Apollodore

APOLLODORE

 

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Ἀππολόδωρος Βιβλιοθήκη

 

LIVRE I - chapitre III + NOTES

chapitre II - chapitre IV

Oeuvre numérisée par Marc Szwajcer

 

APOLLODORE

 

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III.

§ 1. Ζεὺς δὲ γαμεῖ μὲν Ἥραν, καὶ τεκνοῖ Ἥβην Εἰλείθυιαν Ἄρην, μίγνυται δὲ πολλαῖς θνηταῖς τε καὶ ἀθανάτοις γυναιξίν. Ἐκ μὲν οὖν Θέμιδος τῆς Οὐρανοῦ γεννᾷ θυγατέρας ὥρας. Εἰρήνην Εὐνομίαν Δίκην, μοίρας, Κλωθὼ Λάχεσιν Ἄτροπον, ἐκ Διώνης δὲ Ἀφροδίτην, ἐξ Εὐρυνόμης δὲ τῆς Ὠκεανοῦ χάριτας, Ἀγλαΐην Εὐφροσύνην Θάλειαν, ἐκ δὲ Στυγὸς Περσεφόνην, ἐκ δὲ Μνημοσύνης μούσας, πρώτην μὲν Καλλιόπην, εἶτα Κλειὼ Μελπομένην Εὐτέρπην Ἐρατὼ Τερψιχόρην Οὐρανίαν Θάλειαν Πολυμνίαν.

§ 2. Καλλιόπης μὲν οὖν καὶ Οἰάγρου, κατ᾽ ἐπίκλησιν δὲ Ἀπόλλωνος, Λίνος, ὃν Ἡρακλῆς ἀπέκτεινε, καὶ Ὀρφεὺς ὁ ἀσκήσας κιθαρῳδίαν, ὃς ᾄδων ἐκίνει λίθους τε καὶ δένδρα. Ἀποθανούσης δὲ Εὐρυδίκης τῆς γυναικὸς αὐτοῦ, δηχθείσης ὑπὸ ὄφεως, κατῆλθεν εἰς Ἅιδου θέλων ἀνάγειν αὐτήν, καὶ Πλούτωνα ἔπεισεν ἀναπέμψαι. Ὁ δὲ ὑπέσχετο τοῦτο ποιήσειν, ἂν μὴ πορευόμενος Ὀρφεὺς ἐπιστραφῇ πρὶν εἰς τὴν οἰκίαν αὑτοῦ παραγενέσθαι· ὁ δὲ ἀπιστῶν ἐπιστραφεὶς ἐθεάσατο τὴν γυναῖκα, ἡ δὲ πάλιν ὑπέστρεψεν. Εὗρε δὲ Ὀρφεὺς καὶ τὰ Διονύσου μυστήρια, καὶ τέθαπται περὶ τὴν Πιερίαν διασπασθεὶς ὑπὸ τῶν μαινάδων.

§ 3. Κλειὼ δὲ Πιέρου τοῦ Μάγνητος ἠράσθη κατὰ μῆνιν Ἀφροδίτης (ὠνείδισε γὰρ αὐτῇ τὸν τοῦ Ἀδώνιδος ἔρωτα), συνελθοῦσα δὲ ἐγέννησεν ἐξ αὐτοῦ παῖδα Ὑάκινθον, οὗ Θάμυρις ὁ Φιλάμμωνος καὶ Ἀργιόπης νύμφης ἔσχεν ἔρωτα, πρῶτος ἀρξάμενος ἐρᾶν ἀρρένων. Ἀλλ᾽ Ὑάκινθον μὲν ὕστερον Ἀπόλλων ἐρώμενον ὄντα δίσκῳ βαλὼν ἄκων ἀπέκτεινε, Θάμυρις δὲ κάλλει διενεγκὼν καὶ κιθαρῳδίᾳ περὶ μουσικῆς ἤρισε μούσαις, συνθέμενος, ἂν μὲν κρείττων εὑρεθῇ, πλησιάσειν πάσαις, ἐὰν δὲ ἡττηθῇ, στερηθήσεσθαι οὗ ἂν ἐκεῖναι θέλωσι. Καθυπέρτεραι δὲ αἱ μοῦσαι γενόμεναι καὶ τῶν ὀμμάτων αὐτὸν καὶ τῆς κιθαρῳδίας ἐστέρησαν.

§ 4. Εὐτέρπης δὲ καὶ ποταμοῦ Στρυμόνος ῾Ρῆσος, ὃν ἐν Τροίᾳ Διομήδης ἀπέκτεινεν· ὡς δὲ ἔνιοι λέγουσι, Καλλιόπης ὑπῆρχεν. Θαλείας δὲ καὶ Ἀπόλλωνος ἐγένοντο Κορύβαντες, Μελπομένης δὲ καὶ Ἀχελῴου Σειρῆνες, περὶ ὧν ἐν τοῖς περὶ Ὀδυσσέως ἐροῦμεν.

§ 5. Ἥρα δὲ χωρὶς εὐνῆς ἐγέννησεν Ἥφαιστον· ὡς δὲ Ὅμηρος λέγει, καὶ τοῦτον ἐκ Διὸς ἐγέννησε. Ῥίπτει δὲ αὐτὸν ἐξ οὐρανοῦ Ζεὺς Ἥρα δεθείσῃ βοηθοῦντα· ταύτην γὰρ ἐκρέμασε Ζεὺς ἐξ Ὀλύμπου χειμῶνα ἐπιπέμψασαν Ἡρακλεῖ, ὅτε Τροίαν ἑλὼν ἔπλει. Πεσόντα δ᾽ Ἥφαιστον ἐν Λήμνῳ καὶ πηρωθέντα τὰς βάσεις διέσωσε Θέτις.

§ 6. Μίγνυται δὲ Ζεὺς Μήτιδι, μεταβαλλούσῃ εἰς πολλὰς ἰδέας ὑπὲρ τοῦ μὴ συνελθεῖν, καὶ αὐτὴν γενομένην ἔγκυον καταπίνει φθάσας, ἐπείπερ ἔλεγε <Γῆ> γεννήσειν παῖδα μετὰ τὴν μέλλουσαν ἐξ αὐτῆς γεννᾶσθαι κόρην, ὃς οὐρανοῦ δυνάστης γενήσεται. Τοῦτο φοβηθεὶς κατέπιεν αὐτήν· ὡς δ᾽ ὁ τῆς γεννήσεως ἐνέστη χρόνος, πλήξαντος αὐτοῦ τὴν κεφαλὴν πελέκει Προμηθέως ἢ καθάπερ ἄλλοι λέγουσιν Ἡφαίστου, ἐκ κορυφῆς, ἐπὶ ποταμοῦ Τρίτωνος, Ἀθηνᾶ σὺν ὅπλοις ἀνέθορεν.

CHAPITRE III.

§ 1. Jupiter épousa Junon (01), et en eut Hébé (02), Ilithie (03) et Mars (04). Il eut aussi des enfants de plusieurs autres femmes, tant immortelles que mortelles, savoir : de Thémis (05), fille d'Uranus, les Saisons (06), la Paix, Eunomie, la Justice, et les Parques (07), Clotho, Lachésis et Atropos. De Di.one il eut Vénus (08) ; d'Eurynome, fille de l'Océan, il eut les Grâces (09), Aglaé, Euphrosine et Thalie ; de Styx, Proserpine (10) ; de Mnémosyne, les Muses, d'abord Calliope, ensuite Clio, Melpomène, Euterpe, Erato, Terpsichore, Uranie, Thalie et Polymnie (11).

§ 2. De Calliope et d'Œagre (12), naquirent Linus et Orphée (13), qui passaient pour fils d'Apollon ; Linus fut tué par Hercule, et Orphée (14) s'étant appliqué à la musique, faisait mouvoir par ses chants les arbres et les rochers (15). Eurydice, sa femme, étant morte de la piqûre d'un serpent, il descendit la chercher aux Enfers (16), et pria Pluton de la renvoyer ; celui-ci y consentit, à condition qu'il ne se retournerait pas pour la regarder, avant d'être rendu chez lui ; Orphée, se méfiant de la promesse de Pluton, voulut regarder si Eurydice le suivait, et elle retourna en arrière. Ce fut lui qui inventa les mystères de Bacchus (17) ; il est enterré dans la Piérie, où il mourut déchiré par les Bacchantes.

§ 3. Clio ayant reproché à Vénus son amour pour Adonis, la déesse, pour s'en venger, la rendit amoureuse de Piérus, fils de Magnés (18); elle en eut un fils nommé Hyacinthe (19), dont Thamyris (20), fils de Philammon et de la nymphe Argiope, devint amoureux. Ce Thamyris fut le premier qui se livra à l'amour des garçons (21). Apollon fut ensuite l'amant d'Hyacinthe, et le tua involontairement en jouant au disque avec lui. Quant à Thamyris, célèbre par sa beauté et ses talents en musique, il osa défier les Muses, sous la condition qu'il jouirait d'elles toutes, s'il était vainqueur, et que, s'il était vaincu, elles le priveraient de ce qu'il leur plairait de lui ôter (22). Les Muses ayant eu la supériorité, le privèrent de la vue et de ses talents en musique (23).

§ 4. D'Euterpe et du fleuve Strymon naquit Rhésus (24), que Diomède tua au siège de Troie. Suivant d'autres, il était fils de Calliope. De Thalie et d'Apollon, naquirent les Corybantes ; de Melpomène et du fleuve Achéloüs, les Sirènes (25), dont nous parlerons à l'article d'Ulysse.

§ 5. Junon mit au monde Vulcain sans avoir eu commerce avec aucun homme (26); mais Homère dit qu'elle l'eut aussi de Jupiter. Ayant voulu secourir sa mère, que Jupiter avait suspendue du haut de l'Olympe, pour avoir excité une tempête contre Hercule, lorsqu'il revenait du siège de Troyes, ce dieu le précipita du Ciel, d'où il tomba dans l'île de Lemnos ; et s'étant estropié les pieds, Thétis prit soin de lui et le sauva.

§ 6. Jupiter voulut jouir aussi de Métis (27), qui prit toutes sortes de formes pour se soustraire à ses poursuites; étant devenue enceinte, elle lui prédît qu'après la fille dont elle allait accoucher, elle aurait un fils qui serait le maître du Ciel : dans la crainte de cet événement, Jupiter l'avala toute enceinte qu'elle était; le terme de l'accouchement étant arrivé, il se fit fendre la tête par Prométhée, ou, suivant d'autres, par Vulcain, et Minerve en sortit toute armée (28), auprès du lac Tritonide.

NOTES DU CHAPITRE III.

(01) Le mariage de Jupiter et de Junon avait été célébré par les poètes sous le nom de ἱερὸς γάμος, le mariage sacré. Ils avaient fait l'amour pendant trois cents ans, sous le règne de Saturne, suivant Callimaque, et ce fut durant cet intervalle que Junon eut Vulcain ; il passait pour avoir été produit par Junon toute seule, parce qu'elle n'était pas mariée lorsqu'elle lui donna le jour (Homeri schol., II. l. I, v. 609). On n'était point d'accord sur le lieu où elle accorda, pour la première fois, ses faveurs à Jupiter. Plutarque, cité par Eusèbe (Prép. Evang., l. III, c. 1, p. 84), raconte que Junon était élevée dans l'Eubée ; Jupiter l'enleva et la conduisit sur le mont Cithaeron, qui lui offrait en même temps un lieu couvert pour la cacher et un lit de gazon pour se livrer à son amour. Macris sa nourrice, étant venue pour la chercher, Cithaeron l'empêcha d'approcher de l'endroit où ils étaient, en lui disant que Jupiter y reposait avec Latone. Macris s'étant retirée, Junon, pour témoigner sa reconnaissance à Latone de ce qu'elle s'était prêtée à la cacher, voulut avoir un temple et un autel communs avec elle. D'autres disent que c'était Junon elle-même qui était honorée dans ce temple sous le nom de Latone ; de λαθεῖν se cacher. Suivant quelques auteurs, l'île d'Eubée avait été le premier théâtre de leurs amours, et on y voyait une montagne qui en avait pris son nom. Ἐκλήθη δέ, dit Etienne de Byzance (in  Κάρυστος), κη τὸ ὄρος ἀπὸ τῆς κεῖ ὀχείας, ἤτος τῶν θεῶν μίξεως, Διὸς καὶ Ἥρας.

Suivant d'autres, Jupiter étant devenu amoureux de Junon, cherchait à satisfaire sa passion, mais il craignait d'en être refusé. Junon, étant sur le mont Thornax un jour qu'il faisait grand froid, il prit la forme d'un coucou, et vint se réfugier sur elle ; Junon en ayant pitié le mît dans son sein pour le réchauffer. Il reprit alors sa forme, mais comme Junon se défendait avec succès, il lui promit de l'épouser, et elle se rendit. Ce mont prit alors le nom de Coccygius (Theocriti schol., id. 15, v. 64. Pausanias, l. II, c. 17 et 36). C'était pour cela que dans l'Argolide on représentait Junon avec un sceptre, sur le sommet duquel était un coucou.

L'auteur du Traité des fleuves, attribué à Plutarque (t. X, p. 778), raconte qu'un nommé Haliacmon, Tirynthien de naissance, conduisant son troupeau sur cette montagne, surprit involontairement Jupiter avec Junon ; il devint furieux sur le champ, et se précipita dans le fleuve Carmanor, qui prit de lui le nom d'Haliacmon, qu'il changea par la suite en celui d'Inachus. J'observerai que dans ce passage on lit : τῇ Ῥέᾳ συγγεγόμενον τὸν Δία θεασάμενος. Il est évident qu'il faut lire τῇ ρᾳ comme le propose Sevin, et je suis surpris que cette faute ait échappé à Reiske.

Le scholiaste d'Homère, publié par M. d'Ansse de Villoison (Iliade, l. xiv, v. 296), dit que ce fut dans l’île de Samos que Jupiter eut les premières faveurs de Junon. Quelques autres disaient que cela s'était passé sur le mont Ida, dont l'un des sommets portait le nom de Λίητον, couche, à cause de cette aventure (Ib., v. 284). Enfin, les Crétois disaient que c'était dans leur île et aux environs de Gnosse que s'était fait ce mariage, et on y célébrait tous les ans une fête dans laquelle on cherchait à en rappeler les cérémonies. On trouve dans Pausanias (l. IX, c. 3) et dans un fragment de Plutarque qu'Eusèbe nous a conservé (l. III, c. 1), des détails sur une fête qu'on célébrait à Platée en Bœotie, en mémoire de la réconciliation de Jupiter avec Junon. Je comparerai ces deux récits dans mes notes sur Pausanias. On montrait, suivant ce dernier (l. II, c. 38), dans l'Argolide, une fontaine où Junon, en s'y baignant, recouvrait chaque année sa virginité.

(02) Hébé était une des anciennes divinités grecques; car Homère en parle dans son Odyssée (l. XI, v. 602). Elle avait un temple à Phlionte, où elle était adorée sous le nom de Dia, suivant Strabon (l. VIII, p. 587), et de Ganymède, suivant Pausanias (l. II, c. 13). M. l'abbé Marini croit, sur l'autorité de M. Zoega (gli alti è monumenti de' fratelli Arvali, p. 10), qu'il faut corriger Strabon d'après Pausanias ; mais cette correction ne me paraît pas nécessaire. Au reste, j'entrerai dans plus de détails dans mes notes sur Pausanias. Natalis Comes raconte dans sa mythologie que Junon ayant été invitée par Apollon à un repas, y mangea des laitues sauvages, et qu'elle conçut Hébé. Il a pris cela, ainsi qu'une autre aventure d'Hébé que je rapporterai par la suite, dans l'ouvrage de Boccace, intitulé Genealogiae (l. IX, c. 2). Mais je n'ai pas encore pu découvrir d'où Boccace a tiré ces deux fables.

(03) Homère semble reconnaître plusieurs déesses de ce nom, toutes filles de Junon (Il. X, v. 270). Dans plusieurs endroits cependant il en parle au singulier. Les habitants de Délos prétendaient que cette déesse était venue du pays des Hyperboréens dans leur île, pour assister Latone dans ses couches ; ils disaient que c'était chez eux que son culte s'était d'abord établi, et ils chantaient en son honneur un hymne composé par Olen de Lycie. Le premier hymne d'Orphée lui est adressé sous le nom de Προθυραία. Il la nomme aussi Ilithye et Diane.

(04) Homère et Hésiode (Iliade, l. V, v. 892 ; Théog. 921) disent que Mars était fils de Jupiter et de Junon ; mais quelques poètes postérieurs lui avaient donné une autre généalogie ; les uns, suivant le scholiaste d'Homère (Il. V, v. 333), le disaient fils d'Enyo, qui était elle-même déesse de la guerre ; les autres, comme Ovide dans ses Fastes (l. V, 231 et suiv.) ; disaient que Junon l’avait conçu par l'attouchement d'une fleur que Flore lui avait fait connaître.

(05) Thémis avait été la première femme de Jupiter, suivant Pindare dans les vers suivants :

Πρῶτον μὲν εὔβουλον Θέμιν οὐρανίαν,
Χρυσέαισιν ἵπποισιν Ὠκεανοῦ παρὰ παγαῖς,
Μοῖρας ποτὲ κλίμακα σεμνὰν ἄγον
°ολύμπον λιπαρὰν καθ' ὁδὸν,
Σωτῆρος ἀρχαίαν ἄλοχον Διὸς
Ἔμμεναι· ἁδε χρυσάμπυκας ἀγλαο-
Κάρπους τίκτεν ἀγαθὸς σώτειρας Ὥρας.
 

« Les Parques conduisirent dans un char d'or la prudente Thémis vers les sources de l'Océan, et sur le chemin brillant de l'Olympe, pour être la première épouse de Jupiter, le protecteur des humains. Il en eut les bienfaisantes Saisons, qui précèdent à la production des fruits. Clément d'Alex., Stromates, l. VI, p. 731 ».

(06) J'ai traduit ραι par Saisons. La double signification de ce mot, tant en grec qu'en latin, a trompé beaucoup de traducteurs, qui ont pris ces divinités pour celles des Heures. Mais les attributs que leur donne Orphée dans son hymne 42 ; le soin que leur donne Homère (Il., l. V, v. 749), d'ouvrir et de fermer les portes du ciel ; enfin, l'épithète de ἀγλαοκάρπους, aux beaux fruits, que leur donne Pindare, ne laissent aucun doute sur leur attribution. Orphée, dans l'hymne que j'ai cité, et Hésiode (Théog., v. 901) les nomment Eunomie, Dicé et Irène. Hygin (Fable 183) nous a conservé différents noms que leur donnaient les poètes, mais ils sont en général très corrompus, et je n'ose pas entreprendre de les rétablir. Je crois qu'il nous a conservé dans le même chapitre les noms des déesses qui présidaient aux heures du jour ; il dit en effet : alii auctores tradunt decem his nominibus ; Auge, Anatole, Musia, Gymnasia, Nimpha, Mesembria, Sponde, Elete, Acte et Hecypris, Dysis. Auge est ἀυγὴ, la pointe du jour ; Anatole, ἀνατολὴ, le lever du soleil (Musia ; je crois qu'il faut lire Lusia, λουσία), l'heure à laquelle on se baigne ; Gymnasia, l'heure à laquelle on s'exerce; Mesembria, midi; Dysis, δύσις, le coucher du soleil. Les autres noms sont corrompus, mais ceux-là suffisent pour prouver qu'il s'agit des parties du jour. Les Saisons avaient été, suivant le poète Olen cité par Pausanias [L.u, C. i3), les nourrices de Junon.

(07) Hésiode donne aux Parques deux origines différentes. Au v. 217 de sa Théogonie, il les fait naître de la Nuit ; ensuite, au v. 903, il les dit filles de Jupiter et de Thémis, ce qui a été adopté par Apollodore ; mais il n'est pas probable qu'il se soit contredit ainsi dans le même ouvrage. Il faut donc croire qu'un de ces passages y a été inséré par la suite ; et Ruhnkenius (Epist. crit. Ιa, p. 91) pense que c'est le dernier; il croit qu'il faut retrancher les vers 904, 905 et 906. Cela est aussi l'avis de Sevin, qui cite à l'appui de sa conjecture l'hymne 58 d'Orphée, où il dit que les Parques étaient filles de la Nuit ; ce qui prouve que cette tradition est la plus ancienne. Si nous en croyons Athénagore (Leg., c. xviii), Orphée les disait filles d’Uranus et de la Terre. Le scholiaste de Lycophron (v. 144) les dit filles de Téthys, je ne sais sur quelle autorité.

(08) Nous avons déjà vu qu'Hésiode faisait naître Vénus de l'écume qui s’était amassée autour des parties génitales d'Uranus, lorsque Saturne les eut jetées dans la mer. Orphée (hymne 54) semble avoir suivi la même tradition; car il la nomme ποντογενὴς. Apollodore a suivi Homère t qui la dit fille de Jupiter et de Dioné.

(09) On n'est d'accord ni sur les parents, ni sur les noms, ni sur le nombre des Grâces. Apollodore a suivi Hésiode (Théog., v. 906). Orphée aurait suivi la même tradition, si on admettait la correction proposée par Sevin dans les mémoires de l'Académie des inscriptions, qui a été approuvée par Burman le 2e, dans ses notes sur l'Anthologie latine (t. I, p. 55). Cette correction consiste à lire Εὐρυνόμης au lieu de Εὐνομίης dans son hymne 59 v. 2. Si l'on en croit le scholiaste de Dosiade, sur son premier autel, ce poète les disait filles d'Uranus et de la Terre. Mais comme le mot ἔκγονος veut dire descendant, il est possible que Dosiade ne soit pris que dans ce sens là, sans déterminer le degré, pour augmenter l'obscurité, qui est à peu près le seul mérite de ces petits poèmes connus sous les noms d’œufs, autels, coignées, etc. Phurnutus ou Cornutus (c. xv) dit qu'elles étaient, suivant quelques auteurs, filles de Junon, et suivant d'autres, d'Eurydème ou Euryméduse, ou d'Evanthé. Antimaque, cité par Pausanias (l. IX, c. 35), d'où tout ce qui suit est tiré, dit qu'elles étaient filles du Soleil et d'Aeglé. « Les Lacédémoniens ne reconnaissaient que deux grâces, Clita ou Cléta et Phaënna. Les anciens Athéniens n'en reconnaissaient également que deux, Auxo et Hégemoné. La déesse qui leur était adjointe et qu'on nommait Carpo, n’était pas une Grâce, mais une Saison. Pamphus, qui avait le premier chanté les Grâces, n'avait rien dit de leur nombre ni de leurs noms ; et l'on s'accordait à dire qu'Etéocle d'Orchomène avait été le premier qui avait fixé leur nombre à trois. Il introduisit le culte de ces trois grâces dans la Bœotie, d'où il s'étendit dans l'Attique, où elles avaient un temple séparé de celui des deux dont nous venons » de parler ». L'auteur des Géoponiques (l. XI, c. 4), semble donner â entendre qu'elles étaient filles d'Etéocle, et que le cyprès leur était consacré. On dirait qu'Homère reconnaissait deux espèces de Grâces ; Junon dit en effet au Sommeil, Il. xiv, v. 267 :

Ἐγὼ δὲ κέ τοι Χαρίτων μίαν ὁπλοτεράων
Δύσω ὀπυιέμεναι, καὶ σὴν κεκλῆσθαι ἄκοιτιν,
Πασιθέην.

 « Je te donnerai en mariage Pasithée, l’une des jeunes Grâces ».

(10) Apollodore est le seul qui fasse Proserpine fille de Jupiter et de Styx ; et je crains bien qu'il n'y ait quelque faute dans son texte. Tous les auteurs, en effet, disent qu'elle était fille de Cérès, et Apollodore lui-même le dit un peu plus bas. C'est sans doute par erreur que M. Heyne dît que, suivant Hésiode et l'auteur de l'hymne à Cérès, elle était fille de Saturne et de Rhéa ; car ces deux auteurs la disent fille de Jupiter et de Cérès.

(11)  On varie beaucoup sur la généalogie, les noms et le nombre des Muses ; dans l'origine on n'en connaissait que trois, suivant Plutarque (Quaest. sympos., l. IX, c. 14), et elles étaient filles d'Uranus et de la Terre, suivant Alcman (Diodore, l. IV, c. 7) et Mnaséas (Arnob., p. 121). Musée, cité par le scholiaste d'Apollonius (l. iii, v. 3), et Mimnerme (Paus., l. IX, c. 29) en reconnaissaient deux familles; les unes filles d'Uranus, et les secondes, filles de Jupiter. Eumelus n'en connaissait que trois, mais il leur donnait une origine différente. Apollon était leur père suivant lui, et il les nominait Céphise, Apollonide et Borysthénide (Tzetzes in Hesiodum, p. 6). Elles étaient, suivant Aratus (Tzetzes, ibid.) au nombre de quatre, et filles de Jupiter, fils d'Aether, et de la nymphe Plousia ; elles se nommaient Thelxinoé, Aœdé, Arche et Mélété. Cicéron parle de ces quatre Muses et les nomme de même (de nat. Deor., l. III, c. 21). Suivant Epicharme, dans la comédie nommée les Noces d’Hébé, elles étaient au nombre de sept, et elles avaient pour père Piérus, roi de Macédoine, qui les avait eues de la nymphe Pimpïéïs. On les nommait Nilô, Tritoé, Asope, Heptapole, Achéloïs, Tipoplô et Rhodie. Quelques autres, suivant Arnobe (l. III, p. 121), disaient qu'elles étaient au nombre de huit. Il paraît, à ce que dit Pausanias (L. IX c. 29), que lorsque Otus et Ephialte, fils d'Aloès, introduisirent leur culte dans la Grèce, ils n'en reconnurent que trois, qu'on regardait comme filles d'Uranus et de la Terre, et on les nomma Mélété, Composition; Mnémé, Mémoire; et Aœdé t Chant. Comme la mémoire était alors presque le seul moyen qu'on employât pour conserver la tradition des événements, et que toutes les compositions étaient en vers, et par conséquent en musique (car la poésie et la musique furent longtemps inséparables) ; ces noms suffisaient pour personnifier les connaissances ; ces connaissances s’étant multipliées par la suite, on créa de nouvelles Muses pour y présider. Piérus fut, suivant Pausanias (l. IX, c. 29), le premier qui en porta le nombre à neuf, soit que cela lui eût été ordonné par un oracle, soit que cette idée lui eut été suggérée par les Thraces ses voisins, qui étaient beaucoup plus avancés en connaissances que les Macédoniens, et qui surtout s'occupaient beaucoup plus de religion. Strabon (l. X, p. 722) pense comme Pausanias, que le culte des Muses venait de la Thrace ; « on peut s'en convaincre, dit-il, par les lieux dans lesquels les Muses sont honorées ; Piérie, Olympe, Pimplée et Libèthre étaient anciennement des cantons, ou des montagnes de la Thrace qui sont maintenant occupées par les Macédoniens. Ce furent les Thraces qui habitaient la Bœotie, qui consacrèrent aux Muses l'Hélicon et l'antre des Nymphes Libéthriades ; enfin, ceux qui se livrèrent les premiers à la musique, Orphée, Musée, Thamyris et Eumolpe, étaient Thraces ». Ce fut sans doute parce que Piérus avait introduit leur culte dans la Grèce, qu'il passa pour leur père, comme le dit Cicéron (de nat. Deor., l. III, c. 21). Cependant Nicandre, cité par Antoninus Liberalis (Narr. 9), distinguait les Muses, des filles de Piérus ; elles étaient nées dans la Piérie, de Jupiter et de Mnémosyne, et Piérus avait eu à la même époque neuf filles qui s'étaient livrées à la musique, et qui prétendaient l'emporter sur les Muses. On peut voir les suites de cette dispute dans les Métamorphoses d'Ovide (l. V, v. 268). On a beaucoup varié sur leurs attributions, ce qui semble prouver qu'elles ne sont pas aussi anciennes que leurs noms. Tout le monde connaît celles qu'on leur donne maintenant, mais en voici que j'ai tirées du scholiaste d'Apollonius (l. iii, v. 1), qui me paraissent très anciennes. Clio, suivant lui, avait inventé l'histoire, Thalie, l'agriculture et tout ce qui y a rapport ; Erato, la danse ; Euterpe, les sciences ; Terpsichore, les belles-lettres ; Polymnie, la lyre ; Melpomène, l'ode ; Uranie, l'astronomie, et Calliope la poésie, probablement la poésie héroïque. Ces attributions ont été imaginées avant l'invention de la comédie et de la tragédie, qu'on donna à Thalie et à Melpomène. Jupiter employa, à ce que dit Nonnus (Dionys., l. xxxi, v. 178), neuf nuits à créer les Muses,

(12)  Œagre était fils de Piérus et de la nymphe Méthone, suivant l'auteur du combat d'Homère et d'Hésiode. Il était fils de Mars, et roi de Thrace, suivant Nonnus (l. xiii, v. 428). Enfin, suivant Pomponius Sabinus (Comm. in Virg., p. 242), qui n'a par lui-même aucune autorité, mais qui avait le commentaire de Servius plus complet que nous, il était fils d'Alcyone, l’une des Atlantides.

(13) On disait, suivant Pausanias (l. XX, c. 29), qu'il y avait eu deux Linus ; le premier, fils d'Uranie et d'Amphimarus, fils de Neptune, qui fut tué par Apollon, à qui il avait osé se comparer ; le second, fils d'Ismenias, fut le maître de Thamyris, et d'Hercule, qui le tua comme nous le verrons par la suite. Il y en a eu un troisième, fils d'Apollon et de Psamathé, fille de Crotopus, qui ayant été exposé par sa mère aussitôt après sa naissance, fut dévoré par les chiens. On peut voir son histoire dans Pausanias (l. I, c. 43), et dans la Thébaïde de Stace (l. I, v. 570 ; l. VI, v. 64). Ce fut le second, suivant Denys de Milet, cité par Diodore de Sicile (l. III, c. 66), qui inventa la musique et la poésie, et qui adapta à la langue grecque, en y faisant quelques changements, les lettres que Cadmus avait apportées de la Phénicie. Il fut le maître d'Orphée, de Thamyris et d'Hercule.

Note 14. On a nié l'existence d'Orphée, d'après le passage suivant de Cicéron (de natura Deorum, l. I, 38) : Orpheum poetam, docet Aristoteles nunquam fuisse, et hoc orphicum, carmen Pythagorei ferunt cujusdam fuisse Cercopis. Mais Aristote ne nie point dans ce passage l'existence d'Orphée ; il nie seulement qu'il eût été poète, ou plutôt que les ouvrages qu'on avait sous son nom fussent de lui. Il est difficile, en effet, de se refuser au témoignage unanime de l'antiquité, qui s'est accordée à lui attribuer la plupart des institutions qui contribuèrent à tirer la Grèce de la barbarie où elle était plongée. Il était difficile d'amener les Grecs, divisés en une infinité de petits peuples, tous indépendants les uns des antres, à un genre de vie plus humain, par des lois qu'aucune autorité ne pouvait faire respecter. Orphée entreprit de le faire par le moyen de la religion.

« Orphée, dit Aristophane (Grenouilles, v. 1032), nous enseigna les initiations, et à nous abstenir des meurtres; » ce fut en effet le but des expiations, dont il établit l'usage (Pausanias, l. IX, c. 36). Avant cela, un meurtre, même involontaire, était la cause d'une infinité d'autres meurtres, parce que la vengeance ne trouvait plus où s'arrêter. Mais lorsque les expiations furent établies, celui qui avait commis un meurtre, même involontaire, était obligé de s'exiler pendant un an, pour donner à la colère des pareils du mort, le temps de se calmer (Voyez Euripide dans Οreste, v. 513 et suiv.). Il se faisait ensuite expier, et les parents de celui qui avait été tué, étaient alors obligés d'entrer en arrangement avec lui, et d'accepter une indemnité dont on convenait. On en verra une foule d'exemples dans la suite de cet ouvrage. Toutes les pratiques religieuses dont il fut l'instituteur, avaient le même but, celui de contenir, par la crainte de la divinité, des hommes sur qui les lois civiles ne pouvaient avoir que très peu d'empire, à cause de la facilité de les éluder, en passant d'un état dans un autre. Ce fut pour cela, sans doute, qu'il imagina cette foule de divinités chargées de surveiller les moindres actions de la vie. Enfin, pour les amener à des mœurs plus douces, et, sans doute, pour faire cesser l'usage des sacrifices humains, que les Grecs avaient reçu des Phéniciens, il leur défendit de rien sacrifier qui eût vie ; c'est au moins ce qu'on peut conjecturer, par les hymnes qui nous restent sous son nom, et qui contiennent sans doute sa doctrine; les parfums sont en effet les seules offrandes dont il y sait question. Il était, à ce qu'il paraît, contemporain des Argonautes.

(15Voyez les Métam. d'Ovide, l. IV, v. 86 et suiv.

(16)  Hermésianax, poète élégiaque, du siècle d'Alexandre, est le plus ancien des poètes que nous connaissons, qui ait parlé de cette descente d'Orphée aux enfers, dans une élégie rapportée par Athénée (l. XIII, p. 597), et que Ruhnkenius a publiée avec des notes à la fin de ses Epistolae criticœ; mais il donne à la femme d'Orphée le nom d'Agriope, tandis que tous les autres la nomment Eurydice. Tout le monde connaît la description que Virgile a faite de sa mort, et de la descente d'Orphée aux enfers, dans ses Géorg., l. IV, v. 55 et suiv.

(17) Diodore de Sicile (l. X, c. 23 et 96), Lactance (Divin. instit., l. I, C. 22) et Théodoret (t. iv, p. 722) attribuent aussi à Orphée l'introduction dans la Grèce des mystères de Bacchus; mais Hérodote (l. II, c. 49) dit qu'ils y furent apportés par Mélampe, fils d'Amythaon. On peut concilier ces deux traditions, en supposant que Mélampe les apporta d'abord, et que par la suite Orphée y fit quelques changements. Ce culte, en effet, subit plusieurs variations, comme on peut le voir dans le savant mémoire de Fréret (Mém. de l'Acad. des Inscrip., t. xxiii, p. 242). Mais cela ne peut passe concilier avec ce que disait Eschyle, qu'Orphée ne rendait aucun culte à Bacchus : que le Soleil, qu'il adorait sous le nom d'Apollon, était, suivant lui, le plus grand des dieux, et qu'il allait tous les matins sur le mont Pangée, pour lui rendre hommage à son lever ; Bacchus en étant indigné, le fit déchirer par les Bassarides. Les Muses rassemblèrent ses membres épars, et leur donnèrent la sépulture à Libéthre ; ne sachant que faire de sa lyre, elles obtinrent de Jupiter qu'elle serait placée dans le ciel (Eratosthène, Catasterismes, c. 24)· Libéthre était une ville située sur le mont Olympe, du côté de la Macédoine ; on y voyait une statue d'Orphée, qui, suivant Plutarque (Alexandri vita, c. 14), sua, au commencement du règne d’Alexandre le Grand : ce fut donc postérieurement à cette époque qu'arriva l'inondation dont parle Pausanias (l. IX, c. 30) qui la ruina entièrement. On convient assez généralement qu'il fut mis en pièces par les femmes de la Thrace, mais on en donne différentes causes. Conon (Narr. 45) dit qu'il fut déchiré par les femmes de la Thrace et de la Macédoine, parce qu'il ne voulut pas les initier aux mystères de Bacchus. II ajoute ensuite, que suivant d'autres, Orphée, inconsolable de la perte de son épouse, prit en horreur tout le sexe féminin ; les Thraces et les Macédoniens se rendaient à certains jours à Libéthre, et se rassemblaient dans une maison disposée pour la célébration des mystères, à la porte de laquelle ils laissaient leurs armes. Les femmes ayant observé cela, irritées de ce mépris, se rassemblèrent, s'emparèrent de ces armes, tuèrent les hommes à mesure qu'ils sortaient, mirent Orphée en pièces et jetèrent ses membres dans la mer; la peste ayant ensuite ravagé la contrée, l'Oracle dit que pour la faire cesser, il fallait donner la sépulture à la tête d'Orphée : elle fut trouvée par un pêcheur à l'embouchure du Melès; elle chantait encore, et la mer l'avait tellement respectée, quelle n'avait souffert aucune de ces altérations que la mort fait subir au corps humain, et qu'elle avait même conservé ses couleurs. Ils l'enterrèrent et élevèrent dessus un monument qu'ils honorèrent d'abord comme celui d'un héros, mais ils en vinrent bientôt à lui rendre le même culte qu'à un dieu ; les femmes en étaient absolument exclues. Suivant d'autres (Hygin poet. astron., l. II, c. 7), Vénus étant en contestation avec Proserpine, pour savoir à qui appartiendrait Adonis, Jupiter chargea Calliope de décider entre elles ; cette dernière ayant prononcé qu'il passerait six mois de l'année arec Vénus, et six mois avec Proserpine, Vénus mécontente de ce jugement, rendit, pour s'en venger, toutes les femmes de la Thrace amoureuses d'Orphée son fils, de manière qu'en voulant se l'arracher les unes aux autres, elles le mirent en pièces. Sa tête ayant roulé dans la mer, fut portée par les flots dans l'île de Lesbos, dont les habitants lui donnèrent la sépulture. C'est depuis cette époque qu'ils ont de si grandes dispositions à la musique. Le même auteur dit ensuite, que suivant d'autres, il avait été déchiré pour avoir, le premier, donné l'exemple de l'amour des garçons, et effectivement, nous voyons dans une élégie de Phanoclès dont Stobée nous a conservé un fragment, qu'il était amoureux de Calaïs, fils de Borée ; les femmes Thraces irritées lui coupèrent la tête, et renfermèrent dans sa lyre, qu'elles jetèrent dans la mer de Thrace, et les flots la portèrent à l'ile de Lesbos. Elle était enterrée, suivant Myrsile de Lesbos, à Antissa, et les rossignols y avaient la voix plus mélodieuse qu'ailleurs (Antigonus Carystius mirab., c. 5). Phanoclès ajoute, que ce fut en punition de ce meurtre, que les femmes Thraces prirent l’usage de se marquer par des piqûres, usage qui durait encore du temps de Plutarque (De sera num. vind, p. 52, édition de Wyttembach, et la note) et de Dion Chrysostome (t. I, p. 443).

(18) Piérus était Autochtone, suivant Nicandre, cité par Antoninus Liberalis (Narr, 9). Suivant le scho-liaste d'Homère (Il., l. XIV, v. 236), Macednus, fils de Jupiter et d’Aethria, s'était retiré dans le pays voisin de la Thrace, et lui avait donné son nom. S'y étant marié, il eut deux fils, Piérus et Emathius, qui donnèrent chacun leur nom à une partie du pays. Enfin, Servius, sur Virgile (Egl. IX, v. 21), dit qu'il était fils d'Apollon. On peut voir ce que j'ai dit de lui dans la note 11 ci-dessus.

(19)  Apollodore est le seul qui dise qu'Hyacinthe était fils de Piérus et de Clio. Dans le livre III, c. 10, il le dit fils d'Amyclas et de Diomédé ; il était célèbre par le culte que lui rendaient les Lacédémoniens. Voy. Pausanias, l. III, c. 19.

(20) Philammon était, suivant Conon (Narr. 7), fils de Philonide, fille de Lucifer et de Cléobée, et il naquit à Thorique, dans l’Attique. Phérécyde, cité par le schol.· d'Homère (Odyssée xix, 43a), dit que Philonide était fille de Déion ; il faut peut-être lire Daedalion. Hygin dit, en effet (Fab. 200), que Philammon était fils de Chioné, ou, suivant d'autres, de Philonide, fille de Daedalion : Ovide (Met., l. XI, v. 317) dit que ce Daedalion était fils de Lucifer. On peut voir l’histoire de sa naissance, et de celle d'Autolycus son frère de mère, dans Ovide (Métam,, l. XI, v. 317). Burman dit dans ses notes sur cet endroit, que Pausanias, (l. X, c. 7) lui donne Chrysothémis pour père, mais il a été trompe ainsi que Gédoin, par la traduction latine, qui est un peu obscure, tandis qu'il n'y a pas la moindre équivoque dans le texte. Pausanias dit que Philammon remporta le prix à Delphes, après Chrysothémis. Il demeurait à Thorique, bourgade de l’Attique, suivant Conon, ou à Delphes, suivant Plutarque (t. X, p. 151). Il fut poète célèbre et théologien, deux qualités qui allaient toujours ensemble à cette époque. On lui attribuait la fondation des mystères qu'on célébrait à Lernes (Pausanias, l. II, c. 37), l'institution des chœurs de musiciens autour du temple de Delphes, et la composition des poèmes sur les divinités qu'on y adorait (Plutarque, t. X, p. 651). Phérécyde disait que c'était lui, et non Orphée, qui avait suivi les Argonautes dans leur expédition (Apollonii schol, l. I, v. 23). Voici ce qu'on raconte de sa naissance.

Argiope, l’une des, nymphes du Parnasse, étant devenue amoureuse de Philammon, lui accorda ses faveurs; lorsqu'elle fut enceinte, il ne voulut plus l'épouser ; honteuse de sa situation, elle se retira dans la Thrace, dans le pays des Odryses, où elle accoucha de Thamyris (Pausanias, l. IV, c. 33). Conon, dont le récit est à peu près le même (Narr. 7), dit que cette nymphe demeurait dans le Péloponnèse. Thamyris était, suivant Tzetzès (sur Hésiode, p. 7), fils de la Muse Erato, et d'Aethlius fils d'Endymion, ou de Philammon, et suivant Suidas (v. Θάμυρες), sa mère se nommait Arsinoé.

(21)  On ne s'accorde pas sur celui qui se livra le premier à l'amour des garçons. Nous avons vu, note 17, qu'on attribuait ce goût à Orphée ; suivant quelques autres (Suidas, ibid.), Talus dans l’île de Crète devint amoureux de Rhadamanthe, et ce fut la première passion de ce genre ; suivant d'autres, l'amour de Laïus pour Chrysippe, fils de Pélops, en fut le premier exemple ; enfin, d'autres disaient que les habitants de l'Italie étant souvent éloignés de leurs femmes par de longues guerres, se livrèrent les premiers à ce goût désordonné. J'aurai occasion d'en parler plus au long par la suite. Suidas (ibid.) dit que ce ne fut pas d'Hyacinthe, mais d'Hyménée fils de Magnès et de Calliope, que Thamycis devint amoureux. (Il faut en effet lire dans le texte de Suidas, Ὑμεναίου, au lieu de Υμναίευ, comme l'observe Sevin). Antonius Liberalis parle aussi de cet Hyménée fils de Magnès; il était célèbre par sa beauté, et Apollon en était devenu amoureux, comme nous le verrons par la suite. D'après cela, je crois qu'il faut lire un peu plus haut Ὑμεναίον, au lieu de Ὑάκενθον, et retrancher tout le passage suivant : ἀλλ' Ὑάκενθον μὲν ὕστερον Ἀπόλλων ἐρώμενον ὄντα δίσκῳ βαλὼν ἄκων ἀπέκτεινε   aura été inséré ici par le copiste ou par l’abréviateur qui, ne s'apercevant pas que le nom de 'Υάκινθον était une faute, y aura ajouté ce qu'Apollodore dit l. III, c. 10, au sujet d'Hyacinthe fils d'Amyclas.

(22)  On lit dans toutes les éditions πλησιάσειν e στορε θήσεσθαι ; ce qui est une faute. J'ai rétabli d'après le scholiaste d'Homère (Iliade, l. II, v. 595), πλησιάσοις et στερηθῆναι. Le même scholiaste ajoute que les Muses le privèrent aussi de son bon sens : τοῦ τοῦ ἐσέρησαν.

(23)  Cette dispute se passa, suivant Homère (Il., l. II, v. 505), à Dorium, ville de la Messénie, mais il ne dit rien des conditions. Voyez Pausanias, l. IV, C 33.

(24)  Rhésus était, suivant Homère (Il., l. X, v. 435) fils d'Eionée. On peut voir, sur son extraction et sur le reste de son histoire, Méziriac, sur Ovide, t. 1, p. 78 et suiv.

(25) Les Sirènes étaient, suivant le schol. d'Homère, filles de l'Achéloüs et de Stérope, fille de Porthaon. Apollodore rapporte aussi cette tradition ci-dessous, c. 9. Libanius dit qu'elles naquirent du sang que perdit l’Achéloüs, lorsque Hercule lui arracha une de ses cornes (t. IV, p. 1198), et il paraît que Lucien a eu la même tradition en vue (de Saltatione, t. II, p. 297), lorsqu'en parlant des fables Etoliennes, il met la naissance des Sirènes immédiatement après le combat d'Hercule contre l'Achéloüs. Elles se nommaient, suivant Lycophron (Alexandra, v. 712 et suiv.), Parthénopée, Leucosie et Lygie: Ulysse ayant résisté à leurs charmes, elles se précipitèrent dans la mer, et elles furent portées par les flots, savoir: Parthénopée, à l'endroit où est maintenant Naples, qui se nommait jadis Parthénopée; Leucosie, à l'ile qui prit son nom ; et Lygie sur les côtes de l'Italie, où elle donna son nom à une ville. Il paraît qu'Homère n'en reconnaissait que deux, car il emploie le duel en parlant d'elles. Odyssée, l. XII, v. 52.

(26)  Apollodore a suivi Hésiode, qui dit en parlant · de Vulcain, Théog., v. 937.

Ἥρη δ' Ἥφαιστον κλυτὸν οὐ Φιλότητι μιγεῖσα
Γείναντι..

« Junon enfanta Vulcain sans avoir eu commerce avec aucun dieu. » C'est ainsi qu'il faut lire ce vers, quoique les anciennes éditions portent ἰν au lieu de οὐ, ce qui donne un sens tout contraire. Homère le dit fils de Jupiter et de Junon (Il., l. I, v. 578). Il fut précipité deux fois sur la terre; d'abord, immédiatement après sa naissance, par sa mère honteuse d'avoir donné le jour à un fils aussi laid; il y fut reçu par Eurynome, fille de l'Océan, et par Thétis qui le cachèrent longtemps, ainsi qu'Homère le lui fait raconter dans l'Iliade (l. VI, v, 395) ; Junon le raconte aussi de la même manière dans l'hymne d'Homère à Apollon (v. 316). Il y fut précipité la seconde fois par Jupiter, pour avoir voulu délivrer Junon, que ce dieu avait suspendue dans les airs, arec une enclume à chaque pied, pour la punir de ce que, pendant son sommeil, elle avait excité une tempête terrible contre Hercule, et ce fut alors qu'il tomba dans l'île de Lemnos, où il fut reçu non par Thétis, mais par les Syntiens, comme il le dît lui-même dans l'Iliade (l. I, v. 580, et XV, v. 18).

27-28. L'histoire de la naissance de Minerve est racontée à peu près de même dans la Théogonie d'Hésiode (v. 885), excepté que, suivant lui, ce furent Uranus et la Terre qui firent à Jupiter la prédiction dont parle Apollodore. Elle est racontée un peu différemment dans quelques vers que Galien a cités (de Hippocratis et Plotonis dogmatum differentia, t. I, p. 273, ad. Basileensis) comme étant de la Théogonie d'Hésiode, et que Ruhnkenius a corrigés (Epist. crit., p. 100). Pindare dit que ce fut Vulcain qui ouvrit la tête de Jupiter, et cette tradition a été suivie par le plus grand nombre d'auteurs ; mais Euripide, dans Ion (v. 455), a adopté celle qu'Apollodore rapporte ici, et qui me parait la plus ancienne, Prométhée ayant eu parmi les dieux Titans, à peu près les mêmes attributions qu'on a données par la suite à Vulcain. Minerve était, suivant Pausanias (l. I, c. 14), fille de Neptune et de la nymphe Tritonide. Diodore de Sicile, cité par Eusèbe (Prép. évang., p. 60), dit d'après Evhémère, qu'elle était fille de Jupiter et de Thémis, mais il est très possible qu'il y ait une faute, et je crois qu'il faut lire Métis au lieu de Thémis. Mnaséas, cité par Harpocratien (v. Ἱππία ), parle d'une autre Minerve, qui était fille de Neptune et de Coryphé, l'une des filles de l'Océan. Cicéron fait mention de cinq Minerves différentes ; mais il est aisé de voir qu'il ne s'agît que d'une seule divinité, à laquelle chaque peuple avait donné une origine différente, pour satisfaire sa vanité. Suivant quelques auteurs, Minerve était sortie de la tête de Jupiter, non seulement armée, mais encore montée sur un char (Etym. magnum, v. Ἱππία , p. 474)