LES TRACHINIENNES
ΤΡΑΧΙΝΙΑΙ
(1 - 662) (663 - 1278)
Texte grec repris sur le site
Μικρός Απόπλους
Αρχαία Ελληνικά Κείμενα
Traduction française par R. PIGNARRE : GF.
LES TRACHINIENNES (01)

PERSONNAGES
DÉJANIRE, LA NOURRICE, HYLLOS, CHOEUR DE FEMMES TRACHINIENNES, UN MESSAGER, LICHAS, HÉRACLÈS, UN VIEILLARD.
Une place, à Trachis, devant le palais du roi Céyx.

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Λόγος μέν ἐστ´ ἀρχαῖος ἀνθρώπων φανεὶς |
PROLOGUE DÉJANIRE. — C'est une sagesse vieille comme le monde qui dit que de toute vie mortelle il faut attendre le terme avant d'affirmer qu'elle fut heureuse ou malheureuse. Hélas! je n'ai pas besoin d'être allée chez Hadès pour savoir combien l'infortune aura pesé sur la mienne. J'habitais encore à Pleuron, dans le palais d'Œnée (02) mon père, lorsqu'un mariage se présenta pour moi tel qu'aucune femme d’Etolie n’en connut de plus affreux. Mon prétendant n'était autre que le fleuve Achélöos (03), et, pour demander ma main à mon père, il se rendait visible tour à tour sous la forme d'un taureau, d'un dragon aux replis chatoyants et d'un homme à tête de boeuf, dont le menton touffu laissait jaillir des fontaines d'eau vive! Pourvue d'un tel prétendant, pauvre fille que j'étais! je n'avais qu'un désir : être morte avant le jour de mes noces ! Quelque temps après, par bonheur, survint l'illustre fils de Zeus et d’Alcmène (04). Il provoque l'autre en combat singulier et me délivre. Les phases de ce combat, que ceux-là les retracent qui les ont suivies de sang-froid : je n'ai rien vu. J'étais assise, éperdue, tremblant que ma beauté ne fît mon malheur. Enfin, Zeus arbitre nous accorda une heureuse issue. Mais dois-je dire heureuse? Depuis le jour que sa victoire m'unit à Héraclès, je nourris crainte sur crainte, je vis à cause de lui dans une anxiété continuelle, et d'une nuit à l'autre les chagrins succèdent aux chagrins. Je lui ai donné des enfants; mais, comme un cultivateur qui possède un champ éloigné ne le visite qu'une fois pour les semailles, une fois pour la moisson, ainsi l'existence que mène mon mari le rend à son foyer et l'en éloigne sans cesse pour courir au service d'autrui. Aujourd'hui encore, bien qu'il ait glorieusement achevé ses fameux travaux, je tremble plus que jamais. Depuis qu'il a tué Iphitos (05), nous vivons en exil à Trachis (06), où l'on nous offre l'hospitalité; car Héraclès est parti, nul ne sait où. Je sais seulement que son absence me plonge en d'amères inquiétudes. Je suis presque certaine qu'il traverse quelque dure épreuve : voilà quinze mois qu'il n'a pas donné de ses nouvelles. Oui, il traverse quelque épreuve périlleuse. Je pense aux tablettes qu'il m'a laissées en partant, et dont je demande souvent aux dieux qu'elles ne me portent pas malheur.
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ΔΟΥΛΗ ΤΡΟΦΟΣ Δέσποινα Δῃάνειρα, πολλὰ μέν ς´ ἐγὼ |
LA NOURRICE. — Déjanire, ma maîtresse, que de fois je t'aurai vue tout en larmes te lamenter sur l'absence d'Héraclès ! Mais, voyons, s'il est permis à l'esclave de donner des conseils aux personnes libres, laisse-moi dire mon mot sur tes affaires. Tu as plusieurs enfants; pourquoi n'enverrais-tu pas l'un d'eux à la recherche de ton mari ? Hyllos me paraît tout désigné, pour peu que le bonheur de son père lui tienne à coeur. Le voici justement qui accourt... Si mon idée te semble bonne, il t'apporte l'occasion de la mettre à profit.(Paraît Hyllos.) |
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ΔΗΙΑΝΕΙΡΑ Ὦ τέκνον, ὦ παῖ, κἀξ ἀγεννήτων ἄρα |
DÉJANIRE. — Mon enfant, mon fils, les humbles sont quelquefois bien inspirés. Vois cette esclave : elle vient de montrer un jugement digne d'une femme libre. |
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ΥΛΛΟΣ Ποῖον; δίδαξον, μῆτερ, εἰ διδακτά μοι. |
HYLLOS. — Comment cela? Puis-je apprendre de quoi il s'agit, mère ? |
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ΔΗΙΑΝΕΙΡΑ Σὲ πατρὸς οὕτω δαρὸν ἐξενωμένου 65 |
DÉJANIRE. — Elle dit que l'absence de ton père s'éternise et qu'un bon fils devrait s'inquiéter de savoir où il est. |
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ΥΛΛΟΣ Ἀλλ´ οἶδα, μύθοις εἴ τι πιστεύειν χρεών. |
HYLLOS. — Mais je sais où il est, du moins s'il en faut croire les bruits qui courent. |
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ΔΗΙΑΝΕΙΡΑ Καὶ ποῦ κλύεις νιν, τέκνον, ἱδρῦσθαι χθονός; |
DÉJANIRE. — Et où dit-on qu'il séjourne, mon enfant? |
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ΥΛΛΟΣ Τὸν μὲν παρελθόντ´ ἄροτον ἐν μήκει χρόνου |
HYLLOS. — Toute l'année passée, il aurait travaillé aux gages d'une Lydienne (07). |
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ΔΗΙΑΝΕΙΡΑ Πᾶν τοίνυν, εἰ καὶ τοῦτ´ ἔτλη, κλύοι τις ἄν. |
DÉJANIRE. — S'il s'est plié à pareille épreuve, à quoi ne faut-il pas s'attendre! |
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ΥΛΛΟΣ Ἀλλ´ ἐξαφεῖται τοῦδέ γ´, ὡς ἐγὼ κλύω. |
HYLLOS. — Il aurait repris sa liberté, à ce que l'on rapporte. |
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ΔΗΙΑΝΕΙΡΑ Ποῦ δῆτα νῦν ζῶν ἢ θανὼν ἀγγέλλεται; |
DÉJANIRE. — Mais enfin, vivant ou mort, où dit-on qu'il est? |
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ΥΛΛΟΣ Εὐβοῖδα χώραν φασίν, Εὐρύτου πόλιν, |
HYLLOS. — En Eubée. Il assiège Eurytos dans sa capitale, ou se dispose à l'assiéger. |
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ΔΗΙΑΝΕΙΡΑ Ἆρ´ οἶσθα δῆτ´, ὦ τέκνον, ὡς ἔλειπέ μοι |
DÉJANIRE. — Tu ignores peut-être, mon enfant, qu'il m'a laissé des oracles certains au sujet de ce pays? |
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ΥΛΛΟΣ Τὰ ποῖα, μῆτερ; τὸν λόγον γὰρ ἀγνοῶ. |
HYLLOS. — Lesquels, mère? Je ne sais de quoi tu veux parler. |
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ΔΗΙΑΝΕΙΡΑ Ὡς ἢ τελευτὴν τοῦ βίου μέλλει τελεῖν, |
DÉJANIRE. — Ou bien il périra au cours de cette campagne, ou bien sa victoire doit lui assurer une vieillesse paisible. Lorsque sa destinée est dans la balance, mon enfant, ne lui viendras-tu pas en aide? Notre salut est lié à sa vie; sa perte entraînerait la nôtre. |
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ΥΛΛΟΣ Ἀλλ´ εἶμι, μῆτερ· εἰ δὲ θεσφάτων ἐγὼ |
HYLLOS. — J'irai donc, mère. Que ne m'a-t-on instruit de ces oracles ? Je l'aurais rejoint depuis longtemps. A vrai dire, sa fortune fidèle ne nous donnait guère lieu de trembler pour lui ni de craindre pour nous; mais aujourd'hui, mes yeux s'ouvrent, et je ne négligerai rien pour savoir exactement ce qu'il en est. |
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ΔΗΙΑΝΕΙΡΑ Χώρει νυν, ὦ παῖ· καὶ γὰρ ὑστέρῳ τό γ´ εὖ |
DÉJANIRE. — Va, mon fils. Arriverais-tu après coup, apprendre une bonne nouvelle n'est jamais perdre son temps. (Sort Hyllos. Entrée du Choeur.) |
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ΧΟΡΟΣ Ὃν αἰόλα νὺξ ἐναριζομένα |
CHANT
DU CHŒUR
O toi que dans son agonie
enfante la nuit diaprée |
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ΔΗΙΑΝΕΙΡΑ Πεπυσμένη μέν, ὡς ἀπεικάσαι, πάρει |
PREMIER ÉPISODE DÉJANIRE. — On t'a sans doute appris ce qui me tourmente, puisque tu viens me voir. Ah ! puisses-tu ne jamais l'éprouver, la souffrance qui me ronge, toi qui ne sais pas encore ce que c'est! La jeunesse a ses parcs où elle pâture (12) à l'abri du grand soleil, de la pluie et des vents; elle croît, paisible, au sein des plaisirs, jusqu'à l'âge où la jeune fille prend le nom de femme et perd en une seule nuit son insouciance. Dès lors elle ne cessera plus de trembler pour un mari ou pour des enfants. Il faut avoir soi-même passé par là pour comprendre les maux qui m'oppressent. J'ai beaucoup souffert, déjà, beaucoup pleuré, mais ce n'était rien auprès d'aujourd'hui. Tu vas en juger. La dernière fois qu'Héraclès, mon seigneur, a quitté la maison, il m'a laissé une tablette où il avait écrit autrefois ses dernières volontés. Souvent il était parti pour le péril, mais il n'avait pas cru devoir encore me la remettre, car jamais il ne doutait ni de son succès ni de son retour. Cette fois-ci, comme s'il n'était déjà plus, il m'expliqua quels biens me revenaient à titre d'épouse et comment il entendait partager ses possessions entre ses enfants. Il ajouta que son absence durerait un an et trois mois, ce délai devant marquer le terme soit de ses jours, soit de ses maux. Telle est, m'expliquait-il, la fin assignée par les dieux aux travaux d'Héraclès : par la voix des deux tourterelles, le vieux chêne dodonéen l'avait jadis prophétisée (13). Or le temps marqué est venu. Dans quel sens les destins vont-ils s'accomplir? A peine goûtais-je un peu de sommeil que l'anxiété m'a chassée du lit : s'il me fallait demeurer veuve du plus noble des êtres ! |
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ΧΟΡΟΣ Εὐφημίαν νῦν ἴσχ´, ἐπεὶ καταστεφῆ |
LE CORYPHÉE. — Fais trêve à tes paroles : je vois un homme s'avancer, — un porteur de bonne nouvelle, si j'en crois, sur son front, cette couronne. |
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ΑΓΓΕΛΟΣ Δέσποινα Δῃάνειρα, πρῶτος ἀγγέλων 180 |
UN MESSAGER (accourant). — Déjanire, ma maîtresse, j'arrive le premier pour dissiper tes inquiétudes. Sache que le fils d'Alcmène est vivant et qu'il est vainqueur. Il consacre aux dieux indigènes des prémices (14) qu'il rapporte du combat. |
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ΔΗΙΑΝΕΙΡΑ Τίν´ εἶπας, ὦ γεραιέ, τόνδε μοι λόγον; |
DÉJANIRE. — Quel discours me tiens-tu là, vieillard? |
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ΑΓΓΕΛΟΣ Τάχ´ ἐς δόμους σοὺς τὸν πολύζηλον πόσιν
185 |
LE MESSAGER. — Bientôt, l'époux tant désiré franchira ce seuil, dans tout l'éclat de sa force victorieuse. |
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ΔΗΙΑΝΕΙΡΑ Καὶ τοῦ τόδ´ ἀστῶν ἢ ξένων μαθὼν λέγεις; |
DÉJANIRE. — De qui tiens-tu cela? D'un homme du pays, ou d'un étranger? |
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ΑΓΓΕΛΟΣ Ἐν βουθερεῖ λειμῶνι πρόσπολος θροεῖ, |
LE MESSAGER. — Au milieu d'un pré à boeufs, toute une foule se presse autour du courrier Lichas qui annonce la nouvelle. Dès que je l'ai sue, je n'ai fait qu'un bond jusqu'ici. Je voulais être bon premier à te l'apprendre, pensant que je trouverais mon profit à t'avoir fait plaisir. |
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ΔΗΙΑΝΕΙΡΑ Αὐτὸς δὲ πῶς ἄπεστιν, εἴπερ εὐτυχεῖ; |
DÉJANIRE. — Mais Lichas, pourquoi n'est-il pas venu lui-même, s'il apporte une bonne nouvelle? |
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ΑΓΓΕΛΟΣ Οὐκ εὐμαρείᾳ χρώμενος πολλῇ, γύναι· |
LE MESSAGER. — C'est qu'il n'avance pas comme-il-veut, femme. Tout le peuple Malien est là autour de lui à le questionner, tant qu'il ne peut plus mettre un pied devant l'autre. Chacun brûle de savoir, et les curieux ne le laissent point partir qu'il ne les ait satisfaits. C'est ainsi, malgré lui, qu'il s'attarde au gré des gens. Mais patience-: tu vas le voir bientôt paraître en personne. |
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ΔΗΙΑΝΕΙΡΑ Ὦ Ζεῦ, τὸν Οἴτης ἄτομον ὃς λειμῶν´ ἔχεις,
200 |
DÉJANIRE. — O Zeus, seigneur des prairies vierges de l'Oeta (15), enfin tu nous as donné, après si longtemps, une joie! Chantez, femmes; sous le toit, sous le ciel, chantez l'apparition de la bonne nouvelle que je n'espérais plus. |
| ΧΟΡΟΣ Ἀνολολύξεται δόμος ἐφεστίοι– 205 σιν ἀλαλαῖς ὁ μελλόνυμ– φος, ἐν δὲ κοινὸς ἀρσένων ἴτω κλαγγὰ τὸν εὐφαρέτραν Ἀπόλλω προστάταν· ὁμοῦ δὲ 210 παιᾶνα, παιᾶν´ ἀνάγετ´, ὦ παρθένοι, βοᾶτε τὰν ὁμόσπορον Ἄρτεμιν Ὀρτυγίαν, ἐλαφαβόλον, ἀμφίπυρον, γείτονάς τε Νύμφας. 215 Ἀείρομ´ οὐδ´ ἀπώσομαι τὸν αὐλόν, ὦ τύραννε τᾶς ἐμᾶς φρενός. Ἰδού μ´ ἀναταράσσει 〈εὐοῖ〉 εὐοῖ μ´ ὁ κισσὸς ἄρτι βακχίαν 220 ὑποστρέφων ἅμιλλαν. Ἰὼ ἰὼ Παιάν· ἴδ´, ὦ φίλα γύναι. τάδ´ ἀντίπρῳρα δή σοι βλέπειν πάρεστ´ ἐναργῆ. |
CHANT DU CHŒUR Éclatez, cris joyeux de nos
filles nubiles, |
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ΔΗΙΑΝΕΙΡΑ Ὁρῶ, φίλαι γυναῖκες, οὐδέ μ´ ὄμματος
225 |
DEUXIÈME ÉPISODE DÉJANIRE. — Je le vois, mes amies, ce cortège; il n'a pas échappé à mes yeux qui le guettaient. Salut au courrier si longtemps attendu, s'il m'apporte un message de joie. |
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ΛΙΧΑΣ Ἀλλ´ εὖ μὲν ἵγμεθ´, εὖ δὲ προσφωνούμεθα, |
LICHAS. — Oui, nous arrivons sous d'heureux auspices, et tes paroles de bon accueil, femme, conviennent à l'objet de notre mission : comment ne ferais-tu pas fête aux succès de ton mari ? |
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ΔΗΙΑΝΕΙΡΑ Ὦ φίλτατ´ ἀνδρῶν, πρῶθ´ ἃ πρῶτα βούλομαι |
DÉJANIRE. — O le plus cher des hommes, apprends-moi d'abord ce que je désire savoir avant tout : recevrai-je ici Héraclès vivant ? |
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ΛΙΧΑΣ Ἔγωγέ τοί σφ´ ἔλειπον ἰσχύοντά τε |
LICHAS. — Je l'ai quitté plein de force et de vie, tout florissant, ne souffrant d'aucun mal. |
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ΔΗΙΑΝΕΙΡΑ Ποῦ γῆς; πατρῴας εἴτε βαρβάρου; λέγε. |
DÉJANIRE. - Mais en quel endroit de la terre? En pays grec ? à l'étranger ? Parle. |
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ΛΙΧΑΣ Ἀκτή τις ἔστ´ Εὐβοιίς, ἔνθ´ ὁρίζεται |
LICHAS. — Il y a en Eubée un promontoire (18) où il consacre à Zeus Cénéen des autels et des offrandes de fruits. |
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ΔΗΙΑΝΕΙΡΑ Εὐκταῖα φαίνων ἢ ´πὸ μαντείας τινός; |
DÉJANIRE. — Pour s'acquitter d'un voeu ou sur l'ordre d'un oracle? |
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ΛΙΧΑΣ Εὐχαῖς, ὅθ´ ᾕρει τῶνδ´ ἀνάστατον δορὶ
240 |
LICHAS. — C'est un voeu qu'il avait fait, le jour qu'il conquit et ravagea le pays de ces femmes que tu vois. |
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ΔΗΙΑΝΕΙΡΑ Αὗται δέ, πρὸς θεῶν, τοῦ ποτ´ εἰσὶ καὶ τίνες; |
DÉJANIRE. — Ces femmes, au nom des dieux, à qui sont-elles ? Et qui sont-elles ? Elles sont dignes de pitié, si leur détresse ne m'abuse. |
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ΛΙΧΑΣ Ταύτας ἐκεῖνος Εὐρύτου πέρσας πόλιν |
LICHAS. — Quand il eut pillé la capitale du roi Eurytos, Héraclès les réserva pour sa part et pour les dieux. |
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ΔΗΙΑΝΕΙΡΑ Ἦ κἀπὶ ταύτῃ τῇ πόλει τὸν ἄσκοπον |
DÉJANIRE. — A-t-il donc passé au siège de cette ville tout le temps de son interminable absence ? |
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ΛΙΧΑΣ Οὔκ, ἀλλὰ τὸν μὲν πλεῖστον ἐν Λυδοῖς χρόνον |
LICHAS. — Nullement. Durant presque toute cette période, il fut retenu en Lydie. Il ne fait point mystère qu'il y avait été vendu comme esclave. Ce récit ne doit point éveiller la jalousie dans ton coeur, femme, car Zeus a tout conduit manifestement. Héraclès passa donc toute une année auprès d'Omphale, l'étrangère qui l'avait acheté. Il ne s'en cache point. Cependant il ressentait vivement cet affront, et il se jura de réduire un jour en esclavage l'auteur de ses disgrâces, ainsi que le fils et la femme de ce prince. Il a tenu parole. Dès qu'il se fut purifié (19), il rassembla une armée d'étrangers et marcha sur la ville où régnait Eurytos (20) — car c'est à ce roi très précisément qu'il imputait son humiliation. Recevant Héraclès à son foyer, le perfide, au mépris de l'hospitalité qui les unissait de longue date, ne l'avait-il pas harcelé de ses insultes ? « Avec ses flèches inévitables, disait-il, il est moins bon tireur que mes enfants! On sait de reste qu'il n'est qu'un esclave qui courbe le dos sous les brimades. » Et il l'avait chassé, un jour qu'après un bon dîner il l'avait trouvé dans les vapeurs du vin. Mon maître lui en garda rancune. A quelque temps de là, sur la hauteur de Tirynthe, Iphitos était allé à la recherche de ses chevaux nomades (21) . Comme le jeune homme marchait, l'oeil et la pensée occupés ailleurs, Héraclès le précipita du haut de la muraille rocheuse. Et voilà pourquoi, dans son courroux, Zeus Olympien, père de tous les êtres, exila son fils et le fit vendre comme esclave : ce qu'il ne lui pardonnait pas, c'était d'avoir, fût-ce une fois, tué un homme en traître. S'il avait pris sa vengeance ouvertement, Zeus ne lui en eût pas tenu rigueur, puisqu'il était dans son droit : pas plus que nous les divinités ne tolèrent les outrages. Aussi bien ces vantards à la langue pernicieuse, les voici à leur tour domiciliés chez Hadès, et leur pays est réduit en servitude. Quant à ces femmes sur qui s'attache ton regard, la route qui va du bonheur à l'infortune les a conduites vers toi : ainsi l'a voulu ton mari, dont j'exécute les ordres en serviteur fidèle. Dès qu'il aura consacré à Zeus paternel des victimes sans tache pour la prise de la ville, tu peux t'attendre à le voir paraître. De cette longue et belle histoire, n'est-ce pas là le plus agréable à entendre ? |
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ΧΟΡΟΣ Ἄνασσα, νῦν σοι τέρψις ἐμφανὴς κυρεῖ, |
LE CORYPHÉE. — Reine, à ce beau spectacle, à ce beau récit, ne crains plus de te réjouir! |
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ΔΗΙΑΝΕΙΡΑ Πῶς δ´ οὐκ ἐγὼ χαίροιμ´ ἄν, ἀνδρὸς εὐτυχῆ |
DÉJANIRE. — Oui, comment ne me réjouirais-je pas en apprenant cette heureuse fortune de mon époux ? Rien n'est plus légitime, et ma joie répond naturellement au bonheur de ses armes. Cependant, à bien voir les choses, on ne peut s'empêcher de craindre que l'homme heureux ne fasse un jour quelque faux pas. Pour tout dire, une étrange pitié me pénètre, mes amies, à la vue de ces captives qu'un destin cruel jette errantes Sur la terre d'exil, orphelines sans foyer, et qui, étant nées libres apparemment, n'ont plus devant elles qu'une vie d'esclavage. O Zeus tutélaire, épargne tes rigueurs à ceux de mon sang — ou attends, pour les frapper, que je ne sois plus là pour le voir! Tant le spectacle de ces jeunes femmes m'inspire d'appréhensions. Dis-moi, infortunée, mêlée à ces jeunesses, qui es-tu? Es-tu fille ou as-tu déjà des enfants ? Tu ne parais pas familiarisée avec toutes ces misères. Tu dois être de noble maison, en tout cas. Lichas, de quelle famille est-elle issue ? Quels sont ses parents ? Ne me cache rien. Entre toutes les autres, elle éveille mon intérêt, quand je la considère, car elle est la seule qui porte fièrement sa disgrâce. |
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ΛΙΧΑΣ Τί δ´ οἶδ´ ἐγώ; τί δ´ ἄν με καὶ κρίνοις; ἴσως |
LICHAS. — Qu'en sais-je, moi ? A quoi bon m'interroger là-dessus ? je pense qu'elle appartient à l'une des meilleures familles du pays. |
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ΔΗΙΑΝΕΙΡΑ Μὴ τῶν τυράννων; Εὐρύτου σπορά τις ἦν; |
DÉJANIRE. — A la famille royale, peut-être ? N'y avait-il pas une fille d'Eurytos ? |
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ΛΙΧΑΣ Οὐκ οἶδα· καὶ γὰρ οὐδ´ ἀνιστόρουν μακράν. |
LICHAS. — Je l'ignore. Je n'ai pas cherché à en savoir si long. |
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ΔΗΙΑΝΕΙΡΑ Οὐδ´ ὄνομα πρός του τῶν ξυνεμπόρων ἔχεις; |
DÉJANIRE. — N'as-tu pas même appris son nom par une de ses compagnes ? |
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ΛΙΧΑΣ Ἥκιστα· σιγῇ τοὐμὸν ἔργον ἤνυτον. |
LYCHAS. - Non, j'ai accompli ma mission en silence. |
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ΔΗΙΑΝΕΙΡΑ Εἴπ´, ὦ τάλαιν´, ἀλλ´ ἡμὶν ἐκ σαυτῆς· ἐπεὶ
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DÉJANIRE. — Tu peux te confier à moi, pauvre jeune femme. Tu ne peux qu'aggraver ton malheur en nous cachant qui tu es. |
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ΛΙΧΑΣ Οὔ τἄρα τῷ γε πρόσθεν οὐδὲν ἐξ ἴσου |
LICHAS. — Elle aura bien changé si sa langue se délie; un mot, elle n'a pas proféré un seul mot ! Gardant renfermée dans son sein la douleur qui l'oppresse, elle n'a cessé de pleurer, la malheureuse, depuis qu'elle a quitté sa patrie dévastée. Certes, elle subit un triste sort, et cela dispose en sa faveur. |
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ΔΗΙΑΝΕΙΡΑ Ἡ δ´ οὖν ἐάσθω, καὶ πορευέσθω στέγας |
DÉJANIRE. — Eh bien, laissons-la tranquille. Qu'on la conduise dans le palais, et qu'elle y soit bien traitée, car je ne veux pas ajouter à ses maux en irritant son chagrin : c'est assez de ce qu'elle souffre. D'ailleurs, il est temps que nous rentrions, les uns et les autres. Toi, je te donne congé pendant que je prépare tout ce qu'il faut dans la maison. (Les captives entrent dans le palais.) |
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ΑΓΓΕΛΟΣ Αὐτοῦ γε πρῶτον βαιὸν ἀμμείνας´, ὅπως
335 |
LE MESSAGER (à Déjanire.) — S'il te plaît, demeure quelques instants : je voudrais, loin de ces gens-là, t'apprendre qui tu introduis chez toi et te découvrir tout ce qu'on t'a dissimulé. Cela t'importe à connaître, et je sais le fin mot de la chose. |
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ΔΗΙΑΝΕΙΡΑ Τί δ´ ἐστί; τοῦ με τήνδ´ ἐφίστασαι βάσιν; |
DÉJANIRE. — Qu'y a-t-il qui vaille que tu m'arrêtes? |
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ΑΓΓΕΛΟΣ Σταθεῖς´ ἄκουσον· καὶ γὰρ οὐδὲ τὸν πάρος
340 |
LE MESSAGER. — Suspens tes pas; prête l'oreille. Si, tout à l'heure, tu n'as pas perdu ton temps à m'écouter, cette fois-ci non plus, je pense. |
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ΔΗΙΑΝΕΙΡΑ Πότερον ἐκείνους δῆτα δεῦρ´ αὖθις πάλιν |
DÉJANIRE. — Rappellerons-nous nos gens, ou préfères-tu me parler en présence de ces femmes seulement? |
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ΑΓΓΕΛΟΣ Σοὶ ταῖσδέ τ´ οὐδὲν εἴργεται, τούτους δ´ ἔα. |
LE MESSAGER. — Celles-ci ne nous gênent point, mais laisse les autres où ils sont. |
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ΔΗΙΑΝΕΙΡΑ Καὶ δὴ βεβᾶσι, χὠ λόγος σημαινέτω. 345 |
DÉJANIRE. — Eh bien, ils sont partis, explique-toi donc. |
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ΑΓΓΕΛΟΣ Ἁνὴρ ὅδ´ οὐδὲν ὧν ἔλεξεν ἀρτίως |
LE MESSAGER. — Cet homme n'a point dit la vérité. Ou il vient de mentir devant toi, ou son premier récit n'était que mensonge. |
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ΔΗΙΑΝΕΙΡΑ Τί φῄς; σαφῶς μοι φράζε πᾶν ὅσον νοεῖς· |
DÉJANIRE. — Comment cela? Ne me cache rien de ta pensée. Je ne comprends pas ce que tu insinues. |
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ΑΓΓΕΛΟΣ Τούτου λέγοντος τἀνδρὸς εἰσήκους´ ἐγώ, |
LE MESSAGER. J’ai parfaitement entendu Lichas raconter devant la foule attroupée que ton mari n'a écrasé Eurytos en sa ville forte d'Oechalie que pour s'emparer de la jeune femme. Nul autre dieu qu'Erôs (22) ne l'a entraîné dans cette guerre, et ni les Lydiens, ni le servage auprès d'Omphale, ni le meurtre d'Iphitos n'y sont pour rien. En oubliant de parler d'Erôs, Lichas fait signifier tout autre chose à son récit! La vérité, c'est qu'Héraclès ne put décider le père à lui donner sa fille pour partager sa couche en secret. C'est pourquoi, ayant forgé un vague prétexte, il attaque la patrie de la jeune femme - je veux dire le royaume d'Eurytos, dont a parlé Lichas —, tue le roi et met à sac sa capitale. Et tu vois qu'aujourd'hui il s'est fait précéder par sa captive, bien résolu qu'il est, femme, à la traiter autrement qu'en esclave (23). Ne te fais aucune illusion : il brûle pour elle. J'ai cru devoir, maîtresse, te rapporter les choses telles que je les ai entendues de la bouche de Lichas, tandis qu'autour de moi, sur la lace; toute la ville écoutait son récit; c'est de quoi le confondre, je pense! Si ces nouvelles te chagrinent, j'en suis fâché, mais j'ai rétabli la vérité. |
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ΔΗΙΑΝΕΙΡΑ Οἴμοι τάλαινα, ποῦ ποτ´ εἰμὶ πράγματος;
375 |
DÉJANIRE. — Hélas! Je ne sais plus où j'en suis. Quel sujet d'affliction j'ai introduit sans le savoir sous mon toit! Malheureuse! Mais dis-moi, son nom est-il inconnu, comme le jurait le courrier? |
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ΑΓΓΕΛΟΣ Ἦ κάρτα λαμπρὰ καὶ κατ´ ὄνομα καὶ φύσιν, |