Flavius Josèphe

Flavius Josèphe

 

Contre Appion : livre I (8)

 

 

  7 - 9   

 

 

 

Flavius Josèphe

 

Contre Apion

Avec deux traductions

 

Oeuvres complètes

trad. en français sous la dir. de Théodore Reinach,....   trad. de René Harmand,... ;

révisée et annotée par S. Reinach et J. Weill  E. Leroux, 1900-1932. Publications de la Société des études juives)  

 

Oeuvres complètes par Buchon

 

 

 

 

 

 

 

CHAPITRE IX.

Cause de la haine des Égyptiens contre les Juifs. — Preuves pour montrer que Manéthon, historien égyptien, a dit vrai en ce qui regarde l'antiquité de la nation des Juif», et n'a écrit que des fables ou ce qu'il a dit contre eux.

Il me reste a faire connaître la fausseté de ce qui a été dit contre notre nation et à confondre de si grandes impostures. Ceux qui ont le plus de connaissance de l'Histoire savent assez les effets que la haine est capable de produire en de semblables sujets, et qu'il y en a qui se sont efforcés de ternir l'éclat et de blâmer la conduite des nations et des villes les plus illustre». C'est ainsi que Théopompe a agi à l'égard des Athéniens, Polycrate à l'égard des Lacédémoniens, et celui qui écrit le Trypolitque, dont Théopompe n'est pas l'auteur comme quelques-uns le croient, à l'égard des Thébains. Timée a aussi dans son histoire blâmé fort injustement ces peuples et encore d'autres ; à quoi tous ces auteurs se sont portés et ont particulièrement attaqué les nations qui méritaient le plus de louanges, les uns par envie, les autres par haine, et d'autres par le désir du te rendre célèbres par des discours extravagant : ce qui leur a réussi parmi les fous, et les a fait condamner par les sages.

Les Égyptiens ont été les premiers qui nous ont calomniés, et d'autres, pour leur plaire, ont déguisé la vérité. Il n'ont point voulu dire de quelle sorte nos ancêtres passèrent en Égypte, ni comment ils en sortirent, parce qu'ils n'ont pu voir sans haine et sans envie qu'après être entrés dans leur pays ils s'y soient rendus si puissants, et aient été si heureux depuis qu'ils en sont sortis. La diversité des religions y a aussi beaucoup contribué par la jalousie qu'a excitée dans leur cœur la différence qu'ils observent entre la pureté toute céleste de l'une, et la brutalité toute terrestre de l'autre, telle qu'entre la nature de Dieu et celle des animaux irraisonnables. Car c'est une chose ordinaire parmi eux de prendre des bêtes pour leurs dieux, et de les adorer par une folle superstition qu'on leur inspire dès leur enfance. Ainsi, ils n'ont jamais dû comprendre et encore moins croire l'excellence de notre divine théologie, et ont supporté si impatiemment que plusieurs l'approuvaient, qu'ils ont passé jusqu'à cette extravagance de contredire leurs anciens auteurs. Un seul, qui est fort considéré entre eux et dont j'ai déjà rapporté le témoignage pour prouver l'antiquité de notre nation, suffira pour vérifier ce que je dis. C'est Manéthon, qui après avoir protesté qu'il tirerait des livres saints l'histoire d'Égypte qu'il voulait écrire, dit que nos ancêtres, y étant venus en grand nombre, s'en étaient rendus les maîtres : mais que quelque temps après ils en furet chassés, s'établirent dans la Judée, et y bâtirent un temple. En quoi il s'accorde avec les anciens historiens. Mais après. il se laisse aller a rapporter sur notre sujet des fables si ridicules qu'elles n'ont pas seulement la moindre apparence de vérité, en nous confondant avec ce menu peuple d'Égypte qu'il dit que la lèpre et d'autres fâcheuses maladies obligèrent de s'enfuir. Il parle ensuite du roi Aménophis qui est un nom imaginaire, el dont pour cette raison il n'a osé compter les années de règne, quoiqu'il les ait marquées particulièrement lorsqu'il a parlé des autres rois. Il ajoute à ces fables d'autres fables, sans se souvenir qu'il avait dit auparavant qu'il y avait cinq cent dix-huit ans que les pasteurs étaient sortis d'Egypte pour aller vers Jérusalem. Car ce fut pendant la quatrième année du règne de Thomosis qu'ils en sortirent, et ses successeurs régnèrent trois cent quatre-vingt treize ans, jusqu'aux deux frères Séthon et Herméus, dont il dit que le premier était surnommé Egyptien, et l'autre Danaüs que Séthon chassa, et régna cinquante-neuf ans : que Rampsès, fils aîné de Sethon lui succéda et régna soixante six ans. Ainsi après avoir reconnu qu'il y avait si longtemps que nos ancêtres étaient sortis d'Egypte, il met au nombre de ces autres rois ce fabuleux Aménophis, dit que ce prince, de même qu'Orus, l'un de ses prédécesseurs, avait extrêmement désiré de voir les dieux ; et qu'un prêtre de sa foi, nommé Aménophis, comme lui fils de Papius. dont la sagesse et la science de prédire étaient si admirables qu'il semblait participer a la nature divine, lui avait dit qu'il pourrait accomplir son désir, s'il chassait de son royaume tous les lépreux et ceux qui étaient infectés de semblables maux ; que ce prince, suivant son conseil, en fit assembler jusqu'à quatre-vingt mille qu'il envoya avec des Égyptiens travailler dans des carrières vers le côté du Nil qui regarde l'Orient, et qu'il y avait parmi eux des prêtres infectés aussi de lèpre. Manéthon ajoute que ce prêtre Aménophis étant entré dans l'appréhension que les dieux ne le punissent d'avoir donné au roi un conseil si violent, et ce prince de l'avoir exécuté, et qu'ayant connu en esprit que pour récompenser ces pauvres gens de leurs souffrances ils les rendraient maitres de l'Egypte durant treize ans, il n'osa le dire au roi, mais laissa celte révélation par écrit, et se fit ensuite mourir lui même : ce qui donna une extrême frayeur à ce prince. Voici les propres paroles que cet auteur dit ensuite : " Après que ces pauvres gens eurent passé un assez long temps dans un travail si pénible, ils vinrent supplier le roi de les vouloir soulager de leurs souffrances, et de leur donner pour retraite la vile d'Avaris nommée autrefois Triphon, et qui avait été habitée par les pasteurs; ce que ce prince leur accorda. Que lorsqu'ils y furent établis ils trouvèrent ce lieu propre pour se révolter; choisirent pour chef un prêtre d'Héliopolis, nommé Osarsipbom, et s'obligèrent par serment à lui obéir. Qu'il commença par leur ordonner, entre autres choses, de ne point faire de difficulté de manger des animaux qui passent pour sacrés parmi les Egyptiens, et de ne s'allier qu'avec ceux qui partageaient leurs sentiments. Qu'il fit ensuite enfermer de murailles et extrêmement fortifier cette ville, et se prépara à faire la guerre au roi Aménophis Que d'autres prêtres s'étant joints à lui, il envoya des ambassadeurs à Jérusalem vers les pasteurs que le roi Thémosis avait chassés pour les informer de ce qui s'était passé, et les exhorter à s'unir à lui pour faire tous ensemble la guerre à l'Egypte; qu'il les recevrait dans Avaris qui avait autrefois été possédée par leurs ancêtres, leur fournirait toutes les choses nécessaires pour leur subsistance, et que prenant leur temps à propos ils pourraient facilement conquérir l'Egypte. Que ces habitants de Jérusalem avaient reçu ces propositions avec joie, et s'étaient rendus à Avaris avec deux cent mille hommes. Qu'alors le roi Aménophis se souvenant de ce que le prêtre Aménophis avait prédit fut saisi d'une telle crainte, qu'après avoir tenu conseil avec les principaux de son état, il envoya devant les animaux qui passent pour sacrés en Égypte. commanda aux prêtres de cacher leurs simulacres, mit entre les mains d'un de ses amis Séthon, son fils, âgé seulement de cinq ans, autrement nommé Ramessés du nom de son aïeul, et alla ensuite avec une armée de trois cent mille hommes au devant des ennemis; mais que dans la croyance que les dieux lui étaient contraires il n'osa en venir à un combat, retourna sur ses pas, et vint à Memphis, où après avoir pris le simulacre du bœuf Apis et les autres animaux qu'il révérait comme des dieux, il passa en Ethiopie avec une grande partie de son peuple. Que le roi de ce pays, qui lui était extrêmement affectionné, le reçut très bien avec tous les siens, leur assigna des villes et des bourgs où ils ne manquèrent de rien durant treize ans que dura cet exil, et tint toujours des troupes sur les frontières de son royaume pour la sûreté d'Aménophis. Que cependant ces pasteurs venus de Jérusalem firent encore beaucoup plus de mal que ceux qui les avaient appelés en Egypte ; qu'il n'y avait point de cruautés et d'impiétés qu'ils ne commissent; que ne se contentant pas de mettre le feu dans les villes et dans les bourgs ils y ajoutaient des sacrilèges, mettaient en pièces les simulacres des dieux, tuaient même les animaux sacrés que ces simulacres représentaient, contraignaient les prêtres et les prophètes égyptiens d'en être les meurtriers, el les renvoyaient ensuite tout nus. » A quoi cet auteur ajoute qu'ils eurent pour législateur un prêtre d'Héliopolis, nommé Osariph à cause d'Osiris qui était le dieu que l'on adorait en cette ville, et que ce prêtre ayant changé de religion changea aussi de nom et prit celui de Moïse. »

Voilà ce que les Égyptiens disent des Juifs el de plusieurs autres choses semblables que je passe sous silence de crainte, d'être ennuyeux. Mais l'on dit aussi qu'Aménophis, accompagné de Ramsès, son fils, passa de l'Ethiopie dans l'Egypte avec une très grande armée, vainquit les Jérosolymitains et ceux d'Avaris, et poursuivit le reste jusque sur les frontières de Syrie.

Je ferai voir clairement que tous ces discours de Manéthon ne sont que des fables et de pures rêveries. Sur quoi il faut premièrement remarquer que cet auteur est demeuré d'accord au commencement que nos ancêtres n'étaient point originaires d'Égypte; qu'ils y étaient venus d'un autre pays, et qu'après s'en être rendus les maîtres ils s'étaient trouvés obligés d'en sortir.  Quant à ce qu'il dit ensuite, qu'ils se sont depuis mêlés avec ces Égyptiens infectés de lèpre et d'autres maladies, et que Moïse, conducteur de ce peuple, et qui l'a amené d'Egypte était parmi eux, je ferai connaître par cet auteur même que cela s'est passé très longtemps auparavant. La première cause qu'il rapporte de cet évènement est ridicule. Le roi Aménophis, dit-il, désira de voir les dieux. Or, quels dieux pouvait-il désirer de voir? Si c'était ceux qu'il adorait et qu'adoraient les Égyptiens, tels qu'étaient un bœuf, un bouc, un crocodile, un cynocéphale, ne pouvait-il pas les voir quand il le voulait. Que si c'étaient des dieux célestes et qu'il ne désirait de les voir que parce qu'un de ses prédécesseurs les avait vus, il pouvait donc savoir quels ils étaient et comment ils étaient faits, sans avoir besoin de se donner tant de peine. Mais ce prophète, dit on, par le moyen duquel ce prince espérait de voir les dieux, était très sage et très habile. Si cela est, je demande comment il n'a pas connu qu'il lui était impossible de satisfaire au désir de ce prince, et sur quoi il se fondait pour croire que ces lépreux et ces autres malades empêchaient que les dieux ne se rendissent visibles. Ne sait-on pas que ce ne sont point les défauts corporels qui les offensent, mais les impiétés el les crimes qui sont des vices de l'âme. Et comment aurait-il pu assembler presque en un moment quatre-vingt mille hommes infectés de ces cruelles maladies? Comment le roi au lieu de se contenter de les envoyer en exil, selon l'ordre de ce prétendu prophète, pour en purger son pays, les aurait-il employés à tirer et à tailler des pierres ? Que si ce prophète, comme le dit cet auteur, prévoyant quelle serait la colère des dieux et les maux dont l'Egypte serait affligée, résolut de se faire mourir, et laissa au roi cette révélation par écrit, je demande pourquoi il ne résista pas au désir qu'avait ce prince de voir les dieux, et comment des maux qui ne le regardaient point, puisqu'il ne serait plus au monde lorsqu'ils arriveraient pouvaient lui paraître plus redoutables que la mort qu'il se donna volontairement. Mais voici encore la plus grande et la plus ridicule de toutes les folies Car s'il avait la connaissance des choses futures et qu'elle lui donnait tant d'appréhension, comment, au lieu de faire chasser d'Egypte tous les lépreux, leur aurait-il fait accorder la ville d'Avaris, qui avait autrefois été habitée par les pasteurs, et où s'étant assemblés, il avaient choisi pour prince ce prêtre d'Héliopolis qui leur défendit d'adorer les dieux des Égyptiens, de faire difficulté de manger de la chair des animaux qu'ils révéraient comme des divinités, de contracter alliance avec ceux qui ne seraient pas de leurs mêmes sentiments, et qui les obligea par serment à observer inviolablement ces lois? A quoi cet auteur ajoute qu'après avoir fortifié cette ville, ils firent la guerre au roi Aménophis, envoyèrent à Jérusalem exhorter ceux qui l'habitaient de se joindre à eux dans cette entreprise, et à se rendre pour ça sujet à Avaris, qui avait autrefois été possédée par leurs ancêtres, d'où, attaquant tous ensemble l'Egypte, ils pourraient s'en rendre maîtres ; que ces descendants des pasteurs étant venus ensuite avec deux cent mille hommes, ils avaient fait la guerre à Aménophis; que ce prince, n'osant en venir à un combat de peur de résister à Dieu, s'était enfui en Ethiopie après avoir donné en garde à ses prêtres le bœuf nommé Apis et les autres animaux sacrés qu'il révérait comme ses dieux; qu'alors les Hierosomymitains saccagèrent les villes d'Egypte, brûlèrent les temples, et passèrent au fil de l'épée toute la noblesse  avec une cruauté inimaginable; que ce prêtre d'Héliopolis, qui les commandait, nommé Osarsiph, à cause du dieu Oriséus, adoré en celle ville, changea de nom il se fit appeler Moïse; qu'Aménophis retiré en Egypte en sortit avec de grandes forces, vainquit tes pasteurs et ceux qu'ils avaient appelés à leur secours, en tua un grand nombre, et poursuivit le reste jusque sur les frontières de Syrie.

Est il possible que Manéthon n'ait pas su qu'il n'y a rien de vraisemblable dans toute cette belle histoire? Car quand ces lépreux et les autres malades auraient été les plus animés du monde contre le roi pour les avoir si maltraités à la persuasion de ce prophète, n'auraient-ils pas changé de sentiment lorsqu'il les avait déchargés d'un travail aussi rude que celui de ces carrières, et leur avait donné une ville pour s'y retirer? Mais quand ils auraient continué dans leur haine pour lui, n'auraient-ils pu tâcher de se venger secrètement sans faire la guerre à toute l'Egypte où ils avaient tant de parents? El quand même rien n'aurait pu les retenir de faire la guerre aux hommes, auraient-ils pu se résoudre à la faire à leurs dieux, et travailler à renverser les lois de leurs pères ? Il faut donc savoir gré à Manéthon de ce qu'il n'attribue pas un si grand crime à ceux qui étaient venus de Jérusalem, mais aux Egyptiens mêmes et particulièrement à leurs prêtres qui les y avaient obligés par serment. Qu'y a t-il de plus extravagant que de dire que, nul des proches et des amis de ces lépreux n'ayant voulu se joindre à eux dans celle guerre, ils avaient envoyé à Jérusalem demander du secours à ceux qui ne leur étaient ni amis ni alliés, mais qu'ils devaient plutôt considérer comme leurs ennemis, tant leurs mœurs et leurs coutumes étaient différentes? Néanmoins cet auteur dit que ceux de Jérusalem se portèrent sans peine à faire ce qu'ils désiraient dans l'espérance de se rendre maîtres de l'Egypte, comme s'ils n'eussent pas connu par eux-mêmes ce pays d'où ils avaient été chassés. Que s'ils eussent été alors dans une grande misère, peut-être seraient-ils entrés dans ce dessein mais habitant une si grande et si belle ville et un pays abondant en toutes sortes de biens et plus fertile que l'Egypte, quelle apparence qu'ils eussent voulu s'engager dans un si grand péril pour contenter leurs anciens ennemis, avec qui, quand même ils auraient été leurs compatriotes, ils auraient dû craindre de se mêler étant infectés d'une telle maladie ? Car pouvaient-ils prévoir que le roi s'enfuirait, puisque cet auteur dit qu'il vint avec trois cent mille hommes jusqu'à Pélase à la rencontre de ces révoltés? Quant à ce qu'il accuse les Jérosolymitains d'avoir ainsi fait extrêmement souffrir le peuple, a-t il oublié qu'ayant supposé qu'ils étaient entrés comme ennemis, ce n'est pas un reproche qu'on puisse leur faire ; qu'il a dit qu'avant leur arrivée les lépreux avaient fait la même chose et s'y étaient même obligés par serment, et qu'il assure que quelques années après Aménophis vainquit les Jérosolymitains et les lépreux, en tua plusieurs, et les poursuivit jusqu'aux frontières de Syrie, comme s'il était si facile de se rendre maître de l'Egypte, et que ceux qui la possédaient alors par le droit de la guerre, sachant qu'Aménophis marchait contre eux, n'eussent pas pu lui fermer le passage du coté de l'Ethiopie ainsi qu'ils le pouvaient facilement, et assembler des forces pour lui résister? Y a-t-il aussi plus d'apparence à ce que cet auteur ajoute que ce prince n'en fit pas seulement un grand carnage, mais les poursuivit avec toute son armée à travers le désert jusqu'aux frontières de Syrie, puisque l'on sait que ce désert est si aride, que ne s'y trouvant presque point d'eau il est comme impossible que toute une armée le traverse quand sa marche serait la plus paisible du monde?

Il paraît par ce que je viens de dire que selon Manéthon même nous ne tirons point notre origine d'Egypte, ni n'avons point été mêles avec les Égyptiens. Et pour le regard de ces lépreux, il y a grande apparence que plusieurs seraient morts dans ces carrières. plusieurs dans les combats, et plusieurs autres dans leur fuite.

 



 

 

 

 

 

[219] Ἓν ἔτι μοι κεφάλαιον ὑπολείπεται τῶν κατὰ τὴν ἀρχὴν προτεθέντων τοῦ λόγου, τὰς διαβολὰς καὶ τὰς λοιδορίας, αἷς κέχρηνταί τινες κατὰ τοῦ γένους ἡμῶν, ἀποδεῖξαι ψευδεῖς καὶ τοῖς γεγραφόσι ταύτας καθ' ἑαυτῶν χρήσασθαι μάρτυσιν. [220] Ὅτι μὲν οὖν καὶ ἑτέροις τοῦτο πολλοῖς συμβέβηκε διὰ τὴν ἐνίων δυσμένειαν, οἶμαι γιγνώσκειν τοὺς πλέον ταῖς ἱστορίαις ἐντυγχάνοντας· καὶ γὰρ ἐθνῶν τινες καὶ τῶν ἐνδοξοτάτων πόλεων ῥυπαίνειν τὴν εὐγένειαν [221] καὶ τὰς πολιτείας ἐπεχείρησαν λοιδορεῖν, Θεόπομπος μὲν τὴν Ἀθηναίων, τὴν δὲ Λακεδαιμονίων Πολυκράτης, ὁ δὲ τὸν Τριπολιτικὸν γράψας, οὐ γὰρ δὴ Θεόπομπός ἐστιν ὡς οἴονταί τινες, καὶ τὴν Θηβαίων πόλιν προσέλαβεν, πολλὰ δὲ καὶ Τίμαιος ἐν ταῖς ἱστορίαις [222] περὶ τῶν προειρημένων καὶ περὶ ἄλλων βεβλασφήμηκεν. Μάλιστα δὲ τοῦτο ποιοῦσι τοῖς ἐνδοξοτάτοις προσπλεκόμενοι, τινὲς μὲν διὰ φθόνον καὶ κακοήθειαν, ἄλλοι δὲ διὰ τοῦ καινολογεῖν μνήμης ἀξιωθήσεσθαι νομίζοντες. Παρὰ μὲν οὖν τοῖς ἀνοήτοις ταύτης οὐ διαμαρτάνουσι τῆς ἐλπίδος, οἱ δ' ὑγιαίνοντες τῇ κρίσει πολλὴν αὐτῶν μοχθηρίαν καταδικάζουσι.

[223] Τῶν δὲ εἰς ἡμᾶς βλασφημιῶν ἤρξαντο μὲν Αἰγύπτιοι· βουλόμενοι δ' ἐκείνοις τινὲς χαρίζεσθαι παρατρέπειν ἐπεχείρησαν τὴν ἀλήθειαν, οὔτε τὴν εἰς Αἴγυπτον ἄφιξιν ὡς ἐγένετο τῶν ἡμετέρων [224] προγόνων ὁμολογοῦντες, οὔτε τὴν ἔξοδον ἀληθεύοντες. Αἰτίας δὲ πολλὰς ἔλαβον τοῦ μισεῖν καὶ φθονεῖν τὸ μὲν ἐξ ἀρχῆς, ὅτι κατὰ τὴν χώραν αὐτῶν ἐδυνάστευσαν ἡμῶν οἱ πρόγονοι κἀκεῖθεν ἀπαλλαγέντες ἐπὶ τὴν οἰκείαν πάλιν εὐδαιμόνησαν, εἶθ' ἡ τούτων ὑπεναντιότης πολλὴν αὐτοῖς ἐνεποίησεν ἔχθραν, τοσοῦτον τῆς ἡμετέρας διαφερούσης εὐσεβείας πρὸς τὴν ὑπ' ἐκείνων νενομισμένην, ὅσον θεοῦ φύσις ζῴων ἀλόγων διέστηκε. [225] Κοινὸν μὲν γὰρ αὐτοῖς ἐστι πάτριον τὸ ταῦτα θεοὺς νομίζειν, ἰδίᾳ δὲ πρὸς ἀλλήλους ἐν ταῖς τιμαῖς αὐτῶν διαφέρονται. Κοῦφοι δὲ καὶ ἀνόητοι παντάπασιν ἄνθρωποι κακῶς ἐξ ἀρχῆς εἰθισμένοι δοξάζειν περὶ θεῶν μιμήσασθαι μὲν τὴν σεμνότητα τῆς ἡμετέρας θεολογίας οὐκ [226] ἐχώρησαν, ὁρῶντες δὲ ζηλουμένους ὑπὸ πολλῶν ἐφθόνησαν. Εἰς τοσοῦτον γὰρ ἦλθον ἀνοίας καὶ μικροψυχίας ἔνιοι τῶν παρ' αὐτοῖς, ὥστ' οὐδὲ ταῖς ἀρχαίαις αὐτῶν ἀναγραφαῖς ὤκνησαν ἐναντία λέγειν, ἀλλὰ καὶ σφίσιν αὐτοῖς ἐναντία γράφοντες ὑπὸ τυφλότητος τοῦ πάθους ἠγνόησαν.

[227] Ἐφ' ἑνὸς δὲ πρώτου στήσω τὸν λόγον, ᾧ καὶ μάρτυρι [228] μικρὸν ἔμπροσθεν τῆς ἀρχαιότητος ἐχρησάμην. Ὁ γὰρ Μανεθὼς οὗτος ὁ τὴν Αἰγυπτιακὴν ἱστορίαν ἐκ τῶν ἱερῶν γραμμάτων μεθερμηνεύειν ὑπεσχημένος, προειπὼν τοὺς ἡμετέρους προγόνους πολλαῖς μυριάσιν ἐπὶ τὴν Αἴγυπτον ἐλθόντας κρατῆσαι τῶν ἐνοικούντων, εἶτ' αὐτὸς ὁμολογῶν χρόνῳ πάλιν ὕστερον ἐκπεσόντας τν νῦν Ἰουδαίαν κατασχεῖν καὶ κτίσαντας Ἱεροσόλυμα τὸν νεὼ κατασκευάσασθαι, [229] μέχρι μὲν τούτων ἠκολούθησε ταῖς ἀναγραφαῖς. Ἔπειτα δὲ δοὺς ἐξουσίαν αὑτῷ διὰ τοῦ φάναι γράψειν τὰ μυθευόμενα καὶ λεγόμενα περὶ τῶν Ἰουδαίων λόγους ἀπιθάνους παρενέβαλεν, ἀναμῖξαι βουλόμενος ἡμῖν πλῆθος Αἰγυπτίων λεπρῶν καὶ ἐπὶ ἄλλοις ἀρρωστήμασιν, ὥς φησι, φυγεῖν ἐκ τῆς Αἰγύπτου καταγνωσθέντων. [230] Ἀμένωφιν γὰρ βασιλέα προσθεὶς ψευδὲς ὄνομα καὶ διὰ τοῦτο χρόνον αὐτοῦ τῆς βασιλείας ὁρίσαι μὴ τολμήσας, καίτοι γε ἐπὶ τῶν ἄλλων βασιλέων ἀκριβῶς τὰ ἔτη προστιθείς, τούτῳ προσάπτει τινὰς μυθολογίας ἐπιλαθόμενος σχεδόν, ὅτι πεντακοσίοις ἔτεσι καὶ δεκαοκτὼ πρότερον ἱστόρηκε γενέσθαι τὴν τῶν ποιμένων ἔξοδον εἰς Ἱεροσόλυμα. [231] Τέθμωσις γὰρ ἦν βασιλεὺς ὅτε ἐξῄεσαν, ἀπὸ δὲ τούτων μεταξὺ τῶν βασιλέων κατ' αὐτόν ἐστι τριακόσια ἐνενηκοντατρία ἔτη μέχρι τῶν δύο ἀδελφῶν Σέθω καὶ Ἑρμαίου, ὧν τὸν μὲν Σέθων Αἴγυπτον, τὸν δὲ Ἕρμαιον Δαναὸν μετονομασθῆναί φησιν, ὃν ἐκβαλὼν ὁ Σέθως ἐβασίλευσεν ἔτη νθ καὶ μετ' αὐτὸν ὁ πρεσβύτερος τῶν υἱῶν αὐτοῦ Ῥάμψης ξστιγμα. [232] Τοσούτοις οὖν πρότερον ἔτεσιν ἀπελθεῖν ἐξ Αἰγύπτου τοὺς πατέρας ἡμῶν ὡμολογηκὼς εἶτα τὸν Ἀμένωφιν εἰσποιήσας ἐμβόλιμον βασιλέα φησὶν τοῦτον ἐπιθυμῆσαι θεῶν γενέσθαι θεατήν ὥσπερ Ὢρ εἷς τῶν πρὸ αὐτοῦ βεβασιλευκότων, ἀνενεγκεῖν δὲ τὴν ἐπιθυμίαν ὁμωνύμῳ μὲν αὐτῷ Ἀμενώφει πατρὸς δὲ Πάπιος ὄντι, θείας δὲ δοκοῦντι μετεσχηκέναι φύσεως [233] κατά τε σοφίαν καὶ πρόγνωσιν τῶν ἐσομένων. Εἰπεῖν οὖν αὐτῷ τοῦτον τὸν ὁμώνυμον, ὅτι δυνήσεται θεοὺς ἰδεῖν, εἰ καθαρὰν ἀπό τε λεπρῶν καὶ τῶν ἄλλων μιαρῶν ἀνθρώπων τὴν χώραν ἅπασαν ποιήσειεν. [234] Ἡσθέντα δὲ τὸν βασιλέα πάντας τοὺς τὰ σώματα λελωβημένους ἐκ τῆς Αἰγύπτου συναγαγεῖν γενέσθαι δὲ τοῦ πλήθους [235] μυριάδας ὀκτώ· καὶ τούτους εἰς τὰς λιθοτομίας τὰς ἐν τῷ πρὸς ἀνατολὴν μέρει τοῦ Νείλου ἐμβαλεῖν αὐτόν, ὅπως ἐργάζοιντο καὶ τῶν ἄλλων Αἰγυπτίων οἱ ἐγκεχωρισμένοι. Εἶναι δέ τινας [236] ἐν αὐτοῖς καὶ τῶν λογίων ἱερέων φησὶ λέπρᾳ συγκεχυμένους. Τὸν δὲ Ἀμένωφιν ἐκεῖνον, τὸν σοφὸν καὶ μαντικὸν ἄνδρα, ὑποδεῖσαι πρὸς αὐτόν τε καὶ τὸν βασιλέα χόλον τῶν θεῶν, εἰ βιασθέντες ὀφθήσονται. Καὶ προσθέμενον εἰπεῖν, ὅτι συμμαχήσουσί τινες τοῖς μιαροῖς καὶ τῆς Αἰγύπτου κρατήσουσιν ἐπ' ἔτη δεκατρία, μὴ τολμῆσαι μὲν αὐτὸν εἰπεῖν ταῦτα τῷ βασιλεῖ, γραφὴν δὲ καταλιπόντα περὶ πάντων [237] ἑαυτὸν ἀνελεῖν, ἐν ἀθυμίᾳ δὲ εἶναι τὸν βασιλέα. Κἄπειτα κατὰ λέξιν οὕτως γέγραφεν· τῶν δ' ἐν ταῖς λατομίαις ὡς χρόνος ἱκανὸς διῆλθεν ταλαιπωρούντων, ἀξιωθεὶς ὁ βασιλεύς, ἵνα πρὸς κατάλυσιν αὐτοῖς καὶ σκέπην ἀπομερίσῃ, τὴν τότε τῶν ποιμένων ἐρημωθεῖσαν πόλιν Αὔαριν συνεχώρησεν· ἔστι δ' ἡ πόλις κατὰ τὴν θεολογίαν ἄνωθεν Τυφώνιος. [238] Οἱ δὲ εἰς ταύτην εἰσελθόντες καὶ τὸν τόπον τοῦτον εἰς ἀπόστασιν ἔχοντες ἡγεμόνα αὐτῶν λεγόμενόν τινα τῶν Ἡλιοπολιτῶν ἱερέων Ὀσάρσηφον ἐστήσαντο καὶ τούτῳ πειθαρχήσοντες ἐν πᾶσιν ὡρκωμότησαν. [239] Ὁ δὲ πρῶτον μὲν αὐτοῖς νόμον ἔθετο μήτε προσκυνεῖν θεοὺς μήτε τῶν μάλιστα ἐν Αἰγύπτῳ θεμιστευομένων ἱερῶν ζῴων ἀπέχεσθαι μηδενός, πάντα δὲ θύειν καὶ [240] ἀναλοῦν, συνάπτεσθαι δὲ μηδενὶ πλὴν τῶν συνομωμοσμένων. Τοιαῦτα δὲ νομοθετήσας καὶ πλεῖστα ἄλλα μάλιστα τοῖς Αἰγυπτίοις ἐθισμοῖς ἐναντιούμενα ἐκέλευσεν πολυχειρίᾳ τὰ τῆς πόλεως ἐπισκευάζειν τείχη καὶ πρὸς πόλεμον ἑτοίμους γίνεσθαι τὸν πρὸς Ἀμένωφιν [241] τὸν βασιλέα. Αὐτὸς δὲ προσλαβόμενος μεθ' ἑαυτοῦ καὶ τῶν ἄλλων ἱερέων καὶ συμμεμιαμμένων ἔπεμψε πρέσβεις πρὸς τοὺς ὑπὸ Τεθμώσεως ἀπελαθέντας ποιμένας εἰς πόλιν τὴν καλουμένην Ἱεροσόλυμα, καὶ τὰ καθ' ἑαυτὸν καὶ τοὺς ἄλλους τοὺς συνατιμασθέντας [242] δηλώσας ἠξίου συνεπιστρατεύειν ὁμοθυμαδὸν ἐπ' Αἴγυπτον. Ἐπάξειν μὲν οὖν αὐτοὺς ἐπηγγείλατο πρῶτον μὲν εἰς Αὔαριν τὴν προγονικὴν αὐτῶν πατρίδα καὶ τὰ ἐπιτήδεια τοῖς ὄχλοις παρέξειν ἀφθόνως, ὑπερμαχήσεσθαι δὲ ὅτε δέοι καὶ ῥᾳδίως ὑποχείριον αὐτοῖς [243] τὴν χώραν ποιήσειν. Οἱ δὲ ὑπερχαρεῖς γενόμενοι πάντες προθύμως εἰς κ μυριάδας ἀνδρῶν συνεξώρμησαν καὶ μετ' οὐ πολὺ ἧκον εἰς Αὔαριν. Ἀμένωφις δ' ὁ τῶν Αἰγυπτίων βασιλεὺς ὡς ἐπύθετο τὰ κατὰ τὴν ἐκείνων ἔφοδον, οὐ μετρίως συνεχύθη τῆς [244] παρὰ Ἀμενώφεως τοῦ Παάπιος μνησθεὶς προδηλώσεως. Καὶ πρότερον συναγαγὼν πλῆθος Αἰγυπτίων καὶ βουλευσάμενος μετὰ τῶν ἐν τούτοις ἡγεμόνων τά τε ἱερὰ ζῷα τὰ πρῶτα μάλιστα ἐν τοῖς ἱεροῖς τιμώμενα ὥς γ' ἑαυτὸν μετεπέμψατο καὶ τοῖς κατὰ μέρος ἱερεῦσι [245] παρήγγελλεν ὡς ἀσφαλέστατα τῶν θεῶν συγκρύψαι τὰ ξόανα. Τὸν δὲ υἱὸν Σέθω τὸν καὶ Ῥαμεσσῆ ἀπὸ Ῥαψηοῦς τοῦ πατρὸς ὠνομασμένον πενταέτη ὄντα ἐξέθετο πρὸς τὸν ἑαυτοῦ φίλον. Αὐτὸς δὲ διαβὰς Τοῖς ἄλλοις Αἰγυπτίοις οὖσιν εἰς τριάκοντα μυριάδας ἀνδρῶν μαχιμωτάτων[246] καὶ τοῖς πολεμίοις ἀπαντήσας οὐ συνέβαλεν, ἀλλὰ μέλλειν θεομαχεῖν νομίσας παλινδρομήσας ἧκεν εἰς Μέμφιν ἀναλαβών τε τόν τε Ἆπιν καὶ τὰ ἄλλα τὰ ἐκεῖσε μεταπεμφθέντα ἱερὰ ζῷα εὐθὺς εἰς Αἰθιοπίαν σὺν ἅπαντι τῷ στόλῳ καὶ πλήθει τῶν Αἰγυπτίων ἀνήχθη· χάριτι γὰρ ἦν αὐτῷ ὑποχείριος ὁ τῶν Αἰθιόπων βασιλεύς. [247] Ὃς ὑποδεξάμενος καὶ τοὺς ὄχλους πάντας ὑπολαβὼν οἷς ἔσχεν ἡ χώρα τῶν πρὸς ἀνθρωπίνην τροφὴν ἐπιτηδείων, καὶ πόλεις καὶ κώμας πρὸς τὴν τῶν πεπρωμένων τρισκαίδεκα ἐτῶν ἀπὸ τῆς ἀρχῆς αὐτοῦ εἰς τὴν ἔκπτωσιν αὐτάρκεις, οὐχ ἧττον δὲ καὶ στρατόπεδον Αἰθιοπικὸν πρὸς φυλακὴν ἐπέταξε τοῖς παρ' [248] Ἀμενώφεως τοῦ βασιλέως ἐπὶ τῶν ὁρίων τῆς Αἰγύπτου. Καὶ τὰ μὲν κατὰ τὴν Αἰθιοπίαν τοιαῦτα. Οἱ δὲ Σολυμῖται κατελθόντες σὺν τοῖς μιαροῖς τῶν Αἰγυπτίων οὕτως ἀνοσίως καὶ τοῖς ἀνθρώποις προσηνέχθησαν, ὥστε τὴν τῶν προειρημένων κράτησιν χρυσὸν [249] φαίνεσθαι τοῖς τότε τὰ τούτων ἀσεβήματα θεωμένοις· καὶ γὰρ οὐ μόνον πόλεις καὶ κώμας ἐνέπρησαν οὐδὲ ἱεροσυλοῦντες οὐδὲ λυμαινόμενοι ξόανα θεῶν ἠρκοῦντο, ἀλλὰ καὶ τοῖς αὐτοῖς ὀπτανίοις τῶν σεβαστευομένων ἱερῶν ζῴων χρώμενοι διετέλουν καὶ θύτας καὶ σφαγεῖς τούτων ἱερεῖς καὶ προφήτας ἠνάγκαζον γίνεσθαι [250] καὶ γυμνοὺς ἐξέβαλλον. Λέγεται δέ, ὅτι τὴν πολιτείαν καὶ τοὺς νόμους αὐτοῖς καταβαλόμενος ἱερεὺς τὸ γένος Ἡλιοπολίτης ὄνομα Ὀσαρσὶφ ἀπὸ τοῦ ἐν Ἡλιουπόλει θεοῦ Ὀσίρεως, ὡς μετέβη εἰς τοῦτο τὸ γένος, μετετέθη τοὔνομα καὶ προσηγορεύθη Μωυσῆς.

[251] Ἃ μὲν οὖν Αἰγύπτιοι φέρουσι περὶ τῶν Ἰουδαίων ταῦτ' ἐστὶ καὶ ἕτερα πλείονα, ἃ παρίημι συντομίας ἕνεκα. Λέγει δὲ ὁ Μανεθὼς πάλιν, ὅτι μετὰ ταῦτα ἐπῆλθεν ὁ Ἀμένωφις ἀπὸ Αἰθιοπίας μετὰ μεγάλης δυνάμεως καὶ ὁ υἱὸς αὐτοῦ Ῥάμψης καὶ αὐτὸς ἔχων δύναμιν, καὶ συμβαλόντες οἱ δύο τοῖς ποιμέσι καὶ τοῖς μιαροῖς ἐνίκησαν αὐτοὺς καὶ πολλοὺς ἀποκτείναντες ἐδίωξαν αὐτοὺς ἄχρι τῶν ὁρίων τῆς Συρίας. [252] Ταῦτα μὲν καὶ τὰ τοιαῦτα Μανεθὼς συνέγραψεν. Ὅτι δὲ ληρεῖ καὶ ψεύδεται περιφανῶς, ἐπιδείξω προδιαστειλάμενος ἐκεῖνο τῶν ὕστερον πρὸς ἄλλους λεχθησομένων ἕνεκα· δέδωκε γὰρ οὗτος ἡμῖν καὶ ὡμολόγηκεν ἐξ ἀρχῆς τε μὴ εἶναι τὸ γένος Αἰγυπτίους, ἀλλ' αὐτοὺς ἔξωθεν ἐπελθόντας κρατῆσαι [253] τῆς Αἰγύπτου καὶ πάλιν ἐξ αὐτῆς ἀπελθεῖν. Ὅτι δ' οὐκ ἀνεμίχθησαν ἡμῖν ὕστερον τῶν Αἰγυπτίων οἱ τὰ σώματα λελωβημένοι, καὶ ὅτι ἐκ τούτων οὐκ ἦν Μωυσῆς ὁ τὸν λαὸν ἀγαγών, ἀλλὰ πολλαῖς ἐγεγόνει γενεαῖς πρότερον, ταῦτα πειράσομαι διὰ τῶν ὑπ' αὐτοῦ λεγομένων ἐλέγχειν.

[254] Πρώτην δὴ τὴν αἰτίαν τοῦ πλάσματος ὑποτίθεται καταγέλαστον· ὁ βασιλεὺς γάρ φησιν Ἀμένωφις ἐπεθύμησε τοὺς θεοὺς ἰδεῖν. Ποίους; Εἰ μὲν τοὺς παρ' αὐτοῖς νενομοθετημένους τὸν βοῦν [255] καὶ τράγον καὶ κροκοδείλους καὶ κυνοκεφάλους, ἑώρα. Τοὺς οὐρανίους δὲ πῶς ἐδύνατο; Καὶ διὰ τί ταύτην ἔσχε τὴν ἐπιθυμίαν; Ὅτι νὴ Δία καὶ πρότερος αὐτοῦ βασιλεὺς ἄλλος ἑωράκει. Παρ' ἐκείνου τοίνυν ἐπέπυστο, ποταποί τινές εἰσι καὶ τίνα τρόπον αὐτοὺς εἶδεν, ὥστε καινῆς αὐτῷ τέχνης οὐκ ἔδει. [256] Ἀλλὰ σοφὸς ἦν ὁ μάντις, δι' οὗ τοῦτο κατορθώσειν ὁ βασιλεὺς ὑπελάμβανε. Καὶ πῶς οὐ προέγνω τὸ ἀδύνατον αὐτοῦ τῆς ἐπιθυμίας; Οὐ γὰρ ἀπέβη. Τίνα δὲ καὶ λόγον εἶχε διὰ τοὺς ἠκρωτηριασμένους ἢ λεπρῶντας ἀφανεῖς εἶναι τοὺς θεούς; Ὀργίζονται γὰρ ἐπὶ τοῖς ἀσεβήμασιν, οὐκ ἐπὶ τοῖς ἐλαττώμασι τῶν σωμάτων. [257] Ὀκτὼ δὲ μυριάδας τῶν λεπρῶν καὶ κακῶς διακειμένων πῶς οἷόν τε μιᾷ σχεδὸν ἡμέρᾳ συλλεγῆναι; Πῶς δὲ παρήκουσεν τοῦ μάντεως ὁ βασιλεύς; Ὁ μὲν γὰρ αὐτὸν ἐκέλευσεν ἐξορίσαι τῆς Αἰγύπτου τοὺς λελωβημένους, ὁ δ' αὐτοὺς εἰς τὰς λιθοτομίας ἐνέβαλεν, ὥσπερ τῶν ἐργασομένων δεόμενος, ἀλλ' [258] οὐχὶ καθᾶραι τὴν χώραν προαιρούμενος. Φησὶ δὲ τὸν μὲν μάντιν αὑτὸν ἀνελεῖν τὴν ὀργὴν τῶν θεῶν προορώμενον καὶ τὰ συμβησόμενα περὶ τὴν Αἴγυπτον, τῷ δὲ βασιλεῖ γεγραμμένην τὴν πρόρρησιν καταλιπεῖν. Εἶτα πῶς οὐκ ἐξ ἀρχῆς ὁ μάντις τὸν αὑτοῦ θάνατον προηπίστατο; [259] Πῶς δὲ οὐκ εὐθὺς ἀντεῖπεν τῷ βασιλεῖ βουλομένῳ τοὺς θεοὺς ἰδεῖν; Πῶς δ' εὔλογος ὁ φόβος τῶν μὴ παρ' αὐτὸν συμβησομένων κακῶν; Ἦ τι χεῖρον ἔδει παθεῖν οὐδ' ἂν ἑαυτὸν ἔσπευδεν. [260] Τὸ δὲ δὴ πάντων εὐηθέστατον ἴδωμεν· πυθόμενος γὰρ ταῦτα καὶ περὶ τῶν μελλόντων φοβηθεὶς τοὺς λελωβημένους ἐκείνους, ὧν αὐτῷ καθαρεῦσαι προείρητο τὴν Αἴγυπτον, οὐδὲ τότε τῆς χώρας ἐξήλασεν, ἀλλὰ δεηθεῖσιν αὐτοῖς ἔδωκε πόλιν, ὥς φησι, τὴν πάλαι μὲν οἰκηθεῖσαν ὑπὸ τῶν ποιμένων, Αὔαριν δὲ καλουμένην. [261] Εἰς ἣν ἀθροισθέντας αὐτοὺς ἡγεμόνα φησὶν ἐξελέσθαι τῶν ἐξ Ἡλιουπόλεως πάλαι γεγονότων ἱερέων, καὶ τοῦτον αὐτοῖς εἰσηγήσασθαι μήτε θεοὺς προσκυνεῖν μήτε τῶν ἐπ' Αἰγύπτῳ θρησκευομένων ζῴων ἀπέχεσθαι, πάντα δὲ θύειν καὶ κατεσθίειν, συνάπτεσθαι δὲ μηδενὶ πλὴν τῶν συνομωμοσμένων, ὅρκοις τε τὸ πλῆθος ἐνδησάμενον, ἦ μὴν τούτοις ἐμμενεῖν τοῖς νόμοις, καὶ τειχίσαντα [262] τὴν Αὔαριν πρὸς τὸν βασιλέα πόλεμον ἐξενεγκεῖν. Καὶ προστίθησιν, ὅτι ἔπεμψεν εἰς Ἱεροσόλυμα παρακαλῶν ἐκείνους αὐτοῖς συμμαχεῖν καὶ δώσειν αὐτοῖς τὴν Αὔαριν ὑπισχνούμενος, εἶναι γὰρ αὐτὴν τοῖς ἐκ τῶν Ἱεροσολύμων ἀφιξομένοις προγονικήν, ἀφ' ἧς [263] ὁρμωμένους αὐτοὺς πᾶσαν τὴν Αἴγυπτον καθέξειν. Εἶτα τοὺς μὲν ἐπελθεῖν εἴκοσι στρατοῦ μυριάσι λέγει, τὸν βασιλέα δὲ τῶν Αἰγυπτίων Ἀμένωφιν οὐκ οἰόμενον δεῖν θεομαχεῖν εἰς τὴν Αἰθιοπίαν εὐθὺς ἀποδρᾶναι, τὸν δὲ Ἆπιν καί τινα τῶν ἄλλων ἱερῶν ζῴων παρατεθεικέναι τοῖς ἱερεῦσι διαφυλάττεσθαι κελεύσαντα. [264] Εἶτα τοὺς Ἱεροσολυμίτας ἐπελθόντας τάς τε πόλεις ἀνιστάναι καὶ τὰ ἱερὰ κατακαίειν καὶ τοὺς ἱππέας ἀποσφάττειν, ὅλως τε μηδεμιᾶς ἀπέχεσθαι [265] παρανομίας μηδὲ ὠμότητος. Ὁ δὲ τὴν πολιτείαν καὶ τοὺς νόμους αὐτοῖς καταβαλόμενος ἱερεύς, φησίν, ἦν τὸ γένος Ἡλιοπολίτης, ὄνομα δ' Ὀσαρσὴφ ἀπὸ τοῦ ἐν Ἡλιουπόλει θεοῦ Ὀσίρεως, [266] μεταθέμενος δὲ Μωυσῆν αὑτὸν προσηγόρευσε. Τρισκαιδεκάτῳ δέ φησιν ἔτει τὸν Ἀμένωφιν, τοσοῦτον γὰρ αὐτῷ χρόνον εἶναι τῆς ἐκπτώσεως πεπρωμένον, ἐξ Αἰθιοπίας ἐπελθόντα μετὰ πολλῆς στρατιᾶς καὶ συμβαλόντα τοῖς ποιμέσι καὶ τοῖς μιαροῖς νικῆσαί τε τῇ μάχῃ καὶ κτεῖναι πολλοὺς ἐπιδιώξαντα μέχρι τῶν τῆς Συρίας ὅρων.

[267] Ἐν τούτοις πάλιν οὐ συνίησιν ἀπιθάνως ψευδόμενος· οἱ γὰρ λεπροὶ καὶ τὸ μετ' αὐτῶν πλῆθος, εἰ καὶ πρότερον ὠργίζοντο τῷ βασιλεῖ καὶ τοῖς τὰ περὶ αὐτοὺς πεποιηκόσι κατὰ τε τὴν τοῦ μάντεως προαγόρευσιν, ἀλλ' ὅτε τῶν λιθοτομιῶν ἐξῆλθον καὶ πόλιν παρ' αὐτοῦ καὶ χώραν ἔλαβον, πάντως ἂν γεγόνεισαν πρᾳότεροι πρὸς αὐτόν. Εἰ δὲ δὴ κἀκεῖνον ἐμίσουν, ἰδίᾳ μὲν ἄνω ἐπεβούλευον, οὐκ ἂν δὲ πρὸς ἅπαντας ἤραντο πόλεμον, δῆλον ὅτι πλείστας ἔχοντες [269] συγγενείας τοσοῦτοί γε τὸ πλῆθος ὄντες. Ὅμως δὲ καὶ τοῖς ἀνθρώποις πολεμεῖν διεγνωκότες οὐκ ἂν εἰς τοὺς αὐτῶν θεοὺς πολεμεῖν ἐτόλμησαν οὐδ' ὑπεναντιωτάτους ἔθεντο νόμους τοῖς πατρίοις αὐτῶν [270] καὶ οἷς ἐνετράφησαν. Δεῖ δὲ ἡμᾶς τῷ Μανεθῶνι χάριν ἔχειν, ὅτι ταύτης τῆς παρανομίας οὐχὶ τοὺς ἐξ Ἱεροσολύμων ἐλθόντας ἀρχηγοὺς γενέσθαι φησίν, ἀλλ' αὐτοὺς ἐκείνους ὄντας Αἰγυπτίους καὶ τούτων μάλιστα τοὺς ἱερέας ἐπινοῆσαί τε ταῦτα καὶ ὁρκωμοτῆσαι τὸ πλῆθος. [271] Ἐκεῖνο μέντοι πῶς οὐκ ἄλογον, τῶν μὲν οἰκείων αὐτοῖς καὶ τῶν φίλων συναποστῆναι οὐδένα μηδὲ τοῦ πολέμου τὸν κίνδυνον συνάρασθαι, πέμψαι δὲ τοὺς μιαροὺς εἰς Ἱεροσόλυμα [272] καὶ τὴν παρ' ἐκείνων ἐπάγεσθαι συμμαχίαν; Ποίας αὐτοῖς φιλίας ἢ τίνος αὐτοῖς οἰκειότητος προυυπηργμένης; Τοὐναντίον γὰρ ἦσαν πολέμιοι καὶ τοῖς ἔθεσι πλεῖστον διέφερον. Ὁ δέ φησιν εὐθὺς ὑπακοῦσαι τοῖς ὑπισχνουμένοις, ὅτι τὴν Αἴγυπτον καθέξουσιν, ὥσπερ αὐτῶν οὐ σφόδρα τῆς χώρας ἐμπείρως ἐχόντων, ἧς βιασθέντες ἐκπεπτώκασιν. [273] Εἰ μὲν οὖν ἀπόρως ἢ κακῶς ἔπραττον, ἴσως ἂν καὶ παρεβάλλοντο, πόλιν δὲ κατοικοῦντες εὐδαίμονα καὶ χώραν πολλὴν κρείττω τῆς Αἰγύπτου καρπούμενοι, διὰ τί ποτ' ἂν ἐχθροῖς μὲν πάλαι τὰ δὲ σώματα λελωβημένοις, οὓς μηδὲ τῶν οἰκείων οὐδεὶς ὑπέμενε, τούτοις ἔμελλον παρακινδυνεύσειν βοηθοῦντες; Οὐ γὰρ] δή [274] γε τὸν γενησόμενον προῄδεσαν δρασμὸν τοῦ βασιλέως· τοὐναντίον γὰρ αὐτὸς εἴρηκεν, ὡς ὁ παῖς τοῦ Ἀμενώφιος τριάκοντα μυριάδας ἔχων εἰς τὸ Πηλούσιον ὑπηντίαζεν. Καὶ τοῦτο μὲν ᾖδεισαν πάντως οἱ παραγινόμενοι, τὴν δὲ μετάνοιαν αὐτοῦ καὶ τὴν φυγὴν πόθεν εἰκάζειν ἔμελλον; [275] Εἶτα κρατήσαντάς φησι τῆς Αἰγύπτου πολλὰ καὶ δεινὰ δρᾶν τοὺς ἐκ τῶν Ἱεροσολύμων ἐπιστρατεύσαντας καὶ περὶ τούτων ὀνειδίζει καθάπερ οὐ πολεμίους αὐτοῖς ἐπαγαγὼν ἢ δέον τοῖς ἔξωθεν ἐπικληθεῖσιν ἐγκαλεῖν, ὁπότε ταῦτα πρὸ τῆς ἐκείνων ἀφίξεως ἔπραττον καὶ πράξειν ὠμωμόκεσαν οἱ τὸ γένος Αἰγύπτιοι. [276] Ἀλλὰ καὶ χρόνοις ὕστερον Ἀμένωφις ἐπελθὼν ἐνίκησε μάχῃ καὶ κτείνων τοὺς πολεμίους μέχρι τῆς Συρίας ἤλασεν. Οὕτω γὰρ παντάπασίν ἐστιν ἡ Αἴγυπτος τοῖς ὁποθενδηποτοῦν ἐπιοῦσιν εὐάλωτος, [277] καὶ οἱ τότε πολέμῳ κρατοῦντες αὐτὴν ζῆν πυνθανόμενοι τὸν Ἀμένωφιν οὔτε τὰς ἐκ τῆς Αἰθιοπίας ἐμβολὰς ὠχύρωσαν πολλὴν εἰς τοῦτο παρασκευὴν ἔχοντες οὔτε τὴν ἄλλην ἡτοίμασαν δύναμιν, ὁ δὲ καὶ μέχρι τῆς Συρίας ἀναιρῶν, φησίν, αὐτοὺς ἠκολούθησε διὰ τῆς ψάμμου τῆς ἀνύδρου, δῆλον ὅτι οὐ ῥᾴδιον οὐδὲ ἀμαχεὶ στρατοπέδῳ διελθεῖν.

[278] Κατὰ μὲν οὖν τὸν Μανεθῶν οὔτε ἐκ τῆς Αἰγύπτου τὸ γένος ἡμῶν ἐστιν οὔτε τῶν ἐκεῖθέν τινες ἀνεμίχθησαν· τῶν γὰρ λεπρῶν καὶ νοσούντων πολλοὺς μὲν εἰκὸς ἐν ταῖς λιθοτομίαις ἀποθανεῖν πολὺν χρόνον ἐκεῖ γενομένους καὶ κακοπαθοῦντας, πολλοὺς δ' ἐν ταῖς μετὰ ταῦτα μάχαις, πλείστους δ' ἐν τῇ τελευταίᾳ καὶ τῇ φυγῇ.

 

XXIV

Les calomnies à l'adresse des Juifs. Raison générale.

219 Il me reste encore à traiter un des points essentiels annoncés au début de ce traité[135] : montrer la fausseté des accusations et des propos injurieux par lesquels on s'est attaqué à notre race, et invoquer contre ceux qui les ont écrits leur propre témoignage. 220 Que beaucoup d'autres peuples aient subi le même sort par l'inimitié de quelques-uns, c'est un fait connu, je pense, de ceux à qui la lecture des historiens est plus familière. 221 D'aucuns, en effet, ont essayé de salir la noblesse des peuples et des villes les plus illustres et de diffamer leur constitution, Théopompe celle d'Athènes, Polycrate celle de Lacédémone ; l'auteur des Trois cités - ce n'est pas Théopompe, comme certains le croient - a aussi déchiré Thèbes[136]. Timée également a, dans ses Histoires, beaucoup diffamé ces cités et d'autres encore[137]. 222 ils s'attachent surtout aux personnages les plus célèbres, les uns par envie et par malveillane, d'autres dans la pensée que ce langage nouveau les rendra dignes de mémoire. Auprès des sots ils ne sont point déçus dans cette espérance, mais les esprits au jugement sain condamnent leur grande méchanceté.

XXV

Elles vinrent d'abord des Égyptiens, qui les haïssaient.

223 Les calomnies à notre adresse vinrent d'abord des Égyptiens, puis, dans l'intention de leur être agréables, certains auteurs entreprirent d'altérer la vérité; ils n'avouèrent pas l'arrivée de nos ancêtres en Égypte telle qu'elle eut lieu, ni ne racontèrent sincèrement la façon dont ils en sortirent. 224 Les Égyptiens eurent bien des motifs de haine et d'envie : à l'origine la domination de nos ancêtres sur leur pays[138], et leur prospérité quand ils l'eurent quitté pour retourner chez eux. Puis l'opposition de leurs croyances et des nôtres leur inspira une haine profonde, car notre piété diffère de celle qui est en usage chez eux autant que l'être divin est éloigné des animaux privés de raison. 225 Toute leur nation, en effet, d'après une coutume héréditaire, prend les animaux pour des dieux, qu'ils honorent d'ailleurs chacun à sa façon, et ces hommes tout à fait légers et insensés, qui dès l'origine s'étaient accoutumés à des idées fausses sur les dieux, n'ont pas été capables de prendre modèle sur la dignité de notre religion, et nous ont jalousés en voyant combien elle trouvait de zélateurs. 226 Quelques-uns d'entre eux ont poussé la sottise et la petitesse au point de ne pas hésiter à se mettre en contradiction même avec leurs antiques annales, et, bien mieux, de ne pas s'apercevoir, dans l'aveuglement de leur passion, que leurs propres écrits les contredisaient.

XXVI

Calomnies de Manéthôs.

227 Le premier qui m'arrêtera, c'est celui dont le témoignage m'a déjà servi un peu plus haut à prouver notre antiquité. 228 Ce Manéthôs, qui avait promis de traduire l'histoire d'Égypte d'après les Livres sacrés, après avoir dit que nos aïeux, venus au nombre de plusieurs myriades en Égypte, établirent leur domination sur les habitants, avouant lui-même que, chassés plus tard, ils occupèrent la Judée actuelle, fondèrent Jérusalem et bâtirent le temple; Manéthôs, dis-je, a suivi jusque-là les annales. 229 Mais ensuite, il prend la liberté, sous prétexte de raconter les fables et les propos qui courent sur les Juifs, d'introduire des récits invraisemblables et veut nous confondre avec une foule d'Égyptiens lépreux et atteints d'autres maladies, condamnés pour cela, selon lui, à fuir l'Égypte. 230 En effet, après avoir cité le nom du roi Aménophis, qui est imaginaire, sans avoir osé, pour cette raison, fixer la durée de son règne, bien qu'à la mention des autres rois il ait exactement ajouté les années[139], il lui applique certaines légendes, oubliant sans doute que depuis cinq cent dix-huit ans, d'après son récit, avait eu lieu l'exode des pasteurs vers Jérusalem. 231 En effet, c'est sous le règne de Tethmôsis qu'ils partirent ; or, suivant l'auteur, les règnes qui succèdent à celui-là remplirent trois cent quatre-vingt-treize ans jusqu'aux deux frères Séthôs et Hermaios, dont le premier reçut, dit-il, le nouveau nom d'Ægyptos, et le second celui de Danaos. Séthôs, ayant chassé son frère, régna cinquante-neuf ans, et l'aîné de ses fils, Rampsès, lui succéda pendant soixante-six ans[140]. 232 Ainsi, après avoir avoué que tant d'années s'étaient écoulées depuis que nos pères avaient quitté l'Égypte[141], intercalant dans la suite le fabuleux roi Aménophis, il raconte que ce prince désira contempler les dieux comme l'avait fait Or, l'un de ses prédécesseurs au trône[142], et fit part de son désir à Aménophis, son homonyme, fils de Paapis, qui semblait participer à la nature divine par sa sagesse et sa connaissance de l'avenir[143]. 233 Cet homonyme lui dit qu'il pourrait réaliser son désir s'il nettoyait le pays entier des lépreux et des autres impurs. 234 Le roi se réjouit, réunit[144] tous les infirmes de l'Égypte - ils étaient au nombre de quatre-vingt mille - 235 et les envoya dans les carrières à l'est du Nil[145] travailler[146] à l'écart des autres Égyptiens. Il y avait parmi eux, suivant Manéthôs, quelques prêtres savants[147] atteints de la lèpre. 236 Alors cet Aménophis, le sage devin, craignit d'attirer sur lui et sur le roi la colère des dieux si on les forçait à se laisser contempler ; et, voyant des alliés dans l'avenir se joindre aux impurs et établir leur domination en Égypte pendant treize ans, il n'osa pas annoncer lui-même ces calamités au roi, mais il laissa le tout par écrit et se tua. Le roi tomba dans le découragement. 237 Ensuite Manéthôs s'exprime ainsi textuellement : « Les hommes enfermés dans les carrières souffraient depuis assez longtemps, lorsque le roi, supplié par eux de leur accorder un séjour et un abri, consentit à leur céder l'ancienne ville des Pasteurs, Avaris, alors abandonnée. 238 Cette ville, d'après la tradition théologique, est consacrée depuis l'origine à Typhon[148]. Ils y allèrent et, faisant de ce lieu la base d'opération d'une révolte, ils prirent pour chef un des prêtres d'Héliopolis nommé Osarseph[149] et lui jurèrent d'obéir à tous ses ordres. 239 Il leur prescrivit pour première loi de ne point adorer de dieux[150], de ne s'abstenir de la chair d'aucun des animaux que la loi divine rend le plus sacrés en Égypte[151], de les immoler tous, de les consommer et de ne s'unir qu'à des hommes liés par le même serment. 240 Après avoir édicté ces lois et un très grand nombre d'autres, en contradiction absolue avec les coutumes égyptiennes, il fit réparer par une multitude d'ouvriers les murailles de la ville et ordonna de se préparer à la guerre contre le roi Aménophis. 241 Lui-même s'associa quelques-uns des autres prêtres contaminés comme lui, envoya une ambassade vers les Pasteurs chassés par Tethmôsis, dans la ville nommée Jérusalem, et, leur exposant sa situation et celle de ses compagnons outragés comme lui, il les invita à se joindre à eux pour marcher tous ensemble sur l'Égypte. 242 Il leur promit de les conduire d'abord à Avaris, patrie de leurs ancêtres, et de fournir sans compter le nécessaire à leur multitude, puis de combattre pour eux, le moment venu, et de leur soumettre facilement le pays. 243 Les Pasteurs, au comble de la joie, s'empressèrent de se mettre en marche tous ensemble au nombre de deux cent mille hommes environ et peu après arrivèrent à Avaris. Le roi d'Égypte Aménophis, à la nouvelle de leur invasion, ne fut pas médiocrement troublé, car il se rappelait la prédiction d'Aménophis, fils de Paapis. 244 Il réunit d'abord une multitude d'Égyptiens, et après avoir délibéré avec leurs chefs, il se fit amener les animaux sacrés les plus vénérés dans les temples et recommanda aux prêtres de chaque district de cacher le plus sûrement possible les statues des dieux. 245 Quant à son fils  Séthôs, nommé aussi Ramessès du nom de son grand-père Rampsès[152], et âgé de cinq ans, il le fit emmener chez son ami[153]. Lui-même passa (le Nil) avec les autres Égyptiens, au nombre de trois cent mille guerriers bien exercés, et rencontra l'ennemi sans livrer pourtant bataille ; 246 mais pensant qu'il ne fallait pas combattre les dieux, il rebroussa chemin vers Memphis, où il prit l'Apis et les autres animaux sacrés qu'il y avait fait venir, puis aussitôt, avec toute son armée et le peuple d'Égypte, il monta en Éthiopie ; car le roi d'Éthiopie lui était soumis par la reconnaissance. 247 Celui-ci l'accueillit et entretint toute cette multitude à l'aide des produits du pays convenables à la nourriture des hommes, leur assigna des villes et des villages suffisants pour les treize ans d'exil imposés par le destin à Aménophis loin de son royaume, et n'en fit pas moins camper une armée éthiopienne aux frontières de l'Égypte pour protéger le roi Aménophis et les siens[154].

248 Les choses se passaient ainsi en Éthiopie. Cependant les Solymites firent une descente avec les Égyptiens impurs et traitèrent les habitants d'une façon si sacrilège et si cruelle que la domination des Pasteurs paraissait un âge d'or à ceux qui assistèrent alors à leurs impiétés. 249 Car non seulement ils incendièrent villes et villages, et ne se contentèrent pas de piller les temples et de mutiler les statues des dieux, mais encore ils ne cessaient d'user des sanctuaires comme de cuisines pour rôtir les animaux sacrés qu'on adorait, et ils obligeaient les prêtres et les prophètes à les immoler et à les égorger, puis les dépouillaient et les jetaient dehors. 250 On dit que le prêtre d'origine héliopolitainne qui leur donna une constitution et des lois, appelé Osarseph[155], du nom du dieu Osiris adoré à Héliopolis, en passant chez ce peuple changea de nom et prit celui de Moïse. »

XXVII

Sottises du récit de Manéthôs.

251 Voilà ce que les Égyptiens racontent sur les Juifs, sans compter bien d'autres histoires que je passe pour abréger. Manéthôs dit encore que dans la suite Aménophis revint d'Éthiopie, suivi d'une grande armée, ainsi que son fils Rampsès, à la tête d'une armée lui aussi, que tous deux ensemble attaquèrent les Pasteurs et les impurs, les vainquirent, et qu'après en avoir tué un grand nombre, ils les chassèrent jusqu'aux frontières de Syrie. Voilà, avec des faits du même genre, ce qu'a raconté Manéthôs[156]. 252 Or il dit manifestement des sottises et des mensonges, comme je vais le montrer en retenant d'abord ce fait, pour réfuter plus tard d'autres auteurs ; il nous a accordé et il a reconnu que notre race ne tire pas son origine des Égyptiens, mais que nos ancêtres vinrent du dehors s'emparer de l'Égypte et qu'ils la quittèrent. 253 Mais nous n'avons pas été mêlés dans la suite aux Égyptiens infirmes, et Moïse, qui conduisit le peuple, loin d'être des leurs, avait vécu bien des générations plus tôt, comme je vais essayer de le prouver par les propres discours de Manéthôs.

XXVIII

Absurdité du point de départ.

254 D'abord la cause sur laquelle il édifie sa fable est ridicule : « Le roi Aménophis, dit-il, désira voir les dieux. » Lesquels? Si ce sont les dieux consacrés par leurs lois, le boeuf, la chèvre, les crocodiles et les cynocéphales, il les voyait. 255 Quant à ceux du ciel, comment le pouvait-il? Et pourquoi eut-il ce désir ? - Parce que, par Zeus[157] déjà avant lui un autre roi les avait vus. - Il avait donc appris de lui leur nature et comment celui-ci avait pu les voir ; alors il n'avait pas besoin d'un nouveau moyen. - 256 Mais le devin grâce auquel le roi pensait réussir était, dit-on, un sage. - Alors comment n'a-t-il pas prévu que le désir du roi était irréalisable ? et en fait il ne s'est pas réalisé. Et pour quelle raison la présence des mutilés et des lépreux rendait-elle les dieux invisibles ? Les dieux s'irritent contre l'impiété, non contre les infirmités du corps. 257 Puis, comment quatre-vingt mille lépreux et malades ont-il pu être réunis presque en un seul jour ? Comment le roi n'a-t-il pas écouté le devin ? Il lui avait prescrit, en effet, de faire passer la frontière d'Égypte aux infirmes, et le roi les enferma dans les carrières, comme un homme qui a besoin d'ouvriers, mais non qui a décidé de purifier le pays. 258 D'après Manéthôs, le devin se tua parce qu'il prévoyait la colère des dieux et le sort réservé à l'Egypte, et il laissa au roi par écrit sa prédiction. Alors pourquoi dès le début le devis n'a-t-il pas eu la prescience de sa mort ? 259 Pourquoi n'a-t-il pas combattu tout de suite la volonté qu'avait le roi de voir les dieux? Puis, était-il raisonnable de craindre des maux qui ne se produiraient pas de son vivant ? Et pouvait-il lui arriver rien de pire que ce suicide précipité ? 260 Mais voyons le trait le plus absurde de tous. Informé de ces faits, et redoutant l'avenir, le roi, même alors, ne chassa pas du pays ces infirmes dont il devait, suivant la prédiction, purger l'Égypte, mais, sur leur demande, il leur donna pour ville, d'après Manéthôs, l'ancienne résidence des pasteurs, nommée Avaris. 261 Ils s'y réunirent en masse, dit-il, et choisirent un chef parmi les anciens prêtres d'Héliopolis, et ce chef leur apprit à ne point adorer de dieux, à ne point s'abstenir des animaux honorés d'un culte en Égypte, mais à les immoler et à les manger tous et à ne s'unir qu'à des hommes liés par le même serment; il fit jurer au peuple l'engagement de rester fidèle à ces lois, et, après avoir fortifié Avaris, il porta la guerre chez le roi. 262 Il envoya une ambassade à Jérusalem, ajoute Manéthôs, pour inviter le peuple de cette ville à s'allier à eux, avec la promesse de leur donner Avaris, car cette ville avait appartenu aux ancêtres de ceux qui viendraient de Jérusalem ; ils partiraient de là pour s'emparer de toute l'Égypte. 263 Puis, dit-il, ceux-ci firent invasion avec deux cent mille soldats, et le roi d'Égypte Aménophis, pensant qu'il ne fallait pas lutter contre les dieux, s'enfuit aussitôt en Éthiopie après avoir confié l'Apis et quelques-uns des autres animaux sacrés à la garde des prêtres. 264 Alors les Hiérosolymites, qui avaient envahi le pays, renversèrent les villes, incendièrent les temples, égorgèrent les prêtres, en un mot ne reculèrent devant aucun crime ni aucune cruauté. 265 Le fondateur de leur constitution et de leurs lois était, d'après notre auteur, un prêtre originaire d'Héliopolis, nommé Osarseph du nom d'Osiris, le dieu d'Héliopolis, mais il changea de nom et s'appela Moysès. 266 Treize ans plus tard - c'était la durée fixée par le destin à son exil - Aménophis, suivant Manéthôs, arriva d'Éthiopie avec une armée nombreuse, attaqua les Pasteurs et les impurs, remporta la victoire, et en tua un grand nombre après les avoir chassés jusqu'aux frontières de la Syrie[158].

XXIX

Invraisemblances de la suite du récit.

267 Là encore Manéthôs ne comprend pas l'invraisemblance de ses mensonges. Les lépreux et la foule qui les accompagnait, en admettant qu'ils fussent irrités au début contre le roi et ceux qui leur avaient infligé ce traitement suivant la prédiction du devin, se seraient en tout cas adoucis à son égard quand ils sortirent des carrières et reçurent de lui une ville et un pays. 268 Et Si même ils lui en avaient voulu, ils auraient conspiré contre sa personne et n'auraient point déclaré la guerre à tous les Égyptiens, alors qu'évidemment ils avaient parmi ceux-ci une foule de parents, nombreux comme ils étaient. 269 Même résolus à combattre aussi les Égyptiens, ils n'auraient point osé faire la guerre à leurs propres dieux et n'auraient point non plus rédigé des lois absolument contraires à celles de leurs pères, dans le respect desquelles ils avaient été élevés. 270 Nous devons savoir gré à Manéthôs de dire que, si les lois furent violées, ce ne fut point sur l'initiative des gens venus de Jérusalem, mais sur celle des Égyptiens eux-mêmes, et que leurs prêtres surtout s'en sont avisés et ont fait prêter serment à la foule. 271 Mais cette invention-ci n'est-elle point absurde ? Alors qu'aucun de leurs proches ou de leurs amis ne les suivit dans leur révolte ni ne prit sa part de leurs dangers, les contaminés envoyèrent à Jérusalem, et en ramenèrent des alliés ! 272 Quelle amitié, quelle parenté existait donc entre eux auparavant ? Au contraire, ils étaient ennemis et les moeurs les plus différentes les séparaient. Suivant lui, les gens de Jérusalem prêtèrent tout de suite l'oreille à la promesse qu'ils occuperaient l'Égypte, comme si eux-mêmes ne connaissaient point parfaitement le pays dont ils avaient été chassés par la force ! 273 Encore si leur situation avait été embarrassée ou mauvaise, peut-être se seraient-ils exposés au danger. Mais, habitant une ville opulente, et recueillant les fruits d'un vaste pays plus fertile que l'Egypte[159], pourquoi, dans l'intérêt d'anciens ennemis et d'estropiés qu'aucun même de leurs proches ne supportait, allaient-ils s'exposer au danger en les secourant ? Car certainement ils ne prévoyaient pas que le roi s'enfuirait. 274 Au contraire, Manéthôs dit lui-même qu'à la tête de trois cent mille hommes le fils d'Aménophis[160] marcha à leur rencontre dans la direction de Péluse[161]. La nouvelle en était notoire dans tous les cas parmi ceux qui étaient là; en revanche, d'où auraient-ils conjecturé qu'il changerait d'avis et prendrait la fuite ? - 275 Vainqueurs de l'Égypte, dit-il ensuite, les envahisseurs venus de Jérusalem commettaient mille sacrilèges qu'il leur reproche, comme s'il ne les avait pas introduits en qualité d'ennemis ou comme s'il était juste de faire un crime de cette conduite à des hommes appelés de l'étranger, alors qu'avant leur arrivée des Égyptiens de race commettaient ces mêmes impiétés et avaient juré de les commettre. 276 D'autre part, dans la suite Aménophis revint à la charge, gagna une bataille, et, tout en massacrant les ennemis, il les chassa jusqu'en Syrie. Ainsi, pour tous les envahisseurs, d'où qu'ils viennent, l'Égypte est une proie facile ; 277 ainsi, ses conquérants d'alors, informés qu'Aménophis était vivant, n'ont ni fortifié les routes par où l'on vient d'Éthiopie, bien qu'ils eussent pour le faire de nombreux armements, ni préparé leurs autres forces ! « Le roi, dit Manéthôs, les poursuivit jusqu'en Syrie en les massacrant, à travers le sable du désert ». Or, on sait que même sans combattre, il est difficile à une armée de le traverser.

XXX

Les Juifs ne sont pas Égyptiens d'origine.

278 Donc, d'après Manéthôs (lui-même), notre race n'est point originaire de l'Egypte, et elle n'a point été non plus mélangée d'hommes de ce pays ; car beaucoup de lépreux et de malades moururent vraisemblablement dans les carrières où ils avaient longtemps séjourné et souffert, beaucoup dans les combats qui suivirent, la plupart dans le dernier, et dans la fuite.

 

[162] Cf. la note sur § 231

[163] Cf. Lévitique xiii, 45-46 ; xiv.

[164] Sur l'exclusion du sacerdoce à raison d'un accident corporel, cf. Lévitique, xxii, 16-23.

[165] Cette étymologie est également donnée (avec l'addition nécessaire que ὐσῆς signifie sauvé) Antiq., II, 9, 6, § 228, et avec une légère variante par Philon, De vita Moysis, I, 4.

[166] Philosophe stoïcien, directeur du Musée d'Alexandrie, hiérogrammate et précepteur de l'empereur Néron. Très probablement identique au Xair®mvn LevnÛdou qui figure parmi les envoyés alexandrins auprès de l'empereur Claude (pap. 1912 du Br. Mus. = Bell, Jews and Christians in Egypt, p. 29).

[167] Josèphe lui-même (§ 298) interprète ainsi cette phrase obscure et probablement corrompue.

[168] Josèphe aura beau jeu à relever les contradictions des deux récits de Manéthôs et de Chærémon; mais il aurait dû simplement en conclure que ce dernier n'est qu'une modification arbitraire de celui de Manéthôs.

[169] Exode, vi, 16 suiv.

[170] Le chiffre de 170 ans quoique dérivé de Exode, vi, 16-20, est en contradiction avec la durée du séjour des Hébreux en Egypte, Exode, xix, 40 et Ant., II, 9, 1, § 204.

[171] Nouvelle défaillance de mémoire. On a vu (§ 245) que, d'après Manéthôs, Ramsès n'avait que cinq ans au moment de la fuite de son père. Cf. § 274.

[172] Chærémon ne dit rien de pareil (§ 292).

[173] Correction nécessaire (le ms. a 230.000), car 250.000 lépreux (§ 290) et 380.000 Pélusiens (§ 293) font 630.000 et Ramsès ne chasse que 200.000 Juifs (§ 292). On pourrait également songer à conserver 230.000 pour les morts et disparus, en lisant 400.000 pour les survivants, mais le chiffre 200.000 est attesté par deux fois, §§ 292 et 300.

[174] L'époque exacte de cet écrivain est inconnue. On sait seulement (Athénée, IV, 158 D) qu'il vécut après Mnaséas (IIe siècle). Il était d'Alexandrie et avait écrit, outre l'ouvrage cité par Josèphe, des Θηβαικὰ παράδοξα et des Νόστοι.

[175] Nous verrons plus loin. (II, 2, § 16) que ce Bocchoris est censé avoir vécu I 700 ans avant Josèphe ; on ne peut dans ce cas le confondre avec le Bocchoris de Manéthôs (XXIVe dynastie, VIIIe siècle ?), quoique la date de ce dernier prince concorde avec celle qu'Apion assignait à l'Exode. Diodore de Sicile (I, 65) mentionne un Bocchoris, difforme et rusé, qui aurait régné immédiatement après les constructeurs de pyramides ; peut-être est-ce le même qu'a en vue Lysimaque. Les anecdotes rapportées par divers auteurs sur le compte du roi Bocchoris ne précisent pas la date de ce prince.

[176] Le récit de Lysimaque est reproduit dans Tacite, Hist., V, 3, avec des détails supplémentaires, qui ont probablement la même provenance.

[177] Il est singulier que Josèphe n'ait pas relevé une autre contradiction entre Lysimaque et ses prédécesseurs : si tous les lépreux ont été noyés (§ 307), les Juifs ne sont donc pas des lépreux, mais seulement des impurs.

ville des Pasteurs, Avaris, alors abandonnée.