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Diodore de Sicile

Denys de Syracuse

Olym. 93. an 2. 407 ans avant l'ère chrét.

XXII. HERMOCRATE de Syracuse, suivi de toutes les troupes qu'il commandait, sortit de Selinunte et, se plaçant autour d'Himere, il se logea dans les environs de cette ville, actuellement détruite. Ayant recherché soigneusement tous les endroits où les Syracusains avaient campé, il recueillit leurs ossements et, après les avoir mis sur des chariots faits exprès et ornés comme en une pompe funèbre, il les ramena dans leur patrie. Mais comme il était défendu par les lois aux bannis d'entrer dans la ville, il s'arrêta sur des hauteurs des environs et envoya quelques-uns des siens conduire les chariots dans Syracuse : son dessein dans toute cette conduite était de faire en sorte que Dioclès, qui s'opposait le plus à son retour, encourut la haine publique dans une circonstance , où le refus de recevoir Hermocrate, paraissait tomber sur les morts qu'il amenait avec lui et à l'égard desquels il donnait des marques de piété et de religion qui devaient lui attirer l'affection du peuple. Dès que les corps morts furent entrés, il y eut de la division dans l'assemblée. Dioclès eut la hardiesse de s'opposer à leur sépulture , malgré le grand nombre de ceux qui la demandaient. Ce dernier parti demeura le plus fort, les morts furent ensevelis et et l'on exila Dioclès lui-même. Mais ils ne reçurent pas pour cela Hermocrate. On redoutait sa hardiesse et l'on craignait que parvenant à quelque magistrature, il n'usurpât l'autorité absolue et tyrannique. Ainsi, Hermocrate qui ne crut pas le temps convenable pour user de violence, s'en revint à Selinunte. Ses amis l'ayant mandé quelques temps après, il se mit en marche à la tête de trois mille hommes et traversant le territoire de Gela, il arriva de nuit au lieu qu'on lui avait marqué; mais une partie de ses troupes étant encore derrière, il s'avança avec le peu qu'il en avait avec lui, jusqu'à la porte de l'Achradine :il aperçut de là que ses amis de la ville s'étaient saisis en dedans des postes favorables pour le faire entrer. Ainsi, il eut le temps d'attendre ceux de ses gens qui arrivèrent les derniers. Les Syracusains apprenant ce qui se passait, s'assemblèrent en armes dans la place publique où Hermocrate et ses soldats s'étant bientôt montrés ; ils le tuèrent, lui et la plus grande partie de ses adhérents. Au sortir de ce tumulte ils appelèrent en jugement ceux qui restaient en vie, et les condamnèrent à l'exil. On fit passer pour morts en cette occasion quelques-uns de ceux qui n'avaient été que blessés, pour les sauver de la fureur du peuple. De ce nombre là fut Denys, qui dans la suite devint tyran de Syracuse. Voilà quels surent les événements de cette année.

Olympiade 93, an 3. 406 ans avant l'ère chrét.

Descente d'Hannibal et d'Imilcar en Sicile. Détail du siège d'Agrigente, jusqu'à sa prise. Ample description des richesses, de la magnificence, et même du luxe de cette ville, fameuse d'ailleurs par l'hospitalité de ses citoyens. Soupçons d'infidélité contre les officiers militaires de Syracuse, envoyés au secours d'Agrigente.
Denys profite de la frayeur que la prise d'Agrigente avait jetée dans toute la Sicile, et jusque dans Syracuse, pour arriver à la tyrannie en cette dernière ville, où il était né de parents obscurs, et où lui-même avait fait le métier de scribe. Ses harangues pleines de suppositions et de calomnies, font périr les plus puissants et les plus riches. Il parvient d'abord à se faire donner à lui seul toute l'autorité militaire, et par une garde de six cents hommes que lui accordent les troupes, l'autorité la plus absolue, et de la plus longue durée, dont l'histoire eut fourni l'exemple dans un tyran.

l'agitateur

ΧCΙ. ᾿Ιμίλκας δὲ ὀκτὼ μῆνας πολιορκήσας τὴν πόλιν, καὶ μικρὸν πρὸ τῆς χειμερινῆς τροπῆς κυριεύσας αὐτῆς, οὐκ εὐθὺς κατέσκαψεν, ὅπως αἱ δυνάμεις ἐν ταῖς οἰκίαις παραχειμάσωσιν. τῆς δὲ περὶ τὸν ᾿Ακράγαντα συμφορᾶς διαγγελθείσης, τοσοῦτος τὴν νῆσον κατέσχε φόβος, ὥστε τῶν Σικελιωτῶν τοὺς μὲν εἰς Συρακούσας μεθίστασθαι, τοὺς δὲ εἰς τὴν ᾿Ιταλίαν τέκνα καὶ γυναῖκας καὶ τὴν ἄλλην κτῆσιν ἀποσκευάζεσθαι. [2] οἱ δὲ διαφυγόντες τὴν αἰχμαλωσίαν ᾿Ακραγαντῖνοι παραγενηθέντες εἰς Συρακούσας κατηγόρουν τῶν στρατηγῶν, φάσκοντες διὰ τὴν ἐκείνων προδοσίαν ἀπολωλέναι τὴν πατρίδα. συνέβαινε δὲ καὶ ὑπὸ τῶν ἄλλων Σικελιωτῶν ἐπιτιμήσεως τυγχάνειν τοὺς Συρακοσίους, ὅτι τοιούτους προστάτας αἱροῦνται, δι' οὓς ἀπολέσθαι κινδυνεύει πᾶσα Σικελία. [3] οὐ μὴν ἀλλὰ συναχθείσης ἐκκλησίας ἐν Συρακούσαις, καὶ μεγάλων φόβων ἐπικρεμαμένων, οὐθεὶς ἐτόλμα περὶ τοῦ πολέμου συμβουλεύειν. ἀπορουμένων δὲ πάντων παρελθὼν Διονύσιος ὁ ῾Ερμοκράτους τῶν μὲν στρατηγῶν κατηγόρησεν ὡς προδιδόντων τὰ πράγματα τοῖς Καρχηδονίοις, τὰ δὲ πλήθη παρώξυνε πρὸς τὴν αὐτῶν τιμωρίαν, παρακαλῶν μὴ περιμεῖναι τὸν κατὰ τοὺς νόμους λῆρον, ἀλλ' ἐκ χειρὸς ἐπιθεῖναι τὴν δίκην. [4] τῶν δ' ἀρχόντων ζημιούντων τὸν Διονύσιον κατὰ τοὺς νόμους ὡς θορυβοῦντα, Φίλιστος ὁ τὰς ἱστορίας ὕστερον συγγράψας, οὐσίαν ἔχων μεγάλην, ἐξέτισε τὰ πρόστιμα, καὶ τῷ Διονυσίῳ παρεκελεύετο λέγειν ὅσα προῄρητο. καὶ προσεπειπόντος ὅτι καθ' ὅλην τὴν ἡμέραν, ἂν ζημιοῦν θέλωσιν, ἐκτίσει τἀργύριον ὑπὲρ αὐτοῦ, τὸ λοιπὸν θαρρήσας ἀνέσειε τὰ πλήθη, καὶ τὴν ἐκκλησίαν συνταράττων διέβαλλε τοὺς στρατηγούς, ὅτι χρήμασι πεισθέντες ἐγκατέλιπον τὴν τῶν ᾿Ακραγαντίνων σωτηρίαν. συγκατηγόρησε δὲ καὶ τῶν ἄλλων τῶν ἐπισημοτάτων πολιτῶν, συνιστὰς αὐτοὺς οἰκείους ὄντας ὀλιγαρχίας. [5] διόπερ συνεβούλευεν αἱρεῖσθαι στρατηγοὺς μὴ τοὺς δυνατωτάτους, ἀλλὰ τοὺς εὐνουστάτους καὶ δημοτικοὺς μᾶλλον· ἐκείνους μὲν γὰρ δεσποτικῶς ἄρχοντας τῶν πολιτῶν καταφρονεῖν τῶν πολλῶν, καὶ τὰς τῆς πατρίδος συμφορὰς ἰδίας ἡγεῖσθαι προσόδους, τοὺς δὲ ταπεινοτέρους οὐδὲν πράξειν τῶν τοιούτων, δεδιότας τὴν περὶ αὑτοὺς ἀσθένειαν.

Imilcar qui était demeuré huit mois devant Agrigente et qui n'y était entré qu'un peu avant le solstice d'hiver ne la fit pas raser d'abord, parce qu'il voulait y faire hiverner ses troupes. Le sort de cette malheureuse ville jeta une si grande consternation dans toute l'île que tous les Siciliens firent passer leurs femmes, leurs enfants et leurs trésors, les uns à Syracuse, et les autres en Italie. Cependant quelques-uns des Agrigentins, qui s'étaient garantis de la captivité, en abandonnant leur ville, s'étant rendus à Syracuse, accusèrent leurs officiers militaires d'être les auteurs de leur ruine. Cet exemple enhardit tous les autres Siciliens à reprocher à ceux de Syracuse d'avoir choisi pour premiers magistrats des hommes qui mettaient la Sicile entière en danger d'une ruine prochaine. Le peuple s'étant assemblé sur ces murmures et la crainte ayant saisi tous les esprits sur les malheurs dont on était menacé, personne n'osait rien proposer au sujet de la guerre.
DENYS, fils d’Hermocrate prit le temps de ce silence universel pour accuser les généraux d'avoir vendu la patrie aux Carthaginois et, allumant là fureur du peuple, il l'invita à passer par dessus les formalités prescrites par les lois et à se faire justice à l'heure même d'une pareille trahison. Les magistrats ayant condamné sur le champ Denys à une amende, comme perturbateur du repos public, Philistus, celui-là même qui devint depuis historien et qui était fort riche, paya aussitôt cette amende pour le condamné, l'invita en même temps à dire ce qu'il jugerait à propos pour le bien public, en ajoutant qu'il payerait pour lui toutes les autres amendes auxquelles on pourrait le condamner pendant la journée pour le même sujet. Denys enhardi par là recommença ses déclamations et excita une grande rumeur dans l'assemblée, en continuant d'accuser les généraux d'avoir vendu aux ennemis le salut des Agrigentins. Il imputa en même temps aux principaux citoyens de prétendre à l'oligarchie et en conséquence de cette imputation, il proposa l'avis de nommer pour chefs de la guerre non des hommes puissants, comme on avait fait jusqu'alors, mais des hommes bien intentionnés et amis du peuple; d'autant que les premiers dès qu'ils se voyaient en place, prenaient un air despotique, méprisaient les hommes du commun et tournaient à leur profit les malheurs de la patrie, au lieu que les seconds se défiant de leurs forces, n'entreprenaient rien de semblable.

l'ascension

ΧCΙΙ. πάντα δὲ πρὸς τὴν τῶν ἀκουόντων προαίρεσιν καὶ τὴν ἰδίαν ἐπιβολὴν δημηγορήσας οὐ μετρίως ἐξῆρε τὸν τῶν ἐκκλησιαζόντων θυμόν· ὁ γὰρ δῆμος καὶ πάλαι μισῶν τοὺς στρατηγοὺς διὰ τὸ δοκεῖν κακῶς προΐστασθαι τοῦ πολέμου, τότε διὰ τῶν λόγων παροξυνθεὶς παραυτίκα τοὺς μὲν ἔλυσε τῆς ἀρχῆς, ἑτέρους δ' εἵλατο στρατηγούς, ἐν οἷς καὶ τὸν Διονύσιον, ὃς ἐν ταῖς πρὸς Καρχηδονίους μάχαις ἀνδρείᾳ δόξας διενηνοχέναι περίβλεπτος ἦν παρὰ τοῖς Συρακοσίοις. [2] διὸ καὶ μετεωρισθεὶς ταῖς ἐλπίσι πᾶν ἐμηχανήσατο πρὸς τὸ γενέσθαι τῆς πατρίδος τύραννος. μετὰ γὰρ τὴν παράληψιν τῆς ἀρχῆς οὔτε συνήδρευσεν ἅμα τοῖς στρατηγοῖς οὔθ' ὅλως συνῆν· ταῦτα δὲ πράττων διεδίδου λόγον ὡς διαπεμπομένων αὐτῶν πρὸς τοὺς πολεμίους. οὕτω γὰρ μάλιστ' ἤλπιζεν ἐκείνων μὲν περιαιρήσεσθαι τὴν ἐξουσίαν, ἑαυτῷ δὲ μόνῳ περιστήσειν τὴν στρατηγίαν. [3] ταῦτα δ' αὐτοῦ πράττοντος οἱ μὲν χαριέστατοι τῶν πολιτῶν ὑπώπτευον τὸ γινόμενον, καὶ κατὰ πάσας τὰς συνόδους ἐβλασφήμουν αὐτόν, ὁ δὲ δημοτικὸς ὄχλος, ἀγνοῶν τὴν ἐπιβουλήν, ἐπῄνει καὶ μόγις ἔφασκε τὴν πόλιν προστάτην εὑρηκέναι βέβαιον. [4] οὐ μὴν ἀλλὰ πολλάκις ἐκκλησίας συναγομένης περὶ τῆς εἰς τὸν πόλεμον παρασκευῆς, θεωρήσας τοὺς Συρακοσίους καταπεπληγμένους τὸν ἀπὸ τῶν πολεμίων φόβον, συνεβούλευε κατάγειν τοὺς φυγάδας· [5] ἄτοπον γὰρ ὑπάρχειν ἐκ μὲν ᾿Ιταλίας καὶ Πελοποννήσου μεταπέμπεσθαι βοήθειαν παρὰ τῶν ἀλλοτρίων, τοὺς δὲ πολίτας μὴ βούλεσθαι πρὸς τοὺς ἰδίους κινδύνους συμπαραλαμβάνειν, οὕς - τῶν πολεμίων μεγάλας δωρεὰς ὑπισχνουμένων, ἂν συστρατεύωσιν - προαιρεῖσθαι μᾶλλον ἐπὶ ξένης ἀλωμένους ἀποθανεῖν ἤπερ ἀλλότριόν τι κατὰ τῆς πατρίδος βουλεύσασθαι. [6] καὶ γὰρ διὰ τὰς γεγενημένας ἐν τῇ πόλει στάσεις φυγόντας, νῦν γε τυχόντας ταύτης τῆς εὐεργεσίας προθύμως ἀγωνιεῖσθαι, τοῖς εὖ ποιήσασιν ἀποδιδόντας χάριτας. πρὸς δὲ τὴν ὑπόθεσιν ταύτην πολλὰ διαλεχθεὶς οἰκεῖα τοῖς πράγμασι συμψήφους ἔλαβε τοὺς Συρακοσίους· οὐδὲ γὰρ τῶν συναρχόντων οὐδεὶς ἐτόλμα περὶ τούτων ἀντειπεῖν διά τε τὴν τοῦ πλήθους ὁρμὴν καὶ διὰ τὸ θεωρεῖν ἑαυτῷ μὲν περιεσομένην τὴν ἀπέχθειαν, ἐκείνῳ δὲ τὴν παρὰ τῶν εὐεργετηθέντων χάριν. [7] τοῦτο δ' ἔπραξεν ὁ Διονύσιος ἐλπίζων ἰδίους ἕξειν τοὺς φυγάδας, ἀνθρώπους μεταβολῆς ἐπιθυμοῦντας καὶ πρὸς τὴν ἐπίθεσιν τῆς τυραννίδος εὐθέτως διακειμένους· ἤμελλον γὰρ ἡδέως ὄψεσθαι τῶν ἐχθρῶν φόνους, δημεύσεις τῶν οὐσιῶν, ἑαυτοῖς ἀποκαθεσταμένα τὰ χρήματα. καὶ τέλος κυρωθείσης τῆς περὶ τῶν φυγάδων γνώμης, οὗτοι μὲν εὐθὺς εἰς τὴν πατρίδα κατῆλθον·

Ce discours que Denys avait ajusté aux préventions actuelles du peuple et à ses vues particulières, produisit un très grand effet dans l'esprit de ses auditeurs. Ainsi le peuple qui haïssait les généraux, qu'on regardait comme les auteurs de la guerre présente, animé encore par ces déclamations, les cassa tous et en nomma d'autres en leur place, entre lesquels fut Denys lui-même. Il était déjà en grande estime à Syracuse, pour s'être comporté courageusement dans tous les combats où il s'était trouvé contre les Carthaginois. Ainsi ranimant ses espérances en cette rencontre, il mit dès lors tout en oeuvre pour devenir le tyran de sa patrie. Du jour qu'il fut nommé, il ne vint plus au Conseil des autres généraux et ne se trouva jamais avec eux : et cependant il faisait courir le bruit que ses associés s'entendaient avec les ennemis : il se flattait de leur faire ôter par là toute fonction et d'attirer à lui seul toute l'autorité militaire. Les plus accrédités des citoyens se doutèrent bientôt de son projet, et en disaient leur sentiment dans toutes les assemblées. Le peuple ne se prêtait pas à ce soupçon ; il l'accablait de louanges et se félicitait d'avoir enfin trouvé un capitaine invincible et sous lequel il allait vivre en sûreté. Cependant comme il fallait s'assembler souvent au sujet des frais de la guerre, Denys qui voyait le peuple alarmé des grandes forces des Carthaginois, lui proposa de rappeler les bannis. Il était absurde, disait-il, de faire venir à grands frais des troupes de l'Italie et du Péloponnèse, troupes étrangères et sans autre intérêt que leur solde et de refuser des citoyens dont la cause était commune avec la leur, qui avaient actuellement résisté aux offres les plus avantageuses de la part des ennemis et qui avaient plutôt choisi de mourir misérables et abandonnés de toutes parts, que de s'armer contre leur patrie. Que ne pouvait-on pas espérer de ces citoyens, qui, n’ayant été exclus que par le malheur des séditions populaires, se croiraient redevables de leur retour aux habitants de leur propre ville ? Par de semblables discours non moins conformes à la situation apparente des choses, qu'à ses desseins cachés, il obtint tous les suffrages. Aucun de ses collègues n'osa le contredire, de peur d'attirer sur lui-même la haine publique et de rendre encore plus favorable la cause d'un pareil adversaire. Telle fut la conduite de Denys ; il espérait bien de s'attacher les bannis, gens qui n'aspiraient qu'à changer le gouvernement en faveur de la monarchie. Ils se flattaient de voir égorger ceux qui les avaient chassé et de succéder à leurs richesses , que l'on allait mettre à l'encan. En effet, le retour des bannis fut à peine prononcé, qu'ils rentrèrent dans la ville.

le général : aide à la ville de Géla

ΧCΙΙΙ. ἐκ δὲ τῆς Γέλας ἐνεχθέντων γραμμάτων, ὅπως ἀποσταλῶσι στρατιῶται πλείους, ἔλαβεν ὁ Διονύσιος οἰκείαν ἔφοδον τῆς ἰδίας προαιρέσεως. ἀποσταλεὶς γὰρ μετὰ στρατιωτῶν πεζῶν μὲν δισχιλίων, ἱππέων δὲ τετρακοσίων, ἦλθε συντόμως εἰς τὴν πόλιν τῶν Γελῴων, ἣν τότε παρεφύλαττε Δέξιππος ὁ Λακεδαιμόνιος, κατασταθεὶς ὑπὸ Συρακοσίων. [2] ὁ δ' οὖν Διονύσιος καταλαβὼν τοὺς εὐπορωτάτους στασιάζοντας πρὸς τὸν δῆμον, καὶ κατηγορήσας αὐτῶν ἐν ἐκκλησίᾳ καὶ κατακρίνας, αὐτοὺς μὲν ἀπέκτεινε, τὰς δ' οὐσίας αὐτῶν ἐδήμευσεν, ἐκ δὲ τῶν χρημάτων τούτων τοῖς μὲν φρουροῦσι τὴν πόλιν, ὧν ἡγεῖτο Δέξιππος, ἀπέδωκε τοὺς ὀφειλομένους μισθούς· τοῖς δὲ μετ' αὐτοῦ παραγεγονόσιν ἐκ Συρακουσῶν ἐπηγγείλατο διπλοῦς ποιήσειν τοὺς μισθούς, ὧν ἡ πόλις ἔταξε. [3] διὰ δὲ τούτου τοῦ τρόπου τούς τ' ἐν Γέλᾳ στρατιώτας καὶ τοὺς μετ' αὐτοῦ ταῖς εὐνοίαις ἰδίους κατεσκεύασεν. ἐπῃνεῖτο δὲ καὶ ὑπὸ τοῦ δήμου τῶν Γελῴων ὡς αἴτιος αὐτοῖς γεγενημένος τῆς ἐλευθερίας· τοῖς γὰρ δυνατωτάτοις φθονοῦντες τὴν ἐκείνων ὑπεροχὴν δεσποτείαν αὐτῶν ἀπεκάλουν. [4] διόπερ ἐξέπεμψαν πρέσβεις τοὺς ἐπαινοῦντας ἐν Συρακούσαις καὶ τὰ ψηφίσματα φέροντας, ἐν οἷς αὐτὸν μεγάλαις δωρεαῖς ἐτίμησαν. ὁ δὲ Διονύσιος ἐπεβάλετο μὲν τὸν Δέξιππον πείθειν κοινωνῆσαι τῆς ἐπιβολῆς· ἐπεὶ δ' οὐ συγκατετίθετο, μετὰ τῶν ἰδίων στρατιωτῶν ἕτοιμος ἦν ἀνακάμπτειν εἰς Συρακούσας. [5] οἱ δὲ Γελῷοι πυνθανόμενοι τοὺς Καρχηδονίους μέλλειν μετὰ πάσης τῆς δυνάμεως ἐπὶ πρώτην στρατεύειν τὴν Γέλαν, ἐδέοντο τοῦ Διονυσίου μεῖναι καὶ μὴ περιιδεῖν αὐτοὺς τὰ αὐτὰ τοῖς ᾿Ακραγαντίνοις παθόντας. οἷς ἐπαγγειλάμενος ὁ Διονύσιος συντόμως ἥξειν μετὰ πλείονος δυνάμεως, ἐξώρμησεν ἐκ τῆς Γέλας μετὰ τῶν ἰδίων στρατιωτῶν.

En ce même temps on reçut des lettres de Géla, par lesquelles cette ville demandait un puissant secours. Denys profita encore de cette occasion pour avancer son dessein ; car ayant été mis pour cette expédition à la tête de deux mille fantassins et de quatre cents cavaliers, il se rendit incessamment dans Gela actuellement gardée par le Lacédémonien Dexippe, de la part de Syracuse. Ayant trouvé là les riches en dissension avec le peuple et ayant accusé et condamné les premiers dans l'assemblée publique, il les fit mourir et mit leurs biens à l'encan. Du produit de la vente il paya tout ce qui était dû à la garnison, commandée par Dexippe, et régla pour les soldats qu'il amenait de Syracuse une paye double de celle que cette ville leur avait assignée. Il mit par la dans ses intérêts et les soldats de Géla et ceux de Syracuse : il s'attira de plus la reconnaissance du peuple de Géla, qui croyait lui devoir sa liberté : car ce peuple, envieux des riches, qualifiait leur supériorité de tyrannie. C'est pourquoi il envoya des ambassadeurs à Syracuse chargés des louanges de Denys et des décrets que leur ville avait portés à son avantage et à son honneur. Denys fit aussi des tentatives auprès de Dexippe pour l'attirer à son parti et le faire entrer dans ses desseins ; mais trouvant en lui de l'opposition, il fut sur le point de revenir avec ses troupes à Syracuse. Cependant ceux de Géla apprenant que les Carthaginois se disposaient à marcher contre eux avec toutes leurs forces à l'ouverture de la campagne, prièrent Denys de demeurer et de leur sauver, par son assistance, le malheureux sort qu'avaient subi les Agrigentins. Denys leur promit qu'il reviendrait incessamment avec de plus grandes forces encore qu'il n'en avait alors : et là-dessus il sortit de Géla avec toutes ses troupes.

retour à Syracuse : le rusé

ΧCIV. θέας δ' οὔσης ἐν ταῖς Συρακούσαις, κατὰ τὴν ὥραν τῆς ἀπαλλαγῆς τῶν ἐκ τοῦ θεάτρου παρῆν εἰς τὴν πόλιν. συνδραμόντων δὲ τῶν ὄχλων ἐπ' αὐτὸν καὶ πυνθανομένων περὶ τῶν Καρχηδονίων, ἀγνοεῖν αὐτοὺς ἔφη, διότι τῶν ἔξωθεν πολεμιωτέρους ἔχουσι τοὺς ἔνδον τῶν κοινῶν προεστῶτας, οἷς οἱ μὲν πολῖται πιστεύοντες ἑορτάζουσιν, αὐτοὶ δὲ διαφοροῦντες τὰ δημόσια τοὺς στρατιώτας ἀμίσθους πεποιήκασι, καὶ τῶν πολεμίων ἀνυπερβλήτους ποιουμένων τὰς εἰς τὸν πόλεμον παρασκευὰς καὶ μελλόντων ἐπὶ Συρακούσας τὴν δύναμιν ἄγειν, τούτων οὐδ' ἡντινοῦν ποιοῦνται φροντίδα. [2] δι' ἣν δ' αἰτίαν ταῦτα πράττουσιν, εἰδέναι μὲν καὶ πρότερον, νῦν δὲ σαφέστερον ἀνεγνωκέναι· ᾿Ιμίλκωνα γὰρ πρὸς αὐτὸν ἀπεσταλκέναι κήρυκα, πρόφασιν μὲν ὑπὲρ τῶν αἰχμαλώτων, παρακαλεῖν δὲ - πλῆθος τῶν συναρχόντων περιποιησάμενον μηδὲν τῶν πραττομένων πολυπραγμονεῖν - μή γ' ἀντιπράττειν, ἐπειδὴ συνεργεῖν οὐ προαιρεῖται. [3] μηκέτ' οὖν βούλεσθαι στρατηγεῖν, ἀλλὰ παρεῖναι τὴν ἀρχὴν ἀποθησόμενος· οὐ γὰρ ἀνεκτὸν εἶναι, τῶν ἄλλων πωλούντων τὴν πατρίδα, μόνον κινδυνεύειν μετὰ τῶν πολιτῶν ἅμα καὶ δόξειν μετεσχηκέναι τῆς προδοσίας. [4] παροξυνθέντων δὲ ἐπὶ τοῖς ῥηθεῖσι καὶ τοῦ λόγου διὰ πάσης τῆς δυνάμεως ῥυέντος, τότε μὲν εἷς ἕκαστος ἀγωνιῶν εἰς οἶκον ἐχωρίσθη· τῇ δ' ὑστεραίᾳ συναχθείσης ἐκκλησίας, ἐν ᾗ τῶν ἀρχόντων πολλὰ κατηγορήσας οὐ μετρίως εὐδοκίμησε, τὸν δὲ δῆμον κατὰ τῶν στρατηγῶν παρώξυνε. [5] τέλος δὲ τῶν καθημένων τινὲς ἀνεβόησαν στρατηγὸν αὐτὸν αὐτοκράτορα καθιστάναι καὶ μὴ περιμένειν, ἄχρις ἂν οἱ πολέμιοι τοῖς τείχεσιν ἐπεισίωσι· χρείαν γὰρ ἔχειν τὸ μέγεθος τοῦ πολέμου τοιούτου στρατηγοῦ, δι' οὗ δυνατὸν εἶναι εὐπορεῖν τοῖς πράγμασιν· τὰ δὲ περὶ τῶν προδοτῶν ἐν ἐκκλησίᾳ ἑτέρᾳ βουλεύεσθαι· τῶν γὰρ ἐνεστώτων καιρῶν ἀλλότριον εἶναι· καὶ πρότερον δὲ Καρχηδονίων τὰς τριάκοντα μυριάδας περὶ τὴν ῾Ιμέραν νενικῆσθαι στρατηγοῦντος Γέλωνος αὐτοκράτορος.

Le moment où il entra dans Syracuse, fut précisément celui où tout le peuple sortait d'un grand spectacle qui s'était donné. Toute cette foule étant venue au devant de lui, et lui ayant demandé des nouvelles des Carthaginois, il leur répondit qu'ils avaient au dedans de leurs murailles des ennemis beaucoup plus dangereux que ceux du dehors ; c'est-à­dire leurs magistrats mêmes qui s'attiraient leur bienveillance par des fêtes, en dissipant les trésors publics au point que les soldats n'étaient pas payés. Que tandis qu'on ne se mettait en peine de rien, les ennemis faisaient des préparatifs immenses et qu'on les verrait bientôt devant les murailles de Syracuse. Il ajouta qu'il se doutait depuis longtemps du motif de la conduite ou de l'inaction de leurs chefs, mais qu'enfin il en était pleinement instruit, par ce qui lui était arrivé à lui-même. Imilcar, disait-il, lui avait envoyé un héraut, sous le prétexte apparent de retirer quelques prisonniers de guerre, mais pour l'inviter en secret à n'en pas faire plus que ses collègues, à ne se pas mettre en peine de ce qui se passait ; et s'il ne voulait pas entrer dans ses vues, à ne pas s'opposer du moins à ses entreprises. Denys conclut en disant qu'en effet il ne vouait plus se mêler de rien et qu'à l'heure-même il se démettait du commandement, comme n'étant pas juste qu'il s'exposât seul à tous les périls de la guerre, pendant que les autres vendaient tranquillement leur patrie ; ne voulant d'ailleurs être confondu avec eux ni par le même titre, ni par les mêmes imputations. Chacun alors se sépara, emportant chez soi bien de l'animosité, bien des soupçons et bien des craintes. Le lendemain l'assemblée du peuple ayant été convoquée de nouveau, les accusations de Denys contre les commandants eurent encore plus de succès et la multitude s'aigrit vivement contre eux. Bientôt après, quelques voix s'élevèrent beaucoup au-dessus des autres : on disait qu'il fallait nommer Denys commandant général et unique, et ne pas attendre pour cela que l'ennemi eut abattu leurs murailles ; que la guerre présente demandait un chef unique et tel que celui-là, qui pouvait seul rappeler la fortune de leur côté, comme on avait vaincu autrefois devant Himère trois cent mille Carthaginois, sous le commandement de Gélon seul ; et que dans un autre temps on consulterait à loisir de quelle manière on en agirait avec les traîtres, la situation des choses ne permettant pas de s'en occuper alors.

la prise du pouvoir

ΧCV. ταχὺ δὲ τῶν πολλῶν, ὥσπερ εἰώθασιν, ἐπὶ τὸ χεῖρον ῥεπόντων, ὁ Διονύσιος ἀπεδείχθη στρατηγὸς αὐτοκράτωρ. ἐπεὶ δ' οὖν αὐτῷ τὰ πράγματα κατὰ νοῦν ἠκολούθει, ψήφισμα ἔγραψε τοὺς μισθοὺς διπλασίους εἶναι· πάντας γὰρ ἔφησε τούτου γενομένου προθυμοτέρους ἔσεσθαι πρὸς τὸν ἀγῶνα, καὶ περὶ τῶν χρημάτων παρεκάλει μηθὲν ἀγωνιᾶν· ἔσεσθαι γὰρ αὐτῶν τὸν πόρον ῥᾴδιον.
[2] διαλυθείσης δὲ τῆς ἐκκλησίας οὐκ ὀλίγοι τῶν Συρακοσίων κατηγόρουν τῶν πραχθέντων, ὥσπερ οὐκ αὐτοὶ ταῦτα κεκυρωκότες· τοῖς γὰρ λογισμοῖς εἰς ἑαυτοὺς ἐρχόμενοι τὴν ἐσομένην δυναστείαν ἀνεθεώρουν. οὗτοι μὲν οὖν βεβαιῶσαι βουλόμενοι τὴν ἐλευθερίαν ἔλαθον ἑαυτοὺς δεσπότην τῆς πατρίδος καθεστακότες· [3] ὁ δὲ Διονύσιος τὴν μετάνοιαν τῶν ὄχλων φθάσαι βουλόμενος, ἐπεζήτει δι' οὗ τρόπου δύναιτο φύλακας αἰτήσασθαι τοῦ σώματος· τούτου γὰρ συγχωρηθέντος ῥᾳδίως ἤμελλε κυριεύσειν τῆς τυραννίδος. εὐθὺς οὖν παρήγγειλε τοὺς ἐν ἡλικίᾳ πάντας ἕως ἐτῶν τεσσαράκοντα λαβόντας ἐπισιτισμὸν ἡμερῶν τριάκοντα καταντᾶν μετὰ τῶν ὅπλων εἰς Λεοντίνους. αὕτη δ' ἡ πόλις τότε φρούριον ἦν τῶν Συρακοσίων, πλῆρες ὑπάρχον φυγάδων καὶ ξένων ἀνθρώπων. ἤλπιζε γὰρ τούτους συναγωνιστὰς ἕξειν, ἐπιθυμοῦντας μεταβολῆς, τῶν δὲ Συρακοσίων τοὺς πλείστους οὐδ' ἥξειν εἰς Λεοντίνους. [4] οὐ μὴν ἀλλὰ νυκτὸς ἐπὶ τῆς χώρας στρατοπεδεύων, καὶ προσποιηθεὶς ἐπιβουλεύεσθαι, κραυγὴν ἐποίησε καὶ θόρυβον διὰ τῶν ἰδίων οἰκετῶν· τοῦτο δὲ πράξας συνέφυγεν εἰς τὴν ἀκρόπολιν, καὶ διενυκτέρευσε πυρὰ καίων καὶ τοὺς γνωριμωτάτους τῶν στρατιωτῶν μεταπεμπόμενος. [5] ἅμα δ' ἡμέρᾳ τοῦ πλήθους ἀθροισθέντος εἰς Λεοντίνους, πολλὰ πρὸς τὴν τῆς ἐπιβολῆς ὑπόθεσιν πιθανολογήσας ἔπεισε τοὺς ὄχλους δοῦναι φύλακας αὐτῷ τῶν στρατιωτῶν ἑξακοσίους, οὓς ἂν προαιρῆται. λέγεται δὲ τοῦτο πρᾶξαι τὸν Διονύσιον ἀπομιμούμενον Πεισίστρατον τὸν ᾿Αθηναῖον· [6] καὶ γὰρ ἐκεῖνόν φασιν ἑαυτὸν κατατραυματίσαντα προελθεῖν εἰς τὴν ἐκκλησίαν ὡς ἐπιβεβουλευμένον, καὶ διὰ τοῦτο φυλακὴν λαβεῖν παρὰ τῶν πολιτῶν, ᾗ χρησάμενον τὴν τυραννίδα περιπεποιῆσθαι. καὶ τότε Διονύσιος τῇ παραπλησίᾳ μηχανῇ τὸ πλῆθος ἐξαπατήσας ἐνήργει τὰ τῆς τυραννίδος.

La pluralité des suffrages populaires, et comme il arrive souvent, fut pour l'avis le plus pernicieux et Denys fut déclaré commandant unique et absolu. Son projet ayant en ainsi tout le succès qu'il en attendait, il présenta aussitôt une ordonnance, par laquelle il exigeait qu'on doublât la paie des soldats, sur le prétexte que cette augmentation les rendrait plus courageux dans les combats ;et il ajoutait que Syracuse ne devait point plaindre la dépense, vu l'abondance de ses revenus et la facilité de les recueillir. Dès que l'assemblée fut séparée et que chacun fut rentré dans sa maison, la plupart des citoyens trouvèrent à redire à ce qui venait de se passer, comme s'ils n'en eussent pas été les auteurs eux-mêmes. En réfléchissant sur la nomination qu'ils venaient de faire, ils s'apercevaient aisément qu'ils avaient établi une autorité indépendante, et que pour sauver leur liberté, ils s'étaient eux-mêmes donné un maître. Pour prévenir les suites de ces réflexions et de ce repentir, Denys chercha les moyens d'avoir une garde pour sa personne, persuadé que s'il pouvait en venir à bout, il assurerait sa tyrannie. Il ordonna donc à tous ceux qui étaient en âge de porter les armes depuis la jeunesse jusqu'à l'âge de quarante ans, de se pourvoir de vivres pour trente jours et de se rendre bien équipés en la ville des Léontins. Cette ville était alors comme une citadelle de Syracuse et elle était pleine de bannis et d'étrangers. Il comptait beaucoup sur cette espèce d'hommes avides de changements et de nouveautés ; et il se doutait assez que la plupart des soldats syracusains ne voudraient pas venir à Léontium. Cependant s'étant mis lui-même en chemin dès la nuit suivante et s'étant campé en plein champ, il fit semblant d'être attaqué dans sa tente et jeta un grand cri, auquel ses gens accoururent en tumulte et en désordre. Sous ce prétexte, il se réfugia dans la citadelle des Léontins, où il fit tenir des feux allumés pendant toute la nuit et se fit environner de ses soldats les plus affidés. Le lendemain toutes ses troupes étant entrées dans Leontium, il se plaignit beaucoup de la trahison qu'on avait tentée contre lui la nuit précédente et dont il fit un narré faux mais vraisemblable de sorte qu'il se fit accorder par ses troupes une garde de six cents hommes armés, qu'il choisirait lui-même. On dit que Denys prit pour son modèle, en cette circonstance, Pisistrate tyran d'Athènes : car on rapporte de ce dernier qu'il se présenta dans la place publique, couvert de blessures qu'il s'était faites lui-même et qu'il supposait avoir reçues des mains de ses envieux ; ce qui porta le peuple à lui accorder une escorte, par le moyen de laquelle il s'empara du gouvernement absolu et tyrannique, de la même manière, à peu près, que Denys son imitateur.  

la tyrannie

 ΧCVΙ. εὐθὺ γὰρ τοὺς χρημάτων μὲν ἐνδεεῖς, τῇ δὲ ψυχῇ θρασεῖς ἐπιλέξας, ὑπὲρ τοὺς χιλίους, ὅπλοις τε πολυτελέσι καθώπλισε καὶ ταῖς μεγίσταις ἐπαγγελίαις ἐμετεώρισε, τοὺς δὲ μισθοφόρους ἀνακαλούμενος καὶ φιλανθρώποις λόγοις χρώμενος ἰδίους κατεσκεύαζεν. μετετίθει δὲ καὶ τὰς τάξεις, τοῖς πιστοτάτοις τὰς ἡγεμονίας παραδιδούς, καὶ Δέξιππον τὸν Λακεδαιμόνιον ἀπέλυσεν εἰς τὴν ῾Ελλάδα· ὑφεωρᾶτο γὰρ τὸν ἄνδρα τοῦτον, μὴ καιροῦ λαμβανόμενος ἀνακτήσηται τοῖς Συρακοσίοις τὴν ἐλευθερίαν. [2] μετεπέμψατο δὲ καὶ τοὺς ἐν Γέλᾳ μισθοφόρους, καὶ πανταχόθεν συνῆγε τοὺς φυγάδας καὶ ἀσεβεῖς, ἐλπίζων διὰ τούτων βεβαιότατα τηρηθήσεσθαι τὴν τυραννίδα. οὐ μὴν ἀλλὰ παραγενόμενος εἰς Συρακούσας κατεσκήνωσεν ἐν τῷ ναυστάθμῳ, φανερῶς αὑτὸν ἀναδείξας τύραννον. οἱ δὲ Συρακόσιοι βαρέως φέροντες ἠναγκάζοντο τὴν ἡσυχίαν ἔχειν· οὐδὲν γὰρ ἔτι περαίνειν ἠδύναντο· ἥ τε γὰρ πόλις ἔγεμεν ὅπλων ξενικῶν, τούς τε Καρχηδονίους ἐδεδοίκεισαν τηλικαύτας ἔχοντας δυνάμεις. [3] ὁ δ' οὖν Διονύσιος εὐθέως ἔγημε τὴν ῾Ερμοκράτους θυγατέρα τοῦ καταπολεμήσαντος ᾿Αθηναίους, καὶ τὴν ἀδελφὴν ἔδωκε Πολυξένῳ τῆς ῾Ερμοκράτους γυναικὸς ἀδελφῷ· τοῦτο δ' ἔπραξε βουλόμενος οἰκίαν ἐπίσημον εἰς οἰκειότητα προσλαβέσθαι πρὸς τὸ τὴν τυραννίδα ποιῆσαι βεβαίαν. μετὰ δὲ ταῦτα συναγαγὼν ἐκκλησίαν τῶν ἀντιπραξάντων αὐτῷ τοὺς δυνατωτάτους ὄντας, Δαφναῖον καὶ Δήμαρχον, ἀνεῖλεν. [4] Διονύσιος μὲν οὖν ἐκ γραμματέως καὶ τοῦ τυχόντος ἰδιώτου τῆς μεγίστης πόλεως τῶν ῾Ελληνίδων ἐγενήθη τύραννος· διετήρησε δὲ τὴν δυναστείαν ἄχρι τῆς τελευτῆς, τυραννήσας ἔτη δύο λείποντα τῶν τεσσαράκοντα. τὰς δὲ κατὰ μέρος αὐτοῦ πράξεις καὶ τὴν αὔξησιν τῆς ἀρχῆς ἐν τοῖς οἰκείοις χρόνοις διέξιμεν· δοκεῖ γὰρ οὗτος μεγίστην τῶν ἱστορουμένων τυραννίδα περιπεποιῆσθαι δι' ἑαυτοῦ καὶ πολυχρονιωτάτην.

Celui-ci ramassa tous les indigents, en qui il avait aperçu du courage : il en fit bientôt un millier d'hommes, auxquels il donna d'excellentes armes, et qu'il remplit d'espérances merveilleuses. Il attacha à sa personne, par des discours flatteurs, des troupes soudoyées. Il faisait effrontément des passe-droits, pour avancer ceux qui lui paraissaient dévoilés à ses intentions. Il donna congé en même temps au Lacédémonien Dexippe et lui permit de retourner en Grèce : il se défiait de lui comme d'un homme capable de travailler à rendre la liberté à Syracuse. Il fit venir des soldats mercenaires de Géla et avec eux tout ce qu'il y avait de bannis et de mal-vivants, dans l'espérance d'affermir par leur moyen son usurpation. Revenant ensuite à Syracuse, il fit dresser sa tente dans le bassin du port, avec toute la hauteur d'un tyran déclaré. Les Syracusains sentirent vivement cette arrogance, mais ils furent obligés de la souffrir, n'ayant plus de ressource pour s'y opposer. Toute la ville était pleine de soldats étrangers, et l'on craignait encore les forces immenses des Carthaginois. Denys épousa alors la fille d'Hermocrate, celui qui avait battu les Athéniens en leur expédition de Sicile et donna sa soeur à Polyxène, frère de la femme d'Hermocrate : son dessein en tout cela était de fortifier son autorité illégitime par l'alliance d'une famille illustre. Dans une assemblée du peuple, il vint à bout de faire périr Daphnée et Démarque, les plus puissants de ceux qui s'opposaient encore à ses entreprises. C'est ainsi que Denys s'éleva d'une naissance très commune et de la condition de scribe, à la domination despotique et tyrannique d'une ville des plus considérables de la Grèce. Il demeura revêtu de cette puissance jusqu'à sa mort, qui n'arriva que trente-huit ans après. Nous rapporterons ses actions principales et les moyens par lesquels il augmenta son crédit et son autorité, à mesure que la suite des temps les amènera dans le cours de cette Histoire : il paraîtra que sa tyrannie a été la plus considérable et la plus longue de toutes celles dont on ait conservé le souvenir.

Olymp. 93, an 4. 405 ans avant l'ère chrét.

Imilcar forme le siège de Gela en Sicile, où les femmes et les enfants mêmes se défendent courageusement. Denys se résout à aller au secours de Gela; et il met en effet quelque désordre dans l'armée des assiégeants. Mais il reprend bientôt le chemin de Syracuse. La plupart de ses soldats indignés de cette retraite, le soupçonnent d'intelligence avec l'ennemi. Ils songent à secouer le joug; et se rendent avant lui à Syracuse, où ils pillent sa maison dans l'Acradine, et font à sa femme, les plus sanglants outrages. Mais Denys arrivé lui-même dissipe cette faction, par le secours de ses satellites et du reste de son armée qu'il ramenait. Il accepte de la part d'Imilcar un traité de paix, par lequel les conquêtes des Carthaginois leur demeureront; Gela sera rendue à ses citoyens, sans murailles; et Syracuse appartiendra toujours à Denys.

[2] κατὰ δὲ τὴν Σικελίαν ᾿Ιμίλκων ὁ τῶν Καρχηδονίων ἀφηγούμενος ἀρχομένου τοῦ θέρους τὴν μὲν τῶν ᾿Ακραγαντίνων πόλιν κατέσκαψε, τῶν δ' ἱερῶν, ὅσα μηδ' ἱκανῶς ὑπὸ τοῦ πυρὸς ἐδόκει διεφθάρθαι, τὰς γλυφὰς καὶ τὰ περιττοτέρως εἰργασμένα περιέκοψεν· αὐτόθε δ' ἀναλαβὼν ἅπασαν τὴν δύναμιν ἐνέβαλεν εἰς τὴν τῶν Γελῴων χώραν. [3] ἐπελθὼν δὲ ταύτην πᾶσαν καὶ τὴν Καμαριναίαν, πλῆρες ἐποίησε τὸ στράτευμα παντοίας ὠφελείας. μετὰ δὲ ταῦτα ἐπὶ Γέλαν πορευθεὶς παρὰ τὸν ὁμώνυμον ποταμὸν τῇ πόλει κατεστρατοπέδευσεν. [4] ἐχόντων δὲ τῶν Γελῴων ἐκτὸς τῆς πόλεως ᾿Απόλλωνος ἀνδριάντα χαλκοῦν σφόδρα μέγαν, συλήσαντες αὐτὸν ἀπέστειλαν εἰς τὴν Τύρον. τοῦτον μὲν οἱ Γελῷοι κατὰ τὸν τοῦ θεοῦ χρησμὸν ἀνέθηκαν, οἱ δὲ Τύριοι καθ' ὃν καιρὸν ὕστερον ὑπ' ᾿Αλεξάνδρου τοῦ Μακεδόνος ἐπολιορκοῦντο, καθύβριζον ὡς συναγωνιζόμενον τοῖς πολεμίοις· ᾿Αλεξάνδρου δ' ἑλόντος τὴν πόλιν,ὡς Τίμαιός φησι, κατὰ τὴν ὁμώνυμον ἡμέραν καὶ τὴν αὐτὴν ὥραν ἐν ᾗ Καρχηδόνιοι τὸν ᾿Απόλλωνα περὶ Γέλαν ἐσύλησαν, συνέβη τιμηθῆναι θυσίαις καὶ προσόδοις ταῖς μεγίσταις ὑπὸ τῶν ῾Ελλήνων, ὡς αἴτιον γεγενημένον τῆς ἁλώσεως. [5] ταῦτα μὲν οὖν, καίπερ ἐν ἄλλοις πραχθέντα χρόνοις, οὐκ ἀνεπιτήδειον ἡγησάμεθα παρ' ἄλληλα θεῖναι διὰ τὸ παράδοξον. οἱ δ' οὖν Καρχηδόνιοι δενδροτομοῦντες τὴν χώραν τάφρον περιεβάλοντο τῇ στρατοπεδείᾳ· προσεδέχοντο γὰρ τὸν Διονύσιον ἥξειν μετὰ δυνάμεως πολλῆς βοηθήσοντα τοῖς κινδυνεύουσιν. [6] οἱ δὲ Γελῷοι τὸ μὲν πρῶτον ἐψηφίσαντο τέκνα καὶ γυναῖκας εἰς Συρακούσας ὑπεκθέσθαι διὰ τὸ μέγεθος τοῦ προσδοκωμένου κινδύνου· τῶν δὲ γυναικῶν ἐπὶ τοὺς κατὰ τὴν ἀγορὰν βωμοὺς καταφυγουσῶν καὶ δεομένων τῆς αὐτῆς τοῖς ἀνδράσι τύχης κοινωνῆσαι, συνεχώρησαν. [7] μετὰ δὲ ταῦτα τάξεις ποιησάμενοι πλείστας, κατὰ μέρος τοὺς στρατιώτας ἀπέστελλον ἐπὶ τὴν χώραν· οὗτοι δ' ἐμπειρίαν ἔχοντες ἐπετίθεντο τοῖς πλανωμένοις τῶν πολεμίων, καὶ πολλοὺς μὲν αὐτῶν καθ' ἡμέραν ἀνῆγον ζῶντας, οὐκ ὀλίγους δὲ ἀνῄρουν. [8] τῶν δὲ Καρχηδονίων ἀπὸ μέρους προσβαλλόντων τῇ πόλει καὶ τοῖς κριοῖς καταβαλλόντων τὰ τείχη γενναίως ἠμύνοντο· τά τε γὰρ ἐφ' ἡμέρας πίπτοντα τῶν τειχῶν νυκτὸς ἀνῳκοδόμουν, συνυπηρετουσῶν τῶν γυναικῶν καὶ παίδων· οἱ μὲν γὰρ ἀκμάζοντες ταῖς ἡλικίαις ἐν τοῖς ὅπλοις ὄντες διετέλουν μαχόμενοι, τὸ δ' ἄλλο πλῆθος τοῖς ἔργοις καὶ ταῖς ἄλλαις παρασκευαῖς προσήδρευε μετὰ πάσης προθυμίας· [9] τὸ δὲ σύνολον οὕτως ἐδέξαντο τὴν ἔφοδον τῶν Καρχηδονίων εὐρώστως, ὥστε καὶ πόλιν ἀνώχυρον ἔχοντες καὶ συμμάχων ὄντες ἔρημοι, πρὸς δὲ τούτοις τὰ τείχη θεωροῦντες πίπτοντα κατὰ πλείονας τόπους, οὐ κατεπλάγησαν τὸν περιεστῶτα κίνδυνον.

XXVIII. À l'égard de la Sicile, Imilcar général des Carthaginois, acheva de démolir et de raser ce qui restait encore de la ville d'Agrigente et il détruisit avec le marteau les statues et les sculptures que le feu n'avoir qu'endommagées et défigurées. Partant de là avec toutes ses troupes, il se jeta sur le territoire de Gela et de Camarine, et parcourant tout ce pays, il y trouva de quoi procurer à ses soldats bien des richesses. Après quoi , se fixant à la ville de Gela, il posa son camp au pied des murailles, le long du fleuve de même nom. Les habitants avaient hors de leurs murs une statue qui était un Apollon, d'une hauteur prodigieuse, qu'un oracle leur avait ordonné de consacrer à ce dieu. Les Carthaginois l'envoyèrent à Tyr. Mais dans le temps que les Tyriens furent assiégés par Alexandre, ils profanèrent cette statue, comme étant favorable à leurs ennemis. Timée raconte à ce sujet, qu'après la prise de Tyr les Grecs vainqueurs rendirent de grands honneurs et firent de grands sacrifices à cette même statue, à laquelle ils attribuaient leurs succès et que cette cérémonie tomba précisément au même jour et à la même heure que les Carthaginois, bien des années auparavant, avaient insulté le dieu devant Géla. Ainsi nous ne plaçons ici cet événement d'avance, qu'à cause de la singularité des conjonctures. Les Carthaginois ayant abattu des bois qui étaient autour de Géla, fermèrent leur camp et l'environnèrent d'une tranchée ; car ils s'attendaient que Denys amènerait incessamment un secours considérable à cette ville. Les assiégés avaient d'abord résolu d'envoyer leurs femmes et leur en-fans à Syracuse pour les délivrer du péril dont ils se sentaient menacés. Mais toutes les femmes ayant embrassé les autels dressés dans la place publique, en protestant qu'elles voulaient partager les travaux du siège avec leurs maris, on fut obligé de leur céder. Les Citoyens s'étant donc distribués en plusieurs corps, on en envoya quelques-uns hors de la ville. Comme ils connaissaient parfaitement la situation des lieux, ils surprirent aisément ceux des ennemis qui se trouvèrent écartés du gros de leur armée ; ils en amenèrent plusieurs de vivants et en tuèrent beaucoup d'autres. Cependant un côté des murailles fut attaqué par des béliers et défendu vaillamment : car avec le secours des femmes et même des enfants, on rétablissait la nuit ce qui avait été abattu le jour. Les jeunes gens de leur côté, et tous ceux qui étaient en âge de porter les armes, se relevaient exactement et avec un zèle égal pour les combats ou pour les travaux. En un mot, ils soutenaient les assauts des Carthaginois avec tant de vigueur, que bien que leur ville fut peu fortifiée, qu'ils n'eussent actuellement aucuns secours étrangers et qu'une partie de leurs murailles fut abattue, il ne semblait seulement pas qu'ils se crussent encore en péril. 

CΙΧ. Διονύσιος δ' ὁ τῶν Συρακοσίων τύραννος μεταπεμψάμενος παρὰ τῶν ἐξ ᾿Ιταλίας ῾Ελλήνων βοήθειαν ἐξῆγε καὶ παρὰ τῶν ἄλλων συμμάχων δύναμιν· ἐπέλεξε δὲ καὶ τῶν Συρακοσίων τοὺς πλείστους τῶν ἐν ἡλικίᾳ καὶ τοὺς μισθοφόρους κατέλεξεν εἰς τὸ στρατόπεδον. [2] εἶχε δὲ τοὺς ἅπαντας, ὡς μέν τινες, πεντακισμυρίους, ὡς δὲ Τίμαιος ἀνέγραψε, πεζοὺς μὲν τρισμυρίους, ἱππεῖς δὲ χιλίους, ναῦς δὲ καταφράκτους πεντήκοντα. μετὰ δὲ τοσαύτης δυνάμεως ἐξορμήσας ἐπὶ τὴν βοήθειαν τοῖς Γελῴοις, ὡς ἤγγισε τῆς πόλεως, κατεστρατοπέδευσε παρὰ τὴν θάλατταν. [3] ἔσπευδε γὰρ μὴ διασπᾶν τὴν στρατιάν, ἀλλ' ἐκ τοῦ αὐτοῦ τόπου τὴν ὁρμὴν ποιούμενος κατὰ γῆν ἅμα καὶ κατὰ θάλατταν ἀγωνίζεσθαι· τοῖς μὲν γὰρ ψιλοῖς ἠγωνίζετο καὶ τὴν χώραν οὐκ εἴα προνομεύεσθαι, τοῖς δ' ἱππεῦσι καὶ ταῖς ναυσὶν ἐπειρᾶτο τὰς ἀγορὰς ἀφαιρεῖσθαι τὰς κομιζομένας τοῖς Καρχηδονίοις ἐκ τῆς ἰδίας ἐπικρατείας. [4] ἐφ' ἡμέρας μὲν οὖν εἴκοσι διέτριβον οὐδὲν ἄξιον λόγου πράττοντες· μετὰ δὲ ταῦτα Διονύσιος τοὺς πεζοὺς εἰς τρία μέρη διεῖλεν, ἓν μὲν τάγμα ποιήσας τῶν Σικελιωτῶν, οἷς προσέταξεν ἐν ἀριστερᾷ τὴν πόλιν ἔχοντας ἐπὶ τὸν χάρακα τῶν ἐναντίων πορεύεσθαι· τὸ δ' ἕτερον τάγμα συμμάχων καταστήσας ἐκέλευσεν ἐν δεξιᾷ τὴν πόλιν ἔχοντας ἐπείγεσθαι παρ' αὐτὸν τὸν αἰγιαλόν· αὐτὸς δ' ἔχων τὸ τῶν μισθοφόρων σύνταγμα διὰ τῆς πόλεως ὥρμησεν ἐπὶ τὸν τόπον, οὗ τὰ μηχανήματα τῶν Καρχηδονίων ἦν. [5] καὶ τοῖς μὲν ἱππεῦσι παρήγγειλεν, ἐπειδὰν ἴδωσι τοὺς πεζοὺς ὡρμημένους, διαβῆναι τὸν ποταμὸν καὶ τὸ πεδίον καθιππάζεσθαι, κἂν μὲν ὁρῶσι τοὺς ἰδίους προτεροῦντας, συνεπιλαμβάνεσθαι τῆς μάχης, ἂν δ' ἐλαττωμένους, δέχεσθαι τοὺς θλιβομένους· τοῖς δ' ἐν ταῖς ναυσὶ παρήγγειλε πρὸς τὴν τῶν ᾿Ιταλιωτῶν ἔφοδον τῇ παρεμβολῇ τῶν πολεμίων ἐπιπλεῦσαι.

 De côté, le tyran Denys ayant emprunté des troupes des Grecs d'Italie et d'autres alliés, prit encore avec lui la plus grande partie de la jeunesse de Syracuse, jointe à des étrangers soudoyés, et se fit une armée de cinquante mille hommes, selon quelques Historiens. Mais Timée compte trente mille hommes de pied, mille chevaux et cinquante vaisseaux couverts de ponts. Il s'avança avec ses forces du côté de Géla et posa son camp entre la ville et la mer : car son dessein n'était pas de séparer ses troupes, et il voulait combattre les ennemis en même temps par mer et par terre. C'est pourquoi ne les attaquant d'abord qu'avec des soldats armés à la légère, il se contenta de leur interdire le fourrage autour de leur camp et il destinait sa cavalerie et ses vaisseaux à arrêter les munitions qui pourraient leur venir de Carthage. Vingt jours se passèrent ainsi à faire peu de chose de part et d'autre. Mais ensuite Denys partagea son infanterie en trois corps. Le premier qui n'était composé que de Siciliens, eut ordre de se présenter sur le fossé des ennemis qui était au côté gauche de la ville. Il ordonna au second corps, qui était celui des alliés, de s'étendre du côté droit, jusqu'à la mer : et lui-même se mettant à la tête des soudoyés, traversa la ville pour arriver par une autre porte, jusqu'au lieu où les machines des ennemis étaient dressées. Dès qu'on en serait aux mains, sa cavalerie, en traversant même le fleuve à la nage, devait faire tout le tour de la bataille pour soutenir ceux qui auraient l'avantage, ou pour recevoir ceux qui auraient plié. Enfin, les soldats qui étaient dans les vaisseaux devaient venir appuyer l'attaque des Italiens et des alliés autour du camp des ennemis. 

CΧ. εὐκαίρως δ' αὐτῶν ποιησάντων τὸ παραγγελθέν, οἱ μὲν Καρχηδόνιοι πρὸς ἐκεῖνο τὸ μέρος παρεβοήθουν, ἀνείργοντες τοὺς ἐκ τῶν νεῶν ἀποβαίνοντας· καὶ γὰρ οὐδ' ὠχυρωμένον τὸ μέρος εἶχον, ἅπαν τὸ παρὰ τὸν αἰγιαλὸν· [2] οἱ δ' ᾿Ιταλιῶται κατὰ τοῦτον τὸν καιρὸν παρὰ τὴν θάλατταν τὸ πᾶν διανύσαντες ἐπέθεντο τῇ παρεμβολῇ τῶν Καρχηδονίων, τοὺς πλείστους εὑρόντες παραβεβοηθηκότας ἐπὶ τὰς ναῦς· τοὺς δ' ἐπὶ τούτου τοῦ μέρους ὑπολελειμμένους τρεψάμενοι παρεισέπεσον εἰς τὴν στρατοπεδείαν. [3] οὗ γενηθέντος οἱ Καρχηδόνιοι τῷ πλείστῳ μέρει τῆς δυνάμεως ἐπιστρέψαντες καὶ πολὺν διαγωνισάμενοι χρόνον μόγις ἐξέωσαν τοὺς ἐντὸς τῆς τάφρου βιασαμένους. οἱ δὲ ᾿Ιταλιῶται τῷ πλήθει τῶν βαρβάρων καταπονούμενοι κατὰ τὴν ἀναχώρησιν εἰς τὸ τοῦ χάρακος ἀπωξυμμένον ἐνέπιπτον, οὐκ ἔχοντες βοήθειαν· [4] οἵ τε γὰρ Σικελιῶται διὰ τοῦ πεδίου πορευόμενοι καθυστέρουν τῶν καιρῶν, οἵ τε μετὰ Διονυσίου μισθοφόροι μόγις διεπορεύοντο τὰς κατὰ τὴν πόλιν ὁδούς, οὐ δυνάμενοι κατὰ τὴν ἰδίαν προαίρεσιν ἐπισπεῦσαι. οἱ δὲ Γελῷοι μέχρι τινὸς ἐπεξιόντες ἐπεβοήθουν κατὰ βραχὺν τόπον τοῖς ᾿Ιταλιώταις, εὐλαβούμενοι λιπεῖν τὴν τῶν τειχῶν φυλακήν· διόπερ ὑστέρουν τῆς βοηθείας. [5] οἱ δὲ ῎Ιβηρες καὶ Καμπανοὶ μετὰ τῶν Καρχηδονίων στρατευόμενοι, καὶ βαρεῖς ἐπικείμενοι τοῖς ἀπὸ τῆς ᾿Ιταλίας ῞Ελλησι, κατέβαλον αὐτῶν πλείους τῶν χιλίων. τῶν δ' ἐν ταῖς ναυσὶν ἀνειργόντων τοξεύμασι τοὺς διώκοντας, οἱ λοιποὶ μετ' ἀσφαλείας διεσώθησαν πρὸς τὴν πόλιν. [6] ἐκ δὲ θατέρου μέρους οἱ Σικελιῶται πρὸς τοὺς ἀπαντήσαντας Λίβυας διαγωνισάμενοι συχνοὺς μὲν αὐτῶν ἀνεῖλον, τοὺς δ' ἄλλους εἰς τὴν στρατοπεδείαν συνεδίωξαν· τῶν δὲ ᾿Ιβήρων καὶ Καμπανῶν, ἔτι δὲ Καρχηδονίων, παραβοηθησάντων τοῖς Λίβυσι, περὶ ἑξακοσίους ἀποβαλόντες πρὸς τὴν πόλιν ἀπεχώρησαν. [7] οἱ δ' ἱππεῖς ὡς εἶδον τοὺς ἰδίους ἡττημένους, καὶ αὐτοὶ πρὸς τὴν πόλιν ἀπῆλθον, ἐπικειμένων αὐτοῖς τῶν πολεμίων. Διονύσιος δὲ μόγις διελθὼν τὴν πόλιν, ὡς κατέλαβε τὸ στρατόπεδον ἠλαττωμένον, τότε μὲν ἐντὸς τῶν τειχῶν ἀνεχώρησεν.

Dès que les soldats des vaisseaux se mirent en devoir d'exécuter ce qui leur avait été ordonné, les Carthaginois coururent tous de ce côté-là, pour les empêcher de mettre pied à terre ; parce que c'était l'endroit le plus faible de leur camp et qu'ils n'avaient pas eu le temps ou la facilité de se fortifier le long de la mer. Pendant que les Carthaginois couraient ainsi au rivage, les Italiens pressèrent le camp même, presqu'abandonné de ses défenseurs et s'en emparèrent facilement : de sorte que les Carthaginois revenant sur leurs pas avec toutes leurs forces, combattirent très longtemps avant que de pouvoir reprendre leur propre camp défendu par la tranchée qu'ils avaient faite eux-mêmes. Ils en vinrent pourtant à bout, et les Italiens surmontés enfin par le nombre, furent réduits, en cherchant à faire retraite, à s'acculer dans un coin de ce camp, en attendant un secours qui ne venait point. Car d'un côté les Siciliens étaient trop répandus dans la campagne pour se réunir sitôt, et d'un autre côté les soudoyés de Denys embarrassés dans les rues de la ville par où ils avaient passé ne pouvaient arriver de longtemps à un endroit si éloigné, quoiqu'ils en eurent l'intention. Les habitants de Géla leur prêtèrent bien aussi quelque secours par une sortie, mais craignant de laisser leurs murailles sans défense, ils ne voulurent pas s'en éloigner ; et leur secours ne fut ainsi qu'une légère diversion. Pendant ce délai et ces incertitudes, les Espagnols et les Campaniens qui servaient sous les Carthaginois, tombèrent en grand nombre sur les Grecs d'Italie et en tuèrent plus de mille. Mais comme ceux qui étaient demeurés dans les vaisseaux accablaient de traits les Carthaginois, que la chaleur de leur attaque avaient amenés à leur portée, le reste des Siciliens eut le temps de