Aristote : Génération des animaux

ARISTOTE

 

TRAITE DE LA GÉNÉRATION DES ANIMAUX

ΑΡΙΣΤΟΤΕΛΟΥΣ ΠΕΡΙ ΖΩΙΩΝ ΓΕΝΕΣΕΩΣ Α

LIVRE I. chapitre I

sommaire - livre I chapitre II
 

 

 

TRAITE DE LA GÉNÉRATION DES ANIMAUX

LIVRE PREMIER

 

 

 

 

CHAPITRE PREMIER

Récapitulation des matières antérieurement traitées ; des quatre causes auxquelles on peut rapporter l'organisation animale, trois ont été étudiées ; reste la quatrième et dernière, la cause motrice ou la génération ; diversités de la génération ; accouplement de la femelle et du mâle dans les animaux qui ont du sang, et parfois aussi dans ceux qui n'en ont pas; accouplement dans les animaux qui se meuvent; les jeunes sont tantôt congénères, et tantôt naissent spontanément; ces derniers ne s'accouplent pas et ne produisent pas d'êtres semblables à eux ; limitations naturelles de ces reproductions ; comparaison avec les plantes, qui naissent aussi, ou de congénères, ou spontanément.

1 [715b] Ἐπεὶ δὲ περὶ τῶν ἄλλων μορίων εἴρηται τῶν ἐν τοῖς ζῴοις καὶ κοινῇ καὶ καθ´ ἕκαστον γένος περὶ τῶν ἰδίων χωρίς, τίνα τρόπον διὰ τὴν τοιαύτην αἰτίαν ἐστὶν ἕκαστον, λέγω δὲ ταύτην τὴν ἕνεκά του·  2 ὑπόκεινται γὰρ αἰτίαι τέτταρες, τό τε οὗ ἕνεκα ὡς τέλος καὶ ὁ λόγος τῆς οὐσίας (ταῦτα μὲν οὖν ὡς ἕν τι σχεδὸν ὑπολαβεῖν δεῖ), τρίτον δὲ καὶ τέταρτον ἡ ὕλη καὶ ὅθεν ἡ ἀρχὴ τῆς κινήσεως — 3 περὶ μὲν οὖν τῶν ἄλλων εἴρηται (ὁ τε γὰρ λόγος καὶ τὸ οὗ ἕνεκα ὡς τέλος ταὐτὸν καὶ ἡ ὕλη τοῖς ζῴοις τὰ μέρη· παντὶ μὲν τῷ ὅλῳ τὰ ἀνομοιομερῆ, τοῖς δ´ ἀνομοιομερέσι τὰ ὁμοιομερῆ, τούτοις δὲ τὰ καλούμενα στοιχεῖα τῶν σωμάτων), 4  λοιπὸν δὲ τῶν μὲν μορίων τὰ πρὸς τὴν γένεσιν συντελοῦντα τοῖς ζῴοις περὶ ὧν οὐθὲν διώρισται πρότερον, περὶ αἰτίας δὲ τῆς κινούσης τίς ἀρχή. Τὸ δὲ περὶ ταύτης σκοπεῖν καὶ τὸ περὶ τῆς γενέσεως τῆς ἑκάστου τρόπον τινὰ ταὐτόν ἐστιν· διόπερ ὁ λόγος εἰς ἓν συνήγαγε, τῶν μὲν περὶ τὰ μόρια τελευταῖα ταῦτα, τῶν δὲ περὶ γενέσεως τὴν ἀρχὴν ἐχομένην τούτων τάξας.

5 Τῶν δὴ ζῴων τὰ μὲν ἐκ συνδυασμοῦ γίγνεται θήλεος καὶ ἄρρενος, ἐν ὅσοις γένεσι τῶν ζῴων ἐστὶ τὸ θῆλυ καὶ τὸ ἄρρεν· οὐ γὰρ ἐν πᾶσίν ἐστιν, ἀλλ´ ἐν μὲν τοῖς ἐναίμοις ἔξω ὀλίγων ἅπασι τὸ μὲν ἄρρεν τὸ δὲ θῆλυ τελειωθέν ἐστι, τῶν δ´ ἀναίμων τὰ μὲν ἔχει τὸ θῆλυ καὶ τὸ ἄρρεν ὥστε τὰ ὁμογενῆ γεννᾶν, τὰ δὲ γεννᾷ μέν, οὐ μέντοι τά γε ὁμογενῆ· τοιαῦτα δ´ ἐστὶν ὅσα γίγνεται μὴ ἐκ ζῴων συνδυαζομένων ἀλλ´ ἐκ γῆς σηπομένης καὶ περιττωμάτων.  6 Ὡς δὲ κατὰ παντὸς εἰπεῖν, ὅσα μὲν κατὰ τόπον μεταβλητικὰ τῶν ζῴων †ὄντα τὰ μὲν νευστικὰ τὰ δὲ πτηνὰ τὰ δὲ πεζευτικὰ τοῖς σώμασιν, ἐν πᾶσι τούτοις ἐστὶ τὸ θῆλυ καὶ τὸ ἄρρεν, οὐ μόνον τοῖς ἐναίμοις ἀλλ´  [716a] ἐνίοις καὶ ἀναίμοις. Καὶ τούτων τοῖς μὲν καθ´ ὅλον τὸ γένος οἷον τοῖς μαλακίοις καὶ τοῖς μαλακοστράκοις, ἐν δὲ τῷ τῶν ἐντόμων γένει τὰ πλεῖστα. 7 Τούτων δ´ αὐτῶν ὅσα μὲν ἐκ συνδυασμοῦ γίγνεται τῶν συγγενῶν ζῴων καὶ αὐτὰ γεννᾷ κατὰ τὴν συγγένειαν· ὅσα δὲ μὴ ἐκ ζῴων ἀλλ´ ἐκ σηπομένης τῆς ὕλης, ταῦτα δὲ γεννᾷ μὲν ἕτερον δὲ γένος, καὶ τὸ γιγνόμενον οὔτε θῆλύ ἐστιν οὔτε ἄρρεν· τοιαῦτα δ´ ἐστὶν ἔνια τῶν ἐντόμων.

8 Καὶ τοῦτο συμβέβηκεν εὐλόγως· εἰ γὰρ ὅσα μὴ γίγνεται ἐκ ζῴων, ἐκ τούτων ἐγίγνετο ζῷα συνδυαζομένων, εἰ μὲν ὁμογενῆ, καὶ τὴν ἐξ ἀρχῆς τοιαύτην ἔδει τῶν τεκνωσάντων εἶναι γένεσιν (τοῦτο δ´ εὐλόγως ἀξιοῦμεν· φαίνεται γὰρ συμβαῖνον οὕτως ἐπὶ τῶν ἄλλων ζῴων), εἰ δ´ ἀνόμοια μὲν δυνάμενα δὲ συνδυάζεσθαι, πάλιν ἐκ τούτων ἑτέρα τις ἂν ἐγίγνετο φύσις καὶ πάλιν ἄλλη τις ἐκ τούτων, καὶ τοῦτ´ ἐπορεύετ´ ἂν εἰς ἄπειρον. Ἡ δὲ φύσις φεύγει τὸ ἄπειρον· τὸ μὲν γὰρ ἄπειρον ἀτελές, ἡ δὲ φύσις ἀεὶ ζητεῖ τέλος. 9 Ὅσα δὲ μὴ πορευτικὰ καθάπερ τὰ ὀστρακόδερμα τῶν ζῴων καὶ τὰ ζῶντα τῷ προσπεφυκέναι, διὰ τὸ παραπλησίαν αὐτῶν εἶναι τὴν οὐσίαν τοῖς φυτοῖς, ὥσπερ οὐδ´ ἐν ἐκείνοις οὐδ´ ἐν τούτοις ἐστὶ τὸ θῆλυ καὶ τὸ ἄρρεν ἀλλ´ ἤδη καθ´ ὁμοιότητα καὶ κατ´ ἀναλογίαν λέγεται· μικρὰν γάρ τινα τοιαύτην ἔχει διαφοράν. Καὶ γὰρ ἐν τοῖς φυτοῖς ὑπάρχει τὰ μὲν καρποφόρα δένδρα τοῦ αὐτοῦ γένους, τὰ δ´ αὐτὰ μὲν οὐ φέρει καρπόν, συμβάλλεται δὲ τοῖς φέρουσι πρὸς τὸ πέττειν, οἷον συμβαίνει περὶ τὴν συκῆν καὶ τὸν ἐρινεόν.

10 Ἔστι δὲ καὶ ἐπὶ τῶν φυτῶν τὸν αὐτὸν τρόπον· τὰ μὲν γὰρ ἐκ σπέρματος γίγνεται τὰ δ´ ὥσπερ αὐτοματιζούσης τῆς φύσεως. γίγνεται γὰρ ἢ τῆς γῆς σηπομένης ἢ μορίων τινῶν ἐν τοῖς φυτοῖς· ἔνια γὰρ αὐτὰ μὲν οὐ συνίσταται καθ´ αὑτὰ χωρίς, ἐν ἑτέροις δ´ ἐγγίγνεται δένδρεσιν οἷον ὁ ἰξός.

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1 [715b] Jusqu'à présent, nous nous sommes occupé de toutes les parties dont les animaux se composent, en les considérant, soit dans ce qu'elles ont de commun, soit à part, dans ce qu'elles ont de spécial pour chaque genre d'animaux. Nous avons également expliqué la disposition que présente chacune de ces parties, par rapport à la cause qui leur est propre, je veux dire, le but en vue duquel elles sont faites. 2 On sait que, sous les choses, il y a quatre causes diverses : d'abord le but, qui est la fin même de l'être; ensuite, la notion essentielle qui convient à cet être, deux premières causes qui doivent être regardées comme n'en formant guère qu'une seule; et en dernier lieu, la troisième cause et la quatrième, qui sont, l'une la matière de l'être, et l'autre, le principe qui lui imprime le mouvement. 3 Déjà, l'on a fait connaître les trois premières causes, puisque la notion de l'être et le but de l'être se confondent en tant que fin, et que la matière est dans les animaux l'ensemble de leurs parties, non similaires, quand on parle de l'animal tout entier, et dans ces parties non similaires, les parties similaires, formées elles-mêmes de ce qu'on appelle les éléments des corps, 4 Ainsi, il ne nous reste plus à étudier que ces parties des animaux qui concernent leur génération, dont nous n'avons rien dit jusqu'à cette heure; et à exposer précisément la cause qui leur communique le mouvement dont ils sont animés. Etudier cette cause et étudier la génération des animaux, c'est au fond une seule et même question, du moins à quelques égards. La raison en effet nous conduit à réunir ces théories, parce que c'est bien là tout à la fois l'étude dernière qui achève celle des parties, et parce que c'est aussi le début régulier que la raison assigne à ce qu'on va dire de la génération, après tout ce qui précède.

5 II y a des animaux qui naissent de l'accouplement de la femelle et du mâle. C'est bien ce qui se passe dans toutes les espèces où il \ a femelle et maie; mais cette distinction n'existe pas pour toutes les espèces d'animaux sans exception. Ainsi, dans les animaux qui ont du sang, sauf quelques espèces, le mâle et la femelle sont toujours complètement distincts; mais parmi les animaux qui n'ont pas de sang, tantôt il y a femelle et mâle, produisant des individus qui leur ressemblent ; tantôt, si ces animaux produisent encore, ce ne sont plus des êtres de leur même genre qu'ils produisent. Alors, ces derniers êtres ne naissent plus d'animaux accouplés; mais ils naissent de la terre, qui se putréfie, et de diverses excrétions. 6 A parler d'une manière générale, on peut dire que tous les animaux qui peuvent changer de place, en nageant, en volant, ou en marchant, présentent la séparation du mâle et de la femelle. Cette distinction s'étend non pas seulement aux: animaux qui, parmi ceux-là, ont du sang, mais aussi [716a] à quelques-uns de ceux qui n'en ont pas. Dans ces derniers animaux, c'est tantôt le genre entier qui offre cette différence, comme dans les mollusques et les crustacés; tantôt c'est seulement la plupart des espèces, comme dans le genre des insectes. 7 En effet, tous les insectes qui viennent d'un accouplement d'êtres congénères produisent également des êtres semblables à eux ; mais ceux qui ne naissent pas d'animaux accouplés, et qui naissent de la terre putréfiée, engendrent une espèce différente de la leur; l'être qu'ils produisent n'est ni femelle ni mâle; témoin l'organisation de quelques espèces d'insectes.

8 La raison comprend parfaitement qu'il en soit ainsi; car, si les êtres qui ne viennent pas d'autres êtres animés pouvaient à leur tour donner naissance à des animaux en s'accouplant; et si alors ces êtres nouveaux étaient semblables aux parents, il faudrait que ceux qui les auraient produits eussent eu aussi la même origine. A nos yeux, cette conséquence est tout à fait rationnelle, puisque c'est ce qui arrive chez tous les autres animaux. Ou bien, si ces nouveaux êtres étaient dissemblables, tout en pouvant s'accoupler, le produit qui naîtrait d'eux serait également d'une nature autre que la leur; puis, de ces seconds êtres naîtrait aussi une autre espèce d'êtres qui serait encore différente ; et ceci pourrait aller à l'infini. Or la Nature évite l'infini et l'indéterminé; car l'infini n'a pas de terme; et c'est un terme défini que la Nature recherche avant tout. 9 Quant aux animaux qui ne se déplacent pas, comme les testacés, et quant à ceux qui vivent dans le lieu où ils sont attachés, ils ont une essence qui les rapproche beaucoup des plantes, et ils n'ont pas plus qu'elles le sexe femelle et le sexe mâle. Si, pour ces êtres, l'on emploie quelquefois ces expressions, c'est par simple ressemblance et par analogie, parce qu'en effet il n'y a sous ce rapport presque pas de différence entre les plantes et ces sortes d'animaux. 10 Ainsi, dans les plantes, tantôt il y a des arbres du même genre qui portent des fruits, et tantôt ces mêmes arbres n'en portent pas, mais servent seulement à faire mûrir les fruits de ceux qui en portent ; c'est ce qu'on voit pour la figue comestible et pour la figue sauvage. Comme les animaux encore, il y a des plantes qui naissent de semence; d'autres poussent comme si la nature les produisait spontanément. Elles proviennent de la terre putréfiée. ou de quelques matières végétales qui pourrissent; car il y a certaines plantes qui ne peuvent passe former séparément par elles seules, et qui ont besoin de croître sur d'autres végétaux, comme le gui.

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§ 1. Jusqu'à présent. Les ouvrages où Aristote a traité déjà des questions qui sont rappelées ici, sont d'abord : le traité spécial des Parties des Animaux, et ensuite l'Histoire des Animaux, où if a étudié, à plusieurs reprises, les organes divers de tous les êtres animés, notamment dans le premier livre, ch. ii, pour les animaux en général ; chap. vii et suivants, pour l'homme ; liv. II, ch. i, pour les parties communes à tous les animaux, soit extérieures, soit intérieures; enfin pour les parties spéciales, dans les chapitres suivants.

Dans ce quelles ont de commun... dans ce qu'elles ont de spécial... C'est l'objet de l'Histoire des Animaux, où toutes ces questions ont été discutées très abondamment.

Le but en vue duquel elles sont faites. C'est la cause finale, sans laquelle en effet tout ne serait qu'obscurité dans la nature. Aristote a toujours insisté sur ce principe, qu'il a, le premier, mis en pleine lumière, et qui est le plus indispensable de tous. En traduisant comme je l'ai fait: Sous les choses, j'ai essayé de rendre la force du mot dont Aristote se sert.

§ 2. Quatre causes diverses. Ce sont les quatre causes ou les quatre principes, qui sont les bases de toute la théorie d'Aristote. Il s'en est spécialement occupé dans la Métaphysique, liv. V, ch.. ii ; et dans la Physique, liv. II, ch. iii.

Le but, qui est la fin même de l'être. Je n'ai pu éviter cette espèce de tautologie, qui se trouve aussi dans le texte.

La notion essentielle. Ceci revient à peu près à l'Idée, telle que l'entendait Platon ; et sur ce point, Aristote se rapproche de son maître, peut-être sans le vouloir. Il remarque d'ailleurs avec raison que les deux premières causes n'en forment guère qu'une seule.

La matière. Ce n'est pas tout a fait une cause, quoi qu'en dise Aristote ; c'est plutôt un élément substantiel de l'être. Au contraire, le mouvement est une cause véritable, puisque sans lui l'être resterait en simple puissance, et ne deviendrait pas actuel, c'est-à-dire, réel.

§ 3. Déjà. L'expression du texte n'est pas plus précise; et sans doute il faut regarder cette référence générale comme s'adressant à la Métaphysique et à la Physique, que je viens de citer plus haut.

Parties non similaires... parties similaires. Voir l'Histoire des Animaux, liv. I, ch. i, § 1.

Les éléments des corps. Ou sait que, dans les théories d'Aristote et de toute l'Antiquité, ce sont la terre, l'eau, l'air et le feu. C'est Empédocle, qui a été l'auteur de ces distinctions. Pour nous, les éléments des corps sont beaucoup plus nombreux, puisque la chimie contemporaine reconnaît déjà plus de soixante corps simples ; voir Regnault, Cours élémentaire de chimie, t. I, p. 65.

§ 4. Dont nous n'avons rien dit. Ceci n'est pas exact ; car il a été tout au contraire grandement question de la génération dans l'Histoire des Animaux, livv. v et vi. Il est difficile de comprendre comment une telle erreur a pu être commise, quand on voit quels développements ont été déjà donnés à ce problème, le plus mystérieux et le plus important de toute la physiologie. Cependant on ne peut douter que l'auteur du traité de la Génération ne pensât à l'Histoire des Animaux, qu'il cite fréquemment. Mais peut-être la restriction qui est faite ici s'adresse-t-elle exclusivement au traité des Parties, où en effet il n'est point parlé de la génération. Voir la Dissertation sur le traité de la Génération et sur sa composition. '

C'est au fond une seule et même question. Cette assertion se rattache étroitement à la théorie d'Aristote sur l'action du mâle dans le phénomène complexe de la génération; suivant cette théorie, le rôle du mâle se borne à communiquer le mouvement, comme celui delà femelle se» borne à fournir la matière.

Après tout ce qui précède. Ceci s'applique sans doute à l'Histoire des Animaux, aussi bien qu'au Traité des Parties.

§ 5. Cette distinction n'existe pas pour toutes les espèces. La science moderne n'a rien à changer à ces théories, fondées sur les faits les plus certains. Il y a des animaux hermaphrodites ; il y en a même qui ont à la fois les deux sexes, et qui tour à tour sont fécondants et fécondés; enfin, il y en a dont la génération est encore douteuse, malgré les observations les plus attentives.

Parmi les animaux qui n'ont pas de sang. Ce sont surtout les insectes qui sont désignés par là. Les insectes ont du sang ; mais ce sang est blanc ; et c'est cette absence de couleur qui a pu tromper longtemps les naturalistes anciens.

Ils naissent de la terre, qui se putréfie. Ce serait la génération spontanée, que la science moderne a toute raison de repousser. L'erreur d'Aristote, que toute l'Antiquité a partagée, vient de ce que beaucoup d'animaux sont tout à fait invisibles à la vue simple, dans leur état embryonnaire ; on ne les aperçoit que quand ils sont déjà gros: et l'on peut croire alors qu'ils naissent spontanément; mais le microscope a détruit ces illusions, bien pardonnables de la part des premiers observateurs.

§ 6. En nageant, en volant ou en marchant. L'énumération n'est peut-être pas complète; mais En marchant peut comprendre aussi la reptation des serpents, et l'ondulation de certains insectes.

Quelques-uns de ceux qui n'en ont pas. On sait ce que ceci veut dire ; ces animaux ne sont pas précisément privés de sang, mais leur sang est blanc; et voilà comment on a pu croire qu'ils sont exsangues.

Qui offre cette différence. C'est-à-dire, la séparation des sexes.

La plupart des espèces. La restriction est justifiée, puisqu'il y a des insectes hermaphrodites.

§ 7. En effet tous les insectes... L'observation est juste dans cette première partie ; elle ne Test plus dans la seconde ; et la même erreur se répète sur les insectes naissants de la terre putréfiée.

— De quelques espèces d'insectes. On peut trouver que l'expression est bien générale, et l'auteur aurait pu indiquer les espèces d'une manière plus précise. En général, la reproduction est sexuelle chez, les arthropodes, sauf quelques exceptions ; voir la Zoologie descriptive de M. Claus, p. 397, trad. franc.

§ 8. La raison comprend... La méthode habituelle d'Aristote est de contrôler par la raison les phénomènes que l'observation a d'abord constatés. La raison et l'observation sont les deux éléments de la science ; mais l'observation est la première chronologiquement, si d'ailleurs elle est subordonnée a la raison, qui seule la comprend et la féconde.

Qui ne viennent pas d'autres êtres animés. C'est toujours la génération spontanée. Mais ce paragraphe est assez, obscur, et l'auteur pouvait exprimer plus nettement cette pensée que les animaux nés spontanément, selon lui, ne peuvent avoir de sexes.

Aux parents. J'ai ajouté ces mots, qui me semblent indispensables.

Tout à fait rationnelle. C'est une induction légitime tirée delà pluralité des ras, puisque tous les animaux qui s'accouplent produisent, sans exception, des êtres qui leur sont congénères.

La Nature évite l'infini et l'indéterminé. Il n'y a qu'un seul mot dans le texte ; c'est l'indéterminé que la nature évite bien plutôt que l'infini; et ici l'indéterminé est le contraire de l'individuel, dont la (orme est nécessairement définie et limitée.

§ 9. Les testacés. Voir Cuvier, Règne animal, t. III, p. 117. Les acéphales testacés sont bivalves et immobiles, bien qu'ils aient une masse charnue qu'on appelle leur pied; ce pied est attaché entre les quatre branchies.

Qui les rapproche beaucoup des plantes. Ce ne sont pas cependant des zoophytes.

Ils n'ont pas plus qu'elles. Le sexe des plantes n'a pas été connu de l'Antiquité.

§ 10. Ainsi dans les plantes. Ce paragraphe pourrait bien n'être qu'une interpolation ; la greffe, à laquelle il est fait allusion, n'a rien à faire ici. Il est donc bien possible que ce ne soit qu'une note de quelque scho-haste, qui, de la marge, sera passée dan s le texte.

La figue sauvage. Il semble évident que la figue sauvage est opposée ici à la figue cultivée et obtenue par voie de greffe.

Il y a des plantes qui naissent de semence. C'est le cas de toutes les plantes; mais chez quelques-unes, le phénomène est si ténu qu'il échappe a l'observation. Il y a même un petit nombre de plantes dont la science moderne ne s'explique pas encore» la reproduction. Voir le Traité général de botanique de MM. Le Maruit et Derainsne, 1868, p. 120. Les produisait spontanément. C'est-à-dire, sans l'intermédiaire d'autres plantes.

De la terre putréfiée. Même erreur que pour les insectes.

- Qui pourrissent. Celle autre erreur a subsisté non moins longtemps.

Comme le gui. Voir le Traité général de botanique de MM. Le Maout et Decaisne, p. 470. Le gui est de la famille des loranthacées, arbrisseaux toujours verts, vivant sur d'autres plantes dicotylédones. Il y a de nombreuses espèces de gui ; mais Aristote ne les distingue pas ici, et il lui suffit de les indiquer d'une manière toute générale.

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