ΑΥΤΟΥΡΓΟΣ
Ὦ γῆς παλαιὸν
ἄργος, Ἰνάχου
ῥοαί,
ὅθεν ποτ' ἄρας
ναυσὶ
χιλίαις Ἄρη
ἐς γῆν
ἔπλευσε
Τρῳάδ'
Ἀγαμέμνων
ἄναξ.
κτείνας δὲ
τὸν κρατοῦντ'
ἐν Ἰλιάδι
χθονὶ
Πρίαμον, ἑλών
τε Δαρδάνου
κλεινὴν
πόλιν,
ἀφίκετ' ἐς
τόδ' Ἄργος,
ὑψηλῶν δ'
ἐπὶ
ναῶν ἔθηκε
σκῦλα
πλεῖστα
βαρβάρων.
κἀκεῖ μὲν
εὐτύχησεν·
ἐν δὲ δώμασι
θνῄσκει
γυναικὸς
πρὸς
Κλυταιμήστρας
δόλῳ
καὶ τοῦ
Θυέστου
παιδὸς
Αἰγίσθου
χερί. 10
χὣ μὲν παλαιὰ
σκῆπτρα
Ταντάλου
λιπὼν
ὄλωλεν,
Αἴγισθος δὲ
βασιλεύει
χθονός,
ἄλοχον
ἐκείνου
Τυνδαρίδα
κόρην ἔχων.
οὓς δ' ἐν
δόμοισιν
ἔλιφ' ὅτ' ἐς
Τροίαν ἔπλει,
ἄρσενά τ'
Ὀρέστην θῆλύ
τ' Ἠλέκτρας
θάλος,
τὸν μὲν
πατρὸς
γεραιὸς
ἐκκλέπτει
τροφεὺς
μέλλοντ'
Ὀρέστην
χερὸς ὑπ'
Αἰγίσθου
θανεῖν
Στροφίῳ τ'
ἔδωκε Φωκέων
ἐς γῆν
τρέφειν·
ἣ δ' ἐν δόμοις
ἔμεινεν
Ἠλέκτρα
πατρός,
ταύτην
ἐπειδὴ
θαλερὸς εἶχ'
ἥβης χρόνος, 20
μνηστῆρες
ᾔτουν
Ἑλλάδος
πρῶτοι
χθονός.
δείσας δὲ μή
τῳ παῖδ'
ἀριστέων
τέκοι
Ἀγαμέμνονος
ποινάτορ',
εἶχεν ἐν
δόμοις
Αἴγισθος οὐδ'
ἥρμοζε
νυμφίῳ τινί.
ἐπεὶ δὲ καὶ
τοῦτ' ἦν φόβου
πολλοῦ πλέων,
μή τῳ
λαθραίως
τέκνα
γενναίῳ
τέκοι,
κτανεῖν σφε
βουλεύσαντος,
ὠμόφρων
ὅμως
μήτηρ νιν
ἐξέσῳσεν
Αἰγίσθου
χερός.
ἐς μὲν γὰρ
ἄνδρα σκῆψιν
εἶχ' ὀλωλότα,
παίδων δ'
ἔδεισε μὴ
φθονηθείη
φόνῳ. 30
ἐκ τῶνδε δὴ
τοιόνδ'
ἐμηχανήσατο
Αἴγισθος· ὃς
μὲν γῆς
ἀπηλλάχθη
φυγὰς
Ἀγαμέμνονος
παῖς, χρυσὸν
εἶφ' ὃς ἂν
κτάνῃ,
ἡμῖν δὲ δὴ
δίδωσιν
Ἠλέκτραν
ἔχειν
δάμαρτα,
πατέρων μὲν
Μυκηναίων
ἄπο
γεγῶσιν-οὐ δὴ
τοῦτό γ'
ἐξελέγχομαι·
λαμπροὶ γὰρ
ἐς γένος γε,
χρημάτων δὲ
δὴ
πένητες,
ἔνθεν
ηὑγένει'
ἀπόλλυται-
ὡς ἀσθενεῖ
δοὺς ἀσθενῆ
λάβοι φόβον.
εἰ γάρ νιν
ἔσχεν ἀξίωμ'
ἔχων ἀνήρ, 40
εὕδοντ' ἂν
ἐξήγειρε τὸν
Ἀγαμέμνονος
φόνον δίκη τ'
ἂν ἦλθεν
Αἰγίσθῳ τότε.
ἣν οὔποθ'
ἁνὴρ ὅδε-σύνοιδέ
μοι Κύπρις-
ᾔσχυνεν
εὐνῇ·
παρθένος δ' ἔτ'
ἐστὶ δή.
αἰσχύνομαι
γὰρ ὀλβίων
ἀνδρῶν
τέκνα
λαβὼν
ὑβρίζειν, οὐ
κατάξιος
γεγώς.
στένω δὲ τὸν
λόγοισι
κηδεύοντ'
ἐμοὶ
ἄθλιον
Ὀρέστην, εἴ
ποτ' εἰς Ἄργος
μολὼν
γάμους
ἀδελφῆς
δυστυχεῖς
ἐσόψεται.
ὅστις δέ μ'
εἶναί φησι
μῶρον, εἰ
λαβὼν 50
νέαν ἐς
οἴκους
παρθένον μὴ
θιγγάνω,
γνώμης
πονηροῖς
κανόσιν
ἀναμετρούμενος
τὸ σῶφρον,
ἴστω καὐτὸς
αὖ τοιοῦτος
ὤν.
ΗΛΕΚΤΡΑ
ὦ νὺξ μέλαινα, χρυσέων ἄστρων τροφέ,
ἐν ᾗ τόδ' ἄγγος τῷδ' ἐφεδρεῦον κάρᾳ
φέρουσα πηγὰς ποταμίας μετέρχομαι-
οὐ δή τι χρείας ἐς τοσόνδ' ἀφιγμένη,
ἀλλ' ὡς ὕβριν δείξωμεν Αἰγίσθου θεοῖς-
γόους τ' ἀφίημ' αἰθέρ' ἐς μέγαν πατρί.
ἡ γὰρ πανώλης Τυνδαρίς, μήτηρ ἐμή, 60
ἐξέβαλέ μ' οἴκων, χάριτα τιθεμένη πόσει·
τεκοῦσα δ' ἄλλους παῖδας Αἰγίσθῳ πάρα
πάρεργ' Ὀρέστην κἀμὲ ποιεῖται δόμων . . .
ΑΥΤΟΥΡΓΟΣ
τί γὰρ τάδ', ὦ δύστην', ἐμὴν μοχθεῖς χάριν
πόνους ἔχουσα, πρόσθεν εὖ τεθραμμένη,
καὶ ταῦτ' ἐμοῦ λέγοντος οὐκ ἀφίστασαι;
ΗΛΕΚΤΡΑ
ἐγώ σ' ἴσον θεοῖσιν ἡγοῦμαι φίλον·
ἐν τοῖς ἐμοῖς γὰρ οὐκ ἐνύβρισας κακοῖς.
μεγάλη δὲ θνητοῖς μοῖρα συμφορᾶς κακῆς
ἰατρὸν εὑρεῖν, ὡς ἐγὼ σὲ λαμβάνω. 70
δεῖ δή με κἀκέλευστον εἰς ὅσον σθένω
μόχθου 'πικουφίζουσαν, ὡς ῥᾷον φέρῃς,
συνεκκομίζειν σοι πόνους. ἅλις δ' ἔχεις
τἄξωθεν ἔργα· τἀν δόμοις δ' ἡμᾶς χρεὼν
ἐξευτρεπίζειν. εἰσιόντι δ' ἐργάτῃ
θύραθεν ἡδὺ τἄνδον εὑρίσκειν καλῶς.
ΑΥΤΟΥΡΓΟΣ
εἴ τοι δοκεῖ σοι, στεῖχε· καὶ γὰρ οὐ πρόσω
πηγαὶ μελάθρων τῶνδ'. ἐγὼ δ' ἅμ' ἡμέρᾳ
βοῦς εἰς ἀρούρας ἐσβαλὼν σπερῶ γύας.
ἀργὸς γὰρ οὐδεὶς θεοὺς ἔχων ἀνὰ στόμα
80
βίον δύναιτ' ἂν ξυλλέγειν ἄνευ πόνου.
ΟΡΕΣΤΗΣ
Πυλάδη, σὲ γὰρ δὴ πρῶτον ἀνθρώπων ἐγὼ
πιστὸν νομίζω καὶ φίλον ξένον τ' ἐμοί·
μόνος δ' Ὀρέστην τόνδ' ἐθαύμαζες φίλων,
πράσσονθ' ἃ πράσσω δείν' ὑπ' Αἰγίσθου παθών,
ὅς μου κατέκτα πατέρα . . . χἡ πανώλεθρος
μήτηρ. ἀφῖγμαι δ' ἐκ θεοῦ μυστηρίων
Ἀργεῖον οὖδας οὐδενὸς ξυνειδότος,
φόνον φονεῦσι πατρὸς ἀλλάξων ἐμοῦ.
νυκτὸς δὲ τῆσδε πρὸς τάφον μολὼν πατρὸς
90
δάκρυά τ' ἔδωκα καὶ κόμης ἀπηρξάμην
πυρᾷ τ' ἐπέσφαξ' αἷμα μηλείου φόνου,
λαθὼν τυράννους οἳ κρατοῦσι τῆσδε γῆς.
καὶ τειχέων μὲν ἐντὸς οὐ βαίνω πόδα,
δυοῖν δ' ἅμιλλαν ξυντιθεὶς ἀφικόμην
πρὸς τέρμονας γῆς τῆσδ', ἵν' ἐκβάλω ποδὶ
ἄλλην ἐπ' αἶαν, εἴ μέ τις γνοίη σκοπῶν,
ζητῶν τ' ἀδελφήν· φασὶ γάρ νιν ἐν γάμοις
ζευχθεῖσαν οἰκεῖν οὐδὲ παρθένον μένειν·
ὡς συγγένωμαι καὶ φόνου ξυνεργάτιν 100
λαβὼν τά γ' εἴσω τειχέων σαφῶς μάθω.
νῦν οὖν-Ἕως γὰρ λευκὸν ὄμμ' ἀναίρεται-
ἔξω τρίβου τοῦδ' ἴχνος ἀλλαξώμεθα.
ἢ γάρ τις ἀροτὴρ ἤ τις οἰκέτις γυνὴ
φανήσεται νῷν, ἥντιν' ἱστορήσομεν
εἰ τούσδε ναίει σύγγονος τόπους ἐμή.
ἀλλ'-εἰσορῶ γὰρ τήνδε προσπόλον τινά,
πηγαῖον ἄχθος ἐν κεκαρμένῳ κάρᾳ
φέρουσαν-ἑζώμεσθα κἀκπυθώμεθα
δούλης γυναικός, ἤν τι δεξώμεσθ' ἔπος
110
ἐφ' οἷσι, Πυλάδη, τήνδ' ἀφίγμεθα χθόνα.
|
LE
LABOUREUR
O terre antique d'Argos (84), eaux de
l'Inachos ! C'est d'ici que jadis, emmenant Arès (85)
sur mille vaisseaux, le roi Agamemnon fit voile vers la terre troyenne.
Il y tua le souverain du pays d'Ilion, Priam, et prit l'illustre cité
de Dardanos, puis il revint ici, à Argos, et suspendit aux temples
élevés les dépouilles innombrables des Barbares. Là-bas, il avait
été favorisé de la Fortune : mais dans son palais, il trouva la mort;
sa femme Clytemnestre ourdit la ruse et le fils de Thyeste, Égisthe, le
frappa de sa main. Abandonnant le sceptre antique de Tantale (86),
il périt. Égisthe est roi du pays et possède l'épouse du héros, la
fille de Tyndare. Agamemnon laissait dans son palais, en s'embarquant
pour Troie, un enfant mâle, Oreste, et une fille, Électre, un jeune
rameau déjà. Ce fils, un vieillard qui jadis avait élevé leur père
le déroba à la mort qu'allait lui donner la main d'Égisthe et il le
confia à Strophios (87) pour l'élever sur
la terre des Phocidiens. Elle, Électre, resta dans la maison de son
père. Quand elle fut arrivée à l'âge florissant de la jeunesse, des
prétendants la demandèrent en mariage. C'étaient les premiers de la
terre de Grèce. Craignant qu'elle ne donnât à l'un de ces princes un
fils, vengeur d'Agamemnon, Égisthe la gardait dans le palais et ne
l'unissait pas à un époux. Il n'en continuait pas moins à vivre dans
la terreur : n'allait-elle pas en secret donner des enfants à quelque
noble ? Il voulut la tuer. Mais toute cruelle qu'elle soit, sa mère la
sauva des mains d'Égisthe. Car pour faire périr son mari, elle avait
un prétexte (88), mais elle craignait de
s'attirer la haine par le meurtre de ses enfants. Alors, voici ce que
machina Égisthe : le fils d'Agamemnon était chassé de sa patrie,
exilé; il promit de l'or à qui le tuerait. Et c'est à moi qu'il a
donné Électre pour femme. Je suis, il est vrai, issu d'ancêtres
mycéniens (89) : sur ce point on ne peut
me faire de reproches, car j'ai au moins l'éclat de la naissance. Mais
je suis pauvre de biens et voilà qui tue la noblesse! La donner à un
homme faible, c'était affaiblir sa crainte. Un homme de haut rang, qui
l'eût eue pour femme, aurait réveillé de son sommeil (90)
le meurtre d'Agamemnon et la Justice aurait alors puni Égisthe. Mais
jamais moi, son mari — j'en atteste Cypris — je n'ai souillé sa
couche : elle est encore vierge. Oui, je rougirais, ayant la fille
d'opulents seigneurs, de l'outrager alors que je suis indigne d'elle de
par ma naissance. Je pleure aussi celui que l'on dit mon beau-frère, le
malheureux Oreste, en pensant qu'un jour il peut revenir dans Argos et
voir l'union infortunée de sa soeur. Si quelqu'un prétend que je suis
un fou, ayant reçu dans ma maison une jeune vierge, de ne pas la
toucher, ses sentiments sont de méchantes règles pour mesurer la
vertu, qu'il le sache; c'est lui au contraire qui est un fou (91).
Électre sort de la chaumière. Elle est
misérablement vêtue. Elle porte une amphore sur la tête.
ÉLECTRE
O nuit (92) noire, nourricière des
astres d'or, dans ton ombre, portant cette urne posée sur ma tête, je
m'en vais puiser l'eau aux sources du fleuve. Non pas que j'en sois
réduite à ce degré de misère, mais je veux montrer aux dieux
l'outrage de l'orgueilleux Égisthe, et crier dans l'éther (93)
immense mes plaintes à mon père. Car la maudite Tyndaride, ma mère,
m'a chassée du palais pour plaire à son mari. Depuis qu'elle a eu
d'autres enfants d'Égisthe, elle nous tient, Oreste et moi, comme des
rebuts, à l'écart du palais.
LE LABOUREUR
Pourquoi, infortunée, te livres-tu, pour moi, à ces durs travaux, toi
qui as passé ton enfance dans l'opulence ? Pourquoi, puisque je t'en
prie, ne laisses-tu pas tout cela ?
ÉLECTRE
Je mets au rang des dieux un ami tel que toi, car dans mes malheurs
tu ne m'as pas outragée et c'est pour les mortels une grande faveur du
destin que de trouver dans l'adversité un médecin comme celui que je
rencontre en toi. Je dois donc, même sans que tu me l'ordonnes, dans la
mesure de mes forces, alléger ton labeur, t'aider à en porter le poids
et partager ta peine. Tu as assez à faire au dehors. C'est à moi de
vaquer aux travaux de la mai-son. Quand rentre le travailleur, de la
porte, il aime à trouver son intérieur en ordre (94).
LE LABOUREUR
Eh bien, si bon te semble, va. D'ailleurs les sources ne sont pas
loin de notre maison. Pour moi, au lever du jour, j'irai mener mes bœufs
aux champs, puis ensemencer les sillons. Car jamais le paresseux, eût-il
à la bouche le nom des dieux, ne pourrait gagner sa vie sans
travailler.
Électre et le laboureur sortent. Entrent Oreste
et Pylade. Ils ont laissé leurs serviteurs sur la route.
ORESTE
Pylade (95) — car c'est bien toi que,
de tous les hommes, je considère comme le plus fidèle de mes amis et
de mes hôtes —, tu es le seul de mes amis qui m'aies gardé de
l'affection, à moi Oreste, malgré le sort cruel que m'a fait subir
Égisthe, qui a tué mon père avec l'aide de ma mère maudite. Je suis
arrivé, envoyé par l'oracle du dieu (96),
sur le sol argien, à l'insu de tous, pour rendre meurtre pour meurtre
aux assassins de mon père. Cette nuit, je suis allé au tombeau de mon
père, j'y ai versé des larmes et offert les prémices de ma chevelure
(97), sur le bûcher j'ai fait couler le
sang d'une brebis égorgée, sans être vu des tyrans qui règnent sur
ce pays. Je ne porte point mes pas à l'intérieur des remparts, mais je
me suis proposé deux buts à la fois en m'arrêtant aux frontières de
ce pays : m'échapper en me jetant sur un autre territoire si un des
espions me reconnaît, et chercher ma soeur. On dit que mariée, elle
habite avec son époux et qu'elle n'est plus la vierge qu'on gardait au
palais. Je veux la rencontrer, l'associer à mon acte de vengeance, et
savoir exactement ce qui se passe dans les remparts. Mais voici que
l'Aurore lève son visage radieux. Éloignons nos pas de ce sentier.
Quelqu'un, soit un laboureur, soit une servante, se montrera sans doute.
Nous lui demanderons si ma soeur n'habite pas ces lieux.
Mais voici une servante : elle porte une charge d'eau sur sa tête
rasée (98). Asseyons-nous et interrogeons
cette esclave. Peut-être recueillerons-nous quelque renseignement sur
l'affaire qui nous amène, Pylade, en ce pays (99).
Ils se
dissimulent. Électre, une amphore sur la tête, revient vers la
chaumière en chantant.
|
ΗΛΕΚΤΡΑ
σύντειν'-ὥρα-ποδὸς ὁρμάν· ὤ, {[στρ.}
ἔμβα, ἔμβα κατακλαίουσα·
ἰώ μοί μοι.
ἐγενόμαν Ἀγαμέμνονος
καί μ' ἔτεκεν Κλυταιμήστρα
στυγνὰ Τυνδάρεω κόρα,
κικλήσκουσι δέ μ' ἀθλίαν
Ἠλέκτραν πολιῆται.
φεῦ φεῦ σχετλίων πόνων 120
καὶ στυγερᾶς ζόας.
ὦ πάτερ, σὺ δ' ἐν Ἀΐδα
κεῖσαι, σᾶς ἀλόχου σφαγαῖς
Αἰγίσθου τ', Ἀγάμεμνον.
ἴθι τὸν αὐτὸν ἔγειρε γόον,
ἄναγε πολύδακρυν ἁδονάν.
σύντειν'-ὥρα-ποδὸς ὁρμάν· ὤ, {[ἀντ.}
ἔμβα, ἔμβα, κατακλαίουσα·
ἰώ μοί μοι.
τίνα πόλιν, τίνα δ' οἶκον, ὦ 130
τλᾶμον σύγγον', ἀλατεύεις
οἰκτρὰν ἐν θαλάμοις λιπὼν
πατρῴοις ἐπὶ συμφοραῖς
ἀλγίσταισιν ἀδελφάν;
ἔλθοις τῶνδε πόνων ἐμοὶ
τᾷ μελέᾳ λυτήρ,
ὦ Ζεῦ Ζεῦ, πατρί θ' αἱμάτων
ἐχθίστων ἐπίκουρος, Ἄρ-
γει κέλσας πόδ' ἀλάταν.
θὲς τόδε τεῦχος ἐμῆς ἀπὸ κρατὸς ἑ- {[στρ.}
λοῦσ', ἵνα πατρὶ γόους νυχίους 141
ἐπορθροβοάσω,
ἰαχάν, Ἀΐδα μέλος,
Ἀΐδα, πάτερ, σοι
κατὰ γᾶς ἐνέπω γόους
οἷς ἀεὶ τὸ κατ' ἦμαρ
διέπομαι, κατὰ μὲν φίλαν
ὄνυχι τεμνομένα δέραν
χέρα τε κρᾶτ' ἐπὶ κούριμον
τιθεμένα θανάτῳ σῷ.
αἶ αἶ, δρύπτε κάρα· 150
οἷα δέ τις κύκνος ἀχέτας
ποταμίοις παρὰ χεύμασιν
πατέρα φίλτατον καλεῖ,
ὀλόμενον δολίοις βρόχων
ἕρκεσιν, ὣς σὲ τὸν ἄθλιον,
πάτερ, ἐγὼ κατακλαίομαι,
λουτρὰ πανύσταθ' ὑδρανάμενον χροῒ {[ἀντ.}
κοίτᾳ ἐν οἰκτροτάτᾳ θανάτου.
ἰώ μοι, <ἰώ> μοι
πικρᾶς μὲν πελέκεως τομᾶς 160
σᾶς, πάτερ, πικρᾶς δ' ἐκ
Τροΐας ὁδίου βουλᾶς·
οὐ μίτραισι γυνή σε
δέξατ' οὐδ' ἐπὶ στεφάνοις,
ξίφεσι δ' ἀμφιτόμοις λυγρὰν
Αἰγίσθου λώβαν θεμένα
δόλιον ἔσχεν ἀκοίταν.
ΧΟΡΟΣ
Ἀγαμέμνονος ὦ κόρα, {[στρ.}
ἤλυθον, Ἠλέκτρα, ποτὶ
σὰν ἀγρότειραν αὐλάν.
ἔμολέ τις ἔμολεν γαλακτοπότας ἀνὴρ
Μυκηναῖος ὀρειβάτας· 170
ἀγγέλλει δ' ὅτι νῦν τριταί-
αν καρύσσουσιν θυσίαν
Ἀργεῖοι, πᾶσαι δὲ παρ' Ἥ-
ραν μέλλουσιν παρθενικαὶ στείχειν.
ΗΛΕΚΤΡΑ
οὐκ ἐπ' ἀγλαΐαις, φίλαι,
θυμὸν οὐδ' ἐπὶ χρυσέοις
ὅρμοις ἐκπεπόταμαι
τάλαιν', οὐδ' ἱστᾶσα χοροὺς
Ἀργείαις ἅμα νύμφαις
εἱλικτὸν κρούσω πόδ' ἐμόν. 180
δάκρυσι νυχεύ-
ω, δακρύων δέ μοι μέλει
δειλαίᾳ τὸ κατ' ἦμαρ.
σκέψαι μου πιναρὰν κόμαν
καὶ τρύχη τάδ' ἐμῶν πέπλων,
εἰ πρέποντ' Ἀγαμέμνονος
κούρᾳ 'σται βασιλείᾳ
τᾷ Τροίᾳ θ', ἃ 'μοῦ πατέρος
μέμναταί ποθ' ἁλοῦσα.
ΧΟΡΟΣ
μεγάλα θεός· ἀλλ' ἴθι, {[ἀντ.}
καὶ παρ' ἐμοῦ χρῆσαι πολύ-
πηνα φάρεα δῦναι, 190
χρύσεά τε-χαρίσαι-προσθήματ' ἀγλαΐας.
δοκεῖς τοῖσι σοῖς δακρύοις
μὴ τιμῶσα θεούς, κρατή-
σειν ἐχθρῶν; οὔτοι στοναχαῖς,
ἀλλ' εὐχαῖσι θεοὺς σεβί-
ζουσ' ἕξεις εὐαμερίαν, ὦ παῖ.
ΗΛΕΚΤΡΑ
οὐδεὶς θεῶν ἐνοπᾶς κλύει
τᾶς δυσδαίμονος, οὐ παλαι-
ῶν πατρὸς σφαγιασμῶν.
οἴμοι τοῦ καταφθιμένου 200
τοῦ τε ζῶντος ἀλάτα,
ὅς που γᾶν ἄλλαν κατέχει,
μέλεος ἀλαί-
νων ποτὶ θῆσσαν ἑστίαν,
τοῦ κλεινοῦ πατρὸς ἐκφύς.
αὐτὰ δ' ἐν χερνῆσι δόμοις
ναίω ψυχὰν τακομένα
δωμάτων πατρίων φυγάς,
οὐρείας ἀν' ἐρίπνας.
μάτηρ δ' ἐν λέκτροις φονίοις
ἄλλῳ σύγγαμος οἰκεῖ.
ΧΟΡΟΣ
πολλῶν κακῶν Ἕλλησιν αἰτίαν ἔχει
σῆς μητρὸς Ἑλένη σύγγονος δόμοις τε σοῖς
|
ÉLECTRE
Strophe I. — Presse le pas, il est temps.
Ah l... Avance, avance en versant des larmes. Hélas ! hélas ! Mon
père était Agamemnon et j'ai pour mère Clytemnestre, l'odieuse fille
de Tyndare. On m'appelle la malheureuse Électre dans la cité. Ah ! ah
! quels misérables travaux ! quelle existence. odieuse ! O père, toi,
chez Hadès tu reposes, égorgé par ta propre épouse et par Égisthe,
ô Agamemnon !Allons ! réveille la même plainte ; de nouveau goûte la
volupté insatiable des larmes.
Antistrophe I. — Presse le pas, il est
temps. Ah !... Avance, avance en versant des larmes. Hélas ! hélas !
De quelle cité, de quelle demeure, ô malheureux frère, es-tu le
serviteur depuis que tu laissas à sa misère, dans le palais paternel,
au milieu des malheurs les plus cruels, ta soeur? Viens de mes peines me
délivrer, malheureuse que je suis !... O Zeus ! Zeus ! venge le meurtre
si odieux de mon père ! Dans Argos porte tes pas errants.
Elle pose sa cruche.
Strophe II. — Pose cette urne ; de ta
tête enlève-la. je veux pour mon père, à l'aurore, crier encore mes
plaintes de la nuit, le cri de l'Hadès, le chant de l'Hadès (100).
Père, je t'adresse sous terre les plaintes auxquelles sans cesse,
chaque jour, je m'abandonne, pendant que de mes ongles je déchire ma
tendre gorge et que de ma main je frappe ma tête rasée, pour pleurer
ton trépas.
Ah ! ah ! meurtris ta tête ! Comme un cygne (101)
harmonieux, sur les ondes d'un fleuve, appelle son père très cher qui
a péri dans les mailles des rets perfides, ainsi, pour toi, mon
malheureux père, je fonds en larmes.
Antistrophe II. — Bain (102)
où pour la dernière fois tu plongeas ton corps ! Couche mortelle
combien odieuse ! Hélas ! malheur à moi ! Cruelle hache qui t'a
frappé, père ! A ton retour de Troie, cruelles embûches ! Ce n'est
pas avec des guirlandes que ta femme t'accueillit, ni avec des
couronnes. Mais au glaive à double tranchant d'Égisthe elle remit
l'horrible crime, puis elle retint le traître en son lit.
Entre le choeur, formé de paysannes argiennes.
LE CHŒUR
Strophe III. — O fille d'Agamemnon,
Électre, je suis venue à ta rustique demeure. Il est arrivé, oui, il
est arrivé de Mycènes un de ces hommes qui se nourrissent de lait dans
la montagne. Il annonce que dans trois jours, comme l'a proclamé le
héraut, un sacrifice se fera dans Argos et que toutes les vierges
devront se rendre au temple d'Héra (103).
ÉLECTRE
Ce n'est pas aux splendeurs des fêtes, mes amies, ni aux colliers
d'or que s'envolent mes désirs. Malheureuse ! je ne formerai point des
choeurs avec les jeunes filles d'Argos, ni en cadence ne frapperai le
sol de mon pied. le passe mes nuits dans les larmes et les larmes sont,
dans mon malheur, mon souci de chaque jour. Regarde la saleté de ma
chevelure et ces vêtements en haillons (104)
Conviennent-ils à la fille d'Agamemnon, à une princesse, et à Troie
qui se souvient que mon père jadis l'a conquise?
LE CHOEUR
Antistrophe III. — Puissante est la
déesse. Allons ! viens ! laisse-moi te prêter un manteau richement
brodé et des bijoux d'or pour ajouter à l'éclat de ta grâce.
Crois-tu par tes seules larmes, sans adorer les dieux, triompher de tes
ennemis? Non, ce ne sont pas des gémissements, mais des prières et le
respect des dieux qui te donneront de meilleurs jours, ô ma fille.
ÉLECTRE
Aucun des dieux n'écoute les cris de la malheureuse Électre, ni ne
se souvient des sacrifices (105) jadis
offerts par mon père. Hélas sur lui qui a péri, et sur celui qui,
vagabond, vit quelque part dans un pays étranger, misérable, errant à
l'aventure vers un foyer qu'il servira à gages, lui qui est né d'un
père illustre ! Et moi, c'est dans la maison d'un manoeuvre que
j'habite et consume ma vie, bannie du palais paternel, sur les sommets
escarpés de la montagne. Ma mère partage le lit du meurtre avec un
autre époux.
LA CORYPHÉE
Que de maux n'a-t-elle pas causés aux Grecs, la soeur de ta mère,
Hélène, et à ta propre maison!
Oreste et Pylade se montrent.
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ΗΛΕΚΤΡΑ
οἴμοι, γυναῖκες, ἐξέβην θρηνημάτων.
ξένοι τινὲς παρ' οἶκον οἵδ' ἐφεστίους
εὐνὰς ἔχοντες ἐξανίστανται λόχου·
φυγῇ σὺ μὲν κατ' οἶμον, ἐς δόμους δ' ἐγὼ
φῶτας κακούργους ἐξαλύξωμεν ποδί.
ΟΡΕΣΤΗΣ
μέν', ὦ τάλαινα· μὴ τρέσῃς ἐμὴν χέρα.
220
ΗΛΕΚΤΡΑ
ὦ Φοῖβ' Ἄπολλον· προσπίτνω σε μὴ θανεῖν.
ΟΡΕΣΤΗΣ
ἄλλους κτάνοιμι μᾶλλον ἐχθίους σέθεν.
ΗΛΕΚΤΡΑ
ἄπελθε, μὴ ψαῦ' ὧν σε μὴ ψαύειν χρεών.
ΟΡΕΣΤΗΣ
οὐκ ἔσθ' ὅτου θίγοιμ' ἂν ἐνδικώτερον.
ΗΛΕΚΤΡΑ
καὶ πῶς ξιφήρης πρὸς δόμοις λοχᾷς ἐμοῖς;
ΟΡΕΣΤΗΣ
μείνασ' ἄκουσον, καὶ τάχ' οὐκ ἄλλως ἐρεῖς.
ΗΛΕΚΤΡΑ
ἕστηκα· πάντως δ' εἰμὶ σή· κρείσσων γὰρ εἶ.
ΟΡΕΣΤΗΣ
ἥκω φέρων σοι σοῦ κασιγνήτου λόγους.
ΗΛΕΚΤΡΑ
ὦ φίλτατ', ἆρα ζῶντος ἢ τεθνηκότος;
ΟΡΕΣΤΗΣ
ζῇ· πρῶτα γάρ σοι τἀγάθ' ἀγγέλλειν θέλω.
230
ΗΛΕΚΤΡΑ
εὐδαιμονοίης, μισθὸν ἡδίστων λόγων.
ΟΡΕΣΤΗΣ
κοινῇ δίδωμι τοῦτο νῷν ἀμφοῖν ἔχειν.
ΗΛΕΚΤΡΑ
ποῦ γῆς ὁ τλήμων τλήμονας φυγὰς ἔχων;
{Ορ.} οὐχ ἕνα νομίζων φθείρεται πόλεως νόμον.
ΗΛΕΚΤΡΑ
οὔ που σπανίζων τοῦ καθ' ἡμέραν βίου;
ΟΡΕΣΤΗΣ
ἔχει μέν, ἀσθενὴς δὲ δὴ φεύγων ἀνήρ.
ΗΛΕΚΤΡΑ
λόγον δὲ δὴ τίν' ἦλθες ἐκ κείνου φέρων;
ΟΡΕΣΤΗΣ
εἰ ζῇς, ὅπου τε ζῶσα συμφορᾶς ἔχεις.
ΗΛΕΚΤΡΑ
οὐκοῦν ὁρᾷς μου πρῶτον ὡς ξηρὸν δέμας.
ΟΡΕΣΤΗΣ
λύπαις γε συντετηκός, ὥστε με στένειν.
240
ΗΛΕΚΤΡΑ
καὶ κρᾶτα πλόκαμόν τ' ἐσκυθισμένον ξυρῷ.
ΟΡΕΣΤΗΣ
δάκνει σ' ἀδελφὸς ὅ τε θανὼν ἴσως πατήρ.
ΗΛΕΚΤΡΑ
οἴμοι, τί γάρ μοι τῶνδέ γ' ἐστὶ φίλτερον;
ΟΡΕΣΤΗΣ
φεῦ φεῦ· τί δαὶ σὺ σῷ κασιγνήτῳ, δοκεῖς;
ΗΛΕΚΤΡΑ
ἀπὼν ἐκεῖνος, οὐ παρὼν ἡμῖν φίλος.
ΟΡΕΣΤΗΣ
ἐκ τοῦ δὲ ναίεις ἐνθάδ' ἄστεως ἑκάς;
ΗΛΕΚΤΡΑ
ἐγημάμεσθ', ὦ ξεῖνε, θανάσιμον γάμον.
ΟΡΕΣΤΗΣ
ᾤμωξ' ἀδελφὸν σόν. Μυκηναίων τίνι;
ΗΛΕΚΤΡΑ
οὐχ ᾧ πατήρ μ' ἤλπιζεν ἐκδώσειν ποτέ.
ΟΡΕΣΤΗΣ
εἴφ', ὡς ἀκούσας σῷ κασιγνήτῳ λέγω.
250
ΗΛΕΚΤΡΑ
ἐν τοῖσδ' ἐκείνου τηλορὸς ναίω δόμοις.
ΟΡΕΣΤΗΣ
σκαφεύς τις ἢ βουφορβὸς ἄξιος δόμων.
ΗΛΕΚΤΡΑ
πένης ἀνὴρ γενναῖος ἔς τ' ἔμ' εὐσεβής.
ΟΡΕΣΤΗΣ
ἡ δ' εὐσέβεια τίς πρόσεστι σῷ πόσει;
ΗΛΕΚΤΡΑ
οὐπώποτ' εὐνῆς τῆς ἐμῆς ἔτλη θιγεῖν.
ΟΡΕΣΤΗΣ
ἅγνευμ' ἔχων τι θεῖον ἤ σ' ἀπαξιῶν;
ΗΛΕΚΤΡΑ
γονέας ὑβρίζειν τοὺς ἐμοὺς οὐκ ἠξίου.
ΟΡΕΣΤΗΣ
καὶ πῶς γάμον τοιοῦτον οὐχ ἥσθη λαβών;
ΗΛΕΚΤΡΑ
οὐ κύριον τὸν δόντα μ' ἡγεῖται, ξένε.
ΟΡΕΣΤΗΣ
ξυνῆκ'· Ὀρέστῃ μή ποτ' ἐκτείσῃ δίκην.
260
{ΗΛΕΚΤΡΑ
τοῦτ' αὐτὸ ταρβῶν, πρὸς δὲ καὶ σώφρων ἔφυ.
ΟΡΕΣΤΗΣ
φεῦ·
γενναῖον ἄνδρ' ἔλεξας, εὖ τε δραστέον.
ΗΛΕΚΤΡΑ
εἰ δή ποθ' ἥξει γ' ἐς δόμους ὁ νῦν ἀπών.
ΟΡΕΣΤΗΣ
μήτηρ δέ σ' ἡ τεκοῦσα ταῦτ' ἠνέσχετο;
ΗΛΕΚΤΡΑ
γυναῖκες ἀνδρῶν, ὦ ξέν', οὐ παίδων φίλαι.
ΟΡΕΣΤΗΣ
τίνος δέ σ' οὕνεχ' ὕβρισ' Αἴγισθος τάδε;
ΗΛΕΚΤΡΑ
τεκεῖν μ' ἐβούλετ' ἀσθενῆ, τοιῷδε δούς.
ΟΡΕΣΤΗΣ
ὡς δῆθε παῖδας μὴ τέκοις ποινάτορας;
ΗΛΕΚΤΡΑ
τοιαῦτ' ἐβούλευσ'· ὧν ἐμοὶ δοίη δίκην.
ΟΡΕΣΤΗΣ
οἶδεν δέ σ' οὖσαν παρθένον μητρὸς πόσις;
270
ΗΛΕΚΤΡΑ
οὐκ οἶδε· σιγῇ τοῦθ' ὑφαιρούμεσθά νιν.
ΟΡΕΣΤΗΣ
αἵδ' οὖν φίλαι σοι τούσδ' ἀκούουσιν λόγους;
ΗΛΕΚΤΡΑ
ὥστε στέγειν γε τἀμὰ καὶ σ' ἔπη καλῶς.
ΟΡΕΣΤΗΣ
τί δῆτ' Ὀρέστης πρὸς τόδ', Ἄργος ἢν μόλῃ;
ΗΛΕΚΤΡΑ
ἤρου τόδ'; αἰσχρόν γ' εἶπας· οὐ γὰρ νῦν ἀκμή;
ΟΡΕΣΤΗΣ
ἐλθὼν δὲ δὴ πῶς φονέας ἂν κτάνοι πατρός;
ΗΛΕΚΤΡΑ
τολμῶν ὑπ' ἐχθρῶν οἷ' ἐτολμήθη πατήρ.
ΟΡΕΣΤΗΣ
ἦ καὶ μετ' αὐτοῦ μητέρ' ἂν τλαίης κτανεῖν;
ΗΛΕΚΤΡΑ
ταὐτῷ γε πελέκει τῷ πατὴρ ἀπώλετο.
ΟΡΕΣΤΗΣ
λέγω τάδ' αὐτῷ, καὶ βέβαια τἀπὸ σοῦ;
280
ΗΛΕΚΤΡΑ
θάνοιμι μητρὸς αἷμ' ἐπισφάξασ' ἐμῆς.
ΟΡΕΣΤΗΣ
φεῦ·
εἴθ' ἦν Ὀρέστης πλησίον κλύων τάδε.
ΗΛΕΚΤΡΑ
ἀλλ', ὦ ξέν', οὐ γνοίην ἂν εἰσιδοῦσά νιν.
ΟΡΕΣΤΗΣ
νέα γάρ, οὐδὲν θαῦμ', ἀπεζεύχθης νέου.
ΗΛΕΚΤΡΑ
εἷς ἂν μόνος νιν τῶν ἐμῶν γνοίη φίλων.
ΟΡΕΣΤΗΣ
ἆρ' ὃν λέγουσιν αὐτὸν ἐκκλέψαι φόνου;
ΗΛΕΚΤΡΑ
πατρός γε παιδαγωγὸς ἀρχαῖος γέρων.
ΟΡΕΣΤΗΣ
ὁ κατθανὼν δὲ σὸς πατὴρ τύμβου κυρεῖ;
ΗΛΕΚΤΡΑ
ἔκυρσεν ὡς ἔκυρσεν, ἐκβληθεὶς δόμων.
|
ÉLECTRE
Ah!... femmes, je cesse mes lamentations
funèbres.
Des étrangers étaient postés ici près de la maison, de mon foyer.
Ils se lèvent de leur embuscade. Fuyons, toi, par le chemin, moi dans
ma maison. Courons pour échaper à ces malfaiteurs.
ORESTE
Reste, ô malheureuse : ne crains pas ma main.
ÉLECTRE (se prosternant devant la statue
d'Apollon (106) placée près de la
porte)
O Phoibos-Apollon! Je tombe à tes genoux : sauve-moi de la mort.
ORESTE
Puissé-je en tuer d'autres que je hais davantage!
ÉLECTRE
Va-t'en. Ne me touche pas. Tu ne dois pas me toucher.
ORESTE
Il n'est personne que j'aie plus le droit de toucher.
ÉLECTRE
Pourquoi, avec un glaive, te poster près de ma maison ?
ORESTE
Reste. Écoute et bientôt tu seras d'accord avec moi.
ÉLECTRE
Je m'arrête. De toute façon je suis en ton pouvoir : tu es le plus
fort.
ORESTE
Je suis venu t'apporter des nouvelles de ton frère.
ÉLECTRE
O très cher ami, est-il vivant ou mort ?
ORESTE
Il vit. C'est ce bonheur d'abord que je veux t'annoncer.
ÉLECTRE
Heureux soit ton destin pour prix de si douces paroles !
ORESTE
Puissions-nous partager ce bonheur tous les deux!
ÉLECTRE
Mais où le malheureux endure-t-il les malheurs de l'exil ?
ORESTE
Est-il une cité par où il n'ait erré ? Il en périt.
ÉLECTRE
C'est peut-être qu'il n'a pas de quoi vivre chaque jour ?
ORESTE
Si. Mais l'exilé toujours est sans forces.
ÉLECTRE
Quel message t'a-t-il envoyé me porter ?
ORESTE
Il demande si tu vis et, si tu vis, quel est ton sort.
ÉLECTRE
Eh bien, tu vois d'abord comme mon corps a maigri.
ORESTE
Oui, miné par les chagrins, au point que j'en gémis.
ÉLECTRE
Tu vois ma tête rasée à la façon des Scythes (107).
ORESTE
C'est ton frère, ton père mort qui te déchirent le coeur, sans doute
?
ÉLECTRE
Ah! qu'y a-t-il de plus cher pour moi que ces deux êtres ?
ORESTE
Hélas! hélas! que crois-tu que ton frère ait de plus cher que toi ?
ÉLECTRE
Il est au loin. Ah! que n'est-il là pour m'aimer!
ORESTE
Pourquoi vis-tu ici, loin de la ville ?
ÉLECTRE
Je suis mariée, étranger. Ah! ah! funeste mariage!
ORESTE
J'en gémis pour ton frère. Est-ce à un Mycénien ?
ÉLECTRE
Ce n'est pas à lui que mon père espérait me donner un jour.
ORESTE
Parle; j'écoute, pour rapporter à ton frère tes paroles.
ÉLECTRE
J'habite ici, loin de tout, dans sa demeure.
ORESTE
C'est la maison d'un laboureur ou d'un bouvier.
ÉLECTRE
L'homme est pauvre, mais noble, et pieux à mon égard.
ORESTE
Quelle est cette piété que montre ton mari ?
ÉLECTRE
Jamais il n'a osé attenter à ma couche.
ORESTE
Par voeu de chasteté, ou te juge-t-il indigne ?
ÉLECTRE
Outrager mes parents, voilà ce qu'il juge indigne.
ORESTE
Et comment un tel mariage n'a-t-il pas fait sa joie ?
ÉLECTRE
Il estime qu'on m'a donnée à lui sans en avoir le droit (108),
étranger.
ORESTE
Je comprends : il craint la vengeance d'Oreste.
ÉLECTRE
Oui, il la redoute. Mais en outre quelle nature honnête!
ORESTE
Ah! C'est un noble coeur, cet homme dont tu me parles ! Il faudra le
bien traiter.
ÉLECTRE
Il le sera, si l'absent revient un jour dans sa demeure.
ORESTE
Ta mère, qui t'a mise au monde, elle a souffert cela ?
ÉLECTRE
Les femmes aiment leur mari, étranger, et non leurs enfants.
ORESTE
Mais pourquoi Égisthe t'a-t-il fait cet outrage ?
ÉLECTRE
Il voulait, en me donnant à un tel mari, que j'aie des enfants sans
force.
ORESTE
Oui, et non des fils qui nous vengeraient.
ÉLECTRE
Tel est son but. Puisse-t-il être puni!
ORESTE
Sait-il que tu es vierge, le mari de ta mère ?
ÉLECTRE
Non, c'est un secret que nous lui cachons.
ORESTE
Ces femmes qui nous écoutent sont tes amies ?
ÉLECTRE
Oui, elles tairont tes paroles et les miennes, fidèlement.
ORESTE
Que pourra faire Oreste, s'il revient à Argos ?
ÉLECTRE
Tu le demandes ? Honteuse question! La mesure n'est-elle pas comble
?
ORESTE
Mais, s'il revenait, comment tuerait-il les meurtriers de son père
?
ÉLECTRE
En osant ce que ses ennemis ont osé contre mon père.
ORESTE
Aurais-tu le courage de l'aider à tuer ta mère ?
ÉLECTRE
Oui, avec la même hache dont elle frappa mon père.
ORESTE
Le lui dirai-je, et que ton coeur est ferme ?
ÉLECTRE
Que je meure, pourvu que j'égorge ma mère!
ORESTE
Hélas! Plût au ciel qu'Oreste fût ici pour t'entendre!
ÉLECTRE
Mais, étranger, je ne le reconnaîtrais pas si je le voyais.
ORESTE
Qu'y a-t-il d'étonnant ? Tu es jeune. Il était jeune, quand on
vous sépara.
ÉLECTRE
Un seul de mes amis pourrait le reconnaître.
ORESTE
Est-ce l'homme qui, dit-on, l'a dérobé au meurtre ?
ÉLECTRE
Oui, le gouverneur de mon père, un vieillard très âgé.
ORESTE
Après sa mort, ton père a-t-il obtenu un tombeau ?
ÉLECTRE
Oui, c'est comme on voudra : il fut jeté hors du palais.
|
ΟΡΕΣΤΗΣ
οἴμοι, τόδ' οἷον εἶπας· . . . αἴσθησις γὰρ οὖν
290
κἀκ τῶν θυραίων πημάτων δάκνει βροτούς.
λέξον δ', ἵν' εἰδὼς σῷ κασιγνήτῳ φέρω
λόγους ἀτερπεῖς, ἀλλ' ἀναγκαίους κλύειν.
ἔνεστι δ' οἶκτος ἀμαθίᾳ μὲν οὐδαμοῦ,
σοφοῖσι δ' ἀνδρῶν· καὶ γὰρ οὐδ' ἀζήμιον
γνώμην ἐνεῖναι τοῖς σοφοῖς λίαν σοφήν.
ΧΟΡΟΣ
κἀγὼ τὸν αὐτὸν τῷδ' ἔρον ψυχῆς ἔχω.
πρόσω γὰρ ἄστεως οὖσα τἀν πόλει κακὰ
οὐκ οἶδα, νῦν δὲ βούλομαι κἀγὼ μαθεῖν.
ΗΛΕΚΤΡΑ
λέγοιμ' ἄν, εἰ χρή-χρὴ δὲ πρὸς φίλον λέγειν-
300
τύχας βαρείας τὰς ἐμὰς κἀμοῦ πατρός.
ἐπεὶ δὲ κινεῖς μῦθον, ἱκετεύω, ξένε,
ἄγγελλ' Ὀρέστῃ τἀμὰ καὶ κείνου κακά,
πρῶτον μὲν οἵοις ἐν πέπλοις αὐλίζομαι,
πίνῳ θ' ὅσῳ βέβριθ', ὑπὸ στέγαισί τε
οἵαισι ναίω βασιλικῶν ἐκ δωμάτων,
αὐτὴ μὲν ἐκμοχθοῦσα κερκίσιν πέπλους,
ἢ γυμνὸν ἕξω σῶμα κἀστερήσομαι,
αὐτὴ δὲ πηγὰς ποταμίους φορουμένη,
ἀνέορτος ἱερῶν καὶ χορῶν τητωμένη.
310
ἀναίνομαι γυναῖκας οὖσα παρθένος,
ἀναίνομαι δὲ Κάστορ', ᾧ πρὶν ἐς θεοὺς
ἐλθεῖν ἔμ' ἐμνήστευον, οὖσαν ἐγγενῆ.
μήτηρ δ' ἐμὴ Φρυγίοισιν ἐν σκυλεύμασιν
θρόνῳ κάθηται, πρὸς δ' ἕδραισιν Ἀσίδες
δμωαὶ στατίζουσ', ἃς ἔπερσ' ἐμὸς πατήρ,
Ἰδαῖα φάρη χρυσέαις ἐζευγμέναι
πόρπαισιν. αἷμα δ' ἔτι πατρὸς κατὰ στέγας
μέλαν σέσηπεν, ὃς δ' ἐκεῖνον ἔκτανεν,
ἐς ταὐτὰ βαίνων ἅρματ' ἐκφοιτᾷ πατρί,
320
καὶ σκῆπτρ' ἐν οἷς Ἕλλησιν ἐστρατηλάτει
μιαιφόνοισι χερσὶ γαυροῦται λαβών.
Ἀγαμέμνονος δὲ τύμβος ἠτιμασμένος
οὔπω χοάς ποτ' οὐδὲ κλῶνα μυρσίνης
ἔλαβε, πυρὰ δὲ χέρσος ἀγλαϊσμάτων.
μέθῃ δὲ βρεχθεὶς τῆς ἐμῆς μητρὸς πόσις
ὁ κλεινός, ὡς λέγουσιν, ἐνθρῴσκει τάφῳ
πέτροις τε λεύει μνῆμα λάινον πατρός,
καὶ τοῦτο τολμᾷ τοὔπος εἰς ἡμᾶς λέγειν·
Ποῦ παῖς Ὀρέστης; ἆρά σοι τύμβῳ καλῶς
330
παρὼν ἀμύνει; -ταῦτ' ἀπὼν ὑβρίζεται.
ἀλλ', ὦ ξέν', ἱκετεύω σ', ἀπάγγειλον τάδε.
πολλοὶ δ' ἐπιστέλλουσιν, ἑρμηνεὺς δ' ἐγώ,
αἱ χεῖρες ἡ γλῶσσ' ἡ ταλαίπωρός τε φρήν,
κάρα τ' ἐμὸν ξυρῆκες, ὅ τ' ἐκεῖνον τεκών.
αἰσχρὸν γάρ, εἰ πατὴρ μὲν ἐξεῖλεν Φρύγας,
ὁ δ' ἄνδρ' ἕν' εἷς ὢν οὐ δυνήσεται κτανεῖν,
νέος πεφυκὼς κἀξ ἀμείνονος πατρός.
ΧΟΡΟΣ
καὶ μὴν δέδορκα τόνδε, σὸν λέγω πόσιν,
λήξαντα μόχθου πρὸς δόμους ὡρμημένον.
340
|
ORESTE
Ah! que dis-tu là ?... Le sentiment de maux, même étrangers,
point le coeur des mortels. Parle : je veux apprendre, pour les porter
à ton frère, des nouvelles pénibles, mais qu'il doit absolument
entendre. La pitié ne se rencontre jamais avec l'ignorance (109),
mais chez les hommes cultivés et sages; et ce n'est pas impunément que
les sages ont tant d'intelligence et de sagesse.
LA CORYPHÉE
Et moi aussi, j'ai dans l'âme la même curiosité que lui. Je vis
loin de la ville et j'ignore les malheurs de la cité. Mais maintenant
je veux, moi aussi, les connaître.
ÉLECTRE
Je parlerai, s'il le faut : or il me faut bien dire à un ami mes
cruelles infortunes et celles de mon père. Puisque tu provoques ce
récit, je t'en supplie, étranger, rapporte à Oreste mes malheurs et
les siens. Dis-lui d'abord quels vêtements je porte en cette masure,
quelle saleté couvre mon corps, sous quel toit j'habite, moi qui vivais
au palais d'un roi. C'est moi qui peine à tisser à la navette mes
vêtements, sans quoi je n'en aurais pas et m'en irais nue; c'est moi
qui aux sources du fleuve vais chercher l'eau. Je ne prends part ni aux
fêtes consacrées aux dieux, ni aux choeurs. Je fuis, étant vierge, la
compagnie des femmes. Je fuis aussi le souvenir de Castor (110),
à qui, avant qu'il ne fût mis au rang des dieux, on m'avait fiancée;
car je suis de son rang. Ma mère, elle, au milieu des dépouilles des
Phrygiens, est assise sur un trône; sur les degrés se tiennent des
servantes d'Asie conquises par mon père; leurs voiles troyens sont
attachés avec des agrafes d'or. Le sang de mon père noircit encore les
murs du palais, putréfié, et celui qui l'a tué se montre par-tout en
public monté sur le char même de mon père; quant au sceptre (111)
qui commandait à l'expédition des Grecs, il s'enorgueillit de le tenir
dans ses mains souillées de sang. Le tombeau d'Agamemnon, laissé sans
honneurs, n'a jamais encore reçu de libations ni de rameau de myrte et
son bûcher est vide d'ornements. Ivre, souillé de vin, le mari de ma
mère, l'Illustre, comme on l'appelle, saute sur le tombeau et lance des
pierres au monument de marbre de mon père. Il ose tenir ce langage
contre nous : « Où est ton fils Oreste ? Près de ta tombe, sans
doute, le brave, pour la défendre ? » Voilà comme il outrage
l'absent.
Ah! étranger, je t'en supplie, rapporte-lui tout cela. Mille objets lui
envoient ce message, et c'est moi leur interprète : ces mains, ces
lèvres, et ce coeur malheureux, et ma tête rasée, et celui qui
l'engendra. Il serait honteux que le père eût anéanti les Phrygiens
et que son fils, à lui seul, ne pût tuer un seul homme, alors qu'il
est jeune et né d'un père plus valeureux.
LA CORYPHÉE
Je l'aperçois là-bas — c'est de ton mari que je parle — qui,
sa tâche terminée, se hâte vers sa maison.
Entre le laboureur.
|
ΑΥΤΟΥΡΓΟΣ
ἔα· τίνας τούσδ' ἐν πύλαις ὁρῶ ξένους;
τίνος δ' ἕκατι τάσδ' ἐπ' ἀγραύλους πύλας
προσῆλθον; ἦ 'μοῦ δεόμενοι; γυναικί τοι
αἰσχρὸν μετ' ἀνδρῶν ἑστάναι νεανιῶν.
ΗΛΕΚΤΡΑ
ὦ φίλτατ', εἰς ὕποπτα μὴ μόλῃς ἐμοί·
τὸν ὄντα δ' εἴσῃ μῦθον· οἵδε γὰρ ξένοι
ἥκουσ' Ὀρέστου πρός με κήρυκες λόγων.
ἀλλ', ὦ ξένοι, σύγγνωτε τοῖς εἰρημένοις.
ΑΥΤΟΥΡΓΟΣ
τί φασίν; ἁνὴρ ἔστι καὶ λεύσσει φάος;
ΗΛΕΚΤΡΑ
ἔστιν λόγῳ γοῦν, φασὶ δ' οὐκ ἄπιστ' ἐμοί.
350
ΑΥΤΟΥΡΓΟΣ
ἦ καί τι πατρὸς σῶν τε μέμνηται κακῶν;
ΗΛΕΚΤΡΑ
ἐν ἐλπίσιν ταῦτ'· ἀσθενὴς φεύγων ἀνήρ.
ΑΥΤΟΥΡΓΟΣ
ἦλθον δ' Ὀρέστου τίν' ἀγορεύοντες λόγον;
ΗΛΕΚΤΡΑ
σκοποὺς ἔπεμψε τούσδε τῶν ἐμῶν κακῶν.
ΑΥΤΟΥΡΓΟΣ
οὐκοῦν τὰ μὲν λεύσσουσι, τὰ δὲ σύ που λέγεις.
ΗΛΕΚΤΡΑ
ἴσασιν, οὐδὲν τῶνδ' ἔχουσιν ἐνδεές.
ΑΥΤΟΥΡΓΟΣ
οὐκοῦν πάλαι χρῆν τοῖσδ' ἀνεπτύχθαι πύλας;
χωρεῖτ' ἐς οἴκους· ἀντὶ γὰρ χρηστῶν λόγων
ξενίων κυρήσεθ', οἷ' ἐμὸς κεύθει δόμος.
αἴρεσθ', ὀπαδοί, τῶνδ' ἔσω τεύχη δόμων.
360
καὶ μηδὲν ἀντείπητε, παρὰ φίλου φίλοι
μολόντες ἀνδρός· καὶ γὰρ εἰ πένης ἔφυν,
οὔτοι τό γ' ἦθος δυσγενὲς παρέξομαι.
ΟΡΕΣΤΗΣ
πρὸς θεῶν, ὅδ' ἁνὴρ ὃς συνεκκλέπτει γάμους
τοὺς σούς, Ὀρέστην οὐ καταισχύνειν θέλων;
ΗΛΕΚΤΡΑ
οὗτος κέκληται πόσις ἐμὸς τῆς ἀθλίας.
|
LE LABOUREUR
Eh! quels sont ces étrangers que je vois à la porte ? Dans quel but se
sont-ils approchés de ma maison rustique ? Ont-ils besoin de moi ? En
tout cas, pour une femme, il est honteux de s'arrêter ainsi avec de
jeunes hommes.
ÉLECTRE
O très cher ami, ne forme pas de soupçons contre moi. Tu sauras ce
qu'était notre conversation : ces étrangers sont venus m'apporter un
message d'Oreste. — (A Oreste et Pylade)
Étrangers, excusez ses paroles.
LE LABOUREUR
Que disent-ils ? Il voit la lumière ?
ÉLECTRE
Oui, du moins ils l'affirment; ils me semblent sincères.
LE LABOUREUR
Se souvient-il des maux de ton père et des tiens ?
ÉLECTRE
Je l'espère. L'exilé n'a pas de force.
LE LABOUREUR
Et quel est ce message d'Oreste qu'ils sont venus apporter ?
ÉLECTRE
Il les a envoyés s'informer de mes maux.
LE LABOUREUR
Eh bien, ils voient les uns; tu leur dis les autres, je pense.
ÉLECTRE
Ils savent; ils n'ont plus rien à en apprendre.
LE LABOUREUR
Il y a longtemps qu'il fallait leur ouvrir la porte. Entrez dans la
maison. En échange de vos bonnes nouvelles, vous recevrez tous les dons
que pour mes hôtes contient mon logis. (S'adressant
aux serviteurs d'Oreste) Serviteurs, portez leurs bagages dans
cette demeure. (A Oreste et Pylade) Ne
protestez pas : vous venez en amis de la part d'un ami. Si je suis né
pauvre, mon âme du moins n'est pas de basse origine; je vous le
prouverai.
ORESTE
Au nom des dieux, c'est là le mari qui s'accorde avec toi pour
éluder ton mariage et ne pas déshonorer Oreste ?
ÉLECTRE
C'est lui qu'on appelle le mari de la malheureuse que je suis!
|
ΟΡΕΣΤΗΣ
φεῦ·
οὐκ ἔστ' ἀκριβὲς οὐδὲν εἰς εὐανδρίαν·
ἔχουσι γὰρ ταραγμὸν αἱ φύσεις βροτῶν.
ἤδη γὰρ εἶδον ἄνδρα γενναίου πατρὸς
τὸ μηδὲν ὄντα, χρηστά τ' ἐκ κακῶν τέκνα,
370
λιμόν τ' ἐν ἀνδρὸς πλουσίου φρονήματι,
γνώμην τε μεγάλην ἐν πένητι σώματι.
πῶς οὖν τις αὐτὰ διαλαβὼν ὀρθῶς κρινεῖ;
πλούτῳ; πονηρῷ τἄρα χρήσεται κριτῇ.
ἢ τοῖς ἔχουσι μηδέν; ἀλλ' ἔχει νόσον
πενία, διδάσκει δ' ἄνδρα τῇ χρείᾳ κακόν.
ἀλλ' εἰς ὅπλ' ἔλθω; τίς δὲ πρὸς λόγχην βλέπων
μάρτυς γένοιτ' ἂν ὅστις ἐστὶν ἁγαθός;
κράτιστον εἰκῇ ταῦτ' ἐᾶν ἀφειμένα.
οὗτος γὰρ ἁνὴρ οὔτ' ἐν Ἀργείοις μέγας
380
οὔτ' αὖ δοκήσει δωμάτων ὠγκωμένος,
ἐν τοῖς δὲ πολλοῖς ὤν, ἄριστος ηὑρέθη.
οὐ μὴ φρονήσεθ', οἳ κενῶν δοξασμάτων
πλήρεις πλανᾶσθε, τῇ δ' ὁμιλίᾳ βροτοὺς
κρινεῖτε καὶ τοῖς ἤθεσιν τοὺς εὐγενεῖς;
οἱ γὰρ τοιοῦτοι καὶ πόλεις οἰκοῦσιν εὖ
καὶ δώμαθ'· αἱ δὲ σάρκες αἱ κεναὶ φρενῶν
ἀγάλματ' ἀγορᾶς εἰσιν. οὐδὲ γὰρ δόρυ
μᾶλλον βραχίων σθεναρὸς ἀσθενοῦς μένει·
ἐν τῇ φύσει δὲ τοῦτο κἀν εὐψυχίᾳ. 390
ἀλλ'-ἄξιος γὰρ ὅ τε παρὼν ὅ τ' οὐ παρὼν
Ἀγαμέμνονος παῖς, οὗπερ οὕνεχ' ἥκομεν-
δεξώμεθ' οἴκων καταλύσεις. χωρεῖν χρεών,
δμῶες, δόμων τῶνδ' ἐντός. ὡς ἐμοὶ πένης
εἴη πρόθυμος πλουσίου μᾶλλον ξένος.
αἰνῶ μὲν οὖν τοῦδ' ἀνδρὸς ἐσδοχὰς δόμων,
ἐβουλόμην δ' ἄν, εἰ κασίγνητός με σὸς
ἐς εὐτυχοῦντας ἦγεν εὐτυχῶν δόμους.
ἴσως δ' ἂν ἔλθοι· Λοξίου γὰρ ἔμπεδοι
χρησμοί, βροτῶν δὲ μαντικὴν χαίρειν ἐῶ.
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ORESTE
Ah!
Il n'y a pas de signe certain de la vertu : tout est confusion dans la
nature humaine. J'ai déjà vu le fils d'un père généreux se montrer
un homme de rien et des enfants excellents naître de scélérats. J'ai
vu la boue au coeur d'un riche et la grandeur d'âme dans le corps d'un
pauvre. Comment, alors, faire la distinction et bien juger ? Par la
richesse ? Mauvais juge à consulter. Par l'absence de biens ? Mais la
pauvreté a ses tares : le besoin enseigne à l'homme le mal. M'en
rapporterai-je aux armes ? Mais qui, en jetant les yeux sur une lance,
pour-rait attester que celui qui la porte est un brave ? Mieux vaut s'en
remettre au hasard et quitter la place. Cet homme, qui n'est pas un
grand chez les Argiens et que ne gonfle pas d'orgueil la gloire de sa
maison, mais qui appartient au peuple, se montre un coeur excellent. Ne
vous rendrez-vous pas au bon sens, vous qui êtes pleins de vains
préjugés, qui vous égarent ? C'est par leur fréquentation et à leur
caractère qu'on distingue chez les mortels la noblesse. Voilà les
hommes qui gouvernent bien leur cité et leur famille. Les corps
musclés, mais vides de raison, sont les statues (112)
qui ornent l'agora. Un bras fort, en effet, n'attend pas mieux l'assaut
de la lance qu'un bras sans force. Alors comptent seuls le caractère et
la qualité de l'âme.
Mais, l'accueil étant digne de celui qui est présent et absent tout à
la fois, du fils d'Agamemnon pour lequel nous sommes venus, acceptons le
repos dans sa maison. Entrez, serviteurs, dans sa demeure. Puissé-je
avoir toujours pour hôte un pauvre plein d'attentions, plutôt qu'un
riche! Je me félicite donc d'être reçu par cet homme en sa maison.
Pourtant je préférerais voir ton frère, heureux, m'introduire dans
son heureuse demeure. Peut-être viendra-t-il : car les oracles de
Loxias sont sûrs. Quant à la divination des mortels, je n'en fais pas
cas.
Oreste et Pylade entrent dans la chaumière
avec leurs serviteurs.
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ΧΟΡΟΣ
νῦν ἢ πάροιθεν μᾶλλον, Ἠλέκτρα, χαρᾷ
θερμαινόμεσθα καρδίαν· ἴσως γὰρ ἂν
μόλις προβαίνουσ' ἡ τύχη σταίη καλῶς.
ΗΛΕΚΤΡΑ
ὦ τλῆμον, εἰδὼς δωμάτων χρείαν σέθεν
τί τούσδ' ἐδέξω μείζονας σαυτοῦ ξένους;
ΑΥΤΟΥΡΓΟΣ
τί δ'; εἴπερ εἰσὶν ὡς δοκοῦσιν εὐγενεῖς,
οὐκ ἔν τε μικροῖς ἔν τε μὴ στέρξουσ' ὁμῶς;
ΗΛΕΚΤΡΑ
ἐπεί νυν ἐξήμαρτες ἐν σμικροῖσιν ὤν,
ἔλθ' ὡς παλαιὸν τροφὸν ἐμοῦ φίλον πατρός,
ὃς ἀμφὶ ποταμὸν Τάναον Ἀργείας ὅρους
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τέμνοντα γαίας Σπαρτιάτιδός τε γῆς
ποίμναις ὁμαρτεῖ πόλεος ἐκβεβλημένος·
κέλευε δ' αὐτὸν τῶνδ' ἐμοὐσαφιγμένων
ἐλθεῖν, ξένων τ' ἐς δαῖτα πορσῦναί τινα.
ἡσθήσεταί τοι καὶ προσεύξεται θεοῖς,
ζῶντ' εἰσακούσας παῖδ' ὃν ἐκσῴζει ποτέ.
οὐ γὰρ πατρῴων ἐκ δόμων μητρὸς πάρα
λάβοιμεν ἄν τι· πικρὰ δ' ἀγγείλαιμεν ἄν,
εἰ ζῶντ' Ὀρέστην ἡ τάλαιν' αἴσθοιτ' ἔτι.
ΑΥΤΟΥΡΓΟΣ
ἀλλ', εἰ δοκεῖ σοι, τούσδ' ἀπαγγελῶ λόγους
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γέροντι· χώρει δ' ἐς δόμους ὅσον τάχος
καὶ τἄνδον ἐξάρτυε. πολλά τοι γυνὴ
χρῄζουσ' ἂν εὕροι δαιτὶ προσφορήματα.
ἔστιν δὲ δὴ τοσαῦτά γ' ἐν δόμοις ἔτι,
ὥσθ' ἕν γ' ἐπ' ἦμαρ τούσδε πληρῶσαι βορᾶς.
ἐν τοῖς τοιούτοις δ' ἡνίκ' ἂν γνώμης πέσω,
σκοπῶ τὰ χρήμαθ' ὡς ἔχει μέγα σθένος,
ξένοις τε δοῦναι σῶμά τ' ἐς νόσους πεσὸν
δαπάναισι σῷσαι· τῆς δ' ἐφ' ἡμέραν βορᾶς
ἐς σμικρὸν ἥκει· πᾶς γὰρ ἐμπλησθεὶς ἀνὴρ
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ὁ πλούσιός τε χὡ πένης ἴσον φέρει.
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LA CORYPHÉE
Aujourd'hui plus que jamais, Électre, la joie doit réchauffer notre
coeur : peut-être la Fortune, après une marche pénible, va-t-elle
s'arrêter ici, pour notre bonheur.
ÉLECTRE
O malheureux! tu sais le dénuement de ta demeure : pourquoi as-tu
reçu ces hôtes qui sont d'un rang supé-rieur au tien ?
LE LABOUREUR
Eh quoi! s'ils sont, comme ils le paraissent |