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RETOURNER A LA TABLE DES MATIÈRES DE PLINE L'ANCIEN ATTENTION : police unicode PLINE L'ANCIEN HISTOIRE NATURELLE LIVRE DIX-HUIT. Texte français Paris : Dubochet,
1848-1850.
LIVRE XVIII, TRAITANT DES CÉRÉALES.
I. Goût des anciens pour l'agriculture. Résumé : Faits, histoires et observations, 2060. Auteurs : Massurius Sabinus, Cassius Hémina, Verrius Flaccus, L. Pison, Celse, Turranius Gracilis, D. Silanus, M. Varron, Caton le Censeur, Scropha, les deux Saserna père et fils, Domitius Calvinus, Hygin, Virgile, Trogne Pompée, Ovide, Graecinus, Columelle, Tubéron, L. Tarutius qui a écrit en grec sur les astres, le dictateur César qui a écrit sur le même sujet, Sergius Paulus, Sabinus Fabianus, Cicéron, Calpurnius Bassus, Attéius Capiton, Mamilius Sura, Accius qui a écrit les Praxidica. Auteurs étrangers :
Hésiode, Théophraste, Aristote, Démocrite, le roi Hiéron, le roi
Attale Philométor, le roi Archélaûü, Archytas, Xénophon, Amphiloque d'Athènes,
Anaxipolls de Thasos, Aristophane de Milet, Apollodore de Lemnos, Antigone de
Cume, Agathocle de Chios, Apollonios de Pergame, Aristandre d'Athènes, Bacchius
de Milet, Bion de Soles, Chaeréas d'Athènes, Chraeriste d''Athènes, Diodore de
Priène, Dion de Colophen, Épigène de Rhodes, Évagon de Thasos, Euphronius
d'Athènes, Androtion qui a écrit sur l'agriculture, Æschrion qui a écrit sur le
même sujet, Lysimaque qui a écrit sur le même sujet, Denys qui a traduit Magon,
Diophane qui a fait un abrégé de Denys, Thalès, Eudoxe, Philippe, Calippe,
Dosithée, Parménisque,, Méton, Criton, Oenopide, Zénon, Euctémon,
Harpale,.Hécatée, Anaximandre, Sosigène, Hipparque, Aratus, Zoroastre, Archibius.
2. car le sujet lui-même, dans le corps de mon livre, m'amène à la considérer comme produisant aussi des substances nuisibles; et là-dessus nous la chargeons de nos crimes et lui imputons nos fautes. Elle a produit des poisons : qui les trouva, si ce n'est l'homme? Les oiseaux et les bêtes sauvages se contentent d'y prendre garde et de les éviter. Voyez : les éléphants et les ures savent aiguiser et limer leurs cornes contre un arbre, les rhinocéros contre un rocher; les sangliers affilent leurs dents en poignards contre les arbres et les rochers; les animaux sont habiles à se préparer pour nuire toutefois quel est celui d'entre eux, excepté l'homme, qui empoisonne ses armes? Nous, nous empoisonnons les flèches (XXV, 25; XXVII, 76), et au fer même nous donnons quelque chose de plus malfaisant ; nous, nous infectons les fleuves et les éléments de la nature. L'air même, qui entretient la vie, nous en faisons une cause de mort. 3. Et il ne faut pas parler ici d'ignorance chez les animaux : nous avons indiqué (VIII, 36, 41 et 2) les préparatifs qu'ils font pour combattre les serpents, et leurs inventions pour se guérir après le combat; et néanmoins aucun d'eux, si ce n'est l'homme, n'emploie pour arme un poison étranger. Avouons donc notre faute, nous qui ne nous contentons pas des poisons qui naissent spontanément. En effet, la main des hommes« prépare un grand nombre; que dis-je? n'est-il pas des hommes mêmes dont l'existence est comma un poison? Ils vibrent une langue livide comme celle des. serpents; leur âme venimeuse brûle ce qu'elle touche. Ils inculpent tout, et, semblables aux oiseaux funèbres (X, 16), ils troublent leurs ténèbres et le repos de leur nuit par un gémissement, seule voix qu'ils fassent entendre, voulant, comme les animaux de mauvais augure, empêcher par leur rencontre les autres d'agir et d'être utiles à la société. 4. La seule jouissance de ces êtres détestables, c'est de tout haïr; mais la nature, majestueuse en cela même, a engendré en plus grand nombre les hommes honnêtes et vertueux; comme elle est plus féconde en plantes salutaires et nutritives. C'est en vue de l'estime et de la joie de ces gens de bien qu'abandonnant la foule des méchants à leurs passions brûlantes, nous continuerons à servir l'humanité, et avec d'autant plus de constance que nous désirons plus faire un ouvrage utile qu'un ouvrage renommé. Nous n'avons, il est vrai, à parler que des campagnes et des travaux rustiques; mais chez les anciens c'était l'occupation principale et la plus honorée.
2. Numa établit l'usage d'honorer les dieux avec des grains, de les supplier en leur offrant une pâte salée, et, d'après Hémina, de rôtir le blé, attendu que, rôti, il donne une nourriture plus saine. Il n'eut qu'un moyen d'obtenir ce dernier point : ce fut en statuant que le blé n'était pas une offrande pure, à moins de passer par le feu. Il établit aussi les Fornacales, fêtes de la torréfaction du blé, et la fête des dieux Termes, non moins religieusement observée : c'étaient, en effet, les dieux que l'on connaissait surtout dans ces temps. On avait la déesse Séia, ainsi nommée de semer; la déesse Segesta, ainsi nommée des moissons (segetes) : nous voyons leurs statues dans le Cirque. La religion défend de prononcer le nom de la déesse Segesta sous un toit. On ne touchait même rias aux récoltes de grain ou de vin avant que les prêtres en eussent offert les prémices.
2. les Fabius, les Lentulus, les Cicéron, ont eu ces noms d'après l'espèce de légume qu'ils excellaient à cultiver. Dans la famille des Junius on nomma Bubulcus un homme qui savait très bien conduire les boeufs. Dans les cérémonies religieuses, rien de plus sacré que le mariage par confarréation ; et les nouvelles mariées portaient devant elles un gâteau de far (blé). Mal cultiver son champ était une négligence notée par les censeurs; et, comme le dit Caton (De re rust., preaf. ), on croyait très amplement louer celui qu'on disait bon cultivateur. De là vient le mot de locuples, riche; plenus loci, plein de terre; le nom de l'argent même, pecunia (XXXIII, 13), dérive de pecus, bétail. 3. Aujourd'hui encore, dans les registres des censeurs, on comprend sous le nom de pâturages tous les revenus publics, parce que les pâturages furent longtemps le seul revenu de l'État. Les amendes non plus ne s'imposaient qu'en moutons ou en boeufs; et il ne faut pas omettre la douceur des anciennes lois, qui ordonnaient, au magistrat infligeant l'amende, de ne condamner à un boeuf qu'après avoir condamné à un mouton. 4. On appelait bubétiens ceux qui célébraient des jeux pour les boeufs. Le roi Servius le premier imprima sur l'airain monnayé (XXXIII, 13) l'image des moutons et des boeufs. Faire paître furtivement pendant la nuit une récolte de grain obtenue par la charrue, ou la couper, était, d'après les Douze Tables (Tabula VII, 2), un crime capital pour un adulte; il était pendu pour satisfaire à Cérès, punition plus sévère que pour l'homicide : le coupable non adulte était battu de verges au gré du préteur, et le dommage se payait au double. 5. Les distinctions et le rang dans la cité même n'avaient pas d'autre origine: les tribus rustiques étaient les plus estimées, et se composaient de ceux qui avaient des terres; les tribus urbaines, où c'était une ignominie d'être transféré, étaient taxées de fainéantise : aussi n'étaient-elles qu'au nombre de quatre, portant, d'après les quartiers qu'elles habitaient, les noms de Suburrane, Palatine, Colline, Exquiline. Tous les neuf jours les gens de la campagne venaient à la ville pour le marché; en conséquence il n'était pas permis de tenir les comices ce jour-là, pour que le peuple de la campagne ne fût pas détourné de ses affaires. Le repos et le sommeil se prenaient sur la paille; enfin, en raison de l'honneur où était le blé, on donnait à la gloire elle-même le nom d'adorea (ador, blé). J'admire les locutions mêmes de l'ancien langage; voici ce qu'on lit dans les Commentaires des pontifes : « Pour tirer des augures par le sacrifice d'une chienne, prenez jour avant que le blé sorte du fourreau, et avant qu'il entre dans le fourreau. »
2. Trébius, dans son édilité (an de Rome 345), donna au peuple le blé à un as : pour cette raison on lui éleva à lui aussi des statues dans le Capitole et le Palatium; après sa mort, des hommes du peuple le portèrent sur leurs épaules au bûcher. On dit que, l'année où l'on transporta à Rome la Mère des dieux (au de Rome 550), la moisson fut plus abondante qu'elle ne l'avait été depuis dix ans. M. Varron rapporte que, l'année (an de Rome 604) où L. Métellus conduisit dans son triomphe de nombreux éléphants, le boisseau de blé se vendit un as (5 cent.) (XV, 1), ainsi qu'un conge (3 lit., 24) de vin, 30 livres de figues sèches, 10 livres d'huile, 12 livres de viande. 3. Et cette abondance ne provenait pas de vastes domaines empiétant sans cesse sur les voisins ; car la loi de Licinius Stolon avait limité à 500 jugères (125 hect.) la propriété foncière; et il fut lui-même condamné par sa propre loi, convaincu d'en posséder davantage, en employant son fils comme prête-nom. Et encore était-ce la mesure d'un temps où croissait la fortune de la république. On connaît en effet le discours de Manius Curius (VII, 15 ) après des triomphes et d'immenses conquêtes ajoutées à l'empire : « Il faut considérer comme un citoyen dangereux celui à qui sept jugères (1 hect., 75) ne suffisent pas. » C'était la mesure assignée au peuple après l'expulsion des rois. 4. Quelle était donc la cause d'une si grande fécondité? C'est qu'alors les champs étaient cultivés de la main des généraux; et l'on peut croire que la terre s'ouvrait avec complaisance sous un soc chargé de lauriers, sous un laboureur triomphal, soit que ces grands hommes donnassent aux semailles le même soin qu'a la guerre, et missent autant d'attention à la disposition de leurs champs qu'a celle de leur camp, soit que tout fructifie mieux sous des mains honnêtes, parce que tout se fait plus scrupuleusement. Les honneurs accordés à Séranus (an de Rome 497) le trouvèrent occupé à semer, d'où lui vint son surnom. Cincinnatus labourait sur le Vatican ses quatre jugères, qu'on nomme Prés Quinctiens, lorsqu'un messager lui apporta la dictature: celui-ci le trouva même, à ce qu'on rapporte, habit bas, et le visage plein de poussière. 5. « Habillez-vous, lui dit le messager, afin que je vous transmette les ordres du sénat et du peuple romain. » Il y avait alors de ces messagers portant le nom de viator, par cela même qu'ils allaient chercher aux champs les sénateurs et les généraux. Mais aujourd'hui ces mêmes campagnes sont livrées à des esclaves dont les pieds sont enchaînés, aux mains de malfaiteurs, à des hommes dont le visage est marqué; et cependant la terre ne demeure pas sourde. On la nomme mère, on appelle culte les soins qui lui sont rendus; elle accepte cet hommage, et on peut croire qu'elle n'est ni violentée ni indignée. Mais devons-nous nous étonner qu'elle ne récompense pas des esclaves comme elle récompensait des généraux ?
2. Chez les Romains la culture de la vigne ne commença qu'assez tard, et d'abord, comme cela était nécessaire, ils ne furent que laboureurs. Maintenant nous allons traiter des terres labourables, non pas d'une manière superficielle, mais, ainsi que nous l'avons fait jusqu'à présent, en recherchant curieusement les usages anciens et les découvertes postérieures, et en dévoilant à la fois la cause et la raison des choses. Nous parlerons aussi des constellations, indiquant les signes terrestres indubitables qui les accompagnent; d'autant plus que ceux qui jusqu'à présent ont traité avec quelque soin de cette matière peuvent passer pour avoir écrit pour toute autre classe que celle des laboureurs.
2. (V.) La population agricole ( Caton, De re rust., in praef.) produit les hommes les plus braves et les soldats les plus courageux, et qui pensent le moins à mal. N'achetez pas une ferme avec précipitation. N'épargnez pas votre peine dans les travaux rustiques, et surtout ne l'épargnez pas dans l'achat d'une terre on se repent toujours d'une mauvaise acquisition. Quand on achète une terre, il faut avant tout considérer l'eau, la terre et le voisin. Chacun de ces points est susceptible d'explications importantes et Incontestables. Caton recommande (Caton, ib.) en outre d'examiner chez les voisins la carnation : Dans un bon pays, dit-il, la carnation et belle. 3. Atilius Régulus, celui qui fut deux fois consul dans la guerre Punique, disait qu'il ne faut acheter ni une terre malsaine dans la contrée In plus fertile, ni la terre la plus saine dans une contrée stérile. La salubrité d'un lieu ne se reconnaît pas toujours au teint des habitants, car l'habitude fait qu'on résiste même à l'action des contrées malsaines ; en outre, il y a des localités salubres pendant une partie de l'année ; or, il n'y a de sains que les pays qui le sont toute l'année. C'est un mauvais fonds que celui qui lutte contre son mettre. Caton recommande (Caton, ib.) de tenir avant tout à ce que la terre, située comme il a été dit, soit bonne par elle-même; à ce qu'il y ait, dans le voisinage des gens de travail en grand nombre, et une ville importante; à ce qu'il y ait des rivières ou des routes pour l'exportation ; à ce que la terre soit bien bâtie et bien cultivée. Sur ce dernier point je vois qu'on se trompe généralement; on croit que la paresse du dernier propriétaire est en faveur de l'acheteur. 4. Rien de plus coûteux qu'une terre abandonnée. Aussi Caton dit-il (Caton, ib.) qu'il vaut mieux acheter d'un bon maître; qu'il ne faut pas mépriser témérairement la méthode d'autrui, et qu'il en est d'un champ comme d'un homme : quelque gain qu'il fasse, s'il est en même temps de grande dépense, il ne reste pas grand-chose. Caton (Caton, ib.) regarde un vignoble comme le fonds le plus productif, et il n'a pas tort; car il s'est préoccupé avant tout de la dépense. Il met au b second rang les jardins bien arrosés : cela n'est pas faux, s'ils sont situés auprès d'une ville. Les anciens appelaient les prés parata ( fonds tout prêts). Le même Caton, interrogé quel était le revenu le plus assuré, répondit: De bons prés; et ensuite? Des prés médiocres. Le sommaire de tout cela, c'est qu'il estimait le plus le revenu qui exigeait le moins de frais. Cela varie suivant la nature des lieux. Il disait, dans le même esprit (Caton, De re rust., II), qu'un agriculteur doit aimer à vendre; que dans la jeunesse il faut planter 6 sans hésiter, et qu'on ne doit bâtir que quand le fonds est planté, et alors même avec lenteur. Ce qu'il y a de mieux d'après le dicton vulgaire, c'est de profiter de ta folie d'autrui, mais pourvu que l'entretien de la maison de campagne ne soit pas à charge. Cependant on n'a pas tort de dire que celui qui est bien logé vient plus souvent à sa terre, et que le front du mettre est plus utile que son occiput.
2. Il est reconnu qu'il ne faut bâtir ni auprès des marais ni avec une rivière en face: Homère (Od., V, 469) a remarqué avec toute vérité que les fleuves exhalent toujours, avant l'aube, des vapeurs malsaines. La maison doit regarder le nord dans les localités chaudes, le midi dans les localités froides, le lever équinoxial dans les localités tempérées. Bien que, en parlant de la meilleure espèce de sol, nous puissions paraître avoir suffisamment exposé (XVII, 3) à quels caractères on la reconnaît, cependant nous en consignerons de nouveau certains indices traditionnels, en employant surtout les paroles de Caton. L'hièble, le prunier sauvage, la ronce, le petit bulbe (XIX, 30), le trèfle, l'herbe de pré, le chêne, le poirier et le pommier sauvages, sont les indices d'une terre à blé. Il en est de même de la couleur noire ou cendrée de la terre. Un terrain crayeux brûle, à moins qu'il ne soit très maigre; le sable brûle aussi, s'il n'est pas en même temps extrêmement fin : ces remarques sont beaucoup plus sûres pour les plaines que pour les coteaux. 3. Les anciens ont pense qu'avant tout il fallait une mesure dans l'étendue d'une terre ; car leur maxime était : Semer moins et labourer mieux; je vois que telle était aussi l'opinion de Virgile (Georg., II ). A dire vrai, les grandes propriétés ont perdu l'Italie, et elles commencent déjà à perdre les provinces. Six propriétaires possédaient la moitié de l'Afrique, lorsque l'empereur Néron les mit à mort. Cn. Pompée, par une grandeur d'âme spéciale dont il faut lui tenir compte, n'acheta jamais le champ d'un voisin. Magon veut qu'en achetant une terre on vende sa maison de ville; arrêt trop dur, et qui n'est pas conforme à l'utilité publique. C'est par cet exorde qu'il débute; cela montre du moins qu'il voulait que le propriétaire résidât. 4. Il faut ensuite s'occuper d'avoir des métayers entendus: Caton (De re rust., V) a donné beaucoup de préceptes à ce sujet. Quant à nous, qu'il nous suffise de dire que le métayer doit être presque aussi habile que le maître, sans toutefois avoir lui-même cette opinion. La plus mauvaise culture, comme tout travail exécuté par des désespérés, est celle que l'on fait par des esclaves enchaînés. On m'accusera peut-être de témérité d'énoncer une maxime des anciens qui pourra paraître complètement incroyable : c'est que rien n'est moins avantageux que de très bien cultiver. 5. L. Tarius Rufus, qui, né dans la dernière classe, arriva par ses talents militaires au consulat (an de Rome 737 ), et qui du reste était d'une économie antique, dépensa à acheter des terres dans le Picentin, et à les cultiver pour la gloire, au point que son héritier refusa l'héritage, environ cent millions de sesterces ( 21,000,000 fr.) qu'il avait amassés, grâce à la libéralité du dieu Auguste. Pensons-nous donc qu'il y a ruine et famine à cultiver pour la gloire? Oui sans doute ;le mieux, c'est que la mesure soit le juge de toutes choses. Bien cultiver est nécessaire; très bien cultiver est dispendieux, si ce n'est avec ses enfants, son métayer, ou les gens qu'on est obligé de nourrir. Autrement, quand le maure cultive, il n'est pas avantageux de faire certaines récoltes, si on compte ce que coûtera la main-d'oeuvre. Il ne faut pas, dit-on, cultiver avec trop de soin l'olivier ni certaines terres, en Sicile par exemple (XVI, 3) ; aussi les étrangers y sont-ils trompés.
2. Le même esprit a dicté ces autres oracles : Mauvais laboureur, qui achète ce que le fonds peut fournir; mauvais père de famille, qui fait de jour ce qu'on peut faire de nuit, à moins que le temps ne le permette pas; plus mauvais, qui fait les jours ouvrables ce qui devrait être fait les jours fériés; plus mauvais encore, qui travaille par un beau temps sous son toit plutôt que dans son champ. 3. Je ne puis m'empêcher de citer un exemple pris dans l'antiquité, et témoignant qu'on était dans l'usage de porter devant le peuple même des affaires relatives à l'agriculture, et montrant aussi comment se défendaient les hommes de ce temps. C. Furius Crésinus, affranchi, tirant d'un très petit champ des récoltes beaucoup plus abondantes que ses voisins n'en tiraient de champs très considérables, était l'objet d'une grande jalousie; et on l'accusait d'attirer les moissons d'autrui par des maléfices. 4. En conséquence il fut cité par Sp. Albinus, édile curule. Craignant d'être condamné quand les tribus iraient aux suffrages, il vint sur le forum avec tous les instruments rustiques, des gens robustes et, comme dit Pison, bien nourris et bien vêtus, des outils parfaitement faits, de forts hoyaux, des socs pesants, des boeufs bien repus; puis il dit : Voilà, Romains, mes maléfices ; et je ne puis vous montrer ni faire venir sur le forum mes fatigues, mes veilles et mes sueurs. Il fut absous d'un suffrage unanime. En effet, la culture veut du travail et non de la dépense; aussi les anciens ont-ils dit que l'oeil du maître était ce qui fertilisait le mieux un champ. 5. Nous donnerons en lieu et place les préceptes spéciaux à chaque espèce de culture; en attendant, nous n'omettrons pas les préceptes généraux qui se présentent : d'abord voici un précepte de Caton aussi humain qu'utile: a Agissez de manière à être aimé de vos voisins. Il en donne les raisons; nous pensons qu'elles ne sont douteuses pour personne. Autre recommandation que le même auteur met au rang des plus importantes : c'est que les gens de la métairie ne soient pas mal. Il est de maxime générale en agriculture qu'il ne faut rien faire tardivement; en second lieu, que chaque chose doit être faite en son temps; en troisième lieu, qu'on cherche en vain à rattraper l'occasion perdue. 6. La malédiction de Caton coutre la terre cariée a été suffisamment exposée (XVII, 19 ) ; voici une autre sentence qu'il ne cesse de répéter : « Tout ce qui se peut faire avec un âne coûte très peu. » La fougère meurt au bout de deux ans, si on ne la laisse pas pousser des feuilles; un moyen très efficace d'y réussir, c'est d'en abattre à coups de bâton les branches quand elle bourgeonne. Le suc qui s'en écoule tue les racines. On dit encore qu'elle ne repousse pas, si on l'arrache vers le solstice d'été, ou si on la coupe avec un roseau, ou si on la déracine avec une charrue sur laquelle on a mis un roseau. Réciproquement (XXIV, 50 ) on prescrit de déraciner le roseau avec une charrue sur laquelle on a mis de la fougère. Un' champ rempli de jonc doit être retourné avec la pelle, mais dans les endroits pierreux avec la houe. 7. C'est le feu qui détruit le mieux les broussailles. Il est très avantageux de saigner par des fossés et de dessécher un champ trop humide; de laisser les fossés ouverts dans les terrains crayeux; de les assurer par des haies dans une terre trop meuble, de peur qu'ils ne s'éboulent, ou de les faire en forme de tuile creuse renversée; de couvrir certains fossés que l'on conduit dans d'autres plus grands et plus larges; d'eu garnir le fond, si l'on a cette commodité, avec un lit de cailloux ou de graviers; d'en consolider l'ouverture de chaque côté avec deux pierres surmontées d'une troisième en travers. Démocrite a indiqué le moyen d'extirper une forêt : c'est de faire macérer, pendant un jour, de la fleur de lupin dans du suc de ciguë, et d'en arroser les racines des arbres.
2. Tous les légumes, excepté la fève, ont une racine unique, racine dure, attendu qu'elle ne se ramifie pas beaucoup. Le pois chiche a la racine la plus profonde. La racine du blé a des fibres nombreuses, sans ramifications. L'orge lève sept jours après la semaison; les légumes, quatre jours, ou, au plus tard, sept; la fève, du quinzième au vingtième ; les légumes, au bout de trois en Égypte. Dans l'orge, l'une des extrémités du grain produit la racine, l'autre produit la tige, qui fleurit avant les autres céréales. De la partie la plus grosse du grain [des céréales] sort la racine; de la partie la plus mince, la fleur. Dans les autres graines, c'est de la même partie que sortent la fleur et la racine. 3. Les blés, pendant l'hiver, sont en herbe ; au printemps, les blés d'hiver s'élèvent en paille; le mil et le panic, en une tige géniculée et creuse; le sésame, en une tige férulacée. Le fruit de toutes ces semences on est renfermé dans des épis, comme le blé, l'orge, et est défendu par un quadruple rempart d'arêtes, ou est renfermé dans des gousses, comme sur les légumineuses, ;tu est contenu dans des capsules, comme sur le sésame et le pavot. Le mil et le panic appartiennent en commun au cultivateur et aux petits oiseaux; car ils sont renfermés sans défense des tuniques. Le panic est ainsi nommé du mot panicule; la tête en est languissamment penchée, la tige en diminue peu à peu de grosseur, presque aussi dure qu'un scion d'arbre; les grains en sont très serrés les uns contre les autres, et l'épi très allongé a un pied. 4. La chevelure du mil qui renferme la graine est frangée et recourbée. On distingue plusieurs espèces de panic: le panic à mamelles, dont la grappe est divisée en plusieurs épis et dont la tète est double. On distingue aussi le panic à ses couleurs : blanche, noire, rousse et même pourprée. On fait diverses sortes de pain avec le mil (Panicum miliaceum, L.) ; on en fait rarement avec le panic (holcus sorghum, L.) Aucun grain n'est plus pesant que le mil, ou ne grossit plus par la cuisson. Un boisseau donne soixante livres de pain ; et trois septiers mouillés, un boisseau de bouillie. Il y a dix ans qu'on a apporté de l'Inde en Italie un mil de couleur foncée, à gros grains et à tige de roseau; cette tige très grande s'élève à la hauteur de sept pieds; on nomme ce grain loba; c'est le plus productif de tous : un seul grain en produit trois septiers; il faut le semer dans les terrains humides (maïs?). 5. Certains blés commencent à former l'épi au troisième noeud, d'autres au quatrième; mais l'épi est encore caché. Le froment a quatre noeuds, le far (épeautre à deux rangées, triticum dicoccum) six, l'orge huit. Jamais ces blés ne forment d'épis avant que le nombre de ces noeuds soit complet; Ils commencent à fleurir quatre jours ou cinq au plus tard après que l'épi s'est montré; ils défleurissent en autant de jours ou un peu plus. L'orge fleurit au plus tard en sept jours. Varron dit que les grains sont formés au bout de quatre fois neuf jours, et qu'on les moissonne le neuvième mois. 6. Les fèves sortent en feuilles, et puis poussent une tige qui n'est coupée par aucuns noeuds. Les autres légumineuses ont une tige ligneuse, et, parmi elles, le pois chiche, l'ers, la lentille, sont rameux. La tige de certaines de ces plantes, des pois par exemple, est rampante, si elles ne sont pas ramées; sans cette précaution la qualité s'altère. Des légumineuses, la fève seule et le lupin sont unicaules; chez les autres la tige est rameuse et très mince, chez toutes fistuleuse. 7. Quelques plantes produisent la feuille par la racine, d'autres parle sommet;-mais le blé, l'orge, la vesce, et tout ce qui est en paille, n'a qu'une feuille au sommet. Ces feuilles dans l'orge sont rudes, polies sur les autres. Elles sont, au contraire, multiples dans la fève, le pois chiche et le pois. La feuille est semblable à celle du roseau dans le blé, ronde dans la fève et dans une grande partie des légumineuses. Elle est allongée dans l'ervilia (lathyrus cicera, L.) et le pois. Elle est veinée dans le phaséole (XVI, 92), couleur de sang dans le sésame et dans l'irio (sisymbrium irio, L.). Le lupin et le pavot seuls perdent leurs feuilles. Les légumineuses restent longtemps en fleur, et surtout l'ers et le pois chiche; mais la floraison de la fève est la plus longue de toutes, elle dure quarante jours ; chaque rameau ne fleurit pas aussi longtemps; mais un rameau fleurit quand l'autre défleurit. La récolte n'y est pas non plus simultanée, comme elle l'est dans le blé; les gousses se forment à des époques diverses et d'abord à la partie inférieure, la fleur montant peu à peu. 8. Les blés, quand ils ont passé fleur, grossissent et mûrissent généralement en quarante jours ; il en est de même de la fève. Le pois chiche mûrit en très peu de jours; il est bon à cueillir quarante jours après avoir été semé. Le mil, le panic, le sésame et tous les grains d'été sont mûrs quarante jours après la floraison, avec de grandes 1 différences suivant le sol et le ciel. En effet, dans l'Égypte, l'orge se récolte six mois, le blé sept mois après avoir été semés ; dans la Grèce, l'orge au bout de six mois, au bout de huit mois dans le Péloponnèse, et le blé encore plus tardivement. Les grains portés sur du chaume sont renfermés dans un épi chevelu; dans les fèves et les autres légumineuses, ils sont alternativement fixés aux parois de la gousse. Les blés résistent mieux à l'hiver; les légumes fournissent une nourriture plus substantielle. 9. Le blé a plusieurs enveloppes. L'orge est nue ainsi que farines (XVIII, 20, 6), mais surtout l'avoine. Le chaume est plus élevé dans le blé que dans l'orge. L'épi est plus piquant dans l'orge. On bat sur l'aire le blé, le siligo (XVIII, 20, 1) et l'orge; on les sème nettoyés tels qu'on les moud, parce qu'on ne les passe pas au feu. Au contraire, le far, le mil, le panic, ne peuvent être nettoyés sans être passés au feu ; aussi les sème-t-on crus, avec leurs enveloppes. On conserve le far dans l'épi pour le semer, sans le passer au feu.
2. Elle préférait à toute espèce de blé les blés appelés Dracontiens, Strangiens et Sélénusiens. Le caractère de ces espèces est un très gros chaume; aussi les Grecs les attribuaient-ils à un sol gras. Ils recommandaient de semer dans des terrains humides les espèces les plus légères, celles dont le chaume est le plus petit, attendu qu'elles avaient besoin de beaucoup d'aliment. Telles furent les opinions sous le règne d'Alexandre le Grand, lorsque la Grèce était au comble de la gloire et le pays le plus puissant de l'univers : cependant, cent quarante-cinq ans environ avant la mort de ce prince, le poète Sophocle loua, dans sa pièce de Triptolème, le blé d'Italie avant tous les autres. Voici sa pensée, traduite mot pour mot : « L'Italie fortunée se couvre de blanc froment. » Cette blancheur est encore aujourd'hui la qualité particulière du blé d'Italie; aussi suis-je étonné que les Grecs de l'âge suivant n'en aient fait aucune mention. 3. Parmi les blés qu'on importe à Rome, les plus légers sont ceux de la Gaule et de la Chersonèse; car, en grain, ils ne pèsent pas plus de vingt livres par boisseau. Le blé de Sardaigne pèse une demi-livre de plus, celui d'Alexandrie dix onces; c'est aussi le poids de celui de Sicile. Le blé de Béotie pèse une livre entière de plus; celui d'Afrique, une livre trois quarts. Dans l'Italie transpadane, il est à ma connaissance que le boisseau de far pèse vingt-cinq livres, et même, dans les environs de Clusium, vingt-six. Une règle naturelle, c'est que dans toute espèce de blé le pain de munition dépasse d'un tiers le poids du blé. De même le meilleur blé est celui qui, dans la panification, absorbe un conge d'eau (3 litr., 24). 4. Certaines espèces de blé employées sans mélange donnent ce tiers en sus : ainsi le blé des Baléares rend par boisseau trente-cinq livres de pain ; d'autres blés mêlés par portion égale, comme celui de Chypre et d'Alexandrie, donnent aussi ce poids, bien que le grain ne dépasse pas vingt livres. Le blé de Chypre est brun, et donne un pain noir; aussi le mêle-t-on au blé blanc d'Alexandrie, et ils rendent vingt-cinq livres de pain. Le blé de Thèbes en Égypte rend une livre de plus. Pétrir le pain avec l'eau de mer, ce que l'on fait généralement sur les côtes pour épargner le sel, est chose très mauvaise; aucune cause ne prédispose davantage les hommes aux maladies. La Gaule et l'Espagne, qui font une boisson avec les espèces de blé indiquées ailleurs (XIV, 29), emploient pour levain la levure qui se concrète; aussi le pain est-il dans ces contrées plus léger que dans les autres. 5. Le blé offre aussi des différences en raison de la paille : plus elle est grosse, mieux il vaut. Le blé de Thrace est revêtu d'un très grand nombre d'enveloppes qu'exige le froid excessif de ces contrées. C'est aussi le froid qui a fait découvrir le blé de trois mois (blé de mars ), la terre étant couverte de neige pendant le reste de l'année; trois mois environ après qu'il a été semé, on le récolte en Thrace ainsi que dans les autres pays. Cette espèce est connue dans toutes les Alpes, et aucun blé ne réussit mieux dans les provinces septentrionales; il n'a qu'une seule tige, nulle part il n'est volumineux, et il ne se sème que dans une terre légère. 6. Il y a aussi dans les environs d'Aenos, en Thrace, un blé de deux mois qui mûrit quarante jours après avoir été semé chose remarquable, aucun blé n'est plus pesant, et il ne rend pas de son ; la Sicile et l'Achaïe le cultivent dans leurs parties montueuses, ainsi que l'Eubée, autour de Caryste : tant est grande l'erreur de Columelle (De re rust., 9), qui a pensé qu'il n'existait pas même de blé particulier de trois mois ! Le fait est que les blés de printemps sont connus depuis très longtemps; les Grecs les nomment setanies. On dit que dans la Bactriane il y e des blés si gros, qu'un seul grain égale nos épis.
2. D'autres nettoient l'orge fraîchement égrenée des épis verts, l'humectent, la battent dans un mortier, la lavent dans des paniers, la sèchent au soleil, la battent de nouveau, la nettoient, et la font moudre. De quelque manière qu'on prépare la polenta, on prend toujours vingt livres d'orge, trois livres de graine de lin, .une demi-livre de coriandre, un acétabule (0 litr., 068) de sel; on fait d'abord rôtir, puis moudre ce mélange. Ceux qui veulent le garder plus longtemps le mettent, avec la farine et le son, dans des pots de terre neufs. En Italie on rôtit l'orge sans l'arroser préalablement, on en fait une farine très fine, après y avoir mêlé les ingrédients cités, et même du mil. Le pain d'orge, dont usaient les anciens, a été rejeté, et ce n'est plus guère qu'une nourriture pour les animaux.
2. La paille est des meilleures; aucune ne lui est comparable pour litière. L'orge est de tous les grains le moins exposé aux accidents, car on l'enlève avant que la rouille s'empare du blé; aussi les laboureurs sages ne sèment du blé que ce qu'il en faut pour leur nourriture. On dit que l'orge se sème avec un sarcloir, ce qui la fait pousser très vite; et la plus productive est celle qui a été récoltée à Carthagène en Espagne, au mois d'avril; on la sème dans ce même mois en Celtibérie, et elle donne deux récoltes dans la même année. On moissonne toutes les orges, dès qu'elles sont mûres, avec plus de hâte que les autres blés; car la paille en est fragile, et le grain renfermé dans une enveloppe très mince. On assure aussi que la polenta est meilleure si l'on a récolté l'orge avant la maturité parfaite.
2. De tous les blés le far est le plus dur et résiste le mieux aux hivers; il s'accommode des localités les plus froides, les moins préparées, ou brûlantes et dépourvues d'eau. Ce fut le premier aliment des anciens habitants du Latium: une grande preuve qu'il en était ainsi, est dans les distributions d'adorea qu'on faisait comme nous l'avons dit (XVIII, 3). Il est évident que pendant longtemps les Romains ont vécu de puis ( pâte) et non de pain; car aujourd'hui encore on appelle pulmentarium, qui vient de puis, ce qui se mange avec le pain; et Ennius, poète très ancien, décrivant la famine d'un siège, rapporte que les pères arrachaient la portion de puis à leurs enfants en pleurs. Aujourd'hui les sacrifices suivant les anciens rites et ceux du jour natal se font avec de la puis frite. La puis parait avoir été aussi Inconnue à la Grèce que la polenta à l'Italie.
2. Le meilleur pain se fait en Italie, pourvu qu'on mêle au siligo de Campanie celui de Pise; le premier est roux, le second est blanc : celui qui est mêlé de craie (XVIII, 29) est plus pesant. Le siligo de Campanie, qu'on nomme châtré, doit rendre par boisseau quatre setiers de fleur de farine, ou, quand il n'est pas châtré, cinq setiers plus un demi-boisseau de fleur de farine, quatre setiers de grosse farine à faire le pain bis, et quatre setiers de son. Le siligo de Pise rend cinq setiers s de farine; le reste est égal. 3. Le siligo de Clusium et celui d'Arétia donnent même six setiers de farine; les autres produits sont égaux. Mais si l'on veut faire de la fine farine, on obtient 16 livres de pain blanc, 3 livres de pain bis, et un demi-boisseau de son. Ces différences tiennent à la mouture. Les grains que l'on moud secs rendent plus de farine; humectés avec de l'eau salée, ils donnent une farine plus blanche, mais il en reste davantage dans le son. Le nom seul montre que farine vient de far. Un boisseau de farine de siligo des Gaules donne 22 livres de pain, d'Italie 24 ou 25 livres, pour le pain cuit (XVIII, 27) dans une tourtière; car pour le pain cuit au four il faut ajouter deux livres des deux côtés. 4. (X.) Le froment produit un similago très estimé. En Afrique, un boisseau doit rendre un demi-boisseau de similago et cinq setiers de pollen ; on donne le nom de pollen, dans le froment, à ce qu'on appelle fleur dans le siligo; les fonderies de cuivre et les fabriques de papyrus s'en servent; en outre il rend quatre setiers de grosse farine et quatre setiers de son. Un boisseau de similago donne 122 livres de pain, et un boisseau de fleur de farine de siligo, 117. Quand les grains sont à un prix moyeu, cette farine vaut 40 as le boisseau ; le similago bluté, 8 as de plus; le siligo bluté, le double. Du temps de Lucius Paulus, on a distingué autrement les qualités de similago : la première rendait 17 livres de pain, la seconde 18, la troisième 19 et 1/3, et de plus deux livres et demie de pain de seconde qualité, deux livres et demie de pain bis et six setiers de son. (Similago, sorte de semoule.) 5. Le siligo ne mûrit jamais tout à la fois, et aucune céréale ne supporte moins les délais, car il est si tendre, que les épis qui sont parvenus à la maturité laissent aussitôt tomber le grain; mais sur pied il court moins de dangers que les autres blés, attendu qu'il a toujours l'épi droit, et qu'il ne retient pas la rosée, qui cause la rouille. 6. L'arinca (triticum hibernum, L.) donne un pain très savoureux. Ce grain est plus ramassé que le far ; l'épi est plus grand, il est aussi plus pesant. IlI est rare que le boisseau en grain ne pèse pas 16 livres pleines. En Grèce, il ne se bat que difficilement : aussi Homère (Il., V, 195) dit-il qu'on le donne aux bêtes de somme; c'est le blé qu'il appelle olyra. Cette espèce est facile à battre en Égypte, et produit beaucoup. Le far est sans barbes; le siligo aussi, excepté celui qu'on appelle siligo de Laconie. Outre les blés indiqués, on a encore l'avoine, le siligo de Laconie, le tragos, toutes espèces exotiques venues de l' Orient et semblables au riz. La tiphé appartient aussi à cette catégorie, et on en fait dans nos contrées un grain mondé semblable au riz. Les Grecs ont la zéa (T. spella, L. ), et l'on dit que la zéa et la tiphé (T. monococcum, L.) dégénérant repassent, si on les sème mondés, à l'état de froment; non pas immédiatement, mais la troisième année.
2. L'ervllia (lathyrus cicera, L.) se traite comme la lentille. Quant au sésame, on le macère dans l'eau chaude, on l'étend, puis on le frotte, et on le plonge dans l'eau froide, pour faire surnager les pailles; on l'expose de nouveau au soleil sur des linges; si on n'opère pas rapidement, il prend une couleur terne et moisit. Les grains même qui se mondent se pilent de diverses manières. L'épi pilé seul se nomme acus (paille); il ne sert qu'aux orfèvres (XXXIII, 19 ); mais si on bat l'épi sur l'aire avec le chaume, la paille, comme presque partout, est employée à la nourriture des bêtes de somme. Les résidus du mil, du panic et du sésame nettoyés se nomment apluda, et portent ailleurs d'autres noms.
2. Quand on faisait du pain d'orge, il levait avec de la farine d'ers ou de cicercule (XXII, 72); la dose était deux livres pour deux boisseaux et demi. Maintenant le levain se fait avec la farine même : on la pétrit avant d'ajouter le sel, on la cuit jusqu'à consistance de bouillie, et on la laisse jusqu'à ce qu'elle aigrisse. Mais d'ordinaire on ne la fait même pas cuire, et on se borne à employer de la matière gardée de la veille. Il est évident que ce qui fait lever la pâte, c'est une substance acide; il est évident aussi que les personnes qui se nourrissent de pain levé sont plus vigoureuses. Notons que les anciens ont pensé que le froment le plus pesant était le plus sain.
2. en effet, il absorbe et filtre des pluies abondantes, et, ne se laissant pas détremper et convertir en boue, il reste d'une culture facile. Ce terroir ne rend par aucune source l'eau qu'il a reçue, mais il la tempère, il la digère et la renferme en lui-même comme un suc nourricier. On le sème pendant toute l'année, une fois avec du panic, deux fois avec du far; et cependant au printemps ces terres, qui ont eu un moment de repos, donnent des roses plus parfumées que les roses cultivées. Ainsi cette terre ne cesse jamais de produire ; 3. aussi dit-on communément que chez les Campaniens il se fait plus de parfums que d'huile chez les autres. Autant le territoire campanien l'emporte sur tous les autres pays, autant un seul de ses cantons nommé Labour ( III, 9, 8), et par les Grecs Phlégréen, l'emporte sur tout le reste. Le Labour est limité des deux côtés par une voie consulaire : l'une va de Putéoles à Capoue, l'autre de Cumes à Capoue. 4. L'alica se prépare avec la zéa, que nous avons appelée semence (XVIII, 20, 6) : on en pille le grain dans un mortier de bois, de peur qu'il ne s'écrase dans une pierre dure. Celui qui se pile au pilon, travail auquel sont condamnés les esclaves enchaînés, a, comme on sait, plus de réputation; l'extrémité du pilon est garnie d'une capsule de fer. Les enveloppes étant enlevées, on concasse de nouveau avec les mêmes instruments le grain mis à nu. On fait de la sorte trois espèces d'alica : la plus fine, la seconde et la plus grosse, qui est nommée aphaerema. Ces espèces n'ont pas encore la blancheur qui les distingue; cependant déjà on les préfère à l'alica d'Alexandrie. 5. Ensuite, chose singulière, on mêle à l'alica une craie qui s'y incorpore, et qui la rend blanche et tendre. Cette craie se trouve entre Putéoles et Naples, dans une colline appelée Leucogée; et il existe un décret du dieu Auguste pour ordonner qu'on payerait ( il établissait une colonie à Capoue) annuellement de son trésor, pour cette colline, 20,000 sesterces (4,200 fr.) aux Napolitains; et il motiva cette redevance sur ce que les Campaniens avaient déclaré que l'alica ne pouvait pas se préparer sans ce fossile. Dans la même colline on trouve du soufre; et il en jaillit les sources Oraxes, bonnes pour éclaircir la vue, guérir les plaies et affermir les dents. 6. L'alica fausse se fait surtout avec une zéa qui dégénère en Afrique; les épis en sont plus larges, plus noirs, et la paille est courte. On pile ce grain avec du sable; et, malgré cela, c'est avec difficulté qu'on en ôte les utricules, et, mis à nu, il ne remplit plus que la moitié de la mesure ; ensuite on y ajoute un quart de plâtre; et quand ce plâtre y est bien incorporé, on tamise le tout dans un tamis à farine. L'alica qui reste sur le tamis se nomme exceptice, et est la plus grosse. Celle qui a passé est tamisée de nouveau avec un tamis plus serré, et elle se nomme alica seconde. Enfin on donne le nom de cribraria à l'alica qui, à son tour, reste sur un tamis très serré et ne laissant passer que le sable. Il y a un autre moyen d'en fabriquer partout : on trie les grains les plus blancs et les plus gros du froment; on les fait cuire à demi dans des pots de terre, puis on les fait sécher au soleil jusqu'à ce qu'ils reviennent à leur premier état; enfin on les brise sous la meule, après les avoir légèrement arrosés. Le graneum de zéa est plus beau que celui de froment, quoique ce ne soit toujours qu'une fausse alica; on le blanchit en y mêlant, au lieu de craie, du lait bouilli.
2. Pythagore en condamne l'usage pour cette raison; mais, suivant d'autres, parce que les anses des morts sont dans les fèves. C'est cette dernière opinion qui fait qu'on en prend dans les Parentales (repas funèbres). D'après Varron, le flamine n'en mange pas pour la même cause, et aussi parce qu'on trouve dans la fleur de la fève des lettres lugubres. Les fèves sont l'objet d'une cérémonie religieuse spéciale : l'usage est de rapporter des moissons pour l'auspice une fève qui, pour cela, est appelée referiva (rapportée). On pense aussi qu'il est lucratif de s'en servir dans les enchères publiques. Toujours est-il que, seule de tous les grains, la fève, même rongée, se remplit au croissant de la lune. Elle ne cuit pas complètement dans de l'eau de mer s ou dans toute autre eau salée. 3. Elle se sème avant le coucher des Pléiades, et le premier de tous les légumes, afin que l'hiver passe dessus. Virgile (Géorg., I, 215) prescrit de la semer pendant le printemps, suivant l'usage de l'Italie Circumpadane. Mais la plupart des agriculteurs préfèrent les fèves semées de bonne heure aux fèves de trois mois; eu effet, les gousses et les tiges des premières sont un fourrage très agréable pour le bétail. La fève demande de l'eau surtout pendant la floraison; elle en désire peu quand la fleur est passée. 4. Elle fertilise, comme de l'engrais, le sol où elle a été semée. Aussi, dans la Macédoine et la Thessalie, on retourne le sol quand elle commence à fleurir. Elle vient spontanément dans la plupart des localités, par exemple dans les îles de l'Océan septentrional que pour cette raison les Romains nomment Fabaries (IV, 17 ); elle vient aussi à l'état sauvage dans la Mauritanie, mais elle est très dure et ne cuit pas. 5. L'Égypte produit une fève qui vient sur une tige épineuse; aussi les crocodiles l'évitent, craignant pour leurs yeux. La tige est longue de quatre coudées, elle est très grosse; elle n'a point de noeuds, et elle est tendre. La tête en est semblable à celle du pavot, et couleur de rose; elle renferme des fèves, dont le nombre ne dépasse pas trente. Les feuilles sont larges. Le fruit lui-même est amer et odorant; mais la racine constitue un mets excellent pour les habitants, soit crue, soit cuite; elle ressemble à celle des roseaux. Cette plante croît aussi en Syrie, en Cilicie et sur les bords du Toron, lac de la Chalcide (nymphaea nelumbo, L.).
2. Après le vin et le blé, c'est la meilleure récolte dans l'Italie transpadane. La rave n'est pas difficile pour le terrain; elle vient là où, pour ainsi dire, on ne pourrait semer rien autre chose. Le brouillard, le givre, le froid l'alimentent spontanément, et elle atteint une grosseur merveilleuse. J'en ai vu qui passaient quarante livres. Pour la table nous les apprêtons de plusieurs manières. Elles se conservent jusqu'aux raves nouvelles, confites dans de la moutarde. On leur donne, outre leur couleur naturelle, six couleurs, parmi lesquelles est la couleur de pourpre : c'est le seul aliment que l'on teigne. 3. Les Grecs ont distingué deux premières espèces, la rave mâle et la rave femelle. La différence provient du mode de semer, mais la graine est la même; semée serrée ou dans une terre difficile, la rave vient mâle. La graine est d'autant meilleure qu'elle est plus petite. Il y a trois espèces de raves : la première est large, la seconde est arrondie, la troisième est appelée sauvage; elle a une racine allongée, de la ressemblance avec le raifort, la feuille anguleuse et rude, un suc âcre qui, recueilli vers le temps de la moisson et mêlé à du lait de femme, purge les yeux et éclaircit la vue. On pense que le froid rend les raves plus douces et plus grosses. La chaleur les fait pousser en feuilles. Les plus estimées sont celles qui viennent dans le territoire de Nursia; elles se vendent un sesterce (21 cent.) la livre, et deux quand elles sont rares; les meilleures ensuite sont celles du mont Algide.
2. Il recherche surtout les lieux sablonneux, secs, et même couverts de gravier. Il ne veut aucune culture; il aime tellement la terre, que, bien que jeté sur un sol couvert de broussailles, au milieu des feuilles et des ronces, il atteint néanmoins le sol par sa racine. Nous avons dit (XVII, 6, 7) qu'il engraisse les champs et les vignobles où on le sème : bien loin d'avoir besoin de fumier, il tient lieu du meilleur engrais. Seul il n'exige aucune dépense, et pour le semer il n'est pas même besoin de l'apporter : il se ressème aussitôt dans le champ d'où il provient, et il ne demande pas même à être répandu sur le terrain, car il tombe spontanément. On le sème le premier de tous, on le récolte le dernier. 3. Ces deux opérations se font généralement dans le mois de septembre; car si on ne prévient pas l'hiver, il souffre des froids. Si des pluies ne viennent pas immédiatement le recouvrir de terre, on le laisse impunément abandonné sur le sol, aucun animal n'y touchant à cause de son amertume. Toutefois on le sème généralement dans un sillon peu profond, et on le recouvre. Parmi les terres fortes, il aime surtout la rouge. Pour engraisser cette terre, il faut retourner le lupin après la troisième floraison, dans une terre sablonneuse après la seconde. 4. Il ne hait que les terrains crayeux et fangeux, et il n'y vient pas : macéré dans de l'eau chaude, les hommes même le mangent. Un boisseau rassasie un bœuf, et lui donne de la force; mis sur le ventre des enfants, il sert de remède. Il est bon de le passer à la fumée ; car, en lieu humide, de petits vers en rongent le germe, et le rendent inutile pour la reproduction. S'il a été mangé en herbe par le bétail, il faut aussitôt l'enfouir par un labourage.
2. Le sol où on veut la semer, épierré et nettoyé, reçoit une façon en automne; puis on le laboure et on le herse; on y fait passer la herse jusqu'à trois fois, à cinq jours d'intervalle, et en ajoutant du fumier. La luzerne veut un terrain non arrosé et plein de suc, ou un terrain arrosé. Le sol ainsi préparé, on la sème en mai; autrement elle craindrait les gelées. Il est nécessaire de semer serré pour remplir tout le terrain, et exclure les herbes qui naîtraient dans les interstices. On obtient ce résultat avec vingt boisseaux par jugère (25 ares). Il faut, pour que le soleil ne brûle pas la graine, la remuer aussitôt, et la recouvrir de terre. Si le sol est humide et fécond en herbes, la luzerne est vaincue, et vous n'avez plus qu'un pré. 3. Aussi faut-il tout d'abord la débarrasser, dès qu'elle a un doigt de haut, de toutes les herbes, avec la main plutôt qu'avec le sarcloir. On la coupe quand elle commence à fleurir, et toutes les fois qu'elle a refleuri. Cela se renouvelle six fois par an, quatre fois au moins. Il faut l'empêcher de grener, parce que le fourrage en est meilleur jusqu'à trois ans. Au printemps, on doit la sarcler et la débarrasser des autres herbes. A trois ans il faut la racler à rez terre avec les marres : cette opération tue les autres herbes sans l'endommager, à cause de la profondeur de ses racines. 4. Si les herbes prennent le dessus, l'unique remède est de labourer, retournant plusieurs fois le sol, jusqu'à ce que toutes les autres racines meurent. Il ne faut pas donner la luzerne jusqu'à satiété, de peur qu'il ne soit nécessaire de pratiquer des déplétions sanguines. Verte, elle est plus avantageuse; en séchant elle devient ligneuse, et finalement elle se réduit en une poussière inutile. Quant au cytise (XIII, 47 ), rangé aussi au premier rang parmi les meilleurs fourrages, nous en avons suffisamment parlé à propos des arbrisseaux. Et maintenant il faut achever l'histoire de toutes les céréales, et parler des maladies qui font une partie de cette histoire.
2. Les vents, à trois époques, font du mal au blé et à l'orge : dans la fleur, ou immédiatement après la fleur passée, ou quand ils commencent à mûrir. Dans le dernier cas, ils épuisent le grain ; dans les deux premiers, ils l'empêchent de naître. De fréquents coups de soleil du milieu des nuages nuisent aussi. Il naît encore des vermisseaux dans la racine, quand, des pluies ayant suivi les semailles, une chaleur soudaine a renfermé l'humidité dans le sol. Il s'en produit aussi dans le grain, quand l'épi s'échauffe par des chaleurs survenues après des pluies. 3. Il est en outre un petit scarabée, nommé cantharis, qui ronge les blés. Tous ces animaux meurent quand la nourriture leur manque. L'huile, la poix, la graisse, sont nuisibles aux semences, et il faut se garder de semer des graines qui auraient été en contact avec ces substances. La pluie n'est utile qu'aux grains en herbe; elle nuit au blé et à l'orge pendant la fleur; elle ne fait aucun mal aux légumes, si ce n'est au pois chiche. Les blés qui commencent à mûrir souffrent de la pluie, l'orge plus que les autres. Je mentionnerai aussi une herbe blanche, semblable au panic, qui 'croit dans les champs, et qui est mortelle aux bestiaux ; 4. car-je rangerai plutôt parmi les maladies des céréales que parmi les Réaux de 'la terre même. l'ivraie, le tribulus (XXI, 58), le chardon, la lappa (gratteron, galium aparine, L.), ainsi que les ronces. La rouille (nielle), maladie des céréales et des vignes due à l'intempérie des saisons, est plus nuisible qu'aucune autre; elle est très fréquente dans les localités où la rosée est abondante, dans les vallées qui ne sont pas balayées par les vents; au contraire, les lieux ex posés aux vents et élevés en sont exempts. Parmi les maladies des moissons est aussi l'exubérance, quand et les versent accablées par le poids de leur fécondité. La chenille est une maladie commune à toutes les espèces, même au pois chiche, quand la pluie, ayant enlevé la salure qui lui est naturelle, l'a rendu plus doux (XVIII, 32 ). 5. Il est une herbe qui tue le pois chiche et l'ers, en s'enroulant autour; on la nomme orobanche (lathyrus aphaca, L.). L'ivraie en fait autant au blé; la plante dite aegilops (aegilops ovata, L.), à l'orge; la securidaca (coronilla securidaca, L.), nommée pour sa ressemblance pelecinon (hache) par les Grecs, à la lentille. Ces plantes tuent en s'enroulant: Près de Philippes est une herbe nommée atéramnon dans un sol gras, téramnon dans un sol maigre, et qui tue la fève quand, mouillée, celle-ci a reçu le souffle d'un certain vent. 6. Le grain de l'ivraie, très petit, est renfermé en une enveloppe piquante; dans le pain, il cause très promptement des vertiges; et on dit qu'en Asie et en Grèce les baigneurs, s'ils veulent chasser la foule, jettent cette graine sur des charbons ardents. Le phalangion (XI, 28), petite espèce d'araignée, naît dans l'ers, quand l'hiver a été humide. Des limaces naissent dans la vesce; et quelquefois il sort de terre de petits limaçons qui rongent ce légume d'une manière étonnante. Tel-les sont à peu près les maladies. |