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texte numérisé et mis en page par François-Dominique FOURNIER

Flavius Josèphe

ANTIQUITES JUDAÏQUES

Livre VIII

 

 

LIVRE VIII

I

1. Avènement de Salomon. — 2. Adonias demande la main d’Abisag. — 3. Salomon le condamne à mort et destitue Abiathar. — 4. Exécution de Joab. — 5. Exécution de Séméi.

1[1]. Sur David et ses vertus, le bien qu’il fit à son peuple, les guerres et les batailles qu’il soutint heureusement, sa mort dans un âge avancé, nous nous sommes étendu dans le livre précédent. Quand son fils Salomon, jeune encore[2], eut reçu la royauté, que son père lui avait attribuée dès son vivant selon la volonté de Dieu, le peuple entier l’acclama en lui souhaitant, comme il est coutume à l’avènement d’un roi, bonne réussite dans ses entreprises, et de voir son règne parvenir à une vieillesse heureuse et prospère[3].

2[4]. Adonias, qui, du vivant même de son père, avait tenté de s’emparer du pouvoir, vint trouver Bersabé, la mère du roi, et la salua avec empressement. Elle lui demanda quel besoin l’amenait chez elle et le pria de s’expliquer, affirmant qu’elle le satisferait de grand cœur. Alors il commença par lui dire qui elle savait fort bien elle-même qu’il avait droit au trône tant par son âge que par le choix du peuple, mais puisque la royauté était échue à Salomon, soit fils, par la volonté de Dieu, il aimait et se plaisait à servir sous lui, et se déclarait satisfait de sa condition présente. Toutefois il suppliait Bersabé d’intercéder pour lui auprès de son frère et de le persuader de lui accorder pour femme Abisaké, la concubine de son père : car celui-ci, en raison de sa vieillesse, n’avait pas eu commerce avec elle ; elle était donc restée vierge. Bersabé promit de lui prêter tout son concours, disant qu’elle ne doutait pas du succès, d’abord parce que le roi tiendrait à faire plaisir à son frère, ensuite parce qu’elle l’en prierait avec instance. Adonias se retira, plein d’espoir, et la mère de Salomon s’empressa aussitôt d’aller voir son fils pour l’entretenir de ce qu’elle avait promis à la prière d’ Adonias. Son tifs, étant venu à sa rencontre, l’embrassa, puis, l’ayant conduite dans l’appartement où se trouvait son trône royal, s’y assit et fit placer à sa droite un autre trône pour sa mère. Bersabé s’étant assise : « J’ai une grâce, dit-elle, à te demander mon fils : accorde-la-moi et épargne-moi le chagrin et l’ennui d’un refus. Salomon l’invite à faire connaître sa volonté, car c’était un devoir de tout accorder à une mère. Il lui reproche même doucement de n’avoir pas, dès ses premières paroles, montré la ferme confiance de voir exaucer son désir et d’avoir paru appréhender un refus ; alors Bersabé le pria de donner en mariage à son frère Adonias la vierge Abisaké.

3[5]. Le roi, violemment irrité par ce discours, congédie sa mère, et s’écrie que sûrement Adonias visait encore plus haut. Il s’étonne qu’elle ne fait pas invité à livrer encore la royauté à ce frère, en raison de son âge, alors qu’elle réclame la main d’Abisaké pour un homme qui a des amis puissants, Joab le général en chef et le prêtre Abiathar. Puis il mande Banéas, le chef des gardes du corps, et lui ordonne de mettre à mort son frère Adonias. Ensuite, ayant appelé le prêtre Abiathar : « Si tu échappes à la mort, dit-il, c’est en considération de toutes les épreuves que tu as subies aux côtés de mon père et de l’aide que tu lui as prêtée pour transporter l’arche. Mais voici le châtiment que je t’inflige, pour t’être rangé du parti d’Adonias et avoir épousé ses projets : aie garde de ne point demeurer ici, ni de te trouver jamais devant mes yeux ; mais retourne dans ton pays natal[6], vis aux champs et mène cette existence jusqu’à la mort ; ta faute t’enlève le droit de demeurer désormais à ton poste. » C’est pour ce motif que la maison d’Ithamar, selon ce que Dieu avait prédit au grand-père d’Abiathar, Éli, fut destituée de la dignité sacerdotale, laquelle passa dans la race de Phinéès, à Sadoc. Les membres de la famille de Phinéès, qui restèrent dans la vie privée à partir de l’époque on le grand pontificat avait passé à la maison d’Ithamar, et en premier lieu à Éli, furent : Boccias, fils du grand-prêtre Joseph, son fils Jotham(os), puis Maréoth(os), fils de Jotham, Arophéos, fils de Maréoth, Achitob(os), fils d’Arophéos, et Sadoc, fils d’Achitob, qui le premier devint grand-prêtre sous le roi David[7].

4[8]. Joab, le général en chef, avant appris la mort d’Adonias, entra dans une grande frayeur, car il lui était plus attaché qu’au roi Salomon[9], et, craignant non sans raison que cette amitié ne lui valût des dangers, il alla se réfugier auprès de l’autel : il s’imaginait que la piété du roi l’y laisserait en sûreté. Mais Salomon, à qui l’on était venu rapporter le dessein de Joab, lui envoya Banéas avec ordre de le faire lever et de le mener au tribunal pour s’y justifier. Joab déclara qu’il ne quitterait pas le saint lieu, et qu’il aimait mieux mourir là qu’ailleurs. Banéas avant rapporté sa réponse au roi. Salomon ordonna de lui trancher la tête sur place, comme il le désirait, et de venger ainsi les deux généraux que Joab avait injustement assassinés. Toutefois il commanda d’enterrer son corps, afin que ses crimes continuassent à jamais à peser sur sa famille, et d’autre part, que lui-même et son père fussent innocentés de la mort de Joab[10] (?). Banéas, après avoir exécuté ces ordres, est désigné lui-même comme général en chef de l’armée, et Sadoc est fait seul grand-prêtre à la place d’Abiathar, que le roi avait destitué.

5[11]. Quant à Séméi, il lui ordonna de se bâtir une maison à Jérusalem et d’y demeurer à la disposition du roi, sans avoir le droit, sous peine de la vie, de franchir le torrent de Kédron. A la gravité de la menace, il ajouta pour lui l’obligation de se lier par serment. Séméi se déclara fort satisfait des ordres de Salomon et, ayant juré de s’y conformer, quitta sa ville natale pour fixer sa demeure à Jérusalem. Cependant, trois ans plus tard, informé que deux esclaves qui s’étaient enfuis de chez lui se trouvaient à Gitta, il courut à leur poursuite. Mais quand il fut revenu avec eux, le roi apprit le fait et s’irrita de cette infraction à ses ordres et plus encore de son oubli des serments prêtés à Dieu. Alors l’ayant mandé : « N’avais-tu pas juré, dit-il, de ne pas me quitter et de ne jamais sortir de cette ville pour aller dans une autre ? Eh bien ! tu expieras ce parjure et, puisque tu t’es mal conduit, je te châtierai et de ce crime et des outrages dont tu te rendis coupable envers mon père. lors de sa fuite, afin que tu saches que les méchants ne gagnent rien à éviter le châtiment immédiat de leurs forfaits, loin de là, pendant tout le temps où leur impunité leur donne un semblant de sécurité, le châtiment ne fait que croître et devient plus grave que celui qu’ils eussent subi au moment même du crime. Et sur l’ordre du roi, Banéas mit Séméi à mort.

 

II

1. Salomon demande la sagesse à Dieu. — 2. Jugement de Salomon. — 3. administration du royaume ; sa prospérité. — 4. Train de vie de Salomon. — 5. Sa science, son savoir médical. Eléazar et les démons. — 6. Lettre de Salomon à Hiram. — 7. Réponse de Hiram. — 8. Authenticité de leur correspondance. — 9. Travaux préparatoires à la construction du Temple.

1[12]. Après avoir affermi son trône et châtié ses ennemis, Salomon épouse la fille de Pharaon (Pharaôthès), roi des Égyptiens ; il munit Jérusalem de remparts plus grands et plus forts que précédemment et gouverne dès lors dans une paix profonde, sans que sa jeunesse l’empêche de pratiquer la justice, d’observer les lois et de se souvenir des recommandations de son père mourant ; au contraire, il montra erg toute chose une parfaite exactitude de jugement, autant que des hommes avancés en âge et parvenus à la maturité de la raison. Il résolut d’aller à Gibron[13] pour y sacrifier à Dieu sur l’autel d’airain érigé par Moïse[14], et il y immola mille victimes en holocaustes. Cet acte témoignait de sa grande vénération pour Dieu. Aussi. Dieu lui apparut cette nuit-là pendant son sommeil et l’invita à lui demander le présent qu’il choisissait en récompense de sa piété. Salomon demanda à Dieu la chose la plus belle et la plus grande, ce que Dieu a le plus de plaisir à donner et l’homme le plus de profit à recevoir ; ce n’est pas l’or, ni l’argent, ni toute autre richesse, qu’il désirait, lui, un homme et un homme jeune, — bien que ce soient la, pour la plupart des gens, presque les seuls biens désirables et les seuls dons de Dieu, — mais : « Donne-moi, dit-il, Seigneur, un jugement sain et un sens droit, afin de juger le peuple selon la vérité, et la justice. » Cette prière réjouit Dieu ; tout ce que Salomon n’avait pas mentionné dans son choix, il promit de le lui accorder par surcroît : richesse, gloire, victoire sur ses ennemis, mais avant tout une intelligence et une sagesse telles que jamais il n’en échut de semblable à aucun homme, roi ou particulier. De plus, Dieu promit de conserver très longtemps la royauté à ses descendants, s’il persistait à rester juste, à lui obéir et à imiter son père dans ses vertus. Salomon, ayant entendu ces promesses de Dieu, sauta aussitôt de sa couche et se prosterna devant lui, puis il revint à Jérusalem et, après avoir immolé de nombreuses-victimes devant le tabernacle, offrit un festin à tous les siens[15].

2[16]. En ce temps-là, on lui apporta un procès épineux, dont il était malaisé de trouver la solution. Je crois devoir exposer le litige, afin que les lecteurs se rendent compte de la difficulté du cas et que, venant à se trouver dans de semblables conjonctures, ils puissent s’inspirer de la sagacité du roi pour trancher plus facilement les questions qui leur seront soumises. Deux femmes, courtisanes de leur métier, vinrent en sa présence : ligne d’elles, qui se disait victime d’une injustice, prit la parole la première : « Je demeure, ô roi, dit-elle, dans la même chambre que cette femme ; or, il nous est arrivé à toutes deux de mettre au monde le même jour, à la même fleure, un enfant mâle[17]. Le surlendemain, cette femme, s’étant endormie sur son enfant, l’étouffe ; elle prend alors le mien de mon sein, l’emporte, et pose le cadavre du sien dans mes bras durant mon sommeil. Au matin, voulant donner le sein à mon enfant, je ne le trouve point, et je m’aperçois que c’est le cadavre du sien qui est couché près de moi ; car je le reconnus après un examen attentif. Sur quoi je lui réclame mon fils, et, n’ayant pu l’obtenir, je me réfugie, seigneur, sons ta protection. Car du fait que nous étions seules et qu’elle n’appréhende point que nul témoin puisse la confondre, elle prend de l’assurance et s’obstine à nier de toute sa force. » Quand elle eut ainsi parlé, le roi demanda à l’autre femme ce qu’elle avait à répliquer. Celle-ci nia tout le fait et soutint que c’était son enfant qui vivait et celui de son adversaire qui était mort. Comme personne ne trouvait d’issue et qu’on restait là comme devant une énigme dont le mot échappait à des esprits aveuglés, seul le roi eut une idée. Il fait apporter l’enfant mort et le vivant, mande un de ses gardes du corps et lui ordonne de tirer son glaive et de couper en deux les corps des deux enfants afin que chacune des mères eut la moitié du vivant et la moitié du mort[18]. Là-dessus, tout le peuple de se moquer tout bas d’un roi aussi puéril. Mais voici que la plaignante, qui était la vraie mère, s’écria qu’il n’en fallait pas user de la sorte, mais qu’on livrât l’enfant à l’autre femme comme si c’était vraiment le sien : tout ce qu’elle demande, c’est qu’il vive et qu’elle puisse le voir, dût-il passer pour l’enfant d’une autre. L’autre femme, au contraire. se tenait prête à voir trancher l’enfant en deux et désirait en outre que sa rivale subit la torture[19]. Le roi, ayant reconnu que la parole de chacune d’elles révélait ses véritables sentiments, adjugea l’enfant à celle qui avait poussé le cri, — comme étant vraiment la mère, — et condamna la scélératesse de l’autre, qui non contente d’avoir tué son propre enfant, souhaitait de voir périr celui de sa compagne. Le peuple vit là une grande marque et un témoignage éclatant de la grandeur et de la sagesse du roi ; et de ce jour ils commencèrent à l’écouter comme s’il était rempli de l’esprit de Dieu.

3[20]. Voici les généraux et les gouverneurs qu’il institua dans tout le pays. A la tête du district d’Éphraïm fut placé Ourès[21]. La toparchie de Bethsémès se trouvait sous Diocléros[22]. Celle de Dora et la région maritime obéissaient à Abinadab(os)[23], qui avait épousé la fille de Salomon[24] ; la grande Plaine à Banéas, fils d’Achilos[25], qui gouvernait aussi toute la région jusqu’au Jourdain. La Galaditide et la Gaulanitide jusqu’au mont Liban avaient pour gouverneur Gabarès[26], qui commandait à soixante villes grandes et très fortifiées. Achinadab(os) administrait la Galilée entière jusqu’à Sidon[27] ; il avait lui aussi pour femme une fille de Salomon, nommée Basima[28]. Banacatès[29] gouvernait le littoral autour d’Aké, Saphatès[30] le mont Itabyrion (Thabor), le Carmel et la Galilée inférieure jusqu’au fleuve Jourdain : au-dessus des deux gouverneurs un chef suprême fut placé (?)[31]. A Soubéès[32] fut confié le district de Benjamin, à Gabarès[33] la Transjordanie. Et au-dessus de ces chefs, de nouveau un seul gouverneur[34] fut préposé (?)[35]. Le peuple hébreu et la tribu de Juda prirent un prodigieux accroissement, grâce aux soins donnés à l’agriculture et à l’exploitation du sol ; jouissant de la paix, n’étant distrait par aucune guerre ni aucun tracas, savourant à longs traits la liberté tant désirée, chacun pouvait se consacrer à faire prospérer et croître de valeur son patrimoine.

4. Le roi avait encore d’autres gouverneurs préposés au pays des Syriens et des gens de race étrangère[36], qui va de l’Euphrate[37] à l’Égypte, et chargés de percevoir pour lui les impôts des peuples. Ils fournissaient journellement, pour la table et la chère du roi, trente cors[38] de fleur de farine, soixante de farine ordinaire, dix bœufs engraissés, vingt bœufs de pâture et cent agneaux gras. Tout cela sans compter les bues prises à la chasse, c’est-à-dire cerfs et buffles, les volailles et les poissons, était apporté journellement an roi par les peuples de race étrangère. Salomon avait une telle quantité de chars qu’il lui fallait quarante mille mangeoires[39] pour ses chevaux d’attelage. En outre, il avait douze mille cavaliers dont la moitié étaient stationnés près du roi à Jérusalem, tandis que les autres demeuraient dispersés dans les villages royaux. Le même intendant à qui était confiée la dépense du roi fournissait aussi le nécessaire aux chevaux et le dirigeait partout où se trouvait le roi.

5[40]. Tels étaient le jugement et la sagesse dispensés par Dieu à Salomon qu’il surpassait les anciens[41], et qu’à le comparer même aux Égyptiens qu’on dit les plus intelligents du monde, non seulement sa supériorité n’était pas médiocre, mais on se convainquait qu’elle était éclatante. Il surpassa et vainquit en sagesse ceux qui en ce temps-là étaient réputés chez les Hébreux pour leur pénétration, et dont je ne veux pas omettre les noms. C’étaient Athan(os), Héman(os), Chalcéos et Dardanos, les fils de Hémaon[42]. Il composa aussi mille cinq livres[43] de poèmes et de chants, et trois mille livres de paraboles et de comparaisons. Sur chaque espèce d’arbre il fit une parabole depuis l’hysope jusqu’au cèdre, et de même sur les bêtes de somme et tous les animaux de la terre, de l’eau et de l’air. Il n’ignora rien, en effet, de leur histoire naturelle, ne laissa rien inexploré ; il sut rai-sonner sur tous et montra une science parfaite de leurs propriétés. Dieu lui accorda aussi l’art de combattre les démons[44] pour l’utilité et la guérison des hommes.

Comme il avait composé des incantations pour conjurer les maladies, il a laissé des formules d’exorcisme pour enchaîner et chasser les démons, de façon qu’ils ne reviennent plus. Et cette thérapeutique est encore très en vigueur jusqu’ici chez nous. C’est ainsi que j’ai vu un certain Eléazar[45] de ma race qui, en présence de Vespasien, de ses fils, des tribuns et du reste de l’armée, délivrait des gens possédés des démons. Le mode de guérison était celui-ci : il approchait du nez du démoniaque un anneau dont le chaton enfermait une des racines indiquées par Salomon[46], puis, le faisant respirer, il effrayait l’esprit démoniaque par les narines ; l’homme tombait aussitôt et Eléazar adjurait le démon de ne plus revenir en lui, en prononçant le nom de Salomon et les incantations composées par celui-ci. A l’effet de persuader et rendre plus manifeste aux assistants qu’il possédait bien ce pouvoir, Eléazar plaçait à proximité un gobelet plein d’eau ou un bain de pieds et il ordonnait au démon, une fois sorti de l’homme, de renverser ces récipients et de faire ainsi connaître aux spectateurs qu’il avait quitté l’homme. C’est ce qui arriva et ainsi s’affirmèrent l’intelligence et la sagesse de Salomon ; c’est à cause d’elles, pour que tout le monde sache la grandeur de son génie, et combien il fut cher à Dieu, et afin que personne sous le soleil n’ignore l’excellence du roi dans tous les genres de vertus, que nous avons été conduit à cette digression.

6[47]. Le roi des Tyriens, Hirôm(os)[48], ayant appris[49] que Salomon avait succédé à son père sur le trône, se réjouit fort, car il était l’ami de David, et il lui fit porter ses salutations et ses félicitations pour sa prospérité présente. Salomon lui répond par une lettre ainsi conçue : « Le roi Salomon au roi Hirôm. Sache que mon père, qui voulait édifier un Temple à Dieu, en a été empêché par ses guerres et ses expéditions continuelles. Il n’a pas cessé, en effet, de guerroyer contre ses ennemis jusqu’à les réduire tous à lui payer, tribut. Pour moi, je rends grâce à Dieu de la paix présente, et dans les heureux loisirs qui en résultent, je désire bâtir cette maison à Dieu. Aussi bien, Dieu a prédit à mon père que cette maison serait faite par moi. Aussi je te prie d’envoyer des hommes avec les miens au mont Liban pour y couper du bois. Car, pour la coupe du bois, les Sidoniens sont plus experts que les nôtres. Quant au salaire, je donnerai aux bûcherons celui que tu fixeras toi-même. »

7. Ayant lu la lettre et satisfait de cette proposition, Hirôm répond à Salomon : « Le roi Hirôm au roi Salomon. Il convient de louer Dieu d’avoir transmis la couronne de ton père à un homme sage comme toi et doué de toutes les vertus ; pour moi, j’en suis heureux et j’exécuterai tout ce que tu m’as demandé : je ferai couper une grande quantité de bois de cèdre et de cyprès[50] ; je la ferai diriger vers la mer par mes gens et je donnerai ordre aux miens d’en faire un radeau et de les déposer à tel endroit de la côte de ton pays que tu désireras. Ensuite, les tiens tes transporteront à Jérusalem. Veille, en échange, de ton côté, à nous fournir du blé, dont nous sommes mal pourvus. nous qui habitons une île[51]. »

8. Il subsiste encore aujourd’hui des copies de ces lettres, conservées non seulement dans nos livres, mais aussi chez les Tyriens, en sorte que si quelqu’un désirait savoir la chose en toute certitude, il n’aurait qu’à s’informer auprès des conservateurs des archives publiques de Tyr et trouverait leurs documents conformes à ce que nous avons dit[52]. Si je m’étends là-dessus, c’est pour que mes lecteurs sachent que nous n’avons rien à dire en dehors de la vérité ; comprenant l’histoire autrement que certaines gens qui, se contentant d’hypothèses plausibles, ne cherchent qu’à en imposer ou à plaire, nous ne prétendons pas échapper à la critique et ne tenons pas à être cru sur parole ; nous n’avons reçu aucune immunité qui nous permette de manquer à nos devoirs dans le traitement de notre sujet, et nous prions, au contraire, qu’on ne nous accorde aucune approbation à moins d’obtenir de nous une démonstration et des témoignages solides pour la manifestation de la vérité.

9[53]. Le roi Salomon, quand on lui eut apporté les lettres du roi des Tyriens, loua fort son empressement et sa bienveillance et lui accorda eu retour ce qu’il avait sollicité : il lui envoya annuellement vingt mille cors de froment et autant de baths d’huile[54] : le bath contient soixante-douze setiers[55], et il lui fournit aussi même mesure de vin. L’amitié d’Hirôm et de Salomon ne fit que croître dans la suite, et ils se jurèrent une fidélité perpétuelle. Le roi imposa à tout le peuple un contingent de trente mille ouvriers, auxquels il rendit la tâche moins fatigante par une sage répartition. Il établit, en effet, que dix mille hommes couperaient du bois pendant un mois sur le mont Liban, puis se reposeraient deux mois dans leurs foyers, jusqu’à ce que, à leur tour, les vingt mille autres aient accompli leur besogne dans le temps fixé. Ensuite. ce serait aux premiers dix mille de revenir au travail le quatrième mois. Le surveillant de cette corvée fut Adoram(os)[56]. Parmi les métèques que David avait rassemblés, il y en avait 10.000 d’occupés à porter les pierres et autres matériaux, et 80.000 tailleurs de pierre, surveillés par 3.300 contremaîtres[57]. Il leur était prescrit de tailler de grandes pierres pour les fondements du Temple, et après les avoir assemblées et liées ensemble sur la montagne, de les transporter dans la ville. Ces travaux furent exécutés non seulement par les constructeurs indigènes, mais par les artisans que Hirôm envoya.

 

III

1. Date de la construction du Temple. — 2. Les édifices dit Temple. — 3. Le Saint des Saints, le Sanctuaire, les Chérubins. — 4. Les colonnes du Temple. — 5. La Mer d’airain. — 6. Les bassins. — 7. Les deux autels. — 8. Les vases, les vêtements, les instruments de musique. — 9. L’enceinte du Temple et le Sanctuaire extérieur.

1[58]. Salomon commença la construction du Temple dans la quatrième année de son règne, le second mois, que les Macédoniens appellent Artémisios et les Hébreux Iar[59], cinq cent quatre-vingt-douze ans[60] après que les Israélites étaient sortis d’Égypte,1020 ans[61] après qu’Abram était venu de Mésopotamie en Chananée, 1440 ans après le déluge[62]. Depuis la naissance du premier homme Adam jusqu’à l’époque où Salomon construisit le Temple, il s’était écoulé en tout 3102 ans[63]. Et l’époque où commença la construction du Temple se trouva être la onzième année du règne de Hirôm à Tyr, et depuis la fondation (de cette ville) jusqu’à la construction du Temple s’étaient écoulés 240 ans.

2[64]. Le roi jeta les fondements du Temple à une très grande profondeur sous terre, en pierres d’une matière solide et capable de résister au temps qui, s’incorporant à la terre, pussent servir de piédestal et de base à toutes les superstructures, et, grâce à la force d’en bas, supporter sans peine la masse des édifices supérieurs et la magnificence des ornements ; par leur poids ces fondements rivalisaient, avouons-le, avec le reste des appareils projetés pour faire l’édifice haut et ample en même temps que beau et grandiose[65]. On éleva l’édifice jusqu’au toit en marbre blanc. La hauteur en était de soixante coudées, la longueur d’autant, la largeur de vingt[66]. Sur ce premier étage s’élevait un second de mêmes dimensions, si bien qu’au total la hauteur du Temple était de cent vingt coudées[67]. Il était tourné vers l’Orient. Par devant se dressait le portique : il mesurait vingt coudées de long, correspondant à la largeur de l’édifice, avec dix coudées de large et s’élevait à cent vingt coudées de haut. Puis le roi édifia tout autour du Temple trente petites chambres[68] qui devaient, grâce à leur resserrement et leur nombre, former une enceinte extérieure continue. De plus, il aménagea les entrées en sorte qu’on eût accès de l’une dans l’autre[69]. Chacune de ces chambres mesurait cinq coudées de large, autant de long et vingt de haut[70]. Sur elles s’étageaient d’autres logements et encore d’autres sur ceux-ci, de mêmes dimensions et de même nombre, de sorte qu’au total ils avaient même hauteur que l’édifice principal[71] ; car l’étage supérieur de celui-ci n’était pas entouré de chambres. Tout l’édifice avait une toiture de cèdre. Les chambres avaient chacune son toit propre, sans attache avec les voisines, tuais le reste du Temple possédait un toit commun construit en très longues poutres qui en traversaient toutes les parties (?), de sorte que les murs intermédiaires étaient maintenus ensemble par les mêmes pièces de bois, ce qui renforçait leur solidité[72]. Quant au’ plafond sous les poutres du toit, il le fit de même matière, creusé pour former des caissons et recevoir des applications d’or. Les murs, garnis de boiseries de cèdre, furent également incrustés d’or, de sorte que tout le Temple étincelait, et que les yeux de ceux qui y pénétraient étaient éblouis par l’éclat de l’or répandu de toutes parts. L’ensemble de la construction du Temple fut faite avec beaucoup d’art, au moyen de pierres polies, assemblées avec tant d’exactitude et si bien nivelées qu’aucune trace de marteau ai d’aucun antre outil architectonique n’apparaissait au regard. Il semblait que, sans l’intervention d’instruments, tous les matériaux s’étaient congrûment ajustés les uns aux autres et que les parties avaient réglé leur harmonie d’elles-mêmes plutôt qu’en subissant la contrainte de l’ouvrier[73]. Le roi ménagea, pour monter à l’étage de dessus, un escalier dans l’épaisseur du mur, car cet étage n’avait pas une grande porte à l’est comme en avait celui d’en bas ; c’était par les côtés qu’on y avait accès au moyen de portes très petites Il garnit encore le Temple[74], à l’intérieur comme à l’extérieur, de grands ais de cèdres reliés par des chaînes[75] épaisses, de façon à servir d’étais et de renforts.

3[76]. Ayant séparé le Temple en deux travées, il fit de la salle intérieur, longue de vingt coudées, le Saint des Saints (l’Inaccessible), et l’autre, de quarante coudées, il la désigna comme le Sanctuaire. Il pratiqua une ouverture dans le mur de séparation et y plaça des portes de cèdre, qu’il orna de beaucoup d’or et d’incrustations variées. Il tendit ces portes de voiles somptueusement fleuris d’hyacinthe, de pourpre et d’écarlate, faits d’un byssus éclatant et moelleux[77]. Puis il plaça dans le Saint des Saints, large de vingt coudées et long d’autant, deux Chérubins tout en or ayant chacun cinq coudées de haut[78], et munis chacun de deux ailes de cinq coudées d’envergure. C’est pourquoi il les disposa à faible distance l’un de l’autre, de telle sorte que de l’une des ailes ils touchaient le mur sud du Saint des Saints et de l’autre le mur nord, tandis que les ailes intérieures, en contact l’une avec l’autre, abritaient l’arche dressée entre les deux. Quant aux Chérubins, nul ne peut dire ou s’imaginer quel genre de figure ils présentaient. Il revêtit aussi le pavé du Temple de lames d’or et adapta au pylône du Temple des portes d’une hauteur proportionnée à celle du mur, d’une largeur de vingt coudées[79] qu’il garnit d’or. En somme, il ne laissa aucune partie du Temple, ni à l’extérieur, ni à l’intérieur, qui ne reluisit d’or[80]. Ces portes extérieures furent tendues de voiles semblables à ceux des portes intérieures. Mais la porte du pronaos n’eut rien de pareil.

4[81]. Salomon fit venir de Tyr, de chez Hirôm, un artisan nommé Chiram(os) de la race de Nephtali par sa mère, — qui était de cette tribu, — et par son père, Ourias (?), de race Israélite (?)[82]. Cet homme était expert en tout travail, mais spécialement adroit à travailler l’or, l’argent et l’airain[83]. C’est par lui que furent exécutés, selon la volonté du roi, tous les ornements du Temple. Ce Chiram fabriqua aussi deux colonnes d’airain dont le métal avait une épaisseur de quatre doigts[84]. La hauteur de ces colonnes était de dix-huit coudées, leur circonférence de douze coudées[85]. Sur le sommet de chaque cotonne, il plaça un (chapiteau) de fonte en forme de lys[86] d’une hauteur de cinq coudées, autour duquel était posé un filet[87] tout tressé de palmes d’airain enveloppant les lys. De ce filet pendaient en deux rangées deux cents grenades. Il plaça l’une de ces colonnes contre l’aile droite du vestibule, et l’appela Yachin, et l’autre à gauche, sous le nem de Baïz[88].

5[89]. Il fit fondre aussi une « Mer d’airain », en lui donnant la forme d’un hémisphère. Ou appela cet ouvrage Mer, à cause de son énormité. La vasque, en effet, avait dia coudées de diamètre et on l’avait fondue de l’épaisseur d’une palme[90]. La partie centrale de la cavité était soutenue par un support en spirale qui faisait dix tours et mesurait une coudée de diamètre[91]. Autour de ce pilier étaient placés douze taureaux regardant dans les quatre directions des vents, trois clans chaque sens, inclinés en arrière afin de porter l’hémisphère dont la rotondité se recourbait en dedans[92] (?). La capacité de la Mer était de trois mille baths[93].

6[94]. Il fit en outre dix socles, ou bases de bassins, de forme quadrangulaire et en airain[95]. Chacun de ces socles mesurait cinq coudées de long, quatre de large et six de haut[96]. L’ouvrage, en partie ciselé, était appareillé[97] de la façon suivante : il y avait quatre pilastres quadrangulaires disposés à chaque angle, entre lesquels s’emboîtaient de part et d’autre les faces des socles en s’y adaptant exactement[98]. Ces faces étaient partagées en trois compartiments. Sur chaque champ était sculptée une montagne[99] (?) formant base sur laquelle étaient figurés ici un lion, là un taureau, enfin un aigle[100], et les pilastres portaient un travail de décoration analogue aux faces. L’ensemble de l’ouvrage se tenait suspendu sur quatre roues[101]. Ces roues avaient des moyeux et des cercles (?)[102] venus de fonte, et d’une coudée et demie de diamètre. C’était merveille de voir comment les jantes des roues bien ciselées et unies aux faces des socles s’emboîtaient exactement avec les rais (?) : telle était cependant leur structure. Les angles supérieurs du socle étaient enfermés dans des épaules[103] aux mains étendues, sur (chacune ?) desquelles s’appuyait une base de colonne[104] placée sous le creux du bassin, qui reposait ainsi sur ces mains ; l’aigle et le lion s’ajustaient si bien à ces épaules, que le tout semblait au spectateur fondu d’une seule pièce. Entre ces mains étaient ciselées des palmes[105]. Telle était la structure des dis socles. Il fabriqua, en outre, dix grands bassins, ou récipients arrondis en cuivre, dont chacun contenait quarante ronges. La hauteur en était de quatre coudées et l’écartement des bords pareil. Il posa ces bassins sur les dix socles, appelés Méchonot[106]. Il en disposa cinq du côté gauche du Temple, lequel était tourné au nord et autant du côté droit, c’est-à-dire au midi, mais de sorte que leur face (?) regardait l’orient[107]. C’est dans ce sens aussi qu’il disposa la Mer. Ayant rempli d’eau les bassins et la lier, il destina la Mer aux ablutions des mains et des pieds prescrites aux prêtres quand ils pénétraient dans le Temple au moment de monter à l’autel, et les bassins à la purification des entrailles et des pieds, des victimes offertes en holocauste[108].

7[109]. Il fabriqua aussi un autel de cuivre, long de vingt coudées, large d’autant, et haut de dix, pour les holocaustes. Il en fit aussi tous les ustensiles en cuivre, trépieds et vases à puiser l’eau[110]. En outre, Chirâm fabriqua les chaudrons, les crocs[111] et tous les instruments en un cuivre pareil à l’or par l’éclat et la beauté[112]. Le roi consacra aussi quantité de tables[113], dont une grande en or, sur laquelle on posait les pains de Dieu ; et une foule d’autres semblables à celle-ci, de formes variées, où l’on posait les vases — phiales et patères à libations — dont il y eut vingt mille en or et quarante mille en argent[114]. Il fit aussi dix mille candélabres, selon la prescription de Moïse ; il en consacra un dans le Temple, où il devait brûler tout le jour, conformément à la loi, et une table[115] surmontée des pains au côté nord du Temple en face du candélabre lequel était placé du côté sud. L’autel d’or était posé au milieu. Tous ces objets étaient contenus dans l’édifice de quarante coudées en avant du voile du Saint des Saints : dans ce dernier devait reposer l’arche.

8[116]. Le roi fit préparer quatre-vingt mille cruches à vin, puis dix mille coupes en or, et deux fois autant en argent ; des plateaux en or pour porter à l’autel la fleur de farine pétrie, au nombre de quatre-vingt mille, et le double en argent ; des cratères où l’on mélangeait la fleur de farine avec l’huile, soixante mille en or et deux fois autant en argent. Les mesures, semblables à celles que Moïse appelait hin et essaron, étaient au nombre de vingt mille en or et le double en argent. Il y avait des encensoirs en or, dans lesquels on apportait les parfums au Temple, au nombre de vingt mille. D’autres encensoirs servaient à transporter le feu du grand autel extérieur au petit autel situé dans le Temple, au nombre de cinquante mille. On fit des vêtements pontificaux pour les grands-prêtres avec des manteaux longs, un oracle (pectoral) et des pierres précieuses, au nombre de mille ; quant à la couronne où Moïse écrivit le nom de Dieu. elle. était unique et est demeurée jusqu’aujourd’hui. Les vêtements pour les simples prêtres furent tissés en byssus, avec des ceintures de pourpre pour chacun, au nombre de dix mille. Il y eut deux cent mille trompettes, selon les instructions de Moïse, et deux cent mille robes de byssus pour les chantres Lévites[117]. Les instruments de musique nommés nabels et cinyres, faits pour accompagner les hymnes, furent fabriqués eu électrum, au nombre de quarante mille.

9[118]. Toutes ces choses, Salomon les prépara pour la gloire de Dieu avec somptuosité et magnificence ; loin d’épargner aucune dépense, il déploya la plus grande largesse pour orner le Temple, et il enferma ces objets dans les trésors de Dieu. De plus, il entoura le Temple d’une enceinte appelée gession (gis)[119] dans la langue du pays et thrincos (mur de clôture) en grec ; elle s’élevait à une hauteur de trois coudées. Elle avait pour but d’interdire à la foule l’accès du sanctuaire et indiquait qu’il s’ouvrait seulement aux prêtres. En dehors de cette enceinte il bâtit un sanctuaire de forme quadrangulaire muni de grands et larges portiques qui s’ouvraient par de hautes portes, orientées aux quatre directions des vents et fermées par des battants d’or. Dans cet édifice avaient accès tous les gens du peuple à condition d’être purs et d’observer les lois. Enfin, une merveille défiant toute description et, pour ainsi dire, tout regard fut le (troisième) Sanctuaire, extérieur aux deux précédents[120]. Salomon, en effet, combla de grands ravins où le retard avait peine à plonger, tant la profondeur en était immense, et. les ayant nivelés à une hauteur de quatre cents coudées, donna au terrain la même altitude qu’à la cime du mont sur laquelle s’élevait le Temple. Et c’est ainsi que le sanctuaire extérieur, qui était hypèthre (sans toiture), se trouvait à la même hauteur que le Temple. Il l’environna de portiques doubles avec de hautes colonnes en pierres prises sur les Ces portiques avaient des toits de cèdre lambrissé. Muant aux portes de ce sanctuaire il les fit toutes en argent.

 

IV

1. Convocation dit peuple à Jérusalem et transfert de l’arche dans le Temple. — 2. Apparition de la nuée divine ; discours de Salomon. — 3. Prière de Salomon. — 4. Combustion des sacrifices ; exhortations au peuple. — 5. Sacrifices et festins ; fête des Cabanes (Scénopégie). — 6. Départ des Israélites : songe de Salomon ; promesses et menaces divines.

1[121]. Tous ces ouvrages, ces grandes et splendides constructions, ces trésors déposés dans le Temple furent achevés par le roi Salomon en sept ans. Ayant ainsi fait éclater ses richesses et son zèle en parachevant dans un temps aussi court, eu égard à la grandeur du Temple, une oeuvre qui à première vue ne paraissait guère pouvoir s’accomplir dans toute la durée des siècles, il écrivit aux chefs et aux anciens des Hébreux et leur ordonna de rassembler tout le peuple à Jérusalem pour contempler le Temple et y transporter l’arche de Dieu. Et quand tous eurent reçu la convocation de se rendre à Jérusalem. ils s’y réunirent non sans peine au septième mois, appelé thesri[122] par ceux du pays, et hyperbérétéos par les Macédoniens. Cette époque coïncidait avec celle de la fête des Cabanes[123], particulièrement sainte et importante chez les Hébreux. Ayant donc été chercher l’arche et le tabernacle que Moise avait dressé et tous les ustensiles destinés au service des sacrifices divins, ils les transportèrent dans le Temple. Par devant marchaient avec les victimes le roi en personne et tout le peuple et les Lévites, arrosant le chemin de libations et du sang de nombreux sacrifices, et faisant fumer une quantité infinie d’encens, de sorte que toute l’atmosphère alentour en était imprégnée et en apportait l’agréable odeur même aux plus éloignés, leur annonçant que Dieu était en route[124] et allait venir habiter, selon la croyance humaine, dans le lieu récemment édifié et consacré en son honneur : en effet, ils ne se lassèrent point de chanter et de danser jusqu’à leur arrivée au Temple. Voilà comment ils transportèrent l’arche. Mais lorsqu’il fallut l’introduire dans le Saint des Saints, le peuple s’arrêta, et seuls les prêtres l’apportèrent et la placèrent entre les deux Chérubins. Ceux-ci, avec les extrémités entrecroisées de leurs ailes, — car c’est ainsi que l’artiste Les avait disposés, — couvrirent l’arche comme sous une tente et un dais. L’arche ne contenait rien d’autre que deux tables de pierre, qui conservaient gravés les dix- commandements dictés par Dieu à Moïse sur le mont Sinaï. Quant ait candélabre, à la table et à l’autel d’or, on les posa dans le Temple devant le Saint des Saints aux mêmes places qu’ils occupaient jusqu’alors dans le tabernacle, et on offrit les sacrifices quotidiens[125]. L’autel de cuivre, (le Roi) le plaça devant le Temple en face de la porte[126], de sorte que, celle-ci ouverte, il se trouvât bien de front et qu’on vit les cérémonies sacrées et la magnificence des sacrifices. Puis ayant rassemblé tout le reste des ustensiles, il les déposa à l’intérieur du Temple.

2[127]. Lorsque les prêtres, après avoir tout mis en ordre autour de l’arche furent sortis (du Saint des Saints), soudain une nuée épaisse, non pas opaque et chargée de pluie comme on en voit eu hiver, mais molle et tempérée, enveloppa le Temple et obscurcit les veux des prêtres au point qu’ils ne pouvaient plus se voir ; elle fit supposer et croire à tous que Dieu était descendu dans le sanctuaire et prenait plaisir à y fixer sa résidence. Pendant que cette pensée occupait les assistants, le roi Salomon, qui se trouvait sur un siège, se leva, et adressa à Dieu les paroles qu’il estimait convenir à la divinité d’entendre et à lui de prononcer : « Sans doute, ô Seigneur, tu possèdes, nous le savons, une demeure éternelle et digne de toi, que tu as créée pour toi-même — le ciel, l’air, la terre et la mer, — dont tu traverses toute l’étendue sans qu’elle suffise à te contenir. Pourtant je t’ai édifié ce Temple consacré à ton nom, pour que de ce lieu nous puissions élever dans l’espace nos prières vers toi en accomplissant les sacrifices et les cérémonies favorables et que nous ayons toujours la conviction que tu es là, non loin de nous, car, toi qui vois et entends toute chose même en ce lieu où tu peux maintenant habiter, tu ne cesseras pas d’être près de tous, et tu assisteras nuit et jour quiconque aura à te consulter. » Après cette déclaration solennelle à Dieu, il adressa la parole au peuple, lui dépeignant la puissance de Dieu et sa providence, comment il avait révélé à David son père les événements futurs tels que la plupart s’étaient déjà produits et qu’adviendraient tous les autres, comment il lui avait conféré un nom à lui-même avant sa naissance et annoncé d’avance comment on l’appellerait et comment lui-même bâtirait le Temple, devenu roi après la mort de son père. Témoins de l’accomplissement de ces prophéties, il les invitait à bénir Dieu et à ne jamais désespérer de l’effet de ses promesses de félicité, puisant leur confiance dans celles qu’il avait déjà remplies.

3[128]. Après ce discours adressé à la multitude, le roi considéra à nouveau le Temple et levant la main droite vers le ciel[129] : « Par leurs oeuvres, dit-il, il n’est pas possible aux hommes de rendre grâce à Dieu pour ses bienfaits : car la divinité, n’ayant besoin de rien, est au-dessus de pareilles marques de reconnaissance. Mais ce don, par quoi, Seigneur, tu nous as faits supérieurs aux autres êtres, il nous faut l’employer à célébrer ta majesté et à te remercier de ce que tu as accompli pour notre maison et pour le peuple des Hébreux. Quel instrument plus propre, en effet, avons-nous pour apaiser ton ressentiment et nous concilier ta perpétuelle bienveillance que la parole, qui nous vient de l’air et qui. nous le savons, s’en retourne par l’air[130] ? Grâce à elle donc je te déclare ma reconnaissance, d’abord pour mon père que tu as fait passer de l’obscurité à tant de gloire, ensuite pour moi-même, en faveur de qui tu as accompli jusqu’à ce jour tout ce que tu avais promis : je te supplie de m’accorder à l’avenir tout ce que Dieu peut donner aux hommes qu’il veut honorer et d’augmenter notre maison à travers tous les âges, selon ce que tu as promis à mon père David de son vivant et à sa mort, à savoir que la royauté nous demeurerait et que sa race la transmettrait à d’innombrables descendants. Daigne donc nous accorder ce bienfait et donne à mes enfants la vertu où tu te complais. En outre, je te supplie d’envoyer dans ce Temple une parcelle de ton esprit afin que sur terre même tu paraisses être avec nous. Certes, c’est une infime demeure pour toi que toute la profondeur même du ciel et de ce qu’il renferme, à plus forte raison ce Temple quelconque ; cependant je te prie de le protéger contre toute dévastation des ennemis comme étant ta propriété pour toujours et de veiller sur lui comme sur ton bien propre. Que si un jour le peuple vient à pécher[131], et que, ensuite, pour son péché, tu le frappes d’un fléau, — stérilité du sol, ravages de la peste, ou l’un de ces maux dont tu poursuis ceux qui ont violé une loi sainte — et s’il se réfugie en foule dans ce Temple pour implorer ta miséricorde et te demander le salut, exauce-le, comme si tu y habitais, prends-le en pitié et délivre-le de ces calamités. Cette assistance, je ne te la demande pas seulement pour les Hébreux qui auraient failli : si l’on vient des extrémités de la terre[132] et de quelque côté qu’on se tourne vers toi et qu’on sollicite de toi un bienfait, prête l’oreille et daigne l’accorder. Ainsi chacun saura, d’une part, que tu as souhaité toi-même te voir ériger par nous cette maison, d’autre part que nous ne sommes pas des êtres insociables animés de sentiments hostiles à l’égard de ceux qui ne sont pas de notre peuple[133], mais que nous avons voulu faire participer tout le monde à ta protection et à la jouissance de tes bienfaits. »

4[134]. Ce disant, il se prosterna à terre et, après être demeuré longtemps en adoration, il se redressa et offrit des sacrifices à Dieu sur l’autel, puis, l’avant rempli de victimes entières, il s’aperçut de la façon la plus manifeste que Dieu avait bien agréé l’offrande : une flamme courut, en effet, à travers les airs et, se précipitant violemment sur l’autel aux veux de tous, saisit et consuma toute l’offrande. Dans cette apparition, le peuple vit une preuve certaine que Dieu consentait à habiter dans le Temple et. plein de joie, se jeta sur le sol en l’adorant. Le roi commença à réciter des bénédictions et exhorta le peuple à faire de même, car ils possédaient maintenant des signes de la bonté de Dieu à leur égard et ils devaient le prier de les traiter toujours de même et de garder leur âme pure de tout mal, persévérant dans la justice, la piété et l’observance des préceptes que Dieu leur avait donnés par Moïse. Ainsi le peuple hébreu serait heureux et surpasserait tout le genre humain en félicité. Et il les exhortait à se souvenir que les mêmes moyens qui leur avaient procuré les biens présents leur en assureraient aussi la conservation et l’accroissement dans l’avenir. Il ne fallait pas croire que la piété et la justice ne servissent qu’à les obtenir, mais qu’elles servaient aussi à les garder. Or, la grande affaire pour les hommes n’est pas de gagner ce qu’ils n’ont pas, mais de conserver ce qu’ils ont acquis et de ne commettre aucune faute qui puisse eu causer la perte.

5[135]. Le roi, ayant ainsi parlé au peuple, congédia l’assemblée, après avoir offert des sacrifices tant pour lui-même que pour tous les Hébreux, de sorte qu’il immola douze mille veaux et cent vingt mille brebis[136]. Ce fut la première fois qu’il fit goûter au Temple la chair des victimes, et tous les Hébreux y furent conviés à des festins avec leurs femmes et leurs enfants. De plus, le roi célébra la fête dite des Cabanes (Scénopégie) pendant deux semaines devant le Temple, de façon éclatante et magnifique, en faisant bonne chère avec tout le peuple.

6[137]. Quand ils se furent acquittés de toutes ces solennités et que rien ne manqua plus à leur piété envers Dieu, ils s’en retournèrent chacun chez soi, congédiés par le roi. après l’avoir béni de sa sollicitude à leur égard et des ouvrages qu’il avait accomplis et prié Dieu de leur conserver longtemps le roi Salomon. Et ils rentrèrent pleins de joie et de rires en chantant des cantiques à Dieu, si bien que le plaisir leur fit oublier à tous la fatigue du chemin. Pendant que ces hommes qui avaient introduit l’arche dans le Temple, contemplé sa grandeur et sa beauté, pris part aux grandioses sacrifices et aux fêtes qu’on y avait accomplis, s’en retournaient ainsi chacun dans sa ville, un songe que le roi eut dans son sommeil lui révéla que Dieu avait exaucé sa prière, qu’il protégerait le Temple et y séjournerait pour toujours, si ses descendants et tout le peuple agissaient avec droiture. Et lui tout le premier, s’il demeurait fidèle aux instructions de son père, Dieu l’élèverait à une hauteur et à une grandeur de prospérité illimitées, et la domination du pays resterait toujours à ceux de sa race et à la tribu de Juda. Que si, au contraire, il désertait ces principes et les oubliait au point de passer au culte des dieux étrangers, il le trancherait dans sa racine, ne permettrait pas qu’il subsistât aucun vestige de sa famille, et ne laisserait pas non plus le peuple des Israélites à l’abri du malheur, mais les anéantirait dans des guerres et des fléaux sans nombre, les chasserait du sol qu’il avait donné à leurs pères et ferait d’eux des exilés en pays étranger. Le Temple qui venait d’être bâti, il le livrerait aux ennemis pour le brûler et le piller ; il détruirait la ville de fond en comble par les mains des ennemis et ferait de leur désastre un sujet de fable, absolument incroyable dans son énormité. Les voisins, à la nouvelle de la catastrophe, frappés de stupeur, demanderaient avec curiosité pourquoi les Hébreux s’étaient ainsi fait haïr de Dieu après avoir d’abord été conduits par lui à la gloire et à la fortune ; en réponse, les survivants confesseraient leurs péchés et leur infidélité aux lois de leurs pères. Telles sont les paroles que Dieu, selon l’Écriture, lui adressa pendant son sommeil.

 

V

1. Construction du palais royal. — 2. Description du palais. — 3. Relations entre Hiram et Salomon.

1[138]. Après les travaux du Temple, qui prirent sept ans. ainsi que nous l’avons dit plus haut, Salomon entreprit la construction du palais royal, qu’il eut peine à finir en treize ans. En effet, il n’y apporta pas la même ardeur que pour le sanctuaire. Pour achever celui-ci, malgré ses grandes dimensions, la merveilleuse et incroyable main-d’œuvre qu’il exigea, grâce à la coopération de Dieu à qui il était destiné, il ne fallut que le petit nombre d’années qu’on a vu. Le palais, beaucoup moins précieux que le Temple, parce que les matériaux n’eu avaient pas été préparés depuis si longtemps, ni avec la même recherche, et qu’il s’agissait de loger des rois, non la divinité, demanda des délais plus longs. Cependant, ce fut là aussi une construction mémorable, digne de la prospérité du pays des Hébreux et du roi. Il me faut en décrire toute la disposition et l’aménagement afin que le lecteur puisse eu imaginer et eu concevoir la grandeur.

2. Il y avait d’abord un édifice[139] vaste et magnifique, solidement appuyé sur de nombreuses colonnes, aménagé pour recevoir un peuple nombreux attiré par les procès civils et criminels à décider et pour abriter la foule des plaideurs. Cet édifice mesurait cent coudées de long, cinquante de large, trente de haut ; il reposait sur des piliers quadrangulaires, tous en bois de cèdre, avait une corniche d’ordre corinthien. des portes carrées et des fenêtres à trois pointes (?)[140] qui assuraient à la fois sa solidité et sa beauté. Venait ensuite un autre édifice, au milieu du terre-plein (?), dont il occupait toute la longueur sur une largeur de trente coudées[141] ; il était précédé d’un portique (?) porté par d’épaisses colonnes. Là se trouvait une salle du trône magnifique[142], ou le roi s’asseyait pour rendre la justice. Tout à côté, du troisième palais qui servait à la reine[143] et d’autres locaux destinés aux repas et aux plaisirs, une lois les affaires expédiées ; tous étaient parquetés avec des planches taillées de bois de cèdre. Les soubassements (?) étaient en pierres de dix coudées de côté[144] : les murs étaient revêtus d’une autre pierre plus précieuse, débitée à la scie, qu’on extrait, pour orner les temples et les palais royaux, de la terre de Bethoron (?), illustrée par les lieux qui la recèlent[145]. Ce revêtement somptueux formait trois bandes superposées ; sur la quatrième éclatait l’art des sculpteurs : ils y avaient figuré des arbres, des plantes variées, dont les rameaux et les feuilles pendantes répandaient l’ombrage, si légers qu’on eût cru les voir s’agiter et cacher la pierre qui était en dessous[146]. Le reste du plat du mur, jusqu’au toit, était recouvert d’un enduit enluminé de vives couleurs. Le roi fit construire encore d’autres appartements d’agrément et d’immenses portiques heureusement situés dans le palais royal ; au milieu de ces portiques s’élevait un pavillon splendide, ruisselant d’or, pour y venir festoyer et boire. Tous les ustensiles nécessaires pour traiter ses convives furent confectionnés en or[147]. Il est malaisé de dénombrer la grandeur et la variété des appartements royaux, combien de grandes salles, combien de petits appartements, de chambres souterraines et invisibles, la beauté des terrasses en plein air, des bosquets aménagés pour le charme des yeux, refuge et protection des corps contre la chaleur. En résumé, toute la construction était en marbre blanc, en cèdre, en or et en argent ; les toitures et les parois ornés de pierres incrustées d’or, comme on avait fait pour le Temple de Dieu. Le roi fit aussi tailler dans l’ivoire un trône[148] colossal en forme d’estrade, pourvu de six degrés, sur chacun desquels de part et d’autre se tenaient deux lions, et il y en avait deux autres en faut. Enchâssés dans le trône, deux bras s’avançaient comme pour recevoir le roi : il s’appuyait sur une protomé de taureau[149] qui le regardait par derrière ; le tout était fixé avec des attaches d’or.

3[150]. Salomon acheva tout cet oeuvre[151] en vingt ans, pendant lesquels le roi de Tyr, Hirôm, lui avait fourni pour la construction quantité d’or et encore plus d’argent et, en outre, du bois de cèdre et de pin[152]. À son tour il fit à Hirôm des présents considérables, en envoyant chaque année du blé, du vin et de l’huile, dont, en sa qualité d’insulaire, comme nous l’avons déjà dit précédemment, ce prince avait grand besoin. En outre, il lui donna des villes de Galilée, au nombre de vingt, situées non loin de Tyr. Mais Hirôm. les ayant visitées et examinées, fut peu satisfait de ce cadeau et envoya dire à Salomon qu’il n’en avait pas besoin ; depuis lors ces villes reçurent le nom de pays de Chabalôn[153], nom qui, interprété dans la langue phénicienne, signifie déplaisant[154]. De plus, le roi de Tyr adressa à Salomon des problèmes et des énigmes en l’invitant à les éclaircir et à le délivrer des difficultés qu’ils présentaient. Comme Salomon était fort sagace et pénétrant, rien ne lui échappa de ces questions ; triomphant sur toute la ligne par la force du raisonnement, il en comprit et en expliqua lumineusement le sens.

Mention de ces deux rois se trouve aussi chez Ménandre qui a traduit de la langue des Phéniciens en grec les archives tyriennes ; il s’exprime ainsi[155] : « Après la mort d’Abibalos, la succession de son trône échut à son fils Hirôm, qui vécut cinquante-trois ans et en régna trente-quatre. Il créa, en le comblant, l’Eurychoros (grande place), et dédia la colonne d’or dans le temple de Zeus ; puis il s’en alla faire couper sur le mont qu’on nomme Liban quantité de bois pour la couverture des temples. Après avoir démoli les anciens sanctuaires, il bâtit le temple d’Héraclès et d’Astarté et célébra le premier le Réveil d’Héraclès au mois Péritios. Et il fit campagne contre les gens d’Utique qui refusaient le tribut et après les avoir de nouveau soumis s’en revint chez lui. Sous son règne vivait Abdémonos, enfant encore jeune qui triomphait toujours des problèmes posés par Salomon, roi de Jérusalem. » Dios en fait mention aussi en ces termes[156] : « après la mort d’Abibal, son fils Hirôm devint roi. Il combla les parties orientales de la ville et agrandit ainsi la. cité. Le temple de Zeus olympien était isolé ; il le relia à Tyr par une levée de terre et l’orna d’offrandes d’or. Enfin il monta sur le Liban, où il y fit couper des bois pour la construction des temples. » Il ajoute que le tyran de Jérusalem, Salomon, adressa à Hirôm des énigmes et demanda à en recevoir de lui ; celui qui échouerait devait payer une somme à celui qui les aurait résolues. Hirôm y consentit et, n’ayant pu résoudre les énigmes, dut livrer, pour payer l’amende, une grande partie de ses trésors. Mais ensuite, grâce à un certain Tyrien, nommé Abdémon, il résolut les questions proposées et lui-même en proposa d’autres ; Salomon ne les résolut pas et dut (tout restituer et) payer en plus à Hirôm une somme considérable. Voilà ce qu’a raconté Dios.

 

VI

1. — Villes bâties par Salomon. — 2. Origine du nom de Pharaon. — 3. Salomon emploie des Cananéens à son service. — 4. Flotte de Salomon. — 5. Visite de la reine d’Égypte et d’Éthiopie à Salomon. — 6. Échange de présents.

1[157]. Comme le roi voyait les murailles de Jérusalem dépourvues de tours et d’autres moyens de défense et qu’il estimait que la solidité de l’enceinte devait répondre à l’importance de la ville, il restaura ces murs et les rehaussa de tours élevées. Il bâtit aussi des villes qui furent au nombre des plus puissantes, Asdr(os) et Maghédon, et une troisième, Gazara[158]. Cette dernière ville faisait partie du territoire des Philistins ; Pharaon, roi des Égyptiens, parti en campagne, y avait mis le siège et l’avait emportée d’assaut. Après en avoir fait périr tous les habitants[159], il la renversa de fond en comble et la donna ensuite en présent à sa fille, mariée à Salomon. En conséquence, le roi la rebâtit, parce qu’elle avait une forte position naturelle et qu’elle pouvait être utile en cas de guerre et si les circonstances venaient à changer. Non loin de Gazara, il fonda encore deux villes : l’une s’appelait Bétchôra[160], l’autre Baleth[161]. Et il en édifia d’autres encore, dans des sites appropriés à la jouissance et au plaisir, bien favorisées par une température égale, de belles récoltes et d’abondants cours d’eau. Il pénétra également dans le désert de la Haute-Syrie et s’en rendit maître ; là, il fonda une très grande ville à-deux journées de distance de la Haute-Syrie, à une journée de l’Euphrate et à six jours de Babylone la grande. S’il établit cette ville aussi loin des régions habitées de la Syrie, c’est que plus bas il n’y a d’eau nulle part dans le pays et qu’on ne trouve qu’en cet endroit seul des sources et des puits. Ayant donc bâti cette ville et l’ayant environnée de remparts formidables, il l’appela Thadamora[162] ; c’est encore le nom qu’elle porte chez les Syriens. Quant aux Grecs, ils l’appellent Palmyre.

2. Tels étaient dans ce temps-là les faits et gestes du roi Salomon. D’aucuns se seront demandé pourquoi tous les rois égyptiens, depuis Minæos (Ménès), le fondateur de Memphis, qui précéda de beaucoup d’années notre ancêtre Abram, jusqu’à Salomon, dans un intervalle de plus de treize cents ans, ont été appelés Pharaon (Pharaôthès)[163] ; aussi ai-je jugé nécessaire, pour dissiper leur ignorance et éclaircir l’origine du nom, de dire ici que Pharaon chez les Égyptiens signifie roi. Je crois qu’à leur naissance ils recevaient d’autres noms, mais dès qu’ils devenaient rois, on leur donnait le titre qui désigne leur puissance dans la langue nationale. C’est ainsi que les rois d’Alexandrie, d’abord appelés d’autres noms, recevaient à leur avènement au trône le nom de Ptolémée, d’après celui du premier roi. De même, les empereurs romains, après avoir porté d’autres noms de naissance, sont appelés César, titre qu’ils tiennent de leur primauté et de leur rang, et abandonnent les noms que leur ont donnés leurs pères. Voilà pourquoi, je suppose, Hérodote d’Halicarnasse, quand il raconte qu’après Minæos, le fondateur de Memphis, il y eut trois cent trente rois d’Égypte, n’indique pas leurs noms, parce qu’ils s’appelaient du nom générique de Pharaon. Et en effet, comme, après l’extinction de ces rois, une femme monta sur le trône, il nous dit son nom, à savoir Nicaulis[164], montrant bien que si les rois mâles pouvaient porter le même nom, il n’en était plus de même pour la femme : c’est pourquoi il nous a indiqué son nom propre. De mon côté, j’ai trouvé aussi dans les livres de notre pays qu’après Pharaon, beau-père de Salomon, aucun roi d’Égypte ne fut plus appelé de ce nom[165], et que plus tard Salomon reçut la visite de la femme en question, reine d’Égypte et d’Éthiopie. Nais nous aurons bientôt à nous occuper d’elle. Pour l’instant j’ai rappelé ces choses afin de signaler sur combien de points s’accordent nos livres et ceux des Égyptiens.

3[166]. Le roi Salomon soumit à son pouvoir ceux des Cananéens qui ne lui étaient pas encore assujettis, à savoir : ceux qui vivaient sur le mont Liban et jusqu’à la ville d’Amathé ; il leur imposa tribut, et chaque année choisissait parmi eux des hommes pour lui servir de mercenaires, de domestiques et de laboureurs. Chez les Hébreux, en effet, nul n’était esclave — il n’eût pas été juste, quand Dieu leur avait soumis tant de peuplades, on ils pouvaient recruter leurs mercenaires, de réduire les Hébreux eux-mêmes à une telle condition ; — tous préféraient donc passer leur vie à guerroyer en armes sur des chars et des chevaux plutôt que d’être esclaves. Quant aux Cananéens qu’il prit à son service, il leur désigna des chefs au nombre de cinq cent cinquante[167] qui en reçurent du roi l’entière surveillance, afin de leur enseigner tous les travaux et les besognes auxquels il les employait.

4[168]. Le roi construisit aussi beaucoup de navires dans le golfe d’Égypte, formé par la mer Érythrée, au lieu dit Gasiôn Gabel(os)[169], non loin de la ville d’Aelan(a)[170], qui s’appelle maintenant Bérénice : cette région, en effet, appartenait jadis aux Juifs. Il reçut aussi un présent approprié à la flotte de Hirôm, roi des Tyriens : celui-ci lui envoya, en effet, des pilotes et un bon nombre de marins experts, à qui Salomon ordonna de faire voile, accompagnés de ses intendants, vers l’antique Sophira[171], la Terre d’Or actuelle, — c’est une région de l’Inde, — et de lui en rapporter de l’or. Quand ils en eurent amassé environ quatre cents talents[172], ils retournèrent auprès du roi.

5[173]. La femme qui gouvernait en ce temps-là l’Égypte et l’Éthiopie[174] était d’une sagesse accomplie et, à tous égards, digne d’admiration ; ayant oui parler du mérite et de l’intelligence de Salomon, elle conçut un si vif désir de le voir, d’après tout ce qu’on racontait journellement au sujet de son pays, qu’elle se rendit auprès de lui. Elle voulait ; disait-elle, se convaincre par l’expérience et non sur la renommée, qui, par sa nature, peut être complaisante à une fausse apparence et se démentir ensuite, puisqu’elle dépend entièrement de la qualité des informateurs. Tel fut le motif de son voyage, mais elle voulut surtout faire l’épreuve de la sagesse du roi en lui proposant à résoudre des difficultés qui passaient son propre entendement. Elle s’en vint donc à Jérusalem en grande pompe et avec un grand déploiement de richesse. Elle emmenait des chameaux chargés d’or, de parfums variés et de pierres précieuses. Quand elle fut arrivée, le roi la reçut avec joie. Il se montra fort empressé en toute chose à son égard et, en particulier, résolut les problèmes proposés plus vite qu’on n’eût pu s’y attendre, grâce à la vive pénétration de son esprit. La reine fut stupéfaite, reconnaissant l’extraordinaire sagesse de Salomon, dont la réalité dépassait encore la réputation. Elle admira aussi infiniment la demeure royale pour sa beauté et sa grandeur ainsi que pour la disposition des édifices, où elle put constater toute la prudence du roi. Mais ce qui porta son admiration à son comble, ce fut la maison appelée Forêt du Liban, la magnificence des repas quotidiens, les apprêts, le service, le vêtement des serviteurs, l’élégance savante qu’ils déployaient dans leurs fonctions ; elle n’admira pas moins les sacrifices quotidiens offerts à Dieu et les soins qu’y apportaient les prêtres et les Lévites. Ce spectacle, renouvelé chaque jour, l’émerveillait à l’extrême, et, ne pouvant contenir sa surprise, elle manifestait ses sentiments d’admiration en adressant au roi des paroles qui trahissaient son émotion : « En vérité, dit-elle, ô roi, tout ce qui vient à notre connaissance par oui-dire, nous le recevons avec méfiance ; mais pour ces biens que tu possèdes en toi-même, je veux dire la sagesse et la prudence, et ceux que la royauté t’a conférés, la renommée qui nous en est parvenue n’était certes pas mensongère. Que dis-je ? Si vraie fût-elle, elle nous a dépeint une félicité bien inférieure à celle dont je suis ici témoin. En effet, la renommée n’essayait que de persuader les oreilles, mais elle ne renseignait pas sur la valeur des choses autant que le font l’observation directe et la vision personnelle. C’est ainsi que moi, qui n’ajoutais pas foi à ces rapports qui me décrivaient tant de choses et si grandes, je viens d’en contempler de bien plus considérables. Et j’estime heureux[175] le peuple des Hébreux, ainsi que tes serviteurs et tes amis, qui ont la joie tous les jours de servir ta personne et d’entendre ta sagesse. Aussi peut-on à bon droit bénir Dieu, qui a tant aimé ce pays et ses habitants qu’il t’en a fait roi.

6[176]. Lorsqu’elle eut ainsi témoigné par ses paroles les sentiments que lui avait inspirés le roi, elle acheva de les exprimer par ses présents. Elle lui donna, en effet, vingt talents[177] d’or, une quantité inimaginable d’aromates et des pierres très précieuses[178]. On dit aussi que la racine du baume, que notre contrée produit encore aujourd’hui[179], nous vient d’un présent de cette femme. A son tour, Salomon[180] lui fit beaucoup de présents de valeur, en se conformant surtout à ses désirs : non seulement il ne lui refusait rien, mais, plus prompt qu’elle, il allait au-devant de ses intimes désirs et montrait sa générosité en s’empressant de lui céder justement ce qu’elle ambitionnait. Avant ainsi donné et reçu ces présents, le reine d’Égypte et d’Éthiopie revint dans ses États.

 

VII

1. Emploi des bois de pin. — 2. Les boucliers d’or. Commerce maritime de Salomon. — 3. Chars et cavalerie de Salomon. — 4. Travaux divers. — 5. Fautes commises par Salomon sous l’influence de sec femmes ; menaces dit prophète. — 6. Menées d’Ader et de Raazar. — 7. Promesses d’Achias à Jéroboam. — 8. Révolte et fuite de Jéroboam ; mort de Salomon.

1[181]. A la même époque on apporta au roi des pierres précieuses et des bois de pin de la contrée dite Terre d’or ; il employa les bois comme étais[182] pour le Temple et le palais royal et en fabriqua des instruments de musique, cithares et nébels, dont les Lévites s’accompagnaient pour chanter leurs hymnes à Dieu. Ces bois étaient les plus grands et les plus beaux de tous ceux qu’ont lui eût jamais apportés. Que personne ne s’imagine que ces bois de pin soient semblables à ceux qu’on appelle ainsi de nos jours : simple étiquette que leur donnent les marchands pour éblouir les acheteurs. Ceux-là, en effet, ressemblent pour l’aspect an bois de figuier, mais sont plus blancs et brillent davantage. Si nous donnons ces détails, c’est pour que nul n’ignore cette différence et la nature du pin véritable ; l’usage qu’en fit le roi nous a fourni l’occasion de ces indications qui ne paraîtront ni déplacées ni inutiles.

2[183]. Le poids de l’or qu’on lui apporta[184] s’élevait à six cent soixante-six talents, sans compter celui qui fut acheté par les marchands[185], ni les dons que lui envoyèrent les chefs et les rois d’Arabie[186]. Il fondit cet or pour en fabriquer deux cents boucliers longs pesant chacun six cents sicles. Il fit aussi trois cents boucliers ronds, pesant chacun trois mines d’or[187]. Il les porta et les consacra dans la maison appelée Forêt du Liban. Toutefois il fit aussi fabriquer avec tout l’art possible des coupes en or et en pierreries pour servir aux festins et une profusion d’autres vases en or. Il ne se faisait, en effet, aucune transaction, vente ou achat, en argent. De nombreux vaisseaux avaient été lancés par le roi dans la mer dite Tarsique[188], chargés d’apporter aux nations de l’intérieur toutes sortes de marchandises : en échange de celles-ci on rapportait de l’argent et de l’or au roi, ainsi qu’une quantité d’ivoire, des Éthiopiens et des singes[189]. La navigation s’effectuait, aller et retour, en trois ans.

3[190]. Une renommée si éclatante se répandait à travers tout le pays, célébrant la vertu et la sagesse de Salomon, que tous les rois d’alentour brillaient de venir en sa présence, ne pouvant ajouter foi à des louanges si excessives, et de lui témoigner leur zèle par des présents magnifiques. Ils lui envoyèrent, en effet, des vases d’or et d’argent, des habits de pourpre, de nombreuses sortes d’aromates, des chevaux, des chars et des mules de somme dignes de réjouir les yeux du roi par leur vigueur et leur beauté. Ces envois vinrent grossir le nombre de chars et de chevaux qu’il possédait auparavant. C’est ainsi qu’à ses 1.000 chariots s’en ajoutèrent 400 [191] et à ses 20.000 chevaux, 2.000 [192]. On dressait ces chevaux pour leur donner beauté et vitesse, si bien qu’il n’y en avait pas de plus élégants ni de plus rapides à leur comparer : leur beauté et leur célérité à la course étaient sans rivales. Un attrait de plus leur venait de leurs cavaliers, jeunes hommes dans la fleur la plus charmante de l’âge, attirant les regards par leur haute taille et dépassant de beaucoup tous les autres : ils avaient de longues chevelures qui pendaient et ils portaient des tuniques de pourpre tyrienne. Chaque jour ils saupoudraient leurs cheveux de poussière d’or, de sorte que leurs têtes scintillaient quand l’éclat de l’or se réfléchissait au soleil. C’est entouré de ces hommes en armes et munis de leurs arcs que le roi, monté lui-même sur un char et vêtu d’une robe blanche, avait coutume de sortir[193]. Il y avait un village à deux schènes de distance de Jérusalem, appelé Étan[194] auquel ses jardins et ses cours d’eau donnaient beaucoup d’agrément et de magnificence. C’est là qu’il faisait sa promenade en superbe équipage.

4. Salomon, qui montrait une sagacité et un zèle merveilleux en toutes choses, joints à son vif amour du beau, ne négligea pas non plus l’entretien des routes. Toutes celles qui menaient à Jérusalem — sa capitale — furent pavées de pierre noire, tant pour faciliter la marche que pour manifester la grandeur de sa fortune et de son pouvoir. D’autre part[195], il répartit ses chars de façon que chaque ville en eût un nombre déterminé, lui-même en gardant quelques-uns par devers lui ; ces villes il les appela « villes des Chars ». Le roi rendit l’argent[196] aussi abondant que les pierres à Jérusalem, et les bois de cèdres, que l’on n’y trouvait pas auparavant, devinrent aussi communs que les mûriers, qui foisonnaient dans les campagnes de Judée[197]. Il ordonna aussi aux marchands qui les faisaient venir d’Égypte[198] de lui vendre chaque char à deux chevaux pour six cents drachmes[199] d’argent, et il les envoya lui-même aux rois de Syrie et de la Transeuphratène[200].

5[201]. Devenu le plus illustre des rois et le plus cher à Dieu, l’emportant en sagesse et en richesse sur tous ceux qui avant lui avaient gouverné les Hébreux, il ne persévéra pas dans ces vertus jusqu’à la mort, mais, négligeant l’observance des mœurs nationales, il finit d’une manière bien éloignée de ce que nous avons précédemment rapporté de lui. Adonné avec frénésie aux femmes et aux excès de l’amour, il ne se contenta pas des femmes de son pays, mais en prit quantité d’autres issues de nations étrangères, Sidoniennes[202], Tyriennes, Ammanites, Iduméennes ; il transgressa ainsi, d’une part, les lois de Moïse, qui avaient prohibé de s’unir à des femmes d’un autre peuple[203] et, d’autre part, il commença d’adorer les dieux de ses épouses, par faiblesse pour elles et pour sa passion. Or, précisément ce que le législateur avait en vue en avertissant de ne point épouser de femmes d’autres pays, c’était d’éviter qu’en s’engouant des mœurs étrangères, les Hébreux ne trahissent les coutumes de leurs pères, et qu’en révérant les dieux de ces femmes, ils ne négligeassent d’honorer le leur. Mais Salomon, entraîné à des plaisirs sans raison, n’eut pas ces scrupules. Ayant pris pour femmes des filles de chefs et de notables, au nombre de sept cents, avec trois cents concubines, et, en outre, la fille du roi des Égyptiens, il tomba tout de suite en leur pouvoir, si bien qu’il imita ce qui se faisait chez elles, et il fut contraint, pour leur prouver son amitié et sa tendresse, de vivre selon les coutumes de leurs patries. Cependant, à mesure qu’il avançait en âge et que sa raison s’affaiblissait trop avec les années pour leur opposer le souvenir des institutions nationales, de plus en plus il délaissa son propre Dieu et tendit hommage aux intrus qu’avaient introduits ses mariages. Déjà, antérieurement, il lui était arrivé de pécher et de violer les prescriptions légales quand il avait dressé les simulacres de bœufs en airain qui se trouvaient sous le monument appelé Mer et ceux des lions[204] qui entouraient son propre trône : car un travail de ce genre n’était pas légitime. Il eut beau avoir un magnifique exemple domestique de vertu dans son père et la gloire que celui-ci laissa après lui pour sa piété envers Dieu, il ne l’imita point, bien que par deux fois Dieu lui fut apparu en songe et l’eût exhorté à imiter son père, et il mourut sans honneur. Voici que survint tout à coup le prophète, envoyé par Dieu : il lui déclara que ses infractions n’échappaient point à la divinité et l’avertit avec menaces qu’il ne se réjouirait pas longtemps de sa conduite. De son vivant, la royauté ne lui serait pas enlevée, puisque la divinité avait promis à son père David qu’il serait son héritier, mais, après sa mort voici comment serait traité son fils : sans détacher de lui tout le peuple, Dieu livrerait dix tribus à son esclave et en laisserait deux[205] seulement au petit-fils de David, en souvenir de ce dernier, parce qu’il avait aimé Dieu, et en faveur de la ville de Jérusalem, où il avait voulu avoir un temple.

6[206]. A ces paroles, Salomon s’attrista et fut profondément remué, voyant que tous ses biens, qui lui attiraient l’envie, allaient ainsi tourner à mal. Il ne s’écoula pas un long temps après que le prophète lui eut annoncé les événements futurs, quand Dieu lui suscita un adversaire nommé Ader(os)[207], dont l’hostilité eut l’origine que voici : c’était un jeune homme de race Iduméenne, de souche royale. Quand Joab, le capitaine de David, eut soumis l’Idumée et exterminé en six mois tous les jeunes gens capables de porter les armes, seul il s’était enfui auprès de Pharaon, roi d’Égypte. Celui-ci le reçut avec bonne grâce, lui donna une maison et un territoire pour vivre, et quand il parvint à l’adolescence, le prit en si vive affection qu’il lui donna en mariage la sœur de sa propre femme, nommée Thaphiné[208] ; le fils[209] qui leur naquit fut élevé avec les enfants du roi. Quand il apprit en Égypte la mort de David et celle de Joab, il vint demander à Pharaon la permission de rentrer dans sa patrie. Mais le roi lui demanda quel besoin ou quel malheur le poussait à le quitter, et. malgré ses fréquentes instances et ses supplications, il ne lui donna pas congé à ce moment-là. Mais à l’époque où les affaires de Salomon commençaient à se gâter, à cause des transgressions dont j’ai parlé et du courroux que Dieu en ressentit, le Pharaon accorda enfin sa permission et Ader reparut dans l’Idumée[210]