On peut dire des gaz qu'ils sont plus secs et plus chauds. - La partie qui environne la terre, c'est l'atmosphère proprement dite. - Celle de l'exhalaison, ou pour parler plus exactement : « du gaz. » - Une sorte d'eau... une sorte de feu, c'est une distinction qu'il ne faut pas perdre de vue, parce qu'elle se représentera souvent dans les théories qui vent suivre.
§ 16. Les nuages ne se forment pas dans la région supérieure, le phénomène est vrai; mais l'explication qu'on en donne ici n'est pas bonne. La vapeur est plus légère que l'air, et une fois qu'elle est arrivée à une certaine hauteur où l'air ambiant n'est pas plus lourd qu'elle, elle s'arrête; mais il y a si peu de feu dans la région supérieure, comme le dit le texte, qu'au contraire il y fait froid, et que ce froid condense les vapeurs qui retombent sous forme de pluie. - Le mouvement circulaire, est aussi bien à la surface de la terre, même en la supposant immobile, que dans la région supérieure. - L'air circulaire, il faut entendre par là non pas l'air qui repose directement sur la terre et ses inégalités, mais celui qui est assez haut pour former un cercle régulier auteur de la terre, qui est elle-même sphérique. - En dedans de cette circonférence, et qui subit toutes les irrégularités que présente la surface de la terre. - Dont la disposition fait, l'expression du texte n'est pas plus claire que ma traduction; mais la pensée se comprend d'après les explications précédentes, qui sont fidèlement empruntées au commentaire excellent d'Alexandre d'Aphrodisée ou d'Egée.

§ 17. Comme on le sait bien maintenant, il paraît donc que cette théorie avait été antérieurement contestée. - Dans les lieux marécageux, c'est à-dire dans les lieux bas. - Ils ne soufflent pas au-dessus des montagnes, le phénomène n'est pas exact. Depuis les expériences des ballons, on sait que les vents soufflent fort au-dessus des montagnes les plus élevées qu'on connaissait du temps d'Aristote. - Ils s'écoulent circulairement, explication inadmissible. - Continu à l'élément supérieur, ou l'éther. - C'est le mouvement qui l'empêche de se convertir en eau, il faut admettre alors que le mouvement circulaire n'atteint pas jusqu'à la région des nuages; car dans cette région, l'air se convertit en eau d'après les théories d'Aristote, s'il ne peut s'y convertir plus haut.

§ 18. Qui vient à s'alourdir, il aurait fallu essayer de dire par quelle cause. - Une autre vient à sa place, cette explication ne répond pas à des phénomènes observables.

§ 19. Dans la région supérieure, j'ai ajouté ces mots, que le contexte indique, et qui sont indispensables pour le compléter. - Aucune concrétion d'eau, c'est-à-dire du la pluie qui se forme par la condensation des vapeurs. - Ce que semble être, réserve très sage, qui ne serait pas moins nécessaire aujourd'hui que du temps d'Aristote; car on ne sait pas au juste la nature du corps qui remplit l'espace, et dans lequel les astres se meuvent. - Dans tes traités sur la sensation, il est peu probable que ce passage se rapporte au traité spécial de la Sensation et des choses sensibles. Voyez ce traité, ch. 2, § 11, p. 34 de ma traduction. - N'est qu'une affection de la sensibilité, on peut en dire autant du froid; mais indépendamment de l'impression faite sur nos organes et la seule que nous ressentions, les corps n'en ont pas moins des qualités propres. - Ne soient pas chauds, c'est encore une question qui n'a pu être résolue jusqu'à présent. Aristote expliquera la chaleur uniquement par le mouvement; le mouvement y contribue sans doute ; mais il n'en est pas la seule cause.

§ 20. Le mouvement peut diviser l'air, le fait est incontestable; mais il n'est pas aussi évident que le mouvement enflamme l'air. - Les corps emportés par un mouvement rapide, il eût été convenable de citer des faits précisément, et peut-être en avait-on déjà observé du temps d'Aristote. Voir le Traité du ciel, livre Il, ch. 7, p. 289, a, 22, édit. de Berlin. - La révolution du soleil, le soleil se meut sur lui-même; mais il ne se meut pas autour de la terre, et cette explication tombe par cela seul. - Ne soit point éloigné, de la terre. -  Des astres, autres sans doute que les planètes. - A une très grande distance, l'expression est bien vague; mais le fait est exact, bien que l'antiquité n'eût aucun mayen de se rendre un compte un peu approximatif de la distance des étoiles fixes. - Surtout par le soleil même, ceci semblerait se rapporter plus encore à la nature substantielle de la matière solaire qu'à son mouvement. Mais la suite preuve cependant que c'est surtout un mouvement qu'il s'agit. - Ce que nous apprend l'observation, il faut remarquer cette judicieuse méthode : on observe exactement certains faits, et on en tire des inductions régulières. - L'air devient très chaud, il eût été utile de spécifier les observations; et l'on pourrait citer le mouvement rapide d'une roue qui s'échauffe, et qui échauffe tout ce qui l'environne.

§ 21. Dans le lieu que nous habitons, le texte dit simplement : «dans ce lieu. » - Le feu ambiant, qui enveloppe la sphère du monde, au-dessous de l'élément premier ou éther. - Projeté en bas, et jusque sur notre terre. - Les astres, il est assez probable qu'il s'agit uniquement des planètes. - Mais c'est en bas, c'est-à-dire dans une région inférieure. - Bien que les corps, on ne voit pas bien comment cette pensée se relie à celle qui précède. - Et n'a pas la couleur du feu, Alexandre fait observer que le soleil a cette couleur au moment de son lever et au moment de son coucher, où il paraît rougeâtre à cause des vapeurs qui sont interposées entre lui et la terre. Aristote a fait la même remarque, Traité de la Sensation, ch. 3, § 12, p. 43, de ma traduction.

CHAPITRE IV.
Des flammés ardentes, des étoiles filantes et de leur cause.

§ 1. 342 Ceci posé, disons par quelle cause apparaissent dans le ciel les flammes ardentes, les étoiles qui filent et les phénomènes qu'on appelle aussi quelquefois des torches, et des chèvrons. Tous ces phénomènes sont identiques et se produisent par la même cause. Ils ne diffèrent que du plus ou moins. En voici du reste le principe, ainsi que de beaucoup d'autres.
§ 2. La terre étant échauffée par le soleil, il faut nécessairement que l'exhalaison soit, non pas simple, comme l'affirment quelques-uns, mais double : l'une qui tient plutôt de la vapeur, l'autre qui tient davantage du vent. La première qui vient de l'humide répandu dans la terre et sur la terre, est comme de la vapeur; la seconde qui vient de la terre même, laquelle est sèche, est comme de la fumée. De ces deux émanations, celle qui se rapproche du vent reste à la surface parce qu'elle est légère, l'autre qui est plus humide reste en dessous par son poids même.
§ 3. C'est là ce qui fait que l'enveloppe est arrangée de cette façon : d'abord au-dessous de la révolution circulaire se trouvent le chaud et le sec que nous appelons le feu ; car nous n'avons pas de terme commun qui exprime toutes les espèces de cette sécrétion fumeuse. Mais comme de tous les corps c'est celui qui naturelle ment est le plus inflammable, il faut nécessairement se servir pour le désigner des mots reçus. Puis au-dessous de cette nature ignée, se trouve l'air.
§ 4. Il faut penser que, comme une matière inflammable, ce que nous appelons ici le feu s'étend jusqu'à l'extrémité de la sphère qui entoure la terre, de telle sorte que le moindre mouvement qu'il reçoit lui suffit, comme à la fumée, pour s'enflammer perpétuellement; car la flamme n'est que l'incandescence d'un air sec.
§ 5. Quand cette composition se trouve dans les conditions les plus convenables, elle s'enflamme du moment qu'elle vient à être mise en un mouvement quelconque par la circonférence. Il n'y a donc ici de différence que pour la situation et la quantité de la matière inflammable. Si cette matière inflammable a longueur et largeur, on voit souvent la flamme qui brûle comme celle du chaume dans un sillon. Si elle n'a que longueur, on voit alors se produire ce qu'on nomme torches, chèvrons, étoiles filantes.
§ 6. Si la matière inflammable a plus de longueur que de largeur, et qu'elle jette cantine des étincelles en brûlant, ce qui arrive parce qu'elle est consumée à fond bien que petit à petit, c'est ce qu'on nomme une chèvre ou chèvron; et quand cette circonstance ne se produit pas, c'est une torche. Si au contraire l'exhalaison est divisée dans sa longueur en petites et nombreuses parties et qu'elle soit égale en largeur et profondeur, ce sont alors ces étoiles qui semblent traverser le ciel et filer.
§ 7. Parfois donc l'exhalaison enflammée par le mouvement produit ces phénomènes; parfois la chaleur est repoussée et chassée par l'air 342a condensé à cause du froid ; et c'est ce qui fait que leur mouvement ressemble plutôt à une chose qu'on jette qu'à une chose qui brûle, à un jet qu'à une combustion.
§ 8. Ici l'on pourrait se faire une question. Une évaporation placée sous des lampes fait descendre la flamme supérieure à la lampe inférieure, qui s'allume sur le champ ; et l'on peut remarquer que la rapidité de ce mouvement est étonnante et ressemble à une sorte de jet, sans que d'ailleurs les choses se passent comme si les feux de l'une et de l'autre étaient différents; de même, peut-on se demander, les courses des météores ignés ne sont-elles pas des jets d'un même corps?
§ 9. Ces phénomènes, à ce qu'il semble, peuvent être produits par ces deux causes. Ainsi, ou il arrive parfois que les choses se passent comme dans le fait de la lampe, ou parfois les phénomènes ignés sont lancés par une sorte de répulsion, comme des noyaux que l'on presse entre les doigts; et il semble alors qu'ils tombent soit dans la mer, soit sur la terre, de jour, de nuit et par un temps serein.
§ 10. S'ils sont lancés en bas, c'est parce que la condensation qui les pousse tend toujours à aller en bas. C'est aussi la même cause qui fait que la foudre tombe; car si tous ces phénomènes se produisent, ce n'est pas une combustion qui les cause, c'est une division par compression, puisque tout ce qui est chaud tend naturellement à se porter en haut.
§ 11. Ainsi donc tous les phénomènes qui se forment dans la région supérieure, plus que partout ailleurs, viennent de ce que l'exhalaison s'enflamme ceux qui se forment plus bas viennent de ce qu'elle se divise, parce que l'exhalaison plus humide se réunit et se refroidit. Se réunissant ainsi et tendant vers le bas, elle pousse par sa condensation la chaleur en bas et la projette en ce sens.
§ 12. Mais la position de l'exhalaison, selon qu'elle est en largeur ou en profondeur, fait qu'elle est portée, soit en haut, soit en bas, soit obliquement. La plupart du temps la direction est oblique, parce que les directions sont doubles, l'une violente en bas, l'autre naturelle en haut; car tous ces phénomènes suivent une marche diagonale, et c'est là ce qui fait que la direction des étoiles filantes est presque toujours oblique.
§ 13. On peut donc dire que la cause de tous ces phénomènes, c'est l'exhalaison comme matière; et que comme moteur, c'est tantôt la révolution supérieure et tantôt la contraction de l'air condensé. Tous d'ailleurs se passent au-dessous de l'orbite de la lune; et ce qui le prouve bien, c'est leur rapidité, qui nous paraît toute pareille à celle des objets que nous lançons ici-bas, et qui, rapprochés de nous comme ils le sont, nous semblent l'emporter de beaucoup en vitesse sur les étoiles, la lune et le soleil.

Ch. IV, § 1. Les flammes ardentes, les bolides. - Les étoiles qui filent, de nos jours ce phénomène a été curieusement observé; mais on voit que les anciens ne l'ont pas ignoré. - Des torches et des chèvrons, j'ai conservé les dénominations mêmes d'Aristote; il est probable que ces phénomènes se rapportent aux aurores boréales. Le mot de chèvrons est employé souvent par Descartes, Principes de la Philosophie, 3e partie. - Ces phénomènes sont identiques... la même cause, de nos jours on les ramène tous au principe unique de l'électricité, qu'Aristote ne connaissait pas.
§ 2. Mais double, de nos jours on distingue fréquemment les gaz et les vapeurs; ou voit qu'Aristote soupçonnait aussi cette distinction, sans d'ailleurs s'en rendre bien compte. - De la vapeur, sous-entendu d'eau; cette exhalaison est par conséquent humide. - Du vent, cette exhalaison est sèche comme le vent lui-même. - Est comme de la vapeur, répétition de ce qui précède. - Comme de la fumée, et par conséquent réelle comme le feu. - Reste à la surface, c'est-à-dire à la partie la plus élevée de notre atmosphère, et non point à la surface de la terre. - En dessous, de la première; mais la vapeur d'eau est plus légère que l'air, puisqu'elle s'y élève.

§ 3. L'enveloppe, il faut entendre non pas seulement l'enveloppe qui touche immédiatement la terre; mais tout l'espace compris entre la terre et le premier corps ou éther. - Au-dessous de la révolution circulaire, ou éther placé autour et au-delà de toute notre atmosphère, et ayant un mouvement éternel de rotation circulaire. - Que nous appelons le feu, le feu comprenant à la fois le chaud et le sec. - Cette nature ignée, j'ai ajouté ce dernier mot.

§ 4. Jusqu'à l'extrémité de la sphère qui entoure la terre, dans le langage cartésien ce serait l'extrémité du tourbillon terrestre; c'est le point le plus éloigné où se fasse sentir l'attraction terrestre. - Le moindre mouvement, le mouvement ne suffit pas pour expliquer les phénomènes ignés qui se passent dans notre atmosphère. - L'incandescence d'un air sec, cette explication de la combustion était assez exacte avant les découvertes de la chimie moderne.

§ 5. Elle s'enflamme, répétition de l'explication qui précède. - Longueur et largeur, ceci peut se rapporter aux aurores boréales. - Torches, chèvrons, étoiles filantes, voir plus haut § 1.

§ 6. Et qu'elle jette comme des étincelles, ceci peut se rapporter à la fois et aux aurores boréales, et à certains bolides qui pétillent en brûlant. - Quand cette circonstance ne se produit pas, c'est-à-dire quand il n'y a pas d'étincelles qui jaillissent du bolide. - Divisée dans sa longueur, ceci ne semble pas se bien rapporter aux étoiles filantes, où le jet lumineux est continu et non pas  intermittent.

§ 7. Parfois la chaleur, qui se précipite de haut en bas, et qui dans la région intérieure rencontre l'air, lequel est plus froid que le feu de la région supérieure. - A une chose qu'on jette, j'ai dû ici paraphraser le texte pour le rendre plus clair.

§ 8. Une question, la question n'est pas très- claire telle qu'elle est posée dans le texte. En voici l'explication : « Quand une lampe vient de s'éteindre, il suffit d'en approcher une autre lampe qui brûle pour qu'aussitôt la flamme de la seconde lampe descende à la première qui se rallume. De même, peut-on se demander, la flamme des météores ignés n'est-elle que le jet d'un autre corps en combustion qui lance ces flammes dans le sens où elles sont attirées? » Le phénomène des lampes est exact ; et cette comparaison est une manière comme une autre d'expliquer les météores. Mais quel est le corps qui brûle, et où est-il? - De l'une et l'autre, lampe. Le sens de ce passage n'est pas très net.

§ 9. Par ces deux causes, que l'on va dire dans ce qui suit. - Le fait de la lampe, rappelé dans le § précédent. - Comme des noyaux, celle comparaison a quelque chope d'assez étrange. - Et par un temps serein, la sérénité du temps ne fait rien au phénomène; mais dans le jour on ne peut le voir à cause de l'éclat de la lumière solaire.

§ 10. La condensation qui les pousse, ceci ne rend pas bien compte du phénomène, et l'on ne voit pas où et comment se forme cette condensation. II faudrait dire aussi de quelle nature elle est. - La même cause qui fait que la foudre tombe, on dirait que c'est à cause de son poids que la foudre tombe à terre. On sait aujourd'hui qu'il n'en est rien, et que c'est la simple accumulation de l'électricité qui détermine l'explosion. En ce sens ce serait bien aussi une sorte de condensation. - C'est une division par compression, ces explications ont pu paraître suffisantes tant qu'on n'a pas su que les nuages contenaient de l'électricité. - Tout ce qui est chaud tend naturellement à se porter en haut, et comme au contraire tous les météores se portent en bas, il fallait trouver une cause spéciale à ce phénomène extraordinaire.

§ 11. L'exhalaison s'enflamme, il faut sans doute entendre l'exhalaison sortie de la terre ou tout au moins de l'atmosphère terrestre. Elle s'enflamme dans la région supérieure où est le feu. - Plus bas, dans la région de l'air et au-dessous de celle du feu. - Elle pousse par sa condensation, si l'explication était juste, il y aurait toujours des éclairs et des tonnerre dès qu'il y a des nuages ; mais cela n'est pas.

§ 12. La direction est oblique, il serait peut-être difficile même aujourd'hui de rendre raison de l'obliquité habituelle des météores ; je ne dis pas que l'explication d'Aristote soit bien exacte, mais on peut du moins le louer de s'être posé la question, sans d'ailleurs la bien résoudre. - L'une violente en bas, le phénomène étant igné devrait remonter au lieu de descendre : la force qui le projette en bas lutte avec celle qui le porte naturellement en haut; et de là la diagonale que suit le phénomène et l'obliquité de ta marche.

§ 13. C'est l'exhalaison, le système entier d'Aristote, comme on peut le voir, est au moins très conséquent, si ce n'est très exact; et pour qu'il le fût, il suffirait presque uniquement de substituer l'électricité à l'exhalaison. - La révolution supérieure, Voir plus haut § 4. - La contraction de l'air condensé, Voir plus haut § 7. - Au-dessous de l'orbite de la lune, on ne sait pas aujourd'hui à quelle hauteur précise les météores se produisent dans l'atmosphère; mais c'est certainement beaucoup plus près de la terre que de la lune. - Nous semblent l'emporter de beaucoup, cette tournure de phrase semble indiquer que peur Aristote ce ne sont là que des apparences trompeuses mais il est vrai que la marche des corps qui se meuvent nous parait d'autant plus rapide qu'ils sont plus près de nous.

CHAPITRE V.
De quelques autres phénomènes célestes et de leurs causes.

§ 1. On voit assez souvent se former dans le ciel pendant les nuits sereines, des apparitions de divers genres, qui ressemblent à des gouffres, à des trous, à des couleurs de sang. La cause en est tout à fait 343 la même; en effet puisqu'évidemment dans la région supérieure l'air est fait de telle sorte qu'il peut s'enflammer, et que sa combustion ressemble tantôt à une simple flamme tantôt à des torches qu'on agite, tantôt à des étoiles filantes, il n'y a rien d'étonnant que ce même air puisse par sa composition prendre toute espèce de couleurs.
§ 2. Ainsi la lumière paraît beaucoup plus faible quand elle est vue à travers un corps plus dense; et l'air, en recevant une réfraction, formera toute espèce de couleurs mais surtout de l'écarlate et du pourpre, couleurs qui naissent le plus ordinairement de la couleur de feu et de celle du blanc, quand on les mêle et qu'on les superpose en les rapprochant l'une de l'autre ; de même que les astres, soit à leur lever soit à leur coucher, paraissent écarlates quand il fait très chaud ou qu'on les regarde à travers la fumée. C'est aussi ce que produira l'air par la réfraction, quand il fait miroir de telle sorte qu'il reçoive non pas la figure mais la couleur. Mais la combinaison est si rapide qu'elle est cause que ces phénomènes ne durent pas longtemps.
§ 3. Quand la lumière vient à se briser par la rupture du bleu et du noir, il se forme comme des abîmes qui semblent avoir une sorte de profondeur. Souvent aussi il sort de ces abîmes des torches, surtout quand la masse se resserre ; et l'abîme semble surtout se former quand elle se rétrécit. En général, le blanc sur le noir produit les effets les plus variés, tout comme la flamme dans la fumée. Durant le jour, le soleil empêche de les voir ; et la nuit, les autres teintes, si l'on en excepte l'écarlate, ne se voient pas à cause de l'uniformité de leur couleur.
§ 4. Telles sont donc, à ce qu'on peut croire, les causes des étoiles filantes, des météores ignés, et de tous les autres phénomènes analogues qui font de si rapides apparitions.

Ch. V, § 1. Des apparitions de divers genres, le mot d'apparitions est pris ici dans le sens propre; ce ne sont que des apparences et des jeux de lumière. - La cause en est tout à fait la même, ceci n'est pas tout à fait exact, même au point de vue où l'auteur se place ; et la cause de ces phénomènes n'est pas identique à celle des phénomènes précédents. - Par sa composition, il est certain que c'est par suite de la nature diverse des substances que l'air contient que la lumière s'y décompose de tant de façons.

§ 2. A travers un corps plus dense, comme l'air par exemple épaissi per le brouillard. - De la couleur de feu et... du blanc, cette combinaison de couleurs est inexacte. - Paraissent écarlates, le phénomène est vrai ; et c'est à cause des vapeurs de l'atmosphère, qui décomposent la lumière. - Quand il fait très chaud, et qu'il y a par conséquent beaucoup de vapeurs dans l'atmosphère. - Non pas la figure mais la couleur, il n'y a pas à proprement parler un effet de miroir; il n'y a qu'une réfraction de la lumière.

§ 3. Par la rupture du bleu et du noir, c'est-à-dire quand le bleu et le noir se réfractent plus particulièrement que les autres couleurs. - Des torches, c'est ce qu'on remarque entrent dans les aurores boréales. - Quand la masse, le texte n'est pas aussi précis. - Tout comme la flamme dans la fumée, cette observation n'est pas très frappante. - Le soleil empêche de les voir, Voir au chapitre précédent, § 9. - L'uniformité de leur couleur, ceci n'est pus très exact.

§ 4. A ce qu'on peul croire, réserve fort louable et fort modeste. - De si rapides apparitions, c'est là ce qui rend l'observation si difficile et si délicate.

CHAPITRE VI.
Des comètes. Opinions et explications d'Anaxagore, de Démocrite, d'Hippocrate de Céos, d'Eschyle. Réfutations de ces opinions erronées.

§ 1. Parlons maintenant des comètes et de ce qu'on appelle la voie lactée, après avoir d'abord discuté les opinions de nos devanciers.
Anaxagore et Démocrite prétendent que les comètes sont une conjonction de planètes ou d'astres errants, quand ils semblent se toucher les uns les autres par la proximité où ils sont.
§ 2. Quelques philosophes Italiques et quelques-uns de ceux qu'on appelle Pythagoriciens assurent que la comète est une des planètes, laquelle n'apparaît qu'à un très long intervalle et dont l'ascension est fort petite ; ce qu'on voit aussi pour la planète de Mercure; comme elle ne s'élève que fort peu sur l'horizon, elle souffre de très fréquentes éclipses, ce qui fait qu'on ne l'aperçoit que de loin à loin.
§ 3. Hippocrate de Chios et son disciple Eschyle ont avancé une opinion qui se rapproche beaucoup 343a de celle-là. Seulement, ils ajoutent que la queue ne vient pas de la comète elle-même, mais qu'elle la prend quelquefois dans sa course à travers l'espace, parce que notre vue se réfracte vers le soleil par l'humidité même que la comète a entraînée avec elle.
§ 4. Suivant eux, c'est parce que sa révolution est très lente qu'elle paraît à de plus grands intervalles de temps que les autres astres; car lorsqu'elle paraît, c'est que son cercle entier est accompli. Elle l'accomplit soit vers le nord soit vers le sud. Dans l'espace compris entre les tropiques, elle ne peut attirer d'eau vers elle, parce que le mouvement du soleil y a consumé toute l'humidité. Mais quand elle est portée vers le sud, elle y trouve abondance de cette humidité; et comme la partie supérieure du cercle est petite, et que celle du bas est considérable, la vue des hommes ne peut se porter en se réfractant vers le soleil, ni lorsque le soleil s'approche du sud, ni lorsqu'il est dans les tropiques méridionaux ou le solstice d'été.
§ 5. C'est là ce qui fait, ajoutent ces philosophes, que la comète ne se montre jamais dans ces lieux. Mais lorsque dans sa course elle se trouve au nord, elle y prend une chevelure, parce qu'alors la circonférence qui est au-dessus de l'horizon est considérable, tandis que la partie inférieure du cercle est petite; ce qui fait que la vue des hommes peut alors se diriger facilement vers le soleil.
§ 6. Toutes ces opinions présentent des impossibilités, dont quelques-unes sont communes à tous ces systèmes, et dont les autres sont spéciales. Ainsi d'abord ceux-là se trompent qui prétendent que la comète est un des astres errants, c'est-à-dire une planète; car tous les astres errants accomplissent leur révolution dans le cercle du zodiaque, et l'on a vu beaucoup de comètes en dehors de ce cercle. En outre, on en a vu souvent plus d'une à la fuis.
§ 7. Il faut ajouter que si c'est la réfraction qui produit la chevelure, comme le veulent Eschyle et Hippocrate, il faudrait qu'on vit aussi quelquefois cette espèce d'astre sans chevelure, puisqu'elle parcourt aussi d'autres lieux, et qu'elle ne retient pas une chevelure partout. Or, on ne connaît maintenant que cinq astres ou planètes: et souvent ils ont été visibles tous les cinq au-dessus de l'horizon en même temps ; et soit qu'ils fussent tous visibles, soit que tous étant au-dessus de l'horizon quelques-uns fussent trop près du soleil pour être vus, on a pu observer souvent que les comètes ne s'en montraient pas moins.
§ 8. Il n'est même pas vrai, comme on le dit, que la comète ne se fasse voir qu'au nord, et quand en même temps le soleil est au tropique 344 d'été. Ainsi la grande comète qui a été vue à l'époque du tremblement de terre en Achaïe, et de l'inondation maritime, commença sa course ascensionnelle à partir du coucher des équinoxes; et l'on en a déjà observé plusieurs au sud. Sous l'archontat d'Euclès, fils de Molon, à Athènes, une comète parut au nord dans le mois de Gamélion, quand le soleil était au tropique d'hiver; et pourtant ces mêmes astronomes reconnaissent qu'il est impossible qu'il y ait réfraction à une aussi grande distance.
§ 9. Ce qu'il y a encore à dire de commun contre eux, et contre ceux qui prétendent que la comète n'est qu'une conjonction d'astres qui se touchent, c'est qu'il y a des étoiles fixes qui parfois prennent une queue. Et ceci, nous n'avons pas à l'affirmer uniquement sur la foi des Égyptiens, qui rendent aussi ce témoignage ; nous l'avons observé nous-même. Une des étoiles placées dans la cuisse du Chien avait une chevelure, peu brillante il est vrai, et l'éclat en devenait peu visible quand on fixait longtemps les regards ; mais elle l'était davantage quand on la regardait un peu de côté.
§ 10. Il faut dire encore que toutes celles que nous avons vues ont disparu sans se coucher, au-dessus de l'horizon, s'éteignant petit à petit, de telle sorte qu'il ne restait le corps ni d'un astre ni de plusieurs; et c'est ainsi que ce grand astre dont nous venons de parler parut en hiver pendant la gelée et par un temps serein à l'occident, sous l'archontat d'Astéïus. Le premier jour on ne le vit pas, parce qu'il se couchait avant le soleil ; mais on le vit le lendemain. Sa révolution fut aussi courte que possible, et il se coucha sur le champ. Son éclat s'étendait, comme un jet, jusqu'au tiers du ciel, et c'est ce qui fit qu'on l'appela le Chemin. Il monta jusqu'à la ceinture d'Orion, et là il s'évanouit.
§ 11. Pourtant Démocrite n'en défend pas moins avec ardeur et complaisance son opinion. Il prétend qu'on a vu quelques planètes quand les comètes se dissolvent. Mais il faudrait que cette apparition se produisit toujours, et non pas que tantôt elle se produisit et tantôt ne se produisit pas. Les Égyptiens prétendent à ce sujet qu'il y a des planètes qui entrent en conjonction soit entre elles soit aussi avec les étoiles fixes; et. nous-mêmes nous avons vu deux fois déjà la planète de Jupiter entrer en conjonction avec une des étoiles qui sont dans les Gémeaux, et la cacher, sans que d'ailleurs il se formât de comète.
§ 12. Ceci d'ailleurs est évident rien que par le raisonnement. Les planètes, soit qu'elles paraissent plus grandes, soit qu'elles paraissent plus petites, n'en doivent pas moins être indivisibles en elles-mêmes. De même donc que si elles étaient réellement indivisibles, elles ne formeraient point de grandeur en se touchant et en se réunissant, de même, puisqu'elles ne sont pas indivisibles mais ne font que le paraître 344a, elles ne peuvent pas paraître même en se réunissant avoir une grandeur plus considérable.
§ 13. Ainsi donc que les causes indiquées par les astronomes soient fausses, c'est ce que montre suffisamment ce que nous avons dit, bien qu'on eût pu développer davantage ces objections.

Ch. VI, § 1. Des comètes, l'étude des comètes ne fait plus partie de la météorologie, et on la laisse à l'astronomie. Ce changement a eu lieu vers la fin du XVIe siècle, quand on a commencé à mieux connaître la nature des comètes. Mais Roberval les comprenait encore parmi les météores ignés, et Descartes lui en fait une critique, tome IX, p. 557 de l'éd. de M. V. Cousin. Voir plus haut, ch. 1, § 2, n. - Les opinions de nos devanciers, c'est un soin qu'Aristote a toujours pris, comme on peut le voir dans la Politique, dans le Traité de l'Ame, dans les Opuscules, dans la Physique, dans la Métaphysique, etc. A ce titre, il peut être classé parmi les historiens de la philosophie. - Anaxagore et Démocrite, avant Aristote il n'y avait pas dans la science de noms plus grands que ces deux là. - De conjonction de planètes, l'explication était bien insuffisante, soit qu'il s'agisse des cinq planètes connues des anciens, Saturne, Jupiter, Vénus, Mars et Mercure, soit qu'il s'agisse d'autres astres qu'on supposait errant dans l'espace. - Quand ils semblent se toucher, et que leur lumières se confondant produit le grand éclat des comètes.

§ 2. Italiques.... Pythagoriciens, Aristote a souvent réuni ces deux classes de philosophes; et les Pythagoriciens sont à peu près les seuls philosophes Italiotes dont on ait conservé le souvenir. - Est une des planètes, c'était augmenter le nombre des planètes; et comme les comètes sont différentes, ce nombre s'accroissait indéfiniment. - N'apparaît qu'il un très long intervalle, l'astronomie moderne admet aussi des comètes qui reviennent périodiquement à des intervalles plus ou moins longs. - Et dont l'ascension est fort petite, ceci n'est pas applicable à toutes les comètes, et il y en a quelques-unes dont l'ascension est considérable. - De très fréquentes éclipses, c'est-à-dire qu'elle disparaît fort souvent sous l'horizon.

§ 3. Hippocrate de Chios, ou de Céos; Aristote a parlé de lui plusieurs fois, se bornant à l'appeler Hippocrate, sans indiquer sa patrie: Réfutations des sophistes, ch. 11, § 3 de ma traduction. Ce géomètre était fameux pour avoir essayé de donner une démonstration de la quadrature du cercle. - Eschyle, cet Eschyle n'est pu autrement connu comme astronome. - La queue ne vient pas de la comète elle-même, je ne sais si la science contemporaine est bien fixée à cet égard. - Notre vue se réfracte vers le soleil, la queue de la comète ne serait alors qu'un effet d'optique, et ce serait une simple réfraction de la lumière solaire dans les vapeurs que contient l'atmosphère.

§ 4. Suivant eux, Hippocrate et Eschyle son disciple. - Sa révolution est très lente, ce qui n'empêche pas que les comètes ne marchent très vite; seulement l'orbite qu'elles décrivent peut être immense; et leur révolution ne se ferait qu'à de très longs intervalles de temps. - Les autres astres, c'est-à-dire les planètes. - Lorsqu'elle paraît, alors c'est supposer que c'est toujours la même comète qui revient. - Attirer d'eau, c'est-à-dire l'humidité qui est dans l'air. - Entre les tropiques, c'est-à-dire à 23 degrés de l'équateur terrestre. - Ou le solstice d'été, j'ai ajouté ces mots qui ne vont que la paraphrase de ceux qui précédent.

§ 5. Ajoutent ces philosophes, cette parenthèse est implicitement comprise dans le texte. - Dans ces lieux, c'est-à-dire entre les tropiques. - Elle y prend une chevelure, parce qu'alors la réfraction de la lumière peut avoir lieu par rapport à la terre où est l'observateur. - La circonférence qui est au-dessus, c'est supposer que la comète suit une ligne régulière comme les planètes.

§ 6. Est un des astres errants, la réfutation semble péremptoire et les comètes ne seraient pas des planètes. -  On en a vu plus d'une à la fois, il semble que ceci soit une glose, qui ne tient pas très bien à ce qui précède; car ce n'est pas parce que les comètes sont deux à la fois qu'elles sent eu dehors du zodiaque. Cependant la science moderne paraît eu être revenue à considérer les mouvements des comètes comme soumis aux mêmes lois que celui des planètes. Pour les unes comme tour les autres, les orbites sont elliptiques.

§ 7. C'est la réfraction qui produit la chevelure, c'est toujours là ce que l'on croit. - Eschyle et Hippocrate, Ideler aimerait mieux dire Hippocrate et Eschyle, puisque le premier est le maître de l'autre. - Elle parcourt aussi d'autres lieux, il faut sous-entendre : « où elle ne trouve plus l'humidité nécessaire à la réfraction. » - Ou planètes, j'ai ajouté cette paraphrase. Plus haut, au § 1, j'ai nommé les cinq planètes connues des anciens. Depuis un demi-siècle, la science contemporaine a fait les plus riches découvertes, et le nombre des planètes, petites et grandes, se monte dès aujourd'hui à plus de soixante. II est probable qu'on n'en restera pas là. - Les comètes ne s'en montraient pas moins, ceci n'est point une preuve que les comètes ne fassent point partie des planètes.

§ 8. Comme on dit, c'est Hippocrate et son disciple Eschyle; voir plus haut, § 4. - Du tremblement de terre en Achaïe et de la grande inondation, nous avons perdu la trace et les dates de ces grands phénomènes, qui n'avaient pas pour nous le même intérêt que pour des Grecs. Selon Strabon, Livre VIlI, ch. 7, p.330, ligne 28, édit. de F. Didot, ce tremblement de terre eut lieu deux ans avant la bataille de Leuctres, en 373. - Du coucher des équinoxes; c'est-à-dire qu'elles avaient paru à l'ouest, à peu près à la place où le soleil se couche à l'époque de l'équinoxe. - Euclès, fils de Molon, ou peut-être Euclide, vers l'an 350 avant notre ère. - Au tropique d'hiver, vers le milieu du mois de décembre. - Ces mêmes astronomes, Hippocrate et son disciple Eschyle.

§ 9. Et contre ceux qui prétendent, Anaxagore et Démocrite; voir plus haut, § 1. - Il y a des étoiles fixes, Descartes cite ce passage dans les Principes de la philosophie, 3e partie, § 199; mais il croit que ce sont les planètes de Saturne et de Jupiter qui peuvent avoir parfois cette apparence, et non pas les étoiles fixes. Quant à la chevelure de l'étoile placée dans la cuisse du Chien, Descartes croit que l'observation d'Aristote n'est pas exacte. Selon lui, il y aura eu quelque réfraction extraordinaire qui se faisait dans l'air; ou plutôt les yeux de l'observateur auront été indisposés au moment où il s'en servait. - Sur la foi des Egyptiens voir le Traité du ciel, Livre II, ch. 12, p. 292, a, 8, édit. de Berlin sur les Égyptiens; voir aussi un article de M. Biot sur quelques points de l'astronomie égyptienne, Journal des Savants, cahier de mai 1855, p. 269 et suiv. - Dans la cuisse ou la hanche du Chien. - Peu brillante, il est vrai, ceci rend d'autant plus vraisemblable l'explication de Descartes. - Peu visible quand on finit, même observation. - Un peu de côté, c'est à M. Biot que je dois rapporter cette interprétation. Voir le Journal des Savants, cahier de mai 1855, p. 218 en note. M. Biot trouve que cette remarque de l'auteur, quel qu'il soit, de la Météorologie, atteste une pratique astronomique très délicate et très intelligente. Le milieu de la rétine, qui agit surtout quand on observe, est aussi plus fatigué que le reste de l'organe. En regardant de côté, on voit mieux, parce que la partie de la rétine où la vision se fait alors, est plus sensible.

§ 10. Toutes celles que nous avons vues, cette remarque ainsi que celles qui précèdent, attestent que l'auteur de la Météorologie avait beaucoup observé. - Ont disparu sans se coucher, cette observation est parfaitement exacte, et on a pu la vérifier sur toutes les comètes de notre temps. - S'éteignant petit à petit, même remarque. - Il ne restait le corps, ceci répond péremptoirement aux théories d'Anaxagore et de Démocrite rapportées plus haut, § 1. - Le grand astre, la grande comète vue à l'époque du tremblement de terre d'Achaïe. - Dont nous venons de parler, plus haut § 8. - A l'occident, au § 8, il est dit qu'elle parut à l'occident, vers le point où le soleil se couche à l'époque des Équinoxes. - Sous l'archontat d'Astéïus, il paraît bien que c'est là te nom exact de l'archonte Athénien. Alexandre et Philopon donnent Aristée au lieu d'Astéïus, ainsi que quelques manuscrits. Astéïus était archonte dans la 4e année de la 101e olympiade, l'an 372 avant J.-C. - Il se couchait avant le soleil, et par conséquent l'éclat de la lumière solaire l'empêchait d'être visible durant toute la journée. - Le lendemain, et dans la nuit, parce qu'il se coucha plus tard. - Sa révolution, c'est-à-dire son apparition au-dessus de l'horizon après Io coucher du soleil. - Jusqu'au tiers du ciel, c'est-à-dire 30 degrés environ au-dessus de l'horizon; parfois, la lumière des comètes tient encore plus de place. -  La ceinture d'Orion, Orion est une des trente-cinq constellations du midi. Comme cette comète parut l'ouest, il faut entendre qu'elle disparut vers le sud-ouest.

§ 11. On a vu quelques planètes, Voir plus haut, § 1, l'opinion de Démocrite, qui croit, ainsi qu'Anaxagore, que les comètes ne sont qu'une conjonction et une occultation de planètes. - Cette apparition, des planètes après les comètes. - Se produisit toujours, argument décisif contre la théorie de Démocrite. - Les Égyptiens. Voir plus haut, § 9. - Nous avons vu deux fois déjà, M. Biot rapporte ce phénomène astronomique à l'an 350 avant J-C. - Et la cacher, précisément: l'occulter; les Gémeaux sont une des constellations du milieu, et la troisième à partir du Bélier.

§ 12. Rien que par le raisonnement, après les faits, qu'on peut observer directement, vient le raisonnement, qui a une autorité égale et même supérieure. - Les planètes, ou les étoiles; mais ici il s'agit des planètes puisque c'est un argument contre le système de Démocrite. - Elles paraissent plus grandes, les apparences peuvent différer; mais au fond, toutes les planètes, dans la théorie d'Aristote, sont indivisibles et sans parties. - Elles ne formeraient point de grandeur, c'est ainsi qu'Aristote a toujours soutenu que la ligne ne se composait pas de points. Voir la Physique, livre VI, ch. 1, § 1, p. 331, tome ll de ma traduction. - Ne font que le paraître, telles que nous les voyons au ciel. - En se réunissant, comme le veut Démocrite. Voir plus haut § 1.

§ 13. Les causes indiquées, pour expliquer la nature des comètes. - Par les astronomes, prédécesseurs d'Aristote. - On eût pu développer davantage ces objections, pour nous il est très regrettable que l'auteur ait cru devoir être si concis.

CHAPITRE VII.
De la nature et de la cause des comètes.

§ 1. Comme pour les choses qui échappent à nos sens, nous croyons les avoir démontrées d'une manière suffisante pour notre raison, quand nous sommes arrivés à faire voir qu'elles sont possibles, on doit croire qu'il peut en être surtout ainsi pour les phénomènes que nous étudions maintenant.
§ 2. En effet, nous avons supposé que pour le monde qui enveloppe la terre et qui est au–dessous de la révolution circulaire, la première partie se compose d'une exhalaison sèche et chaude. Or cette exhalaison elle-même, et une grande partie de l'air inférieur qui lui est continu, sont emportés autour de la terre par la révolution et le mouvement circulaire. Entraînée et mue de cette sorte, là où elle est convenablement mélangée, elle s'enflamme souvent; et c'est là ce qui nous fait croire aux courses des astres errants.
§ 3. Lors donc que, par suite du mouvement des substances d'en haut, un principe igné vient à tomber dans une telle condensation, sans que ce principe soit assez considérable pour qu'il cause aussitôt une inflammation rapide et forte, ni tellement faible qu'il s'éteigne rapidement, mais qu'il soit suffisamment puissant et suffisamment étendu et lorsqu'en même temps une exhalaison bien mélangée vient à s'élever d'en bas, alors cette coïncidence produit une comète, un astre chevelu, qui prend d'ailleurs la forme quelle qu'elle soit de cette exhalaison. Si l'exhalaison est partout également répandue, c'est une comète simple; si elle est étendue en longueur, on l'appelle une comète à queue.
§ 4. De même donc que la révolution de la comète paraît être la révolution d'un astre, de même aussi son état stationnaire semble être tout à fait celui d'un astre également. Ce qui se produit alors est à peu près comme si l'on jetait une torche dans un grand tas de paille, ou si l'on y mettait simplement une petite étincelle de feu. La course de ces astres ressemble absolument à ce phénomène de combustion; et suivant la bonne disposition des combustibles, l'inflammation s'étend bien vite en longueur. Si le phénomène subsistait et ne s'éteignait pas si tôt dans son passage, la fin de sa course serait le début même de sa révolution, là surtout où le combustible est plus dense. Ainsi une comète est un astre, on pourrait dire la course d'un astre, qui a en soi sa fin et son origine.
§ 5. Lors donc que c'est sous la région inférieure elle-même que se forme la concrétion, la comète apparaît par elle seule. Mais lorsque c'est au-dessous d'un des astres, soit fixe soit planète, que l'exhalaison se condense par le 345 mouvement, alors c'est une de ces étoiles qui devient comète. Car la chevelure ne tient pas aux astres eux-mêmes; mais elle est pareille aux halos qui paraissent autour du soleil et de la lune et qui les accompagnent, bien que ces astres se déplacent quand l'air est tellement condensé que ce phénomène se forme au-dessous de la marche du soleil. De même aussi la chevelure est pour ces sortes d'étoiles, comme une sorte de halo.
§ 6. La seule différence, c'est que le halo n'a sa couleur qu'à cause de la réfraction, tandis que pour les comètes la couleur paraît être en elles. Lors donc qu'une semblable concrétion se fait autour d'une étoile, il faut nécessairement que la comète semble animée du même mouvement qu'a cette étoile elle-même. Quand au contraire la comète se forme d'elle seule, alors elle paraît être distancée et rester en arrière. Car telle est la marche du monde qui environne la terre.
§ 7. Ce qui prouve surtout que la comète n'est pas une réfraction de la lumière, qui comme le halo se produit relativement à l'astre lui-même dans le combustible pur, et que ce n'est pas relativement au soleil, comme le prétend Hippocrate, c'est que la comète se forme souvent toute seule et plus souvent qu'elle ne se forme autour de certains astres spéciaux. Nous nous réservons de dire plus tard la cause du halo.
§ 8. Mais ce qui doit faire croire que la composition des comètes est ignée, c'est que leur apparition annonce le plus souvent des vents et des sécheresses. II est évident qu'elles se produisent, parce qu'une sécrétion considérable de ce genre a lieu et rend l'air nécessairement plus sec, et que par la quantité même de l'exhalaison chaude, l'humide qui s'évapore, se divise et se dissout à ce point qu'il ne peut plus se convertir facilement en eau. Nous expliquerons d'ailleurs plus clairement ce phénomène, quand le moment sera arrivé de parler aussi des vents.
§ 9. Lors donc que les comètes sont grosses et fréquentes, les années, comme nous venons de le dire, sont manifestement sèches et venteuses. Quand elles sont plus rares et d'une moindre grandeur, ces changements atmosphériques ne se présentent pas aussi complètement ; mais pourtant il y a toujours une augmentation de vent, soit pour la durée soit pour la violence. Ainsi, la pierre qui tomba de l'air à Aegospotamos avait été enlevée durant le jour par la force du vent; et une comète apparaissait aussi à l'occident.
§ 10. Et à l'époque de la grande comète, l'hiver était sec, le vent au nord; et ce fut la lutte des vents qui causa l'inondation dans le golfe 345a. C'était le vent du nord qui soufflait sans interruption, et hors du golfe c'était un grand vent du sud. Il y a plus : sous l'archontat de Nicomaque, à Athènes, une comète se montra, durant quelques jours, dans le voisinage du cercle équinoxial ; elle ne s'était point levée au couchant; et elle coïncida avec le fameux vent de Corinthe.
§ 11. Ce qui fait que les comètes ne sont ni très nombreuses ni très fréquentes entre les tropiques, et qu'elles se montrent en dehors des tropiques plutôt qu'en dedans, c'est le mouvement du soleil et des astres, qui non seulement divise la chaleur, mais qui de plus dissipe celle qui s'est agglomérée. Mais la cause principale, c'est que la plus grande partie va se rassembler dans la voie lactée.

Ch. Vll, § 1. Après avoir exposé les opinions des autres, Aristote va exposer les siennes. - Qu'elles sont possibles, c'est ce que Descartes lui-même a voulu faire dans les Principes de la Philosophie; c'est une sorbe de construction toute rationnelle du système du monde. Aussi Descartes a-t-il invoqué l'autorité d'Aristote et spécialement ce passage de la Météorologie, qu'il traduit pour se justifier d'avoir procédé par hypothèse. Voir les Principes de la Philosophie, 4e, partie, § 204, p. 521, édit. de M. V. Cousin. Descartes rappelant cette citation dans une de ses lettres, tome VI, p. 50, dit que c'est la seule qu'il ait jamais empruntée au philosophe grec. C'est un oubli de Descartes, puisqu'il a cité aussi le ch. 6 de la Météorologie. Voir plus haut ch. 6, § 9. lI a cité en outre le Traité de l'âme, à propos de l'Eucharistie, tome II, p. 82, édit. de M. V. Cousin. Voir aussi le Traité de l'âme, livre III, ch. 13, 1, n., p. 349 de ma traduction. - Il peut en être surtout ainsi, les explications que donne la science contemporaine ne sont bien souvent aussi que des conjectures en métrologie, plus encore que pour tout le reste. - Que nous étudions maintenant. Voir plus haut livre 1, ch. 1, § 2.

§ 2. Nous avons supposé, d'après l'observation des phénomènes. - Le monde qui enveloppe la terre, cette expression assez singulière appartient au texte même. On l'a déjà vue plus haut, ch. 3, § 12. - Au-dessous de la révolution circulaire, voir plus haut, ch. 3, § 3. - Sont emportés autour de la terre, c'est ce qui forme l'atmosphère terrestre, et, comme dirait Descartes, le tourbillon de la terre. - Elle s'enflamme souvent, si c'était le mouvement qui fût cause de la combustion, cet effet devrait toujours se produire, et non pas seulement souvent. Il est vrai que l'auteur ajoute : « Là ou elle est convenablement mélangée; » mais cette restriction détruit en partie l'explication donnée. - Aux courses des astres errants, ceci se rapporte évidemment aux comètes d'abord et aussi aux météores ignés, aux étoiles filantes et aux aurores boréales. Dans le système d'Aristote, ce sont des combustions imprévues qui se produisent dans l'atmosphère terrestre, par le mouvement circulaire et par la combinaison fortuite de l'exhalaison sèche, « là où elle est convenablement mélangée.»

§ 3. Du mouvement des substances en haut, c'est en effet des parties du ciel supérieures à l'atmosphère terrestre que part le principe du phénomène, qui descend plus ou moins bas dans notre atmosphère, et qui arrive enfin jusqu'à nous. - Une telle condensation, ou combinaison. - Vient à s'élever d'en bas, il ne paraît pas possible que les exhalaisons, soit de la terre, soit de l'atmosphère terrestre, puissent avoir de l'influence sur les comètes. - Un astre chevelu, j'ai ajouté cette paraphrase du mot grec. - Une comète simple, j'ai ajouté ce dernier mot pour marquer la différence entre les comètes qui ont une longue queue et celles qui n'en ont presque pas, et que les Grecs appelaient d'un nom spécial. - Comète à queue, le texte dit précisément : « Un astre barbu. » C'est lorsque la queue est au-dessous du noyau. M. Ideier a proposé une variante ingénieuse pour distinguer ces deux espèces de comètes; mais cette variante ne s'appuie pas sur les manuscrits. - M. Ideler remarque avec raison que cette explication des comètes, telle que la donne ici Aristote, a joui d'une autorité incontestable jusqu'au temps de Newton. Aujourd'hui même la science est fort embarrassée pour se rendre compte de ce phénomène. Ce qu'il y a de plus certain, c'est que la matière des comètes est une sorte de vapeur très subtile et très transparente. En ce sens, la théorie d'Aristote n'est pas tout à fait aussi fausse qu'elle le paraît. La comète ne se forme pas, si l'on veut, dans notre atmosphère; mais parfois elle la traverse, puisque notre terre peut passer et être enveloppée dans sa queue, sans qu'elle en subisse aucune modification grave.

§ 4. Son état stationnaire, c'est le sens qu'adoptent Alexandre d'Aphrodisée et les autres commentateurs grecs; mais je crois qu'il s'agit ici de ce qu'on appelle le noyau de la comète; et le mot du texte se prête assez bien à ce sens, qui n'est pas cependant habituel. - Comme si l'on jetait une torche, la comparaison n'est pas exacte si on la rapporte à la réalité des phénomènes; mais elle est assez frappante si l'on admet la théorie péripatéticienne. - Une torche... une petite étincelle de feu, il y a évidemment une intention d'opposer ces deux modes de combustion, dont l'un serait beaucoup plus rapide que l'autre. - A ce phénomène de combustion, le texte n'est pas aussi précis. - Du combustible, c'est-à-dire de la vapeur qui s'enflamme, et qui, selon Aristote, compose la comète. - La fin de sa course, ceci n'est pas très clair, et il semble que par la course il faut entendre ici l'inflammation successive et rapide des vapeurs donc la comète est formée. - Le début même de sa révolution, Aristote semble admettre que la comète a un mouvement de rotation sur elle-même. - La comète est un astre, ceci est vrai plus que sans doute ne le pensait l'auteur lui-même; et comme il y a des comètes dont on a pu constater le retour, on en a conclu que ce sont en effet des astres et non pas des météores. Telle est en particulier celle de 1531, 1607, 1662, 1759, 1835, dont le période est de 76 ans. Il est admis que les comètes ont un mouvement elliptique comme les planètes; mais ce mouvement peut avoir lieu soit d'Orient en Occident, soit d'Occident en Orient, et à peu prés dans tous les sens relativement au plan de l'écliptique. - Sa fin et son origine, c'est le résumé de toute la théorie péripatéticienne; les faits aujourd'hui reconnus la contredisent.

§ 5. La comète apparaît par elle seule, c'est-à-dire que c'est la comète véritable telle qui Aristote la suppose: « une exhalaison de la région intérieure qui s'enflamme en haut, par le mouvement circulaire qui emporte le monde. » - C'est une de cet étoiles, ou planètes. - Qui devient comète, c'est-à-dire qui prend une chevelure. On sait que cette théorie est tout à fait fausse, et que ce n'est jamais ni une planète ni une étoile fixe qui se change en comète, quoique Descartes ait soutenu aussi cette doctrine, Principes de la philosophie, 3e partie, § 119. La vraie nature des comètes, c'est d'être des astres errante dans le sens le plus strict de du mot, puisqu'elles ont dans l'espace des courses qui semblent sortir de toutes les lois imposées aux autres corps célestes. Voir Descartes, ibid. § 128. - Ne tient pat aux astres eux-mêmes, au contraire la queue tient aux comètes et les accompagne. - Elle est pareille aux halos, la comète ne serait pu alors une vapeur qui s'enflamme; ce ne serait qu'une apparence et un phénomène optique de l'atmosphère. - Pour cet sortes d'étoiles qui deviennent des comètes, comme on l'a dit quelques lignes plus haut.

§ 6. La seule différence, cette différence est considérable, puisque d'un côté il y a une substance spéciale, tandis que de l'autre, il n'y a qu'une réfraction de lumière. - La couleur paraît être, et est en effet en elles. - Animée du même mouvement, au contraire, la comète a un mouvement qui lui est propre. - Etre distancée et rester en arrière, c'est le sens adopté par Alexandre d'Aphrodisée. Dans la théorie d'Aristote, le mouvement circulaire qui règne dans les régions supérieures est d'autant plus fort qu'on s'éloigne davantage de la terre. Les comètes qui sont dans notre atmosphère, comme les autres météores, ont un mouvement moins rapide que les planètes ou les étoiles qui sont placées fort au-dessus.

§ 7. Ce qui prouve surtout, ceci semble contredire un peu ce qui vient d'être dit plus haut. - Une réfraction de la lumière, le texte dit simplement : « une réfraction. » - A l'astre lui-même, qui semble prendre une chevelure. - Ce n'est pas relativement au soleil, il semble au contraire que la queue des comètes n'est pas due à une autre cause que la lumière solaire. - Souvent toute seule, c'est-à-dire sans être en conjonction avec un antre astre, planète ou étoile fixe. - Plus tard, Voir plus loin, livre Ill, ch. 2, § 2.

§ 8. La composition des comètes, le texte n'est pas tout à fait aussi précis. - Des vents et des sécheresses, l'observation n'est peut-être pas exacte pour les vents; mais elle l'est certainement pour les sècheresses et les grandes chaleurs. Toutes les comètes que noua avons pu voir de notre temps ont toujours paru dans des années très chaudes. Mais il reste toujours à savoir si c'est la chaleur qui cause les comètes ou si ce sont les comètes qui causent la chaleur. L'opinion vulgaire et celle d'Aristote inclinent à cette dernière explication. - De parler aussi des vents, Voir plus loin dans ce livre, ch. 13, et surtout livre II, ch. 4 et suiv.

§ 9. Sont nombreuses et fréquentes, il suffit même d'une seule comète. - Ces changements atmosphériques, le texte n'est pas aussi précis. - Il y a toujours une augmentation de vent, cette observation n'est peut-être pas très exacte. Mais il est vrai que pour juger jusqu'à quel point elle l'est, il faudrait observer les faits sous le même climat et dans les mêmes lieux que l'auteur de la Météorologie. - Qui tomba de l'air à Aegospotamos, les tables de Paros ou d'Arundel parlent de ce phénomène qui avait été fort remarqué de ce temps, et qui devait en effet causer une grande surprise. C'était sous l'archontat de Théagénide à Athènes, la 1ere année de la 78e olympiade, l'an 487 av. J.-C., vers l'époque de la mort de Xerxès. La science moderne est encore fort embarrassée pour expliquer l'origine des Aérolithes. - Avait été enlevée, il semble résulter de là que cette pierre n'était pas tombée réellement du ciel; mais qu'elle avait été enlevée de terre par un vent violent, et qu'elle était allée tomber à une grande distance. - Une comète apparaissait alors, c'était une simple coïncidence.

§ 10. Et à l'époque de la grande comète, Voir plus haut, ch. 6, § 8. Cette comète est celle qui coïncida avec un tremblement de terre en Achaïe. - Qui causa l'inondation, Voir plus haut, ch. 6, § 8. - Dans le golfe, Alexandre d'Aphrodisée semble comprendre par là le golfe de Corinthe ; et la fin du § prouverait qu'il a raison. - L'archontat de Nicomaque, dans la 4e année de la 109e olympiade, l'an 340 av. J.-C., vingt ans environ avant la mort d'Aristote lui-même. - Du cercle équinoxial, c'est peut-être une constellation qu'on distingue ainsi; ou bien c'est la partie du ciel comprise entre les deux points où se lève et se couche le soleil au temps des Équinoxes.

§ 11. Entre les tropiques, j'ai ajouté ces mots que n'a pas le texte précisément, mais qui me semblent résulter nécessairement de ce qui suit, et de toute la construction de la phrase. - Du soleil et des astres soit planètes, soit étoiles. - La plus grande partie, de la chaleur, sous-entendu. - On peut remarquer que les théories de Descartes sur les comètes ont encore, et à son insu, plus d'un point de ressemblance arec celles d'Aristote.

CHAPITRE VIII.
De la voie lactée. - Opinions des Pythagoriciens, d'Anaxagore et de Démocrite : autre explication. Réfutation de ces opinions. - Théorie nouvelle de la voie lactée.

§ 1. C'est ici qu'il faut dire comment se forme la voie lactée, par quelle cause elle se forme et ce qu'elle est. Mais auparavant, parcourons encore pour cette question les explications données par les autres.
§ 2. Quelques-uns des philosophes appelés Pythagoriciens prétendent, ceux-ci, que c'est la route d'un des astres qui sont tombés suivant la direction appelée la Chute de Phaéton; ceux-là, que c'est le soleil même qui suivait jadis cette route, tellement que cet espace a été en quelque sorte brûlé et affecté d'une façon analogue par le passage de cet astre.
§ 3. Mais il est absurde de ne pas voir que si c'était là la cause de la voie lactée, il faudrait à bien plus forte raison encore que le cercle du Zodiaque fût en cet état; car toutes les planètes se meuvent dans ce cercle et non le soleil tout seul. Or, le cercle tout entier nous est visible, puisque dans la nuit nous en voyons toujours la moitié; pourtant il ne nous présente aucune modification de ce genre, si ce n'est dans sa très-faible partie qui touche le cercle de la voie lactée.
§ 4. Anaxagore et Démocrite assurent que la voie lactée n'est que la lumière de quelques étoiles. Selon eux, le soleil dans sa course sous la terre n'éclaire pas certaines étoiles. Celles qu'il éclaire perdent leur éclat et ne peuvent plus être visibles à cause de ses rayons resplendissants ; celles au contraire qui par suite de l'interposition de la terre ne sont plus éclairées par le soleil, produisent par leur lumière propre ce qu'on appelle la voie lactée.
§ 5. Il est tout aussi évident que cette explication n'est pas plus possible que l'autre. La voie lactée se montre toujours dans les mêmes étoiles et la même, et elle se montre comme un très grand cercle. Mais les astres qui ne sont pas visibles à cause du soleil, sont toujours différents, parce qu'ils ne restent pas dans le même lieu. Il faudrait par conséquent que la voie lactée se déplaçât quand le soleil se déplace; et nous n'observons rien de pareil.
§ 6. De plus 346, si comme on le démontre dans les théorèmes d'astronomie, la grandeur du soleil est beaucoup plus considérable que celle de la terre, et la distance des étoiles à la terre beaucoup plus grande que celle du soleil, de même que celle du soleil à la terre est plus grande que celle de la lune, le cône lumineux qui vient du soleil ne doit pas réunir ses rayons bien loin de la terre, et l'ombre de la terre que l'on appelle la nuit ne peut pas aller jusqu'aux astres. Mais il faut nécessairement dans cette hypothèse que le soleil éclaire tous les astres, et que la terre ne s'interpose pour aucun d'eux.
§ 7. Reste une troisième opinion sur la voie lactée. C'est celle de quelques astronomes qui prétendent que la voie lactée n'est pas autre chose qu'une réfraction de notre vue à l'égard du soleil, tout comme cela est pour la comète.
§ 8. Cette explication est tout aussi insoutenable que les autres. En effet, si l'on suppose en repos et l'œil qui voit, et le miroir et l'objet lui-même qui est vu, il faut que la même partie de l'image se montre dans le même point du miroir. Mais si le miroir et l'objet visible viennent à se mouvoir, en restant toujours à la même distance de l'œil qui demeure en place, et que le miroir et l'objet ne se meuvent point l'un par rapport à l'autre avec la même vitesse ni avec le même intervalle, il est impossible que la même image paraisse dans la même partie du miroir.
§ 9. Or les astres qui font leurs révolutions dans le cercle de la voie lactée, sont en mouvement, comme y est le soleil, relativement auquel a lieu la réfraction de notre œil qui reste immobile. Ces astres restent toujours également et semblablement éloignés de nous, bien qu'ils ne conservent pas entre eux une distance toujours égale. Ainsi c'est tantôt au milieu de la nuit, et tantôt le matin que le Dauphin se lève, et les diverses parties de la voie lactée restent les mêmes à chacun de ses levers. Et cependant c'est ce qui ne devrait point arriver, si la voie lactée n'était qu'une image et une apparence, et si ce phénomène n'était pas quelque modification propre aux lieux eux-mêmes. Il faut ajouter que durant la nuit on peut observer la voie lactée se réfléchissant dans l'eau et dans d'autres miroirs de ce genre; et comment est-il possible alors que la vue se réfracte vers le soleil?
§ 10. Tout ceci prouve donc que la voie lactée n'est ni la route d'aucune planète, ni la lumière d'astres que nous ne verrions pas, ni une réfraction. Ce sont à peu près là toutes les opinions qui jusqu'ici ont été émises par les autres philosophes.
§ 11. Maintenant exposons la nôtre, en reprenant le principe que nous avons posé antérieurement, à savoir, que l'extrémité de ce qu'on appelle l'air a la puissance et la propriété du feu, de sorte que par le mouvement de l'air divisé se forme ce