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PLINE L'ANCIEN

HISTOIRE NATURELLE

LIVRE DIX-SEPT.

livre 16                livre 18

Texte français

Paris : Dubochet, 1848-1850.

édition d'Émile Littré

 


 

LIVRE XVII,

TRAITANT DES ARBRES CULTIVéS.

I. Prix extraordinaire de certain arbres.
II. Nature du ciel pour les arbres. Quelle doit être l'exposition des vignobles.
III. Quelle est la meilleure terre.
IV. Des huit espèces de terres qu'en Grèce et en Gaule on répand sur les champs
V. De l'usage de la cendre.
VI. Du fumier.
VII. Quelles sont les récoltes qui améliorent la terre, quelles sont celles qui la brûlent.
VIII. De quelle manière on doit employer le fumier.
IX. De quelle manière on multiplie les arbres.
X. Végétaux qui naissent de graine.
XI. Végétaux qui ne dégénèrent jamais.
XII. Végétaux qui viennent de rejeton.
XIII. Végétaux qu'on reproduit par arrachement, rejeton.
XIV. Pépinières.
XV. Comment il faut traiter les ormes.
XVI. Des fosses.
XVII. De l'espacement des arbres.
XVIII. De l'ombre.
XIX. De l'eau que laissent tomber les arbres.
XX. Quels arbres croissent lentement, quels rapidement.
XXI. Arbres qui se reproduisent par provins.
XXII. De la greffe; comment elle a été inventée.
XXIII. De la greffe par inoculation.
XXIV. Espèces de greffes.
XXV. De la greffe de la vigne.
XXVI. Greffe en écusson.
XXVII. Végétaux qui naissent d'une branche
XXVIII. Végétaux qui naissent de bouture, manière de les planter.
XXIX. Culture de l'olivier.
XXX. Distribution de la greffe d'après les saisons.
XXXI. Du déchaussement et du rechaussement des arbres.
XXXII. Des saussaies.
XXXIII. Plantations de roseaux.
XXXIV Des autres taillis qui donnent des perches et des pieux.
XXXV. De la vigne et des arbres qui servent à la soutenir.
XXXVI. Moyens d'empêcher que les raisins ne soient dévastés par les animaux.
XXXVI. Maladies des arbres.
XXXVIII. Prodiges qu'ont présentés les arbres.
XXXIX. Traitement des arbres malades.
XL. Comment il faut les arroser.
XLI. Faits remarquables touchant l'irrigation.
XLII. Incisions pratiquées sur les arbres.
XLIII. Autres remèdes pour les arbres.
XLIV. De la caprification et du figuier.
XLV. Taille défectueuse.
XLVI. De la manière de fumer.
XLVII. Médicaments pour les arbres.

Résumé : Faits, histoires et observations, 1380.

Auteurs:
Cornelius Nepos, Caton le Censeur, M. Varron, Celse, Virgile, Hygin, les deux Saserna père et fils, Scropha, Calpurnius Bassus, Trogue Pompée, Aemilius Macer, Graecinus, Columelle, Atticus Julius, Fabianus, Sura Mamilius, Dosssenus. Mundus, C. Épidius, L. Pison.

Auteurs étrangers :
Hésiode, Théophraste, Aristote, Démocrite, Théopompe, le roi Hiéron, le roi Attale Philo¬métor, Archytas. Xénophon, Amphiloque d'Athénes, Anaxipolis de Thasos, Apollodore de Lemnos, Aristophane de Milet. Antigone de Cume, Agathocle de Chios, Apollonius de Pergame, Bacchius de Milet, Bion de Soles, Chaeréas d'Athénes, Chaeriste d'Athènes, Diodore de Priène, Dion de Colophon, Épigène de Rhodes, Évagon de Thasos, Euphronius d'Athènes, Androtion qui a écrit sur l'agriculture, Aeschrion qui a écrit sur l'agriculture, Lysimaque qui a écrit sur l'agriculture, Denys qui a traduit Magon, Diophane qui a fait un abrégé de Denys Aristandre qui a écrit sur les prodiges.


 

 

I. (I.) [1] Les arbres croissant spontanément sur la terre et dans la mer sont décrits. Reste à décrire ceux que le génie inventif de l'homme forme plutôt qu'il ne les fait naître. Mais auparavant j'exprimerai mon étonnement qui après la pénurie primitive que j'ai décrite (XVI, 1) où la forêt appartenait en commun aux bêtes fauves, et où l'homme disputait aux quadrupèdes les fruits tombés, aux oiseaux les fruits pendants, le luxe ait attaché aux arbres un prix si exorbitant. L'exemple le plus célèbre de cet excès est, je pense, celui de L. Crassus et de Cn. Domitius Ahenobarbus.

[2] Crassus fut un des plus illustres orateurs romains; il possédait une maison magnifique, cependant il y en avait de plus belles : celle de Catulus, qui vainquit les Cimbres avec Marius, placée aussi sur le mont Palatin, et surtout la plus belle de toutes à cette époque, du consentement universel, celle que possédait sur le mont Viminal C. Aquilius, chevalier romain, moins célèbre par sa science du droit que par sa maison. Cela n'empêcha pas qu'on ne reprochât à Crassus sa maison. Crassus et Domitius, appartenant l'un et l'autre aux plus nobles familles, ayant été l'un (an de Rome 659) et l'autre (an de Rome 658) consuls, furent revêtus conjointement de la censure, l'an de Rome 662. Leur censure fut féconde en querelles, à cause de la dissemblance de leurs mœurs.

[3] Un jour, Cn. Domitius, d'un naturel emporté, et enflammé par la haine, que la rivalité rend plus agressive, fit un grave reproche à Crassus d'habiter, lui censeur, une maison d'une aussi grande valeur, déclarant en donner 6 millions de sesterces (1,260,000 fr.). Crassus, qui à une présence d'esprit imperturbable joignait une finesse railleuse et spirituelle, répondit qu'il acceptait, à part six arbres qu'il se réservait. Je n'en donne pas un denier, dit Domitius, si les arbres n'en sont pas. Eh bien, Domitius, reprit Crassus, lequel des deux donne un mauvais exemple et mérite d'être noté par sa propre censure, de moi qui demeure honnêtement dans une maison reçue par héritage, ou de vous qui estimez six arbres 6 millions de sesterces ? Ces arbres étaient des lotos (cellis australis, L.) dont les rameaux touffus donnaient un ombrage délicieux; Caecina Largus, propriétaire de la maison et l'un des grands de Rome, les faisait voir souvent dans ma jeunesse;

[4] et puisque j'ai déjà parlé de la longévité des arbres (XVI, 85), j'ajouterai qu'ils ont subsisté jusqu'à l'époque où Néron incendia Rome, c'est-à-dire cent- quatre-vingt ans : ils seraient encore verts et jeunes si ce prince n'avait hâté la mort des arbres mêmes. Et qu'on ne s'imagine pas que du reste la maison de Crassus fût sans valeur et qu'elle n'enfermât rien de remarquable, sauf les arbres signalés par Domitius dans sa querelle : quatre colonnes de marbre du mont Hymette (XXXVI, 3, et 24, 11) que Crassus avait fait venir pour son édilité à l'effet d'orner la scène, étaient dressées dans son atrium; et alors nul édifice public n'avait de colonnes de marbre. Tant les goûts somptueux sont modernes! A cette époque les arbres rehaussaient tellement le prix des maisons, que sans ces arbres Domitius ne voulut pas tenir un marché même proposé par la haine.

[5] Les arbres ont aussi fourni des surnoms aux anciens; tel est te soldat surnommé Fronditius, qui, traversant le Vulturne à la nage, ceint d'une couronne de feuillage, se distingua par de hauts faits dans la guerre contre Annibal. La famille Licinia eut des Stolons (XVIII, 4) ; on donne le nom de stolons aux rejetons inutiles dans les arbres; et le Licinius qui imagina de détruire ces rejetons reçut, le premier, le surnom de Stolon. Les lois antiques avaient pris aussi les arbres sous leur sauvegarde; les Douze Tables (Tab. II, 4) défendaient de couper à tort les arbres d'autrui, sous peine d'une amende de vingt-cinq as pour chaque pied. Est-il à croire que nos aïeux, qui évaluaient à ce prix les arbres à fruit, aient jamais pensé que des lotos iraient au prix exorbitant que je viens de rappeler? Au reste, les arbres à fruits ne présentent pas des changements moins merveilleux : plusieurs arbres dans la banlieue donnent annuellement un revenu de 2.000 sesterces (420 fr.); un seul pied rapporte plus qu'un domaine tout entier ne rapportait jadis. C'est pour cet intérêt qu'on a imaginé la greffe et l'adultère des arbres, afin que les fruits mêmes ne naquissent plus pour les pauvres. Maintenant nous allons exposer les procédés à l'aide desquels on obtient surtout un pareil revenu, c'est-à-dire la véritable et parfaite culture. Aussi nous ne nous occuperons pas des méthodes vulgaires ni de celles qui ont l'assentiment commun, mais nous traiterons des faits incertains et douteux, dans lesquels l'industrie se trompe le plus. Affecter l'exactitude quand il n'en est pas besoin n'est pas notre fait. Avant tout, envisageons d'un point de vue général les influences qui appartiennent en commun à tous les arbres, celles du ciel et du sol.

II. (II.) [1] Les arbres aiment surtout l'aquilon (nord-est) (II, 46), qui les rend plus touffus, plus vigoureux, et donne plus de solidité au bois. C'est un point sur lequel la plupart se trompent : dans les vignobles, il ne faut pas mettre les échalas de manière qu'ils couvrent les ceps contre ce vent: il ne faut prendre cette précaution que contre le vent du nord. Bien plus, les froids survenant à propos contribuent beaucoup à la solidité des arbres, et ils en favorisent le bourgeonnement; l'arbre, si le vent du sud le caresse, se fatigue, et surtout lors de la floraison. Des pluies surviennent-elles immédiatement après la floraison, les fruits périssent totalement ; et même il suffit que le temps soit nuageux ou que le vent du midi souffle, pour que la récolte des amandiers et des poiriers soit perdue (XVI, 46).

[2] La pluie, vers le lever des Pléiades (XVIII, 66), endommage extrêmement la vigne et l'olivier, attendu qu'à cette époque commence le travail du bourgeonnement (XVI, 39 et 42); c'est la l'intervalle de quatre jours; critique pour les oliviers 5XVII, 30, 2) ; c'est !à ce vent du sud nuageux et fatal qui décide de leur sort, et dont nous avons parlé (XVI, 46). Les céréales aussi mûrissent plus mal sous l'influence du vent du midi, mais mûrissent plus vite. Les froids nuisibles sont ceux qui surviennent avec le vent du nord ou hors de saison. Il est très avantageux pour toutes les semailles que pendant l'hiver règne l'aquilon (nord-est).

[3] On désire alors les pluies, et la cause en est manifeste; car les arbres, épuisés par le fruit qu'ils ont porté, et fatigués en outre par la perte de leurs feuilles, sont naturellement affamés et avides; or, la pluie est leur aliment. L'expérience a démontré que rien n'était plus mauvais qu'un hiver tiède, permettant que les arbres, après avoir donné leurs fruits, conçoivent de nouveau immédiatement, c'est-à-dire bourgeonnent, et soient épuisés par une nouvelle floraison. Il y a plus : si plusieurs années semblables se suivaient, les arbres périraient ; car il n'est pas douteux que c'est un supplice de travailler en souffrant de la faim.

[4] Quand le poète (Virgile, Géorg., I, 100) a dit qu'il fallait souhaiter des hivers sereins, ce n'est pas pour les arbres qu'il a fait des vœux : les pluies, à l'époque du solstice d'été. ne conviennent pas non plus à la vigne; et dire qu'un hiver poudreux rend les moissons plus abondantes, c'est s'abandonner aux écarts d'une imagination féconde. Mais on souhaite, aussi bien pour les arbres que pour les céréales, que la neige demeure longtemps sur la terre. Ce n'est pas seulement que, renfermant et comprimant les esprits terrestres qui s'évanouissent par les exhalaisons, elle les refoule dans les racines et fortifie les plantes, mais encore c'est qu'elle fournit peu à peu une humidité qui de plus est pure et très légère; car la neige est l'écume des eaux du ciel. De la sorte, l'eau qui en provient ne s'épanche pas toute a la fois; mais, distillée au fur et à mesure de la soif des plantes, elle alimente comme fait une mamelle, et n'inonde pas.

[5] La terre fermente sous cette influence, se remplit de sucs; et comme les graines ne l'ont pas épuisée par leur absorption, elle sourit à la saison tiède qui vient lui ouvrir le sein. C'est ainsi que les blés grossissent le plus, si ce n'est là où l'atmosphère est toujours chaude, comme en Égypte; car la continuation de la même température et l'habitude produisent là les mêmes effets qu'ail leurs, un air tempéré. Au reste, ce qui importe le plus partout, c'est l'absence des conditions nuisibles. Dans la plus grande partie du monde, les bourgeonnements précoces sollicités par la douceur de la température sont brûlés par les froids qui surviennent consécutivement. Pour cette raison les hivers tardifs sont nuisibles; ils le sont aussi aux arbres des forêts, qui même souffrent davantage, accablés par leur propre ombrage, et que l'industrie humaine ne secourt pas; car il n'y a pas moyen de revêtir dans les forêts les arbres délicats avec de la paille tordue.

[6] Les pluies sont donc favorables, d'abord pendant l'hiver, puis quand elles précèdent le bourgeonnement, en troisième lieu, quand se forme le fruit, mais non immédiatement, et seulement quand le fruit est déjà fort. Les arbres tardifs, et qui ont besoin d'une alimentation prolongée, reçoivent aussi un bénéfice des pluies tardives ; tels sont la vigne, l'olivier, le grenadier. Ces pluies elles-mêmes sont désirées diversement pour chaque espèce d'arbre, car les uns mûrissent à une époque, les autres à une autre.

[7] Aussi voit-on les mêmes pluies faire du mal à ceux-ci, du bien à ceux-là, même dans le même genre, par exemple les poiriers. Les poires d'hiver ont besoin de pluie à un autre jour que les poires précoces, bien que toutes en aient également besoin. L'hiver précède l'époque du bourgeonnement, lequel se trouve mieux de l'aquilon que du vent du midi. La même raison fait que l'on préfère l'intérieur des terres aux côtes de la mer (l'intérieur est généralement plus froid), les contrées montagneuses aux plaines, les pluies nocturnes aux pluies du jour; les végétaux jouissant davantage des eaux, que le soleil ne leur enlève pas immédiatement.

[8] L'examen de la meilleure exposition est connexe pour les vignes et les arbres qui les portent. Virgile, (Georg., II, 398) condamne l'exposition au couchant; d'autres la préfèrent à celle du levant. Je remarque que plusieurs approuvent celle du midi, et je ne pense pas qu'il y ait à cet égard aucun précepte absolu à donner. La nature du sol, le caractère du lieu, les influences du ciel, doivent diriger l'industrie du cultivateur.

[9] En Afrique, l'exposition des vignobles au midi est nuisible à la vigne et insalubre pour le vigneron; c'est que cette contrée est dans la zone méridionale : aussi celui qui là tournera ses plantations au couchant ou au nord combinera le mieux l'action du sol avec celle du ciel. Quand Virgile condamne le couchant, il n'est pas douteux que la condamnation du nord y est implicitement renfermée; et cependant, dans l'Italie cisalpine, les vignobles sont en grande parte exposés au nord, et l'expérience a appris qu'il n'en est pas de plus productifs.

[10] La considération des vents est importante aussi. Dans la province Narbonnaise, dans la Ligurie et une partie de l'Étrurie, on regarda comme inhabile celui qui plante sous le vent Circus (II, 46), et comme habile celui qui choisit une exposition oblique à ce vent : c'est lui en effet qui tempère l'été dans ces contrées; mais la violence en est d'ordinaire si grande, qu'il enlève les toits. Quelques-uns subordonnent le ciel au sol : quand ils plantent un vignoble dans un lieu sec, ils l'exposent au levant et au nord; dans un lieu humide, au midi. On emprunte aux variétés mêmes de la vigne des motifs d'élection : on plante des vignes précoces dans les expositions froides, afin que le raisin en mûrisse avant le froid;

[11] les fruits et les vignes qui haïssent la rosée, on les expose au levant, afin que le soleil emporte aussitôt cette humidité les fruits et les vignes qui aiment la rosée, on les expose au couchant ou même au nord, afin qu'ils en jouissent plus longtemps. La plupart, se bornant à suivre la nature, ont conseillé d'exposer les vignes et les arbres au nord-est; Démocrite pense que de cette façon le fruit devient plus odorant. (IV.) Nous avons parlé, dans le second livre, du vent du nord-est et des autres vents (II, 46 et 47); dans le livre suivant nous parlerons de plusieurs phénomènes célestes: en attendant. ce qui paraît probant en faveur de la salubrité de l'exposition au nord-est, c'est que les arbres exposés au midi perdent toujours leurs feuilles avant les autres.

[12] Une cause semblable agit sur les contrées maritimes. En certaines localités les vents de mer sont nuisibles, dans la plupart ils sont utiles. Certaines plantations se plaisent à apercevoir la mer de loin, mais on ne gagne rien à les en approcher davantage. Même influence est celle des fleuves et des étangs; ils brûlent par les brouillards qui s'en échappent, ou rafraichissent les ardeurs trop grandes. Nous avons dit (XVI, 30 et 31) quels végétaux aimaient l'ombre et même le froid. En conséquence, c'est a l'expérience qu'il faut surtout se fier.

III. [1] Après le ciel vient la terre, dont il n'est pas plus facile d'exposer les influences. Rarement le même terroir convient aux arbres et aux céréales, et même la terre noire, telle qu'on la trouve dans la Campanie, n'est pas partout ce qu'il y a de mieux pour les vignes; non plus que la terre d'où sortent des exhalaisons légères; non plus que la terre rouge, préconisée par beaucoup d'auteurs. Le terroir crétacé dans le territoire d'Alba Pompéia (III, 17) et l'argile sont préférés pour les vignes à tous les autres, quoique ce soient des sols très gras; ce qu'on ne veut pas pour la vigne. D'un autre côté, le sable blanc dans le territoire du Tésin, le sable noir en plusieurs lieux, et le sable ronge, même mélangés avec une terre grasse. sont improductifs.

[2] Souvent aussi les signes d'après lesquels on juge sont trompeurs. Un sol que des arbres élevés décorent n'est pas toujours un sol favorable, si ce n'est pour ces arbres. Qu'y a-t-II de plus grand que le sapin, et quel autre végétal pourrait vivre dans le même lieu? Les prés verdoyants ne sont pas non plus toujours l'indice d'un sol gras : quoi de plus renommé que les pâturages de la Germanie? Cependant il n'y a qu'une couche très mince de terre, et aussitôt on trouve le sable. La terre qui produit de grandes herbes n'est pas toujours humide, pas plus, certes, que n'est toujours grasse celle qui adhère aux doigts; ce que prouve l'argile.

[3] Aucune terre rejetée et foulée dans le trou qu'on vient de faire ne le remplit cette expérience ne peut donc en indiquer la densité ou la rareté. De même, toute terre rouille le fer. On ne peut déterminer la pesanteur ou la légèreté de la terre en la rapportant à un poids donné. Quel serait en effet ce poids auquel on la rapporterait? Les alluvions des fleuves ne sont pas toujours louables, car il est des plantes dont l'eau hâte la vieillesse; et même la bonne terre d'alluvion n'est longtemps bonne que pour le saule. Parmi les indices de la bonté de la terre, on compte la grosseur du chaume, qui est telle dans le Labour, contrée célèbre de la Campanie, qu'on s'en sert en guise de bois; mais ce même sol, partout dur à labourer, difficile à cultiver, fatigue pour ainsi dire plus le cultivateur par ses qualités qu'il ne le fatiguerait par ses défauts.

[4] La terre qu'on nomme charbonnée passe pour être susceptible de s'amender avec des plants de vigne maigre. Le tuf (XXXVI, 48), naturellement raboteux et friable, est recommandé par certains auteurs. Virgile (Géorg., II, 189) ne condamne pas pour la vigne la terre qui porte de la fougère. On confie avec sûreté à des terres salées bien des plantes, vu qu'elles sont plus à l'abri de la pullulation des insectes nuisibles. Les coteaux, si on sait les fouir, ne laissent pas le travail sans récompense; toutes les plaines ne sont pas moins accessibles qu'il n'est besoin aux rayons du soleil et aux vents. Certaines vignes, avons-nous dit (XIV, 4, 12), s'alimentent par les gelées blanches et les brouillards. En toute chose il est des secrets profondément cachés; c'est à l'intelligence de chacun à les pénétrer.

[5] Bien plus, ne voit-on pas changer des localités depuis longtemps jugées et éprouvées? En Thessalie, dans les environs de Larisse, le dessèchement d'un lac rendit la contrée plus froide, et les oliviers, qui y poussaient autrefois, cessèrent d'y venir; l'Hèbre s'étant rapproché d'Aenos, cette localité vit ses vignes se geler, ce qui n'arrivait pas auparavant. Dans les environs de Philippes, le pays ayant été séché par la culture, l'état du climat fut changé. Dans le territoire de Syracuse, un agriculteur étranger, ayant épierré son champ, perdit sa récolte par le limon, et il lui fallut reporter les pierres. En Syrie, le soc de la charrue est léger, et on ne fait qu'un sillon superficiel, parce qu'au-dessous est une roche qui en été brûle les semences.

[6] Suivent les liens, les effets d'une chaleur excessive et du froid sont semblables : la Thrace est fertile en grains par l'influence du froid; l'Afrique et l'Égypte, par l'influence du chaud. A Chalcia (V, 36), île appartenant aux Rhodiens, est un lieu tellement fécond, qu'après y avoir récolté l'orge semée à l'époque ordinaire, on en fait immédiatement une nouvelle semaille, qu'on récolte en même temps que les autres grains. Un sol graveleux dans le territoire de Vénafre, un sol très gras dans la Bétique, conviennent parfaitement aux oliviers. Les vins de Pucinum (XIV, 8, 1) mûrissent sur la roche; les vignes du Cécube sont humectées par les marais Pontins (III, 9). Tant sont grandes la variété des expériences et les différences du sol ! César Vopiscus, plaidant sa cause devant les censeurs, dit que les champs de Roséa (III, 17) étaient le terroir le plus fertile de l'Italie, et qu'une perche qu'on y laisse est le lendemain recouverte par l'herbe; mais on ne les estime que comme pâturages. Cependant la nature n'a pas voulu que nous n'apprissions rien, et elle a manifesté les défauts la même où elle ne manifeste pas les qualités. En conséquence, commençons par les signes de réprobation.

[8] (V.) Veut-on savoir si une terre est amère ou maigre? on le reconnaît aux herbes noires et chétive qu'elle produit : on reconnaît une terre froide à des productions rabougries; une terre humide, a des productions malheureuses; à l'œil la terre rouge et la terre argileuse, qui sont très difficiles à travailler, et qui chargent de mottes énormes les socs et les pioches : toutefois ne croyez pas que ce qui rend le travail pénible rende aussi le produit moindre. L'œil reconnaît de même un sol mêlé de cendre et de sable blanc. La terre stérile et dense se reconnaît facilement à sa dureté; il suffit d'un coup de pioche. Caton (De re rust. II), brièvement et à sa manière, caractérise les vices des terrains: « Prenez garde à une terre cariée, ne l'ébranlez pas en y menant des chariots ou des troupeaux. »

[9] Par cette expression qu'a-t-il entendu de si redoutable, qu'il défende presque de mettre le pied sur ce sol? Reportons-nous à la carie du bois, et nous trouverons que ces vices si détestés sont ceux d'un terrain aride, crevassé, raboteux, blanchâtre. vermoulu, poreux. Caton a plus dit en un seul mot que ne pourrait exprimer un long discours. En effet, si l'on se rend compte des défauts des terrains, on voit qu'il est des terres vieilles non par l'âge [on ne peut concevoir d'âge à la terre], mais naturellement, et dès lors improductives et impuissantes pour toute chose.

[10] Le même auteur (De re rust. I) regarde comme le meilleur terrain celui qui, situé au pied d'une montagne, s'étend en plaine du côté du midi: exposition qui est celle de l'Italie entière (III, 6). D'après Caton (De re rust. CLI.) la terre noire est tendre; or la terre tendre est la meilleure pour la culture et pour les céréales. Qu'on veuille bien comprendre seulement tout ce que signifie cette expression merveilleuse de tendre, et l'on y trouvera tout ce qu'on peut désirer : la terre tendre a une fertilité tempérée, la terre tendre est d'une culture commode et facile; elle n'est pas détrempée, elle n'est pas desséchée; elle est brillante après le passage du soc, telle qu'Homère, source où puisent tous les génies, la dépeint ciselée par le dieu sur les armes d'Achille, ajoutant, chose merveilleuse! qu'elle noircit, quoique représentée en or (Il., XVIII, 548). C'est elle qui, fraîchement retournée, attire les oiseaux gourmands compagnons de la charrue, et les corbeaux qui vont becquetant les pas mêmes du laboureur.

[11] Rappelons ici une sentence du luxe, qui n'est pas non plus hors de propos. Cicéron, cet autre flambeau de la littérature, a dit : « Meilleur est un parfum ayant le goût de terre qu'un parfum ayant le goût de safran (XIII, 4). » Il a mieux aimé dire le goût que l'odeur. Lisons de même : la meilleure terre est celle qui a un goût de parfum. Si l'on nous demande quelle est l'odeur de la terre, nous répondrons : L'odeur que l'on recherche est celle qui se fait souvent sentir, le sol n'étant pas remué, au moment du coucher du soleil, dans le lieu ou l'arc-en-ciel a placé ses extrémités (XII, 52), et quand, après une sécheresse continue, la pluie a humecté la terre : alors elle exhale cette haleine divine qui est à elle, quelle a conçue du soleil, et à laquelle nul arome ne peut être comparé. C'est cette odeur que, remuée, elle devra répandre; trouvée, jamais elle ne trompe, et l'odeur est le meilleur indice de la qualité de la terre. Telle est d'ordinaire celle qu'exhale le terrain sur lequel on a abattu une ancienne forêt, et dont on s'accorde à louer la bonté.

[12] Dans la culture des céréales, la même terre rapporte davantage toutes les fois qu'on l'a laissée reposer. On ne laisse pas reposer les vignes; aussi faut-il choisir avec plus de soin le terroir pour les vignobles, si l'on ne veut pas denier de la vérité à l'opinion de ceux qui retardent le terrain de l'Italie comme déjà fatigué. En certaines qualités de terre, la culture est facilitée aussi par le ciel. II est des terres qu'on ne peut labourer après la pluie; la qualité qui les fait fertiles les rend alors gluantes. Au contraire, dans le Byzacium (V, 3; XVIII, 21), région de l'Afrique, cette campagne qui rend cent cinquante grains pour un, et que des taureaux, quand elle est sèche, ne peuvent labourer, nous l'avons vue, après la pluie, fendue par un âne chétif, tandis que, de l'autre côté, une vieille femme dirigeait le soc. Quant à amender le terroir, comme quelques-uns le recommandent, en jetant une terre grasse sur une terre légère, ou une terre maigre et absorbante sur une terre humide et très grasse. c'est une opération insensée : que peut espérer un homme qui cultive un pareil sol?

IV. (VI.) [1] Autre est la méthode que la Gaule et la Bretagne ont inventée, et qui consiste à en graisser la terre avec la terre; celle-ci se nomme marne. Elle passe pour renfermer plus de principes fécondants. C'est une espèce de graisse terrestre comparable aux glandes dans le corps, et qui se condense en noyau. (VII.) Les Grecs n'ont pas non plus omis ce procédé. De quoi en effet n'ont-ils pas parlé? Ils nomment leucargille une argile blanche qu'on emploie dans le territoire de Mégare, mais seulement pour les terroirs humides et froids.

[2] II convient de traiter avec soin de cette marne, qui enrichit la Gaule et la Grande-Bretagne. On n'en connaissait que deux espèces; mais récemment l'usage de plusieurs espèces a été introduit par les progrès de l'agriculture. Il y a en effet la blanche, la rousse, la colombine, l'argileuse, la tophacée, la sablonneuse. On y distingue deux propriétés : la marne est rude ou grasse; l'épreuve s'en fait à la main. L'emploi en est double: on s'en sert ou pour la production des céréales seulement, ou pour celle des fourrages. La marne tophacée alimente les céréales, ainsi que la blanche : si elle a été trouvée entre des fontaines, elle est d'une fécondité infinie; mais, âpre au toucher, elle brûle le sol si on en met trop.

[3] La suivante est la rousse, que l'on nomme acaunumarga; c'est une pierre mêlée dans une terre menue et sablonneuse; on pile la pierre sur le terrain même, et pendant les premières années on coupe difficilement le blé, à cause des pierres; toutefois, comme elle est légère, cette marne coûte de transport moitié moins cher que les autres. On la sème clair; on pense qu'elle est mélangée de sel. Ces deux espèces une fois mises sur un terrain le fertilisent pour cinquante ans, soit terres à blé, soit terres à fourrages. (VIII.).

[4] Des marnes grasses la meilleure est la blanche. Il y a plusieurs espèces de marne blanche : la plus mordante est celle dont il vient d'être parlé; l'autre espèce est la craie blanche qu'on emploie pour nettoyer l'argenterie (XXXV, 58) : on la prend à de grandes profondeurs; les puits ont généralement cent pieds, l'orifice en est étroit; dans l'intérieur, le filon, comme dans les mines, s'élargit. C'est celle que la Bretagne emploie surtout; l'effet s'en prolonge pendant quatre-vingt ans, et il n'y a pas d'exemple d'un agriculteur qui en ait mis deux fois dans le cours de sa vie sur le même champ. La troisième espèce de marne blanche se nomme glissomarga; c'est une craie à foulon, mêlée de terre grasse : elle vaut mieux pour les fourrages que pour les champs à blé; de telle façon que, la moisson étant enlevée, on a, avant les semailles de la suivante, une très grande quantité de fourrages.

[5] Tant qu'elle est couverte de blé, elle ne permet à aucune autre herbe de pousser; l'effet en dure trente ans : si on en met trop, elle étouffe le sol comme le ferait le ciment de Sigulum (XXXV, 46). Les Gaulois donnent à la marne colombine, dans leur langue, le nom d'églécopala; on la tire par blocs comme la pierre; le soleil et la gelée la dissolvent tellement, quelle se fend en lamelles très minces; elle est aussi bonne pour le blé que pour le fourrage. La marne sablonneuse s'emploie si on n'en a pas d'autre, mais dans les terrains humides quand même on en aurait d'autre. Les Ubiens sont, que nous sachions, les seuls qui, cultivant un sol très fertile, le bonifient, prenant à trois pieds de profondeur la première terre venue, et recouvrant le sol d'un pied de cette terre : cela ne dure pas plus de dix ans. Les Éduens et les Pictons ont rendu leurs champs très fertiles avec la chaux , qui, dans le fait, se trouve très utile aux oliviers et aux vignes.

[6] Toute marne doit être jetée après le labourage, afin que le sol s'empare de l'engrais; il faut y joindre un peu de fumier, car d'abord elle est trop âpre, du moins si ce n'est pas sur des prairies qu'on en répand; autrement la marne, quelle qu'elle soit, nuirait au sol par sa nouveauté; et, même avec toutes les précautions, elle ne rend le terrain fertile qu'après la première année. II importe aussi de savoir à quel sol on la destine : sèche, elle va mieux à un sol humide; grasse, à un terrain sec; à un terrain qui tient le milieu, la craie ou la colombine convient.

V. (IX.) [1] Les cultivateurs de la Transpadane font un tel cas de la cendre, qu'ils la préfèrent au fumier des bêtes de somme; ce fumier est très léger, ils le brident pour en faire de la cendre : cependant on ne se sert pas également de fumier et de cendre pour le même terrain; on n'emploie pas non plus la cendre pour les vignobles sur arbres ni pour certaines céréales, comme nous l'avons dit (XVII, 2). Quelques personnes aussi pensent que la poussière est un aliment pour les raisins: elles en saupoudrent les grappes qui commencent à mûrir, et en jettent à la racine des vignes et des arbres; c'est un usage constant dans la province Narbonnaise. La vendange de cette façon mûrit plus sûrement, parce que là la poussière contribue plus à la maturité que le soleil.

VI. [1] Il y a plusieurs espèces de fumier. L'usage en est antique. Déjà dans Homère (Od. XXIV, 225) le vieillard royal est représenté engraissant ainsi le sol de ses mains. La tradition rapporte que le roi Augias, en Grèce, imagina de s'en servir, et qu'Hercule répandit ce secret dans l'Italie, qui a cependant, à cause de cette invention, accordé l'immortalité à son roi Stercutus, fils de Faunus. M. Varron (De re rust., I, 38) donne le premier rang à la fiente des grives de volière; il la vante comme profitable non seulement au champ, mais encore aux bœufs et aux porcs, qui en engraissent plus promptement. Il y a lieu de bien augurer de nos mœurs, si chez nos ancêtres les volières ont été assez grandes pour fournir des engrais à la campagne.

[2] Columelle (De re rust., II, 15) met au rang suivant la fiente de pigeon, puis celle de poule. Il condamne telle des oiseaux aquatiques. Les autres auteurs s'accordent pour regarder comme le premier des engrais le résidu des repas humains. D'autres préfèrent le superflu de la boisson, dans lequel on fait macérer le poil des ateliers de corroyeurs. D'autres emploient le liquide seul, mais ils y mêlent de l'eau, et même en plus grande quantité qu'on n'en mêle au vin dans les repas; car il y a là plus à corriger, attendu qu'au vice communiqué par le vin se joint le vice communiqué par l'homme. Tels sont les moyens que les hommes emploient à l'envi pour alimenter la terre même. On recherche ensuite les excréments des pourceaux; Columelle est le seul qui les rejette. D'autres estiment le fumier de tout animal nourri avec le cytise. Quelques-uns préfèrent celui de pigeon.

[3] Vient ensuite celui des chèvres, puis celui des moutons, puis celui des bœufs; en dernier lieu, celui des bêtes de somme. Telles sont les différences établies par les ancien entre les fumiers, telles les règles pour s'en servir, comme je les trouve; car ici encore il vaut mieux suivre l'antiquité. Dans quelques provinces très riches en bestiaux, on a vu le fumier, passé au crible comme de la farine, perdre par l'effet du temps l'odeur et l'aspect repoussants qu'il avait, et prendre même quelque chose d'agréable Dans ces derniers temps, on a reconnu que les oliviers aimaient surtout la cendre des fours à eaux.

[4] Aux règles anciennes Varron (De re rust. I, 38) a ajouté qu'il faut engraisser les terres à blé avec le fumier de cheval, qui est le plus léger ; et les prairies avec un fumier plus lourd provenant de bêtes nourries d'orge, et propre à fournir beaucoup d'herbe. Quelques-uns même préfèrent le fumier des bêtes de somme à celui des bœufs, le fumier de mouton à celui de chèvre, et à tout celui d'âne, parce que cet animal mange le plus lentement. L'expérience prononce contre Varron et Columelle; mais tous les auteurs s'accordent pour dire que rien n'est plus utile que de tourner avec la charrue ou avec la bêche, ou d'arracher avec la main, use récolte de lupin avant que la gousse soit formée, et de l'enfouir au pied des arbres et des vignes. On croit même, dans les lieux où il n'y a pas de bétail, pouvoir fumer le sol avec le chaume, ou, au pis aller, avec la fougère.

[5] « Vous ferez du fumier, dit Caton (De re rust., XXXVII) avec la litière, le lupin, la paille , les fèves, les feuilles d'yeuse et de chêne; arrachez de la terre à blé l'hyèble, la ciguë, et dans les saussaies l'herbe qui monte et le jonc : de cela et des feuilles qui pourrissent faites de la litière pour les moutons. Si la vigne est maigre, brûlez-en les sarments, et labourez le terrain ; et quand vous êtes sur le point (De re rust., XXX) de semer le froment dans un champ, faites y parquer les moutons. »

VII. [1] Caton dit encore (De re rust. XXXVII) : Il y a des récoltes qui engraissent le sol: les terres à blé sont fumées par le lupin, la fève, la vesce. Une action contraire est exercée par le pois chiche, à cause qu'on l'arrache et qu'il est salé, par l'orge, le fenugrec et l'ers ; ces plantes brûlent la terre à blé, ainsi que toutes celles qu'on arrache. Ne semez pas des noyaux dans la terre à blé. Virgile (Géorg., I, 77) pense que la terre à blé est bûlée aussi par le lin, l'avoine et le pavot.

VIII. [1]  On recommande de placer les tas de fumier en plein air, dans un creux qui recueille les liquides. de les couvrir de paille pour que le soleil ne les dessèche pas, et d'y ficher un pieu en bois de rouvre, précaution qui empêche les serpents de s'y engendrer. Il importe beaucoup de mêler le fumier à la terre pendant que souffle le Favonius, et par une lune sèche. La plupart comprennent mal ce précepte, pensant que cette opération doit se faire au lever du Favonius, et seulement au mois de février; cependant la plupart des semences demandent à être fumées en d'autres mois. Quelle que soit l'époque ou l'on fume, il faut choisir le moment ou le vent souffle du coucher équinoxial, où la lune décroît et est sèche. Une telle précaution augmente d'une façon merveilleuse les effets fertilisants da fumier.

IX. (X.) [1] Ayant traité suffisamment des conditions du ciel et de la terre, nous allons parler de ces arbres que font naître les soins et l'industrie de l'homme. Et ils ne sont guère moins nombreux que ceux que produit la nature (XVI, 58); tant nous avons payé avec générosité ses bienfaits. On produit des arbres ou de graine, ou de plant, ou de provins, ou de rejetons, ou de scions, ou de greffe, ou d'ente. Quant au prétendu procédé usité chez les Babyloniens, de semer des feuilles de palmier qui donnent naissance à l'arbre, je m'étonne que Trogue Pompée y ait cru. Quelques arbres se reproduisent par plusieurs des opérations énumérées, quelques autres par toutes.

X. [1] C'est la nature qui a enseigné la plupart, et d'abord l'art de semer, car on voyait germer la graine tombée et reçue par la terre. Quelques arbres ne sont pas susceptibles de venir autrement, par exemple les châtaigniers, les noyers. Nous exceptons les taillis, qui repoussent du pied. Des arbres qui peuvent aussi se reproduire par d'autres moyens, la vigne, le pommier, le poirier, se reproduisent par la graine, quoique cette graine soit différente : en effet, ils ont pour graine le noyau, et non, comme les précédents, le fruit lui-même. Les néfliers peuvent aussi venir de graine. Tous tes arbres, ainsi semés, poussent lentement, dégénèrent, et il faut les régénérer par la greffe. Le châtaignier même a quelquefois besoin d'être greffé.

Xl. [1] Au contraire, quelques arbres ont la propriété de ne pas dégénérer, de quelque manière qu'on les reproduise, le cyprès, le palmier, le laurier. Le laurier en effet se reproduit de plusieurs manières. Nous en avons indiqué les espèces (XV, 39).Le laurier auguste, le laurier baccalis, le laurier-tin, se sèment de la même manière ; les baies se cueillent au mois de janvier, quand le vent du nord-est les a desséchées; on les expose a l'air en les écartant les unes des autres, de peur que, en tas, elles ne s'échauffent; puis, préparées dans du fumier pour l'ensemencement, on les humecte avec de l'urine. D'autres foulent avec les pieds, dans une eau courante, les baies mises en des paniers d'osier, jusqu'à ce que la peau s'en aille; autrement, l'humidité qu'elles renferment devient préjudiciable, et les empêche de lever.

[2] On défonce le champ, et dans un trou profond d'un palme ou les met par tas de vingt environ, pendant le mois de mars. Ces espèces de lauriers viennent aussi de provins. Le laurier triomphal (XV, 39) ne vient que de scion. Toutes les espèces de myrte (XV, 37) viennent en Campanie de graine; à Rome, le myrte de Tarente vient de provins. Démocrite enseigne encore un autre mode de la semer : on prend les plus grosses baies, on les pile légèrement, de peur de briser les graines; avec cette pâte on enduit une corde, que l'on met en terre : cela donne une touffe épaisse comme une muraille, et qui fournira des scions à transplanter. On sème de la même manière des ronces pour avoir une haie, c'est-à-dire que l'on enduit une corde
de jonc avec les mères des ronces.

[3] En cas de besoin, on pourra transplanter au bout de trois ans les touffes de laurier et de myrte ainsi semées. Entre les végétaux qui viennent de graine. Magon s'appesantit sur les arbres à noix : il recommande de semer les amandes dans une argile molle regardant le midi; il dit qu'elles aiment aussi une terre dure et chaude; qu'elles sont frappées de stérilité et qu'elles meurent dans une terre grasse ou humide; qu'il faut semer celles qui sont le plus en faucille, et qui proviennent d'un arbre jeune; qu'il faut les faire macérer trois jours dans du fumier délayé, ou dans de l'eau miellée un jour, avant de les semer; que la pointe doit être enfoncée le première, le bord tranchant regarder le nord-est: qu'on doit les semer trois par trois, les placer triangulairement à la distance d'un palme, et les arroser tous les dix jours, jusqu'à ce qu'elle germent.

[4] On sème les noix en les couchant en long sur leurs jointures. Pour le pin, on met sept pignons environ dans des pots troués, ou on le sème comme le laurier qu'on multiplie avec les baies. Le citronnier vient de graine et de provins; le sorbier, de graine, ou de plant, ou de rejeton; mais le citronnier veut un lieu chaud; le sorbier accepte un lieu froid et humide.

XII. [1] La nature a aussi enseigné l'art de faire des plantations, quand par les racines pullule une forêt touffue de rejetons destinés à être tués par l'arbre maternel qui les a produits. L'ombre projetée étouffe cette foule sans ordre; ce qu'on voit aux lauriers, aux grenadiers, aux platanes, aux cerisiers, aux pruniers. Il n'est que peu d'arbres dont les rameaux épargnent ces rejetons; tels sont les ormeaux et les palmiers. De tels rejetons ne poussent qu'aux arbres dont les racines, par amour du soleil et de la pluie, se promènent à la superficie du sol.

[2] Il est d'usage de ne pas placer ces rejetons immédiatement dans la terre où ils doivent rester, mais de les donner d'abord à une terre nourricière, et de les laisser grandir dans les pépinières; puis de la transplanter de nouveau. Cette transplantation adoucit, d'une manière merveilleuse, même les arbres sauvages, soit que les arbres, comme les hommes, soient naturellement avides de la nouveauté et des voyages, soit qu'en se déplaçant ils se dépouillent de leurs mauvaises qualités et s'apprivoisent, comme les fauves, en se séparant de leur racine.

XIII. [1] La nature a encore appris en autre procédé, qui est analogue : on a vu des stolons arrachés à l'arbre reprendre vie. D'après cela on arrache des stolons avec leur talon, et on enlève en même temps quelques radicules fibreuses de l'arbre. De cette façon se plantent les grenadiers, les coudriers, les pommiers, les sorbiers, les néfliers, les frênes, les figuiers, et surtout les vignes. Le cognassier, planté de la sorte, dégénère ; pour cet arbre on a imaginé de planter des scions que l'on coupe. Cette méthode, appliquée, pour faire des haies, d'abord sur le sureau, le cognassier et la ronce, a été transportée ensuite à la culture par exemple du peuplier, de l'aune, du saule, duquel le scion peut même se planter la pointe en bas. La plantation se fait de prime abord dans le terrain où l'on veut qu'elle s'élève. En conséquence, il convient d'exposer la culture des pépinières avant de passer aux autres modes de propagation.

XIV. [1] Il faut pour les pépinières un sol de première qualité, attendu qu'il importe souvent que la nourrice soit plus favorable que la mère, Ce terrain sera donc sec, plein de substances nutritives, ameubli avec la pioche, hospitalier pour les nouveaux venus, et aussi semblable que possible à la terre où ces arbres doivent être transplantés. Avant toutes choses il sera épierré, et protégé contre !es incursions même de la volaille. Il sera aussi peu crevassé que possible, de peur que le soleil ne pénètre jusqu'aux radicules et ne les brûle. On plantera les jeunes arbres à un inter-enfle d'un pied et demi, car s'ils se touchent ils deviennent, sans parler d'autres inconvénients, sujets aux vers; aussi il importe de les sarcler souvent et d'arracher les herbes. En outre on émondera le plant naissant, et on l'accoutumera à supporter la serpe.

[2] Caton (De re rust., XLVIII ) recommande aussi de mettre des claies sur des fourches à la hauteur d'un homme, afin d'intercepter le soleil, et de les couvrir de chaume pour écarter le froid. II dit que c'est ainsi qu'on fait venir de graine les poiriers et les pommiers, procédé qui convient aux pins, qui convient aux cyprès, que l'on sème, eux aussi. La graine de cyprès est très petite, à tel point qu'elle est à peine visible. C'est une merveille naturelle digue d'être signalée, que des arbres aient une origine aussi petite, tandis que la graine du blé et de l'orge, sans compter la fève, est beaucoup plus grosse.

[3] Quelle proportion ont avec les arbres dont elles proviennent les graines des poiriers et des pommiers? C'est de tels commencements que naissent des bois qui repoussent la hache, des pressoirs que les poids énormes ne font pas ployer, des arbres qui supportent les voiles des navires, des béliers qui ébranlent les tours et les murs. Ici éclate la force de la nature et sa puissance; mais ce qui efface toutes les merveilles, c'est que d'une larme naisse un végétal, comme nous le dirons en lieu et place (XIX, 48: XXI, 11). Les pommes du cyprès femelle (nous avons dit que le mâle est stérile) (XVI, 47), cueillies dans les mois que j'ai indiqués (XVII, 11), se sèchent au soleil; elles se rompent , et laissent échapper la graine, dont les fourmis sont singulièrement friandes : circonstance qui accroît encore la merveille, quand on songe qu'un si petit animal anéantit dans leur origine des arbres gigantesques.

[4] Cette graine se sème au mois d'avril, dans un terrain aplani avec des cylindres ou des hies; elle se sème serrée; puis on répand sur la graine, à l'aide d'un crible, une couche de terre d'un pouce d'épaisseur. Sous un poids considérable la graine ne peut lever, et et retourne dans la terre; aussi foule-t-on seulement avec les pieds la terre pour l'égaliser. On l'arrose doucement après le coucher du soleil, tous les trois jours, avec le soin de l'abreuver également jusqu'à la sortie des jeunes tiges. On les transplante au bout d'un an, quand les tiges ont acquis une hauteur de neuf pouces. Il faut que cette transplantation se fasse par un jour serein et sans vent. Chose singulière! il y a danger ce jour-là, et ce jour-la seulement, s'il tombe de la pluie en si petite quantité que ce soit, ou s'il fait du vent.

[5] Dès lors ils sont à l'abri de tout péril; toutefois ils n'aiment pas l'eau (XVI, 81). Les jujubiers se sèment de graine au mois d'avril. Quant aux tubéres (XV, 14) il est plus avantageux de les greffer sur le prunier sauvage, sur la cognassier et sur la calabrice, espèce d'épine sauvage (rhamnus infectorius, L.). Toute espèce d'épine reçoit très bien aussi le sébestier ainsi que le sorbier. (IX.). Quant à transporter les plantes d'une pépinière dans une autre avant de les mettre dans leur place définitive, je pense que c'est un précepte onéreux, bien qu'on assure que cette précaution rende les feuilles plus larges.

XV. [1] La graine des ormeaux se recueille avant qu'ils se couvrent de feuilles, vers les calendes de mars (1er mars), quand elle commence à jaunir; puis on la fait sécher à l'ombre deux jours, et on la sème serrée dans une terre ameublie: on jette par-dessus de la terre passée à un crible fin; on en met la même épaisseur que pour le cyprès (XVIII, 14). S'il ne pleut pas, on arrose. Du sillon des planches on transporte au bout d'un an les jeunes plants dans les ormaies, laissant entre eux un pied en tout sens.

[2] Il vaut mieux planter en automne les ormes destinés à supporter la vigne; ils manquent de graine, et viennent (XVI, 29) de plant. Au territoire de Rome, on les transplante dans le vignoble à cinq ans, ou, suivant quelques agriculteurs, quand ils sont hauts de vingt pieds. Dans un trou appelé novenaire, de trois pieds de profondeur sus trois et plus de large, on met le jeune ormeau, et on y entasse trois pieds de terre en tous sens ; c'est ce qu'on nomme arule en Campanie.

[3] Les intervalles se déterminent d'après la nature des lieux : il convient d'espacer davantage dans les plaines. Les peupliers et les frênes, qui viennent aussi de plant, bourgeonnant plus tôt, doivent être plantés aussi de meilleure heure, c'est-à-dire après les ides de février (13 février). Pour la disposition des arbres et des vignobles sur arbres, l'ordre en quinconce est l'ordre que l'on suit d'habitude, et qui est même une nécessité : non seulement il facilite l'action du vent, mais encore il offre une perspective agréable, les plants, de quelque côté qu'on les considère, se présentant toujours alignés. Les peupliers se sèment de la même manière que les ormes. La méthode pour les transplanter hors des pépinières est la même que pour les transplanter hors des forêts.

XVI. [1] Avant tout, il importe de les transplanter dans une terre semblable ou meilleure. De localités, chaudes et précoces on ne les transplantant pas dans des localités froides et tardives, ni, réciproquement, de celles-ci dans celles-là. Si la chose se peut, on creusera les trous assez longtemps à l'avance pour qu'ils se tapissent d'une couche épaisse de gazon. Magon recommande de les creuser une année d'avance, afin qu'ils absorbent le soleil et les pluies, ou, si les circonstances ne le permettent pas, de faire des feux au milieu deux mots avant la plantation, et de n'y planter les arbres qu'après des pluies.

]2] Dans un sol argileux ou dur la profondeur en doit être de trois coudées en tous sens ; dans les lieux déclives on ajoutera un palme, et partout le trou doit être plus étroit à l'orifice qu'au fond; si la terre est noire, le trou aura deux coudées et un palme, et sera de forme carrée. Les auteurs grecs s'accordent par indiquer les mêmes proportions; ils veulent que les trous n'aient pas plus de deux pieds et demi de profondeur, ni plus de deux pieds de largeur que nulle part ils n'aient moins d'un pied et demi de profondeur, quand dans un sol humide le voisinage de l'eau ne permet pas d'aller plus avant

[3] " Si le lieu est humide, dit Caton (De re rust. XLIII), le trou aura trois pieds de large à l'orifice, un pied et un palme au fond, et quatre pieds de profondeur; il sera garni de pierres, sinon, de perches de saule vertes, sinon encore, de sarments ; la couche sera d'un demi-pied. " Nous croyons devoir ajouter, d'après ce qui a été dit sur la nature des arbres, qu'il faut faire les trous plus profonds pour ceux qui aiment à être à fleur de terre, tels que le frêne et l'olivier.

[4] Ceux-ci et les arbres semblables seront mis dans des trous de quatre pieds: pour les autres, une profondeur de trois suffit. Coupe cette racine, dit le général Papilius Censor (XIV, 14), qui, voulant effrayer le préteur des Prénestins, avait fait mettre dehors les haches. Il n'y a pas de mal à grouper les parties sortant hors du sol. Quelques-uns font un lit de pois cassés ou de pierres rondes, qui retienne ce qu'il faut d'humidité et laisse passer le superflu; ils pensent que des pierres plates ne vaudraient rien, et empêcheraient la racine de pénétrer dans la terre : mettre du gravier dans le trou, ce sera prendre le milieu entre les deux opinions.

[5] Quelques-uns recommandent de ne transplanter un arbre ni avant deux ans ni après trois; d'autres disent qu'une année pleine suffit. Caton veut qu'il ait plus de cinq doigts en grosseur; cet auteur n'aurait pas omis, si cela avait quelque importance, de recommander de marquer sur l'écorce le côté qui regarde le midi, afin que, transplanté, l'arbre fût mis dans l'exposition qui lui est habituelle, étant à craindre que le côté septentrional tourné au midi ne se fende par l'action du soleil, tandis que le côté méridional sera glacé par le souffle de l'aquilon. Quelques-uns même, par une pratique contraire pour la vigne et le figuier, mettent au nord le côté du végétal exposé au midi, et vice versa,

[6] prétendant que le feuillage devient plus épais, protège davantage le fruit, qui se perd moins, et que même, de cette façon, le figuier devient tel qu'on peut y monter. La plupart prennent grand soin de tourner vers le midi la coupure de l'arbre dont on a abattu la tête ; ils ignorent que de la sorte on l'expose à se fendre par l'excès de la chaleur. Pour moi je préfère que la coupure regarde la cinquième heure du jour (onze heures du matin) ou la huitième (deux heures de l'après-midi ). On ignore encore qu'il ne faut pas laisser les racines à l'air assez longtemps pour se dessécher; qu'il ne faut pas déraciner l'arbre lorsque le vent souffle du nord, ou de la partie du ciel comprise entre le nord et le lever d'hiver, ou du moins qu'il ne faut pas tourner les racines du côté de ces vents; autrement les arbres meurent, sans que les cultivateurs en connaissent la cause.

[7] Caton (De re rust., XXVIII) condamne aussi le vent et la pluie dans toute transplantation. Il sera utile de laisser adhérer aux racines le plus possible de la terre où elles ont vécu, et de lier du gazon tout autour; c'est pour cette raison que Caton (lb.) recommande de porter les jeunes plants dans des paniers, pratique très avantageux sans aucun doute. Le même auteur (lb.) veut qu'on mette au fond du trou la terre de la superficie. Quelques-uns rapportent que des pierres mises sous la racine du grenadier empêchent le fruit de se fendre sur l'arbre. Il vaut mieux mettre les racines dans une position infléchie. L'arbre doit être placé de manière qu'il occupe exactement le milieu du trou.

[8] Le figuier, planté sur de la scille (c'est une espèce de bulbe), produit, dit-on, très vite, et n'est pas sujet aux vers; la même précaution donne à tout arbre la même exemption. II est incontestable qu'il faut ménager grandement la racine du figuier, qui doit paraître avoir été ôtée de terre, non arrachée. J'omets encore d'autres pratiques reçues, par exemple fouler la terre autour des racines avec une hie, ce que Caton (De re rust., XXVIII) regarde comme très essentiel en cette opération; il prescrit aussi d'enduire de fumier et de lier avec des feuilles la plaie faite au tronc de l'arbre.

XVII. (XII.) [1] Ce chapitre serait Incomplet si je ne parlais pas des intervalles. Quelques-uns ont recommandé de planter plus rapprochés les uns des autres les grenadiers, les myrtes et les lauriers, en laissant toutefois entre eux un espace de neuf pieds. II faut espacer un peu plus les pommiers, davantage encore les poiriers, et encore plus les amandiers et les figuiers. La meilleure règle, c'est de consulter l'amplitude des branches, la nature des lieux et la forme de l'ombrage; car il faut aussi prendre en considération l'ombrage. Il ne s'étend pas, bien que projeté par de grands arbres, quand les rameaux affectent une disposition sphérique, par exemple dans les pommiers et les poiriers; il est énorme dans les cerisiers et les lauriers.

XVIII. [1] Les ombres ont certaines propriétés celle du noyer est fâcheuse et nuisible, même à l'homme, à qui elle donne mal à la tête, et elle l'est à tout ce qui croit alentour. Le pin tue aussi les herbes. Mais ces deux arbres résistent aux vents, et les vignobles ont besoin de cette protection. Les gouttes d'eau que laissent tomber le pin, le chêne et l'yeuse, sont extrêmement pesantes; le cyprès n'en laisse point tomber : l'ombre de cet arbre est très petite, et ramassée sur elle-même. Celle du figuier, quoique étendue, est légère; aussi ne défend-on pas de le planter parmi les vignes.

[2] Celle des ormeaux est douce, et même nutritive pour tout ce qu'elle couvre. Atticus pourtant la met aussi au nombre des plus nuisibles; je ne doute pas qu'il n'en soit ainsi quand on laisse les branches s'allonger, mais je crois qu'elle ne fait aucun mal quand les branches sont courtes. Le platane a aussi une ombre favorable, bien qu'épaisse il faut ici consulter non le soleil, mais le gazon, qui y forme des tapis plus verdoyants que sous tout autre ombrage. Le peuplier ne demande pas d'ombre, à cause du jeu de ses feuilles : celle de l'aune est épaisse, mais nutritive pour les plantes. La vigne se suffit : la feuille en est mobile, et, grâce a de fréquents déplacements, elle tempère le soleil par l'ombre, de même qu'elle sert d'abri contre une pluie battante. Presque tous les arbres dont le pétiole est allongé une ombre légère. Il ne faut pas dédaigner ces observations ni les mettre au dernier rang, car pour chaque culture l'ombre est une nourrice ou une marâtre. L'ombre des noyers, des pins, des pins et des sapins est incontestablement un poison pour tout ce qu'elle touche.

XIX. [1] Je dirai en peu de mots ce qu'est le dégoutter des arbres: tous ceux qui sont tellement défendus par un épais feuillage que la pluie ne les traverse pas, dégouttent d'une manière nuisible Dans cette étude, il importera beaucoup de considérer quel développement prend chaque espèce d'arbres dans le terrain où nous voulons planter. Les coteaux, par eux-mêmes, demandent des intervalles moindres. Dans les localités exposées au vent, il faut planter plus serré. Cependant les oliviers exigent l'espacement le plus considérable; sur ce point l'opinion de Caton (De re rust., XVI), quant à l'Italie, est, qu'il faut les planter à vingt-cinq pieds au moins, à trente pieds au plus. Mais cela varie suivant la nature des lieux. L'olivier est le plus grand des arbres de la Bétique.

[2] En Afrique (je laisse aux auteurs la responsabilité de l'assertion), il est beaucoup d'oliviers qu'on nomme milliaires, d'après le poids de l'huile qu'ils produisent annuellement; aussi Magon prescrit-il un intervalle de soixante-quinze pieds en tous sens, ou quarante-cinq au moins, dans un sol maigre, dur, et exposé aux vents. La Bétique récolte les plus riches moissons entre les oliviers. On conviendra que c'est une ignorance honteuse que d'émonder plus qu'il ne convient les arbres adultes, et d'en précipiter la vieillesse ; ou, ce qui est de la part de ceux qui les ont plantés un aveu d'impéritie, de les abattre complètement. Rien de plus honteux pour les agriculteurs que de revenir sur ce qu'ils ont fait, et il vaut mieux pécher en laissant trop d'espace.

XX. (XIII.) [1] Quelques arbres sont naturellement lents à croître; ce sont surtout ceux qui viennent seulement de graine et qui vivent longtemps. Mais ceux dont la vie est courte croissent rapidement (XVI, 51), tels que le figuier, le grenadier, le prunier, le pommier, le poirier, le myrte et le saule; toutefois ils sont les premiers à produire ; ils commencent à porter à trois ans, et dès auparavant ils promettent. De ceux-ci le plus lent est le poirier; le plus prompt est le cypre (lawsonia inermis, L.) (XII, 51.), ainsi que l'arbuste appelé pseudocypre; en effet ils portent tout aussitôt fleurs et graines. Tous les arbres dont on arrache les rejetons poussent plus vite, parce que les sucs nourriciers sont forcés à passer dans le tronc seul.

XXI. [1] C'est la nature encore qui a enseigné l'art de provigner : les ronces, s'infléchissant parce qu'elles sont trop grêles et trop longues, enfoncent en terre les extrémités de leurs rameaux, et donnent naissance à une nouvelle tige; elles rempliraient tout si la culture ne s'y opposait pas, à tel point qu'on pourrait dire les hommes nés pour soigner la terre. Ainsi une plante mauvaise et odieuse n'en a pas moins enseigné l'art des provins et des plants-vifs. Le lierre a la même propriété.

[2] Caton (De re rust. LI.) outre la vigne, dit qu'on multiplie par provins le figuier, l'olivier, le grenadier, toutes les espèces de pommiers, le laurier, le prunier, le myrte, le noisetier, le noyer de Préneste, le platane. Il y a deux espèces de provins : on couche une branche tenant a l'arbre dans une fossé de quatre pieds en tous sens; au bout de deux ans on la coupe dans la courbure, et on transplante au bout de trois ans : si on veut faire voyager le plant, il convient de placer immédiatement le provin dans des paniers ou des pots qui serviront au transport. L'autre procédé est plus recherché : on demande des racines à la tige même, en faisant passer des branches à travers des pots de terre ou des paniers suspendus qu'on remplit de terre; ces soins délicats obtiennent des racines; et au milieu des fruits, dans la cime même (car on soumet la cime à ce procédé), une audacieuse invention produit un nouvel arbre loin du sol; on coupe le provin, comme plus haut, après un intervalle de deux ans, et on le plante avec le panier. La sabine (juniperus sabina, L.) se multiplie de provins et de rejetons; on dit que la lie de vin ou la brique pilée la font prospérer merveilleusement. On multiplie le romarin de la même manière, et de bouture aussi, ni la sabine ni le romarin n'ayant de graine. Le rhododendron vient de provins et de graine.

XXII. (XIV.) [1] La nature a aussi enseigné à greffer avec la gaine: une graine est avalée à la hâte par un oiseau affamé; entière, amollie par la chaleur de l'estomac, elle est jetée, avec la fiente qui la féconde, dans les molles litières des arbres, ou transportée par les vents dans quelque fente de l'écorce. C'est ainsi qu'on a vu un cerisier dans un saule, un platane dans un laurier, un laurier dans un cerisier, et des fruits de couleur variée sur un même arbre. On dit aussi que le choucas, cachant des graines dans des trous qui lui servent de magasins, donne lieu au même résultat.

XXIII. [1] De la est née la greffe par inoculation : avec un instrument semblable à un tranchet de cordonnier, on ouvre un bourgeon dans un arbre en excisant l'écorce, et on y renferme un bourgeon pris avec le même instrument a un autre arbre. Ce fut la l'ancienne greffe pour les figuiers et les pommiers. Virgile (Géorg., II, 73), pour la greffe qu'il décrit, cherche une fente dans le nœud d'un bourgeon qui soulève l'écorce, et y renferme le bourgeon pris à un autre arbre. Jusque-là la nature a été notre maîtresse.

XXIV. [1] La greffe par fente a été enseignée de la façon suivante par le hasard, autre maître qui a peut-être fourni plus d'enseignements : Un cultivateur soigneux, voulant donner à sa cabane la palissade d'une haie, enfonça dans du lierre vif ses pieux, pour les préserver de la pourriture. Ces pieux, saisis par les lèvres vivantes de la plaie faite au lierre, puisèrent la vie à une vie étrangère, et l'on connut qu'une tige peut tenir lieu de la terre. Pour cette greffe on enlève également avec la scie la surface; on polit le tronc avec la serpe.

[2] Cela fait, il y a deux procédés : le premier consiste à greffer entre l'écorce et le bois. Les anciens craignaient de fendre le tronc; puis ils osèrent introduire la greffe dans le milieu, l'enfonçant dans la moelle; ils n 'en mettaient qu'une, parce que la moelle n'en pouvait contenir davantage. Une pratique plus ingénieuse en a, dans la suite, porté le nombre jusqu'à six : on veut remédier par le nombre aux chances de mort des greffes; on fend doucement le trou, par le milieu, un coin mince tient écartés les deux côtés de la fente, jusqu'à ce que la greffe taillée en pointe y ait pénétré.

[3] Beaucoup de précautions sont à prendre : avant tout il faut greffer sur un arbre et prendre la greffe sur un autre qui supportent une telle union. La sève est distribuée diversement suivant les arbres, et chez tous elle n'est pas au même endroit. Dans les vignes et les figuiers le milieu est plus sec, et c'est au sommet qu'est la force de conception; aussi est-ce là qu'on prend les greffes. Dans les oliviers, la sève est dans la partie intermédiaire; aussi y faut-il prendre les greffes: le sommet est sec. Les greffes prennent très facilement entre des arbres dont l'écorce est de même nature, et qui, fleurissant simultanément, sont contemporains pour le bourgeonnement et la sève.

[4] Au contraire, la réunion est lente toutes les fois que le sec est en lutte avec l'humide, et l'arbre à écorce molle avec l'arbre à écorce dure. Les autres préceptes sont : de ne pas faire la fente dans un nœud, car la dureté inhospitalière du nœud repousse l'étranger; de la faire dans l'endroit le plus uni; de ne la faire ni beaucoup plus longue de trois doigts, ni oblique, ni traversant l'arbre de part en part. Virgile (Géorg., ib.) défend de prendre des greffes à la tête; et il est certain qu'il fait les prendre aux épaules regardant le lever d'été, à des arbres fertiles, sur une pousse nouvelle, à moins que la greffe ne soit destinée à un vieil arbre; alors elle doit être plus forte. En outre, la greffe doit être en état d'imprégnation, c'est-à-dire gonflée par le bourgeonnement (XVI, 32, 40 et 41), et promettant de produire cette année même; elle doit toujours avoir deux ans, et au moins la grosseur du petit doigt; on l'insère par le bout le plus petit, quand on veut qu'elle monte moins et s'étende davantage.

[5] Surtout il importe que les bourgeons soient unis, et qu'ils ne soient nt écorchés ni rabougris. On comptera sur la réussite si la moelle de la greffe est mise en contact avec le bois et l'écorce du sauvageon : cela vaut mieux que de l'accoler en dehors, écorce contre écorce (XVII, 25). En taillant en pointe la greffe ne mettez pas la moelle à nu : cependant, avec un petit instrument talliez de façon que la pointe s'amincisse en un coin lisse, dont la longueur ne dépasse pas trois doigts : ce qu'on obtient facilement quand on la racle après l'avoir humectée d'eau. Ne taillez pas la greffe au grand air, et ayez soin que ni l'écorce de la greffe ni celle du sauvageon ne soient décollées.

[6] Enfoncez la greffe jusqu'à l'écorce; prenez garde de ne pas la forcer en l'enfonçant, et ayez soin que l'écorce ne se fronce pas. C'est pour cela qu'il ne faut pas prendre des greffes pleines de sève, pas plus certes que des greffes sèches : dans le premier cas, l'écorce, trop humectée, se détache; dans le second, elle ne s'humecte pas, faute de vie, ni ne s'incorpore. On s'astreint encore religieusement à mettre la greffe pendant que la lune croît, et à l'enfoncer avec les deux mains à la fois. Le fait est que les deux mains, agissant en même temps, exercent un moindre effort, et se modèrent réciproquement l'une l'autre. Les greffes enfoncées trop fortement produisent plus tardivement et durent plus; c'est le contraire pour les greffes enfoncées moins fortement. La fente du sauvageon ne doit pas être trop ouverte ni trop lâche ; elle ne doit pas non plus l'être trop peu, car alors elle chasserait ou tuerait par compression la greffe. La précaution qu'il faut surtout prendre, c'est que dans le sauvageon la greffe soit placée exactement au milieu de la fente.

[7] Quelques-uns marquent la fente sur le sauvageon avec une serpe, et lient le bord du tronc mer de l'osier; puis ils enfoncent des coins, les liens empêchant le tronc de s'ouvrir trop. Quelques végétaux greffés dans la pépinière sont transplantés le même jour. Si on greffe un gros sauvageon, il vaut mieux mettre la greffe entre l'écorce et le bois; le mieux pour cela est un coin d'os, de peur que l'écorce, relâchée, ne se rompe. On fend les cerisiers après avoir enlevé le liber; ce sont les seuls arbres qu'on greffe même après le solstice d'hiver. Le liber étant ôté, ils ont une sorte de duvet qui pourrit la greffe, s'il s'y attache. Quand l'extrémité en coin de la greffe a été introduite sans lésion, il est très utile de la serrer. Il y a beau coup d'avantage à greffer très près du sol, si l'état des nœuds et du tronc le permet. Les greffes ne doivent pas sortir de plus de six doigts hors du sauvageon.

[8] Caton (De re rust. XL) recommande de faire un mélange d'argile ou de craie en poudre et de bouse, de le pétrir jusqu'a ce qu'il devienne collant, et d'en enduire tout autour le point greffé. Par ses écrits nous voyons facilement qu'a cette époque la seule greffe usitée était la greffe entre le bois et l'écorce, et qu'on ne l'enfonçait pas au delà de deux doigts. Il recommande de greffer les poiriers et les pommiers pendant le printemps, ainsi que cinquante jours après le solstice d'été et après les vendanges: quant aux oliviers et aux figuiers, de les greffer seulement pendant le printemps, par une lune qui ait soif, c'est-a-dire sèche: de plus, après midi et sans vent du sud.

[9] Chose singulière! non content d'avoir enduit fa greffe comme nous l'avons dit, et de l'avoir protégée contre la pluie et les froids avec du gazon et de souples faisceaux d'osier fendu, il recommande en outre de la couvrir avec la buglosse (XXV, 40) (c'est une espèce d'herbe), d'attacher cette buglosse, et de mettre de la paille par-dessus. Maintenant on regarde comme suffisant de garnir la greffe d'écorce et d'un mélange de boue et da paille; on n'en laisse passer que deux doigts. Quand on greffe au printemps, le temps presse, les bourgeons font éruption, excepté dans l'olivier, dont les bourgeons sont très longs à éclore, et ont très peu de sève sous l'écorce: or un excès de sève nuit aux greffes.

[10] Quant au grenadier et au figuier, quoique du reste ce soient des arbres secs, il ne vaut rien d'en retarder la greffe. On peut greffer le poirier même en fleur, et retarder cette opération jusqu'au mois de mai. Si l'on veut transporter à une certaine distance les greffes des arbres à fruit, on pense que le meilleur moyen de les conserver c'est de les ficher dans des raves ; on les conserve encore en les mettant auprès d'un ruisseau ou d'un étang, entre deux tuiles creuses lutées aux deux bouts avec de la terre. (XV.) Les greffes de vigne se gardent dans des trous secs; on les couvre de paille, puis de terre, tout en laissant passer les sommités.

XXV. [1] Caton (De re rust., XLI) greffe la vigne de trois façons: dans la première, il fend la mère vigne par la moelle, y insère les greffes taillées en pointe, comme nous avons dit, et met en contact les moelles; la seconde s'emploie si les deux vignes sont dans le voisinage l'une de l'autre : on taille en biais le côté par lequel elles se regardent, mais en sens contraire, et on joint les deux moelles par une ligature; dans la troisième, on perce en biais la vigne jusqu'à la moelle; on enfonce dans le trou des greffes longues de deux pieds, on les lie, on les enduit d'une pâte de terre; on a soin que les greffes soient redressées.

[2] De notre temps on a amélioré ce procédé en employant la tarière gauloise, qui perce sans brûler; or, toute brûlure affaiblit, on a soin de choisir une greffe qui commence à bourgeonner, de ne laisser au-dessus de la greffe que deux yeux, de l'attacher avec un lien d'orme et de faire des deux côtés une incision, afin de donner un écoulement au liquide, qui fatigue surtout les vignes; puis, quand la greffe a crû de deux pieds, on en coupe le lien, et on en abandonne la croissance à la vigueur de la pousse. Le temps de greffer les vignes a été fixé depuis l'équinoxe d'automne jusqu'au commencement du bourgeonnement. On greffe les végétaux domestiques sur les racines des végétaux sauvages, lesquelles sont naturellement plus sèches.

[3] Si on greffe des végétaux domestiques sur des végétaux sauvages, ils reviennent à l'état sauvage. Le reste dépend du ciel : un temps sec convient très bien aux greffes : on remédie en effet sans peine à la trop grande sécheresse, en plaçant à côté des pots de terre pleins de cendre, à travers laquelle on fait filtrer de l'eau. La greffe par inoculation aime de légères rosées.

XXVI. (XVI.) [1] Le procédé de l'écusson peut paraître avoir été suggéré lui-même par celui de l'inoculation; il convient surtout à une écorce épaisse comme est celle du figuier. On coupe toutes les branches, pour qu'elles ne détournent pas la sève, on choisit l'endroit le plus uni, celui qui paraît le plus heureusement disposé. On y enlève un lambeau d'écorce en forme d'écusson, en ayant soin que le fer ne pénètre pas au delà. Un lambeau d'écorce égal, pris sur un autre arbre, y est fixé avec son bourgeon. La réunion en doit être si exacte qu'il n'y ait pas lieu à une cicatrice, et que l'union soit immédiate, sans laisser accès ni à l'humidité ni à l'air. Toutefois il est bon aussi d'y ajouter et un enduit et un lien.

[2] Ceux qui favorisent les modernes prétendent que ce genre de greffe est une invention récente; mais on la trouve usitée même chez les anciens Grecs, et Caton (De re rust, XLII) recommande de greffer ainsi l'olivier et le figuier, déterminant même les mesures, selon son exactitude ordinaire : L'écusson, dit-il, doit avoir quatre doigts de long, trois de large : taillé de cette façon, on le met en place, et on l'enduit de ce mélange dont il a parlé (XVII, 24). Il indique un même procédé pour le pommier.

[3] Quelques-uns ont fait sur la vigne un procédé mixte de la greffe en écusson et de la greffe en fente: ils ont levé sur la vigne mère un lambeau d'écorce, et sur le côté plan, mis a nu, ils ont fixé un scion. Nous avons vu près des cascades de Tibur un arbre greffé de toutes ces façons, chargé des fruits les plus divers, portant sur une branche des noix, sur une autre des baies, sur d'autres des raisins, des figues, des poires, des grenades et quelques espèces de pommes; mais la vie en fut courte. Néanmoins, tous nos essais ne peuvent rivaliser avec la nature. Quelques végétaux me viennent que spontanément, et ceux-là ne croissent que dans des lieux sauvages et déserts.

[4] Le platane est regardé comme l'arbre le plus apte à recevoir toute espèce de greffe, puis le rouvre; mais l'un et l'autre gâtent le goût des fruits. Quelques végétaux se greffent de toutes les façons, par exemple le figuier et le grenadier. La vigne ne reçoit pas les écussons, non plus que les arbres dont l'écorce est mince, caduque et fendillée. Les arbres qui sont secs ou ont peu d'humidité ne reçoivent pas l'inoculation. L'inoculation, puis l'écusson, sont les procédés les plus avantageux ; mais ces deux greffes tiennent peu : celles qui n'ont de support que dans l'écorce sont emportées très promptement par un vent même léger : la greffe par insertion est la plus solide; un arbre ainsi greffé est plus fécond qu'un arbre planté. (XVII.)

[5] Il ne faut pas omettre un fait unique : Corellus, chevalier romain, né à Ateste, greffa, dans le territoire de Naples, un châtaignier avec un scion pris sur l'arbre même, ce qui produisit la châtaigne qui porte son nom et qui est renommée. Dans la suite, Étéreius, affranchi, greffa de nouveau le châtaignier corellien (XV, 25). Voici les différence, qui en ont résulté : le corellien produit davantage, l'étéreien produit des fruits meilleurs.

XXVII. [1] C'est le hasard qui a été l'inventeur des autres modes de multiplication, et qui a enseigné à planter des branches que l'on arrache aux arbres, attendu qu'on vit des pieux fichés en terre prendre racine. On propage, suivant ce procédé, beaucoup de végétaux, et surtout le figuier, qui vient de toutes les façons susdites, excepté de bouture. Le figuier vient surtout très bien si, prenant une grosse branche, on l'aiguise en forme de pieu et on renfonce profondément, laissant au-dessus du sol un petit bout, que l'on couvre même avec du sable. On plante aussi de bille le grenadier ; on fait le trou avec un pieu (XVII, 29); il en est de même du myrte. Pour tout plant de ce genre on prend une branche de trois pieds de long, un peu moins grosse que le bras, ayant l'écorce soigneusement conservée et le gros bout taillé en pointe.

XXVIII. [1] Le myrte se plante aussi de bouture; le mûrier ne vient que de cette façon, et les rites religieux relatifs à la foudre (XV, 17) empêchent de le greffer sur l'ormeau. C'est donc ici le moment de parler de la bouture. Voici les conditions quelle doit remplir avant tout: La bouture sera prise sur des arbres fertiles; elle ne sera ni tortue ni raboteuse, ni bifurquée; elle sera assez grosse pour remplir la main ; elle n'aura pas moins d'un pied de long; l'écorce en sera intacte; le bout coupé, celui qui est du côté de la racine, sera toujours mis en bas; pendant la végétation on accumule de la terre alentour, jus qu'à ce que la plante ait pris da la force.

XXIX. (XVIII.) [1] Quant aux précautions que recommande Caton (De re rust., XLV) pour la propagation de l'olivier, nous n'avons rien de mieux que d'employer ses expressions : Donnez trois pieds aux boutures d'olivier que vous voulez planter dans une fosse; prenez garde d'endommager l'écorce quand vous les taillez ou les coupez; donnez un pied de longueur à celles que vous voulez planter dans la pépinière; plantez-les de la façon suivante: Que l'endroit soit remué avec la boue, et bien meuble. Quand vous enfoncez la bouture, appuyez dessus avec le pied; si elle ne s'enfonce pas assez, aidez-vous du maillet ou du manche de la houe, et prenez garde de déchirer l'écorce quand vous enfoncez la bouture.

[2] Si vous faites d'abord avec un pieu un trou pour y enfoncer la bouture, elle réussira mieux. Quand la bouture aura trois ans, alors vous aurez soin de faire une marque à l'écorce, afin de l'orienter dans la transplantation. Si vous plantez dans des fosses ou dans des sillons. mettez les boutures trois à trois. Ecartez-les à la surface du sol, qu'elles ne dépasseront pas de plus de quatre travers de doigt; qu'elles aient un bourgeon ou œil au-dessus du sol. il faut dépiquer l'olivier avec soin, et enlever le plus de racines possible avec la terre qui les entoure. Quand les racines sont bien recouvertes, il faut fouler la terre avec le pied, afin que rien ne puisse leur nuire.

XXX. [1] Si l'on demande quel est le temps pour la plantation de l'olivier, on répondra : Dans une terre sèche, les semailles; dans une bonne terre, le printemps. Commencez à tailler les oliviers quinze jours avant l'équinoxe du printemps; la taille sera bonne pendant les quarante jours qui suivent ce jour. Voici les règles pour la talle: Dans un terroir très productif, ôtez tous les rameaux desséchés et tous ceux que le vent a rom pus; dans un terroir moins bon, taillez davantage; labourez bien, ôtez les nœuds et allégez les tiges. En automne, déchaussez le pied des oliviers, et mettez du fumier; celui qui labourera le plus souvent et le plus profondément une plantation d'oliviers, enlèvera les petites racines. Si les racines montent, elles grossiront, et les forces de l'olivier passeront dans les racines.

[2] Quelles sont les espèces d'oliviers; en quelle espèce de terre ces arbres doivent vivre et être plantés; quelle en doit être l'exposition; c'est ce que nous avons dit en parlant de l'huile (XV, 8). Magon a recommandé de planter les oliviers sur les coteaux, dans les lieux secs, dans un terrain argileux, entre l'automne et le solstice d'hiver; dans un terrain fort, ou humide ou un peu arrosé, depuis la moisson jusqu'au solstice d'hiver; précepte qui il faut entendre pour l'Afrique. Aujourd'hui en Italie c'est au printemps surtout que l'on plante; mais si l'on veut aussi planter en automne, il n'y a, dans les quarante jours qui séparent l'équinoxe du coucher des Pléiades, que quatre jours où il ne convient pas de planter les oliviers (XVII, 2, 2; XVIII, 69). Un usage particulier à l'Afrique, c'est de ne greffer l'olivier que sur l'olivier sauvage. L'olivier s'éternise pour ainsi dire : on fait pousser le rejeton qui mérite le plus d'être adopté; de la sorte, l'ancien arbre revit en un arbre nouveau; et ainsi de suite toutes les fois qu'on en a besoin, de manière que les mêmes plantations d'oliviers durent des siècles. L'olivier sauvage se greffe par scions et par inoculation.

[3] L'olivier s'accommode mal des terrains d'où l'on vient d'arracher des chênes, parce que les vers appelés rauques naissent dans la racine du chêne et passent dans l'olivier. On a reconnu qu'il valait mieux ne pas enterrer les boutures ni les faire sécher avant de les planter. L'expérience a enseigné qu'il importait de tailler de deux ans l'un une vieille plantation d'oliviers, de l'équinoxe du printemps jusqu'au lever des Pléiades exclusivement, ainsi que d'entourer de mousse les racines, de les déchausser tous les ans après le solstice d'été, en donnant à la fosse deux coudées de large sur un pied de profondeur, et de les fumer tous les trois ans.

[4] Le même Magon recommande de planter les amandiers depuis le coucher d'Arcturus ( XVIII, 74 ) jusqu'au solstice d'hiver. Toutes les espèces de poiriers ne se plantent pas en même temps, parce qu'elles ne fleurissent pas non plus en même temps. Les poiriers à poires oblongues ou rondes se plantent depuis le coucher des Pléiades (XVIII, 59) jusqu'au solstice d'hiver; les autres espèces, au milieu de l'hiver, après le courber de la constellation de la Flèche (XVIII, 74), dans des positions regardant le levant équinoxial ou le nord; le laurier, depuis le coucher de l'Aigle (XVIII, 69) jusqu'au coucher de la Flèche; car les époques de la plantation ont aussi des rapports avec les constellations. En général, on choisit le printemps et l'automne. II est encore vers le lever de la Canicule une autre époque connue d'un petit nombre, attendu qu'elle n'est pas également avantageuse dans toutes les contrées; mais je ne dois pas l'omettre, puisque je m'occupe non des conditions d'un pays en particulier, mais de l'ensemble de la nature.

[5] Dans la Cyrénaïque, on plante pendant que soufflent les vents étésiens (II, 47; XVIII, 68) ; même coutume en Grèce, surtout pour l'olivier en Laconie. L'île de Cos plante aussi alors la vigne. Dans le reste de la Grèce, on n'hésite pas à greffer par inoculation et par scion à cette époque; mais on ne plante pas les arbres. En cela la nature des localités a une grande influence : en effet, on plante tous les mois en Égypte, et partout où il n'y a pas de pluies en été. comme dans l'Inde et dans l'Éthiopie. Nécessairement, quand on ne plante pas les arbres au printemps, on les plante en automne.

[6] II y a trois époques semblables pour la pousse des bourgeons (XVI, 41), le printemps, la Canicule et le lever d'Arcturus. Ce ne sont pas les animaux seuls que sollicite l'ardeur de la reproduction; cette ardeur est encore bien plus grande dans la terre et dans les végétaux : savoir en user à propos est de la plus grande Importance pour la pousse des bougeons; et cela importe surtout dans les greffes, où les deux sujets ont un mutuel désir de s'unir. Ceux qui préfèrent le printemps pratiquent la greffe aussitôt après l'équinoxe, assurant qu'alors les arbres bourgeonnent, ce qui facilite l'union des écorces. Ceux qui préfèrent l'automne greffent aussitôt après le lever d'Arcturus (XVIII, 74), parce qu'immédiatement la greffe s'enracine quelque peu, arrive préparée au printemps, et ne perd pas tout d'abord ses forces par le bourgeonnement. Toutefois il est des époques fixées, dans tous les cas, pour certains arbres : les cerisiers et les amandiers se plantent ou se greffent vers le solstice d'hiver. Pour beaucoup la situation des localités sera le meilleur guide : dans un terrain froid et humide il faut planter au printemps; dans un terrain sec et chaud, en automne.

[7] D'après les conditions générales de l'Italie, les époques sont ainsi distribuées : le mûrier se plante des ides de février (3 février) à l'équinoxe; le poirier, en automne, de manière que la plantation précède le solstice d'hiver de quinze jours an moins; les pommiers d'été, les cognassiers, les sorbiers, les pruniers, du milieu de l'hiver aux ides de février; les caroubiers (XV, 26) et les pêchers, en automne, avant le solstice d'hiver; les arbres à noix, les noyers, les pins, les aveliniers, les amandiers, les châtaigniers, des calendes de mars (1er mars) aux ides de mars (15 mars); le saule et le genêt, vers les calendes de mars; le genêt de graine, dans les lieux secs (XVI, 20); le saule de scion, dans les lieux humides, comme nous l'avons dit (XVII, 46, 67 et 68).

[8] (XIX.) J'ajouterai tel, pour ne rien omettre sciemment de tout ce que j'ai pu trouver, une nouvelle manière de greffer, inventée par Columelle (De re rust., V, 9), ainsi qu'il l'affirme lui-même, à l'aide de laquelle on unit même des arbres de nature hétérogène et insociable, tels que le figuier et l'olivier. Il recommande de planter près de l'olivier un figuier, à une distance assez rapprochée pour que le figuier soit touché dans une grande étendue par une branche de l'olivier, la plus souple et la plus flexible; vous aurez soin pendant tout le temps de l'assouplir en la courbant continuellement; puis, le figuier ayant pris des forces, ce qui arrive au bout de trois ans ou de cinq ans au plus, coupez-en le haut , coupez aussi l'extrémité de la branche d'olivier, et, comme nous avons dit (XVII, 24), taillez-la en pointe, puis enfoncez-la dans le tronc du figuier et liez-la, pour empêcher cette branche ployée de s'échapper; ainsi cette opération est une sorte de mélange entre le provignement et la greffe par scion. On laisse les deux arbres vivre en commun pendant trois ans; la quatrième année, on coupe la branche d'olivier appartenant dès lors tout entière à l'arbre qui l'adopte : c'est un procédé encore peu répandu, ou du moins dont je n'ai pas une connaissance suffisante.

XXXI. [1] Au reste, les mêmes considérations que j'ai exposées plus haut sur les terrains chauds et froids, humides et secs, ont aussi enseigné les règles pour les déchaussements : dans les lieux humides on ne les fait ni profonds ni larges; c'est le contraire dans un terrain brûlant et sec où les fosses doivent autant que possible recevoir et garder l'eau. Cette règle s'applique aussi à la culture des vieux arbres: dans les lieux brûlants on amasse en été de la terre sur les racines, et on les recouvre, pour que l'ardeur du soleil ne leur nuise pas; ailleurs on les déchausse pour donner accès à l'air; là on les protège en hiver par des tas de terre contre le froid, tandis que dans les lieux chauds on la découvre en hiver, et l'on cherche à faire arriver l'humidité au pied des plantes altérées. En tous lieux la règle est de faire autour des arbres une fosse circulaire de trois pieds : cela ne peut se faire dans les près, où les racines s'allongent à fleur de terre pour chercher le soleil et l'humidité. Tel est le résumé général de ce que nous avions à dire sur les arbres que l'on plante et que l'on greffe pour en obtenir les fruits.

XXXII. (XX.) [1] Reste maintenant à parler de ceux qu'on plante en vue d'autres arbres et surtout de la vigne, et dont on coupe du bois de temps en temps. Au premier rang est le saule, qu'on plante dans un lieu humide (XVII, 30); la fosse doit néanmoins avoir deux pieds et demi de profondeur, la bouture un pied et demi; on plante aussi des perches, qui valent d'autant mieux qu'elles sont plus grosses. L'intervalle entre les plants doit être de six pieds : à trois ans on les coupe à deux pieds de terre, afin qu'ils se déploient en largeur et qu'on puisse les émonder sans échelle; le saule est d'autant plus productif qu'il est moins élevé. On recommande de bêcher les saussaies tous les ans, au mois d'avril. Telle est la culture du saule à vannerie.

[2] Le saule à perches se plante, et de scion et de bouture, dans une fosse de même dimension; il donne des perches au bout de quatre ans environ. Quand une saussaie vieillit, on la régénère de provins, en enfonçant en terre des perches qu'on ne sépare du tronc qu'au bout d'un an. Un seul jugère (25 ares) de saule à vannerie suffit peur vingt-cinq jugères de vignes. C'est pour le même objet qu'on plante le peuplier blanc : les fosses sont de deux pieds, la bouture est d'un pied et demi; on la laisse sécher pendant deux jours. On espace les plants d'un pied et un palme. On les recouvre d'une épaisseur de terre de deux coudées.

XXXIII. [1] Le roseau se plaît dans un sol encore plus détrempé. On le plante en mettant la bulbe de la racine, nommée œil (XVI, 67) par d'autres, dans des fosses de neuf pouces, à deux pieds et demi d'intervalle. Une plantation de roseaux se reproduit d'elle-même, après que, devenue vieille, on l'a arrachée; ce qu'on a trouvé plus avantageux que de l'éclaircir comme on faisait auparavant, car les racines serpentent et s'entrelacent l'une à l'autre. Le temps de planter les roseaux est celui qui précède le gonflement de leurs yeux, c'est-à-dire avant les calendes de mars (1er mars).

[2] Ils croissent jusqu'au solstice d'hiver, et Ils cessent de croître quand ils commencent à durcir; c'est l'indice qu'ils sont bons à couper. On pense qu'Il faut les bêcher aussi souvent que la vigne. On plante aussi le roseau en le couchant transversalement, et en le recouvrant d'une couche de terre peu considérable; chaque œil donne naissance à autant de pieds. On le propage encore en mettant dans un sillon d'un pied de profondeur un roseau déplanté, garni de trois yeux, dont deux sont cachés sous la terre et le troisième à fleur de sol; on en penche la tête, pour qu'elle ne se charge pas de rosée. On coupe le roseau au décours de la lune. Pour être employé dans les vignobles, il vaut mieux séché pendant un an que vert.

XXXIV. [1] Le châtaignier est préféré pour échalas à tous les autres bois, à cause de la facilité avec laquelle on le travaille, parce qu'il dure très longtemps, et parce que coupé il est encore plus prompt que le saule à repousser. Le sol qu'il recherche doit être léger sans être graveleux; il aime surtout un sable humide, une terre charbonnée (XVII, 3), ou même un tuf pulvérulent; il s'accommode des lieux ombragés, exposés au nord, très froids, et même des pentes. Il refuse de croître dans le gravier, dans la terre rouge, dans la terre crayeuse, et en général dans toute terre fertile. Nous avons dit qu'on le multiplie en semant des châtaignes (XV, 23 ) ; mais il ne lève qu'autant qu'on les choisit très grosses, et qu'on en fait un tas de cinq. On doit briser la terre au-dessus du semis depuis le mois de novembre jusqu'au mois de lévrier; car c'est l'époque où les châtaignes se détachent spontanément de l'arbre, tombent sur le sol, et y lèvent.

[2] Les intervalles doivent être d'un pied; le sillon doit avoir neuf pouces. De ce semis on les transporte dans un autre lieu au bout de deux ans et plus, et on les met à deux pieds d'intervalle. On provigne aussi cet arbre, et aucun ne s'y prête mieux : on déchausse la racine, et on couche le provin tout entier dans le sillon : alors, du sommet qu'on a laissé hors de terre naît un nouveau pied, et un autre de la racine; mais transplanté c'est un hôte difficile, et il redoute la nouveauté; il lui faut environ deux ans pour partir: aussi aime-t-on mieux le multiplier de châtaignes que de plants vifs pour en faire des taillis. La culture n'en est pas différente de celle du saule et du roseau : on le bêche et on le taille pendant les deux années qui suivent; du reste il se cultive lui-même, l'ombre étouffant les rejetons superflus. On le coupe la septième année. Un seul jugère (25 ares) de châtaigniers fournit des échalas à vingt jugères de vignes, d'autant que de chaque perche on fait deux échalas; ils durent au delà, du temps de la coupe suivante.

[3] Le chêne esculus vient de même; la coupe s'en fait trois ans plus tard : moins difficile à obtenir, il se sème dans tout terrain; il naît d'un gland, mais seulement d'un gland d'esculus; la fosse a neuf pouces, les intervalles sont de deux pieds. On sème le gland d'une main légère (un à un, ou guère plus), quatre fois par an. C'est l'espèce d'échalas qui se pourrit le moins; et plus on coupe l'arbre, plus il produit. On a en outre des taillis avec des arbres que nous avons nommés, le frêne. le laurier, le pêcher, le coudrier, le pommier; mais ils poussent plus lentement; les échalas qui ils fournissent résistent à peine à l'action du sol, loin de résister à celle de l'humidité. Le sureau, qui donne au contraire d'excellents pieux, se multiplie de bouture comme le peuplier; quant au cyprès, nous en avons suffisamment parlé (XVI, 60).

XXXV. (XXI.) [1] Après avoir énuméré ce qui forme pour ainsi dire l'arsenal des vignobles, il nous reste à traiter avec un soin particulier de la vigne elle-même. Les rejetons de la vigne et de certains arbres dont l'intérieur est naturellement spongieux ont des noeuds ou articulations qui, d'intervalle en intervalle, interrompent la moelle. Les internoeuds compris entre deux articulations sont courts dans les rameaux, et surtout à la cime. La moelle, sorte d'âme vivifiante, tend toujours devant elle
en longueur, aussi longtemps que le noeud laisse un libre passage.

[2] Mais si le nœud devient complètement solide, elle est repoussée, et fait irruption à sa partie inférieure auprès du nœud précédant, d'un coté et de l'autre alternativement comme nous l'avons dit pour le roseau (XVI, 65) in fine) et pour la férule (XIII, 42) : cela veut dire qu'un bourgeon est à