Saint Jérôme

SAINT JÉRÔME

 

LETTRES

A PAULA ET A EUSTOCHIA. SUR LA TRADUCTION DU LIVRE DE JOB.

AD EUSTOCHIUM : Praefatio Hieronymi in Librum Job

à Marcella       Castrucius

 

 

SÉRIE VI LETTRES

A PAULA ET A EUSTOCHIA. SUR LA TRADUCTION DU LIVRE DE JOB.

Lettre écrite du monastère de Bethléem, en 391.

AD EUSTOCHIUM

 

.Si aut fiscellam junco texerem, aut palmarum folia complicarem, ut in sudore vultus mei comederem panem, et ventris opus sollicita mente tractarem: nullus morderet, nemo reprehenderet. Nunc autem quia juxta sententiam Salvatoris volo operari cibum, qui non perit, et antiquam divinorum Voluminum viam, sentibus virgultisque purgare, mihi genuinus infigitur: corrector vitiorum falsarius vocor, et errores non auferre, sed serere. Tanta est enim vetustatis consuetudo, ut etiam confessa plerisque vitia placeant, dum magis pulchros habere malunt codices, quam emendatos.

Quapropter, o Paula et Eustochium, unicum nobilitatis et humilitatis exemplar, pro flabello, calathis, sportellisque, munusculo monachorum, spiritualia haec et mansura dona suscipite: ac beatum Job qui adhuc apud Latinos jacebat in stercore, et vermibus scatebat errorum, integrum, immaculatumque gaudete. Quomodo enim probatione atque victoria dupliciter universa ei sunt reddita: ita ego in lingua nostra (audacter loquor) feci eum habere quae amiserat. Igitur et vos, et unumquemque lectorem solita

Praefatione commoneo, et in principiis librorum eadem semper annectens, rogo, ut ubicumque praecedentes virgulas ÷ videritis, sciatis ea quae subjecta sunt in Hebraeis voluminibus non haberi. Porro ubi stellae imago fulserit + ex Hebraeo in nostro sermone addita. Nec non et illa quae habere videbamur, et ita corrupta erant, ut sensum legentibus tollerent, orantibus vobis, magno labore correxi; magis utile quid ex otio meo Christi Ecclesiis venturum ratus, quam ex aliorum negotio.

 

Si je faisais de petits paniers avec du jonc, ou quelque ouvrage avec des feuilles de palmier, pour manger mon pain à la sueur de mon iront; et si je gagnais ma vie au milieu des sollicitudes d'esprit, personne n'y trouverait à redire, et je ne me verrais point exposé aux traits de la médisance. Mais parce que, selon la parole du Sauveur, je travaille pour avoir une nourriture qui ne périt point, et que je m'applique à rétablir les livres de l'Écriture sainte dans leur ancienne pureté, on me déchire par des calomnies atroces, on me traite de faussaire, moi qui ne pense qu'à rendre le texte de ces livres plus correct, et on m'accuse d'y semer de nouvelles erreurs au lieu de corriger les anciennes. Car les préjugés sont tellement invétérés, que des livres pleins de fautes ne laissent pas que de plaire; et pourvu que les exemplaires soient bien propres, on ne s'inquiète pas si le texte en est altéré.

Au lieu donc d'éventails, de corbeilles et de petits paniers, bagatelles que font et que donnent les solitaires, je vous prie, vous qui seules joignez une humilité profonde à une grande naissance, d'agréer le présent que je vous fais, et qui n'a rien que de spirituel et de solide. Réjouissez-vous de voir dans toute son intégrité et toute sa pureté le livre de Job, qui, chez les Latins, était encore pour ainsi dire couché sur son fumier et rongé de vers. Comme ce grand homme , après les épreuves et la victoire, mérita que Dieu lui rendit au double tout ce qu'il avait possédé , aussi puis-je me vanter de lui avoir rendu en notre langue tout ce qu'il avait perdu dans les anciennes versions.

Je vous avertis donc, comme je le fais dans toutes mes préfaces, vous et tous ceux qui liront cet ouvrage, que, partout où il y a un obèle, c'est une marque que ce qui suit ne se trouve point dans le texte hébreu à la version latine. Outre cela, soutenu par des prières, j'ai corrigé, non sans un travail immense, les éditions latines où nous nous flattions d'avoir l'Écriture dans toute sa pureté, et qui néanmoins étaient tellement défectueuses que le lecteur n'y pouvait rien comprendre. En m'occupant de la sorte dans ma solitude, je crois faire quelque chose de plus utile pour l'Église de Jésus-Christ, que ceux qui sont à la tète des plus grandes affaires.