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table des matières de l'œuvre d'Aristote

 

ARISTOTE

TRAITÉ DE LA GÉNÉRATION DES ANIMAUX


LIVRE SECOND

table des matières du traité de la génération des animaux

 

texte grec

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TRAITÉ DE LA GÉNÉRATION DES ANIMAUX

LIVRE SECOND

CHAPITRE PREMIER.
Du principe supérieur de la génération des animaux; l'idée du mieux et la cause finale; de la séparation des sexes; animaux qui émettent du sperme; animaux qui n'en émettent pas; fonctions du mâle et de la femelle: les vivipares et les ovipares: différence de l'œuf et de la larve ; variétés dans les vivipares et les ovipares; des quadrupèdes et des bipèdes; la différence dans le nombre des pieds n'est pas un caractère suffisant de classification ; diversité de la génération selon les degrés de chaleur dans les animaux ; les poissons, les crustacés, les mollusques; classification des animaux d'après la perfection plus ou moins grande des jeunes qu'ils produisent: les insectes et leurs larves; les chrysalides et leurs métamorphoses; résumé partiel.

§ 1. [732a] Nous avons établi antérieurement que la femelle et le mâle sont les principaux agents de la génération, et nous avons défini l'action de chacun d'eux et étudié leur [20] essence. Pour expliquer comment il se fait que l'un devient et est femelle, et que l'autre devient et est mâle, il faut que la raison se dise qu'elle n'a que deux partis à prendre, soit en recourant à la nécessité d'un premier moteur et d'une matière déterminée, soit en recourant au principe supérieur du mieux et à la cause finale.
§ 2. C'est qu'en effet, parmi les choses, les unes sont éternelles et divines, tandis que les [25] autres peuvent indifféremment être ou n'être pas. Le bien et le divin, par leur nature même, sont toujours causes du mieux possible dans les choses contingentes; mais ce qui n'est pas éternel peut, tout à la fois, exister, et être susceptible de participer, tour à tour, du pire et du meilleur. Or, l'âme vaut mieux que le corps; l'être animé vaut mieux que l'être inanimé, â cause de [30] l'âme qu'il possède; être vaut mieux que ne pas être ; vivre vaut mieux que ne pas vivre. Il n'y a pas d'autres causes que celles-là pour la génération des animaux.
§ 3. Cet ordre d'êtres n'est pas de nature â être éternel; mais une fois nés, ils deviennent éternels dans la mesure où ils peuvent le devenir. Numériquement et pris un à un, c'est impossible, puisque l'essence de tout ce qui est, c'est d'être individuel ; s'il était dans les conditions voulues, il serait certainement éternel; mais il peut être éternel en espèce. C'est ainsi que subsistent perpétuellement [732b] l'espèce humaine, par exemple, l'espèce des animaux, et l'espèce végétale.
§ 4. Le principe des uns et des autres étant la femelle et le mâle, la femelle et le mâle sont faits en vue de la génération dans les êtres qui ont les deux sexes. Mais la cause qui donne le mouvement initial étant, de sa nature, meilleure et plus divine que la matière, puisque c'est dans cette cause que se trouvent l'essence de l'être et son espèce [5] , il vaut mieux aussi que le meilleur soit séparé du moins bon. Voilà comment, partout où la séparation est possible, et dans la proportion où elle est possible, le mâle est séparé de la femelle; car le principe du mouvement, qui est le mâle dans tous les êtres qui naissent, est meilleur et plus divin; la femelle n'est que le principe qui représente la matière.
§ 5. Le mâle se réunit donc et se joint à la femelle [10] pour accomplir l'œuvre de la génération, qui leur est commune à tous deux C'est en recevant une part du mâle et de la femelle que les êtres participent à la vie. C'est encore à cette condition que les plantes ont aussi une part de vie, bien que l'ordre des animaux se distingue des plantes par la faculté de la sensibilité, dont ils sont doués.
§ 6. Dans la plupart des animaux qui peuvent se mouvoir, la femelle et le mâle sont séparés, par les raisons [15] que nous venons d'exposer. Les uns, ainsi que nous l'avons vu, émettent du sperme dans l'accouplement; d'autres n'en émettent pas. La cause en est que ces animaux sont plus élevés et plus indépendants par leur nature même, et qu'ils prennent plus de développement et de grandeur. Or, ce développement ne saurait avoir lieu sans la chaleur que l'âme produit; car il faut nécessairement une force plus grande pour mouvoir un être plus grand [20] ; et c'est la chaleur qui détermine le mouvement. Aussi, il considérer les choses en général, peut-on dire que les animaux qui ont du sang sont plus gros que ceux qui n'en ont pas, et que les animaux qui marchent et se meuvent sont plus gros que les animaux immobiles.
§ 7. On doit comprendre maintenant d'où vient qu'il y a un mâle et une femelle. Mais, parmi les animaux, les uns mènent à fin et produisent au dehors un être semblable à eux, et ce sont ceux qui mettent au jour des êtres vivants; les autres produisent un être qui n'a pas encore de membres, et qui n'a pas reçu définitivement sa forme. De ces derniers animaux, ceux qui ont du sang font des œufs: ceux qui n'ont pas de sang font des larves. L'œuf et la larve diffèrent en ce que dans l'œuf, [30] il y a une certaine partie d'où vient l'être qui en naît, tandis que l'autre partie restante sert à nourrir l'être naissant. Au contraire, la larve est ce dont sort entièrement fait l'être auquel toute entière elle donne naissance.
§ 8. Quant aux animaux vivipares qui mettent au jour un être qui est semblable à eux et complet, les uns sont directement vivipares en eux-mêmes, comme l'homme, le cheval, le bœuf, et, parmi les animaux marins, le dauphin et les êtres de même ordre. Les autres sont d'abord ovipares [733a] en eux-mêmes, et ensuite vivipares au dehors, comme ceux qu'on appelle Sélaciens.
§ 9. Entre les ovipares, les uns font leur œuf complet, comme les oiseaux, par exemple, comme les quadrupèdes ovipares, et les ovipares dépourvus de pieds, tels que les lézards et les tortues d'une part, et, d'autre part, le plus grand nombre des espèces de serpents. Dans tous ces animaux, les [5] œufs une fois sortis ne prennent plus d'accroissement. Au contraire, d'autres ovipares font des œufs imparfaits, comme les poissons, les crustacés et ceux qu'on appelle des mollusques; car les œufs de ceux-là ne se développent qu'après leur sortie.
§ 10. Tous les vivipares et les ovipares ont du sang; et tous les animaux qui ont du sang sont ou vivipares ou ovipares, quand ils ne sont pas absolument inféconds. [10] Mais, parmi les exsangues, les insectes font des larves, soit qu'ils naissent d'un accouplement, soit qu'ils se fécondent eux-mêmes. C'est qu'en effet, il v a des insectes qui naissent spontanément; mais il y en a aussi qui sont mâles et femelles; ils produisent un être en s'accouplant; mais l'être ainsi produit est imparfait. Nous avons exposé la cause de ce phénomène dans d'autres ouvrages, antérieurs à celui-ci.
§ 11. [15] Il y a de grandes variétés de ce genre selon les espèces. Ainsi, tous les animaux à deux pieds ne sont pas vivipares, puisque les oiseaux sont ovipares; mais, tous les animaux à deux pieds ne sont pas non plus ovipares sans exception, témoin l'homme, qui est vivipare. De même non plus, tous les quadrupèdes ne sont pas ovipares, puisque le cheval, le bœuf et des milliers d'autres espèces sont vivipares; mais tous les quadrupèdes ne sont pas vivipares, puisque les lézards, les crocodiles [20] et une foule d'autres font des œufs.
§ 12. Ce n'est pas d'ailleurs parce que les animaux ont des pieds, ou qu'ils n'ont pas de pieds, qu'ils diffèrent à cet égard; car il y a des animaux sans pieds, des apodes, qui sont vivipares, témoins les vipères et les sélaciens; et d'autres apodes sont ovipares, comme l'ordre des poissons et le reste des serpents. Parmi les animaux qui sont pourvus de pieds, il s'en trouve un bon nombre qui sont ovipares et vivipares, comme ceux qu'on vient de nommer, et qui ont quatre pieds. En outre, il y a des [25] animaux qui sont pourvus de pieds et qui sont vivipares en eux-mêmes, tels que l'homme, et aussi des animaux apodes, tels que la baleine et le dauphin, qui sont vivipares de la même façon.
§ 13. II n'est donc pas possible de diviser les classes d'animaux par ces caractères; et aucun des organes destinés à la marche ne suffiraient à expliquer la cause de leurs différences. Tout ce qu'on peut dire, c'est que les animaux dont la nature est plus parfaite et qui représentent un principe plus pur, sont vivipares, et qu'aucun animal n'est [30] vivipare en lui-même, s'il ne reçoit l'air et s'il ne respire. Les plus parfaits sont ceux qui, de nature, sont plus chauds et plus humides, et qui ne sont pas terreux.
§ 14. C'est le poumon qui détermine la chaleur naturelle, dans tous les animaux où cet organe est plein de sang. En général, les animaux qui ont un poumon sont plus chauds que ceux qui n'en ont pas; et même parmi ceux qui ont un poumon, les plus chauds sont ceux dont le poumon n'est, ni spongieux, ni visqueux, ni peu sanguin, mais, au contraire, plein de sang [733b] et mou.
§ 15. De même que le jeune peut être complet, tandis que l'œuf est incomplet ainsi que la larve, de même il est dans l'ordre de la Nature que l'être complet vienne d'un être plus complet que lui. Les animaux qui sont plus chauds parce qu'ils ont un poumon, et qui sont d'une nature plus sèche, ou bien qui sont plus froids et plus humides [5], tantôt font un œuf complet quand ils sont ovipares; et tantôt, après avoir fait un œuf, ils sont vivipares en eux-mêmes. Ainsi, les oiseaux et les animaux à écailles pourraient produire des êtres complets à cause de leur chaleur; mais ils sont ovipares à cause de leur sécheresse.
§ 16. Quant aux sélaciens, comme ils sont moins chauds que les oiseaux et plus humides qu'eux, ils participent des deux organisations; ils produisent en eux-mêmes un œuf, et [10] ensuite un être vivant, faisant un œuf, parce qu'ils sont froids, et un être vivant parce qu'ils sont humides. C'est que l'humide est plein de vie, et que le sec est de beaucoup ce qu'il y a de plus éloigné de l'être animé. Or, comme ils n'ont ni ailes, ni carapaces, ni écailles, qui sont les marques d'une nature plus sèche et plus terreuse, ils font un œuf qui est mou.
§ 17. Mais le terreux ne flotte pas plus à la surface [15] dans l'œuf qu'il n'y flotte dans l'animal lui-même; et c'est là ce qui fait que ces animaux produisent en eux-mêmes un œuf ; car si l'œuf, n'ayant rien qui le protège, allait au dehors, il y périrait. Mais les animaux plus froids et plus secs produisent un œuf qui est incomplet, et qui a une pellicule dure, parce que ces animaux sont terreux. Cet œuf, tout incomplet qu'il est, peut subsister sain et sauf, parce que son enveloppe est assez ferme pour le protéger.
§ 18. [20] Les poissons qui ont des écailles et les crustacés, qui sont terreux, font aussi des œufs revêtus d'une peau assez résistante. Les mollusques, dont le corps est naturellement visqueux, font réussir les œufs qu'ils répandent de la manière suivante, c'est-à-dire, en versant en abondance sur la ponte une liqueur visqueuse.
§ 19. Quant aux insectes, ils sont tous larvipares [25] ; et comme ils n'ont pas de sang, ils font leurs larves au dehors. Cependant, les animaux exsangues ne font pas tous des larves sans exception. On remarque beaucoup de variétés entre eux et des uns aux autres, selon qu'ils font des larves, ou selon que l'œuf qu'ils pondent est incomplet, comme le font aussi les poissons, les animaux à carapaces, les crustacés et les mollusques. [30] Pour ceux-ci, les œufs sont produits sous forme de larves, et ils se développent et croissent au dehors; pour les autres, les larves prennent plus tard la forme d'œufs. Dans ce qui va suivre, nous expliquerons comment se passent tous ces phénomènes.
§ 20. Il faut bien nous dire que la Nature s'arrange toujours pour que la génération soit régulière et continue. Les animaux les [734a] plus parfaits et les plus chauds font un jeune qui est complet quant à la qualité; car aucun animal ne produit un jeune qui soit complet quant à la quantité, puisque tout ce qui naît prend de la croissance ; et les animaux supérieurs produisent les jeunes immédiatement en eux-mêmes.
§ 21. Mais, les animaux de second ordre [5] n'engendrent pas directement en eux-mêmes des êtres complets; ils ne sont vivipares qu'après avoir fait préalablement un œuf en eux-mêmes; et au dehors, ils font un petit vivant. II en est qui ne font pas un animal vivant, mais seulement un œuf; et cet œuf, en lui-même, est complet. Ceux même d'entre ces animaux dont la nature est plus froide ne font pas un œuf complet; mais leur œuf se complète et s'achève au dehors, comme on le voit dans les poissons à écailles [10], dans les crustacés et dans les mollusques. Quant au cinquième ordre, qui est le plus froid de tous, il ne produit pas d'œuf directement; mais il subit au dehors les transformations dont on a parlé. Ainsi, les insectes font d'abord des larves; la larve en se développant devient une sorte d'œuf; car ce qu'on appelle la chrysalide remplit la fonction [15] de l'œuf; et de cet œuf, provient ensuite un animal qui, dans ce troisième changement, prend son développement définitif.
§ 22. En résumé, il y a des animaux qui, comme on l'a dit antérieurement, ne viennent pas de sperme; mais tous les animaux qui ont du sang viennent de sperme, et ce sont ceux chez lesquels, à la suite d'un accouplement, le mâle introduit le sperme dans la femelle [20] ; cette semence ainsi introduite fait que le jeune se constitue et reçoit la forme qui lui est propre. D'autres animaux reçoivent la vie dans les parents eux-mêmes; enfin, d'autres animaux viennent dans des œufs, dans des spermes, ou par des transformations analogues.

§ 1. Antérieurement. Plus haut, liv 1, ch. 1, § 5, et ch. II, § 2. -  Qu'elle n'a que deux partis à prendre. Le texte n'est pas aussi précis; mais l'opposition que l'auteur a mise dans les deux membres de la phrase, autorise l'addition que j ai faite. - A la nécessité.,. au principe supérieur du mieux. C'est à ce dernier principe qu'Aristote a recours le plus ordinairement; et c'est ainsi qu'il justifie son admiration pour la sagesse de la Nature. - Et à la cause finale, Qui se confond avec le mieux, la Nature faisant toujours les choses le mieux possible. Voir la Métaphysique, liv. V, ch.  V, et la Physique. liv. II, ch. IX, de ma traduction.

§ 2. Eternelles... être ou n'être pas. La distinction est très simple; mais elle n'en est pas moins profonde. Voir le Traité des Parties des animaux, où elle a été exposée admirablement, liv. I, ch. V, de ma traduction, pp. 56 et suiv. - Le bien et le divin. Qui, au fond, ne sont qu'une seule et même chose. - Causes du mieux. C'est là le véritable rôle du bien, réalisant de plus en plus sa propre essence, à mesure qu'il se développe. - Participer, tour à tour... Être tantôt mieux, et être tantôt pis. Les choses éternelles au contraire sont absolument immuables. - Il n'y a pas d'autres causes que celles-là. Sur ce point, Aristote est d'accord user le Timée de Platon et avec la Genèse; il n'y a pas d'autre cause à l'existence du monde que la bonté de Dieu: la philosophie et la raison ne peuvent pas remonter à un principe plus haut que celui-là.

§ 3. Cet ordre d'êtres. C'est-à-dire, les êtres animés, comprenant les plantes aussi bien que les animaux proprement dits. - Eternels dans la mesure où ils peuvent le devenir. Par la reproduction perpétuelle des individus, transmettant la vie qu'ils ont reçue à d'autres êtres de même espère. C''est là une vérité incontestable, ressortant du spectacle de la Nature, telle que l'homme peut l'observer. Aristote a donc cru d'une manière imperturbable à la fixité des espèces; et il aurait été bien étonné des théories qui nient cette fixité et y substituent une perpétuelle mobilité; voir la préface au Traité des Parties des animaux, p. CLXIII, de ma traduction. - L'espèce humaine et l'espèce végétale. J'ai conservé ces formules, qui sont fort acceptables à la biologie moderne: la vie est dans les trois espèces, bien qu'à des degrés divers, et c'est là ce qui permet de les réunir sous une même théorie.

§ 4. Le principe des uns et des autres... Comme ceci s'adresse aux plantes aussi bien qu'aux animaux, il semblerait qu'Aristote admet aussi des sexes dans les plantes. Voir plus haut, liv. 1. ch. 10. - Il vaut mieux... C'est résoudre la question par la question, puisque c'est supposer d'abord que le mâle vaut mieux que la femelle, le mâle donnant le mouvement et la vie, la femelle ne fournissant que la matière. La femelle ne vaut pas moins que le mâle; ce sont deux êtres égaux, et tous les deux indispensables.

§ 5. Qui leur est commune à tous deux. Ainsi, l'égalité semble régner entre eux et l'un n'est pas plus que l'autre. - A cette condition que les plantes. Ceci semble prouver encore que le philosophe soupçonnait l'existence des sexes dans les végétaux, sans d'ailleurs connaître leurs organes. - La faculté de la sensibilité. Voir plus haut. liv. I, ch. XVI, § 8. Voir aussi les citations indiquées dans la note sur ce passage.

§ 6. Dans la plupart. Il y a des exceptions pour les espèces hermaphrodites. - Que nous venons d'exposer. Dans ce chapitre, sans parler des théories du premier livre. - Ainsi que nous l'avons vu. Plus haut, liv. I, ch. X. § 2. - N'en émettent pas. Ce sont en général les insectes, selon Aristote. - Ces animaux. C'est-à-dire ceux qui émettent de la liqueur séminale. - Plus de développement et de grandeur. II n'y a qu'un seul mot dans le texte. - La chaleur que l'âme produit. L'âme représente ici le principe vital, ainsi que dans tout le Traité de l'Âme. - La chaleur qui détermine le mouvement. Cette assertion ne saurait être prouvée. La volonté est plus puissante que la chaleur pour déterminer le mouvement. - Sont plus gros... Celte observation est exacte, si on la prend dans sa généralité.

§ 7. On doit comprendre maintenant. Cette assertion n'est peut-être pas aussi clairement justifiée que l'auteur le suppose; mais on ne doit pas s'en étonner après les efforts qu'il a faits pour résoudre ce grand problème. - Mais parmi les animaux... Les distinctions qu'Aristote fait ici sont très réelles et la science moderne ne saurait dire mieux. - Qui mettent au jour des êtres vivants. Ce sont les vivipares, parmi lesquels les mammifères tiennent la principale place. - Qui n'a pas... de membres. Comme en ont les jeunes vivipares. - Sa forme. On pourrait comprendre aussi qu'il s'agit de la forme transmise par les parents; mais le premier sens est plus naturel. - Ceux qui ont du sang. Les oiseaux et les poisons. - Ceux qui n'ont pas de sang. Ce sont les insectes. - Larves. Voir l'Histoire des Animaux, liv. I, ch. IV, §§ 3 et 7. Mais nulle part mieux qu'ici Aristote n'a expliqué la différence de l'œuf et de la larve. - Une certaine partie. Dans l'œuf c'est le blanc d'où naît le poussin. - L'autre partie restante. C'est le jaune, qui nourrit le poussin pendant un temps déterminé. - Entièrement fait. II y a des insectes qui subissent des métamorphoses; mais les insectes, qui n'ont point d'ailes sortent de l'œuf avec la forme qu'ils doivent toujours garder. Il y a aussi des insectes qui ne subissent qu'une demi-métamorphose. Voir Cuvier, Règne animal, tome. IV, p. 316. édition de 1829.

§ 8. Quant aux animaux vivipares. Les distinctions entre les animaux vivipares ne sont pas moins fondées que celles qui précèdent. - En eux-mêmes. Ce sont les mammifères. - Le dauphin. Voir Cuvier, Règne animal, tome I. p. 287. Le dauphin fait partie dès cétacés à tête de grosseur ordinaire. par opposition aux cachalots et aux baleines qui ont la tète démesurément grosse. - Sélaciens. Voir Cuvier. Règne animal, tome II, p. 383. Les sélaciens sont la première famille des chondroptérygiens à branchies fixes : cette famille se compose de deux genres, les squales et les raies. Voir aussi l'Histoire des Animaux, liv. 1. ch. ch. IV. et liv. II ch, IX. § 5., et passim: et M. Claus, Zoologie descriptive. p 812. trad. franç.

§ 9. Entre les ovipares. Les différences entre les ovipares sont très exactement indiquées, et elles sont incontestables. - Leur œuf complet. Une fois pondu, l'œuf n'a plus qu'à se développer intérieurement, par l'action de la chaleur venue de l'incubation. - Quadrupèdes ovipares. Les lézards et les tortues. - Ovipares dépourvus de pieds. Les ophidiens proprement dits, parmi les reptiles. Le texte présente une confusion que je n'ai pu éviter, tout en l'atténuant - Ne prennent plus d'accroissement. Le fait est exact. L'accroissement se fait dans l'intérieur de l'œuf, sans se produire en rien au dehors. - Ne se développent qu'après leur sortie. La différence n'est peut-être pas aussi grande que l'auteur le pense, et l'incubation de la mère dans les oiseaux est un complément qui ne vient aussi qu'après la ponte.

§ 10. Ont du sang. Ce caractère est très réel. - Absolument inféconds. L'infécondité est un fait accidentel, à moins qu'un ne veuille parler des hybrides; on ne peut pas la considérer comme un fait permanent. - Se fécondent eux-mêmes. Ce sont les espèces hermaphrodites. - Dans d'autres ouvrages. Voir l'Histoire des Animaux, qui s'est beaucoup occupée des insectes, liv. 1, ch. 1, § 13, et surtout le livre IV, qui leur est consacré presque tout entier, et aussi liv. V. ch. XVIII. Le traité des Parties des animaux parle également beaucoup des insectes, liv. II, c. VIII, § 8 de ma traduction.

§ 11. De grandes variétés de ce genre. Toutes ces généralités sont d'une exactitude irréprochable; la science actuelle n'a peut-être plus à s'en occuper; mais, au début, elles étaient indispensables et fort instructives. On ne classe plus les animaux selon qu'ils sont vivipare ou ovipares; mais on distingue les mammifères et les oiseaux, ce qui revient à peu près au même. - Tous les quadrupèdes ne sont pas ovipares... ne sont pus vivipares. Ces distinctions sont aussi claires que réelles. - Une foule d'autres. C'est exagéré, parce que les espèces de quadrupèdes ovipares ne sont pas nombreuses.

§ 12. Parce que les animaux ont des pieds. Aristote, voit bien que les pieds ne peuvent être un élément suffisant de classification. Voir le paragraphe qui suit. - Sans pieds, des apodes. II n'y a que le dernier mot dans le texte. - Les vipères et les sélaciens. Ces exemples sont bien choisis, et on les connaît par les détails donnés précédemment. - Le reste des serpents. Par opposition à la vipère qui est vivipare, comme son nom l'indique. - Parmi les animaux... Ce paragraphe paraît n'être qu'une répétition assez peu utile. - La baleine et le dauphin. Voir plus haut, § 8.

§ 13. Il n'est donc pas possible... La remarque est parfaitement juste; et en effet. il n'y a pas de naturaliste qui ait essayé une classification d'après cette donnée. - Expliquer la cause de leurs différences. Le nombre de pieds, la présence ou l'absence de ces organes, sont des détails anatomiques importants: mais ils ne sont pas assez décisifs. Voir Cuvier. Règne animal. tome I. pp. 48 et suiv.: Distribution générale du règne animal en quatre grandes divisions, vertébrés. mollusques, articulés, rayonnés. C'est bien toujours l'anatomie qui détermine la classification ; mais c'est l'ensemble de l'organisation qu'il faut considérer, et non pas seulement une partie. - Dont la nature est plus parfaite. Sans croire à l'échelle des êtres. on peut affirmer que certains animaux sont plus parfaits que certains autres. - Un principe plus pur. Au fond, le principe est toujours le même: et ce principe dernier est le Créateur: mais c'est la forme qui est inférieure, si d'ailleurs la cause est identique. - Plus chauds et plus humides... qui ne sont pas terreux. C'est toujours la théorie des quatre éléments, qui se reproduit dans ces premiers essais de chimie organique.

§ 14. C'est le poumon. Cette théorie est absolument celle de la science moderne : c'est la combustion du carbone et de l'hydrogène par l'oxygène de l'air, dans le poumon, qui est regardée aujourd'hui comme la cause de la chaleur animale. Quelques naturaliste de nos jours se sont trompés en affirmant que les Anciens faisaient venir du cœur la chaleur animale: on voit qu'il n'en est rien. II est admis maintenant que la chaleur se produit dans l'organisme par le contact de l'oxygène de l'air avec les éléments solides ou liquides. Ce contact a lieu particulièrement dans le poumon. Ainsi. Aristote est dans le vrai pour ce qui concerne ce phénomène essentiel; voir M. G. Colin. Physiologie comparée des animaux, tome Il, p. 933, 2e édition. et M. Gavarret, « De la chaleur produite par les êtres vivants ». p. 507; voir aussi M. Béclard. Physiologie humaine, 6e édition. pp. 446 et suiv. C'est de l'action plus ou moins vive du poumon qu'on a tiré la distinction des animaux à sang chaud et à sang froid. - Ni spongieux ni visqueux. On sait que le poumon n'existe que dans les trois premières classes des vertébrés, où il est essentiellement composé de canaux aériens cartilagineux, de vésicules membraneuses, de vaisseaux sanguins très ramifiés, et dune membrane extérieure. qui les enveloppe et les protège; voir Cuvier. Anatomie comparée, tome IV, pp. 308 et suiv., 1ère édition. - Plein de sang et mou. Ces caractères sont exacts.

§ 15. Le jeune. Le texte dit d'une manière générale : « l'animal », le vivant: c'est le produit des vivipares. - Dans l'ordre de la Nature. Dont Aristote ne cesse d'admirer la sagesse. - L'être complet. C'est le petit des vivipares, qui est complet en naissant, parce qu'il a tous les organes qui plus tard ne feront que se développer. - D'un être plus complet que lui. L'enfant vient de l'homme; l'homme engendre l'homme, selon les formules aristotéliques. - Un œuf complet. Comme les œufs de gallinacés, qui n'ont plus besoin pour produire le poussin que de la chaleur de l'incubation. - Ils sont vivipares en eux-mêmes. Comme les sélaciens, cités dans le paragraphe suivant. - La cause de leur sécheresse. L'explication est bien hypothétique.

§ 16. Quant aux sélaciens. Voir Cuvier, Règne animal. tome II, p. 384. II y a des sélaciens dans le corps desquels éclosent les petits; d'autres ont des œufs revêtus d'une coque dure et cornée. - Froids... humides. Ces théories ne sont pas acceptables, bien qu'elles soient ingénieuses. - Plus sèche et plus terreuse. Entre les quatre éléments, c'est la terre seule qui représente le sec.

§ 17. Ne flotte pas à la surface. Ceci veut dire que la partie terreuse, étant la plus lourde, reste au fond, où elle produit l'œuf, d'où le jeune doit sortir. Le texte n'est pas plus précis que ma traduction. - N'ayant rien qui le protège. Ce qui protège l'œuf des gallinacés, par exemple. c'est la coquille, qui a la dureté nécessaire: et cette dureté ne peut venir que de la partie terreuse, selon la théorie des quatre éléments. - Les animaux plus froids et plus secs. Ceci est bien vague; et un ne voit point assez nettement quels sont les animaux que l'auteur veut désigner. - Une pellicule dure. Cette organisation de l'œuf est de toute évidence dans les oiseaux; mais chez les poissons mêmes, l'œuf a toujours une pellicule résistante; et sans elle, il ne subsisterait pas. Aristote le fait remarquer dans le paragraphe suivant.

§ 18. Les poissons qui ont des écailles. Peut-être Aristote veut-il distinguer par là les cétacés et les poissons cartilagineux des autres animaux aquatiques. La plupart des poissons ont le corps couvert d'écailles: mais la zoologie moderne ne semble pas attacher d'importance à ce caractère; voir Cuvier, Règne animal. tome II, p. 125, édition de 1829. - Qui sont terreux. Sans doute à cause du test ou carapace que portent ces animaux. Voir Cuvier. Règne animal, tome IV, pp. 26 et 27. - Dont le corps est naturellement visqueux. C'est là ce qui leur a fait donner le nom qu'ils portent. « Leur peau est nue, dit Cuvier, très sensible, ordinairement enduite d'une humeur qui suinte de ses pores. » Règne animal, tome III, p. 3. Leur peau ressemble à une membrane pituitaire; et elle se développe en une sorte de manteau, qui recouvre tout le corps. Leurs œufs, dans les mollusques ovipares, sont enveloppés d'une coquille plus ou moins dure, ou même d'une simple viscosité; Cuvier, id., ibid., p. 6.

§ 19. Quant aux insectes. Voir sur la génération des insectes. Cuvier-Latreille, tome IV, p. 314. du Règne animal. Le premier état des insectes dans leurs métamorphoses est celui de larves. - Larvipares. Voir l'Histoire des Animaux, liv. IV, ch. 7, de ma traduction. Le mot de Larvipares est admis dans le langage de la science; mais il ne l'est pas par l'Académie. - Comme ils n'ont pas de sang. Ce n'est pas là sans doute la véritable cause. - Beaucoup de variétés. C'est dans les insectes, troisième embranchement, ou forme, de Cuvier, que la fécondité de la matière se montre la plus étonnante; les espèces sont a peu près innombrables; elles s'élèvent déjà à plusieurs centaines de mille; voir M. Claus, Zoologie descriptive, p. 563, trad. franç. - Sous forme de larves. Sur les larves et leurs métamorphoses, voir M. Claus, id., ibid.. pp. 557 et suiv. - Plus tard la forme d'œufs. Ces détails ne sont pas assez complètement exposés pour être tout à fait clairs; et l'auteur lui-même semble le sentir en annonçant des études ultérieures. - Dans ce qui va suivre. Voir plus loin. liv. III, ch. III et suiv., sur les œufs des poissons et des animaux inférieurs.

§ 20. La Nature s'arrange toujours... Nouveau témoignage d'admiration pour la sagesse de la Nature. - Régulière et continue. C'est la fixité et la perpétuité des espères, niées dans ces derniers temps avec tant de légèreté et d'audace, malgré l'évidence des faits. Voir plus haut, ch. I. § 3. - Quant à la qualité. C'est l'espèce et l'essence. - Quant à la quantité. Ces distinctions sont très nettes. Tout animal s'accroît, après sa naissance, par la nourriture qu'il prend.

§ 21. Les animaux de second ordre. Tout ce passage est un des plus importants en ce qui concerne la classification telle que l'entendait Aristote. et telle qu'il l'établissait : vivipares proprement dits; vivipares après production d'un œuf eu eux-mêmes; ovipares à œuf complet; ovipares à œuf incomplet; enfin larvipares. La science moderne a trouvé d'autres principe de classification, tirés surtout de l'anatomie. Mais les caractères indiqués par Aristote n'en méritent pas moins d'attention; ils s'adressent au principe même de la génération et de la vie. - Les transformations. Ce sont les métamorphoses des insectes. - Dont on a parlé. Plus haut, ch. I, § 7. - Une sorte d'œuf. Voir plus haut, § 19. - La chrysalide. Le rôle de la chrysalide est très bien exposé. C'est en effet une espèce d'œuf particulière. - Ce troisième changement. Ce sont les trois métamorphoses des insectes.

§ 22. Antérieurement. Liv. 1, ch. I. § 5. - Qui ont du sang. Nous dirions aujourd'hui : « à sang rouge », pour les distinguer des animaux à sang blanc. - Dans les parents eux-mêmes. Ce sont les vivipares. - Transformations. Le mot du texte signifie littéralement « séparations ». L'œuf habituellement se sépare, en effet,. de l'animal qui le produit.

CHAPITRE II
Question générale de la production des animaux; trois conditions indispensables, la matière, la cause et l'essence; la matière est dans la femelle; la cause est dans le sperme; son action spéciale; citations des vers Orphiques ; de la production des différents organes ; comparaison avec le mouvement des automates, dont l'un fait mouvoir l'autre, et produit une succession de mouvements indépendants; mouvement à peu près semblable communiqué par le sperme; il donne le premier mouvement, et les parties diverses de l'animal se développent à la suite ; comparaison des productions de la Nature et des productions de l'art; le sperme a une âme, principe de la nutrition et de la croissance de tous les êtres, des plantes aussi bien que des animaux ; le cœur est le premier organe qui paraît en eux : et il est le principe de la croissance ultérieure.

§ 1. Une question plus difficile se présente ici : comment se peut-il que de la semence, soit des plantes, soit des animaux, il sorte un être quelconque? II y a nécessité [25] évidente que tout ce qui naît naisse de quelque chose, par l'action de quelque chose, et soit lui-même quelque chose. De quelque chose, c'est la matière, que certains animaux portent primitivement en eux-mêmes, après l'avoir reçue de la femelle. C'est ce que font tous les animaux qui ne viennent pas de vivipares, mais qui proviennent d'œufs ou de larves. D'autres aussi tirent leur nourriture de la femelle, pendant un temps fort long, par l'allaitement, comme le font [30] tous ceux qui sont issus de vivipares, soit au dehors, soit même en dedans. Ainsi, cette matière est bien ce dont viennent les animaux.
§ 2. En second lieu, on se demande non plus De quoi viennent les animaux, mais Par quelle action sont faites les parties qui les composent. Ou bien, c'est quelque chose d'extérieur qui les fait ; ou bien, il y a dans la semence et dans le sperme quelque chose qui s'incorpore à eux : et ce quelque chose [734b] est, ou une certaine partie de l'âme, ou l'âme entière, ou ce qui pourrait acquérir une âme. Mais, la raison ne peut pas admettre que ce soit quelque chose d'extérieur qui vienne composer chacun des viscères, ou chacune des autres parties quelconques de l'animal ; car il est impossible qu'il y ait mouvement s'il n'y a pas de contact, et que, s'il n'y a pas de moteur, l'être puisse éprouver de lui quoi que ce soit.
§ 3. [5] Il faut donc qu'il y ait primitivement, dans le germe même, quelque chose d'originaire qui soit, ou une partie de lui, ou quelque partie qui en soit séparée. Que ce quelque chose soit séparé, et autre que lui, c'est ce que raisonnablement on ne saurait supposer. L'animal une fois produit, ce quelque chose disparaît-il ? ou reste-t-il ? Mais, on ne voit rien qui soit en lui sans être aussi une partie du tout, qu'il s'agisse d'une plante ou d'un animal. II n'est pas moins impossible que ce qui a fait [10], ou toutes les parties ou certaines parties de l'animal, puisse périr et disparaître; car alors qui formerait les parties restantes?
§ 4. Si ce quelque chose forme le cœur, par exemple, et qu'il disparaisse, et que le cœur à son tour forme quelque autre organe, l'objection est toujours la même, et il faut que tout périsse ou que tout subsiste et demeure. Or, l'animal subsiste; il y a donc une partie de lui qui se trouve immédiatement dans le sperme, et s'il n'y a rien de l'âme [15] qui ne doive être aussi dans une certaine partie du corps, il faut que, dès l'origine, cette partie soit immédiatement animée par l'âme. Et alors, comment les autres parties le sont-elles ?
§ 5. De deux choses l'une : ou toutes les parties se forment ensemble et à la fois : cœur, poumon, foie, œil, et tout le reste; ou bien, elles se forment successivement, comme il est dit dans les vers attribués à Orphée, où l'on prétend que l'animal se forme successivement «comme [20] les mailles d'un filet.
» Que toutes les parties du corps ne soient pas formées en une fois, c'est ce que la moindre observation sensible nous fait voir. Dès le premier instant, certains organes se montrent, tandis que d'autres n'apparaissent pas encore. Et qu'on ne dise point que c'est à cause de leur petitesse qu'on ne les aperçoit point; car le poumon, qui est plus gros que le cœur, ne se montre qu'après le cœur, dans ces premiers développements de la génération.
§ 6. [25] Puisque tel organe vient auparavant, et que l'autre organe vient après, on demande si l'un des deux produit l'autre, ou s'il vient simplement à la suite, ou, pour mieux dire, si l'un ne vient pas après l'autre Voici ce que je veux dire : ce n'est pas le cœur qui, après avoir été fait lui-même, fait à son tour le foie, comme le foie ferait encore tel autre viscère ; mais l'un vient uniquement après l'autre, comme après l'enfant vient l'homme, sans que l'homme soit fait par l'enfant. La raison [30] de ceci, c'est que, dans tous les produits de la Nature et de l'art, ce qui est en puissance vient de ce qui est en réalité et par son fait, de telle sorte qu'il faudrait qu'ici l'idée et la forme fussent déjà dans l'être actuel, et, par exemple, que la forme du foie fût d'abord dans le cœur. Autrement, on ne fait qu'une hypothèse dénuée de sens, et une pure rêverie.
§ 7. Mais ce qui est encore tout aussi faux, c'est de supposer qu'il y a immédiatement dans le sperme une partie intrinsèque, soit de la plante, soit de l'animal [35], naissant tout à coup, que cette partie d'ailleurs puisse ou ne puisse pas former tout le reste, s'il est vrai que tout être vienne ou de semence ou de liqueur génératrice. Il est clair eu effet que l'embryon serait formé par l'être qui fait le sperme, si l'embryon était d'abord [735a] dans cet être. Mais il faut que le sperme soit antérieur à l'être produit; et le sperme n'est l'œuvre que de l'être qui engendre. II n'est donc pas possible qu'il y ait en lui aucune partie de l'être engendré. Ainsi, l'état qui en fait un autre n'a pas en lui-même les parties de l'être qu'il fait.
§ 8. Mais il n'est pas possible davantage que ces parties soient en dehors de lui. Cependant, il faut nécessairement qu'une de ces deux assertions soit vraie, et nous devons essayer de résoudre ces difficultés. [5] Dans les deux alternatives qu'on vient d'indiquer, il n'y a rien d'absolu ; et peut-être ne doit-on pas affirmer que, d'une certaine manière, à un certain moment, il soit impossible que quelque être ne puisse provenir d'une cause extérieure à lui. Ceci est en partie possible et en partie impossible.
§ 9. Dire le Sperme ou dire l'Être d'où vient le sperme, c'est au fond la même chose, en ce que cet être a en lui-même le mouvement qu'il a communiqué à son sperme. Il est tout à fait possible que telle ou telle chose mette en mouvement telle autre chose, [10] et que cette autre en meuve une autre encore, comme on le voit dans les automates, que l'on montre par curiosité. Les parties qui y sont immobiles ont une espèce de force motrice; et quand l'une de ces parties a reçu un premier mouvement du dehors, la partie suivante se met aussitôt en un mouvement réel.
§ 10. De même donc que, dans les automates, telle partie donne le mouvement sans rien toucher actuellement, mais parce qu'elle a touché antérieurement ce qu'elle meut, [15] de même l'être d'où vient le sperme, ou qui a fait le sperme, a bien touché naguère quelque partie, mais il ne la touche plus actuellement ; ou plutôt, c'est le mouvement qui est en lui qui a touché, tout comme c'est l'art de l'architecte qui met la construction de la maison en mouvement.
§ 11. Il est donc certain qu'il existe en ceci quelque chose qui fait et produit l'être, sans que ce soit en tant qu'être déterminé, ni en tant qu'être préalablement et absolument accompli. Quant à savoir comment chaque être peut se produire, [20] il faut tout d'abord poser ce principe supérieur, que tous les produits de la Nature ou de l'art ont pour cause un être réel et actuel, produit par un être qui en puissance est tel que lui. Le sperme est donc de telle nature, et il a une action et un mouvement de telle nature, que, même après que son mouvement a cessé, chacune des parties de l'être se forme et devient animée. Il n'y a plus de visage, [25] il n'y a plus de chair, si cette chair et ce visage n'ont pas d'âme et de vie ; car une fois détruits par la mort, ce n'est plus qu'une simple homonymie qui peut les désigner encore sous ce nom, comme on parle de main et de chair, quand il ne s'agit que d'une main et d'une chair de pierre ou de bois.
§ 12. Les parties similaires de l'animal et ses parties organiques se forment tout ensemble; et de même que nous ne dirions pas que c'est le feu qui a fait une hache ou tel autre instrument, de même on ne peut pas dire non plus que le sperme ait fait le pied [30], la main, la chair, etc., qui ont également leur fonction particulière. La chaleur et le froid peuvent bien produire, dans les parties qui sont une fois animées, la dureté, la mollesse, la viscosité, la rudesse et d'autres qualités de ce genre; mais le froid et la chaleur ne peuvent pas faire l'essence qui forme, de ceci de la chair, et de cela un os. Ce qui produit cette essence, c'est le mouvement [35] venu du parent qui existe en acte, et qui engendre ce qui n'est qu'en puissance.
§ 13. C'est de ce parent que vient le mouvement, et il en est ici tout à fait de même que pour les produits de l'art. La chaleur [735b] et le froid font bien que le fer s'amollit ou se durcit; mais ce qui fabrique l'épée, c'est le mouvement des instruments, lequel mouvement a la raison même de l'art. En effet, l'art est le principe et l'idée du produit; seulement, l'art agit dans un autre être, tandis que le mouvement de la nature a lieu dans l'être lui-même, et ce mouvement vient d'une autre nature qui a déjà l'espèce en acte et en réalité.
§ 14. Du reste, on peut se demander pour le sperme, tout aussi bien que pour les organes, s'il a ou s'il n'a pas d'âme. L'âme ne se trouve exclusivement que dans l'être dont elle est l'âme ; et et n'y a de partie véritable que celle qui participe de l'âme; ou autrement, ce n'est qu'une simple homonymie, comme l'œil d'un cadavre. Il est donc clair que le sperme a une âme, et qu'il est âme puissance. D'ailleurs, ce qui est en puissance peut être, [10] relativement à lui-même, plus ou moins loin de se réaliser, de même qu'un géomètre qui dort est plus loin de faire de la géométrie que le géomètre éveillé; et celui-ci, quand il ne fait pas de géométrie, est plus éloigné que celui qui en fait.
§ 15. Aucune partie de l'âme n'est la cause réelle de la génération; et la génération ne vient que de l'être qui a été auteur du mouvement extérieur. Aucune partie de l'animal ne s'engendre elle-même ; mais une fois engendrée, elle peut s'accroître par elle toute seule. II y a [15] donc un premier degré, et tout ne se fait point à la fois; mais, de toute nécessité, ce qui se produit tout d'abord, c'est ce qui contient le principe de la croissance future. Que l'être soit une plante ou qu'il soit un animal, il a toujours la faculté de se nourrir; et cette faculté est aussi celle qui fait que l'être produit un autre être semblable à lui, parce que c'est là une fonction inhérente à tout être qui est naturellement complet, soit animal, soit plante.
§ 16. Il y a donc nécessité qu'il en soit ainsi, parce [20] qu'une fois que l'être existe, il faut nécessairement qu'il se développe et qu'il croisse. C'est bien un être synonyme à lui qui l'a produit, comme l'homme engendre l'homme; mais une fois produit, l'être s'accroît de son propre fond. Il y a donc une cause à la croissance qu'il doit prendre plus tard. Et quand il y a quelque cause de ce genre, il faut que ce quelque chose existe avant tout le reste. Si c'est le cœur qui est produit le premier dans les animaux, et la partie correspondante au cœur chez les animaux qui n'ont pas de cœur, [25] il s'ensuit que c'est le cœur qui est le principe dans ceux qui ont un cœur, et que c'est la partie analogue dans ceux qui ne sont pas pourvus de cet organe.

§ 1. Une question plus difficile... La question qu'Aristote va discuter est en effet très importante: mais il semble qu'elle ne tient pas de très près à celles qui précèdent. Par sa nature même, elle aurait dû trouver place dans le premier livre, et comme préambule de tout le traité. Mais quoi qu'il en soit. il faut laisser les choses telles qu'elles sont; tout changement serait arbitraire. - De quelque chose, par l'action de quelque chose... Ces répétitions sont dans le texte. - De quelque chose, c'est la matière. Qui se trouve dans l'œuf, pour nourrir le poussin, ou dans la larve, d'où le jeune doit sortir. - D'autres aussi. On pourrait croire que cette phrase a été ajoutée par une main étrangère. L'allaitement ne vient que beaucoup plus tard pour le développement de l'animal; mais le lait n'est pas sa matière primitive. - Ce dont viennent les animaux. Voir la Métaphysique. liv. V, ch. XXIV, de ma traduction.

§ 2. En second lieu. Le texte dit simplement Maintenant. - De quoi. C'est la seconde question posée au paragraphe précédent. - Quelque chose d'extérieur. L'action de l'extérieur peut produire le développement; mais il faut d'abord un principe intérieur, que le dehors peut développer. - Qui s'incorpore à eux. J'ai cru pouvoir ajouter ces mots pour rendre toute la force de l'expression du texte. - Qui pourrait acquérir une âme. Le grec se sert d'un conditionnel, qui me paraît avoir le sens que je donne. - La raison ne peut pas admettre. Aristote fait toujours une part à la raison dans l'explication des phénomènes, après la part faite à l'observation. - S'il n'y a pas de contact. Ceci précise le sens dans lequel il faut entendre l'idée d'Extérieur; mais les pensées ne semblent pas se suivre ici très régulièrement.

§ 3. Primitivement... d'originaire. La répétition est bien dans le texte, quoiqu'elle y soit moins marquée. - Quelque partie qui en soit séparée. Ceci vient d'être dit déjà au paragraphe précédent. - Raisonnablement. Même remarque. - L'animal une fois produit. Ici le mot d'Animal ne désigne que l'embryon qui vient de recevoir la vie. - Ce quelque chose. L'indécision est aussi grande dans le texte. - Sans être aussi une partie du tout. Ce qui implique que ce n'est point quelque chose d'extérieur. - Ce qui a fait, ou toutes les parties... Le principe qui a donné la vie subsiste après cette première manifestation, pour que l'être qui a reçu la vie puisse se développer. - Les parties restantes. Ce ne sont pas des organes nouveaux, qui s'ajoutent à d'autres; ce sont les mêmes organes qui s'accroissent et se complètent.

§ 4. Forme le cœur. Aristote prend le cœur pour exemple. parce que, de tous les viscères, c'est le premier qui se montre dans l'embryon, à cause de ses battements; voir le Traité des Parties, liv. III, ch.. VII, § 8 de ma traduction. - Il faut que tout périsse. Le texte n'est pas plus explicite: et sans doute, l'auteur veut dire que, si le principe initial vient à disparaître, tous les organes cessent de fonctionner, et que le mouvement de l'un ne suffit plus pour mouvoir les autres. C'est le principe même qui doit subsister, pour que tout le reste subsiste et conserve la vie. - Une partie de lui. C'est une cause qui subsiste dans l'embryon plutôt qu'une partie de l'embryon même. - Dans une centaine partie du corps. L'union de l'âme et du corps a toujours été conçue par Aristote de cette manière; voir le Traité de l'Âme, Iiv. II, ch. 1, §§ 4 et 5, et passim. L'âme ne signifie que la vie dans ce passage: ce ne peut pas être encore l'entendement, qui ne vient que plus tard.

§ 5 De deux choses, l'une. Le texte n'est pas aussi formel. - Attribués à Orphée. Ainsi du temps même d'Aristote, les poésies d'Orphée, si jamais il avait composé des vers, n'étaient pas authentiques. - Comme les mailles d'un filet. Ce sont les ramifications des veines, qui, sans doute. auront prêté à cette comparaison. - Que toutes les parties du corps. Ceci n'est peut-être pas exact; tous les organes existent dès le début à l'état embryonnaire; et ils ne font ensuite que se développer. - La moindre observation sensible. C'est chronologiquement le premier élément de la science; la réflexion ne vient qu'après, pour former la théorie et donner l'explication des phénomènes et de leurs causes. - D'autres n'apparaissent pas encore. Mais ils n'en existent pas moins, quoique invisibles. - Et qu'on ne dise point... En ceci. Aristote se trompe, et il est certain que même aujourd'hui où la science dispose d'instruments si puissants, la petitesse des objets est un véritable obstacle aux observations les plus attentives. - Le poumon ne se montre qu'après le cœur. Ceci est exact. Mais c'est le système nerveux qui se développe le premier de tous, sur la tache germinative de l'embryon: puis, les sens, les os, les muscles, la peau. C'est vers le quinzième jour que se montrent les premiers vestige. de l'appareil vasculaire et respiratoire. Le cœur, ou punctum saliens, a des lors des contractions, qui commencent la circulation utérine. Mais tous ces détails sont excessivement ténus, et il n'est pas étonnant que les premiers observateurs ne s'en soient pas rendu compte. voir M. Béclard, Traité élémentaire de physiologie humaine, 6e édition, pp. 1185 et suiv. ; et M. Colin. Physiologie comparée des animaux, 2e édition. tome II, pp 842 et suiv.

§ 6. Si l'un des deux produit l'autre. Cette explication est tout à fait inadmissible. - Simplement à la suite. C'est bien là ce qui semble se passer en effet l'évolution développe successivement tous les organes suscités par un seul et même principe, sans qu'un des organes produise un autre organe. - Après l'enfant vient l'homme. L'enfant se développe dès le jour de la conception, d'abord par la vie intra-utérine puis, par la vie au dehors, où après une vingtaine d'années, plus ou moins, il est arrivé à toute sa croissance. et est enfin devenu homme. - Une hypothèse dénuée de sens et une pure rêverie. Toutes ces observations physiologiques, sur le développement successif des organes, sont d'accord avec les théories modernes les plus autorisées, ainsi que le remarquent MM. Aubert et Wimmer, p. 136. en note.

§ 7. Une partie intrinsèque. Ceci est peut-être aussi exact: et les spermatozoïdes ne semblent pas du tout être une partie intégrante de l'embryon, qu'ils animent. - Soit de la plante, soit de l'animal. C'est que la vie est dans la plante, comme elle est dans l'animal, bien que les manifestations soient différentes. - Il n'est donc pas possible. Cette impossibilité n'est pas aussi bien démontrée que le croit Aristote: mais, il fait bien d'agiter ses questions profondes, et de scruter tous ses mystères. - Les parties de l'être qu'il fait. Ce serait en effet impossible, et rien ne doit le faire supposer.

§ 8. En dehors de lui. Voir plus haut. - Une de ces deux assertions. L'expression du texte est plus vague. - Ces difficultés, Dans un sujet tel que celui de la génération, les obscurités se présentent de toutes parts: elles arrêtent encore nos physiologistes, bien qu'ils en sachent beaucoup plus long qu'Aristote; et il n'y a point à s'étonner qu'il n'ait pas mieux résolu ces problèmes. II n'y a qu'a le louer au contraire de les avoir abordés. - D'une certaine manière, à un certain moment. Ces restrictions sont exprimées dans le texte d'une façon un peu moins précise.- D'une cause extérieure à lui. Même remarque.

§ 9. Dire le sperme. C'est la liqueur fécondante, élaborée par les organes du parent. - L'être d'où vient le sperme. C'est le parent lui-même. On peut en effet les confondre la raison qu'en donne Aristote: le parent ou le sperme, c'est tout un: seulement, dans un cas, on s'arrête à la cause la plus prochaine,  qui est le sperme et dans l'autre, à une cause plus éloignée, qui est l'être d'où vient le sperme. C'est alors l'homme qui engendre l'homme, selon la formule aristotélique. - Telle ou telle chose. Le texte n'est pas plus précis. - Dans les automates. Aristote semble affectionner cette comparaison; voir la Métaphysique. liv. I ch. II, § 22, de ma traduction. Il suffit de la détente d'un ressort pour faire marcher toutes les autres pièces. - Par curiosité. J'ai ajouté ces mots, dont le sens est impliqué dans l'expression du texte. - Une espèce de force motrice. Le mécanisme des automates est ici très bien décrit.

§ 10. De même l'être d'où vient le sperme. Cette comparaison ne sert pas à éclaircir les choses, en se continuant. Celle qui suit et qui assimile le rôle du parent au rôle de l'architecte, n'est pas plus heureuse, ni plus utile.

§ 11. Qui fait et produit. Il n'y a qu'un seul mot dans le texte. - Détermine. J'ai ajouté ce mot pour rendre toute la force de l'expression grecque. - Préalablement et absolument accompli. La vie a été donnée tout d'abord dans sa forme la plus embryonnaire, et le développement ne vient que plus tard. - Réel et actuel. II n'y a qu'un seul mot dans le texte. - Produit par... C'est bien le sens de l'original grec; mais, il semble que ceci est en contradiction avec la théorie ordinaire d'Aristote. qui fait toujours venir la puissance de l'acte, et non l'acte de la puissance. Logiquement, la puissance est antérieure, puisqu'une chose ne devient réelle que parce qu'elle est possible, mais sous le rapport du temps. la réalité précède la puissance. - Le sperme est donc... Cette explication est très remarquable en ce qu'elle se rapproche beaucoup de celle que paraît adopter la science moderne. - De telle nature... de telle nature. La répétition est aussi dans le texte. - D'âme et de vie. Il n'y a dans le texte que le premier mot: mais évidemment l'âme ici c'est la vie à son degré te plus général. - Par la mort. J'ai ajouté ces mots pour plus de clarté. J'ai dû développer quelque peu tout ce passage. - Main... chair. Ces exemples d'homonymies sont familiers d'Aristote.

§ 12. Les parties similaires... organiques. Voir l'Histoire des animaux, liv. 1. ch. 1, § 1 de ma traduction. - Le feu. II s'agit du feu de la forge, que dirige l'ouvrier pour produire les instruments qu'il façonne. - Ne pensent pas faire l'essence. Le grec dit précisément « la raison », la notion, qui sert à exprimer le nom de l'être ou de la chose. - Venu du parent. D'après ce principe aristotélique que c'est l'homme qui engendre l'homme. - Ce qui n'est qu'en puissance. Voilà le dernier mot du philosophe sur le problème de la génération; mais cette explication peut paraître par trop logique, tout ingénieuse qu'elle est.

§ 13. C'est de ce parent... C'est l'acte même de la génération. dans ce qu'elle a de plus apparent et de moins contestable. - Ce qui fabrique l'épée. Voir, au paragraphe précédent, l'action du feu servant à façonner une hache. - Le mouvement des instruments. Dirigé par l'ouvrier. - A la raison même de l'art. Le texte n'est pas plus précis que la traduction que j'en donne. - L'art est le principe. Il vaudrait peut-être mieux dire l'artiste plutôt que l'art. - Vient d'une autre nature. Qui est celle du parent lui-même.

§ 14. Se demander pour le sperme... La question peut sembler assez bizarre: mais la découverte des spermatozoïdes la justifie du moins en partie, bien que le fait de leur existence fût profondément ignorée au temps d'Aristote. - S'il n'a pas d'âme. Ou de vie. - Qui participe de l'âme. Même remarque. - Une simple homonymie. Voir plus haut, § 11, les mêmes idées, exprimées en termes analogues. - Le sperme a une âme. Ici encore, on ne peut comprendre Âme que dans le sens de Vie, de principe vital. - Un géomètre qui dort. L'exemple peut paraître assez bizarre, quoiqu'il soit vrai. Le géomètre, quand il ne fait pas de géométrie, n'est géomètre qu'en puissance. MM. Aubert et Wimmer supposent qu'il y a ici une lacune.

§ 15. Aucune partie de l'âme. Les parties de l'âme, prises au sens aristotélique, sont la nutrition d'abord, la sensibilité, ensuite, le mouvement et l'entendement. - Auteur du mouvement extérieur. C'est le parent mâle: mais le mouvement qu'il donne et qui transmet la vie, pourrait être attribué à la faculté locomotrice de l'âme. - Elle peut s'accroître. Toutes ces observations sont exactes. - Une plante... un animal. Aristote rapproche toujours, autant qu'il peut, les plantes et les animaux, de manière à considérer la vie dans toute son étendue. C'est déjà de la biologie, telle que l'entendent les Modernes. ainsi qu'on l'a vu plus haut. liv. 1, ch. II, § 1. - La faculté de se nourrir. La première des facultés et la plus indispensable de toutes: voir le Traité de l'Âme. liv. II, ch. II § 3, de ma traduction.

§ 16. Qu'il se développe et qu'il croisse. Il n'y a qu'un seul mot dans le texte. - L'homme engendre l'homme. C'est la formule habituelle d'Aristote. - De son propre fond. Ou, par lui-même. - Existe avant tout le reste. Ln cause est nécessairement antérieure à son effet. - Si c'est le cœur. La forme est dubitative; mais Aristote n'hésite pas à regarder le cœur comme le viscère qui se développe le premier.

CHAPITRE Ill
De la nature du sperme; singulières propriétés du sperme ; il est d'abord épais et blanc; le froid le rend liquide, et la chaleur l'épaissit; le sperme n'est ni de l'eau, ni de la terre; ni un mélange des deux; nécessité d'une analyse plus exacte; le sperme est un mélange d'eau et d'air; transformation de l'huile et de la céruse mêlées l'eau et à l'écume; effets divers de l'agitation donnée au mélange; erreur de Ctésias sur le sperme des éléphants ; erreur d'Hérodote sur celui des Éthiopiens; le sperme est toujours blanc comme de l'écume; du nom d'Aphrodite: le sperme ne gèle pas, parce que l'air non plus ne peut geler.

§ 1. Pour répondre aux questions que nous nous étions posées antérieurement, nous venons d'expliquer quelle est la cause qui, en tant que principe, produit dans tout animal le premier mouvement et qui l'organise. Mais, il nous reste encore à éclaircir [30] bien des questions sur la nature du sperme. Quand le sperme sort de l'animal, il est épais et blanc; une fois refroidi, il devient liquide comme l'eau, et il prend la couleur de l'eau. Le fait peut paraître assez singulier; car l'eau ne s'épaissit pas en s'échauffant; mais, le sperme sort épais de la chaleur intérieure; et s'il devient liquide, c'est par le refroidissement.
§ 2. Cependant, tous les liquides se congèlent, [35] tandis que le sperme mis à l'air, par des jours de glace, ne se congèle pas, et devient liquide, comme s'il ne pouvait s'épaissir que par le contraire du froid. Il est vrai que la raison ne comprend pas davantage que ce soit la chaleur qui l'épaississe. Tous les corps [736a] qui sont plutôt terreux se condensent et s'épaississent quand on les échauffe, comme on le voit par le lait. Le sperme en se refroidissant devrait donc devenir solide; mais il ne prend pas du tout de solidité, et il devient tout entier comme de l'eau.
§ 3. Voici donc où est la difficulté : si le sperme est de l'eau, on peut observer que l'eau ne s'épaissit pas [5] par la chaleur, tandis que le sperme sort épais et chaud du corps, qui est chaud, ainsi que lui. Si le sperme est terreux, ou s'il est un mélange d'eau et de terre, il ne devrait pas devenir tout entier liquide, ni devenir tout à fait de l'eau.
§ 4. Du reste, nous n'avons peut-être pas bien analysé tous les phénomènes qui se présentent ici. En effet, ce n'est pas seulement le liquide composé d'eau et de terre qui se congèle et s'épaissit ; c'est encore le composé [10] d'eau et d'air, comme on le voit par l'écume qui s'épaissit et qui devient blanche; et plus les bulles en sont petites et indistinctes, plus sa masse devient blanche et épaisse. L'huile présente le même phénomène; mélangée d'air, elle s'épaissit. Ainsi, en blanchissant, [15] le corps de l'huile devient plus épais, parce que la partie aqueuse qui est dedans se sépare par l'action de la chaleur, et se change en air. Le blanc de plomb mêlé à de l'eau et à de l'huile change un petit volume en un volume plus considérable; de liquide, il devient solide; et, de noir, il devient blanc. Cela tient uniquement au mélange de l'air, qui augmente [20] le volume et y développe la blancheur, comme dans l'écume, et dans la neige, qui n'est guère non plus que de l'écume.
§ 5. C'est également ainsi que l'eau mêlée à l'huile devient épaisse et blanche; l'agitation à laquelle on la soumet y renferme de l'air; et l'huile elle-même contient déjà de l'air en grande quantité; car le corps qui est gras n'est, ni de la terre, ni de l'eau; [25] il est de l'air. C'est pour cela que l'huile surnage à la surface de l'eau. L'air qui y est contenu, comme dans un vase, la porte en haut, la retient à la surface, et cause sa légèreté: L'huile s'épaissit par le froid et dans les temps tic gelée; mais elle ne se congèle pas ; et si elle ne gèle pas, c'est à cause de la chaleur, parce que l'air est [30] chaud et qu'il ne gèle pas; mais c'est parce que l'air se contracte et s'épaissit par le froid que l'huile devient également plus épaisse.
§ 6. C'est donc par les mêmes raisons que le sperme sort de l'intérieur du corps épais et blanc, contenant, à cause de la chaleur du dedans, beaucoup d'air chaud [35] et qu'une fois sorti il devient liquide et noir, quand il a perdu sa chaleur et que l'air s'est refroidi. Alors, il ne lui reste que l'eau; et une petite quantité de matière terreuse, qui se retrouve dans le phlegme aussi bien que dans le sperme desséché. A ce point de vue, le sperme [736b] est un mélange qui tient du souffle intérieur et de l'eau tout à la fois; car le souffle n'est que de l'air chaud, et si le sperme est liquide par sa nature, c'est qu'il vient de l'eau.
§ 7. Ctésias de Cnide, s'est évidemment trompé dans ce qu'il dit du sperme des éléphants. Il prétend que ce sperme durcit tellement, en se desséchant, qu'il [5] devient solide autant que de l'ambre. Cela n'est pas exact. Ce qui est vrai, c'est que le sperme doit nécessairement être plus terreux dans tel animal que dans tel autre, et qu'il l'est surtout clans les animaux ou, à cause de la masse du corps, il y a beaucoup d'élément terreux.
§ 8. Mais le sperme est épais et blanc, parce qu'il est mélangé de souffle. Chez tous les animaux sans exception, il est blanc; [10] et Hérodote est dans l'erreur quand il dit que le sperme des Éthiopiens est noir, comme s'il fallait absolument que tout ce qui vient d'hommes à peau noire fût noir comme eux. Cependant, Hérodote voyait bien que les dents des Éthiopiens sont blanches.
§ 9. Ce qui fait que le sperme est blanc, c'est qu'il est de l'écume, et que l'écume est blanche. [15] L'écume qui est la plus blanche est celle qui se compose de particules extrêmement petites, et tellement petites que chaque bulle, prise à part, est imperceptible. C'est précisément là ce qui se produit pour l'eau et l'huile, qu'on mélange et qu'on agite, comme on vient de le dire. D'ailleurs, il ne semble pas que les Anciens aient ignoré complètement que le sperme est, de sa nature, une sorte d'écume; car c'est de cette propriété du sperme [20] qu'ils ont tiré le nom de la Déesse, qui est la souveraine de l'union des sexes (Aphrodite.)
§ 10. Ainsi, se trouve résolue la question que nous avions posée un peu plus haut; nous sommes remontés à la cause; et nous devons voir maintenant que, si le sperme ne gèle pas, c'est que l'air ne peut pas geler.

§ 1. Antérieurement. Dans ce second livre aussi bien que dans le premier. - En tant que principe. C'est le mouvement et la vie venus du mâle. - Sur la nature du mâle. On aurait pu croire que cette discussion spéciale était épuisée; voir plus haut, liv. 1, ch. XII et XIII. La nature de la liqueur séminale a été étudiée d'abord physiologiquement; ici c'est une sorte d'analyse chimique. - Il est épais et blanc. Il est plutôt blanchâtre: mais il est épais et filant, peu près comme l'albumine de l'œuf. C'est dans l'épididyme et dans le canal déférent qu'Il est le plus blanc ; il devient grisâtre pour arriver à l'urètre. - Liquide comme l'eau. C'est exagéré; mais il est vrai qu'il contient neuf dixièmes d'eau. - C'est par le refroidissement. La physiologie moderne ne semble pas avoir porté son attention sur ce point.

§ 2. Par des jours de glace. Ce sont là des expériences: ce ne sont plus de simples observations. - Ne se congèle pas. En se refroidissant, le sperme dépose des cristaux qui ont la forme de pyramides quadrangulaires. - Du froid. J'ai ajouté ces mots. - Qui sont plutôt terreux. Après que le sperme s'est évaporé dans ses parties aqueuses, il reste un dixième de matière organique jaunâtre, qui ressemble à de la corne. C'est la matière qu'on a nommée spermatine, ou matière organique de la liqueur séminale; elle entre pour six centièmes dans le sperme: il contient, de plus, divers sels. phosphate de chaux et de soude. - Il devient tout entier comme de l'eau. Voir le paragraphe précédent. Aristote lui-même fait des objections à cette théorie; et il voit bien qu'il manque beaucoup d'éléments à l'analyse du sperme.

§ 3. Où est la difficulté. Cette difficulté ne tient pas aux phénomènes eux-mêmes; elle ne tient qu'à cette fausse hypothèse qui assimile ln liqueur séminale à de l'eau. - Mélange d'eau et de terre. Il y a en ceci un fond de vérité, puisque le sperme contient neuf parties d'eau sur dix, et que le reste est composé de corps plus lourds que l'eau.

§ 4. Nous n'avons peut-être pas bien analysé. On remarquera la circonspection et la modestie du naturaliste, qui sent bien tout ce qui lui manque. - D'eau et de terre... d'eau et d'air. Ceci se rapporte toujours à la théorie des quatre éléments. - L'écume, Il eût fallu designer spécialement quelque matière particulière; car il en est beaucoup qui peuvent produire de l'écume. - Mélangée d'air. En effet, on épaissit l'huile en la battant, c'est-à-dire en y faisant entrer de l'air. - Le blanc de plomb. Il serait difficile de savoir à quelle expérience ceci fait allusion; voir sur la céruse le traité élémentaire de chimie, de V. Regnault, tome III, p. 213, 6° édition. - Et de noir, il devient blanc. Il semble que ce devrait être le contraire. - Que de l'écume. Sans doute parce qu'elle contient beaucoup d'air; ce qui la rend à la fois légère et blanche.

§ 5. C'est également ainsi que l'eau mêlée à l'huile. Ce sont là encore des expériences; en même temps que des observations. - Y renferme de l'air. Le fait est exact, quoique Aristote, qui ne connaissait pas la composition de l'air, ne puisse pas juger jusqu'où s'étend son action dans ces mélanges. - II est de l'air. L'expression est trop forte. -  Surnage à la surface de l'eau. C'est que l'huile est plus légère que l'eau. - S'épaissit par le froid. Le fait est exact; mais c'est bien aussi une sorte de congélation qu'elle présente, sans que d'ailleurs la température soit très basse. - Se contracte. Le sens du mot grec peut être douteux.

§ 6. Par les mêmes raisons. Il est bien possible que ces raisons ne soient pas les vraies; mais cette analyse, quelque imparfaite qu'elle soit, démontre avec quel soin le philosophe étudiait les phénomènes qu'il voulait comprendre. - Liquide et noir. Liquide est exact; mais Noir ne l'est pas, il est difficile de s'expliquer cette erreur. - Que l'eau a une petite quantité de matière terreuse. Ces observations sont d'une exactitude étonnante. - Dans le phlegme. On ne voit pas précisément ce que le phlegme peut désigner ici; voir l'Histoire des Animaux, liv. I, ch. 1, § 9,, n. de ma traduction. - Du souffle intérieur. On pourrait traduire aussi :  « de l'air  » ; mis le mot grec, signifie plutôt la respiration, le souffle du dedans; et ce qui suit semble confirmer cette interprétation. - C'est qu'il vient de l'eau. On a déjà vu plus haut que la liqueur séminale contient neuf parties d'eau sur dix. Voir plus haut, § 1 et la note.

§ 7. Ctésias de Cnide. Aristote adresse la même critique à Ctésias, dans l'Histoire des Animaux, liv. III, ch. XVII, § 3, de ma traduction. En général, il fait peu de cas de son témoignage ; et il juge sévèrement ses erreurs, et les contes fabuleux qu'il rapporte avec la plus extrême crédulité. - Ce qui est vrai. Il ne paraît pas qu'Aristote eût observé l'éléphant d'une manière spéciale mais la conjecture qu'il propose est fort plausible. - D'élément terreux. La proportion doit rester à peu près la même bien que la masse totale puisse différer beaucoup.

§ 8. Mélangé de souffle. J'ai conservé le mot de Souffle, à cause de ce qui précède: mais il semble que le mot d'Air serait ici plus convenable. - Hérodote. Voir l'Histoire des Animaux liv. III, ch. XVII, § 1, de ma traduction, où la même erreur est attribuée à Hérodote. - Les dents des Ethiopiens; Ce ne serait pas un argument suffisant; et la liqueur séminale pourrait être d'une autre couleur que les dents: mais l'argument pris d'une manière générale, comme il l'est n'est pas sans force.

§ 9. C'est qu'il est de l'écume. Voir plus haut, § 4. - L'écume est blanche. Elle peut état aussi d'une autre couleur, selon les matières. - Comme on vient de le dire. Voir plus haut  § 4. - Les Anciens. Il semblerait qu'on doit entendre par là les ThéoIogues plus encore que les philosophes. Le nom d'Aphrodite appartient à la mythologie, et remonte aux premiers temps de la civilisation grecque. puisqu'il est déjà dans Homère, Iliade, chap, III. v. 374 et passim.

§ 10. Je trouve résolue la question. La solution n'était pas aussi définitive qu'Aristote le supposait; mais c'était déjà beaucoup de l'avoir discutée. - L'air ne peut pas geler. C'est l'explication donnée plus haut, § 5, et qui ici n'est que répétée.

CHAPITRE IV
De la première apparition de la vie dans l'embryon: il ne peut pas être privé du principe vital, et il doit avoir les deux principes de la nutrition et de la sensibilité, qui constituent l'animal; citation du Traité de l'Âme; extrême difficulté de savoir â quel moment l'intelligence se montre: les spermes et les embryons ont l'âme en puissance, sans l'avoir en fait: l'entendement vient du dehors et est un principe divin: action de la chaleur animale, partie de la vie universelle: c'est le sperme qui communique le mouvement et l'âme à l'embryon. - Interpolation.

§ 1. En admettant que, pour les espèces d'animaux où a lieu une émission de sperme [25] dans la femelle, ce qui est émis ainsi n'est point une partie quelconque du jeune qui est conçu, il faut, comme suite de tout ce qui précède, rechercher et dire ce que devient la partie matérielle et corporelle du sperme, puisqu'il exerce une action par la force déposée en lui. Il nous faut résoudre, avec précision, la question de savoir si le produit constitué dans la femelle reçoit quelque chose, ou ne reçoit rien, de ce qui entre en elle. Quant à l'âme, qui distingue l'animal et lui vaut [30] cette appellation, car il n'y a réellement d'animal que par la partie sensible de l'âme, il faut savoir si elle réside, ou ne réside pas, dans le sperme et dans l'embryon, et d'où elle vient.
§ 2. Il est impossible en effet de considérer l'embryon comme étant sans âme, et absolument privé de toute espèce de vie; car les spermes et les embryons des animaux vivent tout aussi bien que les graines des plantes, et, [35] jusqu'à un certain point même, ils sont capables de fécondité. Il est donc évident qu'ils ont l'âme nutritive, et que bientôt aussi ils ont l'âme sensible, qui fait l'animal. Que l'âme nutritive soit de toute nécessité celle qu'on doit supposer la première, c'est ce qu'on peut voir clairement [737a] d'après ce que nous avons, ailleurs, dit de l'âme.
§ 3. Ce n'est pas d'un seul coup que l'être devient animal et homme, animal et cheval ; et ceci s'étend à toutes les espèces également. Ce qui vient en dernier lieu, c'est le complément qui achève l'être ; et ce qui est propre à l'animal est la fin même de la génération de chacun des animaux. [5] D'où vient l'intelligence, à quel moment, de quelle manière, vient-elle dans les êtres qui participent à cette sorte d'âme, c'est là une question des plus difficiles; et il faut l'aborder résolument pour essayer de la résoudre, autant que nous le pourrons, et autant qu'elle peut être résolue.
§ 4. Évidemment, il faut supposer que les spermes et les embryons qui ne sont pas encore séparés, possèdent l'âme nutritive en puissance, [10] mais qu'ils ne l'ont pas en fait, avant que, comme les germes qui sont une fois séparés, ils ne prennent leur nourriture, et ne fassent acte de cette espèce dame. Aux premiers moments, tous ces êtres ne semblent avoir que la vie de la plante. Il est du reste bien entendu que, après cette première âme, nous aurons à parler de l'âme sensible et de l'âme douée d'entendement; car il faut nécessairement [15] que les êtres aient toutes ces sortes d'âme en puissance, avant de les avoir en réalité.
§ 5. Ce qui n'est pas moins nécessaire, ce sont les alternatives suivantes : ou toutes ces âmes qui n'existaient point auparavant se produisent dans l'être; ou elles y étaient toutes antérieurement; ou bien, quelques-unes y étaient et quelques autres n'y étaient pas ; ou bien elles sont dans la matière sans y être apportées par le sperme du mâle; ou elles se trouvent dans la matière, en y venant du sperme. Si elles sont dans le mâle, ou elles viennent toutes du dehors, [20] ou aucune n'en vient; ou bien enfin, les unes viennent de l'extérieur, et les autres n'en viennent pas.
§ 6. Que toutes ces âmes viennent extérieurement dans l'être et y préexistent, c'est là une chose impossible, et voici ce qui le prouve évidemment. Pour tous les principes dont l'action est corporelle, il est clair qu'ils ne peuvent exister sans le corps; et par exemple, il est bien impossible de marcher sans pieds. Il est donc très certain que les principes dont nous parlons ne peuvent [25] venir du dehors. Puisqu'ils sont inséparables, ils ne peuvent venir par eux seuls et isolément, ni entrer dans le corps; car le sperme est une sécrétion de la nourriture qui a été modifiée de façon à devenir du sperme.
§ 7. Il ne reste donc plus qu'une hypothèse, c'est que l'entendement seul vient du dehors, et que seul il est divin; car son action n'a rien de commun avec l'action du corps. Toute [30] âme paraît donc tirer sa force d'un autre corps, et d'un corps plus divin que ce qu'on appelle les éléments. Mais, comme les âmes diffèrent les unes des autres par leur dignité plus ou moins haute, la nature des éléments ne diffère pas moins. Dans le sperme de tous Les animaux, il y a ce qui rend les spermes féconds et ce qu'on appelle [35] la chaleur. Ce n'est pas tout à fait du feu, ni une force de ce genre; mais c'est le souffle, ou l'esprit, qui est renfermé dans le sperme et dans sa partie écumeuse. La nature qui est dans le souffle, ou l'esprit, est analogue à l'élément des astres.
§ 8. Aussi, ce feu ne produit-il jamais un animal quelconque; et aucun être ne se forme dans les matières brûlées, que ces matières soient liquides ou qu'elles soient sèches. Mais, c'est la chaleur du soleil et la chaleur que possèdent les animaux, non pas seulement par le sperme, mais aussi par toute autre sécrétion qui aurait la même [5] nature que lui., qui est également en elles le principe de la vie.
§ 9. Ceci doit nous prouver que la chaleur qui est dans les animaux n'est pas du feu, et que ce n'est pas davantage du feu qu'elle tire son principe. Le corps de la semence génératrice, dans lequel se constitue le principe de l'âme, est en partie séparé du corps dans les êtres où est renfermée quelque [10] parcelle divine; et c'est bien une parcelle divine que ce qu'on nomme l'entendement ; mais, en partie, il n'en est pas séparé. Le corps spécial de la semence se dissout et se convertit en souffle et en esprit, parce qu'il est de nature liquide et aqueuse. Aussi, ne faut-il pas rechercher si le sperme sort toujours au dehors, ni s'il n'est aucune partie de la forme qui se constitue, pas plus que la présure n'est une partie du lait qu'elle fait cailler; elle [15] modifie le lait, sans être en quoi que ce soit une partie des masses qu'elle forme.
§ 10. Nous venons donc d'expliquer comment, en un sens, les spermes et les embryons contiennent l'âme, et comment, en un autre sens, ils ne la contiennent pas. Ils l'ont en puissance ; mais ils ne l'ont pas eu acte et en fait. Le sperme étant une excrétion, et donnant un mouvement semblable à celui qui fait croître le corps, [20] où se répartit la nourriture à son dernier degré de perfection, il se condense dans la matrice, et il communique à l'excrétion de la femelle le mouvement dont il est lui-même animé. Car cette excrétion a aussi tous les organes en puissance, sans les avoir en fait; et elle possède en puissance toutes les parties qui distinguent [25] la femelle du mâle.
§ 11. De même que, de parents contrefaits, naissent parfois des enfants contrefaits, et parfois aussi des enfants non contrefaits, de même, de la femelle, il sort tantôt une femelle, et tantôt au contraire il en sort un mâle. Car la femelle peut être considérée comme un mâle qui à certains égards est mutilé et imparfait ; les menstrues sont du sperme, mais du sperme qui n'est pas pur, puisqu'il lui manque encore une seule chose, à savoir le principe de l'âme.
[30] Chez tous les animaux qui font des œufs clairs, l'œuf qui se forme contient bien les deux parties; mais il n'a pas le principe de l'âme; et c'est là ce qui fait qu'il n'a pas la vie; car c'est le sperme du mâle qui doit l'apporter ; et quand l'excrétion de la femelle reçoit ce principe spécial, il se forme un embryon.
§ 12. Dans les matières liquides mais corporelles, il se produit, quand on les échauffe, un bourrelet sec, comme dans les mets qui se refroidissent. C'est le visqueux qui maintient tous les corps ; mais le visqueux se trouve absorbé quand les corps deviennent plus vieux et plus grands, par la nature du nerf qui maintient les parties des animaux, nerf chez les uns, ou matière analogue au nerf chez les autres. La peau, [5] la veine, la membrane et tous les corps de ce genre sont de la même forme; car entre eux, ils ne diffèrent que du plus au moins, par l'excès dans celui-ci, ou par le défaut dans celui-là.

§ 1. N'est point une partie... du jeune. C'est ce qu'on a essayé de démontrer plus haut. ch. II. - Matérielle et corporelle. Le texte n'a que le dernier mot. - Reçoit quelque chose, ou ne reçoit rien. Il semble, d'après tout ce qui précède, que l'action du mâle se borne, d'après les théories d'Aristote, à transmettre le mouvement et la vie, sans donner rien de matériel. - Quant à l'âme... C'est une question déjà posée plus haut, ch. II, § 14. - Et lui vaut cette appellation. L'étymologie est dans notre langue la même que dans la langue grecque : anima. âme ; animé, animal. - La partie sensible. C'est la sensibilité qui constitue primitivement l'animal; la nutrition est déjà dans la plante, et c'est une faculté commune et non pas spéciale. - Dans le sperme et dans l'embryon. II s'agit ici de l'embryon dans sa ferme la plus simple et dans ses premiers linéaments. - Et d'où elle vient. Question qui restera toujours mystérieuse et insoluble.

§ 2. Privé de toute espèce de vie. Cette supposition serait d'autant moins possible que c'est tout d'abord dans l'embryon que la vie apparaît. - Que les graines des plantes. Analogie fort exacte entre la plante et l'animal, qui, à ces premiers moments, ont également la vie sous forme rudimentaire. - De fécondité. C'est bien le sens du mot grec ; mais peut-être vaudrait-il mieux dire :  « de développement  ». - Ils ont l'âme nutritive. C'est la première et la plus indispensable des facultés. soit dans le plante, soit dans l'animal: la sensibilité. qui constitue l'animal et est refusée à la plante, ne vient qu'après. - Ailleurs. Voir le Traité de l'Âme, liv. II. ch. II. § 4. de ma traduction.

§ 3. Ce n'est pas d'un seul coup. Il semble que ce serait plutôt tout le contraire: dans les obscurités insondables de la génération, l'espèce est déterminée tout d'abord et en un instant indivisible : c'est un homme ou tel autre animal. Tout le développement postérieur dépend de cette condition initiale, la plus cachée de toutes. - Le complément qui achève l'être. C'est le développement que prend rétro aussitôt qu'il a été conçu. - D'où vient l'intelligence. Ou l'Entendement. C'est là une question toujours pendante, et comme le dit Aristote, une question des plus difficiles. La physiologie peut aborder le problème dans une certaine mesure: mais il appartient surtout à la philosophie.

§ 4. Qui ne sont pas encore séparés. C'est-à-dire, quand ils sont encore les uns dans le mâle. et les autres dans la femelle. - En puissance.. en fait. Ces formules sont ici mieux placées que partout ailleurs. Le passage de la simple possibilité à la réalité actuelles n'est nulle part mieux marqué que dans le mystère de la génération. L'ovule est un animal en puissance: il ne devient réel que par l'action de l'autre sexe. - Une fois séparés. C'est-à-dire, déterminés et distincts, de manière à former un individu nouveau. - La vie de la plante. C'est bien là en effet la vie intra-utérine - L'âme sensible... l'âme dotée d'entendement. Voir le Traité de l'Âme, liv. II et III, de ma traduction.

§ 5. Les alternatives suivantes. Le texte n'est pas aussi précis: mais j'ai cru devoir prendre cette formule, pour rendre plus claires les distinctions qui suivent. - Toutes ces âmes. C'est-à-dire, l'âme nutritive, l'âme sensible. l'âme locomotrice, l'âme raisonnable on intellectuelle  - Se produisent dans l'être. L'expression du texte est aussi vague. - Ou elles y étaient toutes antérieurement. Ces questions peuvent paraître assez subtiles, sous la forme où elles sont présentées ici: mais elles n'en sont pas moins importantes: et le problème se présente toujours à nous, aussi mystérieux qu'il pouvait l'être pour les Anciens. A quel moment l'âme est-elle donnée à l'embryon. - Sans y être apportées par le sperme du mâle. Aristote incline à penser que c'est de l'action du mâle que viennent primitivement le mouvement et la vie, avec toutes leurs conséquences selon les espèces. - Les unes... les autres. Il s'agit toujours des diverses sortes d'âmes, ou plutôt des diverses facultés de l'âme.

§ 6. C'est là une chose impossible. Si cette assertion peut sembler téméraire, Aristote du moins essaie de la justifier par des arguments qu'il croit irréfutables, et qui ne sont pas certainement sans valeur. - L'action est corporelle... sans le corps. Cette tautologie est dans le texte. Au lieu de Principes, MM. Aubert et Wimmer préféreraient Actions; et alors il faudrait traduire :  « Pour toutes les actions dont l'exécution est corporelle  » : les manuscrits n'autorisent pas cette variante. - Il est bien impossible de marcher sans pieds. La marche n'est pas un principe; et c'est pour ce motif que MM. Aubert et Wimmer proposent une leçon nouvelle. - Dont nous parlons. J'ai ajouté ces mots pour plus de clarté; ils me semblent indispensables. - Inséparables. Ils sont essentiels à l'être, qui sans eux n'existerait pas. - De façon à devenir du sperme. Le texte n'est pus aussi explicite.

§ 7. L'entendement seul vient du dehors... il est divin. Voir les mêmes théories dans le Traité de l'Âme, liv. I, ch. IV, § 14, et liv. III, ch. v, 2. p. 104, de ma traduction: voir encore liv. III, ch. VII, § 8. p. 319. Des théories analogues se retrouvent aussi dans la Métaphysique, liv. VII, ch. x, § 15, de ma traduction. - D'un autre corps. L'expression est bien vague. - Plus divin que ce qu'on appelle les éléments. On ne peut pas affirmer plus clairement l'immatérialité de l'âme: et Platon n'a pas mieux dit. - Les éléments. La formule qu'adopte ici Aristote a quelque nuance de dédain, qui relègue la matière au dernier rang des choses. - La nature des éléments ne diffère pas moins. Ceci résulte de l'ordre même dans lequel on range d'ordinaire les quatre éléments : Terre, eau, air, feu, selon leur pesanteur, ou leur ténuité. - La chaleur. Nous ajouterions aujourd'hui : La chaleur animale. Tous les physiologistes modernes traitent le sujet de la chaleur animale, comme un des plus importante de toute la science. - Ce n'est pas tout à fait du feu. La restriction est exacte, quoique le fait de la chaleur dans l'animal puisse être considéré comme une combustion. - Le souffle ou l'esprit. Il n'y a qu'un mot dans le texte, et MM. Aubert et Wimmer remarquent avec raison que ce mot est bien obscur. - Analogue à l'élément des astres. c'est une pure hypothèse qui peut sembler bien chimérique.

§ 8. Ne produit-il jamais un animal quelconque? Le fait est incontestable. en dépit de quelques assertions contraires. - Aucun être ne se forme... Les grandes expériences faites de nos jours sur les générations spontanées, ont démontré la vérité de ce principe. - La chaleur du soleil. L'action de la chaleur solaire ne doit pas tenir de place ici. - La chaleur que possèdent les animaux. Cette chaleur est la seule dont la physiologie ait à tenir compte. - Le principe de la vie. C'est l'expression même du texte. Il n'y a pas de vie possible sans chaleur plus ou moins grande.

§ 9. N'est pas du feu. Le fait est certain; et la chaleur animale est fort différente du feu, bien qu'à quelques égards elle lui ressemble, puisqu'elle cause aussi une sorte de combustion. Mais la preuve sur laquelle Aristote appuie son assertion n'est peut-être pas très forte. - En partie séparé du corps. C'est le spiritualisme platonicien, qui reparaît ici dans les théories du disciple empruntées au maître. - Quelque parcelle divine. C'est le Divinae pacticulam aurae, d'Horace. - L'entendement. Ou l'intelligence. - En partie il n'en est pas séparé. Nous ne connaissons l'âme que jointe à un corps; et si l'âme se distingue et se saisit elle-même par un acte de conscience, elle ne se sent jamais isolée du corps, auquel elle est unie étroitement dans les conditions de la vie présente. - En souffle et en esprit. Il n'y a qu'un mot dans le texte. Le rôle attribué à la semence génératrice est assez singulier: mais cette théorie revient à ne voir dans le sperme qu'un excitateur, qui ne donne à l'embryon rien de matériel.

§ 10. Nous venons... d'expliquer. L'explication n'est pas aussi claire, que, sans doute, l'auteur le suppose: mais il faut toujours penser à la difficulté insurmontable du problème, et l'on ne doit pas s'étonner qu'il ne soit pas mieux résolu par Aristote. puisqu'il n'est pas non plus résolu complètement de nos jours. - Le même mouvement que celui qui fait croître. Cette assimilation des deux mouvements n'est pas très juste, puisque l'un ne dure qu'un instant, tandis que l'autre dure pendant la vie entière. - Il se condense.  C'est un fait qu'il serait bien difficile de vérifier. - Cette excrétion. C'est-à-dire celle de la femelle.

§ 11. De même que des parents contrefaits... Le fait est exact ; et la difformité des parents ne passe pas toujours aux enfants. - Une femelle... un mâle. La comparaison dont se sert Aristote n'explique pas suffisamment le fait. - Comme un mâle. Ceci est vrai dans une certaine mesure, puisque le mâle et la femelle sont d'une seule et même espèce. - Mutilé et imparfait. Il n'y a qu'un seul mot dans le grec. -  Le principe de l'âme. Il faut entendre par l'âme le principe vital, avec les facultés qui le constituent, la nutrition, la sensibilité, etc. La suite de ce paragraphe montre bien que c'est le sens donné ici au mot d'Âme. - Un embryon. Qui peut devenir un animal complet.

§ 12. Dans les matières liquides. Il est évident que tout ce paragraphe est ici absolument déplacé ; on ne saurait dire quelle en serait la véritable place. II est possible aussi que ce soit une note marginale qui sera passée dans le texte par l'inattention des copistes. La phrase est à rejeter tout entière. et MM. Aubert et Wimmer ont eu raison de la regarder comme apocryphe.

CHAPITRE V
Des différents modes de parturition ; étude spéciale sur les animaux supérieurs; du rapprochement des sexes dans l'espèce humaine; erreur sur l'action de la respiration; disposition de la matrice chez les femmes; époques périodiques de la menstruation; abondance des menstrues; la femme fournit la matière; et l'homme donne le mouvement et la vie; des hybrides; mélange de la liqueur spermatique et du fluide mensuel; du plaisir provoqué dans l'homme et dans la femme ; conceptions sans la sensation du plaisir ordinaire; action particulière de la matrice retenant le sperme déposé par l'homme; erreur de ceux qui supposent que la femme émet aussi une liqueur spermatique; cette émission est impossible; car, si elle était extérieure, elle aurait pour résultat d'empêcher la génération, contre le vœu de la nature.

§ 1. Les animaux à qui la Nature a donné une organisation moins complète, mettent au jour un embryon qui est complet dès qu'il naît, mais qui, sous le rapport de l'animalité, n'est pas encore un animal complet ; [10] nous avons expliqué plus haut comment cela peut se faire. Le jeune embryon est complet en ce sens qu'il est déjà mâle ou femelle, dans toutes les espèces où cette différence existe. Car il y a des espèces qui ne produisent ni femelle ni mâle ; et ce sont les espèces qui ne naissent elles-mêmes, ni de femelle et de mâle, ni d'animaux accouplés. Nous aurons aussi plus tard à parler de la [15] génération de ces animaux.
§ 2. Les animaux complets qui sont vivipares dans leur propre sein, gardent et nourrissent, dans leur intérieur, l'animal de même nature qui doit naître d'eux, jusqu'au moment où ils le produisent au dehors et le mettent au jour. Mais les animaux qui produisent aussi à l'extérieur un être vivant, après avoir d'abord conçu un œuf dans leur sein, pondent un œuf complet. Chez quelques-uns, l'œuf se détache, [20] comme on le voit pour l'œuf des ovipares, et le jeune sort de l'œuf, qui était dans la femelle ; chez d'autres, au contraire, lorsque la nourriture fournie par l'œuf a été absorbée tout entière, l'animal est achevé par la matrice; et alors, l'œuf ne se détache pas de la matrice même. C'est l'organisation que présentent les sélaciens, dont nous aurons bientôt à parler [25] d'une manière toute spéciale.
§ 3. Pour le moment, nous allons premièrement étudier les premiers des animaux. Or ce sont les animaux complets qui tiennent le premier rang; ces animaux sont vivipares ; et parmi les vivipares, c'est l'homme qui est le premier de tous. Dans tous les vivipares, la sécrétion du sperme se fait comme celle de tout autre excrément. Toute excrétion se porte dans le lieu qui lui est propre, sans que la respiration [30] ait besoin de l'y pousser par aucun effort violent, ou sans qu'aucune autre cause analogue ait à exercer une action indispensable.
§ 4. Car on a prétendu que les testicules attirent le sperme à eux en manière de ventouse, et qu'on l'y pousse par la respiration, comme s'il se pouvait que, sans ce violent effort, cette sécrétion particulière, et l'excrément de la nourriture liquide ou solide, se dirigeât ailleurs, parce que, dit-on, c'est en accumulant sa respiration qu'on [35] expulse ces excréments divers. Cette condition est commune tous les cas où il faut déterminer quelque mouvement, parce que c'est en effet en retenant sa respiration [738b] qu'on se donne de la force. Même sans qu'il y ait besoin de cet effort, les excrétions sortent pendant qu'on dort, quand les lieux qui les reçoivent sont relâchés et pleins de leur sécrétion particulière. Cette théorie n'est pas plus raisonnable que si l'on allait croire que, dans les plantes, les semences [5] sont poussées, par un souffle quelconque, vers les lieux où d'ordinaire elles portent leur fruit.
§ 5. La cause de ce phénomène, c'est tout simplement, ainsi qu'on l'a dit, que, dans tous les animaux, il y a des organes faits pour recevoir les excrétions et les matières inutiles à la nutrition, soit sèches, soit liquides, comme, pour le sang, il y a ce qu'on appelle les veines.
Dans les femelles, la région des matrices est disposée de telle [10] façon que les deux veines, la grande veine et l'aorte, se divisant, des veines nombreuses et fines viennent aboutir aux matrices. Ces veines étant surabondamment remplies par la nourriture, et leur nature, à cause de sa froideur même, n'étant pas capable de coction, la sécrétion se rend par des veines très fines dans les matrices; et comme les matrices ne peuvent, [15] étroites ainsi qu'elles le sont, recevoir cette surabondance excessive, il s'y produit comme un écoulement sanguin, ou une hémorroïde.
§ 6. Il n'y a pas, pour les femmes, d'époque absolument régulière ; mais on conçoit bien que l'évacuation ait lieu ordinairement vers la fin des mois. En effet, les corps des animaux deviennent plus froids quand l'air ambiant se refroidit aussi. Or, les fins de mois sont froides, à cause de la disparition de la lune ; et c'est là ce qui fait que les fins de mois sont généralement plus agitées et plus refroidies que leurs milieux. C'est à cette période que l'excrétion qui s'est changée en sang, tend à produire les évacuations mensuelles; et la coction a beau n'être pas [25] complète, il sort toujours du sang, mais en petite quantité.
§ 7.  Même à l'époque où les femmes sont encore tout enfants, il sort quelques vestiges blancs très faibles. Lorsque ces deux genres d'excrétions sont dans une mesure modérée, les corps s'en trouvent bien, parce qu'il y a, dans ce cas, évacuation purgative des excrétions qui pourraient causer des maladies. [30] Au contraire, si les évacuations n'ont pas lieu, ou si elles sont trop abondantes, le corps souffre, soit qu'elles déterminent des maladies, soit qu'elles épuisent simplement le corps en l'affaiblissant. Quand elles sont continuellement blanches ou trop abondantes, elles empêchent la croissance des filles.
§ 8. D'après les causes qu'on vient d'indiquer, on doit voir pourquoi cette évacuation est nécessaire chez les femmes. Comme la coction naturelle ne [35] peut se faire, il faut qu'il se forme un excrément, non pas seulement de la nourriture qui n'a pas été employée, mais il faut aussi que cette excrétion se produise dans les veines, dont les plus étroites se trouvent surabondamment remplies. C'est en vue [739a] du mieux et de la fin à atteindre que la Nature emploie, en faveur de la génération, la matière accumulée en ce lieu, pour qu'il en sorte un autre être pareil, ainsi que cela doit se faire ; car cet être nouveau est déjà en puissance ce qu'est le corps qui a cette sécrétion.
§ 9.  Ainsi, toutes [5] les femelles doivent nécessairement avoir cette excrétion, qui est plus abondante chez les animaux pourvus de sang, et qui l'est dans l'espèce humaine plus que dans toute autre. Il y a également nécessité, pour les autres espèces, qu'il se forme une certaine accumulation de sang dans la région de la matrice. Mais nous avons dit, antérieurement, pour quoi cette sécrétion est plus abondante chez les animaux qui ont beaucoup de sang, et pourquoi elle l'est plus particulièrement chez l'homme.
§ 10. Cette excrétion a lieu dans toutes [10] les femelles sans exception; mais elle n'a pas lieu chez tous les mâles; car il y en a qui n'émettent pas de semence. Mais de même que ceux qui en émettent engendrent, par le mouvement du sperme, le produit qui se forme de la matière fournie par la femelle, de même ces autres animaux, grâce au mouvement qui est en eux, dans la partie où s'élabore le sperme, accomplissent la même fonction et constituent [15] également un être nouveau.
§ 11.  Ce lieu, dans tous les animaux de ce genre, est placé sous le diaphragme, quand ils en ont un ; car le cœur, ou l'organe correspondant, est le principe de leur nature et de leur vie; la partie inférieure n'en est qu'une annexe, et elle est destinée à faciliter son action. Ce qui fait que tous les mâles n'ont pas cette excrétion génératrice, tandis que toutes les femelles doivent l'avoir, c'est que l'animal est un corps vivant. [20] Toujours la femelle donne la matière, et le mâle fournit le principe créateur. Selon nous, c'est là réellement l'action de l'un et de l'autre ; et c'est précisément ce qui fait que l'un est femelle, et que l'autre est mâle. Il y a donc nécessité que la femelle fournisse le corps et la masse ; mais ce n'est pas nécessaire pour le mâle.
Dans les êtres qui sont produits, il n'est pas nécessaire [25] non plus que se trouvent déjà les organes, ni le principe qui les fait.
§ 12.  Ainsi, le corps vient de la femelle, et l'âme vient du mâle. L'âme est l'essence d'un corps ; et voilà comment, lorsque, dans des genres qui ne sont pas les mêmes, la femelle et le mâle viennent à s'accoupler, parce que les époques du rut et de la gestation se rapprochent et que les dimensions corporelles [30] ne sont pas par trop différentes, le produit qui résulte de l'accouplement ressemble d'abord aux deux parents, comme on le voit sur les hybrides du renard et du chien, de la perdrix et de la poule; mais au bout de quelque temps, et avec les générations qui se succèdent, les produits reprennent la forme de la femelle. C'est ainsi que les semences de plantes étrangères se modifient [35] selon le sol où on les met ; car c'est le sol qui fournit la matière et le corps aux semences qu'on y dépose.
§ 13. Voilà encore pourquoi, dans les femelles, l'organe qui est destiné à recevoir l'embryon n'est pas un simple canal, et pourquoi les matrices sont susceptibles de s'agrandir. [539b] Les mâles qui émettent du sperme ont des canaux ; et ces canaux n'ont pas de sang. Ainsi, les deux sécrétions se produisent chacune clans les lieux qui leur sont propres; et c'est là également qu'elles se forment. Mais auparavant, il n'y a rien de cela, à moins que ce n'y soit introduit par une grande violence et contre nature.
§ 14. Tout ceci doit faire voir comment [5] les excrétions génératrices se forment dans les animaux. Quand le sperme est sorti du mâle, dans les espèces qui émettent de la liqueur spermatique, c'est le plus pur de l'excrétion mensuelle qu'il y constitue ; car, dans les menstrues, la plus grande partie est inutile et est liquide, comme dans le mâle la plus grande partie de la semence est très liquide, à la prendre dans une seule [10] émission ; le plus souvent, la première émission est inféconde plus que la suivante. Elle a moins de chaleur vitale, parce qu'elle a moins de coction, tandis que la semence parfaitement cuite a de l'épaisseur et beaucoup plus de corps.
§ 15.  Les femmes, ou dans les autres espèces d'animaux, les femelles qui n'ont pas d'émission extérieure, parce que, chez elles, il n'y a pas dans cette sorte [15] de sécrétion une assez grande quantité d'excrément inutile, ne produisent de ce liquide que ce qui en reste chez les animaux qui ont une émission extérieure. Ce résidu est organisé par la force qui est dans le sperme élaboré par le mâle, ou bien par la partie analogue de la matrice qui est introduite dans le mâle, ainsi qu'au l'observe [20] chez quelques insectes.
§ 16. Nous avons dit, plus haut, que la liqueur provoquée par le plaisir dans les femmes ne contribue en rien à la conception. On pourrait tirer un argument qui semblerait décisif de ce fait que les femmes sont soumises aussi bien que les hommes à des rêves lubriques. Mais ce n'est pas là du tout une preuve ; car cet accident arrive à des jeunes gens [25] qui sont près d'avoir du sperme, mais qui n'en émettent pas encore, ou à des mâles qui n'en émettent que d'infécond. C'est que, sans l'émission du sperme du mâle dans la copulation, la conception est impossible, de même qu'elle l'est sans l'excrétion des règles, soit qu'elles se manifestent au dehors, soit que, restant en dedans, elles y aient une abondance suffisante.
§ 17. Il se peut d'ailleurs fort bien que la conception ait lieu sans que le plaisir ordinaire que ce rapprochement cause aux femmes, ait été ressenti ; il suffit que le lieu se soit trouvé en orgasme et que les matrices se soient abaissées assez près. Mais d'ordinaire la conception se produit même en ce cas, par cela seul que l'ouverture de la matrice ne s'est pas fermée, au moment où survient l'émission qui cause habituellement le plaisir au hommes et aux femmes. Dans cette disposition [35] des organes, la voie est plus facile à la liqueur sortie du mâle.
§ 18. D'ailleurs, l'émission de la femme ne se fait pas à l'intérieur, comme quelques naturalistes le supposent, parce que l'ouverture des matrices est trop étroite ; mais elle se fait en avant, là où la femme émet la sérosité [740a] qui se remarque chez quelques-unes, et où le mâle émet aussi la liqueur séminale. Parfois, les choses demeurent dans cette condition ; mais, parfois aussi, la matrice attire le sperme à elle au dedans, quand elle est convenablement disposée, et qu'elle est échauffée par l'évacuation mensuelle. Ce qui le prouve, [5] c'est que les compresses mouillées qu'on place dans la matrice, sont sèches quand on les retire.
§ 19. Dans tous les animaux qui ont la matrice sous le diaphragme, comme les oiseaux et les poissons vivipares, il est impossible que le sperme n'y soit pas attiré et qu'il y aille par l'émission. Mais le lieu attire la semence par la chaleur qui lui est propre. [10] L'éruption des menstrues et leur accumulation enflamme la chaleur de l'organe, de même que des vases sans bouchon, si on les emplit d'eau chaude, tirent l'eau à eux, quand on en renverse l'ouverture.
§ 20. C'est ainsi que le sperme est absorbé ; mais l'absorption ne se fait pas du tout, comme quelques naturalistes le prétendent, dans les organes [15] qui concourent au rapprochement des sexes. Les choses se passent aussi tout autrement que ne le croient ceux qui assurent que les femmes émettent du sperme comme l'homme; car si les matrices faisaient quelque émission au dehors, elles la devraient reprendre au dedans, pour la mêler à la liqueur séminale du mâle ; mais ce serait là une opération bien inutile, et la Nature ne fait jamais [20] rien en vain.

§ 1. Une organisation moins complète. Ce sont sans doute les ovipares qu'Aristote veut désigner ainsi. - Complète... complet... complet. Ces répétitions sont dans le texte. - Sous le rapport de l'animalité. Le texte n est pas aussi explicite. - Plus haut. Voir ci-dessus. liv. I, ch. XVII, § 3. - Est complet en ce sens... La restriction est peut-être un peu trop forte ; et l'embryon est, à ce qu'il semble, complet aussi à d'autres égards que le sexe; il a déjà les organes nécessaires à sa vie et à son développement. - Plus tard. Voir plus loin, liv. III, ch. VIII et suiv.

§ 2. Les animaux complets. Aristote met les vivipares au premier rang de tous les animaux: et la science moderne est sur ce point capital d'accord avec lui; voir le paragraphe suivant. - Gardent et nourrissent. Il n'y a qu'un seul mot dans le texte. - Conçu un œuf. Ce sont les ovipares pris de la manière la plus générale. Dans ce qui suit, Aristote distingue deux classes pour les ovipares : ceux qui produisent au dehors un œuf qui n'a plus qu'à se développer, et ceux qui produisent l'œuf dans leur intérieur, où il se développe avant que le jeune puisse sortir. - Pour l'œuf des ovipares. Les gallinacés par exemple. - Achevé par la matrice. Il semblerait que ce serait plutôt : Dans la matrice - Les sélaciens. Voir plus loin, liv. III. ch. VI; voir aussi Cuvier, Règne animal, tome II, p. 384; mais Cuvier insiste moins que le naturaliste grec sur cette génération particulière des sélaciens.

§ 3. Premièrement... les premiers... le premier rang. Toutes ces répétitions sont dans le grec. - Sont vivipares. La science moderne dirait. Mammifères ; ce qui revient à peu près au même. -  L'homme... le premier de tous. Sur ce point, il y a unanimité; la seule divergence entre les naturalistes, c'est que, tout en reconnaissant la suprématie de l'homme, on ne le regarde que comme le dernier terme de la série animale,  tandis que d'autres naturalistes, mieux inspirés, le regardent comme un être à part. Ce dernier avis peut passer pour être aussi l'avis d'Aristote. Voir l'Histoire des Animaux, liv. I, ch. I, § 26, et ch. XII, §§ 3 et 6; liv. II, ch. V, § 3 ; liv. IV, ch. IX, § 15 ; liv. VII; et liv. VIII, ch. 1, de ma traduction. Voir aussi le Traité des Parties, liv. II, ch. X, § 3, de ma traduction. - La respiration. Ou le Souffle. - Aucune autre cause analogue. Qui agirait à la façon de la respiration, retenue et poussée ensuite avec violence.