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MACROBE

 

SATURNALES

 

LIVRE SIX

 

livre 5          livre 7

 

 

 

 

CHAPITRE I.

Des vers que Virgile a pris à moitié, ou même en entier, dans d'anciens poètes latins.

Eusthate nous a tracé un admirable tableau, dit ici Praetextatus, des emprunts que Virgile a faits à l'antiquité grecque, pour les transporter dans ses poèmes; mais nous n'avons pas oublié pour cela que des hommes que l'on compte parmi les plus savants de notre âge, Furius Albinus et Cécina Albinus, nous ont promis de dévoiler les emprunts que Virgile a faits en outre aux anciens écrivains romains île moment est arrivé d'exécuter cette promesse. - Tout le monde ayant  approuvé la proposition, Furius Albiuus parla en ces termes

- Tandis que je désire montrer combien Virgile a su mettre à profit la lecture des anciens, et recueillir dans leurs divers ouvrages des fleurs et des ornements dont il a embelli ses poèmes, j'appréhende de fournir aux ignorants ou aux mal intentionnés l'occasion d'accuser de plagiat un si grand poète, sans faire attention que le fruit qu'on espère de ses lectures, c'est de parvenir à imiter ce que l'on trouve de bon dans les autres, et à s'approprier ce qu'on admire le plus en eux. C'est ce qu'ont fait réciproquement entre eux les écrivains grecs les plus distingués : c'est ce qu'ont fait les nôtres réciproquement entre eux, autant qu'à l'égard de ces derniers. Sans parler des étrangers, il me serait facile de vous démontrer combien les écrivains de notre ancienne littérature se sont fait de mutuels emprunts; ce que je pourrai exécuter plus opportunément dans une autre occasion, si cela vous convient. Je n'en citerai pour le moment qu'un exemple, qui doit suffire à prouver mon assertion. Afranius, auteur de comédies à toge, dans celle qui est intitulée les « Compitales, » répond très convenablement à ceux qui lui reprochaient d'avoir pris plusieurs choses dans Ménandre. J'avoue, dit-il, que j'ai puisé non seulement chez lui, mais encore chez tous les écrivains, même latins, dans lesquels j'ai trouvé quelque chose qui m'a convenu; et, en cela, j'ai cru agir on ne peut mieux. Si donc une telle société, une pareille communauté est permise et établie entre les poètes, et généralement entre tous les écrivains, qui accusera Virgile de plagiat, parce qu'il a fait des emprunts aux écrivains qui l'ont précédé, pour en orner ses ouvrages? Ne lui doit-on pas plutôt de la reconnaissance de ce qu'en transportant quelques-uns de leurs morceaux dans ses vers qui doivent demeurer éternellement, il a préservé d'un entier oubli la mémoire de ces anciens auteurs, que notre siècle ne se contente pas de vouer à l'oubli, mais qu'il commence même à condamner au mépris? D'ailleurs, Virgile choisit avec tant de discernement, ou il imite d'une telle manière, que lorsque nous lisons ses emprunts, nous nous plaisons à les trouver dans ses mains; et nous sommes dans l'admiration de les voir y produire plus d'effet qu'en leur place primitive. Je signalerai donc d'abord les demi-vers, puis les vers presque entiers, que Virgile a pris à d'autres poètes. Je passerai ensuite aux morceaux qu'il a translatés intégralement, avec de légères mutations; à ceux dont il a saisi le sens, en laissant clairement en apercevoir l'origine; à ceux enfin auxquels il a fait des changements qui n'ont pas empêché d'en découvrir la source. Après cela, je prouverai que quelques-unes des choses qu'il a prises dans Homère, il ne les y a point puisées directement, mais que d'autres les y avaient prises avant lui; et que c'est de ces auteurs qu'il les a transportées dans ses ouvrages, puisqu'il les avait lus indubitablement.
Virgile

Vertitur interea caelum, et ruit oceano nox.

« Cependant le ciel opère sa révolution, et la nuit s'élànce hors de l'Océan. »

Ennius, livre sixième

Vertitur interea caelum cum ingentibus signis

« Cependant le ciel et ses vastes constellations opèrent leur révolution. »

Virgile

Axem humero torquet stellis ardentibus aptum.

« (Atlas) soutient sur ses épaules le ciel orné d'étoiles ardentes. »

Ennius, livre premier

Qui caelum versat stellis fulgentibus aptum

« Il parcourt le ciel orné d'étoiles brillantes. »

Livre troisième

Caelum prospexit stellis fulgentibus aptum

« Il considère le ciel orné d'étoiles brillantes. »

Et livre dixième

Hinc nox processit stellis ardentibus apta

« La nuit s'avance ornée d'étoiles brillantes. »

Virgile

Conciliumque vocat divum pater atque hominum rex.

« Le père des dieux et le roi des humains convoque l'assemblée. »

Ennius, livre sixième

Tum cum corde suo divum pater atque hominum rex
Effatur
.

« Alors le père des dieux et le roi des humains dit en son coeur. »

Virgile

Est locus, Hesperiam Grai cognomine dicunt.

« Il est un pays que les Grecs nomment Hespérie. »

Ennius, livre premier

Est locus, Hesperiam quam mortales perhibebant

« Il est un pays que les mortels nommaient Hespérie. »

Virgile

Tuque o Thybri tuo genitor cum flumine sancto.

« Et toi, ô père du Tibre, avec ton fleuve sacré. »

Ennius, livre premier

Teque, pater Thyberine, tuo cum flumine sancto
« Et toi, ô père du Tibre, avec ton fleuve sacré. »

Virgile

Accipe, daque fidem: sunt nobis fortia bello
Pectora
.

« Reçois ma foi et donne-moi la tienne; car nous avons tous deux de vaillants guerriers. »

Ennius, livre premier

Accipe, daque fidem, foedusque feri bene firmum

« Reçois ma foi et donne-moi la tienne et formons une alliance durable. »

Virgile

Et lunam in nimbo nox intempesta tenebat.

« La nuit orageuse tenait la lune cachée derrière les nuages. »

Ennius, livre premier

Cum superum lumen nox intempesta teneret
« La nuit orageuse voilait la lumière céleste. »

Virgile

Tu tamen interea calido mihi sanguine poenas
persolves
.

« En attendant, ton sang fumant va porter la peine.... »

Ennius, livre premier

Non pol homo quisquam faciet inpune animatus
Hoc, nisi tu: nam mi calido das sanguine poenas
.

« Je jure qu'aucun homme vivant n'aura fait ceci impunément; pas même toi, car ton sang fumant va me le payer. »

Virgile

Concurrunt undique telis
Indomiti agricolae
.

« De tous côtés les indomptables campagnards accourent, armés de traits. »

Ennius, livre troisième

Postquam defessi sunt, stant, et spargere sese
Hastis: ansatis concurrunt undique telis
.

« Après s'être fatigués, ils s'arrêtent et s'appuient sur leurs lances; de tous côtés volent leurs traits recourbés. »

Virgile

Summa nituntur opum vi.

« Ils font les plus grands efforts.... »

Ennius, livre quatrième

Romani scalis summa nituntur opum vi

« Les Romains font les plus grands efforts avec leurs échelles. »

Et dans le seizième

Reges per regem statuasque sepulchraque quaerunt;
Aedificant nomen: summa nituntur opum vi
.

« Les rois font les plus grands efforts pour « obtenir dans leur empire des statues et des mausolées, et pour se faire un nom. »

Virgile

Et mecum ingentes oras evolvite belli.

« Développer avec moi le vaste tableau de cette guerre ».

Ennius, livre sixième

Quis potis ingentes oras evolvere belli?

« Qui pourra développer le vaste tableau de la guerre? »

Virgile

Ne qua meis dictis esto mora: Iuppiter hac stat.

« Que mes ordres soient exécutés sans aucun délai. Jupiter est pour nous. »

Ennius, livre septième

Non semper vestra evertit: nunc Iuppiter hac stat

« Jupiter ne renverse pas toujours vos entreprises; maintenant il est pour nous. »

Virgile

Invadunt urbem somno vinoque sepultam.

« Ils envahissent la ville ensevelie dans le vin et dans le sommeil. »

Ennius, livre huitième

Nunc hostes vino domiti somnoque sepulti

« Les ennemis sont maintenant domptés par le vin et ensevelis dans le sommeil. »

Virgile

Tollitur in caelum clamor, cunctique Latini.

« Un cri s'élève jusqu'au ciel, et tous les Latins.... »

Ennius, livre dix-septième

Tollitur in caelum clamor exortus utrisque

« Un cri s'élève jusqu'au ciel, parti des deux côtés. »

Virgile

Quadripedante putrem sonitu quatit ungula campum.

« Le cheval frappe de son ongle avec fracas la poussière du sol. »

Ennius, livre sixième :

Explorant Numidae: totum quatit ungula terram

« Les Numides vont à la découverte; la terre retentit sous l'ongle du cheval. »

Le même, dans le livre huitième

Consequitur, summo sonitu quatit ungula terram

« Le cheval poursuit, en frappant fortement la terre de son ongle, »

Et dans le livre dix-septième

It eques, et plausu cava concutit ungula terram

« Le cheval court et au bruit des applaudissements frappe la terre de son pied concave. »

Virgile

Unus qui nobis cunctando restituit rem.

« Un seul homme, en temporisant, releva nos destinées. »

Ennius, livre douzième

Unus homo nobis cunctando restituit rem

« Un seul homme, en temporisant, releva nos destinées. »

Virgile

Conruit in vulnus: sonitum super arma dederunt.

« Pallas tombe sur la blessure, et ses armes retentissent de sa chute. »

Ennius, livre seizième

Concidit, et sonitum simul insuper arma dederunt

« Il tombe, et ses armes retentissent de sa chute. »

Virgile

Et iam prima novo spargebat lumine terras.

« Déjà les premiers feux de l'aurore naissante se répandaient sur la terre. »

Lucrèce, livre second

Cum primum aurora respergit lumine terras

« Lorsque l'aurore commence à arroser la  terre de sa lumière. »

Virgile

Flammarum longos a tergo involvere tractus.

« Rouler après soi de longs traits de flamme ».

Lucrèce, livre second

Nonne vides longos flammarum ducere tractus?

« Ne vois-tu pas traîner de longs traits de  flamme? »

Virgile

Ingeminant abruptis nubibus ignes.

« La foudre gronde, et déchire la nue. »

Lucrèce, livre second

Nunc hinc, nunc illinc abruptis nubibus ignes

« La foudre déchire la nue à droite et à gauche. »

Virgile

Belli simulachra ciebat.

« Ils exécutaient des simulacres de combats. »

Lucrèce, livre second

Conponunt, conplent; belli simulachra cientur

« Ils s'organisent, ils se complètent, ils exécutant des simulacres de combats. »

Virgile

Simulachraque luce carentum.

« Des fantômes privés de la lumière ».

Lucrèce, livre quatrième

Cum saepe figuras
Contuimur miras, simulachraque luce carentum
.

« Il s'étonne, en considérant ces figures, de voir des fantômes privés de la lumière. »

Virgile

Asper acerba tuens retro redit.

« (Le lion) sauvage recule à cet aspect terrible. »

Lucrèce, livre cinquième

Asper acerba tuens inmani corpore serpens

« A cet aspect terrible, un serpent sauvage, d'un corps monstrueux. »

Virgile

Tithoni croceum linquens Aurora cubile.
« L'aurore abandonnant le lit pourpré de Tithon. »

Furius, dans le premier livre de ses Annales

Interea Oceani linquens Aurora cubile

« Cependant l'aurore quittant le lit de l'Océan. »

Virgile

Quod genus hoc hominum, quaeve hunc tam barbara morem?.

« Quelle est cette espèce d'hommes, et quelles sont ces moeurs barbares? »

Furius, livre sixième:

Quod genus hoc hominum Saturno sancte create?

« Quelle est cette espèce d'hommes, ô divin fils de Saturne? »

Virgile

Rumoresque serit varios, ac talia fatur.

« (Juturne) sème dans l'armée différents bruits, et parle de la sorte. »

Furius, livre dixième

Rumoresque serunt varios, et multa requirunt

« Ils répandent et recueillent différents bruits. »

Virgile

Nomine quemque vocans, reficitque ad praelia pulsos.

« En les appelant chacun par son nom, il ramène les fuyards au combat. »

Furius, livre onzième

Nomine quemque ciet: dictorum tempus adesse
Commemorat
,

« Il ramène chacun en l'appelant par son nom; il rappelle que le moment de l'accomplissement des oracles est arrivé. »

Et plus bas

Confirmat dictis, simul atque exuscitat acris
Ad bellandum animos, reficitque ad praelia mentes
.

« Il les encourage par ses paroles, il ranime dans leur coeur l'ardeur guerrière; il les dispose à revenir au combat. »

Virgile

Dicite, Pierides, non omnia possumus omnes.

« Dites, ô Piérides: nous ne pouvons pas tous toutes choses. »

Lucile, livre cinquième:

Maior erat natu: non omnia possumus omnes

« Il était l'aîné; nous ne pouvons pas tous toutes choses. »

Virgile

Diversi circumspiciunt: hoc acrior idem.

« Chacun regarde de tous côtés : (Nisus) que le succès enflamme. »

Pacuvius, dans Médée

Diversi circumspicimus, horror percipit

« Chacun regarde autour de soi; l'horreur s'empare de nous. »

Virgile

Ergo iter inceptum peragunt rumore secundo.

« Sous ces favorables auspices, ils poursuivent le voyage commencé. »

Suévius ; livre cinquième

Redeunt, referunt petita rumore secundo.

« Ils reviennent, et rapportent les bruits favorables qu'ils ont recueillis. »

Virgile

Numquam hodie effugies, veniam quocumque vocaris.

« Certainement tu ne m'échapperas pas aujourd'hui; j'irai partout où tu m'appelleras. »

Naevius, dans le Cheval de Troie

Numquam hodie effugies, quin mea manu moriare

« Tu n'éviteras jamais de mourir aujourd'hui de ma main. »

Virgile

Vendidit hic auro patriam, dominumque potentem
Inposuit: fixit leges pretio atque refixit
.

« Celui-ci a vendu sa patrie pour de l'or, et lui a imposé le joug d'un maître; au gré de son avarice, il a dicté et abrogé des lois. »

Varius, de la Mort

Vendidit hic Latium populis, agrosque Quiritum
Eripuit: fixit leges pretio atque refixit
.

« Cet homme a vendu le Latium aux étrangers,  il a dépouillé chaque citoyen de ses champs; pour de l'argent, il a fait et abrogé des lois. »

Virgile

Ut gemma bibat et Sarrano dormiat ostro.

« Pour boire dans des coupes enrichies de pierreries, et dormir sur la pourpre de Sarra. »

Varius, dans la Mort

Incubet et Tyriis, atque ex solido bibat auro

« Pour coucher sur des tapis de pourpre et boire dans l'or massif. »

Virgile

Talia secla suis dixerunt currite fusis.

« Filez de pareils siècles, ont dit (les Parques) à leurs fuseaux. »

Catulle

Currite ducenti subtegmine, currite fusi

« Courez, fuseaux , courez cent et cent fois votre trame. »

Virgile

Felix heu, nimium felix, si litora tantum
Numquam Dardaniae tetigissent nostra carinae
.

« Heureuse, hélas ! mille fois heureuse, si jamais les vaisseaux troyens n'eussent touché nos rivages! »

Catulle

Iuppiter omnipotens, utinam non tempore primo
Gnosia Cecropiae tetigissent litora puppes
.

« Plût au ciel, ô tout-puissant Jupiter, que les vaisseaux troyens n'eussent jamais touché les rivages de Crète! »

Virgile

Magna ossa lacertosque
Extulit
.

« Il met à nu ses os et ses bras puissants. »

Lucile, livre dix-septième

Magna ossa lacertique
Adparent homini
.

« Cet homme met à nu ses os et ses membres énormes. »

Virgile

Placidam per membra quietem
Inrigat
.

« (Vénus) fait couler un doux sommeil dans les veines ( d'Ascagne ). »

Furius, livre premier

Mitemque rigat per pectora somnum.

« .... Et répand le doux sommeil dans son sein. »

Et Lucrèce, livre quatrième

Nunc quibus ille modis somnus per membra quietem
Inrigat
.

« .... Comment le sommeil verse le repos sur les membres. »

Virgile

Camposque liquentes.

« .... Les champs liquides. »

Lucrèce, livre sixième, parlant pareillement de la mer

Et liquidam molem, camposque natantes

« La masse liquide et les plaines flottantes. »

Virgile

Et geminos, duo fulmina belli,
Scipiadas
.

« Les Scipions, ces deux foudres de guerre. »

Lucrèce, livre troisième

Scipiadas, belli fulmen, Carthaginis horror

« Les Scipions, foudres de guerre et terreur de Carthage. »

Virgile

Et ora
Tristia tentantum sensu torquebit amaro
.

« (Cette eau) laissera dans la bouche de ceux qui la goûteront une amertume désagréable. »

Lucrèce, livre second

Foedo pertorquent ora sapore.

« ... Infectent le palais d'une saveur dégoûtante. »

Virgile

Morte obita quales fama est volitare figuras.

« Telles sont ces figures inanimées des morts qui voltigent (dit-on) sur la terre. »

Lucrèce, livre premier

Cernere uti videamur eos, audireque coram,
Morte obita quorum tellus amplectitur ossa
.

« Ainsi nous croyons voir et entendre devant nous des morts, dont la terre embrasse les os. »

C'est aussi de là qu'est imité ce vers de Virgile

Et patris Anchisae gremio conplectitur ossa

« La terre qui renferme dans son sein les os de mon père Anchise. »

Virgile

Ora modis adtollens pallida miris.

« Présentant son image empreinte d'une étrange pâleur. »

Lucrèce, livre premier

Sed quaedam simulachra modis pallentia miris

« Des fantômes d'une paleur étrange. »

Virgile

Tum gelidus toto manabat corpore sudor.

« Une sueur glacée découlait alors de tout mon corps. »

Ennius, livre seizième

Tunc timido manat ex omni corpore sudor

« La sueur humide découle alors de tout mon corps. »

Virgile

Labitur uncta vadis abies.

« Le bois du navire glisse sur l'onde humide. »

Ennius, livre quatorzième

Labitur uncta carina, volat super impetus undas

« La carène du navire glisse et vole impétueusement sur l'onde. »

Virgile

Ac ferreus ingruit imber.

« Il tombe une pluie de fer. »

Ennius, livre huitième

Hastati spargunt hastas, fit ferreus imber
« Les archers lancent leurs javelots, qui forment une pluie de fer. »

Virgile

Apicem tamen incita summum
Hasta tulit
.

« Cependant le dard rapidement lancé atteignit le cimier de son casque. »

Ennius, livre seizième

Tamen induvolans secum abstulit hasta
Insigne
.

« Cependant le javelot, en fendant l'air, emporte avec soi le cimier. »

Virgile

Pulverulentus eques furit: omnes arma requirunt.

« Le cheval poudreux s'anime; tous saisissent leurs armes. »

Ennius, livre sixième

Balantum pecudes quatit: omnes arma requirunt

« Ils dispersent le troupeau bêlant. Chacun court aux armes. »

Virgile

Nec visu facilis, nec dictu adfabilis ulli.

« On ne peut le voir, ni parler de lui, sans horreur. »

Accius, dans Philoctète

Quem neque tueri contra nec adfari queas

« On ne peut le considérer, ni lui parler. »

Virgile

Aut spoliis ego iam raptis laudabor opimis,
Aut leto insigni
.

« Je vais m'illustrer, ou par les dépouilles opimes que je remporterai sur vous, ou par une mort glorieuse. »

Accius, dans le Jugement des armes

Nam tropaeum ferre me a forti viro
Pulchrum est: si autem vincar, vinci a tali nullum est probrum
.

« Il serait beau pour moi de gagner un trophée sur un homme courageux; mais si je suis vaincu, il n'y aura point de honte à l'être par un homme tel que lui. »

Virgile

Nec, si miserum fortuna Sinonem
Finxit, vanum etiam mendacemque inproba finget
.

« Et si la fortune cruelle a pu rendre Sinon malheureux, elle n'en fera jamais un fourbe et un menteur. »

Accius, dans Télèphe

Nam si a me regnum fortuna atque opes
Eripere quivit, at virtutem nequiit
.

« Et si la fortune a pu m'enlever mon empire et mes richesses, elle n'a pu m'enlever ma vertu. »

Virgile

Disce, puer, virtutem ex me verumque laborem.

« O mon fils, apprends de moi le courage et le travail : d'autres t'apprendront à capter la fortune. »

Accius, dans le Jugement des armes

Virtuti sis par, dispar fortunis patris

« Il égale le courage de son père, mais non pas ses destinées. »

Virgile

Iamiam nec maxima Iuno,
Nec Saturnius haec oculis pater adspicit aequis
.

« Non, ni la puissante Junon, ni le fils de Saturne, ne voient que d'un oeil indifférent ce qui se passe ici-bas. »

Accius, dans Antigone

Iamiam neque di regunt,
Neque profecto deum summus rex omnibus curat
.

« Non certainement, ni les dieux, ni le roi des dieux, ne s'occupent à gouverner le monde. »

Virgile

Num capti potuere capi? num incensa cremavit
Troia viros?

« Les captifs ne pourront-ils donc être prisonniers? Et Troie en feu n'aura-t-elle donc pas dévoré ses habitants?

Ennius, livre onzième, en parlant des Troyens:

Quae neque Dardaniis campis potuere perire;
Nec, cum capta, capi nec, cum combusta, cremari
.

« Ils n'auront donc pu périr dans les champs troyens? Ils ne seront point restés prisonniers de celui qui les a pris? Ils n'auront point été consumés par l'incendie qui les a brûlés? »

Virgile

Multi praeterea, quos fama obscura recondit.

« Et plusieurs autres encore que cache une obscure renommée. »

Ennius, dans Alexandre

Multi alii adventant, paupertas quorum obscurat nomina

« Il en arrive plusieurs autres, dont la pauvreté obscurcit le nom. »

Virgile

Audentes fortuna iuvat.

« La fortune seconde les audacieux. »

Ennius, livre septième

Fortibus est fortuna viris data

« La fortune est donnée aux hommes courageux. »

Virgile

Recoquunt patrios fornacibus enses;
Et curvae rigidum falces conflantur in ensem
.

« Ils retrempent au fourneau les épées de leurs pères, et la faux recourbée se redresse pour former une épée. »

Lucrèce, livre cinquième

Inde minutatim processit ferreus ensis;
Versaque in obscenum species est falcis aenae
.

«Insensiblement le fer se convertit en épée, et la faux d'airain fut rejetée avec mépris. »

Virgile

Pocula sunt fontes liquidi atque exercita cursu
Flumina
.

« Leurs coupes sont les fontaines liquides et les fleuves battus par leur cours. »

Lucrèce, livre cinquième

Ad sedare sitim fluvii fontesque vocabant

« Pour apaiser leur soif, ils n'invoquaient que les fleuves ou les fontaines. »

Virgile

Quos rami fructus, quos ipsa volentia rura
Sponte tulere sua, carpit
.

« Il cueille les fruits que les arbres et les champs produisent spontanément. »

Lucrèce, livre cinquième

Quod sol atque imbres dederant, quod terra crearat
Sponte sua, satis id placabat pectora donum
.

« Ce que le soleil et les pluies leur accordaient, ce que la terre produisait spontanément, suffisait pour apaiser leur faim. »

CHAPITRE Il.

Des passages que Virgile a translatés des anciens écrivains latins, ou intégralement, ou avec de légers changements ; et de ceux qu'il a transformés de manière néanmoins à en laisser facilement découvrir l'origine.

Après avoir parlé des vers que Virgile a transportés dans ses ouvrages, soit intégralement, soit en partie, ou avec le changement de quelques mots, comme pour leur donner une couleur nouvelle, je veux maintenant établir la comparaison entre des passages entiers, afin qu'on puisse considérer, comme dans un miroir, d'où ils ont été tirés.
Virgile

Nec sum animi dubius, verbis ea vincere magnum
Quam sit, et angustis hunc addere rebus honorem.
Sed me Parnasi deserta per ardua dulcis
Raptat amor: iuvat ire iugis qua nulla priorum
Castaliam molli devertitur orbita clivo
.

« Je n'ignore pas combien il est difficile dans ce sujet, de triompher des expressions, et de prêter quelque importance à des objets si légers; mais un doux plaisir m'entraîne vers les sentiers difficiles et déserts du Parnasse, et je me plais à m'ouvrir vers la source de Castalie un chemin qui n'ait été frayé par aucun autre avant moi. »

Lucrèce, livre premier

Nec me animi fallit, quam sint obscura, sed acri
Percussit thyrso laudis spes magna meum cor,
Et simul incussit suavem mi in pectus amorem
Musarum: quo nunc instinctus mente vigenti,
Avia Pieridum peragro loca nullius ante
Trita solo
.

« Je n'ignore pas qu'une nuit épaisse en dérobe la connaissance (de la vérité); mais l'espérance de la gloire aiguillonne mon courage, et verse dans mon âme la passion des Muses : cet enthousiasme divin qui m'élève sur la cime du Parnasse, dans des lieux jusqu'alors interdits aux mortels ».

Comparez cet autre passage de Virgile, avec celui d'où il l'a tiré, et vous y retrouverez la
même couleur, et presque les mêmes formes de la phrase.

Si non ingentem foribus domus alta superbis
Mane salutantum totis vomit aedibus undam;
Nec varios inhiant pulchra testudine postes
.

« S'ils n'habitent point de palais superbes, qui regorgent chaque jour des flots de la multitude qui vient les saluer; si leurs lambris ne sont point revêtus de superbes reliefs......»

Et peu après

At secura quies, et nescia fallere vita,
Dives opum variarum: at latis otia fundis,
Speluncae vivique lacus: at frigida Tempe
Mugitusque boum mollesque sub arbore somni
Non absunt: ilic saltus ac lustra ferarum,
Et patiens operum exiguoque adsueta iuventus
.

« Du moins au sein de la sécurité, ils jouissent  d'une vie qui n'est point sujette aux tourments de la déception, et qui abonde en toute sorte de biens; du moins, sans sortir de leur joyeux héritage, ils trouvent des retraites paisibles, des eaux vives,de fraîches vallées; ils entendent les mugissements des troupeaux; ils goûtent un doux sommeil à l'ombre de leurs arbres; ils ont sous les yeux des forêts, des pâturages; et ils jouissent d'une jeunesse endurcie au travail et accoutumée à se contenter de peu. »

Lucrèce, livre second

Si non aurea sunt iuvenum simulachra per aedes,
Lampadas igniferas manibus retinentia dextris,
Lumina nocturnis epulis ut subpeditentur,
Nec domus argento fulgens auroque renidens,
Nec citharam reboant laqueata aurataque templa:
Cum tamen inter se prostrati in gramine molli
Propter aquae rivum sub ramis arboris altae,
Non magnis opibus iucunde corpora curant:
Praesertim cum tempestas adridet et anni
Tempora conspergunt viridantes floribus herbas
.

« Si vos festins nocturnes ne sont point éclairés par des flambeaux que soutiennent de magnifiques statues; si l'or et l'argent ne brillent point dans vos palais; si le son de la lyre ne retentit point sous vos lambris; vous en êtes dédommagés par la fraîcheur des gazons, le cristal des fontaines, et l'ombrage des arbres, au pied desquels vous goûtez des plaisirs qui coûtent peu, surtout dans la riante saison, quand le printemps sème à pleines mains les fleurs sur la verdure. »

Virgile, dans les Géorgiques

Non umbrae altorum nemorum, non mollia possunt
Prata movere animum: non qui per saxa volutus
Purior electro campum petit amnis
.

« Ni l'ombre des hautes forêts, ni la molle verdure des prés, ni la fraîcheur des ruisseaux, dont l'onde plus pure que le cristal roule sur les cailloux à travers les campagnes, ne peuvent ranimer leurs esprits. »

Lucrèce, livre second

Nec tenerae salices atque herbae rore virentes
Fluminaque ulla queunt summis labentia ripis
Oblectare animum subitamque avertere curam
.

« Les tendres saules, les herbes rajeunies par la rosée, les bords riants des larges fleuves, n'ont plus de charme, et ne peuvent écarter l'invasion subite du mal. »

La couleur générale et les traits particuliers du tableau de la peste, dans le troisième livre des Géorgiques, sont tirés presque en entier de la description de la peste qui se trouve dans le sixième livre de Lucrèce. Virgile commence ainsi.

Hic quondam morbo caeli miseranda coorta est
Tempestas totoque auctumni incanduit aestu,
Et genus omne neci pecudum dedit, omne ferarum
.

« Là, s'éleva jadis une maladie, déplorable fléau du ciel, qui fit de grands ravages tout le temps que durèrent les chaleurs de l'automne; elle fit périr toutes les diverses espèces d'ani« maux domestiques ou sauvages. »

Lucrèce commence de la manière suivante

Haec ratio quondam morborum et mortifer aestus
Finibus in Cecropis funestos reddidit agros,
Vastavitque vias, exhausit civibus urbem
.

« Une maladie de cette espèce, causée par des vapeurs mortelles, désola jadis les contrées où régna Cécrops, rendit les chemins déserts, et épuisa Athènes d'habitants. »

Comme il serait trop long de retracer en entier le tableau de chacun des deux poètes, j'en prendrai seulement quelques passages, qui feront ressortir les similitudes des deux descriptions.
Virgile dit

Tum vero ardentes oculi atque adtractus ab alto
Spiritus, interdum gemitu gravis, imaque longo
Ilia singultu tendunt: it naribus ater
Sanguis, et oppressas fauces premit aspera lingua
.

« Les yeux alors devenaient ardents, la respiration pénible, et entrecoupée de hoquets profonds; les flancs étaient haletants, une humeur noire découlait des narines, et la langue devenue rude obstruait le gosier engorgé. »

Lucrèce

Principio caput incensum fervore gerebant,
Et duplices oculos suffusa luce rubentes:
Sudabant etiam fauces intrinsecus artae
Sanguine, et ulceribus via saepta coibat:
Atque animi interpres manabat lingua cruore,
Debilitata malis, motu gravis, aspera tactu
.

« Le mal s'annonçait par un feu dévorant qui se portait à la tête; les yeux devenaient rouges et enflammés; l'intérieur du gosier était humecté d'une transpiration de sang noir; le canal de la voix, fermé et resserré par des ulcères; et la langue, cette interprète de l'âme, souillée de sang, affaiblie par la douleur, pesante, immobile, rude au toucher. »

Virgile

Haec ante exitium primis dant signa diebus

« Tels étaient les symptômes qui se manifestalent pendant les premiers jours de la maladie. »

(Il a rapporté plus haut quels étaient les symptômes.)

Demissae aures, incertus ibidem
Sudor, et ille quidem morituris frigidus; aret
Pellis et adtactu tractanti dura resistit
.

« Les oreilles abattues; une sueur intermittente, qui devenait froide aux approches de la mort; la peau sèche et rude au toucher. »

Lucrèce

Multaque praeterea mortis tunc signa dabantur:
Perturbati animi, mens in maerore metuque,
Triste supercilium, furiosus vultus et acer,
Sollicitae porro plenaeque sonoribus aures,
Creber spiritus aut ingens raroque coortus,
Sudorisque madens per collum splendidus humor,
Tenuia sputa, minuta, croci contacta colore,
Salsoque per fauces raucas vix edita tussis
.

« On remarquait encore en eux plusieurs autres symptômes de mort: leur âme était troublée par le chagrin et par la crainte, leurs sourcils froncés, leurs yeux hagards et furieux, leurs oreilles inquiétées par des tintements continuels, leur respiration tantôt vive et précipitée, tantôt forte et lente; leur,cou baigné d'une sueur livide, leur salive appauvrie, teinte d'une couleur de safran, salée, et chassée avec peine de leur gosier par une toux violente. »

Virgile

Profuit inserto latices infundere cornu
Lenaeos: ea visa salus morientibus una.
Mox erat hoc ipsum exitio
.

« Le vin qu'on faisait avaler aux (animaux) mourants, par le creux d'une corne, parut être d'abord un moyen unique de salut; mais bientôt ce remède lui-même devint funeste. »

Lucrèce

Nec ratio remedi communis certa dabatur.
Nam quod alis dederat vitalis aeris auras
Volvere in ore licere et caeli templa tueri,
Hoc aliis erat exitio letumque parabat
.

« Il n'y avait point de remède sûr, ni général ; et le même breuvage qui avait prolongé la vie aux uns était dangereux et mortel pour les autres. »

Virgile

Praeterea nec mutari iam pabula refert:
Quaesitaeque nocent artes, cessere magistri
.

« Il fut inutile de changer de pâturages ; les remèdes même auxquels on eut recours devinrent nuisibles; le mal triompha des médecins. »

Lucrèce

Nec requies erat ulla mali: defessa iacebant
Corpora, mussabat tacio medicina timore
.

« La douleur ne leur laissait aucun repos. Leurs membres étendus ne suffisaient point à ses assauts continuels; et la médecine balbutiait en tremblant à leurs côtés. »

Virgile

Ipsis est aer avibus non aequus, et illae
Praecipites alta vitam sub nube relinquunt
.

« L'air devint contagieux aux oiseaux eux-mêmes; ils périssaient au milieu des nues, et tombaient morts sur la terre. »

Lucrèce

Nec tamen omnino temere illis sedibus ulla
Conparebat avis: nec tristia secla ferarum
Exuperant silvis: languebant pleraque morbo,
Et moriebantur
.

« Les oiseaux ne se montraient jamais de jour impunément, et pendant la nuit les bêtes féroces ne quittaient point leurs forêts. On les voyait presque tous succomber à la contagion et mourir. »

Ne vous semble-t-il pas que les diverses parties de cette description dérivent d'une même source?
Mais comparons encore d'autres passages.
Virgile

Gaudent perfusi sanguine fratrum,
Exilioque domos et dulcia limina mutant
.

« On voit des hommes qui se plaisent à se baigner dans le sang de leurs frères, ou à les proscrire de leur foyer et de leur douce patrie. »

Lucrèce, livre troisième

Sanguine civili rem conflant, divitiasque
Conduplicant avidi, caedem caede adcumulantes,
Crudeles gaudent in tristi funere fratris
.

« L'homme cimente sa fortune du sang de ses concitoyens, accumule des trésors en accumulant des crimes, suit avec joie les funérailles de son frère. »

Virgile

Multa dies variusque labor mutabilis aevi
Retulit in melius: multos alterna revisens
Lusit et in solido rursus fortuna locavit
.

« La marche inconstante du temps et des circonstances a souvent amélioré les choses, et la fortune s'est fait un jeu de passer d'un parti à l'autre, et de raffermir celui qu'elle avait ébranlé. »

Ennius, livre huitième

Multa dies in bello conficit unus:
Et rursus multae fortunae forte recumbunt.
Haudquaquam quemquam semper fortuna secuta est
.

« Un seul jour, dans la guerre, détruit bien des choses, et fait tout à coup crouler de brillantes destinées. Jamais la fortune ne fut constamment fidèle à qui que ce soit. »

Virgile

O praestans animi iuvenis, quantum ipse feroci
Virtute exuperas, tanto me inpensius aequum est
Consulere atque omnes metuentem expendere causas
.

« Ô prince généreux, plus tu déploies un courage bouillant, plus il me convient de considérer mûrement les choses, et de peser tous les dangers que je crains. »

Accius, dans Antigone

Quanto magis te istiusmodi esse intellego,
Tanto, Antigona, magis me par est tibi consulere
[et] parcere.

« Plus je te vois dans ces dispositions, ô Antigone, plus je dois t'épargner et te protéger. »

Virgile

O lux Dardaniae, spes o fidissima Teucrum,

« Ô toi la gloire des Troyens et leur plus ferme appui. »

Ennius, dans Alexandre

O lux Troiae, germane Hector, quid ita cum tuo lacerato
Corpore miser? aut qui te sic respectantibus tractavere
Nobis?

« Ô cher Hector! ô toi la gloire d'Ilion! pourquoi me faut-il voir ton corps indignement déchiré? Qui t'a traité de la sorte, et à nos yeux? »

Virgile

Frena Pelethronii Lapithae gyrosque dedere
Inpositi dorso atque equitem docuere sub armis
Insultare solo et gressus glomerare superbos
.

« L'art de monter les chevaux, de les rendre dociles au frein et souples à tous les mouvements, fut inventé par les Lapithes de Péléthronium, qui les formèrent aussi à marcher fièrement, et à bondir avec orgueil sous un cavalier armé. »

Varius, dans la Mort

Quem non ille sinit lentae moderator habenae
Qua velit ire sed angusto prius ore coercens
Insultare docet campis, fingitque morando
.

« Le cavalier, à l'aide de ses rênes, empêche doucement le cheval de dévier selon son caprice; et, au moyen du frein qui lui presse la bouche; il le forme peu à peu à marcher superbement, »

Virgile

Talis amor Daphnin, qualis cum fessa iuvencum
Per nemora atque altos quaerendo bucula lucos
Propter aquae rivum viridi procumbit in ulva
Perdita, nec serae meminit decedere nocti
.

« Une génisse éprise d'amour pour un jeune taureau le suit à travers les bois, et, lasse enfin de le chercher, tombe de fatigue au bord d'un ruisseau et se couche sur le gazon, sans que la nuit obscure lui fasse songer à se retirer : que Daphnis éprouve le même amour, sans que je m'inquiète de soulager sa peine! »

Varius, dans la Mort

Ceu canis umbrosam lustrans Gortynia vallem,
Si veteris potuit cervae conprendere lustra,
Saevit in absentem, et circum vestigia lustrans,
Aethera per nitidum tenues sectatur odores.
Non amnes illam medii, non ardua tardant;
Perdita nec serae meminit decedere nocti
.

« Ainsi, dans la vallée ombreuse de Gortyne, si le chien découvre la trace effacée de la biche, s'échauffe après la proie absente et parcourt  les lieux où elle a passé, guidé par les molécules déliées qui flottent dans l'atmosphère limpide; tandis que la biche n'est arrêtée dans sa course, ni par les rivières, ni par les escarpements, et qu'à la nuit tardive elle oublie, encore éperdue, de se retirer dans sa retraite. »

Virgile

Nec te tua funera mater
Produxi pressive oculos aut vulnera lavi
.

« ...Moi ta mère, je n'ai pas seulement accompagné tes funérailles, je n'ai pas fermé tes yeux, je n'ai pas lavé tes blessures. »

Ennius, dans Ctésiphonte

Neque terram inicere neque cruenta convestire corpora
Mihi licuit, neque miserae lavere lacrimae salsum sanguinem
.

« Il n'a point été permis à mes larmes douloureuses d'étancher ton sang; il ne m'a point été permis d'envelopper ton corps ensanglanté, et de le couvrir de terre. »

Virgile

Namque canebat uti magnum per inane coacta
Semina terrarumque animaeque marisque fuissent,
Et liquidi simul ignis, ut his exordia primis
Omnia et ipse tener mundi concreverit orbis:
Tum durare solum, et discludere Nerea ponto
Coeperit, et rerum paulatim sumere formas,
Iamque novum terrae stupeant lucescere solem
.

« Orphée chantait comment les atomes semés dans un vide immense et se mêlant confusément formèrent d'abord la terre, l'air, l'eau et le feu; et comment de ces premiers éléments furent formés tous les êtres, et notre globe lui-même; comment ensuite ce globe que nous habitons devint une masse solide et resserra la mer dans ses bornes, tandis que chaque objet prenait peu à peu sa forme actuelle : il peignait l'étonnement de la terre, lorsque le soleil naissant vint luire pour la première fois sur elle. »