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table des matières de l'oeuvre d'Aristote
TABLE DES MATIÈRES DES OPUSCULES
ARISTOTE
DU PRINCIPE GÉNÉRAL DU MOUVEMENT DANS LES ANIMAUX
Je remercie le Dr. Lucien de Luca, qui a bien voulu aller rechercher et compléter à la bibliothèque de Quimper les nombreuses pages corrompues du texte que je possédais. PLAN DU TRAITÉ SUR LE PRINCIPE GÉNÉRAL DU MOUVEMENT DANS LES ANIMAUX. Nous avons approfondi dans d'autres ouvrages tous les détails qui concernent le mouvement dans les animaux; et nous avons expliqué les divers mécanismes par lesquels ils se meuvent. Tout ce qu'on veut faire ici, c'est étudier la cause générale de ce mouvement, indépendamment des formes spéciales sous lesquelles il se produit. Nous avons établi aussi que le principe du mouvement était l'immobile, et que c'était ce qui se meut soi-même sans recevoir le mouvement du dehors. Nous avons fait cette démonstration en traitant du mouvement éternel, et en étudiant sa nature après avoir prouvé son existence. Il ne suffit pas du reste de poser ce principe d'une façon toute théorique ; il faut montrer en outre comment il s'applique aux faits particuliers; car ce sont toujours ces faits bien observés qui doivent servir de base aux théories générales. Pour voir une application directe de ce principe universel, il suffirait d'observer le jeu des articulations dans les animaux. Dans toute flexion, il y a un point qui fait centre et reste immobile, pour que le reste du membre puisse s'appuyer sur lui. Ainsi, quand l'avant-bras se meut, c'est l'olécrane qui reste immobile ; quand le bras entier fait un mouvement, c'est l'épaule qui est immobile; quand le bas de la jambe se meut, c'est le genou qui demeure ; quand le membre entier se meut, c'est le bassin. L'on voit donc l'application de ce principe jusque dans les détails : pour qu'une chose quelconque se meuve, il faut qu'elle ait en elle un point qui reste immobile , et sur lequel le reste trouve, pour se mouvoir, un point d'appui qui ne bouge pas. Le repos dans l'individu lui-même serait toujours insuffisant, s'il n'y avait en dehors de lui quelque chose qui fût dans une immobilité absolue. Mais ce principe est assez grave pour mériter une attention toute spéciale; car il ne s'étend pas seulement aux animaux; il s'étend encore à l'univers entier, dont il explique le mouvement et la marche. Si tout cédait toujours, il n'y aurait pas de progrès possible; on ne pourrait marcher, si la terre ne résistait pas; les poissons ne pourraient nager, les oiseaux ne voleraient pas, si le liquide et l'air ne leur offraient un point d'appui. Mais il faut nécessairement que ce point immobile soit en dehors de l'être qui se meut. Il suffit, pour s'en convaincre, d'observer la manœuvre d'un bateau : de dehors, on le fait aisément mouvoir, en appuyant la gaffe sur l'une de ses parties; de dedans, tous les efforts sont inutiles. C'est que, dans ce dernier cas, la chose qui résiste est précisément la chose à mouvoir. De dehors, au contraire, soit qu'on pousse, soit qu'on tire, on meut le bateau, parce que la terre sur laquelle on pose n'en fait point partie. Ici se présente cette grave question : La force qui meut le ciel entier est-elle immobile? Est-elle en dehors du ciel? Soit que l'on conçoive cette force comme agissant directement, soit qu'on la fasse agir par un intermédiaire, il faut toujours remonter à un principe immobile qui ne fait point partie de ce qu'il meut. On a eu tort de vouloir placer cette force dans les pôles de la terre. Le mouvement qui régit le ciel est unique, et les pôles sont deux ; de plus, ce ne sont que des points mathématiques sans grandeur et sans réalité substantielle. Ceci n'explique pas ce principe supérieur, qui doit être à la nature entière ce que la terre est aux animaux. Ceux qui ont inventé la fable d'Atlas, faisant tourner les pôles, ont eu quelque raison de lui donner la terre pour point d'appui, puisque la terre est immobile; mais, par une conséquence du principe que nous avons posé, on serait amené à soutenir que la terre ne fait point partie de l'univers. D'autre part. il faut que ce qui se meut ait au moins autant de force d'impulsion , que ce qui est mû a de force d'inertie. Il faudrait donc que l'immobilité de la terre eût autant de force que le ciel entier, qui serait mû grâce à elle; mais si cela est impossible, c'est qu'il est impossible que le ciel soit mis en mouvement par l'une de ses parties intérieures, et, par exemple, par la terre. On pose encore une autre question sur le mouvement des parties du ciel; et il est bon de l'indiquer ici, parce qu'elle se rattache à tout ce qui précède. Il est évident qu'on déplacerait la terre, si, par la force d'un mouvement quelconque , on parvenait à vaincre la résistance qu'elle offre. Cette résistance n est pas infinie, pas plus que l'étendue ou le poids de la terre. La puissance qui la surmonterait ne le serait donc pas davantage. Comme il n'est pas impossible qu'il existe dans la nature une puissance de ce genre, il s'ensuivrait que le ciel pourrait être détruit, tandis que nous croyons que c'est une nécessité qu'il soit incorruptible et indissoluble. Cette question, du reste, est trop grave pour que nous n'essayions pas ailleurs de l'approfondir. Mais nous revenons à la première. Doit-il toujours, en dehors du mobile, y avoir un principe immobile? L'univers entier n'est-il pas soumis à ce principe ? D'abord, supposer que le principe immobile soit à l'intérieur, semble absurde; et l'on revient alors à l'opinion d'Homère, représentant tous les dieux et toutes les déesses qui s'efforcent en vain d'ébranler Jupiter. Ce qui est absolument immobile ne peut être mû par quoi que ce soit. Pour les animaux, le principe posé paraît tout à fait incontestable : il faut en eux un point de repos; mais ce point ne suffit pas, et il en faut un autre en dehors, qui soit également immobile. Pour l'univers, la question reste obscure et difficile. Ce principe général, qui s'applique à la locomotion, au déplacement dans l'espace, peut-il s'appliquer aussi à un mouvement intime, qui se passe dans l'être lui-même, quand il se modifie et se développe? A bien prendre les choses, la question reste encore la même; car si l'être tire de lui ses développements et ses modifications ultérieures, au début, c'est du dehors, c'est d'un être différent de lui, qu'il a reçu le mouvement initial, germe de tous les mouvements qui ont suivi. Ce mouvement initial se rattache au mouvement même de l'univers entier. Ces théories, du reste, doivent être spécialement discutées dans les ouvrages consacrés à l'étude de la Génération et de la Destruction. Nous avons analysé aussi ailleurs la nature et l'espèce du mouvement que l'âme possède; nous avons parlé encore, dans nos ouvrages sur la Philosophie Première, de la nature du moteur éternel et immobile. Tout ce qu'il nous reste à rechercher ici, c'est le mouvement que l'âme communique au corps, et la façon dont l'animal est mû. Ce sont les animaux qui communiquent aux êtres inanimés le mouvement dont ils sont doués. Or l'animal ne se meut jamais qu'en vue de quelque lin; et ses motifs d'action sont la pensée, l'imagination, la préférence, la volonté et le désir, quoiqu'on puisse réduire tous ces motifs à deux : l'intelligence et l'instinct. Ainsi les premiers moteurs, pour l'animal, c'est ou l'objet conçu par l'intelligence, ou l'objet désiré par l'instinct. C'est le bien, auquel tend toujours l'animal, que ce bien soit apparent, ou qu'il soit réel. On a comparé ce qui se passe ici dans l'animal à ce qui se passe entre le moteur éternel et l'éternel mobile; mais il y a cette différence que le moteur éternel, trop divin pour se rapporter à un autre que soi-même, meut sans être mû, tandis que, dans l'animal, le principe qui le meut ne le peut mouvoir qu'après avoir été mû lui-même. L'instinct et la volonté ne le mettent en mouvement qu'à la suite de quelque impression antérieure, soit sur la sensibilité, soit sur l'imagination. Mais comment, à la suite de la pensée, arrive-t-il que tantôt l'animal se meuve, et que tantôt il ne se meuve pas, selon que sa volonté ou sa raison décide? On peut dire qu'il en est ici comme pour les choses de la pure intelligence; quand l'esprit voit les deux propositions qui forment le syllogisme , il voit aussi la conclusion nécessaire qui en sort. Seulement, tout est immobile dans l'entendement. Pour l'animal, au contraire, la conclusion est une action ; ainsi l'être pense que tout homme peut marcher, qu'il est homme lui-même, et il marche sur-le-champ ; ou à l'inverse : s'il pense qu'aucun homme ne peut marcher, que lui-même est homme, il reste sur-le-champ en repos. Il faut faire ce dont j'ai besoin ; j'ai besoin d'un manteau ; et je fais un manteau. La conclusion est une action. La forme des propositions desquelles on la tire se rapporte soit à l'idée du bien, soit à celle du possible. Mais le plus souvent ici, comme dans les discussions, on omet l'une des propositions qui est trop évidente. Voilà comment nous faisons avec tant de rapidité les choses que nous faisons sans raisonnement préalable. Il faut boire, dit l'appétit; ceci est une chose à boire, dit ou la sensation, ou l'imagination, ou la raison; et l'on boit sur-le-champ. Ainsi, en définitive, ce qui meut l'animal, c'est l'appétit, mis en mouvement soit par la sensation , soit par l'imagination, soit par l'intelligence. Ceci a de l'analogie avec le jeu des automates, où il suffit de mouvoir un ressort unique pour que tout le reste se meuve, et souvent d'une manière très compliquée. Les ressorts, chez les animaux, ce sont les nerfs et les os. Seulement en eux les pièces sont variables dans leurs dimensions, tandis qu'elles ne le sont pas dans les automates. Des modifications internes ou externes peuvent les dilater ou les resserrer; et les modifications internes peuvent venir de la sensibilité, de l'imagination et de la pensée. Les modifications extérieures se réduisent presque exclusivement à la chaleur et au froid ; mais quelquefois aussi les unes et les autres se confondent, puisqu'il suffit de penser à quelque chose pour frissonner ou trembler d'épouvante, comme si l'on était sous l'impression de quelque agent extérieur. A l'origine, la modification peut être très faible, et pourtant l'effet dernier en être puissant, précisément comme le gouvernail, dont le moindre déplacement suffit pour déplacer énormément la proue. Ainsi la plus petite modification vers le cœur, causée par le froid ou le chaud cause dans l'être entier de l'animal, pâleur ou rougeur, frisson, tremblement, etc. Le principe du mouvement est donc ce qui est à rechercher ou à fuir dans les choses que nous devons faire; en d'autres termes, c'est le plaisir et la douleur, qui sont toujours accompagnés, bien que ces détails si subtils nous échappent le plus souvent, soit de chaleur, soit de refroidissement. L'effet des passions le prouve de la manière la plus évidente; on sait ce que produisent sur le corps le courage, la crainte, les désirs de l'amour, et toutes les modifications agréables ou pénibles. De simples souvenirs, de simples espérances, qui ne sont que les images des choses, suffisent pour nous émouvoir presque autant que les choses mêmes. Les parties organiques qui composent le corps de l'animal sont admirablement disposées pour recevoir ces impressions diverses et se modifier sous l'action qu'elles éprouvent. Tout se passe avec une rapidité et une régularité merveilleuses. C'est du reste de l'âme que part le mouvement initial qui fait mouvoir les différentes portions du corps. Dans la flexion, il y a, comme on l'a dit, un point immobile qui sert d'appui, et un point qui se meut; mais ni l'un ni l'autre n'a l'initiative du mouvement, pas plus que la main n'est l'origine du mouvement reçu par le bâton qu'elle tient; il faut remonter du bâton à la main, de la main au carpe, du carpe à l'olécrane , de l'olécrane à l'épaule, et, de là, poussant plus loin, arriver jusqu'à l'âme, qui a déterminé toute la transmission du mouvement. D'autre part, comme le mouvement est tout à fait pareil, soit à droite, soit à gauche, ce n'est pas l'un des côtés qui fait mouvoir l'autre, en lui servant de point d'appui immobile. Il faut nécessairement que le principe de l'âme motrice soit dans le centre de l'être, qui se trouve en un égal rapport, et avec les mouvements de haut en bas, de bas en haut, et avec les mouvements de droite à gauche, de gauche à droite. C'est là aussi que se trouve le siége de la sensibilité, dont les modifications influent sur tout le reste. Cette partie est une en puissance ; mais en acte elle est multiple, parce qu'elle peut simultanément mouvoir plusieurs membres. Elle n'est donc pas un point mathématique ; elle est une grandeur réelle, dans laquelle est placée l'âme motrice, toute différente qu'elle est certainement de cette grandeur même. L'intermédiaire par lequel l'âme ainsi placée agit sur le corps , c'est le souffle inné dans l'animal. L'âme est en quelque sorte le point immobile de l'articulation ; le souffle en est le point mobile. Le souffle inné est placé dans le cœur pour les animaux qui ont un cœur, et dans la partie correspondante pour les animaux qui n'en ont pas. Nous avons, du reste, étudié ailleurs ces questions, et montré comment le souffle peut s'entretenir continuellement dans l'animal. Par sa nature, le souffle semble tout à fait propre à communiquer le mouvement, puisqu'il peut lui-même, ou se dilater ou se contracter. Voilà donc comment l'âme donne le mouvement au corps. L'animal entier dans sa constitution ressemble à un État gouverné par des lois sages. Une fois l'ordre établi dans la cité, il n'est pas besoin que le monarque assiste lui-même à tous les détails : chaque citoyen remplit la fonction qui lui a été assignée. La nature maintient dans les animaux un ordre non moins admirable; et chaque partie accomplit sa fonction, sans qu'il y ait nécessité que l'âme soit présente dans chacune d'elles. Il suffit qu'elle soit dans une certaine partie du corps; et tous les organes vivent parce qu'ils sont en rapport avec elle, et ils s'acquittent des devoirs confiés à chacun d'eux. Nous n'avons parlé jusqu'ici que des mouvements volontaires. Il en est aussi d'involontaires dans les animaux, par exemple ceux du cœur et des parties génitales. On peut citer encore le sommeil et le réveil, la respiration et plusieurs autres, qui s'enchaînent et se suivent sans l'intervention de notre volonté. Les organes dont on vient de parler sont si bien soustraits à notre empire, qu'ils forment en quelque sorte chacun un animal séparé; et ceci est particulièrement vrai de l'appareil génératoire, dans lequel le sperme est déjà une espèce d'animal. Du reste, on sent que les parties diverses agissent ici les unes sur les autres, et que le mouvement venu du principe pour aller aux parties, revient des parties au principe. Il faut ajouter que si parfois le mouvement se produit, et si parfois il ne se produit pas, c'est que tantôt la matière propre à recevoir l'impression se trouve dans ces parties , et que, tantôt elle ne s'y trouve, ni en quantité suffisante, ni en qualité convenable. Voilà ce que nous avions à dire sur les parties diverses des animaux et sur l'âme; nous avons traité en outre de la sensibilité, de la mémoire, du sommeil et du mouvement dans les animaux; il ne nous reste plus qu'à étudier la génération.
CHAPITRE PREMIER. |
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§ 1. Quant au mouvement des animaux, nous avons approfondi dans d'autres ouvrages, toutes les questions qui s'y rapportent; nous avons examiné les divers mécanismes qu'il présente pour chaque espèce, les différences qu'il offre, et les causes auxquelles se rattachent tous les phénomènes qu'on observe dans chacune d'elles. Tout ce qu'on veut faire ici, c'est étudier le principe général qui cause le mouvement dans les divers êtres, de quelque moyen qu'ils se servent pour l'accomplir; car, les uns se meuvent eu volant, d'autres en nageant, ceux-ci en marchant, ceux-là par tels autres moyens analogues. § 2. Nous avons antérieurement établi que la cause initiale de tous les mouvements sans exception, c'est le principe qui se meut soi-même, tout en restant immobile; car nous avons démontré que ce qui donne en premier lieu le mouvement doit être soi-même dans l'immobilité; et cette démonstration a été présentée par nous, quand nous avons recherché s'il existe ou s'il n'existe pas un mouvement éternel, et que nous en avons fait voir la nature après en avoir admis l'existence. § 3. Il ne suffit pas, du reste, de poser ce principe d'une manière universelle à l'aide de la seule raison; il faut encore en montrer l'application à tous les faits particuliers et aux faits observables. Ces faits eux-mêmes doivent nous servir à fonder des théories générales, et les théories doivent, selon nous, toujours s'accorder avec eux. § 4. Ces faits aussi démontrent bien clairement qu'il n'y a de mouvement possible qu'à la condition que quelque chose soit en repos; et c'est ce qu'on peut remarquer tout d'abord dans les animaux mêmes. Ainsi, pour qu'une de leurs parties puisse se mouvoir, il faut qu'il y en ait une autre qui reste en place; et c'est là précisément le but des articulations dans les animaux. Chez eux, les articulations servent en quelque sorte de centre; la partie entière dans laquelle la flexion a lieu est à la fois simple et double; et elle devient tour à tour droite ou courbe, changeant de puissance et d'action, selon l'articulation même. Quand le membre se fléchit et se meut, parmi les points qui forment l'articulation, il y en a un qui se meut aussi, et un autre qui demeure en place. § 5. C'est absolument comme si, dans un diamètre, les points A et D restaient immobiles, et que le point B fût en mouvement et devint AC. Mais ici le centre doit être considéré de toute façon comme indivisible; et si l'on dit qu'il y a mouvement, c'est une simple fiction, puisque de fait, dans les mathématiques, aucun des êtres qu'elles considèrent ne se meut. § 6. Au contraire, les points qui sont dans les articulations, tantôt se réunissent en un seul, tantôt sont divisibles, soit en puissance, soit en acte. Ainsi, le principe, en tant que principe, reste en repos, tandis que la partie inférieure se meut. Par exemple, quand l'avant-bras se meut, l'olécrane reste immobile ; quand c'est tout le bras qui est en mouvement, l'épaule ne bouge pas; pour la jambe, c'est le genou, comme pour le membre entier, c'est le bassin. § 7. On le voit donc; il faut que chaque chose ait en soi-même quelque point immobile d'où parte le mouvement initial, et sur lequel, prenant son point d'appui, elle puisse se mouvoir, soit tout entière, soit en partie. |
Quelques manuscrits offrent une variante sur ce titre : « Du mouvement dans les animaux. » J'ai préféré la première leçon, parce qu'elle me semble plus d'accord avec la pensée même du traité. Évidemment il est destiné à compléter les théories du Traité de l'Âme sur la locomotion (Traité de l'Âme, III IX), comme les précédents complétaient les théories sur la sensibilité. Tous les commentateurs , si l'on en excepte le seul Michel d'Ephèse, ont mis ce traité à la suite de celui de la Divination. C'est une tradition sans doute fort ancienne, qu'il fallait respecter; et l'édition de Berlin a eu tort de le rejeter dans l'histoire naturelle auprès du Traité de la Marche des Animaux. Les points de vue sont très différents. Aristote discute ici la question dans toute sa généralité : dans le Traité de la Marche des Animaux, ce sont presque uniquement des détails d'anatomie et de physiologie comparées. M. Ritter (Hist. de la Philos., t. III , p. 33, trad. de M. Tissot), tout en reconnaissant l'authenticité de cet ouvrage, laquelle est en effet incontestable, trouve qu'il est difficile de le classer dans l'ensemble des œuvres d'Aristote. Voir plus loin la fin de cet opuscule. Je crois que sa vraie place est celle que lui ont donnée les commentateurs. C'est une annexe du Traité de l'Ame, comme le reste des « Parva naturalia »; et pour s'en convaincre il suffit de lire le début même de ce petit traité. - L'ouvrage d'Albert le Grand, « de Motibus animalium, » ne répond pas à celui d'Aristote. § 1. Dans d'autres ouvrages. Michel d'Éphèse, et après lui tous les commentateurs, ont reconnu qu'il s'agit ici du Traité de la Marche des Animaux. Ainsi, évidemment, les deux ouvrages doivent être séparés, et ne peuvent être placés l'un à la suite de l'autre, comme l'a fait l'édition de Berlin. Il semble, du reste, que Michel d'Éphèse ne plaçait celui-ci qu'après le Traité de la Respiration. - Le principe général. Ce passage confirme le titre tel que je l'ai adopté. C'est bien toujours la question du Traité de l'Ame. § 2. Antérieurement établi. Ces théories se trouvent dans le huitième livre des Leçons de Physique, et dans le douzième livre de la Métaphysique, ch. 7. On peut voir aussi le Traité de l'Ame, III, II, 5; III, IX, 7; III, C, 8, qui reproduit ces principes. § 3. A l'aide de la seule raison. C'est ce qu'Aristote semble avoir fait dans la Physique et dans la Métaphysique. - Observables. Le texte dit : « Sensibles. » - Ces faits eux-mêmes doivent nous servir à fonder des théories générales. La science moderne ne pourrait pas mieux dire, et l'on voit que ce principe est fort ancien ; l'Histoire des Animaux suffirait à elle seule pour le démontrer. Voyez la même théorie, Derniers Analytiques, I, XXXI, 5. - Et les théories doivent toujours s'accorder avec eux. Il est impossible d'exposer plus nettement ce que c'est qu'une loi dans la phénomènes naturels. L'induction Baconienne n'était pas chose nouvelle, comme on le voit, quand Bacon l'a proclamée, à ce qu'il a cru, pour la première fois. § 4. Que quelque chose soit en repos. C'est la théorie du premier moteur, du moteur immobile; Métaphysique, XII, VII. - Dans les animaux mêmes. Le but de ce traité est de montrer comment la loi générale du mouvement s'applique aux animaux en particulier. - Simple et double. Ceci est expliqué par ce qui suit, plus bas, § 6. Le texte dit mot à mot ; « Un et deux. » § 5. Dans un diamètre. Pour représenter graphiquement la pensée d'Aristote, il faudrait tracer, comme l'ont fait les commentateurs depuis Michel d'Éphèse, un cercle dont le centre serait A : le diamètre serait D, B; et un rayon AC : l'arc CB représenterait le mouvement du membre, de la première position qu'il occupait à celle qu'il prend ensuite. - Mais ici. Quand il s'agit des mathématiques. § 6. Les points qui sont dans les articulations. L'expression du texte est tout à fait indéterminée. - Le principe. Le point d'où part le mouvement du membre entier. - L'olécrane. Qui est l'apophyse postérieure de l'extrémité supérieure du cubitus. - Comme pour le membre entier. Composé de la cuisse et de la jambe. § 7. Que chaque chose. J'ai conservé toute l'indécision du texte : |
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CHAPITRE II. |
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§ 1. Mais tout repos; dans l'individu seul, serait insuffisant s'il n'y avait en dehors de lui quelque chose qui fût dans un repos et une immobilité absolue. § 2. Ceci, du reste, est assez grave pour mériter que nous y insistions davantage; car la théorie que renferme ce principe ne s'étend pas seulement aux animaux; elle remonte encore jusqu'à l'univers entier, dont elle explique le mouvement et la marche. En effet, s'il faut pour que l'animal puisse se mouvoir qu'il y ait en lui quelque chose d'immobile, à bien plus forte raison doit-il y avoir en dehors de l'animal quelque principe immobile sur lequel s'appuie, pour se mouvoir, tout ce qui se meut. § 3. Si tout cédait toujours, s'il n'y avait pas plus de résistance que les rats n'en trouvent dans la terre, ou nos pieds, quand nous marchons dans le sable, il n'y aurait pas de progrès possible. On ne pourrait point marcher si la terre ne résistait pas; il n'y aurait pas de natation ni de vol possibles si le liquide et l'air n'offraient un point d'appui et de résistance. § 4. Mais il faut nécessairement que cette chose immobile soit différente du tout au tout de l'être qui est en mouvement et que ce qui est ainsi dans l'immobilité ne fasse pas partie du mobile; car alors, le mobile n'aurait point de mouvement. § 5. Pour se convaincre de ceci, il suffit de se rappeler le problème souvent proposé : Pourquoi, si de dehors d'un bateau on le pousse avec une gaffe appuyée sur le mât, ou telle autre partie, le fait-on mouvoir sans la moindre peine? Tandis que si l'on est dans l'intérieur, on ne peut le faire bouger avec le même effort, pas plus que ne le feraient bouger Titye ou Borée lui-même en soufflant du dedans, si toutefois il pouvait souffler comme les peintres nous le représentent, tirant de son propre sein l'haleine qu'il pousse au dehors. § 6. Soit, en effet, que le souffle soit faible ou que sa violence aille jusqu'à produire le vent le plus fort, soit que l'on prenne pour exemple tout autre corps lancé ou poussé, il faut, de toute nécessité, qu'il y ait d'abord quelque partie en repos sur laquelle on puisse s'appuyer afin de pousser; et qu'ensuite cette partie elle-même, ou le corps dont elle fait partie, puisse être fixe en s'appuyant sur quelque base que leur offrent les objets extérieurs. § 7. Mais, quand celui qui pousse est dans le bateau même, et qu'il prend son point d'appui sur ce bateau, il est tout simple qu'il ne puisse le mettre en mouvement, parce qu'il faut absolument que le point sur lequel on s'appuie demeure en place; or, dans ce cas, le point de résistance se confond avec le point qui est à mouvoir. Du dehors, au contraire, soit qu'on pousse, soit qu'on tire, on meut le bateau, parce que la terre n'est point une partie de l'embarcation. |
sans doute la pensée d'Aristote va ici au delà du mouvement particulier des membres, dont il vient de parler. Le début du chapitre suivant semblerait le prouver. § 1. Tout repos. Comme dans les exemples qu'Aristote vient de citer pour la flexion des membres. - Et une immobilité absolue. Ceci ne s'appliquerait exactement à la terre, sur laquelle marchent les animaux, qu'en admettant l'immobilité de la terre, comme le fait Aristote.
§ 2. Jusqu'à l'univers entier.
On connaît la phrase de la Métaphysique, XII, VII, p. 1072,
b, 14, édit. de Berlin :
«
C'est a ce principe que sont suspendus le ciel et la nature,
»
- Tout ce qui se meut. Id., Ibid. § 5. Si toutefois il pouvait souffler. Pour Titye, géant d'une force prodigieuse , et qui, suivant la Mythologie, couvrit de son corps neuf arpents lorsqu'Apollon et Diane l'abattirent pour venger l'honneur de Latone, on comprend bien que, malgré toute sa force, il ne pourrait faire bouger le bateau. Mais pour Borée, il n'en est pas de même : si l'on admet la donnée des peintres, il a son point d'appui en lui-même, puisqu'il tire son souffle de sou propre sein ; dès lors, qu'il suit dans le bateau ou dehors, il peut toujours le faire mouvoir selon la puissance même de son souffle. Il semble donc que cette seconde partie de la pensée d'Aristote n'est pas très juste. § 6. Soit en effet que le souffle soit faible. Il semble qu'en consultant les faits les plus ordinaires, Aristote aurait pu s'apercevoir que ceci n'était pas fort exact. Quand, par notre propre souffle, nous communiquons le mouvement à quelque chose, nous n'avons pas besoin certainement de nous appuyer sur un point ferme et résistant, comme lorsque nous voulons pousser un bateau. § 7. Parce que la terre. Objet extérieur sur lequel ou s'appuie. |
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CHAPITRE III. |
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§ 1. Ici, une question peut être posée : Si quelque force meut le ciel entier, faut-il que cette force soit immobile; et ne doit-elle, à la fois, ni faire partie du ciel, ni être dans le ciel? D'une part, si l'on admet que cette force donne le mouvement au ciel en étant mue elle même, il y a nécessité qu'elle meuve, en s'appuyant sur quelque chose d'immobile qu'elle touche et qui ne fasse pas partie de ce qui meut le ciel. D'autre part, si l'on suppose que le moteur est directement immobile, de cette façon il ne sera pas davantage une partie de ce qui est mû. § 2. On a donc raison de prétendre que quand une sphère se ment circulairement, il n'y a pas une seule de ses parties qui demeure immobile; car il faudrait nécessairement, ou que cette sphère restât tout entière en repos, ou que sa continuité fût rompue. §3. Mais on a tort de supposer quelque puissance dans les pôles, qui n'ont pas de grandeur et qui ne sont que des points et des extrémités. En effet, outre qu'aucun être mathématique de ce genre n'a de réalité substantielle, il faut ajouter qu'il est impossible qu'un seul et unique mouvement soit produit par deux forces; et pourtant l'on suppose deux pôles. § 4. Tels sont les motifs, par lesquels on pourrait s'assurer qu'il existe un principe, qui est à la nature entière ce que la terre est aux animaux et aux choses qu'ils mettent en mouvement. § 5. Mais ceux qui ont inventé la fable d'Atlas, dont les pieds posent sur la terre, sembleraient s'être trompés en faisant d'Atlas une sorte de diamètre, et en lui faisant rouler le ciel autour des pôles. Cela paraît d'abord assez rationnel, puisque la terre est immobile; mais une suite nécessaire de cette opinion, c'est de soutenir que la terre ne fait point partie de l'univers. § 6. De plus, il faut admettre que la force de ce qui meut est égale à celle de ce qui reste immobile; car il y a une quantité de force et de puissance qui fait rester immobile ce qui est immobile, tout à fait comme il y en a une suivant laquelle le moteur donne le mouvement. Et une proportion est absolument nécessaire entre les repos, tout aussi bien qu'entre les mouvements contraires. Quand deux forces sont égales, elles ne peuvent agir l'une sur l'autre; et il n'y a que la supériorité de l'une qui puisse vaincre l'autre. § 7. Aussi, que ce soit Atlas, ou quelqu'une des parties intérieures de la terre qui donne le mouvement, il n'en faut pas moins que le moteur fasse équilibre à l'immobilité dont est douée la terre immobile; ou bien la terre sortirait du centre et quitterait la place qu'elle occupe. En effet, autant donne d'impulsion le corps qui pousse, autant en reçoit le corps qui est poussé. Ceci s'applique également à la force; or, ce qui meut, c'est ce qui primitivement est en repos; et par conséquent, la force doit en être plus considérable et plus grande que l'inertie; ou elle doit lui être pareille et égale; de même encore pour la force du corps qui est mû et qui ne meut pas.
§ 8. Il faudra donc que la force d'inertie de la terre soit aussi
grande que la force que possèdent et le ciel entier et ce qui le met
en mouvement. Mais si cela est impossible, il est impossible
également que le ciel soit mis ainsi en mouvement par quelqu'une des
parties intérieures. |
§ 1. Ici, une question peut être posée. Aristote résoudra cette question affirmativement, et il soutiendra pour sa part que le principe qui meut le monde est en dehors du monde. C'est toute la doctrine de la Métaphysique, liv. XII; et l'on voit par la combien le Péripatétisme est éloigné du Panthéisme. - D'une part. La pensée pourrait être exprimée plus clairement : Aristote veut dire que, de toute façon, il faut toujours nécessairement arriver à un principe immobile, soit que le moteur agisse directement sur l'univers, soit qu'il agisse par des intermédiaires. - Cette force. Le texte est plus vague : « Cela.... quelque chose. » - De ce qui meut le ciel, c'est-à-dire, de l'intermédiaire par lequel le mouvement est transmis. J'ai ajouté « le ciel » pour que la pensée fût plus complète. - De ce qui est mû. Et ici c'est le ciel. § 2. On a donc raison de prétendre. Aristote supprime ici une idée intermédiaire qui servirait beaucoup d'éclaircir sa pensée : « Si l'on admet que, dans le ciel, il y ait une partie immobile et une partie mobile, il v aura comme une sorte de déchirement des diverses parties du ciel. » On a donc raison, etc. - Une sphère. Cette expression générale pourrait être appliquer à la sphère que l'univers entier est censé former. § 3. Quelque puissance capable de mouvoir le ciel entier. - Aucun être mathématique. J'ai ajouté ce dernier mot. - N'a de réalité substantielle. Ce n'est qu'une abstraction de l'esprit. § 4. Et aux choses qu'ils mettent en mouvement. J'ai suivi la leçon de l'édition de Berlin : quelques éditions en donnent une autre qui semble aussi très admissible : « Et les êtres qui se meuvent par eux-mêmes. » J'ai préféré la première, parce qu'elle me semble se rapporter mieux à ce qui a été dit plus haut, sur la nécessité d'un point d'appui immobile, pour que les animaux puissent communiquer le mouvement aux êtres inanimés : voir plus haut , ch. II, § 7. § 5. S'être trompés. C'est ainsi que je crois devoir comprendre l'expression du texte : quelques commentateurs la comprennent en un sens moins positif : « Sembleraient avoir eu la pensée de faire d'Atlas, etc. » Je préfère le premier sens, qui est plus d'accord avec ce qui suit. Voir la Métaphysique, V, XXIII. - La terre est immobile. C'est la théorie qu'a toujours soutenue Aristote contre celle de Platon et des Pythagoriciens, qui se rapprochait davantage des théories modernes. § 6. La force de ce qui meut. J'ai conservé l'indécision du texte; en précisant davantage l'expression, j'aurais prêté d'Aristote des formules qui ne sont pas les siennes. On reconnaît sans peine, d'ailleurs, la force d'inertie. - Entre les repos. « Contraires » sous-entendu. - Quand deux forces sont égales. II en parle plus bas, § 7. Ce sont les principes élémentaires de la statique. § 7. Il n'en faut pas moins. Il semble que la suite de la pensée exigerait tout le contraire, afin que ce passage fût parfaitement d'accord avec ce qui suit , et même avec ce qui précède. Les manuscrits ne donnent point ici de variante. Voir plus bas, ch. IV, § 2. - Également à la force qui fait mouvoir le ciel entier. - Primitivement, c'est-à-dire, par son essence. - Et qui ne meut pas. Qui reçoit le mouvement sans le transmettre. § 8. La force d'inertie de la terre. C'est la traduction exacte des expressions qu'emploie le texte. - Mais si cela est impossible. Il semble cependant que ce suit là une conséquence nécessaire de l'opinion qui admet l'immobilité de la terre, comme l'a fait Aristote. Il parait, d'un autre côté, que ses théories bien connues sur le moteur immobile devaient le conduire à supposer que la terre est mobile; c'est peut-être une contradiction. |
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CHAPITRE IV. |
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§ 1. Il est encore, en ce qui concerne les mouvements des parties du ciel, une question qu'il convient de traiter ici, parce qu'elle se rattache étroitement à tout ce qui précède. § 2. Si l'on pouvait surmonter par la puissance d'un mouvement quelconque l'inertie de la terre, il est évident qu'on la déplacerait du centre; et il n'est pas moins clair que la force d'où viendrait cette puissance de déplacement ne serait pas infinie, puisque la terre elle-même n'est pas infinie non plus, et que par une conséquence nécessaire son poids ne l'est pas davantage. § 3. Mais le mot Impossible a plusieurs sens divers; et ce n'est pas dans le même sens, par exemple, qu'on dit qu'il est impossible de voir la voix, et qu'il est impossible de voir, quand on est sur notre terre, les habitants de la lune. Dans un cas, c'est une nécessité absolue; dans l'autre, c'est un objet qui, tout visible qu'il est naturellement, n'est cependant pas vu. § 4. Or, c'est aussi, à ce que nous croyons, une nécessité que le ciel soit incorruptible et indissoluble; mais cette nécessité disparaît dans la théorie dont nous parlons ici. Il est très possible, en effet, que dans la nature il existe un mouvement plus fort que celui par lequel la terre reste immobile, ou plus fort que le mouvement qui anime le feu et le corps supérieur. Si ces mouvements plus puissants ont lieu, ces choses seront détruites les unes par les autres. S'ils n'agissent pas, mais que leur action soit cependant possible, car l'on ne doit point supposer ici l'infini, puisqu'aucun corps ne peut être infini, il y aurait alors simple possibilité que le ciel fût détruit. En effet, qui empêche que cette destruction ne se réalise du moment qu'elle n'est pas impossible? Et elle n'est pas impossible, à moins que l'opposé ne soit nécessaire. § 5. Nous nous réservons, du reste, d'éclaircir ailleurs cette question. § 6. Mais se peut-il donc qu'en dehors du mobile, il y ait un principe immobile et en repos, qui ne fasse point partie de ce mobile? ou bien cela est-il impossible? Et ce principe immobile et extérieur doit-il aussi se retrouver nécessairement dans l'univers?
§ 7. D'abord, il pourrait sembler absurde que le principe du
mouvement fût à l'intérieur; et en adoptant cette opinion, on ne
peut qu'approuver celle qu'exprime Homère : § 8. Dans les animaux, il faut non seulement qu'il y ait un principe immobile de ce genre, il faut en outre que ce même principe se trouve chez les êtres qui se meuvent dans l'espace et se donnent le mouvement à eux-mêmes. Il faut qu'il y ait en eux quelque chose qui soit mû et quelque autre chose qui demeure en place, et sur quoi s'appuie ce qui se meut. Pour se mouvoir, par exemple, quand l'animal meut une de ses parties, il faut que cette partie s'appuie sur une autre qui reste comme immobile. § 9. Pour les choses inanimées qui sont mises en mouvement, on peut se demander si elles ont toutes en elles-mêmes, et le principe du repos et le principe du mouvement; et si elles aussi doivent s'appuyer sur quelque point extérieur qui soit en repos; ou bien, si cela est impossible. Par exemple, pour le feu, ou pour la terre, ou pour telle autre chose inanimée, est-il besoin de quelques principes intérieurs qui leur communiquent dès l'origine le mouvement? En effet, toutes les choses inanimées reçoivent le mouvement d'une chose différente d'elles; et le principe de tous les corps qui se meuvent ainsi, ce sont les corps qui se meuvent eux-mêmes. § 10. On a, du reste, traité de ces derniers en parlant des animaux; et l'on a montré que tous les animaux ont besoin, à la fois, d'avoir en eux-mêmes un point en repos, et au dehors, un point sur lequel ils puissent s'appuyer. § 11. Quant à savoir s'il existe quelque moteur supérieur et premier, c'est là ce qui reste obscur; et l'étude d'une cause de ce genre est toute différente. § 12. Mais pour les animaux qui se meuvent, ils ne peuvent se mouvoir qu'en prenant un point d'appui sur les choses du dehors, soit que d'ailleurs [dans l'acte de la respiration] ils expirent, soit qu'ils aspirent, car il n'importe guère que le poids du corps à rejeter soit considérable ou qu'il soit faible; et c'est ce que font les animaux quand ils crachent, quand ils toussent ou qu'ils aspirent et expirent. |
§ 1. Les mouvements des parties du ciel. Le ciel signifie ici l'univers entier : ses parties sont, suivant les commentateurs, les éléments, le feu, la terre, etc., et les grands corps qui décrivent des orbites plus ou moins considérables dans les cieux ; voir plus bas , § 4. § 2. D'un mouvement quelconque. Le texte dit simplement : « Du mouvement. » - De déplacement. J'ai ajouté ces mots pour que la pensée fût plus complète. - Son poids ne l'est pas davantage. Aristote a ici toute raison; mais il ne se doutait pas certainement, qu'un jour viendrait, où la science serait en état de déterminer le poids de la terre, avec une précision presque mathématique. § 3. Mais le mot Impossible a plusieurs sens. Ceci se rapporte à ce qui suit; et Aristote établit, au § 4 que le ciel nous paraît incorruptible et indissoluble, non pas relativement, mais nécessairement. Il est impossible, de nécessité aimable, que rien ne puisse détruire parce qu'il n'y a pas de mouvement supérieur au sien. Il faut donc bien entendre ce qu'on dit, quand on parle de cette impossibilité qui concerne le ciel. - Impossible de voir la voix. Impossibilité absolue et naturelle que rien ne peut changer. - Les habitants de la lune. Sorte d'impossibilité relative, puisqu'on voit la lune, sans que la force de notre vue puisse aller jusqu'à voit ce qui s'y passe.
§ 4. Une nécessité que le ciel.
Nécessité absolue. - Cette nécessité disparue. Et alors la
théorie qui ne peut l'admettre est une théorie fausse. - Dans la
théorie dont nous parlons ici, et qui consisterait à croire
qu'il y a dans la nature une force supérieure à la force d'inertie
qui tient la terre en repos. - Il est très possible, en
effet, d'après cette théorie, mais non pas d'après la théorie
d'Aristote. - Et le corps supérieur. L'éther, placé au-dessus
même de la région du feu. - Ces choses seront détruites les unes
par les autres. C'est-à-dire la terre, par la force qui serait
supérieure à son inertie; et le feu, par une force qui lui serait
également supérieure. - Simple possibilité, qui se
réaliserait dans un temps quelconque, plus ou moins éloigné. § 6. Mais se peut-il donc. Aristote revient ici à la question principale qu'il s'était posée plus haut , ch. III, § 1. - Un principe immobile. Quelques éditions donnent : « Un principe éternel et immobile. » - Qui ne fasse point partie, et qui, par conséquent, lui soit extérieur. - Dans l'univers. C'est la question même du douzième livre de la Métaphysique, ch. VII : « C'est a ce principe que sont suspendus le ciel et la terre. » Plus haut, ch, II, § 2. § 7. Que le principe du mouvement fût à l'extérieur. Voir plus haut, ch. III, § 8. - Celle qu'exprime Homère. Iliade, chant VIII, v. 20. - Qui vient d'être indiquée, plus haut, § 4. - S'il dépend d'un principe immobile. Ce membre de phrase est tout seul dans l'original, et n'est pu complété par celui qui suit, et que j'ai cru devoir ajouter. Ainsi isolé, il a quelque chose de singulier, sans d'ailleurs être obscur; et déjà Léonicus proposait de le mettre au début même de la phrase, où il serait certainement mieux placé. § 8. Dans les animaux, quand ils meuvent l'une des parties qui les composent; voir plus haut, ch. 1, § 6. - Quelque chose. J'ai conservé l'expression tout indéterminée du texte. § 9. Est-il besoin de quelques principes intérieurs. Le texte est beaucoup moins précis; mais j'ai dû ajouter ce développement, pour que la pensée fût suffisamment claire. - D'une chose différente d'elles. Et de là la nécessité d'un premier moteur immobile pour communiquer le mouvement à l'univers, qui, sans lui, resterait en repos. § 10. On a, du reste, traité. Voir plus haut, ch. I, § 4 et suiv. - Et l'on a montré. Id., ibid. § 11. C'est là ce qui reste obscur. Cette question est décidée affirmativement dans le douzième livre de la Métahysique, ch. VIII; et il semble étrange qu'Aristote laisse ici le problème irrésolu. - L'étude... est toute différente. Elle appartient, en effet, à la Métaphysique. § 12. Sur les choses du dehors. Voir plus haut, ch. II, § 2 et suiv. . - Dans l'acte de la respiration. J'ai ajouté ces mots : les détails qui suivent peuvent paraître ici assez singulièrement placés; rien ne les a suffisamment préparés. |
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CHAPITRE V. |
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§ 1. L'immobilité d'une des parties n'est-elle nécessaire que pour l'être qui se meut lui-même dans l'espace? Ne l'est-elle pas aussi pour l'être qui tire de lui seul sa modification et son changement, et qui, par exemple, se développe? § 2. Mais on traitera dans un autre ouvrage de la génération initiale et de la destruction. Si le mouvement que nous appelons premier l'est bien en effet, il sera la cause de la génération et de la destruction, et peut-être aussi celle de tous les autres mouvements. Ce mouvement premier qui anime l'univers entier est aussi le mouvement premier dans l'animal, au moment où l'animal est formé; et par suite, une fois que l'animal est produit, il sera cause pour lui-même du développement et de la modification qui présente. Autrement, ce mouvement initial ne serai plus nécessaire. § 3. Mais les premiers développement et les premières modifications viennent toujours d'un être différent de celui qui les souffre, et se produisent par d'autres êtres que lui. Mais pour la génération et la destruction, il est absolument impossible que jamais aucune chose puisse en être cause pour elle-même, puisqu'il faut toujours que le moteur soit antérieur à l'objet qu'il meut, et que le principe qui engendre soit antérieur à l'être engendré; or jamais une chose quelconque ne peut être antérieure à elle-même. |
§ 1. D'une des parties. Le texte n'est pas tout à fait aussi précis. - Dans l'espace. Mouvement de locomotion, opposé au mouvement qui se fait sur place et dans l'intérieur même de l'animal. - Sa modification et son changement. Le texte dit simplement : « Altération. » Voir les Catégories, ch. XIV, § 3. § 2. Dans un autre ouvrage. Dans l'ouvrage spécial de la Génération et de la Destruction. - L'est bien, en effet. Je n'adopte pas ici la ponctuation de l'édition de Berlin ; je garde celle des éditions ordinaires. Le sens, qui est ainsi assez gravement modifié, me paraît préférable. Avec la ponctuation donnée par l'édition de Berlin, il faudrait entendre qu'il s'agit du mouvement initial de la génération et de la destruction, et non du mouvement universel. - Et de la modification. Mot à mot : « Altération. » - Autrement, ce mouvement initial. C'est ainsi que j'entends ce membre de phrase, qui reste fort obscur dans les explications qu'on en donne ordinairement. Aristote veut dire, ce me semble, que si le mouvement universel n'était pas antérieur à la génération et à la destruction des êtres, il cesserait d'être nécessaire. § 3. Développements. Mot à mot: « Générations. » - Modifications Mot a mot : « Altérations. » |
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CHAPITRE VI. |
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§ 1. Quant à l'âme, nous avons étudié, dans les ouvrages qui lui ont été spécialement consacrés, la question de savoir si elle se meut ou ne se meut pas; et en admettant qu'elle se meuve, comment elle se meut. § 2. D'autre part, comme les êtres inanimés sont tous mus par une cause autre qu'eux-mêmes, nous avons fait voir dans les ouvrages qui traitent de la Philosophie Première ce que c'est que le premier mobile, le mobile éternel; et nous avons montré comment il est mû, et de quelle façon le premier moteur meut tout le reste. § 3. Il nous reste à rechercher comment l'âme meut le corps, et quel est le principe du mouvement dans l'animal. En effet, si l'on en excepte le mouvement de l'univers, ce sont les êtres animés qui sont causes du mouvement, pour toutes les autres choses qui ne se meuvent pas mutuellement en agissant les unes sur les autres. Aussi, tous les mouvements des êtres inanimés ont-ils un terme, parce que ceux des êtres animés en ont un également. Tous les animaux communiquent donc le mouvement à d'autres êtres, ou ils se meuvent eux-mêmes en vue de quelque fin; et ce but qui les fait agir est le terme de tout le mouvement qu'ils se donnent. § 4. Les principes qui mettent l'animal en mouvement sont, ainsi qu'on peut l'observer, la pensée, l'imagination, la préférence, la volonté et le désir. § 5. On peut du reste, rapporter tous ces motifs d'action à l'intelligence et à l'instinct. Ainsi, la sensibilité et l'imagination ont le même rôle que l'intelligence; car toutes ces facultés sont des facultés de connaître, bien qu'elles aient entre elles toutes les différences que l'on a signalées ailleurs. La volonté, le désir, la passion peuvent être rapportées en général à l'instinct. Quant à la préférence, elle appartient en commun à l'intelligence et à l'instinct. Par conséquent, c'est l'objet désiré par l'instinct et l'objet qui est conçu par l'intelligence, qui sont les premiers moteurs. Mais ce n'est pas tout objet quelconque conçu par l'intelligence; c'est seulement la fin des choses que nous devons faire. Voilà pourquoi tout ce qui provoque un mouvement de ce genre est un bien; mais dans toute sa généralité, le bien n'est pas capable de produire le mouvement; il le produit seulement en tant qu'il est le but d'une autre chose, et qu'il est la fin de toutes les choses qui n'existent qu'en vue d'une autre. § 6. On doit, en outre, admettre que le bien apparent et le plaisir peuvent remplacer le bien réel ; car le bien peut n'être qu'apparent. § 7. Par suite, il est évident que chaque animal éprouve bien, en partie, quelque chose de semblable à ce qu'éprouve le mobile éternel de la part de l'éternel moteur; et qu'en partie aussi, il y a une différence. Le mobile éternel est éternellement mû; le mouvement des animaux au contraire a une limite. Mais le beau et le bien véritable et primitif, ce bien qui ne peut point tantôt être et tantôt n'être pas, est trop divin et trop supérieur pour qu'il se rapporte à un autre que lui-même. Ainsi donc, le premier moteur meut sans être mû. § 8. Le désir, au contraire, et la partie qui le ressent, ne meuvent qu'après avoir été déjà mus eux-mêmes. Mais le dernier des mobiles qui sont mus peut ne pas transmettre le mouvement à quoi que ce soit. Ceci fait bien voir aussi que le mouvement de déplacement est le dernier à se produire, parmi tous ceux qui se produisent [dans l'animal]; et, en effet, les animaux ne sont mis en mouvement et ne provoqués par l'instinct ou la volonté, qu'à la suite de quelque modification, soit dans leur sensibilité, soit dans leur imagination. |
§ 1. Dans les ouvrages qui lui ont été spécialement consacrés. Voir le Traité de l'Ame, III , IX et suiv.; et aussi une partie du premier livre, où sont discutées les théories antérieurs sur le mouvement de l'âme; ch. II et le chapitre suivant. § 2. De la Philosophie Première. On sait assez que c'est là le titre que donnait Aristote lui-même à l'ouvrage qu'on a nommé plus tard Métaphysique. Saint Thomas croit qu'il s'agit du huitième livre des Leçons de Physique, et du premier livre du Traité du Ciel. - Le mobile éternel.... le premier moteur. Voir la Métaphysique, liv. XII, VIII. § 3. Quel en le principe du mouvement dans l'animal. C'est le sujet spécial de ce traité. - Qui ne se meuvent pas mutuellement. Comme semblent le faire les éléments dont l'univers est composé ; le feu, par exemple, qui, par le mouvement propre qui le porte en haut, peut mouvoir aussi divers corps. Ce passage, du reste, demeure obscur, et les commentateurs ne l'ont pu suffisamment éclairci, quelqu'aient été leurs efforts. § 4. Les principes. Aux principes énumérés ici, quelques éditeurs ajoutent la sensation et la passion. Je n'ai pas cru devoir admettre cette leçon, parce qu'aucun manuscrit ne la donne. Elle serait, du reste, assez d'accord avec le contexte, au paragraphe suivant. § 5. A l'intelligence et à instinct. ou « l'appétit. » Voir le Traité de l'Ame, lll, X, 1, où la même théorie est exposée. – Ont le même rôle que l'intelligence. Aristote se hâte d'expliquer lui-même dans quel sens il comprend ceci. - Des facultés de connaître. Mot à mot « Critiques jugeantes. » - Ailleurs, Traité de l'Ame, liv. II et III. - En général à l'instinct ou à « l'appétit ». - Qui sont les premiers moteurs, voir le Traité de l'Ame, III, X, i. je suis ici la leçon de l'édition de Berlin; celle que donnent d'autres éditions est beaucoup moins bonne « La préférence apaprtient ici et par suite l'objet conçu par l'intelligence leur apaprtient aussi. » La leçon que j'adopte est tout-à-fait conforme aux gthéories du Traité de l'Ame, que l'autre contredit. - Dans toute sa généralité. Le texte dit : « Mais non pas tout le bien. » - En tant qu'il est le but. Voir pour toute cette théorie le Traité de l'Ame, III, x. § 6. Le bien réel. J'ai ajouté ce dernier mot pour mieux marquer l'opposition. § 7. Le mobile éternel.... l'éternel moteur. Voir la Métaphysique, liv. XII, ch. VIII. - Se rapporte à un autre que lui-même. Mot à mot : « Être relatif à un autre. » § 8. Le désir.... Mot à mot : « L'appétit et la partie appétitive.» Voir le Traité de l'Âme, II, III, 1. - Déjà mus eux-mêmes, par l'objet extérieur qu'ils poursuivent et qui est leur but. - Dans l'animal. J'ai ajouté ces mots pour que la pensée fût plus complète. — Quelque modification. Mot a mot : « Altération. » Voir, pour tout ceci , le Traité de l'Ame, III, IX et suiv. Les théorie sont de part et d'autre identiques |
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CHAPITRE `VII. |
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§ 1. Mais comment se peut-il que l'animal, à la suite de sa pensée, tantôt agisse et tantôt n'agisse pas ? Comment peut-il tantôt se mouvoir et tantôt ne se point mouvoir. § 2. On pourrait presque dire qu'il en est ici comme lorsque l'intelligence et la raison s'appliquent à des choses immobiles; seulement, pour la pensée, le but final c'est l'objet qu'elle contemple; et, en effet, dès que l'intelligence a pensé les deux propositions, elle pense aussi, et leur adjoint du même coup, la conclusion. Mais dans l'ordre du mouvement, la conclusion qui ressort des deux propositions, c'est l'action que l'être accomplit. Ainsi, par exemple, quand l'être pense que tout homme peut marcher et qu'il est homme lui-même, il marche sur-le-champ. Mais s'il pense qu'aucun homme ne peut marcher, et que lui-même est homme, il reste sur-le-champ en repos. L'être fait donc l'une et l'autre de ces deux choses, si rien ne l'en empêche et que rien ne le contraigne à s'en abstenir : « Il me faut faire quelque chose de commode, une maison est commode; » et il fait sur-le-champ sa maison. « J'ai besoin de me couvrir, un manteau me couvre, j'ai besoin d'un manteau, il faut faire ce dont j'ai besoin; » il faut donc faire un manteau. Or, cette conclusion : « Il faut faire un manteau, » c'est une action. On agit d'après le principe qu'on a posé. Pour que manteau soit fait, il faut que la première proposition soit admise; si elle l'est l'autre le sera aussi; et sur-le-champ l'être agit. § 3. Il est donc évident que l'action est la conclusion; et les propositions d'où l'action doit sortir, se produisent sous deux formes : celle du bien et celle du possible, mais de même qu'il arrive parfois dans les argumentations, de même l'intelligence ne regarde pas davantage à la seconde proposition, qui est évidente; et elle ne s'y arrête pas. Par exemple, s'il est bon pour l'homme de marcher, on ne s'arrête point à cette autre proposition, que soi-même on est homme. § 4. Voilà aussi pourquoi nous faisons avec grande rapidité les choses que nous faisons sans raisonnement préalable; &et quand la sensibilité s'élance énergiquement vers le but qu'on se propose, ou que c'est l'imagination, ou l'intelligence qui nous y porte, l'être satisfait son désir sur-le-champ. C'est l'acte du désir qui se produit, et remplace, soit l'interrogation, soit l'entendement. « Il me faut boire, » dit le désir; « ceci est une chose à boire, » dit la sensation, ou l'imagination, ou la raison; et l'on boit aussitôt. § 5. C'est donc ainsi que les animaux se déterminent au mouvement ou à l'action; et la cause du mouvement est en définitive le désir qui est produit, soit par la sensation, soit par l'imagination, soit par l'intelligence. Quand les êtres désirent faire quelque chose, c'est tantôt par la passion ou par l'instinct; tantôt c'est par l'impulsion du désir ou de la volonté, soit que l'action se produise sur le dehors, soit qu'elle ne sorte pas d'eux. § 6. Il en est absolument comme dans les automates, qui se meuvent par le moindre mouvement dès que les ressorts sont lâchés, parce que les ressorts peuvent agir ensuite les uns sur les autres; par exemple, le petit chariot qui se meut tout seul. On le meut d'abord en ligne droite; puis ensuite son mouvement devient circulaire, parce que ses roues sont inégales, et que la plus petite fait centre comme dans les cylindres. § 7. C'est absolument ainsi que les animaux se meuvent. Leurs instruments sont, et l'appareil des nerfs, et celui des os. Les os sont en quelque sorte les bois et les fers des automates; les nerfs sont comme les ressorts qui, une fois relâchés, se détendent et meuvent les machines. § 8. Cependant, dans les automates et dans ces petits chariots il n'y a aucune modification intérieure, puisque si les roues devenaient en dedans plus petites et puis ensuite plus grandes, le même mouvement circulaire n'en aurait pas moins lieu. Dans l'animal, au contraire, la même pièce peut devenir tantôt plus grande et tantôt plus petite; et les formes mêmes peuvent changer, quand les parties diverses s'augmentent sous l'influence de la chaleur et se resserrent ensuite sous l'influence du froid; ensuite quand elles subissent quelque modification interne. § 9. Ces modifications peuvent être causées par l'imagination, par la sensibilité et par la pensée. Ainsi les sensations sont bien des espèces de modifications qu'on éprouve directement. Quant à l'imagination et à la pensée, elles ont la puissance même qu'ont les choses. Par exemple, l'espèce, l'idée du chaud ou du froid, du plaisir ou de la douleur que se forme la pensée, est à peu près ce que sont chacune de ces choses. Il suffit de penser à certaines choses pour frissonner et trembler d'épouvante. § 10. Ce sont bien là certainement, dans tous ces cas, des impressions et des modifications que l'être éprouve; mais les changements qui se produisent dans le corps, sont tantôt plus forts, tantôt plus faibles. On comprend, du reste, fort aisément qu'un changement, qui à son début est très petit, puisse produire, à une certaine distance, des différences aussi considérables que nombreuses. C'est comme le gouvernail, qui n'a qu'à se déplacer d'une manière imperceptible pour causer à la proue un déplacement énorme. § 11. De plus, lorsque l'altération qui est produite par la chaleur ou le froid, ou telle autre cause pareille, parvient jusqu'au cœur, bien que dans le cœur la partie qui est ainsi modifiée soit excessivement petite, cependant la modification que par suite le corps subit, est très considérable, soit qu'elle se manifeste par de la rougeur et de la pâleur, du frisson, des tremblements, ou par des mouvements contraires à ceux-là. |
§ 1. Mais comment se peut-il. La question est certainement fort ingénieuse, et je crois qui Aristote est le seul qui l'ait discutée. § 2. Qu'il en est ici. Aristote n'exprime qu'une partie de sa pensée. Pour la bien comprendre, il faut la compléter comme le font les commentateurs. Dans l'intelligence, on doit distinguer deux états très différents. Dans le premier, elle ne songe qu'à connaître l'objet qu'elle étudie, et dès qu'elle le connaît , elle s'y arrête et le contemple; c'est donc un repos,. Dans l'autre, au contraire, elle ne veut connaître que pour agir; c'est un mouvement et non plus une inactive spéculation. - Des choses immobiles. Michel d'Ephèse croit qu'Aristote veut désigner par ce mot les mathématiques; il me semble que la pensée est plus générale, et qu'il s'agit de tous les intelligibles, des essences et des idées, comme dirait le Platonisme. Voir sur cette distinction de l'intelligence spéculative et de l'intelligence pratique, le Traité de l'Ame, III, x , 2. - Pour la pensée. Le texte dit mot à mot : « Ici. » J'ai cru devoir être plus précis. - Dans l'ordre du mouvement. Même remarque; le texte dit mot a mot : « Là. » - Tout homme peut marcher. Syllogisme en Barbara, premier mode de la première figure. - Aucun homme ne peut marcher. Syllogisme en Celarent, deuxième mode de la première figure; voir les Premiers Analytiques, I, ch. IV, §§ 4 et 5. - Il reste sur-le-champ en repos. Pour que la conclusion fût syllogistiquement plus régulière, Aristote aurait dû prendre une tournure négative : « Sur-le-champ, il ne marche pas. » - J'ai besoin de me couvrir. On peut trouver qu'il y a ici quelque redondance. — Qu'on a posé. J'ai ajouté ces mots pour que la pensée fût complète. § 3. D'où l'action doit sortir. Mot à mot : « Qui agissent. » — Ne regarde pas.... à la seconde proposition. C'est alors ce qu'on nomme, dans la logique vulgaire, un enthymème, mot, du reste, qu'Aristote n'emploie pas en ce sens; voir les Premiers Analytiques, II, XXVII. § 4. Voilà aussi pourquoi. Observation fort ingénieuse et très vraie.- Sélance énergiquement. J'ai taché de rendre toute la force de l'expression grecque : au lieu de « énergiquement, » peut-être vaudrait-il mieux mettre « actuellement. » - Soit l'interrogation que, dans l'argumentation l'un des intelocuteurs fait pour s'éclairer. - Soit l'entendement. Qui pense et prépare les éléments de l'action. - Dit le désir. Il faut remarquer ces métaphores : elles sont très justes; mais Aristote n'en use que très rarement. § 5. A l'action. la sens du mot grec emporte l'idée d'une action qui ne sort pas de l'animal qui la produit on la souffre; voir cette distinction dans la Politique, liv. I, ch. II, § 6. - Est en définitive le désir. Voir le Traité de l'Âme, Ill, x, 5. - Se produise sur le dehors. J'ai été obligé de paraphraser pour bien faire sentir toute la force des mots grecs. § 6. Il en est absolument comme dans les automates. II est curieux de noter ces faits, qui prouvent que l'art de la mécanique était déjà très avancé du temps d'Aristote; Voir aussi les statues de Dédale qui marchaient toutes seules, Politique, liv. I, II, § 5. - Le petit chariot. Ceci est appliqué de nos jours aux jouets d'enfants. Je dois prévenir que je m'éloigne complètement ici de l'explication donnée généralement par les commentateur : ils croient tous qu'il ne s'agit que des chars ordinaires dont Aristote essaye d'expliquer la marche, toute connue qu'elle peut être. Le texte se prête à l'interprétation que j'en donne; et après avoir parlé des automates, il me semble tout à fait naturel qu'Aristote parle d'une petite machine qui s'en rapproche beaucoup. - Comme dans les cylindres. Les commentateurs n'ont pas cherché à éclaircir ceci : il est probable qu'Aristote vent désigner ces cylindres à demi coniques dont on se sert pour écraser des pierres, par exemple, et dont une des extrémités, la moins grosse, fait centre. On peut voir des machines de ce genre dans les fabriques de ciment ou de plâtre. § 7. Et l'appareil des nerfs. J'ai conservé le mot grec; mais c'est évidemment des muscles et non des nerfs qu'il s'agit ici. § 8. Modification intérieure. Mot à mot : « Altération. » - Puisque si les roues.... en dedans. La pensée n'est pas très claire : je l'ai traduite littéralement; mais pour la rendre plus intelligible , il eût fallu la développer et en changer la forme. Aristote veut dire qu'une altération intérieure, du genre de celles que subissent nos nerfs et nos muscles, suffirait pas pour modifier le mouvement de ces automates. - Modification interne. Comme plus haut. Aristote explique, du reste, au paragraphe suivant ce qu'on doit entendre par les modifications de ce genre. § 9. Modifications.... modifications. Mot à mot : « Altérations. » - L'espèce, l'idée. J'ai mis deux mots au lieu d'un, pour que la pensée fût plus claire. - Que se forme la pensée. Quelques éditions portent : « Que cause le mouvement. » - II suffit de penser. Observation très vraie, et qui de plus était très neuve au temps d'Aristote. § 10. Modifications. Comme plus haut. - C'est comme le gouvernail. Voir les Questions de Mécanique, question 5, où l'action du gouvernail est expliquée par celle du levier. § 11. Parvient jusqu'au cœur. On peut rapprocher ces théories de celle de Descartes dans le Traité des Passions de l'Ame. Elle s'en rapproche sur beaucoup de points. |
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CHAPITRE VIII. |
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§ 1. Le principe du mouvement est donc, comme on l'a dit, ce qui est à rechercher ou à fuir dans les choses que nous devons faire. Nécessairement, la chaleur et le refroidissement du corps sont les conséquences de l'action, de la pensée, ou de l'imagination, qui s'y appliquent. Or, c'est la douleur qui est à fuir, et le plaisir qui est à rechercher. Mais, si dans le détail ces diversités trop subtiles nous échappent, toutes les pensées pénibles ou agréables n'en sont pas moins le plus souvent accompagnées de refroidissement ou de chaleur. § 2. C'est ce que l'on peut voir avec toute évidence dans les passions. Ainsi, le courage, la crainte, les désirs de l'amour, et toutes les modifications corporelles, pénibles ou agréables, échauffent ou refroidissent, tantôt telle partie du corps, tantôt le corps tout entier. Les souvenirs, les espérances, bien qu'elles ne nous présentent que les copies des choses qu'elles concernent, sont causes cependant des mêmes effets, avec plus ou moins de vivacité. Par suite, les parties intérieures qui se rapportent aux principes des différents organes, sont admirablement disposées pour changer selon le besoin, et passer tour à tour de la coagulation à la fluidité, de la fluidité revenir à l'état de coagulation, et devenir molles ou dures alternativement, en agissant les unes sur les autres. § 3. Ces phénomènes se passant ainsi, et le principe qui souffre et celui qui agit ayant bien tous deux la nature que nous avons si souvent indiquée, quand il arrive que l'un est passif et que l'autre est actif, et qu'il ne manque rien ni à l'un ni à l'autre de ce qui les constitue essentiellement, aussitôt l'un agit et l'autre souffre. Voilà pourquoi, du moment que l'être pense qu'il faut marcher, à l'instant même, pour ainsi dire, il marche, si aucun obstacle étranger ne vient l'arrêter. § 4. Les parties organiques sont préparées convenablement par les affections; le désir prépare les affections, comme l'imagination prépare le désir. L'imagination elle-même est produite, ou par la pensée, ou par la sensibilité; tout se passe en même temps et avec rapidité, parce que le principe passif et le principe actif sont de ces choses dont la nature est d'être relatives les unes aux autres. § 5. Quant au moteur premier qui met l'animal en mouvement, il faut nécessairement qu'il se trouve dans quelque principe; et l'on a dit que l'articulation est à la fois le commencement d'une chose et le terme d'une autre. Aussi la nature l'emploie-t-elle, tantôt comme si elle n'était qu'une seule pièce, et tantôt comme si elle en était deux. § 6. Quand le mouvement part de l'articulation, il y a nécessité que l'un des points extrêmes soit en repos, tandis que l'autre est en mouvement; car nous avons fait voir antérieurement que ce qui meut doit s'appuyer sur ce qui demeure en place. Or, l'extrémité du bras est mue et elle ne meut pas; et de la flexion qui est dans l'olécrane, une partie se meut; et c'est celle qui est comprise dans la totalité du membre mis en mouvement. Mais il faut qu'il y ait de plus quelque chose d'immobile qui, nous le répétons, en puissance est unique, mais qui devient deux en acte. Par conséquent, si l'animal était le bras, c'est là que serait placé en quelque point le principe moteur de l'âme. § 7. Mais comme on peut avoir aussi dans la main quelque instrument inanimé, un bâton, par exemple, qu'on meut avec la main, il est évident que l'âme ne serait dans aucune de ces deux extrémités, ni dans l'extrémité du bâton qui est mû, ni dans la main, autre principe de mouvement. En effet, le bâton trouve dans la main son principe et sa fin; et par conséquent aussi, si le principe moteur qui part de l'âme n'est pas dans le bâton, il n'est pas davantage dans la main; car l'extrémité de la main est au carpe dans ce même rapport précisément, que cette partie est à l'olécrane. Et ici, les instruments factices que l'on a ajoutés ne diffèrent absolument point du tout des organes qui sont naturels; et le bâton n'est pas autre chose qu'une partie qu'au besoin on peut détacher. § 8. Ainsi donc, il est impossible que le mouvement se trouve placé jamais dans un principe qui soit aussi la fin d'une autre chose, non plus qu'il ne peut l'être dans quelque autre partie différente, plus extérieure encore que celle-là; par exemple, si le principe de l'extrémité du bâton était dans la main, et le principe de la main elle-même dans le carpe. Mais si le principe n'est pas dans la main parce qu'il est plus haut qu'elle, il en est encore de même pour le carpe, puisque c'est quand l'olécrane reste en place que toute la partie inférieure qui est continue, peut se mouvoir. |
§ 1. Comme on l'a dit. Voir au chapitre précédent, § 5, et dans le Traité de l'Ame. III, x, 2 et 6. - Du corps. J'ai ajouté ces mots pour compléter la pensée. - Si dans le détail. J'ai un peu développé le texte pour qu'il fût plus clair. § 2. Avec toute évidence dans les passions. On ne saurait rapprocher avec trop de soin tout ceci des théories analogues de Descartes dans son Traité des Passions de l'Âme. Les idées sont les mêmes de part et d'autre, quelle que soit d'ailleurs la valeur qu'on leur accorde. - Des mêmes effets que les choses elles mêmes. - Aux principes des différents organes. Ces principes sont les muscles et les os : les différents organes sont les parties diverses du corps, soit les membres, soit le viscères intérieurs. - Admirablement. Mot a mot : « Rationnellement bien, » conformément à la raison. - De la coagulation à la fluidité. Ces faits sont certainement exacts, et je crois que la physiologie moderne les admettrait, bien qu'elle les exprimât d'ailleurs en d'autres termes. § 3. Que nous avons si souvent indiquée. Aristote avait fait un ouvrage spécial sur l'Action et la Passion : il le cite lui-même dans le Traité de l'Ame, II, v, 1, n. Voir les Catégories, ch. IX, 1, et la Métaphysique, V, XXI. Il pourrait s'agir aussi du Traité de la Génération et de la Corruption, si l'on en croit les commentaires de Simplicius et de Philopon sur repassage du Traité de l'Âme. - L'être pense qu'il faut marcher. Voir plus haut, ch. VII, § 3. § 4. Est d'être relatives les unes aux autres. Voir les Catégories, ch. VII. § 5. Et l'on a dit. Voir plus haut, ch 1, § 4 § 6. Antérieurement. Id., ibid. et suiv., et surtout § 7. § 7. Inanimé, un bâton, par exemple. Aristote veut prouver que le principe du mouvement est placé plus haut que le membre même qui est mû; et pour développer cette pensée, il se sert d'une comparaison. Si pour le bâton que tient la main, on ne peut pas dire que le principe du mouvement soit précisément dans la main, il ne sera pas davantage dans l'olécrane pour la main, mon plus que dans l'épaule pour le bras entier : de proche en proche, il faudra remonter jusqu'au principe interne de locomotion, qui est dans l'âme. - Ni dans l'extrémité du bâton. Le texte n'est pas aussi précis. - Ni dans la main. Même remarque. J'ai dû, pour être clair, développer un peu le texte. - Factices. J'ai ajouté ce mot dont l'idée est comprise dans la force de l'expression grecque. §8. Ainsi donc, il est impossible. Ce paragraphe n'est que le complément de celui qui précède ; mais il n'est pas moins obscur que lui, à cause de son extrême concision et des termes un peu vagues qu'emploie Aristote. - Qui soit aussi. J'ai ajouté ce dernier mot que justifie le contexte : Dans un principe qui soit à la fois principe d'une chose et fin d'une autre, comme la main l'est à l'égard du bâton, le carpe à l'égard de la main, l'olécrane à l'égard de l'avant-bras, etc. - Plus extérieure que celle-là. J'ai conservé l'indécision du texte Aristote entend sans doute, « par une partie plus extérieure que celle-là, » une partie du membre supérieure à la main, au carpe, à l'olécrane, etc. C'est cette dernière partie qu'il veut désigner probablement par l'expression : « Celle-là. » « Extérieure » se confond ici avec « supérieure. » - De la main elle-même. Le texte dit simplement : « De cela. » - Dans le carpe. Aristote arrête ici cette énumération; mais l'on voit qu'il pouvait la pousser plus loin en remontant du carpe à l'olécrane, de l'olécrane à l'épaule, etc. - Pour le carpe. Le texte dit seulement : « Ici. » Peut-être faut-il entendre l'olécrane. - Toute la partie inférieure qui est continue. Tout l'avant-bras avec la main, et au besoin aussi avec le bâton qu'elle tient. - Cette conclusion montre quelle est ici la pensée d'Aristote, et elle éclaircit, du moins en partie, tout ce qui précède. |
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CHAPITRE IX. |
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§ 1. Comme le mouvement est tout à fait pareil soit à droite, soit à gauche, l'animal pouvant même se donner simultanément des mouvements contraires; et comme par conséquent, ce n'est pas par l'immobilité du côté droit que le côté gauche se met en mouvement, ni par l'immobilité du côté gauche que se meut le côté droit, mais que le principe du mouvement est toujours dans quelque chose de supérieur à tous deux, il faut nécessairement que le principe de l'âme motrice soit dans le centre de l'être, parce que le centre est la fin des deux extrêmes. § 2. Ce centre est dans un égal rapport, soit aux mouvements qui viennent d'en haut, soit à ceux qui viennent d'en bas; par exemple, ceux qui viennent de la tète, et ceux qui viennent de la colonne vertébrale, dans les animaux qui ont une colonne vertébrale. § 3. Cette disposition est parfaitement rationnelle; car c'est là aussi, comme nous l'avons dit, qu'est le siège de la sensibilité; et par suite, le lieu du corps qui entoure le principe, venant à être modifié par la sensation et venant à changer, les parties contiguës sont changées en même temps que lui, soit qu'elles se distendent, soit qu'elles se contractent; et ce sont là les causes nécessaires du mouvement dans les animaux. § 4. Mais la partie centrale du corps qui est une en puissance, doit nécessairement être multiple en acte; en effet, les membres sont simultanément mis en mouvement par le principe; et quand l'un est immobile, l'autre se meut. Je dis, par exemple, que sur la ligne ABC, B est mû, et c'est A qui le meut. Mais il n'en faut pas moins toujours qu'il y ait un point immobile, pour que telle partie puisse être mue, et que telle autre puisse mouvoir. Ainsi, A qui est un en puissance, en acte seront deux; et par conséquent, il doit nécessairement être non pas un point, mais une grandeur réelle. Pourtant C peut recevoir le mouvement en même temps que D. Donc, il faut que les deux principes qui sont en C soient mus, pour qu'ils puissent mouvoir eux-mêmes à leur tour. § 5. Il faut donc qu'outre ces deux principes, il y en ait quelque autre qui meuve sans être mû; car les extrémités et les principes des parties qui sont mues en A, devraient s'appuyer les unes sur les autres, comme des gens qui s'appuyant dos à dos feraient mouvoir leurs jambes. Mais il faut nécessairement un principe qui meuve les deux à la fois; ce moteur c'est l'âme, qui est toute autre chose que cette grandeur dont nous venons de parler, mais qui pourtant est placée dans cette grandeur. |
§ 1. Soit à droite, soit à gauche. Après avoir prouvé que le principe moteur n'est pas à l'extrémité de membres, Aristote veut prouver qu'il ne dépend pas non plus de l'action des diverses parties du corps l'une sur l'autre en largeur, et qu'il ne vient pas de l'action de la droite sur la gauche, ou de la gauche sur la droite. - Se donner simultanément des mouvements contraires, c'est-à-dire que la droite peut avoir un mouvement contraire à celui qu'a la gauche, et réciproquement. - Par l'immobilité du côté droit. Voir plus haut, ch. 1, §§ 4 et 7, la nécessité d'un point immobile pour qu'un mouvement quelconque soit possible. - Dans le centre de l'être. Le cœur, qui est au centre, sans être cependant tout à fait au milieu. § 2. Dans un égal rapport. Il est aussi le centre des parties prises en longueur, comme il est le centre des parties prises en largeur. - Ceux qui viennent de la colonne vertébrale. Il faut entendre les mouvements des membres inf |