RETOUR À L’ENTRÉE DU SITE - Aristophane, le joyeux réactionnaire ( BCS) - ANTHOLOGIE : DES ACHARNIENS AUX OISEAUX

 

 

 

 

ARISTOPHANE

 

Anthologie comique

2. De Lysistrata à Ploutos

 

 

SOMMAIRE

 

 

 

 

Lysistrata

 

Résumé de la pièce

- L'amour laborieux

- Les femmes contre la guerre

 

 

LesThesmophories

 

Résumé de la pièce

- L'efféminé

- Les femmes contre Euripide

- Cosi fan tutte

- Éloge des femmes

- La fille et le soldat

 

 

Les Grenouilles

 

Résumé de la pièce

- Problèmes aux Enfers

- Dehors, les étrangers...

- Eschyle rencontre Euripide

 

 

    L'Assemblée des femmes

 

Résumé de la pièce

- Vive les femmes !

- Un programme ultra communiste

- Chanson d’amour

- Chanson de la vieille et de la jeune fille

- La jeune fille, le garçon et la vieille femme

 

 

Ploutos

 

Résumé de la pièce

- L'Argent reconnu

- Chrémyle et la Pauvreté

- Le triomphe de l'Argent

- La vieille belle

 

 

 

 

 

LYSISTRATA

(411)

 

 

 

 

 

À Athènes à l’entrée de l’Acropole

 

1-53 : Lysistrata réunit sur la voie d’accès menant à l’Acropole ses amies athéniennes. Elle confie à la Victoire son dessein de mettre fin à la terrible guerre qui ravage le monde grec grâce à l’intervention des femmes.

 

54-253 : après l’arrivée de la spartiate Dora, Lysistrata dévoile son projet : les femmes barricadées sur l’Acropole feront la grève de l’amour. Les maris, face à une telle situation, ne pourront que déposer les armes. Les femmes acceptent et prêtent serment.

 

254-318 : des vieillards arrivent dans l’Acropole et tentent d’incendier les lieux. Mais un groupe de femmes arrivent à temps avec des seaux d’eau.

  

319-462 : un commissaire survient afin de forcer les femmes à mettre fin à leur action. Les gendarmes sont finalement vaincus.

 

463-705 : Lysistrata fait un discours dans lequel elle vante le bon sens féminin. Entre les vieillards et les femmes, les «  noms d’oiseaux  » fusent.

 

706-828 : Lysistrata, désespérée par le comportement des femmes qui supportent mal l’éloignement de leurs maris, sort de l’Acropole.

 

829-979 : un Athénien, les reins enflammés, arrivent pour récupérer son épouse. Celle-ci, après avoir feint de se donner à lui l’abandonne à son sort.

 

980-1071 : le plan de Lysistrata est un succès puisqu’un héraut spartiate annonce que sa cité a consenti à signer la paix avec Athènes. Vieillards et femmes se réconcilient.

 

1072-1188 : les ambassadeurs de Sparte arrivent. Les hommes sont alors prêts à capituler à n’importe quelle condition car la privation de femmes leur est devenue insupportable. Lysistrata obtient l’arrêt de la guerre. Pour sceller la paix, Athéniens et Spartiates partagent le même repas.

  

1189-1320 : bonne humeur générale. Un Spartiate chante deux chants afin de célébrer respectivement les mérites d’Athènes et ceux de Sparte. Discours de Lysistrata et chant de joie final.

 

 

 

 

LES FEMMES CONTRE LA GUERRE

 

Lysistrata

Vous les bonshommes, quand le conflit éclata,

Nous vous supportions car nous sommes modérées ;

D'ailleurs, on ne peut pas avec vous s'exprimer.

Pourtant grâce au pouvoir de notre intuition,

Nous avons tout compris : souvent à la maison,

Nous étions informées des sales actions

Qui devaient éclairer les problèmes criants.

Malgré notre tourment, nous jetions en souriant :

« Qu'avez-vous décidé aujourd'hui sur la paix ? »

Et le mari disait : « Veux-tu donc la fermer ! »

Voilà pourquoi, chez moi, je n'osai m'exprimer !

Lorsque de ces horreurs nous étions informées,

Nous déclarions : « Comment peut-on se comporter

De la sorte ? Il faut être un esprit insensé ! »

Il répondait alors : « Continue à tisser,

Sinon je vais frotter tes satanées oreilles.

La guerre, c'est pour nous ! »

 

Le commissaire

                                Son langage est habile !

 

Lysistrata

Que me radotes-tu, ô bougre d'imbécile !

Vos ordres étaient d'une sottise sans pareille

Mais nous ne pouvions pas vous donner de conseils.

Quand nous avons appris qu'il n'y avait plus d'hommes

Dans ce pays, alors nous avons décidé

De  sauver nos cités en nous coalisant...

 

Le commissaire

Que faire pour calmer ces troubles incessants

Comment les dénouer ?

 

Lysistrata

C'est trois fois rien !

 

Le commissaire

Explique !

 

Lysistrata

Comme avec notre fil : quand il est embrouillé,

Nous le prenons ainsi et puis nous le portons

Vers le fuseau, par-ci, par-là. Oui, c'est ainsi

Que nous dénouerons le conflit, en envoyant

Par-ci ou bien par-là des missions nombreuses.

 

Le commissaire

C'est avec ces fuseaux que ces fieffées donzelles

Prétendent dénouer des guerres si complexes ?

 

Lysistrata

Oui, et si vous aviez une once de cervelle,

Tout serait réglé grâce au génie de mon sexe.

 

Le commissaire

Comment !

 

Lysistrata

    Ainsi que nous le faisons pour les laines

Que nous baignons pour en ôter les saletés :

Il nous faut en effet décrasser la cité.

À coup de baguette, adieux les fibres malsaines.

Tout ce qui s'agglutine en sinistres toquards

Dans les emplois publics, qu'on les mette au placard.

Puis brassons pêle-mêle, en un même panier

De la volonté générale, amis, hôtes, métèques,

Débiteurs de l'État : il faut tous les lier.

Quant aux cités fondées par des colons d'ici,

Ce ne sont que des pelotes éparpillées :

En les rembobinant, on en constituera

Une pelote unique : on en fera usage

En tissant pour le peuple un somptueux lainage.

 

Le commissaire

C'est fou ! Ces femmes-là ne pensent qu'à filer,

Ces femmes que jamais ne vient toucher la guerre.

 

Lysistrata

Doubles sont nos malheurs : par rapport aux bonshommes

D'abord on est contrainte à engendrer des fils ;

Ensuite, on les envoie armés au sacrifice.

 

Le commissaire

Ah ! ne réveille pas des souvenirs si tristes.

 

Lysistrata

Dire que nous pourrions profiter de la vie,

Nous dormons dans le lit, privées de nos maris :

L'armée nous les a pris. Passe encore pour nous,

Mais pour les jeunes cœurs qui vieillissent ainsi,

Je verse mille pleurs.

 

Le commissaire

        Mais les hommes vieillissent ?

 

Lysistrata

Non, ce n'est pas pareil : un homme à son retour,

Épouse sans tarder une tendre jeunesse.

Or, le temps de la femme est le temps le plus court :

Si elle ne saisit pas l'opportunité,

Personne n'en voudra ; et, ruminant ses chances,

On la verra bientôt privée de sa beauté.

 

 

L'AMOUR LABORIEUX

 

Cinésias

Tu ne veux pas baiser : cela fait si longtemps !

 

Myrrhine

Ce n'est pas pour autant que je ne t'aime pas.

 

Cinésias

Donc tu m'aimes : alors qu'est-ce que tu attends

Pour t'affaler ici, ma Myrrhine chérie ?

 

Myrrhine

Tu es dément ! Baiser devant notre petit ?

 

Cinésias

Mais non. Eh ! Manès ! Ramène-le chez nous.

Et voilà ! Maintenant que le gosse est parti,

Il n'y a plus d'obstacle. Eh ! tu n'es pas couchée?

 

Myrrhine

Où le pourrai-je enfin, mon malheureux ami ?

 

Cinésias

Où ! eh bien, pourquoi pas dans la grotte de Pan !

 

Myrrhine

Comment donc, moi qui suis pure, entrer là-dedans ?

 

Cinésias

Baigne-toi dans le Clepsydre et tu seras pure.

 

Myrrhine

Quoi ! Après le serment, je ferai un parjure ?

 

Cinésias

Mais ne t'occupe pas ? C'est moi qui prendrai tout.

 

Myrrhine

Bon ! Je vais apporter un petit lit pour nous.

 

Cinésias

Bouh ! pourquoi s'épuiser, nous le ferons par terre.

 

Myrrhine

Ah non, par Apollon. Bien que tu sois si bas,

Je ne coucherai pas ici dans la poussière.

 

Cinésias

Ah ! elle m'aime vraiment : la chose est évidente !

 

Myrrhine

Étends-toi là-dessus, j'ôte mes vêtements.

Flûte ! Il faut une natte !

 

Cinésias

            On n'en a pas besoin.

 

Myrrhine

Sur des sangles, voyons, ce serait bien malsain !

 

Cinésias

Laisse-toi faire. Mais... Veux-tu me revenir !

 

Myrrhine

Une natte, c'est fait ! Je vais me dévêtir !

Couche-toi. Horreur ! il n'y a pas d'oreiller.

 

Cinésias

Tant pis !

 

Myrrhine

    Moi, j'en veux un. Allons, redresse-toi !

 

Cinésias

Enfin, nous avons tout. Viens ici, ma beauté !

 

Myrrhine

Attends ! Mon soutien-gorge, il faut que je l'enlève.

Oh ! les draps !

 

Cinésias

    Pas besoin : je veux te bécoter.

 

Myrrhine

Je reviens sans tarder ! Après tu me prendras !

 

Cinésias

J'avoue qu'elle me gonfle avec ses sacrés draps !

 

Myrrhine

Redresse-toi ! Tu veux un peu de ce parfum ?

 

Cinésias

Non, non, par Apollon, je ne veux pas de ça !

 

Myrrhine

Que ce soit oui ou non, je vais te parfumer.

 

Cinésias

Que je sois parfumé donc, ô Zeus tout-puissant !

 

Myrrhine

Donne ta main, prends ça, et mets-toi du parfum.

 

Cinésias

Par Phébos, ce parfum retarde la culbute.

 

Myrrhine

C'est un parfum rhodien !

 

Cinésias

        Laisse donc tout cela !

 

Myrrhine

Tu te fiches de moi ?

 

Cinésias

        Qu'il souffre à tout jamais

Celui qui, le premier, inventa le parfum !

 

 

 

 

 

 

LES THESMOPHORIES

(411)

 

 

 

 

 

À Athènes, devant la maison d’Agathon, puis au sanctuaire des Deux-Déesses

 

 

1-69 : Euripide emmène un de ses parents, Mnésiloque, chez Agathon. Arrivés chez lui, ils s’entendent dire par son serviteur que le poète est encore sous l’emprise de sa Muse.

  

70-94 : Euripide explique à son parent qu’il court un grand danger. En effet, les femmes qui vont se retrouver à la fête des Thesmophories s’apprêtent à réclamer sa mort pour avoir tant médit sur elles. Euripide espère qu’Agathon, homme efféminé, pourra avec aisance se fondre au cortège des femmes en se travestissant. Ainsi accoutré, pense-t-il, il plaidera sa cause.

  

95-279 : Agathon se montre allongé sur un sofa et marmonne quelques vers qu’il vient de composer. Discussion Mnésiloque – Agathon. Euripide lui fait sa demande. Agathon refuse. Mnésiloque accepte de prendre sa place et de se déguiser en femme. Agathon, à cet effet, lui prête une de ses robes.

  

280-570 : nous sommes dans le sanctuaire des Deux Déesses où se passe la cérémonie. Mnésiloque arrive. La présidente expose le cas d’Euripide. Deux femmes accusent Euripide. Bientôt, Mnésiloque prend la parole et prétend que les faits reprochés au poète sont minimes par rapport à la réalité de ce que l’on pourrait reprocher aux femmes. L’assemblée est outrée.

  

571-688 : Clisthène, un efféminé, arrive chez les femmes pour leur annoncer qu’un intrus s’est glissé parmi elles pour défendre Euripide. L’intrus est rapidement retrouvé et Clisthène s’apprête à avertir la police.

 

689-784 : Mnésiloque se saisit d’un bébé et décide de l’utiliser comme moyen de chantage. Or, ce bébé est en réalité une bouteille de vin emmaillotée. Notre homme ne sait plus comment s’en sortir.

 

785-845 : parabase. Éloge des femmes.

 

846-1000 : Mnésiloque appelle Euripide à l’aide. Tous deux déclament des vers d’Hélène et de Ménélas tirés de l’Hélène d’Euripide. Duo parodique. Échec de cette tentative. Mnésiloque est bientôt condamné au carcan.

 

1001-1135 : un garde scythe ramène Mnésiloque. Celui-ci dit maintenant des vers d’Andromède. Euripide lui donne la réplique. Hélas, rien n’y fait.

 

1136-1231 : un Chœur parvient à endormir le garde. Euripide, qui a promis de ne plus critiquer les femmes, obtient d’elles qu’elles consentent à ne rien dire sur l’évasion de Mnésiloque. Euripide amène une charmante danseuse. Le garde ébloui par sa beauté suit la jeune fille ce qui permet à Mnésiloque de s’enfuir. Le garde revient et s’apercevant de la supercherie part à la recherche du prisonnier évadé pendant que le Chœur lui donne de fausses indications.

 

 

 

 

L'EFFÉMINÉ

 

Le parent

Ah ! c'est un bien joli chant ! Qu'il est efféminé !

Il sent son gros baiser alangui sur la bouche.

D'ailleurs, en l'écoutant, mon cul s'est dandiné.

Et toi, mon beau garçon, si tu es de ce style,

Je t'interrogerai à la façon d'Eschyle

Dans son Lycurgue. D'où nous vient cet androgyne ?

Quel est ce vêtement ? Ta cité d'origine ?

Cette vie de plaisir ? Ton luth s'accorde-t-il

Avec ta robe jaune ? Et cette chair va-t-elle

Avec cette couronne ? Enfin cette belle huile

Dont on enduit l'athlète est-elle en harmonie

Avec ce soutien-gorge ? Union peu subtile !

Non, rien de commun entre un miroir et un glaive.

Eh ! mon enfant, est-ce en homme que l'on t'élève ?

Je ne vois pas ta queue, tes souliers laconiens,

Ton manteau ? À moins que tu ne sois une femme ?

Pourtant, je ne vois pas la marque ombrée des seins !

Voyons, que me dis-tu ? Eh ! quoi ! Tu veux te taire ?

Est-ce d'après ton chant que je dois découvrir

Ce que tu es vraiment et dont tu fais mystère.

 

Agathon

Vieillard, les jaloux me jettent des calomnies,

Mais je n'en ai que faire ! Et je mets cet habit

Conforme à mon génie. Un auteur doit toujours

Connaître à fond ceux qui peuplent ses tragédies.

Il imagine ainsi certains rôles de femmes :

Je conforme mon corps aux façons qu'on proclame.

 

Le Parent

Quand il compose Phèdre, il encule un cheval ?

 

Agathon

Pour écrire une pièce avec rôles masculins,

On peut trouver en soi les maintes composantes.

Mais sur un autre genre où nous ne savons rien,

Nous le saisissons mieux par l'imitation.

 

Le Parent

Bon, quand tu écriras ta tragédie prochaine,

Si satyre il y a, je te fournis mon aide :

Je serai à ton cul avec une queue raide !

 

Agathon

Un poète grossier et d'apparence laide,

Cela est dégoûtant ! Vois donc Anacréon,

Ibycos et Alcée, ils étaient truculents,

Mais c'étaient des Ioniens, ils vivaient mollement.

Ils étaient gracieux et portaient un bandeau.

Regarde Phrynicos, il était vraiment beau,

Bien mis de sa personne et ses œuvres étaient belles.

Tel tempérament, telle œuvre, c'est naturel.

 

Le Parent

Ainsi donc, Philoclès, d'une laideur sans nom,

Écrit comme un cochon, tandis que Xénoclès

Fait des récits cruels, ayant un mauvais fond.

Quant au froid Théognis, ses pièces sont glaciales.

 

Agathon

Voilà qui est fatal ! Mais je le sus bien vite

Et me suis corrigé.

 

 

 

LES FEMMES CONTRE EURIPIDE

 

Je suis très malheureuse (et depuis fort longtemps)

D'être vilipendée par ce vil rejeton

D'une femme vendant des fruits et des légumes

Et d'être injuriée de toutes les façons !

Il use à notre égard de termes si grossiers,

De plus en plus affreux : tout est l'occasion

Devant les spectateurs de nous calomnier :

Nous ne sommes pour lui que putains et roulures,

Nymphos invétérées, pochardes, pourritures,

Traîtresses, en un mot, les fléaux des maris.

C'est pourquoi, aussitôt finie la tragédie,

Le spectateur s'empresse, une fois au logis,

De découvrir l'amant qui devrait s'y cacher.

Tout ce que nous faisions ne nous est plus permis

Depuis qu'il a décrit aux époux nos forfaits.

Une femme se met à tresser des couronnes ?

Forcément elle couche ! Et qu'elle brise un vase,

Son mari lui dit ça : « Ce n'est pas pour personne

Que tu casses l'objet, non, c'est pour ton amant ! »

Une fille est malade et son frère prétend

Ne pas aimer ce teint. Pour les vieillards aussi

Amateurs de jeunesse, il a fait ce vers-ci :

« La femme est un tyran pour le vieux qui la prend. »

C'est à cause de lui qu'on pose des scellés

Sur les appartements où résident les femmes.

On a mis des verrous pour mieux nous surveiller.

Pour apeurer l'amant, on élève des chiens.

S'il n'y avait que ça, bah, je ne dirais rien.

Mais nous qui, autrefois, faisions le quotidien,

Achetions la farine et l'huile à volonté,

Nous ne le pouvons plus... Aussi, sans discuter,

Faisons mourir cet homme à l'aide d'un poison

Ou d'une autre façon...

 

 

COSI FAN TUTTE

 

Après avoir subi des propos de la sorte,

Il est normal que contre Euripide on s'emporte :

Ce n'est pas plus choquant qu'une bile échauffée !

Pour ne pas le haïr il faudrait être fou !

Mais ici, n'est-ce pas, nous sommes entre nous.

Je vous demande donc : pourquoi lui reprocher

D'avoir montré de nous quelques menues erreurs

Alors que nous en faisons une multitude ?

Rien que pour moi, si vous saviez mes turpitudes !

Ainsi, à peine mariée, j'accueillis un ami,

Celui qui, je l'avoue, m'a baisée le premier.

Or, ce soir-là avec ardeur il me voulait.

Je sortis de mon lit. Mon mari s'étonna :

« Mais que se passe-t-il ? » Et je lui répondis :

« J'ai la colique et je m'en vais aux cabinets ! »

Pendant qu'il préparait une mixture à lui

Remède fait de cèdre, et de sauge et d'aneth,

Mon mec en profitait pour bien me tisonner.

Un incident qui n'a jamais été décrit

Par Euripide. Il n'a pas dit que nous aimons

Nous faire tisonner par nos beaux muletiers.

Il n'a pas dit non plus comment après l'orgie

Nous nous enduisons d'ail afin que le mari

Ne se doute de rien quand il revient chez lui !

Mais oui, tous ces forfaits sont de notre façon.

Enfin sur notre auteur, je n'ai qu'un mot à dire :

Tout ce qu'il nous reproche est loin d'être le pire

Au regard de la fange où nous nous débattons.

 

 

Éloge des femmes

 

On colporte sur nous les pires vilenies,

Bref de l'humanité nous serions le poison.

De nous seraient issus maux et séditions,

Guerres, plaies et chagrins. Mais si vraiment nous sommes

Ce poison, pourquoi nous épousent les hommes ?

Pourquoi nous défend-on de mettre un nez dehors ?

Pourquoi nous défend-on de jeter même un œil

Sur la rue ? Oui, pourquoi se donner tant d'efforts

Pour garder ce poison ? Quoi, Bobonne est sortie !

Aussitôt, vous voilà minés par la furie.

Pourtant, vous devriez bien fort vous réjouir

De savoir ce poison hors d'état de vous nuire :

Ne plus avoir enfin à se jeter sur elle !

Si nous nous endormons dans la maison d'autrui,

- À force de guincher, on se fatigue vite -

On cherche son poison, on fait le tour des lits. </