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HERMÉNEIA, ou TRAITÉ DE LA
PROPOSITION.
CHAPITRE PREMIER.
Énumération des objets divers de ce traité. - Rapports du langage Ã
la pensée. - Les mots isolés n'expriment ni vérité ni erreur : il
faut qu'ils soient réunis pour exprimer l'un ou l'autre. |
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§ 1. Il faut établir d'abord ce que c'est que nom, et
que c'est que verbe, puis ensuite, ce que c'est que négation et
affirmation, énonciation et jugement.
§ 2. Les mots dans la parole ne sont que l'image des modifications
de l'âme; et l'écriture n'est que l'image des mots que la parole
exprime.
§ 3. De même que l'écriture n'est pas identique pour tous les
hommes, de même les langues ne sont pas non plus semblables. Mais
les modifications de l'âme, dont les mots sont les signes immédiats,
sont identiques pour tous les hommes, comme les choses, dont ces
modifications sont la représentation fidèle, sont aussi les mêmes
pour tous.
§ 4. On a déjà parlé de cela dans le Traité de l'Âme : et en effet
ce sujet appartient à un autre traité que celui-ci.
§ 5. De même qu'il y a dans l'âme, tantôt des pensées qui peuvent
n'être ni vraies ni fausses, et tantôt des pensées qui
nécessairement doivent être l'un ou l'autre, de même aussi dans la
parole; car l'erreur et la vérité ne consistent que dans la
combinaison et la division des mots.
§ 6. Les noms eux-mêmes et les verbes ressemblent donc à la pensée
sans combinaison ni division, par exemple : homme, blanc, sans rien
ajouter à ces mots. Ici en effet rien n'est encore ni vrai ni faux:
et en voici bien la preuve: un cerf-bouc, par exemple, signifie
certainement quelque chose; niais ce n'est encore ni vrai ni faux,
si l'on n'ajoute pas que cet animal existe ou qu'il n'existe pas,
soit d'une manière absolue, soit dans un temps déterminé. -
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Herméneia, J'ai cru
devoir conserver le mot grec, parce qu'il est impossible de le bien
traduire à moins d'une longue périphrase. Les commentateurs du moyen
âge ont conserver le titre tout entier : et les deux mots Peri
hermeneias sont devenus pour eux un accusatif pluriel féminin qui a
en son génitif en arum et son datif en is. Quant au
second titre, il n'appartient pas à Aristote : mais le catalogue de
Diogène Laërce et l'autorité de plusieurs commentateurs le
recommandent : de plus, il a l'avantage d'être une explication du
premier et une indication assez fidèle des matières traitées dans
l'ouvrage. Voir sur le titre de l'Herméneia la discussion
d'Ammonius, Schol. p. 95, b, 21.
§ 1. Nom... verbe, Les
deux éléments indispensables de la proposition. - Jugement,
Le terme grec est vague et moins précis que celui par lequel j'ai dû
le rendre : on pourrait traduire aussi : proposition, mot qui
est un peu plus précis.
§ 2. L'image des
modifications de l'âme, C'est donner au langage une origine tout
humaine. L'antiquité grecque n'a jamais résolu autrement cette
question, que d'ailleurs elle n'a point cherché à approfondir.
§ 3. Les modifications de
l'âme... sont identiques, Ceci ne contredit pas le paragraphe
qui précède. Les modifications sont identiques: mais les images de
ces modifications ne le sont pas, précisément parce que la volonté
de l'homme intervient dans la production de ces images. On voit,
comme le font remarquer les commentateurs, que toute cette théorie
est contraire à celle que Platon développe dans le Cratyle. Pacius
ajoute qu'il y a ici quatre degrés distincts : l'écriture qui
représente les mots. les mots qui représentent les conceptions de
l'esprit, et enfin ces conceptions qui représentent les choses.
Cette gradation que fait Aristote est parfaitement exacte. Alexandre
d'Aphrodise, dans son commentaire qui n'est pas venu jusqu'Ã nous
contestait cette identité de pensées pour tous les hommes. voir
Ammonius, Scholies, p. 100 a, 32 et la note. et p. 101, b, 1.
Herminus proposait ici une variante qui ne tient qu'au changement
d'accent, et il corrigeait ainsi la pensée d'Alexandre se jugeait
pas très juste, ib., 8 et la note.
§ 4. On a déjà parlé de
cela dans le Traité de l'Âme, Voir le Traité de l'Âme, livre 3,
§. 7, éd., de Tredelenbourg, p. 94 et 96. Andronicus de Rhodes, ne
retrouvant pas textuellement ceci dans le Traité de l'Âme, avait
déclare l'Herméneia apocryphe. II est le seul parmi les
commentateurs à soutenir cette opinion. Voir les Scholies, éd. de
Berlin, p. 94, a, 21, p. 97 a, 19, et mon mémoire sur la Logique, t.
1, p. 53.
§ 5. N'être ni vraies ni
fausses, En tant qu'elles n'impliquent ni l'affirmation ni la
négation d'un objet matériel. - Dans la combinaison et la
division des mots, Voir dans les Catégories, ch. 2, § 1, et
surtout ch. 4, § 3.
§ 6. Les noms eux-mêmes et
les verbes, Pris isolement et sans combinaison. - Un
cerf-bouc signifie certainement quelque chose, Dans la pensée,
mais non dans la réalité, si on ne l'affirme ni ne le nie. Voir la
République de Platon. liv. 6 p. 10, Trad. de M. Cousin. - Soit
d'une manière absolue, Ceci peut signifier encore, comme le veut
Pacius, que l'affirmation s'applique au présent, comme les mots
suivants: soit dans un temps déterminé, s'appliquent aux deux
autres moments du temps, le passée et l'avenir. |
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CHAPITRE II.
De nom : définition du nom : justification des parties diverses de cette
définition. - Du nom indéterminé. - Des cas du nom. |
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§ 1. Le nom est un mot qui par convention
signifie quelque chose sans spécifier de temps, et dont aucune partie séparée
n'a de signification à elle.
§ 2. Ainsi, dans le nom de Callippos, hippos ne signifie rien par lui seul,
comme il signifierait dans cette phrase: Kalos hippos. C'est qu'il n'en est pas
dans les noms composés comme dans les simples: dans les premiers, une partie
prise seule n'a aucune signification; dans les autres, la partie semble vouloir
signifier quelque chose, mais ne signifie cependant rien, quand elle est isolée;
ainsi dans épactrokélès, kélès ne signifie rien par lui-même.
§ 3. On a dit plus haut : Par convention, attendu que les mots n'existent point
dans la nature et qu'ils ne sont quelque chose qu'en devenant signes: cela est
si vrai que les sons inarticulés signifient aussi quelque chose; par exemple,
les cris des bêtes fauves, qui cependant ne sont pas des mots.
§ 4. Non-homme n'est pas un nom; car il n'y a pas de limite qu'on puisse lui
appliquer; ce n'est ni une énonciation ni une négation; c'est ce que
j'appellerai un nom indéterminé, parce qu'il convient également à tout, à l'être
et au non-être.
Philônos, Philôni, et autres mots de ce genre, ne sont pas précisément des noms,
ce sont des cas du nom.
Certes la définition de ces mots est pour tout le reste la même que celle du nom
: mais la différence c'est que, couplés aux verbes Est, a été, ou sera, ces mots
n'exprime encore rien de faux, rien de vrai, tandis que le nom exprime
toujours quelque chose : par exemple, si on dit : Est ou n'est pas à Philon; car
ni l'un ni l'autre ne sont encore ni vrai ni faux. |
§ 1. Un mot qui par
convention, Et non par une sorte de nécessité naturelle, comme
Platon le veut dans le Cratyle. Ammonius cherche à concilier Platon
et Aristote : Alexandre d'Aphrodise se prononçait pour la théorie
platonicienne. Ammonius, Scholies, p. 103, a, 11, et b, 29, et la
note - Sans spécifier de temps, Comme le fait le verbe; voir
plus bas, ch. 3. § 1. - Dont aucune partie séparée, Les
lettres et les syllabes, par exemple.
§ 2. Callippos, J'ai
conservé le mot, parce que la démonstration y est tout aussi
frappante que sur un composé français. - Dans cette phrase,
Composée seulement d'un adjectif et d'un substantif. -
Epactrokélès, J'ai encore conservé le mot grec. Epactrokélès
designer une espèce d'embarcation dont se servaient les pirates et
qui ressemblait à deux autres, dont l'une se nommait épactris et
l'autre kélès. - Ne signifie rien par lui-même, Dans le mot
composé : pris isolément, il aurait un sens complet qui se trouve
modifié par la combinaison même où il entre. Pacius cite, comme
pouvant servir ici d'exemple, le mot français, Aigre-doux.
§ 3. Les mots n'existent point dans la nature, C'est tout le
contraire de la doctrine platonicienne. - Non articulés, Le
texte dit: non écrits, c'est-à -dire non susceptibles d'être
écrits.
§ 4. Non-homme, J'ai
conservé la forme grecque, qui est aussi la même dans notre langue
philosophique : non-être, non-moi, etc. - C'est ce que
j'appellerai, Aristote crée un mot nouveau, comme il fait aussi
dans les Catégories, ch. - Philônos, Philôni, J'ai gardé le
génitif et le datif grecs, parce que notre langue n'a pas de cas. -
Le nom exprime toujours quelque chose, Le nom au nominatif
joint au verbe Est, a été ou sera, exprime toujours une affirmation.
- Par exemple, Cet exemple se rapporte non à la dernière
proposition, mais à la précédente. - Les commentateurs ont recherché
pourquoi Aristote ne regarde comme noms que les noms au nominatif,
et ils en ont donné diverses raisons qui ne sont pas toutes très
exactes, voir Ammonius, Scholies, p. 104, a, 27 et la note. |
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CHAPITRE III.
Du verbe. - Définition du verbe : justification des parties diverses de celle
définition. - Du verbe indéterminé. - Des cas du verbe. - De la copule. |
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§ 1. Le verbe est le mot qui,
outre sa signification propre, embrase l'idée de temps, et dont
aucune partie isolée n'a de sens par elle-même; et il est toujours
le signe des choses attribuées à d'autres choses.
§ 2. Je dis qu'il embrasse l'idée de temps outre sa signification
propre, par exemple : La santé, n'est qu'un nom; Il se porte bien,
est un verbe; car il exprime en outre quels chose est dans le moment
actuel.
§ 3. De plus, il est toujours le signe de choses attribuées Ã
d'autres choses, par exemple: de choses dites d'un sujet ou qui sont
dans un sujet.
§ 4. S'il ne se porte pas bien, il n'est pas malade, ne soit pas
selon moi des verbes; pourtant, outre leur signification propre, ils
indiquent le temps et se rapportent nécessairement à quelque chose.
Mais cette différence n'a pas reçu de nom spécial ; je l'appellerai,
si l'on veut, le verbe indéterminé, parce qu'il s'applique aussi Ã
tout, à l'être comme au non-être.
§ 5. Et de même, Il est bien porté, Il se portera bien, ne sont pas
véritablement des verbes, mais ce sont des cas du verbe; ils
diffèrent du verbe en ce que le verbe indique le temps présent,
tandis que les autres indiquent des temps accessoires.
§ 6. Les verbes pris isolément et en eux-mêmes sont des noms et
signifient un objet spécial; en les prononçant, on fixe la pensée de
son auditeur qui aussitôt y arrête son esprit. Mais rien n'exprime
encore que la chose est ou n'est pas. Être ou n'être pas n'est pas
plus le signe de la chose elle-même, que si l'on exprime l'être en
soi et dans tout son isolement. Par lui seul le verbe n'est rien, il
indique seulement, outre son sens propre, une certaine combinaison
qu'on ne peut nullement comprendre indépendamment des choses qui la
forment. |
§ 1. Outre sa
signification propre. Tout verbe, même le verbe substantif,
exprime à la fois deux chose : 1° une certaine idée particulière; 2°
le temps dans lequel s'accomplit cette idée. - Le signe des
choses attribuées, Le verbe qui, au fond, est toujours et sans
aucune exception, le verbe substantif, dans toutes les langues, est
la copule du sujet et de l'attribut. - A d'autres choses,
L'attribut est attribué au sujet.
§ 2. N'est qu'un nom.
Sans aucune indication de temps quelconque. - Il se porte bien.
Je n'ai pu en français reproduire la symétrie du grec, où le mot qui
signifie: Il se porte bien, a le même radical que le mot Santé. -
En outre, Outre sa signification propre.
§ 3. Dites d'un sujet ou
qui sont dans un sujet, Voir les Catégories, ch. 2, § 2, pour le
sens de ces expressions.
§ 4. Il ne se porte pas
bien, Distinction analogue à celle qu'il a faite plus haut pour
les noms, ch. 2, § 4. - Un verbe indéterminé, De même
qu'il a dit plus haut: nom Indéterminé, et par le même motif.
Averroès remarque ici que la langue arabe n'a ni nom ni verbe
indéterminés.
§ 5. Et de même, Autre
distinction tout à fait pareille à celle qui a été faite plus haut,
ch. 2, § 5. - Ce sont des cas du verbe, Il distingue des cas
du verbe, comme il a distingué des cas du nom. - Le verbe indique
le temps présent, Le verbe proprement dit est celui qui exprime
le présent. La chose est alors, tandis qu'avec le passé ou l'avenir
elle est beaucoup moins ; l'une part, elle n'est plus, de l'autre,
elle n'est pas encore. - Des temps accessoires , Le passé et
le futur.
§ 6. Les verbes pris
isolément, Le sens de ce paragraphe est assez obscur, et il faut
pour le bien comprendre suivre de très prés la pensée d'Aristote. La
voici : Les verbes autres que le verbe substantif pris en eux-mêmes
et avec leur signification propre, sans l'addition du temps et du
mode, ne sont que des noms, et comme les noms indiquent un objet
spécial. Ainsi comme nom et en soi le verbe Courir, sans l'addition
des temps et des modes, n'exprime que l'idée de course et ne
l'affirme ni ne la nie. Par lui-même il n'a donc pas un sens
complet. Le verbe Être est dans le même cas: il faut un attribut,
qu'il joigne au sujet, pour que la pense soit complète. - Mais
rien n'exprime encore, Il n'y a que la conception pure de
l'esprit sans affirmation ni négation. - Être ou n'être pas,
Le verbe substantif affirmé ou nié ne suffit pas plus pour exprimer
une pensée, que quand on prend la chose toute seule et même sans le
verbe. - Par lui seul le verbe Etre n'est rien, Il n'est que
la copule du sujet et de l'attribut. - Indépendamment des choses
qui la forment, Indépendamment du sujet et de l'attribut qu'il
unit l'un à l'autre, et qui sont indispensables pour faire un sens. |
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CHAPITRE IV.
De la phrase : définition de la phrase : justification des parties
diverses de cette définition. - De la phrase énonciative ou
proposition : elle sera seule étudiée dans ce traité. |
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§ 1. Une phrase est un énoncé
qui a un sens de convention, et dont chaque partie séparée signifie
par elle seule quelque chose, § 2, comme simple énonciation, mais
non pas comme négation ou affirmation. Par exemple, je dis que Homme
signifie quelque chose, mais il ne signifie pas que cette chose est
ou n'est pas. II n'y aura négation ou affirmation que si l'on ajoute
quelque autre chose.
§ 3. Dans Homme, du reste, une syllabe isolée n'a aucun sens, de
même que dans Souris, ris ne signifie rien à lui seul, c'est un
simple son. Mais dans les mots doubles, la partie signifie quelque
chose, mais non pas quand elle est seule, ainsi qu'on l'a déjà dit.
§ 4. Toute phrase exprime quelque chose, non pas par sa valeur
naturelle, mais, ainsi que je l'ai déjà dit, par convention.
§ 5. Toute phrase n'est pas énonciative; mais celle-là seulement est
énonciative dans laquelle il y a vérité ou erreur. Or la vérité et
l'erreur ne sont pas dans tous les discours: ainsi, Une prière, est
une phrase, bien qu'elle ne soit ni vraie ni fausse. § 6. Nous
omettons les autres genres de phrases: c'est un objet plus spécial Ã
la Rhétorique ou à la Poétique. La phrase énonciative est la seule
dont nous devions nous occuper ici. |
§ 1. Une phrase, J'ai
pris ce mot, bien que peu technique, parce qu'il m'a paru, Ã cause
de son indétermination même, mieux répondre que tout autre au mot
grec qui est lui-même fort indéterminé. - Dont chaque partie
séparée, Nom ou verbe.
§ 2. Comme simple
énonciation, Le nom tout seul, le verbe tout seul, ne sont l'un
et l'autre que des énonciations qui ne nient point, qui n'affirment
point davantage, et n'ont ni vérité ni erreur.
§ 3. Ainsi qu'on l'a déjÃ
dit. Voir plus haut, ch. 2, § 2.
§ 4. Non par sa valeur
naturelle, Le texte dit précisément : non comme instrument. -
Ainsi que je l'ai déjà dit, Voir plus haut, ch. 2, § 1.
§ 5. N'est pas énonciative,
C'est de la phrase énonciative seulement qu'il sera question dans
tout ce traité. - Une prière, Ces deux mots forment à eux
seuls une sorte de phrase; mais une phrase sans vérité ni erreur,
puisqu'il n'y a ni affirmation ni négation, indispensables pour
former l'une ou l'autre. |
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CHAPITRE V.
De la proposition ou phrase énonciative : unité de la proposition :
éléments nécessaires de la proposition. - Proposition simple :
proposition complexe. |
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§ 1. La première des phrases
énonciatives qui soit une, c'est l'affirmation; vient ensuite la
négation. La autres ne forment un tout qu'au moyen du lien qui le
unit.
§ 2. Toute phrase énonciative renferme nécessairement un verbe ou un
cas de verbe. Par exemple, cette phrase : L'homme, n'est pas
énonciative si l'on n'ajoute pas que l'homme est, qu'il a été ou
qu'il sera, ou telle autre circonstance analogue.
§ 3. Mais pourquoi cette énonciation : Animal terrestre bipède, n'en
fait-elle qu'une seule et n'en forme-t-elle pas plusieurs? Ce n'est
certes pas uniquement parce que les mots sont prononcés à la suite
les uns des autres; mais ceci appartient encore à un autre traité.
§ 4. Mais la phrase énonciative est une, ou parce qu'elle énonce une
seule chose, ou parce qu'elle est unie par la liaison des mots. la
phrase est complexe, quand elle énonce plusieurs choses et non pas
une seule, ou bien quand les phrases sont séparées entre elles.
§ 5. Le nom et le verbe ne sont donc qu'une simple voix, puisqu'il
n'est pas possible de dire si celui qui, en articulant ainsi
quelques sons, fait une énonciation, répond ou non à une question
antérieure, ou s'il ne fait que parler de son propre mouvement. On
distingue parmi les énonciations : l'énonciation simple, quand on
attribue une chose à une autre, ou quand on nie une chose d'une
autre chose, et l'énonciation complexe, composée des premières et
qui forme déjà un discours composé.
§ 6. L'énonciation simple est l'énonciation qui affirme que telle
chose est ou n'est pas, selon les diverses divisions du temps. |
§ 1. La première des
phrases énonciatives, La plus simple. - Qui soit une, Qui
forme une unité complète. - C'est l'affirmation, Comme par
exemple : L'homme court. - Vient ensuite la négation, Plus
compliquée que l'affirmation; par exemple : L'homme ne court pas. -
Les autres, Les phrases plus complexes, hypothétiques,
disjonctives, etc.
§ 2. Que l'homme est,
qu'a a été ou qu'il sera telle chose, que désigne l'attribut joint
au sujet par le verbe substantif.
§ 3. Cette énonciation,
Qui est la définition de l'homme. - À un autre traité,
La Métaphysique, voir liv. 7, ch. 12.
§ 4. Une seule chose,
Un seul attribut d'un seul sujet. - Unie par la liaison des mots,
Conjonction, ou toute autre particule grammaticale. - La phrase
est complexe, Quand il y a plusieurs attributs pour un seul
sujet, plusieurs sujets pour un seul attribut, ou plusieurs membres
de phrase formant une phrase totale.
§ 5. Ne sont donc qu'une
simple voix, N'exprimant ni affirmation ni négation. - A une
question antérieure, Qui donne un sens complet au mot isolé
qu'il prononce. - On distingue parmi les énonciations,
Répétition da paragraphe précédent.
§ 6. Selon les diverses
divisions du temps, Présent, passé, avenir. Voir plus haut, ch.
3, § 5. |
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CHAPITRE VI.
De l'affirmation. — De la négation. — De la contradiction. |
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§ 1. L'affirmation est
l'énonciation qui attribue une chose à une autre.
§ 2. La négation est l'énonciation qui sépare une chose d'une autre
chose.
§ 3. Car il est possible d'énoncer ce qui est comme n'étant pas, ce
qui n'est pas comme étant, et ce qui est comme étant et ce qui n'est
pas comme n'étant pas: comme cela en plus peut également s'appliquer
aux temps en dehors du présent, il s'ensuit qu'on peut affirmer tout
ce qu'on a nié d'abord et nier ce qu'on a d'abord affirmé d'abord :
évidemment, à toute affirmation il y a une négation opposée, et Ã
toute négation, une affirmation opposée.
§ 4. Appelons contradiction l'affirmation et la négation opposées.
§ 5. Je dis qu'il n'y a opposition que dans la proposition du même
au même, non point celle qui est par simple homonymie, ni par telle
autre équivoque du même genre, que nous signalons dans les Ruses des
sophistes. |
§ 1. Qui attribue, Le
texte dit seulement : l'énonciation d'une chose d'une autre chose;
les mots: Qui attribue, rendent le sens de la préposition qui
précède le second génitif.
§ 2. Qui sépare, Même
remarque qu'au paragraphe précédent.
§ 3. Il y a une négation
opposée, Voir dans les Catégorie, la théorie des opposés, ch.
10.
§ 4. Appelons
contradiction, On peut croire que c'est Aristote qui a créé ce
mot.
§ 5. Du même au même,
Du même attribut relativement au même sujet. - Par simple
homonymie, : Voir le début des Catégories. - Dans les Ruses
des sophistes, il s'agit évidemment du livre des Réfutations des
Sophiste, quoique le titre même de cet ouvrage ne soit point
reproduit ici avec clarté. - Voir mon mémoire sur la Logique, tome
1, page 79, où toute cette question est discutée. |
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CHAPITRE VII.
Des propositions universelles, particulières, indéterminées et
singulières. - Propositions universelles contraires : les
propositions indéterminées ne peuvent être contraires. Les
propositions contradictoires ne peuvent être vraies à la fois sons
forme universelle, sous forme singulière : elles peuvent l'être sous
forme indéterminée. - Il n'y a jamais qu'une négation pour une
affirmation. |
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§ 1. Parmi les choses, les
unes sont universelles, les autres sont individuelles. J'entends par
universel ce qui, par sa nature, peut être attribué à plusieurs; et
par individuel, ce qui ne le peut pas. Homme, par exemple, est une
chose universelle; Caillas est une chose individuelle. Il s'ensuit
que, nécessairement, l'énonciation doit dire qu'une chose est ou
n'est pas à une autre tantôt universellement, tantôt
individuellement.
§ 2. Si donc d'une chose universelle, on énonce d'une manière
universelle, qu'elle est ou qu'elle n'est pas, les énonciations
seront contraires. Ce que j'entends par énoncer une chose
universelle d'une manière universelle, c'est dire, par exemple: Tout
homme est blanc, aucun homme n'est blanc.
§ 3. Mais quand on énonce une chose universelle d'une manière qui
n'est pas universelle, les énonciations ne sont plus contraires; ce
qui n'empêche pas que des choses ainsi désignées ne puissent
quelquefois être contraires. J'entends par énoncer une chose
universelle d'une manière qui n'est pas universelle, cette
énonciation par exemple: L'homme est blanc, l'homme n'est pas blanc.
L'homme est bien une chose universelle, mais on se sert pour
l'exprimer, d'une énonciation qui n'est pas universelle. En effet,
Tout indique, non pas que la chose est universelle, mais seulement
qu'on l'exprime manière universelle.
§ 4. Du reste, la proposition peut être vraie, quand on attribue
l'universel à un attribut universel : car il n'y a jamais
d'affirmation vraie, quand ou donne à un attribut universel une
attribution universelle, et qu'on dit, par exemple: Tout homme est
tout animal.
§ 5. Je dis que l'affirmation est contradictoirement opposée à la
négation, quand la première indique que la chose est universelle, et
que la seconde exprime que cette même chose ne l'est pas. Par
exemple : Tout homme est blanc, quelque homme n'est pas blanc. -
Aucun homme n'est blanc, tel homme est blanc. Les énonciations sont
contraires, quand l'affirmation est universelle, et que la négation
l'est également. Ainsi : Tout homme est blanc, aucun homme n'est
blanc. - Tout homme est juste, aucun homme n'est juste.
§ 6. Aussi, n'est-il pas possible que ces dernières soient toutes
deux vraies en même temps.
§ 7. Mais les énonciations opposées à celles-là peuvent quelquefois
être vraies en même temps d'une même chose. Ainsi : Quelque homme
n'est pas blanc, tel homme est blanc.
§ 8. Donc, pour toutes les contradictions universelles de choses
universelles, il faut nécessairement que l'une des deux soit vraie
ou fausse.
§ 9. Et de même pour les contradictoires individuelles: Socrate est
blanc, Socrate n'est pas blanc.
§ 10. Quant aux contradictoires de choses universelles qui ne sont
pas exprimées d'une manière universelle, l'une n'est pas toujours
vraie, et l'autre fausse. Ainsi, on peut dire à la fois avec vérité:
L'homme est blanc, et l'homme n'est pas blanc ; L'homme est beau, et
l'homme n'est pas beau. S'il est vilain, en effet, il n'est pas beau
non plus; et s'il devient quelque chose, il n'est pas non plus cette
chose. On pourrait croire au premier coup d'œil que ceci n'est pas
exact, attendu que cette assertion : L'homme n'est pas blanc, semble
signifier la même chose que celle-ci : Aucun homme n'est blanc, et
coexister. Mais pourtant ces deux propositions n'ont pas la même
signification, et ne coexistent pas nécessairement.
§ 11. Il est clair, d'autre part, qu'il n'y a qu'une seule négation
d'une seule affirmation, parce qu'il faut toujours que la négation
nie la même chose que l'affirmation a affirmée, et la nie du même
objet, soit une chose particulière, soit une chose universelle, qui
d'ailleurs est prise où n'est pas prise universellement. Par
exemple: Socrate est blanc, Socrate n'est pas blanc. Mais si l'on
énonce une chose différente de la même chose, ou bien la même chose
d'une chose différente, ce n'est plus une énonciation opposée, c'est
une énonciation autre que la première. Ainsi, à cette proposition :
Tout homme est blanc, la proposition opposée est : Quelque homme
n'est pas blanc; et à celle-ci : Quelque homme est blanc, l'opposée
est : Aucun homme n'est blanc; et à celle-ci enfin : L'homme est
blanc, l'opposée est : L'homme n'est pas blanc.
§ 12. On a donc établi qu'il n'y a d'opposée contradictoire à une
seule affirmation qu'une seule négation et l'on a dit ce que sont
alors les propositions. Nous avons ajouté que les propositions
contraires sont différentes, et indiqué ce qu'elles sont; nous avons
dit de plus que toute contradiction n'est pas fausse ou vraie enfin
l'on a vu à quels titres et dans quels cas elle est vraie ou fausse. |
§ 1. Ammonius commençait ici
le second chapitre de ce traité, Scholies, p. 112, b, 15. - Les
unes sont universelles, Voir les Catégories, ch. 2, § 2. -
Homme est une chose universelle et peut servir d'attribut à des
termes moins larges que lui. - Callias est une chose individuelle,
Et ne peut servir d'attribut à aucun terme puisqu'il n'y en a pas de
moins large que l'individu. - L'énonciation doit dire, De lÃ
quatre espèces de propositions, universelles affirmatives et
universelles négatives, particulières affirmatives et particulières
négatives. Les propositions singulières rentrent dans les
universelles. Les propositions singulières sont celles où le sujet
est un individu. Théophraste appelait les propositions universelles,
propositions indéterminées, et les propositions particulières,
propositions déterminées; Ammonius, Scholies, p. 113, b, 12.
§ 2. Les énonciations
seront contraires, Deux propositions sont contraires, quand
étant toutes deux de même quantité, soit universelles soit
particulières, l'une affirme et l'autre nie: Tout homme est blanc,
aucun homme n'est blanc.
§ 3. Une chose universelle
d'une manière qui n'est pas universelle, C'est alors une
proposition indéterminée, sans le signe d'universalité ou de
particularité. - Ne sont plus contraires, Comme elles le
seraient si elles étaient déterminées. - Ne puissent quelquefois
être contraires. Parce qu'on prendra une proposition
indéterminée tout aussi bien dans le sens universel que dans le sens
particulier. Prises au sens universel, ces propositions deviennent
contraires - D'une énonciation qui n'est pas universelle,
D'une forme indéterminée.
§ 4. Quand on attribue
l'universel à un attribut universel. C'est-à -dire quand on met
de l'universalité à l'attribut qui est toujours universel, ou
autrement, pris dans toute son extension. On ne peut jamais dire :
Tout homme et tout animal. Cette proposition est évidemment absurde,
et toutes celles où l'on emploierait cette forme ne le seraient pas
moins, bien qu'à l'apparence elles pussent sembler être plus vraies.
§ 5. Contradictoirement
opposée, Définition des propositions contradictoires après celle
des propositions contraires. - Quelque homme n'est pas blanc,
Le texte dit seulement : Non-tout homme est blanc. II faut
nécessairement comprendre le texte comme je le fais dans ma
traduction, afin de remplir les deux conditions exigées par
Aristote: la première, que les deux propositions diffèrent en
qualité, affirmation et négation: la seconde, qu'elles diffèrent
aussi en quantité, l'une étant universelle et l'autre ne l'étant
pas. C'est ainsi qu'il faut entendre la formule Non-tout. Les
manuscrits ne donnent d'ailleurs ici aucune variante. - Les
énonciations sont contraires, Définition des propositions
contraires plus nette encore que celle du § 2.
§ 6. Toutes deux vraies en même temps, Mais il est possible
qu'elles soient toutes deux fausses à la fois, ou que l'une soit
vraie et l'autre fausse. Voir, dans les Catégories, la théorie des
contraires, ch. 11, qui fera mieux comprendre tout ceci.
§ 7. Opposées à celles-là ,
C'est-à -dire aux propositions universelles énoncées dans le § 5. -
Quelque homme n'est pas blanc, Opposé à : Tout homme est
blanc. -Tel homme est blanc, Opposé : Aucun homme n'est
blanc. Les deux propositions en effet, qui sont ce que les
Scholastiques appellent subcontraires, peuvent être vraies toutes
les deux à la fois. Voyez pour cette phrase : Quelque homme n'est
pas blanc, la note du § 5. Elle est également applicable ici.
§ 8. Pour toutes les
contradictions universelles, Règle des contradictoires
universelles.
§ 9. Pour les
contradictoires individuelles, Règle des contradictoires
individuelles.
§ 10. Qui ne sont pas
exprimées d'une manière universelle, Règle des contradictoires
indéterminées, sans aucun signe ni d'universalité ni de
particularité. - S'il est vilain, ]e n'ai pu éviter
l'apparence de naïveté qu'a cette phrase. - S'il devient quelque
chose, S'il devient beau, par exemple, on ne peut pas dire qu'il
soit beau. Il le sera, mais il ne l'est pas encore. - Semble
signifier la même chose, La proposition indéterminée semble
avoir la même valeur que la proposition universelle : mais cela
n'est pas; car elle peut tout aussi bien passer pour particulière,
voir plus haut, § 3. - Ne coexistent pas nécessairement et ne
sont pas nécessairement vraies toutes deux à la fois, comme il
semble quelle pourraient l'être.
§ 11. Qu'une seule
négation d'une seule affirmation contradictoire. - Est prise
ou n'est pas prise universellement, Est mise sous forme
universelle ou indéterminée. - Socrate est blanc,
Contradictoires individuelles. - Quelque homme n'est pas blanc,
Voir plus haut, § 5, contradictoires universelles. - L'homme est
blanc, Contradictoires indéterminées.
§ 12. Sont différentes,
Des contradictoires. - Toute contradiction n'est pas fausse ou
vraie, C'est quand elle est sous forme indéterminée. |
|
CHAPITRE VIII.
Propositions simples. - Propositions multiples. |
|
§ 1. L'affirmation simple et
la négation simple sont celles qui énoncent une seule chose d'une
seule chose, que d'ailleurs elle soit ou ne soit pas exprimée
universellement. Par exemple: Tout homme est blanc, tout homme n'est
pas blanc. - L'homme est blanc, l'homme n'est pas blanc. - Aucun
homme n'est blanc, quelque homme est blanc, en supposant toujours
que blanc exprime une chose unique.
§ 2. Si un seul mot sert à exprimer deux choses, qui ne forment pas
une seule idée, ce n'est alors ni une affirmation simple, ni une
négation simple. Par exemple, si l'on voulait prendra mot vêtement
pour exprimer les idées d'homme et de cheval, et qu'on dit : Ce
vêtement est blanc, on ferait alors plus d'une affirmation, plus
d'une négation. En effet, cela revient à dire que l'homme et le
cheval sont blancs; ce qui veut dire encore en d'autres termes :
L'homme est blanc, le cheval est blanc. Si donc ces dernières
énonciations expriment plusieurs choses, et si elles sont multiples,
il est évident, pour la première, ou qu'elle exprime plusieurs
choses, ou qu'elle n'a aucun sens; car il n'y a pas d'homme qui soit
cheval.
§ 3. Il en résulte que, dans ces sortes d'énonciations, il n'y a pas
non plus de nécessité que l'une des contradictions soit vraie et
l'autre fausse. |
§ 1. L'affirmation simple,
Voir plus haut une définition moins complète, ch. 5, § 4.
§ 2. Si un seul mot sert Ã
exprimer deux choses, Il est alors homonyme, voir Catégories,
ch. 1, § 1. Il peut donner lieu à des équivoques et à des
sophismes.
§ 3. Dans ces sortes
d'énonciations, Où l'un des termes est homonyme. Par
l'homonymie, on peut soustraire ces propositions à la règle générale
des contradictoires. |
|
CHAPITRE IX.
Des propositions contingentes relatives à l'avenir : il n'est pas
possible de dire laquelle des deux parties de la contradiction est
vraie : laquelle est fausse. - On ne peut pas dire non plus que
toutes les deux soient actuellement vraies. - On ne peut pas dire
davantage que toutes les deux soient actuellement fausses. -
Discussion des motifs et des objections qu'on peut alléguer de part
et d'autre. |
|
§ 1. Dans les choses qui sont
ou qui ont été, il faut nécessairement que l'affirmation ou la
négation soit vraie ou fausse. Dans les choses universelles
exprimées universellement, l'une est toujours vraie, l'autre est
toujours fausse; il en est de même pour les choses particulières,
ainsi qu'on l'a dit. Mais pour les choses universelles qui ne sont
pas exprimées universellement, ceci n'est pas nécessaire. C'est
encore ce qu'on a dit plus haut. Mais il en est tout autrement pour
les choses individuelles, et qui sont à venir.
§ 2. En effet, si toute affirmation ou négation est fausse ou vraie,
il s'ensuit que c'est de toute nécessité que tout est ou n'est pas.
Si, par exemple, d'une chose on affirme qu'elle sera, et qu'une
autre personne affirme de la même chose qu'elle ne sera pas, il faut
évidemment de toute nécessité que l'un des deux dise vrai, s'il est
exact de soutenir que toute affirmation ou négation est fausse ou
vraie. Dans les cas de ce genre, les deux assertions ne pourront
être vraies simultanément. En effet, s'il est vrai de dire, par
exemple, d'une chose, qu'elle est blanche ou qu'elle n'est pas
blanche, il y a nécessite que réellement elle soit blanche ou
qu'elle ne le soit pas : et si elle est blanche ou ne l'est pas, il
est vrai de l'affirmer ou de le nier. Si elle n'est pas telle qu'on
le dit, on commet une erreur; et si on commet une erreur, c'est
qu'elle n'est pas telle qu'on le dit.
§ 3. Voilà comment la négation ou l'affirmation est nécessairement
fausse ou vraie. Il s'ensuit que rien n'est, que rien n'arrive par
hasard, ni arbitrairement, que rien ne sera ou ne sera pas
arbitrairement; mais que tout est de toute nécessité, sans qu'il y
ait place ici pour l'alternative. En effet, ou c'est celui qui
affirme, ou c'est celui qui nie, qui a raison; autrement, la chose
arriverait tout aussi bien qu'elle n'arriverait pas; car ce qui est
indifférent est, ou sera, de telle façon tout aussi bien que de
telle autre.
§ 4. De plus, si, à ce moment, la chose est blanche, il était vrai
de dire auparavant qu'elle serait blanche, de sorte que, d'une des
choses quelconques qui se produisent, il était toujours vrai de dire
qu'elle était ou qu'elle serait. Mais s'il était toujours vrai de
dire qu'elle était ou qu'elle serait, il n'est pas possible que
cette chose ne soit pas, ou qu'elle ne doive point être un jour; or,
ce qui ne peut pas ne pas arriver, ne saurait s'empêcher d'être, et
ce qui ne saurait s'empêcher d'être, doit nécessairement arriver.
Donc, encore une fois, toutes les choses à venir doivent arriver
nécessairement. Donc il n'y aurait rien d'arbitraire ni de produit
par le hasard; car, si la chose était produite par le hasard, elle
ne serait plus nécessaire.
§ 5. D'autre part, il n'est pas davantage possible de dire que ni
l'un ni l'autre n'est vrai; de dire, par exemple, qu'il soit
également faux ou que la chose sera ou qu'elle ne sera pas. Car
d'abord, par là , l'affirmation étant fausse, la négation ne sera pas
vraie; et la négation à son tour étant fausse, il arrivera que
l'affirmation ne sera pas vraie non plus.
§ 6. En outre, s'il est vrai de dire qu'une chose est à la fois
blanche et grande, il faut que ces deux choses soient. Si elles
doivent être demain, il faudra qu'elles soient demain ; et s'il est
vrai qu'elles ne seront pas demain, et qu'elles ne peuvent pas ne
pas être demain, il n'y aurait plus ici d'arbitraire: par exemple,
un combat naval; car il faudrait tout à la fois que ce combat ne fût
pas demain, et qu'il ne pût pas ne pas être.
§ 7. Voilà les absurdités et bien d'autres du même genre où l'on est
amené, s'il est vrai que de toute affirmation et de toute négation
opposées, sur des chose universelles prises universellement ,ou sur
des choses individuelles, il faut nécessairement que l'une soit
fausse et l'autre vraie; s'il est vrai qu'il n'y ait rien
d'arbitraire dans ce qui se passe, mais que tout arrive et existe
nécessairement. Par ce raisonnement, il n'y aurait plus pour l'homme
ni à délibérer ni à agir, comme il fait, quand il est persuadé que
s'il fait telle chose, il en résultera telle autre chose, et que,
s'il ne fait pas telle chose, telle autre ne sera pas.
§ 8. Rien n'empêche, en effet, que l'un ne renvoie son affirmation,
l'autre sa négation, à dix mille ans; de façon qu'il arrivera
nécessairement l'une ou l'autre de ces choses dont on pouvait dire
alors avec vérité qu'elle serait.
§ 9. Il importe peu, du reste, que la contradiction ait été
formellement exprimée ou qu'elle ne l'ait pas été; il est clair que
les choses restent ce qu'elles sont, quand même l'un ne
l'affirmerait pas, ou que l'autre ne le nierait pas. Ce n'est point
parce qu'on les affirme, ou qu'on les nie, qu'elles seront ou ne
seront point, pas plus dans dix mille ans que dans un temps
quelconque. Si donc de tout temps, il en était ainsi que l'une des
deux fût vraie, il était alors nécessaire qu'elle arrivât, et toutes
les choses qui arrivent ont toujours été, de telle sorte qu'elles
devaient arriver nécessairement; car si l'on a dit avec vérité
qu'une chose serait, il n'était pas possible qu'elle ne fût pas; et
d'une chose qui est arrivée, il a toujours été vrai de dire quelle
serait.
§ 10. Mais tout ceci est impossible; car l'expérience nous prouve
que souvent la cause des choses à venir tient à notre volonté et Ã
nos actions; et qu'en général dans les choses dont la réalité n'est
pas perpétuelle, il y a possibilité égale qu'elles soient ou ne
soient pas. Dans ces choses-là , l'être et le non-être sont également
possibles; et par suite, elles peuvent arriver ou ne pas arriver.
Évidemment, bien des choses sont pour nous dans ce cas. Par exemple:
ce vêtement peut être coupé, et il ne le sera pas; car, avant de
l'être, il s'usera. Mais il est également possible qu'il ne soit pas
coupé; car il ne pourrait plus alors être usé auparavant, s'il
n'était pas possible qu'il ne fût pas coupé. Ceci s'applique à tous
les autres faits qui se produisent selon une possibilité du même
genre.
§ 11. Ainsi donc, il est évident que tout n'existe pas
nécessairement, ou n'arrive pas nécessairement; mais que certaines
choses sont arbitraires, de sorte que la négation et l'affirmation
ne sont pas plus vraies l'une que l'autre, et que certaines autres
sont d'une façon plutôt et plus souvent que de l'autre, bien qu'il
se puisse cependant toujours que l'une soit et que l'autre ne soit
pas.
§ 12. Oui sans doute, ce qui est est nécessairement quand il est; ce
qui n'est pas n'est pas nécessairement quand il n'est pas. Mais tout
ce qui existe ne doit pas nécessairement exister, tout ce qui
n'existe pas ne doit pas nécessairement ne pas exister; car ce n'est
pas la même chose de dire que tout ce qui est, quand il est, est
nécessairement, et de dire simplement qu'il est nécessairement, et
de même pour ce qui n'est pas.
§ 13. Le même raisonnement s'applique à la contradiction. Il est
nécessaire que toute chose soit ou ne soit pas, nécessaire qu'elle
doive ou qu'elle ne doive pas arriver; mais cependant il n'est pas
possible de dire positivement lequel des deux est nécessaire. Je
m'explique : par exemple, il y a nécessité qu'il y ait ou qu'il n'y
ait pas demain de combat naval; pourtant il n'y a pas plus nécessité
que demain il y ait de combat naval, qu'il n'y a nécessité qu'il n'y
en ait pas. Cependant il faut bien nécessairement qu'il y en ait ou
qu'il n'y en ait pas.
§ 14. Comme les énonciations sont vraies précisément comme les
choses le sont, il est évident que dans les choses qui sont de telle
sorte que, de quelque façon qu'elles soient, il faut aussi que les
contraires soient possibles, il y a nécessite que la contradiction
soit dans le même cas. C'est ce qui arrive pour les choses qui ne
sont pas éternellement, ou qui ne restent pas éternellement dans le
non-être. Dans ces choses, il faut qu'une ou l'autre partie de la
contradiction soit vraie on fausse, non pas cependant ceci ou cela
précisément, mais indifféremment. L'une a plus de chance d'être
vraie que l'autre, mais elle n'est encore ni vraie ni fausse.
Il est donc clair qu'il n'est pas nécessaire que, dans toute
affirmation et dans toute négation opposées, l'une soit vraie,
l'autre soit fausse; car il n'en est pas de ce qui n'est pas, mais
peut être ou ne pas être, comme il en est des choses qui sont
réellement. Ces choses-là sont comme nous venons de le dire. |
§ 1. Dans les choses
universelles, Dans les propositions contradictoires. - Ainsi
qu'on l'a dit, Plus haut, ch. 7, § 8 et 9. - C'est encore ce
qu'on a dit plus haut, Voir ch. 7, § 10. - Pour les
choses individuelles, Il faut comprendre ici les choses
contingentes: mais j'ai dû conserver l'expression exacte du texte. -
Et qui sont à venir, Pour les propositions qui concernent
l'avenir, et ne se rapportent ni au présent, ni au passé.
§ 2. Si toute affirmation
ou négation, Première hypothèse : l'affirmation et la négation
sont toutes deux vraies pour les futurs contingents. L'affirmation
et la négation sont vraies ou fausses pour le présent ou pour le
passé. Cela n'est pas pour l'avenir, pour les futurs contingents. -
Dans les cas de ce genre, Pour les futurs contingents, et en
admettant en outre ce principe que toute affirmation on négation est
fausse ou vraie.
§ 3. Il s'ensuit,
Seconde hypothèse: l'une des deux énonciations déterminément est
vraie, l'autre fausse, pour les futurs contingents; conséquence qui
est rigoureusement exacte, mais qui au fond est absurde, parce que
le principe dont elle part n'est pas vrai. - Ou c'est celui qui
affirme ou c'est celui qui nie qui a raison, Ni l'un ni l'autre,
parce que, pour les futurs contingents il n'est pas exact de dire
que l'affirmation ou la négation est vraie ou fausse.
§ 4. De plus, Autre
argument pris du temps, qui du présent infère nécessairement la
relation du passé à l'actuel. - Donc encore une fois,
Conclusion de ce second argument pour prouver que tout est
nécessaire.
§ 5. D'autre part,
Troisième hypothèse : les deux énonciations sont également fausses.
- La négation ne sera pas vraie, Ce qui devrait être
cependant. - L'affirmation ne sera pas vraie non plus, Ce qui
devrait être aussi, puisque la négation est supposée fausse.
§ 6. En outre, Second
argument pour la troisième hypothèse: Si la chose est vraie
actuellement parce que l'énonciation qui l'exprime est vraie, elle
sera vraie dans l'avenir par la même raison. - Et qu'elles ne
seront pas, etc., Les deux énonciations étant supposées fausses.
- Il n'y aurait plus ici d'arbitraire, Et la chose ne
pourrait pas plus être que ne pas être.
§ 7. Que l'une soit vraie
et l'autre fausse. D'après la premier hypothèse, plus haut, § 2.
- Il n'y aurait plus pour l'homme, C'est donc pour sauver la
liberté qu'Aristote; a entrepris toute cette discussion contre une
fausse règle de logique. Reid en fait honneur à Aristote, t. 6, p.
274, trad. Jouffre
§ 8. L'un ne renvoie son
affirmation, L'affirmation et la négation étant faites à la
fois, pour un temps quelconque, et l'une des deux tant
nécessairement vraie, l'autre fausse, il s'ensuit que dès à présent
il est possible d'affirmer que l'avenir est nécessaire, et qu'il n'y
a lieu à aucun événement continent.
§ 9. Il importe peu, du
reste, réponse à l'objection précédente : ce n'est pas
l'affirmation ou la négation qui font que les choses sont
nécessairement. C'est au contraire la réalité des choses et leur
nécessité qui produisent les affirmations et les négations vraies ou
fausses.
§ 10. Mais tout ceci est
impossible, L'avenir n'est pas nécessaire, comme on le prétend :
il y a toujours place pour le hasard, et surtout pour la liberté et
la volonté de l'homme.
§ 11. De sorte que la
négation et l'affirmation.
§ 12. De dire simplement,
Sans ajouter: Quand il est, ce qui est alors de toute évidence et
n'a pas besoin d'être exprimé.
§ 13. Le même raisonnement,
C'est-Ã -dire, la contradiction ou l'ensemble de l'affirmation et de
la légation, est vraie quand on les énonce toutes les deux, l'une
limitant l'autre : elle est fausse si l'on s'exprime que l'une des
deux. - Lequel des deux est nécessaire, Soit l'affirmation,
soit la négation. - Qu'il y ait ou qu'il n'y ait pas demain de
combat naval, Il faut que nécessairement l'un des deux soit:
mais aujourd'hui il est impossible de dire lequel des deux est
nécessaire.
§ 14. Qui sont de telle
sorte, Ce sont les futurs contingents. - Ceci ou cela
précisément, II est impossible actuellement de savoir quelle
partie de la contradiction est vraie, quelle partie est fausse.
C'est là le résumé de toute cette longue discussion sur les futurs
contingents. - Il est donc clair, Réponse définitive Ã
l'assertion faite au § 1, que toute négation ou affirmation est
nécessairement vraie ou fausse. - La rédaction de tout ce chapitre
est un peu obscure et confuse : en voici le sens général. Pour les
futurs contingents, il est impossible de déterminer à l'avance
laquelle des deux, de l'affirmation ou de la négation, est vraie ou
fausse. Quatre opinions sont ici soutenables à des titres divers :
1° les deux parties sont également vraies, § 4; 2° l'une des deux
est vraie, l'autre fausse d'une manière déterminée, §§ 3 et 4; 3° ni
l'une ni l'autre n'est vraie, §§ 5 et 6; 4° enfin, et c'est
l'opinion d'Aristote, l'une des parties est vraie, l'autre fausse,
mais d'une manière tout indéterminée, § 14. On peut trouver que
cette discussion est bien longue pour arriver à un résultat aussi
évident : mais Aristote est préoccupé des arguments par lesquels
certains philosophes défendaient le système de la nécessité. Il veut
sauver la liberté de l'homme sans laquelle il n'y a ni morale ni
politique: et il ne croit pouvoir faire trop d'efforts pour
atteindre ce noble but. Il faut ajouter que la question n'est
considérée ici que sous le point de vue logique. L'affirmation et la
négation peuvent se rapporter à l'avenir aussi bien qu'a l'actuel :
l'une est vraie, l'autre est fausse nécessairement quand il s'agit
du présent. En est-il également pour l'avenir? question importante
qui ne sort pas de la matière, et qui a été traitée id d'une manière
toute spéciale et non dans toute sa généralité. |
|
CHAPITRE X.
Toute proposition se compose au moins d'un nom et d'un verbe,
déterminés ou indéterminés. - Les propositions se composent en
général de trois termes : sujet, verbe, attribut: de là deux
oppositions possibles et quatre propositions, indéterminées ou
déterminées, à l'attribut, au sujet. - Opposition et consécution des
propositions sous ces diverses formes. - Le déplacement des mots ne
change pas la nature de la proposition. |
|
§ 1. L'affirmation exprime
qu'une chose est à une autre; la chose, d'ailleurs, étant déterminée
ou étant indéterminée. Et ce qui forme l'affirmation doit être un
objet unique et s'appliquer à un objet unique. Nous avons dit
précédemment ce que c'est qu'une chose déterminée et indéterminée.
Non-homme, par exemple, n'est pas précisément ce que j'appelle un
nom, c'est un nom indéterminé; car l'indéterminé exprime encore en
quelque sorte un objet unique. Et de même : Il ne se porte pas bien,
n'est pas un verbe, c'est un verbe indéterminé. Toute affirmation et
toute négation seront donc composées ou d'un nom et d'un verbe
déterminés, ou d'un nom et d'un verbe indéterminés.
§ 2. Sans verbe, il n'y a ni affirmation ni négation possible. Est,
sera, a été, devient, ou toute autre expression analogue, ce sont lÃ
des verbes, comme on l'a établi plus haut; ils embrassent, outre
leur signification propre; l'idée de temps.
§ 3. Ainsi la première affirmation et la première négation seront :
L'homme est, l'homme n'est pas. Vient ensuite : Le non-homme est, le
non-homme n'est pas. Et après : Tout homme est, tout homme n'est
pas. - Tout non-homme est, tout non-homme n'est pas. Le raisonnement
serait le même pour les temps en dehors du présent.
§ 4. Lorsque le verbe Est est attribué en troisième terme, ces
oppositions peuvent déjà être doubles.
§ 5. Je dis, par exemple, que dans cette affirmation : L'homme est
juste, le mot Est, qu'on l'appelle nom ou verbe, est en troisième
terme; de sorte que, par cela même, il y a ci quatre énonciations,
dont deux se rapporteront par ordre à la négation et Ã
l'affirmation, comme privations le l'une et de l'autre ; et dont les
deux dernières ne s'y rapportent pas ainsi. Je veux dire que Est
sera joint à juste ou à non juste, de même qu'on y pourra joindre
aussi la négation. Il y aura donc quatre cas. Du reste, tableau
suivant nous fera comprendre ceci :
Soit la proposition :
L'homme est juste,
La négation est: L'homme n'est pas juste.
L'homme est non juste,
La négation est : L'homme n'est pas non juste.
Dans ces divers cas, comme on voit, Est et n'est pas font joints Ã
juste et non juste. Tel est l'ordre de ces énonciations, ainsi qu'il
a été dit dans les Analytiques.
§ 6. Ceci ne varie pas lors même que l'affirmation du nom est
universelle.
Ainsi : Tout homme est juste,
La négation est : Tout homme n'est pas juste.
Tout homme est non juste, tout homme n'est pas son juste :
Remarquons toutefois qu'ici les propositions diamétralement
opposées, ne peuvent pas être à la fois vraies, de la même façon que
plus haut, bien qu'elles puissent l'être quelquefois.
§ 7. Ces énonciations sont opposées deux à deux.
§ 8. Les autres le sont aussi deux à deux, relativement à non-homme
pris comme sujet.
Le non-homme est juste : le non-homme n'est pas juste. - Le
non-homme est non juste; le non-homme n'est pas non juste.
§ 9. Tel est le nombre exact de toutes les oppositions possibles.
§ 10. Mais ces dernières existent du reste sans les autres et par
elles-mêmes, en employant non-homme comme un vrai nom.
§ 11. Dans les cas où le verbe Est ne peut être employé, par
exemple, quand on prend les verbes : se bien porter, marcher, le
nouveau verbe placé de même remplit la fonction que remplirait le
verbe Est, s'il était combiné dans la phrase.
Ainsi : Tout homme se porte bien, tout homme ne se porte pas bien. -
Tout non-homme se porte bien, tout non-homme ne se porte pas bien.
§ 12. Ici, comme on voit, il ne faut pas dire non-tout homme ; mais
il faut appliquer la négation Non à Homme; car le mot Tout ne
signifie pas l'universel, il indique seulement qu'on s'exprime d'une
manière universelle. Voici ce qui le prouve évidemment : L'homme se
porte bien, l'homme ne se porte pas bien. - Le non-homme se porte
bien, le non-homme ne se porte pas bien. Ces secondes formes
différent des premières parce qu'elles ne sont pas exprimées
universellement. Ainsi Tout et Aucun ne signifient rien autre chose,
si ce n'est que l'affirmation ou la négation du nom est prise
universellement. Mais, quant à tout le reste, il faut faire des
adjonctions pareilles de part et d'autre.
§ 13. A cette affirmation : Tout être est juste, la négation
contraire est celle-ci : Aucun être n'est juste. Il est évident que
l'une et l'autre ne pourront jamais être vraies à la fois, ni
relatives au même objet : mais les propositions opposées à celles-ci
pourront l'être quelquefois: Quelque être n'est pas juste; certain
être est juste. Voici comment ces propositions se suivent aussi:
d'une part, Ã Tout homme est non-juste, se rapporte la proposition :
Aucun homme n'est juste; et de l'autre, Ã cette proposition :
Quelque homme est non-juste, se rapporte la proposition opposée :
Certain homme est juste. En effet, il faut nécessairement que
quelque homme soit juste.
§ 14. Il est évident que, même dans le cas de propositions
individuelles, si l'on peut nier avec vérité en répondant à une
question, on pourra aussi affirmer avec vérité. Soit, par exemple,
l'interrogation : Socrate est-il sage? Non; donc Socrate est non
sage. Dans les propositions universelles, au contraire, la
proposition de forme semblable n'est pas vraie, mais c'est la
négation qui est vraie. Soit l'interrogation : Tout homme est-il
sage? Non, donc tout homme est non sage; or ceci est faux. Mais la
proposition vraie est celle-ci. Donc tout homme n'est pas sage. La
dernière de ce propositions est l'opposée, l'autre est la contraire.
§ 15. Les propositions opposées avec des noms et de verbes
indéterminés, comme non-homme, non-juste, sembleraient être des
négations exprimées sans noms ni verbes. Pourtant il n'en est rien;
car il faut toujours que la négation soit fausse ou vraie. Or, quand
on dit Non-homme, on n'exprime pas plus de vérité ou d'erreur que
quand on dit Homme, et même on en exprime moins, si l'on s'abstient
d'y ajouter autre chose.
§ 16. Mais cette proposition: Tout non-homme est juste, n'est
équivalente à aucune des énonciations précédentes; non plus que la
proposition opposée à celle-ci : Quelque non-homme n'est pas juste.
Mais cette proposition : Tout non-homme est non juste, est
équivalente à celle-ci : Aucun non-homme n'est juste.
§ 17. Le déplacement des noms et des verbes ne change pas le sens de
la proposition. Par exemple, Est blanc l'homme, l'homme est blanc.
En effet, s'il n'en était pas ainsi, il y aurait plusieurs négations
pour une seule et même proposition; mais on a démontré qu'il n'y eu
a qu'une seule pour une seule affirmation. A cette affirmation : Est
blanc l'homme, la négation sera : N'est pas blanc l'homme. Mais Ã
celle-ci : Est l'homme blanc, si elle n'était pas identique à la
première, Est blanc l'homme, il y aura d'opposé ces négations: Le
non-homme n'est pas blanc, ou bien : N'est pas l'homme blanc. Mais
l'une est la négation de : Est le non-homme blanc; l'autre de : Est
blanc l'homme. Et ainsi il v aurait deux négations pour une seule
affirmation. Donc, il est évident que le déplacement du nom et du
verbe n'empêche pas l'affirmation et la négation de rester les
mêmes. |
§ 1. Les latins commençaient
ici leur second livre. Ce chapitre a paru aux commentateurs, et non
sans raison, l'un des plus difficiles de tout ce traité. On peut
voir leurs plaintes; Ammonius, Scholies, p. 121, b, 36, et 122, a,
13, et la note. - L'affirmation, Ceci s'appliquerait
également à la négation, comme le prouve tout ce qui suit. II s'agit
ici des propositions que les Scholastiques appellent secundi
adjacentis, c'est-à -dire où le sujet et le verbe, joints Ã
l'attribut, ne forment que deux termes au lieu de trois: L'homme
est, l'homme n'est pas. - Ou étant indéterminée, Le texte dit
: Ou était sans nom. C'est qu'il a dit plus haut que le nom
indéterminé n'est pas un nom proprement dit; voir plus haut, ch. 2,
§ 4. - Nous avons dit précédemment, ch. 2, § 4. - En
quelque sorte, En faisant une espèce de totalité de tout ce qui
n'est pas la chose dont il s'agit. - Il ne se porte pas bien,
Voir, pour cette expression, plus haut, ch. 2, § 4.
§ 2. Comme on l'a établi
plus haut, ch. 3, § 1, et la note.
§ 3. La première
affirmation, secundi adjacentis, La plus simple et par
conséquent la première en ordre. - En dehors du présent, Le
passé ou le futur.
§ 4. En troisième terme,
Ce sent les propositions tertii adjacentis. - Ces
oppositions peuvent déjà être doubles, Parce que
l'indétermination peut être placée à l'attribut aussi bien qu'au
sujet.
§ 5. Qu'on l'appelle nom
ou verbe, Les grammairiens l'ont appelé copule. - Quatre
énonciations, Le sujet restant le même, le reste de la
proposition pourra revêtir quatre formes différentes: Est juste,
n'est pas juste; Est ne juste, n'est pas non juste. - Je veux
dire que est, Le verbe affirmé Est. - Aussi la négation,
Le verbe nié: N'est pas. - Sont joints à juste, Quelques
manuscrits donnaient : Sont joints à homme et à non-homme. Alexandre
défendait la leçon vulgaire, Ammonius, Scholies, p. 122, b, 47. -
Dans les Analytiques, Voir les Premiers Analytiques, liv. 1, ch.
46; voir mon mémoire sur la Logique, tome 1, p. 195, où cette
citation est tout au long discutée.
§ 6. Diamétralement
opposées, la première et la quatrième: il dit: diamétralement,
parce que probablement dans le tableau dont est parlé plus haut, ces
propositions étaient disposées de telle sorte qu'elles occupaient
chacune l'un des angles d'un carré. - De la même façon que plus
haut, Dans le paragraphe précédent.
§ 7. Ces énonciations,
Où figurent pour sujet, soit L'homme, soit Tout homme.
§ 8. Les autres, Où
c'est Non-homme qui est sujet et non plus Homme. - On pourrait
ajouter les quatre propositions où Non-homme recevrait le signe de
l'universalité comme Homme le recevait dans les autres.
§ 10. Existent sans les
autres, Où c'est L'homme qui est pris pour sujet, et non point
Non-homme.
§ 11. Le nouveau verbe,
Qui est un verbe adjectif et non plus le verbe substantif.
§ 12. La négation Non Ã
Homme. Et non point à Tout, parce que c'est Homme qu'il s'agit
de rendu indéterminé et non point Tout - Ne signifie pas
l'universel, C'est homme qui est l'universel, voir plus haut,
ch. 7, § 3. - Ces secondes formes diffèrent des premières,
Voir au paragraphe précédent les premières formes : Tout homme, tout
non-homme. - Mais quant à tout le reste, Le reste de la
proposition à l'exception du signe d'universalité.
§ 13. II est évident.
Voir plus haut, ch. 7, la théorie des propositions contraires et
contradictoires. - Quelque être n'est pas juste, Voir plus
haut, ch. 7, § 5, et la note.
§ 14. Si l'on peut nier
avec vérité, Il s'agit de savoir si d'une négation déterminée,
on peut régulièrement tirer une affirmation indéterminée. Aristote
répond que cela se peut dans les propositions individuelles: mais
que cela n'est plus possible dans les propositions universelles. -
Affirmer avec vérité, Sous forme indéterminée.
§ 15. Des noms et des
verbes indéterminés, Il faut entendre des sujets et dés
attributs indéterminés, comme le prouvent les exemples mêmes qui
sont donnés. - Sembleraient être des négations, Mais n'en
sont pas, parce que toute négation est vraie ou fausse et qu'ici il
n'y a ni vérité ni erreur.
§ 16. Mais celle
proposition, Les propositions déterminées et indéterminées
peuvent-elles être équivalentes entre elles? telle est question
indiquée plutôt que traitée dans ce paragraphe, elle valait peine
d'être examinée.
§ 17. Mais on a démontré,
Voir plus haut, ch. 6, § 2, et ch. 7, § 11. - Est blanc l'homme,
Toutes ces remarques ne peuvent s'appliquer à la langue française où
l'inversion des mots n'est pas possible. On voit ici combien notre
langue est d'accord avec la Logique, et combien les autres, infime
tes mieux faites. comme la langue grecque, s'en éloignent. C'est
pour nous un incontestable avantage.
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CHAPITRE XI.
De l'unité de la proposition et de la question dialectique. - De la
réunion des attributs séparés en une proposition unique : vérité et
fausseté des attributs ainsi réunis. - De la division des attributs
réunis, en plusieurs propositions : vérité et fausseté des attributs
ainsi divisés. |
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§ 1. Quand on nie, et quand
on affirme, d'une seule chose plusieurs choses, ou plusieurs choses
d'une seule, à moins que le sens exprimé par tous ces termes ne soit
un, l'affirmation non plus que la négation n'est pas simple. Quand
je dis un, je ne veux pas dire qu'il y ait un nom unique imposé Ã
ces diverses choses, mais qu'il en résulte un tout formé de ces
choses. Par exemple, homme représente tout à la fois : animal,
bipède et doux; et de tout cela, il résulte une seule et même idée.
Au contraire, de blanc, d'homme et de marcher, il ne résulte pas une
seule et même chose. Si donc l'on affirme une chose unique de tous
ces objets, il n'y a pas pour cela une affirmation unique; il n'y a
qu'un mot, si l'on veut, mais il y a plusieurs affirmations. Et de
même, il n'y en a pas davantage une seule dans le cas où l'on
applique toutes ces choses à un seul et même objet; il y a toujours
plusieurs affirmations.
§ 9. Si donc l'interrogation dialectique est la demande d'une
réponse, ou à la proposition même ou à l'une des deux parties de la
contradiction, et la proposition est toujours une partie de la
contradiction simple, il est évident qu'il n'y a pas dans ce cas une
réponse simple; car la question n'a pas été simple non plus, en
supposant même qu'elle soit vraie. Ceci, du reste, a été traité dans
les Topiques.
§ 3. Il est clair en même temps que cette interrogation: Qu'est-ce?
n'est pas dialectique; car il faut que l'interrogation dialectique
laisse à choisir telle partie de la contradiction qu'on voudra
prendre. Mais celui qui fait la question doit déterminer en outre ce
qu'est l'homme, par exemple, ou ce qu'il n'est pas.
§ 4. Mais comme certaines choses attribuées séparément peuvent
encore l'être en masse, de manière à ce que la totalité des
attributs, qui étaient séparés, forme un attribut unique en se
réunissant, et que d'autres au contraire ne peuvent se réunir,
quelle est cette différence? Ainsi, on peut avec vérité, en parlant
d'un homme, dire séparément qu'il est animal, qu'il est bipède; ou
bien aussi réunir ces deux choses en une seule. On peut encore dire
séparément qu'il est homme, qu'il est blanc; ou réunir aussi ces
deux attributions. Mais il ne s'ensuit pas que, s'il est tanneur et
bon, il soit par cela même bon tanneur.
§ 5. Si, en effet, parce que l'une et l'autre énonciation prises Ã
part seraient vraies, il fallait aussi que, réunies, elles le
fussent également, il s'ensuivrait bien des absurdités. Ainsi,
relativement à l'homme, homme est vrai, blanc est vrai aussi, le
tout réuni le serait donc aussi; et en outre, si blanc est vrai, le
tout réuni l'est aussi, et l'on aurait l'homme est l'homme blanc,
blanc; et ainsi de suite à l'infini. Par exemple encore, la réunion
des trois mots: musicien, blanc, marcher; et l'on pourrait ainsi
sans fin les combiner entre eux. Puis encore : si Socrate est
Socrate et est homme, il s'ensuivrait que Socrate est Socrate homme,
et s'il est homme et bipède, il serait homme bipède.
On ne saurait donc dire d'une manière générale que ces combinaisons
sont possibles, sans arriver certainement à toutes ces absurdités.
§ 6. Voyons maintenant quel principe il convient d'établir ici. Les
attributs, et les choses auxquelles on les applique ne peuvent
jamais être réunis, quand on les attribue comme accidents, soit à un
même sujet, soit quand l'un est ainsi attribué à l'autre. Par
exemple, dans cette proposition : L'homme est blanc et musicien,
blanc et musicien ne peuvent pas se réunir; car ce sont deux
accidents d'un seul et même sujet. Quand bien même il serait vrai de
dire que le blanc est musicien, il n'en serait pas plus vrai de
réunir eu un seul tout, Blanc musicien ; car blanc n'est musicien
que par accident, de sorte que Blanc musicien ne forme pas un tout.
Voilà aussi pourquoi on ne peut pas dire bon tanneur d'une manière
absolue, mais l'on peut dire d'une manière absolue, animal bipède;
car ce n'est pas là un accident attribué à l'homme.
§ 7. En second lieu, on ne peut unir non plus les attributs qui sont
essentiellement dans un sujet : ainsi Blanc ne saurait être répété
comme plus haut, et l'homme n'est pas non plus l'homme animal,
l'homme bipède; car la qualité d'animal, la qualité de bipède, sont
renfermées essentiellement dans l'homme.
§ 8. Mais on peut avec vérité, et d'une manière absolue, désunir les
attributs pour un sujet particulier. Par exemple, d'un certain homme
on peut dire qu'il est homme, et d'un homme blanc qu'il est homme
blanc; ceci pourtant n'est pas toujours possible.
§ 9. Si dans l'attribut que l'on ajoute, il y a quelque idée opposée
au sujet et qui emporte contradiction, la division n'est plus vraie,
elle devient fausse. Par exemple, d'un homme mort, il est faux de
dire qu'il est homme. Si l'attribut n'entraîne pas de contradiction,
la division est vraie.
§ 10. On peut se demander, lorsqu'il y a contradiction: La division
est-elle toujours fausse? et lorsqu'il n'y a pas contradiction,
n'est-elle pas toujours vraie? Ainsi, Homère est telle chose, poète,
par exemple; Homère est-il ou n'est-il pas? Est n'est attribué que
par accident à Homère; car il n'est attribué à Homère que parce
qu'il est poète, mais il ne lui est pas attribué en soi-même.
§ 11. Ainsi donc, dans toutes les attributions où il n'y a pas de
contradiction, alors même que les définitions sont substituées aux
noms, et où les attributs sont au sujet par eux-mêmes et non par
accident, on peut toujours, sans se tromper, appliquer absolument Ã
la chose les attributs isolés. Toutefois, le non-être, par cela même
qu'il est rationnel, ne peut avec vérité être exprimé comme étant;
car la pensée qu'on s'en forme n'est pas qu'il est, mais au
contraire qu'il n'est pas. |
§ 1. Ce chapitre a été jugé
très obscur par les commentateurs, voir Ammonius, Scholies, p. 126,
a, 41, et la note extraite de Boëce. - A moins que le sens
exprimé par tous ces termes, Comme il arrive pour la définition
où le nombre des termes ne détruit pas l'unité. - Il résulte une
seule et même idée, Qui est la définition de l'homme. - Une
seule et même chose, Une seule idée complexe, mais une.
§ 2. Si donc
l'interrogation dialectique, L'interrogation dialectique peut
procéder, soit par une proposition simple, soit par les deux parties
de la contradiction; peu importe. Si elle ne pose pas l'alternative
dans toute son étendue, cette alternative n'en est pas moins
comprise. - L'une des deux parties de la contradiction, Quand
la contradiction est exprimée tout entière avec les deux membres qui
la forment. - Et la proposition, Quand l'interrogation
n'exprime qu'une seule des deux parties de la contradiction totale.
- Dans les Topiques, Voir les Topiques, liv. 8, ch. 7,
§ 2; voir aussi liv. 1, ch. 4. § 4, et ch. 10, § 1.
§ 3. L'interrogation :
qu'est-ce, J'ai conservé la formule grecque : la pensée
d'ailleurs est fort claire. L'interrogation dialectique ne doit
jamais avoir pour but de faire dire à l'interlocuteur ce qu'est la
chose: elle doit lui demander seulement si la chose est ou n'est pas
telle chose.
§ 4. Quelle est cette
différence? Pourquoi peut-on dans un cas avec vérité réunir les
attributs? pourquoi ne le peut-on pas dans un autre? - Il soit
par cela même bon cordonnier, Ceci est un paralogisme à l'usage
des Sophistes, voir Réfutations des Sophistes, ch. 20, § 7, où
l'exemple choisi est le même. Les commentateurs croient qu'ici
Aristote fait allusion à Simon le cordonnier, l'un des disciples les
plus distingués de Socrate; Ammonius, Scholies, p. 128, a, 39.
§ 5. Le tout réuni le
serait aussi, Et l'on aurait l'homme blanc est blanc. - Et
ainsi de suite à l'infini, En faisant successivement passer
blanc une fois de plus au sujet de la proposition. - La réunion
des trois mots, Et les propositions diverses qu'on pourrait
former à raide de ces trois mots. - Ces combinaisons, Des
attributs réunis à leurs sujets, et entrant en quelque sorte dans
leur définition, parce; qu'ils ne feraient qu'un avec eux.
§ 6. Comme accidents,
Voir la définition de l'accident, Topiques, liv. 1, ch. 3, § 8. -
Soit quand l'un est ainsi attribué à l'autre, Attribut joint Ã
un sujet comme simple accident et non point comme essentiel. -
Bon tanneur, Voir Plus haut, § 4. - Ce n'est pas là et
accident attribué à l'homme, C'est la définition essentielle de
l'homme; c'est l'homme lui-même.
§ 7. Dans un sujet, Le
texte dit précisément : Dans l'autre. Les attributs qui sont
attribués comme accidents à un sujet ne peuvent avec vérité être
réunis à ce sujet. - Être répété comme plus haut, § 5, en le
faisant passer successivement du second membre de la proposition
dans le premier. - L'homme animal, l'homme bipède, il est
fort inutile de répéter l'homme à chaque attribut, puisqu'il est
nécessairement et essentiellement impliqué dans tous.
§ 8. Désunir les attributs,
Théorie qui complète la première : après avoir dit dans quels cas on
doit réunir les attributs, il indique comment on peut les séparer de
leurs sujets, les sujets restant également vrais sans leurs
attributs.
§ 9. La division n'est
plus vraie, Le sujet pris tout seul et affirmé n'est plus vrai,
comme dans l'exemple qu'il cite. - Si l'attribut n'entraîne pas
de contradiction. Comme dans cette proposition : L'homme est
blanc, blanc n'est pas un attribut contradictoire à la nature du
sujet: si donc l'homme est blanc, on peut dire aussi que l'homme
est.
§ 10. N'est attribué que
par accident. Lorsque l'attribut est accidentel, on ne peut
conclure de l'existence du sujet avec l'attribut à l'existence du
sujet tout seul Homère est poète, mais Homère n'est pas. On ne
considère dans la première phrase son existence que relativement Ã
sa qualité de poète.
§ 11. Ainsi donc,
Voici la règle générale pour la division des attributs et des
sujets. - Toutefois, Les Sophistes disaient : Le non-être est
rationnel (concevable par la raison) : donc il est : Aristote ne
pousse cette conclusion absurde. |
|
CHAPITRE XII.
Des propositions modales : opposition de ces propositions :
réfutation de quelques théories fausses à cet égard. - Règles de
l'opposition des propositions modales, du possible, du nécessaire,
de l'impossible, etc. |
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§ 1. Ceci posé, il faut voir
les rapports des affirmations et des négations entre elles, quand
elles expriment le possible et le non possible, le contingent ou le
non contingent, et enfin l'impossible et le nécessaire. Ce sujet
offre plus d'une difficulté.
§ 2. Dans les propositions connexes, les contradictions opposées
entre elles sont celles qui se forment par le verbe être et ne pas
être. Par exemple, à cette proposition : L'homme est, la négation
est : L'homme n'est pas, et non point: Le non-homme est. Et la
négation de celle-ci : L'homme est blanc, est : L'homme n'est pas
blanc, et non point: L'homme est non blanc. En effet puisque
l'affirmation ou la négation doivent être vraies de toute chose, il
s'ensuivrait qu'on pourrait dire, par; exemple Le bois est l'homme
non blanc. Ceci s'applique également aux cas dans lesquels ce test
pas le verbe Être qui est ajouté. Le mot mis à la place fera le
même„ office: par exemple, à cette proposition : L'homme marche, la
négation ne sera pas : Le non-homme marche, mais bien : L'homme ne
marche pas. Il n'y a, en effet, aucune différence à dire que l'homme
marche, ou que l'homme est marchant. Si donc cette règle s'applique
à tous les cas, la négation de Pouvoir être sera Pouvoir ne pas être
et non point Ne pas pouvoir être.
§ 3. Mais il semble qu'une même chose petit être et ne pas être; car
tout ce qui peut être coupé, tout ce qui peut marcher, peut aussi ne
pas être coupé, ne pas marcher. Et la raison, c'est que tout ce qui
est possible ainsi, n'est pas toujours en acte, de sorte qu'il porte
aussi en soi la négation. En effet, ce qui est capable de marcher,
peut fort bien aussi ne pas marcher, ce qui est visible, ne pas être
vu. Toutefois il est impossible que les affirmations et les
négations contradictoires soient vraies par rapport à un seul et
même objet : donc la négation de Pouvoir être n'est pas Pouvoir ne
pas être.
§ 4. Car de là il résulte, ou que l'on affirme, et que l'on nie, une
même chose en même temps d'un même objet, ou bien que les
énonciations ajoutées d'Etre ou de Ne pas être ne forment ni
affirmation ni négation. Mais si cela ne peut être, il faut choisir
l'autre parti, et dire : Donc la négation de Pouvoir être est Ne pas
pouvoir être, et non pas du tout Pouvoir ne pas être. Le même
raisonnements s'applique à Être contingent et sa négation N'être pas
contingent. Et de même pour les autres formes, Possible et
Impossible.
§ 5. De même que dans les autres phrases, les modifications portent
sur Être et ne pas être, et que blanc et homme restent les sujets de
la phrase et parce que dans celle-là Être et Ne pas être deviennent
des sujets Pouvoir et Être contingent deviennent des modifications,
qui déterminent pour les phrases Être possible N'être pas possible,
la vérité ou l'erreur, comme Etre et ne pas être la déterminaient
pour les autres. En effet, la négation de cette proposition :
Possible ne pas être, n'est point : Pas possible d'être, n'est
point. Pas possible de ne pas être. Et de cette autre Possible
d'être, la négation n'est point :Possible de ne pas être mais bien :
Pas possible d'être. Ainsi les propositions Possible d'être,
possible de ne pas être, sembleraient se suivre mutuellement. La
même chose, en disant être et ne pas être; car ce ne sont pas des
contradictoires que Possible d'être et Possible de ne pas être.
Pas Possible d'être et Pas possible d'être, ne peuvent jamais être
deux propositions vraies à la fois pour un seul et même objet; car
elles sont contradictoires. De même aussi, Possible de ne pas être
et Pas possible de ne pas être, ne sont jamais deux propositions
vraies à la fois d'un seul et même objet.
§ 7. Pareillement la négation de Nécessaire d'être, n'est pas,
Nécessaire de ne pas être, mais bien, Pas nécessaire d'être.
§ 8. Même raisonnement pour Impossible d'être, la négation n'est pas
: Impossible de ne pas être, mais bien : Pas impossible d'être. Et
de celle-ci Impossible de ne pas être, la négation est : Pas
impossible de ne pas être.
§ 9. En général, je le répète, il faut regarder Être et ne pas être
comme sujets, et coordonner avec Etre et ne pas être, les mots qui
font la négation ou l'affirmation: et il faut regarder comme
affirmations et négations opposées les suivantes: Possible, - pas
possible; Contingent, - pas contingent; Impossible, - pas possible;
Nécessaire, - pas nécessaire; Vrai, - pas vrai.
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§ 1. Quand elles expriment
le possible, C'est ce qu'on appelle les propositions modales :
les autres sont les propositions pures, ou, comme on les a appelées
plus tard, catégoriques, en prenant un mot qui dans Aristote a un
tout autre sens. Voir Premiers Analytiques, liv. 1, ch. 2, § 1, et
la note. Les modales sont donc les propositions où l'attribut est
modifié d'une manière quelconque: les propositions pures ou absolues
sont celles où l'attribut est pris d'une manière absolue et sans
aucune limitation. Les modales et les absolues sont les deux grandes
divisions posées par Aristote dans la théorie générale du
syllogisme. Voir Premiers Analytiques, liv. 1, du ch. 8 au ch. 22
inclusivement. - Le possible et la non possible, Aristote
n'énonce ici que quatre modes principaux, et il les reproduit en
partie dans la théorie du syllogisme. Il y en a bien davantage, et
lui-même l'indique au § 9 de ce chapitre. - Le possible... le
contingent, Le possible est ce qui n'est pas et pourrait être ;
le contingent est ce qui est et pourrait ne pas être.
§ 2. Dans les propositions
connexes, Qui forment les deux parties de la contradiction
totale. - Et non point le non-homme est, C'est-Ã -dire que la
négation se met au verbe et non point au sujet. - Le bois est
l'homme non blanc, Cette rédaction trop concise laisse la pensée
un peu obscure : la voici dans son développement et sous une autre
forme. On soutient que d'une chose quelconque la négation ou
l'affirmation doit être vraie. Cette affirmation est fausse: Le bois
est l'homme blanc. Il faudrait donc que la négation Le bois est
l'homme non blanc fût vraie, si la négation s'exprimait
régulièrement, comme on le prétend, en la mettant devant l'attribut
et non au verbe. Or il n'en est rien : donc ce n'est point là la
forme régulière de la négation, et la négation doit se mettre au
verbe. - Ceci s'applique également, Aux propositions modales,
et avant les propositions modales, à celles où le verbe substantif
est remplacé par tout autre verbe adjectif. - Ou que l'homme est
marchant, Et par conséquent pour la négation, qu'il n'est pas
marchant, c'est-à -dire qu'il ne marche pas. - Si donc cette règle
s'applique, Ce n'est qu'une simple hypothèse; elle ne s'applique
pas aux modale comme le prouvera le paragraphe suivant. - Pouvoir
ne pas être, En mettant la négation au verbe être comme pour les
propositions pures, soit de secundi, soit de tertii
adjecentis.
§ 3. Tout ce qui est
possible ainsi, La puissance n'est qu'une aptitude aux actes
contraires. - Toutefois il est impossible, C'est ce qui a été
démontré plus haut, ch. 7, § 5 et suiv. - N'est pas Pouvoir na
pas être, Comme on le concluait du paragraphe qui précède.
§ 4. Ou que l'on affirme
et que l'on nie, Ce qui ne se peut pas, et ce que l'on fait
cependant, puis qu'une même chose peut être et ne pas être, du
moment qu'elle n'est que possible. - Ne forment ni affirmation ni
négation, Pour les modales. - Et non pas du tout, Comme
on l'avait dit au § 3, où la discussion n'était pas complète.
§ 5. Dans les premières
phrases, Dans les propositions pures du § 2. - Les
modifications, Le texte dit : additions. - Etre et ne pas
être deviennent des sujets, C'est la toute la différence des
modules aux absolues. - Être et ne pas être avec ce qui y est joint
est le dictum, pour prendre le langage des Scholastiques;
possible, impossible, etc. est le mode, et c'est au mode qu'il faut
mettre la négation on l'affirmation. - Etre possible, n'être pas
possible, La négation ou l'affirmation jointe au mode.
§ 6. Possible de ne pas
être, J'ai gardé cette forme qui est proche davantage du texte.
§ 7. D'être nécessaire,
Même pour les modales du nécessaire pour les modales du possible. -
Pas nécessaire d'être, Ou si l'on veut : Il n'est pas nécessaire
que ce soit.
§ 8. Même raisonnement,
Pour des modales d'impossible.
§ 9. En général, Règle
générale de la contradiction des modales. - Vrai, pas vrai,
Aristote ne borne donc pas les modales aux quatre formes énoncées au
§ 1. Ces quatre formes sont les principales et jusqu'à un certain
point comprennent toutes les autres, mais le nombre des modales est
infini comme celui des mots eux-mêmes par lesquels on pout les
exprimer. Voir M. Hamilton, p. 227, trad. de M. Peisse. |
|
CHAPITRE XIII.
De la consécution des propositions modales : premier ordre proposé
pour la consécution : objections diverses contre cet ordre erroné :
exception pour le nécessaire : place que le nécessaire doit
régulièrement occuper dans la ses arguments divers à ce sujet. -
Ordre nouveau qu'on pourrait adopter en commençant par le
nécessaire. |
|
§ 1. Ces énonciations, du
reste, se suivent ordre en les disposant de cette façon : après :
Est possible, vient Contingent, et l'un est réciproque à l'autre Ã
Pas impossible répond Pas nécessaire : à Possible de ne pas être et
Contingent de ne pas être répondent: Pas nécessaire de ne pas être
et Pas impossible de ne pas être : à Pas possible et à Pas
contingent répondent: Nécessaire de ne pas être et Impossible d'être
: à Pas possible de ne pas être, et Pas contingent de ne pas être,
répondent : Nécessaire d'être et Impossible de ne pas être. Le
tableau ci-dessous fera voir ce que nous voulons dire :
Il est possible que ce soit -
Il n'est pas possible que ce soit.
Il est contingent que ce soit - Il n'est pas contingent que ce soit.
Il n'est pas impossible que ce soit - II est impossible que ce soit.
Il est nécessaire que ce soit - Il est nécessaire que ce ne soit
pas.
Il est possible que ce ne soit pas - Il n'est pas possible que ce ne
soit pas.
Il est contingent que ce ne soit pas - Il n'est pas contingent que
ce ne soit pas.
Il n'est pas impossible que ce ne soit pas - Il est impossible que
ce ne soit pas.
Il n'est pas nécessaire que ce ne soit pas - II est nécessaire que
ce soit.
§ 2. Ainsi, Impossible et Pas
impossible suivent contradictoirement, mais à l'inverse, Contingent
et Possible, Pas contingent et Pas possible. Car, après possible
d'être, vient la négation de l'impossible : Il n'est pas possible
que ce soit. De l'autre part, à la négation succède l'affirmation;
car, à N'être pas possible, succède Être impossible; et l'on voit
qu'Être impossible est une affirmation, tandis que N'être pas
impossible est une négation.
§ 3. Quant à Nécessaire, examinons quel est l'ordre. A cet égard on
voit qu'ici il n'en est pas comme plus haut; c'est parce que ce sont
les énonciations contraires qui se ??? et les contradictions
ne sont plus en regard. En effet, la négation de Nécessaire de ne
pas être n'est point: Pas nécessaire d'être. C'est que l'une et
l'autre des deux énonciations peuvent être vraies d'un seul et même
objet, puisque ce qui est nécessaire de ne pas être n'est pas
nécessaire d'être.
§ 4. Ce qui fait que Nécessaire ne suit pas dans le même ordre que
les autres, c'est que l'Impossible est énoncé contrairement Ã
nécessaire, pour qu'il ait la même valeur. En effet, si quelque
chose est impossible, il est par cela même nécessaire, non pas il
est vrai d'être, mais bien de ne pas être. Ce qui est impossible de
ne pas être est nécessite d'être. Si donc, les premières
énonciations suivent d'une façon toute pareille Possible et pas
possible, ces dernières suivent contrairement, parce que Nécessaire
et impossible ne signifient pas la même chose, à moins qu'on ne les
prenne à l'inverse l'un de l'autre, ainsi je l'ai dit.
§ 5. Mais peut-on bien disposer de façon les contradictions du
Nécessaire? Ainsi, Nécessaire est aussi possible : sinon, ce serait
la négation qu'il faudrait prendre à la suite, puisqu'il faut de
toute nécessité adopter l'une ou l'autre, de sorte que si la chose
n'est pas possible; elle est impossible, et par conséquent, le
nécessaire serait impossible, ce qui est absurde. Mais à : Il est
possible que ce soit, succède : Il n'est pas impossible que ce soit;
et à cette dernière énonciation, celle-ci : II n'est pas nécessaire
que ce soit, de sorte qu'il en résulte, autre absurdité, que ce qui
est nécessaire n'est pas nécessaire.
§ 6. Mais il est nécessaire, ne succède pas davantage à : Il est
possible. Ce n'est pas non plus : Il est nécessaire que ce ne soit
pas; car l'affirmation et la négation peuvent convenir toutes deux Ã
Possible. Mais quelle que que soit celle des deux énonciations qui
soit vraie, les autres pour cela ne le seront pas; car Il est
possible que ce soit et Il est possible que ce ne soit pas, sont
vrais à la fois. Mais Il est nécessaire que ce soit, et Il est
nécessaire que ce ne soit pas, ne peuvent jamais être tous deux
possibles. Reste donc enfin que, Il n'est pas nécessaire que ce ne
soit pas, suive : II est possible que ce soit.
§ 7. Il n'est pas nécessaire que ce ne soit pas, est vrai également
de : Il est nécessaire que ce soit.
§ 8. En effet, cette proposition même devient la contradiction de
celle qui suit : Il n'est pas possible que ce soit; ça à cette
énonciation, succède : Il est impossible que soit, et Il est
nécessaire que ce ne soit pas, dont négation est : Il n'est pas
nécessaire que ce ne soit pas. Ainsi donc les contradictions
elles-mêmes se suivent de la manière indiquée, et il n'y a aucune
difficulté si observe l'ordre tracé.
§ 9. On peut demander si Possible d'être suit bien Nécessaire
d'être; car s'il ne le suit pas, c'est alors contradictoire : Pas
possible d'être, qui doit suivre. Et si l'on prétend que ce n'est
pas la vraie contradictoire il faut admettre alors nécessairement
que c'est : Possible de ne pas être, énonciations qui sont toutes
deux également fausses appliquées à nécessaire. Mais d'autre part,
il semble que la même chose peut être coupé et n'être pas coupée;
elle peut être et ne pas être; et il s'en suivra que Nécessaire
d'être pourra aussi d'une manière contingente ne pas être, ce qui
est faux.
§ 10. Mais il est évident que tout ce qui peut quelque chose, être
ou marcher, ne peut pas par cela seul les contraires. Il y a
certains cas où ceci cesse d'être vrai ; c'est d'abord pour les
choses dont la force n'est pas rationnelle : par exemple, le feu qui
est chaud, et qui a une force destituée de toute raison. Les forces
douées de raison, tout en restant identiques, peuvent plus d'un acte
et peuvent même les contraires. Mais les forces irraisonnables ne
sont pas toutes dans ce cas; car, je le répète, il n'est pas
possible au feu d'échauffer, ou de ne pas échauffer indifféremment.
Cette alternative est interdite aussi à toutes les choses qui sont
toujours en acte. Cependant certaines choses douées de force
irrationnelle peuvent recevoir également les opposés. Mais l'on veut
seulement constater ici que toute puissance n'est pas susceptible
des contraires, pas même toutes celles qui sont bien de la même
espèce.
§ 11. Quelques puissances sont homonymes. Et en effet Possible n'a
pas un sens absolu. Tantôt on le dit d'un objet réel, parce que cet
objet est en acte : par exemple, on dit d'un être qu'il est capable
de marcher, parce qu'il marche; et en général, ou dit d'une chose
qu'elle est possible, parce que déjà cette chose qui est dite
possible est en fait. Tantôt on dit qu'une chose est possible, parce
qu'elle pourrait être: par exemple, on dit qu'un être est capable de
marcher, parce qu'en effet il pourrait marcher. De ces deux
puissances, la dernière s'applique aux seuls objets muables; l'autre
s'applique aussi aux objets immuables. L'on peut dire avec une égale
vérité, qu'une chose est capable de marcher ou capable d'être, soit
que déjà elle marche et qu'elle soit en acte, soit qu'elle puisse
seulement marcher. Ce dernier genre de possible n'est pas vrai
absolument du nécessaire; mais l'autre possible est vrai.
§ 12. De même que le particulier est suivi de l'universel, de même
la nécessité d'existence est suivie de la possibilité d'existence;
mais ceci pourtant n'est pas exact pour tous les possibles.
§ 13. Il se peut aussi que Nécessaire et non nécessaire d'être ou de
ne pas être, soit le principe de toute ces affirmations et de toutes
ces négations, et que le reste des séries ne dût être regardé que
comme une conséquence de ces deux termes.
§ 14. D'après ce qui précède, il est évident que ce qui est de toute
nécessité est aussi en fait. Si donc les choses éternelles sont les
premières, l'acte aussi précède la puissance. Certaines choses sont
des actes qui ne sont jamais en puissance, telles sont les premières
substances. Certaines autres sont accompagnées de puissance; et
celles-là peuvent être, d'une part antérieures par nature, et
postérieures par le temps. D'autres enfin ne sont jamais des actes,
mais sont seulement des puissances.
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§ 1. Se suivent par ordre,
il semble que cette consécution des modales n'est pas une question
de logique, et que cette théorie doive être plutôt renvoyée à la
métaphysique. Ce sont des rapports purement rationnels, et tort
importants d'ailleurs, mais qui n'ont rien à faire à la théorie de
la proposition. - Le tableau ci-dessous, II faut remarquer
que l'ordre suivi dans ce tableau n'est pas celui qu'indique le
texte qui le précède. Dans ce texte, comme on le voit, la huitième
proposition du tableau est la septième, et réciproquement: la
douzième du tableau est la onzième et réciproquement : la seizième
de tableau est la quinzième et réciproquement. Je n'ai point trouvé
dans les variantes l'explication de cette interversion ; Aristote du
reste proposera de changer encore cet ordre, voir plus bas, §§ 6
et13.
Mais à l'inverse,
C'est-à -dire que la négation d'impossible suit la négation de
possible et de contraire et que l'affirmation d'impossible suit la
négation de possible et du contingent. C'est ce qu'explique le texte
lui-même. - Comme plus haut, Comme pour les propositions de
possible et d'impossible. - Les énonciations contraires.
Et non tes contradictoires, comme au paragraphe précédent. - Et
les contradictions ne sont plus en regard, Comme on peut le voir
au tableau du § 1, où pas impossible est en regard d'impossible. -
Des deux énonciations, La quatrième et la douzième. -
Peuvent être vraies d'un seul et même objet, Ce que ne peuvent
les contradictoires, d'après toutes les théories précédentes.
§ 4. Est énoncé
contrairement à nécessaire, C'est-à -dire que, avec impossible,
le sujet de la phrase, le dictum est affirmé, et qu'au
contraire il est nié avec nécessaire. - Pour qu'il ait la même
valeur, Il est impossible que ce soit égale : Il est nécessaire
que ce ne soit pas. - II est impossible que ce ne soit pas, égale :
II est nécessaire que ce soit. C'est ce qu'explique le texte. -
Les premières énonciations, Impossible, pas impossible. - Les
dernières, Nécessaire et pas nécessaire. - Ainsi que je l'ai
dit plus haut au § 2.
§ 5. De cette façon,
Non comme elles le sont dans le tableau ci dessus, mais comme il
suit dans ce paragraphe. - Ainsi nécessaire est aussi possible.
C'est-à -dire qu'à la suite de : Il est nécessaire que ce soit, on
pourrait mettre : Il est possible que ce soit. - Sinon, si on
ne met pas: Il est possible que ce soit, il faudra mettre la
négation: Il est impossible que ce soit - De sorte qu'il en
résulte, Si l'on commence par le nécessaire et qu'on le fasse
suivre par le possible.
§ 6. Ne succède pas
davantage, Si l'on commence par Possible et qu'on le tasse
suivre par Nécessaire. - L'affirmation et la négation, Le
texte dit simplement: Ces choses; j'ai cru devoir préciser que ce
qui n'est que possible peut également être ou ne pas être. - Des
deux énonciations, Soit l'affirmation, soit la négation. -
Les autres, Il faut entendre par là les propositions: il est
nécessaire que ce soit, et Il est nécessaire que ce ne soit pas. -
Sont vrais à la fois, Parce que le possible peut tout aussi
bien être que n'être pas. - Reste donc enfin, C'est-à -dire
que la huitième proposition du tableau suit placée la quatrième. -
Suive, Non pas immédiatement, mais dans la même série, à la
place de la quatrième.
§ 7. Il n'est pas
nécessaire... Le texte dit seulement : cela. J'ai cru devoir
rendre l'expression plus précise.
§ 8. De celle qui suit,
Au même rang dans la troisième série, c'est-à -dire, la douzième. -
Dont la négation est... Placée au quatrième rang et dans la
première série. -Les contradictions, Et non plus les
contraires seulement. - De la manière indiquée, Dans le § 9,
en mettant la huitième proposition la quatrième, et réciproquement.
§ 9. Suit bien, Comme
il l'a proposé au § 5. - Qui sont toutes deux fausses, De ce qui est
nécessaire, il est également faux de dire qu'Il n'est pas possible
qu'il soit ou qu'il est possible qu'il ne soit pas. - Ce qui est
faux, Le nécessaire ne peut pas, comme le possible, être et ne
pas être indifféremment.
§ 10. Ne peut pas par cela
seul les contraires, Comme on le supposait au paragraphe
précédent. - Ou ceci, C'est-à -dire, cette propriété d'être
susceptibles des contraires de pouvoir être et ne pas être. -
Dont la force, J'ai pris le mot de force au lieu de celui de
puissant. - N'est pas rationnelle, Et donc d'une volonté
libre. - Les forces douées de raison et de volonté libre,
comme l'homme; voir la Métaphysique, liv. 9, chap. 2. - Qui sont
toujours en acte, Le soleil par exemple, qui échauffe sans cesse
la terre. - Douées de force irrationnelle, D'une force
passive - Egalement, Le texte dit : Ã la force. - Qui sont
bien de la même espèce, Cette pensée est obscure, quoique la
mots ne le soient pas; qui sont bien de la même espèce veut
dire que ces forces ne sont pas homonymes et qu'elles sont
essentiellement identiques : mais il est difficile de rattacher
cette pensée à ce qui précède.
§ 11. Quelques puissances
sont homonymes, Quelquefois le mot de Pouvoir est pris en
plusieurs sens différents : tantôt il est joint à l'idée d'acte,
tantôt il en est séparé. - De ces deux puissances, De ces
deux espèces de possible. - Muables, Ou mobile. -
Immuables, Ou immobiles. - Seulement, J'ai ajouté ce mot
pour être plus clair. - N'est pas vrai absolument du nécessaire,
Parce que le nécessaire est en acte et qu'il ne peut pas ne pas
être. - L'autre possible, Joint à l'idée d'acte.
§ 12. De même que le
particulier, Le possible est au nécessaire dans le même rapport
que l'universel est au particulier. Le possible est beaucoup plus
étendu que le nécessaire. - Pour tous les possibles, Il n'y a
en effet que le possible en acte qui puisse s'appliquer au
nécessaire, comme on l'a dit à la fin du paragraphe précédent.
§ 13. Il se peut aussi que
nécessaire, Aristote propose donc de changer l'ordre donné dans
le tableau du § 1, et il pense qu'on pourrait commencer toute cette
consà |