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PLUTARQUE

 

OEUVRES MORALES

APOPHTEGMES DES LACÉDÉMONIENS.

 

 

texte grec

 

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APOPHTHEGMES DES LACÉDÉMONIENS.

AVIS DU TRADUCTEUR.

Les observations suivantes sont extraites, pour la plupart, de la préface que M. Gierig a mise à la tète de l'édition qu'il a donnée à Leipsig, des Institutions Lacédémoniennes et d'une partie des Apophtegmes. J'y joindrai d'après lui la chronologie des deux branches des Héradides qui régnèrent à Sparte, jusqu'à la prise de cette ville par Antigonus, et pour laquelle il a lui-même suivi Meursius et Sigonius. Comme l'auteur de ce traité a préféré l'ordre alphabétique à l'ordre chronologique que Plutarque a suivi dans le premier recueil d'apophtegmes, cette table sera utile à ceux qui seront curieux de savoir dans quel temps ont régné les rois de Sparte dont les paroles mémorables y sont rapportées.

Plusieurs savants croient que ce recueil d'apophtegmes lacédémoniens, et l'abrégé des Institutions de Sparte, ne sont pas de Plutarque, et il est difficile de n'être pas de leur sentiment, lorsqu'on voit avec quelle négligence cette compilation est écrite, et le peu de jugement et de goût qui y percent sensiblement.

Mais quel est le véritable auteur de ces deux opuscules? C'est ce qu'il n'est pas facile de décider; car je ne saurais être de l'avis d'Érasme, qui, dans la préface de son recueil d'apophtegmes, attribue à Plutarque ces deux opuscules, fondé sans doute sur ce que le titre de ce traité se trouve dans le catalogue que Lamprias, fils de ce philosophe, a donné des ouvrages de son père. Mais le catalogue de Lamprias ne prouve rien. Le traité que Plutarque avait fait sous ce titre peut avoir été perdu, comme bien d'autres de ses ouvrages l'ont été ; et cette conjecture se change en certitude, lorsqu'on voit tous les défauts de celui dont nous examinons la légitimité.

Ruauld, dans la vie de Plutarque, qui accompagne l'édition de ses ouvrages, le croit de Lamprias lui-même. Mais est-il vraisemblable que Lamprias eût osé insérer dans le catalogue des ouvrages de son père une compilation qui n'aurait pu être qu'un premier essai de sa jeunesse?

Vossius l'attribue à un autre Plutarque, dont Tzetzès fait mention, et qui a vécu postérieurement à notre philosophe. Il est vrai


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que ce Plutarque passe aussi pour être l'auteur de deux autres traités qui se trouvent dans les œuvres philosophiques du premier. Mais Vossius ne donne d'antre preuve de son opinion que la ressemblance des noms; et elle ne suffit pas pour asseoir un jugement certain.

M. Gierig croit que celte compilation est l'ouvrage de quelque père de famille instruit, ou d'un maître d'école, qui aura fait ce recueil pour l'usage de ses enfants ou de ses disciples. Le compilateur aura pris dans différents auteurs tout ce qu'il aura cru propre à son dessein. Il y aura fait les changements qu'il croyait convenables, et retranché tout ce qui lui paraissait inutile ou moins intéressant.

Quoi qu'il en soit, ajoute M. Gierig, ces deux opuscules n'en sont pas moins dignes d'être mis entre les mains des jeunes gens. Ils sont formés de divers lambeaux; mais enfin ces lambeaux sont ceux de Plutarque et de Xénophon ; et d'ailleurs le fond de l'ouvrage offre autant d'utilité que d'agrément. Le recueil des apophtegmes, outre qu'il nous fait connaître beaucoup de faits historiques, contient d'excellentes leçons de morale; et rien n'est plus intéressant, ni plus propre à élever l'âme, à lui inspirer les sentiments les plus mâles et les plus vigoureux, que ces institutions de Lycurgue, qui ont fait des Spartiates des hommes extraordinaires, dont l'idée seule nous étonne encore et excite notre admiration.


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APOPHTHEGMES DES ROIS ET DES CAPITAINES SPARTIATES, DONT LES NOMS SONT CONNUS.

Ce second recueil d'apophtegmes est divisé en quatre parties : la première contient les paroles mémorables des rois et des capitaines spartiates les plus connus ; la seconde, celle des Lacédémoniens dont les noms ne sont pas cités; la troisième, qu'on peut regarder comme un ouvrage séparé, est un abrégé des institutions données aux Spartiates par le législateur Lycurgue; la quatrième, enfin, renferme les apophtegmes des femmes lacédémoniennes, dont quelques-unes sont nommées et d'autres ne le sont pas.

AGASICLÈS.

[208a] Agasiclès, roi de Lacédémone, à qui quelqu'un témoignait sa surprise [208b] de ce qu'aimant à s'instruire, il ne prenait pas les leçons du sophiste Philophane (01), lui répondit : « Je veux être le disciple de ceux dont je suis le fils (02). »

On lui demanda comment un prince qui n'avait point de gardes pouvait régner en sûreté : « C'est, dit-il, en commandant à ses sujets comme un père à ses enfants. »

AGÉSILAS LE GRAND.

Agésilas le Grand fut élu par le sort roi d'un festin. L'échanson vint lui demander combien de coups il verserait à chaque convive. « Si vous avez beaucoup de vin, lui dit Agésilas, [208c] donnez-en à chacun autant qu'il en voudra ; si vous en avez peu, partagez-le à tous également. »

Témoin de la constance avec laquelle un scélérat


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souffrait les tourments de la question, « Que cet homme, dit-il, est horrible, de mettre tant de courage et de patience dans des souffrances que la honte et le mépris accompagnent! »

On louait devant lui un orateur sur son talent à amplifier de petites choses. « Estimeriez-vous, dit-il, un cordonnier qui ferait de grands souliers pour de petits pieds? »

Un citoyen lui rappelait souvent une promesse qu'il lui avait faite. « Si la chose est juste, lui dit Agésilas, je vous l'ai promise ; si elle ne l'est pas, j'ai proféré la promesse, mais je n'y ai pas consenti. » [208d] Cet homme ayant répliqué que les rois devaient tenir ce qu'ils avaient promis seulement d'un signe de tête (03) : « Ils n'y sont pas plus obligés, repartit Agésilas, qu'il ne convient à ceux qui les approchent de ne leur demander que des choses justes, et de considérer ce que les occasions et la bienséance permettent aux rois. »

Toutes les fois qu'il entendait louer ou blâmer quelqu'un, il voulait qu'on examinât les mœurs de ceux qui donnaient ces louanges ou faisaient ces reproches, autant que celles des personnes dont ils parlaient.

Dans un spectacle public que donnait la jeunesse de Sparte (04), le président des jeux le mit à la dernière place. Quoiqu'il fût déjà désigné roi, il obéit en disant : « Tant mieux, je ferai voir que les places n'honorent point les hommes, [208e] mais les hommes, les places. »

Son médecin, dans une maladie, lui prescrivait un régime long et assujettissant. « Si je dois mourir, lui dit Agésilas, tous vos remèdes ne me sauveront pas. » 


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Un jour qu'il sacrifiait un bœuf sur l'autel de Minerve (05), il fut piqué par un de ces insectes qui ne s'attachent qu'à la misère. Il le prit sans honte, et le tua en présence de tout le monde. « Certes, dit-il, il est doux de se venger, même aux pieds des autels (06). »

[208f] Une autre fois il vit une souris qu'un jeune enfant avait saisie sur une fenêtre, le mordre si fort, qu'elle lui fit lâcher prise, et s'échappa. « Puisqu'un si faible animal, dit-il aux assistants, se venge ainsi de ceux qui veulent lui faire violence, que ne doivent pas faire des hommes? »

Lorsqu'il se disposait à faire la guerre au roi de Perse, pour mettre en liberté les colonies grecques d'Asie, il alla consulter l'oracle de Jupiter à Dodone. Il en reçut une réponse favorable, et la fit mander aux éphores, [209a] qui lui mandèrent d'aller consulter aussi l'oracle de Delphes. Il s'y rendit, et lorsqu'il fut dans le temple, il fit ainsi sa demande : « Apollon, n'êtes-vous pas du même avis que votre père ? » Le dieu ayant confirmé par sa réponse celle de Jupiter, il fut nommé général, et partit aussitôt pour cette expédition. »

Tissapherne (07), qui craignait Agésilas, lui avait promis, pour obtenir la paix, de laisser aux villes grecques d'Asie la liberté de se gouverner par leurs lois ; ensuite, ayant fait venir de Perse une puissante armée, il le menaça de la guerre s'il ne sortait d'Asie. Agésilas, ravi de ce manque de foi, fait semblant de marcher en Carie, [209b] et voyant


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que Tissapherne y rassemblait ses troupes, il change tout à coup sa marche, vient fondre sur la Phrygie, où il s'empare de plusieurs villes, et lève des contributions immenses. Ce fut à cette occasion qu'il dit à ses amis : « C'est une impiété que de violer injustement la foi qu'on a donnée; mais tromper ses ennemis, c'est une action aussi juste et aussi glorieuse qu'elle est douce et utile. »

Comme il manquait de cavalerie, il revint à Éphèse, et enjoignit à tous les habitants un peu aisés de lui fournir chacun un homme et un cheval, à condition d'être personnellement exempts du service. Par ce moyen, il eut bientôt rassemblé un grand nombre de chevaux et de bons soldats, au lieu que ces riches citoyens n'auraient formé que de mauvaises troupes. Il disait à cette occasion qu'il avait fait comme Agamemnon, qui, pour avoir une excellente jument, [209c] dispensa un homme opulent et lâche de le suivre à l'armée.

Les commissaires chargés de la vente des dépouilles ayant, par son ordre, exposé les prisonniers tout nus, il se présenta beaucoup de monde pour acheter leurs habits ; mais personne ne voulait de ces corps blancs et délicats, qui, toujours nourris à l'ombre, n'étaient propres à rien. Agésilas, qui était présent, dit à ses soldats : «Voilà pour quelles dépouilles vous faites la guerre, et contre quels hommes vous combattez. »

Après avoir défait Tissapherne en Lydie, et passé au fil de l'épée une grande partie de ses troupes, il fit librement des courses sur le pays ennemi. Le roi de Perse lui ayant fait offrir une grande somme d'argent, s'il voulait mettre fin à la guerre, il répondit qu'il n'était qu'au pouvoir de Sparte de faire la paix; [209d] que, pour lui, il aimait mieux rendre ses soldats riches, que de s'enrichir lui-même, et qu'il croyait plus glorieux pour les Grecs d'emporter les dépouilles de leurs ennemis que de recevoir d'eux des présents.


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Mégabates, fils de Spithridate (08), jeune homme d'une grande beauté, qui se croyait fort aimé d'Agésilas, étant venu à lui pour l'embrasser, ce prince se détourna. Voyant ensuite que Mégabates n'avançait point, il demanda aux officiers qui étaient présents ce qui pouvait l'arrêter ; ils lui dirent qu'il en était lui-même la cause ; qu'après s'être refusé aux avances de ce jeune homme, la crainte l'empêcherait désormais de se rapprocher. [209e] Agésilas, après quelques moments de réflexion, leur dit : « Je ne dois pas chercher à l'attirer. J'aime mieux dompter mes propres désirs que de soumettre la ville la plus puissante, et je trouve bien plus beau de se conserver libre soi-même que d'ôter aux autres la liberté. »

Observateur rigide des lois sur tout le reste, il disait qu'une justice trop exacte envers ses amis était un prétexte pour ne pas les obliger.

On rapporte de lui une lettre par laquelle il sollicitait auprès d'Hydrius, roi de Carie, la liberté d'un de ses amis, et qui était conçue en ces termes : « Si Nicias est innocent, renvoyez-le ; s'il est coupable, faites-lui grâce à ma considération ; mais quoi qu'il en soit, rendez-lui la liberté. »

Tel était ordinairement Agésilas pour ses amis. [209f] Dans une occasion cependant, il consulta plutôt l'utilité publique que l'intérêt particulier d'un ami. Un jour qu'obligé de décamper avec précipitation , il laissait derrière un jeune homme qu'il aimait, et à qui sa maladie ne permettait pas de suivre l'armée, ce jeune homme le conjurait avec larmes de ne pas l'abandonner. Agésilas dit, en se tournant vers lui : « Qu'il est difficile d'être à la fois compatissant et sage ! »


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Il menait le même genre de vie que les simples soldats. Il ne se permettait jamais le moindre excès dans le boire ni dans le manger ; loin de se laisser maîtriser par le sommeil, il le subordonnait toujours aux affaires. [210a] Il supportait si facilement le froid et le chaud, qu'il était le seul pour qui toutes les saisons de l'année fussent égales. Il plaçait toujours sa tente au milieu des soldats, et n'avait pas un meilleur lit qu'eux.

Il avait coutume de dire qu'un prince devait se distinguer de ses sujets, non par le luxe et la mollesse, mais parle courage et la patience à supporter les travaux.

Quelqu'un lui demandait quel bien les lois de Lycurgue avaient procuré à Lacédémone : « Elles lui ont appris, répondit-il, à mépriser les plaisirs. »

Il dit à un étranger qui lui témoignait sa surprise de ce que lui et tous les Spartiates étaient vêtus et nourris si simplement : « Le fruit que nous recueillons de ce genre de vie est la liberté. »

[210b] Un autre l'exhortait à se relâcher un peu de cette vie austère, en lui disant que la fortune ne lui laisserait peut-être pas à l'avenir le temps de le faire. « Je m'accoutume, lui dit Agésilas, à n'avoir jamais besoin, quoi qu'il m'arrive, d'y rien changer. »

La vieillesse même ne lui fit rien diminuer de ce régime sévère ; et comme on lui demandait un jour pourquoi, à son âge, et par le froid le plus rigoureux, il allait sans tunique. « C'est, répondit-il, afin que les jeunes gens suivent l'exemple que leur donnent les vieillards et les magistrats. »

Il traversait avec son armée les terres des Thasiens (09), qui lui envoyèrent de la farine, des oies, de la pâtisserie, [210c] d'autres mets recherchés et des vins choisis. Il n'accepta que la farine, et ordonna aux députés de remporter tout


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le reste, qui lui était absolument inutile. Les Thasiens lui ayant fait de vives instances pour l'engager à tout accepter, il y consentit, et le fit sur-le-champ distribuer aux Ilotes. Comme ils lui en demandèrent la raison, il leur répondit : « Les hommes qui font profession de vertu ne doivent point se permettre ces raffinements de bonne chère ; ce qui attire des esclaves n'est point fait pour des hommes libres. »

Les Thasiens, pour reconnaître les grands services qu'il leur avait rendus, lui décernèrent les honneurs divins, [210d] et lui envoyèrent une députation pour lui en faire part. Lorsqu'il eut lu les décrets qui contenaient ces témoignages de leur reconnaissance, il demanda aux députés si leur patrie avait le pouvoir de déifier les hommes. Sur leur réponse affirmative, il leur dit : « Commencez par en faire usage pour vous-mêmes, et alors je croirai que vous pouvez aussi faire de moi un dieu. »

Les colonies grecques d'Asie avaient arrêté, par des décrets publics, qu'on lui érigerait des statues dans leurs principales villes. Quand Agésilas le sut, il leur écrivit : « Ne faites de moi aucun portrait, aucune image, ni aucune statue (10). »

Il vit en Asie une maison dont le plancher était fait avec des poutres carrées. Il demanda au maître si, [210e] dans son pays, les arbres avaient naturellement cette forme. Il lui répondit qu'ils étaient ronds. « Eh quoi ! lui dit Agésilas, s'ils naissaient carrés, les arrondiriez-vous pour les employer (11)? »

On lui demandait un jour jusqu'où s'étendaient les bornes de la Laconie : « Jusqu'où ce fer peut atteindre, » répondit-il en branlant sa lance.


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Quelqu'un lui témoignait sa surprise de ce que Sparte n'avait point de murailles : « Voilà, dit-il en montrant les citoyens armés, voilà les murailles de Lacédémone. »

Il répondit une autre fois à la même question : « Les villes ne doivent pas avoir pour défense des pierres et du bois, mais la valeur des habitants. »

Il exhortait ses amis à faire consister leurs richesses, non dans l'argent, mais dans le courage et la vertu.

[210f] Lorsqu'il voulait hâter les travaux des soldats, il mettait le premier la main à l'ouvrage, à la vue de tout le monde. Il mettait sa gloire à ne le céder à personne pour le travail, et à être plus maître de soi-même que de ses sujets.

Quelqu'un voyant un Lacédémonien boiteux prêt à partir pour une expédition, cherchait pour lui un cheval. « Ne savez-vous point, lui dit Agésilas, qu'il ne faut pas à la guerre des gens qui fuient, mais qui tiennent ferme dans leur poste ? »

Il répondit à ceux qui lui demandaient comment il avait acquis une si grande gloire : « En méprisant la mort. »

On lui demandait pourquoi les Spartiates marchaient à l'ennemi au son des instruments : [211a] « C'est, dit-il, afin qu'en les faisant marcher en cadence, on puisse distinguer les timides et les braves. »

Quelqu'un vantait devant lui le bonheur du roi de Perse, qui était encore fort jeune : « Priam, à son âge, dit Agésilas, n'avait pas encore été malheureux. »

Après avoir soumis une grande partie de l'Asie, il résolut de marcher contre le roi de Perse lui-même, et de troubler un repos dont ce prince abusait pour corrompre les orateurs de la Grèce. Mais, rappelé par les éphores à la défense de Sparte, menacée par les autres peuples de la Grèce qu'excitait l'argent du roi de Perse (12),


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il dit [211b] qu'un bon prince (levait obéir aux lois; et il partit aussitôt de l'Asie, emportant les regrets de toutes les colonies grecques qui y étaient établies.

Comme la monnaie des Perses avait pour empreinte un archer, il dit, en décampant, qu'il était chassé de l'Asie par trente mille archers du roi de Perse. En effet, ce prince avait envoyé, par Timocrate, un pareil nombre de dariques(13) à Thèbes et à Athènes, pour être distribuées aux orateurs, qui, à ce prix, engagèrent les autres Grecs à déclarer la guerre aux Spartiates.

Voici la lettre qu'Agésilas écrivit à cette occasion aux éphores : « Agésilas aux éphores, salut.

« Nous avons soumis une grande partie de l'Asie, mis en fuite les Barbares, et fait [211c] dans l'Ionie de grands préparatifs de guerre. Mais puisque vous m'ordonnez de me rendre à Sparte à jour marqué, je suivrai de près ma lettre ; je voudrais même pouvoir la prévenir. Je commande, non pour moi-même, mais pour ma patrie et pour ses alliés. Un général ne l'est véritablement, et avec justice, que lorsqu'il agit sous la dépendance des lois, des éphores, et de tous les autres magistrats. »

Lorsque après le passage de l'Hellespont, il eut à traverser la Thrace, il ne voulut point en demander la permission à ces peuples barbares ; il leur fit dire seulement s'ils voulaient qu'il passât sur leurs terres en ami ou en ennemi. Ils lui laissèrent tous le passage libre, et l'accompagnèrent même, par honneur, sur leur territoire,


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à l'exception de ceux de la Troade (14), a qui Xerxès avait, dit-on, acheté le droit de traverser leur pays, et qui demandèrent à Agésilas cent talents d'argent (15) et autant de femmes. Agésilas leur répondit en se moquant d'eux : [211d] «Que ne venez-vous tout de suite les chercher?» En même temps il marche contre eux, leur livre bataille, les met en fuite, et, après leur avoir tué beaucoup de monde, il continue sa route.

Le roi de Macédoine (16), à qui il fit faire la même demande qu'aux peuples de la Thrace, répondit qu'il en délibérerait. « Qu'il délibère à son aise, dit Agésilas ; en attendant, nous passerons. » Le roi, surpris de sa fierté, et n'osant se mesurer avec lui, le laissa passer librement.

Il ravagea les terres des Thessaliens, alliés des ennemis de Sparte, [211e] et députa à Larisse Xénoclès et Scytha, pour proposer aux habitants de faire alliance avec les Lacédémoniens. Ceux de Larisse se saisirent des députés, et les mirent en prison. Toute l'armée, pleine d'indignation, voulait qu'Agésilas mît le siége devant la ville. Il répondit qu'il ne s'exposerait pas, pour la conquête même de toute la Thessalie, à perdre un seul de ces députés (17); et il négocia pour qu'on les lui rendît tous les deux.

Lorsqu'il apprit que, dans une bataille donnée auprès de Corinthe, où les Spartiates n'avaient perdu que peu de monde, il avait péri un grand nombre d'Athéniens et d'autres alliés, au lieu de se réjouir ou de tirer avantage de cette victoire, [211f] il dit en poussant un profond soupir : « Malheureuse Grèce, qui vient de faire périr de ses pro-


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pres mains ce qui suffirait de soldats pour soumettre tous les Barbares ! »

Pressé par la cavalerie pharsalienne, qui incommodait fort son armée, il l'attaqua avec cinq cents chevaux, et la mit en déroute. Il fît élever au pied du mont Narthacium (18) un trophée pour cette victoire, qu'il préférait à toutes celles qu'il avait remportées jusqu'alors, parce qu'avec sa cavalerie seule il avait vaincu la nation qui avait le plus de confiance dans la sienne.

[212a] Diphridas étant venu de Sparte lui porter l'ordre d'entrer à l'heure même en Béotie, il obéit, quoiqu'il eût remis à faire cette expédition en un autre temps, et avec des troupes plus nombreuses. Il fit donc venir vingt mille hommes de l'armée qui campait auprès de Corinthe, entra dans la Béotie, attaqua près de Coronée les armées réunies d'Athènes, de Thèbes, d'Argos, de Corinthe et de Locres, et remporta la victoire. Il reçut plusieurs blessures dans ce combat, l'un des plus mémorables de ce temps-là, au témoignage de Xénophon (19) .

Lorsqu'il fut de retour à Sparte, tant de succès et de victoires ne lui firent rien changer à sa manière de vivre.

Comme il vit que quelques citoyens tiraient vanité des chevaux [212b] qu'ils entretenaient, il engagea Cynisca, sa sœur, à monter sur un char, pour aller disputer le prix de la course aux jeux olympiques. Il voulait montrer aux Grecs que ces combats ne prouvaient aucune valeur, mais seulement de l'opulence.

Il avait attiré auprès de lui le sage Xénophon, pour qui il avait la plus grande estime. Il le détermina à faire venir ses enfants à Lacédémone, pour y être élevés, et y ap-


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prendre la plus belle des sciences, celle d'obéir et de commander.

On lui demandait un jour pourquoi les Spartiates étaient [212c] les plus heureux de tous les peuples : « C'est, répondit-il, parce qu'ils s'exercent plus que tous les autres peuples à la science d'obéir et de commander. »

Après la mort de Lysandre, Agésilas, qui savait que cet homme ambitieux, à son retour d'Asie, avait formé contre lui une faction considérable, résolut de le démasquer et de le faire connaître tel qu'il avait été pendant sa vie.

Il avait trouvé chez lui une harangue que Cléon d'Halicarnasse (20) avait composée, qui devait être prononcée devant le peuple par Lysandre, et dont le but était de changer la constitution actuelle de Lacédémone. Agésilas voulait la lire en pleine assemblée ; mais un des anciens à qui il l'avait communiquée, craignant que l'art avec lequel elle était écrite ne fît impression sur les esprits, lui conseilla de ne pas troubler les cendres de Lysandre, [212d] et d'ensevelir plutôt ce discours avec lui. Agésilas le crut, et ne fit plus aucune démarche  (21).

Quant à ses ennemis secrets, il ne les attaqua point ouvertement ; au contraire, il en fit nommer plusieurs à des charges civiles ou militaires qui les obligeaient de l'accompagner, et prouva qu'ils s'étaient mal conduits dans l'exercice de leur pouvoir. Lorsque ensuite ils furent traduits en justice, il se rendit leur défenseur, et par ce moyen, il se les attacha si fortement, qu'il n'eut plus un seul ennemi à Lacédémone.

Quelqu'un le priait d'écrire à ses amis d'Asie, pour lui faire obtenir une chose qu'il disait juste : « Mes amis, lui dit Agésilas, n'ont pas besoin que je leur écrive pour rendre la justice. »

[212e] On lui montrait les murailles d'une ville, en lui de-


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mandant s'il ne les trouvait pas bien belles : «Assurément, dit-il, et faites bien plutôt pour des femmes que pour des hommes. »

Un Mégarien parlait fort avantageusement de sa patrie. « Mon ami, lui dit Agésilas, vos discours supposent une grande puissance (22). »

Il ne se souciait pas même de connaître ce qui faisait l'admiration des autres. Callipidas, célèbre acteur tragique, jouissait ace titre d'une grande considération dans la Grèce. La première fois qu'il vit Agésilas, il l'aborda familièrement, [212f] et se mêlant avec fierté parmi ceux de sa suite, il affectait de se montrer au prince, dans l'espérance qu'il en recevrait quelque témoignage d'estime et de bienveillance. Comme il vit qu'Agésilas ne lui disait rien : «Eh quoi! prince, lui dit-il, est-ce que vous ne me connaissez pas? est-ce que vous n'avez pas entendu parler de moi? » Agésilas lui dit, en le regardant froidement : « N' êtes-vous pas le comédien Callipidas (23)? »

[213a] Le médecin Ménécrate, à qui la guérison de plusieurs maladies désespérées avait fait donner le surnom de Jupiter, fier de ce titre, osa écrire à Agésilas en ces termes : Ménécrate-Jupiter, au roi A gésilas, salut. Agésilas, sans lire la lettre, lui récrivit sur-le-champ : Agésilas roi, à Ménécrate, santé (24).

Conon et Pharnabaze, qui commandaient l'armée navale des Perses (25), étant maîtres de la mer, assiégeaient la


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côte maritime de la Laconie, et les Athéniens fortifiaient leur ville avec l'argent que Pharnabaze leur fournissait. Alors les Lacédémoniens [213b] firent la paix avec le roi de Perse, et députèrent vers Téribase (26) un de leurs concitoyens nommé Antalcidas, chargé de remettre sous la puissance de ce général les villes grecques d'Asie, pour la défense desquelles Agésilas avait tant combattu : démarche honteuse dont le blâme ne peut retomber sur ce prince. C'était Antalcidas qui, ennemi déclaré de ce grand homme, voulait la paix à quelque prix que ce fût, parce que la guerre augmentait beaucoup le crédit et la gloire d'Agésilas. Quelqu'un ayant dit à cette occasion que les Lacédémoniens persisaient, il répondit que c'était plutôt les Perses qui laconisaient (27).

Interrogé quelle vertu il croyait préférable, de la force ou de la justice, il répondit [213c] que la force, sans la justice, était inutile, et que si tous les hommes étaient justes, on n'aurait pas besoin de force.

Les Grecs d'Asie avaient coutume d'appeler le roi de Perse, le grand roi : « Comment, dit Agésilas, est-il plus grand que moi, s'il n'est ni plus juste, ni plus sage? »

Il disait de ces mêmes Grecs, qu'ils ne savaient pas être libres, mais qu'ils étaient de bons esclaves.


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Quelqu'un lui demandait quel était le plus sûr moyen de se faire estimer : « C'est, répondit-il, de dire et de faire ce qu'il y a de meilleur. »

Il disait qu'un général devait être plein d'audace contre ses ennemis, et de bienveillance pour ses soldats.

On lui demandait ce qu'il fallait enseigner aux enfants : [213d] « Les choses, dit-il, dont ils feront usage quand ils seront hommes. »

Dans un procès dont il était juge, l'accusateur avait très bien parlé, et l'accusé, qui se défendait mal, répétait à tout moment : « Agésilas, il faut que le prince vienne au secours des lois. Eh quoi ! lui dit Agésilas, si on avait abattu votre maison, ou qu'on vous eût enlevé votre habit, attendriez-vous que votre architecte ou votre tailleur vinssent à votre secours (28) ? »

Quand la paix eut été conclue, Artaxerxés écrivit à Agésilas une lettre qui lui fut remise par un Perse venu à Sparte avec le Lacédémonien Callias, et dans laquelle ce prince lui offrait son amitié. Agésilas ne voulut pas recevoir la lettre, et chargea l'envoyé de dire à son roi [213e] qu'il n'avait pas besoin de lui écrire en particulier ; que s'il était dans des dispositions favorables pour Sparte et pour la Grèce, Agésilas serait le meilleur de ses amis : « Mais, ajouta-t-il, si je découvre qu'il ait de mauvais desseins contre nous, qu'il ne se flatte pas de m'avoir jamais pour ami, quand il m'accablerait de ses lettres. »

Il aimait si tendrement ses enfants, qu'il partageait leurs amusements, et allait avec eux à cheval sur un bâton. Un de ses amis l'ayant surpris dans cette posture, il lui dit de n'en parler à personne, avant d'être lui-même devenu père.

Il était presque toujours en guerre avec les Thébains ;


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et comme il fut blessé dans un de ces combats, Antalcidas lui dit : [213f] « Vous recevez un beau salaire des Thébains, pour leur avoir appris malgré eux à faire la guerre. » En effet, on prétend que les Thébains ne furent jamais plus belliqueux que dans ce temps-là, à cause des fréquentes expéditions des Lacédémoniens contre eux. Aussi l'ancien Lycurgue avait-il défendu par ses lois qu'on fit souvent la guerre aux mêmes ennemis, de peur qu'on ne leur apprît à la faire.

Agésilas ayant su que les alliés de Sparte trouvaient mauvais que dans toutes les expéditions ils fussent obligés de marcher sous les ordres des Lacédémoniens, [214a] beaucoup moins nombreux qu'eux, il voulut les convaincre que le nombre des Spartiates était bien plus grand qu'ils ne croyaient. Il fil mettre d'un côté tous les alliés pêle-mêle, et de l'autre, les seuls Lacédémoniens. Ensuite il dit au héraut de faire lever d'abord les potiers de terre, puis les forgerons, après eux les architectes et les maçons, et ainsi de suite tous les autres artisans. Les alliés se levèrent presque tous, et il ne se leva pas un seul Lacédémonien, car les lois leur défendaient d'exercer aucun art mécanique. Alors Agésilas dit en souriant aux alliés : [214b] « Vous voyez combien nous fournissons plus de soldats que vous. »

Après la bataille de Leuctres, un grand nombre de Lacédémoniens qui avaient pris la fuite devaient, selon les lois, être déclarés infâmes. Les éphores voyant que si on les punissait à la rigueur, la ville n'aurait plus de soldats, et elle en avait le plus grand besoin, cherchaient un expédient pour abolir la peine d'infamie, sans cependant porter ouvertement atteinte aux lois. Ils chargèrent Agésilas de faire à ce sujet telle loi qu'il jugerait à propos. Il se rendit donc sur la place publique, où il parla ainsi : « Je
ne ferai point de nouvelles lois, et je me garderai bien de rien changer, ni ajouter ou retrancher aux anciennes.


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J'ordonne donc qu'à compter de demain, toutes nos lois soient en vigueur. »

[214c] Épaminondas, à la tête des Thébains et des alliés enflés de leur victoire, venait, comme un orage terrible, fondre sur Lacédémone. Agésilas, qui n'avait avec lui que très peu de monde, l'empêcha d'entrer dans la ville, et le força même de s'éloigner.

A la bataille de Mantinée, il conseilla aux Lacédémoniens de négliger tous les autres combattants, pour s'attacher au seul Épaminondas. Il disait à cette occasion qu'il n'y avait de véritablement braves que les gens prudents; qu'eux seuls décidaient de la victoire. « Si donc, ajoutait-il, nous faisons périr Épaminondas, nous serons facilement maîtres des autres, qui n'ont ni bon sens, ni prudence. » L'événement justifia sa précaution, car au moment qu' Épaminondas, déjà vainqueur, mettait en fuite les ennemis, [214d] et se retournait pour rappeler les siens, un Spartiate le frappa d'un coup mortel. Les troupes d'Agésilas le voyant blessé, revinrent à la charge, et les Thébains ne se défendirent plus avec la même ardeur, tandis que les Spartiates redoublèrent de courage ; et la victoire demeura indécise.

Lacédémone manquait d'argent pour payer les troupes étrangères qu'elle avait à sa solde. Agésilas, que le roi d'Egypte appelait à son secours (29), s'engagea au service de ce prince, moyennant une somme dont ils convinrent. La simplicité de son habillement le fit mépriser des Égyptiens. Ces peuples, qui avaient des rois l'idée la plus fausse, s'attendaient à voir le roi de Sparte [214e] aussi magnifiquement vêtu que celui de Perse. Mais Agésilas leur fit bientôt voir que c'est dans la prudence et le courage que consistent la gloire et la puissance. Il s'était aperçu que les troupes qu'il devait commander étaient effrayées de


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leur petit nombre, et de la multitude des ennemis, dont l'armée montait à deux cent mille hommes. Il s'avisa donc, avant le combat, d'une ruse secrète, pour relever leur courage. Il écrivit sur sa main gauche le mot victoire: ensuite, ayant pris [214f] des mains du prêtre le foie de la victime, il le mit dans sa main, et affectant un air rêveur et pensif, il l'y tint assez longtemps pour que les caractères tracés dans sa main pussent s'imprimer sur le foie. Alors il le montre à ses soldats, et leur dit que c'est un présage assuré que les dieux leur donnent de la victoire. Les troupes ne doutent plus du succès, et remplies de confiance, ne demandent qu'à combattre. Les ennemis se voyant très supérieurs en nombre, travaillèrent à enfermer le camp des Égyptiens. Nectabanis (c'était le roi d'Egypte) voulait sortir des lignes pour livrer la bataille. Agésilas lui dit qu'il n'avait garde de s'opposer à l'égalité que les ennemis allaient mettre entre les deux armées. [215a] Lorsque les deux bouts du retranchement furent près d'être joints, il rangea ses troupes en bataille vis-à-vis l'ouverture qui restait encore; et par ce moyen, combattant à nombre égal, il mit en fuite, avec le peu de monde qu'il avait, celte armée si nombreuse, en fit un grand carnage, et envoya à Lacédémone des sommes considérables.

Il tomba malade dans son voyage d'Égypte à Lacédémone ; et comme il était sur le point de mourir, il pria ses amis de ne lui ériger aucune statue, ni aucune espèce de monument : « Car, ajouta-t-il, si j'ai fait de belles actions, elles me serviront de trophée ; autrement, toutes les statues, ouvrages de la main des hommes, ne sauraient éterniser ma mémoire. »

AGÉSIPOLIS.

[215b] Agésipolis, fils de Cléombrote, dit, en apprenant que Philippe avait en peu de temps pris et détruit la ville d'O-


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lynthe : « Il ne pourrait en plusieurs années en rebâtir une pareille. »

Quelqu'un lui reprochait qu'étant déjà roi, il avait été donné en otage avec plusieurs autres jeunes gens, au lieu de leurs enfants et de leurs femmes. « Cela était juste, répondit-il ; les fautes doivent être expiées par ceux qui les ont commises (30). »

Il voulait faire venir des chiens de Sparte ; et quelqu'un lui ayant dit qu'on n'en laissait pas sortir de la ville, il répondit : « Les hommes n'en sortaient pas non plus autrefois, et ils le font aujourd'hui (31). »

AGÉSIPOLIS, fils de Pausanias.

[215c] Agésipolis, fils de Pausanias, sur l'offre que les Athéniens lui faisaient de prendre les Mégariens pour arbitres de leurs différends, leur répondit : « Il serait honteux Athéniens, que deux peuples qui commandent au reste de la Grèce connussent moins ce qui est juste que des Mégariens. »

AGIS, fils d'Archidamus.

Agis, fils d'Archidamus, reçut ordre des éphores de prendre avec lui un certain nombre de jeunes citoyens, et de suivre un homme qui avait promis de les introduire dans la citadelle de sa ville. [215d] « Est-il prudent, leur dit Agis, de confier un si grand nombre de jeunes gens à quelqu'un qui trahit sa patrie? »

On lui demandait à quelle science les Lacédémoniens s'appliquaient davantage : « A celle d'obéir et de commander, »
répondit-il.

Il disait que les Spartiates ne s'informaient pas si leurs


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ennemis étaient nombreux, mais seulement où ils étaient.

A Mantinée, comme on voulait l'empêcher de combattre, parce que les ennemis étaient trop supérieurs en nombre : « Il faut bien, dit-il, que celui qui veut commander à tout un peuple soit en état de combattre contre des ennemis nombreux. »

Quelqu'un lui demandait un jour si les Lacédémoniens étaient bien nombreux : « Assez, répondit-il, pour contenir les méchants. »

Il faisait le tour de la ville de Corinthe ; et considérant la hauteur, l'étendue et la force de ses murailles : « Quelles sont, dit-il, les femmes qui habitent dans cette enceinte? »

[215e] Un sophiste disait qu'il n'y avait rien de meilleur que la parole : « Tu ne vaux donc rien, lui dit Agis, quand tu ne parles pas? »

Les Argiens, après avoir été battus, revenaient fièrement au combat, et la plupart des alliés en paraissaient troublés : « Mes amis, leur dit Agis, si nous qui venons de vaincre, nous éprouvons des sentiments de crainte, que doivent faire ceux que nous avons battus? »

Un député d'Abdère, après l'avoir entretenu fort longuement, lui demanda ce qu'il le chargeait de rapporter à ses concitoyens. « Dites-leur, répondit Agis, que tant qu'il vous a plu de parler, je vous ai écouté dansée plus grand silence. »

On louait devant lui les Éléens de ce qu'ils observaient la plus exacte justice dans les jeux olympiques. [215f] « Quelle merveille, dit Agis, si dans l'espace de cinq ans, ils sont justes une seule fois ! »

Quelqu'un lui disait que des gens d'une famille étrangère lui portaient envie. « Eh bien ! dit Agis, outre leurs maux personnels, ils auront encore à souffrir du bien qui m'arrivera à moi et à mes amis. »


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Un de ses officiers lui conseillait de laisser un libre passage aux ennemis qui fuyaient. « Comment, lui dit-il, pourrons-nous combattre ceux qui nous résisteront avec courage, si nous n'attaquons pas ceux à qui leur lâcheté fait prendre la fuite? »

[216a] Un citoyen proposait pour la liberté de la Grèce des moyens généreux, à la vérité, mais d'une exécution très difficile. « Vos conseils, lui dit Agis, supposent beaucoup de pouvoir et d'argent. »

On lui disait que Philippe fermerait aux Spartiates l'entrée de la Grèce. «Il nous suffît, répondit-il, de notre territoire. ».

Un député de Périnthe, qui était venu à Lacédémone, tit un très long discours. Lorsqu'il eut fini de parler, il demanda quelle réponse il rendrait aux Périnthiens. « Rien autre chose, lui dit Agis, sinon que tu as eu bien de la peine à finir, et. que je n'ai rien répondu. »

Il fut envoyé seul, en qualité d'ambassadeur, vers le roi Philippe, et ce prince lui, ayant dit : [216b] « Quoi! vous venez seul? —Oui, lui répondit Agis, seul vers un seul.»

Un vieillard de Lacédémone, qui voyait que les anciennes lois avaient perdu de leur vigueur, et que des usages pernicieux en prenaient la place, disait à Agis, déjà vieux, que tout était renversé dans Sparte. «Si cela est, lui dit Agis en badinant, il faut que cette révolution soit naturelle» J'étais encore enfant, que j'entendais dire à mon père qu'à Sparte tout était bouleversé, et son père lui en avait dit autant dans son enfance. Il n'est donc pas étonnant que les choses aillent toujours de mal en pis; ce qui le serait, c'est qu'elles devinssent meilleures ou qu'elles se maintinssent dans le même état. »

[216c] On lui demandait comment on pouvait se conserver libre : « En méprisant la mort, répondit-il. »

AGIS LE JEUNE.

Agis le jeune entendait dire à l'orateur Démade que


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les épées des Lacédémoniens étaient si courtes, que les joueurs de gobelets les escamotaient sans peine. « C'est pourtant avec nos épées, lui dit Agis, que nous atteignons nos ennemis. »

Un méchant homme lui demandait souvent quel était le meilleur |d'entre les Spartiates : « C'est, lui dit-il un jour, celui qui te ressemble le moins. »

AGIS, DERNIER ROI DE SPARTE (32).

Agis, le dernier roi de Lacédémone, s'était laissé prendre à une embuscade. Les éphores le condamnèrent à mort, [216d] sans vouloir seulement l'entendre. Comme on le menait au supplice, il vit un des exécuteurs qui pleurait. « Mon ami, lui dit Agis, ne pleure pas sur moi; condamné injustement, je suis plus heureux que ceux qui me font mourir. » En disant ces mots, il présenta son cou au lacet.

ACROTATUS.

Acrotatus, après avoir résisté quelque temps à ses parents, qui exigeaient de lui une chose injuste et lui faisaient les plus vives instances, leur parla ainsi : « Tant que j'ai été auprès de vous, je n'ai eu aucune idée de la justice. Maintenant que vous m'avez remis entre les mains de la patrie et des lois, et que vous avez fait tout ce qui était en vous pour m'instruire dans la justice et l'honnêteté, je dois obéir à ces vertus plus qu'à vous-mêmes. [216e] Puisque vous désirez que je pratique ce qui est mieux, et que rien n'est meilleur pour tout homme, et à plus forte raison pour un prince, que de suivre la justice, j'aurai moins d'égard à ce que vous me dites qu'à ce que vous voulez. »


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ALCAMÈNE, FILS DE TÉLÉCLUS.

On demandait à Alcamène, fils de Téléclus, quel était pour un prince le plus sûr moyen de conserver son royaume : « C'est, répondit-il, de se mettre au-dessus d'un vil intérêt. »

Un autre lui demandait pourquoi il n'avait pas reçu les présents des Messéniens : « C'est, répondit-il, que si je les avais acceptés, je n'aurais pu vivre en 'paix avec les lois. »

Quelqu'un lui disait qu'il vivait bien frugalement pour la fortune qu'il avait. [216f] « Quelque riche qu'on soit, répondit-il, il est beau de vivre d'après ce que la raison prescrit, et non d'après ses désirs. »

ANAXANDRIDAS.

Anaxandridas, fils de Léon , disait à un homme qui supportait avec peine son exil : «Mon ami, il ne faut pas s'affliger d'être éloigné de sa patrie, mais de l'être de la justice. »

Un étranger parlait aux éphores sur un sujet intéressant, mais il le faisait trop longuement : « Mon ami, lui dit Anaxandridas, vous employez sans nécessité une chose nécessaire. »

On lui demandait pourquoi les Lacédémoniens faisaient labourer leurs terres par les Ilotes, au lieu de les cultiver eux-mêmes. [217a] « Nous les avons, répondit-il, non pour avoir soin d'eux, mais pour pouvoir nous soigner nous-mêmes (33) . »

Quelqu'un lui disait que l'estime publique était à charge, et que celui qui n'en faisait aucun cas était heureux. « A


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votre compte, lui dit Anaxandridas, les scélérats seront heureux, car un sacrilège, un malfaiteur, ne font aucun cas de l'estime publique. »

Un autre lui demandait pourquoi les Spartiates, dans les combats, s'exposaient si courageusement aux dangers. « C'est, répondit-il, que quoiqu'ils estiment la vie, ils ne craignent pas, comme les autres, de la perdre. »

On lui demandait pour quelle raison, dans les causes capitales, les sénateurs employaient plusieurs jours à discuter l'affaire, et que l'accusé, lors même qu'il était absous, restait toujours sous la main de la justice. [217b] « Les juges, répondit-il, discutent l'affaire pendant plusieurs jours, parce que, dans les jugements à mort, l'erreur est sans remède ; mais l'accusé reste toujours sous le pouvoir des lois, parce qu'elles permettent de revenir sur le jugement et de le réformer. »

ANAXANDRE.

On demandait à Anaxandre, fils d'Eurycrate, pourquoi les Spartiates n'avaient pas de trésor public : « C'est, dit-il, de peur que ceux qui seraient préposés à sa garde ne fussent exposés à se corrompre. »

ANAXILAS.

Quelqu'un lui témoignait sa surprise de ce que les éphores ne se levaient pas [217c] devant les rois, par qui ils étaient établis. « C'est, dit-il, par la raison qu'ils sont éphores (34).»

ANDROCLIDAS.

Androclidas, tout estropié qu'il était, se présenta pour être enrôlé. Et comme on ne voulait pas l'inscrire, à cause de ce défaut naturel : « Il ne faut pas, dit-il, pour com


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battre, un homme qui fuie, mais qui tienne ferme contre les ennemis. »

ANTALCIDAS.

Lorsque Antalcidas se faisait initier aux mystères de Samothrace, le prêtre lui demanda quel était le plus grand crime qu'il eût fait dans sa vie. « Si j'en ai commis quelqu'un, répondit-il, les dieux le savent (35). »

[217d] Un Athénien traitait devant lui les Spartiates d'ignorants. « Nous sommes donc les seuls, lui dit Antalcidas, à qui vous n'ayez pu rien apprendre de mal. »

Un autre Athénien lui disait que les Lacédémoniens avaient été souvent repoussés loin du Céphise. « Pour nous, repartit Antalcidas, nous ne vous avons jamais chassés des bords de l'Eurotas. »

Quelqu'un lui demandait comment on réussirait à se faire aimer des hommes : « En leur tenant les discours les plus agréables, répondit-il, et en leur rendant les services, les plus utiles. »

Un sophiste annonça qu'il allait faire le panégyrique d'Hercule. « Eh ! qui pense à le blâmer? » lui dit Antalcidas.

Agésilas ayant été blessé dans un combat contre les Thébains, Antalcidas lui dit : « Vous avez été bien payé d'avoir voulu leur apprendre malgré eux à faire la guerre.»


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[217e] En effet, on croyait qu'Agésilas, par ses fréquentes expéditions contre eux, les avait beaucoup aguerris.

Il disait que Sparte avait pour remparts ses jeunes gens, et pour bornes de son territoire le fer de leurs piques.

On lui demandait pourquoi les Lacédémoniens avaient des épées si courtes : « C'est, répondit-il, parce que nous combattons de près l'ennemi. »

ANTIOCHUS L'ÉPHORE.

Antiochus l'éphore, apprenant que Philippe avait adjugé aux Messéniens les terres qui étaient en litige entre eux et les Spartiates, demanda s'il leur avait donné aussi la force de les défendre contre ceux qui viendraient les attaquer.

ARIGÉE.

[217f] Arigée entendait des Spartiates louer d'autres femmes que les leurs. «Il ne faut point, leur dit-il, parler légèrement sur le compte des femmes belles et honnêtes ; car leur beauté et leur vertu doivent être inconnues à tout autre qu'à leurs maris. »

En traversant la ville de Sélinonte en Sicile, il vit sur un monument l'inscription suivante :

Tandis qu'ils éteignaient l'ardente tyrannie,
Aux pieds de Sélinonte ils perdirent la vie.

«Vous méritiez de mourir, dit-il, pour avoir voulu éteindre les feux de la tyrannie, au lieu de la laisser se consumer dans les flammes. »

ARISTON.

[218a] Quelqu'un louait devant Ariston ce mot de Cléomène, qui, interrogé quel était le devoir d'un bon roi, avait répondu qu'il devait faire du bien à ses amis et du mal à ses ennemis. « Mon ami, dit Ariston, il serait bien plus beau de faire du bien à ses amis et de gagner l'amitié de


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ses ennemis. » Au reste, l'opinion générale est que Socrate a, le 'premier, proféré cette belle maxime.

On demandait à Ariston si les Spartiates étaient bien nombreux : « Assez, répondit-il, pour repousser leurs ennemis. »

Un Athénien faisait l'éloge funèbre de ceux de ses concitoyens qui avaient péri dans la guerre contre les Lacédémoniens. [218b] « Que pensez-vous, dit Ariston, que soient nos soldats, qui ont vaincu de pareils hommes? »

ARCHIDAMIDAS.

Archidamidas entendait louer le roi Charilaüs (36) sur la douceur dont il était envers tout le monde. « Comment. dit-il, peut-on louer à jus'te titre un homme qui est doux même envers les méchants? »

Quelqu'un blâmait devant lui le sophiste Hécatée, qui, admis an banquet public de Lacédémone, y gardait un profond silence. « Ignorez-vous, lui dit Archidamidas, que celui qui sait parler sait aussi le temps où il doit le faire ? »

ARCHlDAMUS.

[218c] On demandait à Archidamus, fils de Zeuxidamus, quels étaient ceux qui commandaient à Sparte : « Ce sont les lois, dit-il, et les magistrats d'après elles. »

Quelqu'un louait devant lui un joueur de flûte, et faisait le plus grand cas de son talent. « Mon ami, lui dit Archidamus, quelle estime réservez-vous aux gens de bien, vous qui louez si fort un musicien? »

Un autre lui recommandait un musicien dont il louait fort le talent. « Nous avons chez nous, dit-il, un fort bon cuisinier. » Il montrait par là qu'il ne mettait aucune différence entre les plaisirs qui n'affectent que les sens.

On lui offrait un jour du très bon vin. « Pourquoi


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faire? dit-il; nous en boirons davantage, et il affaiblira nos forces. »

[218d] Pendant qu'il campait auprès de Corinthe, il vit sortir des lièvres d'un endroit voisin des murailles de la ville. « Compagnons, dit-il aux soldats, nous nous rendrons facilement maîtres des ennemis. »

Deux citoyens l'ayant pris pour arbitre de leurs différends, il les mena dans le temple de Minerve et leur fit jurer qu'ils s'en tiendraient au jugement qu'il allait prononcer. Lorsqu'ils en eurent fait le serment, il leur dit : « J'ordonne que vous ne sortiez point d'ici sans vous être accordés. »

Denis, tyran de Sicile, lui avait envoyé des robes de grand prix, [218e] il les refusa, en disant : « Je craindrais que mes filles ne m'en parussent moins belles. »

Un jour qu'il voyait son fils combattre avec trop d'audace contre les Athéniens, il lui dit : « Ou ajoute à ta force, ou diminue de ta témérité. »

ARCHIDAMUS, FILS D'AGÉSILAS.

Archidamus, après la bataille de Chéronée, reçut de Philippe une lettre pleine de fierté, à laquelle il répondit en ces termes : « Si vous mesurez votre ombre, vous ne la trouverez pas plus grande qu'avant votre victoire. »

On lui demandait combien les Spartiates avaient de territoire : [218f] « Autant qu'ils peuvent en atteindre avec leurs lances, » répondit-il.

Périandre, médecin habile et renommé, faisait de très mauvais vers. « Comment, lui dit Archidamus, étant aussi bon médecin, aimez-vous mieux être appelé mauvais poète? »

Lorsqu'on délibérait sur la guerre contre Philippe, quelques citoyens étaient d'avis qu'on en portât le théâtre aussi loin qu'il se pourrait de Lacédémone. « Ce n'est


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point sur cela, dit-il, qu'il faut délibérer, mais sur les moyens de nous assurer la victoire. »

[219a] Comme on le félicitait de l'avantage qu'il avait eu sur les Arcadiens, il dit qu'il serait plus glorieux d'avoir sur eux l'avantage de la prudence que celui de la force.

Lorsqu'il entra dans l'Arcadie, il apprit que les Éléens venaient pour la secourir. Il leur écrivit simplement ces mots : ARCIHDAMUS AUX ELËENS. « Le repos est une belle chose. »

 Dans la guerre du Péloponnèse, les alliés de Sparte demandaient combien il faudrait d'argent, et ils voulaient qu'on déterminât la portion que chacun aurait à fournir. « La guerre, leur dit Archidamus, ne se fait point à un prix fixe. »

Lorsqu'il vit le premier trait de batterie qu'on avait apporté de Sicile, il s'écria : « Grands dieux ! la force de l'homme devient inutile. »

Les Grecs ne voulaient pas suivre le conseil qu'il leur donnait de renoncer à leur alliance avec Antigonus et Cratère, et de se mettre en liberté. Ils craignaient que les Spartiates ne les traitassent plus durement que les Macédoniens : [219b] « La brebis, leur dit-il, n'a qu'une seule voix, mais l'homme en change souvent, jusqu'à ce qu'il vienne à bout de ce qu'il désire (37). »

ASTYCRATIDAS.

Lorsque Agis eut été battu par Antigonus, auprès de Mégalopolis, quelqu'un dit à Astycratidas : « Lacédémo-niens, qu'allez-vous faire maintenant? subirez-vous le joug des Macédoniens? — Eh quoi! repartit Astycratidas, Antigonus, par sa victoire, peut-il empêcher que nous ne mourions en combattant pour notre patrie? »


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BIAS.

[219c] Bias était tombé dans une embuscade que lui avait tendue Iphicrate, général des Athéniens. Ses soldats lui demandaient ce qu'il fallait faire. « Rien autre chose, leur dit-il, que de vous sauver, tandis que je vais mourir les armes à la main. »

BRASIDAS.

Brasidas fut mordu par une souris qu'il avait saisie en mettant la main dans un panier de figues ; il la lâche aussitôt, et dit à ceux qui étaient présents : « Voyez comment le plus petit animal peut sauver sa vie, s'il ose la défendre. »

Dans un combat, il fut blessé d'un trait qui perça son bouclier. A l'instant il arrache le trait de sa blessure, et en tue l'ennemi qui l'avait frappé. Lorsqu'on lui demandait comment il avait été blessé, il disait : « C'est mon bouclier qui m'a trahi. »

[219d] En partant pour une expédition, il écrivit aux éphores : « Je ferai tout ce que je désire, ou je mourrai. »

Il fut tué dans la guerre de Thrace, après avoir mis en liberté les Grecs qui habitaient cette contrée. Les députés envoyés à Sparte pour y annoncer sa mort, vinrent rendre visite à sa mère Argiléonis. La première question qu'elle leur fit fut si Brasidas était mort honorablement. Les députés firent le plus grand éloge de sa valeur, et dirent qu'il n'y avait pas d'aussi brave général que lui. « Vous vous trompez, leur dit-elle; Brasidas avait du courage, mais Sparte a plusieurs citoyens qui valent mieux que lui. »

DAMONIDAS.

[219e] Damonidas dit au président des jeux, qui, dans un spectacle public, l'avait mis an dernier rang : « Vous avez trouvé le moyen de rendre cette place honorable. »

DAMIS.

Alexandre avait écrit aux Spartiates de le reconnaître


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pour un dieu par un décret public. « Nous consentons, dit Damis, qu'Alexandre, puisqu'il le veut, soit appelé dieu. »

DAMINDAS.

Lorsque Philippe entra les armes à la main dans le Péloponnèse, quelqu'un dit que les Lacédémoniens avaient tout à risquer, s'ils ne faisaient la paix avec Philippe. « Homme lâche, lui dit Damindas, qu'avons-nous à craindre en méprisant la mort ? »

DERCYLLIDAS.

[219f] Dercyllidas fut député vers Pyrrhus, qui venait de faire entrer ses troupes dans la Laconie, et qui exigeait que les Lacédémoniens reçussent leur roi Cléonyme (38), avec menaces, s'ils le refusaient, de leur faire voir qu'ils n'étaient pas plus forts que les autres peuples. « Si c'est un dieu, dit Dercyllidas, nous ne le craignons pas, puisque nous n'avons fait aucune injustice; s'il n'est qu'un homme, il n'est pas plus que nous. »

DÉMARATE.

Quelqu'un témoin de la dureté avec laquelle Oronte traitait Démarate, disait à ce dernier : [220a] « Démarate, Oronte vous traite bien mal. — Il ne me fait point de tort, repartit Démarate ; ce n'est point par des paroles dures qu'on peut nous nuire, mais bien plutôt par des flatteries (39). »

On lui demandait pourquoi les Spartiates notaient d'infamie ceux qui jetaient leur bouclier, et non pas ceux qui abandonnaient leur casque ou leur cuirasse : « C'est, dit-il, qu'on porte ces deux dernières armes pour soi-même, et le bouclier pour l'intérêt général de l'armée. »


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Il dit, en entendant un musicien jouer de la flûte : « Cet homme, ce me semble, sait assez bien s'amuser. »

On lui demandait dans une assemblée si c'était par folie, ou faute d'avoir quelque chose à dire, qu'il gardait le silence. «Un fou, répondit-il, pourrait-il se taire? »

[220b] Quelqu'un lui ayant demandé pourquoi il avait été banni de Sparte, dont il était roi : « C'est, dit-il, qu'à Sparte les lois ont plus de force que les rois. »

Un Perse qui, à force de présents, avait séduit un jeune homme que Démarate aimait, lui dit qu'il avait gagné son ami. « Non , répondit Démarate, vous l'avez acheté. »

Un officier du roi de Perse, qui s'était révolté, rentra dans le devoir à la persuasion de Démarate. Le roi cependant voulait le faire mourir : « Prince, lui dit Démarate, il vous serait honteux de punir, aujourd'hui qu'il est votre ami, un homme dont vous n'avez pu vous venger lorsqu'il était votre ennemi. »

[220c] Un parasite du roi le raillait souvent sur son exil. « Mon ami, lui dit un jour Démarate, je ne puis me battre avec toi ; j'ai perdu le rang de ma vie (40). » 

ECPREPÈS.

L'éphore Ecprepès coupa les deux cordes que le musicien Phrynis avait ajoutées aux sept qui composaient la lyre, en lui disant : « Ne vas-tu pas corrompre la musique? »

ÉPENÈTE.

Épenête disait que les menteurs étaient la cause de toutes les injustices et de toutes les fautes qui se commettaient.


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EUBOIDAS.

Euboidas entendait quelqu'un louer la femme d'un autre; il l'en blâma, en lui disant [220d] qu'il ne fallait jamais s'entretenir de la femme d'autrui.

EUDAMIDAS.

Eudamidas, fils d'Archidamus et frère d'Agis, voyant dans l'Académie Xénocrate, déjà vieux, qui conversait avec ses disciples, demanda quel était ce vieillard. On lui dit que c'était un sage du nombre de ceux qui s'appliquaient à la recherche de la vertu. « Eh! quand donc en fera-t-il usage, dit Eudamidas, s'il est encore à la chercher? »

Un philosophe disait devant lui que le sage seul était bon général. « Belle maxime, dit-il ; [220e] mais celui qui la débite n'a jamais entendu le son de la trompette. »

Il entra dans l'école de Xénocrate au moment où ce philosophe finissait sa conférence. « Comment! dit quelqu'un de la suite d'Eudamidas, il cesse de parler quand nous entrons? — N'a-t-il pas raison, dit Eudamidas, s'il n'a plus rien à dire. — Cependant, reprit l'autre , nous serions bien aises de l'entendre. — Eh quoi! repartit Eudamidas, si nous arrivions chez lui après son repas, l'obligerions-nous de recommencer? »

On lui demandait pourquoi seul il était d'un avis contraire à celui de tous les Spartiates qui voulaient qu'on fit la guerre aux Macédoniens. « Je ne veux pas qu'ils attendent à être convaincus par leur propre expérience, qu'ils prennent un mauvais parti. »

Un citoyen, pour le déterminer à cette guerre, lui racontait les victoires qu'on avait remportées sur les Perses. [220f] « Conseilleriez-vous à quelqu'un, dit Eudamidas, d'attaquer cinquante loups, parce qu'il aurait vaincu cinq cents brebis? »

On lui demanda ce qu'il pensait d'en musicien qui


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avait été fort applaudi : « Il amuse beaucoup de monde avec bien peu de chose, » répondit-il.

On faisait devant lui l'éloge d'Athènes. « Comment, dit-il, peut-on justement louer une ville que personne n'a jamais aimée pour y être devenu meilleur? »

Un Argien disait que les Spartiates se corrompaient dans leurs voyages, parce qu'ils négligeaient d'y observer les lois de leur patrie. [221a] « Pour vous, lui dit Eudamidas, loin de vous corrompre à Sparte, vous y devenez meilleurs. »

Alexandre avait fait proclamer à Olympie une permission à tous les bannis de retourner dans leur pays, les Thébains seuls exceptés. « Thébains, dit Eudamidas, ce décret est rigoureux pour vous, mais il vous fait bien de l'honneur : vous êtes les seuls qu'Alexandre craigne. »

On lui demandait pourquoi les Spartiates, avant de combattre, sacrifiaient aux Muses : « Afin, répondit-il, que nos exploits soient dignement célébrés. »

EURYCRATIDAS.

Eurycratidas, fils d'Anaxandridas, interrogé pourquoi les éphores jugeaient tous les jours les affaires qui regardaient les contrats, répondit : [221b] « C'est afin qu'à la guerre même, nous observions une bonne foi mutuelle. »

ZEUXIDAMUS.

Quelqu'un demandait à Zeuxidamus pour quelle raison il n'y avait point à Sparte, sur la valeur, des lois écrites qu'on pût faire lire aux jeunes gens : « C'est, dit-il, pour les accoutumer à être plus attentifs aux actions qu'aux écrits. »

Un Étolien disait que la guerre était préférable à la paix pour ceux qui désiraient de signaler leur courage : [221c] « Non, dit Eudamidas, c'est la mort qui pour eux est meilleure que la vie. »

HÉRONDAS.

Hérondas, étant à Athènes, apprit qu'un citoyen avait


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été condamné pour cause d'oisiveté ; il demanda à voir un homme qui avait été convaincu du crime d'un homme libre (41).

THÉARIDAS.

Pendant que Théaridas aiguisait son épée, quelqu'un lui demanda si elle était bien aiguë : « Plus que la calomnie, » répondit-il.

THÉMTSTIAS.

Le devin Thémystias avait prédit au roi Léonidas qu'il mourrait aux Thermopyles avec toute son armée. Ce prince voulut l'envoyer à Sparte, [221d] sous prétexte d'y annoncer ce qui devait arriver, mais dans le fait, pour le sauver d'une mort certaine. Il refusa d'y aller, en disant qu'il était venu pour combattre, et non pour servir de courrier.

THÉOPOMPE.

On demandait à Théopompe comment un roi pouvait assurer sa puissance : « En permettant à ses amis de lui dire la vérité, et en prévenant de tout son pouvoir l'oppression de ses sujets, » répondit-il.

Un étranger disait de lui-même qu'on l'appelait dans son pays l'ami des Spartiates. « Il vaudrait mieux, lui dit Théopompe, qu'on vous appelât l'ami de vos concitoyens. »

[221e] Un député de la ville d'Élis lui disait qu'on l'avait choisi pour cette députation, parce qu'il était le seul qui vécût comme les Lacédémoniens. « Quel genre de vie est le meilleur, lui dit Théopompe, du vôtre, ou de celui des autres citoyens? — Le mien, répondit le député. — Une ville,


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reprit Théopompe, où parmi tant d'habitants, il ne se trouve qu'un seul homme de bien, pourrait-elle subsister longtemps? »

Quelqu'un disait que Sparte devait sa conservation à la capacité de ses rois pour le gouvernement. « Non, dit Théopompe, c'est à l'obéissance des citoyens. »

Il écrivit aux habitants de Pylos, qui lui avaient décerné des honneurs extraordinaires, que le temps affermissait les distinctions modérées, et détruisait celles qui étaient excessives.

THÉRYCION.

[221f] Thérycion, en retournant de Delphes à Lacédémone, vit les passages de l'isthme de Corinthe occupés par les troupes de Philippe. « Corinthiens, dit-il, le Péloponnèse a en vous de bien mauvais portiers (42). »

THECTAMÈNE.

Thectamène, condamné à mort par les éphores, allait au supplice en riant. On lui demanda s'il insultait aux lois de Sparte : « Non, répondit-il, mais je me réjouis d'avoir été condamné à une amende que je puis payer, sans la demander ni l'emprunter à personne. »

HIPPODAMUS.

[222a] Archidamus, prêt à livrer bataille, voulut envoyer à Sparte Hippodamus et Agis, pour y vaquer à quelques affaires. « Ne mourrai-je pas ici plus honorablement, lui dit Hippodamus, en combattant pour ma patrie? » Il avait plus de quatre-vingts ans. Aussitôt il prend ses armes, se place à la droite du roi, et périt glorieusement dans le combat.

HIPPOCRATIDAS.

Un satrape de Carie écrivit à Hippocratidas qu'un Spartiate qui avait su un complot contre sa personne ne l'en avait pas averti, et il lui demandait ce qu'il devait faire. « Si vous lui avez rendu quelque service signalé, lui ré-


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pondit-il, faites-le mourir; sinon, chassez-le de votre gouvernement, comme un homme que sa lâcheté rend incapable de tonte vertu. »

Un jeune homme poursuivi par quelqu'un qui l'aimait rencontra Hippocratidas, [222b] et rougit à sa vue. « Il ne faut, lui dit ce dernier, s'associer qu'à des personnes avec qui l'on puisse être vu sans changer de couleur. »

CALLICRATIDAS.

Callicratidas, qui commandait la flotte de Sparte, fut sollicité par les amis de Lysandre de leur accorder la mort d'un de leurs ennemis, moyennant cinquante talents qu'ils lui donneraient. [222c] Quoiqu'il fût très pressé d'argent pour payer ses matelots, il ne voulut point y consentir.

Cléandre, un de ses officiers, lui ayant dit : « Je l'aurais accordé, si j'eusse été Callicratidas.—Et moi aussi, répliqua-t-il, si j'avais été Cléandre. »

Il alla trouver à Sardes Cyrus le jeune, allié de Lacédémone, qui devait lui donner de quoi payer ses troupes. Le jour même de son arrivée, il fit demander audience à Cyrus; on lui répondit qu'il buvait (44). « J'attendrai, dit Callicratidas, qu'il ait fini. » Mais voyant qu'il ne lui serait pas possible de le voir ce jour-là, il s'en alla, et se fit regarder comme un homme un peu sauvage. [222d] Le lendemain , il se présenta de nouveau à l'audience, et reçut la même réponse. Enfin, Cyrus ne paraissant point, il dit qu'il fallait bien moins songer à avoir de l'argent qu'à ne rien faire d'indigne de Sparte, et il retourna à Éphèse, en faisant mille imprécations contre ceux qui les premier s'étaient exposés aux insultes des Barbares, et les avaient autorisés, pour tirer de l'argent d'eux, à traiter leurs alliés avec fierté. Il jura, en présence des assistants, qu'une fois de retour à Sparte, il ne négligerait rien pour rame-


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ner les Grecs à la concorde ; qu'alors ils se rendraient redoutables aux Barbares, au lieu d'avoir besoin de leur secours pour se détruire tes uns les autres.

Interrogé sur ce qu'il pensait des Ioniens, « Ils ne savent pas être libres, répondit-il, [222e] mais ils sont de bons esclaves (45). »

Enfin, Cyruslui ayant envoyé de l'argent pour ses troupes, et des présents pour lui en particulier, il refusa les présents, et fit dire à Cyrus qu'il ne devait y avoir entre eux d'autre liaison que celle qui lui était commune avec tous les Spartiates.

Comme il se préparait à combattre auprès d'Aryinuse, Hermon, son pilote, lui conseilla de se retirer, parce que la flotte des Athéniens était beaucoup plus nombreuse que la sienne. « N'importe, lui dit-il, ma fuite couvrirait Sparte de honte, et pourrait lui être funeste; mais il sera glorieux de rester pour mourir ou pour vaincre. » [222f] Avant la bataille, on vint lui dire que le prêtre, à l'inspection des victimes, présageait la victoire et la mort du général. Alors, sans témoigner aucun effroi, il dit simplement : « Le salut de Sparte ne tient pas à la vie d'un seul homme ; ma mort ne fera rien perdre à ma patrie ; et si je fuyais devant les ennemis, je ferais tort à sa gloire. » Il nomma Cléandre pouf lui succéder dans le commandement de la flotte, livra la bataille, et fut tué (46).

CLÉOMBROTE, FILS DE PAUSANIAS.

[223a] Cléombrote dit à un étranger qui disputait à son père la supériorité de la vertu : « Tant que vous n'aurez pas d'enfants, mon père aura du moins un avantage sur vous. »


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CLÉOMÈNE, FILS D'ANAXANDRIDAS.

Cléomène disait qu'Homère était le poète des Spartiates, et Hésiode celui des Ilotes, parce que le premier apprenait à combattre, et le second à cultiver les terres.

Il avait fait avec les Argiens une trêve de quelques jours; mais la troisième nuit, [223b] ayant su qu'ils dormaient paisiblement sur la foi de la trêve, il les attaqua, en tua un grand nombre, et fit le reste prisonnier. Quand ensuite on lui reprocha d'avoir violé son serment, il répondit qu'il n'avait compris dans la trêve que les jours, et non pas les nuits ; qu'au reste, tout le mal qu'on pouvait faire à ses ennemis était toujours juste aux yeux des dieux et des hommes. Il ne put cependant pas s'emparer d'Argos, quoique c'eût été le motif de son manque de foi.

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