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PREMIÈRE SECTION.
ESPÈCES DIVERSES DES
PARALOGISMES.
CHAPITRE PREMIER.
Etat général de ce traité : différence du syllogisme et de la
réfutation sophistique. - Définition du sophiste et de la
sophistique. |
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§ 1. Mais parlons des
réfutations sophistiques, c'est-à-dire des réfutations qui
paraissent en être de véritables, mais qui n'en sont pas réellement
et ne sont que des paralogismes. Nous commencerons naturellement par
les principes.
§ 2. Il est évident que, parmi les syllogismes, les uns en sont de
véritables, et que les autres le paraissent sans en être. Comme pour
tant d'autres choses, cette confusion se produit ici par une
certaine ressemblance que peuvent présenter aussi les discours.
Ainsi, parmi le hommes, les uns ont bien réellement la santé, les
autre n'en ont que l'apparence, se gonflant eux-mêmes et se parant,
comme on gonfle et comme on pare les victimes offertes par les
tribus. Les uns sont beaux par leur propre beauté, les autres ne
font que le paraître parce qu'ils se sont bien ornés eux-mêmes. On
pourrait appliquer cette observation même aux choses inanimées
ainsi, celles-ci sont véritablement de l'argent, celles-là de l'or,
d'autres ne le sont pas réellement et le paraissent à nos sens
qu'elles trompent : par exemple, le plomb et la litharge paraissent
de l'argent, et les choses dorées paraissent de l'or. De même pour
le syllogisme et la réfutation : l'une est réellement syllogisme,
l'autre ne l'est pas, mais elle paraît l'être à des yeux
inexpérimentés; car les gens sans expérience ne voient les choses
que comme s'ils les regardaient à une grande distance.
§ 3. Le syllogisme est un raisonnement où, certaines données étant
posées, on tire de ces données quelque conclusion, qui en sort
nécessairement, et qui est différente de ces données.
§ 4. La réfutation, au contraire, est un syllogisme avec
contradiction de la conclusion.
§ 5. Les sophistes ne le font pas réellement, mais ils paraissent le
faire à plus d'un titre : et le lieu le plus naturel et le plus
commun de tous ceux par lesquels on produit cette apparence est
celui qui ne tient qu'aux mots. En effet, comme on ne peut discuter
en apportant les choses mêmes, et qu'il faut se servir des mots
comme représentation, au lieu des choses qu'ils remplacent, nous
croyons que ce qui arrive aux mots arrive également aux choses,
comme on conclut des cailloux au compte que l'on veut faire. Or ici,
la ressemblance n'est pas tout à fait complète; car les mots sont
limités ainsi que le nombre des définitions, mais les choses sont
innombrables. Il est donc nécessaire qu'une même définition et qu'un
seul nom signifient plusieurs choses. De même donc que ceux qui ne
savent pas bien se servir des cailloux sont dupés par ceux qui le
savent, de même, pour les discours: ceux qui ne connaissent pas la
puissance des mots font de faux raisonnements, soit en discutant
eux-mêmes, soit en écoutant les autres. Cette cause donc, et celles
qui seront dites plus tard, font qu'il y a le syllogisme apparent et
la réfutation qui paraît en être une, mais qui, cependant, n'est pas
véritablement une réfutation.
§ 6. Comme il y a certaines gens qui s'occupent plus de paraître
sages que de l'être réellement sans le paraître; car la sophistique
n'est pas autre chose qu'une sagesse apparente et qui n'est point
réelle, et le sophiste ne cherche qu'à tirer un lucre d'une sagesse
apparente qui n'a rien de vrai, il est clair que ces gens-là
cherchent plutôt à sembler faire œuvre de sagesse qu'à le faire
réellement sans le paraître. Du reste, et pour comparer les choses
une à une, c'est l'œuvre en chaque chose de celui qui sait, d'abord
de ne pas se tromper lui-même dans ce qu'il sait, et ensuite de
pouvoir démasquer celui qui trompe; et ces deux mérites consistent,
l'un à pouvoir donner la raison des choses, et l'autre à l'apprécier
quand un autre la donne. Il y a donc nécessité que ceux qui veulent
jouer le rôle de sophistes cherchent des discours du genre que nous
venons de dire; car c'est là ce qu'il leur faut, puisque c'est ce
talent qui les fera paraître sages, et c'est précisément là ce
qu'ils désirent et se proposent.
§ 7. Qu'il y ait un tel genre de discours, et que ceux que nous
appelons sophistes recherchent ce talent, c'est ce qui est évident. |
La rédaction de ce dernier
traité l'Organon, me semble de beaucoup inférieure à celle de tous
les précédents. Les répétitions y sont très fréquentes; le style en
est fort obscur; des ellipses peu justifiables rendent souvent la
pensée énigmatique; le sujet ne s'y développe pas avec clarté, bien
qu'il suive très régulièrement un plan tracé à l'avance dont il ne
s'écarte pas. En un mot, si la pensée est, sans aucun doute,
d'Aristote, la forme me paraîtrait ne lui point appartenir, du moins
tout entière. Ou il n'aura pu mettre la dernière main à cet ouvrage,
et il l'aura laissé imparfait: ou nous avons ici l'œuvre d'une main
étrangère, celle d'un disciple, par exempte, rédigeant fidèlement
les leçons du maître dans l'ensemble et dans les détails, mais
substituant un style un peu inexpérimenté au style magistral du
philosophe. Je ne saurais prononcer entre ces deux hypothèses; mais
je ne pense pas qu'on puisse, après une lecture attentive, ne pas
reconnaître la différence qu'offre ce dernier ouvrage comparé à tous
les autres. Je m'étonne qu'aucun commentateur n'ait fait cette
remarque avant moi ; mais, si elle est nouvelle, je crois pouvoir
affirmer qu'elle n'en est pas moins juste.
Le commentaire sur les Réfutations des Sophistes, attribué à
Alexandre, n'est évidemment pas de lui, puisque, dès tes premières
pages on y cite Athénée et Proclus voir l'édition de Berlin, page
206,a, 6.
§ 1. Mais..., cette
conjonction semble indiquer que ce livre ne devrait pas être séparé
de ceux qui le précèdent.
§ 2. Offertes par les
tribus. Dans les sacrifices, les tribus d'Athènes rivalisaient
entre elles à qui présenterait les plus belles victimes et l'on
employait toute espèce d'artifices pour les parer et les grossir. |
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CHAPITRE II.
Espèces diverses des argumentations au nombre de quatre. |
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§ 1. Combien il y a d'espèces
d'argumentations sophistiques, quel est le nombre de celles par lesquelles on
peut former ce talent, et combien il y a de parties dans cette étude, c'est ce
que nous allons dire, en y ajoutant tout ce qui peut en outre compléter cet art.
§ 2. Il y a quatre genres de raisonnements possibles dans la discussion :
l'instructif, le dialectique, l'exercitif et le contentieux. L'instructif part
des principes propres de chaque science, et non pas des opinions particulières
de celui qui répond; car il faut que le disciple croie à ce qu'on lui dit. Le
dialectique est celui qui conclut syllogistiquement la contradiction, en partant
de principes probables. L'exercitif part de principes posés par celui qui
répond, et que doit nécessairement connaître celui qui se donne pour posséder la
science : quelle est ici la méthode à suivre, c'est ce qu'on a dit ailleurs.
Enfin le raisonnement contentieux procède de principes qui paraissent probables
et qui ne le sont pas: il est syllogistique ou paraît l'être.
§ 3. On a déjà parlé dans les Analytiques du genre instructif et démonstratif,
et ailleurs, du dialectique et de I'exercitif : il faut parler ici des arguments
de contention et de dispute. |
§ 2. L'instructif...
l'exercitif, J'ai dû prendre ces mots quoique peu convenables,
pour éviter de longues périphrases. Les développements qui suivent
en font d'ailleurs bien comprendre le sens. - Ailleurs,
Topiques, liv. I, ch. 3 et surtout liv. 8, ch. 4, et suivants. |
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CHAPITRE III.
Buts divers qu'on peut se proposer dans l'argumentation éristique. |
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§ 1. II faut se rendre compte, d'abord,
de ce que se proposent ceux qui aiment ainsi à lutter de paroles dans des
discussions.
§ 2. II y a cinq choses qu'ils peuvent avoir en vue : la réfutation, l'erreur,
le paradoxe, le solécisme, et, en cinquième lieu, de faire bavarder celui qui
discute avec eux : j'entends par bavarder, lui faire répéter vainement plusieurs
fois la même chose. D'ailleurs, ils peuvent poursuivre ce qui n'est pas, mais
paraît être pour chacune de ces choses.
§ 3. De ces cinq objets, celui qu'ils préfèrent, c'est de paraître réfuter leur
antagoniste ; en second lieu, c'est de montrer qu'ils fait quelque erreur;
troisièmement, de le pousser au paradoxe; quatrièmement, de le forcer à
commettre un solécisme, c'est-à-dire de contraindre par leur raisonnement celui
qui répond, à parler comme un véritable barbare; enfin, en cinquième lieu, de
lui faire redire plusieurs fois les mêmes choses. |
§ 3. Dans les Analytiques,
Les Derniers. - Du genre instructif et démonstratif,
L'édition de Berlin dit seulement démonstratif. - Et ailleurs,
dans les Topiques. On voit qu'ici l'ordre de l'Organon est l'ordre
habituellement adopté, ce qui réfute l'opinion de ceux qui voulaient
placer les Topiques et le Réfutations des Sophistes avant les
Derniers Analytiques, comme l'on fait plusieurs éditeurs. |
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CHAPITRE IV.
Deux espèces principales de réfutations : 1° l'une purement verbale; 2° l'autre
relative aux choses. |
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§ 1. Il y a deux manières de réfuter :
l'une s'adresse au mot, l'autre est en dehors du mot.
§ 2. Les causes qui font illusion relativement aux mots, sont au nombre de six :
c'est l'homonymie, l'amphibologie, la combinaison, la division, la prosodie et
la forme même du mot. On peut démontrer par la méthode d'induction et par le
syllogisme, ou telle autre méthode, que l'on peut exprimer une chose qui n'est
pas la même, d'autant de façons qu'on vient de dire, par les mêmes mots et les
mêmes paroles.
§ 3. Pour l'homonymie, il y a des raisonnements du genre de celui-ci : Ceux qui
savent, apprennent; car les grammairiens apprennent les choses qu'ils font
réciter de mémoire. C'est qu'apprendre est un homonyme, et signifie également
faire comprendre en se servant de la science et acquérir la science. On prouve
encore que les maux sont des biens; car ce qui doit être est un bien, et les
maux doivent être. C'est que, devoir être a un double sens, et signifie, d'une
part, le nécessaire, ce qui se présente souvent même pour les maux; car il y a
tel mal qui est nécessaire; et, d'autre part, nous disons que les biens sont
aussi ce qui doit être. Autre homonymie : on prouve que le même individu est
assis et debout, qu'il est malade et bien portant; car celui qui s'est levé, est
debout, et celui qui s'est guéri est bien portant. Or, c'était un individu assis
qui se levait, un malade qui se guérissait; car cette expression, que le malade
fait ou souffre une chose quelconque, n'a pas une signification unique, mais
tantôt elle veut dire que, telle personne est assise ou malade maintenant, et
tantôt il s'agit d'une personne qui l'était auparavant. Oui, sans doute, le
malade se portait bien même en étant malade, mais il ne se porte pas bien étant
malade; c'est le malade qui se porte bien, mais ce n'est pas le malade qui l'est
maintenant, c'est celui qui l'était auparavant.
§ 4. Quant à l'amphibologie, en voici un exemple: Vous voulez ma prise des
ennemis: Quelqu'un qui connait connaît-il cela? Car on peut entendre par cette
expression, et désigner ainsi comme connaissant, et celui qui connaît, et la
chose qui est connue? Est-ce que ce que celui-ci voit, voit cela? Il voit la
colonne, de sorte que c'est la colonne qui voit. Et encore, ce que tu dis être
est-ce que tu le dis être? Et tu dis que c'est une pierre, tu dis donc que tu es
une pierre? Enfin, est-ce que celui qui se tait parle? Car cette expression,
celui qui qui se tait parle, a deux sens; d'abord, que celui qui parle se tait,
et que ce sont les choses mêmes qui se taisent.
§ 5. II y a trois espèces dans l'homonymie et dans l'amphibologie; l'une, quand
l'expression ou le mot a proprement plusieurs sens, comme aigle, chien; l'autre
qui procède de l'usage où nous sommes d'employer ces mots; la troisième, enfin,
quand le mot en combinaison a plusieurs sens, mais qu'il n'en a qu'un absolument
quand il est isolé. Par exemple, savoir les lettres; car chacun de ces mots pris
à part ne signifient qu'une seule chose: savoir, et les lettres ; mais tous deux
réunis ont plusieurs sens; d'abord, que ce sont les lettres elles-mêmes qui ont
la science, ou que c'est un autre qui a la science des lettres.
L'homonymie et l'amphibologie ont donc ces diverses espèces.
§ 6. Voici celles de la combinaison : par exemple, que celui qui est assis peut
marcher, et que celui qui n'écrit pas peut écrire; car le sens n'est pas le
même, si l'on prétend ainsi, en séparant les idées, ou en les réunissant, qu'il
est possible que l'individu assis, marche, et que celui qui n'écrit pas, écrive.
Et de même, si l'on réunit ces deux idées que celui qui n'écrit pas écrit; car
cela signifie alors que celui qui n'écrit pas écrit; et si l'on ne réunit pas
les idées, cela veut dire qu'il a la faculté d'écrire même lorsqu'il n'écrit
pas. Et il apprend maintenant la grammaire, puisqu'il apprenait ce qu'il sait.
Et de même encore que celui qui ne peut porter qu'une seule chose peut cependant
en porter plusieurs.
§ 7. Pour la division, c'est, par exemple, que cinq sont deux et trois, et
qu'ainsi ils sont pairs et impairs: et que le plus grand est égal; car il est
d'abord autant, et, en outre, il a du plus. En effet, la même expression
combinée ou divisée ne signifie plus la même chose. Ainsi : Je t'ai fait libre
d'esclave, et le divin Achille laissa cinquante hommes de cent.
§ 8. Dans la prosodie, il n'est pas facile de se tromper quand on ne fait que
discuter en paroles sans écrire, mais c'est bien plutôt dans les choses écrites
et dans les poésies. Par exemple, il y a des gens qui défendent Homère contre
ceux qui lui font un crime d'avoir dit: II n'est pas atteint par sa pluie. On
défend cette expression par une règle de prosodie, en disant que le mot en
discussion doit être marqué d'un accent aigu: et dans le songe d'Agamemnon, que
ce n'est pas Jupiter lui-même qui dit : Nous lui accordons d'obtenir sa prière,
mais qu'il ordonne au songe de la lui accorder. Voilà donc des observations
relatives à la prosodie.
§ 9. Quant aux arguments tirés de la forme du mot, ils ont lieu quand ce qui
n'est pas la même chose est exprimé de la même façon : par exemple, le masculin
pris au féminin, ou le féminin au masculin : ou bien lorsque le neutre est pris
pour l'un ou pour l'autre: ou bien la qualité pour la quantité; ou à l'inverse,
la quantité pour la qualité, ou l'action pour la souffrance, ou l'action pour la
disposition. Et ainsi du reste, contre les divisions faites précédemment; car il
est possible d'exprimer par le mot , comme étant de la catégorie de l'action, ce
qui n'est pas de la catégorie de l'action : ainsi, se bien porter, est, pour la
simple forme du mot, tout à fait la même chose que couper et construire; et,
cependant, l'un exprime que l'on a certaine qualité, certaine disposition, et
l'autre, que l'on fait certaine chose. Et de même pour tout le reste.
§ 10. Les arguments tirés des mots sont donc de ces différentes espèces. |
§ 3. Ceux qui savent
apprennent, l'équivoque porte sur le mot : apprennent, qui
signifie à la fois, apprendre pour soi , s'instruire; et apprendre
aux autres, enseigner. L'équivoque est la même en français qu'en
grec. Voir dans l'Euthydème de Platon en sophisme à peu près
semblable, p. 371 et suiv., trad. de M. Cousin. - Ce qui doit
être, l'équivoque roule sur ces mots: - Est assis et debout,
qu'il est malade et bien portant, l'homonymie consiste Ici en ce
que le participe assis, comme l'adjectif malade peuvent être
également pris soit au présent soit au passé. Ceci est expliqué plus
bas : se portait bien... ne se porte pas bien, par la
diversité même des temps.
§ 4. Vous voulez ma prise
des ennemis, J'ai cherché à rendre par cette phrase fort peu
correcte, l'amphibologie de la phrase grecque qui signifie à la fois
: vous voulez que je prenne les ennemis : et vous voulez que les
ennemis me prennent. Notre langue, privée de cas, ne peut faire
comprendre ces amphibologies qui ne reposent que sur la confusion de
deux régimes. II faut absolument, pour comprendre les exemples qui
suivent, avoir le texte grec sous les yeux. La traduction française
toute fidèle qu'elle est ne peut présenter que des obscurités
inintelligibles. Notre langue est trop claire pour se prêter à ces
équivoques si faciles en grec et en latin. - Tu es une pierre,
Voir l'Euthydéme de Platon, p. 117, trad. de M. Cousin. - Celui
qui se tait parle, La phrase grecque peut signifier aussi : Dire
des choses qui se taisent. Voir l'Euthydéme, p. 420, trad. de M.
Cousin.
§ 5. Comme aigle,
Aigle en grec signifie d'abord l'oiseau de ce nom et un ornement en
architecture. - Chien peut signifier en français comme en
grec, d'abord l'animal de ce nom, puis une constellation. -
Savoir les lettres, L'édition de Berlin donne cette leçon en
variante, et dans le texte : Sait les lettres, ce qui en grec forme
également une amphibologie, qui n'existe point du tout en français.
§ 6. Celui qui est assis,
La grammaire en grec permet également de joindre le mot qui signifie
: Celui qui est assis, à pouvoir et à marcher. Dans le premier sas
l'assertion est vraie, dans le second elle est fausse.- Et il
apprend maintenant, Ceci est la conclusion d'un syllogisme fait
par les sophistes : Celui qui sait la grammaire maintenant l'a
apprise: or un tel sait la grammaire, donc il l'apprend maintenant.
L'amphibologie porte sur le mot : maintenant, qui en grec peut se
joindre également soit au mot : sait, qui précède, soit aux mots :
l'a apprise, qui suivent. - Peut en porter plusieurs, Non pas
ensemble, mais successivement.
§ 7. Je t'ai fait libre,
La phrase grecque peut également signifier: Je t'ai fait libre
d'esclave que tu étais, ou esclave de libre que tu étais. - Le
divin Achille,.. La phrase grecque peut signifier également :
laissa cinquante hommes sur cent, ou cent hommes, sur cinquante. Le
français ne se prête pas à ces équivoques que sa clarté ne permet
pas de reproduire.
§ 8. Homère, Iliad. chant 23,
v. 328, Le mot dont il s'agit peut signifier, avec un esprit doux et
sans accent, la négation ne pas, et avec l'accent aigu, Il signifie
: dans l'endroit où. Nous lisons aujourd'hui ce mot sans accent dans
le passage cité et les meilleures éditions le prennent pour la
négation et non pour l'adverbe. Aristote nous apprend dans sa
Poétique, ch. 25, édit. de Berlin, p. 1161, a, 22. que c'est Hippias
de Thasos qui défendait ainsi ces deux passages d'Homère. - Et
dans le songe d'Agamemnon, La portion de vers que cite Aristote
ne se retrouve plus dans nos éditions d'Homère, du moins au passage
qu'il indique. Voir le début du second chant de l'Iliade: Elle se
retrouve ailleurs, chant 21, v 297. On sait qu'Aristote avait fait
une édition d'Homère pour Alexandre, la fameuse édition de la
Cassette. - Nous lui accordons... de la lui accorder, Le mot
grec peut avoir les deux sens.
§ 9. Précédemment, Voir les Catégories.
§10. Espèces,
L'édition de Berlin dit : lieux, sans d'ailleurs justifier cette
leçon qui n'est pas mauvaise, mais que je n'adopte pas. |
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CHAPITRE V.
Des paralogismes en dehors du mot : sept espèces. |
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§ 1. II y a sept espèces de paralogismes
en dehors du mot; l'une tirée de l'accident, l'autre de ce que le terme qui
devrait être pris absolument ne l'est pas absolument, mais est pris avec une
restriction de lieu, ou de telle autre relation : la troisième est relative à
l'ignorance de la réfutation, la quatrième à la conséquence, la cinquième à la
pétition de principe; la sixième vient de ce qu'on a donné pour cause, ce qui ne
l'est pas; la septième enfin, c'est de réunir plusieurs questions en une seule.
§ 2. Les paralogismes relatifs à l'accident ont lieu, quand on croit qu'une
chose quelconque est aussi bien à l'accident qu'à la chose même. En effet, de ce
que plusieurs choses peuvent être comme accidents à une même chose, il n'est pas
nécessaire que tous ces accidents soient à tous les attributs de la chose et au
sujet qui a ces attributs; car de cette façon toutes choses seront identiques,
ainsi que le prétendent les sophistes. Par exemple, si Coriscus est autre chose
que homme, il sera autre que lui-même; car il est homme: ou s'il est autre que
Socrate, et que Socrate soit homme, les sophistes soutiennent qu'on accorde par
là qu'il est autre chose que homme, attendu que l'être relativement auquel on a
dit qu'il était autre, a pour accident d'être homme.
§ 3. Les paralogismes qui tiennent à ce qu'une chose qui devrait être dite
absolument est prise avec restriction, et non proprement, ont lieu, quand on
prend ce qui est dit au particulier comme absolu ; ainsi, par exemple, au lieu
de dire que le non être est concevable on dit que le non être est; car ce n'est
pas du tout chose identique d'être telle chose ou d'être absolument. Ou encore
si l'on dit que l'être n'est pas réellement, parce qu'il n'est pas l'une des
choses qui sont, et par exemple qu'il n'est pas homme : car ce n'est pas une
expression identique de n'être pas quelque chose, et de n'être pas absolument.
L'erreur vient de la ressemblance de l'expression, et il semble qu'il n'y a pas
grande différence entre être telle chose et être, et entre ne pas tire telle
chose et ne pas être. On confond de même et la restriction et le sens absolu;
par exemple, si l'Indien étant tout à fait noir il est cependant blanc par les
dents, il est tout à la fois blanc et non blanc; ou bien s'il est les deux, en
quelque façon à la fois, il faut donc que les contraires coexistent en lui. Tout
le monde peut aisément voir dans certains cas des paralogismes de ce genre; par
exemple, si supposant que l'Ethiopien est noir, on demande s'il est blanc par
les dents. Si donc il est blanc de cette façon, on pourra croire avoir prouvé
par syllogisme qu'il est noir et non noir tout à la fois, quand on aura terminé
son interrogation. Mais cette erreur reste souvent cachée: et c'est dans tous
les cas où lorsqu'on dit la chose avec une restriction, le sens absolu
semblerait devoir suivre, et dans tous ceux où il n'est pas facile de voir
lequel des deux sens on doit prendre au propre. Et cela se présente toutes les
fois que les opposés sont également au sujet. Il paraît, en effet, ou que les
deux en même temps, ou que ni l'un ni l'autre, ne doivent être attribués
absolument : par exemple, si une moitié est blanche et l'autre moitié noire, on
demande si la chose est blanche ou noire?
§ 4. D'autres paralogismes ont lieu parce qu'on n'a pas défini ce que c'est que
le syllogisme ou la réfutation, et ils tiennent à l'oubli de la définition, la
réfutation est la contradiction d'une seule et même chose, non pas d'un mot,
mais d'une chose réelle : et si c'est un mot, non pas d'un mot synonyme, mais du
même mot, restant le même nécessairement d'après les données initiales, sans
compter le principe, et restant le même relativement au même rapport pour la
même chose de la même manière et dans le même temps. Et de même quand on se
trompe sur quelque point. Parfois en laissant de côté une partie des conditions
qu'on vient d'indiquer, on paraît réfuter : et l'on dit, par exemple, qu'une
même chose est double et n'est pas double; car deux sont le double de un, mais
ne sont pas le double de trois. Et si la même chose est le double, et n'est pas
le double d'une même chose, c'est que ce n'est pas sous le même rapport ; car
elle est le double en longueur et ne l'est pas en largeur. Ou bien, si elle est
le double de la même chose sous le même rapport et la même façon, ce ne sera pas
en même temps. Aussi n'est-ce une réfutation qu'en apparence. Du reste, on
pourrait ramener ce paralogisme à ceux qui sont relatifs aux mots.
§ 5. Ceux qui ont lieu par pétition de principe se font de la même manière, et
d'autant de façons, qu'on peut faire pétition de principe; ils semblent réfuter,
parce qu'on ne peut voir nettement le même et l'autre.
§ 6. La réfutation relative à la conséquence a lieu parce qu'on suppose que la
consécution est réciproque. Ainsi, lorsque telle chose étant, telle autre est de
toute nécessité, on pense en outre que cette dernière étant, l'autre sera
nécessairement aussi. C'est de là que se forment encore même des erreurs de
sensation dans la pensée : car souvent on a pris de la bile pour du miel, parce
que la couleur jaunâtre est un conséquent du miel. Et comme il arrive quand il
pleut que la terre devient glissante, si elle est glissante on suppose qu'il a
plu : mais il n'y a rien là de nécessaire.
§ 7. Dans la rhétorique, les démonstrations tirées d'un signe viennent aussi des
conséquents. Si l'on veut prouver que tel homme est débauché, on prend la
conséquence, laquelle est qu'il se pare beaucoup , et qu'on le voit errer la
nuit. Or ces circonstances se présentent pour bien des gens, mais l'attribut ne
leur appartient pas.
§ 8. Et de même dans les discussions par syllogismes : par exemple, le mot de
Mélissus qui soutient que l'univers est infini parce qu'il suppose que l'univers
est incréé; car rien ne se fait de rien, mais ce qui est a été dès le
commencement. Si donc l'univers n'a pas été créé, l'univers n'a pas de
commencement, il est donc infini. Mais il n'y a pas de nécessité à cela; car, de
ce que tout ce qui a été créé a un commencement, il ne s'ensuit pas que si
quelque chose a un commencement il ait été créé, pas plus que si celui qui a la
fièvre a chaud, il n'y a pas nécessité que celui qui a chaud ait la fièvre.
§ 9. Ceux qui tiennent à ce qu'on prend pour cause ce qui ne l'est pas ont lieu,
lorsqu'on prend ce qui n'est pas cause comme si la réfutation en venait. C'est
ce qui se présente dans les syllogismes par réduction à l'absurde; car dans ces
syllogismes, il faut nécessairement détruire quelqu'une des données initiales.
Si donc on a compté dans les propositions nécessaires, avant la conclusion, la
proposition absurde, la réfutation semblera tenir à cette proposition même. Et
par exemple, quand on soutient que l'âme et la vie ne sont pas la même chose. En
effet, si la génération est contraire à la destruction, telle génération sera
contraire à telle destruction, mais la mort est une sorte de destruction, et
elle est contraire à la vie : ainsi la vie est génération, et vivre c'est être
engendré. Or, ceci est absurde; donc l'âme et la vie ne sont pas identiques. Ici
l'on n'a pas fait certainement de syllogisme ; car la conséquence absurde se
produit sans même avancer que l'âme et la vie sont la même chose; mais il suffit
de soutenir que la vie est contraire à la mort, qui est une destruction, et que
la génération est contraire à la destruction. Ces raisonnements ne sont pas tout
à fait incapables de conclure, mais ils ne concluent pas pour l'objet en
question : et ce vice échappe souvent à ceux-là même qui posent les questions.
§ 10. Tels sont donc les paralogismes relatifs à la conséquence et à ce qui
n'est pas cause.
§ 11. Ceux qui consistent à ne faire de deux questions qu'une seule, ont lieu
quand on ne sait pas qu'il y a plusieurs choses, et qu'on donne une seule
réponse, comme s'il n'y avait, en effet, qu'une chose en question. Parfois, il
est facile de voir qu'il y a plusieurs choses, et qu'il ne faut pas donner de
réponse unique. Par exemple, la terre est-elle mer ou ciel? Parfois cela est
moins facile, et l'on répond comme s'il n'y avait qu'une seule chose, et alors
on se trouve réfuté; ou bien l'on accorde le sujet en discussion en ne répondant
pas à ce qu'on demande, et alors on paraît être réfuté. Par exemple, on demande
si un tel et un tel est homme? et on conclut que si l'on frappe tel et tel, on
frappera un homme et non pas des hommes. Ou encore Si l'on demande, de choses
dont les unes sont bonnes et dont les autres ne le sont pas, toutes ensemble
sont-elles bonnes ou ne le sont-elles pas ? Quoi qu'on dise, on risque de prêter
à une réfutation, ou de paraître faire du moins une erreur apparente; car il y a
une égale erreur à dire que, parmi des choses qui ne sont pas bonnes, telle
chose est bonne, et que, parmi des choses qui sont bonnes, telle chose ne l'est
pas. Parfois aussi, en ajoutant certaines données, c'est une véritable
réfutation qu'on se prépare. Ainsi, par exemple, si on suppose que une ou
plusieurs choses sont également dites blanches, et nues, et aveugles: car si un
être est aveugle, qui n'a pas la vue quand il est fait naturellement pour
l'avoir, les choses qui n'ont pas la vue, quand elles sont faites par la nature
pour l'avoir, seront aussi aveugles. Si donc, l'une a la vue et que l'autre ne
l'ait pas, les deux ensemble seront ou aveugles ou voyantes, ce qui est
impossible. |
§ 2. Car de cette façon...
Les Sophistes, L'édition de Berlin ne donne cette phrase que
dans les variantes, et non dans le texte. - Il sera autre que
lui-même, Voir l'Euthydème de Platon, pas. 420, trad. de M.
Cousin.
§ 3. Ce qui est dit au
particulier, avec restriction et avec une relation qui le
limite.
§ 4. Sans compter le
principe, C'est-à-dire sans faire de pétition de principe.
L'expression peut paraître assez singulière.
§ 5. D'autant de façons
qu'on peut faire pétition de principe, voir Topiques, liv. 8.
ch. 13, et surtout Premiers Analytiques, liv. 2, ch. 16. - Le
même et l'autre, Distinguer les deux formes diverses sous
lesquelles se présente le principe que l'on répète.
§ 5. On a pris, C'est
la leçon de l'édition de Berlin: les éditions ordinaires donnent :
on prend.
§ 7. Tirées de signes, Ce
sont les enthymèmes , Voir Premiers Analytiques, liv. 2, ch. 27, §
1.
§ 9. Avant la conclusion
la proposition absurde, L'édition de Berlin dit seulement : Si
donc on a compté dans les propositions relativement à la conclusion
absurde..., ce qui n'a pas de sens. J'ai conservé la leçon
ordinaire. - La vie est génération, Proposition absurde.
§ 11. Ou ciel.
L'édition de Berlin donne : ou le ciel, et alors un pourrait
entendre comme a fait le commentaire d'Alexandre : la terre est-elle
la mer? le ciel est-il la mer? - On répond, et alors on se trouve
réfuté, L'édition de Berlin supprime ces deux phrases sans citer
d'autorité. C'est une leçon déjà adoptée par Sylburge; j'ai préféré
suivre la leçon ordinaire. - Un tel et un tel est homme, au
lieu de : sont hommes. |
|
CHAPITRE VI.
On peut rapporter tous les paralogismes à l'ignorance de la définition vraie de
la réfutation - Résumé. |
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§ 1. C'est donc ainsi qu'il faut diviser
les syllogismes apparents et les réfutations apparentes : ou l'on peut encore
les ramener à l'ignorance de la réfutation, et partir de ce principe. En effet,
on peut très bien rapporter toutes les nuances indiquées à la définition de la
réfutation.
§ 2. D'abord, on le peut, si ces paralogismes ne sont pas concluants; car il
faut que la conclusion sorte des données, de telle sorte qu'on la tire
nécessairement, et que ce ne soit pas une simple apparence.
§ 3. Ensuite, on le peut même en ne s'attachant qu'aux parties de la définition.
Ainsi, des paralogismes relatifs au mot, les uns viennent d'un double sens: par
exemple, l'homonymie, l'amphibologie et la similitude de forme. On admet
habituellement que tous ces paralogismes signifient quelque chose d'analogue.
Quant à la combinaison, la division et la prosodie, elles forment des
paralogismes parce que le sens n'est pas le même, ou que le mot est différent.
Or, il faudrait que le mot fût identique, comme il faudrait que la chose le fût,
pour qu'il y eût syllogisme ou réfutation. Par exemple, s'il s'agit de vêtement,
il faut conclure non pas manteau, mais vêtement; car manteau peut être très
vrai, mais on ne l'a pas mis dans le syllogisme. Il faut donc encore se faire
accorder, par une nouvelle interrogation, que ce mot signifie la même chose que
l'autre, si l'interlocuteur demande pourquoi on l'emploie.
§ 4. Les paralogismes relatifs à l'accident sont de toute évidence, quand on
définit le syllogisme. Ainsi, il faut que la définition de la réfutation soit la
même, si ce n'est qu'on y ajoute la contradiction ; car la réfutation n'est que
le syllogisme de la contradiction. Si donc il n'y a pas de syllogisme de
l'accident, il n'y a pas non plus de réfutation. En effet, si telles choses
étant, il y a nécessité que telle autre chose soit, il ne s'ensuit pas que telle
chose étant blanche il y ait nécessité que, par syllogisme, telle autre chose
soit blanche. Il n'y a pu plus nécessité que le triangle ayant ses angles égaux
à deux droits, et ayant pour accident d'être une figure, soit comme primitif,
soit comme principe, la figure primitif ou principe, ait cette propriété du
triangle. La démonstration de cette propriété se fait du triangle. non pas en
tant qu'il est figure ou primitif, mais en tans que triangle. Et de même pour
tous les autres cas. Ainsi donc, si la réfutation est une sorte de syllogisme,
il n'y aura pas de réfutation venant de l'accident. Mais pour, tant c'est sur ce
point-là que les artistes et les habiles, en général, sont réfutés par les
ignorants; car ils font des syllogismes de l'accident contre ceux qui savent;
mais ceux qui ne peuvent diviser la question, ou accordent ce qu'on leur
demande, ou, sans l'avoir accordé, paraissent pourtant l'avoir concédé.
§ 5. Les réfutations par expression restrictive et absolue, ont lieu parce que
la négation et l'affirmation ne s'appliquent pas à la même chose; car de ce qui
est blanc en partie, la négation est ce qui n'est pas blanc en partie; de ce qui
est blanc absolument, la négation est ce qui n'est pas blanc absolument. Si
donc, lorsqu'on accorde que la chose est blanche en partie, l'adversaire suppose
qu'elle l'est absolument, il ne fait pas une réfutation véritable; mais s'il
paraît en faire une, c'est seulement parce qu'on ignore ce que c'est que la
réfutation.
§ 6. Les plus évidents de tous les paralogismes sont ceux dont on a parlé
d'abord, et qui sont relatifs à la définition de la réfutation. Voici pourquoi
on les a nommés ainsi : c'est que cette apparence de réfutation se produit par
l'absence même de la définition. Mais, en divisant les paralogismes, ainsi que
nous l'avons fait, on peut dire qu'un vice commun à tous, c'est le défaut de
définition.
§ 7. Ceux qui viennent de pétition de principe, et de ce qu'on prend pour cause
ce qui ne l'est pas, ceux-là sont évidents par la définition même de la
réfutation; car il faut que la conclusion ait lieu parce que telles propositions
sont vraies, ce qui ne peut se faire avec des termes qui ne sont pas causes, et
de plus en tenant compte du principe, ce que ne font pas les paralogisme par
pétition de principe.
§ 8. Ceux qui ont lieu par consécution ne sont qu'une partie de ceux qui sont
relatifs à l'accident; car le conséquent n'est qu'un accident. Mais il diffère
de l'accident en ce que l'accident ne s'applique qu'à une seule chose par
exemple, le blond et le miel sont la même chose, ainsi que le blanc et le cygne;
mais le conséquent est toujours dans plusieurs choses. En effet, pour les choses
qui sont identiques à une seule et même chose, nous admettons qu'elles sont
identiques entre elles, et voilà comment a lieu la réfutation par consécution.
Mais ce n'est pas absolument vrai, et par exemple, ceci est faux si une chose
n'est blanche que par accident. Ainsi la neige le cygne sont identiques sous le
rapport de la blancheur. Ou encore, c'est comme dans la définition de Mélissus
qui suppose que naître et avoir un commencement c'est la même chose. Ou bien,
c'est supposer qu'il y a identité entre devenir égal et prendre la même
grandeur. En effet Mélissus pense que ce qui est né a un commencement et que ce
qui a un commencement doit être né, comme si le créé et le fini étaient tous
deux identiques, en ce qu'ils ont tous deux un commencement. Et de même pour les
choses qui deviennent égales, si l'on suppose que les choses qui prennent une
seule et même grandeur deviennent égales, et que les choses devenues égales
reçoivent aussi une même grandeur. Ainsi Mélissus prend ici le conséquent pour
le sujet même. Puis donc que la réfutation de l'accident vient de l'ignorance de
la réfutation, il est évident qu'il en est de même du paralogisme par
consécution. On peut encore examiner ceci d'une autre manière.
§ 9. Les réfutations qui se font parce qu'on réunit plusieurs questions en une
seule, ont lieu parce qu'on ne démembre pas, et qu'on ne divise pas la
définition de la proposition. La proposition est une seule chose dite pour une
seule chose; car la même définition ne va qu'à une seule chose et absolument à
cette seule chose: par exemple, la définition de l'homme ne va qu'à l'homme seul
: et de même pour les autres cas. Si donc une proposition une et seule est celle
qui ne prononce qu'une chose d'une seule chose, une interrogation de ce genre
sera absolument aussi une proposition. Or, les syllogisme se composant de
propositions, et la réfutation étant un syllogisme, la réfutation aussi se
composera de propositions. Si donc la proposition n'énonce qu'une chose d'une
seule chose, il est évident que le syllogisme rentre aussi dans l'ignorance de
la réfutation. En effet, c'est alors une proposition qui paraît être proposition
sans l'être réellement. Si donc l'on donne la réponse comme pour une seule
demande, il y aura réfutation; si on ne l'a pas donnée, mais qu'on paraisse
l'avoir donnée, ce ne sera qu'une réfutation apparente.
§ 10. En résumé donc, toutes ces nuances reviennent à l'ignorance de la
réfutation, les unes relatives au mot parce qu'il y a contradiction apparente,
ce qui était le propre de la réfutation, les autres parce qu'elles se rapportent
à la définition du syllogisme. |
§ 6. Dont on a parlé
d'abord, Plus haut. § 1. - Ainsi que nous l'avons fait,
Ibid., et plus haut, ch. 1. § 1.
§ 7. Il faut que la
conclusion... L'édition de Berlin dit : II faut que la
conclusion se produise, parce que telles choses sont causes qu'elle
a lieu. - En tenant compte du principe, C'est-a-dire en ne le
répétant pas dans la conclusion, en ne faisant pas de pétition de
principe.
§ 8. Le blond et le miel,
Le blond accident du miel. - Le blanc et le cygne, le blanc
accident du cygne. - D'une autre manière, Voir plus loin, ch.
28, où cet autre manière sera indiquée.
§ 9. Une et seule.
L'édition de Berlin ne donne que une, et laisse seule
dans les variantes.
§ 10. Toutes ces nuances,
L'édition de Berlin dit : lieux, comme elle l'a fait plus haut, ch.
4, § 10. |
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CHAPITRE VII.
Des causes de l'erreur : elles sont identiques à celles des paralogismes. |
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§ 1. L'erreur provient, dans les
paralogismes relatifs à l'homonymie et à la définition, de ce qu'on ne peut
distinguer les sens divers dans lesquels la chose est prise. C'est qu'il y a
certaines choses qu'il n'est pas aisé de diviser, comme l'un, l'être,
l'identique.
§ 2. Et pour les paralogismes relatifs à la combinaison et à la division, c'est
parce qu'on croit qu'il n'y a pas de différence entre l'expression combinée et
l'expression divisée, comme dans la plupart des cas.
§ 3. Et de même pour ceux qui se rapportent à la prosodie; car l'intonation
affaiblie ou tendue ne paraît point signifier une chose différente dans aucun
cas, ou du moins elle ne paraît pas le signifier dans beaucoup de cas.
§ 4. Pour ceux qui sont relatifs à la forme du mot, c'est par la ressemblance
qu'ils se produisent. En effet, il est difficile de bien déterminer quels sont
les mots qui se disent de la même manière et ceux qui se disent autrement. Mais
celui qui peut faire cette distinction est bien près de voir la vérité, et
surtout il sait l'accorder. C'est qu'en effet nous supposons que tout attribut
d'une chose est quelque chose, et que nous l'identifions avec elle : et c'est
ainsi que l'individuel et l'être nous paraissent être nécessairement la
conséquence de l'un et de la substance.
§ 5. Ainsi donc, parmi les réfutations relatives au mot, il faut placer cette
espèce d'abord, parce que l'erreur a bien plus souvent lieu , quand on discute
avec les autres que quand on discute avec soi-même; car l'examen avec un autre
se fait par des discours, tandis que l'examen à part soi se fait au moins autant
par la chose même. II arrive, du reste, que l'on se trompe dans cet examen
personnel, même quand on fait porter son étude sur le raisonnement. L'erreur
vient encore ici de la ressemblance; et la ressemblance tient au mot.
§ 6. Quant aux paralogismes de l'accident, ils ont lieu parce qu'on ne peut
distinguer le même et l'autre, l'unité et la pluralité, et que les accidents ne
sont pas toujours identiques, et pour les attributs qualifiés et pour la chose
même.
§ 7. Et de même pour ceux qui sont relatifs à la consécution; car le conséquent
est une partie de l'accident. Dans la plupart des cas, il paraît, et l'on croit,
que si ceci n'est pas séparé de cela, l'une des choses ne peut pas être séparée
de l'autre.
§ 8. Pour ceux qui sont relatifs au défaut de définition, et pour ceux qui ne
tiennent qu'à une expression restrictive ou absolue, l'erreur est presque
insaisissable; car nous accordons la proposition universelle, comme si telle
qualité, telle restriction, telle expression absolue, telle indication de
manière ou de temps, n'ajoutaient rien à la proposition initiale.
§ 9. Et de même pour ceux qui font pétition de principe, ou prennent pour cause
ce qui n'est pas cause, et tous ceux qui confondent plusieurs questions en une
seule. Dans tous, en effet, l'erreur a lieu, parce qu'elle vient peu à peu; car
nous ne définissons exactement, ni la proposition ni le syllogisme, par le motif
que nous avons dit antérieurement. |
§ 3. L'intonation
affaiblie ou tendue, La prononciation diverse suivant les
esprits, les accents, les brèves et les longues, etc.
§4. Il sait l'accorder,
A l'inter locuteur qui la lui demande.
§ 9. Que nous avons dit
antérieurement, Plus haut, § 1. |
|
CHAPITRE VIII.
Les syllogismes et les réfutations sophistiques sont aussi nombreuses que les
syllogismes et les réfutations apparentes. |
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§ 1 . Puisque nous savons tous les cas où
se produisent les syllogismes apparents, nous savons aussi ceux où se produisent
les syllogismes sophistiques et les réfutations sophistiques. J'appelle
syllogisme sophistique et réfutation sophistique, non seulement le syllogisme ou
la réfutation qui semblent l'être sans l'être réellement, mais, encore, celui
qui l'étant vraiment, paraît faussement spécial à la chose en question. Tels
sont ceux qui ne réfutent pas relativement à la chose même et qui ne démontrent
pas qu'on l'ignore; ce qui est le but même de l'art exercitif. Mais cet art est
une partie de la dialectique. Elle peut, elle aussi, conclure le faux par
l'ignorance de celui qui donne la réponse. Quant aux réfutations sophistiques,
même quand elles concluent la contradiction, elles ne montrent pas évidemment
l'ignorance de l'adversaire; car tout ce qu'elles prétendent, c'est
d'embarrasser par ces raisonnements celui qui sait.
§ 3. Il est clair que nous les avons aussi par la même méthode; car toutes les
fois qu'il paraît aux auditeurs que la conclusion résulte des questions posées,
toutes les fois aussi cela duit paraître également, même à celui qui répond, de
sorte que les syllogismes seront faux par ces questions mêmes, soit toutes, soit
quelques-unes. En effet, ce qu'on pense avoir accordé sans avoir été interrogé,
on l'accorderait également si l'on était interrogé; si ce n'est que dans
certains cas, il arrive qu'en demandant ce qui manque pour la conclusion, on
dévoile en même temps l'erreur, comme dans les paralogismes relatifs aux mots et
au solécisme. Si donc les paralogismes de la contradiction ne tiennent qu'à la
réfutation apparente, il est évident qu'il y aura également syllogisme du faux
dans tous les cas où il y aura réfutation apparente.
§ 4. Mais la réfutation apparente se produit par l'omission des parties de la
véritable; car, chaque partie venant à manquer, la réfutation n'est plus
qu'apparente : comme celle qui tient à ce que la conclusion ne sort pas des
données initiales, celle qui procède par réduction à l'absurde, ou celle qui des
deux questions n'en fait qu'une seule et pèche contre la proposition: et celle
qui vient de ce que l'argument, au lieu de porter sur la même chose, ne porte
que sur l'accident, et la réfutation qui n'est qu'une partie de celle-là, et
s'adresse au conséquent. Puis il y a encore la réfutation qui consiste à montrer
que l'argument vaut non pour la chose, mais pour les mots seuls. Puis il y
aurait aussi la réfutation qui résulte de ce que, au lieu de l'universel, on a
pris la contradiction, et pour le même objet et sous le même rapport, et de la
même façon particulièrement, ou pour chacune de ces nuances. Reste, enfin, la
réfutation relative à la pétition de principe, quand ou tient compte de ce qui a
été posé dans le principe. Ainsi donc, nous savons tous les cas où se produisent
les paralogismes, car ils ne peuvent se produire de plus de manières; tous ils
ont lieu dans les cas qui ont été indiqués.
§ 5. La réfutation sophistique n'est point absolument une réfutation, c'est une
réfutation seulement pour tel interlocuteur. Il en est de même du syllogisme
sophistique. En effet, si la réfutation par homonymie ne pose pas que le mot n'a
qu'un seul sens, si la réfutation par ressemblance des mots ne pose pas qu'elle
ne s'attache qu'à tel mot seulement, et si toutes les autres ne font pas des
réserves pareilles, elles ne sont plus des syllogismes, ni absolument parlant,
ni même relativement à l'interlocuteur. Si elles font ces réserves, ce sont des
syllogismes bons pour l'interlocuteur: mais, absolument parlant, elles n'en sont
pas; car elles prennent, non pas une expression qui n'ait qu'un sens, mais une
expression qui parait seulement n'avoir qu'un sens, et qui ne peut être ainsi
comprise que de l'interlocuteur. |
§ 4. Et pèche contre la
proposition, La suppression d'un article dans l'édition de
Berlin change légèrement le sens; J'ai suivi la leçon de Pacius.
Sylburge a la leçon du l'édition de Berlin. - Quand on tient
compte, C'est la leçon de Pacius et de Sylburge. L'édition de
Berlin admet ici une négation qu'avaient déjà donnée plusieurs
éditions; le sens est également acceptable, et peut-être même
serait-il meilleur, Il faudrait alors traduire: Quand on ne veut pas
compte du principe, c'est-à-dire qu'on le répète dans la conclusion.
Voir plus haut, ch. 6 § 7. |
|
CHAPITRE IX.
Il faudrait posséder toutes les sciences, pour connaître toutes les réfutations
possibles, vraies ou fausses. Il faut donc se borner aux réfutations
dialectiques. |
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§ 1. Pour savoir de combien de manières
la réfutation vraie peut avoir lieu, il ne faudrait pas moins que posséder la
connaissance totale de toutes choses. Mais il n'y a pas d'art qui puisse jamais
enseigner rien de pareil. En effet, les sciences sont peut-être infinies en
nombre, de sorte qu'il est évident que les démonstrations le sont également.
Mais il y a des réfutations aussi qui sont vraies; car tout ce qu'on peut
démontrer, on peut aussi le réfuter en posant la contradiction du vrai : par
exemple, si l'on a supposé que le diamètre est commensurable, on réfutera en
démontrant qu'il est incommensurable. Pour connaître toutes les réfutations, il
faudrait donc tout savoir; car les unes seront relatives aux principes de
géométrie et aux conclusions qu'on en tire, les autres aux principes de
médecine, et les autres aux principes des autres sciences.
§ 2. D'un autre côté, les réfutations fausses ne seront pas moins infinies: en
effet, dans chaque art il y a le faux syllogisme; en géométrie, le géométrique;
en médecine, le médical. Quand je dis dans chaque art, j'entends toujours que le
syllogisme s'adresse aux principes de cet art.
§ 3. Il est donc clair qu'il ne faut pas vouloir rassembler les lieux de toutes
les réfutations sans exception, mais qu'il faut se borner à celles de la
dialectique; car ces lieux-là s'étendent à tout art, à tout exercice de
l'esprit.
§ 4. Quant à la réfutation spéciale dans chaque science, c'est au savant de la
connaître, de distinguer, quand elle n'est pas réelle, qu'elle est simplement
apparente: et, quand elle est vraie, pourquoi elle l'est. Quant à celle qui se
tire de principes communs, et qui n'appartient spécialement à aucun art, c'est
au dialecticien seul de l'étudier.
§ 5. En effet, si nous savions d'où se tirent les syllogismes probables sur un
sujet quelconque, nous saurions aussi d'où se tirent les réfutations; car la
réfutation n'est que le syllogisme de la contradiction, de sorte que, soit un,
soit deux syllogismes de contradiction forment une réfutation: et nous savons
déjà tous les lieux d'où viennent les réfutations de ce genre.
§ 6. Une fois arrivée à ce point, nous aurions aussi des solutions; car les
objections à ces réfutations sont des solutions.
§ 7. Nous savons tous les cas où ont lieu celles aussi qui ne sont
qu'apparentes; apparentes, non pas même pour tout le monde, mais pour telles
personnes particulièrement. Mais ou pourrait trouver, si l'on y regardait de
près, qu'il y a une infinité de faces où elles sembleraient apparentes au
vulgaire.
§ 8. En résumé, on voit donc clairement qu'il appartient au dialecticien de
pouvoir connaître tous les cas, où se produit par des principes communs, ou la
réfutation réelle, ou la réfutation simplement apparente, ou la réfutation
dialectique, ou la réfutation qui parait dialectique, ou enfin la réfutation qui
n'a pour objet que d'essayer les forces de l'adversaire. |
§ 4. C'est au dialecticien,
L'édition de Berlin donne le pluriel sans citer d'autorité; cette
variante est sans importance. |
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CHAPITRE X.
Il n'y a pas, comme on l'a dit souvent, raisonnements de mots, raisonnements de
pensée : les uns et les autres se confondent. |
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§ 1. Il n'y a pas cette différence entre
les raisonnements que l'on prétend parfois y trouver, raisonnements de mots et
raisonnements de pensée. Il est absurde de croire que les raisonnements de mots
soient autres que les raisonnements de pensée, et que les uns et les autres ne
soient pas les mêmes.
§ 9. Qu'est-ce, en effet, que raisonner contre la pensée, si ce n'est se servir
du mot qu'a accordé l'interlocuteur, dans un sens où il n'a pas cru être
interrogé? Mais cela même aussi se rapporte au mot. Rester dans la pensée, c'est
comprendre la chose dans le sens où l'interlocuteur l'a donnée. Mais si, lorsque
le mot a plusieurs sens, on s'imagine qu'il n'en a qu'un seul, aussi bien celui
qui interroge que celui qui est interrogé: par exemple, l'autre, l'un, ont
plusieurs sens; mais si Zénon qui interroge et son interlocuteur ont supposé
dans l'interrogation qu'il n'y avait qu'un sens unique, et que l'on trouve à
cette conclusion que tout est un ; si, dis-je quelqu'un agit ainsi, il aura
discuté non pas seulement la fin mais aussi la pensée pour l'objet en question.
Que, si l'on supposait au contraire que le mot a plusieurs sens, il est clair
que ce n'est pas à la pensée que l'argument s'adresse.
§ 3. En effet, c'est dans les raisonnements qui ont plusieurs sens qu'il faut
d'abord chercher cette distinction du mot et de la pensée.
§ 4. Puis ensuite, il faut voir à qui ils s'adressent; car ce n'est pas tant
dans l'expression que consiste le raisonnement relatif à la pensée; que dans la
disposition particulière où se trouve l'interlocuteur, relativement aux
principes accordés.
§ 5. Il se peut de plus que tous ces raisonnements de pensée s'adressent aussi
au mot, puisqu'ici ne s'adresser qu'au mot, c'est ne point s'adresser à la
pensée. En effet, s'ils ne s'y rapportaient pas tous, il y en aurait alors
quelques uns qui seraient tout autres et qui ne seraient ni de mot ni de pensée.
Mais on prétend que tous les raisonnements sont ainsi, et on les divise tous en
raisonnements de mot et raisonnements de pensée, n'en voulant pas reconnaître
d'autres. Pourtant, parmi tous les syllogismes qui tiennent aux sens divers des
mots, il y en a quelques uns qui ne sont pas relatifs au mot. En effet, c'est à
tort qu'on prétend appeler tous les paralogismes d'expression paralogismes de
mots. Mais il y a sûrement certains paralogismes qui ont lieu, non pas parce que
celui qui répond est à l'égard de la question disposé de telle façon, mais parce
que l'argumentation elle-même renferme une question qui peut présenter plusieurs
significations.
§ 6. Il est aussi tout à fait absurde de discuter sur la réfutation sans avoir
préalablement discuté sur le syllogisme; car la réfutation n'est qu'un
syllogisme, de sorte qu'il faut avoir discuté sur le syllogisme avant de passer
à la fausse réfutation. En effet, cette réfutation n'est que le syllogisme
apparent de la contradiction. Ainsi, la cause de l'erreur est ou dans le
syllogisme ou dans la contradiction ; car il faut ajouter aussi la
contradiction, et tantôt elle est dans les deux, si c'est une réfutation
apparente. Ainsi, clans le cas de ce paralogisme que celui qui se tait parle,
l'erreur est dans la contradiction et non dans le syllogisme. Dans cet autre que
l'on peut donner ce que l'on n'a point, l'erreur est dans les deux. Dans cet
autre enfin, que la poésie d'Homère est une figure parce qu'elle est un cycle,
l'erreur est dans le syllogisme. Mais là où l'erreur n'est ni de l'un ni de
l'autre côté, le syllogisme est vrai.
§ 7. Mais pour revenir au point d'où la discussion est partie, y a-t-il dans les
mathématiques des raisonnements qui s'adressent ou ne s'adressent pas à la
pensée? Et s'il paraît à quelqu'un que triangle a plusieurs sens, et si on l'a
concédé, sans que ce soit d'ailleurs pour cette figure de laquelle on conclut
qu'il a ses angles égaux à deux droits, le raisonnement ainsi obtenu répond-il,
ou non, à la pensée de l'interlocuteur?
§ 8. Si le mot a plusieurs sens, et qu'on ne le sache pas, ou qu'on n'y pense
pas, comment le raisonnement peut-il ne pas répondre à la pensée? Ou bien
comment faut-il poser l'interrogation, si ce n'est de demander de nouveau, après
avoir obtenu la division, s'il est possible que celui qui se tait parle, ou si
ce n'est pas possible; ou bien si c'est en partie impossible et en partie
possible? Si l'interlocuteur ne fait aucune concession et que l'on continue de
discuter, doit-on dire pour cela qu'on n'a point argumenté contre sa pensée? Et
cependant le raisonnement, dans ce cas, parait un simple raisonnement de mots.
Il n'y a donc pas un genre particulier de raisonnements relativement à la
pensée.
§ 9. Il y eu a quelques uns qui ne sont relatifs qu'aux mots; mais l'on ne
saurait mettre dans cette classe, je ne dis pas seulement toutes les
réfutations, mais encore toutes les réfutations apparentes; car il y a aussi des
réfutations apparentes qui ne sont pas relatives à l'expression: par exemple,
celles qui sont relatives à l'accident, et bien d'autres.
§ 10. Mais si l'on prétend diviser ainsi : Quand je dis que celui qui se tait
parle..., la chose est en partie de cette façon, est en partie d'une autre. La
première observation à faire tout d'abord c'est qu'il est absurde de penser
ainsi ; car quelquefois la chose mise en questions ne paraît pas avoir plusieurs
façons d'être, et il est impossible de diviser ce qu'on ne pense pas comme
multiple. De plus, que sera-ce qu'expliciter la chose, si ce n'est faire
connaître évidemment ce qu'elle est à l'interlocuteur qui n'a point recherché,
qui ne sait si elle peut être autrement, et qui ne le suppose même pas? Et qui
empêche même de faire cela pour les choses qui ne sont pas doubles? Les unités
sont-elles donc, égales aux dyades dans le nombre quatre? Or, les dyades sont,
celles-ci de cette façon, celles-là d'une autre. Y a-t-il ou n'y a-t-il pas une
notion unique des contraires? Mais parmi les contraires les uns sont connus, les
autres inconnus. Ainsi donc, on paraît ignorer quand on pense cela, qu'enseigner
est tout autre chose que discuter, et qu'il faut que celui qui enseigne
n'interroge pas, mais éclaircisse lui-même les choses, tandis que l'autre doit
interroger. |
§ 5. Qui ne sont pas
relatifs au mot, L'édition de Berlin ne donne pas de négation.
C'est la leçon qu'adopte Sylburge. Ce qui suit ne semble exiger la
leçon que je conserve avec Pacius et Isingrinius.
§ 6. Que celui qui se tait
parle, L'équivoque consiste en ce que la phrase grecque peut
également signifier : celui qui se tait parle ; ou bien : dire des
choses qui se taisent; Voir plus haut, chap. 4, et § 4, et
l'Euthydème de Platon, p. 120, de la trad. de V. Cousin. - Cycle,
signifie également en grec cercle et une espèce de poésie.
§ 10. Les unités
sont-elles donc égales aux dyades, Les unités qui sont dans le
nombre quatre sont, étant prises ensemble, égales aux deux dyades
qui composent ce nombre; mais les unités prise séparément ne sont
pas égales au dyades prises séparément aussi. |
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CHAPITRE XI.
Différences des divers arts qui concernent le raisonnement : rôle de la
démonstration ; rôle de la dialectique ; caractère de la sophistique et du
raisonnement contentieux. |
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§ 1. Ce n'est pas quand on démontre qu'il
faut demander à l'interlocuteur d'affirmer on de nier des propositions; c'est
seulement quand on veut essayer les forces de l'adversaire. En effet, l'art
exercitif est une sorte de dialectique; et il examine et observe en tout sens,
non pas celui qui sait, mais celui qui ignore et qui feint de savoir.
§ 2. Celui donc qui, dans une chose, ne regarde que les principes communs,
celui-là est dialecticien, et celui qui ne le fait qu'en apparence est un
sophiste.
§ 3. Le syllogisme contentieux et sophistique est celui qui n'a que l'apparence
d'un syllogisme, dans les matières où la dialectique fait ses essais ordinaires,
bien que la conclusion soit vraie; car ce syllogisme nous laisse dans l'erreur
sur la cause véritable de la conclusion. On peut encore ranger dans cette classe
tous les paralogismes qui, sans être conformes à la méthode vraie de chaque
chose, paraissent être établis suivant toutes les règles de l'art. C'est qu'en
effet les descriptions fausses des choses ne sont pas susceptibles de dispute;
car les paralogismes alors se rapportent à des choses qui sont du domaine de la
science. Et il n'y a pas lieu davantage à discussion éristique, si la
description fausse se rapporte à quelque chose de vrai, comme celle d'Hippocrate
et la quadrature par les lunules. Mais un procédé tout éristique, c'est la
méthode par laquelle Bryson carrait le cercle, si toutefois le cercle peut être
carré; mais ce n'est point parce que ce procédé n'était pas propre à la chose
qu'il était sophistique. Ainsi donc, le syllogisme apparent, dans les choses de
ce genre, est un raisonnement contentieux; et le syllogisme apparent, tout
relatif qu'il est à la chose en question, et tout syllogisme qu'il est, est
aussi un raisonnement contentieux. En effet, il ne fait que paraître s'appliquer
à la chose; mais au fond il est trompeur et injuste. C'est que, de même que
l'injustice peut se produire aussi dans un combat, et qu'il y a telle sorte de
lutte qui est tout à fait injuste, de même, dans la discussion, la contradiction
perpétuelle est une injustice contentieuse dans le combat. D'une part, les
lutteurs qui veulent vaincre à tout prix emploient tons les moyens pour y
parvenir; d'autre part, les disputeurs en font autant.
§ 4. Ceux donc qui , pour le seul plaisir de la victoire, se montrent ainsi,
sont des hommes passionnés de la dispute et de la lutte contentieuse. Mais ceux
qui ne pensent qu'à cette réputation qui mène à la fortune, sont des sophistes;
car la sophistique est, comme nous l'avons dit, une sorte de spéculation
d'argent, établie sur une sagesse apparente; et voilà pourquoi ils ne
recherchent aussi qu'une démonstration apparente. Les gens passionnés de
disputes et les sophistes cultivent les mêmes argumentations; mais ce n'est pas
dans le même but.
Le même discours peut être sophistique et éristique tout à la fois; mais ce ne
sera pas pour la même chose. En tant qu'il recherche une victoire apparente, il
est éristique; en tant qu'il vise à une sagesse apparente, il est sophistique;
car la sophistique n'est qu'une sorte (le sagesse apparente et non réelle.
§ 5. L'éristique est au dialecticien à peu près ce que le faux dessinateur est
au géomètre; car c'est en partant des mêmes principes que la dialectique, que
l'un fait ses paralogismes- Et c'est bien dans ce rapport que le faux
dessinateur est à l'égard du géomètre; seulement, ce dernier n'est pas éristique
par cela qu'il dessine mal, c'est en partant des principes et des conclusions
acquises à la science. Mais celui qui se range sous la dialectique sera
évidemment éristique en une foule d'autres choses. Prenons, par exemple, la
quadrature : celle qui se fait par les lunules n'est pas éristique; mais celle
de Bryson a ce caractère. C'est que l'une ne peut être rapportée qu'à la
géométrie, parce qu'elle part de principes qui lui sont propres; l'autre ne
s'adresse qu'au vulgaire, qui ne sait pas ce qu'il y a de possible et
d'impossible dans chaque chose, et qui s'accommode fort bien de cette
démonstration. On ne peut pas non plus traiter d'éristique la solution de la
quadrature d'Antiphon. Ou bien, si quelqu'un nie, en s'appuyant sur l'opinion de
Zénon, qu'il soit bon de se promener après dîner, ce raisonnement n'est pas
médical : il est commun. Si donc, l'éristique était absolument au dialecticien
comme le faux dessinateur est au géomètre, il ne serait pas éristique dans tous
ces cas.
§ 6. Mais le dialecticien n'est pas borné à une espèce déterminée de choses : il
ne démontre rien, et il n'est point du tout comme le philosophe, qui s'occupe de
l'universel ; car toutes choses ne sont pas dans un même genre, et, y
fussent-elles, il ne serait pas possible que tous les êtres fussent sous les
mêmes principes.
§ 7. Ainsi donc aucune science, parmi celles qui démontrent une certaine nature
de choses, n'emploie l'interrogation. En effet, il n'est pas possible ici de
donner indifféremment une quelconque des parties; car le syllogisme ne se forme
pas également avec les deux. La dialectique, au contraire, procède par
interrogation; mais si elle démontrait, non pas tout, mais du moins les éléments
premiers et les principes spéciaux, elle n'interrogerait pas, parce qu'en effet,
si on ne lui accorde rien, il n'y a plus aucun moyen pour elle de discuter
contre l'objection qui lui est faite-
§ 8. Tel est aussi l'art exercitif. En effet, l'exercitif n'est pas comme la
géométrie : mais on peut le posséder sans même posséder la science; car il est
possible que même celui qui ne sait pas une chose, essaie sur cette chose celui
qui ne la sait pas. II suffit que l'interlocuteur accorde des propositions, non
pas d'après ce qu'il sait, non pas d'après les principes propres de la chose,
mais d'après ses conséquences naturelles, qu'on peut fort bien savoir sans que
pour cela on connaisse du tout la science, et qu'on ne peut ignorer sans ignorer
aussi la science. Évidemment, donc, l'art exercitif n'est la science d'aucun
objet déterminé, et voilà pourquoi il s'applique à tout; car toutes les sciences
ont à leur usage quelques principes communs.
§ 9. Voilà pourquoi aussi tous, les hommes, même peu éclairés, se servent en
quelque façon de la dialectique et de l'exercitive; car tous, jusqu'à un certain
point, cherchent à juger ceux qui leur parlent. Et ce sont là des dispositions
communes à tous; car les interlocuteurs ne le savent pas moins, même lorsqu'ils
paraissent s'égarer fort loin du sujet. Ainsi, tout le monde fait des
réfutations; mais on fait sans art ce que fait la dialectique avec beaucoup
d'art; et celui qui essaie les forces de son adversaire avec l'art syllogistique
est dialecticien. Comme ces règles sont nombreuses et s'appliquent à tout, sans
être telles cependant qu'elles forment une espèce et un genre particuliers, mais
qu'elles sont comme les négations, tandis que d'autres ne sont pas du tout
ainsi, mais sont spéciales, on peut essayer d'établir une méthode pour tout
cela, et en tirer un art qui, d'ailleurs, ne sera point du tout pareil aux
sciences de démonstration.
§ 10. C'est là ce qui fait que l'éristique n'est pas de tout point comme le faux
dessinateur; car il ne fait pas de paralogismes pour un genre spécial de
principes; mais l'éristique s'occupe de tous les genres sans distinction.
§ 11. Telles sont donc les diverses sortes de réfutations sophistiques. Il n'est
pas difficile de voir que c'est au dialecticien de les étudier, et de pouvoir
les former; car la méthode des propositions comprend aussi toute cette étude.
Voilà ce qu'on avait à dire sur les réfutations apparentes. |
§ 1. Et observe en tout
sens, L'édition de Berlin ne donne cette phrase que dans les
variantes; j'ai préféré la conserver dans le texte; avec les
éditions ordinaires ; elle n'est pas indispensable.
§ 3. Comme celle
d'Hippocrate de Céos, qui démontrait la quadrature du cercle par
la quadrature des lunules faites sur les côtés du carré. Il ne se
servait que de principes géométriques, bien qu'il arrivât à une
conclusion erronée, et c'est ce que l'on appelle ici description
fausse. - Bryson, au contraire, démontrait la quadrature du
cercle, sans remonter à des principes de géométrie, et en se bornant
à des principes communs. Voir sur la méthode de Bryson et son vice
dans ce chapitre un peu plus bas, § 5, mais surtout les Derniers
Analytiques, liv. 1, ch. 9, § 1. - Dans les choses de ce genre,
c'est-à-dire ne prenant pas des principes propres à la chose et
faisant comme Bryson. - Tout relatif qu'il est à la chose en
question, c'est-à-dire prenant les principes propres à la chose,
et faisant comme Hippocrate de Céos. - Une injustice contentieuse
demie combat, J'ai suivi la leçon de Pacius. Sylburge donne, je
ne sais d'après quelle autorité: est un combat injuste ou
contentieux. L'édition de Berlin change encore davantage la phrase,
bien que le sens reste toujours à peu près le même : dans la
contradiction, la discussion contentieuse est un combat injuste. -
Les lutteurs qui veulent vaincre à tout prix, Les commentateurs
grecs citent l'exemple d'Antiloque, Iliade, chant 23, v. 426 et
suiv., usant de fraude pour vaincre.
§ 4. Comme nous l'avons
dit, voir plus haut, chap. 1, § 6.
§ 5. Le faux dessinateur,
Celui qui dessine des figures fausses en géométrie. - Celle
qui se fait par les lunules, voir plus haut, § 3. - Celle de
Bryson, ibid. - La quadrature d'Antiphon, par les
polygones, dont les côtés augmentaient en nombre de manière à se
confondre avec la circonférence. C'était une démonstration fausse,
mais elle était encore géométrique. - L'opinion de Zénon, que
le mouvement est impossible. Voir le petit traité sur Xénophane,
etc.
§ 6. N'est pas borné à un
genre déterminé, Derniers Analytiques, liv. I, ch. 11, § 8.
C'est la ce qui fait l'importance de la dialectique.
§ 9. Comme les négations,
Le non-homme, le non–cheval sont des expressions indéterminées elles
ne désignent ni un genre, ni une espèce, ni un individu en
particulier.
§ 10. Le faux dessinateur,
Voir plus haut, § 5. |
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CHAPITRE XII.
Second et troisième objets de la sophistique : faire que l'adversaire se trompe
et qu'il soutienne des paradoxes. |
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§ 1. Quant à prouver que l'interlocuteur
se trompe, et à le mener à soutenir l'improbable, et c'était là le second objet
de la sophistique, ce résultat s'obtient surtout en posant ses demandes d'une
certaine manière, et en dirigeant l'interrogation suivant certaine méthode.
Ainsi, c'est le rechercher, que d'interroger sur un sujet quelconque sans avoir
rien déterminé à l'avance. En effet, en parlant au hasard, on se trompe bien
davantage; et l'on parle au hasard quand le sujet n'est pas bien spécifié.
§ 2. Mais demander plusieurs choses confusément, bien qu'on ait déterminé avec
soin le sujet en question, et laisser l'interlocuteur dire ce que bon lui
semble, ce sont des moyens qui donnent quelque facilité de le conduire à
soutenir l'improbable ou le faux; et, soit qu'il réponde à rune des questions
par affirmation ou par négation, de l'amener sur un sujet où l'on aura des
arguments en nombre. Ce sont, du reste, des procédés dont il est aujourd'hui
moins aisé d'abuser qu'il ne l'était auparavant; parce que les interlocuteurs
savent fort bien demander quel rapport tout ceci peut avoir avec le principe.
§ 3. L'un des moyens d'arriver à obtenir de l'adversaire quelque assertion
fausse ou improbable, c'est de ne soutenir tout d'abord aucune thèse; mais de
prétendre qu'on n'interroge que par simple désir de savoir; car l'examen donne
alors aisément place à l'attaque.
§ 4. Le lieu spécialement sophistique pour montrer que l'adversaire se trompe,
c'est de conduire le raisonnement sur un sujet où l'on abonde en arguments. On
pourra, du reste, user bien ou mal de ce lieu, ainsi qu'on l'a dit précédemment-
§ 5. D'autre part, pour avancer des paradoxes, il faut voir de quel genre de
philosophes est l'interlocuteur, et ensuite lui demander un paradoxe que les
philosophes de cette opinion soutiennent contre le vulgaire; car il y a toujours
dans chaque école quelque chose de pareil; et le moyen ici, c'est de formuler
les opinions spéciales de chacune d'elles dans des propositions.
§ 6. La solution la plus convenable à opposer à ces difficultés, c'est de faire
voir que l'improbable ne vient pas du raisonnement même; car c'est là ce que
veut toujours prouver celui qui vous combat.
§ 7. On peut encore en appeler aux intentions et aux opinions manifestées; car
on ne pense pas et on ne dit pas toujours la même chose : mais l'on soutient
souvent les choses les plus honorables, et l'on ne veut au fond que ce qui
paraît utile. Ainsi l'on prétend hautement qu'il vaut mieux mourir avec gloire
que de vivre avec plaisir; qu'il vaut mieux être pauvre avec honneur qu'être
riche avec honte; et cependant, au fond, on veut tout le contraire. Celui qui ne
parle que d'après ses intentions, il faut l'amener à exprimer ses opinions avec
évidence : et celui qui les exprime, il faut l'amener à produire ses opinions
cachées. De ces deux façons, il est nécessaire qu'on le pousse à des paradoxes;
car il dira le contraire, soit dans ses opinions évidentes, soit dans ses
opinions cachées.
§ 8. Le lieu le plus ordinaire pour faire dire des paradoxes, est celui qui est
attribué à Calliclès dans le Gorgias, et que tous les anciens ont cru pouvoir
employer- On le tire de la nature et de la loi; car on prétend que la nature et
la loi sont contraires, et que la justice est belle selon la loi, mais qu'elle
ne l'est pas selon la nature. Il faut donc à celui qui parle suivant la nature,
lui répondre suivant la loi, et ramener à la nature celui qui parle suivant la
loi; car de ces deux façons, ou arrive à des paradoxes. Ainsi, pour eux, ce qui
est selon la nature est le vrai, et c'est ce qui est selon la loi qui le paraît
au vulgaire. On voit donc |
§ 1. C'était là le second
objet de la sophistique, voir plus haut, ch. 3, § 2.
§ 2. Ou le faux, c'est
le terme même dont il s'est servi, ch. 3, § 2, et qu'il répète ici.
§ 4. Ainsi qu'on lu dit
précédemment. Voir dans les Topiques, liv. 2, ch. 5, § 1.
§ 7. Qu'on le pousse à des
paradoxes, le mot paradoxe n'est pas pris ici dans un sens vrai
puisqu'il ne signifie que contradiction.
§ 8. Le Gorgias de Platon,
voir la traduction de M. Cousin, p- 291 et suiv. - Et que tous
les anciens, le mot est peut-être un peu exagéré puisqu'il
s'agit des sophistes. - Ces gens-là, les anciens sophistes. |
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FIN DU TRAITÉ DE LA réfutation des
sophistes. |