Apollonius de Rhodes

APOLLONIUS DE RHODES

ARGONAUTIQUES.

CHANT QUATRIÈME. SCOLIES (826-fin)

Traduction française : H. De LA VILLE De MIRMONT

CHANT IV  SCHOLIES (1-825) -  INDEX

 

 

 

 

ARGONAUTIQUES

 

CHANT IV

SCOLIES

 

 

 

 

1-825

CHANT IV

V. 826. Scylla. — « Acousilaos dit que Scylla est née de Phorcys et d'Hécate. Homère dit que la mère de Scylla est Crataïs [Odyss., XII, v. 124]. Apollonios a donc suivi les deux auteurs. Dans les Grandes Eées, Scylla est la fille de Phorbas et d'Hécate. Stésichore, dans sa Scylla, dit que Scylla est fille du monstre Lamia. » (Scol.) Scylla avait sa place dans la légende d'Héraclès; Denys de Rhodes (Fragm. Histor. Graec., Didot, vol. II, p. 10) raconte, au dire du Scoliaste d'Homère (Odyss., XII, v. 85), que lorsque le héros traversait le détroit de Sicile avec le troupeau de Géryon, Scylla enleva un des bœufs pour le dévorer. Héraclès irrité la tua, mais son père Phorcys lui donna une nouvelle vie en consumant son cadavre au milieu des flammes. Des traditions postérieures, rappelées par les poètes latins (Ovide, Metam., XIV, v. 1-74; Virgile, Aen., III, v. 426), font de Scylla une belle vierge de la mer, aimée de Glaucos ou de Poséidon, et qui fut transformée en monstre par la jalousie de Circé ou d'Amphitrite.

V. 834. La force du feu impétueux. — « Aux environs du détroit, il se produit dans la mer des exhalaisons de feu assez intenses pour réchauffer, à ce que disent Métrodore, dans le premier livre de son Histoire, et Théophraste, dans ses Mémoires historiques. Celui-ci dit également que le bruit qui vient des îles d'Aiolos s'entend jusqu'à mille stades; c'est ainsi qu'à Tauroménion on entendait un fracas semblable à celui du tonnerre. » (Scol.) Tauroménion est une ville de Sicile. Cf. Strabon (221, 26; 223, 13, etc.).

V. 850. Au rivage d'Aia, dans le pays Tyrrhénien. — «Le poète appelle l'île de Circé Tyrrhénienne parce qu'elle est voisine de la Tyrrhénie. » (Scol.)

V. 851. Au disque et au jet des flèches.— C'est ainsi que s'amusent au bord de la mer, devant Ilion, les Achéens, et les prétendants, à Ithaque, dans la cour du palais d'Ulysse (Iliad., II, v. 774; Odyss., IV, v. 626). Flangini suppose que le poète mentionne ces deux exercices comme étant les plus nobles et les plus dignes des héros parmi les cinq dont l'ensemble constituait le pentathle.

V. 869. Elle avait coutume de brûler ses chairs mortelles. — Ruhnken 370 a fait remarquer que tout ce passage d'Apollonios est imité de l'Hymne homérique à Déméter (v. 236 et suiv.). — Voir la note au vers 816. — On peut aussi admettre que l'Alexandrin Apollonios s'est inspiré d'une légende égyptienne où Isis joue chez le roi de Byblos le même rôle que la Démêter de l'hymne homérique chez le roi d'Eleusis. La veuve d'Osiris, à la recherche du cadavre de son mari, s'est arrêtée à Byblos où elle sait qu'il a été apporté par les îlots. Choisie pour nourrice de l'enfant nouveau-né du roi de Byblos, chaque nuit, elle entoure de flammes le berceau de son nourrisson. Surprise par la reine qui pousse des cris d'eflroi en voyant son hls au milieu du feu, elle éteint les flammes et explique qui elle est et quels événements l'ont amenée à Byblos.

V. 883. Disposer sur le sol leurs couches (χαμεύνας). — Voir la note au vers 1193 du Chant III.

V. 887. Pour aller à leurs bancs (ἐπὶ κληίδας). — « Ils allèrent vers les σανιδώματα [plancher] du navire et leurs sièges. » (Scol.) Pour les κληίδες, voir la note au vers 358 du Chant Ier.

V. 888. Ils tiraient les ancres (εὐναίας εἵλκον). — « Du fond de l'eau, ils faisaient remonter et ils tiraient à eux les masses de fer [τὰ σίδηρα], se réjouissant de ce que le Zéphyre était venu et ils amoncelaient et rendaient disponibles les agrès [τὰ ἄρμενα]. » (Scol.) En donnant σίδηρα pour synonyme à εὐναία, le scoliaste semble admettre que l'ancre d'Argo était une masse de fer. Il a été dit, en effet, dans la note au vers 955 du Chant Ier, que les εὐναί ou εὐναίαι sont aussi bien des masses métalliques que des sacs pleins de cailloux ou des grosses pierres. Mais on a vu dans le même passage que l'εὐνή du navire Argo était une pierre très pesante que l'on s'est procurée auprès de la source Artacié. Le pluriel εὐναίας semble indiquer que les Argonautes ont maintenant plusieurs pierres. — J'aurais traduit plus exactement en écrivant, au lieu de les ancres, les pierres-amarres ou les pierres de fond.

V. 890. Sur les câbles de la vergue (ἐν ἱμάντεσσι κεραίης). — M. Vars (ouvr. cité, p. 77) établit que ὁ ἱμάς est l'expression technique pour la drisse, c'est-à-dire le câble qui sert à hisser la vergue du navire. M. Cartault (ouvr. cité, p. 215) reconnaît dans les deux ἱμάντες fournis aux triérarques de l'Etat athénien la drisse double de la grande vergue. Ici Apollonios donne à la vergue son nom ordinaire de κεραία, au lieu de la désigner, comme il le fait ailleurs, par le terme homérique de ἐπίκριον. (voir la note au vers 1262 du Chant II.) — Avant de hisser la voile, les Argonautes ont fait une autre manœuvre, πάντα ἄρμενα μηρύοντο, ce que le Scoliastc explique : « Ils amoncelaient et rendaient disponibles les ἅρμενα. » Hoelzlin interprète : Quicquid caeterorum erat armorum dextre expediunt. Shaw : Aliaque omnia arma pro rei exigentia expedierunt; Beck et Lehrs : Aliaque omnia armamenta (navis) laxarunt, ut necesse erat. Ces interprétations sont peu claires, et, pour avoir le sens du passage, il faut en revenir à l'explication du Scoliaste, mais en établissant d'abord ce que signifie le mot ἅρμενα. On entend d'ordinaire par ἄρμενον la voile. « Les lexicographes établissent l'équivalence des trois mots ἄρμενον, ἱστίον et λαῖρος pour désigner la voile.  » (Cartault, ouvr. cité, p. 193.) Ce sens est ici inadmissible : en effet, dans un passage de l'Odyssée (XII, v. 170 et suiv.), on voit les 371 compagnons d'Ulysse enrouler la voile, la placer dans le vaisseau et prendre les rames en mains; or, l'expression qu'Homère emploie pour indiquer que les marins enroulent la voile afin de ne plus s'en servir, c'est justement ἱστία μηρύσαντο. Si donc ἄρμενον est synonyme de ἱστίον, dans le vers qui nous occupe, il faut admettre que les Argonautes enroulent la voile pour ne plus s'en servir. Mais le vers 890 prouve bien que, loin de renoncer à l'usage de la voile pour ramer, ils vont la hisser pour la présenter au vent. Il faut donc admettre un autre sens du mot ἄρμενον; ce participe aoriste 2 passif du verbe ἀραρίσκω signifie en général un objet bien adapté, bien attaché. Il s'agit ici évidemment des cordages ou manœuvres courantes dont on enroule les bouts après avoir hissé la voile : « Les voiles une fois hissées et les manœuvres amarrées, les extrémités libres traînaient encore ça et là sur le pont. Pour les empêcher de s'entortiller, il était nécessaire de les lover (μηρύεσθαι), c'est-à-dire de les ployer en rond et de les suspendre à leur cabillot respectif. Les cordages lovés et accrochés à bord formaient un μήρυμα, sorte de spirale nommée aujourd'hui glène. (Vars, ouvr. cité, p. 112-113.)

V. 892. L'île Anthémoessa. — « II a suivi Hésiode qui donne ce nom à l'île des Sirènes : Dans l'île Anthémoessa, le Cronide leur a donné... Quant aux Sirènes, elles se nomment Thelxiopé ou Thelxinoé, Molpé, Aglaophonos. » (Scol.) Merkel est le seul des éditeurs d'Apollonios qui considère Anthémoessa comme un nom propre; il écrivait lui-même, dans son edit. minor: νῆσον καλὴν ἀνθεμόεσσαν, la belle île fleurie. Homère parle lui aussi du pré fleuri des Sirènes, λειμῶν' ἀνθεμόεντα (Odyss., XII, v. 15g). Brunck ne veut pas admettre que le mot ἀνθεμοέσσαν soit un nom propre dans le passage d'Apollonios: « Appellativum est, non proprium nomen... Homeri tamen Scholiastes insulam Ἀνθεμοῦσσαν nomine agnoscit ad Odyss., XII, v. 39. » Dübner, qui partage l'opinion de Brunck, donne une preuve à l'appui : « Non est insulae nomen; apud Apollodorum, Λευκοστέα ob λευκὰ ὀστέα ibi iacentia. » Je ne trouve ni dans la Bibliothèque ni dans les Fragments le passage d'ApoIlodore auquel Dübner fait allusion. D'ailleurs, l'île des Sirènes mérite aussi bien le nom d'Anthémoessa que celui de Leucostéa, puisque c'est au milieu d'un pré fleuri que blanchissent les os des victimes de ces Muses de la mer (cf. Odyss., XII, v. 45 et 159). Tout en écrivant ἀνθεμόεσσαν, Wellauer croit qu'on doit admettre Ἀνθεμόεσσαν : « Ἀνθεμόεσσαν littera majuscula scribendum videtur, ita enim acceperunt Scholiastae Hesiodum testem afferentes, et insulam Ἀνθεμοῦσσαν agnoscit Schol. ad. Hom. Odyss., XII, 39. » Enfin, Preller (Griech. Mythol., erster Band, dritte Aurlage, p. 604, n. 2) ne juge pas utile de voir un nom propre au vers 892 d'Apollonios. Il semble cependant qu'Apollonios n'aurait pas donné deux épithètes de suite à l'île des Sirènes et qu'on est autorisé par le texte d'Hésiode et les Scoliastes de l'Odyssée et des Argonautiques, a faire de cette seconde épithète un nom propre. — Les noms et le nombre des Sirènes, auxquels Apollonius ne fait pas allusion, varie dans les auteurs anciens. Dans l'Odyssée, elles sont deux qu'Eustathe nomme Agtaophémé et Thelxiépéia. Tzetzès (scoliesaux vers 712-716 de Lycophron) en compte trois : Pisinoé, Aglaopé, Thelxiépéia.

372 V. 895. Unie à Achélcos... Terpsichore... les enfants. — D'après Apollodore, les Sirènes sont filles d'Achëloos et de Melpomène (1, 3, 4) ou d'Achélooset de Stéropé (1, 7, 10). Pour les diverses traditions sur l'origine des Sirènes, voir Heyne, ad Apollodori Bibliothecam Observationes, p. 15.

V. 896. Autrefois... — « D'après certaines versions de la légende de Perséphoné, les Sirènes jouaient avec la vierge divine dans les prairies d'Achéloos quand la terre s'entr'ouvrit et apparut le ravisseur. Après l'enlèvement, elles volèrent sur terre et sur mer, et elles vinrent enfin s'abattre sur les côtes de Sicile où elles fixèrent désormais leur séjour (Apollon., Argonaut., IV, 896). » (Decharme, Mythol., p. 338.) Apollonios, dont M. Decharme invoque ici l'autorité, nedit rien de semblable; et l'on ne trouve rien non plus, dans les scolies des Argonautiques, qui ait trait au rôle des Sirènes dans ces versions particulières de la légende de Perséphoné. Le passage de la Mythologie que je viens de citer est d'ailleurs traduit de Preller (Griech. Mythol., erster Band, drille Auftage, p. 505), qui cite Apollonios uniquement à propos de la filiation des Sirènes. Quant aux rapports des filles d'Achëloos avec Perséphoné, je ne les trouve pas mentionnés avant Ovide (Met., V, v. 531 et suiv.) et Hygin (Fabul., 141). C'est peut-être à Apollonios que l'auteur des Métamorphoses emprunte la tradition d'après laquelle les Sirènes formaient autrefois le cortège de Perséphoné et sont devenues depuis « semblables en partie à des oiseaux, en partie à des jeunes filles » :

artus
Vidistis vestros subitis flavescere pennis...
Virgmei vullus et vox humana remansit.

L'art antique a consacré la forme qu'Apollonios attribue à « ces divinités au buste de femme et au corps d'oiseau » (Collignon, Mythologie figurée de la Grèce, p. 289).

V. 901. Elles avaient déjà privé d'un doux retour... — C'est une allusion évidente au récit que Circé fait à Ulysse (Odyss., XII, v. 39 et suiv.).

V. 906. Bistonie. — Voir les notes aux vers 34 du Chant Ier et 704 du Chant II.

V. 914. Boutès.— Voir, à propos de Boutés, fils de Téléon, la note au vers 93 du Chant Ier. — La légende d'après laquelle la déesse de l'Eryx, Cypris, saisie de pitié pour Boutés, le sauve et l'établit sur le cap Lilybéen, semble, dit Flangini, être de l'invention d'Apollonios. En effet, nous ne la trouvons pas avant lui; Apollodore (I, 9, 23) résume son récit, et Hygin (Fabul., 24) le traduit en latin. Hygin dit encore (Fabul., 260) que Boutès eut d'Aphrodite Eryx qui fut tué par Héraclès; le mont où il fut enseveli prit son nom. C'est sur cette montagne qu'Enée construisit un temple à sa mère. Cette tradition est reprise par Servius (ad Aen., I, v. 570). Elle semble appartenir aux auteurs latins qui ont voulu rattacher le culte de la déesse adorée sur le mont Éryx, Venus Erycina, aux légendes grecques. Diodore de Sicile, qui dit qu'Eryx est fils de Boutés et d'Aphrodite (IV, 23; 83), fait de ce Bojtès un roi indigène (βασιλέωϲ τινὸς ἐγχωρίου) et non un 373 Argonaute. Quand Apollonios dit que la déesse qui règne sur l'Eryx sauve Boutès, il est peu probable que la pensée du poète soit : la déesse qui règne sur le mont que l'on nommera l'Éryx, plus tard, justement du nom du fils qui lui naîtra de ce Boutès au secours duquel elle s'élance maintenant. D'ailleurs, dans la légende grecque, Éryx est d'ordinaire (cf. Apollodore, II, 5, 10) un fils de Poséidon, qui gouverne les Elymes, peuple de Sicile. — Le mont Éryx, en Sicile (Strabon, 226, 30; 223, 24, etc.), aujourd'hui San Giulano, possédait un temple d'Aphrodite et une ville forte. Le cap Lilybéen (Strabon, 220, 50, etc.) est aujourd'hui le Capo Boeo.

V. 920. Les héros... s'éloignèrent des Sirènes (τὰς μὲν λίπον). — Dübner pense qu'il s'agit non des Sirènes, mais des rivages : « (τὰς scilicet ἀκτάς » Le mot ἀκταί, n'ayant pas été exprimé dans tout le passage où il est question des Sirènes, ne peut être ainsi sous-entendu au vers 920. Le poète a bien dit que les héros étaient au moment de jeter les amarres au rivage (v. 904, ἐπ' ἠιόνεσσι) ; mais le mot τάς se rapporte bien moins au mot rivages qu'au mot Sirènes qui se trouve au vers 914.

V. 922. D'un côté... de l'autre. — Apollonios résume les descriptions de Charybde et de Scylla qui se trouvent dans l'Odyssée (XII, v. 73 et suiv.; v. 234 et suiv.).

V. 929. La mer continuait de lancer une chaude vapeur. — Strabon (230, 6 et suiv.) rapporte que, dans les parages des îles Éoliennes, on voit souvent des flammes courir à la surface de la mer, par suite apparemment de l'ouverture de quelque cratère sous-marin due aux efforts que fait incessamment le feu intérieur pour se frayer de nouvelles issues au dehors.

V. 931. L'extrémité amincie du gouvernail (πτέρυγος).— «La pale du gouvernail s'appelait, d'après Pollux, πτερύγιον. On la nommait aussi πτέρυγες au pluriel, parce qu'en effet elle se composait de deux parties et comme de deux ailes. » (Cartault, ouvr, cité, p. 103.)

V. 943. Les roches qui tantôt... (αἴυ' ὁτέ). — Merkel a raison de vanter la correction αἴθ' qu'il fait entrer dans le texte de son edit. maior, après avoir admis dans son edit. minor αἱ δ'', leçon des mss. adoptée par tous les éditeurs : « αἴθ' quam salutaris sit correctio, intelligi potest ex interpretatione Parisiensi Did. ubi nymphae praecipitiis similcs dicuntur. » Mais il a tort de faire responsable de cette absurdité qui compare les Nymphes à des précipices, l'interpretatio parisiensis, qui n'est pas, d'ailleurs, de Didot, mais bien de Lehrs. L'allemand Lehrs a simplement copié, suivant sa coutume, l'interpretatio lipsiensis de l'Allemand Daniel Beck.

V. 955. L'eau... bouillonnait (ζέεν). — Les mss. ont θέεν. La correction ζέεν, adoptée par les éditeurs à partir de Brunck, est de Facius (Epist. crit., p. 16, Erlangae, 1772) qui se fonde sur le vers 365 du Chant XXI de l'Iliade : « ἑρευγόμενον ὕδωρ et θέεν sibi invicem non respondere, aures statim sentiunt. Qui θέειν et ζέειν saepissime a librariis inter se permutari scit, ni fallor, adsensum huic correctioni praebebit. Homerus lliad., φ, 365 :

Ὣς τοῦ καλὰ ῥέεθρα πυρὶ φλέγετο, ζέε δ' ὕδωρ. »

374 V. 961. La durée d'une journée de printemps (εἰαρινοῦ... ἤματος αἶσα). — «Le poète entend par une journée de printemps une journée au moment de l'équinoxe. » (Scol.) Brunck fait remarquerque l'expression ἤματος αἶσα est une périphrase pour ἦμαρ, comme, dans l'Odyssée (XIX, v. 84), ἐλπίδος, αἶσα pour ἐλπίς.

V. 965. Le pré de Trinacrie. « Timée dit que la Sicile se nomme Thrinacie, parce qu'elle a trois caps [τρεῖς ἄκρας; voir la scolie au vers 291 (note au vers 289)]. Mais les historiens disent que Thrinacos a été roi de Sicile. C'est dans la presqu'île de Myles, en Sicile, que paissaient les génisses d'Hélios. » (Scol.) Je ne trouve nulle part aucun renseignement sur ce roi Thrinacos. On sait, au contraire, que les historiens et les géographes de l'antiquité s'accordent à dire que le nom de Trinacrie vient de la forme triangulaire de la Sicile. — La tradition des troupeaux d'Hélios remonte à une haute antiquité. Il est déjà question dans l'Odyssée (XII, v. 127 et suiv.) des génisses et des brebis d'Hélios, des sept troupeaux de génisses et des sept troupeaux de brebis à la belle toison, qui comptent, chacun, cinquante têtes de bétail et n'augmentent et ne diminuent jamais. Les bergères de ces troupeaux sont deux déesses, nymphes aux beaux cheveux, que la divine Néaira a enfantées à Hélios, Phaéthousa (la brillante, de φαέθω pour φάω; cf. Phaéthon) et Lampétia (l'éclatante, de λάμπω). Apollonius cite Phaéthousa (v. 971) et Lampétia (v. 973). Les noms de ces deux Héliades se retrouvent encore dans Ovide (Met., II, v. 346, 349) qui abandonne la tradition suivie par Apollonius : en effet, dans les Métamorphoses, Phaéthousa est l'aînée des trois sœurs de Phaéthon (Phaethusa sororum maxima); de plus, Phaéthusa, Lampétia et la troisième sœur qu'Ovide ne nomme pas sont les Héliades qui se changent en arbres après la mort de Phaéthon. Apollonius distingue nettement les Héliades qui ont été métamorphosées en peupliers noirs avant le voyage des Argonautes (Arg., IV, v. 603-626) et les Héliades Lampétia et Phaéthousa que les Argonautes aperçoivent, conduisant les troupeaux de leur père, alors que les héros passent devant la Sicile. Properce (édit. Müller, IV, xi, v. 29-3o) cite aussi Lampétia :

Lampeties Ithacis veribus mugisse iuvencos
(Paverat hos Phoebo filia Lampetie).

« Les bœufs et les brebis d'Hélios désignent évidemment, comme on s'accorde à le reconnaître, les trois cent cinquante jours et les trois cent cinquante nuits de l'année primitive. La succession des jours ou des soleils avait donc été comparée, sans doute, à la procession d'un brillant troupeau dont les animaux s'avancent l'un après l'autre dans les pâturages célestes.» (Decharme, Mythol., p. 241.)

V. 966. Semblables à des plongeons (ἀλίγκιαι αἰθυίῃσιν). — Cette comparaison est imitée d'une comparaison homérique. Après avoir donné des conseils à Ulysse, Inô-Leucothée s'enfonce dans la mer, semblable à un plongeon (Odyss., V, v. 353, αἰθυίῃ εἰκυῖα). Les Latins nomment fulica mergus l'oiseau que les Grecs appellent αἰθυιαi.

V.968. Le bêlement des troupeaux... — Ce passage est imité de l'Odyssée (XII, v. 265-266).

375 V. 972. Une houlette d'argent (ἀργύρεον χαῖον)- — « Le χαῖον est le bâton recourbé dont les bergers se servent. Amérias donne pour définition de ce mot : bâton mince et lisse. Callimaque a dit : On remarquait le large voile qui couvrait sa tête, faisant saillie en avant: c'est la coiffure des bergères. Elle tenait dans sa main un χαῖον. On lit dans Alcman le mot ἐρυσίχαιον, qui veut dire celui qui porte la houlette, le berger. » (Scol.) Phaéthousa porte un χαῖον. Lampétia, un καλαῦροψ. Les deux mots, dit Dübner, ont le même sens. Le Scoliaste fait simplement remarquer que le καλαῦροψ est un bâton de bouvier et il cite l'emploi de ce mot dans l'lliade (XXIII, v. 846). L'usage spécial du καλαῦροψ est déterminé par ce vers de l'lliade et par les scolies qui l'expliquent : c'est le bâton que le bouvier lance quand il veut ramener quelque animal qui s'écarte, ou disperser le troupeau à l'arrivée au pâturage. Le καλαῦροψ semble recourbé comme le χαῖον son étymologie est, d'après Pierron (note au vers 845 du Chant XXIII de l'Iliade), κᾶλα, de κᾶλον (bois sec), et la racine ρεπ (ῥέπω, se courber). La seule différence entre les deux termes dont Apollonius se sert, semble donc résider non dans la forme des deux instruments, qui sont tous deux recourbés, mais dans leur emploi. Le καλαῦροψ, que tient Lampétia, est la houlette des bouviers; on le lance au loin pour atteindre les génisses. Le χαῖον, que tient Phaéthousa, est la houlette du berger; on le garde en main pour saisir, au moyen de la partie recourbée en crosse, la patte de la brebis qui tente de s'éloigner du troupeau.

V. 973. De cuivre étincelant (ὀρειχάλκοιο). — « On dit que l'oreichalque est une sorte d'airain [χακλκός] ainsi nommé d'un certain Oréios qui l'a découvert. Aristote, dans les Télétai, dit que le nom et l'espèce de ce métal n'ont aucune réalité. Certains supposent qu'on peut bien nommer l'oreichalque, mais que ce nom ne répond à rien de réel : c'est affirmation de gens qui parlent à la légère. Car les hommes au courant disent que ce métal existe. Stésichore et Bacchylide en font mention, et Aristophane le grammairien en a pris note. D'autres disent que son nom vient d'un sculpteur, comme font Socrate et Théopompe, dans son livre XXVe. » (Scol.) L,'oreichalque semble être un métal fabuleux: il n'en est guère question que dans les poèmes qui ont trait à l'âge mythique (cf. Hymne homérique ( V) à Aphrodite, v. 9, ἄνθεμ' ὀρειχάλκου ; Boucher d'Héraclès, v. 122, κνημῖδας ὀρειχάλκοιο φαεινοῦ; Aen., XII, v. 87, auro squalentem alboque oriclialco... loricam), ou dans des expressions proverbiales. Cf. Cicéron, de Offic., III, 23 : Si quis aurum vendens oriclialcum se putet vendere, indicetne ei vir bonus aurum illud esse, an emat denario quod sit mille denarium? Plaute, Mil. glor., III, i, v. 69 : Cedo tris mi homines auriclialco contra cum his moribus. On peut remarquer que Plaute écrit toujours auriclialque (cf. Pseudol., II, iii, v. 23; Curcul., I, iii, v. 46), admettant ainsi la fausse étymologie qui devait être plus tard proposée par Servius (note au vers 87 du Chant XII de l'Enéide: Oriclialcum pretiosius visum est, quod et splendorem auri et aeris duritiem possideret), et par Isidore (Orig., XVI, 19). Festus semble donner l'étymologie exacte : « Oriclialcum, quod in montuosis locis invenitur : mons enim graece ὄρος appellatur. » Mais dans quels monts trouve-t-on ce métal précieux : Pline 376 dit qu'il y a longtemps que, la terre étant épuisée, on ne trouve plus d'orichalque : c'était un métal remarquable qui excitait l'admiration générale (N. H., XXXIV, 2); on a, plus tard, donné le nom d'orichalque à un métal composé: Strabon (521, 46) dit qu'on l'obtenait en mélangeant quelques parties de cuivre à une certaine terre qui se trouve aux environs de la ville d'Andira en Troadε; brûlé dans un fourneau, ce mélange produit l'orichalque. A l'époque d'Horace (Εpist., Il, ιιι, v. 202) on entendait par orichalque le laiton ou cuivre jaune, alliage de cuivre et de zinc. — J'ai cru devoir traduire ὀρειχάλκοιο φαεινοῦ par cuivre tincelant, au lieu de transcrire simplement le mot grec, car il semble bien que le métal légendaire cité par Apollonios correspond au cuivre.

V. 983. Dans la mer de Céraunie (Κεραυνίῃ εἰν ἁλί) — Par mer de Céraunie, Apollonios entend la partie de la mer qui s'étend entre la mer Ionienne et la mer de Cronos, en face des monts Cérauniens. C'est là que se trouve l'île des Phaiaciens. Voir la note au vers 519.

V. 984. La faux (δρέπανον\ — Voir, sur l'île de Drépané ou Corcyre, la note au vers 540.

Muses, pardonnez-moi!... — Brunck rapproche cette formule de celle qu'on trouve au vers 708 du Chant II : « O dieu favorable, pardonne. !...» Il fait aussi remarquer qu'Apollonios imite un passage d'Aratos (Phaenom., v. 637 et suiv.).

V. 989. Les épis nourrissants (στάχυν ὄμπνιον). — « Le mot ὄμπνιος signifie abondant, fertile. Philétas, dans ses Termes irrêguliers [ἐν Ἀτάκτοις γλώσσαις], dit qu'un épi ὄμπνιος veut dire un épi succulent, nourrissant. Certains des habitants de Cyrène appellent ὄμπνιος celui qui est riche, opulent. » (Scol.) Démêler est surnommée ὄμπνια. Voir Preller, Griech. Mythol., erster Band, dritte Auflage, p. 631.

V. 990. Le nom de Drépané. — Voir la note au vers 540.

V. 992. Du sang d'Ouranos. — « Acousilaos, dans son livre III, dit que, lorsque Ouranos fut mutilé, des gouttes de son sang furent portées sur la terre et donnèrent naissance aux Phaiaciens : d'après d'autres auteurs, aux Géants. Alcée dit aussi que les Phaiaciens ont pour origine les gouttes du sang d'Ouranos. Mais Homère dit que les Phaiaciens sont de la famille des dieux à cause de leur origine qui vient de Poséidon [Odyss., VII, v. 56 et suiv.]. » (Scol.)

V. 993. Alcinoos.— Le roi mythique des Phaiaciens, Alcinoos, est bien connu par les Chants VI et suiv. de l'Odyssée. Flangini pense qu'en faisant ce tableau de l'accueil affectueux que les Argonautes reçoivent du peuple entier des Phaiaciens, Apollonios a voulu montrer quelle différence sépare l'hospitalité primitive du peuple de Corcyre de l'hostilité que les Phaiaciens doivent plus tard témoigner à Ulysse, quand il arrive dans leur île. « N'interroge aucun des hommes de ce pays, — dit Athéné à Ulysse, — car ils reçoivent mal les étrangers; ils ne font pas un accueil aimable à celui qui vient vers eux d'un autre pays.» (Odyss., VII, v. 31-33.)

V. 1000. L'Haimonie. — Voir les notes aux vers 504 du Chant II et  1090 du Chant III.

V. 1002. Sortis du Pont. — Flangini fait observer que le poète  377 reprend un membre de phrase (Πόντοιο κατὰ στόμα καὶ διὰ πέτρας Κυανέας) qui se trouve déjà aux vers 2 et 3 du Chant Ier. — Le Scoliaste explique longuement que, parmi les Colchiens, les uns qui étaient entrés avec Apsyrtos, à la suite des Argonautes, dans le courant de l'Ister, s'établirent après la mort de leur chef en Illyrie et dans les îles voisines (voir les vers 507 et suiv. du Chant IV) et les autres qui avaient continué à naviguer dans le Pont en sortirent en passant entre les roches Cyanées. Ce sont ces derniers qui arrivent maintenant en vue de l'île des Phaiaciens.

V. 1007. Avec l'arrivée d'Aiëtès (σὺν Αἰήταο κελεύθῳ). — H. van Herwerden dit ne pas comprendre les derniers mots du vers 1007 : « Quid ultima verba sibi velint, non exputo. Vide an ferri possit σὺν Αἰήταο κελευσμῷ, Aeetae iussu, ut praepositio σύν in formula συν τῷ νόμῳ similibusque subinde ponitur pro κατά. » Cette correction ingénieuse me semble inutile. Circé a déjà fait craindre à Médée l'arrivée d'Aictès : « Bientôt il viendra même dans les demeures de la terre d'Hellade pour venger le meurtre de son fils. » (Chant IV, v. 741.) Alcinoos dira aussi à sa femme : « S'il le voulait, il pourrait, de son lointain pays, porter la guerre jusqu'en Hellade. » (Chant IV, v. 1103.) Il faut, ce me semble, admettre que le mot κέλευθος, qui signifie au sens propre le chemin, la marche, indique ici, par extension, le but de la marche, l'arrivée. C'est ainsi que Beck interprète, adveniente Aeete. Les mots αὖθί τε καὶ μετέπειτα, et nunc et postea, prouvent bien d'ailleurs que les Colchiens font allusion à deux luttes successives, celle qui aurait lieu immédiatement, et celle qui recommencerait plus terrible, non pas sur l'ordre d'Aiétès (la première se serait évidemment engagée d'après les ordres donnés par le roi à l'expédition, à son départ d'Aia), mais avec l'arrivée d'Aiétès lui-même et de nouvelles troupes.

V. 1014. Je suis à tes genoux, ô reine...— Apollonios imite le discours d'Ulysse à Nausicaa (Odyss., VI, v. 149 et suiv.).

V. 1019. Une passion mauvaise (μαργοσύνης). — Brunck relève dans un des mss. de Paris la leçon μαχλοσύνης, qu'il n'adopte pas, tout en taisant remarquer que μαχλοσύνη vox est poetica et bonae notae. Ce mot se trouve en effet dans l'Iliade (XXIV, v. 30) appliqué à Paris, et dans un fragment d'Hésiode (Hésiode-Didot, fragm. XXVIII) appliqué aux Proitides. Il convient aussi bien à la lasciveté des filles de Proitos qu'à celle du fils de Priam. Mais il ne saurait convenir à Médée. « Vocabulum ab Apollonii dignitate alienum, » dit Merkel : il dirait mieux a Medeae dignitate alienum, car Apollonios ne recule pas devant le mot brutal, quand il le juge nécessaire.

V. 1020. J'en atteste... Hélios... et la fille de Persès. — Fille d'Aiétès, Médée jure par Hélios, père de son père; magicienne, par Hécate, dont elle est la prétresse et l'élève.

V. 1024. Ma ceinture...— Voir la note au vers 287 du Chant Ier.

v. 1026. Que les dieux immortels... — Cette péroraison du discours de Médée à Arête est imitée de la péroraison du discours d'Ulysse à Nausicaa (Odyss., VI, v. 180 et suiv.).

V. 1031. A cause de vos travaux auxquels je me suis fatiguée (ἀμφὶ τ' ἀέθλοισ ὧν κάμον ὑμετέροισιν). — Je traduis le texte de Merkel où la 378 correction ὧν κάμον remplace la leçon οὕνεκεν adoptée par tous les éditeurs. Merkel fonde cette correction sur les leçons du vers 1354 où les mss. de Paris ont ὧν ἔκαμεν μὲν au lieu de ὧν ἔκαμεν, bonne leçon du Guelf. et du Laur., et sur celle du vers 1354 où le Guelf. a ὦν ἕνεκα μέν au lieu de ὧν ἔκαμεν, bonne leçon du Laur. La correction de Merkel rend intelligible un passage dont il était difficile auparavant de se rendre un compte exact maigre les essais d'explication tentés parles commentateurs, en particulier par H. Estienne et par Brunck.

V. 1043. Respectez... la vengeance des dieux: craignez de me remettre aux mains d'Aiétes (νέμεσίν τε θεῶν, εἰς χεῖρας ἰοῦσαν Αἰήτεω).— «La vengeance qui est dans les mains des dieux [ἰοῦσαν ἐν ταῖς χερσὶ τῶν θέων], c'est-à-dire la némésis vengeresse [τὸ νεμεστητόν]. » (Scol.) Le Scoliaste fait un contresens, car il ne s'agit pas de la vengeance qui est dans les mains des dieux (ἐν ταῖς χερσὶ τῶν θέων), mais de Médée qui serait remise dans les mains d'Aiétes (εἰς χεῖρας ἰοῦσαν Αἰήτεω). Brunck explique avec raison : « Subauditur με, pro ἰούσης ἐμοῦ. Accusativus est absolutus : Timete deorum indignationem quam experturi estis, dedita me, id est, si dedar Aeetae, acerbissimis plectenda suppliciis. »

V. 1057. S'ils se trouvaient en présence d'un jugement inique (ἀντιάσειαν). — Le Guelf. a ἀντιάσειεν et le Laur. ἀντιάσειαν corrigé en ἀντιάσειεν. La leçon vulgaire est, jusqu'à Brunck, ἀντιάσειαν que les traducteurs latins semblent ne pas avoir compris. On lit, en effet, dans Hoelzlin : « Si ius ipsis prodatur abscissius, » et dans Shaw : « Si causae iniquae obstarent. » II suffit de changer causae iniquae en iudicio iniquo pour que cette interprétation soit acceptable. Tel n'est pas l'avis de Brunck qui malmène, suivant sa coutume, le professeur d'Oxford : « Cimmeriis et plus quam Hoeltzlinianis tenebris mentem poetae involvit magister Shawius. » II préfère lui-mûrne la leçon ἀντιάσεις : «Si iniquum Medea pateretur judicium, si injusta sententia opprimerctur. Judicium enim de nova hac contestatione ferre debebat Alcinous. Vide supra v. 1009. » La leçon et l'interprétation de Brunck ont été adoptées par les éditeurs qui l'ont suivi. Merkel reprend avec raison la leçon ἀντιάσειαν : ce verbe, comme les autres de la phrase, doit se rapporter aux Argonautes et non à Médée; ce sont les Argonautes qui brandissent les lances, qui firent les épées, qui affirment ce qu'ils feront s'ils se trouvent en présence d'un jugement inique porté au sujet de Médée.

V. 1070. Alcincos... et Arête... réfléchissaient. — Arête joue déjà, dans l'Odyssée, ce rôle de conseillère sage et écoutée par le peuple et par son mari. Alcinoos l'honore plus que jamais femme n'a été honorée par son époux, et c'est elle qui décide au sujet des contestations entre les Phaiaciens (Odyss., VII, v. 67 et 74).

V. 1086. Ne va pas être cause de ton plein gré que l'Aisonide se parjure (αὐτὸν ἑκὼν ἐπίορκον ὀμόσσαι θείης Αἰσονίδην). — On lit αὐτὸς ἑκών dans une phrase à peu près semblable de l'Odyssée (Il, v. i33). Brunck se fonde sur ce fait pour écrire αὐτός : « Perperam vulgo legitur αὐτόν, quod ad Αἰσονίδην relatum frigide et paene inepte, otiosum est. » La correction de Brunck semble inutile : αὐτόν se rapporte bien à Αἰσονίδην et s'oppose au mot παῖδα (Médée) qu'on lit au vers 1088.

379 V. 1090. Antiopé.— Voir, au sujet des diverses héroïnes qui ont porté ce nom, la note au vers 735 du Chant Ier « Antiopé était la fille de Nycteus. S'étant fait semblable à un satyre, Zeus abusa d'elle, et, fuyant les menaces de Nycteus, elle se réfugia à Sicyone, auprès d'Épopeus. Ayant enfanté Amphion et Zéthos, elle les déposa sur le Cithéron, auprès d'un bouvier. Mais Nycteus, affligé de la hardiesse de sa fille, meurt après avoir prié son frère Lycos de ne pas laisser Antiopé impunie, mais d'aller à Sicyone pour s'emparer d'elle. Lycos fait une expédition contre cette ville, tue Épopeus, et ayant fait Antiopé prisonnière, il la donne à garder à sa femme Dircé. Elle s'enfuit; mais elle est reprise et livrée à ses fils. Alors le bouvier qui les avait nourris révèle ce qui avait eu lieu. Mais ceux-ci sauvent Antiopé et mettent à mort Dircé, l'ayant attachée à un taureau sauvage. Ayant mandé Lycos, comme pour lui remettre Antiopé, ils voulaient le tuer. Mais Hermès les en empêcha et ordonna à Lycos de se démettre de la royauté. » (Scol.) Cette scolie n'a aucun rapport avec le passage d'Apollonios : elle n'explique en rien à quels cruels châtiments Nycteus soumit la belle Antiopé. De plus, elle est en contradiction avec le vers 735 du Chant 1er, et la scolie à ce vers où il est dit qu'Antiopé, mère de Zéthos et d'Amphion, est fille d'Asopos. Heyne (ad Apollodori Bibliothecam Observationes, III, 5, 5, p. 237) remarque avec raison, à propos des récits contradictoires dont Antiopé est l'objet : Magna in primis in hac narrations diversitas, quia a tragicis poetis frequentata est. » Apollonios admet que la mère d'Amphion et de Zéthos est fille d'Asopos (Arg., I, v.7/35). En ce cas, nous ne savons rien de l'Antiopé, fille de Nycteus, et des châtiments que son père lui fit subir. — Cette scolie, qui n'a aucun rapport avec le vers 1090 qu'elle prétend expliquer, doit être un simple résumé de l'argument de l'Antiopé, tragédie perdue d'Euripide. Elle ressemble en effet beaucoup aux récits d'Apollodore (III, 5, 5) et d'Hygin (Fabul., 8) : or celui-ci dit qu'il rédige sa narration d'après la tragédie d'Euripide et l'imitation qu'Ennius en avait faite.

V. 1091. Danaé.— « Phérécyde raconte, dans son livre II, qu'Acrisios épousa Eurydice, fille de Lacédaimon; de ce mariage naquit Danaé. Acrisios ayant consulté l'oracle pour savoir s'il aurait un enfant mâle, le dieu de Pytho lui répondit qu'il n'en aurait pas, mais que de sa fille naîtrait un fils qui causerait sa mort. De retour à Argos, il fit construire une chambre d'airain qu'il établit sous la terre, dans la cour de sa maison. Il y plaça Danaé avec sa nourrice et la garda ainsi prisonnière pour éviter qu'il ne naquît d'elle un enfant. Mais Zeus, épris de la jeune fille, coula du toit, semblable à une pluie d'or que Danaé reçut dans son sein; ayant dévoilé qui il était, Zeus s'unit à elle. De cette union naquit Persée que Danaé et la nourrice élevèrent en se cachant d'Acrisios. Persée avait trois ou quatre ans quand Acrisios entendit la voix de l'enfant qui jouait. S'étant fait amener par ses serviteurs Danaé ainsi que la nourrice, il tua cette dernière et conduisit Danaé et l'enfant à l'autel de Zeus qui est situé auprès du mur d'enceinte de la maison, et, seul avec sa fille, il lui demanda de qui cet enfant lui était né. Elle répondit que c'était de Zeus. II ne la 380 crut pas et l'enferma avec son enfant dans un coffre qu'il mit à la mer. Les flots portèrent le coffre à l'île de Sériphos où Dictys, (fils de Peristhénès, l'amena à terre, l'ayant péché avec un filet. Danaé le supplia d'ouvrir le coffre. Il le fit et ayant appris qui ils étaient, il les conduisit dans sa maison et les nourrit comme étant ses parents. Car Dictys et Polydectès étaient fils d'Androthoé, fille de Péricastor, et de Péristhénès, fils de Damastor, fils lui-même de Nauplios, né de Poséidon et d'Amymoné, comme le dit Phérécyde, dans le livre Ier — Pour les événements qui suivent et au sujet de la mort d'Acrisios, il raconte qu'après le changement en pierre de Polydectès et de ceux qui étaient avec lui à Sériphos, par l'effet de la tête de la Gorgone, Persée laissa Dictys régner à Sériphos sur ce qui restait d'habitants dans l'île, et navigua lui-même vers Argos avec les Cyclopes, Andromède et Danaé. Mais, arrivé à Argos, il n'y trouva pas Acrisios. Car celui-ci, saisi de crainte, s'était retiré à Larissa, chez les Pélasges. Ne s'arrêtant pas à Argos où il laissait Danaé auprès de sa mère Eurydice, et Andromède et les Cyclopes, il se dirigea vers Larissa. Y étant arrivé, il reconnaît Acrisios et lui persuade de venir avec lui à Argos. Au moment où ils devaient partir, il arriva qu'un combat de jeunes gens fut célébré à Larissa. Persée, s'étant dépouillé de ses vêtements pour prendre part au combat, lance un disque. Ce n'était pas un pentathle, mais on concourait à chacun des exercices à part. Le disque vint tomber en tournant sur le pied d'Acrisios et le blessa. Malade de cette blessure, Acrisios meurt à Larissa même. Persée et les habitants de Larissa l'ensevelirent devant la ville; et là les gens du pays lui élevèrent un temple comme on en élève aux héros. Persée resta hors d'Argos. » (Scol.) Pour la légende de Persée, voir Decharme, Mythol., p. 637-642. On trouvera un commentaire abondant du texte de Phérécyde dans les Pherecydis Fragmenta de G. Sturz, 2e édit., Leipzig, 1824, p. 73-77.

V. 1093. L'injuste Échétos. — «Homère cite Ëchétos comme un personnage très cruel... Nous trouvons sa légende dans le Catalogue des Impies, ouvrage de Lysippos d'Épire. » (Scol.) Échétos, roi d'Épire, le fléau de tous les mortels (Odyss., XVIII, v. 85, v. 116; XXI, v. 308), semble être, dans l'Odyssée, un monstre proverbial : il arrachait le nez et les oreilles et infligeait les plus odieuses mutilations à ses victimes (Odyss., XVIII, v. 86-87). C'est le traitement qu'il avait fait subir à Aichmodicos, amant de sa fille Métope ou Amphissa. Quant à la jeune fille, il l'avait condamnée à broyer de l'airain en lui promettant de lui rendre la vue si elle parvenait à faire de la farine au moyen de cet airain une fois moulu.

V. 1115. Elle exhortait, dans sa prudence (ᾖσιν ἐπιφροσύνῃσιν). — Je traduis suivant la leçon de Merkel qui est, d'ailleurs, la leçon vulgaire. Brunck admettait ᾖσιν ἐφημοσυνῃσιν, leçon du Guelf. et note marginale d'un ms. de Paris : « Genuinum esse credo, » dit-il. Mais en admettant cette leçon, il faut traduire: Elle exhortait par ses ordres, ce qui donne un sens peu satisfaisant. Il semble meilleur de conserver ἐπιφροσύνῃσιν. Van Herwerden pense que la leçon ἐφημοσυνῃσιν est la copie inexacte du mot συνημοσυνῃσιν, leçon de quelque ms. très ancien, et d'ailleurs inacceptable, puisque συνημοσύνη, signifie; acte, convention : 381 « Alloquitur Arete suum praeconem, sua prudentia lasonem incitatura ut rem habeat cum Medea. Si ἐπιφροσύνῃσιν, quod scholiasta explicat ἐφημοσυνῃσιν, recte receptum est, ea vox hoc loco significat prudens consilium. In libro Laurentiano legitur, teste Merkelio, ᾗισιν συνήίσιν, superscripto a manu secunda ἐφημοσυνήισιν, quod in textu habet Guelferbitanus. Sub corrupto vocabulo latet, nisi egregie fallor,συν(ημοσύν]ηισιν, ita ut vetustissimus testis legerit :

ᾖσι συνημοσύνῃσιν ἐποτρυνέουσα μιγῆναι,

ut est I, 300 :

... θάρσει δὲ συνημοσύνῃσιν Ἀθήνης,

ubi Scholiasta explicat συνθήκαις, συμβουλαῖς. Nihilominus haec optimi libri lectio reicienda est. Nom συνυμοσύνη significat συνθήκην non συμβουλήν.  »

V. 1125. Dans le port d'Hyllos (Ὑλλικῷ ἐν λιμένι). — « Ce port est ainsi nommé d'Hyllos, fils de Mélité et d'Héraclès. » (Scol.) Voir, pour Hyllos, la note au vers 524.

V. 1134. Le fils Nyséien de Zeus. — Voir la note au vers 904 du Chant II. « Nysa ne fut à l'origine qu'un lieu de fantaisie, éclos de l'imagination grecque par suite d'une méprise étymologique. Pour les Grecs, en effet, le nom de Dionysos décomposé en deux parties ne pouvait signifier autre chose que le dieu de Nysa. » (Decharme, Mythol., p. 438.) Il est déjà question du divin mont Nyséion dans l'Iliade (Vl, v. 133), qui le place en Thrace. L'Hymne homérique (XXVI) à Dionysos (v. 9-10) place la montagne Nysa, où le dieu a passé son enfance, assez loin de la Phénicie et assez près de l'Egypte. A l'époque classique, il y a un grand nombre de villes et de montagnes nommées Nysa : dans chacune d'elles on localisait les légendes qui se rapportent à l'enfance du dieu Nyséien.

V. 1138. Héra... pleine de colère. — « Héra chassa Macris de l'Eubée parce qu'elle avait reçu des mains d'Hermès et nourri Dionysos. L'Eubée est consacrée à Héra. Macris éleva Dionysos dans son antre d'où le nom de dithyrambos donné au dieu, parce que l'antre avait deux portes [δύο θύρας]. Le poète dit que le mariage de Jason et de Médée eut lieu dans l'antre de Macris. Philétas, dans son Télephe, dit que ce fut dans la maison d'Alcinoos. » (Scol.) Pour Macris, voir la note au vers 540. On sait que l'origine de l'épithète dithyrambos appliquée à Dionysos est tout autre que celle que donne le Scoliaste (cf. Decharme, Mythol., p. 436). Pausanias (IX, 3, 1) montre Héra se retirant dans l'île d'Eubée comme dans l'un de ses sanctuaires. — Voir (notes aux vers 1153 et 1217) d'autres traditions sur l'endroit où le mariage de Médée et de Jason se serait célébré.

V. 1141. On prépara un vaste lit. — Apollonios imite la description de l'Odyssée (VII, v. 335 et suiv.) où l'on voit les servantes d'Arêté préparer le lit d'Ulysse : elles disposent des tissus couleur de pourpre et, par-dessus, des tapis et d'épaisses couvertures de laine. C'est ainsi qu'en guise de tapis et de couvertures de laine on étend par-dessus le lit nuptial de Jason et de Médée l'éclatante toison d'or.

382 V. 1142. L'éclatante toison d'or (χρύσεον αἰγλῆεν κῶας). — « La plupart des auteurs disent que cette toison était d'or. Acousilaos, dans son livre sur les Généalogies, dit que la toison avait été teinte en pourpre par la mer. » (Scol.) Voir la note au vers 177. Presque tous les auteurs qui ont, à notre connaissance, parlé de la toison, lui donnent l'épithètc consacrée de toison d'or. Cf. Phérécyde (apud Schol. Pindar., Pythiq., IV, v. 1 33) : τὸ κῶας τὸ χρυσόμαλλον. Euripide (Médée, v. 3) : τὸ παγχρυσον δέρος. Théocrite (W., X1H, T. 16): τὸ χρυσειον κῶας;. Apollodore (I, 9, 16): τὸ χρυσόμαλλον δέρας, etc.

V. 1149. Du fleuve Aigaios... du mont Mélitéien. — Voir la note au vers 524. Le mont Mélitéien, dit le Scoliaste, est un mont de Corcyre. Je ne trouve pas plus de renseignements sur le mont Mélitéien que sur la Mélité à qui il doit son nom.

V. 1153. La caverne sacrée de Médée. — « Timée dit que les noces de Jason et de Médée furent célébrées à Corcyre; Denys de Milet, dans le second livre de ses Argonautiques, dit que ce fut à Byzance; Antimaque, dans sa Lydé, dit qu'ils s'unirent chez les Colchiens, auprès du fleuve. » (Scol.) Pour les divergences des auteurs anciens au sujet de l'endroit où l'union de Jason et de Médée fut consommée, voir les notes aux vers 1138 et 1217.

V. 1166. Toujours quelque peine amère marche à côté de nos joies. — Brunck cite la remarque suivante de Ruhnken : Callimachum forte Noster habuit ante oculos, fragm. 418:

... Ἐπεὶ θεὸς οὐδὲ γέλασσαθ
ἀκλαυτὶ μερόπεσσιν οἰζυροῖσιν ἔδωκε.

Apollonium pressius imitatus est Ovidius, Metam. VII, 453 :

...usque adeo nulli sincera voluptas
Sollicitique aliquid laetis intervenit...

On peut aussi rapprocher du passage d'Apollonios le vers connu de Lucrèce (édit. Bernays, IV, v. 1125) :

... medio de fonte leporum
Surgit amari aliquid...

V. 1171. Tout dans la nature était souriant. — Brunck fait remarquer qu'Apollonios imite le vers 13  de l'Hymne homérique à Déméter : « La terre entière s'égayait ainsi que le gonflement salé de la mer, » et les premiers vers des sentences de Théognis : « La terre immense riait et les profondeurs de la mer à l'écume blanchâtre se réjouissaient.  » Le poète de Mégare imite d'ailleurs le vers 118 de l'Hymne homérique à Apollon : « La terre sourit. » Catulle a fait son profit de tous ces passages grecs, quand il a écrit (LXIV, v. 284) :

Quo permulsa domns iucundo risit odore.

On connaît le vers d'André Chénier (Éclogue II, p. 17, ier volume de l'édition de Gabriel de Chénier) :

Le toit s'égaye et rit de mille odeurs divines.

383 V. 1176. Alcinoos s'avança. — Tout ce développement est imité des. premiers vers du Chant VIII de l'Odyssée. Il faut remarquer qu'en disant le sceptre justicier (v. 1178, σκῆπρον... δικασπόλον), Apollonios applique au sceptre une épithète qui, dans les poèmes homériques, n'appartient qu'aux hommes. Cf. Iliad., I, v. 238 : δικασπόλοι; Odyss., XI, v. 186 : δικασπόλον ἄνδρα.

V. 1196. Chaque fois qu'il faisait mention des noces (ὅτε μνήσαιτο γάμοιο). — Les mss. ont μνήσαιντο, qui se rapporterait aux Nymphes. La correction est de Brunck : « ὅτε μνήσαιτο, scilicet Orpheus. Sic omnino legendum. Vulgo contra manifestum loci sensum, μνήσαιντο. Quoties in cantico, quod ad lyram canebat Orpheus, nuptiarum meminerat, saltanles Nymphae Hymenaeum acclamabant : interdum vero seorsum canebant, solae, quiescentibus Orphei lyra et voce.» Cette excellente correction a été admise par tous les éditeurs qui ont suivi Brunck. Merkel fait remarquer que le poète décrit le χόρος κύκλιος : « Describitur χορὸς κύκλιος. Κύκλια μέλη dicta sunt τὰ τὴν αὐτὴν ὑπόυεσιν ἔχοντα, ἐρωτήσεις καὶ ἀποκρίσεις, Schol. Aristoph. Av., 919 »

V. 1199. C'est toi qui as inspire à l'esprit d'Arété (σὺ γὰρ καὶ ἐπὶ φρεσὶ θῆκας Ἀρήτης) — Apollonios emploie ici une expression homérique : « Car la déesse aux bras blancs, Héra, l'avait inspiré à son esprit. » (Iliad., I, v. 55.) Cf. Iliad., VIII, v. 218.

V. 1205. Car il était lié par d'inviolables serments (ἀρρήκτοισι δ' ἐνιζεύξας ἔχεν ὅρκοις). — Dübner propose de corriger ἔχεν en ἔχετ' : « Legendum ἔχετ', v. 1084. » On lit, en effet, au vers 1084 : μεγάλοισιν ἐνίσχεται ἐξ ἕθεν ὅρκοις. La correction de bner est très admissible; mais elle ne semble pas indispensable. Il y aura peut-être été amené par la manière dont Beck traduit la leçon vulgaire : « Inviolabilibus constrictam tenuit (sententiam) sacramentis.» Mais il n'est pas besoin de sous-entendre sententiam; on peut prendre ἔχεν dans le sens intransitif et traduire : il se tenait ferme (il était) ayant lié (lui-même) par d'inviolables serments. On sait, en effet, que dans la langue des poètes le verbe ἔχειν joint à un participe passé ou aoriste a le sens intransitif de être, se trouver dans tel ou tel état, qu'il a dans la langue ordinaire quand il est joint à un adverbe. Cf. l'exemple connu du Philoctéte de Sophocle (v. 1362) : « Θαυμάσας ἔχω τόδε, je suis ayant été étonné, ou j'ai été étonné, ou simplement je m'étonne de cela. »

V. 1212. Les Bacchiades. — « Bacchis, fils de Dionysos, vivait à Corinthe. Les plus nobles citoyens de cette ville tiraient de lui leur origine; ils en furent chassés à cause du meurtre d'Actaion. Voici les motifs de cette expulsion. Mélissos avait été le bienfaiteur des Corinthiens : car il les avait sauvés alors qu'ils allaient être détruits par Pheidon, roi des Argiens; aussi il obtint des honneurs au milieu d'eux. Une nuit, s'étant rendus devant la maison d'Actaion, ils voulurent enlever l'enfant; les parents ayant résisté, il arriva que l'enfant fut mis en pièces. Au moment où les jeux Isthmiques allaient avoir lieu, Mélissos, se tenant devant l'autel, prononça de nombreuses imprécations contre les Corinthiens et les maudit s'ils ne vengeaient pas la mort d'Actaion. Ayant ainsi parlé, il se jeta dans le précipice qui était au-dessous de lui. Craignant de laisser sans vengeance la mort 384 d'Actaion et obéissant aux ordres de la divinité elle-même, les Corinthiens chassèrent les Bacchiades. L'un d'eux, Chersicrate, colonisa Corcyre, en ayant expulsé les Colchiens qui y habitaient. Ceux-ci passèrent en Epire. » (Scol.) Les Bacchiades avaient régne à Corinthe pendant trois siècles environ (de 926 à 657 av. J.-C.); avec eux tomba le régime aristocratique. Leur histoire est racontée par Hérodote (V, 92), par Diodore de Sicile (fragm. du livre VII, p. 315 du volume Ierde l'édition Didot), par Srabon (325, 8 et suiv.), par Pausanias (II, 4), etc. Dans un fragment du livre VIII (p. 310 du volume Ier de l'édition Didot), Diodore raconte avec deuils la mort d'Actaion, qui, d'après lui, était fils de Mélissos, ce que le Scoliaste d'Apollonios ne dit pas. Archias de Corinthe, épris d'amour pour le jeune Actaion et n'ayant pu se faire aimer de lui, malgré toutes ses promesses, se précipita avec ses convives à la suite d'une orgie, contre la maison d'Actaion. Mélissos, père de l'enfant, secondé par ses serviteurs, opposa à cette invasion de gens avinés une vive résistance; l'enfant mourut pendant la lutte. Après leur expulsion, les Bacchiades s'établirent en Sicile et à Sparte. Strabon (224, 15 et suiv.) rapporte que Chersicrate, qui serait, d'après lui, un Héraclide et non un descendant de Dionysos, partit de Corinthe avec Archias qui devait aller fonder Syracuse, et s'établit lui-même à Corcyre d'où il chassa les Liburniens qui occupaient alors cette île.

Éphyra. — « Corinthe s'est nommée Éphyra, d'Éphyra, fille d'Épiméthée. Eumélos dit qu'Éphyra, fille d'Océanos et de Téthys, était la femme d'Epiméthée. » (Scol.) D'après Épiménide, Ephyra serait la mère d'Aiétès (voir la note au vers 242 du Chant III). Pausanias (II, i) rapporte, d'après Eumélos également, qu'Éphyra, fille d'Océanos, habita d'abord dans la région de Corinthe. Beaucoup de villes de l'Hellade antique ont porté ce nom d'Éphyra (cf. Strabon, 290. 28 et suiv.) Il est déjà question dans les poèmes homériques d'une Éphyra en Élide (Iliad., II, v. 659) et d'une Éphyra en Thesprotide (Odyss., I, v. 239), en même temps que de l'Éphyra qui se trouve à l'extrémité du pays d'Argos fécond en coursiers (Iliad., VI, v. 152).

V. 1214. Aux monts Cërauniens des Abantes.— Voir la note au vers 519.

V. 1215. Les Sestaiens.— Les Nestaiens ou Nestiens sont les habitants de la terre Nestienne dont il a déjà été parlé (v. 337). Voir la note au vers 330.

Dans la ville d'Oricos. — Oricos ou Oricon est une ville d'Épire située au milieu des monts Cérauniens. Elle a Panormos pour port (Strabon, 203, 11 ; 269, 29). Cette ville est très souvent mentionnée par les auteurs anciens. Pline rapporte la tradition d'après laquelle elle fut fondée par les Colchiens : « Oppidum Oricum a Colchis conditum. » (H. N., III, 143.)

V. 1216. Le temps avait marché longuement. « C'est-à-dire longtemps après. Timée dit que, six cents ans après la guerre de Troie, Chersicrate, descendant des Bacchiades, colonisa l'île. Les Colchiens ayant passé dans l'ile voisine, et, après cela, s'étant rendus dans les monts Cérauniens et dans le pays des Abantes et des Nestaiens, établirent une 385  colonie à Oricos. Celui qui conduisit cette colonie est un des Bacchiades, Chersicrate, qui avait été dépouillé de ses honneurs par les Corinthiens.

V. 1217. En l'honneur des Moires et des Nymphes. « Timonax, dans le premier livre de ses Scythiques, dit que Jason épousa Médée en Colchide, Aiétès la lui ayant fiancée. Il dit aussi: «Quand vous naviguez le long des rivages du Pont, on vous montre des jardins nommés Jardins de Jason, où l'on rapporte que le héros aborda; dans Aia même, il y a des gymnases, des disques, l'appartement nuptial de Médée, où elle fut donnée en mariage à Jason; il est aussi, près de la ville, un temple élevé en l'honneur de Jason, et,auprès, beaucoup d'autres temples encore. » Timée donne aussi des renseignements sur le sacrifice : il dit qu'on le célèbre encore chaque année et que Médée avait commencé par sacrifier dans le temple d'Apollon. On a élevé des monuments en souvenir des noces, tout près de la mer, non loin de la ville. On nomme l'un [des autels] celui des Nymphes, l'autre celui des Néréides. Apollonios appelle l'un celui des Nymphes et l'autre celui des Moires. » (Scol.)

V. 1218. Au temple d'Apollon Nomios. — « C'est parce que la décision d'Alcinoos a été rendue suivant la loi [κατὰ νόμον] que Médée a élevé le temple d'Apollon Nomios. » (Scol.) On a vu (note au vers 607 du Chant II) quel est le sens ordinaire de l'épithète Νόμιος. Souvent appliqué à Apollon (voir Preller, Griech. Mythol., erster Band, dritte Auflage, p. 215), ce mot semble désigner toujours « le dieu pasteur qui habite les pâturages et qui veille sur les troupeaux». (Decharme, Mythol., p. 127.) Létymologie de Νόμιος est νέμω, paître. Le Scoliaste imagine, pour les besoins de sa cause, l'étymologie νόμος, loi.

V. 1227. Sur les frontières de la Libye. — Tout cet épisode des aventures des Argonautes en Libye se trouve déjà dans Hérodote (IV, 179) et dans Pindare (IVe Pythique). Les auteurs qui se sont occupés des Argonautes après Apollonios n'y font pas allusion : Apollodore et Diodore de Sicile n'en disent rien. Strabon, qui a collectionné soigneusement tous les renseignements plus ou moins authentiques sur l'itinéraire des héros, ne donne aucune preuve de leur passage en Libye.

V. 1228. Le golfe qui doit son nom aux Ambraciens. — Le golfe d'Ambracie, formé par la mer de Sicile, a trois cents stades de circuit; le canal, large de quatre stades, qui lui sert d'entrée, est à treize cents stades des monts Cérauniens. (Strabon, 269 et 270.) Au lieu du mot Ἀμβρακιήων, leçon des mss., Brunck écrit Ἀμπρακιήων, qui se lit dans beaucoup de mss. au vers 493 de la Périégése de Denys : « Vetus est haec scriptura in poeta cujusve antiquitatis studioso reponenda. » Cette justification de la correction semble insuffisante. — Les mss. ont  ποτὶ κόλπον ἐπώνυμον Ἀμβρακιήων. Flangini le premier a corrigé ποτί, qui n'a pas de sens ici, en  ποτε, correction adoptée par Beck, Wellauer et Lehrs. Merkel préfère avec raison ποθι, qui a le même sens que ποτε, qui se rapproche davantage de la leçon des mss. et qui se lit déjà au vers 225 du Chant III.

V. 1229. Le pays des Courètes. — Le contexte indique qu'ApoIlonios place ce pays sur le continent, au sud du golfe d'Ambracie et avant les 380 îles Échinades, situées sur la côte d'Acarnanie. Le Scoliaste ne dit rien du pays des Courètes, mais il est facile de l'identifier avec l'Acarnanie. En efï'et, Éphore, cité par Strabon (398, 4 et suiv.), dit que les Courètes, maîtres à l'origine de l'Aitolie entière, furent vaincus dans plusieurs combats par Aitolos, fils d'Endymion, qui venait d'Élide, et durent se retirer dans le pays nommé depuis l'Acarnanie. Archémaque d'Eubée, cité également par Strabon (399, 44 et suiv.), dit aussi que les Courètes, habitants de Chalcis en Eubée, passèrent en Aitolie dans le canton de Pleuron. Aristote, dans la Constitution des Acarnaniens (Strabon, 267, 28), dit qu'à l'origine la partie orientale de l'Acarnanie fut occupée par les Courètes. Apollodore (I, 7, 6) appelle la terre des Courètes le pays qu'Aitolos envahit et auquel il donna son nom, après l'avoir conquis. D'après Pausanias (VIII, 24, 9), plusieurs auteurs disent que les habitants de l'Acarnanie, appelés d'abord les Courètes, reçurent leur nouveau nom d'Acarnan, fils d'Alcmaion et de Callirhoé. — Homère (lliad., IX, v. 629) fait déjà allusion à une guerre entre les Courètes et les Aitoliens.

V. 1230. Les étroites Échinades. — Ce sont des îlots voisins de la côte d'Acarnanie. Voir Strabon (393, 43, etc.). L'Odyssée (XV, v. 299) les appelle les îles pointues (θοαί), à cause de leurs rochers qui s'avancent en pointe dans la mer. Le mot Échinades signifie hérisson (ἐχῖνος), surnom dû à la forme de ces îlots étroits aux pointes rocheuses qui semblaient se grouper autour de l'embouchure de l'Achéloos comme les piquants d'un hérisson.

V. 1235. Au fond de la Syrte.— « II y a deux Syrtes en Libye; elles sont bourbeuses, il s'y produit des reflux comme dans l'Océan. Ce sont des endroits où les navigateurs sont entraînés [κατασύρονται] et où ils trouvent la mort. » (Scol.) Cette note du Scoliaste fait allusion à l'étymologie probable du mot Syrte (σύρω), entraîner). Ce mot peut désigner tout golfe vaseux et encombré de bancs de sables où les navires peuvent se perdre. Les auteurs anciens l'appliquaient à deux golfes de la côte de Libye, aux environs de la Cyrénai'que. Apollonius ne parle que d'une Syrte: on en distinguait généralement deux, la Grande-Syrte (golfe de Sidre) et la Petite-Syrte (golfe de Gabès). On trouve de nombreux renseignements sur les Syrtes dans Strabon, dans Pline l'Ancien, etc.

V. 1238. L'écume afflue sans bruit (κωφή).— « Immobile parce que la Syrte est bourbeuse. » (Scol.) Cette scolie n'explique pas le sens du mot κωφή que Brunck, suivi par Flangini et l'édition Tauchnitz, a corrigé en κοὺφη (légère}, d'après une conjecture de Valckenaer. Cette correction inutile supprime un mot qui fait image. Dübner dit avec raison : « Lege ut vulgo κωφή, sine ullo strepitu nuctus, quasi muta aqua.»

V. 1246. La surface de la terre immense. — Cette description du désert voisin des Syrtes ressemble à celle que Salluste (Jugurtha, 79) a faite de la même région : «Ager in medio harenosus, una specie; neque fiumen, neque mons erat...»

V. 1266. Les masses d'eau roulent pour se briser sur des sables blancs d'écume. — Dans sa description des Syrtes, qui est un résumé  387 de celle d'Apollonios, Denys (Perieg., v. 198 et suiv.) imite en particulier ce vers : Les flots refluent et roulent sur les sables secs.

V. 1280. Tels... des hommes... — Tout ce passage est le développement d'une comparaison homérique (Iliad., XVI, v. 384 et suiv.). La description et la comparaison d'Apollonios ont été reprises par Virgile (Georg., I, v. 325 et suiv.; v. 476 et suiv.; IV, v. 261 et suiv.), par Tibulle (II, v, v. 77-78, édit. Muller).

V. 1284. Soit que des statues des dieux... — «Quand un événement terrible devait avoir lieu, c'était l'ordinaire de voir les statues des dieux suer. C'est ce qui arriva à Thèbes, au moment de la bataille de Chéronée, entre Philippe et les Thébains. » (Scol.) Pour les prodiges qui ont annoncé la bataille de Chéronée, voir Plutarque( Vie de Démosthène, 19).

V. 1289. Les héros... se traînaient en proie à la tristesse (ἥλυον). — Les mss. ἤλυθον. La correction, qui semble fort bonne est de Brunck : « Sic ineptam librorum omnium lectionem, ἤλυθον, certissime emendo. » Apollonios imite un vers de l'lliade (XXIV, v. 12) : Il se traînait, triste, le long du rivage de la mer (δινεύσκ' ἀλύων παρὰ θίν ἁλός). Brunck fait remarquer qu'Oppien use du même mot ἀλύω dans une belle comparaison (Halieut., IV, v. 335-344) qui n'est pas sans rapports avec ce passage d'Apollonios : « Qiiand une mère désolée, quand une épouse voit partir pour un lointain pays le fils aimé de sa vieillesse ou le compagnon de sa couche, le cœur de cette femme se meut avec peine dans sa poitrine (ἔνδον ἀλύει). »

V. 1300. Tels, sur les bords escarpés du Pactole... les cygnes. — « Le Pactole est un fleuve de Lydie qui se nomme maintenant le Chrysorroas. » (Scol.) On connaît la tradition d'après laquelle le Pactole roule de l'or depuis que Midas s'y est baigné. Mais, d'après Strabon (642, 52), le fleuve qui roule de l'or, le Chrysorroas, est un cours d'eau de la Coelésyrie qui n'a aucun rapport avec le Pactole. Pline cite le Chrysorroas de Coelésyrie (V, 74) et d'autres fleuves du Pont et de Bithynie qui portent le même nom (V, 148; VI, 14); mais il fait remarquer que le Pactole se nomme aussi Chrysorroas: «  Ex quo [Tmolo monte] profluente Pactolo eodemque Chrysorrhoa. » (N. H., V, 110.) Quant à la double comparaison de Médée et de ses compagnes avec des petits oiseaux tombés de leur nid et avec des cygnes qui chantent au bord du Pactole, on peut en trouver les éléments dans deux comparaisons de l'lliade: l'une (II, v. 461 et suiv.), où il est question de grues et de cygnes dont les cris font retentir les bords du Caystros; l'autre (IX, v. 323-324) où l'on voit un oiseau portant leur nourriture à ses petits encore sans plumes.

V. 1304. Les plaintes d'un chant de deuil (ἐλεεθνὸν ἰήλεμον).— « Le mot ἰήλεμος signifie thrène. Son nom lui vient de lalémos, fils d'une Muse.» (Scol.) Le Guelf. a la leçon ἐλεεινὸν ἰάλεμον. Fils d'Apollon et de Calliope, lalémos est un de ces poètes mythiques auxquels on attribuait l'invention des chants primitifs destinés à exprimer la joie ou la douleur. Voir Preller, Griech. Mythol., zweiter Band, dritte Auflage, p. 490.

V. 1309. Les héroïnes tutélaires (τιμὴοροι). — « Le mot τιμήοροι désigne les héroïnes qui surveillent [ἔφοροι] la Libye, ou bien celles qui sont  388 honorées [τιμώμεναι] en Libye; τιμήοροι veut dire les juges [ἐκδικοι]. » (Scol.)

V. 1310. De la tête de son père. — « Stésichore est le premier qui ait dit que la déesse Athéné a bondi armée de la tête de Zeus. » (ScoL)

V. 1311. Pour la baigner dans les eaux du lac Triton (Τρίτωνος ἐφ' ὕδατι χυτώσαβτο). — Callimaque (Hymne à Zeus, v. 17) emploie la même expression pour décrire un fait semblable : ...τόκοιο λύματα χυτλώσαντο. « Le Triton est un fleuve de Libye; il y a aussi un fleuve du même nom en Béotie. C'est, parait-il, auprès du premier de ces fleuves que naquit Athéné, d'où son nom de Tritogénéia. Telle est la tradition de'quelques-uns. D'autres disent que ce nom vient de τρεῖν, verbe qui signifie avoir peur, à cause de la frayeur qu'elle inspire à ses ennemis. » (Scol.) Cf. la scolie au vers 109 du Chant Ier : « II y a trois lacs nommés lac Triton : l'un en Béotie, le second en Thessalie, le troisième en Libye; c'est auprès de ce dernier que naquit Athéné. » Voir, pour Athéné Tritonide, la note au vers 551 du Chant Ier. « Duae fabulae mixtae,» dit Dûbner avec raison; en effet, pour donner plus d'importance à ces héroïnes de la Libye et peut-être aussi plus de vraisemblance à leur bienveillante intervention auprès de Jason, le protégé d'Athéné, Apollonios rattache la légende de ces héroïnes à celle de la déesse Tritonide, et leur fait jouer un rôle important au moment de la naissance merveilleuse de la fille de Zeus. Cette tradition concernant les héroïnes de la Libye doit appartenir au poète des Argonautigues : je ne connais aucun autre auteur qui ait rapporté que ces déesses se soient occupées d'Athéné enfant. D'après le Scoliaste, Stésichore est le premier qui ait dit que la déesse Athéné a bondi armée de la tête de Zeus; c'est donc Stésichore que Pindare suivait, quand il montrait (VIIe Olympique, v. 35 et suiv.) la tête de Zeus fendue par la hache d'Hëphaistos et Athéné en bondissant avec des cris effroyables qui faisaient frémir d'horreur le ciel et la terre. L'Hymne homérique (XXVIII) à Athéné, où se trouve la même description, serait donc postérieur, sinon à la VIIe Olympique, du moins au poème de Stésichore auquel le Scoliaste fait allusion.

V. 1322. Nous sommes les déesses solitaires (οἰοπόλοι). — « C'est-à- dire qui errent à la suite de leurs brebis [περὶ τὰς οἶς πολούσαι]. Il les appelle indigènes [χθονίας] parce qu'elles sont les filles de la Libye; elles sont protectrices des troupeaux. Le mot χθονίαι veut dire nées de la terre [γηγενεῖς]. Douées de la parole humaine, parce qu'elles peuvent entrer en conversation avec les hommes. Callimaque fait mention de ces nymphes, disant : O héroïnes, maîtresses de la Libye, vous qui portez vos regards vers le séjour des Xasamons et leurs rivages étendus, prolonge;, je vous le demande, la vie de ma mère.» Hoelzlin, trompé peut-être par cette citation où il est question des Nasamons, comprend le mot οἰοπόλοι comme le Scoliaste et le traduit par deae pecorariae : ces déesses, dit-il, s'occupent de soigner les troupeaux comme font les Nasamons. Shaw est seul à reproduire la traduction d'Hoelzlin. Brunck dit tort bien : « Οἰοπόλοι, deserta habitantes, idem quod ἐρημονόμοι infra 1333 [en effet, comme Jason, en répondant aux déesses, les appelle ἐρημονόμοι, cela prouve bien qu'il a donné le sens de déesses habitantes 389 des déserts au mot οἰοπόλοι, par lequel elles se sont désignées elles-mêmes, quand elles lui ont, les premières, adressé la parole]... Perperam vero Scholiastes exponit. Triton a Pindaro vocatur οἰοπόλος δαίμων, Pythion., IV, 49, ubi non adeo insulsus fuit latinus interpres, ut verteret pecorarius deus. »

V. 1323. Héroïnes tuteïaires et filles de la Libye. — « Libye, Epaphi filia, Neptuno amata, quae tertiae orbis parti nomen suum dedit. » (Brunck.) Il me semble qu'en disant Λιβύης τιμήοροι ἠδὲ θύγατρες, Apollonios montre qu'il entend par Λιβύη le pays même, la Libye, et non Libyé, qui a donné son nom à ce pays. Il sera question de Libye au vers 1742.

V. 1325. Aussitôt qu Amphitrite aura dételé le char... de Poséidon. — Divinité relativement récente, Amphitrite n'est pas citée dans l'Iliade; elle est mentionnée dans l'Odyssée (V, v. 421; XII, v. 60, 97). C'est à partir d'Hésiode (Théogonie, v. 930) qu'elle est regardée comme la femme de Poséidon. Elle participe à son pouvoir et à ses honneurs, comme Héra à ceux de Zeus. Souvent représentée sur les monuments de l'art grec et surtout de l'art gréco-romain, on la voit d'ordinaire à côté de Poséidon sur un char traîné par des chevaux marins. Cf. Decharme, Mythol., p. 331-334; Preller, Griech. Mythol., erster Band, dritte Auflage, p. 489-490; Collignon, Mythol. figurée de la Grèce, p. 210. — Je pense qu'en montrant Amphitrite, non pas sur le char de Poséidon comme une reine, mais occupée à dételer les chevaux de son époux, Apollonios a voulu vieillir en quelque sorte cette divinité marine d'origine récente. Il donne à cette déesse que l'Iliade ne connaît pas des occupations serviles dont la déesse Héra de l'Iliade ne dédaignait pas de s'acquitter. Ne voit-on pas, en effet, l'épouse de Zeus atteler elle-même ses propres chevaux (Iliad., V, v. 731-732), comme, dans les Argonautiques, l'épouse d'un dieu moins haut placé que Zeus dans la hiérarchie détellera les chevaux de son mari?

V. 1327. A votre mère. — « II veut dire [ou plutôt, elles veulent dire, puisque ce sont les déesses qui parlent] le navire, car le navire les porte dans sa cavité, comme une mère [porte un enfant] dans ses flancs. » (Scol.) M. Cartault (ouvr. cité, p. 41) dit à propos du nom de περιτόναιον (péritoine) que les anciens Grecs donnaient, d'après Pollux, aux baux qui réunissent par en haut les deux flancs du navire : « Nous trouvons là une de ces métaphores hardies qui forment le fonds de la langue des matelots et sur lesquelles nous aurons à chaque instant l'occasion de revenir. La concavité du navire était comparée par les marins au ventre d'un animal : κύτος καὶ γάστρα, selon l'expression de Pollux. Le Scoliaste d'Apollonius de Rhodes dit, en parlant du navire Argo, qu'il renferme ceux qui le montent, comme une mère porte ses enfants dans son sein. »

V. 1329. Dans la divine Achaïe. — «Le poète désigne l'Achaïe, ou la Thessalie, ou l'Hellade : plutôt la Thessalie. Car les habitants de ce pays se nomment les Achaîens. Homère a dit : Maintenant ceux, tous tant qu'ils sont, qui habitaient Argos Pélasgique [Iliad., II, v. 681]; et plus loin : On les appelait et Myrmidons et Hellènes et Achaîens [Iliad., II, v. 684].» (Scol.)

V. 1339. Sa voix puissante (βαρείῃ, φθογγῇ). — Les mss. ont qui se rapporte mal au mot βῆσσαι (les halliers). Les anciennes éditions ont βαρείᾳ que Brunck corrige en βαθεῖαι : «Sic omnmo legendum. Vulgo βαρείᾳi, quod ad φθογγῇ referant. Non satis aptiim leonis rugitui epithetum illud est, quod tamen si ei Poeta tribuere voluisset, scripsisset βαρείῃ, non βαρείᾳ. » Wellauer propose la correction βαρείῃ adoptée par Merkel : cette correction a le double avantage de se rapprocher plus que βαθεῖαι de la leçon des mss. et de donner un sens plus satisfaisant que ce mot. Comme le dit Wellauer, l'adjectif convient parfaitement à la voix du lion, et, de plus, « βῆσσαι adjectivo non eget, ted φθογγή aegre epitheto caret ».

V. 1348. Ceintes de peaux de chèvres. — Brunck fait remarquer à propos de ce vers quel soin Apollonios prend de donner aux personnages qu'il met en scène le costume qui leur convient: «Accuratam in minimis rebus peritiam ostendit Poeta morum, habitus, cultusque diversarum, quarum meminit, gentium, ut ex comparatione Herodotei loci, in recensione populorum Africae libro IV, p. 364, constabit. » Voici, en effet, ce que dit Hérodote (IV, 189) : « Les femmes de Libye portent par-dessus leurs habits des peaux de chèvre sans poil, garnies de franges et teintes en rouge. » Brunck rapproche aussi du vers d'Apollonios une épigramme de Nicenaetos (Analect., t.1er, p. 416): « Héroïnes, vous qui habitez le rivage montagneux des Libyens, ceintes de peaux de chèvre et de franges entrelacées! »

V. 1365. Un cheval. — C'est à tort que l'on rapproche l'apparition merveilleuse de ce cheval du présage que donne à Énée l'apparition de quatre chevaux aperçus sur les côtes d'Italie (Aen., III, v. 537 et suiv.); Anchise comprend que ces chevaux sont un signe de guerre, tandis que les Argonautes voient dans l'apparition du cheval qui sort de la mer une confirmation de ce que les héroïnes ont dit à Jason : le char de Poséidon a été dételé par Amphitrite.

V. 1386. Pendant douze jours entiers. — II est probable que si Apollonios n'insiste pas sur cet épisode, c'est parce que la Médée de Pindare y a déjà fait allusion dans la IVe Pythique. — D'après une autre tradition rapportée par Justin (Histor., XXXII, 3), c'est pour passer de l'Ister à l'Adriatique que les Argonautes auraient porté leur navire sur leurs épaules, aucun cours d'eau n'ayant la largeur et la profondeur nécessaires à Argo.

V. 1391. Les eaux du lac Triton. — Le lac Triton, dans la Cyrénaïque, est cité par Strabon (710, 7 et suiv.); près de lui se trouve un autre lac, dit lac des Hespérides. Le lac Triton, forme par le fleuve du même nom, est situé au sud-ouest de la Petite-Syrte. Scylax (Peripl., § 110) donne à entendre que le lac Triton communique avec la Syrte, puisque il affirme qu'alors que la mer se retire, ce lac qui a un circuit de mille stades ne peut donner accès aux navigateurs. Pour Apollonios, le lac Triton est évidemment un lac d'eau salée qui communique avec la mer, puisque, quand les héros y sont parvenus, ils y déposent bien le navire Argo, mais ils ne peuvent y apaiser leur soif et se mettent immédiatement à la recherche d'une source d'eau douce (v. 1394); plus tard, le dieu Triton, qu'ils ont la bonne fortune de rencontrer et 391 de se rendre favorable, fera passer le navire Argo du lac dans la mer.

V. 1396. Le serpent Ladon né de la terre. — « Pisandre suppose que le dragon était ne de la terre; Hésiode dit qu'il est né de Typhon. Agroitas, dans le livre III de ses Libyques, dit qu'il ne s'agissait pas de pommes [μῆλα], mais de moutons |μῆλα signifie aussi moutons] fort beaux, qu'on appelait les moutons d'or, et qu'ils avaient un berger sauvage qu'on surnommait le dragon à cause de sa férocité. Phérécyde raconte, dans son livre X, qu'au moment du mariage d'Héra, la terre produisit des pommiers qui portaient un fruit d'or; les Nymphes, filles de Zeus et de Thémis, qui habitaient une caverne auprès de l'Éridan, conseillèrent à Héraclès dans l'embarras de demander à Nérée où il pourrait prendre ces pommes d'or; Héraclès s'empara de Nérée par force : s'étant d'abord transformé en eau et en feu, puis revenu à sa première forme, celui-ci donna des indications au héros. Le héros se met donc en route vers les pommes d'or. Arrivé à Tartessos, il passe en Libye, où il tue le cruel Antée, fils de Poséidon. Puis il arrive sur les bords du Nil, à Memphis, auprès de Busiris, fils de Poséidon, qu'il tue ainsi que son fils Iphidamas et son héraut Chalbès et ses serviteurs, devant l'autel de Zeus où ils immolaient les étrangers. Arrivé à Thèbes, il passa en traversant les montagnes dans les déserts de Libye où il tua à coups de flèches beaucoup de bêtes sauvages. Après en avoir purgé le pays, il descendit jusqu'à la mer extérieure ; ayant reçu d'Hélios une coupe d'or, il s'y embarqua et arriva au pays situé en face, ayant traversé la terre, la mer et l'Océan. Étant arrivé auprès de Prométhée et ayant été vu par celui-ci, il fut apitoyé par ses supplications et tua à coups de flèches, alors qu'il volait vers lui, l'aigle qui rongeait le foie de Prométhée. En récompense, celui-ci lui donna l'idée de ne pas aller lui-même chercher les pommes, mais de se rendre auprès d'Atlas et de le prier de les lui porter, pendant qu'il soutiendrait le ciel à la place d'Atlas, jusqu'à son retour de chez les Hespérides. Ayant écouté ces paroles, Héraclès va trouver Atlas, lui explique quel travail lui est imposé et lui demande d'aller prendre trois pommes chez les Hespérides et de les lui porter. Atlas établit le ciel sur les épaules d'Héraclès, alla vers les Hespérides, recul d'elles les pommes et revint vers Héraclès; mais il lui dit qu'il porterait lui-même les pommes à Eurysthée et demanda à Héraclès de soutenir le ciel à sa place. Héraclès, le lui ayant promis, imposa à son tour par une ruse la charge du ciel à Atlas. Car il lui demanda, comme Prométhée le lui avait conseillé, de se charger du ciel, pendant qu'il se ferait une tresse qu'il placerait sur sa tête. Atlas, ayant jeté les pommes à terre, reprit le fardeau du ciel. Héraclès, s'étant saisi des pommes, s'éloigne et va à Mycènes auprès d'Eurysthée les lui montrer. — Le même Phérécyde fait le récit suivant dans son livre II : Quand Zeus épousa Héra, la terre lui donna en présent les pommes d'or voisines de l'Océan. Un dragon les gardait, qui était né de Typhon et d'Échidna, qui avait cent têtes et des voix de toutes sortes. » (Scol.) Pour toute la légende de la conquête des pommes d'or des Hespérides, voir Decharme, Mythol., p. 531-533.

V. 1399. Les Nymphes Hespérides s'empressaient. — « Leur nom 392 vient soit de ce qu'elles apparaissent le soir [ἑσπέρας;], soit de ce que leur demeure est en Hespérie. Les Hespérides étaient filles de Phorcos et de Cétô. De l'une d'elles l'île où habitait Géryon a pris son nom, ce Géryon qui possédait le chien Orthos, frère de Cerbère, qu'Héraclès tua. D'autres disent les Hespcrides filles d'Atlas. » (Scol.) Phérécyde place la demeure de ces Nymphes en Hespérie, auprès de l'Eridan (voir la note au vers 1396) et il les confond avec les Héliades, voisines de l'Éridan (voir Scol. au vers 742 de l'Hippolyte d'Euripide et Heyne, ad Apollodori Bibliothecam Observationes, p. 167). D'après d'autres traditions (Decharme, Mythol., p. 248), les Hespérides, nuages dores du couchant, ont pour père un astre brillant, Hespéros, fils lui-même d'Atlas. Hésiode (Théogonie, v. 215) fait des Hespérides les filles de la nuit. Apollonios nomme trois Hespérides : Hespéré (v. 1427), l'Hespéride par excellence, Aiglé (v. 1428), l'éclatante, et Érythéis (v. 1427), la rougeâtre; c'est cette dernière, qui a, comme dit le Scoliaste, donné son nom à l'île Érythéia (Hésiode, Théogonie, v. 290 et 983) où Héraclès tua le chien Orthros (et non Orthos, comme dit le Scoliaste). Cf. Decharme, Mythol., p. 627. M. Decharme (Mythol., p. 531l) fait d'ailleurs remarquer que «le dragon Ladon, fils de Typhaon et d'Échidna, a évidemment une certaine affinité avec le chien Orthros».

Chantant avec des accents charmants. — Hespérides Hesiodo λιγύφωνοι [Théogonie, v. 275 et 518], Euripidi ὑμῳδοί [Herc. Fur., v. 394, ὑμνῳδούς τε κόρας] et ἀοιδαί [Hippol., v. 742 : 'Ἑσπερίδων... τᾶν ἀοιδῶν] dicuntur. » (Brunck.)

V. 1403. Comme les flèches avaient laissé...— Brunck explique très nettement le sens de cette phrase, embrouillé comme à plaisir par les traducteurs latins : « Serpentem sagittis confixerat Hercules: sagittae vero in serpentis vulneribus et proinde sanguine admiscuerant et reliquerant lethale virus Lernaeae hydrae, quo olim intinctaefuerunt. Ideo quae vulneribus insidebant muscae, gustato venenato tabo, statim arescebant et moriebantur. »

V. 1405. Au milieu de la putréfaction des blessures (πυθομένοισιν ἐφ' ἕλκεσι). — « Au lieu de σηπομένοις, il emploie πυθομένοις, mot d'où vient le nom de la Pythie, car elle résidait là où le dragon avait pourri. Myclos de Néapolis dit que le nom du pus [πῦον] vient de la même origine, car le pus est le sang pourri. D'autres disent que le nom de la Pythie vient soit de ce que ceux qui venaient interroger l'oracle étaient avides de savoir [πευστικῶς ἔχοντας], solt d'une vierge Pythique, dont le nom était Pythis, et qui était fille de Delphos. » (Scol.) Pour les étymologies du nom de Pytho, voir la note au vers 207 du Chant Ier. On trouve dans l'Hymne homérique à Apollon (v. 179-197) l'étymologie qui fait venir le nom du serpent Python de πύθω, pourrir. Percé des flèches du dieu, le monstre devient le pourrissant, le Python. En souvenir de sa victoire, Apollon est surnommé le Pythien, et la ville qui s'élève à l'endroit où le serpent était établi, prend le nom de Pytho. Voir Decharme, Mythol., p. 104 et suiv.

V. 1412. Soit que l'on vous compte au nombre des déesses du ciel...— « Il s'exprime ainsi, car, parmi les Nymphes, les unes sont célestes, les 393 autres terrestres; celles-ci habitent les fleuves, celles-là, les marais, d'autres encore, la mer. En somme, la race des Nymphes admet de nombreuses divisions, comme le dit Mnésimaque de Phasélis, dans ses Catalogues méthodiques [ἐν Διακόσμοις]. » (Scol.) A vrai dire, il n'y a pas de Nymphes qui méritent exactement le nom de Nymphes célestes, comme le Scoliaste l'affirme, puisqu'elles «ont quitté les demeures célestes où elles sont nées pour résider désormais sur la terre » (Decharme, Mythol., p. 351). Orphée donne à toutes les Nymphes qu'il invoque le nom général de postérité sacrée d'Océanos (v. 1414). A l'époque homérique, au contraire, la plupart des Nymphes sont considérées comme filles de Zeus (Iliad., VI, v. 420; Odyss., VI, v. 105).

V. 1442. La soif le desséchait (δίψῃ καρχαλέος). — C'est une expression homérique : « Desséchés par la soif (δίψῃ καρχαλέοι), couverts de poussière, ils fuyaient. » (Iliad., XXI, v. 541.) Pierron dit à propos de ce vers de l'Iliade : « II ne faut pas confondre καρχαλέος avec καρφαλέος quoiqu'ils se rapprochent beaucoup pour le sens. Ils viennent l'un de κάρχανος; (violent, rude), et l'autre de κέρφω (sécher)... Les Troyens ont la langue et le gosier tout rugueux, tout racornis, ce qui dit plus encore que secs. » On peut rapprocher de l'expression homérique l'expression virgilienne asperque siti (Georg., III, v. 434).

V. 1449. Courbé en avant comme une génisse. — Une comparaison semblable se trouve deux fois dans Nicandre : « Si un homme, accablé par la soif, s'abreuve à un fleuve, courbé en avant à la manière d'un taureau. » (Alexiph., v. 4g5.) « Tel un taureau courbé en avant boit à un fleuve... » (Theriac., v. 340.)

V. 1452. Telles... les fourmis... ou telles, des mouches. — « Formicarum similitudine usus est Virgilius, sed aliorsum transtulit, Aen. IV, v. 402. » (Brunck.) Quant à la comparaison des mouches, Apollonios semble en avoir emprunté l'idée à deux comparaisons homériques. Dans l'lliade (II, v. 469 et suiv.), l'empressement des Achéens qui se préparent à combattre les Troyens est comparé à celui des essaims de mouches qui envahissent une bergerie, alors que les vases s'emplissent de lait; la même comparaison est appliquée (XVI, v. 641 et suiv.) aux guerriers qui se pressent autour du cadavre de Sarpédon renversé dans la poussière.

V. 1464 et suiv. Les deux fils de Borée... Euphémos... Lyncée... Canthos. — Voir, au sujet de ces divers héros, les notes aux vers 211, 179, 162, 77 du Chant Ier Les fils de Borée se confient dans leurs ailes; Euphémos, dans la rapidité de ses pieds; Lyncée, dans l'excellence de ses yeux qui pénètrent au loin. Seul, Canthos n'est doué d'aucune qualité physique qui le désigne pour aller à la recherche d'Héraclès. Il est entraîné par son courage, son amitié pour Polyphémos et surtout par sa destinée qui est de mourir en Libye (cf. les vers 77 et suiv. du Chant Ier).

V. 1470. L'Eilatide Polyphémos.— Voir la note au vers 1177 du Chant Ier.

V. 1479. Comme au premier jour du mois on aperçoit la lune... — On sait comment Virgile (Aen., VI, v. 452-454) a fait sienne cette comparaison qu'il a rendue à la fois bien plus touchante et bien plus 394 juste : il ne s'agit plus du géant Héraclès, dans l'Enéide, mais de l'ombre pâle et silencieuse de Didon qui apparaît au loin dans la clarté lugubre des enfers, semblable à la lune qui, mince encore, au premier jour du mois, glisse à peine aperçue entre les nuages.

V. 1485. Les Κères funestes. — Voir la note au vers 689 du Chant Ier Apollonios parlera encore au vers 1665 des Kères « qui rongent le coeur des humains, chiennes rapides d'Adès, qui, du milieu des brouillards où elles tourbillonnent, se lancent sur les vivants » Noires divinités, filles de la Nuit (Hésiode, Théogonie, v. 211), les Kères exercent surtout leur activité pendant les batailles sanglantes où elles font leur proie des mourants et des blessés (cf. le Bouclier d'Héraclès, v. 249 et suiv.). C'est ainsi que les Kères s'emparent de Canthos tombé sous les coups de Caphauros. « Outre les Kères des champs de bataille, il y en a d'autres qui, sous des formes diverses, tendent des pièges incessants à la vie humaine, qu'elles sont avides de détruire. » (Decharme, Mythol., p. 419.) Ce sont celles-là qui aideront Médée à faire mourir le géant Talos (v. 1669 et suiv.); enfin, les Kères, synonymes des Parques romaines, sont souvent les Moires qui donnent aux humains la mort naturelle : c'est à elle que faisait allusion Polyxo, s'attendant à mourir de vieillesse (Argonaut., I, v. 690).

V. 1490. Phoibos Lycoréios. — « Lycoréios est pour Delphique; car, d'abord, les Delphiens se nommaient Lycoréiens; ils tiraient ce nom d'un village appelé Lycoréia. » (Scol.) Voir la note au vers 711 du Chant II. Le surnom Lycoréios d'Apollon a peut-être ici une autre origine : le dieu, en même temps qu'il a aimé une Nymphe nommée Acacallis (Pausanias, X, 16, 5), a aussi été l'amant d'une autre Acacallis, fille de Minos (Pausanias, VIII, 53, 4). Antoninus Liberalis (Transform., lib. XXX) rapporte, d'après Nicandre, que cette Acacallis eut Milétos d'Apollon. Redoutant la vengeance de Minos, son père, elle exposa cet enfant dans une forêt, où Apollon le fit nourrir par des loups (λύκοι). Apollonios suit sans doute une légende où Garamas remplace Milétos, et le nom de Lycoréios peut venir des loups par lesquels Apollon fit nourrir le fils qu'il avait eu d'Acacallis. C'est, semble-t-il, l'opinion de Brunck :« Acacallidis Minois filiae ex Nicandro meminit Antonmus Liberalis, cujus ex narratione, cap. 30, colligere quis possit non temere hic a Poeta Apollini epitheton Λυκωρείοιο tributum fuisse, sed ad nominis etymon eum respexisse. »

V. 1492. Dans son sein appesanti. — Alexandre, dans le livre Ier de ses Crétiques, dit qu'Acacallis eut commerce avec Apollon et avec Hermès; d'Apollon elle eut Naxos; d'Hermès, Cydon, qui donna son nom à la ville de Cydonia en Crète. » (Scol.) Pausanias (VIII, 53, 4) dit que Cydon, le fondateur de Cydonia, est fils d'Hermès et d'Acacallis, fille de Minos.

V. 1494. Garamas. — «Les Garamantes sont un peuple de Libye [cf. Strabon, 709, 7 et suiv.; etc.]. Il est incertain si c'est ce peuple qui a pris son nom de Garamas, ou si c'est Garamas qui a pris le sien de ce peuple. » (Scol.) II est probable que Garamas est le héros éponyme des Garamantes; mais ce héros est également inconnu sous ses deux noms de Garamas et d'Amphithémis. Agroitas, cité par Hérodien 395 (Histor. Graec. Fragm., vol. IV, p. .294) rapporte qu'Amphithémis, uni  à diverses Nymphes, eut d'elles plusieurs fils, entre autres Psyllos qui donna son nom au peuple des Psylles. Agroitas ne cite pas Caphauros parmi les fils d'Amphithémis. On ne sait rien de ce Caphauros, ni de sa mère, la Nymphe Tritonis, qui était probablement une Nymphe du lac Triton.

V. 1502. L'Ampycide Mopsos. — Cf. les vers 77-85 du Chant Ier.

V. 1511. Paiéon. — C'est le médecin homérique des dieux (Iliad., V, v. 401, etc.), bien distinct d'Apollon en l'honneur de qui on chante le péan (παιήων, Iliad., I, v. 473), non pour le prier de guérir les héros malades de la peste, mais pour le remercier d'avoir fait cesser le fléau. Le dieu en l'honneur de qui on chante le péan et le divin médecin Paiéon seront confondus bientôt après l'époque homérique. Mais, fidèle aux traditions anciennes, Apollonios a soin de distinguer Paiéon d'Apollon.

V. 1513. Persée-Eurymédon (c'est de ce dernier nom que sa mère l'appelait). — Voir pour Danaé, mère de Persée, la note au vers 1091. Dans ses notes à ce vers et au vers 1515, le Scoliaste raconte à peu près toute la légende de Danaé et de Persée, d'après Phérécyde. — Apollonios est, à ma connaissance, le premier qui ait donné à Persée ce second nom d'Eurymédon, celui qui règne au loin. Plusieurs personnages homériques portent ce nom : le cocher d'Agamemnon (Iliad., IV, v. 228), un serviteur de Nestor (Iliad., VIII, v. 114), un roi des géants (Odyss., VII, v. 58). D'autres héros légendaires se sont nommés de même. C'est seulement après Apollonios qu'on trouve la mention de ce nom d'Eurymédon appliqué à Persée. Hésychius : « Εὐρυμέδων ὁ Περσεὺς ἢ Ποσειδῶν [cf. Pindare, Olymp., VIII, v. 31 : εὐρυμέδων τε Ποσειδᾶν] ἤ ἀετὸς καὶ Ἑρμῆς. » Etym. M., 687, 36 : « Εὐρυμέδων δὲ ὁ Περσεύς ἐκαλεῖτο. » Apollonios a soin de noter les deux noms de Persée, comme il a noté les deux noms d'Apsyrtos (voir la note au vers 242 du Chant III). Je suppose que le poète se conforme à quelque tradition savante : Danaé nommait son fils Eurymédon, et c'est seulement quand le fils de Danaé fut considéré comme un héros solaire qu'on lui donna le nom de Persée. «Fils du Dieu lumineux du ciel, conçu par sa mère dans l'obscurité, il se rapproche par là d'Apollon, fils de Zeus et de Létô. Son nom même confirme ce rapprochement. Dans la Théogonie, Perses est un Titan, frère d'Astraeos, mari d'Astéria; l'Océanide Perséis est l'épouse d'Hélios. Le héros argien est nécessairement de la même famille que ces personnifications des grands astres du ciel.» (Decharme, Mythol., p. 637.)

V. 1515. La Gorgone. — « Alors que Persée vivait à Sériphos avec sa mère auprès de Dictys et devenait déjà grand, le frère utérin de Dictys, Polydcctès, qui était alors roi de Sériphos, ayant vu Danaé, en devint amoureux; mais il ne savait comment s'unir à elle. Alors, ayant préparé un festin, il y invita beaucoup de convives, Persée entre autres. On demanda à Persée quel serait l'écot du festin; Polydectès disait que ce serait un cheval, Persée répondit: Ce sera la tète de la Gorgone. Mais, le lendemain du repas, comme les autres convives qui devaient payer leur écot, Persée amena un cheval. Le roi ne voulut pas 396 l'accepter et lui réclama, conformément à sa promesse, la tête de la Gorgone : s'il ne la lui apportait pas, le roi disait qu'il prendrait sa mère en mariage. Plein d'angoisse, déplorant son malheur, Persée se retire dans la partie la plus reculée de l'île. Mais Hermès, lui étant apparu et l'ayant interrogé, apprend la cause de ses lamentations. Il l'encourage, et le conduit d'abord auprès des Graies, filles de Phorcos, Péphrédo, Ényo et Deino; Athéné avait pris les devants. II enlève aux Graies l'œil et la dent qu'elles se prêtaient l'une à l'autre. S'étant aperçues de ce vol, elles poussent des cris et supplient qu'on leur rende leur œil et leur dent : car toutes trois elles se servaient tour à tour du même œil et de la même dent. Persée leur répond qu'il les a et qu'il les rendra si elles lui indiquent les Nymphes qui possèdent le casque de cuir, les sandales ailées et la besace d'Adès. Elles lui donnent les indications nécessaires, et il leur rend leur œil et leur dent. Étant allé vers les Nymphes avec Hermès, leur ayant demandé et ayant reçu d'elles ce qu'il désirait, il attache à ses pieds les sandales ailées, il suspend la besace à son épaule et il met le casque de cuir sur sa tête. Ainsi équipé, il arrive en volant vers l'Océan et vers les Gorgones; Hermès et Athéné l'accompagnaient. Il trouve les Gorgones endormies. Les dieux lui enseignent comment il faut s'y prendre pour couper la tête en se détournant, et ils lui montrent Méduse qui, seule des Gorgones, était mortelle. S'étant approché d'elle, il lui coupe la tête, la jette dans la besace et s'enfuit. Les deux autres Gorgones, s'en étant aperçues, le poursuivent, mais elles ne le voient pas. Persée, arrivé à Sériphos, se rend auprès de Polydectès et lui demande de rassembler son peuple, pour montrer à tous la tête de la Gorgone; il savait que ceux qui la verraient seraient changés en pierres. Polydectès rassemble son peuple et dit à Persée de montrer la tête; celui-ci la tire de sa besace, en se détournant, la montre et tous ceux qui l'ont vue sont changés en pierres. Mais Athéné, ayant demandé la tête de la Gorgone à Persée, la place sur son égide; il donne à Hermès la besace, et il rend aux Nymphes les sandales et le casque de cuir. — Telle est l'histoire que Phérécyde raconte dans son livre II. D'autres disent que Persée ayant coupé la tête de la Gorgone, vola au-dessus de la Libye et que des gouttes de sang qui tombèrent à terre, des bêtes féroces naquirent, ce qui fît donner à la Libye le surnom d'abondante en bêtes féroces. [Lycophron] fait le même récit dans l'Alexandra [v. 835].» (Scol.) C'est l'éditeur des Scolies, H. Keil, qui renvoie au vers 835 de Lycophron : en réalité, c'est dans les vers 880 et suiv. de l'Alexandra qu'il est question de la mort de Mopsos. — Je ne trouve pas avant Apollonios trace de cette légende des serpents de Libye nés du sang de la Gorgone. Ovide (Met., IV, v. 6i5 et suiv.) a développé ce passage des Argonautiques :

Viperei referens spolium memorabile monstri,
Aera carpebat tenerum stridentibus alis.
Cumque super Lybycas victor penderet harenas,
Gorgonei capitis guttae cecidere cruentae :
Quas humus exceptas varios animavit in angues,
Unde frequens illa est intestaque terra colubris.

397 Lucain (Pharsal., IX, v. 619-699) a raconté à son tour très longuement tout l'épisode de la victoire de Persée sur la Gorgone et de sa course aérienne au-dessus de la Libye pour expliquer l'origine des innombrables serpents qui infestent ce pays. Cf. v. 696-699 :

llla tamen sterilis tellus, fecundaque nullo
Arva bono, virus stillantis tabe Medusae
Concipium, dirosque fero de sanguine rores,
Quos calor adiuvit putrique incoxit harenae.

V. 1519. La plante du pied gauche (λαιὸν... ταρσὸν ποδός). — Cf. Iliad., XI, v. 377 : ταρσὸν δεξιτεροῖο ποδός. Le mot ταρσὸς signifie en général toute superficie plane et unie.

V. 1520. Le gras de la jambe et le péroné (κερκίδα καὶ μυῶνα). — Le mot μυών (de μῦς, muscle) signifie la chair musculaire, le gras de la jambe (Iliad., XVI, v. 3i5) ou du bras (Iliad., XVI, v. 324). Le mot κερκίς, dans les poèmes homériques (Iliad., XXII, v. 448; Odyss., V, v. 62), désigne le bâton au moyen duquel les tisserands primitifs fixaient les fils de la trame : c'est le radius des Latins. Plus tard, on a entendu par κερκίς; l'os long et grêle placé à la partie externe de la jambe, le péroné, et aussi l'os long qui occupe la partie externe de l'avant-bras et qu'on désigne en français par le mot latin radius. Cf. Celse, VIII, i : « Radius, quem κερκίδα Graeci appellant... » On peut, à propos de ce passage, constater une fois de plus la précision qu'Apollonios met dans les descriptions physiologiques. Voir les notes aux vers 205 du Chant II et 763 du Chant III.

V. 1521. Médée et les autres femmes, ses suivantes (Μήδεια καὶ ἄλλαι... ἀμφίπολοι). — « καὶ αὐταί. Sic emendo. A bsurde vulgo καὶ ἄλλαι. » (Brunck.) Il est facile de traiter une leçon d'absurde : mais il vaudrait mieux essayer de la comprendre. Brunck devrait, en effet, savoir qu'on trouve souvent en grec ἄλλος seul, là où un nom devrait se joindre en apposition à ἄλλος qui, dans ce cas, signifie en outre, de plus ou d'autre part. Cf. Koch, Grammaire grecque, traduction de Rouff,  § 81, Remarque III, p. 269. Brunck aurait trouvé dans l'Odyssée de nombreux exemples de cet emploi d'ἄλλος, exemples qui prouvent que sa correction est aussi déplacée que pédante. Cf. Odyss., II, v. 411 :

... μήτηρ δ' ἐμοὶ οὔτι πέπυσται
Οὐδ' ἄλλαι δμωαί...

Ma mère ne le sait pas, non plus que les autres [femmes, qui sont ses] servantes. Voir encore Odyss., VI, v. 84, etc.

V. 1523. De douleur excessive (ὑπέρβιον ἄλγος). — Les mss. ont à la fin du vers 1523 ὑπέρβιον ἕλκος ἕτειρεν, et, à la tin du vers 1622, φοίνιον ἕλκος ἄφασσεν. Cette répétition du mot  ἕλκος dans deux vers de suite, à la même place, a semblé suspecte à Brunck qui corrige, au vers 1523, (έλκος en ἄλγος : « Vox ἕλκος librariii errore e praec. v. repetita, hic absurdissima est. Sane ὑπέρβιον erat vulnus illud, quo statim mortuus est Mopsus. Sed cum ratio reddenda esset car ille vulnus audacter contrectaret, addidit Poeta, vulneris dolorem non ita magnum fuisse, quod in carnium putredine et gangrena solemne est.» Combattue par

398 Wellauer, cette correction a été adoptée par Flangini, Beck et l'édition Tauchnitz. Merkel, qui conserve ἕλκος, dit : « ἄλγος Brunckius, fort, recte. » C'est d'ailleurs d'après le même principe qui faisait supprimer par Brunck l'un des deux ἕλκος; des vers 1522 et 1523 que Merkel a corrige heureusement les vers 574 et 575 du Chant II qui se terminaient l'un par αὖθις, l'autre par αὖτις. Voir la note au vers 575 du Chant II. — Dans un long développement sur les effets des morsures faites par les serpents de Libye, Lucain (Pharsal., IX, v. 784 et suiv.), qui imite évidemment Apollonios, constate le peu de douleur qui suit la blessure. Cf. v. 739-740 :

Vix dolor aut sensus dentis fuit : ipsaque leti
Frons caret invidia; nec quidquam plaga minatur.

v. 1524. Une langueur (κῶμα). — Voir la note au vers 105 du Chant II.

V. 1525. Un nuage épais (ἀχλύς) -— Apollonios emploie ici une expression homérique (Iliad., V, v. 696; Odyss., XXII, v. 88). Nicandre (Theriac., v. 430) constate aussi l'effet du venin sur la vue de l'individu atteint : « Le venin rapide infecte les membres et s'en repaît, un nuage épais s'étend sur les yeux et les dompte. »

V. 1531. Les poils (λάχνη) -— Brunck écrit  ἄχνη qu'il avait conjecturée avant de la trouver dans un ms. de Paris. Il entend par ce mot l'écume que produit le violent afflux des liquides purulents qui sortent d'un corps en décomposition, putrificae uliginis effluxu, spumae illius, quae liquescentibus carnibus oboritur. Wellauer, qui défend avec raison la leçon λάχνη dit bien : « Ἄχνη quomodo deputrifica uligine dici possit, prorsus non intelligo, neque illa ἀπὸ χροός sed ἐκ χροός fluere dici debebat. Pilorum vero defluvium saepe tanquam summae putredinis signum commemoratur. »

V. 1533. Ils s'arrachèrent...une partie de leur chevelure. — C'est une coutume homérique : aux funérailles de Patrocle (Iliad., XXIII, v. 135), les Myrmidons couvrent le mort de leurs cheveux qu'ils s'arrachent. Les Oanaens agissent de même dans les cérémonies funèbres en l'honneur d'Achille (Odyss., XXIV, v. 46).

V. 1535. Trois fois...— Voir la note au vers 1059 du Chant Ier.

V. 1541. Tel un serpent... — Dans l'Iliade (XXII, v. 93 et suiv.), Hector qui marche contre Achille est comparé à un serpent furieux qui rampe et se roule rapidement. Hésiode (Fragm. CXLII, édit. Didot) comparait le cours sinueux du Céphisos à travers la Phocide à la marche oblique d'un serpent: Apollonios a pu se souvenir de cette comparaison; il a été lui-même imité par Denys (Perieg., v. 123-126) qui compare à la marche oblique d'un serpent la direction du golfe d'Issos vers la mer.

V. 1552. Le très puissant Triton. — « Pindare, lui aussi, dans ses Pythioniques, dans l'ode à Arcésilaos, raconte l'apparition de Triton. » (Scol.) Apollonios se borne, en effet, à développer tous les détails de l'épisode de Triton et d'Euphëmos, déjà indiqués dans le discours de Médée qui se trouve au commencement de la IVe Pythique. Hérodote (IV, 179) raconte aussi l'apparition de Triton aux Argonautes, l'aide 399 qu'il leur prête pour sortir des bas-fonds et la prédiction qu'il leur fait après avoir reçu le trépied en récompense.— Dieu inconnu à l'époque homérique et dont il est question pour la première fois dans la Théogonie d'Hésiode (v. 930 et suiv.), le très puissant Triton (l'expression Τρίτων εὐρυβίης se trouve au vers 931 de la Théogonie, comme au vers 1552 du Chant IV des Argonautiques) est une divinité terrible qui habite, au plus profond de la mer, des demeures d'or, auprès de son père Poséidon et de sa mère Amphitrite. Apollonios fait de lui un dieu bienveillant et prophétique comme Glaucos, dont il a été question au vers 1310 du Chant Ier. Doué du pouvoir de se métamorphoser, il apparaît d'abord aux Argonautes, « semblable à un jeune homme » (v. 1551), comme dans la IVe Pythique. Plus loin, Apollonios décrira le dieu «tel qu'il devait être vu sous sa forme véritable» (v. 1603), c'est-à-dire sous la forme consacrée par l'art antique. — Diodore de Sicile (IV, 56), fidèle à son système inspiré d'Évhémère, fait de Triton non un dieu, mais un roi de Libye qui secourut les Argonautes.

V. 1558. Mon père Poséidon m'a instruit (ἐπιίστορα... θῆκε).— «II emploie ἐπιίστορα pour κριτήν [juge]. Homère a dit d'Agamemnon : Agamemnon Atride, celui qui sait, qui juge [Iliad., XXIII, v. 486]. Il entend par ἵστωρ, Agamemnon, le témoin, celui qui fait observer la convention. Apollonios veut dire ici le surveillant, celui qui observe la mer. » (Scol.) Au lieu de donner un exemple du mot ἴίστωρ, le Scoliaste aurait mieux fait d'éclaircir le sens du mot ἐπιίστωρ employé par Apollonios, en citant l'emploi qui en est fait dans l'Odyssée (XXI, v. 26) : Ἡρακλῆα μεγάλων ἐπιίστορα ἔργων, Héraclès qui cannait les grands travaux. Tel doit être, dans notre passage aussi, le sens du mot. Triton, pour tirer le navire Argo des bas-fonds d'où il ne peut sortir, doit connaître ces parages et, de plus, avoir la puissance d'aider les Argonautes. Il dit d'abord qu'il est ἐπιίστωρ : il connaît ces endroits; il dit ensuite qu'il règne sur cette contrée maritime (v. 1559, ἀνάσσω) : savoir, pouvoir, il a donc tout ce qu'il faut pour porter aux Argonautes une aide efficace.

V. 1561. Eurypylos. — C'est aussi sous ce nom que le Triton de Pindare se présente aux Argonautes : il leur dit « qu'il se nomme Eurypylos, fils du dieu qui embrasse la terre de ses eaux et qui l'ébranlé» (IVe Pyth., v. 57-59). Le Scoliaste a déjà parlé (note au vers 500 du Chant II) d'Eurypylos, roi du pays où la ville de Cyrène devait s'élever. Il ajoute ici : « Eurypylos, fils de Poséidon et de Célaino, fille d'Atlas, était roi de Cyrène. Phylarque, dans son livre VII, l'appelle Eurytos et dit qu'il avait un frère nommé Lycaon. Acésandros, dans le premier livre de son ouvrage sur Cyrène, dit que Cyrène régna après lui sur la Libye. Callimaque, en parlant de Cyrène, fait mention d'Eurypylos [Hymne à Apollon, v. 92]. »

La Libye, nourricière des bêtes féroces (Λιβύῃ θηροτρόφῳ). — Les scolies de Paris disent qu'on lit θηροτρόφῳ et μηλοτρόφῳ [qui nourrit des brebis]; les scolies Ijmrentiennes n'expliquent que cette dernière leçon qui pourrait être défendue par l'emploi de la même épithète appliquée à la Libye que fait la Pythie dans son discours à Battos (Hérodote, IV, i55, Λιβύην μηλοτρόφον). Mais Varron de l'Atax avait sous les yeux un 400 ms. portant la leçon θηροτρόφῳ, quand il écrivait sa traduction des Argonautiques. Cf. Philargyrii Commentarius in Virgil. Georg., III, v. 176 : «Antiqui autem fetum pro gravido solent ponere. Ut Varro Atacinus : Feta feris Libye. »

V. 1502. La motte de terre. — Dans Pindare, c'est Triton lui-même, se faisant passer pour Eurypylos, qui offre à Euphémos la motte de terre comme gage d'hospitalité. Dans Apollonios, au contraire, c'est Euphémos qui se présente pour accepter la motte offerte aux héros en général. Fils de Poséidon, il reconnaît naturellement un frère dans le prétendu Eurypylos; tandis que le Triton de Pindare trahit son incognito en s'adressant de lui-même à Euphcmos dont le prétendu Eurypylos, qui n'est pas un dieu, ne peut avoir deviné l'origine.

V. 1564. L'Apide. « L'Atthide et la mer: on écrit aussi l'Apide: c'est une île située devant la Crète; la mer de Minos est aussi devant la Crète, qui était le royaume de Minos : comme il était maître de la mer [θαλαττοκρατῶν; sur la θαλαττοκρατία de Minos, voir la note au vers 516 du Chant II], il s'était soumis les iles. » (Scol.)Tous les mss. ont Ἀτθίδα, leçon conservée par les éditions antérieures à celle de Wellauer. Mais ce n'est pas la route de l'Atthide, c'est-à-dire de l'Attique, que les Argonautes veulent savoir: ils cherchent à aller vers la terre de Pélops (v. 1570). D'autre part on ne connaît pas l'île Apis ou Apide dont parle le Scoliaste. Gerhard (Lection. Apollon., p. 19) dit fort bien : « Ut, qua ratione in Graeciam proficiscendum sit, sibi indicet, Tritonem rogat Euphemus. Is quoniam et ipse fuit Peloponnesius, et ceteri omnes versus Peloponnesum ut proximam Graeciae terrant tendebant, neque, Attica quamobrem memoretur, apparet, bona est altera lectio a Scholiis Florentinii memorata Ἀπίδα. si modo, quod non dubito, alla forma fuit Ἀπίς pro Ἀπία, quae, ut notum, et proprie est Argos et latiore significatii Peloponnesus. » Le contexte prouve bien qu'il faut écrire Ἀπίδα, et que ce mot signifie le Péloponèse; si la forme Ἀπίς semble ne pas se trouver ailleurs, la forme Ἀπία est bien connue (Acousilaos, fragm. 11, Histor. Graec. Fragm., vol. Ier; Ister, fragm. 43, op. cit.; Apollodore, II, I, 1; Strabon, 319, 35; Pausanias, II, 5, 7, etc.). Voir la note au vers 263.

V. 1578. Dirigez votre course à main droite. — Voici l'itinéraire que Triton indique aux Argonautes. Une fois entrés dans la mer, ils serreront de près la côte, jusqu'à l'endroit où ils lui verront former un cap, probablement le cap Phycous, qui, dit Strabon (710, 22 et suiv.), est tourné vers le Nord et se trouve juste en face du cap Tainaros en Laconie, dont il est éloigné d'une distance de 2,800 stades. Parvenus à ce cap, ils doivent cesser de suivre la côte et s'avancer en ligne droite : ils arriveront ainsi au cap Tainaros et n'auront plus qu'à côtoyer le Péloponèse, puis l'Attique pour arriver à Pagases. Mais le souffle du Notes (v. 1628) les détournera de cette ligne droite et ils n'arriveront à l'île Aiginé (v. 1766), d'où la route sera facile vers Pagases, qu'après avoir fait un long détour en passant par Carpathos, par la Crète et par les iles de la mer de Crète.

V. 1588. Triton qui tenait le grand trépied (αὐτὰρ ὃ τείως Τρίτων ἀνθέμενος τρίποδα μέγαν). — Brunck, suivi par Flangini, corrige αὐτὰρ  401 ὅγ ὤμοις jugeant le mot τείως oiseux, froid et inepte, et l'emploi du verbe ἀνθέσθαι au sens absolu insolite chez Apollonios. « Praeterea cum sequatur ἀνθέμενος, quod significat cum sibi imposuisset, addi debuit quo, cuinam corporis parti, impositum tripodem abstulerit : nam capiti, humera, brachio imponi potuit. » Wellauer fait remarquer que le mot τείως; n'est pas si dénué de sens que Brunck le prétend: «Sed significat: Interea, dum illi navem conscendebant et provehebantur. » De plus, ajoute-t-il : « Neque obstat quidquam quominus ἀναθέσθαι τι in universum significet sarcinam sublatam ferre. »

V. 1598. Triton, le monstre marin (ἅλιον τέρας).— A propos du vers 1619 où revient le mot τέρας appliqué à Triton, le Scoliaste dit: «II appelle Triton un monstre parce qu'une partie de son corps est d'un homme, l'autre d'un cétacé. » Jason comprend bien que le prétendu Eurypylos est un dieu marin, mais, ne l'ayant vu encore que sous sa forme humaine, il ne peut décider si c'est le monstre Triton.

V. 1603. Tel qu'il devait être vu sous sa forme véritable. — Apollonios décrit Triton tel que nous le voyons représenté par l'art antique. Cf. Pausanias, IX, 21. Voir Decharme, Mythol., p. 335; Collignon, Mythol. figurée de la Grèce, p. 212.

V. 1609. La quille (ὁλκήιον).— Voir la noteau vers 1314 du Chant Ier.

V. 1620. Un port nommé Argoos.— « II y a près du lac Triton un port nommé port Argoos. » (Scol.) Strabon, qui mentionne le port homonyme de l'île Aithalia (voir la note au vers 656), ne dit rien de ce port Argoos situé sur la côte de Libye. Je ne trouve à ce sujet aucun renseignement dans les géographes anciens. Flangini identifie ce port avec le λιμὴν Ἑσπερίδων dont parle Strabon (710, 9).

V. 1628. Le Notοs qui amasse au ciel des nuages blancs (ἀργέσταο νότου). — On a vu (Ch. II, v. 961 et 993) qu'Apollonios fait ailleurs du mot ἀργέστη; le nom propre d'un vent spécial, l'Argestès, que le Scoliaste (note au vers 961 du Chant II) assimile au Zéphyre. Ici, suivant la tradition homérique (Iliad., XI, v. 3o6; XXI, v. 334), Apollonios emploie ἀργέστης comme simple épithète du Notos.

V. 1632. Ils détachèrent la voile, couchèrent le long mât. — « Déverguer la voile se disait τὰ ἱστία λύειν (Odyss., XV, v. 496 [sic pour 496] ; Apollon, de Rhod., IV, v. 1632)... Abattre le mât se disait κλίνειν (Apollon, de Rhod., IV, v. 1262). » (Vars, ouvr. cité, p. 82 et 98.) Apollonios dit aussi χαλᾶν ἱστόν pour abattre le mât (voir la note au vers 1262 du Chant II).

V. 1633. Courbés sur leurs rames. — Voir la note au vers 913 du Chant Ier.

V. 1636. La rocailleuse Carpathos (παιπαλόεσσα Κάπραθος).— «Carpathos, une des Sporades, est voisine de Cos [de Casos?]. Homère l'a nommée : Carpathos et Casos [Iliad., II, v. 676]. » (Scol.) L'épithète homérique παιπαλόεις est souvent appliquée dans l'Iliade et dans l'Odyssée à des montagnes abruptes, des chemins escarpés, des îles hérissées de rochers. Strabon (419, 49) dit, dans le même sens qu'Apollonios : Ἡ Κάρπαθος ὑψηλή ἐστι. Dans l'Hymne homérique à Apollon (v. 43), Carpathos est surnommée l'île exposée aux vents (ἡνεμόεσσα). Cette épithète, qui est souvent, dans l'lliade et dans 402 l'Odyssée, appliquée aux endroits élevés, aux hautes montagnes et aux grands arbres, confirme peut-être le sens de haute (ὑψηλή) qu'il conviendrait d'attribuer à παιπαλόεσσα, au lieu de traduire ce mot par rocailleuse.

V. 1638. Talos. — « C'était, dit Sophocle dans son Talos, l'arrêt du destin que ce géant mourrait. » (Scol.) Pour la pièce consacrée par Sophocle à Talos, voir le Sophocle-Didot, Daedalus, p. 870. L'histoire de Talos est diversement racontée dans les légendes attiques et dans les légendes Crétoises. A Athènes, Talos est un élève de Dédale, victime de la jalousie de son maître. En Crète, c'est le fils de Crès, ou un homme d'airain fabriqué et donné par Héphaistos à Minos pour garder l'île. Voir Heyne, ad Apollodori Bibliothecam Observationes, p. 89; Preller, Griech. Mythol., zweiter Band, dritte Auflage, p. 125-127 et 498; Decharme, Mythol., p. 673-674, etc. — Apollodore raconte, comme Apollonius, la mort de Talos, vaincu par les enchantements de Médée (I, 9, 26). Mais l'auteur des Argonautiques est, à notre connaissance, le seul qui rapporte que Talos avait été donné par Zeus à Europe pour être le gardien de l'île de Crète. Cette tradition ne se retrouve que dans Eustathe (note au vers 302 du Chant XX de l'Odyssée). Suivant la tradition ordinaire, c'est Héphaistos qui, après avoir fabriqué le géant d'airain, le donne à Minos pour garder son île. D'après Cinaithon, cité par Pausanias (VIII, 53), Crès est père de Talos; Talos, d'Héphaistos, et Héphaistos, de Rhadamanthe. Apollodore cite la tradition commune, qui fait de Talos un homme d'airain fabriqué par Héphaistos, et aussi celle que suit Apollonios, d'après laquelle Talos serait un survivant de la race terrible et robuste des hommes d'airain que Zeus a fait naître des frênes (Hésiode, Œuvres et jours, v. 143-145).

V. 1640. Une station sûre (ἐπιωγήν) dans le port de Dicté. — Hésychius explique ainsi le terme homérique ἐπιωγαί (Odyss., V, v. 404) : « Les ἐπιωγαί sont des endroits accessibles où l'on peut relâcher et aborder. » Ce sont, dit le Scoliaste, des lieux abrités où la force du vent est brisée (ἄγνυται). Le mot ἐπιωγὴ vient de ἰωγή (Odyss., XIV, v. 533) que les commentateurs d'Homère expliquent par σκέπη, abri. — Le mont Dicté (voir les notes aux vers 5o9 du Chant Ier, et 484 du Chant II) est éloigné de la mer et n'est voisin d'aucun port. Je pense que par Dicté Apollonios entend la Crète en général. Peut-être cependant l'auteur des Argonautiques fait-il allusion au mont Dicté et le suppose-t-il, comme faisait Callimaque, voisin de la mer. Strabon, en effet, rapporte (411, 24) que, d'après Callimaque, dont il combat l'opinion, Britomartis, s'élançant du haut du mont Dicté, serait tombée dans des filets de pécheurs.

V. 1644. Trois fois chaque jour (τρίς)-— Merkel avait d'abord, dans son edit. minor, conjecturé τοῖς. C'est l'autorité de Meineke qui le ramène à la leçon des mss. « Nunc video clar. Meinekium Vind. Strab. p. 28 intelligere τρὶς τῆς ἡμέρας; cui, ut par est, accedo. » Flangini rapporte que Mazzoni (Dif. di Dante, lib. III, cap. 20) avait déjà dit que, d'après Apollonios,Talos tre volte il giorno correva tutto lo spajzzio dell' Isola di Creta. Mais, blâmant cette interprétation qu'il trouve trop 403 précise, Flangini préfère traduire simplement τρίς par trois fois, sans expliquer diene obiret, an mense, an anno. Excepté Hoelzlin qui traduit ter in anno, les autres traducteurs latins observent, au détriment de la clarté de ce passage, la prudente réserve de Flangini, en rendant τρίς par ter.

V. 1647. Dans cette mince enveloppe... — Je traduis le texte de Merkel, qui est celui des mss. :  αὐτὰρ ὁ τήνγε λεπτὸς ὑμήν, ζωῆς, ἔχε πείρατα καὶ θανάτοιο. Ce qui veut dire littéralement: Cette mince enveloppe, limite de la vie et de la mort, recouvrait la veine (τήνγε qui se rapporte à σύριγξ). Brunck dit avec le ton tranchant qui lui est ordinaire : Vulgo, absque nullo sensu legitur τήν γε. Il écrit : τῆς γε, nempe τῆς σύριγγος. Cette correction, qui a été adoptée par les éditeurs, excepté Wellauer et Merkel, semble inutile. Wellauer, qui ne change rien au texte, propose cependant une correction : « Poetae manum levissima mutatione restituere posse mihi videor scribendo : αὐτὰρ ὁ τήνγε, λεπτοσύνην, ζωῆς ἔχε πείρατα καὶ θανάτοιο, sed hic venam illam tenuissimam (ab adjectivo λεπτόσυνος), mortis vitaeque terminum habuit, ut Meleager, Carm. XXI, ἐν σοί μοι ζωῆς πείρατα καὶ θανάτοιο. » Cette correction est plus ingénieuse que vraisemblable.

V. 1659. A l'abri des pierres (βελέων). — « Le mot βελέων est pour πὲτρων. Homère donne aussi le nom de βέλος à la pierre lancée par le cyclope [Odyss., IX, v. 496] et à toute espèce d'objet lancé. » (Scol.)

V. 1664. A travers les bancs des rameurs (διὰ κληίδας;). — Les mss. ont κληίδος; que Brunck a heureusement corrigé en κληίδας;. « Médée monte non sur les tolets, mais sur les bancs pour arriver au pont. » (Vars, ouvr. cité, p. 119.) Voir la note au vers 358 du Chant Ier. Ce n'est pas précisément sur le pont, mais sur le gaillard (ἐπ' ἰκριόφεν) que Médée se place.

V. 1665. Les Kères. — Voir la note au vers 1485.

V. 1682. Tel un pin immense... — Cette comparaison, imitée de l'Iliade (XIII, v. 389 et suiv.), rappelle celle qu'on a déjà vue aux vers 1003 et suiv. du Chant Ier.

V. 1691. Athéné Minoïde. — L'épithète de Minoïde n'est pas au nombre de celles qui accompagnent d'ordinaire le nom de la déesse. Apollonios fait allusion au culte d'Athéné en Crète, quand il montre les héros élevant un temple à Athcné Minoïde. Minos, le père de cette Ariane dont nous avons vu Jason entretenir Médée (Ch. III, v. 998 et suiv.), a régné avant l'époque de l'expédition des Argonautes. Mais nous ne voyons nulle part qu'il ait institue en Crète le culte de la déesse. L'Athéné Minoïde signifie sans doute simplement l'Athéné honorée en Crète.

V. 1693. Le cap Salmonide. — Ce cap, qui forme l'extrémité orientale de la Crète, est désigné dans Strabon sous la double forme de Σαλμώνιον ἄκρον  (87, 30) et de Σαμώνιον ἄκρον (406, i; 407, 41; 408, 7; 411, 22). C'est le promontorium Samonium de Pomponius Méla (II, 7), Sammonium ou Samoneum de Pline (N. H., IV, 58, 60, 61, 71).

V. 1695. La nuit... qu'on appelle « la nuit pleine de dangers affreux » (τὴν πέρ τε κατουλάδα κικλήσκουσιν). — « Une nuit très obscure se nomme cause de son caractère dangereux [παρὰ τὸν ὀλοόν]. On lit aussi  dans le Nauplios de Sophocle l'expression νυκτὶ κατουλάδι. » (Scol.) Suidas donne du mot κατουλάς la même explication que le Scoliaste. Hésychius fait venir ce mot soit de εἴλω ou εἴλεω, envelopper, soit de οὖλος, épais (ἴλλω), soit enfin de οὖλος; ou ὄλοός  funeste (ὄλλυμι). C'est cette dernière étymologie qu'Apollonius adopte sans doute puisqu'il donne au vers 1696  νύκτ' ὀλοήν comme synonyme de νύκτα κατουλάδα.

V. 1697. Cette nuit funeste (οὔλη σκοτίη). — Les mss. ont ἄλλη, une autre nuit, que Hoelzlin explique par « quae non est οὐρανόθεν sed e barathro », explication au moins peu claire, sinon ineptissima, comme le dit Brunck, auteur lui-même de la correction αἰδνή (invisible) qui a le tort de s'éloigner beaucoup de la leçon des mss. Hemsterhuys, cité par Pierson ( Verisimil., p. 216), proposait de lire Ἅιδου, l'obscurité du royaume d'Adès. Wellauer conserve ἄλλη, qu'il explique autrement qu'Hoelzlin. Mais son interprétation ne semble guère satisfaisante: « Immo ἄλλη σκοτιή est, alter Tartarus, altera inferorum caligo, ut ἄλλη Κύπρις ἄνασσα altera Venus ap. Musaeum de Her. et Leandr., v. 33. » Se fondant sur les étymologies du mot κατουλάς données par Hésycbius (voir la note au vers 1695), Merkel conjecture οὔλη avec beaucoup de vraisemblance. Il semble, en effet, qu'Apollonios tienne à expliquer ce qu'il entend par le terme insolite de νύκτα κατουλάδα, en accumulant dans son texte les gloses, νύκτ' ὀλοήν, οὔλη σκοτιή.

V. 1704. A Pytho, à Amyclèes, à Ortygie.— Ce vers est une répétition presque textuelle des vers 418-419 du Chant Ier— Voir sur Pytho la note au vers 207, et sur Ortygie la note au vers 419 du Chant Ier Amyclèes est une ville de Laconie célèbre par son temple d'Apollon (Strabon, 311, 38). Le dieu est, à cause de ce sanctuaire, souvent désignéjpar le surnom de Ἀμυκλαῖος (Preller, Griech. Mythol., erster Band, dritte Auflage, p. 204).

V. 1707. Les rochers Mélantiens.— «Les rochers Mélantiens sont au nombre de deux, situés auprès de Théra. Leur nom vient de Mêlas qui a régné sur ce pays, » (Scol.) Les rochers Mélantiens sont mentionnés par Strabon (344, 2) qui dit que, pour aller directement du cap Trogilion au cap Sounion, le navigateur laisse à droite Samos, Icaria et Corsia, et passe à gauche des rochers Mélantiens. Le Mêlas dont parle le Scoliaste n'est pas autrement connu. Cf. Heyne, ad Apollodori Bibliotliecam Observationes, p. 88.

V. 1711. Une des Sporades...Anaphé. — Strabon (416,4) fait mention de l'île Anaphé qui est voisine de Théra et qui possède un temple d'Apollon Αἰγλήτης. Pour ce surnom d'Apollon, voir Preller, Griech. Mythol., erster Band, dritte Auflage, p. 207-208. Apollonios semble être le premier auteur qui ait raconté l'origine merveilleuse d'Anaphé; Apollodore (I, 9, 26) la raconte comme lui, mais il place la découverte de cette île avant l'arrivée des Argonautes en Crète et avant l'épisode de Talos.

V. 1712. La petite île Hippouris.— «Hippouris est une île voisine de Théra. Il en est fait mention par Timosthène et par Pythainétos dans le livre Ier de son ouvrage sur Aiginé. » (Scol.) L'île Hippouris n'est pas citée par Strabon, mais Pline (N. H., IV, 71) la nomme en même temps qu'Anaphé. Cf. Pomponius Méla, II, 7.

405 V. 1716. Un agréable échange de plaisanteries... — Apollodore résume le récit d'Apollonios. Hérodote (V, 83) parle de cérémonies religieuses célébrées à Aiginé où des chœurs de femmes échangeaient des invectives. Pausanias (VII, 27) rapporte que, dans les fêtes de Démêler Mysia, qui avaient lieu au Mysaion, sanctuaire de la déesse en Achaïe, les hommes échangeaient avec les femmes des sarcasmes et des plaisanteries. Voir Heyne, ad Apollodori Bibliothecam Observationes, p. 26 et 88.

V. 1733. Il vénéra le fils illustre de Maia.— «Le poète dit qu'Euphémos adressa une prière à Hermès parce qu'un songe lui était apparu. Hermès est, en effet, le dieu préposé aux songes; c'est à lui qu'on en attribue l'envoi.» (Scol.) Ce caractère d'Hermès conducteur des songes, noté avec précision dans l'Hymne homérique (II) à Hermès (v. 14, ἠγήτορ' ὀνείτρων), est déjà indiqué dans l'Iliade. « On croyait que les fantômes des songes avaient une nature aérienne (ἀεροειδής), qu'ils étaient amenés par les vents auprès des hommes endormis. Hermès est donc le dieu des songes et du sommeil. Il a une baguette merveilleuse, dont il se sert à son gré, soit pour charmer les yeux des humains, soit pour les tirer de leur sommeil (Iliad., XXIV, v. 343-344). » (Decharme, Mythol., p. 156.)

V. 1736. Une femme... — Tout cet épisode est imité de la IVe Py thique. Mais le songe d'Euphémos, dont il n'est pas question dans Pindare, semble être de l'invention d'Apollonios.

V. 1742. Libye. — Apollodore (II, i, 4) mentionne une Libye, fille d'Epaphos et de Memphis, qui donna son nom à la Libye et qui eut de Poséidon Agénor et Bélos. D'après Andron d'Halicarnasse (Fragm. Histor. Graec., vol. II, p. 349), Océanos et Pompholygé eurent pour filles Asia et Libye, qui donnèrent leurs noms à l'Asie et à la Libye.

V. 1751. Une île. — « Euphémos habitait en Laconie sur le rivage de la mer. Un de ses descendants, Sésamos, passa à Théra; celui-ci eut pour descendant Aristotélès qui conduisit une colonie à Cyrène. Ces événements sont racontés par Pindare dans ses Pythioniques, et, d'une manière plus détaillée, par Théochrestos dans le livre Ier de ses Libyques, et par Acésandros, dans le livre Ier de son ouvrage sur Cyrène. » (Scol.) L'Aristotélès qui conduisit une colonie à Cyrène est généralement connu sous le nom de Battos, qui lui fut donné par la Pythie. Cf. Hérodote, IV, 1555; Héraclidès (Histor. Graec. Fragm., vol. II, p. 212); Scol. de Pindare, Pythiq., IV, v. i.

V. 1758. L'île Callisté. — Strabon (298, 29) cite ce nom primitif de l'ile Théra : « Un certain nombre de Minyens, sous la conduite de Théras, fils d'Autésion, qui descendait lui-même de Polynice, navigua vers l'île qui se trouve entre la Crète et la Cyrénaïque, et qui, comme dit Callimaque, nommée d'abord Callisté, s'appela ensuite Théra. » Théras est un Labdacide : « L'origine de Théras remontait à Œdipe. Car il était fils d'Autésion ; Autésion était fils de Tisaménos ; Tisaménos, de Thersandros ; celui-ci, de Polynice, le fils d'Œdipe. » (Scol.) Cf. Hérodote, IV, 147. On ne comprend pas très bien comment Apollonios admet que les descendants d'Euphémos aient habité la Sintéide Lemnos. (Voir, pour ce surnom de Lemnos, la note au vers 608 du Chant Ier.) 406 La chose est naturelle pour Pindare qui dit que les Argonautes se sont arrêtés à Lemnos au retour de Colchide (voir la note au vers 609 du Chant Ier, et qu'Euphémos, ayant partagé la couche des femmes étrangères et étant resté dans l'île, y engendra une race de héros qui devait coloniser Théra, après avoir vécu dans le pays des Lacédémoniens. Apollonios, qui n'a pas parlé des fils qu'Euphémos aurait laissés à Lemnos, semble ici se contredire lui-même par suite d'une imitation malheureuse de la IVe Pythique. Quoi qu'il en soit, Strabon (298, 25) dit que les descendants des Argonautes, chassés de Lemnos, passèrent à Lacédémone. D'après Hérodote (IV, 145), ce sont les Pélasges qui ont chassé les descendants des Argonautes de Lemnos. Mais les hommes Tyrrhéniens, comme dit Apollonios, ont occupé Lemnos, puisque Diodore rapporte (X, 19) qu'ils durent quitter l'île par crainte des Perses. Callimaque dit aussi (Hymne à Apollon, v. 74) que le sixième descendant d'Œdipe quitta Sparte pour aller coloniser Théra. — En somme, Apollonios reproduit au sujet d'Euphémos une légende qui se trouve déjà dans Pindare et dans Callimaque, qui est plus tard confirmée par Strabon et par Diodore, mais qui semble s'accorder assez mal avec les traditions que l'auteur des Argonautiques a suivies en plaçant le séjour de ses héros à Lemnos pendant le voyage vers Aia.

V. 1763. Théra.— D'après Pindare et Apollonios, la motte de terre donnée par Triton à Euphémos serait l'origine merveilleuse de l'ile Théra. Pline (N. H., II, 202) met cette île au nombre de celles qui ont surgi soudainement à la surface de la mer. Théra serait née ainsi, comme Rhodes et comme Délos, mais bien longtemps après elles, l'an IV de la 145e Olympiade, c'est-à-dire cent quatre-vingt-dix-sept ans avant l'ère chrétienne. Pline rapporte aussi (N. H., IV, 70) que Théra se nommait d'abord Callisté : « Thera, cum primum emersit, Calliste dicta. » L'auteur de l'Histoire naturelle ne dit pas la cause du changement de nom de l'île Callisté; mais puisque, d'après lui, l'île n'aurait émergé que l'an IV de la 145e Olympiade, il ne peut évidemment attribuer ce nouveau nom de Théra à Théras, dont Hérodote et Callimaque font le sixième descendant d'Œdipe.— L'île Théra est aujourd'hui l'île Santorin. Voir H. Mamet, De insula Thera, Lille, 1875.

V. 1766. Les côtes d'Aiginé. — Voir la note au vers 93 du Chant Ier. On sait que cette île se nommait d'abord Oinoné (Strabon, 323, 1); le roi Aiacos lui donna plus tard le nom de sa mère Aiginé.

V. 1772. Les fils des Myrmidons. — Apollonios donne aux habitants d'Aiginé leur nom mythologique qui fait allusion à la fameuse transformation des fourmis en hommes destinés à remplacer les premiers habitants de l'île enlevés par la peste. Cette légende, déjà racontée par Hésiode (Fragm. LXIV, édit. Didot) et connue surtout par la longue narration qu'Ovide en a faite (Met., VII, v. 517-657), a été combattue par Strabon (322, 47 et suiv.): «On dit que les Aiginètes se sont nommés d'abord Myrmidons. Ce n'est pas, comme les mythes le rapportent, qu'à la suite d'une terrible famine et sur le vœu d'Aiacos, les fourmis (μύρμυκες) soient devenues des hommes. Mais ce nom vient 407 sans doute de ce que, creusant la terre à la manière des fourmis, les habitants jetaient cette terre sur les rochers pour pouvoir y labourer, et, pour économiser les briques, demeuraient dans les trous qu'ils avaient creusés. » Apollodore (I, 9, 26) raconte, comme Apollonios, qu'une contestation s'éleva parmi les Argonautes au sujet de l'eau qu'ils devaient se procurer. — Je ne trouve aucun renseignement sur cette course aux amphores, instituée par les Aiginètes en mémoire du passage des Argonautes.

V. 1779. La terre de Cécrops. — Voir la note au vers 95 du Chant Ier. Aulis est une ville maritime de Béotie bien connue. Cf. Strabon, 344, 15, etc.

V. 1780. Les villes Opountiennes des Locriens. — «Opous est le nom d'un fleuve et d'une ville de Locride. » (Scol.) Voir la note au vers 69 du Chant Ier

V. 1781. Pagases.— Voir la note au vers 238 du Chant Ier— «Voilà, sous vos yeux, les scolies tirées de celles de Lucillus de Tarra, de Sophocle et de Théon. Tarra est une ville de Crète, comme dit Longin dans ses Entretiens philologiques. « (Scol.) C'est par cette remarque puérile sur la patrie de Lucillus que se termine la compilation de scolies qui se trouve dans le Laurentianus.