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TABLE DES MATIÈRES DE LA MÉTÉOROLOGIE

table des matières de l'œuvre d'Aristote

ARISTOTE

 

 

MÉTÉOROLOGIE.

 

LIVRE II

 

livre 1

 

texte grec

 

 

 

LIVRE IΙ

CHAPITRE PREMIER.

De la mer : réfutation de cette opinion qui la fait venir de sources naturelles. -- Division générale des eaux : détails géographiques.

 

[353a.32] §1. Parlons maintenant de la mer ; et disons quelle en est la nature et par quelle cause une si grande masse d'eau est salée. Disons aussi comment elle s'est formée dès l'origine.

5 2. Les anciens et ceux qui s'occupent de théologie supposent qu'elle a des sources ; et c'est un moyen pour eux [353b] d'expliquer les principes et les racines de la terre et de la mer. Ils se sont peut-être imaginé que c'était là une manière de donner quelque chose de plus relevé et de plus tragique à leurs explications, sur cette partie de l'univers si considérable à leurs yeux ; et ils ont cru que le ciel tout entier n'était composé qu'en faveur de ce point au tour duquel il était constitué, et qui serait le plus important et le principe de tout le reste.

§ 3. Mais des gens plus sages, au sens d'une sagesse purement humaine, expliquent la formation de la mer en disant que dans le principe, la terre tout entière et ce qui l'environne était liquide, et qu'une partie desséchée par le soleil, et se vaporisant, a causé les vents et les mouvements divers du soleil et de la lune, et que l'autre partie qui resta devint la mer. Aussi ajoutent-ils que la mer en se desséchant diminue de volume, et qu'à la fin elle se desséchera tout entière.

§ 4. Quelques-uns de ces philosophes disent aussi que la terre échauffée par le soleil produit une sorte de sueur, et que c'est là ce qui rend la mer salée ; car la sueur, à les entendre, est salée.

§ 5. D'autres prétendent que c'est la terre qui est cause de la salure de la mer ; car de même que l'eau qui filtre à travers la cendre devient salée, de même aussi la mer le devient, parce que la terre se mêle à elle avec des propriétés analogues.

§ 6. Mais sans aller plus loin, il faut faire voir qu'il est impossible, d'après les faits, que la mer ait des sources. Parmi les eaux que nous voyons à la surface de la terre, les unes sont courantes, les autres sont stagnantes. Toutes celles qui coulent viennent de sources ; et nous avons dit antérieurement qu'il faut entendre par source non pas une sorte de vase d'où s'écoulerait l'eau qui y aurait été conservée d'abord, mais qu'il faut entendre un premier point où se réunit toujours l'eau qui s'accumule.

§ 7. Parmi les eaux stagnantes, les unes ne sont que des amas, des dépôts, comme les étangs par exemple et les marais, ne différant d'ailleurs que du plus au moins ; d'autres proviennent de sources ; et celles-là .sont toutes obtenues par le travail de l'homme, comme ce qu'on appelle les eaux de puits ; car pour celles qui coulent, il faut toujours que la source soit plus élevée que le lit du courant.

§ 8. Ainsi donc il y a des eaux qui coulent toutes seules, ce sont celles des sources naturelles et des fleuves ; les autres au contraire ont besoin des travaux de l'art, qui les crée. Telles sont les différences des eaux, et il n'y en a pas d'autres.

§ 9. Ces points une fois fixés, nous disons qu'il est impossible que la mer ait des sources. On ne saurait en effet la ranger dans aucune des espèces que nous venons d'indiquer. Elle ne coule pas ; elle n'est pas non plus faite de main d'homme. Mais toutes les eaux provenant de sources sont de l'une ou l'autre façon ; et nous ne pouvons jamais voir une aussi grande masse d'eau stagnante par elle-même qui vienne de source.

§ 10. [354a] Il faut ajouter qu'il y a plusieurs mers qui n'ont entre elles aucune communication. Si la Mer Rouge paraît communiquer de proche en proche avec la mer qui est en dehors des Colonnes, la mer d'Hyrcanie, et la mer Caspienne en sont tout à fait isolées ; tout le tour en est habité, et si ces deux mers avaient leurs sources quelque part, on les aurait certainement découvertes.

§ 11. La mer, il est vrai, paraît couler quand les lieux sont rétrécis, là où la terre environnante resserre tout-à-coup dans un petit espace une vaste étendue d'eau ; et ce qui le fait croire, c'est l'agitation en sens divers qu'elle a toujours dans ces endroits. Mais on ne voit jamais rien de pareil en pleine mer, tandis que dans les lieux où la mer n'occupe plus qu'un petit espace à cause du rapproche ment des terres, il faut nécessairement que l'agitation y paraisse considérable, bien qu'elle soit fort petite en haute mer.

§ 12. La mer qui est en dedans des Colonnes d'Hercule coule à cause de la concavité de la terre et aussi à cause de la multitude des fleuves ; car le Palus Méotide coule dans le Pont, comme celui-ci coule dans la Mer Égée. Mais dans toutes les autres mers en dehors de celles là, le phénomène est beaucoup moins sensible.

§ 13. S'il est plus apparent dans ces mers, c'est d'abord qu'elles reçoivent beaucoup de fleuves ; car il coule plus de fleuves dans le Pont-Euxin et le Palus Méotide que sur tout autre surface beaucoup plus grande de terre ; et c'est aussi que la profondeur de l'eau y est moindre. En effet, la mer paraît de plus en plus profonde. Le Pont l'est plus que le Palus Méotide, la mer Égée plus que le Pont, la mer de Sicile plus que la mer Égée ; et ce sont la mer de Sicile et la mer de Tyrrhénie qui sont les plus profondes de toutes.

§ 14. Au contraire, les parties qui sont en dehors des Colonnes sont peu profondes à cause de la boue qui s'y rassemble, et le vent n'y souffle pas, sans doute parce que la mer y est comme dans un fond.

§ 15. De même donc qu'en particulier les fleuves coulent des lieux hauts, de même aussi en général pour toute la terre, le cours le plus abondant des eaux vient surtout des parties les plus élevées, qui sont au nord. Il en résulte que parmi les mers les unes sont peu profondes à cause du déversement qui s'y produit, mais que les mers extérieures le sont davantage.

§ 16. Ce qui paraîtrait prouver aussi que les parties hautes de la terre sont bien au nord, c'est que la plupart des anciens météorologistes ont cru que le soleil se retirait non pas sous la terre, mais derrière la terre, en ce lieu où il disparaissait, et faisait la nuit à cause de l'élévation même de la terre dans le nord.

§ 17. Voilà ce que nous avions à dire pour montrer qu'il n'est pas possible que la mer ait des sources, et comment il se fait qu'elle semble quelquefois couler.

Livre II, Ch. 1, § 1. Maintenant de la mer, ce sujet fait une suite fort naturelle à tous ceux qui précèdent. -- Une si grande masse d'eau est salée, c'est une question toujours pendante et qui n'est guère plus avancée de nos jours qu'elle ne l'était du temps d'Aristote. Voir plus. loin, ch. 2. -- Dès l'origine, ceci est une question qui est en dehors de l'observation, et qui ne peut être résolue que par des inductions et des hypothèses plus ou moins plausibles.

§ 2. Ceux qui s'occupent de théologie, il semble qu'Aristote parle de ces spéculations avec une sorte de dédain ; et toute la suite a une tournure passablement ironique. — Les principes et les racines, ce sont sans doute les expressions mêmes dont se servaient ces prétendus théologiens. — Et de plus tragique, Aristote emploie la même expression pour se moquer de Zénon d'Élée, Physique, livre VI, ch. 14, § 5, tome II, p. 397 de ma traduction. -- Sur cette partie de l'univers, notre globe composé de terre et d'eau. — Si considérable à leurs yeux, Aristote a établi au contraire que la masse de la terre n'était rien ou plutôt était nulle, comparée aux grands corps célestes et aux astres. Voir plus haut, livre 1, ch. 14, § 19. — Et le
principe de tout le reste
, tout en croyant que la terre est au centre et qu'elle est immobile, Aristote ne lui a jamais donné autant d'importance que les théologiens dont il critique ici les théories.

§ 3. Des gens plus sages, dont Aristote paraît approuver et partager le système. --- Dans le principe, à l'origine du monde. — Était humide, ou liquide ; et ceci rentrerait dans les idées de Thalès. — Et les mouvements divers du soleil et de la lune, il paraît que c'était là une théorie d'Anaxagore, tout étrange qu'elle est. Voir les Fragments d'Anaxagore par Schaubach, p. 170. — Et que l'autre partie qui resta, cette hypothèse qu'Alexandre d'Aphrodisée attribue à Diogène d'Apollonie semble très admissible, et il se fait entre la mer et l'atmosphère terrestre un échange perpétuel qui ne cessera qu'avec le monde lui-même. — Diminue de volume, rien ne prouve l'exactitude de cette théorie, que Théophraste attribue à Anaximandre et à Diogène d'Apollonie. La mer change de place et ses rivages se modifient comme on l'a vu dans le chapitre précédent du 1er livre ; mais Aristote ne pense pas que pour cela le volume total de la mer soit en rien diminué. -- Elle se desséchera tout entière, toutes les conditions de notre globe seraient alors changées, et il ne pourrait plus subsister.

§ 4. Quelques-uns de ces philosophes, ceci s'applique à Empédocle, à qui cette doctrine est spécialement attribuée un peu plus loin, ch. 3, § 12. -- Une sorte de sueur, sans que la salure de la mer vienne d'une sorte de sueur terrestre, on croit aujourd'hui qu'elle tient en grande partie aux détritus de toute espèce que la terre lui envoie, soit par les fleuves, soit autrement.— La sueur... est salée, du moins a-t-elle une saveur et une âcreté particulières.

§ 5. D'autres, d'après Alexandre d'Aphrodisée, c'est Anaxagore et Métrodore. -- Qui est cause de la salure de la mer, comme dans le système de la sueur. -- La terre se mêle à elle, les faits ne sont pas d'accord avec cette théorie; mais il faut répéter qu'aujourd'hui même la science ne sait pas encore la vraie cause de la salure de la mer.

§ 6. D'après les faits, c'est la méthode d'observation heureusement appliquée à l'explication des phénomènes. -- Nous avons dit antérieurement, Voir plus haut, livre I, ch. 13, § 6 et 7. — L'eau qui s'accumule, et qui vient soit de l'atmosphère, soit du sein de la terre elle-même.

§ 7. Et celles-là sont toutes obtenues par le travail de l'homme, l'erreur est ici de toute évidence; mais les manuscrits n'offrant pas de variante, il n'y a pas moyen de reconstruire le texte. Alexandre d'Aphrodisée, qui l'a comme nous, n'a fait aucune critique. -- Les eaux de puits, c'est vrai pour les eaux de puits sans doute; mais ce n'est pas exact pour toutes les eaux de sources. — Celles qui coulent, même pour les eaux courantes, il arrive assez souvent que la source est plus bas que le lit du cours d'eau. C'est ce qu'on voit pour toutes les sources qui sourdissent de terre. Mais il n'en est pas moins vrai que pour s'écouler les eaux ont besoin d'une pente, et que leur première source est toujours nécessairement plus élevée que leur niveau.

§ 8. Des eaux qui coulent toutes seules, cette distinction est vraie; mais la quantité des eaux qui coulent par suite du travail de l'homme, est si petite qu'il n'y a point à, en tenir compte; il ne s'agit ici que de la nature. -- Telles sont les différences des eaux, ces différences ne sont pas bien choisies, et il eût été possible de faire des distinctions plus naturelles et plus profondes. — Il n'y en a pas d'autres, c'est exagéré et peu exact.

§ 9. Il est impossible que la mer ait des sources, ceci est vrai, puisque c'est en quelque sorte la mer elle-même qui est la source commune et le réceptacle de toutes les eaux. -- Aucune des espèces que nous venons d'indiquer, au § précédent; mais ces espèces ne sont pas les seules. — Sont de l'une ou l'autre façon, encore une fois il n'y a point à s'occuper du travail insignifiant des hommes, dans l'étude de ces grands phénomènes de la nature. — Nous ne pouvons jamais voir, il est vrai qu'il n'y a pas sur la terre une autre masse d'eau stagnante aussi considérable que la mer. Mais comme nous ne pouvons pénétrer dans les abîmes, nous ne saurions affirmer que la mer elle-même ne vienne pas de quelques sources souterraines.

§ 10. Il faut ajouter, observation exacte de certains faits qu'on peut toujours vérifier. — Plusieurs mers, sous ce terme général, l'auteur comprend sans doute aussi les lacs.— La Mer Rouge paraît communiquer, il est certain que la Mer Rouge communique avec l'Océan, qui est en dehors des Colonnes d'Hercule, et avec la Méditerranée elle-même ; mais c'est en faisant le tour de l'Afrique, et il n'est pas probable qu'au temps d'Aristote les connaissances géographiques fussent assez avancées pour qu'on sût précisément ce qu'il en est à cet égard. -- De proche en proche, mot à mot : Petit à petit. — La mer d'Hyrcanie, c'est le lac d'Aral, appelé aussi la mer d'Aral. — La mer Caspienne, qui a gardé ce nom. — En sont tout à fait isolées, il est vrai que la mer Caspienne est tout à fait isolée de la Mer Rouge; mais un peu plus haut il a été dit qu'elle communique avec la Mer Noire par des canaux souterrains. Voir livre I, ch. 13, § 28. — Tout le tour en est habité, il est possible que dans les temps anciens ces contrées fussent plus habitées qu'elles ne le sont aujourd'hui. — Leurs sources quelque part, plus haut, livre 1, ch. 13, § 29, il a été dit que la mer Caspienne était alimentée par des fleuves nombreux et considérables.

§ 11. Paraît couler, et alors en tant qu'eau courante, elle devrait avoir des sources. Voir plus haut, § 6. — Quand les lieux sont rétrécit, comme au détroit de Gibraltar et comme à l'Hellespont. — En pleine mer... en haute mer, il y a ici une redondance qui se trahit jusque dans la répétition matérielle des mots. La seconde phrase ne fait guère que répéter la première; et il y a peut-être une interpolation, venue de quelque glose prise par les copistes pour une partie du texte.

§ 12. La mer qui est en dedans des Colonnes, la Méditerranée, la seule mer à peu près que connussent les anciens au temps d'Aristote, et celle qu'ils connaissaient le mieux certainement. Le courant porte de l'Océan dans la Méditerranée. — Coule à cause de la concavité de la terre, ceci semble se rapporter aux parties orientales de la Méditerranée, et non aux parties qui avoisinent les Colonnes d'Hercule. Il paraît certain que le niveau de la Méditerranée est plus bas que celui de l'Océan, et qu'en ce sens la terre y est plus concave, comme le dit le texte. — De la multitude des fleuves, ceci doit s'entendre surtout des parties orientales de la Méditerranée, comme la suite le prouve. — Le Palus Méotide, proprement la mer d'Azof. ---  Le Pont, est la Mer Noire. — La Mer Égée, aujourd'hui l'Archipel. -- Le phénomène est beaucoup moins sensible, il ne l'est pas moins au détroit de Gibraltar; mais l'auteur ne le connaissait pas; et les récits des voyageurs étaient incomplets.

§ 13. Il coule plus de fleuves, le fait est exact; et nulle part à surface égale, il n'y a autant de grands fleuves se rendant à. la mer que dans cette partie du monde connue des anciens. -- La profondeur de l'eau y est moindre, et le courant est plus rapide, là où les eaux sont moins profondes. --- Qui sont les plus profondes de toutes, celles que connaissaient les anciens.

§ 14. A cause de la boue, c'était une opinion fort répandue dans l'antiquité, et qui a duré jusque dans le moyen-âge. Elle se trouve dans le Périple de Scylax; mais on ne sait si cet ouvrage est antérieur ou postérieur au temps d'Aristote. Voir Geographi groeci minores, édit. de Firmin Didot, p. 415 et suiv. Scylax de Caryatide, que Darius chargea d'une exploration dans le golfe Persique et la mer des Indes, était antérieur à Aristote ; mais il y a eu plusieurs Scylla, et il n'est pas probable que le Périple appartienne au premier. — Comme dans un fond, c'est le contraire puisque l'Océan coule dans  la Méditerranée.

§ 15. Les fleuves coulent des lieux hauts, selon la loi naturelle des liquides, qui tendent toujours à descendre par leur mobilité et par l'action de la pesanteur. — Le cours le plus abondant des eaux, ce passage reste obscur, en ce qu'on ne voit pas s'il s'applique à la mer, ou s'il s'applique aux cours d'eau ordinaires. — Des parties les plus élevées qui sont au nord, ceci est vrai en un certain sens; et pour l'hémisphère où nous sommes, les parties les plus élevées de la terre semblent être celles du nord, par la position même de notre globe dans l'espace. Il est vrai aussi qu'il y a un courant perpétuel des pôles à l'équateur ; mais Aristote ne connaissait pas ce phénomène. — Les mers extérieures, on ne peut comprendre par là que la Mer Rouge et l'Océan en dehors de la Méditerranée. On voit d'ailleurs combien ces renseignements sur la profondeur de la mer sont insuffisants. Pour que cette question put être éclaircie, il fallait une foule d'observations qui n'ont pu être faites qu'avec le temps. Aujourd'hui même la science n'est pas encore complète sur ce point.

§ 16. Les anciens météorologistes, Voir plus haut, livre I, ch. 1, § 2 et passim dans ce même livre, où Aristote discute les théories de ses devanciers. — Non pas sous la terre, c'est l'opinion d'Homère, à ce qu'il semble, d'après plusieurs passages de l'Iliade. — Et faisait la nuit, la nuit n'est pas autre chose en effet que l'ombre que la terre se fait à elle-même, dans celle de ses faces qui n'est plus tournée vers le soleil. --- A cause de l'élévation même de la terre, c'était faire des parties septentrionales du globe comme un mur qui nous dérobait la lumière du soleil. Alexandre d'Aphrodisée ne nomme pas d'ailleurs ces anciens météorologistes.

§ 17. Voilà ce que nous avions à dire, résumé assez exact de tout le chapitre.

 

CHAPITRE II.

De la salure de la mer : réfutation de l'opinion de quelques astronomes qui croyaient que le soleil se nourrit d'eau. -- La mer est le lieu des eaux. — Réfutation de l'opinion de Platon dans le Phédon.

 

§ 1. [354b] Il faut traiter maintenant de la formation de la mer, si toutefois elle a jamais été formée, et de la cause qui donne à son goût cette salure et cette amertume.

§ 2. Ce qui a fait que les anciens ont imaginé que la mer est le principe et le corps de la masse des eaux tout entière, le voici : c'est que de même que pour tous les autres éléments, il y a une masse réunie et un principe qui est principe par sa quantité même et dont les parties divisées se modifient et se mêlent au reste des éléments, par exemple la masse du feu étant dans les régions supérieures, celle de l'air venant après la région du feu, et enfin le corps de la terre, autour duquel tous ces éléments sont évidemment placés ; de même il parut fort naturel de croire que les recherches sur l'eau devaient être faites tout à fait dans la même voie.

§ 3. Or il ne semble pas que pour l'eau, il y ait un corps réuni en masse comme pour les autres éléments, autre que la masse immense de la mer. La masse des fleuves en effet n'est pas réunie ; de plus elle n'est pas stable, et elle semble en quelque sorte se produire tous les jours.

§ 4.  C'est donc en discutant ce doute qu'on a été amené à croire que la mer est le principe de tous les liquides et de l'eau tout entière. C'est là aussi ce qui a fait dire à quelques philosophes que non seulement les fleuves coulaient dans la mer, mais aussi qu'ils découlaient d'elle; car l'eau salée en se filtrant devient potable et douce. A cette théorie, on peut opposer une question qui la détruit, et demander comment il se fait que cet amas d'eau n'est pas potable, s'il est vrai que toute l'eau en vienne, et comment il est salé? La cause de cette question en sera du même coup la solution ; et pour la résoudre, il faut reprendre avec soin la première Opinion qui vient d'être indiquée sur la mer.

§ 5. L'eau est répandue autour de la terre qu'elle enveloppe, de même qu'autour de l'eau, il y a la sphère de l'air, et autour de l'air, la sphère dite du feu. Cette sphère est le dernier des éléments, suivant les opinions les plus généralement reçues et suivant la nôtre. Le soleil faisant sa révolution de la manière qu'on sait, et ces causes produisant le changement des choses, leur génération et leur destruction, il arrive que la partie la plus légère et la plus douce est enlevée chaque jour, et est portée, divisée et vaporisée dans la région supérieure ; et là, se condensant par le froid, elle est ramenée de nouveau sur la terre.

§ 6. C'est là ce que la nature se propose toujours de faire, ainsi qu'on l'a dit antérieurement. Aussi, se moque-t-on aujourd'hui de ces anciens philosophes qui croyaient que le soleil se nourrit d'humidité.

§ 7. Quelques-uns même [355a] soutiennent que c'est là aussi ce qui produit les mouvements du soleil, attendu que les. mêmes lieux ne peuvent pas toujours lui fournir sa nourriture ; et que sans ces déplacements indispensables, il courrait risque de périr.

§ 8. Ainsi le feu que nous voyons ici-bas, ajoutent-ils, vit tant qu'on l'alimente; et l'humide seul peut servir d' aliment au feu ; de même la partie soulevée de l'humide va jusqu'au soleil, ainsi qu'elle se rend par une marche pareille à la flamme qui seul songe à sa propre conservation, et que tous les autres astres négligent la leur, eux qui sont à la fois si nombreux et si immenses. Ces philosophes commettent ici la même erreur que ceux qui prétendent que, dans le principe, la terre elle-même étant liquide et le monde qui l'entoure venant à être échauffé par le soleil, l'air se forma, que le ciel tout entier se développa, et que le soleil causa les vents et commença les révolutions qui lui sont propres.

§ 9. Mais ici il n'y a point une similitude réelle. La flamme n'est qu'une perpétuelle succession de l'humide et du sec ; elle se produit ; mais elle ne se nourrit pas ; car elle ne reste pas pour ainsi dire un seul instant la même. Mais ceci est tout à fait impossible pour le soleil, puisque nourri de la façon que nos philosophes prétendent, le soleil serait neuf non seulement tous les jours suivant l'opinion d'Héraclite, mais encore il serait à tout instant et continuellement nouveau.

§ 10. De plus, cette attraction de l'humide par le soleil est semblable à l'eau que le feu échauffe. Puis donc que le feu qui brûle sous cette eau n'est pas nourri par elle, il était naturel de supposer que le soleil ne se nourrit pas davantage, quand même en échauffant l'eau en masse il viendrait à la vaporiser tout entière.

§ 11. Il est absurde en outre de supposer que le soleil quantité ; mais il ne paraît pas que l'eau soit utile pour l'entretenir.

§ 12. Car il est de toute évidence que toujours nous voyons retomber l'eau qui a été élevée. Si ce n'est pas dans l'année même, si ce n'est pas dans le même pays, cependant tout ce qui a été pris revient dans certaines périodes fixes, de telle sorte que les sphères supérieures n'en sont pas nourries, comme on le dit, et que certaine. partie de l'air ne subsiste pas après sa formation, tandis qu'une autre partie retournerait en eau pour se dissoudre ; mais qu'au contraire c'est la massé entière de l'air qui se dissout toujours également et se transforme en eau.

§ 13. La partie potable et douce est donc enlevée tout entière à cause de sa légèreté ; la partie salée demeure à cause de son poids, mais non point dans le lieu qui lui est propre. C'est du reste avec raison qu'on a élevé des doutes sur ce point, et c'en est bien là la solution ; car il serait peu rationnel [355b] de penser que l'eau n'a pas aussi son lieu comme les autres éléments. En effet, le lieu que nous voyons occupé par la mer est bien plutôt le lieu de l'eau que de la mer elle-même.

§ 14. Ce qui fait qu'il semble être le lieu de la mer, c'est que la partie salée y demeure à cause de son poids, tandis que la partie douce et potable s'élève à cause de sa légèreté. Il en est de même dans le corps des animaux ; car bien que la nourriture qui y est ingérée soit douce, toutefois le dépôt de la nourriture liquide et l'excrément paraissent amers et salés, parce que la partie douce et potable est attirée dans les chairs par la chaleur naturelle, aussi bien que dans toutes les autres parties, suivant la composition de chacune d'elles.

§ 15. De même donc que pour le corps des animaux, il serait absurde de croire que l'intestin n'est pas le lieu de la nourriture potable, parce qu'elle y disparaît vite, mais qu'il est le lieu de l'excrément, parce que l'excrément y reste, et que ce serait là se tromper grossièrement, de même aussi dans les faits qui nous occupent. Par conséquent, la mer est bien, comme nous le disons, le lieu de l'eau.

§ 16. Ce qui fait aussi que tous les fleuves se jettent dans la mer, ainsi que toute l'eau qui existe dans le monde, c'est que l'écoulement a lieu vers la partie la plus creuse ; et c'est la mer qui occupe cette place de la terre. Mais une partie de l'eau est bien vite entièrement enlevée par le soleil ; une autre partie demeure par la cause que j'ai indiquée.

§ 17. Quant à la vieille question de savoir ce que devient cette prodigieuse masse d'eau, des fleuves innombrables et intarissables s'écoulant chaque jour dans la mer, sans qu'elle en paraisse augmenter, rien d'étonnant qu'on se 'soit posé cette question; rien de difficile à la résoudre en observant les faits.

§ 18. Une masse d'eau, soit étendue sur une vaste surface, soit accumulée, ne se dessèche pas en un temps égal ; mais il y a ces différences que tantôt elle demeure le jour tout entier, tandis que d'autres fois, comme l'eau d'une coupe répandue sur une large table, elle vient à disparaître aussi vite que la pensée.

§ 19. C'est là précisément ce qui arrive aussi pour les fleuves ; comme ils coulent perpétuellement et d'une manière continue, tout ce qui arrive dans un lieu vaste et étendu se dessèche vite et insensiblement.

§ 20. Mais ce qui est dit des fleuves et de la mer dans le Phédon est absolument impossible. Il y est affirmé en effet que tous les fleuves se réunissent sous la terre et se mêlent les uns aux autres ; que le principe et la source de toutes les eaux, [356a] c'est ce qu'on appelle le Tartare, grande masse d'eau placée au centre et de laquelle proviennent toutes les eaux, tant celles qui courent que celles qui ne courent pas ; que cette masse d'eau fait l'écoulement de chacun des fleuves, parce que ce principe ou cette cause est dans une perpétuelle agitation ; qu'elle n'a pas de situation fixe et qu'elle tourne sans cesse autour du centre ;

§ 21. que c'est par son mouvement en haut et en bas qu'elle remplit tous les cours d'eau ; qu'il y a des eaux qui sont stagnantes clans bien des lieux, comme la mer que nous voyons sur notre terre, mais que toutes les eaux sont ramenées circulairement à l'origine d'où elles ont commencé à couler, plusieurs y revenant par le même lieu, d'autres y revenant par le lieu opposé à leur effusion, et par exemple revenant d'en haut après être parties d'en bas; que les eaux ne descendent que jusqu'au centre; que le reste de leur course se dirige toujours en haut, et qu'enfin l'eau retient toujours le goût et la couleur de la terre par laquelle elle a passé.

§ 22. Mais alors les fleuves ne coulent pas toujours de la même façon d'après cette théorie. En effet, puisqu'il retournent vers le centre d'où ils sont sortis, ils ne couleront pas plus d'en haut que d'en bas ; ils couleront uniquement de la partie où le Tartare écumant portera ses flots ; et si cela arrivait, il faudrait alors que, selon le proverbe, les fleuves remontassent leur cours ; ce qui est tout à fait impossible.

§ 23. De plus, d'où viendra cette eau qui arrive et qui est entraînée tour à tour ? Il faut nécessairement qu'elle soit déplacée tout entière, puisque la masse doit rester toujours égale, et qu'il doit en retourner au principe tout autant qu'il en sort. Cependant nous voyons tous les fleuves qui ne se jettent pas les uns dans les autres, aller finir à la mer. Aucun ne se jette dans la terre ; et si quelques-uns y disparaissent, c'est pour se remontrer bientôt.

§ 24. Les grands fleuves sont ceux qui coulent longtemps dans une vallée, parce qu'ils y reçoivent beaucoup de cours d'eau et que leur marche se trouve retardée par le lieu et par sa longueur. C'est là ce qui fait que l'Ister et le Nil sont les deux plus grands fleuves qui se jettent dans cette mer.

§ 25. D'autres auteurs ont donné encore bien d'autres explications sur les sources de chacun des fleuves, qui se réunissent pour ne former qu'un seul cours d'eau. Mais toutes ces explications sont insoutenables, surtout si l'on prétend faire sortir la mer du Tartare.

§ 26. Nous en avons assez dit pour faire voir que la mer est le lieu de l'eau et non pas de la mer elle-même, pour expliquer comment on ne voit la partie de l'eau qui est potable que sous forme d'eau courante, comment l'autre partie de l'eau stationne, et comment la mer est plutôt la fin que le principe de l'eau, de même que dans les corps organisés l'excrément vient de toute la nourriture et particulièrement de la nourriture liquide.

Ch. II, § 1. Si toutefois elle a jamais été formée, Aristote croyait à l'éternité du monde et du mouvement. Voir la Physique, livre VIII, tome II, p. 453 et suiv. de ma traduction.

§ 2. Le principe et le corps de la masse des eaux, ceci est vrai en grande partie, si l'on veut dire que c'est la mer qui, par son évaporation constante, fournit à l'atmosphère toute l'eau qui retombe ensuite sur la terre sous diverses formes. --- Les parties divisées, comme le feu dont le siége et la masse est dans les régions supérieures, bien qu'il se trouve aussi à la surface de la terre sous plusieurs formes. -- La masse du feu étant dans les régions supérieures, voir plus haut, livre I, chap. 2 et 3. — Celle de l'air, dans la cosmologie d'Aristote, la sphère de l'air est ce qui compose précisément l'atmosphère terrestre. -- Dans la même voie, c'est-à-dire qu'il fallut chercher un réservoir commun des eaux.

§ 3. La masse immense de la mer, dont les anciens ne connaissaient encore qu'une très faible partie. --- La masse des fleuves, et de tous les cours d'eau, quels qu'ils soient, répandus sur la surface du globe. -- Elle n'est pas stable, c'est-à-dire qu'elle augmente et qu'elle diminue alternativement, puisqu'il y a des différences perpétuelles dans le cours des rivières et des fleuves. — Se produire tous les jours, sous l'action des causes météorologiques en particulier.

§ 4. De tous les liquides, ou si l'expression était possible : « de tous les humides. » -- Quelques philosophes, Alexandre d'Aphrodisée ne les désigne pas plus précisément que le texte. -- Qu'ils découlaient d'elle, soit qu'il y eût entre la mer et les fleuves des communications souterraines, soit que l'évaporation de la mer alimentât les fleuves par l'humidité et les pluies de l'atmosphère. --- En se filtrant, ceci peut s'appliquer tout aussi bien à la vaporisation dans l'atmosphère qu'à la filtration proprement dite dans la terre même. -- Devient potable, c'est vrai pour l'eau de mer vaporisée; ce ne l'est pas autant pour l'eau de mer qui filtre dans le sol. — S'il est vrai que toute l'eau en vienne, voir plus haut § 2. — La première opinion, à savoir que la mer est la masse entière de l'eau et la source commune de toutes les eaux répandues dans le monde.

§ 5. Répandue autour de la terre, la notion est parfaitement juste, et il est étonnant que les anciens n'aient pas su en tirer toutes les conséquences qu'elle contient. -  La sphère de l'air, c'est précisément l'atmosphère terrestre. — La sphère dite du feu, il semble au contraire que les régions supérieures doivent être très froides, si l'on eu juge par l'abaissement de la température à mesure qu'on s'élève sur les montagnes. -- Le dernier des éléments, voir plus haut, livre 1, ch. 2 et 3. — Ces causes, c'est-à-dire les quatre éléments, le feu, l'air, l'eau et la terre. -- Est enlevée chaque jour, c'est l'explication donnée déjà par Hippocrate, dans le Traité des eaux, des airs et des lieux, ch. 8, p. 23 et 32 de l'édition et de la traduction de M. E. Littré. -- Se condensant par le froid, il semble, d'après ce qui vient d'être dit au début même de ce §, que la région supérieure devrait être plus chaude puisqu'elle est le siège du feu. Mais le fait n'en est pas moins exact; et la vapeur se liquéfie dans l'atmosphère par le froid qu'elle y rencontre. -- Ramenée de nouveau, sous forme de pluie et autres météores.

§ 8. On l'a dit antérieurement, Voir plus haut livre I, ch. 9, §§ 2 et 3. -- Les anciens philosophes, il semble que ceci désigne Héraclite nommé un peu plus bas, § 9. --- D'humidité, ou d'eau.

§ 7. Quelques-uns même, il semble que c'était encore une opinion d'Héraclite. — Lui fournir sa nourriture, malgré la réfutation que fait ici Aristote de cette étrange théorie, elle a subsisté fort longtemps après lui, et on la retrouve dans une foule d'auteurs. -- Sans ces déplacements indispensables, le texte n'est pas tout à fait aussi précis.

§ 8. Ajoutent-ils, cette addition que je me suis permise résulte de la tournure même de la phrase grecque. --- Tant qu'on l'alimente, soit par du combustible, soit par l'humidité, qui dans les théories de l'auteur paraît indispensable à la combustion. — Par une marche pareille, le feu vaporise l'eau qu'il touche quand elle n'est qu'en une certaine se produit sous nos yeux ; et l'on a transporté ce phénomène au soleil, en se laissant guider par la vraisemblance.

§ 9. De l'humide et du sec, il est difficile de s'expliquer d'où a pu venir cette théorie singulière. -- Mais ne se nourrit pas, nuance très ingénieuse et très fine. — Un seul instant la même, le phénomène est bien observé, quoique la flamme, quand elle dure, semble bien avoir une certaine consistance. -- Nos philosophes, le texte dit : « ceux-ci. »  — Suivant l'opinion d'Héraclite, Voir la République de Platon, livre Vl, p. 32 de la traduction de M. V. Cousin. -- Et continuellement nouveau, comme la flamme, dont on vient de parler.

§ 10. Cette attraction... est semblable à l'eau, l'expression est insuffisante et ne rend pas bien la pensée; mais j'ai dû suivre fidèlement le texte. 11 aurait fallu quelques développements un peu plus précis. On comprend du reste ce que l'auteur a voulu dire. — Qui brûle sous cette eau, le texte n'est pas aussi formel.

§ 11. Il est absurde en outre, on ne voit pas pourquoi cette théorie, applicable au soleil, ne se serait pas étendue également aux autres astres; et c'est ce que plus tard les Stoïciens n'ont pas manqué de faire. -- Songe à sa propre conservation, il y a quelque chose d'ironique dans cette tournure de phrase; et Aristote montre par là le dédain qu'il a pour ces théories. -- Si immenses, cette opinion est remarquable pour le temps d'Aristote. — La terre elle même étant liquide, c'est là une opinion que soutient encore la science contemporaine, et à laquelle la géologie, toute nouvelle qu'elle est, semble donner raison. -- L'air se forma, il faut entendre l'atmosphère te¬restre. — Et commença les révolutions qui lui sont propres, pour la marche du soleil et des astres, il a fallu une autre cause, qui ne peut être que la puissance du Créateur lui-même.

§ 12. Retomber l'eau, il est bien difficile de savoir si c'est toute l'eau vaporisée qui retombe sous forme de pluie, et la mesure ici est tout à fait impossible. C'est une simple conjecture logique. — Tout ce qui a été pris, c'est l'expression même du texte. — Dans certaines périodes fixes, on peut dire que c'est assez probable; mais c'est un fait qu'il est impossible de vérifier. --- N'en sont pas nourries, de manière qu'une partie de l'humidité atmosphérique serait absorbée sans retour. — Ne  subsiste pas, de telle sorte qu'il reste perpétuellement de l'air, et que cet air ne se transforme jamais en eau.

§ 13. Mais non point, peut-être la négation devrait-elle être supprimée; mais les manuscrits ne donnent pas de variantes. Alexandre d'Aphrodisée comprend que le lieu propre du sel serait la terre; mais qu'il demeure dans le lieu propre de l'eau, qui n'est pas le sien. Ce qui suit semble confirmer cette interprétation. -- L'eau n'a pas aussi son lieu, le lieu de l'eau c'est la mer, réceptacle commun et source commune de toutes les eaux qui sont à la surface de la terre et qui s'élèvent dans l'air sous forme de vapeurs. -- De la mer elle-même, la mer étant liquide, malgré le sel qu'elle contient, le lieu de la mer doit être le même que celui de l'eau.

§ 14. La partie salée y demeure, en suspension, au lieu d'aller rejoindre la terre où son poids la porterait nécessairement. — S'élève, dans l'atmosphère où elle se vaporise. — Dans le corps des animaux, cette comparaison n'est pas exacte; et elle a le désavantage d'être moins claire que la chose même qu'elle doit expliquer. -- Le dépôt de la nourriture liquide, ou humide, sans doute l'urine. -- Est attirée dans les chairs, cette physiologie est bien contestable ; et les anciens, au temps d'Aristote, ne connaissaient pas toutes les transformations que les aliments doivent subir avant de nourrir les organes. -- Suivant la composition de chacune d'elles, les os, les tendons, les muscles, les nerfs, etc.

§ 15. L'intestin, l'estomac et les intestins proprement dits. — L'excrément y reste, l'excrément n'y reste pas plus que la partie potable des aliments; il est expulsé sous une autre forme. Mais peut-être faut-il entendre que l'excrément y reste quelque temps. -- La mer est bien, le texte n'est pas tout à fait aussi formel. -- Le lieu de l'eau, c'est-à-dire le réceptacle universel de l'eau, qui de là s'élève en partie sous forme de vapeur, et y retombe, soit par les pluies, soit par les fleuves.

§ 16. Vers la partie la plus creuse, ou la plus basse. C'est la loi générale des liquides, facile à observer. — Cette place de la terre, il est évident que la mer est nécessairement plus basse que tous les cours d'eau qui s'y précipitent avec plus ou moins de vitesse. — Que j'ai indiquée, Voir plus haut le § 14; c'est le poids même de l'eau salée.

§ 17. Rien de difficile à la résoudre, il est certain que dans l'état actuel des choses, on conçoit sans peine que l'équilibre puisse se maintenir, comme se maintient le système entier de notre globe et celui du monde. Mais il reste toujours à savoir, pour les eaux comme pour le reste, d'où est venue l'impulsion première, et l'idée de la création est la seule admissible.

§ 18. Soit étendue sur une vaste surface, comme celle qui tombe sur la terre pendant les pluies. — Soit accumulée, comme elle l'est dans la mer, dans les lacs ou même dans les rivières. — Le jour tout entier, la pensée du texte n'est pas obscure; mais elle n'est pas assez explicitement exprimée. Voici comment il faut la comprendre avec Alexandre d'Aphrodisée. « La même quantité d'eau renfermée dans un vase étroit peut y rester un jour entier sans se vaporiser, tandis que cette même quantité répandue sur une grande table se vaporise avec une extrême célérité.» —Aussi vite que la pensée, c'est exagéré, bien que la vaporisation puisse, dans certains cas, être très rapide.

§ 19. Dans un lieu vaste et étendu, ici la pensée n'est pas encore très claire, ni peut-être très juste. L'eau des fleuves se vaporise, même pendant qu'ils coulent, de même que la surface de la mer se vaporise aussi sans cesse.

§ 20. Dans le Phédon, Voir la traduction de Platon, par M. Victor Cousin, tome I, p. 308 et suiv. Du reste, l'analyse donnée ici du Phédon est assez exacte. On peut voir par la comparaison de la Météorologie et du Phédon la profonde différence des deux génies. Il est vrai que Platon ne se propose pas dans ce passage d'exposer des faits réels.

§ 21. Le goût et la couleur, le passage du Phédon, p. 309, n'est peut-être pas aussi formel.

§ 22. Mais alors, ceci est une réfutation du Phédon, qu'Aristote a peut-être le tort de prendre trop au sérieux. Socrate entreprend d'expliquer quel est le séjour des enfers, et c'est un tableau d'imagination qu'il essaie de tracer. On peut lui reprocher d'avoir inventé tes choses tout à fait impossibles; mais ce ne sont pas des faits qu'il essaie de constater comme Aristote; et les critiques qu'on lui adresse ne sont pas aussi fondées qu'on semble le croire. — Toujours de la même façon, en effet, on voit bien comment les fleuves peuvent descendre au centre; mais ou ne voit pas comment ils peuvent en remonter. Il est vrai que Platon suppose que les eaux sont élevées comme par le jeu d'une pompe; mais encore une fois il ne faut pas attacher trop d'importance à ces fantaisies, que Platon ne donne d'ailleurs que pour ce qu'elles sont.

§ 23. D'où viendra cette eau, cette question peut être adressée à tous les systèmes, et elle est également insoluble dans tous, dans celui d'Aristote tout aussi bien que dans celui du Phédon. -- Tout autant qu'il en sort, c'est probablement ce qui se passe en effet pour le système actuel des eaux dans notre monde. Il est difficile de comprendre que la masse totale puisse diminuer ou s'accroître ; elle reste toujours la même, et il n'y a que la répartition qui change. — C'est pour se remontrer bientôt, ceci n'est pas tout à fait exact; car il paraît certain qu'il y a des cours d'eau qui se perdent absolument dans des sables.

§ 24. Longtemps dans une vallée, le fait est exact, et c'est bien là eu réalité la condition de tous les grands fleuves; ils ont chacun leur bassin plus ou moins étendu. -- Retardée par le lieu, la pensée demanderait à être développée davantage. La vallée ne retarde le cours des eaux que si elle est peu inclinée et si elle est une sorte de plaine. — Et par sa longueur, plus le cours des fleuves est long, plus ils ont le temps de recevoir des eaux tributaires. — L'Ister et le Nil, le Danube et le Nil étaient bien en effet les deux plus grands fleuves qui fussent connus du temps d'Aristote. — Dans cette mer, c'est-à-dire la Méditerranée.

§ 25. D'autres auteurs, après Platon et après les explications qu'il donne dans le Phédon, Aristote aurait dû nommer les autres écrivains. — Faire sortir la mer du Tartare, le texte n'est pas aussi précis; mais c'est le sens que donne Alexandre d'Aphrodisée. Le texte dit seulement : Si l'on prétend faire sortir la mer de là. C'est une nouvelle critique des théories du Phédon.

§ 26. La mer est le lieu de l'eau, l'expression du texte n'est pas aussi formelle; mais le sens ne peut faire de doute. — De la mer elle-même, j'ai ajouté les deux derniers mots pour atténuer la tautologie. Aristote veut faire une distinction entre l'eau qui comprend d'une manière générale toute l'eau du monde, douce ou salée, et la mer, qui n'est que l'eau salée proprement dite. — Sous forme d'eau courante, ce n'est pas tout à fait exact, puisqu'il y a des étangs qui n'ont pas d'écoulement. — Comment l'autre partie de l'eau, celle qui est salée. — Plutôt la fin, parce que tous les fleuves se jettent dans la mer. -- Dans les corps organisés l'excrément, la mer ou la masse d'eau salée serait alors considérée comme le dépôt et le résidu de toutes les matières amenées par les fleuves qui s'y jettent.

 

CHAPITRE III.

Suite de l'explication de la salure de la mer. Réfutation de l'opinion de Démocrite, qui croyait à une diminution progressive de la mer ; réfutation de quelques opinions sur la salure, et particulièrement de celle d'Empédocle, qui soutenait que le sel vient de la sueur de la terre. -- Théorie personnelle de l'auteur. -- Considérations diverses sur les sources d'eau salée et d'eau chaude.

 

§ 1. Il faut maintenant traiter de la salure de la mer, et nous demander si la mer est toujours la même, ou bien si à une certaine époque elle n'existait pas, et si à une autre époque elle ne cessera point d'exister, opinion que soutiennent quelques philosophes.

§ 2. D'abord un point sur lequel tous sont d'accord, c'est que la mer a eu un  commencement, si l'on admet que le monde entier a commencé ; car tous semblent reconnaître qu'elle a dû être formée en même temps que le monde ; et la conséquence évidente de ceci, c'est que si le monde est éternel, il faut croire que la mer l'est tout aussi bien 'que lui.

§ 3. Mais s'imaginer, comme le fait Démocrite, que la mer diminue sans cesse de quantité et qu'à la fin elle disparaîtra, c'est là une opinion qui paraît tout à fait à la hauteur des fables d'Ésope. Car c'est ainsi qu'Ésope nous raconte que Charybde ayant deux fois englouti les eaux dans son gouffre, d'abord fit apparaître les montagnes, puis ensuite les îles, et qu'à la fin elle desséchera la terre tout entière par une troisième absorption.

§ 4. Il convenait parfaitement au fabuliste de nous débiter ce conte pour se venger du nocher contre lequel il était irrité ; mais ce procédé convient moins à ceux qui cherchent la vérité; car quelle que soit la cause qui dans le principe a fait demeurer la mer telle qu'elle est, soit le poids de ses eaux, comme quelques-uns le soutiennent, explication qui se présente tout d'abord pour peu que l'on observe, soit toute autre, il est évident que la même loi doit nécessairement être cause que la mer demeurera de la même manière pendant tout le reste des temps.

§ 5. De deux choses l'une en effet : ou bien il faut soutenir que l'eau enlevée par le soleil ne reviendra pas sur la terre ; ou si elle revient, il faut reconnaître nécessairement que ce phénomène aura lieu toujours, ou du moins jusqu'à ce que la mer ait diminué de cette quantité, et que la portion potable qui a été antérieurement enlevée reviendra aussi de nouveau. Ainsi la mer ne se dessèche jamais ; car cette partie qui s'est d'abord en allée, se hâtera de redescendre en masse égale; et ce qu'on dit pour une fois seulement se répété évidemment autant de fois qu'on voudra.

§ 6. Que si l'on prétend arrêter le soleil dans sa course, quel sera dès lors le corps qui desséchera la mer? Mais si on le laisse poursuivre sa révolution circulaire, il est clair, comme nous l'avons exposé, qu'en s'approchant il enlèvera toujours la partie potable, et qu'on s'éloignant il la laissera retomber de nouveau.

§ 7. Ce qui peut avoir donné naissance à cette opinion sur la mer, c'est qu'on a pu observer que bien des lieux sont aujourd'hui plus secs qu'ils ne l'étaient jadis. Mais nous avons dit quelle est la cause de ce phénomène, et qu'une abondance excessive d'eau survenant à certaines époques, ce n'était là qu'une modification de l'eau et de ses parties, et non pas du tout un changement dans la masse totale qu'elle forme.

§ 8. Puis ensuite il arrivera tout le contraire ; et [357a] après que l'eau se sera produite, elle se desséchera de nouveau, de telle façon que nécessairement le phénomène se répète en un cercle perpétuel. C'est qu'en effet il est plus rationnel de supposer que les choses se passent ainsi, plutôt que de croire que c'est le ciel entier qui vient à être bouleversé par ces phénomènes. Mais vraiment déjà notre discussion s'est arrêtée sur ces points plus longtemps qu'ils ne le méritent.

§ 9. Quant à la salure de la mer, ceux qui la font naître tout d'un coup, et d'une manière générale ceux qui la font naître, sont dans l'impossibilité d'expliquer comment la mer est salée. En effet, soit que de toute l'eau répandue sur la terre et enlevée par le soleil, ce qui reste soit devenu la mer, soit qu'il y ait eu dans cette masse énorme d'eau, qui d'abord était douce, un suc particulier qui vint du mélange d'une terre ayant ce goût, il n'est pas moins certain que la mer a dû être salée dès le principe, l'eau vaporisée revenant ensuite et en quantité égale. Ou bien, si la mer n'a pas été salée dès le principe, elle n'a pas pu l'être plus tard davantage.

§ 10. Or, si elle l'était également dès l'origine, il reste toujours à en dire la cause, et en même temps à expliquer, si alors elle n'a pas été vaporisée aussi, comment il se fait qu'elle n'éprouve plus aujourd'hui la même action. De plus, quand on attribue la salure de la mer à la terre qui y est mêlée, ou parce que, dit-on, la terre a des saveurs de tous genres, et qu'apportée par les fleuves dans la mer elle la rend salée en s'y mêlant, quand, dis-je, on soutient cette opinion, on devrait bien voir qu'il est alors impossible de comprendre que les fleuves ne soient pas salés comme la mer.

§ 11. Comment serait-il possible en effet que dans une grande masse d'eau le mélange de cette terre fût si parfaitement sensible, et qu'il ne le fût pas dans chaque partie de cette même eau ? Car, évidemment, la mer n'est que toute l'eau fluviale ; elle ne diffère absolument des fleuves qu'en ce qu'elle est salée, et cette salure n'affecte les fleuves que dans le lieu où tous se réunissent en masse.

§ 12. Il n'est pas moins ridicule de s'imaginer qu'on dise quelque chose de clair, en soutenant, comme Empédocle, que la mer est la sueur de la terre. En poésie, des explications de cette sorte peuvent bien sembler suffisantes ; car la métaphore est éminemment poétique ; mais elles sont évidemment insuffisantes pour faire connaître la nature.

§ 13. On ne fait pas même voir, par cette théorie, comment d'une boisson douce provient une sueur salée, et si c'est seulement par la disparition de la partie la plus douce, ou si c'est par le mélange de quelque autre corps, comme il arrive pour les eaux qui ont filtré dans la cendre. La cause paraît être ici tout à fait la même que pour la sécrétion qui se forme dans la vessie ; elle est amère et salée, bien que la boisson ingérée et le liquide qui se trouve dans les aliments, [357b] soient doux.

§ 14. Si donc, de même que l'eau filtrée dans la cendre devient amère, de même les deux matières le deviennent aussi, l'urine, parce qu'elle reçoit, par le mouvement descendant des liquides et par leur agglomération, une propriété analogue à celle de la saumure qui se dépose au fond des vases, et la sueur, cette même propriété, qui est extraite des chairs, comme si l'humide qui sort entraînait hors du corps quelque chose de pareil en le lavant, il est clair aussi que la portion de terre qui vient se mêler au liquide est cause de la salure de la mer.

§ 15. Dans le corps, cette matière n'est que le résidu de la nourriture qui n'a pas été digérée. Mais il reste à dire comment elle se trouve dans la terre.

§ 16. D'abord, et d'une manière générale, comment est-il possible que, de la terre desséchée et échauffée, une si grande masse d'eau ait pu être sécrétée? Car il faudrait que ce ne fût qu'une très petite partie de ce qui a été laissé dans la terre. De plus, pourquoi aujourd'hui lorsque la terre vient à se dessécher, soit en grand soit en petit, ne sue-t-elle pas encore? Car l'humidité et la sueur sont toujours amères ; et si la terre suait jadis, il faudrait qu'elle suât encore aujourd'hui.

§ 17. Or ce n'est pas là du tout ce qu'on observe. Quand la terre est sèche, elle s'humidifie ; et quand elle est humide, elle n'éprouve rien de pareil. Comment est-il donc possible qu'à l'époque de la première formation, la terre étant humide, elle soit venue à suer lorsqu'elle a séché?

§ 18. Il est beaucoup plus probable, comme quelques-uns le soutiennent, que la plus grande partie de l'humide ayant disparu et étant vaporisée par le soleil, ce qui resta fut la mer ; mais il est impossible que là terre sue quand elle est humide.

§ 19. Ainsi donc tout ce qu'on a dit sur la salure de la mer semble aller tout à fait au rebours de la raison ; mais pour nous, nous traiterons cette question en reprenant le même principe qu'au début.

§ 20. Nous avons établi que l'exhalaison est double, l'une humide, l'autre sèche ; et l'on doit évidemment penser que tel est aussi le principe de ces phénomènes. C'est de là encore que nous partirons pour résoudre cette question qu'il nous faut nécessairement discuter avant tout, à savoir si la mer subsiste en gardant ses parties toujours les mêmes en nombre, ou bien si ses parties sont dans un continuel changement d'espèce et de quantité, comme le sont les parties de l'air, de l'eau potable et du feu.

§ 21. Chacun de ces éléments en effet change perpétuellement ; mais l'espèce de la masse totale de chacun subsiste, comme le flux des eaux qui coulent et le flux de la flamme. Or il est évident et l'on doit parfaitement admettre qu'il est impossible que la loi de tous ces éléments ne soit pas la même. Évidemment ils ne diffèrent que par la lenteur ou la rapidité [358a] du changement ; mais il y a pour tous production et destruction, et le changement s'applique régulièrement à tous sans exception.

§ 22. Ceci posé, il faut essayer d'expliquer aussi la salure de la mer. Il est clair d'après beaucoup d'indices que ce goût doit provenir du mélange d'une certaine matière. Ainsi dans les corps, la partie la moins digérée est salée et amère, comme nous l'avons dit, et c'est la sécrétion de la nourriture liquide qui est la moins digérée ; or, tout résidu a cette qualité ; mais c'est surtout celui qui se fait dans la vessie.

§ 23. La preuve, c'est que ce résidu est très léger, tandis que toutes les choses cuites s'épaississent naturellement. Le résidu qui est ensuite le plus léger, c'est la sueur; et dans tous les cas, c'est le même corps sécrété qui produit ce goût de salure. Il en est de même dans les objets qui sont brûlés ; car la partie que ne consume pas la chaleur, devient ici le résidu dans les corps organisés, et là de la cendre, clans les substances brûlées.

§ 24. C'est là ce qui a porté quelques philosophes à faire venir la mer de la combustion de la terre. Il est absurde de s'exprimer ainsi ; mais il est bien vrai que la salure de la mer vient réellement de cette espèce de terre. Ce qui se passe en effet dans les cas que nous venons de citer, doit se passer aussi pour le monde entier ; et d'après ce qu'on voit pour les phénomènes que la nature produit et qui s'accomplissent suivant la nature, il faut croire que, de même que pour les corps comburés le résidu est une terre de ce genre, de même aussi pour l'exhalaison totale dans l'exhalaison sèche.

§ 25. C'est elle en effet qui fournit également la plus grande partie de cette masse immense. Or, l'exhalaison humide et l'exhalaison sèche venant à se mêler, ainsi que nous l'avons dit, lorsqu'elles se changent en nuages et en eau, il faut nécessairement qu'elles renferment en elles quelque partie de cette propriété. Alors cette propriété se trouve transportée dans les pluies, et descend avec elles ; et tous ces phénomènes se passent suivant un certain ordre, autant du moins que l'ordre peut intervenir dans ces faits-là. voilà donc quelle est l'origine de la salure dans l'eau de la mer.

§ 26. C'est là aussi ce qui fait que les pluies du sud et les premières pluies d'automne sont plus salées; car le vent du sud, par son étendue et sa force, est le vent le plus brûlant ; il souffle de lieux secs et chauds, et par conséquent avec peu de vapeur, ce qui le rend chaud également.

§ 27. Car bien qu'il ne soit pas tel de sa nature, et qu'il soit froid là où il commence à souiller, néanmoins à mesure qu'il s'avance, comme il ramasse avec lui une grande quantité d'exhalaison sèche des lieux voisins, il devient chaud. Le vent du nord qui souffle de lieux humides est chargé de vapeurs, ce qui le rend froid ; mais parce qu'il repousse les nuages, il est serein dans ces lieux, tandis qu'il amène la pluie dans les lieux contraires. C'est de même aussi que le vent du midi est très serein dans les contrées de la Libye.

§ 28. Il y a donc beaucoup de cette substance dans la pluie qui tombe, et les eaux de l'automne sont salées ; car il faut nécessairement que les parties les plus lourdes tombent les premières, de sorte que celles où il y a une forte quantité de cette espèce de terre, tombent aussi le plus vite.

§ 29. C'est là en outre ce qui fait que la mer est chaude; car tous les corps qui ont été comburés recèlent en eux de la chaleur en puissance. On peut vérifier ceci sur la poussière, sur la cendre et sur l'excrétion des animaux, sèche ou humide ; et l'excrétion des animaux dont l'estomac est le plus chaud, est aussi la plus chaude.

§ 30. C'est encore par cette cause que la mer devient toujours plus salée. Avec l'eau douce, une certaine partie de la mer est sans cesse enlevée ; mais cette partie est d'autant plus petite que dans la pluie la portion salée et amère est moindre que la portion douce ; et c'est ce qui fait qu'en somme il s'établit toujours une sorte d'égalité.

§ 31. C'est d'après l'expérience que nous soutenons qu'en se vaporisant l'eau devient potable, et que la partie vaporisée ne se résout pas en eau de mer lorsqu'elle se condense de nouveau. Il y a bien d'autres phénomènes du même genre. Ainsi le vin et toutes les autres liqueurs, lorsque après s'être vaporisés ils redeviennent liquides, sont de l'eau ; car toutes ces substances ne sont que des modifications de l'eau produites par un certain mélange ; et quelle que soit la chose ainsi mélangée, elle donne au résultat son goût particulier.

§ 32. Du reste, nous reviendrons sur ce sujet dans une occasion qui sera plus convenable. Qu'il nous suffise de dire ici qu'une fois la mer étant telle qu'elle est, il y a toujours une partie enlevée en haut qui devient potable, et qui, après s'être modifiée en une autre substance, retombe d'en haut sous forme de pluie, qui n'est plus ce qui a été d'abord enlevé, et que cette substance, par sa pesanteur, reste placée en dessous de la partie potable.

§ 33. C'est là ce qui fait que la mer ne disparaît jamais non plus que les fleuves, si ce n'est dans certains lieux particuliers ; et ce déplacement doit nécessairement arriver pour la mer aussi bien que pour la terre ; car les parties de la terre, ni celles de la mer ne restent pas toujours dans le même état. Mais c'est seulement la masse totale de l'une et de l'autre qui demeure ; et c'est là ce qu'il faut également supposer pour la terre.

§ 34. Ainsi donc, telle partie de la mer s'élève, telle autre au contraire redescend avec la pluie ; et les substances qui surnagent à la surface et celles qui s'enfoncent de nouveau, changent sans cesse réciproquement de place.

§ 35. Ce qui prouve bien que la salure de la mer tient à la mixtion de quelque substance, c'est tout ce que nous venons de dire d'abord, et ensuite l'expérience suivante. Si l'on place dans la mer un vase de cire modelé à cet usage, en en bouchant l'ouverture avec des matières que la mer ne puisse pénétrer, ce qui passe au travers des cloisons de la cire est de l'eau potable.

§ 36. La partie terreuse est repoussée comme par un crible, ainsi que ce qui par son mélange doit produire la salure. C'est cette partie aussi qui fait le poids et l'épaisseur de l'eau de mer, laquelle est plus lourde que l'eau bonne à boire.

§ 37. Son épaisseur est assez considérable pour que des navires qui, avec le même poids de chargement, sont presque submergés dans les fleuves, n'ont, une fois sur mer, que le chargement convenable pour bien naviguer. Aussi l'ignorance de ce fait a-t-elle souvent causé bien des dommages, parce que des navires étaient trop pleins en arrivant dans les fleuves.

§ 38. Ce qui prouve bien que l'épaississement de la mer tient au mélange de quelque substance particulière, c'est l'expérience qui suit. Si l'on rend de l'eau saumâtre en y mêlant beaucoup de sel, on voit que les oeufs peuvent y surnager quoiqu'ils soient pleins ; car l'eau alors devient une espèce de boue. La mer a, dans sa masse, quelque chose d' également corporel ; et c'est là aussi ce qu'on fait dans les saumures.

§ 39. S'il est vrai, comme quelques-uns le racontent, qu'il y a dans la Palestine un lac de telle nature que si l'on y jette un animal ou un homme garrotté, il y surnage et ne s'enfonce pas sous l'eau, ce serait un témoignage de plus de ce que nous disons ici; car on assure que l'eau de ce lac est tellement amère et tellement salée qu'aucun poisson n'y peut vivre, et qu'il suffit d'y agiter les vêtements en les y trempant pour les nettoyer.

§ 40. Tous ces faits ne font que confirmer ce que nous avons avancé en disant que c'est un corps spécial qui produit la salure, et que le principe qui compose ce corps est terreux.

§ 41. Ainsi, dans la Chaonie, il y a une source d'eau assez fortement salée qui s'écoule dans un fleuve voisin, dont l'eau est douce, mais qui n'a pas de poissons. Les habitants du lieu, comme leurs descendants le rapportent, préférèrent que la source leur produisit du sel plutôt que des poissons, quand Hercule, revenant de conduire les boeufs d'Érysthée, leur permit de choisir l'un ou l'autre. En effet, il suffit de faire chauffer cette eau et de la laisser reposer pour qu'après qu'elle est refroidie, et que la partie liquide s'est évaporée avec la chaleur, il se forme du sel, qui n'est point. compact, mais qui est mou et léger comme de la neige.

§ 42. Ces sels sont plus faibles que les autres ; car il en faut une plus grande quantité pour saler, et ils n'ont pas une couleur aussi blanche.

§ 43. Il se présente un autre fait de ce genre dans l'Ombrie. [359b] En effet, il s'y trouve un lieu où poussent une sorte de roseau et de jonc, que l'on brûle et dont on jette la cendre dans l'eau qu'on fait bouillir ; lorsqu'elle est bien réduite par le feu, elle donne une quantité de sel assez notable.

§ 44. Tous les cours d'eau de fleuves ou de sources qui sont salés, ont dû, pour la plupart, être chauds autrefois, selon toute probabilité ; puis ensuite le principe du feu s'est éteint ; mais la terre au travers de laquelle ils filtrent est comme de la poussière et de la cendre.

§ 45. Il y a dans bien des endroits des sources et des cours d'eau qui ont toute espèce de goûts ; et il faut pour toutes en rapporter la cause à la force du feu qui y est ou qui y a été. Car la terre, selon qu'elle est plus ou moins brûlée, prend toutes les couleurs et toute sorte de goûts.

§ 46. La terre en effet s'imprègne des qualités de l'alun, de la chaux et de bien des corps semblables ; ces qualités diverses changent la nature des eaux douces qui les traversent en filtrant, et les rendent acides comme dans la Sicanie de Sicile. Il se forme en effet dans ce lieu une saumure dont on se sert en guise de vinaigre pour certains mets.

§ 47. Il y a encore une source d'eau acide près de Lyncus ; et en Scythie on a trouvé une source saumâtre ; l'eau qui s'en écoule donne de l'amertume à tout le fleuve dans lequel elle se jette. Ces causes de la différence des eaux sont parfaitement évidentes. Mais nous avons traité dans un autre ouvrage spécial des différents goûts qui se forment suivant les différents mélanges.

§ 48. Voilà donc à peu près tout ce que nous avions à dire sur les eaux, et sur la mer, pour faire connaître par quelles causes elles se maintiennent telles qu'elles sont, ou viennent à changer. Nous avons expliqué aussi quelle en est la nature, et nous avons dit quels sont les phénomènes naturels qu'elles produisent ou qu'elles souffrent.

Ch. III, § 1 . Si la mer est toujours la même, le texte n'est pas aussi précis. On aurait pu se demander en outre si la salure de la mer est partout la même, ou si elle ne varie pas selon les lieux. Quant à savoir l'époque où la mer a commencé, et celle où elle pourrait cesser, ce sont là des questions placées en dehors de toute observation. -- Quelques philosophes, il n'y aura de nommés dans ce chapitre que Démocrite et Empédocle.

§ 2. La mer a eu un commencement, le texte n'est pas aussi formel, et d'après la tournure grammaticale de la phrase, il s'agirait de la salure de la mer et non de la mer elle-même. Mais Alexandre d'Aphrodisée ne laisse à cet égard aucun doute, et la logique confirme son explication. — Le monde entier a commencé, Voir sur cette question, la Physique, livre VIII, tome II, p. 453 de ma traduction ; et le Traité du ciel, livre I, ch. 10, p. 279, b, 4, édit. de Berlin. -- En même temps que le monde, ceci est évident bien que la géologie atteste qu'il y a eu d'immenses changements dans la région des eaux. — Si le monde est éternel, c'est l'opinion soutenue par Aristote, et qu'implique nécessairement sa théorie du mouvement ; Voir ma traduction de la Physique, et spécialement le livre VIIe.

§ 3. La mer diminue sans cesse, rien dans les observations faites depuis le temps d'Aristote ne peut donner à penser que la théorie de Démocrite ait aucun fondement. Aristote a déjà indiqué cette théorie erronée plus haut, livre 1, ch. 14, § 17, et livre II, ch. 1, § 3. Seulement dans ces deux passages, il n'a pas nommé Démocrite. — A la hauteur des fables d'Ésope, Aristote a parlé deux autres fois des fables d'Ésope : Des parties des animaux, livre III, ch. 2, p. 663, a, 35, édit. de Berlin, et Rhétorique, livre II, ch. 20, p. 1393, a, 30. -- Ésope nous raconte, les détails qu'on donne ici ne semblent pas avoir de grands rapports avec les fables d'Ésope, telles que nous les connaissons. Il paraît, d'après le commentaire d'Alexandre d'Aphrodisée, qu'Ésope irrité contre un marinier qui l'avait insulté, voulut l'effrayer en lui faisant croire qu'un jour la mer disparaîtrait tout entière. Voir le § suivant. -- Charybde, qu'on plaçait entre la Sicile et la terre ferme. -- Fit apparaître les montagnes, il y a du moins ceci de vrai dans ce conte d'Ésope, que la mer a en effet couvert à une certaine époque la plupart des montagnes, et qu'elles ont été les premières à paraître quand les eaux se sont retirées.

§ 4. A ceux qui cherchent la vérité, et qui essaient de la trouver soit par l'observation des faits soit par des raisonnements sérieux. — A fait demeurer la mer telle qu'elle est, on comprend bien que l'état actuel des choses subsiste tel qu'il est constitué ; mais c'est l'origine qui est obscure, et c'est le système seul de la création qui peut l'expliquer. Quelques -uns le soutiennent, Alexandre d'Aphrodisée ne nomme pas non plus les philosophes auxquels il est fait allusion ici.

§ 5. Ne reviendra pas sur la terre, et il est de toute évidence qu'elle y revient sous diverses formes, pluie, neige, etc. --- Ou du moins jusqu'à ce que la mer, l'expression n'est pas plus nette dans le texte. Je n'ai pas cru devoir le paraphraser en le traduisant, parce que la pensée est très claire. L'eau qui s'élève par la vaporisation retombe en même quantité ; et cet échange perpétuel ne diminue ni n'augmente la masse des eaux de la mer.

§ 6. Dans sa course, et dans son action sur les eaux de la mer. Le texte n'est pas assez développé ni assez net. — Quel sera dès lors le corps, en d'autres termes, si l'on n'admet pas que ce soit l'action du soleil qui vaporise les eaux, à quel autre corps attribuera-t-on cette action nécessaire ? — Si on le laisse poursuivre, le texte présente aussi cette nuance d'ironie. --- Comme nous l'avons exposé, Voir plus haut ch. 1, § 3. --- En s'approchant... en s'éloignant, s'agit-il ici du mouvement annuel du soleil, ou de son mouvement quotidien apparent? Les faits ne sont d'accord ni avec l'une ni avec l'autre de ces suppositions.

§ 7. Nous avons dit, Voir plus haut livre 1, ch. 14, § § 2, 3 et suiv. -- Un changement dans la masse totale, la masse reste la même; mais la répartition est différente. Le texte d'ailleurs n'est pas aussi formel que ma traduction.

§ 8. Il arrivera tout le contraire, c'est-à-dire qu'à une abondance excessive d'eau, succèdera la sécheresse. — Après que l'eau se sera produite, le texte est plus vague. -- C'est le ciel entier, c'est-à-dire, le monde. — Mais vraiment déjà, il y a dans cette tournure une ironie qui atteste qu'Aristote fait peu de cas des théories qu'il vient d'exposer.

§ 9. Qui la font naître tout d'un coup, Voir plus haut ch. 2, § 1. -- Soit devenu la mer, c'est-à-dire la partie salée de la mer. — Du mélange d'une terre, il faut entendre par le mot 'ferre une substance quelconque, ayant le goût de sel, et non de la terre proprement dite. Les anciens comprenaient sous cette désignation générique toutes les matières qui n'étaient pas un des trois autres éléments, eau, air et feu. — A cet être salée dès le principe, cela est de toute évidence; mais cela ne veut pas dire que la mer a existé dès l'origine des choses ; seulement dès qu'elle a été formée, elle a été salée comme nous la voyons aujourd'hui. — Elle n'a pu l'être, si en effet la mer était devenue salée par des causes postérieures, ces causes continuant à agir, la salure devrait sans cesse augmenter.

§ 10. A en dire la cause, l'origine des choses en ce qui regarde la mer échappe à l'homme, aussi bien que dans tout le reste. -- Été vaporisée aussi, comme elle l'est dans l'état actuel de l'équilibre universel. -- A la terre qui y est mêlée, ou plutôt à des bancs de . sel qui seraient au fond de la mer. -- Que les fleuves ne soient pas salés, l'objection est très forte ; et c'est là ce qui doit faire croire qu'indépendamment des détritus de toute sorte apportés par les fleuves dans la mer, elle doit avoir en quelque façon des réservoirs inépuisables de sel.

§ 11. Comment serait-il possible, il faudrait en effet que les fleuves et tous les cours d'eau fussent salés, tout en l'étant moins que ne l'est la mer elle-même. -- La mer n'est que toute l'eau fluviale, il serait bien difficile de prouver la vérité de cette théorie ; mais il ne serait guère moins difficile de prouver qu'elle est fausse. Voir plus haut, ch. 2, et particulièrement § 16. — Dans le lieu, lequel est la mer avec les diverses parties, très mal connues des anciens, qui la composent.

§ 12. Comme Empédocle, qui paraît s'être occupé de ces questions de météorologie plus qu'aucun des philosophes antérieurs à Aristote. — La sueur de la terre, Voir plus haut, ch. 1, § 4; Empédocle n'est pas désigné dans ce passage, comme il l'est ici. — En poésie, M. Ideler remarque avec raison que dans la Poétique, ch. 1, § 11, p. 7 de ma traduction, Aristote fait un reproche tout contraire à Empédocle, qu'il trouve beaucoup moins poète que naturaliste. Dans la Rhétorique, livre III, ch. 5, p. 1407, a, 35, édit. de Berlin, Aristote ne traite pas mieux Empédocle qu'ici. --- La métaphore est éminemment poétique, Aristote l'a toujours proscrite en philosophie autant qu'il l'a pu. — Pour faire connaître la nature, qui ne peut être exactement connue que par l'observation.

§ 13. On ne fait pas même voir, ce qu'Aristote essaiera lui-même d'expliquer .quelques lignes plus bas. — Une sueur salée, la sueur a en effet quelque chose de salé, et c'est là ce qui a fait dire que la salure de la mer n'était que la sueur de la terre. -- Qui ont filtré dans la cendre, Voir une théorie pareille dans le traité de la Sensation et des choses sensibles, ch. 4, § 7, p. 51 de ma traduction. -- Paraît dire, c'est une comparaison que fait Aristote, et cette comparaison n'est pas juste à bien des égards. La terre n'est pas un corps organisé dans le genre du nôtre.

§ 14. Ces deux matières, l'urine et la sueur. -- De la saumure qui se dépose, il n'y a de dépôt saumâtre au fond des vases que quand le liquide lui-même qui s'est desséché, était imprégné de sels. -- L'urine... la sueur, cette phrase est bien longue ; mais j'ai dû lui conserver l'allure qu'elle a dans le texte. -- La portion de terre, ceci explique comment la mer a pu être salée quand les fleuves ont commencé à couler; mais comme on fait venir de la mer l'eau même des fleuves, il reste toujours à savoir comment la mer est salée par elle-même. Ceci d'ailleurs semble en contradiction avec ce qui a été dit un peu plus haut § 9.

§ 15. Cette matière, l'urine ou la sueur. -- Qui n'a pas été digérée, il vaudrait mieux dire : Absorbée ; mais il est probable que les deux idées se confondent ici. -- Comment elle se trouve dans la terre, l'explication n'est pas plus facile pour la terre que pour la mer.

§ 16. Il faudrait que ce nuit qu'une très petite partie, comme la sueur, à laquelle on assimile la mer, n'est qu'une partie des sécrétions du corps. -- Ne sue-t-elle pas encore, Empédocle répondait que la terre sue toujours, mais que ce phénomène échappe à notre observation ; Voir le Traité de la sensation et des choses sensibles, ch. 4, § 3, p. 49 de ma traduction. — Car l'humidité, ceci ne se comprend pas bien, puisqu'il y a des liquides qui ont une saveur douce ; mais les manuscrits ne donnent pas de variante acceptable, bien que quelques-uns paraissent attester que les copistes trouvaient ici de la difficulté.

§ 17. Ce n'est pas là du tout ce qu'on observe, c'est donc sur l'observation exacte des faits qu'Aristote prétend fonder ses théories. -- Rien de pareil, à la sueur dont parle Empédocle. — A l'époque de la première formation, c'est-à-dire quand s'est établi pour la première fois cet échange régulier et perpétuel entre les fleuves et la mer.

§ 18. Comme quelques-uns le soutiennent, il paraît, d'après un passage de Plutarque, que c'était là le système d'Anaximandre et d'Anaxagore. Voir le Traité de Plutarque, Des systèmes des philosophes, livre III, ch. 16, p. 1094, édit. Firmin Didot.

§ 19. Au rebours de la raison, le texte dit précisément : Fuir la raison. — Le même principe qu'au début, Voir plus haut, livre I, ch. 3, § 15. Tout le reste de ce chapitre paraît un peu en désordre; les idées y sont confondues et souvent répétées. Je ne veux pas dire que ce morceau soit apocryphe; mais Aristote n'aura pas eu le temps d'y mettre la dernière main; et peut-être n'avait-il pas lui-même des idées bien arrêtées sur les causes de la salure de la mer, Le problème est très difficile, et il n'est point encore résolu.

§ 20. Nous avons établi, voir plus haut, livre I, ch. 3, § 15.— Le principe de ces phénomènes, c'est-à-dire de la salure de la mer et de la répartition générale des eaux entre l'atmosphère et la surface de la terre. -- Discuter avant tout, même avant la question de la salure de la mer. — Les mêmes en nombre, c'est la traduction exacte du texte; mais il est évident que le Nombre signifie ici la quantité. -- D'espèce et de quantité, c'est l'opinion qui semble la plus probable. -- Et du feu, ceci ne se comprend pas b