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APHORISMES.
APHORISMES
PREMIÈRE SECTION.
1. La vie est courte, l'art est long, l'occasion est prompte [à s'échapper],
l'empirisme est dangereux, le raisonnement est difficile. Il faut non seulement
faire soi-même ce qui convient; mais encore [être secondé par] le malade, par
ceux qui l'assistent et par les choses extérieures (01).
2. Dans les perturbations du ventre et dans les vomissements qui arrivent
spontanément, si les matières qui doivent être purgées sont purgées, c'est
avantageux et les malades le supportent facilement; sinon, c'est le contraire.
De même pour une déplétion vasculaire [artificielle], si elle est telle qu'elle
doit être, elle est avantageuse et les malades la supportent facilement; sinon;
c'est le contraire. Il faut donc considérer le pays, la saison, l'âge et les
maladies dans lesquelles il faut ou non [recourir] à une déplétion (02).
3. Chez les athlètes, un état de santé porté à l'extrême est dangereux (03) ; car
il ne peut demeurer à ce point, et, puisqu'il ne peut ni demeurer stationnaire,
ni arriver à une amélioration, il ne lui reste plus qu'à se détériorer. C'est
pourquoi il faut se hâter de faire tomber cette exubérance de santé, afin que
le corps puisse recommencer à se nourrir ; il ne faut cependant pas pousser
l'affaissement à l'extrême, car ce serait dangereux; mais le porter à un degré
tel que la nature de l'individu puisse y résister. De même les déplétions poussées à l'excès
sont dangereuses, et à leur tour les réplétions poussées à l'extrême sont
dangereuses (04).
4. Le régime exigu et rigoureusement observé, est toujours dangereux dans les
maladies de long cours, et dans les maladies aiguës où il ne convient pas ; en
effet, le régime poussé à la dernière exiguïté est fâcheux; et à son tour la
réplétion poussée à l'extrême, est fâcheuse (05).
5. Les malades soumis à un régime exigu, y font [nécessairement] des
infractions ; par conséquent, ils en éprouvent plus de dommage ; car toute
infraction est alors plus grave que si elle était commise dans un régime un peu
plus substantiel. Par la même raison, un régime très exigu, parfaitement réglé
et rigoureusement observé, est dangereux pour les personnes en santé, parce qu'elles
supportent les écarts plus difficilement [que d'autres]. Ainsi donc, un régime
exigu et sévère est en général plus dangereux qu'un régime un peu plus abondant
(06).
6. Mais dans les maladies extrêmes, les moyens thérapeutiques extrêmes employés
avec une sévère exactitude, sont très puissants (07).
7. Ainsi donc, quand la maladie est très aiguë, et que les phénomènes morbides
(08) arrivent immédiatement à un point extrême, il est nécessaire de prescrire
[dès le début] un régime extrêmement exigu ; mais quand il n'en est pas ainsi,
et qu'il est permis de donner des aliments plus abondants, on s'écartera
d'autant plus [de la sévérité du régime] que la maladie sera plus éloignée,
par la modération de ses symptômes, de l'extrême acuité.
8. Quand la maladie est à sa période d'état, il est nécessaire de prescrire un
régime très sévère.
9. Mais il faut savoir calculer si [les forces] du malade suffiront avec ce
régime pour [passer] la période d'état de la maladie, et prévoir si le
malade cédera le premier ne pouvant suffire avec ce régime, ou si la maladie cédera la
première et s'affaiblira.
10. Dans les maladies qui arrivent promptement à leur période d'état, il faut,
dès le début, prescrire un régime exigu; dans celles qui y arrivent plus tard,
il faut, à cette époque et un peu auparavant, diminuer le régime; mais antérieurement,
il faut nourrir plus abondamment, afin que les forces du malade puissent
suffire.
11. Mais dans les paroxysmes il faut supprimer les aliments, car en donner
alors serait nuisible. Dans toutes les maladies où les paroxysmes reviennent au
milieu d'une période, il faut les supprimer pendant les paroxysmes.
12. Les maladies elles-mêmes, les saisons de l'année, la comparaison réciproque
de leurs périodes, soit qu'elles arrivent tous les jours, tous les deux jours,
ou à de plus longs intervalles, font connaître la marche des paroxysmes et la
constitution [de la maladie ]. Il faut encore avoir égard à ce qui apparaît
[dans les maladies] (09). Par exemple, chez les pleurétiques, si les crachats
arrivent dès le début, ils abrégent le cours de la maladie; mais s'ils se font
longtemps attendre, ils la prolongent. Les urines, les selles et les sueurs indiquent
aussi si les maladies se jugeront facilement ou difficilement; si elles seront
longues ou de courte durée.
13. Les vieillards supportent très bien l'abstinence ; les personnes dans l'âge
mûr, moins bien ; les jeunes gens très mal; les enfants moins que tous les
autres, surtout ceux d'entre eux qui sont très vifs (10).
14. Dans l'âge de croissance, on a beaucoup de chaleur innée; il faut donc une
nourriture abondante; autrement le corps se consume; chez les vieillards, au
contraire, il y a peu de chaleur innée, voilà pourquoi ils n'ont besoin que de
peu de combustible (d'aliments) (11), car une trop grande quantité
l'éteindrait; c'est aussi pour cela que les fièvres ne sont pas aussi aiguës
chez les vieillards [ que chez les jeunes gens ], car leur corps est froid.
15. En hiver et au printemps les cavités sont naturellement chaudes, et le
sommeil est prolongé; il faut donc pendant ces deux saisons, donner une
nourriture
plus abondante ; les enfants et les athlètes en sont la preuve (12).
16. Le régime humide convient à tous les fébricitants, mais surtout aux enfants
et à ceux qui sont habitués à user d'un semblable régime.
17. [Il faut savoir quels sont ceux] à qui [il convient] de donner des
aliments en une seule ou en deux fois, en plus ou moins grande quantité et par
fractions. On doit avoir quelque égard pour les habitudes, la saison, le pays et
l'âge.
18. En été et en automne, les aliments sont très difficilement supportés, en
hiver très facilement; vient ensuite l'été (13).
19. Ceux dont les paroxysmes arrivent au milieu de périodes, il ne faut point
leur donner d'aliments, ni les forcer à en prendre [ au moment du paroxysme],
mais leur retirer ceux qu'on leur a permis en attendant la crise (le paroxysme).
20. Quand les maladies se jugent, ou qu'elles sont complètement jugées, ne
mettez rien en mouvement, ne sollicitez rien de nouveau à l'aide de purgatifs
ou d'autres irritants, mais laissez en repos.
21. Les matières qui doivent être évacuées, poussez-les là où elles se portent
le plus, [si toutefois] elles suivent une voie convenable.
22. Purgez, mettez en mouvement les matières cuites, mais non celles qui sont
crues ; [ne purgez pas] non plus au début des maladies, à moins qu'il n'y ait
orgasme (14) ; mais le plus souvent il n'y a pas orgasme.
23. N'appréciez pas les matières évacuées sur leur quantité ; mais considérez
si celles qui doivent être évacuées [l'ont été] et si le malade supporte
facilement [ces évacuations]. Lorsqu'il faut les pousser jusqu'à lipothymie,
faites-le, si les forces du malade y suffisent.
24. Dans les maladies aiguës, il faut rarement purger au début, et ne le faire
[si cela est nécessaire] qu'après avoir bien jugé de toutes les circonstances.
25. Si les matières qui doivent être purgées sont purgées, c'est avantageux, et
les malades le supportent bien, sinon c'est le contraire (15).
DEUXIÈME SECTION.
1. La maladie dans laquelle le sommeil cause quelque dommage (16) est mortelle;
mais si le sommeil procure de l'amélioration, elle n'est pas mortelle.
2. Quand le sommeil apaise le délire, c'est bon (17).
3. Le sommeil et l'insomnie prolongés l'un et l'autre outre mesure, c'est
mauvais.
4. Ni la satiété, ni la faim, ni quelque autre chose que ce soit ne sont bonnes,
si elles dépassent les limites naturelles.
5. Les lassitudes (18) spontanées présagent les maladies.
6. Chez ceux qui ont quelque partie du corps attaquée d'une maladie douloureuse,
et qui le plus habituellement ne ressentent pas leurs douleurs, l'esprit est
malade (19).
7. Il faut réparer lentement les corps qui ont mis longtemps à dépérir, et vite
ceux qui ont dépéri en peu de temps.
8. Au sortir d'une maladie, avoir de l'appétit et le satisfaire sans prendre de
forces, est une preuve qu'on use de trop de nourriture; mais si la même chose
arrive quand on mangé salis appétit, il faut savoir qu'une évacuation est nécessaire
(20).
9. Quand on veut purger les corps, il faut rendre les voies faciles et les
humeurs coulantes (21).
10. Plus vous nourrirez un corps rempli d'impuretés, plus vous lui nuirez.
11. Il est plus facile de réparer [les forces] avec des boissons [alimentaires]
qu'avec des aliments solides.
12. Dans les maladies, ce qui reste [des humeurs nuisibles] est une source
habituelle de récidive (22).
13. Quand la crise arrive, la nuit qui précède le paroxysme est laborieuse;
celle qui suit est ordinairement plus calme (23).
14. Dans les flux de ventre, les changements dans les excréments sont
avantageux, à moins qu'ils ne se fassent en mal.
15. Quand le pharynx est malade et quand des abcès apparaissent sur le corps, il
faut examiner les excrétions, car si elles sont bilieuses, le corps participe à
la maladie [et il ne faut pas donner d'aliments]. Si elles ressemblent à celles
des gens en santé [le corps n'est pas malade et] on peut nourrir le corps en
sûreté (24).
16. Quand il y a privation d'aliments (25), il ne faut pas fatiguer.
17. Quand on a ingéré plus d'aliments qu'il ne convient naturellement, cela
cause une maladie; la guérison le prouve.
18. Le résidu des aliments qui sont promptement et complètement assimilés, est
promptement éliminé (26).
19. Dans les maladies aiguës, les pronostics de guérison ou de mort ne sont pas
toujours (27) infaillibles.
20. Ceux qui ont les cavités humides quand ils sont jeunes, les ont sèches quand
ils vieillissent. Ceux, au contraire, dont les cavités sont sèches quand ils
sont jeunes, les ont humides quand ils vieillissent (28).
21. Le vin pur apaise la faim [canine] (29).
22. Toute maladie qui vient de réplétion, la déplétion la guérit; toute maladie
qui vient de déplétion, la réplétion la guérit; et pour les autres, leurs
contraires.
23. Les maladies aiguës se jugent en quatorze jours.
24. Le quatrième jour est indicateur des sept ; le huitième est le commencement
d'un second septénaire; le onzième est théorète, car il est le quatrième du
second septénaire; le dix-septième est également théorète, car il est le
quatrième après le quatorzième, et le septième après le onzième (30).
25. Les fièvres quartes d'été sont ordinairement de peu de durée; celles
d'automne sont longues, surtout celles qui se déclarent aux approches de
l'hiver.
26. Il vaut mieux que la fièvre vienne à la suite d'un spasme que le spasme à la
suite de la fièvre.
27. Il ne faut pas se fier aux améliorations qui ne sont pas rationnelles, et ne
pas non plus trop redouter les accidents fâcheux qui arrivent contre l'ordre
naturel ; car le plus souvent [ces phénomènes] ne sont pas stables [et n'ont
pas coutume ni de persister, ni de durer longtemps]. (31).
28. Dans les fièvres qui ne sont pas tout à fait superficielles (légères), il
est fâcheux que le corps reste dans son état ordinaire et ne perde rien, ou
qu'il maigrisse plus qu'il n'est dans l'ordre naturel. Le premier cas présage la
longueur de la maladie, le second indique de l'asthénie.
29. Quand les maladies débutent, si on juge à propos de mettre quelque chose en
mouvement, qu'on le fasse; mais quand elles sont à leur apogée, il vaut mieux
laisser en repos.
30. [Car] au commencement et à la fin [des maladies], tout est plus faible;
mais à leur apogée tout est plus fort (32).
31. Au sortir d'une maladie, bien manger sans que le corps profite, c'est
fâcheux.
32. Ceux qui, entrant dans une convalescence incomplète, commencent par manger
avec appétit sans profiter, finissent le plus souvent par perdre l'appétit. Mais
ceux qui ont d'abord un défaut très prononcé d'appétit et le recouvrent ensuite,
se tirent mieux d'affaire (33).
33. Dans toute maladie, conserver l'intelligence saine et prendre volontiers les
aliments qui sont offerts, c'est bon; le contraire est mauvais.
34. Dans les maladies, il y a moins de danger pour ceux dont la maladie est
surtout conforme à leur nature, à leur âge, à leur constitution, et à la saison,
que pour ceux dont la maladie n'est pas en rapport avec quelqu'une de ces
choses (34).
35. Dans toutes les maladies, il est avantageux que [les parois de] la région
ombilicale et du bas-ventre conservent de l'épaisseur. Il est fâcheux qu'elles
soient affaissées et émaciées; ce dernier cas n'est pas favorable pour purger
par en bas.
36. Ceux qui ont le corps sain et qui prennent des médicaments purgatifs,
perdent bientôt leurs forces. Il en est de même de ceux qui [se purgent
lorsqu'ils] usent d'une mauvaise nourriture (35).
37. Il est mauvais de donner des médicaments purgatifs à ceux qui se portent
bien (36).
38. La boisson et la nourriture un peu inférieures en qualité, mais plus
agréables, doivent être préférées à celles de meilleure qualité, mais qui sont
moins agréables.
39. Les vieillards sont en général moins sujets aux maladies que les jeunes
gens; mais les maladies chroniques qui leur surviennent ne finissent le plus
souvent qu'avec eux.
40. Les enrouements (bronchites) et les coryzas n'arrivent pas à coction chez
les personnes très âgées.
41. Ceux qui éprouvent de fréquentes et complètes défaillances, sans cause
apparente, meurent subitement.
42. Résoudre une apoplexie, quand elle est forte, est impossible; quand elle
est faible, ce n'est pas facile.
43. Les pendus détachés de la potence, quand ils ne sont pas encore morts, ne
reviennent pas à la vie s'ils ont de l'écume à la bouche (37).
44. Ceux qui sont naturellement très gros sont plus exposés à mourir subitement
que ceux qui sont maigres.
45. Les changements, surtout ceux d'âge, de lieux, d'habitudes de vie, opèrent
la guérison des épileptiques quand ils sont jeunes.
46. Deux souffrances survenant en même temps, mais sur des points différents, la
plus forte fait taire la plus faible (38).
47. Au moment où le pus va se former, la douleur et la fièvre sont plus intenses
qu'après sa formation.
48. Dans tout mouvement du corps, quand on commence à se fatiguer, se reposer
soulage immédiatement.
49. Ceux qui sont accoutumés à supporter des travaux qui leur sont familiers,
les supportent plus facilement, quoique faibles ou vieux, que ceux qui n'y sont pas habitués, quoique forts et
jeunes.
50. Les habitudes de longue date, quoique mauvaises, sont ordinairement moins
nuisibles que les choses inaccoutumées ; il faut donc changer quelquefois [ses
habitudes] en des choses inaccoutumées (39).
51. Évacuer ou remplir, échauffer ou refroidir beaucoup et subitement, ou mettre
le corps en mouvement de quelque autre manière que ce soit, est dangereux; car
tout ce qui est excessif est contraire à la nature ; mais ce qui se fait peu à
peu n'offre aucun danger [dans les choses accoutumées], et surtout quand on
change une chose en une autre.
52. Quand on agit d'une manière rationnelle et que les résultats ne sont pas ce
qu'on avait droit d'attendre, il ne faut pas passer à autre chose, si le motif
(l'indication) qui faisait agir dans le commencement subsiste.
53. Ceux qui ont les cavités humides quand ils sont jeunes se rétablissent plus
facilement d'une maladie que ceux qui les ont sèches ; mais dans la vieillesse
ils se rétablissent plus difficilement, car le plus souvent leur ventre se
sèche en vieillissant.
54. Une taille élevée et noble n'est pas disgracieuse dans la jeunesse, mais
dans la vieillesse, elle est incommode et plus désavantageuse qu'une petite
(40).
TROISIÈME SECTION.
1. Ce sont surtout les vicissitudes des saisons qui engendrent les maladies,
et principalement dans les saisons les grandes variations de froid, de chaud et
aussi, par la même raison des autres qualités (41).
2. Parmi les divers naturels, les uns se trouvent bien ou mal de l'été, les
autres de l'hiver.
3. Les maladies, comparativement les unes aux autres et aussi les âges, se
trouvent bien ou mal de certaines saisons, de certaines régions, de certains
régimes (42).
4. Dans les saisons, lorsque pendant la même journée il survient
[habituellement] tantôt du froid, tantôt du chaud, il faut s'attendre aux
maladies automnales.
5. Le notus (vent du midi) rend l'ouïe obtuse, la vue trouble, la tête pesante, le corps lourd et faible ; quand ce vent domine, on éprouve les mêmes
accidents dans les maladies. Si le vent est du nord, il y a des toux, des maux
de gorge (43), de la sécheresse du ventre, de la dysurie, de l'horripilation (44), des douleurs de côté et de poitrine ; lorsque ce [vent] domine, il faut
s'attendre aux mêmes accidents dans les maladies.
6. Quand l'été est semblable au printemps, il faut s'attendre à des sueurs
abondantes dans les fièvres.
7. Dans les temps de sécheresse, il survient des fièvres aiguës; et si cette
sécheresse persiste pendant une grande partie de l'année, elle produit une
constitution telle qu'il faut s'attendre à voir régner de semblables maladies.
8. Dans les saisons bien constituées, où chaque chose arrive en son temps, les
maladies marchent régulièrement et se jugent très bien. Dans les saisons mal
constituées, les maladies marchent irrégulièrement et se jugent difficilement.
9. En automne, les maladies sont très aiguës et en général très meurtrières.
Mais le printemps est très salubre et la mortalité n'y est pas considérable.
10. L'automne est mauvais pour les phtisiques.
11. Pour ce qui est des saisons, si l'hiver est sec et boréal et le printemps
pluvieux et austral, il surviendra nécessairement en été des fièvres aiguës,
des ophtalmies et des dysenteries, surtout chez les femmes et chez les hommes
dont la constitution est humide.
12. Mais si l'hiver est austral, pluvieux et doux ; si au contraire le
printemps est sec et boréal, les femmes qui doivent accoucher au printemps,
avortent (accouchent prématurément) pour la moindre cause; celles qui arrivent
à terme, mettent au monde des enfants faibles et infirmes qui meurent bientôt ou
qui traînent une vie chétive et valétudinaire. Chez
les autres individus, il survient des ophtalmies sèches (45) et des
dysenteries
; chez les vieillards, des catarrhes qui les enlèvent promptement.
13. Si l'été est sec et boréal et l'automne pluvieux et austral, en hiver il
survient des céphalalgies, des toux, des enrouements, des coryzas, et chez
quelques-uns des phtisies.
14. [Si l'automne] est boréal et sans pluie, c'est avantageux pour ceux dont la
constitution est humide et pour les femmes; mais les autres individus auront des
ophtalmies, des fièvres aiguës, des coryzas (46) ; quelques-uns même des
mélancolies.
15. Quant aux constitutions de l'année, en somme les sèches, sont plus saines
et moins meurtrières que les pluvieuses.
16. Les maladies qui sévissent habituellement dans les constitutions pluvieuses, sont : les fièvres de long cours, les flux de ventre, les pourritures, les
épilepsies, les apoplexies et les esquinancies. Dans les constitutions sèches,
ce sont les phtisies, les ophtalmies (47), les arthrites, les stranguries et
les dysenteries.
17. Quant aux constitutions journalières, les boréales donnent au corps de la
densité, du ton, de l'agilité et une bonne couleur; elles rendent l'ouïe fine;
mais elles irritent les yeux et augmentent les douleurs de côté s'il en existait
préalablement. Les constitutions australes relâchent les pores, humectent le
corps, rendent la tête pesante et l'ouïe dure, causent des vertiges et
produisent de la faiblesse dans les mouvements des yeux (48) et de tout le corps.
18. Quant aux saisons, c'est au printemps et au commencement de l'été que les
enfants et ceux qui se rapprochent de cet âge se trouvent le mieux et jouissent
de la meilleure santé. Pendant l'été et le commencement de l'automne, ce sont
les vieillards; pendant le reste de l'automne et pendant l'hiver, ce sont les
personnes d'un âge moyen.
19. Toutes les maladies surviennent dans toutes les saisons; toutefois
certaines maladies naissent ou s'exaspèrent plutôt dans certaines saisons.
20. En effet, au printemps : les manies, les mélancolies, les épilepsies, les
flux de sang, les esquinancies, les coryzas, les enrouements, les toux, les
lèpres, les lichens, les dartres farineuses, les exanthèmes ulcéreux en grand
nombre, les abcès et les arthrites.
21. En été : quelques-unes de ces maladies, et de plus : les fièvres continues,
les causus, les fièvres tierces et quartes, les vomissements, les diarrhées, les
ophtalmies, les douleurs d'oreille, les ulcérations à la boucle, les
ulcérations des parties génitales, les idroa (49).
22. En automne : la plupart des maladies de l'été, et de plus : les fièvres
quartes, les fièvres erratiques, les maladies de la rate, les hydropisies, les
phtisies, les stranguries, les lienteries, les dysenteries, les coxalgies,
les esquinancies, les asthmes, les iléus, les épilepsies, les manies, les mélancolies.
23. En hiver : les pleurésies, les péripneumonies, les létitargus, les coryzas,
les enrouements, les toux, les douleurs de poitrine, les douleurs de côté, les
maux de reins, les céphalalgies, les vertiges, les apoplexies.
24. Voici les maladies particulières aux divers âges : chez lès petits enfants
et les nouveau-nés, les aphtes, les vomissements, les toux, les insomnies, les
frayeurs [pendant le sommeil], les phlegmasies du nombril, les suintements
d'oreilles.
25. Chez ceux qui arrivent à l'époque de la dentition : la démangeaison
douloureuse des gencives, les fièvres, les spasmes, les diarrhées, surtout chez
les enfants qui poussent leurs dents canines, chez ceux qui sont gros et chez
ceux qui ont le ventre sec.
26. Chez les individus plus âgés : les maladies des amygdales, les luxations
en dedans de la vertèbre du cou (50), les asthmes, les calculs, les vers lombriques,
les ascarides, les tumeurs pédiculées, le satyriasis, la strangurie, les abcès scrophuleux et les autres tumeurs, mais surtout celles qui viennent
d'être mentionnées.
27. Chez ceux qui sont encore plus âgés et qui approchent
de la puberté : la plupart de ces maladies, mais surtout les fièvres chroniques
et les flux de sang par le nez.
28. Chez les enfants : la plupart des maladies [de longue durée] se jugent en
quarante jours; mais il en est qui se jugent en sept mois, d'autres en sept ans,
d'autres enfin qui se prolongent jusqu'à la puberté. Celles qui persistent
pendant l'enfance et qui ne se dissipent pas [chez les garçons] à l'époque (le
la puberté, et chez les filles à la première apparition des menstrues,
deviennent habituellement chroniques.
29. Chez les jeunes gens, règnent les crachements (le sang, les phtisies,
les fièvres aiguës, les épilepsies et les autres maladies (51), mais surtout
celles qui viennent d'être mentionnées.
30. Chez ceux qui ont dépassé cet âge : les asthmes, les pleurésies, les
péripneumonies, les léthargus, les phrénitis, les camus, les diarrhées
chroniques, les choléra, les dysenteries, les lienteries et les hémorroïdes.
31. Chez les vieillards : les dyspnées, les catarrhes avec toux, les
stranguries, les dysuries, les douleurs des articulations, les maladies des
reins, les vertiges, les apoplexies, les cachexies, les démangeaisons de tout le
corps, les insomnies, les flux de ventre, les écoulements des yeux et du
nez, les amblyopies, les glaucoses (52), les duretés
de l'ouïe.
QUATRIÈME SECTION.
1. Administrez un médicament purgatif aux femmes enceintes, s'il y a orgasme,
du quatrième au septième mois ; faites-le rarement chez celles qui ont dépassé
ce terme. Il faut prendre des précautions pour les petits foetus et pour ceux
âgés [de plus de sept mois] (53).
2. Évacuez avec les médicaments purgatifs les matières dont l'issue spontanée
soulage [en pareille circonstance] ; mais faites cesser les évacuations qui ont
un caractère opposé.
3. Si les matières qui doivent être purgées sont purgées,
c'est avantageux et on supporte bien [cette évacuation] ; sinon, on la supporte
mal (54).
4. En été, il faut surtout purger par en haut, en hiver par en bas (55).
5. Pendant et avant la Canicule, les purgatifs sont nuisibles.
6. Purgez par en haut ceux qui sont maigres, en évitant [de le faire] pendant
l'hiver.
7. Purgez par en bas ceux qui vomissent difficilement et qui ont un embonpoint
moyen, en évitant [de le faire] en été.
8. Il faut éviter de purger les phtisiques par le haut (56).
9. Purgez largement par en bas les mélancoliques. [Dans les autres
circonstances], d'après le même raisonnement, faites le contraire [quand le cas
l'exige] (57).
10. Dans les maladies très aiguës, s'il y a orgasme, administrez sur-le-champ
un médicament purgatif; car temporiser clans ces circonstances, c'est mauvais.
11. Ceux qui ont des tranchées, des douleurs à la région ombilicale et des maux
de reins qui ne cèdent ni aux médicaments purgatifs, ni à d'autres remèdes,
tombent dans l'hydropisie sèche.
12. Purger par en haut en hiver ceux dont les intestins sont affectés de
lienterie, c'est mauvais.
13. Quand on veut donner l'ellébore à ceux qui sont difficilement purgés par en
haut, il faut, avant de l'administrer, humecter (58) leur corps par une
nourriture plus abondante et par le repos.
14. Quand on a pris l'ellébore, il vaut mieux se livrer à des mouvements que de
se laisser aller au sommeil et au repos ; la navigation (59) prouve en effet que
le mouvement trouble le corps.
15. Si vous voulez que l'ellébore agisse davantage, donnez du mouvement au
corps; si vous voulez au contraire arrêter son action, laissez dormir et faites
éviter les mouvements.
16. L'ellébore est dangereux pour les personnes dont les chairs sont saines : il
provoque des spasmes.
17. Chez un sujet qui n'a pas de fièvre (60), du dégoût, du
cardiogme, de la
scotodinie (vertiges ténébreux) et de l'amertume à la bouche, indiquent qu'il
faut purger par en haut.
18. Les douleurs [qui réclament une purgation], si elles siégent au-dessus du
diaphragme, indiquent qu'il faut purger par en haut ; si elles siègent
au-dessous, qu'il faut purger par en bas (61).
19. Ceux qui pendant l'action des médicaments purgatifs ne sont point altérés,
ne cessent pas d'être purgés avant que la soif arrive.
20. Chez ceux qui sont sans fièvre, s'il survient des tranchées, de la
pesanteur aux genoux, des douleurs aux lombes, c'est un signe qu'il faut évacuer
par en bas.
21. Les déjections noires, semblables à du sang noir, qui viennent [depuis
longtemps] spontanément, avec ou sans fièvre, sont très mauvaises. Plus la
couleur en est dépravée, plus elles sont mauvaises. Quand il en est ainsi par
l'effet d'un purgatif, c'est meilleur. Alors, quelque variété de couleurs
qu'elles présentent, elles ne sont pas funestes.
22. Lorsqu'au début des maladies, il y a un flux de bile noire par en haut ou
par en bas, c'est mortel.
23. Ceux qui, épuisés par une maladie aiguë ou chronique, par une plaie, ou par
toute autre cause, ont un flux de bile noire ou de matières semblables à du sang
noir, meurent le lendemain.
24. Si la dysenterie tire son origine de la bile noire, c'est mortel.
25. Rendre du sang par en haut, quelque apparence qu'il ait, c'est mauvais;
mais par en bas, c'est bon (62).
26. Quand on est pris de dysenterie, rendre des matières semblables à des
lambeaux de chair (63), c'est mortel.
27. Chez ceux qui dans les fièvres ont d'abondantes hémorragies, de quelque
partie que ce soit, le ventre se relâche pendant la convalescence.
28. La surdité survenant chez ceux qui ont des déjections bilieuses, les fait
cesser ; et chez ceux qui ont de la surdité, s'il survient des déjections
bilieuses, elles la font cesser.
29. Dans les fièvres, quand des frissons se manifestent au sixième jour, la
crise est difficile.
30. Chez ceux qui ont des paroxysmes, si la fièvre reprend le lendemain à
l'heure à laquelle elle a cessé la veille, la crise est difficile.
31. Chez ceux qui éprouvent un sentiment de lassitude dans les fièvres, il se
forme des dépôts (64) sur les articulations et surtout près des mâchoires.
32. Mais chez ceux qui relèvent d'une maladie, s'il y a quelque partie
souffrante, c'est là que se forment les dépôts.
33. Également, si quelque partie est souffrante avant la maladie, c'est là que
se fixe le mal (65).
34. Chez un individu pris de fièvre, s'il survient de la suffocation sans qu'il
y ait de tumeur au pharynx, c'est mortel.
35. Chez un individu pris de fièvre, si le cou se tourne subitement et si la
déglutition est très difficile, sans qu'il y ait de tumeur [au cou] (66),
c'est mortel.
36. Chez les fébricitants, les sueurs sont bonnes si elles commencent au
troisième, au cinquième, au septième, au neuvième, au onzième, au quatorzième, au dix-septième, au vingt et unième, au vingt-septième, au trente et unième,
au trente-quatrième jour, car ces sueurs jugent les maladies. Celles qui
n'arrivent pas ainsi présagent [la mort], des souffrances, la longueur de la
maladie et des rechutes (67).
37. Des sueurs froides avec une fièvre aiguë, présagent la mort ; mais avec une
fièvre moins intense, la longueur de la maladie.
38. Le siége de la sueur indique celui de la maladie.
39. Là où se fait sentir la chaleur ou le froid, là est le siége de la maladie.
40. Quand il survient dans tout le corps des changements, soit qu'il se
refroidisse et redevienne ensuite chaud, soit
qu'il présente tantôt une couleur, tantôt une autre, c'est une preuve que la
maladie sera longue.
41. Des sueurs abondantes arrivant pendant le sommeil, sans cause apparente,
indiquent que le corps a usé de trop d'aliments. Mais si cela arrive quand on
n'a pas pris de nourriture, c'est une preuve qu'on a besoin d'être évacué
(68).
42. Des sueurs abondantes, froides ou chaudes et continuelles, annoncent, si
elles sont froides, une longue maladie; si elles sont chaudes, une maladie de
moindre durée.
43. Les fièvres sans intermission et qui redoublent d'intensité de trois en
trois jours, sont très dangereuses; mais si elles ont des intermissions, de
quelque façon que ce soit, elles ne présentent point de danger.
44. Chez ceux qui ont des fièvres de long cours, il survient des tumeurs ou des
abcès aux articulations (69).
45. Ceux qui, à la suite des fièvres, ont des tumeurs, ou des douleurs aux
articulations, prennent trop d'aliments.
46. Si un frisson revient plusieurs fois dans une fièvre qui n'a pas
d'intermissions, chez un malade déjà affaibli, c'est mortel.
47. Dans les fièvres qui n'ont pas d'intermissions, les crachats livides
sanguinolents, les fétides et les bilieux sont tous mauvais; mais quand ils
sortent bien, ils sont bons; il en est de même des déjections alvines et des
urines. S'il ne se fait par ces voies aucune évacuation convenable, c'est
mauvais (70).
48. Dans les fièvres qui n'ont pas d'intermissions, si l'extérieur est froid,
l'intérieur brûlant, et s'il y a de la soif, c'est mortel.
49. Dans une fièvre qui n'a pas d'intermission, si la lèvre, le sourcil, l'oeil,
la narine se dévient; si le malade, déjà affaibli, ne voit plus, n'entend plus,
quel que soit celui de ces signes qui apparaisse, la mort est proche (71).
50. Lorsque, dans une fièvre qui n'a pas d'intermissions, il survient de la
dyspnée et du délire, c'est mortel.
51. Dans les fièvres, les aposthèmes qui ne se dissipent pas aux premières
crises, annoncent la longueur de la maladie.
52. Dans les fièvres ou dans les autres maladies, quand on pleure avec motif,
cela n'a rien d'inquiétant ; mais quand on pleure sans motif, c'est inquiétant
(72).
53. Lorsque dans une fièvre il se dépose sur les dents une matière gluante, la
fièvre devient plus intense
54. Quand une toux sèche et peu irritante se prolonge dans les fièvres causales,
les malades n'ont pas beaucoup de soif.
55. Les fièvres qui viennent à la suite des bubons, sont toutes mauvaises,
excepté les éphémères (73).
56. Chez un fébricitant, quand il survient de la sueur sans que la fièvre
s'apaise, c'est mauvais ; car la maladie se prolonge, et c'est un signe
d'humidité surabondante (74).
57. La fièvre survenant chez un individu en proie à un spasme ou au tétanos,
résout la maladie (75).
58. Chez un individu pris de causus, l'invasion d'un frisson en est la solution.
59. La fièvre tierce régulière se juge en sept périodes au plus tard.
60. Chez les fébricitants, qui ont de la surdité, une hémorragie du nez ou des
perturbations du ventre résolvent la maladie.
61. Chez un fébricitant, si ce n'est pas dans les jours critiques (76) que la
fièvre s'en va, elle a coutume de récidiver.
62. Lorsque dans une lièvre on devient ictérique avant le septième jour, c'est
mauvais, [à moins qu'il n'y ait des déjections alvines liquides] (77).
63. Quand le frisson vient chaque jour dans les fièvres, chaque jour aussi elles
se résolvent.
64. Lorsque dans les fièvres on devient ictérique le septième, le neuvième, [le
onzième] on le quatorzième jour, c'est bon, si l'hypocondre droit n'est pas
dur; sinon, c'est mauvais (78).
65. Dans les fièvres [aiguës], une chaleur brûlante au ventre et du cardiogme,
c'est mauvais.
66. Dans les fièvres aiguës, les spasmes et les fortes douleurs aux viscères
[abdominaux], c'est mauvais.
67. Dans les fièvres, les frayeurs (79) ou les spasmes pendant le sommeil,
c'est mauvais.
68. Dans les fièvres, la respiration brisée est mauvaise, car elle indique un
spasme.
69. Chez les individus qui ne sont pas sans fièvre, des urines d'abord épaisses,
grumeuses (80), peu copieuses, devenant ensuite abondantes et ténues,
soulagent. Cela arrive surtout quand elles déposent dès le commencement de la
maladie, ou bientôt après.
70. Chez les fébricitants, des urines troubles et semblables à celles des bêtes
de somme (jumenteuses) indiquent qu'il y a ou qu'il y aura céphalalgie (81).
71. Chez ceux dont la maladie doit se juger [pour leur salut] le septième jour,
l'urine présente, au quatrième, un nuage rouge ; et les autres [excrétions
critiques] sont comme il convient (82).
72. Chez tous les malades, les urines transparentes et blanches (incolores) sont
funestes : elles s'observent surtout chez les phrénétiques (83).
73. Chez tous ceux dont les hypocondres météorisés sont parcourus par des
borborygmes, s'il survient une douleur aux lombes, le ventre s'humecte, à moins
qu'il ne se fasse une éruption de vents ou une abondante évacuation d'urines.
Ces choses arrivent dans les fièvres (84).
74. Quand il y a lieu de craindre un dépôt sur les articulations, un flux
d'urines abondantes, très épaisses et blanches, telles qu'on commence à les
rendre le quatrième jour, dans certaines fièvres, avec sentiment de lassitude, détourne ce dépôt. S'il survient une hémorragie du nez, elle délivre aussi très
promptement.
75. Rendre avec les urines du sang et du pus, indique l'ulcération des reins ou
de la vessie (85).
76. Chez ceux qui rendent avec des urines épaisses de petits morceaux de chair
ou (86) des corps piliformes, ces matières sont fournies par les reins.
77. Chez ceux qui rendent avec des urines épaisses des matières furfuracées, il
existe une affection psorique de la vessie (87).
78. L'apparition spontanée (88) du sang dans les urines, indique la rupture de
quelque petite veine des reins.
79. Chez ceux dont les urines déposent des matières sablonneuses, la vessie ou
les reins contiennent des pierres (89).
80. Si les urines contiennent du sang et des grumeaux, s'il y a de la
strangurie, et s'il survient des douleurs au périnée, à l'hypogastre et au
pubis, c'est un signe que la vessie et ses dépendances (90) sont malades.
81. Si on rend avec les urines du sang, du pus et (91) des matières furfuracées,
et si elles ont une odeur fétide, c'est une preuve que la vessie est ulcérée.
82. Quand des abcès se forment dans l'urètre, s'ils suppurent et se rompent,
c'est la solution [de l'ischurie] (92).
83. D'abondantes évacuations d'urine pendant la nuit annoncent une petite selle.
CINQUIÈME SECTION.
1. Un spasme après l'ellébore, c'est mortel.
2. Un spasme survenant à la suite d'une blessure (93), c'est mortel.
3. A la suite d'un flux de sang abondant, un spasme ou le hoquet, c'est mauvais
(94).
4. A la suite d'une superpurgation, un spasme ou le hoquet, c'est mauvais.
5. Si un homme ivre est pris subitement d'aphonie et de spasmes, il meurt, à
moins qu'il ne survienne un accès de fièvre ou qu'il ne recouvre la parole en
arrivant à l'époque à laquelle les vapeurs du vin se dissipent (95).
6. Ceux qui sont pris de tétanos, meurent en quatre jours; s'ils passent ce
terme, ils guérissent.
6 bis. Une fièvre aiguë survenant chez un individu pris de spasme et de tétanos,
résout la maladie (96).
7. Quand l'épilepsie se manifeste avant la puberté, on petit en être délivré;
quand elle vient à vingt-cinq ans, elle dure ordinairement (97) jusqu'à la mort.
8. Les pleurétiques qui ne sont pas purgés (98) en quatorze jours, deviennent empyématiques.
9. La phtisie se déclare surtout depuis l'âge de dix-huit jusqu'à celui de
trente-cinq ans.
10. Quand l'esquinancie disparaît, elle se porte sur le poumon, et les malades
meurent en sept jours; s'ils passent ce terme, ils deviennent empyématiques (99).
11. Chez ceux qui sont en proie à la phtisie, si les crachats qu'ils rejettent
en toussant (100) répandent une odeur fétide quand on les met sur des charbons
ardents, et si les cheveux tombent, c'est mortel.
12. Les phtisiques chez lesquels les cheveux tombent, meurent s'il survient de
la diarrhée.
13. Ceux qui rejettent en toussant (101) du sang écumeux, le rejettent du poumon.
14. La diarrhée survenant chez un individu pris de phtisie, c'est mortel.
15. Si ceux qui deviennent empyématiques à la suite d'une pleurésie, sont purgés
en quarante jours à dater de celui où la rupture de l'empyème a eu lieu, ils
sont délivrés; sinon, ils tombent dans la phtisie.
16. Le chaud produit les effets suivants sur ceux qui en usent trop souvent;
il relâche les chairs, affaiblit les nerfs, engourdit l'esprit, provoque des
hémorragies et des lipothymies ; ces accidents vont jusqu'à la mort (102).
17. Le froid [cause] des spasmes, le tétanos, des lividités, des frissons
fébriles.
18. Le froid est l'ennemi des os, des dents, des nerfs, de l'encéphale, de la
moelle épinière; le chaud leur est favorable.
19. Il faut réchauffer les parties refroidies, excepté celles qui sont le siége
d'une hémorragie, ou qui vont le devenir . (103)
20. Le froid est mordant pour les plaies; il durcit la peau environnante,
produit des douleurs qui arrêtent la suppuration; des taches noires, des
frissons fébriles, des spasmes et le tétanos.
21. Il arrive quelquefois que dans le tétanos survenu sans plaie chez un jeune
homme robuste, au milieu de l'été, une abondante affusion d'eau froide rappelle
la chaleur; or, la chaleur combat le tétanos.
22. Le chaud favorise la suppuration, mais non dans toutes les plaies; [quand il
produit cet effet] c'est un grand signe de salut. Il ramollit et amincit la
peau, calme la douleur, les frissons, les spasmes et le tétanos; il dissipe la
pesanteur de tête ; il est très utile dans les fractures des os, il l'est
surtout pour les os qui sont mis à nu, notamment pour les os de la tête qui
présentent des ulcères; [il convient] pour toutes les parties que le froid
mortifie ou fait ulcérer et pour les herpès rongeants; il est bon pour les
maladies de l'anus, des organes génitaux, de la matrice, de la vessie. Dans
tous ces cas, le chaud est favorable et facilite la crise; au contraire, le
froid est nuisible et éteint la vie.
23. Il faut appliquer le froid dans les circonstances suivantes: quand une
hémorragie [a lieu ou] va avoir lieu
(104), non sur le siége même de
l'hémorragie, mais au voisinage; sur les phlegmons ou sur les inflammations dont
la couleur tourne au rouge par le récent afflux du sang, car le froid noircit
les inflammations anciennes; sur les érysipèles non ulcérés, car il est nuisible
à ceux qui le sont.
24. Les choses froides, telles que la neige et la glace, sont ennemies de la
poitrine; elles provoquent la toux, les hémorragies et les catarrhes.
25. Une abondante affusion d'eau froide amende et diminue les tumeurs et les
douleurs sans plaie aux articulations, la goutte, les spasmes; elle dissipe
aussi la douleur, car un léger engourdissement dissipe la douleur
26. L'eau qui s'échauffe et qui se refroidit rapidement est très légère.
27. Quand on a envie de boire pendant la nuit, et qu'on s'endort avec toute sa
soif, c'est bon.
28. Les fumigations aromatiques font apparaître les menstrues. Elles seraient
très souvent utiles dans d'autres circonstances si elles ne produisaient pas
des pesanteurs de tête.
29. Administrez un médicament purgatif aux femmes enceintes, s'il y a orgasme,
du quatrième au septième mois; mais soyez plus réservé après ce terme. Il faut
ménager les petits foetus et ceux qui sont âgés de plus de sept mois
(105).
30. Il est mortel pour une femme enceinte d'être prise de quelque maladie aiguë.
31. Saigner une femme enceinte la fait avorter, surtout si le foetus est très
développé.
32. Chez une femme qui vomit du sang, l'éruption des menstrues fait cesser ce
vomissement.
33. Une hémorragie du nez, chez une femme dont les menstrues ne viennent pas,
c'est bon.
34. Une femme enceinte, dont le ventre se relâche abondamment, court risque
d'avorter.
35. Chez une femme en proie à des accès hystériques
(106), ou au milieu d'un
accouchement laborieux, un éternuement est avantageux.
36. Chez une femme, les menstrues qui n'ont pas de couleur déterminée, et qui ne
reviennent pas toujours à la même époque et avec la même apparence indiquent
qu'il faut purger (107).
37. Chez une femme enceinte, si les seins s'affaissent subitement, elle avorte.
38. Chez une femme enceinte de deux jumeaux, si l'une des deux mamelles
s'affaisse, elle avorte de l'un ou l'autre foetus, du garçon si c'est la
droite, de la fille si c'est la gauche.
39. Quand une femme qui n'est ni enceinte ni nouvellement accouchée, a du
lait, ses règles sont supprimées.
40. Chez une femme, un afflux de sang sur les mamelles présage la manie
(108).
41. Voulez-vous savoir si une femme a conçu, lorsqu'elle est sur le point d'aller dormir? faites-lui boire de l'hydromel pourvu
qu'elle n'ait pas pris le repas du soir
(109); si elle ressent des tranchées,
elle est enceinte; si elle n'en éprouve pas, elle n'a point conçu.
42. Une femme a bonne couleur si elle est enceinte d'un garçon; si c'est d'une
fille, elle a mauvaise couleur.
43. Si un érysipèle (inflammation) survient à la matrice chez une femme
enceinte, c'est mortel.
44. Les femmes extraordinairement maigres qui deviennent enceintes avortent à
deux mois jusqu'à ce qu'elles aient engraissé
(110).
45. Chez les femmes qui, ayant un embonpoint modéré, avortent à deux ou à trois
mois sans cause apparente, les cotylédons
(111) de la matrice sont pleins de
mucosités; ils ne peuvent résister au poids du foetus et se rompent.
46. Chez les femmes extraordinairement grasses qui ne conçoivent pas, l'épiploon
comprime l'orifice [interne] de la matrice, et elles n'enfantent point avant
d'avoir maigri.
47. Si la matrice inclinée sur l'ischion suppure, elle a nécessairement besoin
d'être pansée avec des mèches de charpie
(112).
48. Les foetus mâles sont surtout à droite, les femelles à gauche.
49. Pour faire sortir I'arrière-faix, donnez un sternutatoire et comprimez la
bouche et les narines.
50. Si vous voulez arrêter les règles d'une femme, appliquez sur les seins une ventouse aussi grande que possible
(113).
51. Chez les femmes enceintes, l'orifice de l'utérus est
fermé.
52. Chez une femme enceinte, si beaucoup de lait coule par les mamelles, c'est
une preuve que le foetus est faible. Si les mamelles sont fermes, c'est une
preuve que le foetus est bien portant.
53. Quand une femme est sur le point d'avorter, ses mamelles s'affaissent. Mais
si elles reprennent leur fermeté, il y aura de la douleur soit aux mamelles,
soit aux ischions, soit
aux yeux, soit aux genoux, et l'avortement n'a pas lieu.
54. Chez les femmes dont l'orifice de la matrice est dur, cet orifice est
nécessairement fermé (114).
55. Les femmes enceintes qui sont prises de fièvre et qui deviennent brûlantes
(115), sans cause apparente, ont un .accouchement laborieux et dangereux, ou
elles courent risque d'avorter.
56. A la suite d'une perte, un spasme ou
(116) la lipothymie, c'est mauvais.
57. Quand les règles sont trop abondantes, il en résulte des maladies; si elles
ne coulent pas, les maladies [qui sont la suite de cette suppression]
proviennent de l'utérus (117).
58. A la suite de l'inflammation du rectum et de l'utérus et de la suppuration
des reins, arrive la strangurie (118). A la suite de l'inflammation du foie,
arrive le hoquet.
59. Quand une femme n'a pas conçu, et que vous voulez savoir si elle peut
devenir féconde, enveloppez-la d'un manteau et faites-lui des fumigations par
en bas. Si l'odeur vous paraît arriver à travers son corps jusqu'à ses narines
et à sa bouche, sachez que ce n'est pas d'elle que dépend la stérilité
(119).
60. Si les menstrues apparaissent [en abondance]
(120) chez une femme enceinte,
il est impossible que le foetus se porte bien.
61. Chez une femme, si les menstrues manquent sans qu'il survienne ni frissons
ni fièvre, et si elle éprouve des nausées, jugez qu'elle est enceinte.
62. Les femmes qui ont la matrice froide et dense n'engendrent pas; celles qui
ont la matrice très humide n'engendrent pas non plus; il en est de même de
celles qui l'ont sèche et ardente, parce que la semence y dépérit faute d'aliment.
Les femmes dont la matrice offre un mélange exact de ces qualités sont aptes à
concevoir (121).
63. On observe quelque chose d'analogue chez les hommes : en effet, ou le
pneuma à cause de la trop grande raréfaction du corps s'échappe au dehors au
lieu de projeter la
semence; ou ce liquide ne peut sortir à cause de la trop grande densité [du
corps] ; ou la semence ne peut à cause de la trop grande froideur [du corps]
s'échauffer de manière à s'amasser dans ses réservoirs ; ou la même chose arrive
à cause de la trop grande chaleur [du corps].
64. Donner du lait à ceux qui ont de la céphalalgie, c'est mauvais. Il est
également mauvais [d'en donner] aux fébricitants, à ceux dont les hypocondres
météorisés sont parcourus par des borborygmes, à ceux qui sont altérés, à ceux
qui dans une fièvre aiguë ont des évacuations alvines bilieuses, et à ceux qui
rendent beaucoup de sang par les selles. Il convient au contraire aux phtisiques quand ils n'ont pas trop de fièvre ; il est également bon d'en
donner dans les fièvres lentes et de longue durée, pourvu qu'il n'y ait aucun
des signes qui viennent d'être mentionnés ; enfin [il est bon] dans les cas de
consomption extraordinaire (122).
65. Ceux dont les plaies sont accompagnées de gonflement, n'ont ordinairement
ni spasmes ni délire violent. Mais si la tuméfaction disparaît brusquement, les
spasmes et le tétanos arrivent, quand la plaie est par derrière ; quand elle est
par devant, il survient un délire violent, ou des douleurs aiguës au côté, ou
des empyèmes, ou la dysenterie, si le gonflement était très rouge
(123).
66. Si dans les blessures graves il ne survient point (le tuméfaction, c'est
mauvais (124).
67. Les tumeurs molles (arrivées à coction) sont avantageuses; les crues (rénittentes)
sont mauvaises.
68. Chez un individu qui a des douleurs à l'occiput, l'ouverture de la veine
droite qui est au front (veine préparate), procure du soulagement.
69. Chez les femmes, les frissons commencent ordinairement par les lombes, et
montent le long du dos jusqu'à la tête. Chez les hommes, ils commencent aussi
plutôt par la partie postérieure que par la partie antérieure du corps, par
exemple par les coudes et les cuisses. Les hommes ont aussi la peau rare, les
poils en sont la preuve (125).
70. Ceux qui sont en proie à la fièvre quarte ne sont pas pris de spasmes ; et
si on est d'abord en proie à des spasmes et que la fièvre quarte survienne
ensuite, elle les fait cesser.
71. Ceux qui ont la peau tendue, sèche et dure, meurent sans suer. Ceux qui
l'ont lâche et rare, meurent avec des sueurs.
72. Les ictériques n'ont pas beaucoup de flatuosités.
SIXIÈME SECTION.
1. Dans les lienteries chroniques, des éructations acides, quand il n'en
existait pas au début, c'est un bon signe.
2. Ceux dont les narines sont naturellement très humides et le sperme fort
aqueux, traînent une vie maladive; ceux qui se trouvent dans le cas contraire se
portent mieux ((126).
3. Dans les dysenteries de long cours, du dégoût, c'est mauvais ; quand il
est accompagné de fièvre, c'est plus mauvais.
4. Les ulcères autour desquels le poil tombe, sont de mauvaise nature.
5. Dans les douleurs de côté, de poitrine ou de toute autre partie, il importe
de noter si elles diffèrent beaucoup.
6. Les affections des reins et celles de la vessie se guérissent difficilement
[surtout ] chez les vieillards.
7. Les douleurs qui surviennent au ventre sont légères quand elles sont
superficielles; mais plus intenses quand elles sont profondes.
8. Des ulcères survenant sur le corps chez les hydropiques, ne se guérissent
pas facilement.
9. Les larges exanthèmes ne causent pas beaucoup de prurit (127).
10. Chez celui qui a une douleur locale et chez celui qui a des douleurs
générales à la tête, un écoulement d'eau ou de sang par les narines, ou par la
bouche, ou par les oreilles, résout la maladie (128).
11. Chez les mélancoliques et chez les néphrétiques, quand il survient des
hémorroïdes, c'est bon.
12. Quand on guérit des hémorroïdes anciennes, si l'on n'en conserve pas une
(129), il est à craindre qu'il ne survienne une hydropisie ou une
phtisie.
43. L'éternuement survenant chez un individu pris de hoquet le fait cesser.
14. Chez un individu attaqué d'hydropisie, quand l'eau qui est dans les veines
se répand dans le ventre, c'est la solution (130).
15. Chez un individu attaqué de diarrhée ancienne, un vomissement spontané
arrête la diarrhée.
16. La diarrhée survenant chez un individu attaqué de pleurésie ou de
péripneumonie, c'est mauvais.
17. Il est bon pour un individu qui a une ophtalmie d'être pris de diarrhée.
18. Les plaies profondes de la vessie, de l'encéphale, du coeur, du diaphragme, des intestins grêles, de l'estomac ou du foie, sont [le plus souvent ]
mortelles (131).
49. Lorsqu'un os ou un cartilage, ou un nerf, ou la partie mince de la joue, ou
le prépuce, ont été divisés, ils ne peuvent ni repousser ni se réunir (132).
20. Si du sang est épanché dans une cavité qui n'est pas naturelle, il se
transforme nécessairement en pus (133) .
21. Des varices et des hémorroïdes survenant chez les maniaques, résolvent la
manie.
22. Les douleurs (134) qui descendent du dos aux coudes, la saignée les guérit.
23. Si la crainte ou la tristesse persévère longtemps, cela tient à la
mélancolie.
24. Si une partie des intestins' grêles est divisée, elle ne se réunit plus
(135).
25. Il n'est pas bon qu'un érysipèle situé à l'extérieur se porte au dedans;
s'il passe de l'intérieur à l'extérieur, c'est bon.
26. Quand il survient des tremblements dans le causas, le délire les dissipe
(136).
27. Les empyématiques ou les hydropiques opérés par le
fer ou par le feu, succombent infailliblement si le pus ou l'eau est évacué
tout d'un coup (137).
28. Les eunuques ne deviennent ni goutteux ni chauves
(138).
29. Les femmes ne sont pas sujettes à la podagre avant la cessation de leurs
règles (139).
30. Les enfants ne sont pas sujets à la podagre avant d'avoir usé des plaisirs
vénériens.
31. L'usage du vin pur, ou les bains, ou les fomentations, ou la saignée ; ou
une potion purgative, guérissent les douleurs des yeux.
32. Les bègues sont surtout attaqués de diarrhées de long cours.
33. Les personnes qui ont des éructations acides ne sont guère sujettes aux
pleurésies.
34. Chez les chauves il ne survient pas [ordinairement] de varices
volumineuses; mais s'il survient des varices volumineuses chez ceux qui sont
chauves, leurs cheveux repoussent.
35. La toux survenant chez les hydropiques, c'est mauvais.
36. La saignée résout la dysurie ; mais il faut ouvrir les veines internes
(140).
37. Chez un individu pris d'esquinancie, il est bon qu'il survienne un
gonflement au cou (141).
38. Il vaut mieux ne pas traiter ceux qui ont des cancers occultes. Les malades
meurent bientôt s'ils font des remèdes; s'ils n'en font pas, ils vivent plus
longtemps (142).
39. Les spasmes viennent de plénitude ou de vacuité; il en est de même du
hoquet.
40. Chez ceux qui ont des douleurs à l'hypocondre sans inflammation, s'il
survient de la fièvre, elle résout la douleur.
41. Quand une collection purulente existe dans quelque partie du corps et ne se
manifeste pas au dehors, c'est à cause de l'épaisseur du pus ou des parties
(143)
qu'elle ne se manifeste pas.
42. Chez les ictériques, il est funeste que le foie devienne dur.
43. Chez ceux qui ont la rate gonflée et dure, s'il survient une dysenterie de
long cours, l'hydropisie ou la lienterie vient la compliquer et les malades sont
perdus (144).
44. Ceux chez qui un iléus survient à la suite de la strangurie, meurent en
sept jours, à moins qu'avec l'invasion de la fièvre il n'arrive un flux abondant
d'urines (145).
45. Quand une plaie dure un an ou plus longtemps, l'os s'exfolie
nécessairement, et il en résulte des cicatrices profondes. -
46. Ceux qui, avant la puberté, sont atteints de gibbosité par suite d'un
asthme ou de toux, sont perdus (146).
47. Ceux à qui là saignée ou les purgatifs [de précaution] conviennent,
doivent être saignés ou purgés au printemps.
48. La dysenterie survenant chez ceux qui ont la rate gonflée et dure, c'est
avantageux.
49. Les affections goutteuses, quand la phlegmasie a cessé, disparaissent en
quarante jours.
50. Chez ceux dont l'encéphale est profondément divisé, il survient
nécessairement de la fièvre et un vomissement bilieux
(147).
51. Ceux qui, en pleine santé, sont pris tout à coup de maux de tête,
deviennent subitement aphones, et dont la respiration est stertoreuse, meurent
en sept jours, à moins que la fièvre ne survienne.
52. Il faut aussi faire attention à ce que l'on entrevoit du globe de l'oeil
pendant le sommeil; car si à travers les paupières entr'ouvertes, une partie du
blanc de l'oeil apparaît, sans qu'il y ait eu diarrhée ou administration de
purgatifs, c'est un signe suspect et tout à fait mortel.
53. Les délires gais sont moins dangereux; les délires sérieux sont plus
dangereux.
54. Dans les maladies aiguës avec fièvre, la respiration gémissante est
mauvaise.
55. Les affections goutteuses [et les affections maniaques se déclarent principalement au printemps et à l'automne
(148).
56. Dans les maladies mélancoliques, les déplacements [de la matière peccante]
sont dangereux : ils annoncent ou l'apoplexie du corps, ou des spasmes, ou la
manie, ou la cécité.
57. On est surtout exposé à l'apoplexie depuis l'age de quarante jusqu'à celui
de soixante ans.
58. Si l'épiploon est sorti, il doit nécessairement se gangrener.
59. Chez ceux qui sont attaqués d'une coxalgie chronique, quand l'ischion (la
tête du fémur) sort de sa cavité et y rentre de nouveau, il se forme des
mucosités (149).
60. Chez ceux qui sont attaqués d'une coxalgie chronique, quand l'ischion sort
de sa cavité, le membre s'atrophie et la claudication s'ensuit si l'on ne
cautérise pas.
SEPTIÈME SECTION.
1. Dans les maladies aiguës, le refroidissement des extrémités, c'est mauvais.
2. Sur un os malade, de la chair livide, c'est mauvais.
3. A la suite d'un vomissement, le hoquet et la rougeur des yeux, c'est
mauvais.
4. Du frisson à la suite de la sueur, ce n'est pas avantageux.
5. A la suite de manie, la dysenterie, l'hydropisie ou l'extase, c'est bon.
6. A la suite d'une maladie chronique, du dégoût et des
évacuations alvines sans mélange (150), c'est mauvais.
7. A la suite d'un excès de boisson, le frisson et le délire,
c'est mauvais.
8. A la suite de la rupture interne d'une collection purulente, surviennent la
résolution des membres, le vomissement et la défaillance.
9. A la suite d'une hémorragie, le délire ou un spasme, c'est mauvais.
10. A la suite de l'iléus, un vomissement ou le hoquet, ou un spasme, ou du
délire, c'est mauvais.
11. A la suite d'une pleurésie, la péripneumonie, c'est mauvais (151).
12. Le phrénitis à la suite d'une péripneumonie, c'est mauvais.
13. A la suite de fortes brûlures (152), les convulsions ou le tétanos, c'est
mauvais.
14. A la suite d'un coup sur la tête, la stupeur ou le délire, c'est mauvais
(153).
15. A la suite d'un crachement de sang [arrive] un crachement de pus (154).
16. A la suite d'un crachement de pus, la phtisie et un flux de ventre (155),
c'est mauvais. Quand les crachats se suppriment, le malade meurt.
17. A la suite d'une phlegmasie du foie, [ arrive ] le hoquet (156).
18. A la suite d'une insomnie, [arrive] un spasme ou . du délire (157).
18 bis. A la suite du léthargus, le tremblement, c'est mauvais (158).
19. Un érysipèle autour d'un os dénudé, [c'est mauvais] (159).
20. A la suite d'une érysipèle de mauvaise nature, [arrive] la gangrène ou la
suppuration (160).
21. A la suite de fortes pulsations dans les plaies, [arrive] une hémorragie
(161).
22. A la suite de longues douleurs du ventre, [arrive] la suppuration.
23. A la suite de selles sans mélange, [arrive] la dysenterie.
24. A la suite d'une division des os [de la tête, arrive] le
délire si elle pénètre dans l'intérieur [du crâne] (162).
25. A la suite d'une potion purgative, un spasme, c'est
mortel.
26. A la suite de violentes douleurs dans la région du ventre, le
refroidissement des extrémités, c'est mauvais.
27. Le ténesme survenant chez une femme enceinte la fait avorter.
28. Quand un os ou un cartilage, ou un nerf quelconque du corps est divisé, il
ne pousse plus et ne se réunit plus (163).
29. Chez un individu attaqué de leucophleymasie, s'il survient une forte
diarrhée, elle résout la maladie.
30. Chez ceux qui dans une diarrhée rendent des selles écumeuses, il descend du
phlegme de la tète.
31. Chez les fébricitants, des dépôts crimnoïdes dans les urines, annoncent
que la maladie sera longue.
32. Lorsqu'il y a dans l'urine des hypostases bilieuses et qu'elle est ténue à
sa partie supérieure, c'est un signe que la maladie sera aiguë (164).
33. Chez ceux dont les urines ne sont pas homogènes, il y a un grand trouble
dans le corps.
34. Quand des bulles apparaissent à la surface des urines, elles indiquent
qu'il y a une maladie des reins et que cette maladie sera de longue durée (165).
35. Quand il y a sur les urines une épistase (166) grasse et agglomérée, elle
indique qu'il y a une maladie des reins, et que cette maladie est aiguë.
36. Lorsque les signes précédents se montrent chez les néphrétiques, et qu'il
s'y joint des douleurs aux muscles du rachis, si ces douleurs siégent dans les
régions superficielles, attendez-vous à un abcès externe ; mais si elles siégent
surtout dans les régions profondes, attendez-vous plutôt à un abcès interne.
37. Vomir le sang si on est sans fièvre, c'est salutaire ; mais si on a de la
fièvre, c'est dangereux : on doit recourir aux rafraîchissants et aux
styptiques.
38. Les catarrhes qui se font dans le ventre supérieur (la poitrine), suppurent
en vingt jours.
39. Si on urine du sang et des grumeaux, si on a de la strangurie, et si on est
pris de douleurs au périnée, à l'hypogastre et au pubis, c'est un indice que
la vessie et ses dépendances sont malades (167).
40. Si tout à coup la langue perd la faculté d'articuler, ou si quelque autre
partie est apoplectique ( paralysée), cela tient à la mélancolie.
41. Si le hoquet survient chez les personnes âgées à la suite d'une
superpurgation, ce n'est pas bon.
42. Quand une fièvre ne vient pas de la bile, si on fait sur la tète des
affusions abondantes d'eau chaude, il y a solution de la fièvre.
43. La femme ne devient pas ambidextre.
44. Les empyématiques opérés par le fer ou par le feu, réchappent si le pus
coule pur et blanc ; mais ils sont perdus s'il est sanguinolent, bourbeux,
fétide (168).
45. Ceux qui ont une collection purulente au foie et qui sont opérés par le feu,
réchappent si le pus coule pur et blanc, car dans ce cas le pus est dans une
poche; mais s'il ressemble à du marc d'olives, ils sont perdus.
46. Dans les douleurs d'yeux saignez après avoir fait boire du vin pur et après
de grands bains d'eau chaude (169).
47. Si un hydropique est pris de toux, il est désespéré (170).
48. Le vin pur et la saignée guérissent la strangurie et la dysurie ; mais il
faut ouvrir les veines internes (171).
49. Chez un individu pris d'esquinancie, s'il se manifeste de la tuméfaction et
de la rougeur sur la poitrine, c'est bon, car le mal se porte au dehors (172).
50. Ceux dont le cerveau est sphacélé (173), meurent en trois jours; s'ils
passent ce terme, ils guérissent.
51. L'éternuement vient de la tête, le cerveau étant échauffé et la cavité de la
tête devenant humide. Alors l'air qui y est renfermé s'échappe au dehors; il
fait du bruit à cause de l'étroitesse de son issue.
52. Chez ceux qui ont des douleurs à la région du foie, s'il survient de la
fièvre, elle dissipe la douleur.
53. Ceux à qui il convient de tirer du sang des veines, doivent être saignés au
printemps (174).
54. Quand du phlegme est renfermé entre le diaphragme
et l'estomac (175) et y cause de la douleur
ne pouvant s'ouvrir une issue ni
dans l'une ni dans l'autre cavité (la poitrine ou l'estomac), s'il est
transporté par les veines dans la vessie, il y a solution de la maladie.
55. Quand le foie plein d'eau se rompt sur l'épiploon (176), le ventre se remplit
d'eau et les malades meurent.
56. Le vin mêlé avec partie égale d'eau, dissipe l'anxiété, le bâillement et le
frisson (177).
57. Quand des abcès se forment dans l'urètre, s'ils suppurent et se rompent ;
il y a solution de la douleur (178).
58. Ceux dont le cerveau a éprouvé une commotion par une cause quelconque,
deviennent nécessairement aphones sur-le-champ (179).
59. Il faut faire souffrir la faim à ceux dont les chairs sont humides, car la
faim dessèche le corps (180).
60. Chez un individu pris de fièvre, et qui ne présente pas de tuméfaction au
pharynx, s'il survient tout à coup de la suffocation et si la déglutition ne
peut se faire qu'avec peine, c'est mortel.
61. Chez un individu pris de fièvre, si le cou se tourne subitement, et si la
déglutition est impossible, sans qu'il existe de tumeur au cou, c'est mortel.
62. Quand il survient dans tout le corps des changements, soit qu'il se
refroidisse et redevienne chaud, soit qu'il présente tantôt une couleur,
tantôt une autre, c'est une preuve que la maladie sera longue (181).
63. Des sueurs abondantes et continuelles, chaudes ou froides, indiquent un
excès d'humidité ; il faut donc en provoquer la sortie, par le haut, chez les
individus forts, par le bas chez les faibles (182).
64. Les fièvres qui n'ont pas d'intermission et qui redoublent tous les trois
jours, sont très dangereuses ; mais si elles ont des intermissions, de quelque
façon que ce soit, c'est un signe qu'elles sont sans danger.
65. Chez ceux qui ont des fièvres de long cours, il survient des tumeurs ou des
douleurs aux articulations (183).
66. Ceux qui, à la suite des fièvres, ont des tumeurs ou des douleurs aux
articulations, prennent trop d'aliments (184).
67. Si vous faites prendre à un fébricitant et à un homme sain la même
nourriture, vous donnerez de la force à l'homme sain et vous rendrez plus malade
celui qui l'est déjà (185).
68. Il faut examiner [dans une maladie] si les matières qui sortent par la
vessie ressemblent à celles qui en sortent dans l'état de santé. Quand elles ne
leur ressemblent pas du tout, elles sont mauvaises. Quand elles ressemblent aux
urines des personnes saines, elles ne sont point mauvaises.
69. Lorsque les déjections, si vous les laissez reposer et si vous ne les agitez
pas, donnent un dépôt semblable à des raclures, la maladie est peu de chose,
si ce dépôt est en petite quantité; s'il est considérable, elle est grave : il
faut alors purger. Si, avant de le faire, vous prescrivez des bouillies, plus
vous en donnerez, plus vous ferez de mal (186).
70. Quand les déjections alvines sont crues, elles proviennent de la bile noire
; si elle est abondante, la maladie est plus forte ; si elle est peu abondante, la maladie est plus faible (187).
71. Dans les fièvres qui n'ont point d'intermission, les crachats livides, les
sanguinolents, les bilieux ou les fétides, sont tous mauvais. Cependant s'ils
sortent bien ils sont bons. Quand les évacuations qui se font par la vessie ou
par les intestins, ou par quelque autre partie que ce soit, s'arrêtent avant
que tout soit purgé, c'est mauvais (188).
72. Il faut rendre les voies faciles quand on veut purger. Si on veut rendre
faciles les voies supérieures, il faut resserrer le ventre. Si on veut rendre
faciles les voies inférieures, il faut l'humecter (189).
73. Quand le sommeil et l'insomnie sont prolongés l'un et l'autre outre mesure,
il y a maladie (190).
74. Dans les fièvres qui n'ont pas d'intermission, si l'extérieur est froid,
et l'intérieur brûlant, et s'il y a de la fièvre, c'est mortel (191).
75. Dans une fièvre qui n'a pas d'intermission, si la lèvre, ou la narine, ou
l'oeil, ou le sourcil est dévié ; si le malade, affaibli, ne voit plus,
n'entend plus; quel que soit celui de ces signes qui apparaisse, la mort est
proche (192).
76. A la suite de la leucophlegmasie arrive l'hydropisie (193).
77. A la suite de la diarrhée, la dysenterie (194).
78. A la suite de la dysenterie, la lienterie (195).
79. A la suite du sphacèle (nécrose) de l'os, il y a séparation (196).
80. A la suite du vomissement de sang, il y a corruption et expectoration
purulente; à la suite de la phtisie, un flux qui vient de la tête; à la suite de
ce flux, la diarrhée; à la suite de la diarrhée, la suppression des crachats ;
à la suite de cette suppression, la mort (197).
81. Il faut examiner les qualités des évacuations qui se font par la vessie,
par les intestins et [les excrétions] qui se [font] par les chairs, et examiner
aussi si le corps s'éloigne en quelque chose de l'état naturel; s'il s'en
éloigne peu, la maladie est peu de chose ; s'il s'en écarte extrêmement, elle
est mortelle.
82. Ceux qui deviennent phrénétiques après quarante ans, ne
guérissent ordinairement pas ; en effet, il y a moins de danger pour ceux dont
la maladie est conforme à leur nature et à leur âge.
83. Dans les maladies, quand on pleure avec motif, c'est bon ; quand on pleure
sans motif, c'est mauvais.
84. Chez ceux qui ont des fièvres quartes, s'il survient un flux de sang par les
narines, c'est funeste.
85. Les sueurs arrivant dans les jours critiques, abondantes et rapides, sont
dangereuses. [Elles le sont également] celles qui tombent du front comme goutte
à goutte ou en ruisselant, et celles qui sont très froides et abondantes, car
de telles sueurs se font jour avec une très grande force, un très grand travail
et une pression prolongée.
86. A la suite d'une maladie chronique, un flux de ventre, c'est mauvais.
87. Ce que les remèdes ne guérissent pas, le fer le guérit ; ce que le fer ne
guérit pas, le feu le guérit; ce que le feu ne guérit pas, il faut le regarder
comme incurable.
NOTES DES APHORISMES.
Ire SECTION,
(01)
Aph. 1. - 1. L'empirisme est dangereux,
etc. En adoptant cette interprétation, j'ai suivi les commentateurs anciens:
Galien (Com. in Aph., t. XVII, p. 347 ; Com. I in lib. de Hum., t.
6 et 7, p. 79 et 80, t. XVI), Théophile (éd. de Dietz, t. II, p. 247), et
Étienne (p. 249). Il me semble, du reste, que, dans la collection. πεῖρα et ses
dérivés sont toujours pris dans le sens d'essai, d'expérimentation, et ne
rappellent pas l'idée toute métaphysique que nous rattachons au mot expérience
(cf. de Humoribus, initio, et Foës au mot πειρᾶσθαι dans son Économ.)
Πεῖρα signifie donc expérimentation ou plutôt empirisme, expression plus
générale et qui correspond mieux au mot raisonnement, par lequel Galien
interprète κρίσις. D'ailleurs cette appréciation laconique des deux grands
systèmes qui partagent la médecine, ou plutôt des deux voies qui conduisent à
cette science, me semble très en rapport avec les idées d'Hippocrate, et très
satisfaisante pour l'esprit. Si on adopte le mot expérience, il faut conserver à
σφαλερή le sens de dangereux qu'il a toujours dans la collection
hippocratique, donner à κρίσις sa signification propre, qui est discernement,
et comprendre que l'expérience est dangereuse si l'on ne sait pas s'en servir,
et que le κρίσις, qui sert précisément à discerner les cas et à permettre
l'application de l'expérience, est difficile. - « Presque tous les commentateurs
s'accordent à penser que ce discours, qu'il constitue ou non deux aphorismes,
est le commencement de tout le livre. Il s'agit de savoir maintenant ce
qu'Hippocrate a prétendu en entrant ainsi en matière: La vie est courte,
non pas absolument parlant, mais par rapport à l'étendue de l'art, qui tient
à
la rapidité du moment opportun, aux dangers de l'empirisme et aux difficultés
du dogmatisme. - L'art, qui consiste à formuler en principes généraux les faits
particuliers, ne peut aisément parvenir à ce résultat à cause de la mobilité de
la matière sur laquelle il s'exerce. Il y a deux manières de parvenir à la
connaissance : l'empirisme, dangereux à cause de la dignité de l'homme, sur
lequel il n'est pas permis de faire des essais comme sur les corps inanimés; le κρίσις difficile, soit que ce mot signifie, comme je le pense, le
raisonnement, soit, comme le veulent à tort les empiriques, qu'il veuille
dire le discernement, lequel juge de la valeur des nombreux moyens
employés empiriquement. En effet, dans le premier cas, ce qu'Hippocrate soutient
n'est-il pas prouvé jusqu'à l'évidence par les éternelles disputes des médecins,
par les mille systèmes qui prennent naissance tous les jours: dans le second,
n'est-il pas impossible de déterminer au juste quel remède a été bon ou
nuisible, quand on en a employé un grand nombre à la fois? L'art est donc
immense si on le mesure sur la vie d'un homme; et rien n'est plus précieux pour
la postérité que de rédiger la science médicale sous la forme aphoristique,
également utile à ceux qui commencent à l'apprendre et à ceux qui veulent se la
rappeler quand ils l'ont oubliée. - Mais enfin que veut dire Hippocrate en
commençant ainsi : La vie est courte si on la compare à l'étendue de l'art?
Les uns pensent que c'est pour encourager ceux qui étudient dignement la
médecine, les autres pour les détourner de cette étude; ceux-ci veulent que ce
soit une sorte d'épreuve pour discerner ceux qui étudient avec ardeur de ceux
qui apprennent nonchalamment la science. Ceux-là soutiennent que c'est pour
inviter à faire des commentaires aphoristiques; d'autres croient qu'Hippocrate a
voulu montrer que la médecine est toute conjecturale; enfin, les derniers
assurent que c'est pour apprendre aux médecins par combien de causes ils sont
trompés dans leurs prévisions. - Tous ces commentateurs ne me semblent avoir
rien dit de raisonnable pour l'interprétation de cette sentence. Serait-il sage
et digne de la doctrine [pronostique] d'Hippocrate de dire en commençant que
l'art est conjectural et que nous sommes perpétuellement trompés ? Aurait-il
ajouté ces paroles : « Il faut que non seulement le médecin, etc. ?
»
Elles sont d'un homme qui croit parler au nom de la vérité et non discourir sur
des illusions. Aux seconds, je demanderai s'il ne serait pas de la dernière
absurdité de présenter des préceptes comme devant être utiles à la postérité, et
de détourner de les apprendre? Ceux qui prétendent qu'Hippocrate veut engager à
étudier avec persévérance, se rapprochent du vrai ; mais leur explication n'est
pas entièrement digne de ce grand homme, ni complètement en rapport avec le
reste du livre. J'en dirai de même de ceux qui pensent que ces paroles sont une
sorte d'épreuve. - Il semble plus raisonnable de croire qu'Hippocrate a commencé
ainsi son livre pour justifier le genre aphoristique qu'il a choisi, et qui
présente la substance des choses dans le moins de mots possible. Cette manière
est la seule qui permette d'étudier complètement un art aussi étendu, et
d'ajouter peu à peu et méthodiquement les connaissances qui nous sont propres à
celles de nos ancêtres; car il n'est personne qui puisse tout seul inventer en
quelque sorte un art et le mener à perfection.
»
(Galien.)
(02)
Aph. 2. - 2.
«
Hippocrate, dit Galien (p. 357 ), prouve contre l'opinion de certains
interprètes, qu'il entend non la quantité, mais la qualité des matières
évacuées, puisqu'il se sert de καθαίρεσθαι (purger), mot consacré qui signifie
évacuer les humeurs nuisibles par leurs qualités, et non κενοῦσθαι, qui
veut dire simplement évacuer. - Ceux qui pensent qu'Hippocrate entendait
par le mot κενεαγγείη, l'abstinence, se trompent grossièrement. Il
appelle ainsi toute déplétion, de quelque nature qu'elle soit, parce que dans
toutes les évacuations les vaisseaux sont désemplis. » J'ai donc traduit
κενεαγγείη par déplétion vasculaire et non par déplétion sanguine
comme le fait M. Lallemand. J'ai ajouté [artificielle] pour me conformer à la
très juste interprétation de Théophile (p. 254). Galien indique à quels signes
on reconnaît la prédominance de telle ou telle humeur. En première ligne il
place la couleur de la peau, sorte de reflet extérieur de cette prédominance ;
ce caractère ne manque jamais, à moins que l'humeur n'ait reflué vers les
parties profondes. Si cet indice fait défaut, il faut considérer la saison, le
pays, les maladies ; c'est ainsi que la bile prédomine, ou dans une saison
chaude, ou dans un climat élevé, ou dans la vigueur de l'âge, et qu'une maladie
à type tierce est entretenue par la bile jaune, à type quarte par la bile noire.
Il faudra donc tantôt évacuer la bile, tantôt la pituite, tantôt le sang ou la
sérosité.
(03)
Aph. 3. - 3. Le texte vulg. porte
αἱ ἐπ' ἄκρον εὐεξίαι σφαλεραὶ, ἣν ἐν τῖω ἐσχάτῳ ἔωσιν. Il me semble que ἣν κ. τ.
λ. est une
glose de ἐπ' ἄκρον, et doit être expulsé du texte. Je me crois, du reste,
autorisé à cette correction par Théoph. (p. 258 ), et Damas. (p. 260 ).
(04)
Apte. 3. - 4. Le commentaire de Galien porte sur quatre points : 1°. établir
qu'il s'agit ici non plus de la qualité, mais de la quantité des évacuations;
2°. montrer les dangers de l'extrême plénitude, qui sont la rupture des
vaisseaux et l'extinction de la chaleur native; 3°. prouver par la coction, la
distribution des aliments, par la formation du sang, par la juxtaposition,
l'assimilation, la transsubstantiation des éléments, que le corps étant soumis à
des changements perpétuels, la parfaite santé ne peut pas toujours rester au
même point; 4°. établir le rapport qu'il y a entre les deux parties de cet
aphorisme. Galien nous apprend, en effet, que ce qui est dit de l'exubérance de
santé des athlètes est un terme de comparaison, un exemple qui sert à établir
une doctrine plus générale sur la quantité des déplétions et des réplétions. Le
dernier membre de phrase de cet aphorisme présente quelque difficulté. Il y
avait dans l'antiquité deux interprétations différentes, l'une qui est celle de
Galien, de Théophile, d'Oribase et de Foës, et que j'ai suivie comme la plus
logique et la plus rigoureusement conforme au texte ; l'autre, signalée par
Galien, adoptée par Damascius, et qui me paraît être à peu près celle de M.
Lallemand. Suivant Damascius (p. 261), Hippocrate veut dire que les déplétions
sont dangereuses, parce que les aliments que l'on donne ensuite pour
reconstituer le corps sont nuisibles, car la nature étant devenue faible, ils ne
peuvent plus être digérés.
(05) Aph.
4. - 5. Le texte vulgaire pour cette dernière phrase est irrégulier. Je l'ai
restitué en partie sur le texte du manuscrit 1884, en partie sur celui de Dielz
(Schol., p. 262).
(06) Aph.
5. - 6. J'ai suivi pour cet aphorisme le Commentaire de Galien (cf. p. 371 et
suiv.).
(07)
Aph. 6. - 7. Ce texte a divisé les commentateurs. Théophile, Damascius et
Étienne (p. 264 et 265), interprètent comme s'il ne s'agissait que du régime et
de la diète absolue; mais Galien, et je me conforme à son sentiment, pense qu'il
s'agit des moyens thérapeutiques, en général, au nombre desquels il place le
régime. C'est du reste l'interprétation qu'il reproduit dans son traité de la
Méthode thérapeutique (V, 15, t. X, p. 376), quand il accuse Erasistrate
d'agir avec lenteur au commencement des maladies très aiguës, et de recourir à
un traitement actif quand l'occasion est échappée.
(08)
Aph. 7. - 8.
«
Hippocrate, dit Galien (p. 373), appelle πόνους, soit les
paroxysmes, soit, d'une manière générale, toute espèce de symptômes. Par
immédiatement (αὐτίκα), il faut entendre les quatre premiers jours, ou même un
espace de temps un peu plus long.
»
(09) Aph. 12. - 9.
«
Une triple base sert à régler convenablement le régime : les
forces du malade qu'on peut calculer positivement à l'aide du pouls et des
autres signes indiqués dans le Pronostic, la constitution de la maladie, enfin
la marche des paroxysmes qu'on peut déterminer quoique certains médecins
prétendent le contraire. On ne peut pas il est vrai toujours y arriver de
science certaine, mais on peut en approcher de très près. On sait, par exemple,
que la fièvre tierce se juge très promptement, que la quotidienne persiste plus
longtemps, et que la quarte se termine encore plus tard. Parmi les fièvres continues, les
causus se jugent très vite; le typhus un peu moins, et les hémitritées tiennent le milieu. Quant aux paroxysmes, on sait qu'ils reviennent
tous les trois jours dans les fièvres tierces et aussi dans les pleurésies, et
tous les jours dans les phtisies. Les maladies elles-mêmes servent donc à faire
connaître leur propre marche et la suite de leurs paroxysmes, non seulement quand
elles ont déjà duré un certain temps et qu'une période s'est écoulée, mais
encore à leur début, car il est souvent permis de reconnaître une maladie dès
son début; et, par suite, de prévoir quelle sera sa marche, et de régler en
conséquence le régime. Les saisons influent sur la marche des maladies : ainsi,
les fièvres quartes estivales durent moins longtemps que les automnales et
surtout que les hibernales. Mais le retour des paroxysmes n'est jamais
essentiellement modifié par elles. Ce qui est dit des saisons s'applique aussi
au tempérament et à l'âge des malades. - Par la comparaison réciproque de leurs
périodes, Hippocrate entend la comparaison de la marche des paroxysmes dans les
diverses périodes, comparaison à l'aide de laquelle on peut déterminer les
limites de la croissance et le point du plus haut degré d'intensité de la
maladie. En effet, si le paroxysme qui revenait à des intervalles donnés,
devance son heure, augmente de durée et d'intensité, il est clair que la maladie
marche vers son point culminant, arrivera bientôt à la crise, et que les
paroxysmes se succéderont rapidement
»
(cf. Galien, p. 381 et suiv.).
(10)
Aph.. 13. - 10. Galien (p. 401), et après lui Damascius (p. 277 ), pensent que
cet aphorisme est incomplet. Galien proposerait de lire : « Les vieillards
supportent très facilement l'abstinence, excepté ceux qui sont très vieux,
»
ou
bien de changer νηστείην (abstinence) en ὀλιγοσιτίην (petite quantité
d'aliments).
(11)
Aph. 14. - 11. « Les anciens appelaient ὑπεκκαύματα les branches de bois qui
servaient à faire le feu. Hippocrate appelle de ce nom la nourriture, comme
étant la matière qui entretient la chaleur innée.
»
(Étienne, 278.)
(12)
Aph. 15. - 12. Suivant Damascius (279), et Galien (p. 417), les enfants sont la
preuve que, plus il y a de chaleur, plus il faut de nourriture. Par conséquent,
en hiver, où il y a plus de chaleur, il faut plus de nourriture, puisque la
chaleur est concentrée à l'intérieur. (Cf. aussi Étienne, p. 279, sur la
manière dont il explique que pendant l'hiver la chaleur est concentrée à l'intérieur.
)
(13)
Aph. 18. - 13. Galien (p. 433) rapporte cet aphorisme aussi bien aux gens en
bonne santé qu'aux malades.
(14)
Aph. 22. - 14. Ἢν μὴ ὀργᾷ. Ce dernier mot signifié être agité
par un désir vénérien, comme il arrive chez les animaux en chaleur; c'est donc
par comparaison qu'on l'emploie pour désigner les humeurs en mouvement et qui se
portent d'un lieu à un antre, phénomène qui n'arrive pas ordinairement au
commencement des maladies (Gal., p. 441).
(15)
Aph. 25. - 15. Galien (p. 450), Théophile (293), Damascius (294), et Étienne
(293), s'accordent à penser que cet aphorisme se rapporte aux évacuations
artificielles, tandis que dans le 2e aphorisme de la même section, qui comprend
presque textuellement celui-ci, il est question des évacuations naturelles.
DEUXIÈME SECTION.
(16)
Aph. 1er. - 16. Ὕπνος πόνον ποιέει. Galien (p. 451), Étienne, Damascius et
Théophile (p. 294 à 290) expliquent ici πόνος; par βλάβη; Étienne et Théophile
disent que πόνος signifie tantôt exercice, fatigue (γυμνάσια), tantôt douleur
(ὀδύνη), tantôt symptôme.
(17) Aph. 2. -
17. Galien (p. 450) et Théophile (p. 296) croient que le délire n'est
pris ici que comme un exemple particulier, mais que cette sentence s'applique à
toute espèce de symptôme; Galien rattache cet aphorisme â la fin du 1er.
(18)
Aph. 5. - 18. Κόπος; n'est pas la fatigue ordinaire, mais une diathèse de
l'organisme; et comme cette diathèse survient sans mouvement, Hippocrate lui
donne l'épithète d'αὐτόματος. Cf. sur les diverses espèces de κόποι, Galien (de Sanilate luenda, III, 5 et suiv., t. VI, p. 189 et suiv.) et Théophile (p. 293
).
(19)
Aph. 6. - 19. Galien (p. 400), Théophile (p. 299), disent qu'Hippocrate appelle
ici douleurs, des maladies douloureuses, telles que l'érysipèle, les fractures,
etc. Suivant Galien, γνώμη (esprit) est pris ici pour διάνοια
(intelligence).; mais Théophile va plus loin, et il dit :
«
Dans ce cas le
cerveau est nécessairement malade.
»
Il n'est pas rare, dit M. Lallemand (p. 22)
de voir dans le délire traumatique les malades agiter leurs membres fracturés,
marcher sur leur moignon, sans témoigner la moindre douleur.
On sait aussi que dans le cas de lésion grave de l'encéphale il survient des
maladies aiguës dont le malade n'a pas conscience.
(20)
Aph. 8. - 20. J'ai suivi pour cet aphorisme l'interprétation de Galien (p. 462),
de Théoph. (p. 300), de Damase. (p. 301).
(21)
Aph. 9. - 21. Εὔροα ποιέειν, c'est-à-dire atténuer les humeurs et relâcher les
conduits par oit les purgatifs font sortir les matières; Galien (p. 405),
Théophile (p. 301 et 302).
(22)
Aph. 12. - 22. Le texte vulg. porte : ὑποστροφὰς ποιέειν εἱωθεν,
leçon donnée aussi par Théophile et par le manuscrit 1884; Dietz et Galien ont :
ὑποστροφώδεα, qui a la même signification. Galien (p. 459), Damascius et
Théophile (p. 303) disent que ces reliquats en se putréfiant rallument la
fièvre.
(23)
Aph. 13. - 23. Au dire de Galien (p. 450 ), cette dernière phrase manque dans
plusieurs exemplaires. - Elle est commentée par Théophile et Damascius (p.
304-5).
(24)
Aph. 15. - 24. Pour rétablir le parallélisme, ou plutôt l'opposition
qu'Hippocrate a voulu marquer entre les diverses parties de cette sentence, j'ai
ajouté, avec Galien (p. 471), les mots entre crochets qui ne sont pas dans le
texte.
(25)
Aph. 16. - 25. Ὅκου λιμός, οὐ δεῖ πονέειν. J'ai suivi Galien (p. 473), qui
interprète λιμός non par faim proprement dit, mais par privation absolue,
volontaire ou involontaire d'aliments. Par πονέειν il entend toutes les grandes
secousses thérapeutiques ou autres.
(26)
Aph. 18. - 26. M. Lallemand traduit :
«
Ceux qui avalent vite de gros morceaux
vont promptement à la selle.
»
Il blâme ceux qui ont traduit :
«
Les aliments
qui nourrissent vite et beaucoup font des selles rapides; »
«
car, dit-il, les
substances les plus nutritives sont celles qui parcourent le plus lentement les
organes digestifs. » Cette interprétation est vraie à notre point de vue; mais quelque leçon qu'on adopte, elle ne ressort pas du texte, et, de plus, elle est
en opposition formelle avec les interprétations anciennes.
(27)
Aph. 19. - 27. Οὐ πάμπαν ἀσφαλέες. En mettant toujours, j'ai suivi Galien (p.
491 ), qui dit :
«
οὐ πάμπαν est ici pour οὐχ ἁπάντων (c'est-à-dire : Les
pronostics... ne sont pas certains dans toutes les maladies aiguës), et qu'il ne
signifie pas οὐ παντελῶς ( ne sont pas absolument ou tout à fait infaillibles,
interprétation suivie par Théophile).
»
Il me semble que l'interprétation de
Galien rend parfaitement la pensée de l'auteur, qui n'a certainement pas voulu
dise d'une manière générale et absolue que les pronostics ne sont pas tout à
fait certains dans les maladies aiguës, car il serait en contradiction avec sa
doctrine sur le pronostic; il a seulement entendu qu'il est possible de se
tromper quelquefois par suite de quelque changement dans la crise ou dans la
marche des humeurs. Galien dit à ce propos :
«
Il y a des maladies aiguës de
deux espèces ; les unes ont leur siège dans les humeurs chaudes, sans qu'il y
ait de lieu affecté, et sont répandues dans toute l'économie; les anciens leur
donnaient le nom de fièvres (Com. IV, aph. 73, p. 763) ; les autres ont un
siège local, comme la pleurésie, la péripnemonie, l'esquinancie; la fièvre est
le plus ordinairement continue dans les
maladies aiguës, car il est rare que ces maladies soient sans fièvre comme est
l'apoplexie.
»
(28)
Aph. 20. - 28. Si toutefois, dit Galien (I, 20, p. 492), les conditions du
régime restent les mêmes. Damascius (p. 316) donne ici l'aphorisme 53 que Galien
cite aussi dans son Com., mais en le rapportant à sa place ordinaire.
(29)
Aph. 21. - 29. J'ai suivi l'interprétation de Galien, (p. 499 ). Elle est
adoptée par Étienne, Damase. et Théoph. ( p. 316 ). - Cet aphorisme manque dans
Oribase.
(30)
Aph. 24. - 30. Hippocrate, dit Galien (p. 510 ), a coutume d'appeler
ἐπιδήλους ( indicateurs ), et θεωρητάς ( théorètes ) les jours dans lesquels
apparaît quelque signe annonçant la crise pour un des jours critiques.
(31)
Aph. 27. - 31. L. de Villebrune pense que les derniers mots de cet aphorisme,
mots que j'ai mis entre crochets, sont une glose marginale de ἀβέβαια (qui
ne sont pas stables) ; Galien ( p. 516), Théoph. et Damase. ( p. 321 ), ne
paraissent avoir lu que ἀβέναια.
(32)
Aph. 29 et 30. - 32. Dans son Commentaire, Damascius (324) réunit avec raison
l'aphor. 29 et le 30 Galien avait aussi proposé cette réunion à l'aide de
γάρ.
(33)
Aph. 32. - 33. Cet aphorisme est obscur. J'ai suivi l'interprétation de Galien
(p. 526 ), et de Théophile ( p. 325 ). Suivant eux, il s'agit des convalescents
qui ont conservé dans le corps quelque reste des humeurs nuisibles.
(34)
Aph. 33. - 34. Cf. mon Introd. aux Aphorismes, p. 336 et 337; Etienne, p. 326;
Galien, p. 519, et M. Littré, t. 1, p. 321.
(35)
Aph. 36. - 35. J'ai suivi, pour
la seconde partie de cet aphorisme, l'interprétation de Galien (p. 535 ) et de
Théophile (p. 329 ). MM. Pariset et Lallemand traduisent comme si Hippocrate
avait dit : « Ceux qui usent d'une mauvaise alimentation sont affaiblis comme
ceux qui se purgent en bonne santé.
»
Le texte, il est vrai, est amphibologique,
mais la suite des idées me semble commander l'interprétation de Galien.
(36) Aph. 37. - 36. Ici encore je suis Galien ( p. 536 ) et Théophile, ( p. 330 ).
MM. Pariset et Lallemand traduisent : « Sont difficiles à purger.
»
En général, j'aime à m'en tenir aux interprétations anciennes, surtout à celle de Galien
qui était beaucoup plus près que nous des idées d'Hippocrate, et qui pouvait
mieux juger de la valeur de ses textes.
(37) Aph. 43. - 37. Celse (p. 60, éd. de Millig), traduit ainsi cet aphorisme :
Neque
is ad vitam redit, qui ex suspenso spumante ore detractus est. Ce sens est
confirmé par Galien
(p. 543) et par Théophile. Cet aphorisme est sans doute une sorte d'exemple
donné par Hippocrate pour montrer les dangers de l'asphyxie par quelque cause
résidant dans les voies pulmonaires. M. Lallernand traduit « Les pendus et les
noyés,
»
lisant avec quelques éditeurs καταδυωμένων, au lieu de καταλυομένων
; mais, ni les interprètes anciens ni les Mss. n'autorisent ce changement de
texte.
(38) Aph. 46. - 38. M. Lallemand traduit : « Quand un travail s'opère, etc.
»
Il
pense qu'Hippocrate attache ordinairement à πόνος l'idée de labor,
travail; et
il ajoute : « ce qui est vrai de la douleur ne l'est pas moins de tout acte
laborieux de l'économie, tant à l'état pathologique qu'à l'état physiologique.
C'est ainsi que, de deux maladies, la plus grave entrave la marche de l'autre;
c'est ainsi qu'agissent tous les dérivatifs que le travail physiologique de la
grossesse suspend la marche de la phtisie ; qu'une digestion laborieuse nuit
aux fonctions cérébrales, et réciproquement; qu'un besoin, qu'une passion très
énergiques cri font oublier d'autre qui le sont moins . » Ces réflexions sont
justes en elles-mêmes, mais on ne saurait les appliquer rigoureusement au texte
d'Hippocrate, et les interprètes anciens entendent ici formellement πόνος dans le
sens d'ὀδύνη.
(39) Aph. 50. -
39. Galien dit que par la fin de cet aphorisme Hippocrate entend
que, si on ne veut pas être incommodé des changements qui peuvent arriver à
l'improviste, il ne faut pas rester toujours dans ses habitudes, mais se livrer
de temps en temps à des choses inaccoutumées.
(40) Aph. 54. - 40. « Le très heureux sophiste Gésius, commentant cet aphorisme,
disait à ses disciples : « Si vous voulez vous convaincre de la vérité des
paroles d'Hippocrate, vous n'avez qu'à me considérer.
»
En effet, dans sa
jeunesse, il avait une taille élevée et élégante; mais dans sa vieillesse il
était devenu tout courbé.
»
(Etienne, p. 343.)
TROISIÈME SECTION.
(41) Aph. 1. -
41. Suivant Galien (p. 504), il y avait plusieurs manières d'écrire
cet aphorisme, mais il ne cite qu'un de ces textes
différents de notre texte vulgaire; en voici la traduction : « Les vicissitudes
des saisons engendrent de grandes maladies, et surtout dans les saisons les
grandes vicissitudes. » - Suivant le même Galien, quelques interprètes, au
lieu d'entendre μεταβολαί dans le sens de vicissitudes (altération dans leur
constitution, ἀλλοίωσις κατὰ τήν κρᾶσιν αὐτῶν, comme dit Théophile, p.
344), pensaient qu'il s'agissait de la succession des diverses saisons ; il
blâme avec raison cette interprétation (cf. Introd. au traité des Airs, etc.,
p. 135). - Par les autres qualités, il faut entendre la sécheresse et
l'humidité, la nature et l'intensité des vents.
(42)
Aph. 3. - 42. Cet aphorisme est très irrégulièrement construit. J'ai suivi Galien
(p. 566) et Théophile (p. 346).
(43)
Aph. 5. - 43. Le texte porte φάρυγγες, κοιλίαι σηληραί. Galien (p. 571), pense
qu'on peut sous-entendre πάσχουσι après φάρυγγες; ou rapporter ce mot avec
κοιλίαι
à σηληραί. Suivant Etienne (p. 350), Hippocrate a coutume de nommer la partie
elle-même pour désigner l'état de souffrance de celte partie; ainsi, il dit la
rate pour signifier une affection de la rate.
(44)
Aph. 5. -
44. Δυσουρίαι φρικώδεες. J'ai suivi Galien (p. 571). Théophile (p.
350) lit: de la dysurie avec horripilation.
(45) Aph. 12. - 45. Je transcris ici une
note que M. Sichel a bien voulu me communiquer sur l'ophtalmie sèche.
«
Ὀφυαλμία ξηρά (Aph., III, 12, 14) ; [des Eaux, des Airs, etc., p. 197, 206, 207 de mon
éd.] me paraît être cette conjonctivite palpébro-ocu¬lairc si fréquente,
désignée sous le nom d'ophtalmie catarrhale. Une sensation de raideur et de
sécheresse accompagne cette ophtalmie, surtout à son premier degré, où il n'y a
presque pas de sécrétion. Cette sensation devient plus forte pendant les
exaspérations qui ont lieu vers le soir (cf. traité de l'Ophth., etc., p. 197
et suiv. ). Les constitutions atmosphériques, décrites par Hippocrate dans les
passages cités, sont des constitutions catarrhales; aussi y trouve-t-on l'ophtalmie
sèche associée aux coryzas, à la toux, etc., et à d'autres affections
catarrhales des membranes muqueuses auxquelles la conjonctivite palpébrale
appartient également. - L'ophtalmie humide [des Airs, etc., p. 196;
Epid., I,
p. 242, 276, §. 18], au contraire, me présente les symptômes de la sclérotite
ou sclérite qui, le plus souvent, est de nature rhumatismale » (cf. traité de
l'Ophth., p. 54, 254 et suiv.).
(46)
Aph. 14. - 46. Au lieu de
«
Des fièvres aiguës, des coryzas, »
le texte de Dietz porte :
«
Des fièvres aiguës et des fièvres de longue durée. » Le texte vulg. est reproduit par le Mss. 1884.
(47)
Aph. 16. - 47.
Suivant Galien (p. 603), quelques interprètes réunissent φθινώδεες à ὀφθαλμίαι ; et il faudrait traduire des
ophtalmies
avec phtisie, c'est-à-dire avec fonte de l'oeil. Si l'on sépare ces deux mots,
il propose d'ajouter ξηραί, sèches, conformérnent sans doute à l'aphorisme
12. - Galien voudrait que l'aphorisme suivant fût le premier de ceux qui traitent
des constitutions atmosphériques, que l'aphorisme 15 fût le second, que le
troisième fût l'aphorisme 5, et le reste comme dans le texte vulg.
(48)
Aph. 17. - 48. M. Lallemand traduit, avec presque tous ses devanciers:
«
donnent
des vertiges dans les yeux, et produisent de la faiblesse dans les mouvements du
corps ;
»
mais, outre qu'il ne me semble pas permis de dire qu'il y a des
vertiges dans les yeux, le texte et les commentateurs anciens commandent
l'interprétation que j'ai suivie.
(49)
Aph. 21. - 49. D'après Kraus (lib. cit., note 21 des Coaques),
ἵδρωα signifie ou
l'ecthyma ou les sudamina. Galien dit (p. 620) : « Les ἵδρωα sont des
ulcérations superficielles qui rendent la peau rugueuse, et qui proviennent de
l'abondance des sueurs.
»
(50)
Aph. 26. - 50. On retrouve encore dans le Ie livre du Prorrhétique (sent. 87
), dans le traité des Articulations (§. 41, éd. de M. Littré, t. IV, p. 179),
dans le IIe livre des Épidémies (p. 1016, éd. de Foës) et aussi dans Celse (II,
1, in fine) la mention de cette luxation de la vertèbre du cou. Ces divers
passages ont beaucoup arrêté les commentateurs anciens et modernes; mais il est
manifeste qu'il s'agit de la maladie désignée de nos jours sous le nom de
luxation spontanée des articulations atloïdo-occipitale et axoïdienne. Cette
luxation, qui n'est pas très rare, mais qui n'avait, jusqu'à ces derniers temps,
donné lieu qu'a des observations isolées, a été particulièrement étudiée par M.
Bérard dans sa Thèse pour le doctorat, et par M. Ollivier dans son traité des
Maladies de la moelle et dans le Dictionnaire de médecine, t. IV, p. 305, art.
Atlas.
(51)
Apia. 29. - 51. Par les autres maladies, Galien (I, 29, p. 641), paraît entendre
les autres livres aiguës, c'est-à-dire les causus et les fièvres tierces.
Théophile, au contraire, pense (p. 380) qu'il s'agit de la pleurésie, du phrénitis,
et par celles qui viennent d'être mentionnées il comprend les
maladies énumérées au commencement de l'aphorisme.
(52)
Aph. 31. - 52. Dans un savant Mémoire sur le glaucome (Annales d'oculistique,
Bruxelles, 1842 ; voir aussi le compte ren |