Retour à l'entrée du site - Sophocle l'Olympien - L'Œuvre de Sophocle - Électre

Anthologie tragique

Traduction
par
Philippe Renault
Dans cette page, on trouvera un ensemble de « morceaux choisis » tirés des tragédies de Sophocle qui nous sont parvenues, ainsi que quelques fragments, en particulier des Limiers, retrouvés sur un papyrus il y a moins de cent ans. Comme pour Électre, qu'on pourra lire sur le même site, il s'agit d'une traduction en vers, qui veut restituer l'élan, l'urgence et la noblesse du style sophocléen. J'ai tenté de concilier - était-ce présomptueux de ma part ? - à la fois fidélité au texte, sans laquelle une traduction ne vaut rien, et la volonté très forte de faire passer le souffle poétique de l'œuvre, sans laquelle une traduction reste froide et scolaire, et n'accroche point. Puissé-je n'avoir pas trop failli à mon credo... Le lecteur est seul juge.
Bien entendu, ce choix est subjectif, et sur les quarante extraits retenus, j'ai conscience que de magnifiques tirades et de belles envolées chorales n'ont pas eu droit de cité : je m'en excuse à l'avance. Mais cette page est ouverte - grand avantage du Net - et, au fil du temps, ce choix ne fera que s'enrichir.
Donc, un choix restrictif, comme fut restrictif également - et selon moi terrible - le choix de Sophocle opéré au second siècle de notre ère, qui n'a retenu du grand poète athénien que sept œuvres sur les cent vingt-trois écrites par lui. Eschyle et Euripide ont hélas ! connu le même traitement ! Voyons ! Imaginons que de Balzac, on ne retienne que sept romans : scénario-catastrophe s'il en est !
Tout ce que j'espère, c'est que dans les deux mille prochaines années, Sophocle ne subisse pas à nouveau une cure d'amaigrissement textuel et se retrouve réduit, comme ici, à l'état d'anthologie ! Et j'en appelle aux dieux tout-puissants !
Sommaire
(445)
Dans le camp des Grecs en Troade, devant la tente d'Ajax
Prologue : Athéna annonce à Ulysse qu'elle a frappé Ajax de folie et qu'il a massacré des bœufs en pensant qu'il s'agissait des chefs de l'armée des Grecs, dont il voulait se venger pour lui avoir refusé les armes d'Achille.
Parodos : les marins de Salamine s'inquiètent des rumeurs courant sur Ajax.
Épisode 1 : Tecmesse, compagne d'Ajax, raconte la folie de ce dernier. On entend le cri du héros. Puis on le voit au milieu des bêtes massacrées. Longues plaintes. Ajax fait amener son fils et l'exhorte à suivre les voies de l'honneur.
Stasimon 1 : les marins évoquent Salamine et le deuil qui va frapper les parents d'Ajax.
Épisode 2 : Ajax annonce au Chœur et à Tecmesse son intention d'aller se purifier.
Stasimon 2 : chant de joie.
Épisode 3 : le messager annonce qu'il faut garder Ajax sous sa tente. Les choreutes se mettent à rechercher le héros. Monologue et suicide d'Ajax.
Epiparados : découverte du corps par Tecmesse.
Épisode 4 : lamentations de Teucros, demi-frère d'Ajax. Il s'oppose à Ménélas venu interdire une sépulture à Ajax.
Stasimon 3 : lamentations sur les souffrances de la guerre.
Exodos : discussion Teucros-Agamemnon. Ulysse intervient au nom de l'humanité. Cortège funèbre dirigé par Teucros
Folie meurtrière
(vers 284 - 330)
C’était la nuit ; les feux s’étaient évanouis.
Ajax prend son épée et s’avance au hasard.
Je l’arrête et lui dis : « Pourquoi es-tu venu ?
Et que recherches-tu ? Un message t’a-t-il
Prévenu d’un péril ? Je crois que la trompette
N'a point retenti puisque toute l’armée dort.
Alors il répondit : « Femmes, votre beauté
S’éclaire mieux par votre silence ». Et je me tais.
Il s’en va seul. Et ce qu'il fit est un mystère.
Il rentra quand le jour montra ses premiers feux.
Dans un affreux vacarme, il ramène taureaux,
Béliers, chiens, les massacre et s’acharne sur eux.
Il lève son épée sur d’autres animaux
Enchaînés lourdement : ils meurent aussitôt.
Il court hors de sa tente et croit voir un fantôme
Qui marche dans la nuit. Il nous dit en riant
Que le sombre ennemi, l’Atride, puis Ulysse,
Il les a décimés, tout fier de sa vengeance.
Sous sa tente rentrant comme il était sorti,
Soudain le malheureux retrouve ses esprits :
Il voit ce qu’il a fait, les crimes d’un dément.
Il se frappe la tête et, tout en gémissant,
Il s’assied sur ces corps dans des flaques de sang.
Puis, calme tout à coup, il referme ses yeux
Et ne dit plus un mot. Il s’avance vers moi,
Car il veut tout savoir. Serait-il donc l’auteur
De cette boucherie ? En tremblant, mes amis,
Je lui révèle tout (il menaçait ma vie).
C’est alors qu’il poussa un long cri douloureux.
Jamais je n’entendis de sa bouche un tel cri,
Lui pour qui se lamenter n’était réservé
Qu’à des couards. Il pleurait pareil à un taureau
Qui meugle. Voyez-le, porté par le fardeau
De son malheur, amorphe au milieu du carnage.
Hélas ! il faut s’attendre à de nouveaux sursauts.
Résignation
(vers 646 - 692)
Le temps infini nous révèle l’invisible,
Tout en dissimulant dans le voile de l’ombre
Ce qui brillait au jour. Oui, tout semble possible !
Les fermes volontés, les serments inflexibles,
Tout peut se retourner ! Moi qui me comportais
Avec témérité, comme un acier trempé,
Voilà que mon verbe aiguisé s'est amolli
À cause d’une femme. Ah ! que j'ai pitié d'elle !
Quoi ! Laisser une veuve avec un orphelin
Aux mains de l’ennemi, je ne puis l’accepter.
Allons ! Que je me presse en ces vertes prairies,
Au bord de la mer, pour que je me purifie
Par des ablutions, cela pour m’éviter
Le lourd ressentiment de la divinité.
Je gagnerai ensuite un espace désert
Afin que mon épée y soit ensevelie,
Loin des regards humains. Que la nuit et Hadès
La gardent à jamais. Du jour où j’ai reçu
D’Hector, mon ennemi, ce cadeau, les Argiens
N’osent plus m’estimer. Le vieux dicton est vrai :
« Présent d’un ennemi, présent vil et malsain ! »
Aussi dans l’avenir, j’écouterai les dieux,
Et je révérerai les Atrides, les chefs
Devant lesquels il faut savoir nous incliner.
Une force implacable est contrainte à céder
Face au droit reconnu. Les hivers enneigés
Font place au bel été regorgeant de beaux fruits.
Au quadrige nocturne succède le jour
Aux sublimes coursiers, cette clarté qui passe,
Et que l’on voit briller de feux étincelants.
Un vent paisible endort la mer irraisonnée.
Le lourd sommeil parvient à nous abandonner,
Et nous ne pourrions pas apprendre à être sage ?
Rien n’est déterminé : l’ennemi d’aujourd’hui
Peut devenir l‘ami de demain. Quant à lui,
Mon ami, je le sers, avec en moi l’idée
Qu’un jour il n’aura plus les mêmes sentiments.
Le havre d’amitié ? Fragile assurément !
Mais tout ira très bien. Femme, rentre chez toi !
Prie les dieux d’exaucer les désirs de mon cœur.
Et vous, mes amis, vous me comblerez de joie
En priant tout comme elle ; et dites à Teucros,
Dès son retour, de penser à moi comme à vous.
Désormais, je m’en vais là où je dois aller.
Vous, obéissez-moi ! Bientôt vous apprendrez
Oui, qui sait ! qu’en dépit du sort qui m’a vaincu,
J’ai enfin découvert la force du salut.
(vers 394 - 409 et 412 - 427))
Ô Érèbe, tu es mon ultime lumière :
Le maigre feu que j'ai est pour moi trop brillant.
Érèbe, accueille-moi car je ne veux plus voir
Ni chez les hommes, ni chez les divinités ;
N'est-ce pas une déesse qui me perdit,
Pallas, fille de Zeus ? Où fuir ? Où m’arrêter ?
Non, il n'y a plus rien à faire après la chasse
Où je me suis rendu. Voyez tous mes amis
Qui lèvent leurs épées, qui veulent mon trépas...
...Grottes côtières, prairies bordant les flots,
Ô Ilion, où je pris les armes si longtemps !
Mais je suis libre et vous ne m’aurez plus en vie,
Vous ne me verrez plus, je le dis sans détour,
Moi qui, dans Troie, étais le meilleur des soldats.
Regardez-moi un peu en ce moment d'horreur :
Je me suis effondré, j’ai perdu mon honneur !
(vers 815 - 865)
J’ai préparé le fer qui devra m’immoler.
Allons ! Il est grand temps. Si j’ai bien calculé,
J'ai placé la lame sous le meilleur des angles.
C'est l'épée que je tiens d'Hector, hôte maudit !
Je vais mettre sa pointe en l'air : un coup bien vif
Et la vie se rompra. Ô grand Zeus, je t’invoque,
Accorde-moi ce vœu : fais porter à Teucros
L’annonce de ma mort ; lui seul doit retirer
La lame de mon corps, car jamais l'ennemi
Ne doit découvrir mon cadavre et le donner
En pâture aux oiseaux. Voilà pour toi, ô Zeus.
À Hermès quelques mots : quand le fer percera
Mon flanc mortellement, qu’il me plonge avec calme
Dans un pesant sommeil. J'appelle l'Érinye,
Cette déesse austère : il faut que je lui dise
Que les Atrides seuls ont fait que je trépasse
L'esprit lourd de tourments. Qu’elle prenne en ses griffes
Tous ces hommes sans foi, qu'à l’instant de leur mort,
Elles lâchent leur proie. Quand l'Érynie verra
Mourir Ajax, puissent les Atrides périr
Sous les coups de leurs enfants. Érinyes, partez
Réclamer votre dû ! Il faut que, sans pitié,
Vous vous repaissiez de toute cette armée.
Hélios, toi, voguant dans les zones célestes,
Quand tu contempleras la terre de mes pères,
Arrête-toi ! Va dire à mes parents pourquoi
Je meurs. Ô pauvre mère, en apprenant ma mort,
La cité tout entière entendra tes sanglots.
Mais à quoi bon me plaindre ? Ô mort, toi que j’attends,
Je m’en vais demeurer près de toi si longtemps...
À toi, soleil de mon jour ultime, ô lumière,
Je te parle à nouveau pour une fois dernière.
Ô jour lumineux, ô Salamine, ma cité,
Ô pierre du foyer ancestral, ô Athènes,
Ô amis d’hier, ô fleuves de ma patrie,
Ô plaines de Troie, ô tout ce qui fut ma vie,
D'Ajax écoutez bien les paroles dernières :
Bientôt ma voix n'écumera que les Enfers.
(442)
À Thèbes, devant le palais royal
Prologue : Antigone annonce à Ismène sa volonté de désobéir au décret de Créon pour donner à Polynice la sépulture rituelle.
Parodos : le Chœur des vieillards célèbre la cité et son chef en raison de la victoire de Thèbes.
Épisode 1 : interdiction par Créon de donner une sépulture à Polynice. Un garde annonce au roi que le corps a été cependant honoré. Créon soupçonne un complot contre lui.
Stasimon 1 : éloge de l'homme.
Épisode 2 : affrontement Créon-Antigone. Antigone doit mourir. Ismène veut partager son sort.
Stasimon 2 : le Chœur évoque le destin des Labdacides.
Épisode 3 : affrontement Créon-Hémon, fïancé d'Antigone. Créon ne cède pas.
Stasimon 3 : le Chœur célèbre Éros.
Épisode 4 : dialogue entre le Chœur et Antigone qu'on mène vers sa prison. Devant Créon Antigone se justifie de nouveau.
Stasimon 4 : exemples mythiques d'emprisonnement.
Épisode 5 : Tirésias annonce à Créon la colère divine. Créon l'accuse de cupidité. Tirésias annonce un malheur. Créon terrifié veut aller délivrer Antigone.
Stasimon 5 : le Chœur célèbre Dionysos.
Exodos : un messager annonce que Créon a trouvé morts Antigone et Hémon. Eurydice, l'épouse de Créon demande de tout lui raconter. Créon arrive et porte le corps de son fils. Annonce de la mort d'Eurydice qui s'est suicidée.
du monde...
(vers 334 - 366)
Parmi tant de splendeurs que la terre a créées,
Il y a l'homme, lui, la merveille du monde !
Il aime à naviguer sur la mer ondoyante ;
Quand, du Sud, une rude tempête se lève,
Il sait se faufiler hors des houles beuglantes ;
Chaque année, il travaille, il retourne la terre,
L'élément souverain, la matrice des dieux ;
Avec son attelage, il creuse les sillons ;
Il capture l’oiseau et les fauves des bois ;
Grâce au mouvant filet il pêche les poissons,
Ô génial inventeur ! Il attire ses proies
Dans ses pièges ; il soumet aussi bien le cou
Du cheval que celui du taureau vigoureux
En usant du collier ; il possède le verbe,
Une répartie vive ; il s'est inventé des lois,
Des coutumes, sans qu'un maître ne les inspire ;
Il sait se protéger et des pluies et du froid.
Génie de l’univers, il ne redoute rien,
Hormis la mort, Hadès, qu'il ne peut éluder,
Bien qu'il sache soigner des blessures profondes ;
Il est intelligent ; sa pensée est féconde ;
Il penche vers le bien autant que vers le mal.
L'interrogatoire
(vers 441 - 523)
Créon
Toi qui baisses le front, reconnais-tu les faits ?
Antigone
Oui, je les reconnais.
Créon
Connaissais-tu l’édit
Que j’avais promulgué ?
Antigone
Oui, c’était l’évidence.
Créon
Ainsi, tu as osé enfreindre l’ordonnance.
Antigone
Oui, car ce n’est point Zeus qui l’avait proclamé.
La Justice qui siège auprès des Infernaux
N’a jamais rédigé ces lois parmi les hommes.
Je ne croyais pas que l’édit eût permis
De s’en prendre si fort aux lois issues des dieux,
Ces lois non écrites, ces lois inébranlables,
Qui ne datent ni d’hier, ni d’aujourd’hui,
Et dont nul ne sait d’où même elles ont surgi.
Désobéir aux dieux par crainte d’un mortel
Ne m’eût-il pas livré à leur sainte vengeance ?
Que je dusse mourir, j’en avais conscience.
Si je meurs avant le temps qui m’est imparti,
Pour moi, c’est tout profit ! Quand on vit pour souffrir,
Le trépas m’apparaît comme une délivrance.
Par contre, elle eût été une affreuse torture
Si j’avais dû laisser un corps sans sépulture,
Oui, le corps de celui que ma mère mit au monde.
Ah ! tu dois penser que ma folie est profonde.
Mais sur la folie, tu n’as rien à m’envier.
Le Coryphée
Je reconnais en toi le caractère entier
De ton père et sa force intraitable ! Ah ! jamais
Vous ne voulez céder à la fatalité.
Créon
Sache cependant que de telles volontés
Sont celles qui rompent malgré leur âpreté,
Comme le fer massif qu’on jette dans le feu
Et qui, en durcissant, finit par éclater.
Un simple bout de frein peut de même calmer
Le cheval emporté. Non, l’orgueil est folie
Pour qui dépend d’autrui. Cette fille savait,
Ô suprême insolence, qu’elle enfreignait la loi.
Son forfait accompli, voyez son impudence :
Elle se glorifie et ricane à la fois.
À l’entendre parler, de nous deux l’homme
Ce serait elle si, en toute impunité,
Je la laissais croire en son triomphe absolu.
Non ! Bien qu’elle fût ma nièce, plus proche encore
Que tous ceux de mon sang, ni elle, ni sa sœur
N’éviteront la mort. Oui, celle-là aussi,
Je l’accuse d’avoir comploté avec toi
Cette inhumation : qu’elle vienne en ces lieux !
Je l’ai vue tout à l’heure, elle semblait hagarde,
L’œil sans expression. C’est toujours comme ça !
Ceux qui sont dans l'ombre fomentent des complots,
Et se dénoncent par leur agitation.
Mais je déteste aussi cette autre vision :
Celle du criminel surpris en plein forfait,
Et qui ose en tirer une gloire sans nom.
Antigone
Je suis entre tes mains, que te faut-il encore ?
Plus que ma mort ?
Créon
Oui, rien de plus, ton châtiment.
Antigone
Alors, pourquoi tarder ? Tes propos m’exaspèrent,
Et mon seul désir, c'est qu'aucun d'eux ne me plaise.
De même, tout en moi semble te révulser.
Ne vais-je pas gagner la gloire la plus digne
En donnant à mon frère une humble sépulture ?
Et tous ceux qui sont là approuveraient mon acte,
Si la crainte ne les réduisait au silence.
Car la tyrannie possède cet avantage,
Et elle en a beaucoup, c’est de faire et de dire
N'importe quoi...
Créon
Toi seule a de telles pensées.
Antigone
Ils pensent comme moi mais ils n’en disent rien.
Créon
Ne rougis-tu pas de t’écarter du commun.
Antigone
Non, je ne rougis pas de célébrer mon frère.
Créon
Or son adversaire n’était-il pas son frère ?
Antigone
Bien sûr, par mes parents il était bien mon frère.
Créon
C’était l’outrager que d’honorer l’autre aussi ?
Antigone
Il n’a plus ces pensées maintenant qu’il est mort.
Créon
C’est le mettre pourtant sur le rang d’un impie.
Antigone
Cet homme était son frère et non pas un esclave.
Créon
L’un tuait la cité, l’autre la défendait.
Antigone
Hadès veut simplement voir accomplir ces rites.
Créon
Tu mettrais le bon au même rang qu’un méchant ?
Non, ce n’est pas cela que notre homme mérite.
Antigone
Chez les morts, ces idées ont-elles toujours cours ?
Créon
L’ennemi même mort reste un vil compagnon.
Antigone
Je ne partage pas la haine, mais l’amour.
Appel à la sagesse
(683 - 723)
Ô Père, la raison est le plus grand des biens
Concédés aux humains. Certes, je n'oserais
Dire que tu as tort : me préserve le Ciel
D’avoir un tel avais. Mais peut-être faut-il
Que tu considères des voies tout aussi justes.
Je suis tout désigné car je suis né de toi,
Pour guetter ce qu’on fait, ce qu’on dit, les rumeurs.
Aux citoyens communs, ta présence fait peur
Au point qu’ils n’oseraient jamais te contredire.
Moi, par contre, je passe inaperçu, j’entends
Thèbes se lamenter sur le sort d’Antigone.
« Entre toutes les femmes, nulle n’a mérité
Pour un acte si beau supplice aussi infâme ;
Elle n’a point voulu que son frère, tombé
Pendant le combat, soit privé de sépulture,
Le corps abandonné aux chiens comme pâture.
Qu’on lui offre plutôt une couronne d’or. »
Voilà donc les propos courant sous le manteau.
Ô père, ton bonheur est mon plus grand trésor.
Un père florissant fait l’orgueil des enfants.
Comme de beaux enfants sont l’orgueil de leur père.
Crois en tes jugements, mais n'ose pas prétendre
Que tu détiens la vérité ; et ceux qui pensent
Avoir acquis seuls la sagesse, l'éloquence,
Le géni