Vitruve

VITRUVE

DE L'ARCHITECTURE.

LIVRE II.

Vitruve : De l'architecture.
Tome premier / trad. nouvelle par M. Ch.-L. Maufras,...
C. L. F. Panckoucke, 1847.

livre I - livre III

 

 

 

LIVRE II.

 

 





 

Marcus Vitruvius Pollio:

de Architectura, Liber II

Praefatio

1. Dinocrates (01) architectus cogitationibus et solertia fretus, quum Alexander rerum potiretur, profectus est e Macedonia ad exercitum, regiae cupidus commendationis. Is e patria a propinquis et amicis tulit ad primos ordines et purpuratos litteras, ut aditus haberet faciliores, ab eisque exceptus humane petiit, uti quam primum ad Alexandrum perduceretur. Quum polliciti essent, tardiores fuerunt, idoneum tempus expectantes. Itaque Dinocrates, ab iis se existimans ludi, ab se petiit praesidium. Fuerat enim amplissima statura, facie grata, forma dignitateque summa. His igitur naturae muneribus confisus, vestimenta posuit in hospitio, et oleo corpus perunxit, caputque coronavit populea fronde, laevum humerum pelle leonina (02) texit, dextraque clavam tenens incessit contra tribunal regis ius dicentis.

2. Novitas populum quum advertisset, conspexit eum Alexander. Admirans iussit ei locum dar,i ut accederet, interrogavitque quis esset. At ille : "Dinocrates, inquit, architectus Macedo, qui ad te cogitationes et formas affero dignas tuae claritatis : namque Athon montem (03) formavi in statuae virilis figuram, cuius manu laeva designavi civitatis moenia, dextera pateram, quae exciperet omnium fluminum, quae sunt in eo monte aquam, ut inde in mare profunderetur. "

3. Delectatus Alexander ratione formae, statim quaesivit si essent agri circa qui possent frumentaria ratione eam civitatem tueri. Quum invenisset, non posse nisi transmarinis subvectionibus : "Dinocrates, inquit, attendo egregiam formae compositionem, et ea delector; sed animadverto, si quis deduxerit eo loci coloniam, fore ut iudicium eius vituperetur. Ut enim natus infans sine nutricis lacte non potest ali, neque ad vitae crescentis gradus perduci, sic civitas sine agris et eorum fructibus in moenibus affluentibus non potest crescere, nec sine abundantia cibi frequentiam habere, populumque sine copia tueri. Itaque quemadmodum formationem puto probandam, sic iudico locum improbandum; teque volo esse mecum, quod tua opera sum usurus."

4. Ex eo Dinocrates ab rege non discessit, et in Aegyptum est eum persequutus. Ibi Alexander cum animadvertisset portum naturaliter tutum, emporium egregium, campos circa totam Aegyptum frumentarios, inmanis fluminis Nili magnas utilitates, iussit eum suo nomine civitatem Alexandriam constituere. Itaque Dinocrates a facie dignitateque corporis commendatus ad eam nobilitatem pervenit. Mihi autem, imperator, staturam non tribuit natura, faciem deformavit aetas, valetudo detraxit vires; itaque quoniam ab his praesidiis sum desertus, per auxilia scientiae scriptaque, ut spero, perveniam ad commendationem.

5. Quum autem in primo volumine de officio architecturae terminationibusque artis perscripserim, item de moenibus et intra moenia arearum divisionibus, insequaturque ordo de aedibus sacris et publicis aedificiis itemque privatis, quibus proportionibus et symmetriis debeant esse, uti explicentur, non putavi ante ponendum, nisi prius de materiae copiis, e quibus collatis aedificia structuris et materiae rationibus perficiuntur, quas habeant in usu virtutes, exposuissem, quibusque rerum naturae principiis essent temperatae, dixissem. Sed antequam naturales res incipiam explicare, de aedificiorum rationibus, unde initia  ceperint,et uti creverint eorum inventiones, anteponam, et insequar ingressus antiquitatis rerum naturae et eorum, qui initia humanitatis et inventiones perquisitas scriptorum praeceptis dedicaverunt. Itaque quemadmodum ab his sum institutus, exponam. 

LIVRE II.

1. L'ARCHITECTE Dinocrate comptant sur son expérience et son habileté, partit un jour de Macédoine pour se rendre à l’armée d'Alexandre, qui était alors maître du monde, et dont il désirait de se faire connaître. En quittant sa patrie il avait emporté des lettres de recommandation de ses parents et de ses amis pour les personnages les plus distingués de la cour, afin d'avoir un accès plus facile auprès du roi. Ayant été reçu par eux avec bienveillance, il les pria de le présenter au plus tôt à Alexandre. Promesse lui en fut faite ; mais l'exécution se faisait attendre : il fallait trouver une occasion favorable. Dinocrate pensant qu'ils se faisaient un jeu des défaites qu'ils lui donnaient, n'eut plus recours qu'à lui-même. Sa taille était haute, son visage agréable. Chez lui la beauté s'unissait à une grande dignité. Ces présents de la nature le remplissent de confiance. Il dépose ses vêtements dans son hôtellerie, se frotte le corps d'huile, se couronne d'une branche de peuplier, puis, se couvrant l'épaule gauche d'une peau de lion et armant sa main droite d'une massue, il se dirige vers le tribunal où le roi rendait la justice.

2. La nouveauté de ce spectacle attire l'attention de la foule. Alexandre aperçoit Dinocrate, et, frappé d'étonnement, ordonne qu'on le laisse approcher, et lui demande qui il est. "Je suis l'architecte Dinocrate, répondit-il ; la Macédoine est ma patrie. Les modèles et les plans que je présente à Alexandre sont dignes de sa grandeur. J'ai donné au mont Athos la forme d'un homme qui, dans la main gauche, tient l'enceinte d'une cité, et dans la droite une coupe où viennent se verser les eaux de tous les fleuves qui sortent de la montagne, pour de là se répandre dans la mer." 

3. Alexandre charmé de cette idée, lui demanda si cette ville était entourée de campagnes capables de l'approvisionner des blés nécessaires pour sa subsistance. Ayant reconnu que les approvisionnements ne pouvaient se faire que par mer, Alexandre lui dit : "Dinocrate, je conviens de la beauté de votre projet ; il me plaît ; mais je crois que qui s'aviserait d'établir une colonie dans le lieu que vous proposez, courrait risque d'être taxé d'imprévoyance : car de même qu'un enfant sans le lait d'une nourrice ne peut ni se nourrir ai se développer, de même une ville ne peut s'agrandir sans campagnes fertiles, avoir une nombreuse population sans vivres abondants, faire subsister ses habitants sans de riches récoltes. Aussi, tout en donnant mon approbation à l'originalité de votre plan, je dois vous dire que je désapprouve le lieu que vous avez choisi pour le mettre à exécution ; mais je désire que vous demeuriez auprès de moi, parce que j'aurai besoin de vos services." 

4. A partir de ce moment, Dinocrate ne quitta plus le roi et l'accompagna en Égypte. Là, Alexandre ayant découvert un bon port, naturellement bien abrité, avec un abord facile, environné de fertiles campagnes, et pour lequel le voisinage des eaux du Nil était d'une immense ressource, il ordonna à Dinocrate de fonder une ville qui de son nom s'appela Alexandrie. C'est ainsi que, grâce à la noblesse de son extérieur, Dinocrate acquit une haute réputation Pour moi, César, la nature m'a privé d'un extérieur imposant, l'âge a défiguré mon visage, les maladies ont ruiné mes forces ; mais, quoique dépouillé de ces avantages, je ne désespère pas de mériter votre protection, en y suppléant par mes connaissances et mes écrits. 

5. Après avoir traité dans mon premier livre de l'architecture en général et des qualités de l'architecte, après avoir parlé ensuite de la construction des murailles et de l'emplacement des maisons à l'intérieur, ce serait ici le lieu de m'occuper des temples et des édifices publics et particuliers, aussi bien que des proportions qu'on doit leur donner ; je n'ai cependant pas cru devoir le faire avant d'avoir parlé des matériaux qu'il faut employer, de leurs qualités, des principes que la nature a fait entrer dans leur composition. Et même, avant d'entamer ce sujet, je parlerai des différentes manières de bâtir, de leur origine, des progrès qu'on a faits dans cet art. Je suivrai les premiers pas des hommes dans la société, et rechercherai les noms de ceux qui ont réduit en préceptes les essais de cette science, et les découvertes qui ont été poursuivies avec tant de soin. Ce sera sur les principes puisés dans leurs ouvrages que je baserai mes explications.

Caput 1 : De priscorum hominum vita, et de initiis humanitatis atque lectorum et incementis eorum.

1. Homines veteri more, ut ferae (04), in silvis et speluncis et nemoribus nascebantur, ciboque agresti vescendo vitam exigebant. Interea quodam in loco ab tempestatibus et ventis densae crebritatibus arbores agitatae et inter se terentes ramos ignem excitaverunt : et eo, flamma vehementi perterriti qui circa eum locum fuerunt, sunt fugati. Post ea requieta (05), propius accedentes quum animadvertissent commoditatem esse magnam corporibus ad ignis teporem, ligna adiicientes et eum conservantes alios adducebant, et nutu monstrantes ostendebant quas haberent ex eo utilitates. In eo hominum congressu quum profundebantur aliter spiritu voces (06), quotidiana consuetudine vocabula, ut obtigerant, constituerunt; deinde significando res saepius in usu, ex eventu fari fortuito coeperunt (07), et ita sermones inter se procreaverunt.

2. Ergo quum propter ignis inventionem conventus initio apud homines et concilium et convictus esset natus, et in unum locum plures convenirent, habentes ab natura praemium (08) praeter reliqua animalia, ut non proni, sed erecti ambularent, mundique et astrorum magnificentiam aspicerent, item manibus et articulis quam vellent rem faciliter tractarent : coeperunt in eo coetu alii de fronde facere tecta, alii speluncas fodere sub montibus, nonnulli hirundinum nidos et aedificationes earum imitantes, de luto et virgulis facere loca, quae subirent. Tunc observantes aliena tecta, et adiicientes suis cogitationibus res novas, efficiebant in dies meliora genera casarum (09).

3. Quum essent autem homines imitabili docilique natura (10), quotidie inventionibus gloriantes (11), alius alii ostendebant aedificiorum effectus : et ita exercentes ingenia certationibus in dies melioribus iudiciis efficiebantur. Primumque furcis erectis (12) et virgulis interpositis, luto parietes texerunt. Alii luteas glaebas (13) arefacientes, struebant parietes, materia eos iugumentantes, vitandoque imbres et aestus, tegebant arundinibus et fronde. posteaquam per hibernas tempestates (14) tecta non potuerunt imbres sustinere, fastigia facientes luto inducto, proclinatis tectis stillicidia deducebant.

4. Haec autem ex iis, quae supra scriptae sunt, originibus instituta esse, possumus sic animadvertere, quod ad hunc diem nationibus exteris ex his rebus aedificia constituuntur, ut in Gallia, Hispania, Lusitania, Aquitania, scandulis robusteis aut stramentis. Apud nationem Colchorum (15) in Ponto propter silvarum abundantiam, arboribus perpetuis (16) planis dextra ac sinistra in terra positis, spatio inter eas relicto quanto arbusorum longitudines patiuntur, collocantur : in extremis partibus earum supra alterae transversae, quae circumcludunt medium spatium habitationis  : tunc insuper alternis trabibus ex quatuor partibus angulos iugumentantes, et ita parietes arboribus statuentes ad perpendiculum imarum educunt ad altitudinem turres, intervallaque, quae relinquuntur propter crassitudinem materiae, schidiis et luto obstruunt. item tecta, recidentes ab extremo transtra, traiciunt gradatim contrahentes, et ita ex quattuor partibus ad altitudinem educunt medio metas, quas fronde et luto tegentes efficiunt barbarico more (17) testudinata turrium tecta  (18).

5. Phryges vero, qui campestribus locis sunt habitantes, propter inopiam silvarum egentes materiae eligunt tumulos naturales (19), eosque medios fossura exinanientes, et itinera perfodientes, dilatant spatia, quantum natura loci patitur. Insuper autem stipites inter se religantes metas efficiunt, quas harundinibus et sarmentis tegentes, exaggerant supra habitationes  maximos grumos e terra : ita hiemes calidissimas, aestates frigidissimas efficiunt tectorum rationes. Nonnulli ex ulva palustri componunt tuguria tecta. Apud ceteras quoque gentes et nonnulla loca pari similique ratione, casarum perficiuntur constitutiones. Non minus etiam Massiliae animadvertere possumus sine tegulis subacta cum paleis terra tecta. Athenis Areopagi (20) antiquitatis exemplar ad hoc tempus luto tectum. Item in Capitolio commonefacere potest et significare mores vetustatis Romuli casa (21) in arce sacrorum stramentis tecta.

6. Ita his signis de antiquis inventionibus aedificiorum, sic ea fuisse ratiocinantes possumus iudicare. Quum autem quotidie faciendo tritiores manus ad aedificandum profecissent, et solertia ingenia exercendo per consuetudinem ad artes pervenissent, tum etiam industria in animos eorum adiecta perfecit, ut qui fuerunt in his studiosiores, fabros esse se profiterentur. Quum ergo haec ita fuerint primo constituta, et natura non solum sensibus ornavisset gentes, quemadmodum reliqua animalia, sed etiam cogitationibus et consiliis armavisset mentes, et subiecisset cetera animalia sub potestate, tunc vero e fabricationibus aedificiorum gradatim progressi ad ceteras artes et disciplinas, e fera agrestique vita ad mansuetam perduxerunt humanitatem.

7. Tum autem instruentes animose et prospicientes maioribus cogitationibus ex varietate artium natis, non casas, sed etiam domos fundatas et latericiis parietibus (22), aut e lapide structas, materiaque et tegula tectas perficiere coeperunt. Deinde observationibus studiorum e vagantibus iudiciis et incertis ad certas symmetriarum rationes perduxerunt. Postea quum animadvertunt profusos esse partus ab naturae ad materiam, et abundantem copiam ad aedificationes ab ea comparatam, tractando nutrvierunt, et auctam per artes ornaverunt voluptatibus elegantiam vitae. Igitur de his rebus, quae sunt in aedificiis ad usum idoneae, quibus sint qualitatibus, et quas habeant virtutes, ut potuero, dicam.

8. Sed si quis de ordine huius libri disputare voluerit, quod putaverit, eum primum institui oportuisse, ne putet me erravisse, sic reddam rationem. Quum corpus architecturae scriberem, primo volumine putavi, quibus eruditionibus et disciplinis esset ornata, exponere finireque terminationibus eius species, et e quibus rebus esset nata dicere : itaque quid oporteat esse in architecto, ibi pronuntiavi. Ergo in primo de artis officio, in hoc de naturalibus materiae rebus, quem habeant usum disputabo. Namque hic liber non profitetur, unde architectura nascatur, sed unde origines aedificiorum sint institutae, et quibus rationibus enutritae et progressae sint gradatim ad hanc finitionem.

9. Ergo ita suo ordine et loco huius erit voluminis constitutio. Nunc revertar ad propositum, et de copiis quae aptae sunt aedificiorum perfectionibus, quemadmodum videantur esse ab natura rerum procreatae, quibusque mixtionibus principiorum congressus temperentur, ne obscura, sed perspicua legentibus sint, ratiocinabor. Namque nulla materiarum genera, neque corpora, neque res sine principiorum coetu nasci, neque subiici intellectui possunt, neque aliter natura rerum praeceptis physicorum veras patitur habere explicationes, nisi causae, quae insunt in his rebus, quemadmodum et quid ita sint, subtilibus rationibus habeant demonstrationes. 

1. De la manière de vivre des premiers hommes ; des commencements de la société humaine ; des premières constructions et de leurs développements.

1. Les hommes anciennement naissaient, comme le reste des animaux, dans les forêts, dans les cavernes et dans les bois, n'ayant pour toute nourriture que des fruits sauvages. Cependant des arbres épais, violemment agités par l'orage, prirent feu par suite du frottement des branches. L’impétuosité de la flamme effraya les hommes qui se trouvèrent dans le voisinage, et leur fit prendre la fuite. Bientôt rassurés, ils s'approchèrent peu à peu et sentirent tout l'avantage qu'ils pourraient retirer pour leur corps de la douce chaleur du feu. On ajouta du bois, on entretint la flamme, on amena d'autres hommes auxquels on fit comprendre par signes toute l'utilité de cette découverte. Les hommes ainsi rassemblés articulèrent différents sons qui, répétés chaque jour, formèrent par hasard certains mots dont l'expression habituelle servit à désigner les objets ; et bientôt ils eurent un langage qui leur permit de se parier et de se comprendre.

2. Ce fut donc la découverte du feu qui amena les hommes à se réunir, à faire société entre eux, à vivre ensemble, à habiter dans un même lieu. Doués d'ailleurs de plusieurs avantages que la nature avait refusés aux autres animaux, ils purent marcher droits et la tête levée, contempler le magnifique spectacle de la terre et des cieux, et, à l'aide de leurs mains si bien articulées, faire toutes choses avec facilité : aussi commencèrent-ils les uns à construire des huttes de feuillage, les autres à creuser des cavernes au pied des montagnes ; quelques-uns, à l'imitation de l'hirondelle qu'ils voyaient se construire des nids, façonnèrent avec de l'argile et de petites branches d'arbres des retraites qui parent leur servir d'abri. Chacun examinait avec soin l'ouvrage de son voisin, et perfectionnait son propre travail par les idées qu'il y puisait, et les cabanes devenaient de jour en jour plus habitables.

3. Or, comme les hommes étaient d'une nature docile et propre à imiter, ils se glorifiaient chaque jour de leurs découvertes, et se communiquaient réciproquement les améliorations qu'ils y apportaient. C'est ainsi que, grâce à l'émulation qui tenait continuellement leur esprit en haleine, ils rectifiaient à l'envi les ouvrages qu'ils entreprenaient. Ils plantèrent d'abord des perches fourchues, qu'ils entrelacèrent de branches, et dont ils remplirent les vides avec de la terre grasse, pour en faire des murs.

4. D'autres firent sécher des mottes d'argile, en construisirent des murs, sur lesquels ils posèrent en travers des pièces de bois, et, les recouvrant de roseaux et de feuilles, ils se mirent dessous à l'abri de la pluie et du soleil. Plus tard, comme dans les mauvais temps d'hiver, ces toits ne résistaient pas aux pluies, ils firent des combles qu'ils recouvrirent de terre grasse, et, donnant de l'inclinaison aux couvertures, ils établirent des larmiers pour l'écoulement des eaux.

4. Telle lut l'origine des premières maisons. Nous pouvons nous en convaincre par celles que nous voyons encore aujourd'hui chez les nations étrangères. En Gaule, en Espagne, en Lusitanie, en Aquitaine, elles sont construites avec les mêmes matériaux et recouvertes de chaume ou de bardeaux de chêne. La Colchide, dans le royaume de Pont, est pleine de forêts. Voici de quelle manière les habitants construisent leurs habitations. Ils prennent des arbres qu'ils étendent sur terre à droite et à gauche sans les couper, en laissant entre eux autant d'espace que le permet leur longueur ; à leurs extrémités ils en placent d'autres en travers qui closent l'espace qu'on veut donner à l'habitation. Posant des quatre côtés d'autres arbres qui portent perpendiculairement les uns sur les autres aux quatre angles, et formant les murs de ces arbres mis à plomb avec ceux d'en bas, ils élèvent des tours, et remplissent de petits morceaux de bois et d'argile les intervalles qui répondent à la grosseur des arbres. Ensuite, pour le toit, raccourcissant ces arbres vers leurs extrémités, et continuant de les poser en travers les uns sur les autres, ils les rapprochent du centre par degrés, des quatre côtés, et en font des pyramides qu'ils recouvrent avec des feuilles et de l'argile. Tels sont les toits à quatre pans que ces barbares donnent à leurs tours.

5. Les Phrygiens, qui habitent dans des campagnes tout à fait dépourvues de forêts, et qui, par conséquent manquent d'arbres, choisissent des tertres naturels, les creusent au milieu, et pratiquent des chemins pour arriver à l'espace qu'ils ont élargi autant que l'a permis la nature du lieu. Au-dessus ils élèvent des cônes avec des perches liées entre elles, les couvrent de roseaux et de chaume, et entassent des monceaux de terre sur ces habitations, auxquelles ce genre de toit donne de la chaleur en hiver et de la fraîcheur en été. Quelques peuples couvrent leurs chaumières avec des herbes de murais. Chez d’autres nations et dans certaines localités, on emploie les mêmes moyens pour construire des cabanes. A Marseille nous pouvons remarquer qu'au lieu de tuiles, c'est de la terre pétrie avec de la paille qui recouvre les toits. A Athènes, l'Aréopage a été conservé jusqu'à ce jour avec son toit d'argile comme un modèle de l'antiquité, et dans le Capitole on peut regarder comme un souvenir, comme un échantillon des moeurs antiques, la chaumière de Romulus, qu'on a conservée avec sa couverture de chaume dans le lieu destiné aux choses sacrées.

6. D’après ces observations, nous pouvons juger que telle fut la manière de bâtir des anciens. Mais un travail journalier donna aux mains plus d'adresse, plus d'habileté pour bâtir, et un exercice assidu amena ces esprits subtils à travailler d'une manière plus éclairée. Il arriva alors que l'art venant à les animer, ceux qui eurent le plus de goût pour la construction des bâtiments en firent une profession particulière. Ce fut ainsi que procéda la nature ; elle ne s'était pas contentée de départir à l'homme le sentiment qu'elle avait aussi donné aux autres animaux : elle lui avait mis dans l'esprit l'arme de la prudence et de la raison, et avait assujetti à sa puissance tous les autres êtres animés. De la construction de leurs demeures les hommes arrivèrent par degrés aux autres arts et aux autres sciences, et leurs moeurs, devenues plus douces, perdirent tout ce qu'elles avaient d'agreste et de sauvage. 

7. Construisant alors avec plus de hardiesse, et donnant à leurs pensées l'élan que leur inspirait la variété des arts, ce ne furent plus des chaumières, mais bien des maisons assises sur des fondements solides, avec des murs de briques et de pierres, avec des toits couverts de bois et de tuiles, qu'ils se mirent à élever. Ensuite les observations qu'ils puisèrent dans le travail, les conduisirent du tâtonnement et de l'incertitude à la connaissance exacte des règles de ta symétrie ; et ayant remarqué avec quelle abondance la nature produisait les matériaux nécessaires pour la construction, avec quelle profusion elle les prodiguait, ils arrivèrent par la pratique, et avec le secours des autres arts, à ajouter au nécessaire tous ces ornements, toutes ces commodités qui contribuent tant aux agréments de la vie. Quant aux choses que réclame un édifice pour être commode, à leurs qualités, à leurs propriétés, je les expliquerai le mieux qu'il me sera possible.

8. Si quelqu'un venait à désapprouver l'ordre dans lequel j'ai placé ce livre, et à penser qu'il eût mieux valu que je le misse à la tête de mon ouvrage, qu'il se garde de croire que ce soit une erreur de ma part. Voici ma raison. En faisant un traité complet d'architecture, j'ai cru devoir parler dans le premier livre des connaissances, de l'instruction que cette science exige ; déterminer les parties qui la composent, et dire quelle est son origine : c'est ce que j'ai fait en proclamant les qualités qui doivent se rencontrer dans un architecte. Ainsi, après avoir parlé dans le premier livre des études qui préparent à cette science, je parlerai dans le second des matériaux que fournit la nature, et de l'usage qu'on en doit faire. Il n'y sera plus question de l'origine de l'architecture, mais bien de celle des bâtiments ; et je dirai comment on est parvenu à donner à l'art de bâtir les développements et le degré de perfection où nous le voyons aujourd'hui.

9. Ce livre se trouvera donc parfaitement à son rang, à sa place. Je vais maintenant rentrer dans mon sujet, et, afin que le lecteur ne rencontre dans mon ouvrage rien d'obscur et d'inintelligible, raisonner sur les matériaux qui conviennent à la construction des bâtiments, sur la manière dont ils me paraissent avoir été produits par la nature, et sur la réunion des principes qui entrent dans leur composition : car il n'est point de matière, point de corps, il n'est rien qui se forme sans le concours des divers principes ; et comment faire comprendre, comment en physique clairement expliquer la nature des choses, si les principes qui les composent, leur formation, leur substance, ne sont démontrés par de bonnes raisons ?

II. De principiis rerum, secundum physicorum opiniones.

1. Thales quidem primum aquam putavit omnium rerum esse principium. Heraclitus Ephesius, qui propter obscuritatem scriptorum a Graecis Σκοτεινὸς est appellatus, ignem. Democritus quique eum sequutus est Epicurus, atomos, quae nostri insecabilia corpora, nonnulli individua, vocitaverunt. Pythagoreorum vero disciplina (23) adiecit ad aquam et ignem aera et terrenum. Ergo Democritus, etsi non proprie res nominavit, sed tantum individua corpora proposuit, ideo ea ipsa dixisse videtur, quod ea, quum sint disiuncta, nec laeduntur, nec interitionem recipiunt, nec sectionibus dividuntur, sed sempiterno aevo perpetuo (24) infinitam retinent in se soliditatem.

2. Ex his ergo congruentibus quum res omnes coire (25)nascique videantur, ut eae in infinitis generibus rerum natura essent disparatae, putavi oportere de varietatibus et discriminibus usus earum, quasque haberent in aedificiis qualitates, exponere, uti, quum fuerint notae, non habeant qui aedificare cogitant, errorem (26), sed aptas ad usum copias aedificiis comparent.

2. Des principes des choses, selon l'opinion des philosophes.

1. Thalès est le premier qui ait pensé que l'eau était le principe de toutes choses. Héraclite d'Éphèse, qui, à cause de l'obscurité de ses écrits, fut appelé par, les Grecs Σκοτεινὸς, croyait que c'était le feu. Démocrite et son sectateur Épicure prétendirent que c'étaient les atomes, que chez nous on appelle corpuscules insécables et quelquefois indivisibles. L'école de Pythagore ajouta à l'eau et au feu deux autres principes, l'air et la terre. Démocrite, bien qu'il n'ait point donné de nom propre aux principes qu'il admet, et se soit contenté de les proposer comme des corps indivisibles, me semble néanmoins avoir désigné les mêmes choses, puisque ces principes, lorsqu'ils sont séparés, loin d'être susceptibles d'altération, ou d'augmentation, ou de division, conservent au contraire une solidité perpétuelle, infinie, éternelle.

2. Puisque de la réunion de ces principes naissent et sont composées toutes choses, et que ces atomes sont différents dans les corps que la nature a multipliés à l'infini, j'ai pensé qu'il était à propos de faire connaître leurs variétés, leurs différentes propriétés, et les avantages qu'on en pouvait retirer pour la construction des édifices, afin que, d'après la connaissance qu'ils en auront, ceux qui pensent à bâtir ne tombent point dans l'erreur, et ne se pourvoient que de matériaux qui conviennent à l'usage qu'ils en veulent faire.

III. De lateribus

1. Itaque primum de lateribus (27), qua de terra ducio eos oporteat, dicam. Non enim de arenoso neque calculoso, neque sabuloso luto sunt ducendi, quod ex his generibus quum sunt ducti, primum fiunt graves; deinde, quum ab imbribus in parietibus sparguntur (28), dilabuntur et dissolvuntur, paleaeque in is non cohaerescunt propter asperitatem. Faciendi autem sunt ex terra albida cretosa (29), sive de rubrica aut etiam masculo sabulone (30). Haec enim genera propter levitatem (31) habent firmitatem, et non sunt in opere ponderosa, et faciliter aggerantur.

2. Ducendi autem sunt per vernum tempus et autumnale (32), ut uno tenore (33) siccescant : qui enim per solstitium parantur, ideo vitiosi fiunt, quod summum corium sol acriter quum praecoquit, efficit ut videatur aridi,, interior autem sit non siccus,. et quum postea siccescendo se contrahit, perrumpit ea quae erant arida : ita rimosi facti efficiuntur inbecilli. Maxime autem utiliores erunt, si ante biennium fuerint ducti : namque non ante possunt penitus siccescere. Itaque quum recentes et non aridi sunt structi, tectorio inducto rigideque obsolidato permanente, subsidentes non possunt eandem altitudinem, qua est tectorium, tenere, contractioneque moti non haerent cum eo, sed ab coniunctione eius disparantur : igitur tectoria ab structura seiuncta propter tenuitatem per se stare non possunt, sed franguntur, ipsique parietes fortuito sidentes vitiantur. Ideoque etiam Uticenses latere, si sit aridus et ante quinquennium ductus, quum arbitrio magistratus fuerit ita probatus, tunc utuntur in parietum structuris (34).

3. Fiunt autem laterum genera tria (35) : unum quod graece λύδιος appellatur (36), id est quo nostri utuntur, longum pede, latum semipede (37). ceteris duobus Graecorum aedificia struuntur. Ex his unum pentadoron, alterum tetradoron dicitur. Doron autem Graeci appellant palmum, quod munerum datio graece δῶρον appellatur: id autem semper geritur per manus palmam. Ita quod est quoquoversus (38) quinque palmorum pentadoron, quod quattuor tetradoron dicitur; et quae sunt publica opera, pentadoron, quae privata, tetradoro struuntur.

4. Fiunt autem cum his lateribus semilateres, quae quum struuntur, una parte lateribus ordines, altera semilaterum ponuntur (39) : ergo ex utraque parte ad lineam quum struuntur; alternis choriis parietes alligantur; et medii lateres supra coagmenta conlocati, et firmitatem et speciem faciunt utraque parte non invenustam (40). Est autem in Hispania Ulteriore Calentum, et in Gallis Massilia, et in Asia Pitane, ubi lateres quum sunt ducti et arefacti, proiecti natant in aqua (41). Natare autem eos posse ideo videtur, quod terra est, de qua ducuntur, pumicosa; ita quum est levis, aere solidata non recipit in se, nec combibit liquorem. Igitur levi raraque quum sint proprietate, nec patiantur penetrare in corpus umidam potestatem, quocumque pondere fuerint, coguntur ab rerum natura, quemadmodum pumex, uti ab aqua sustineantur. Sic autem magnas habent utilitates, quod neque in aedificationibus sunt onerosi, et quum ducuntur, a tempestatibus non dissolvuntur.

3. Des briques.

1. Je vais premièrement parler des briques et de l'espèce de terre qui doit entrer dans leur fabrication. Ce n'est point avec une terre pleine de gravier, de cailloux ou de sable qu'elles doivent être faites, parce que d'abord elle les rend trop lourdes, et qu'ensuite, lorsque dans les murs elles viennent à être battues par la pluie, elles tombent par morceaux en se détrempant ; la paille ne se lie pas bien, non plus, avec cette terre trop grossière. On doit les faire avec une terre blanche semblable à la craie, ou avec de la terre rouge, ou même avec du sablon mile. Ces espèces de terre, à cause des parties grasses qui les composent, sont compactes, chargent moins les constructions, et se pétrissent facilement.

2. Les briques doivent se mouler au printemps et en automne, afin qu'elles puissent sécher graduellement. Celles qu'on prépare en été deviennent défectueuses, en ce que le soleil, frappant leur superficie de sa chaleur trop intense, les fait paraître entièrement sèches, tandis que l'intérieur, qui est resté humide, venant plus tard à sécher, se contracte et fait gercer la partie qui était sèche, et ces fissures rendent les briques fragiles. Les meilleures briques sont celles qui ont au moins deux années de fabrication : il leur faut tout ce temps pour bien sécher. Quand on vient à les employer nouvellement faites et sans être sèches, l'enduit dont on les recouvre et qui prend une très grande solidité, conservant le même volume, il arrive que les briques perdent de leur épaisseur en séchant, ne peuvent plus remplir la capacité de l'enveloppe que forme l'enduit, s'en détachent par le rétrécissement, n'y adhèrent plus, et cessent complètement de faire corps avec lui. Séparé de la brique, l'enduit n'ayant plus, à cause de son peu d'épaisseur, assez de solidité pour résister seul, se brise, et les murailles.s'affaissant inopinément, s'écroulent. Aussi à Utique, ce n'est qu'après qu'il a été constaté par le magistrat que la brique est parfaitement sèche et faite depuis cinq ans, qu'on l'emploie dans la construction des murailles.

3. On fait trois sortes de briques : l'une, appelée en grec λύδιος, est celle dont nous nous servons ; sa longueur est d'un pied, sa largeur d'un demi-pied. Les deux autres sont employées par les Grecs dans leurs édifices : l'une se nomme πεντάδωρον, l'autre τετράδωρον. Par le mot δῶρον,  les Grecs désignent la palme, parce qu'en grec δῶρον signifie présent, et qu'un présent se porte toujours dans la main. Ainsi les briques qui ont en tout sens cinq palmes, quatre palmes, s'appellent πεντάδωρον, τετράδωροον. Les constructions publiques se font avec le πεντάδωρον, et celles des particuliers avec le τετράδωρον.

4. Outre ces différentes espèces de briques, on fait des demi-briques, dont voici l'usage : quand on élève une muraille, d'un côté on pose une rangée de briques, de l'autre une rangée de demi-briques. Toutes ces briques qui, de chaque côté, sont alignées au cordeau, s'enchaînent les unes avec les autres dans ces assises qui alternent ; et, se rencontrant par le milieu sur chaque joint montant, elles donnent aux deux parements du mur une grande solidité jointe à une certaine symétrie qui n'est point désagréable à l'oeil. On fabrique à Calentum, dans l'Espagne Ultérieure ; à Marseille, dans la Gaule, et en Asie, à Pitane, des briques qui, une fois sèches, surnagent quand on les jette dans l'eau. Cette propriété semble leur venir de la terre spongieuse avec laquelle elles sont faites. Cette terre légère que l'air a durcie, ne prend, n'absorbe aucune humidité. Ainsi ces briques, dont la propriété est d'être légères et poreuses, et de ne se laisser pénétrer par aucun corps humide, sont forcées par les lois de la nature de rester, comme la pierre ponce, au-dessus de l'eau, quel que soit leur poids. Aussi sont-elles d'une grande utilité, en ce qu'elles ne chargent point les constructions, et qu'une fois employées, elles ne se détrempent pas par les plus grandes pluies.

IV. De Arena

1. In caementiciis (42) autem structuris primum est de arena quaerendum (43), ut ea sit idonea ad materiam miscendam, neque habeat terram commixtam. Genera autem arenae fossitiae sunt haec, nigra, cana, rubra (44), carbunculus (45). Ex his quae in manu confricata fecerit stridorem, erit optima; quae autem terrosa fuerit, non habebit asperitatem; item si in vestimentum candidum ea coniecta fuerit, postea excussa vel icta, id non inquinaverit, neque ibi terra subsiderit, erit idonea.

2. Sin autem non erunt arenaria, unde fodiatur, tum de fluminibus aut e glarea erit excernenda; non minus etiam de litore marino. Sed ea in structuris haec habet vitia, quod difficulter siccescit, neque onerari se continenter paries paritur, nisi intermissionibus requiescat; neque concamarationes recipit. Marina autem hoc amplius, quod etiam parietes, quum in his tectoria facta fuerint, remittentes salsuginem, ea dissolvunt.

3. Fossiciae vero celeriter in structuris siccescunt, et tectoria permanent, et concamarationes patiuntur, sed hae, quae sunt de arenariis recentes. Si enim exemptae diutius iaceant, ab sole et luna et pruina concoctae resolvuntur, et fiunt terrosae (46). Ita quum in structuram coiciiuntur, non possunt continere caementa, sed ea ruunt et labuntur, oneraque parietes non possunt sustinere. Recentes autem fossitiae quum in structuris tantas habeant virtutes, eae in tectoriis ideo non sunt utiles, quod pinguitudine eius calx, palea commixta, propter vehementiam non potest sine rimis inarescere; fluviatica vero, propter macritatem, uti siginum (47), liaculorum subactionibus in tectorio recipit soliditatem.

4. Du sable.

1. Dans les constructions en moellon, le point le plus important est de s'assurer si le sable est d'une qualité propre à entrer dans la confection du mortier, s'il ne renferme point de matières terreuses. Il y a quatre espèces de sable fossile : le noir, le blanc, le rouge et le carboncle. De ces espèces la meilleure sera celle qui, frottée dans la main, aura produit un bruit sonore. Celui qui est terreux, qui n'est point rude au toucher, est mauvais ; mais celui qui, ayant été lancé contre un vêtement blanc, en est ensuite secoué ou enlevé à l'aide d'une baguette, sans y faire de tache, sans y laisser trace de terre, est excellent.

2. S'il n'y avait point de sablière d'où l'on pût retirer du sable fossile, on irait prendre au fond des rivières du gravier, dont on ferait disparaître tout corps étranger au sable ; les bords de la mer pourraient encore être mis à contribution. Pourtant le sable marin a le défaut de sécher difficilement, et d'empêcher qu'on ne bâtisse sans intermittence une muraille qui ne pourrait porter une grande charge, si on ne la maçonnait à plusieurs reprises pour lui donner le temps de se consolider ; il n'entre point dans la construction des voûtes. Il y a de plus que les murs dont le crépi a été fait avec de la chaux mêlée de ce sable, se remplissent de salpêtre, sont toujours humides, et finissent par s'en dégarnir.

3. Le mortier de sable fossile sèche, au contraire, promptement ; il dure longtemps dans les crépis et est très solide dans les plafonds, surtout quand le sable est nouvellement extrait des sablières : car s'il reste longtemps dehors sans être mis en oeuvre, le soleil et la lune l'altèrent, le givre le dissout, et il devient terreux. Lorsque dans cet état il est employé dans la maçonnerie, les moellons ne peuvent tenir ; ils se détachent, ils tombent ; les murs ne sont point capables de soutenir un grand poids. Toutefois le sable fossile nouvellement extrait, bien qu'il convienne parfaitement à la maçonnerie, n'est pas aussi avantageux pour les crépis, parce qu'il est si gras et sèche si vite, que, mêlé à la chaux avec de la paille, il fait un mortier qui ne peut durcir sans se gercer. Mais le sable de rivière à cause de sa maigreur, quand il a été, comme le ciment, bien corroyé, bien battu, donne au crépi une grande solidité.

V. De calce

1. De arenae copiis cum habeatur explicatum, tum etiam de calce diligentia est adhibenda, uti de albo saxo aut silice coquatur (48); et quae erit ex spisso et duriore, erit utilis in structura; quae autem ex fistuloso, in tectoriis. Quum ea erit extincta (49), tunc materia ita misceatur, ut si erit fossitia, tres arenae (50) et una calcis confundantur; si autem fluviatica aut marina, duae arenae in unam calcis coniiciantur : ita enim erit iusta ratio mixtionis temperaturae. Etiam in fluviatica aut marina, si qui testam tunsam et succretam ex tertia parte adiecerit, efficiet materiae temperaturam ad usum meliorem.

2. Quare autem, quum recipit aquam (51) et aarenam calx, tunc confirmat structuram, haec esse causa videtur, quod e principiis, uti cetera corpora, ita et saxa sunt temperata; et quae plus habent aeris, sunt tenera; quae aquae, lenta sunt ab humore; quae terrae, dura, quae ignis, fragiliora. Itaque ex his saxa si, antequam coquantur, contusa minute mixtaque arenae in structuram coiniciantur, non solidescunt, nec eam potuerunt continere; quum vero coniecta in fornacem, ignis vehementi fervore correpta amiserint pristinae soliditatis virtutem, tunc exustis atque exhaustis eorum viribus, relinquuntur patentibus foraminibus et inanibus. Ergo liquor qui est in eius lapidis corpore, et aer quum exustus et ereptus fuerit (52), habueritque in se residuum calorem latentem, intinctus in aqua priusquam exeat ignis, vim recipit, et humore penetrante in formanminum raritates confervescit, et ita refrigeratus reiicit ex calcis corpore fervorem.

3. Ideo autem quo pondere saxa coniiciuntur in fornacem, quum eximuntur, non possunt ad id respondere; sed quum expenduntur, permanente eadem magnitudine, excocto liquore, circiter tertia parte ponderis inminuta (53) esse inveniuntur. Igitur quum patent foramina eorum et raritates, arenae mixtionem in se corripiunt, et ita cohaerescunt, siccescendoque caementis (54) coeunt et efficiunt structurarum soliditatem.

5. De la chaux.

1. Après avoir explique de quelle utilité pouvaient être les différentes espèces de sable, il faut maintenant nous occuper de la chaux, et voir si elle doit être faite avec des pierres blanches ou des cailloux. Celle qu'on fait avec une pierre dure et compacte est bonne pour la maçonnerie ; celle que fournit une pierre spongieuse vaut mieux pour les enduits. Quand la chaux sera éteinte, il faudra la mêler avec le sable : si c'est du sable fossile, dans la proportion de trois parties de sable et d'une de chaux ; si c'est du sable de rivière ou de mer, dans la proportion de deux parties de sable sur une de chaux : c'est là la juste proportion de leur mélange. Si au sable de rivière ou de mer on voulait ajouter une troisième partie de tuileaux pilés et sassés, on obtiendrait un mélange d'un usage encore meilleur.

2. Pourquoi la chaux, en se mêlant à l'eau et au sable, donne-t-elle à la maçonnerie tant de solidité ? En voici, je crois, la raison. Les pierres, comme tous les autres corps, sont composées des éléments ; celles qui contiennent ou plus d'air, ou plus d'eau, ou plus de terre, ou plus de feu, sont ou plus légères, ou plus molles, ou plus dures, ou plus fragiles. Remarquons que si des pierres, avant d'être cuites, ont été pilées et mêlées à du sable, puis employées dans une construction, elles ne prennent aucune consistance et ne peuvent en lier la maçonnerie ; mais que si, jetées dans un four, elles viennent à perdre leur première solidité par l'action violente du feu auquel elles sont soumises, alors, par suite de cette chaleur qui en consume la force, elles se remplissent d'une infinité de petits trous. Ainsi l'humidité répandue dans ces pierres ayant été absorbée, et l'air qu'elles contenaient s'étant retiré, ne renfermant plus alors que la chaleur qui y reste cachée, qu'on vienne à les plonger dans l'eau avant que cette chaleur ne soit dissipée, elles reprennent leur force : l'eau qui y pénètre de tous côtés produit une ébullition ; puis le refroidissement fait sortir de la chaux la chaleur qui s'y trouvait.

3. Voilà pourquoi le poids des pierres à chaux, au moment où on les jette dans le four, ne peut plus être le même quand on les en retire : si on les pèse après la cuisson, on les trouvera, bien qu'elles aient conservé le même volume, diminuées environ de la troisième partie de leur poids. Ainsi, grâce à tous ces trous, à tous ces pores, elles se mêlent promptement au sable, y adhèrent fortement, s'attachent en séchant aux moellons, et donnent à la maçonnerie une grande solidité.

VI. De pulvere Puteolano

1. Est etiam genus pulveris (55), quod efficit naturaliter res admirandas. Nascitur in regionibus Baianis et in agris municipiorum, quae sunt circa Vesuvium montem, quod commixtum cum calce et caemento (56) non modo ceteris aedificiis praestat firmitatem, sed etiam moles, quae construuntur in mari, sub aqua solidescunt. Hoc autem fieri hac ratione videtur, quod sub his montibus et terra, ferventes sunt et fontes crebri; qui non essent, si non in imo haberent aut de sulfure, aut alumine, aut bitumine ardentes maximos ignes. Igitur penitus ignis et flammae vapor per intervenia permanans et ardens efficit levem eam terram, et ibi qui nascitur tophus turgens est sine liquore. Ergo quum tres res (57), consimili ratione ignis vehementia formatae, in unam pervenerint mixtionem, repente recepto liquore una cohaerescunt, et celeriter umore duratae solidantur, neque eas fluctus, neque vis aquae potest dissolvere.

2. Ardores autem esse in his locis, etiam haec res potest indicare, quod in montibus Cumanorum et Baianis (58) sunt loca sudationibus excavata, in quibus vapor fervidus ab imo nascens, ignis vehementia perforat eam terram, per eamque manando in his locis oritur, et ita sudationum egregias efficit utilitates. Non minus etiam memorantur antiquitus crevisse ardores et abundavisse sub Vesuvio (59), et inde evoluisse circa agros flammam. Ideoque nunc qui spongia sive pumex Pompeianus vocatur, excoctus ex alio genere lapidis, in hanc redactus esse videtur generis qualitatem.

3. Id autem genus spongiae, quod inde eximitur, non in omnibus locis nascitur, nisi circum Aetnam et collibus Mysiae, quae a Graecis κατακεκαυμένη nominatur, et si quae eiusdem modi sunt locorum proprietates. Si ergo in his locis aquarum ferventes inveniuntur fontes, et montibus excavatis calidi vapores, ipsaque loca ab antiquis memorantur pervagantes in agris habuisse ardores, videtur esse certum, ab ignis vehementia ex topho terraque, quemadmodum in fornacibus et a calce, ita ex his ereptum esse liquorem.

4. Igitur dissimilibus et disparibus rebus correptis et in unam potestatem collatis (60), calida humoris ieiunitas, aquae repente satiata, communibus corporibus latenti calore confervescit, et vehementer efficit ea coire, celeriterque unam soliditatis percipere virtutem. Relinquetur desideratio, quoniam ita sunt in Etruria ex aqua calida crebri fontes; quid ita non etiam ibi nascitur pulvis, e quo eadem ratione sub aqua structura solidescet?  Itaque visum est, antequam desideraretur de his rebus, quemadmodum esse videantur, exponere.

5. Omnibus locis et regionibus non eadem genera terrae nec lapides nascuntur, sed nonnulla sunt terrena, alia sabulosa, itemque glareosa, aliis locis arenosa non minus materia; et omnino dissimili disparique genere in regionum varietatibus qualitates insunt in terra. Maxime autem id sic licet considerare, quod, qua mons Appenninus regiones Italiae Etruriaeque circumcingit, prope omnibus locis non desunt fossicia arenaria; trans Appenninum vero (61), quae pars est ad Adriaticum mare, nulla inveniuntur; item Achaia, Asia et omnino trans mare ne nominantur quidem. Igitur non in omnibus locis, quibus effervent aquae calidae crebri fontes, eaedem opportunitates possunt similiter concurrere, sed omnia uti natura rerum constituit, non ad voluptatem hominum sed fortuito disparata procreantur.

6. Ergo quibus locis non sunt terrosi montes, sed lapideo genere materiae qualitatem habentes, ignis vis per eius venas egrediens adurit eam, et quod molle est et tenerum exurit; quod autem asperum relinquit : itaque uti in Campania exusta terra cinis, sic in Etruria excocta materia efficitur carbunculus. Utraque autem sunt egregia in structuris; sed alia in terrenis aedificiis, alia etiam in maritimis molibus habent virtutem. Est autem materiae potestas mollior quem tophus, solidior quem terra; qua penitus ab imo vehementia vaporis adusta, nonnullis locis procreatur id genus arenae, quod dicitur carbunculus.

6. De la pouzzolane.

1. Il existe une espèce de poudre à laquelle la nature a donné une propriété admirable. Elle se trouve au pays de Baïes et dans les terres des municipes qui entourent le mont Vésuve. Mêlée avec la chaux et le moellon, non seulement elle donne de la solidité aux édifices ordinaires, mais encore les môles qu'elle sert à construire dans la mer acquièrent sous l'eau une grande consistance. Voici comment j'en explique la cause. Sous ces montagnes et dans tout ce territoire, il y a un grand nombre de fontaines bouillantes ; elles n'existeraient pas, sil ne se trouvait au fond de la terre de grands feux produits par des masses de soufre, ou d'alun, ou de bitume en incandescence. La vapeur qui s'exhale de ces profonds réservoirs de feu et de flamme, se répandant brûlante par les veines de la terre, la rend légère, et le tuf qui en est produit est aride et spongieux. Ainsi, lorsque ces trois choses que produit de la même manière la violence du feu, viennent par le moyen de l'eau à se mêler et à ne plus faire qu'un seul corps, elles se durcissent promptement ; et prennent une solidité telle, que ni les flots de la mer ni la poussée des eaux ne peuvent les désunir.

2. Une chose peut faire juger que de grands feux se trouvent dans ces localités, ce sont les grottes creusées dans les montagnes de Cumes et de Baïes pour servir d'étuves. Une vapeur chaude produite par la violence du feu, s'élevant des entrailles de la terre, qu'elle pénètre, vient se répandre dans ces lieux, et est d'une très grande utilité pour ceux dont elle provoque la sueur. On rapporte aussi qu'anciennement le Vésuve sentit croître dans ses flancs des feux excessifs, et vomit la flamme sur les campagnes d'alentour. De cet embrasement sont provenues ces pierres spongieuses qu'on appelle pierres ponces pompéianes, auxquelles, le feu, en les cuisant, a ôté leur qualité première, pour leur donner, selon toute probabilité, celle qu'elles ont aujourd'hui.

3. L'espèce de pierre ponce qu'on retire de ce lieu ne se rencontre qu'aux environs de l'Etna, dans les montagnes de Mysie, et sans doute dans quelques autres lieux dont la position est analogue : les Grecs l'appellent κεκαυμένη. Si donc on trouve dans ces endroits des fontaines d'eau bouillante ; s'il y a dans les grottes de ces montagnes des vapeurs chaudes ; si, comme nous l'apprend l'antiquité, des flammes se sont autrefois répandues sur ces contrées, tout porte à croire que la violence du feu a enlevé au tuf et à la terre, comme il le fait à la chaux dans les fours, leurs principes humides.

4. D'où il faut conclure que des matières entièrement différentes, quand elles ont été soumises à l'action du feu, et qu'elles ont acquis une même propriété, c'est-à-dire cette sécheresse chaude qui leur fait si promptement absorber l'eau dont on les mouille, s'échauffent par la force de la chaleur que contiennent tous les corps, se lient avec ténacité, et ne tardent pas à acquérir une dureté extraordinaire. Ce raisonnement trouvera sans doute des contradicteurs : car, puisqu'il existe en Étrurie un grand nombre de fontaines d'eaux chaudes, pourquoi n'y trouve-t-on pas cette poudre qui donne sous l'eau tant de solidité à la maçonnerie ? Qu'on veuille bien, avant de me condamner, entendre mon opinion à ce sujet.

5. Dans toutes les contrées, dans tous les pays, les terres, non plus que les pierres, ne sont pas de même nature : ici vous trouvez une terre franche, là un terrain où abonde le sable ou le gravier ; ailleurs du sablon. Autant de contrées, autant de terrains qui vous offrent des différences totales. C'est ce dont vous pouvez parfaitement vous convaincre en examinant cette partie de l'Italie et de l'Étrurie qu'embrasse le mont Apennin : on y trouve presque partout de la pouzzolane ; au delà, vers la mer Adriatique, il n'y en a point du tout. En Achaïe, en Asie et dans les pays d'outre-mer, on en ignore jusqu'au nom. Il peut donc arriver que tous les lieux où l'on voit jaillir de nombreuses fontaines d'eaux chaudes ne présentent pas les mêmes particularités : la nature, sans consulter la volonté de l'homme, étale partout où il lui plaît une fécondité aussi riche que variée.

6. Ainsi, aux lieux où les montagnes sont formées non de terre, mais de rochers, la violence du feu, en pénétrant au travers, les brûle et consume tout ce qu'il y a de mou, de tendre, sans avoir d'action sur les parties dures : de sorte que dans la Campanie, la terre brûlée devient cendre ; en Étrurie, les roches calcinées produisent le carboncle. Ces deux matières sont excellentes pour la maçonnerie ; mais l'une vaut mieux pour les constructions qui se font sur terre, l'autre pour celles qui se font dans la mer. Or, cette matière dont la nature est plus molle que celle du tuf, plus solide que celle de la terre, quand elle est brûlée par la force de la vapeur, forme clans quelques endroits cette espèce de sable qu'on appelle carboncle.

VII. De lapidicinis

1. De calce et arena quibus varietatibus sint, et quas habeant virtutes, dixi; sequitur ordo de lapidicinis explicare; de quibus et quadrata saxa, et caementorum ad aedificia eximuntur copiae et comparantur. Hae autem inveniuntur esse disparibus et dissimilibus virtutibus. Sunt enim aliae molles, uti sunt circa Urbem Rubrae (62), Pallenses (63), Fidenates (64), Albanae (65); aliae temperatae, uti Tiburtinae (66), Amiterninae, Soractinae, et quae sunt his generibus; nonnullae durae, uti siliceae. Sunt etiam alia genera plura, uti in Campani ruber et niger tophus (67), in Umbria, et Piceno, et in Venetia albus, qui etiam serra dentata, uti lignum, secatur.

2. Sed haec omnia, quae mollia sunt, hanc habent utilitatem, quod ex his saxa quum sunt exempta, in opere faciliter tractantur; et si sint in locis tectis, sustinent laborem; si autem in apertis et patentibus, gelicidiis et pruina contacta friantur et dissolvuntur : item secundum oram maritimam ab salsugine exesa diffluunt, neque perferunt aestus (68). Tiburtina vero, et quae eodem genere sunt omnia, sufferunt et ab oneribus et a tempestatibus iniurias, sed ab igni non possunt esse tuta (69), simulque sunt ab eo tacta, dissiliunt et dissipantur, ideo quod temperatura naturali parvo sunt humore, item quod non multum habent terreni, sed aeris plurimum et ignis. Igitur quum et humor et terrenum in his minus inest, tum etiam ignis, tactu et vi vaporis ex is aere fugato, penitus insequens, et interveniorum vacuitates occupans, fervescit et efficit ea suis ardentia corporibus similia.

3. Sunt vero item lapidicinae complures in finibus Tarquiniensium, quae dicuntur Anitianae, colore quemadmodum Albanae, quarum officinae maxime sunt circa lacum Vulsiniensem, item praefectura Statoniensi. Eae autem habent infinitas virtutes : neque enim is gelicidiorum tempestas, neque ignis tactus potest nocere, sed sunt firmae, et ad vetustatem ideo permanentes, quod parum habent e naturae mixtione aeris et ignis, humoris autem temperate, plurimumque terreni : ita spissis comparationibus solidatae neque ab tempestatibus neque ab ignis vehementia nocentur.

4. Id autem maxime iudicare licet e monumentis, quae sunt circa municipium Ferentis ex his facta lapidicinis : namque habent et statuas amplas, factas egregie, et minora sigilla, floresque et acanthos eleganter scalptos, quae quum sint vetusta, sic apparent recentia, uti si sint modo facta. Non minus etiam fabri aerarii de his lapidicinis in aeris flatura (70) formis comparatis habent ex is ad aes fundendum maximas utilitates. Quae si prope Urbem essent, dignum esset, ut ex his officinis omnia opera perficerentur.

5. Quum ergo propter propinquitatem necessitas cogat ex Rubris lapidicinis, et Pallensibus, et quae sunt Urbi proximae, copiis uti; si qui voluernit sine vitiis perficere, ita erit praeparandum. Quum aedificandum fuerit, ante biennium ea saxa non hieme, sed aestate eximantur, et iacentia permaneant in locis patentibus; quae autem eo biennio a tempestatibus tacta laesa fuerint, ea in fundamenta coniiciantur; cetera quae non erunt vitiata, ab natura rerum probata durare poterunt supra terram aedificata. Nec solum ea in quadratis lapidibus sunt observanda, sed etiam in caementiciis structuris.

7. Des carrières de pierres.

1. Je viens de parler de la chaux et du sable, de leurs différentes espèces et de leurs qualités ; l'ordre des matières veut que je parle maintenant des carrières d'où l'on extrait les pierres de taille et les moellons qui servent à la construction des bâtiments. Toutes les pierres sont loin de présenter les mêmes qualités. Il y en a de tendres, comme celles que l'on trouve aux environs de Rome, dans les carrières de Rubra, de Pallia, de Fidènes, d'Albe ; d'autres le sont moins, comme celles de Tibur, d'Amiterne, de Soracte et d'autres endroits. Quelques-unes sont dures comme des cailloux. Il y en a encore de plusieurs autres espèces, comme le tuf rouge et le tuf noir de la Campanie, le tuf blanc de l'Ombrie, du Picenum, de Venise, qui, comme le bois, se coupent avec la scie dentée.

2. Toutes ces pierres tendres ont cela d'avantageux que, débarrassées de toute matière dure, elles se taillent avec facilité, et résistent fortement, si elles sont employées dans des lieux couverts ; mais exposées à l'air, les gelées et les neiges qui s'y amassent les dissolvent et les font tomber en poussière. Sur le bord de la mer, ce sont les exhalaisons salines qui les rongent et les pulvérisent ; elles ne résistent pas non plus, à l'agitation des vagues. Les pierres de Tibur et toutes celles qui leur ressemblent résisteront bien à un poids considérable et aux injures de l'air ; mais elles ne sont pas à l'épreuve du feu, qui ne les a pas plutôt touchées qu'elles éclatent et se brisent par morceaux, parce que dans leur composition naturelle il entre peu d'eau, peu de terre avec beaucoup d'air et de feu. Aussi, comme elles contiennent moins d'eau et de terre, le feu, lorsque par la force de sa chaleur, il en fait sortir l'air, le feu y pénètre aussitôt, remplit tous les vides, se dilate et embrase les matières de même nature que la sienne.

3. On trouve encore dans le territoire de Tarquinies plusieurs carrières appelées Anitiennes, dont les pierres ont la même couleur que celles d'Albe. La plus grande partie de ces pierres se travaille auprès du lac de Vulsinies, et dans le gouvernement de Statonia. Elles ont un grand nombre de qualités : la saison des gelées, le contact du feu n'ont sur elles aucune influence ; elles restent solides et durent fort longtemps, parce que leur essence se compose d'une petite quantité d'air et de feu, d'une médiocre quantité d'eau et de beaucoup de terre : ainsi la compacité de leurs parties leur donne une dureté capable de braver la rigueur du temps et la violence du feu.

4. On peut en avoir une idée par les monuments qui ont été faits avec ces pierres auprès de la ville municipale de Férente : on y voit de grandes statues d'une rare beauté, ainsi que de petits bas-reliefs, des fleurs et des feuilles d'acanthe délicatement sculptées ; malgré leur ancienneté, ces objets paraissent aussi frais que s'ils venaient d'être faits. Elles offrent encore un très grand avantage aux ouvriers en bronze qui en font les moules dans lesquels ils fondent la matière qu'ils travaillent. Si ces carrières étaient près de Rome, les pierres qu'on en tire seraient certainement employées dans tous les ouvrages.

5. Mais la proximité des carrières de Rubra, de Pallia et de quelques autres endroits, fait qu'on est obligé de se servir de leurs produits ; toutefois, pour que de leur emploi il ne résulte aucun inconvénient, il y a des précautions à prendre : ainsi deux ans avant de mettre les pierres en oeuvre il faut les extraire de la carrière, non en hiver, mais en été, et les laisser exposées à l'air dans un lieu découvert. Celles que, pendant ces deux ans, le mauvais temps aura endommagées, seront jetées dans les fondements ; les autres, que n'aura point altérées l'épreuve à laquelle elles auront été soumises, pourront servir à la maçonnerie faite hors de terre. Cette méthode s'applique non seulement aux constructions en pierres de taille, mais encore aux constructions en moellon.

VIII. De generibus structurae

1. Structurarum genera (71) sunt haec : reticulatum (72), quo nunc omnes utuntur, et antiquum, quod incertum (73) dicitur. Ex his venustius est reticulatum, sed ad rimas faciendas ideo paratum, quod in omnes partes dissoluta habet cubilia et coagmenta. Incerta vero caementa, alia super alia sedentia, inter seque implicata, non speciosam, sed firmiorem quem reticulata praestant structuram.

2. Utraque autem ex minutissimis sunt instruenda, uti materia ex calce et arena crebriter parietes satiati diutius contineantur. Molli enim et rara potestate quum sint, exsiccant sugendo e materia sucum : quum autem superarit et abundarit copia calcis et arenae, paries plus habens humoris non cito fiet evanidus, sed ab his continetur. Simul autem humida potestas e materia per caementorum raritatem fuerit exucta, calx quoque ab arena discedat et dissolvatur, item caementa non possunt cum his cohaerere, sed in vetustatem parietes efficiunt ruinosos.

3. Id autem licet animadvertere etiam de nonnullis monumentis, quae circa Urbem facta sunt e marmore seu lapidibus quadratis intrinsecus medioque calcata farrturis : vetustate evanida facta materia, caementorumque exucta raritate, proruunt et coagmentorum ab ruina dissolutis iuncturis dissipantur.

4. Quodsi qui noluerit in id vitium incidere, medio cavo servato secundum orthostatas, intrinsecus, ex rubro saxo quadrato, aut ex texta, aut ex silicibus ordinariis (74) struat bipedales parietes, et cum ansis ferreis (75) et plumbo frontes revinctae (76) sint. Ita enim non acervatim, sed ordine structum opus poterit esse sine vitio sempiternum, quod cubilia et coagmenta eorum inter se sedentia, et iuncturis alligata non protrudent opus, neque orthostatas inter se religatos labi patiuntur.

5. Itaque non est contemnenda Graecorum structura (77) : non enim utuntur e molli caemento structura polita, sed quum discesserunt a quadrata, ponunt de silice seu de lapide duro ordinariam, et ita, uti latericia struentes, alligant eorum alternis choriis coagmenta, et sic maxime ad aeternitatem firmas perficiunt virtutes. Haec autem duobus generibus struuntur : ex his unum isodomum, alterum pseudisodomum appellatur.

6. Isodomum dicitur, quum omnia choria (78) aequa crassitudine fuerint structa : pseudisodomum, quum inpares et inaequales ordines coriorum diriguntur. Ea utraque sunt ideo firma, primum quod ipsa caementa sunt spissa et solida proprietate, neque de materia possunt exsugere liquorem, sed conservant eam in suo humore ad summam vetustatem : ipsaque eorum cubilia primum plana et librata posita non patiuntur ruere materiam, sed perpetua parietum crassitudine religata continent ad summam vetustatem.

7. Altera est, quem ἔμπλεκτον  (79) appellant, qua etiam nostri rustici utuntur : quorum frontes poliuntur, reliqua, ita uti sunt nata, cum materia conlocata alternis alligant coagmentis. Sed nostri, celeritati studentes, erecta choria locantes, frontibus serviunt, et in medio farciunt fractis separatim cum materia caementis : ita tres suscitantur in ea structura crustae, duae frontium et una media farturae. Graeci vero non ita; sed plana collocantes, et longitudines choriorum alternis coagmentis in crassitudinem instruentes, non media farciunt, sed e suis frontibus perpetuam et unam crassitudinem perpetua utraque parte frontatos, quos διατόνους appellant, qui maxime religando confirmant parietum soliditatem.

8. Itaque si qui voluerit ex his commentariis animadvertere et eligere genus structurae, perpetuitatis poterit rationem habere. Non enim quae sunt e molli caemento subtili facie venustatis,  eae possunt esse in vetustate non ruinosae (80). Itaque quum arbitri communium parietum sumuntur, non aestimant eos quanti facti fuerint, sed quum ex tabulis inveniunt eorum locationi praetia, praeteritorum annorum singulorum deducunt octogesimas, et ita ea reliqua summa pacta reddi pro his parietibus, sententiam pronuntiant, eos non posse plus quem anno octoginta durare.

9. De latericiis vero, dummodo ad perpendiculum sint stantes, nihil deducitur, sed quanti fuerint olim facti, tanti esse semper aestimantur. Itaque nonnullis civitatibus, et publica opera, et privatas domos, etiam regias, e latere structas licet videre : et primum Athenis (81) murum, qui spectat ad Hymettum montem et Pentelensem (82), item Patris, in aede Iovis (83) et Herculis latericias cellas, quum circa lapidea in aede epistylia sint et columnae : in Italia Arretii vetustum egregie factum murum; Trallibus domum regibus Attalicis factam, quae ad habitandum semper datur ei, qui civitatis gerit sacerdotium : item Lacedaemone e quibusdam parietibus etiam picturae excisae, intersectis lateribus, inclusae sunt in ligneis formis, et in comitium, ad ornatum aedilitatis Varronis et Murenae, fuerunt allatae.

10. Croesi domus, quem Sardiani civibus ad requiescendum aetatis otio, seniorum collegio Gerusiam dedicaverunt, item Halicarnasso potentissimi regis Mausoli domus (84), cum Proconnesio marmore (85) omnia haberet ornata, parietes habet latere structos, qui ad hoc tempus egregiam praestant firmitatem, ita tectoriis operibus expoliti, uti vitri perluciditatem videantur habere. Neque is rex ab inopia id fecit : infinitis enim vectigalibus erat fartus, quod imperabat Cariae (86) toti.

11. Acumen autem eius et sollertiam ad aedificia paranda sic licet considerare. Quum esset enim natus Mylasis et animadvertisset Halicarnassi locum naturaliter esse munitum emporiumque idoneum, portum utilem, ibi sibi domum constituit. Is autem locus est theatri curvaturae similis. Itaque in imo secundum portum forum est constitutum; per mediam autem altitudinis curvaturam praecinctionemque platea ampla latitudine facta, in qua media Mausoleum (87) ita egregiis operibus est factum, ut in septem spectaculis nominetur. In summa arce media Martis fanum habens statuam colossicam (88) ἀκρόλιθον  nobili manu Leocharis factam. Hanc autem statuam alii Timothei putant esse. In cornu autem summo dextro Veneris et Mercurii fanum ad ipsum Salmacidis fontem.

12. Iis autem falsa opinione putatur Venereo morbo inplicare eos, qui ex eo biberint. Sed haec opinio quare per orbem terrae falso rumore sit pervagata, non pigebit exponere. Non enim, quod dicitur molles et inpudicos ex ea aqua fieri, id potest esse; sed est eius fontis potestas perlucida saporque egregius. Quum autem Melas et Arevanias ab Argis et Troezene coloniam communem eo loci deduxerunt, barbaros Cars et Lelegas eiecerunt. Hi autem, ad montes fugati, inter se congregantes discurrebant, et ibi latrocinia facientes crudeliter eos vastabant. Postea de colonis unus ad eum fontem propter bonitatem aquae, quaestus causa, tabernam omnibus copiis instruxit, eamque exercendo eos barbaros allectabat. Ita singillatim decurrentes et ad coetus convenientes, e duro feroque more commutati, in Graecorum consuetudinem et suavitatem sua voluntate reducebantur. Ergo ea aqua non inpudici morbi vitio, sed humanitatis dulcedine mollitis animis barbarorum, eam famam est adepta.

13. Relinquitur nunc quoniam ad explicationem moenium eorum sum invectus, tota, uti sunt, definiam. Quemadmodum enim in dextra parte fanum est Veneris et fons supra scriptus, ita in sinistro cornu regia domus, quam rex Mausolus ad suam rationem collocavit. Conspicitur enim ex ea ad dextram partem forum et portus moeniumque tota finitio; sub sinistram secretus sub moenibus latens portus ita, ut nemo posset quid in eo gereretur aspicere nec scire : : ut rex ipse de sua domo remigibus et militibus sine ullo sciente quae opus essent imperaret.

14. itaque post mortem Mausoli, Artemisia uxore eius regnante, Rhodii indignantes mulierem imperare civitatibus Cariae totius, armata classe profecti sunt, ut id regnum occuparent. Tum Artemisiae quum esset id renuntiatum, in eo portu abstrusam classem,celatis remigibus et epibatis, comparatis; reliquos autem cives in muro esse iussit. Quum autem Rhodii ornatam classem in portum maiorem exposuissent, plausum iussit ab muro his dare pollicerique se oppidum tradituros : qui quum penetravissent intra murum relictis navibus inanibus, Artemisia, repente fossa facta, in pelagus eduxit classem ex portu minore, et ita invecta est in maiorem. Expositis autem militibus, classem Rhodiorum inanem abduxit in altum. Ita Rhodii non habentes quo se reciperent, in medio conclusi, in ipso foro sunt trucidati.

15. Ita Artemisia, in navibus Rhodiorum suis militibus et remigibus inpositis, Rhodum est profecta : Rhodii autem quum prospexissent suas naves laureatas venire, opinantes cives victores reverti, hostes receperunt. Tunc Artemisia, Rhodo capta, principibus occisis, tropaeum in urbe Rhodo suae victoriae constituit, aeneasque duas statuas fecit, unam Rhodiorum civitatis, alteram suae imaginis, et istam figuravit Rhodiorum religione impediti (quod nefas est tropaea dedicata removeri), circa eum locum aedificium struxerunt, et ita erecta Graia statione texerunt, ne qui posset aspicere, et id ἄβατον (89)  vocitari iusserunt.

16. Quum ergo tam magna potentia reges non contempserint latericiorum parietum structuras, quibus et vectigalibus et praeda saepius licitum fuerat non modo caementicio aut quadrato saxo, sed etiam marmoreo habere, non puto oportere improbari quae sunt e lateritia structura facta aedificia, dummodo recte sint perfecta. Sed id genus quid ita populo Romano in Urbe fieri non oporteat, exponam, quaeque sint eius rei causae et rationes non praetermittam.

17. Leges publicae (90) non patiuntur maiores crassitudines quam sesquipedales constitui loco communi; ceteri autem parietes, ne spatia angustiora fiant, eadem crassitudine conlocantur. Latericii vero, nisi diplinthii aut triplinthii fuerint (91), sesquipedali crassitudine non possunt plus quam unam sustinere contignationem. In ea autem maiestate urbis et civium infinita frequentia innumerabiles habitationes opus est explicare. Ergo quum recipere non possent area plana tantam multitudinem ad habitandum in urbe, ad auxilium altitudinis aedificiorum res ipsa coegit devenire. Itaque pilis lapideis, structuris testaceis, parietibus caementiciis altitudines exstructae et contignationibus crebris coaxatae, cenaculorum ad summas utilitates perficiunt dispertitiones. Ergo moenibus e contignationibus variis alto spatio multiplicatis, populus Romanus egregias habet sine inpeditione habitationes.

18. Quoniam ergo explicata ratio est, quid ita in Urbe propter necessitatem angustiae arearum non patiuntur esse latericios parietes, quum extra urbem opus erit his uti, sine vitiis ad vetustatem sic erit faciendum. Summis parietibus (92) structura testacea sub tegulas subiciatur altitudine circiter sesquipedali, habeatque proiecturas coronarum (93) : ita vitari poterunt quae solent in his fieri vitia. Quum enim in tecto tegulae fuerint fractae aut a ventis deiectae, qua possit ex imbribus aqua perpluere, non patietur lorica testacea laedi laterem, sed proiectura coronarum reiiciet extra perpendiculum stillas, et ea ratione servaverit integras parietum latericiorum structuras.

19. De ipsa autem testa, si sit optima seu vitiosa ad structuram, statim nemo potest iudicare, quod in tempestatibus et aetate (94), in tecto quum est collocata, tunc si est firma, probatur. Nam quae non fuerit ex creta bona aut parum erit cocta, ibi se ostendit esse vitiosam gelicidiis et pruina tacta. Ergo quae non in tectis poterit pati laborem, ea non potest in structura oneri ferendo esse firma. Quare maxime ex veteribus tegulis testa structi parietes firmitatem poterunt habere.

20. Craticii vero velim quidem ne inventi essent : quantum enim cleritate et loci laxamento prosunt, tanto maiori et communi sunt calamitati, quod ad incendia uti faces sunt parati. itaque satius esse videtur inpensa testaceorum in cumptu, quam compendio craticiorum esse in periculo. Etiam qui in tectoriis operibus rimas in iis faciunt arrectariorum et transversariorum dispositione : quum enim linuntur, recipientes humorem turgescunt, deinde siccescendo contrahuntur et ita extenuati disrumpunt tectoriorum soliditatem. Sed quoniam nonnullos celeritas aut inopia aut in pendenti loco dissaeptio cogit, sic erit faciundum. Solum substruatur alte, ut sint intacti ab rudere et pavimento. Obruti enim in his quum sunt, vetustate marcidi fiunt; deinde subsidentia proclinantur et disrumpunt speciem tectoriorum. De parietibus et apparatione generatim materiae eorum, quibus sint virtutibus et vitiis, quemadmodum potui, exposui : de contignationibus autem et copiis earum, quibus comparentur rationibus ut ad vetustatem non sint infirmae, uti natura rerum monstrat, explicabo.

8. Des différentes espèces de maçonnerie.

1. Les différentes espèces de maçonnerie sont : la maillée, qui aujourd'hui est partout en usage, et l'ancienne, qu'on appelle, irrégulière. La plus belle des deux est la maillée ; mais elle est sujette à se lézarder, parce que de tous côtés les lits et les joints se séparent. La maçonnerie irrégulière, au contraire, dont les moellons sont placés les uns sur les autres de manière à s'enchaîner entre eux, ne flatte pas autant l'oeil que la maillée, mais elle est plus solide.

2. L'une et l'autre espèce de maçonnerie demandent des pierres de très petit module, afin que les murs faits à force de mortier de chaux et de sable, puissent durer plus longtemps : car les pierres qui sont d'une substance molle et sans densité attirent et absorbent l'humidité du mortier ; mais que le mortier soit répandu avec profusion dans l'ouvrage, le mur ayant plus d'humidité, ne séchera pas aussi vite, et les matériaux seront mieux liés ; l'humidité du mortier vient-elle à être attirée par les pores des pierres, la chaux se sépare du sable et se dissipe, les moellons n'ont plus rien qui les unisse, et les murailles affaiblies tombent en ruine.

3. C'est ce qu'il est facile de remarquer dans quelque, monuments des environs de Rome Les parements des murs avaient été faits avec du marbre et des pierres de taille ; le dedans avait été rempli de blocaille : le temps, la sécheresse du moellon ont fait disparaître la force du mortier, et les joints se séparent, et tout s'écroule, tout tombe.

4. Pour éviter cet inconvénient, conservez un vide au milieu des parements de la muraille, à laquelle vous donnerez deux pieds d'épaisseur ; remplissez-le de pierres rouges carrées, ou de briques, ou de cailloux dispose comme la pierre de taille, et avec des crampons de fer et du plomb, liez les deux parements. Par ce moyen, votre ouvrage qui n'aura point été fait tout à la fois, mais par reprises, pourra sans altération durer éternellement, parce que les lits intérieurs de pierres et les joints étant parfaitement coordonnés, parfaitement liés entre eux, empêcheront que le mur ne s'affaisse, et les parements si bien attachés l'un à l'autre ne pourront être ébranlés.

5. Pour la même raison, nous ne devons point rejeter l'espèce de maçonnerie employée par les Grecs, quand ils ne se servent pas de cette pierre tendre que l'on polit pour la mettre en oeuvre. Ils se contentent, au lieu de pierres de taille, de cailloux ou de pierres dures qu'ils arrangent comme des assises de briques en les posant en liaison les unes sur les autres, ce qui donne à cette espèce de maçonnerie une solidité que rien ne peut ébranler. Elle se fait de deux casanières : l'une que l'on appelle ἰσόδομον, l'autre ψευδισόδομον.

6. L'ἰσόδομον est celle dont les assises sont toutes d'une égale hauteur ; la ψευδισόδομον, celle dont les assises présentent une épaisseur inégale. Ces deux espèces sont solides, en ce que les pierres, à cause de leur compacité et de leur dureté, loin de pouvoir absorber l'humidité du mortier, la lui conservent au contraire extrêmement longtemps, et les lits de pierres, étant parfaitement unis et dressés au niveau, empêchent que les matériaux ne s'écroulent, et cas assurent à jamais la solidité par le poids égal qui règne dans toute la longueur des murs, et qui prévient tout tassement inégal.

7. Il est une troisième manière, que l'on appelle ἔμπλεκτον, dont se servent nos villageois. Les pierres qui forment les parements sont unies. On remplit le milieu avec du mortier, dans lequel on jette pêle-mêle des pierres, sans autre liaison que celle que leur donne le hasard. Mais nos maçons, pour accélérer leur travail, font des assises composées de plusieurs pierres superposées, et n'ont égard qu'aux parements, dont ils garnissent l'intérieur avec des fragments de moellons qu'ils mêlent avec le mortier. Aussi y a-t-il dans cette espèce de maçonnerie trois couches de mortier, deux pour l'enduit des parements, et la troisième au milieu pour le blocage. Les Grecs ne font point ainsi : ils posent leurs pierres à plat, et font dans toute la longueur du mur des assises en liaison, qui ne laissent point au milieu de vide à remplir ; ces pierres qui de chaque parement vont se réunir à l'intérieur pour former l'épaisseur des murs, dans toute leur étendue, les rendent déjà fort solides ; mais ils placent encore de deux en deux des pierres à double parement, appelées διατόνοι, qui, en traversant les murs dont elles lient les deux faces, en assurent parfaitement la solidité.

8. Si quelqu'un veut faire l'application des règles posées dans cet ouvrage pour le genre de maçonnerie qu'il aura choisi, il sera à même de lui donner toutes les conditions de durée. Ce n'est pas la maçonnerie à laquelle une pierre tendre, facile à tailler, donne une apparence de beauté, qui peut durer le plus longtemps sans tomber en ruine. Aussi, lorsque des experts sont nommés pour apprécier des murs extérieurs, ils ne les estiment pas air prix de construction ; mais après avoir examiné le mémoire de l'architecte, ils déduisent du prix qu'ils ont coûté autant de quatre-vingtièmes qu'il y a d'années d'écoulées depuis l'achèvement des murs, et ne font payer que ce qui reste, de toute la somme, leur avis étant qu'ils ne peuvent durer au delà de quatre-vingts ans.

9. Quant aux murs de briques, pourvu qu'ils aient conservé leur aplomb, ils n'éprouvent aucune réduction de prix ; ce qu'ils ont coûté à faire dans le principe est ce qu'ils sont estimés valoir encore. Voilà pourquoi, dans quelques villes, les édifices tant publics que particuliers, et même les maisons royales sont, comme ou peut le voir, construites en briques : tel est à Athènes le mur qui regarde le mont Hymette et le Pentélique ; tels, à Patras, les temples de Jupiter et d'Hercule, bien que, dans ces édifices, les architraves et les colonnes soient de pierre. En Italie, à Aretium, on voit encore un ancien mur de briques parfaitement bâti ; et, à Tralles, le palais des rois Attaliques, que l'on donne toujours pour demeure à celui qui remplit les fonctions de grand prêtre de la ville. A Lacédémone il y avait, sur certaines murailles, des peintures que l'on a enlevées en sciant les briques. Enchâssées dans du bois, elles ont été apportées au lieu où se tiennent les comices, pour honorer l'édilité de Varron et de Muréna.

Le palais de Crésus est aussi construit avec les briques. Les habitants de Sardes l'ont consacré aux citoyens qui, par leur grand âge, ont acquis le privilège de vivre en repos dans un collège de vieillards appelé Gérusie. Dans la ville d'Halicarnase, celui du puissant roi Mausole, bien que les marbres de Proconnèse y brillent de tous côtés, a des murailles de briques qui, offrant encore aujourd'hui une solidité remarquable, sont recouvertes d'un enduit si poli qu'elles semblent avoir la transparence du verre. Et certes ce ne fut pas le manque de ressources qui força le roi de faire construire de si pauvres murailles, lui dans les coffres duquel venaient s'entasser d'immenses tributs, lui le naître de toute la Carie.

11. Quant à son habileté et à ses connaissances en architecture, elles nous seront prouvées par les monuments qu'il éleva. Ce roi était né à Mylasse ; mais voyant dans Halicarnasse un site que la nature elle-même avait fortifié, une place avantageuse pour le commerce, un port commode, il y établit sa demeure. Ce lieu ressemblait à un amphithéâtre. La partie basse, voisine du port, fut destinée à devenir la place publique. A la moitié de la colline, qui était de forme arrondie, il fit ouvrir une large et vaste place, au milieu de laquelle fut construit cet admirable mausolée qu'on a mis au nombre des sept merveilles du monde. La partie la plus élevée fut couronnée par le temple de Mars, où l'on voyait une statue colossale, appelée ἀκρόλιθον, ouvrage du célèbre sculpteur Télocharès, ou de Timothée, comme le pensent quelques historiens. A la pointe droite de la colline, il fit bâtir les temples de Vénus et de Mercure auprès de la fontaine Salmacis.

12. C'est à tort qu'on attribue, aux eaux de cette fontaine le pouvoir de rendre malades d'amour ceux qui en boivent. Pourquoi cette fausse opinion s'est-elle répandue dans le monde ? On ne sera peut-être pas fâché de le savoir. Ce qu'on dit de la propriété que doit avoir cette fontaine, de rendre efféminés et lascifs ceux qui y boivent, ne peut être fondé que sur ce que les eaux en sont d'une grande limpidité et d'un goût délicieux. Or, lorsque Mélas et Arevanias emmenèrent d'Argos et de Trézéne des habitants pour fonder en ce lieu une colonie commune, ils en chassèrent les barbares cariens et lélègues. Ceux-ci, s'étant réfugiés dans les montagnes, se réunissaient par bandes pour faire des incursions dans le pays, et le ravageaient par leurs cruels brigandages. Plus tard, un des colons, dans l'espoir de faire quelques profits, pourvut de tout ce qui était nécessaire une taverne qu'il bâtit auprès de cette fontaine, des eaux de laquelle il avait reconnu la bonté. Par l'exercice de son métier, il réussit à avoir ces barbares pour pratiques. S'y rendant d'abord un à un, ils finirent par se mêler aux réunions des Grecs ; puis, s'étant insensiblement dépouillés de leur naturel dur et farouche, ils s'habituèrent sans contrainte à prendre la douceur de leurs moeurs. Ce ne fut donc pas à une prétendue corruption qu'on y aurait puisée, que cette fontaine dut sa renommée, mais bien aux relations auxquelles elle donna lieu, relations qui firent pénétrer dans l'âme adoucie des barbares les charmes de la civilisation.

13. Il me reste maintenant, puisque je me suis laissé entraîner à énumérer les constructions de Mausole, à en donner une description entière et exacte. J'ai dit que du côté droit se trouvaient le temple de Vénus et la fontaine dont je viens de parler. On voit du côté gauche le palais que ce roi fit construire selon son goût. Il a vue, vers la droite, sur la place publique, sur le port et sur joute la ligne des murailles, et, vers la gauche sur un autre port caché au pied de la montagne, et disposé de manière à ce qu'on ne puisse ni voir, ni connaître ce qui s'y passe ; le roi seul, de son palais, peut, sans que personne le sache, donner aux matelots et aux soldats les ordres qu'il lui plaît.

14. Après la mort de Mausole, Artémise, son épouse, monta sur le trône. Les Rhodiens, indignés de voir une femme régner sur toutes les villes de la Carie, arment une flotte, et mettent à la voile pour aller s'emparer de ce royaume. A cette nouvelle, Artémise équipe une flotte, la cache dans ce port avec des matelots et des soldats, et ordonne au reste des citoyens de se tenir sur les remparts. Les Rhodiens ayant mis en ligne dans le grand port leur flotte tout appareillée, la reine fait donner du haut des murs un signal pour faire entendre que la ville va leur être livrée : tous sortent de leurs vaisseaux pour entrer dans la ville. Artémise fit incontinent ouvrir le petit port, d'où l'on vit son armée navale gagner la mer pour de là se porter dans le grand. Ses soldats et ses matelots paraissent, s'emparent des vaisseaux vides des Rhodiens, et les emmènent en pleine mer. Les Rhodiens, n'ayant aucun moyen de fuir, furent passés au fil de l'épée sur la place publique, où ils se trouvèrent cernés.

15. Cependant Artémise fait monter sur les vaisseaux des Rhodiens ses soldats et ses matelots, et cingle vers Rhodes. Les habitants, à la vue de leurs vaisseaux couronnés de lauriers, s'imaginant que c'étaient leurs concitoyens qui revenaient victorieux, reçurent leurs ennemis. Alors la reine, après s'être emparée de l'île, après en avoir fait mettre à mort les principaux habitants, éleva au milieu de la ville de Rhodes un trophée de sa victoire, et fit faire deux statues de bronze, l'une représentant la cité des Rhodiens, l'autre sa propre image qui imprimait au front de sa rivale les stigmates de la servitude. Dans la suite, les Rhodiens, arrêtés par leurs scrupules, parce qu'il est défendu d'enlever les trophées consacrés, construisirent autour de ce lieu un édifice, et, comme les Grecs l'entourèrent d'une barrière pour le mettre à l'abri des curieux, ils le firent appeler ἄβατον.

16. Puis donc que des rois si puissants n'ont point dédaigné de faire bâtir des murs de brique, eux que leurs revenus et les dépouilles de l'ennemi mettaient à même d'en avoir en moellon, en pierre de taille et même en marbre, je ne pense pas qu'il faille condamner l'usage de la brique dans la construction des édifices, pourvu qu'il soit bien appliqué. Je vais dire pourquoi le peuple romain n'a point voulu l'admettre dans Rome, sans oublier les raisons qui l'ont fait rejeter.

17. La loi ne permet point de donner aux murs extérieurs plus d'un pied et demi d'épaisseur, et les autres, pour qu'il y ait moins d'espace de perdu, ne doivent pas être plus épais. Or, de telles murailles ne peuvent pas supporter plus d'un étage ; autrement il importerait qu'elles eussent dans leur épaisseur deux ou trois rangs de briques. Et dans une ville aussi majestueuse et aussi peuplée, il eût fallu un développement immense d'habitations. Aussi, comme l'espace que comprend l'enceinte de la ville n'est point assez vaste pour loger une si grande multitude, force a été d'avoir recours à la hauteur des édifices. Et, grâce au mélange d'assises de pierres, de chaînes de briques, de rangées de moellon, les murs ont pu atteindre une grande élévation ; les étages se sont assis les uns sur les autres, et les avantages se sont multipliés en raison de l'augmentation du nombre des logements. Les murs ayant donc, par la superposition des étages, pris un grand développement en hauteur, le peuple romain s'est créé de belles habitations sans difficulté.

18. Après avoir expliqué comment dans Rome, le peu d'espace a fait bannir l'usage de la brique pour la construction des murs, je vais marquer pour le cas où on l'emploierait hors de la ville, le moyen de la faire durer longtemps sans réparation. Sur le haut des murs, au-dessous du toit, il faut construire avec des tuiles une bordure d'un pied et demi de hauteur, et lui donner la saillie d'une corniche : parce moyen on pourra éviter les accidents qu'ils éprouvent ordinairement. En effet, la couverture venant à perdre des tuiles, brisées ou emportées par le vent, la pluie ne manque pas de se répandre par là sur les flancs de la muraille ; mais l'entablement dont nous venons de parler empêchera qu'elle ne soit endommagée : la saillie de la corniche rejettera loin de son parement toutes les gouttes d'eau qui tomberont, et de cette manière la garantira, sans qu'elle perde rien de sa solidité.

19. A l'égard de la tuile, il est impossible de juger au premier coup d'oeil si elle est bonne ou mauvaise pour la construction ; on ne peut en apprécier la bonté que lorsqu'elle a été exposée sur un toit au mauvais temps et à la chaleur. Car, soit qu'elle n'ait point été faite avec de bonne terre, soit qu'elle n'ait point été assez cuite, on en reconnaîtra bientôt la mauvaise qualité, quand elle aura été éprouvée par la gelée et par le givre. Celles donc qui n'auront pu subir cette épreuve ne seront pas propres à soutenir le poids d'une construction. Aussi n’y aura-t-il guère que les murs construits avec les vieilles tuiles d'un toit qui pourront avoir une longue durée.

20. Quant aux murs de cloison, je voudrais qu'on n'y eût même jamais pensé : car autant ils sont commodes sous le rapport du peu de temps et de place qu'exige leur construction, autant ils sont dangereux et préjudiciables, en ce qu'ils semblent être des fagots tout prêts pour l'incendie. Aussi vaut-il mieux, à mon avis, les construire avec des tuiles, quoique cela soit plus dispendieux, qu'avec du bois, qui offre, il est vrai, plus d'économie, mais aussi plus de danger. Il y a plus, c'est que, si vous les recouvrez d'un enduit, il s'y fera des crevasses le long des montants et des traverses : car sous le crépi dont on les couvre, ces bois prennent l'humidité qui les gonfle ; puis, quand ils viennent à sécher, ils se rétrécissent, et par cet amincissement font fendre l'enduit, quelque solide qu'il soit. Mais, si quelques personnes sont forcées d'avoir recours à ces murs par le désir d'avoir plus tôt fait, ou par le manque de ressources, on par la nécessité de soutenir un plafond qui menace de se fendre, voici ce qu'elles devront faire. Que les fondements soient continués jusqu'à une certaine hauteur au-dessus du sol, afin qu'ils ne soient en contact ni avec le mortier ni avec le pavé du plancher. Car s'ils s'y trouvent engagés, ils pourrissent à la longue ; ils finissent par s'affaisser ; ils perdent leur aplomb, et les crevasses font disparaître la beauté de l'enduit. Ce que j'avais à dire sur les murailles et sur la bonne ou mauvaise qualité des matériaux généralement employés à leur construction, je l'ai dit aussi bien que j'ai pu. Il me reste maintenant, comme l'indique la nature du sujet, à parler des planchers, des matériaux propres à leur confection, et des moyens de se les procurer tels, qu'ils puissent être de longue durée.

IX. De materia

1. Materies caedenda (95) est a primo autumno ad id tempus, quod erit ante quam flare incipiat favonius (96). Vere enim omnes arbores fiunt praegnantes, et omnes suae proprietatis virtutem efferunt in frondem anniversariosque fructus (97). Quum ergo inanes et humidae temporum necessitate eorum fuerint, vanae fiunt et raritatibus imbecillae : uti etiam corpora muliebria quum conceperint, a foetu ad partum non iudicantur integra (98); neque in venalibus ea, quum sunt praegnantia, praestantur sana (99); ideo quod in corpore praeseminatio crescens ex omnibus cibi potestatibus detrahit alimentum in se, et quo firmior efficitur ad maturitatem partus, eo minus patitur esse solidum id, ex quo ipso procreatur. Itaque edito foetu, quod prius in aliud genus incrementi detrahebatur, quum ab disparatione procreationis est liberatum, inanibus et patentibus venis in se recepit, et lambendo succum etiam solidescunt, et redit in pristinam naturae firmitatem.

2. Eadem ratione autumnali tempore maturitate fructuum flaccescente fronde, ex terra recipientes per radices arbores in se sucum recuperantur et restituuntur in antiquam soliditatem. At vero aeris hiberni vis comprimit et consolidat eas per id, ut supra scriptum est, tempus. Ergo si ea ratione et eo tempore, quod est supra scriptum est, caeditur materies, erit tempestiva.

3. Caedi autem ita oportet, ut incidatur arboris crassitudo ad mediam medullam (100), et relinquatur, uti per eam exsiccescat stillando succus. Ita qui inest int his inutilis liquor effluens per torulum, non patietur emori in saniem, nec corrumpi materiae qualitatem. Tunc autem quum sicca et sine stillis erit arbor, deiiciatur, et ita erit optima in usu.

4. Hoc autem ita esse, licet animadvertere etiam de arbustis; ea enim cum suo quaeque tempore ad imum perforata castrantur (101), profundunt e medullis quem habent in se superantem et vitiosum per foramina liquorem, et ita siccescendo recipiunt in se diuturnitatem. Qui autem non habent ex arboribus exitus humores, intra concrescentes putrescunt, et efficiunt inanes eas et vitiosas. Ergo si stantes et vivae siccescendo non consenescunt (102), sine dubio quum eaedem ad materiam deiiciuntur, quum ea ratione curatae fuerint, habere poterunt magnas in aedificiis ad vetustatem utilitates.

5. Eae autem inter se discrepantes et dissimiles habent virtutes, ut robur (103), ulmus (104), populus (105), cupressus (106), abies (107) ceteraeque quae maxime in aedificiis sunt idoneae : namque non potest id robur, quod abies, nec cupressus, quod ulmus, nec ceterae easdem habent inter se natura rerum similitates; sed singula genera, principiorum proprietatibus comparata, alios alii generis (108) praestant in operibus effectus.

6. Et primum abies aeris habens plurimum et ignis, minimumque humoris et terreni, levioribus rerum naturae potestatibus comparata, non est ponderosa. Itaque rigore naturali contenta, non cito flectitur ab onere, sed directa permanet in contignatione; sed ea, quod habet in se plus caloris, procreat et alit tarmitem, ab eaque vitiatur : etiamque ideo celeriter accenditur, quod quae inest in eo corpore raritas aeris, patens accipiti ignem, et ita vehementem ex se mittit flammam.

7. Ex ea autem, antequam est excisa, quae pars est proxima terrae, per radices recipiens ex proximitate humorem, enodis et liquida efficitur; quae vero est superior, vehementia caloris eductis in aera per nodos ramis, praecisa alte circiter pedes viginti et perdolata, propter nodationis duritiem dicitur esse fusterna (109). Ima autem quum excisa quadrifluviis dispaaitur (110), eiiecto torulo (111) ex eadem arbore, ad intestina opera comparatur et ita sapinea vocatur (112).

8. Contra vero quercus (113) terrenis principiorum satietatibus abundans, parumque habens humoris et aeris et ignis, quum in terrenis operibus obruitur, infinitam habet aeternitatem, ex eo quod quum tangitur humore, non habens foraminum raritates, propter spissitatem non potest in corpus recipere liquorem, sed fugiens ab humore resistit, et torquetur, et efficit, in quibus est operibus, ea rimosa.

9. Esculus vero, quod est omnibus principiis temperata, habet in aedificiis magnas utilitates; sed ea quum in humore collocatur, recipiens penitus per foramina liquorem, eiecto aere et igni, operatione humidae potestatis vitiatur. Cerrus, suber, fagus (114), quod parvam habent mixtionem humoris et ignis et terreni, aeris plurimum, pervia raritate humores penitus recipiendo, celeriter marcescunt. Populus alba et nigra, item salix (115), tilia (116), vitex, ignis et aeris habendo satietatem, humoris temperate, parum autem terreni habentes, leviore temperatura comparatae, egregiam habere videntur in usu levitatem. Ergo quum non sint durae terreni mixtione, propter raritatem sunt candidae, et in scalpturis commodam praestant tractabilitatem.

10. Alnus autem (117), quae proxima fluminum ripis procreatur, et minime materies utilis videtur, habet in se egregias rationes : etenim aere est et igni plurimo temperata, non multum terreno, humore paulo : itaque quod minus habet in corpore humoris, in palustribus locis infra fundamenta aedificiorum palationibus crebre fixa, recipiens in se quod minus habet in corpore liquoris, permanet inmortalis ad aeternitatem, et sustinet immania pondera structurae, et sine vitiis conservat. Ita quae non potest extra terram paulum tempus durare, ea in humore obruta permanet ad diuturnitatem. Est autem maxime id considerare Ravennae, quod ibi omnia opera et publica et privata sub fundamentis eius generis habent palos.

11. Ulmus vero et fraxinus (118) maximos habent humores minimumque aeris et ignis; sed terreni temperate mixtione comparatae, sunt in operibus, quum fabricantur, lentae, et sub pondere, propter humoris abudantiam, non habent rigorem, sed celeriter pandant : simul autem vetustate sunt aridae factae, aut in agro praesectae, qui inest eis liquor stantibus, emoritur, fiuntque duriores, et in commissuris et coagmentationibus ab lentitudine firmas recipiunt catenationes.

12. Item carpinus (119), quod est minima ignis et terreni mixtione, aeris autem et umoris summa continetur temperatura, non est fragilis, sed habet utilissimam tractabilitatem. Itaque Graeci, quod ex ea materia iuga iumetis comparant, quod apud eos iuga ζυγὰ vocitantur, item ζυγίαν eam appellant. Non minus est admirandum de cupresso et pinu (120), quod eae habentes humoris abundantiam, aequarumque ceterorum mixtionem, propter humoris satietatem in operibus solent esse pandae, sed in vetustatem sine vitiis conservantur, quod is liquor, qui inest penitus in corporibus earum, habet amarum saporem, qui propter acritudinem non patitur penetrare cariem, neque eas bestiolas, quae sunt nocentes. Ideoque quae ex his generibus opera constituuntur, permanent ad aeternam diuturnitatem.

13. Item cedrus (