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PLUTARQUE OEUVRES MORALES

 

SUR L'ÉDUCATION DES ENFANTS. 

 

AUTRE TRADUCTION française : Victor BÉTOLAUD, Oeuvres complètes de Plutarque - Oeuvres morales, t. I , Paris, Hachette, 1870.

le texte grec renvoie à cette traduction

 

 

OEUVRES  MORALES DE PLUTAROUE.

SUR L'ÉDUCATION DES ENFANTS.

Plutarque, dans ce traité, remonte jusqu'à la génération des enfants pour prévenir les vices dont elle pourrait être infectée, et, après des réflexions générales sur les moyens qui concourent à perfectionner la vertu, et qui sont les qualités naturelles, l'instruction et l'habitude, il entre dans le détail : il expose les motifs qui doivent engager les mères à nourrir leurs enfants, et réclame avec force en faveur d'un devoir si naturel, et malheureusement si négligé. Il passe au choix des nourrices et des esclaves qu'on place auprès d'eux, des personnes auxquelles on les remet au sortir de l'enfance, et surtout des instituteurs. Il compare à cette occasion la science el la sagesse avec tous les autres biens humains, el après le plus bel éloge de la philosophie morale et des avantages qu'elle procure, il conclut que la vertu seule pouvant rendre l'homme heureux, tout le but des instituteurs doit être de former des hommes vertueux , mais toujours par les voies de la douceur et de la persuasion. Il passe à l'éducation de l'adolescence : il veut qu'on écarte des jeunes gens les hommes dont la société pourrait les pervertir. Il trace le portrait de ces hommes corrompus qui tendent des pièges à l'innocence de la jeunesse, et ne réussissent que trop à la séduire. Il exige beaucoup d'indulgence pour les jeunes gens, dont sans cela on aigrit le caractère, et finit par prescrire aux parents de se garantir eux-mêmes de tous les vices, afin d'en inspirer l'aversion à leurs enfants.

Je me propose d'examiner ici quels principes on doit suivre dans l'éducation des enfants, et par quels moyens on peut les conduire plus sûrement à la vertu. Pour ne rien oublier sur une matière si importante, je crois qu'il est utile de remonter jusqu'à la génération même des enfants. La première règle que j'établirai à cet égard, c'est que les pères qui veulent assurer à leurs enfants l'estime et la considération publiques, ne doivent s'allier


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qu'à des femmes honnêtes et vertueuses. La mauvaise réputation des parents est pour les enfants un opprobre qui se répand sur tout le cours de leur vie , et les expose aux reproches les plus amers.

C'est une tache ineffaçable,
Que de tenir le jour d'une mère coupable (01),

a dit avec raison Euripide. Rien n'inspire plus de confiance et plus d'élévation, que l'avantage d'une naissance irréprochable, et c'est un bien que tout père qui s'intéressera véritablement à la gloire de ses enfants sera jaloux de leur procurer (02) ; mais rien aussi ne rabaisse et n'humilie davantage qu'une naissance déshonorée par quelque tache (03). Ce qui fait dire au même poète :

Des vices des parents le honteux assemblage
De l'âme la plus fière amortit le courage (04).

Ceux, au contraire, dont les parents jouissent de l'estime publique, en conçoivent une noble assurance. « Tout ce que je veux, disait souvent Diophante, fils de Thémistocle, le peuple d'Athènes le veut aussi ; car, ajoutait-il, tout ce que je veux plaît à ma mère, ce qui plaît à ma mère est agréé par Thémistocle, et la volonté de Thémistocle fait la règle de celle des Athéniens. »

C'est sans doute par un effet de cette grandeur d'âme que les Lacédémoniens condamnèrent à une amende Archidamus leur roi (05) , pour avoir épousé une femme de petite


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taille. Il voulait, disaient-ils, leur donner des roitelets au lieu de rois.

Ajoutons ici une observation qui n'a pas échappé à ceux qui ont traité cette matière avant moi : c'est qu'un homme marié, lorsqu'il veut devenir père, doit s'être abstenu de vin, ou du moins n'en avoir fait qu'un usage très modéré ; car il est ordinaire que des enfants conçus dans un moment d'ivresse soient eux-mêmes sujets au vin. Aussi Diogène voyant un jeune homme pétulant et emporté : Mon ami, lui dit-il, ton père t'a engendre dans l'ivresse. Mais en voilà assez sur cet objet : passons maintenant à l'éducation des enfants.

Ce qu'on dit ordinairement des sciences et des arts peut en général s'appliquer à la vertu. Trois choses concourent à la rendre parfaite : la nature, l'instruction et l'habitude. La nature jette dans le cœur des enfants les premières semences de la vertu ; l'instruction , c'est-à-dire les préceptes qu'on leur donne, les développe; l'exercice les rond plus familiers, et la perfection résulte de ces trois causes réunies. Si une seule manque à la vertu, elle sera nécessairement imparfaite.  La nature sans l'instruction est un guide incertain, l'éducation sans la nature est faible et impuissante ; sans la nature et sans l'éducation, l'exercice ne produit qu'une vertu mal réglée et défectueuse. Il faut en agriculture un bon sol, un habile cultivateur, et des semences bien choisies; en éducation, la nature est le sol, le maître est le cultivateur, et les préceptes sont les semences. Je ne doute point que ces trois causes n'aient également concouru à former les âmes de Pythagore , de Socrate, de Platon, et de tous les grands hommes qui se sont acquis, comme eux, une réputation immortelle. Heureux donc celui à qui les dieux dans leur bonté ont départi tous ces avantages ! Ne croyons pas cependant que ceux qui sont moins heureusement nés ne puissent, par une éducation


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soutenue, réparer avantageusement le défaut de la nature. Ce serait se tromper étrangement. Si le meilleur naturel se corrompt faute de culture, l'éducation réforme aussi ce que le naturel a de vicieux, et il n'est rien dont le travail et l'exercice ne viennent à bout. Les choses les plus faciles échappent aux esprits négligents; l'application fait aisément saisir les plus difficiles.
La nature nous en fournit mille exemples. L'eau , en tombant goutte à goutte, creuse les rochers les plus durs ; le seul frottement des mains use le fer et l'airain ; le bois des roues, mie fois plié, ne peut plus reprendre sa première forme ; il est impossible de redresser ces baguettes recourbées dont les comédiens se servent sur le théâtre (06). Tant il est vrai que le travail est plus fort que la nature, et qu'on ne peut ôter aux corps les formes qu'il leur a fait prendre, et qui leur sont le moins naturelles.

N'avons-nous pas sous les yeux bien d'autres preuves de ce pouvoir? Une bonne terre devient stérile faute de culture, elle dégénère même à proportion de la bonté du sol. Est-elle ingrate? un travail assidu la rendra bientôt féconde. Quels arbres, si on les néglige, ne prennent une mauvaise forme ou ne perdent même leur fertilité naturelle? Sont-ils bien cultivés? leur tige s'élève avec force, et ils portent des fruits en abondance. L'oisiveté , le mauvais régime et les délices énervent les corps les plus robustes ; l'exercice et le travail fortifient les plus faibles. Les chevaux bien dressés obéissent sans résistance à la main qui les guide; ceux qu'on n'a point domptés sont indociles et  farouches. Ne voit-on pas enfin les animaux les plus féroces s'adoucir par l'éducation


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qu'on leur donne? On demandait à un Thessalien quels étaient les peuples les plus doux de la Thessalie ; ce sont, répondit-il, ceux qui ne vont plus à la guerre. En un mot, les mœurs sont-elles autre chose qu'une longue habitude? et ne peut-on pas appeler avec raison les vertus morales des dispositions habituelles de l'âme? Je n'en donnerai plus qu'un seul exemple. Lycurgue, le législateur de Lacédémone, prit deux jeunes chiens nés d'une même mère, et leur fit donner une éducation toute différente. L'un fut élevé dans l'oisiveté et dans la gourmandise, l'autre dressé à la chasse et à la course. Il assemble ensuite les Lacédémoniens : « Citoyens, leur dit-il, rien ne mène plus sûrement à la vertu que l'éducation, l'exercice et l'habitude; je vais vous en convaincre tout à l'heure. » Alors il fait paraître ces deux chiens au milieu de l'assemblée; il place devant eux d'un côté un lièvre vivant, et de l'autre un plat rempli de viande. A l'instant l'un des chiens courut au lièvre et l'autre au plat. Les Lacédémoniens ne comprenaient pas encore le dessein de Lycurgue. « Ces deux chiens, ajouta-t-il alors, qui ont une origine commune , ayant reçu une éducation différente, l'un est devenu gourmand, et l'autre chasseur. »

Après ces principes généraux, entrons dans le détail, et passons à ce qui regarde la nourriture des enfants. Je crois d'abord qu'il est du devoir des mères de les allaiter elles-mêmes. Elles les nourriront avec plus de soin et se proportionneront davantage à leurs besoins. L'amour maternel est plus tendre et plus vif; il a sa source dans le cœur même, et est fondé sur la nature (07), au lieu que les nourrices n'ont qu'une tendresse mercenaire. La nature indique ce devoir aux mères. Ces sources de lait qu'elle leur donne sont destinées à la première nourriture


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des enfants. Elle ne les a pas même refusées aux animaux, et sa prévoyance a été jusqu'à leur donner deux mamelles, afin que celles qui auraient deux jumeaux pussent fournir en même temps à l'un et à l'autre une nourriture suffisante. D'ailleurs, les mères qui nourrissent leurs enfants conçoivent pour eux plus de tendresse. Et, en effet, rien n'est plus naturel ; ne s'attache-t-on pas plus fortement aux personnes avec qui l'on a été nourri ? ne voit-on pas que les animaux mêmes qui ont été élevés ensemble ne se quittent qu'à regret? C'est donc, je le répète, une obligation pour les mères de nourrir elles-mêmes leurs enfants, au moins de l'essayer. Si la faiblesse de leur tempérament, si le désir d'une plus grande fécondité les en empêchent, alors elles doivent mettre tous leurs soins à bien choisir les nourrices qu'elles en chargent. Que ce soit des femmes grecques d'origine et de mœurs. En effet, s'il est nécessaire de façonner les membres des enfants aussitôt après leur naissance pour ne leur laisser contracter aucun défaut naturel , on ne peut aussi former trop tôt leur caractère et leurs mœurs. L'esprit des enfants est une pâte flexible qui reçoit sans résistance toutes les formes qu'on veut lui donner. Une fois fortifiés par l'âge, on les plie difficilement. Les sceaux se gravent aisément sur la cire molle ; de même les préceptes qu'on donne à ces esprits encore tendres s'y impriment facilement, et y laissent des traces profondes. C'est pour cela que le divin Platon (l. 2, Rep.) recommande si expressément aux nourrices de ne point entretenir les enfants de contes ridicules qui remplissent leur esprit d'idées fausses et absurdes. Le poète Phocylide donne aussi ce sage précepte :

Cultivons les esprits dès la première enfance ;
Versons en eux du bien l'heureuse connaissance.

On doit encore, par le même motif, choisir avec soin


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les jeunes esclaves qu'on place auprès des enfants pour les servir ou pour être élevés avec eux. Il faut premièrement qu'ils aient des mœurs pures ; en second lieu, qu'ils sachent bien leur langue , et qu'ils la parlent correctement. Des esclaves barbares ou corrompus communiqueraient aux enfants les vices de leur langage et de leurs mœurs. Un ancien proverbe dit avec raison qu'on apprend à boiter avec les boiteux.

Un choix plus important , c'est celui des personnes à  qui on les confie au sortir de l'enfance. Quel discernement lie faut-il pas y apporter pour ne pas les livrer à des esclaves qui soient ou des barbares ou des hommes légers et frivoles ! Rien de plus déraisonnable que ce que font à cet égard la plupart des parents : ceux de leurs esclaves en qui ils voient de l'intelligence et de la conduite, ils en font des laboureurs, des pilotes, des marchands, des économes ou des banquiers. En ont- ils un que les vices les plus grossiers rendent incapable de tout autre emploi ? c'est entre ses mains qu'ils remettent leurs enfants. Pour moi, je voudrais qu'on les donnât à des hommes du caractère de Phénix, qui prit soin de l'enfance d'Achille (08).

Je passe maintenant à ce qu'il y a de plus essentiel dans toute l'éducation : c'est le choix du maître qu'on charge d'élever les enfants. Il faut qu'il joigne à des mœurs pures, à une conduite irréprochable, un grand fonds de sagesse et d'expérience ; car une bonne éducation est la source de toutes les vertus. Les jardiniers dressent des tuteurs autour des plantes et des arbrisseaux pour contenir leur tige ; de même un sage gouverneur environne, pour ainsi dire, son jeune élève de l'appui de ses préceptes pour empêcher ses mœurs de se pervertir.

Quel mépris ne méritent donc pas ces parents qui, par


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une négligence coupable, ou du moins par une ignorance bien funeste, confient leurs enfants à des maîtres qui n'en ont que le nom et qu'ils ne se donnent pas la peine d'éprouver! encore sont-ils moins blâmables lorsqu'ils le font par ignorance. Mais ce qui est le comble de la folie, c'est que souvent, quoique avertis par des personnes éclairées de l'inexpérience et de la mauvaise conduite des maîtres qu'on leur propose, ils ne laissent pas de les prendre, cédant aux caresses perfides de leurs flatteurs ou aux sollicitations pressantes de leurs amis. C'est ressembler à un malade qui, pour plaire à son ami, quitterait un médecin habile de qui il aurait lieu d'espérer sa guérison pour en prendre un autre sans expérience, entre les mains duquel il serait sûr de périr. C'est faire comme un voyageur qui, prêt à s'embarquer, laisserait, à la prière d'un ami, un pilote expérimenté, pour confier sa vie à un ignorant. Grands dieux! mérite-t-on seulement le nom de père, quand on aime mieux plaire à ses amis que procurer à ses enfants une bonne et solide éducation?

Ne doit-on pas se rappeler à ce sujet ce que Cratès l'ancien (09) avait coutume de dire : qu'il voudrait pouvoir monter sur le lieu le plus élevé de la ville, et de là crier d'une voix forte : « Ô citoyens ! quelle erreur vous entraîne? Vous mettez tous vos soins à amasser des richesses, et vous négligez l'éducation de ces enfants à qui vous les destinez. » Et moi, j'ajouterais à ces belles paroles que ceux à qui Cratès parlait ressemblent à des hommes qui, uniquement occupés de la chaussure, ne se mettraient pas en peine du pied. Il en est même qui portent si loin l'amour pour l'argent et l'indifférence pour le bien de leurs enfants, que, parle seul motif d'une épargne sordide, ils leur choisissent pour gouverneurs des hommes


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sans nul mérite, dont l'ignorance est toujours à bon marché. Aristippe (10)  fit un jour, à un de ces hommes méprisables, une réponse pleine de sel. Comme il lui demandait mille drachmes (11) pour élever son fils : « Comment ! s'écria le père, avec cette somme j'achèterais un esclave. Faites-le, dit Aristippe, et vous en aurez deux, votre fils et celui que vous aurez acheté. »

Il est encore bien d'autres inconséquences dans la manière dont on élève les enfants. On a grand soin, par exemple , de les accoutumer à recevoir de la main, droite tout ce qu'on leur présente, on les reprend quand ils y manquent, et l'on se met peu en peine de former leur cœur par des leçons sages et de diriger vers le bien leurs facultés naissantes. Quelles suites funestes n'a pas pour les parents eux-mêmes cette mauvaise éducation ! Qu'ils ont lieu de se repentir de leur négligence et d'en déplorer les tristes effets lorsqu'ils voient leurs enfants , une fois inscrits au nombre des hommes (12), secouer le joug paternel, fouler aux pieds tous leurs devoirs et se précipiter dans les désordres les plus honteux! Les uns se livrent à des flatteurs ou à des parasites, hommes détestables et vicieux, qui n'ont d'autre talent que celui de corrompre la jeunesse; les autres entretiennent à grands frais des courtisanes; ceux-ci se ruinent dans des excès de table; ceux-là au jeu et aux spectacles ; d'autres, plus criminels


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encore dans leurs plaisirs adultères (13), s'exposent à payer de leur vie un seul instant de jouissance. Le commerce d'un homme sage, s'il n'eût pu les rendre vertueux, les eût du moins éloignés de ces plaisirs aussi' dangereux que criminels; il leur eût fait sentir, d'après la maxime un peu cynique, je l'avoue, mais au fond assez vraie, du philosophe Diogène, que les plaisirs les moins chers ne sont pas différents de ceux qui coûtent le plus.

Il résulte clairement de tout ce que j'ai dit (et ce que je vais dire peut avec raison être regardé plutôt comme un oracle que comme un simple conseil), que l'objet qui importe le plus aux parents, et sur lequel ils doivent fixer toute leur attention, c'est de procurer à leurs enfants une éducation solide et honnête ; c'est le seul moyen de les conduire à la vertu, et parla vertu, au bonheur ; tous les autres biens ne méritent ni notre estime ni nos recherches. Une grande naissance est, à la vérité, une distinction flatteuse; mais elle est moins à nous qu'à nos ancêtres. Les richesses sont utiles, mais elles dépendent de la fortune, qui les ôte et les donne à son gré. Souvent elles sont un appât pour des esclaves infidèles, ou pour des délateurs perfides qui veulent nous perdre ; et, ce qui est pis encore , les hommes les plus vicieux les ont souvent en partage. La gloire rend l'homme respectable, mais son éclat n'est pas solide. La beauté est un des avantages qu'on désire le plus, mais elle est fragile et périssable. La santé est un bien précieux, mais elle s'altère facilement. La force du corps semble digue d'envie, mais la maladie ou la vieillesse la détruisent ; il est fou d'y compter. Qu'est-ce en effet que la force de l'homme le plus vigoureux, si


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on la compare à celle des taureaux, des éléphants et des lions?

La science et la sagesse sont donc les seuls biens immortels que nous puissions avoir. L'homme a deux facultés supérieures à toutes les autres : l'intelligence et la parole; l'une est faite pour commander, l'autre pour obéir. L'intelligence n'est sujette ni aux caprices de la fortune, ni aux poursuites de la calomnie : la maladie ne peut rien sur elle, et les rides de la vieillesse ne flétrissent point sa beauté; elle seule, par un privilège unique, rajeunit en vieillissant. Le temps, qui détruit tout, ajoute à ses connaissances, et la guerre qui , comme un torrent impétueux, entraîne et ravage tout ce qui s'offre à sa fureur, est forcée de respecter la science et la vertu.

C'est l'idée qu'en avait le philosophe Stilpon (14), lorsque Démétrius Poliorcète (15), après avoir détruit et livré au pillage la ville de Mégare , lui demandant s'il n'avait rien perdu : « Non, répondit le philosophe ; la guerre ne peut mettre la vertu au nombre de ses dépouilles. » Ainsi, Gorgias (16) interrogeant Socrate sur ce qu'il pensait du grand roi, s'il le croyait heureux : « Je n'en sais rien, répondit-il, car j'ignore combien il est instruit et vertueux. » Il lui montrait par là qu'il faisait consister le bonheur de l'homme dans les biens de l'âme, et non dans ceux de la fortune.

Au reste, après avoir dit aux parents de préférer à tout l'éducation de leurs enfants, je dois les avertir de la leur donner saine et pure, de leur inspirer le plus grand éloi-


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gnement pour cette éloquence frivole dont on fait parade dans les assemblées publiques. Plaire à la multitude, c'est déplaire aux gens instruits, selon la pensée d'Euripide :

Je ne possède point ce talent imposteur
Qui d'un peuple assemblé captive les suffrages;
Mais d'un petit nombre de sages
Je puis flatter le goût et gagner la faveur.
Ceux qu'aura réprouvés leur jugement sévère,
Au vulgaire ignorant sont toujours sûrs de plaire (17).

J'ai souvent observé que ceux qui, dans leurs discours, cherchent à plaire à la populace, sont ordinairement corrompus dans leurs mœurs. En effet, comment des hommes qui s'avilissent jusqu'à flatter les passions des autres pourraient-ils résister à leurs penchants vicieux, et préférer à une vie voluptueuse une conduite sage et réglée?

Mais quel conseil donner à cet égard aux jeunes gens? quelle méthode faut-il leur prescrire? Il est beau sans doute de ne rien dire et ne rien faire avec précipitation ; mais, selon le proverbe, ce qui est beau est difficile ; aussi voit-on que les discours de ceux qui parlent en public sans préparation sont remplis d'inutilités et de négligences. Ils vont au hasard, sans savoir, le plus souvent, par où ils doivent commencer et finir ; et sans parler de bien d'autres défauts, ils tombent toujours dans une prolixité vicieuse et rebutante. Mais dans un discours préparé, on peut serrer son style et se renfermer dans une juste étendue. On dit que Périclès refusa souvent de dire son avis aux assemblées du peuple, parce qu'il ne s'était pas préparé sur l'objet de la délibération. On rapporte la même chose de Démosthène, qui avait pris Périclès pour son modèle dans l'administration des affaires publiques. Je ne sais, au reste, si ce fait est bien certain ; du moins, dans son oraison contre Midias , fait-il sentir avec force com-


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bien une exacte préparation importe à l'orateur : « Oui , Athéniens, dit-il, j'avoue que je me suis préparé avant que de paraître devant vous ; j'ai même apporté à mon discours, je ne rougis point de le déclarer hautement, le plus d'attention qu'il m'a été possible. Et pourrais-je, dans une cause qui intéresse si vivement mon honneur, porter si loin la négligence, que de ne pas avoir prévu ce que je dois vous dire? »

Ce n'est pas que je condamne absolument la pratique de parler en public sans préparation ; je veux seulement qu'on la réserve pour des occasions pressantes qui ne permettent pas de faire autrement. Il en est de cette pratique comme des remèdes, il n'en faut user que pour le besoin. Avant donc que d'être parvenu à un âge mûr, on ne doit jamais paraître en public sans s'être préparé : quand le talent a acquis toute sa force, alors, si l'occasion se présente de parler sans préparation , on peut le faire avec confiance. Ceux qui ont été longtemps dans les chaînes, après même qu'on les en a délivrés, se sentent encore de la contrainte où ils étaient. De même ceux qui se sont longtemps captivés à ne parler en public qu'après avoir prévu ce qu'ils auraient à dire, s'ils sont obligés de parler sur-le-champ, conservent alors la même exactitude et la même précision que dans leurs discours préparés; mais si, dans la première jeunesse, on s'accoutume à parler sans préparation, on se fait un style lâche et diffus qu'on ne peut plus réformer. Un mauvais peintre montrait à Appelle un de ses tableaux, et lui faisait remarquer le peu de temps qu'il avait mis à le foire : « Vous n'aviez pas besoin de me le dire, répondit Appelle, je m'en aperçois assez ; je suis même surpris que vous n'en ayez pas fait davantage. »

Mais, pour revenir à mon sujet, je crois que, dans le genre de discours dont je parle, il faut également éviter trop de faste et trop de simplicité. Un style pompeux qui


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approche du ton de la tragédie n'est pas propre à traiter en public des objets politiques. Un style trop simple est sans intérêt, et ne fixe pas l'attention. Comme il ne suffit pas que le corps soit sain, et qu'il lui faut aussi de la vigueur et de l'embonpoint, ce n'est pas assez non plus que le style soit sans défauts, il doit encore avoir de la force et de la grâce. On loue la justesse du style, mais on admire une sage hardiesse. Au reste, ce que je dis des qualités du style, je l'applique également aux dispositions de l'âme. Je veux qu'un enfant ne soit ni trop hardi ni trop timide : trop de hardiesse devient effronterie, trop de timidité dégénère en pusillanimité. En ce point, comme en tout autre, la perfection consiste dans un juste milieu.

Une autre observation nécessaire, c'est qu'il ne faut pas borner l'éducation des enfants à un seul et unique objet. Il ne peut en résulter pour eux que des connaissances bornées, peu différentes d'une véritable ignorance, et dans leurs exercices une manière et un ton uniforme qui lasse et qui rebute. La monotonie est toujours ennuyeuse et fatigante. On aime la variété dans les plaisirs des yeux et des oreilles : il en est de même pour ceux de l'esprit. Il faut donc qu'un jeune homme bien né parcoure tout le cercle des connaissances propres à le former. Mais comme il est impossible d'être parfait en tout, il en est plusieurs dont il suffit de prendre une légère teinture pour se livrer ensuite tout entier à la philosophie. C'est ainsi qu'il est agréable de connaître un grand nombre de villes, et de se fixer dans celle qu'on voit le plus sagement gouvernée. Le philosophe Bion (18) disait agréablement, à ce sujet, que ceux qui ne pouvaient s'élever jusqu'à la philosophie s'ar-


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rêtaient aux autres sciences bien moins estimables qu'elle, comme les amants de Pénélope, n'ayant pu la séduire elle-même, s'étaient attachés à ses femmes.

La philosophie doit donc être le terme de toutes les autres connaissances. Les hommes ont inventé deux arts différents pour entretenir le corps en bon état : la médecine et la gymnastique. L'une a pour objet la santé, l'autre la force et la souplesse ; mais la philosophie seule est le remède des maladies et des faiblesses de l'âme. Elle nous apprend à distinguer ce qui est honnête ou honteux, juste ou injuste, et généralement ce qu'il faut rechercher et ce qu'il faut fuir. Elle nous fait connaître tous nos devoirs généraux et particuliers, selon les différents rapports de notre être. Elle nous enseigne qu'il faut adorer les dieux, honorer ses parents, respecter les vieillards, obéir aux lois, être soumis aux magistrats, chérir ses amis, honorer le mariage par une sage tempérance, avoir de la tendresse pour ses enfants, traiter ses esclaves avec humanité, et, ce qui est plus difficile encore, ne se laisser ni enfler par la prospérité, ni abattre par les disgrâces, ni amollir par la volupté, ni emporter par la colère. Voilà sans doute les plus grands avantages que nous puissions retirer de la philosophie.

Il est d'une âme forte de supporter avec courage l'adversité. C'est l'effet d'un caractère doux et modéré de se maintenir sans envie dans la bonne fortune ; c'est le propre d'un homme sage de soumettre la volupté au joug de la raison; il faut une vertu rare pour maîtriser la colère. Mais, selon moi, les hommes parfaits sont ceux qui, sachant unir à l'administration des affaires publiques la pratique de la philosophie, peuvent jouir des deux plus grands biens de la vie humaine : l'un d'être utile au public par une sage administration, l'autre de goûter dans le sein de la philosophie les charmes d'une vie heureuse et tranquille.


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Trois genres de vie différents partagent tous les hommes : la vie active, la vie spéculative et la vie voluptueuse. Celle-ci, livrée aux plaisirs et à la mollesse, nous rend semblables aux bêtes et ne mérite que nos mépris ; la vie purement spéculative est sans utilité; et la vie active, quand elle n'est point éclairée par la spéculation, nous expose à beaucoup d'erreurs. Il faut donc, autant que les circonstances le permettent, joindre à l'administration politique une étude sérieuse de la philosophie. Telle fut la pratique de Périclès, d'Archytas de Tarente (19), de Dion et d'Épaminondas. Ces deux derniers avaient été disciples de Platon.

J'ajoute encore qu'il est utile et même nécessaire d'acquérir des ouvrages des anciens, et d'en faire provision comme un laboureur se fournit des instruments aratoires ; car les livres sont, pour ainsi dire, les instruments de nos connaissances, et c'est delà, comme d'une source abondante, que la science découle dans nos âmes.

Que les jeunes gens aillent aux gymnases, et qu'ils s'y exercent assez longtemps pour acquérir la force et la vigueur du corps, autant que la bonne grâce et la souplesse: une jeunesse saine peut seule procurer une bonne vieillesse. Dans le calme, on doit se préparer contre la tempête ; de même, dans le jeune âge on doit, par une vie sage et tempérante, se ménager une vieillesse heureuse. Mais ces exercices doivent être pris avec modération, pour ne pas mettre les jeunes gens hors d'état de s'appliquer à l'étude des lettres. Platon l'a dit (20) : la fatigue et le sommeil sont ennemis des sciences.

Il n'est pas moins essentiel de dresser les jeunes gens aux exercices militaires, à lancer des javelots, tirer de l'arc et aller à la chasse. A la guerre, les richesses des


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vaincus sont le prix des vainqueurs; mais les corps mollement nourris à l'ombre ne sont pus propres aux fatigues militaires. Un soldat maigre et fluet, bien exercé aux combats, est en état de repousser les athlètes les mieux armés.

Ici je crois entendre quelqu'un me dire : Vous nous aviez promis des préceptes sur l'éducation des enfants de condition libre; mais vous négligez absolument les pauvres et les gens du peuple pour ne vous occuper que des riches. Il m'est facile de répondre à cette objection. Je souhaiterais sans doute que mes préceptes pussent être mis en pratique par tous les parents ; mais s'il en est que leur indigence mette dans l'impossibilité de les suivre, qu'ils en accusent la fortune et non pas mes conseils. Tous les parents doivent s'efforcer de donner à leurs enfants l'éducation la plus parfaite ; ceux qui ne sont pas assez riches pour cela se borneront à ce que leur fortune leur permettra de faire (21) .

Après cette courte digression, qui m'a paru nécessaire, je reprends la suite de mes principes. On doit porter les enfants à l'amour du bien, par la douceur et la persuasion, jamais par des punitions dures et humiliantes, qui conviendraient tout au plus à des esclaves et non à des enfants de condition libre. Les mauvais traitements et les affronts les découragent et les rebutent ; les éloges et les reproches réussissent bien mieux que la rigueur et la sévérité ; les uns portent au bien, les autres les détournent du mal. Il faut donc en user tour à tour : s'ils se laissent aller à une confiance présomptueuse, humiliez leur or-


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gueil par des reproches salutaires, et relevez ensuite leur courage par des louanges bien ménagées, comme les nourrices, après avoir fait pleurer leur enfant, le consolent en lui présentant la mamelle. Mais qu'on évite aussi de les enorgueillir par des louanges excessives qui les rempliraient d'amour-propre et de vanité.

Au reste, je connais des pères qui, pour trop aimer leurs enfants, en sont réellement les ennemis. Il en est, par exemple,qui, trop jaloux de leur voir faire les progrès les plus rapides et obtenir en tout une supériorité marquée, les surchargent d'un travail forcé dont le poids les accable. Il en résulte un découragement qui leur rend les sciences odieuses. Les plantes modérément arrosées croissent facilement ; une eau trop abondante en étouffe le germe. Ainsi l'âme se nourrit et se fortifie par un travail bien ménagé ; l'excès l'accable et éteint ses facultés. Il faut donc donner du relâche aux enfants et se souvenir que tout, dans la vie humaine, est partagé entre l'action et le repos. On veille le jour et on dort la nuit. La paix succède à la guerre et"le calme à la tempête. Les jours de travail sont interrompus par des jours de fêtes : en un mot, le repos est l'assaisonnement du travail. Nous en voyons la preuve, non seulement dans les êtres animés, mais encore dans les choses insensibles. Les arcs et les lyres ont besoin d'être détendus poumons servir utilement. Enfin, le corps ne se conserve que par la vicissitude du besoin et de la nourriture, et l'esprit ne se soutient que par l'alternative de l'action et du repos.

Au reste, je ne puis m'empêcher de blâmer ces parents qui, après avoir confié leurs enfants à des gouverneurs, croient que tout est fait pour eux et n'assistent jamais aux leçons qu'on leur donne. Ils manquent sans doute à un devoir essentiel. Ne devraient-ils pas juger par eux-mêmes des progrès de leurs enfants et ne pas s'en reposer entièrement sur des hommes souvent conduits par


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un esprit mercenaire? Les gouverneurs en seraient plus vigilants et plus attentifs, s'ils avaient de temps en temps des témoins de leur manière d'instruire ; et c'est ici qu'on peut appliquer le bon mot d'un écuyer (22) : que rien n'engraisse plus promptement un cheval que l'œil du maître.

Il est très utile aux jeunes gens, et surtout dans le premier âge, d'exercer- leur mémoire ; cette faculté est comme le trésor des sciences. C'est pour cela que les anciens ont feint que les Muscs étaient filles de Mnémosyne, déesse de la mémoire ; ils voulaient par là nous faire entendre que rien ne contribue tant que la mémoire à nourrir et orner l'esprit. Il faut donc la cultiver avec soin dans les enfants, qu'ils l'aient bonne ou mauvaise. L'exercice fortifiera dans les uns le don de la nature, dans les autres il en réparera le défaut. Les premiers l'emporteront sur leurs émules, les seconds parviendront peu à peu à se surpasser eux-mêmes. Croyons-en Hésiode (23) :

Peu, souvent répété, fait bientôt une somme.

On sentira le prix de la mémoire en pensant combien elle est à la fois utile pour les sciences et pour les affaires de la vie civile. Le souvenir de ce qui a été fait sert souvent de règle et de conseil pour ce que l'on doit faire.

Qu'on veille à ce que les enfants ne tiennent que des discours décents et modestes : c'est encore un objet essentiel dans l'éducation. La parole est, selon Démocrite (24), l'ombre de l'action. Qu'on les accoutume aussi à être affables et honnêtes. Rien ne rend plus odieux que des manières dures et hautaines, et un moyen sûr de se faire aimer, c'est de n'être pas entête; dans la dispute. Il est


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beau de vaincre, mais il l'est aussi de savoir céder quand la victoire tournerait à notre désavantage. Témoin la victoire de Thèbes (25) :

Quand la dispute en aigreur dégénère,
Le plus sage des deux cède à son adversaire ,

a dit Euripide.

Il est encore d'autres devoirs d'une pratique autant et peut-être plus importante pour les jeunes gens que ceux dont j'ai parlé 'jusqu'ici. Il faut les accoutumer de bonne, heure à mener une vie simple et frugale, à savoir se taire, maîtriser leur colère et conserver leurs mains pures. Il est bon de s'arrêter sur chacun de ces objets et d'en rendre l'importance plus sensible par des exemples. Il est des hommes qui, par une basse et criminelle cupidité, ont flétri la gloire de leurs actions passées. Par exemple, le Lacédémonien Gylippe ayant pris de l'argent qui appartenait au trésor public, se vit honteusement chassé de Sparte.

Il n'appartient qu'à une sagesse consommée de mettre un frein à la colère. Socrate reçut un jour un coup de pied d'un jeune insolent. Tous ceux qui l'accompagnaient en furent indignés et se mirent en devoir de courir après lui. «Laissez, leur dit Socrate; si un âne m'avait donné un coup de pied, me conseilleriez-vous de ruer contre lui? » Mais il en fut bientôt vengé, car tout le monde accabla ce jeune homme de si sanglants reproches, qu'il se pendit de désespoir. Aristophane, dans sa comédie des Nuées, ayant vomi contre Socrate, en sa présence, les injures les plus atroces : « Eh quoi ! lui dit quelqu'un, un traitement si indigne ne vous met point en colère! » —


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« Non, lui répondit Socrate ; quand j'assiste à cette comédie, je crois être à un repas où j'amuse les convives. » Architas, au retour d'une guerre où il avait eu le commandement de l'armée, trouva ses terres en friche, et, faisant venir son économe : « Je te punirais sévèrement, lui dit-il, si je n'étais pas en colère. » Platon, irrité contre un esclave libertin, appela Speusippe, le fils de sa sœur : « Châtie-moi ce coquin, lui dit-il, car pour moi, je suis trop en colère. »

Une telle modération, dira-t-on, est une vertu difficile à pratiquer; j'en conviens; mais il n'en faut pas moins, d'après l'exemple de ces grands hommes, faire tous ses efforts pour retenir sa colère et modérer la fougue impétueuse de cette passion. Dans l'impuissance où nous sommes d'atteindre à leurs autres vertus, efforçons-nous au moins d'imiter leur modération; et comme les ministres des dieux marchent à la tète des cérémonies le flambeau à la main, faisons briller en nous cette portion de leur sagesse qu'il nous est permis d'égaler (26).

C'est un devoir non moins essentiel, mais plus difficile qu'on ne pourrait penser, que de savoir se taire à propos; ce talent est préférable à celui de bien parler. Pour moi, je croirais volontiers que les anciens ont institué l'initiation à nos mystères pour qu'on y contractât l'habitude du silence, et que de là on la portât dans le commerce de la vie et dans le secret des affaires (27). On ne s'est jamais re-


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penti de s'être tu, mais souvent d'avoir parlé. Il est toujours temps de dire ce qu'on a retenu dans le silence ; on n'est plus maître d'une parole dès qu'elle est une fois lâchée. Combien de gens ne pourrais-je pas citer qui se sont perdus par leur indiscrétion ? Je me contenterai de deux ou trois exemples. Ptolémée Philadelphe ayant épousé sa sœur Arsinoé : « Prince, lui dit un de ses courtisans nommé Sotade, vous avez goûté du fruit défendu. » Ptolémée, irrité, le fit jeter dans une prison où il resta longtemps renfermé, portant la juste peine de son indiscrétion et expiant par des larmes amères le plaisir d'un bon mot.

Le sophiste Théocrite, plus indiscret encore, fut aussi puni plus sévèrement. Alexandre avait fait donner ordre aux peuples de la Grèce de lui tenir prêt à son retour un certain nombre de robes de pourpre, parce qu'il voulait offrir des sacrifices aux dieux pour la victoire qu'il avait remportée sur les Barbares. Les Grecs ayant été obligés de fournir pour cela une contribution générale : « Je n'avais pas trop compris jusqu'ici, dit Théocrite, ce qu'Homère (Il., l. 5, v. 38) voulait dire par la mort de pourpre, je le sais maintenant. » Cette parole ne lui avait attiré que la haine d'Alexandre; mais la plaisanterie qu'il fit dans la suite contre Antigone, roi de Macédoine, qui était borgne, mit ce prince dans une colère violente, dont Théocrite fut la victime. Antigone avait envoyé à ce sophiste son chef de cuisine Eutropion, pour lui dire de se rendre auprès de sa personne. Comme Eutropion lui signifiait cet ordre du roi, et qu'il venait plusieurs fois le sommer d'y obéir : « Je vois bien, lui dit le sophiste, que tu veux me servir tout cru à ce cyclope ; » reprochant à l'un sa profession et à l'autre sa difformité. «Oui, reprit Eutropion; mais je te servirai


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sans tête et tu paieras cher ta mauvaise plaisanterie. » Il alla sur-le-champ la rapporter au roi, qui fit trancher la tête à Théocrite.

Le plus sacré des devoirs pour les parents et pour les gouverneurs, c'est d'accoutumer les enfants à dire la vérité. Le mensonge est un vice bas que tout le monde déteste, et qu'on ne doit pas même pardonner aux derniers des esclaves.

Dans tout ce que j'ai dit jusqu'à présent sur l'éducation, je n'ai eu à traiter que des objets qui ne souffraient point de difficulté ; mais la matière qui se présente maintenant me tient en balance et me jette dans une indécision qui me fait également craindre de me taire et de parler. Faut-il laisser approcher des jeunes gens ces personnes qui ont pour leur âge une inclination et une tendresse particulières, ou doit-on les en écarter? Lorsque je vois des parents exacts et sévères ne vouloir pas souffrir auprès de leurs enfants ces sortes de personnes, de peur que leur vertu n'en souffre, je crains d'en donner le conseil; mais quand je pense que Socrate, Platon, Eschine, Xénophon, Cébès et une foule d'autres grands hommes ont approuvé cet attachement, qu'ils s'en sont servis pour porter des jeunes gens à la culture des sciences, à l'étude de la politique et à l'amour de la vertu, je me sens fortement entraîné par tant d'autorités respectables que confirment d'ailleurs ces vers d'Euripide (28) :

Il est un autre amour que celui dont les flammes
D'une coupable ardeur empoisonnent les âmes.
La vertu, la justice, allumant nos désirs,
Font goûter aux cœurs purs les plus chastes plaisirs.

Platon (l 5 de la Rép.), qui traitait avec tant d'agrément les sujets les plus sérieux, voulait qu'il fut permis


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à ceux qui auraient fait quelque belle action de s'attacher à celui des jeunes gens qui leur plairait davantage. Pour moi, je veux qu'on éloigne avec soin d'auprès des enfants ceux qui ne recherchent en eux qu'une beauté fragile, et qu'on en laisse approcher ceux qui aiment une beauté plus estimable, celle de la vertu ; qu'on proscrive absolument ces amours criminels qui sont d'usage à Thèbes, en Élide et en Crète, pour n'admettre que ceux qui sont permis à Athènes et à Lacédémone.

De l'éducation du premier âge je passe à celle de l'adolescence, et je n'en dirai que deux mots. J'ai souvent blâmé la conduite de ces pères qui, donnant d'abord à leurs enfants des maîtres et«des gouverneurs, les abandonnent à eux-mêmes dans leur jeunesse, dans cet âge bouillant et emporté qui demande bien plus de précaution et de soin que celui de l'enfance. Qui ne sait que les fautes des enfants, qui se bornent d'ordinaire à l'indocilité et à la désobéissance, sont peu dangereuses et faciles à corriger? Mais celles des jeunes gens sont le plus souvent des vices énormes et funestes dans leurs suites : ce sont des excès de table, des vols faits à leurs parents, des jeux et des débauches ruineuses, des amours criminels ou même adultères. Avec quel soin ne faut-il donc pas les retenir, et enchaîner, .pour ainsi dire, cette fougue qui leur est naturelle, et qui, incapable de se contenir, les familiarise avec les passions les plus violentes! Quand on n'est pas attentif à réprimer les saillies de cet âge impétueux, et à mettre un frein à ses désirs, on devient, sans le vouloir, l'occasion et ie complice de tous ses désordres.

Les parents sages et prudents veilleront avec un soin particulier sur ce temps périlleux de la jeunesse, et, pour porter leurs enfants à la vertu, ils useront tour à tour de reprochas, de menaces, de prières, de conseils et de promesses ; ils leur citeront les exemples des jeunes gens que l'amour des voluptés a précipités dans les plus grands


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malheurs, et de ceux à qui leur continence et leur sagesse ont acquis une réputation honorable. L'espoir de la gloire et la crainte de l'infamie sont les deux aiguillons de la vertu : l'une leur donne de l'ardeur pour tout ce qui est honnête, l'autre leur inspire la honte du mal. Mais avant tout, qu'ils éloignent d'eux les méchants, dont la société ne pourrait que les corrompre.

Pythagore nous a peint les dangers de ce commerce sous des symboles allégoriques que je crois devoir rapporter et dont je donnerai l'explication, parce qu'ils peuvent contribuer à inspirer l'amour de la vertu. Il ne faut point, dit-il, manger des poissons qui aient la queue noire (29), c'est-à-dire qu'il faut éviter toute liaison avec des hommes d'un caractère noir et méchant ; ne marchez point sur la balance, c'est-à-dire, respectez la justice et gardez-vous d'en enfreindre les lois; ne vous asseyez point sur le boisseau, c'est-à-dire, fuyez la paresse et travaillez à vous procurer les nécessités de la vie ; ne donnez point la main à toutes sortes de personnes, c'est-à-dire, ne soyez pas facile à contracter des engagements ; ne portez point un anneau étroit, c'est-à-dire, conservez votre liberté et ne vous rendez esclave de personne; ne fouille point dans le feu avec l'épée, c'est-à-dire, n'irritez pas un homme en colère, tâchez plutôt de le calmer; ne rongez point votre cœur, c'est-à-dire, ne livrez pas votre âme à des chagrins qui la dévorent; abstenez-vous de manger des fèves, c'est-à-dire, ne vous ingérez point dans l'administration des affaires publiques, car anciennement c'était avec des fèves qu'on donnait les suffrages pour l'élection des magistrats ; ne mettez point votre nourriture dans un vase malpropre, c'est-à-dire, ne tenez pas des discours sensés à des hommes pervers, car la parole est la nourriture des âmes, et la perversité des hommes la corrompt ;


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ne retournez point sur vos pas quand vous êtes sur la frontière, ce qui veut dire que les hommes qui touchent au terme de leur vie doivent voir d'un œil ferme et tranquille la mort s'approcher.

Je reviens à mon sujet et je répète encore qu'on doit écarter avec soin des jeunes gens tous les hommes corrompus, et surtout les flatteurs. Je ne puis trop le dire, il n'est point d'hommes plus dangereux pour la jeunesse, et qui l'entraînent plus sûrement à sa perte. Également funestes aux pères et aux enfants , ils plongent dans l'amertume la vieillesse des uns et la jeunesse des autres ; ils présentent à ceux-ci, pour les séduire, l'appât presque inévitable des voluptés. Les parents, même les plus riches, inspirent à leurs enfants d'être sobres, chastes, économes et laborieux. Les flatteurs, au contraire, les portent à l'intempérance, au libertinage, à la prodigalité et à la paresse. « La vie n'est qu'un point, leur disent ces lâches adulateurs, hâtez-vous d'en jouir, moquez-vous des menaces d'un père radoteur qui a déjà un pied dans la fosse, et que nous enterrerons demain. » Quelquefois même ils portent la corruption jusqu'à leur amener des courtisanes ou leur prostituer des femmes mariées. Les jeunes gens, pour fournir à ces plaisirs criminels, dérobent à leurs parents ce que ceux-ci épargnaient pour .servir d'adoucissement à leur vieillesse. Ces vils flatteurs couvrent cependant leur perfidie du masque de l'amitié ; mais, incapables de celte honnête franchise qui caractérise les vrais amis, ils flattent servilement les riches et méprisent les pauvres. Leur voix, plus artificieuse que celle des sirènes, a le talent funeste de séduire et de corrompre une jeunesse sans expérience. On les voit éclater au plus léger sourire de ceux qui les nourrissent. Hommes faux et trompeurs, espèce bâtarde de l'humanité, ils vivent au gré des riches dont ils sont les adulateurs. Libres par nature, esclaves par choix, ils se


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croient outragés lorsqu'ils ne sont pas l'objet des railleries des convives et qu'ils n'achètent pas, par mille insultes, le pain dont en les nourrit. Que les pères qui ont à cœur le bien de leurs enfants chassent loin d'eux , avec le plus grand soin, ces insectes vils et rampants; qu'ils ne soient pas moins attentifs à en écarter les jeunes gens qu'ils sauront être vicieux, et dont le commerce aurait bientôt corrompu les meilleurs naturels.

Aux principes que je viens d'établir, j'en ajouterai d'autres que je puis appeler des pratiques d'humanité : c'est que les parents ne doivent pas user de trop de rigueur envers leurs enfants, mais leur pardonner souvent les fautes qui échappent à la faiblesse de l'âge, se souvenant qu'eux-mêmes ils ont été jeunes. Les médecins tempèrent l'amertume de leurs potions par le mélange de quelque liqueur douce, et font passer, à la faveur de ce déguisement, un remède désagréable, mais utile. Ainsi les parents doivent tempérer la sévérité par la douceur, tantôt se prêter au désir de leurs enfants et leur lâcher un pan la bride , tantôt la serrer et retenir leur fougue ; mais surtout, je le répète, qu'ils aient de l'indulgence pour les fautes qu'ils commettent, et lorsqu'ils leur en témoignent du mécontentement, qu'ils reprennent bientôt avec eux un ton de douceur et d'amitié. J'aime mieux encore qu'ils soient faciles à s'irriter, pourvu qu'ils s'apaisent avec la même facilité, que de les voir conserver longtemps le ressentiment ; cette lenteur à pardonner est une preuve qu'ils n'aiment point leurs enfants.

Il est bon même quelquefois de fermer les yeux sur leurs fautes et de profiter de l'affaiblissement des sens, qui est une suite ordinaire de l'âge, pour leur laisser croire qu'on ne les a ni vus ni entendus. Nous supportons sans peine les défauts de nos amis ; nous pardonnons à nos esclaves quelques débauches passagères; quelquefois même nous leur épargnons jusqu'aux reproches ; et


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nous serions moins faciles pour les fautes de nos enfants ! Vous avez souvent refusé de l'argent à votre fils pour satisfaire à ses plaisirs et à ses goûts, donnez-lui- en aujourd'hui sans attendre qu'il vous en demande; vous l'avez sévèrement réprimandé pour d'autres fautes : pardonnez celle-ci de bonne grâce ; il a gagné un de vos esclaves afin de vous tromper, ne lui laissez pas voir votre mécontentement ; il vous a dérobé, ne lui en parlez même pas ; il vient vous saluer le matin sentant encore le vin qu'il a bu la veille avec excès, faites semblant de ne pas vous en apercevoir ; un autre jour il ne respire qu'essence et que parfums, gardez le silence. C'est par ces sages ménagements qu'on parvient à dompter peu à peu une jeunesse impétueuse.

Ceux que l'amour des plaisirs emporte, et que les conseils ou les reproches d'un père sage et prudent ne peuvent retenir, il faut les marier; il n'est point de frein plus puissant contre la fougue de la jeunesse; mais ne leur faites pas épouser des femmes plus nobles et plus riches qu'eux. Le proverbe dit avec raison : Prends une femme qui te soit assortie. Ceux qui en épousent d'un rang ou d'une fortune supérieure à la leur sont moins les maris de leurs femmes que les esclaves de leur dot.

Encore un mot et je finis. Une obligation des plus indispensables pour les parents, c'est de n'être eux-mêmes sujets à aucun vice, de donner à leurs enfants l'exemple de tous les devoirs, et de leur montrer, dans leur propre conduite, comme dans un miroir, la règle de celle qu'ils doivent tenir. Les parents qui tombent dans les fautes qu'ils reprochent à leurs enfants s'accusent eux-mêmes en les blâmant ; s'ils vivent mal , ils s'ôtent la liberté de reprendre leurs esclaves, à plus forte raison leurs enfants ; leur mauvais exemple les autorise et leur apprend à mal faire : des vieillards qui ne rougissent point du vice, enhardissent les jeunes gens à perdre toute honte.


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C'est donc, pour les parents, le premier de tous les devoirs que d'inspirer à leurs enfants, par tous les moyens possibles, le goût des sciences et des vertus. Quel bel exemple ne leur en donne pas l'Illyrienne Eurydice, cette mère admirable qui, née dans le pays le plus barbare, se livra, dans un âge avancé, à l'étude des lettres, pour pouvoir instruire elle-même ses enfants? L'inscription suivante, qu'elle fit graver en l'honneur des Muses, montre quelle était sa tendresse pour eux :

Ce monument, dressé par la reconnaissance,
Des filles de Mémoire atteste les bienfaits.
Sous leurs doctes leçons cultivant la science,
Eurydice leur dut les plus rares succès.
A former ses enfants consacrant sa vieillesse,
Son amour maternel anima ses efforts :
Et les Muses pour elle ouvrant tous leurs trésors,
Daignèrent, par leurs dons, couronner sa tendresse (30).

Au reste, la pratique de tous les préceptes que j'ai donnés est un bien auquel on doit souhaiter que les parents parviennent, plutôt qu'on ne peut l'espérer; mais si, pour en observer la plus grande partie, il faut un fond heureux et un travail soutenu, du moins la chose n'est-elle pas au-dessus"des forces humaines.


(01) EURIP. Herc. Fur., v. 1261.

(02) Le texte dit: Qui désire mettre au monde des enfants légitimes.

(03) Plutarque emploie, pour caractériser une naissance souillée de quelque tache, deux expressions métaphoriques : ὑποχάλκον καὶ κιβδήλον, qui sont prises de la monnaie. La première signifie une pièce de monnaie d'airain ou de cuivre sur laquelle on avait appliqué une feuille d'or ou d'argent; la seconde marque une pièce d'or ou d'argent, mais avec l'alliage d'un mêlai moins précieux.

(04) HIPP., v. 424.

(05) PLUT., Vie d'Agésilas.

(06) Les comédiens se servaient sur le théàtre de baguettes recourbées semblables à la houlette ou au bacon pastoral des anciens; et Thalie, celle des neuf Muses qui présidait à la comédie, était représentée tenant a la main une de ces baguettes.

(07) Le texte porte: dès les premiers ongles, expression proverbiale qui ne serait pas comprise en français.

(08) Voyez le neuvième livre de l'Iliade.

(09) Il y eut plusieurs Cratès dans l'antiquité. Le plus connu est Cratès le Cynique, de Thèbes, et disciple du fameux Diogène; c'est celui dont parle Plutarque.

(10) Aristippe, contemporain de Platon et disciple de Socrate. Il fonda la secte des cyrénaïques, ainsi nommés de la pairie de leur maître. Personne ne dépendait moins qu'Aristippe des événements ; et Platon disait de lui qu'il était le seul qui eût sous des haillons la même contenance que sous un habit magnifique.

(11) La drachme, pièce de monnaie grecque, valait un peu plus de dix-huit sous de notre monnaie, suivant le taux ou la valeur de l'argent en I785.

(12) Les citoyens à Athènes étaient inscrits deux fois dans les registres publics : la première à dix-sept ans, lorsqu'ils entraient dans la classe des jeunes gens; la seconde à vingt. Alors, ils étaient au nombre des hommes faits, devenaient maîtres de leurs personnes, et pouvaient gérer leurs affaires.

(13) Le texte ajoute κιττοφοροντες, qui signifie littéralement portant du lierre. Dans les fêtes de Bacchus, les bacchantes portaient des couronnes de lierre, et l'on sait que le thyrse de. ce dieu était entouré de. lierre et de pampre. Dans la débauche, on portait aussi de ces couronnes par honneur pour Bacchus.

(14) Stilpon, philosophe de Mégare, ville de Grèce, fut disciple d'Euclide, et suivit les principes de Socrate.

(15) Démétrius, surnommé Poliorcète, ou Preneur de villes, était fils d'Antigone, celui des officiers d'Alexandre qui, après la mort de ce prince, eut en partage la Pamphylie et la Phrygie. Démétrius ayant été dépouillé des États échus à son père en Asie, devint ensuite roi de Macédoine.

(16) Gorgias, fameux rhéteur d'Athènes, dont le nom est à la tète du dialogue de Platon qui traite de la rhétorique.

(17) Hipp. v. 936 etc.

(18) Bion de Boristhène fut d'abord disciple de Cratés. Il embrassa ensuite la secte des cyniques, qu'il quitta aussi pour suivre les leçons de Théodore, et enfin celles de Théophraste, successeur d'Aristote. Bion cultiva la poésie, et, au rapport de Diogène Laërce, il fut le premier qui sut répandre des fleurs sur les matières philosophiques.

(19) Archytas de Tarente avait étudié la géométrie sous Platon, et fut un des plus fameux sectateurs de la doctrine de Pythagore.

(20) L. 7 de la Rép.

(21) L'éducation, chez les anciens, n'était pas gratuite, et chaque science, chaque art avait des maîtres différents. De là naissait la difficulté de pouvoir parcourir le cercle de toutes les parties d'une éducation honnête, et de prendre les leçons de ces divers maîtres, dont quelques-uns les faisaient payer fort cher. Cependant, malgré cette difficulté, les Grecs, selon le témoignage d'Horace, uniquement avides de gloire, ne ménageaient rien pour la mériter.

(22) XÉNOPH, l. 5 des Êconomiq

(23) Poème des ouvrages et des jours, l. 1,  v 461.

(24) C'est le fameux Abdéritain Démocrite, contemporain de Socrate, et qui fut le vrai fondateur de la secte à laquelle Épicure donna depuis son nom. On sait qu'il riait sans cesse des vices des hommes, bien différent en cela d'Héraclite, qui en pleurait toujours.

(25) La victoire de Thèbes ou Cadméenne, était passée en proverbe pour signifier une victoire aussi funeste au vainqueur qu'au vaincu. La fameuse guerre de Thèbes, dont les deux principaux chefs, Étéocle et Polynice, fils d'OEdipe et de Jocaste, périrent de la main l'un de l'autre, avait donné lieu à ce proverbe.

(26) Le leste dit : Comme ministres de ces dieux et porte-flambeaux de leur sagesse, imitons-les autant qu'il nous est possible , et marchons sur leurs traces. J'ai eu de la peine à rendre la pensée de Plutarque, et j'ai été obligé d'en changer le tour. Je souhaite que ce soit sans en avoir affaibli l'idée, qui est parfaitement belle.

(27) Ces mystères étaient ceux de Cérès, connus sous le nom de mystères éleusiens, et qu'on distinguait en grands et en petits : pour les uns et les autres il fallait être capable de garder un profond secret. On peut consulter, pour un plus grand détail , M. l'abbé Bannier, Explication des Fables, et une dissertation sur la descente d'Énée aux enfers, imprimée dans le Virgile de l'abbé Desfontaines.

(28) In fragm Dictyos, v. 3 sqq. Barn.

(29) Μελανούρος est un poisson ainsi nommé, parce qu'il a la queue noire.

(30)  Cette Eurydice, dont Plutarque rapporte l'inscription, était probablement femme d'Amyntas, roi de Macédoine, que Strabon assure être née en Illyrie, et qui fut mère d'Alexandre, de Perdiccas et de Philippe, père d'Alexandre le Grand. .