DENYS D'HALICARNASSE
ANTIQUITÉS ROMAINES
ΔΙΟΝΥΣΙΟΥ ΑΛΙΚΑΡΝΑΣΕΩΣ ΡΩΜΑΙΚΗΣ ΑΡΧΑΙΟΛΟΓΙΑΣ
ΛΟΓΟΣ ΠΡΩΤΟΣ.
Biographie des historiens cité par Denys
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AGATHYLLUS (᾿Αγάθυλλος), d'Arcadie, un poète élégiaque grec, qui est cité par Denys d'Halicarnasse en référence à l'histoire d'Énée et à la fondation de Rome. Certains de ses vers sont conservés par Denys d'Halicarnasse. (i. 49, 72.) AELII : voir TUBERO
ALIMENTUS, L. CINCIUS, un
célèbre annaliste romain, spécialiste de l'antiquité et juriste, qui fut préteur en
Sicile en 209 av. J.-C., avec le commandement de deux légions. Il écrivit le
récit de son emprisonnement lors de la seconde guerre punique, et une histoire de Gorgias
de Léontium; mais ces travaux font probablement partie de ses Annales. (Liv. xxi 38.) Il est fréquemment cité par Festus, et les fragments qui ont été ainsi préservés ont été rassemblés par Wasse, et peuvent être trouvés
dans le Salluste de Corte.
ANAXIMENES (᾿Αναξιμένης)
de Lampasque, fils d'Aristoclès, et élève de Zoilus et de Diogène le Cynique. Il était contemporain
d'Alexandre le Grand : on dit qu'il l'instruisit, et qu'il l'accompagna dans son expédition asiatique.
(Suidas, s. v.; Eucloc. p. 51; voir Diog. Laert. v. 10; Diod. xv. 76..) Une jolie anecdote est rapportée par Pausanias (vi. 18, § 2) et
par Suidas, sur la manière dont il sauva sa ville natale de la colère
d'Alexandre pour avoir épousé la cause des Perses. Ses citoyens reconnaissants
le récompensèrent d'une statue à Olympie. Anaximène écrivit trois oeuvres historiques: Ἀναξιμένης, Ἀριστοκλέους, Λαμψακηνὸς, ῥήτωρ: μαθητὴς Διογένους τοῦ Κυνὸς καὶ Ζωί̈λου τοῦ Ἀμφιπολίτου γραμματικοῦ, τοῦ κακίζοντος Ὅμηρον, διδάσκαλος δὲ τοῦ Μακεδόνος Ἀλεξάνδρου. εἵπετο δὲ αὐτῷ ἐν τοῖς πολέμοις. οὗτος βασιλέα Ἀλέξανδρον, θυμῷ χρώμενον ἐς Λαμψακηνοὺς, τέχνῃ περιεῖλε τοιᾷδε. φρονούντων Λαμψακηνῶν τὰ Περσῶν, ὑπερζέων τῷ θυμῷ Ἀλέξανδρος ἠπείλει τὰ μέγιστα κακὰ ἐργάσασθαι. οἱ δὲ, ἅτε περὶ γυναικῶν καὶ παίδων καὶ τῆς πατρίδος θέοντες, ἀποστέλλουσιν Ἀναξιμένην ἱκετεύσοντα. Ἀλέξανδρος δὲ γνοὺς καθ' ἥντινα αἰτίαν ἥκοι, κατωμόσατο θεοὺς, ἦ μὴν αὐτοῦ ταῖς δεήσεσι τἀναντία ἐργάσεσθαι. Ἀναξιμένης δέ, χάρισαί μοι, ἔφη, ὦ βασιλεῦ, τὴν χάριν, γυναῖκας καὶ τέκνα τῶν Λαμψακηνῶν ἀνδραποδίσασθαι καὶ τὰ ἱερὰ ἐμπρῆσαι καὶ τὴν πόλιν ἐς ἔδαφος καταβαλεῖν. Ἀλέξανδρος δὲ οὐκ ἔχων τι πρὸς τοῦτο σοφίσασθαι ἢ ἀντιμηχανήσασθαι καὶ ἐνεχόμενος τῇ ἀνάγκῃ τοῦ ὅρκου, συγγνώμην ἔνεμεν οὐκ ἐθέλων Λαμψακηνοῖς. ἠμύνατο δὲ καὶ Θεόπομπον, τὸν Δαμοστράτου, ἐχθρὸν ὄντα Ἀναξιμένης οὐκ ἀμαθέστατα, ἀλλ' ἐπιφθονώτατα. σοφιστὴς γὰρ ὢν καὶ σοφιστῶν λόγους μιμούμενος, γράφει βιβλίον ἐς Ἀθηναίους καὶ ἐπὶ Λακεδαιμονίους, συγγραφὴν λοίδορον ἐς τὸ ἀκριβέστατον μιμησάμενος: καὶ ἐπιγράψας Θεοπόμπου τὸ ὄνομα ἔπεμπεν ἐς τὰς πόλεις. καὶ ἐκ τούτου τὸ ἔχθος τὸ ἐς Θεόπομπον ἀνὰ πᾶσαν τὴν Ἑλλάδα ηὔξετο. οὐ μὴν οὐδὲ εἰπεῖν τις αὐτοσχεδίως Ἀναξιμένους πρότερός ἐστιν εὑρηκώς. (SUIDAS) ANTIAS. un cognomen de la Gens Valeria , provenant de la colonie romaine d'Antium. 1. L. VALERIUS ANTIAS, fut envoyé avec cinq bateaux en 215 av. J.-C. pour transporter à Rome les ambassadeurs carthaginois, qui avaient été capturés par les Romains sur leur chemin vers Philippe de Macédoine, (Liv. xxiii. 34.) (9) Pour cela, on fit choix de cinq vaisseaux les plus légers de tous. L. Valérius Antias en reçut le commandement; il eut ordre de faire garder les ambassadeurs séparément sur chaque vaisseau, et d'empêcher qu'ils eussent entre eux aucun entretien ni aucun moyen de se concerter.
2. Q. VALERIUS ANTIAS, l'historien romain, était un descendant de
précédent, ou tirait son surnom d'Antias pour être né à Antium, comme le
dit Pline (H. N. Praef.) Il était contemporain de Quadrigarius, de Sisenna, et de Rutilius
(Vell. Pat. ii. 9), et vécut dans la première moitié du premier siècle avant le Christ. Krause, sans mentionner
ses sources, dit qu'Antias était praetor en u. c. 676. (68 av. J.-C.) Il
écrivit l'histoire de Rome de la période la plus ancienne, racontant les histoires d'Amulius,
de Rhea Silvia et autres, jusqu'à la période de Sylla. La dernière période doit avoir été traitée
beaucoup plus que l'ancienne, puisqu'il a parlé de la questure de Ti. Gracchus
(137 av. J.-C.) au début de son douzième livre (ou selon quelques indications dans le vingt-deuxième), et
son oeuvre comprenait soixante-quinze livres au moins. (Gell. vii. 9.)
ANTIOCHUS (Ἀντίοχος
ὁ Συρακούσιος), de
Syracuse, fils de Xénophane, est appelé par Denys d' Halicarnasse (Ant. Rom. i. 12)
un très ancien historien. Il vivait dans les annnées 423 av. J.-C. et
était donc contemporain de Thucydide et de la guerre du Péloponnèse. (Joseph.
c. Apion. i. 3.) On ne connaît rien de sa vie mais ses travaux
historiques étaient fort estimés par les anciens en raison de sa précision. (Dionys. i. 73.)
Voici ses oeuvres : AULU-GELLE : voir GELLUS CALLIAS (Καλλίας) de Syracuse, un historien grec qui écrivit un grand livre d'histoire de la Sicile. Il vécut, comme Josèphe (c. Apion. i. 3) l'indique, longtemps après Philistus, mais avant Timée. En ce qui concerne la nature de son oeuvre, il est clair qu'il était contemporain d'Agathocle : cependant il lui survécut puisqu'il mentionne la mort du tyran. Son oeuvre est souvent appelée τὰ περὶ ᾿Αγαθοκλέα ou περὶ ᾿Αγαθοκλέα ἱστορίαι et quelquefois aussi par les Romains " Historia de Rebus Siculis." (Athen. xii. p. 542 ; Aelian, Hist. An. xvi. 28 ; Schol. ad Apollon. Rhod. iii. 41 ; Macrob. Sat. v. 19 ; Dionys. i. 42 ; Fest. s. v. Romam.) Il embrassait l'histoire de Sicile depuis le règne d'Agathocle, depuis 317 av. J.-C. à 289, et contenait trente-deux livres. (Diod. xxi. Exc. 12. p. 492.) Le peu de fragments que nous possédons de son oeuvre ne nous permet pas de nous faire une opinion sur lui mais Diodore (xxi. Exc. p. 561) prétend que Callias fut corrompu par Agathocle par de riches présents; et qu'il sacrifia la vértité historique à l'appas du gain; et qu'il travertit tellement la vérité qu'il fit passer les crimes et la violation des lois humaines et divines, dont Agathocle se rendit coupable, pour des actions dignes déloge. (Comp. Suid. s. v. Καλλίας.)
CALLISTRATUS. (Καλλίστρατος)
était un grammairien grec, disciple d'Aristophane de Byzance, fréquemment
surnommé ῾Ο
᾿Αριστοφάνειος,
(Athénée, I, p. 21, VI, p. 263). Il vécut probablement au milieu du IIe
siècle av. J.-C., et fut contemporain du célèbre Aristarque. Il semble s'être
particulièrement consacré à l'étude des grands poètes de la Grèce, tels
Homère, Pindare, les tragiques, Aristophane, et de quelques autres encore. Le
fruit de ses études fut consigné dans des commentaires qui sont perdus mais
dont on retrouve quelques traces dans nos scholies. Tzetzès (Chil. XI,
61) affirme que Callistrate fut le premier qui engagea les Samiens à adopter
l'alphabet de 24 lettres : mais la chose n'est pas certaine (Comp. Schol. ad
Hom. II, 7, 185.) Plusieurs écrits qui lui sont attribués sont mentionnés
par les Anciens. Athénée (III, p. 125) cite le septième livre d'un traité
intitulé Σύμμιτικα, ainsi qu'un
ouvrage (XIII, p. 591), relatif aux courtisanes (περὶ
ἑταιρῶν), tous deux devant être l'œuvre
de Callistrate le grammarien. Harpocration (s. v.
Μενεκλῆς ἢ
Καλλίστρατος) parle
d'un écrit περὶ
᾿Αθηνῶν, que certains attribuent à Ménéclès
et d'autres à Callistrate ; cependant, la lecture du passage d'Harpocration prête
à confusion, et Preller (Polem. Fragm. p. 173, &c.) pense qu'à la
place de Καλλικράτης on
devrait plutôt lire
Καλλίστρατος.
CALPURNIUS : voir PISO
CATO. M. Porcius Cato Censorius naquit à Tusculum, une ville municipale
du Latium : ses ancêtres y demeuraient depuis
plusieurs générations. Son père avait la réputation d'être un soldat courageux, et son grand-grand-père avait reçu une
distinction honorifique de l'état pour cinq chevaux tués sous lui lors d'une bataille.
Aucun patricien même le plus hautain de Rome ne se vanta plus de la
splendeur de la noblesse la plus pure avec un esprit plus fier que Caton quand il
rappelait les exploits guerriers et la respectabilité municipale de sa famille, à laquelle il
attribuait une ancienneté extrême. Pourtant les Porcii de Toscane n'avaient jamais obtenu les honneurs
de la magistrature romaine. Leur descendant illustre, au commencement de sa carrière dans la grande ville,
fut considéré comme un homo novus, et le sentiment de sa basse condition,
augmenté de la conscience de sa supériorité innée, contribua à l'exaspérer et
stimula son âme ambitieuse. Tôt dans la vie, il éclipsa tellement la
première étincelle vacillante de sa race, qu'il parla constamment de lui, non seulement en tant que chef, mais en tant que
fondateur de la Gens Porcia. 4. ainsi, disait-il, en Espagne, on avait presque plus perdu par les révoltes des soldats que par la guerre; suivant l'usage étranger, l'usage des rois, Scipion était à la fois complaisant pour la licence des soldats et rigoureux envers eux. 5. A ces considérations, Quintus Fabius ajouta un projet de décision aussi rude que son discours : le légat Pleminius devait être amené, enchaîné, à Rome, y plaider sa cause enchaîné, et, si les plaintes des Locriens étaient fondées, être mis à mort dans sa prison, tandis que ses biens seraient confisqués; 6. Publius Scipion, pour avoir quitté sa province sans ordre du sénat, serait rappelé, et l'on négocierait avec les tribuns de la plèbe pour qu'ils proposent au peuple d'abroger son commandement; 7. aux Locriens, le sénat répondrait, de vive voix, que les outrages dont ils se plaignaient, ni le sénat, ni le peuple ne les approuvaient; on les appellerait hommes d'honneur, alliés et amis; on leur rendrait leurs enfants, leurs femmes, et les autres biens qui leur avaient été enlevés; tout l'argent enlevé au trésor de Proserpine, on le rechercherait, on remettrait à ce trésor le double de cette somme, 8. et l'on ferait une cérémonie expiatoire, après avoir demandé au collège des pontifes, pour le déplacement, l'ouverture, la violation de ce trésor sacre, quelle expiation, à quels dieux et avec quelles victimes il jugeait bon de faire; 9. les soldats qui étaient à Locres seraient tous transportés en Sicile; quatre cohortes d'alliés latins seraient amenées à Locres en garnison.10. On ne put demander ce jour-là l'avis de tous les sénateurs, les passions étant enflammées pour et contre Scipion. 11. Outre le forfait de Pleminius et le malheur des Locriens, le genre de vie, non seulement peu romain, mais peu militaire, du général lui-même était fort discuté 12. il se promenait, disait-on, en manteau et en souliers grecs au gymnase, il s'appliquait à des livres méprisables, aux exercices de la palestre; avec une paresse, une mollesse égales, tout son état-major goûtait les agréments de Syracuse; 13. Carthage et Hannibal étaient sortis de leur mémoire; toute l'armée, gâtée par la licence, comme elle l'avait été sur le Sucro, en Espagne, comme maintenant à Locres, était plus redoutable pour les alliés que pour l'ennemi. (Tite-Live) L'auteur du résumé de la vie de Caton (on considère généralement que c'est l'œuvre de Cornelius Nepos), déclare que Caton, à son retour d'Afrique, débarqua en Sardaigne, et ramena le poète Ennius dans ses propres bateaux de l'île en Italie; mais la Sardaigne n'était pas sur la route pour rentrer à Rome, et il est plus probable que la première rencontre d'Ennius et de Caton se soit produite à une date ultérieure, quand ce dernier était préteur en Sardaigne. (Aur. Vict. De Vir. Ill.. 47.) Il signala sa préture par une justice incorruptible, et par la conquête de la Sardaigne, où il se fit instruire dans les lettres grecques par le poète Ennius. (Aurelius Victor)
En 199 av. J.-C., Caton était édile, et avec son collègue Helvius, il
restaura les jeux plébéiens, et donna à cette occasion un banquet en l'honneur de Jupiter.
L'année suivante il a fut nomme préteur, et obtint comme province la Sardaigne, avec
le commandement de 3.000 fantassins et de 200 cavaliers. C'est alors qu'il
saisit la première occasion d'illustrer ses principes par la pratique. Il diminua
les dépenses officielles, fit ses tournées avec un simple serviteur, et, par l'absence étudiée de splendeur,
il mit sa propre frugalité en contraste saisissant avec le magnificence
tyrannique des magistrats provinciaux ordinaires. Les rites religieux étaient
accomplis avec parcimonie; la justice était administrée avec une stricte
impartialité; l'usure était poursuivie avec sévérité, et les usuriers bannis. La Sardaigne fut pendant un certain temps complètement
soumise, mais si nous devons croire le témoignage improbable et non-fondé d'Aurelius
Victor (De Vir Ill. 47), une insurrection fut réprimée dans l'île par
Caton durant sa charge de préteur. (7) Déjà même elles osaient s'adresser aux consuls, aux préteurs, aux autres magistrats, et les fatiguer de leurs sollicitations. Mais elles trouvèrent dans l'un des deux consuls, M. Porcius Caton, un adversaire inflexible, qui prononça le discours suivant en faveur de la loi qu'on proposait d'abroger. [34,2] (1) "Romains, si chacun de nous avait eu soin de conserver à l'égard de son épouse ses droits et sa dignité de mari, nous n'aurions pas affaire aujourd'hui à toutes les femmes. (2) Mais après avoir, par leur violence, triomphé de notre liberté dans l'intérieur de nos maisons, elles viennent jusque dans le forum l'écraser et la fouler aux pieds; et, pour n'avoir pas su leur résister à chacune en particulier, nous les voyons toutes réunies contre nous. (3) Je l'avoue, j'avais toujours regardé comme une fable inventée à plaisir cette conspiration formée par les femmes de certaine île contre les hommes dont elles exterminèrent toute la race. (4) Mais il n'est pas une classe de personnes qui ne vous fasse courir les plus grands dangers, lorsqu'on tolère ses réunions, ses complots et ses cabales secrètes. En vérité, je ne saurais décider ce qui est le plus dangereux de la chose en elle-même ou de l'exemple que donnent les femmes. (5) De ces deux points, l'un nous regarde nous autres consuls et magistrats; l'autre, Romains, est plus spécialement de votre ressort. C'est à vous en effet à déclarer par le suffrage que vous porterez si la proposition qui vous est soumise est avantageuse on non à la république. (6) Quant à ce rassemblement tumultueux de femmes, qu'il ait été spontané ou que vous l'ayez excité, M. Fundanius et L. Valérius, il est certain qu'on doit en rejeter la faute sur les magistrats; mais je ne sais si c'est à vous, tribuns, ou à vous autres, consuls, que la honte en appartient. (7) Elle est pour vous, si vous en êtes venus à prendre les femmes pour instruments de vos séditions tribunitiennes; pour nous, si la retraite des femmes nous fait, comme autrefois celle du peuple, adopter la loi. (8) Je l'avoue, ce n'est pas sans rougir que j'ai traversé tout à l'heure une légion de femmes pour arriver au forum; et si, par égard et par respect pour chacune d'elles en particulier plutôt que pour toutes en général, je n'eusse voulu leur épargner la honte d'être apostrophées par un consul, je leur aurais dit: (9) Quelle est cette manière de vous montrer ainsi en publie, d'assiéger les rues et de vous adresser à des hommes qui vous sont étrangers? Ne pourriez-vous, chacune dans vos maisons, faire cette demande à vos maris? (10) Comptez-vous plus sur l'effet de vos charmes en public qu'en particulier, sur des étrangers que sur vos époux? Et même, si vous vous renfermiez dans les bornes de la modestie qui convient à votre sexe, devriez-vous dans vos maisons vous occuper des lois qui sont adoptées on abrogées ici? (11) Nos aïeux voulaient qu'une femme ne se mêlât d'aucune affaire, même privée, sans une autorisation expresse; elle était sous la puissance du père, du frère ou du mari. Et nous, grands dieux!, nous leur permettons de prendre en main le gouvernement des affaires, de descendre au forum, de se mêler aux discussions et aux comices.(12) Car aujourd'hui, en parcourant les rues et les places, que font- elles autre chose que d'appuyer la proposition des tribuns et de faire abroger la loi? (13) Lâchez la bride aux caprices et aux passions de ce sexe indomptable, et flattez-vous ensuite de le voir; à défaut de vous-mêmes, mettre des bornes à son emportement. (14) Cette défense est la moindre de celles auxquelles les femmes souffrent impatiemment d'être astreintes par les moeurs ou par les lois. Ce qu'elles veulent, c'est la liberté la plus entière, ou plutôt la licence, s'il faut appeler les choses par leur nom. Qu'elles triomphent aujourd'hui, et leurs prétentions n'auront plus de terme!" [34,3] (1) "Rappelez-vous toutes les lois par lesquelles nos aïeux ont enchaîné leur audace et tenté de les soumettre à leurs maris: avec toutes ces entraves à peine pouvez-vous les contenir. (2) Que sera-ce si vous leur permettez d'attaquer ces lois l'une après l'autre, de vous arracher tout ce qu'elles veulent, en un mot, de s'égaler aux hommes? Pensez-vous que vous pourrez les supporter? Elles ne se seront pas plutôt élevées jusqu'à vous qu'elles voudront vous dominer. (3) Mais, dira-t-on, elles se bornent à demander qu'on ne porte pas contre elles de nouvelles lois: ce n'est, pas la justice, é'est l'injustice qu'elles repoussent. (4) Non, Romains, ce qu'elles veulent, c'est que vous abrogiez une loi adoptée par vous, consacrée par vos suffrages et sanctionnée par une heureuse expérience de plusieurs années, c'est-à-dire qu'en détruisant une seule loi vous ébranliez toutes les autres. (5) Il n'y a pas de loi qui ne froisse aucun intérêt; on ne consulte ordinairement pour les faire que l'utilité du plus grand nombre et le bien de l'état. Si chacun détruit et renverse celles qui le gênent personnellement, à quoi bon voter des lois en assemblée générale, pour les voir bientôt abroger au gré de ceux contre qui elles ont été faites? (6) Je voudrais savoir cependant pour quel motif les dames romaines parcourent ainsi la ville tout éperdues, pourquoi elles pénètrent presque au forum et dans l'assemblée? (7) Viennent-elles demander le rachat de leurs pères, de leurs maris, de leurs enfants ou de leurs frères faits prisonniers par Hannibal? Ces malheurs sont loin de nous, et puissent-ils ne jamais se renouveler! Pourtant, lorsqu'ils nous accablaient, vous avez refusé cette faveur à leurs pieuses instances. (8) Mais à défaut de cette piété filiale, de cette tendre sollicitude pour leurs proches, c'est sans doute un motif religieux qui les rassemble? Elles vont sans doute au-devant de la déesse Mère de l'Ida qui nous arrive de Pessinonte, en Phrygie? car enfin quel prétexte peut-on faire valoir pour excuser cette émeute de femmes? (9) On me répond: Nous voulons être brillantes d'or et de pourpre; et nous promener par la ville, les jours de fêtes et autres, dans des chars de triomphe, comme pour étaler la victoire que nous remportons sur la loi abrogée, sur vos suffrages surpris et arrachés; nous voulons qu'on ne mette plus de bornes à nos dépenses, à notre luxe." [34,4] (1) "Romains, vous m'avez souvent entendu déplorer les dépenses des femmes et des hommes, celles des simples citoyens comme celles des magistrats; (2) souvent j'ai répété que deux vices contraires, le luxe et l'avarice, minaient la république. Ce sont des fléaux qui ont causé la ruine de tous les grands empires. (3) Aussi, plus notre situation devient heureuse et florissante, plus notre empire s'agrandit, et plus je les redoute. Déjà nous avons pénétré dans la Grèce et dans l'Asie, où nous avons trouvé tous les attraits du plaisir; déjà même nous tenons dans nos mains les trésors des rois. Ne dois-je pas craindre qu'au lieu d'être les maîtres de ces richesses, nous n'en devenions les esclaves? (4) C'est pour le malheur de Rome, vous pouvez m'en croire, qu'on a introduit dans ses murs les statues de Syracuse. Je n'entends que trop de gens vanter et admirer les chefs-d'œuvre de Corinthe et d'Athènes, et se moquer des dieux d'argile qu'on voit devant nos temples. (5) Pour moi, je préfère ces dieux qui nous ont protégés, et qui nous protégeront encore, je l'espère, si nous les laissons à leur place. (6) Du temps de nos pères, Cinéas, envoyé à Rome par Pyrrhus, essaya de séduire par des présents les hommes et même les femmes. Il n'y avait pas encore de loi Oppia pour réprimer le luxe des femmes; et pourtant aucune n'accepta. (7) Quelle fut, à votre avis, la cause de ces refus? La même qui avait engagé nos aïeux à ne point établir de loi à ce sujet. Il n'y avait pas de luxe à réprimer. (8) De même que les maladies sont nécessairement connues avant les remèdes qui peuvent les guérir, de même les passions naissent avant les lois destinées à les contenir. (9) Pourquoi la loi Licinia a-t-elle défendu de posséder plus de cinq cents arpents? Parce qu'on ne songeait qu'à étendre sans cesse ses propriétés. Pourquoi la loi Cincia a-t-elle prohibé les cadeaux et les présents? Parce que le sénat s'habituait à lever des impôts et des tributs sur les plébéiens.(10) Il ne faut donc pas s'étonner qu'on n'eût besoin ni de la loi Oppia, ni d'aucune autre pour limiter les dépenses des femmes, à une époque où elles refusaient et la pourpre et l'or qu'on venait leur offrir. (11) Aujourd'hui, que Cinéas parcoure la ville, il les trouvera toutes dans les rues et disposées à recevoir. (12) J'avoue qu'il y a des caprices que je ne puis expliquer et dont je cherche en vain la raison. Qu'une chose fût permise à l'une et défendue à l'autre, il y aurait peut-être là de quoi éprouver un sentiment naturel de honte ou de colère. Mais quand l'ajustement est le même pour toutes, quelle humiliation chacune de vous peut-elle redouter? (13) C'est une faiblesse condamnable que de rougir de son économie ou de sa pauvreté; mais la loi vous met également à l'abri de ce double écueil, en vous défendant d'avoir ce que vous n'aurez pas. (14) Eh bien! dira cette femme riche, c'est cette inégalité même que je ne puis souffrir. Pourquoi ne m'est-il pas permis de me vêtir d'or et de pourpre? Pourquoi la pauvreté des autres se cache- t-elle si bien à l'ombre de cette loi qu'on pourrait les croire en état d'avoir ce qu'elles n'ont pas, n'était la défense qui existe? (15) Romains, répondrais-je, voulez-vous établir entre vos femmes une rivalité de luxe, qui pousse les riches à se donner des parures que nulle autre ne pourra avoir, et les pauvres à dépenser au-delà de leurs ressources pour éviter une différence humiliante? (16) Croyez-moi, si elles se mettent à rougir de ce qui n'est pas honteux, elles ne rougiront plus de ce qui l'est réellement. Celle qui en aura le moyen, achètera des parures; celle qui ne le pourra pas, demandera de l'argent à son mari. (17) Malheur alors au mari qui cédera et à celui qui ne cédera pas! Ce qu'il aura refusé sera donné par un autre. (18) Ne les voit-on pas déjà s'adresser à des hommes qui leur sont étrangers, et, qui pis est, solliciter une loi, des suffrages, réussir même auprès de quelques-uns, sans s'inquiéter de vos intérêts ni de ceux de votre patrimoine et de vos enfants? Dès que la loi cessera de limiter leurs dépenses, vous n'y parviendrez jamais. (19) Romains, n'allez pas croire que les choses en resteront au point où elles étaient avant la proposition de la loi, Il est moins dangereux de ne pas accuser un coupable que de l'absoudre; de même le luxe serait plus supportable, si on ne l'avait jamais attaqué; mais à présent, il aura toute la fureur d'une bête féroce que les liens ont irritée et qu'on a ensuite déchaînée. (20) Mon avis est donc qu'il ne faut point abroger la loi Oppia. Fassent les dieux que votre décision, quelle qu'elle soit, tourne à votre avantage!"
À peine cette affaire importante terminée Caton, qui avait gardé pendant sa progression une
constance rude et vigoureuse en dehors, sans, sans doute, aucun dommage sérieux à sa popularité,
fit voile vers sa province désignée, l'Espagne citérieure [36,17] (1) Le consul, voyant les hauteurs occupées par les Étoliens, envoya pour les déloger M. Porcius Caton et L. Valérius, ses lieutenants consulaires, avec deux mille hommes d'infanterie d'élite; Flaccus devait attaquer Rhoduntia et Tichiunta, Caton Callidrome. (Tite-Live) [36,21] (4) De son camp, le consul dépêcha Caton à Rome, pour porter au sénat et au peuple, la nouvelle certaine des succès qu'on avait obtenus. (5) Caton partit de Créuse, port de Thespies au fond du golfe de Corinthe, et se rendit à Patras en Achaïe; de Patras à Corcyre il longea les côtes de l'Étolie et de l'Acarnanie, et alla débarquer à Hydronte, en Italie. (6) Cinq jours après, grâce à la rapidité de sa marche, il arriva à Rome par la route de terre. Il entra de nuit dans la ville, et alla tout droit chez le préteur M. Junius. (7) Celui-ci convoqua les sénateurs dès le matin même. L. Cornélius Scipio, que le consul avait fait partir plusieurs jours auparavant, ayant appris à son arrivée que Caton l'avait devancé au sénat, y survint au milieu de la narration de ce dernier. (Tite-Live) Il était pendant la campagne de Grèce sous les ordres de Glabrio, et, il semblerait du récit de Plutarque, (rejeté par Drumann) qu'avant la bataille des Thermopyles, Caton fut chargé de garder Corinthe, Patras, et Aegium, contre l'offensive d'Antiochus. C'est alors qu'il visita Athènes, et, pour empêcher les Athéniens de répondre aux ouvertures du roi syrien, il leur adressa un discours en latin, qui leur fut traduit par un interprète. Déjà peut-être il avait des notions vagues de Grec, parce que, dit Plutarque, alors qu'il était à Tarente durant sa jeunesse, il eut des relations étroites avec Néarque, un philosophe grec, et Aurelius Victor dit que pendant qu'il était préteur en Sardaigne, il apprit le Grec d'Ennius. Ce n'était pas tellement, sans doute, par son mépris toujours professé pour le grec, mais parce que son discours était une affaire d'État, qu'il s'est servi du latin, conformément à la coutume romaine, qui était considéré comme une marque diplomatique de la majesté romaine (Val. Max. II. 2. § 2.) 2. Combien nos anciens magistrats étaient attentifs à soutenir leur propre dignité et celle du peuple romain ! Ce souci de maintenir leur autorité peut se reconnaître, entre autres indices, à ce fait qu'ils gardaient avec une grande persévérance, l'habitude de ne donner leurs décisions aux Grecs qu'en latin. On fit plus : sans égard pour cette facilité de parole par quoi ils excellent, on les forçait eux-mêmes à ne parler devant les magistrats que par l'organe d'un interprète, non seulement à Rome, mais encore en Grèce et en Asie. C'était dans le dessein sans doute de répandre la langue latine et de la mettre en honneur chez toutes les nations. Ce n'est pas que le goût de s'instruire fît défaut à nos ancêtres, mais ils pensaient qu'en tout, le manteau grec devait se subordonner à la toge romaine, regardant comme une indignité de sacrifier aux attraits et aux charmes de la littérature la puissance et le prestige de la souveraineté. (Valère-Maxime) Après son arrivée à Rome, il n'y a aucune preuve certaine que Caton s'engagea de nouveau dans une guerre. Scipion, qui avait été légat sous Glabrio, était consul en 190 av. J.-C, et la province la Grèce lui fut attribuée par le sénat. Il y a une expression chez Cicéron (pro Muren. 14), qui pourrait faire croire que Caton retourna en Grèce, et combattit sous L. Scipion, mais sur un tel événement, l'histoire est silencieuse "Nunquam cum Scipione esset profectus [M. Cato], si cum mulierculis bellandum esse arbitraretur." Que Cicéron ait fait une erreur semble plus probable que de rapporter cela au moment où Caton et L. Scipion servaient ensemble sous Glabrio, ou de dire que les mots "cum Scipione," comme l'ont pensé quelques critiques, sont une interpolation.. C'est aussi dans cette guerre que se distingua M. Caton, votre bisaïeul; et cet illustre citoyen que je me représente avec le caractère que je vous connais, n'eût jamais accompagné Scipion, s'il avait cru n'avoir que des femmes à combattre. (Cicéron) En 189 av. J.-C., M. Fulvius Nobilior, le consul, obtint l'Étolie comme province, et Caton y fut envoyé après lui, comme nous apprenons d'un extrait (préservé par Festus, s. v. Oratores) de son discours de suis Virtutibus contre Thermum. Il semble que sa légation fut plutôt civile que militaire, et qu'il fut envoyé pour s'entretenir avec Fulvius sur la demande des Étoliens, qui se trouvaient dans une situation malheureuse : ne pas être suffisamment protégés par Rome s'ils restaient fidèles, et être punis s'ils en venaient à aider ses ennemis. Caton, par exemple dit, dans le discours qu'il a écrit sur ses mérites contre Thermus : M. Fulvio consuli legatus sum in Aetoliam, propterea quod ex Aetolia complures venerant : Aetolos pacem velle : de ea re oratores Romam profectos. (Festus) Nous avons vu Caton dans son rôle de soldat éminent et capable: nous allons maintenant l'observer dans son rôle de citoyen actif et de premier plan. Si Caton était en 190 av. J.-C. avec L. Scipio Asiaticus (comme Cicéron semble le dire), et en 189 av. J.-C. en Étolie avec Fulvius, il doit quand même avoir passé une partie de ces années à Rome. Nous le trouvons en 190 av. J.-C. très actif en s'opposant aux demandes de Q. Minucius Thermus pour un triomphe. Thermus avait été remplacé par Caton dans le commandement de l'Espagne citérieure, et avait pris part après à la répression des incursions des Ligures, qu'il soumit, et exigeait alors un triomphe comme récompense. Caton l'accusa de batailles inventées et d'exagérer le nombre d'ennemis massacrés lors de vraies batailles, et l'accusa de l'exécution cruelle et honteuse de dix magistrats (decemviri) Boïens, sans aucune forme de justice, sous prétexte qu'ils étaient lents à fournir les approvisionnements exigés. (Gell. xiii. 24, x. 3.) L'opposition de Caton fut couronnée de succès ; mais le passage de Festus déjà cité montre qu'après son retour d'Étolie en 189, il dut défendre sa propre conduite contre Thermus, qui était le tribun en 189 av. J.-C. et qui mourut au combat en 188 av. J.-C.
Cet artifice de style par lequel on rend une accusation plus véhémente en accumulant des expressions sévères, a été employé avec succès par notre vieux M. Caton. Par exemple, dans son discours qui a pour titre les Dix Victimes, dans lequel il accuse Thermus d'avoir envoyé à la mort le même jour dix hommes libres, il simule des expressions qui ont toutes la même signification. Comme ce sont les premières étincelles de l'éloquence latine, alors à son début, je me ferai un plaisir de rappeler ce passage :
En 189 av. J.-C., Caton et son vieil ami L. Valerius Flaccus étaient parmi les candidats pour
la censure, et, parmi leurs concurrents, il y avait leur ancien général M'. Acilius Glabrio. Glabrio, qui
ne possédait pas l'avantage de la noblesse, décida d'essayer ce que pouvait l'influence de l'argent. Afin de contrecarrer ses efforts, il
fut accusé d'avoir utilisé les trésors d'Antiochus à son propre usage, et
fut finalement obligé de retirer sa demande. Caton s'activait à favoriser l'opposition à son vieux général, et
racontait qu'il avait vu des récipients en or et en argent parmi le butin royal dans le camp, mais
qu'il ne les avait pas vu lors du défilé triomphal de Glabrio. Ni Caton ni Flaccus
ne furent élus. Le choix tomba sur deux personnes du parti opposé, T. Flamininus et M. Marcellus. Mais ce qui fait bien voir qu'alors les poètes étaient peu estimés, c'est que Caton lui-même, dans une de ses oraisons, reproche à un consul de son temps, comme quelque chose de honteux, d'avoir mené des poètes avec lui dans la province où il commandait. Il y avait mené Ennius.(Cicéron) M. Caton reprocha un jour à M. Fulvius Nobilior de décerner des couronnes à ses soldats, dans des vues d'ambition, choses les plus frivoles. Voici les paroles mêmes de Caton : "Qui dans les premiers temps a vu décerner des couronnes avant que la ville fût prise, ou le camp des ennemis dévoré par les flammes ?" Or, Fulvius, auquel s'adressaient les reproches de Caton, avait distribué des couronnes à ses soldats pour avoir élevé un retranchement ou creusé des puits. (Aulu-Gelle) Quand P. Scipio Africanus fut accusé d'avoir reçu des sommes d'argent d'Antiochus, qui n'avait pas été dûment rendues à l'état, et d'avoir permis au malheureux monarque de s'en sortir avec trop d'indulgence, on dit que ce fut Caton qui fut à la base de l'accusation. (Liv. xxxviii. 54.) Chacun sait comment le fier conquérant déchira de ses propres mains les registres de comptabilité que son frère Lucius produisait au sénat; et comment, le jour de son propre procès, il demanda au peuple de le suivre des rostres jusqu'au Capitole pour rendre grâce aux dieux immortels de l'anniversaire de la bataille de Zama. Peu accoutumé à se soumettre aux questions et conscient des grands bénéfices qu'il avait rendu à l'état, il se considérait presque au-dessus des lois. Bien que Caton ait laissé à d'autres l'opprobre d'accuser l'Africain, il n'hésita pas à préconiser une proposition qui était calculée pour préparer le chemin à la poursuite réussie d'une accusation semblable contre L. Scipio Asiaticus. A cause de son influence il y eut un plébiscite, demandant au sénat de nommer un commissaire pour enquêter sur les chefs d'accusation au sujet de l'argent d'Antiochus. Le résultat fut que Lucius et d'autres furent condamnés. Quant aux dates et aux détails de ces affaires, il y a complet désaccord chez les auteurs anciens. [38,54] (1) La mort de l'Africain enhardit les ennemis: à leur tête se distinguait M. Porcius Caton, qui, même de son vivant, n'avait cessé de crier contre sa grandeur.(2) Ce fut, dit-on, à son instigation que les Pétillius l'attaquèrent pendant sa vie, et, après sa mort, firent une proposition ainsi conçue: (3) "Voulez- vous, ordonnez-vous qu'il soit fait une enquête sur l'argent pris, enlevé, extorqué au roi Antiochus et aux peuples de sa dépendance, (4) et que sur la portion qui n'en a point été versée dans le trésor public, Ser. Sulpicius, préteur de la ville, fasse son rapport au sénat? ensuite, que le sénat nomme à son choix, pour poursuivre l'affaire, l'un des préteurs actuels? " (5) Cette proposition fut d'abord combattue par Q. et L. Mummius: que le sénat se contentât de rechercher les détenteurs des deniers publics, comme cela s'était toujours fait, ils ne trouvaient rien de plus juste. (6) Les Pétillius s'élevaient contre le rang éminent, le règne des Scipions dans le sénat. Le consulaire L. Furius Purpurion, l'un des dix commissaires d'Asie, (7) voulait étendre davantage la proposition: ce n'était pas, selon lui, sur l'argent tiré d'Antiochus seulement, mais de tous les rois et peuples de l'Orient, que devait porter l'enquête. C'était à Cn. Manlius qu'il en voulait. (8) L. Scipion, qui semblait devoir plus songer à se défendre qu'à attaquer la loi, se présenta pour la combattre. "C'était après la mort de son père l'Africain, le plus illustre des hommes, qu'on venait proposer une pareille enquête, s'écriait-il douloureusement! (9) C'était peu d'avoir laissé mourir Publius l'Africain sans faire son éloge à la tribune: il fallait encore le calomnier! Les Carthaginois s'étaient bornés à exiler Hannibal; (10) et le peuple romain n'en avait pas assez de la mort de P. Scipion! Il fallait qu'il descendît, la calomnie à la bouche, jusque dans son tombeau; il fallait que son père partageât avec lui les coups de l'envie et devînt sa seconde victime." (11) M. Caton fit passer la proposition (nous avons encore son discours sur l'argent du roi Antiochus), et l'autorité de sa parole en imposa aux Mummius qui se désistèrent de leur opposition. (12) L'obstacle étant donc levé, toutes les tribus votèrent l'enquête. (Tite-Live)
Caton fut de nouveau candidat pour la censure, avec son vieil ami L. Valerius Flaccus et six autres, parmi
lesquels étaient les patriciens P. et L. Scipio, et le plébéien L. Fulvius Nobilior. Il était
violent dans ses promesses ou menaces de réforme, et disait que, s'il obtenait
la magistrature, il ne démentirait pas les déclarations de sa vie passée. La crainte de son succès alarma tous ses ennemis personnels, qui étaient
tous connus pour leur luxe, et qui tous avaient tiré profit de la mauvaise
gestion des finances publiques. Malgré l'opposition combinée des six autres candidats, il
obtint la censure en 184 av. J.-C., faisant entrer par sa propre influence L. Valerius Flaccus
comme collègue. [39,44] (1) En faisant la revue des chevaliers, les censeurs privèrent Scipion l'Asiatique de son cheval. Ils ne se montrèrent pas moins sévères ni moins rigoureux à l'égard de tous les ordres pour l'opération du cens. (2) Ils enjoignirent aux citoyens de comprendre dans la déclaration de leurs revenus les bijoux, les parures de femmes et les voitures dont la valeur excéderait la somme de quinze mille as. (3) Ils décidèrent que les esclaves, âgés de moins de vingt ans, qui avaient été vendus depuis le dernier lustre dix mille as au plus, seraient estimés dix fois plus qu'il n'avaient coûté, et frappèrent tous ces objets d'un droit de trois as par mille. (4) Ils supprimèrent toutes les eaux que les particuliers tiraient des aqueducs pour leurs maisons ou leurs champs, et obligèrent tous ceux qui avaient des maisons en saillie sur la voie publique, commencées ou achevées, à les démolir dans l'espace de trente jours. (5) Ils employèrent ensuite à des travaux publics l'argent décrété pour cet objet, firent paver les abreuvoirs et nettoyer les égouts qui en avaient besoin; ils en construisirent aussi de nouveaux sur l'Aventin et dans les autres quartiers qui n'en avaient pas. (6) Ils travaillèrent aussi séparément. Flaccus fit élever, dans l'intérêt du peuple, une chaussée qui conduisait aux eaux de Neptune, et percer un chemin à travers la montagne de Formies. (7) Caton acheta pour l'état deux vestibules, celui de Maenius et celui de Titius, dans les Lautumies, ainsi que quatre boutiques; il en fit la basilique appelée Porcia. Ils affermèrent les impôts à un très haut prix, et les travaux publics au rabais. (8) Mais le sénat, vaincu par les prières et les larmes des publicains, ayant ordonné qu'on procédât à une nouvelle adjudication de la ferme des impôts, les censeurs écartèrent de la concurrence par un édit ceux qui avaient éludé leurs premiers engagements, et firent une nouvelle adjudication avec une légère baisse de prix. (9) Ce fut une censure célèbre que celle de ces deux magistrats; mais elle excita beaucoup de haine contre Caton, à qui l'on attribuait tous les actes de sévérité, et il ne cessa plus d'être en butte aux attaques de ses ennemis. (Tite-Live) Dans l'exercice du pouvoir énorme de la nota censoria, il fut également intransigeant. Il chassa justement du sénat L. Quintius Flamininus (le frère de Titus, son ancien adversaire chanceux dans la course à la censure), pour avoir commis (si nous acceptons la version de l'histoire) un acte de la plus abominable cruauté accompagné de dégoûtantes débauches (Liv. xxxix. 42, 43; Plut. Cat. Maj. 17; Cic. Senect. 12); pourtant l'état de dégénérescence morale à Rome était déjà tel qu'on pouvait acheter la populace pour inviter le malheureux dégradé à reprendre son ancienne place au théâtre dans les sièges répartis aux consulaires. (7) Mais aucun sans contredit ne renferme de reproches plus graves que celui qu'il fit contre L. Quinctius. Si Caton eût parlé ainsi comme accusateur, avant d'avoir mis son apostille, et non comme censeur pour la justifier, T. Quinctius lui-même n'aurait pu, en supposant qu'il eût été censeur à ce moment, maintenir son frère Lucius dans le sénat. (8) Entre autres infamies, il lui reprocha d'avoir séduit par de magnifiques promesses et emmené de Rome dans son département de la Gaule, un jeune débauché fort célèbre alors, nommé Philippe le Carthaginois. (9) Ce jeune homme, qui voulait se faire aux yeux de son amant un mérite de sa complaisance, lui reprochait assez ordinairement, par forme de plaisanterie, dans l'intimité de leur commerce, de l'avoir emmené de Rome la veille d'un combat de gladiateurs. (10) Un jour qu'ils étaient tous deux à table, et qu'ils avaient la tête échauffée par le vin, on vint annoncer au consul qu'un noble Boïen s'était présenté au camp comme transfuge avec ses enfants, et qu'il demandait à voir Quinctius pour recevoir de lui personnellement l'assurance de sa protection. (11) Introduit dans la tente, il s'adressa au consul par l'organe d'un interprète. Tout à coup Quinctius l'interrompit: "Veux-tu, dit-il au complice de ses débauches, pour te dédommager du spectacle que je t'ai fait manquer, voir mourir ce Gaulois?" (12) À peine Philippe avait-il fait un signe d'assentiment, sans croire l'offre sérieuse, que pour lui complaire le consul tira du fourreau l'épée qui était suspendue auprès de lui, et en frappa d'abord le Gaulois à la tête pendant qu'il parlait; puis, voyant qu'il fuyait en implorant la protection du peuple romain et de tous ceux qui se trouvaient là, il le poursuivit et lui perça le flanc. (Tite-Live) Il chassa Manilius, un homme de rang prétorien, parce que après avoir embrassé son épouse en présence de sa fille un jour ouvert. Si l'étrange affirmation de Caton sur sa propre façon de faire (Plut. Cato, 17) doit être prise comme recommandation hyperbolique de sa réserve décente, ou être expliqué comme Balzac (cité par Bayle, s. v. Porcius) nous le dit, nous le recherchons encore. Il chassa L. Nasica (ou, comme certains le conjecturent, L. Porcius Laeca) pour une plaisanterie déplacée et irrévérencieuse en réponse à une question solennelle. (Cic. de Orat. II. 64.) La réponse que L. Nasica fit à Caton le censeur, n'est pas moins plaisante. Avez-vous une femme à votre gré? lui demandait celui-ci : - Oui, répondit-il, mais non pas à mon gré. (Cicéron) Afin de détecter si quelqu'un était célibataire (c'était le devoir des censeurs d'y mettre terme ou de le punir), on faisait venir les hommes en âge de se marier, "Ex tui animi sententia, tu uxorem habes ?" "Non hercule," fut la réponse de L. Nasica, "ex mei animi sententia." Au passage en revue des chevaliers, il priva L. Scipio Asiaticus de son cheval pour avoir accepté des dessous de table d'Antiochus. L. Scipio était sénateur, mais les sénateurs, qui étaient en âge de servir, possédaient toujours le cheval public du chevalier, et participaient à la revue. (Dict. Ant. s. v. Equites.). Il priva L. Veturius de son cheval pour avoir omis un sacrifice établi, et pour être devenu trop corpulent pour être utile dans le combat. (Fest. s. v. Stata.). Il chassa plusieurs et les priva de leurs chevaux, et, non content de cela, il exposa publiquement, avec une âpre véhémence, les vices de ses victimes. STATA SACRIFICIA. On appelle ainsi des sacrifices qui doivent se faire en des jours déterminés. Caton dans le discours qu'il écrivit contre L. Verrius, au sujet du sacrifice commencé, lorsqu'il lui ôta son cheval : Quod tu, quod in te fuit, sacra stata, solemnia, caste sancta, deseruisti. (Festus)
Il
n'est pas avéré que, dans l'exercice de la puissance théoriquement exorbitante et anormale de la censure, Caton
ait agi
injustement, bien que des motifs personnels et des innimitiés privées ou des
antipathies partisanes aient pu parfois s'opposer à ses vues du devoir politique et moral. Ton Caton, je l'admire comme citoyen, comme sénateur, comme général, enfin comme un homme éminent par la sagesse, l'activité, toutes les vertus. Ses discours me plaisent fort pour leur temps, ils témoignent d'un certain génie naturel, mais sans politesse et vraiment barbare. Quant à ses "Origines", en les prétendant remplies de mérites oratoires, en comparant Caton à Philiste et à Thucydide, pensais-tu vraiment obtenir l'assentiment de Brutus ou le mien? A ces orateurs, que les Grecs eux-mêmes n'ont pu imiter, tu vas comparer un paysan de Tusculum, qui ne soupçonne pas encore ce qu'est l'abondance et l'éclat oratoire? (Cicéron).
La vigueur des solides préjugés nationaux de Caton semble avoir diminué
en vieillissant et en devenant plus sage. Il s'est appliqué dans sa vieillesse
à l'étude de la littérature grecque, qu'il ne connaissait pas dans sa jeunesse, bien qu'il n'ait pas
ignoré la langue grecque. Lui-même était historien et orateur et les
qualités de Démosthène et de Thucydide lui avaient laissé une impression profonde
dans son esprit. Cependant dans beaucoup d'affaires importantes, durant sa vie, sa conduite
fut guidée par des préjugés contre les classes et les nations, dont il
considérait l'influence hostile à la simplicité du vieux caractère romain. Il est probable qu'il ait eu une certaine
part dans le senatusconsultum qui, à l'arrivée d'Eumène, roi de Pergame, à
Brindisie en 166 av. J.-C., interdit aux rois d'entrer dans Rome, alors qu'Eumène,
lors de sa visite précédente, après la guerre contre Antiochus, ait été reçu avec
les honneurs par le sénat, et traité magnifiquement par les nobles, Caton indigné
des égards rendus au monarque, refusa d'aller près de lui, et dit
: "Les rois sont des animaux naturellement carnivores." Il avait une
antipathie contre les médecins, parce qu'ils étaient la plupart du temps des Grecs, et donc
on ne pouvait leur faire confiance en leur confiant des vies romaines, puisque tous les Grecs
méprisaient les barbares, y compris le Romains, en tant qu'ennemis naturels. Il
mit fort en garde son fils aîné contre des médecins, et se passa de leurs
services. Il n'était pas mauvais médecin lui-même quand il recommandait comme régime
vraiment salutaire, des canards, des oies, des pigeons et des lièvres, bien que les lièvres,
dit-il, sont susceptibles de provoquer des rêves. Malgré toute son antipathie, il n'y a aucune
preuve chez les auteurs antiques sur ce qui a été souvent répété, à savoir
qu'il rédigea une loi pour expulser les philosophes de la ville. Quand Athènes
envoya Carnéade, Diogène et Critolaüs pour négocier avec Rome une remise des 500 talents que les Athéniens
devaient payer en dédommagement aux Oropiens, Carnéade provoqua une grande attention par sa conversation et
ses conférences philosophiques, dans lesquelles il prêchait la doctrine pernicieuse d'un
opportunisme de la justice, et illustrait sa doctrine en touchant à un sujet dangereux et sensible -- l'exemple de Rome elle-même
"Si on enlevait à Rome tout ce qu'elle n'avait pas justement gagné, les
Romains pourraient retourner dans leurs huttes." Caton, offensé par ces principes, et jaloux de l'attention prêtée à ce Grec, donna
des conseils que le sénat suivit : "Donnez le plus tôt possible une
réponse à ces députés et renvoyez-les poliment." Lors de la victoire
contre Persée, les principaux hommes de la ligue achéenne, au nombre de presque 1.000, y compris l'historien
Polybe, furent emmenés à Rome en 167 av. J.-C., comme otages pour que les
Achéens se tiennent tranquilles, et, ensuite, sans aucune preuve de sécession
de la part des Achéens, ils furent retenus en exil hors leur pays, et
dispersés dans les coloniae et les municipia de l'Italie. Quand leurs nombres
fut réduit à environ 300, après un exil de 16 ans, l'intercession du second
Africain, l'ami de Polybe, permit avec Caton de faire voter l'autorisation de retourner
dans leur pays. La conduite du vieux sénateur -- il avait maintenant 83 ans --
fut plus aimable que ses mots. Il n'intervint pas jusqu'à la fin d'une longue discussion, et alors
il approuva la proposition sur le fond en disant que c'était une affaire
complètement indifférente : "Nous n'avons rien de mieux à faire que de
nous reposer ici toute la journée à discuter si un groupe de Grecs usés
jusqu'à la corde aura sa tombe ici ou en Achaïe?" Quand les exilés
sollicitèrent le sénat de pouvoir recouvrer leur ancien statut et les honneurs dans leur propre pays, Caton
laissa entendre qu'ils étaient des imbéciles de rentrer chez eux, et était bien mieux
comme ils étaient. Il a dit en souriant que Polybe était comme Ulysse retournant à la caverne du
Cyclope pour reprendre son chapeau et sa ceinture. Les facultés actives de Caton
furent tellement plus développées que ses affections, qu'il semble avoir presque
manqué de sympathie et de sentiments fins et tendres, bien qu'on puisse penser
qu'il feignait parfois l'indélicatesse dans son comportement, afin de maintenir son caractère
catonien. Nulle part dans ses écrits ou ses discours nous ne voyons des sentiments
généreux et élevés. Sa volonté forte et ses emportements violents de colère et d'ambition ont été guidés par
une intelligence vive et froide, et un bon sens pratique et utilitaire.
1. Caton, à l'âge de quatre-vingt-six ans, gardait encore pour les affaires publiques une ardeur de jeune homme. Accusé par ses ennemis d'un crime capital, il plaida lui-même sa cause sans qu'on pût remarquer en lui ni un ralentissement de la mémoire, ni le moindre affaiblissement de la poitrine, ni quelque embarras dans la prononciation : c'est qu'il maintenait ses facultés en bon état par une activité régulière et constante. Sur le point même de terminer une si longue carrière, dans une accusation intentée à Galba, I'un des plus éloquents orateurs d'alors, il prit la défense de l'Espagne. (An de R. 604.)
L'année juste avant sa mort, il fut un des instigateurs en chef de la troisième guerre
punique. L'inquiétude du sénat avait été éveillée par le rapport qu'une grande armée,
commandée par Ariobarzane, s'était rassemblée sur le territoire carthaginois. Caton recommanda une déclaration
immédiate de guerre contre les Carthaginois, pour la raison que leur vrai but en obtenant l'aide
des Numides était leur hostilité à l'égard de Rome, bien que le prétexte
fut la défense de leur frontière contre la
prétention de Masinissa sur une partie de leur empire. Scipion Nasica pensait
qu'il n'y avait pas prétexte à un casus belli, et on se disposa à envoyer une
ambassade en Afrique pour s'informer sur la situation réelle. Quand les dix députés, dont Caton,
arrivèrent sur le territoire contesté, ils offrirent leur arbitrage, qui fut accepté par Masinissa, mais rejeté par les Carthaginois, qui
n'avaient aucune confiance dans la justice des Romains. Les députés
observèrent avec soin les préparatifs guerriers, et les défenses de la frontière. Ils
entrèrent alors dans la ville, et virent la force et la population qu'elle avait acquise depuis sa
prise par le premier Africain. Sur le chemin du retour, Caton fut le premier
à penser que Rome ne serait jamais sauve, aussi longtemps que Carthage serait si
puissante et si hostile. Un jour il tira une grappe de figues
mûres de sous sa robe, et la jeta sur le plancher du Sénat, en disant
aux sénateurs assemblés, qu'il était étonné de la fraîcheur et de la finesse
de ces fruits, "Ces figues ont été cueillies il y a trois jours à Carthage;
c'est le temps pour les ennemis d'arriver à nos murs." Depuis lors,
chaque fois qu'il devait voter au sénat, bien que le sujet de du débat n'ait aucune relation
avec Carthage, il disait toujours : "Je vote pour que Carthage ne soit
plus" ou, selon la version plus admise de Florus : "Delenda est
Carthago" (ii. 15)" Scipio Nasica, d'autre part, pensant que Carthage dans son état affaibli était plutôt un
rempart utile qu'une formidable rivale
de Rome, votait toujours "Laissez vivre Carthage." (Liv. Epit. xlviii. xlix.; Appian,
de Bell. Pun. 69 ; Plin. H. N. xv. 17..) Cette histoire doit sembler étrange à ceux qui
ne savent pas que,
durant la république, c'était l'usage des sénateurs romains, après leur
vote, d'exprimer -- quelle que soit la question -- toute opinion qu'ils considéraient
comme fort importante pour le bien-être de l'état. (Tac. Ann. ii. 33). (7) Car enfin qu'y a-t-il d'étrange à voir les dames romaines se réunir en masse dans les rues pour une affaire qui leur est personnelle? Ne les y a-t-on jamais vues jusqu'ici? J'en appelle contre vous, Caton, à vos 'Origines'. Le premier livre contenait l'histoire des rois romains; le deuxième et le troisième traitaient de l'origine des villes italiennes, et c'est de ces deux livres que vient le titre de l'ensemble de l'œuvre. Il y avait un trou dans l'histoire depuis l'expulsion des rois jusqu'au commencement de la première guerre punique, qui formait le sujet du quatrième livre. Les événements de la deuxième guerre punique se trouvaient dans le cinquième livre, et le sixième et le septième continuaient le récit jusque l'année de la mort de Caton. (Nepos, Cato. 3.) Devenu vieux, il se mit à écrire des Histoires, dont il existe sept livres. Le premier contient les actions des rois du peuple romain ; le second et le troisième marquent d’où est née chaque ville d’Italie, et c’est sans doute pour cela qu’il appela tous ces livres Origines. Dans le quatrième, il renferme la première guerre punique ; dans le cinquième, la seconde. Tous ces objets sont racontés sommairement. Il a traité de la même manière les autres guerres des Romains, jusqu’à la préture de Servius Galba, qui pilla les Lusitaniens. Il n’a point nommé les généraux qui eurent la conduite de ces guerres ; il a cité les faits, sans mentionner leurs auteurs. Il a exposé dans ces mêmes livres tous les objets merveilleux qu’on voyait en Italie et dans les Espagnes
Nepos, Aulu-Gelle et Pline (H. N. viii. 5), disent qu'il a supprimé les noms des généraux qui ont
participé aux guerres qu'il rapporte; mais les fragments qui nous restent
montrent qu'il a fait au moins quelques exceptions à cette règle. Il est unanimement reconnu par les
anciens pour avoir été un très grand travailleur et un antiquaire instruit; mais
Tite-Live, dans ses premières décades, ne se sert jamais des Origines. Selon
Denys (i. 74) Caton place la fondation de Rome lors de la 132ème année après la guerre de
Troie, ou dans la première année de la 7ème olympiade, 751 av. J.-C.. La
meilleur recueil des fragments des Origines se trouve dans les Vitae et Fragmenta Vet. Hist.
Rom. de Krause, Berlin, 1833. (4) Ce célèbre personnage avait une grande force d'âme, une grande énergie de caractère, et dans quelque condition que le sort l'eût fait naître, il devait être lui-même l'artisan de sa fortune. Doué de tous les talents qui honorent le simple citoyen ou qui font l'habile politique, il possédait tout à la fois la science des affaires civiles et l'économie rurale. (5) Les uns se sont élevés au faîte des honneurs par leurs connaissances en droit, les autres par leur éloquence, d'autres enfin par l'éclat de leur gloire militaire. Caton avait un génie souple et flexible; il excellait dans tous les genres au point qu'on l'eût dit exclusivement né pour celui dont il s'occupait. (6) À la guerre, il payait courageusement de sa personne, et il se signala par plusieurs actions brillantes; parvenu au commandement suprême, ce fut un général consommé. En temps de paix, il se montra très habile jurisconsulte et très fameux orateur, (7) non pas de ceux dont le talent brille d'un vif éclat, pendant leur vie, et qui ne laissent après eux aucun monument de leur éloquence. Car la sienne lui a survécu, elle respire encore dans des écrits de tous les genres. (8) Nous avons un grand nombre de plaidoyers qu'il prononça soit pour lui-même, soit pour d'autres, soit contre ses adversaires; car il savait terrasser ses ennemis, non seulement en les accusant, mais en se défendant lui-même. (9) S'il fut en butte à trop de rivalités jalouses, il poursuivit aussi vigoureusement ses rivaux, et il serait difficile de décider si la lutte qu'il soutint contre la noblesse, fut plus fatigante pour elle que pour lui. (10) On peut, il est vrai, lui reprocher la rudesse de son caractère, l'aigreur de son langage et une franchise poussée jusqu'à l'excès; mais il résista victorieusement aux passions, et, dans sa rigide probité, il méprisa toujours l'intrigue et les richesses. (11) Économe, infatigable, intrépide, il avait une âme et un corps de fer. La vieillesse même, qui use tout, ne put le briser; (12) à l'âge de quatre-vingt-six ans il fut appelé en justice, composa et prononça lui-même son plaidoyer; à quatre-vingt-dix ans, il cita Ser. Galba devant le peuple. Quelques faits d'importance peuvent être glanés chez Cicéron, particulièrement dans son Cato Major ou de Senectute, et dans son Brutus. Pour les écrivains postérieurs il était considéré comme un modèle de la vertu romaine, et peu de noms sont plus souvent cités chez les classiques que le sien. Les modernes ont beaucoup écrit sur lui. Il y a quelques vers latins sur Caton dans les Juvenilia de Theodore Beza. Majansius (ad XXX JCtos) a écrit sa vie avec un zèle remarquable, rassemblant et comparant presque toutes les autorités ancienens, sauf quelques unes qui discréditaient son héros. (voir également l'Excursus de Wetzel dans son édition de Cic. de Senect. p. 256, &c.; De M. Porcii Catonis Vita Studiis et Scriptis, dans "Scriptores Rei Rusticae," de Schneider vol. i. pars ii. init.; Bayle, Dict. s. v. Porcius ; Krause, Vitae et Fragm. &c. pp. 89-97; G. E.Weber, Commentatio de M. Porcii Catonis Censorii Vita et Moribus, Bremae, 1831; et Gerlach, Scipio und Cato, in Schweitzerisches Museum für Historische Wissenschaften, 1837; et au-dessus de tous, Drumann, Gesck, Roms, v. pp. 97 - 148.) CEPHALON (Κεφάλων ), appelé ὁ Γεργίθιος or Γεργήθιος d'une ville située dans le territoire de Cume appelée Γέργηθες or Γέργιθες. (Strab. xiii. p. 589.) Il écrivit un récit sur les aventures d'Enée aorès la prise de Troie, appelé Troica (Τρωικά). Sa date est inconnue, mais il est appelé par Denys d'Halicarnasse (i. 72) συγγραφεὺς παλαιὸς πάνυ. Athenée (ix. 393, d.) l'appelle Cephalion, et fait remarquer que les Troica qui sont publiées sous son nom, étaient en réalité un ouvrage d'Hegesianax d'Alexandrie. (Vossius, de Hist. Graec. p. 412, ed. Westermann.) [G. E. L. C.]
DAMASTES DE SYGEE (Δαμαστὴς ὁ Σιγεὺς).
Denys dans son Thucydide classe Damaste de Sigée parmi les historiens du Veme
siècle dont la méthode et le style s'apparentent à ceux d'Hellanicos de
Lesbos. DEMAGORAS (Δημαγόρας), de Samos, est mentionné par Denys d'Halicarnasse (A. R. I. 72), ainsi qu'Agathyllus, en tant qu'auteur qui était d'accord avec Cephalon sur la date de la fondation de Rome. Mais, que Demagoras ait été un poète comme Agathyllus ou pas, est incertain. Il est souvent mentionné par les grammairiens. (Bekker, Anecd. p. 377; Bachmann, Anecd. I. p. 68; Eustath. ad Il. ix 558; Eudoc. p. 35; Apostol. Prov. ii. 51; Schol. ad Eurip. Phoen.7.) [ L. S. ] DENYS DE CALCHIS (Διονύσιος ὁ Χαλκιδεὺς) : un historien grec qui vécur avant l'ère chrétienne. Il écrivit un livre sur la fondation des villes (κτίσεις) en cinq livres qui est souvent cité par les anciens. On a conservé un nombre considérable de gragments de son oeuvre, mais autrement cet auteur est inconnu. (Marcian. Heracl. Peripl. p. 5; Suid. s. v. Χαλκιδίνη ; Harpocrat. s. v. ῾Ηραῖον τεῖχος ; Schol. ad Apollon. Rhod. i. 558, 1024, iv.264, ad Aristoph. Nub. 397 ; Dionys.Hal. A. R. i. 72 ; Strab. xii. p. 566 ; Plut. de Malign. Herod. 22 ; Scymnus, 115; Clem. Alex. Strom. i. p. 144; Zenob. Proverb, v. 64; Apostol. xviii. 25 ; Photius, s. vv. Πραξιδίκη, Τελμισεῖς ; Eudoc. p. 438.)
A. GELLIUS, et non Agellius comme
l'imaginent Lipsius et d'autres, un grammairien latin, sur qui nous ne possédons aucune source d'information
sauf son propre livre. De celui-ci nous supposons qu'il était de bonne famille et
avait de bonnes relations, probablement originaire de Rome; qu'il avait voyagé beaucoup, particulièrement en Grèce,
et qu'il avait résidé pendant une période considérable à Athènes; qu'il avait étudié la rhétorique sous
la férule de T. Castricius et Sulpicius Apollinaris, la philosophie sous celle
de Calvisius Taurus et de Peregrinus Proteus, lié également d'amitié et ayant
reçu des leçons de Favorinus, Herode Atticus, et Cornelius Fronto; qu'il avait
durant sa jeunesse été nommée par le préteur pour juger en tant qu'arbitre dans des causes civiles; et
que plus tard une grande partie du temps qu'il aurait heureusement consacré aux
activités littéraires fut occupé par des fonctions juridiques du même genre. La date précise de sa naissance,
comme celle de sa mort, sont inconnues; mais à partir des noms de ses
précepteurs et de ses compagnons nous concluons qu'il doit avoir vécu sous
Hadrien, Antonin le Pieux, et Marc Aurèle (117 - 180 ap. J.-C.). |