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MÉNANDRE
Anthologie
Liste des pièces - Les Papyrus de Ménandre
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SOMMAIRE
- Sentence
Fragments de pièces identifiées
- Le Dépôt
- Hydrie
- Le Héros
- Thaïs
Fragments de comédies anonymes
II. Citations d'autres auteurs
III. « Monosticha »
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Un jeune et riche citadin, Sostrate, est amoureux de la fille d'un paysan pauvre, Cnémon. Celui-ci est un intraitable misanthrope, l'égal de l'Alceste de Molière : il déteste ni plus ni moins l'humanité entière, en particulier les riches nantis de la cité. Sostrate tente plusieurs fois d'obtenir par la ruse la main de la jeune fille, avec l'aide de son esclave, Pyrrhias, et de son ami, le parasite Chéréas, en vain. La situation paraît bloquée lorsque soudain Cnémon, à la suite d'une maladresse, fait tomber son seau dans un puits. Refusant toute aide, il veut récupérer l'objet seul, mais lui-même tombe à son tour dans le puits. Sostrate le sauve d'une mort certaine et Cnémon, qui reconnaît ses torts passés, fait du jeune homme son héritier. Désormais le mariage devient possible. Tout se termine dans la liesse générale, au point que l'on voit Cnémon, pendant la cérémonie du mariage, se dérider sous la pression des invités.
Chéréas Mais que me chantes-tu là ? Tu as vu une fille De bonne famille en train d'orner les nymphes De notre voisinage, et voici que d'un coup Tu t'es amourachée...
Sostrate Oui, c'est cela : d'un coup !
Chéréas Quelle célérité ! Avais-tu, en sortant, Décidé de tomber amoureux sur-le-champ ?
Sostrate Moque-toi, Chéréas ! Ma souffrance est réelle.
Chéréas Je n'en doute pas.
Sostrate C'est la raison pour laquelle Je suis à cet endroit pour avoir ton soutien. En tant qu'ami, toi seul pourras mener à bien Ce que j'ai entrepris.
Chéréas Voila comment je fais Dans un semblable cas. Un ami a besoin De mes soins diligents pour un motif galant ? Aussitôt je ravis la donzelle et la mène À bon port ! Je suis tout consumé, tout en délire, Rien ne peut m'arrêter quoi qu'on vienne me dire. Je ne la connais pas ? Ah ! que cela ne tienne, Je la veux sans délai ! De fait, la lenteur Accroît la passion ; qu'on s'active, et dans l'heure, C'est fini ! Qu'on m'évoque une fille à marier, Je me sens transformé, je vais me renseigner Sur ses parents, ses biens et son tempérament.
Pyrrhias Ah ! laissez-moi passer ! Allons ! écartez-vous : Apprenez que je suis poursuivi par un fou !
Sostrate Mais que se passe-t-il, mon pauvre et jeune ami ?
Pyrrhias On veut me lapider ! Oui, on cherche à m'occire !
Sostrate Que dis-tu ? Où vas-tu ? Je crois que tu délires !
Pyrrhias Est-ce fini ! Est-il parti ?
Sostrate Oui, en effet !
Pyrrhias Je croyais bien qu'il était encore après moi.
Sostrate Mais dis-moi la raison d'un pareil désarroi.
Pyrrhias Partons, je t'en supplie !
Sostrate Où ?
Pyrrhias Le plus loin d'ici ! C'est un satyre, un fou, un malade ce type ! À force de courir longtemps sur le sentier, J'aurais pu esquinter mes pauvres doigts de pied.
Sostrate (à Chéréas) Il a dû se montrer fort peu accommodant En arrivant ici.
Chéréas Oui.
Pyrrhias Non, assurément
! De cet individu, il faut qu'on se méfie. J'ai du mal à parler, je suis trop essoufflé ! J'ai donc frappé à la porte de son logis Et puis j'ai dit ceci : « Je voudrais voir le maître. » Une vieillarde, alors, pas très bien dans sa tête Me l'a montré d'ici en pleine effervescence, Car il se fatiguait à ramasser des poires, À moins que ce ne fût du bois pour sa potence. Je suis allé au champ et me suis approché. Je me suis cependant quelque peu distancié (Je suis bien élevé) ; puis je l'ai salué. Alors je lui ai dit : « Je suis venu, grand-père, Pour régler une affaire. » Alors il prit la mouche : « Mais ça ne va pas bien ! Tu foules mon terrain ! » Aussitôt il saisit une motte de terre Et la jette sur moi !
Sostrate Qu'il moisisse aux Enfers !
Pyrrhias À peine ai-je fermé les yeux et je lui dis : « Que les dieux... » Mais il prend une branche aussitôt Et me tape dessus tout en hurlant ces mots : « Qu'est-ce que tu me veux-tu avec tous tes récits ? Le chemin communal, qu'en fais-tu, mon joli ? »
Chéréas Ce paysan est fou !
Pyrrhias Je me suis vite enfui ! Pendant un long moment l'homme m'a poursuivi Aux alentours avant de descendre en un bois : C'est là qu'il m'a lancé des cailloux, de la terre Et des poires aussi ! Ce vieillard est dément ! De grâce, enfuyez-vous !
Sostrate Tu n'es pas téméraire !
Pyrrhias N'avez-vous pas compris ? C'est une brute austère. Je vous dis que tout crus il vient pour nous manger !
Chéréas Il se peut qu'aujourd'hui nous l'ayons dérangé. Il est plus prudent de reporter la visite. Oui, attendons plus tard pour notre réussite.
Pyrrhias Je crois qu'il n'y a rien, non rien, de plus hargneux Qu'un paysan très vieux, rustaud et laborieux. J'irai demain très tôt lui rendre une visite. Je m'en irai tout seul ; je sais où il habite. En attendant, rentre chez toi; tout ira bien !
Sostrate Il a trouvé le bon tuyau pour me laisser. C'est vrai que pour m'aider il n'était pas pressé. Il n'a donc pas voulu m'accompagner. Et toi, (à Pyrrhias) Pauvre idiot, que les dieux te fassent expier.
Tous les hommes, je crois, qu'il soient veinards ou pas, Connaissent tôt ou tard un retour de bâton. Pour le veinard, sa vie est douce et sans tracas, Et le reste dès lors qu'il supporte sa chance Sans tomber dans le mal. Mais lorsqu'il en est là, Victime de l'appât du gain, l'homme s'avance Sur le chemin du pire ! Et pour les pauvres gens, S'ils ne font rien de mal dans la gêne où ils sont, S'ils daignent consentir à leur condition, Il arrive un beau jour où, devenus confiants, Ils croient pouvoir gagner un lot plus séduisant. Pourquoi je parle ainsi ? Certes, tu es nanti ; Cependant méfie-toi ! Ne nous accable pas, Nous les petites gens, d'un injuste mépris. Sache devant autrui montrer que tu mérites De garder dignement ce bonheur accompli.
Gorgias, Myrrhiné, je viens vous faire part De ma décision : elle est irrévocable, Il vous faut l'accepter. J'avais l'illusion De vivre en autarcie. Or j'ai vu que la mort Peut être un grand souci. J'ai saisi mon erreur. À ses côtés on a toujours besoin d'un cœur Qui vous prête main forte. Oui, j'ai vu à quel point Les hommes sont garants de leurs petits besoins, Sans se préoccuper de ceux de leurs prochains. Je ne puis l'accepter ! Ce Gorgias s'est montré À mon égard comme un homme fort honorable. À celui qui pourtant lui refusait sa porte, Qui ne lui adressait jamais de mots aimables, À quelqu'un de la sorte, il a sauvé la vie. Or un autre aurait dit : « Puisqu'il est interdit De franchir ta clôture, eh bien, je reste ici ! N'attends aucun secours, toi qui te fous de nous ! » Désormais, mon garçon, si je meurs en ce jour, - Peut-être ? – à moins que je puisse en réchapper, Tu deviendras mon fils car je vais t'adopter. Tout ce que j'ai sera en ta possession. Ma fille, elle est à toi : donne-lui un mari ! Car moi, je t'avoue, si par hasard je guéris, Jamais je ne saurais lui dénicher le bon. Tous, j'en suis convaincu, oui, tous me déplairont ! Ah ! ma fille, aide-moi ; il faut que je m'étende. Un homme plein d'honneur se doit de parler peu. Mais mon garçon, il faut encor que tu m'entendes. Oui, un mot sur ma façon de me comporter... (lacunes) ...Si les hommes étaient un peu plus généreux, Prisons et tribunaux n'auraient droit de cité, Nulle guerre ici-bas ne pourrait éclater, Et d'un modeste bien on saurait profiter...
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Pompéi, masques de jeune homme et de jeune fille
Déméas et Nicératos, deux amis, sont en voyage. C'est à ce moment que la maîtresse du premier, courtisane originaire de Samos, met au monde son fils qui, comme c'est l'usage, est aussitôt abandonné. Au même moment, la fille de Nicératos accouche d'un garçon, né de ses amours avec le fils de Déméas, Moschion. Celui-ci désire alors épouser la femme qu'il aime. Les deux pères revenus, ils annoncent qu'ils vont marier leurs enfants respectifs. Tout se passe donc à merveille si ce n'est que Moschion se tait sur l'enfant qui est né pendant leur absence. Les deux tourtereaux décident d'un commun accord de ne rien avouer à leurs pères avant que le mariage ne soit célébré. Sur l'enfant qui se présente, ils font croire qu'il est celui de la Samienne et de Déméas. Après maints quiproquos qui vont mettre la puce à l'oreille à Déméas (voir ci-dessous), Moschion dira la vérité sur l'enfant, les deux pères se mettront enfin d'accord, et la pièce finira dans la bonne humeur générale et le mariage des amants.
Dès que je fus entré chez moi, plein de vigueur, En vue de préparer les fêtes d'Hyménée, En deux mots j'expliquai à tous mes serviteurs De briquer la maison, d'enfourner les gâteaux, De disposer enfin la divine corbeille. Bref, tout semblait alors se passer à merveille : Bien sûr, un tel labeur nous bousculait un peu. On était tous pressés et, sur un édredon, Quelque part dans un coin, on avait déposé Le bambin qui hurlait. Les servantes criaient : « De l'huile et du charbon, de l'eau, de la farine. » Et moi, je leur rendais service à ma façon. Voilà donc, c'est ainsi que j'entrai dans l'office. J'avais beaucoup à prendre et j'y restais longtemps. Or, du premier étage une femme apparut : Elle entra dans la pièce à côté de l'office. Cette femme n'était plus très jeune aujourd'hui, Mais elle avait été de Moschion la nourrice. Elle fut ma servante avant d'être affranchie. Elle vit le bébé dont nul ne s'occupait : Ne sachant pas du tout que j'étais à côté. La femme s'exprima en toute liberté, Parlant avec ces mots qui sont communément Susurrés aux enfants : « Où elle est la maman, Mon bébé, mon trésor ? » Alors elle l'embrassa Et le prit dans ses bras. Quand elle l'eut calmé, Elle lui dit tout bas : « Pauvrette ! Quand Moschion Était un nouveau-né, j'aimais le pouponner ! Maintenant qu'à son tour elle a un tout-petit, C'est vraiment autre chose... » (Lacune de trois vers) On vit entrer bientôt Une jeune servante et la vieille lui dit : « Veux-tu baigner l'enfant, fainéante ! » Misère De ne pas le soigner quand on marie son père ! » Mais l'autre la prévient : « Il faut que tu arrêtes De parler aussi fort : en ces lieux est le maître. » Puis la servante, sur un autre ton, lui dit : « Ta maîtresse t'appelle, il faut sortir d'ici ! (Tout bas) Il n'a rien entendu ! Ouf ! nous avons eu chaud ! » Mais avant de partir je ne sais où encore... (Lacune) La nourrice lança : « Je parle beaucoup trop ! »
Déméas Par Zeus, le père ayant eut vent de tous ces faits Va être furieux : c'est un homme, en effet, Inflexible, implacable, avare de surcroît. J'aurais dû éprouver quelques menus soupçons ! Il veut ma mort ! Mazette ! Il crie comme un démon. Dire qu'il brûlerait ce pauvre nourrisson ! Quoi ! voir mon petit-fils réduit en tas de cendres ? La porte claque ! Il n'est pas homme, ce me semble ! Non ! C'est un ouragan !
Nicératos
Chrysis est contre moi : Jamais rien ne fut pire ! Elle a persuadé Ma femme de se taire. Elle tient le bébé D'une main ferme. Il ne faut pas qu'elle s'étonne Si je la tue aussi !
Déméas Tu veux tuer la femme ?
Nicératos Oui, puisqu'elle sait tout de cet horrible drame !
Déméas Non !
Nicératos rentre dans sa maison
Déméas Il bout de colère. Et comme il a bondi Dans sa maison. Je crois que jamais je n'ai vu Quelqu'un dans cet état. Mieux vaut tout expliquer. Par Apollon, la porte a de nouveau claqué !
Chrysis Ah ! pauvre que je suis ! Voyons, que vais-je faire ! Mais où dois-je m'enfuir ? Il va prendre l'enfant !
Déméas Chrysis ! Viens par ici !
Chrysis Qui m'interpelle ainsi !
Déméas Entre ici, presse-toi !
Nicératos Où vas-tu comme ça !
Déméas Je dois m'engager dans un combat singulier.
Nicératos Enlève-toi de là ! (à Déméas) Va vite t'éloigner ! Je vais prendre l'enfant. Après j'écouterai Des femmes les propos.
Déméas Ce fou va me cogner.
Nicératos Bien sûr, je vais le faire ! (Il le frappe)
Déméas Allez ouste, aux Enfers ! Eh ! Chrysis, sauve-toi ! Il est plus fort que moi !
Nicératos Cette fois, c'est toi qui m'a touché le premier, Je puis en témoigner, mais n'ai point le bébé !
Déméas C'est sûr, il m'appartient.
Nicératos Ce bébé est le mien !
Déméas C'est l'horreur intégrale ! Au secours, mes voisins !
Nicératos Tu peux crier : je vais vous tuer un à un !
Déméas Je vais t'en empêcher. Sois un peu raisonnable !
Nicératos Tu vas commettre là un acte impardonnable. Tu savais tout du drame.
Déméas Apprends la vérité Et laisse-la !
Nicératos Ton fils m'a vertement roulé Dans la farine...
Déméas Impossible, il doit se marier Avec ta fille ! Ami, allons nous promener. Dis, Nicératos, as-tu entendu parler De Zeus qui, une fois qu'il fut changé en or, S'écoula par le toit pour séduire une fille Enfermée dans sa chambre ?
Nicératos Et quel est le rapport ?
Déméas Attendons-nous à tout ! Il coule bien ton toit ?
Nicératos Beaucoup, mais je te dis : quel est donc le rapport ?
Déméas Zeus se transforme en eau, tantôt il devient or. Zeus est alors coupable.
Nicératos Ah ! Encore une fable !
Déméas Que non ! Zeus a trouvé que ta fille était belle.
Nicératos Le saligaud !
Déméas Non, la chose est surnaturelle. Et d'ailleurs, plein de gens sont des divinités, Et ils sont parmi nous. Pourquoi les redouter ? Androclès l'usurier qui brasse tant d'argent, Il te semble immortel ? Tout juste, c'est un dieu. Fais brûler de l'encens ! Le mariage sera : C'est le vœu du Destin.
Nicératos Arrangeons cette affaire !
Déméas Tu es intelligent, bien que tu fus naguère Pétri par la colère. Allez, rentre chez toi, Car il faut maintenant que tout se passe au mieux !
Nicératos Assurément, tu es un homme merveilleux.
Je suis ton papa, c'est moi qui t'ai recueilli ; Oui, je t'ai éduqué quand tu étais petit. Si ta vie, jusque-là, fut pleine d'agrément, C'est grâce à moi que tu le dois assurément ! Cette vie d'autrefois peut rendre tolérable Le chagrin dont je suis aujourd'hui responsable. Allons ! sois un bon fils ! Je fus déraisonnable ! Mais hélas, tout ne fut que méprise et folie. Toutefois j'ai gardé, même si j'ai failli, Mon amour paternel. C'est pourquoi, dans mon cœur, Je cachais ce secret, cette funeste erreur. Si j'ai fait une faute une fois dans ma vie, N'oublie pas pour autant ce que tu as vécu Pour l'unique profit d'un moment de folie.
Non, la naissance ne donne pas la noblesse : Celui qui considère un homme de sagesse Comme un être bien né, et fait du vicieux Un bâtard sans pareil, est bien judicieux.
Le hasard est divin et le salut provient D'action invisibles.
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FRAGMENTS DE PIÈCES IDENTIFIÉES
Paris, Jardin du Luxembourg, « L'Acteur grec », par Bourgeois
Le mieux chez un esclave est de servir son maître.
Cité par Stobée
C'est sûr, il est fort difficile aux pauvres gens De trouver un parent ; personne n'est pressé De rencontrer celui qui vit dans le besoin :
Cité par Stobée |