|
table des matières de l'œuvre d'Aristote
table des matières de la génération et de la corruption
ARISTOTE DE LA PRODUCTION ET DE LA DESTRUCTION DES CHOSES (DE GENERATIONE ET CORRUPTIONE) LIVRE I. (pages 1 à 187) Pour avoir la traduction d'un paragraphe, cliquer sur le paragraphe.
ORIGINES DE LA PHILOSOPHIE GRECQUE. livre I - livre 2 DE MÉLISSUS, DE XÉNOPHANE, ET DE GORGIAS ANALYSE DE LA THÉORIE DE GORGIAS PAR SEXTUS EMPIRICUS
DE LA PRODUCTION ET DE LA DESTRUCTION DES CHOSES (DE GENERATIONE ET CORRUPTIONE) LIVRE I.
|
|
|
Objet général de ce traité. Examen des systèmes antérieurs; opinions diverses ; examen des théories d'Anaxagore, de Leucippe et de Démocrite; réfutation particulière d'Empédocle; citation de quelques-uns de ses vers. Idées différentes qu'on se fait de la production des choses, selon qu'on admet un seul ou plusieurs principes élémentaires. |
|
|
§ 1. [314b] Pour nous rendre compte de la production et de la destruction des choses qui naissent et qui meurent naturellement, il nous faut, comme pour tout le reste, considérer à part leurs causes et leurs rapports. Nous aurons aussi, en traitant de l'accroissement et de l'altération, à voir ce qu'est chacun de ces phénomènes, et à examiner si la [5] nature de la production et celle de l'altération sont les mêmes, ou si elles sont distinctes en réalité, comme elles le sont par les noms qui les désignent. § 2. Parmi les anciens, les uns ont pensé que ce qu'on appelle production absolue n'est qu'une altération ; les autres ont pensé que la production des choses et l'altération sont des phénomènes différents. Ceux qui prétendent que l'univers est un tout uniforme, et qui font sortir toutes les choses d'un seul et même principe, ceux-là doivent nécessairement [10] regarder la production comme une simple altération, et supposer que ce qui naît, à proprement parler, ne fait qu'être altéré. Au contraire, ceux qui admettent que la matière se compose de plus d'un principe, tels qu'Empédocle, Anaxagore et Leucippe, ceux-là doivent avoir une opinion tout opposée. § 3. Anaxagore cependant a méconnu en ceci l'expression propre; et souvent, dans son langage, il confond naître et mourir [15] avec changer. Du reste, il reconnaît la pluralité des éléments, comme le font d'autres philosophes. Ainsi, Empédocle a dit que les éléments des corps étaient au nombre de quatre, et qu'avec les principes moteurs tous les éléments étaient au nombre de six. Quant à Anaxagore, il les a crus en nombre infini, ainsi que le croyaient Leucippe et Démocrite. En effet, Anaxagore reconnaît pour éléments les corps composés de parties similaires, les Homoeoméries, tels que l'os, la chair et [20] la moelle, et toutes les autres substances, dont chaque partie est synonyme du tout. § 4. Démocrite et Leucippe prétendent que tous les corps sont composés primitivement d'indivisibles ou d'atomes, lesquels sont infinis, et par le nombre et par leurs formes, et que les corps ne diffèrent essentiellement entre eux que par les éléments dont ils sont formés, et par la position et par l'ordre de ces éléments. § 5. Anaxagore semble [25] ici d'une opinion opposée à celle d'Empédocle; car ce dernier dit que le feu, l'eau, l'air et la terre, sont les quatre éléments, et qu'ils sont plus simples que la chair ou l'os, ou telles autres des Homoeoméries, ou corps à parties similaires. Anaxagore, au contraire, prétend que les corps similaires sont simples, et qu'ils sont les vrais éléments, tandis que la terre, le feu et l'air, sont des composés, et que les germes des éléments sont répandus partout. § 6. [315a] Ainsi donc, quand on prétend faire sortir toutes les choses d'un élément unique, il faut nécessairement considérer la production et la destruction des choses comme une simple altération. Alors, le sujet des phénomènes demeure toujours un, et toujours le même; et c'est précisément d'un sujet de ce genre qu'on peut dire qu'il subit une altération. Mais quand on reconnaît plusieurs espèces de substances, on doit trouver aussi que l'altération diffère de la production ; [5] car alors la production et la destruction des choses ont lieu par suite de la combinaison et de la séparation des éléments. C'est en ce sens qu'Empédocle a pu dire :
«
.... II n'est pour rien de nature constante, § 7. C'est là, comme on le voit, un langage qui convient parfaitement à l'hypothèse de ces philosophes ; et c'est bien aussi la manière dont ils s'expriment. [10] Ainsi, ces philosophes eux-mêmes sont forcés de reconnaître que l'altération est quelque chose de différent de la production ; et cependant il est impossible qu'il y ait altération réelle, d'après les principes qu'ils énoncent. Du reste, il est assez facile de se convaincre de l'exactitude de l'opinion que nous émettons ici. En effet, de même que la substance restant en repos, nous voyons qu'elle éprouve en elle-même un changement de grandeur que l'on appelle accroissement et diminution, de même aussi noua pouvons y observer l'altération. § 8. [15] Mais d'autre part, il n'est pas moins impossible d'expliquer l'altération d'après ce que disent ceux qui admettent plus d'un principe; car les affections qui nous font dire qu'il y a altération sont des différences des éléments, je veux dire, le chaud et le froid, le blanc et le noir, le sec et l'humide, le mou et le dur, et toutes les autres propriétés analogues, [20] ainsi que le dit encore Empédocle :
«
Le soleil est partout blanc et plein de chaleur; II fait les mêmes distinctions pour tout le reste des choses; et par conséquent, si l'eau ne peut venir du feu, ni la terre venir de l'eau, il s'ensuit que le noir ne peut pas davantage venir du blanc, ni le dur venir du mou : et le même raisonnement s'appliquerait à tous les autres changements. [25] Or, c'était là précisément ce qu'on entendait par altération. § 9. Mais n'est-il pas évident qu'il faut toujours supposer l'existence d'une seule et unique matière pour les contraires, soit qu'elle change en se déplaçant dans l'espace, soit qu'elle change par accroissement ou diminution, soit qu'elle change par altération ? [315b] Il faut qu'il n'y ait qu'un seul élément, et une seule et même matière, pour toutes les qualités qui changent les unes dans les autres; et si l'élément est unique, il y a aussi altération. § 10. Ainsi, Empédocle nous paraît contredire les faits les plus réels, et tout ensemble se contredire lui-même ; car il prétend [5] à la fois que les éléments ne peuvent venir les uns des autres, mais qu'au contraire tout le reste vient d'eux ; et en même temps, après avoir ramené à l'unité la nature toute entière, la Discorde exceptée, il tire ensuite chaque chose de l'unité qu'il a imaginée. A l'entendre, les choses se séparant de cette unité élémentaire par certaines différences et par certaines modifications, telle chose est devenue de l'eau, et telle autre, du feu. [10] C'est ainsi qu'il appelle le soleil blanc et chaud, et la terre lourde et dure. Mais ces différences étant supprimées, et elles peuvent l'être, puisqu'elles sont nées à un certain moment, il est évident que la terre alors peut venir de l'eau, tout aussi bien que l'eau venait de la terre. De même encore pour toutes les autres choses qui ont dû se modifier et changer, non pas seulement à l'époque dont il parle, mais qui changent également aujourd'hui. § 11. [15] Ajoutez que, dans le système d'Empédocle, il y a des principes d'où les choses peuvent naître et se séparer de nouveau, d'autant plus aisément que, à l'en croire, il y a un combat perpétuel et réciproque entre la Discorde et l'Amour. Voilà comment tous les choses semblent naître alors d'un seul principe ; car le feu, l'eau et la terre, étant encore unis, ne formaient pas tout l'univers. Mais avec cette théorie, [20] on ne sait pas s'il faut leur reconnaître un seul principe ou plusieurs, je veux dire à la terre, au feu, et aux éléments de cet ordre. C'est qu'en effet, en tant qu'on suppose, comme matière, un principe d'où sortent la terre et le feu changeant par le mouvement qui se produit, il n'y a bien alors qu'un seul et unique élément. Mais en tant que cet élément lui-même est produit par la réunion de ces substances, qui se combinent, il s'ensuit que ces substances, avant leur réunion, sont elles-mêmes plus élémentaires, et [25] antérieures par leur nature. § 12. Mais il nous faut, à notre tour, parler d'une manière générale de la production et de la destruction des choses, entendues au sens absolu. Nous rechercherons si elle est ou n'est pas, et nous dirons comment elle est. On parlera aussi des autres mouvements simples, tels que l'accroissement et l'altération. |
Livre 1, Ch. 1. Philopon cherche à établir que ce traité se rattache étroitement à celui du Ciel; et sa preuve principale, c'est que ce dernier traité se termine par une phrase où se trouve une particule adversative, qui n'a sa correspondante que dans le présent traité. Cette preuve n'est pas très décisive. Mais ce qui est certain, c'est que les matières de ces deux traités se tiennent assez bien, et qu'après avoir étudié le ciel et les propriétés générales des corps immuables qui le composent, Aristote a pu penser à compléter cette étude par l'étude des corps qui, dans la nature, sont soumis, d'après des lois régulières, à naître et à périr. Le lien grammatical des deux traités existe bien, comme le remarque Philopon; mais le lien logique est encore plus réel. § 1. Naturellement, en ne s'occupant que des corps formés on détruits par la nature. Aristote exclut tous ceux que peut former ou détruire l'industrie humaine; ces derniers corps peuvent d'ailleurs être l'objet d'une étude spéciale. - Leurs causes et leurs rapports, le mot grec que je rends par celui de Rapports, est très vague aussi; et Philopon, en essayant de l'expliquer, n'est pas parvenu à l'éclaircir. Le mot de Modification pourrait convenir peut-être aussi. - De l'accroissement et de l'altération, il faut voir la définition de ces mots dans la Physique, !ivre IV, ch. 3, § 7, et livre V, ch. 3, § 11 et passim. L'accroissement est un mouvement dans la quantité; l'altération est un mouvement dans la qualité. - La production et l'altération, la production proprement dite est le passage du non-être à l'être; l'altération n'est qu'un simple changement dans l'être qui existe déjà. - En réalité, j'ai ajouté ces mots pour compléter le pensée. Pour mieux faire comprendre la différence de la production et de l'altération, Philopon cite un vers d'Homère; mais l'autorité d'Homère n'a guère de poids dans ces distinctions verbales et métaphysiques. § 2. Parmi les anciens, on va voir qu'Aristote entend désigner, en disant les anciens: Empédocle, Anaxagore, Leucippe, Démocrite, etc. - Production absolue, c'est-à-dire, le passage du néant à l'existence. - N'est qu'une altération, confondant ainsi les deux phénomènes de la production et de l'altération. - Sont des phénomènes différents, cette opinion est la seule vraie; la production et l'altération ne peuvent se confondre. - Que l'univers est un tout uniforme, ou bien qu'il n'y a qu'un seul et unique élément, qui compose tout indistinctement. Ces philosophes tout en général, outre les Ioniens, ceux de l'École d'Elée, qui soutenait l'unité de substance et l'unité de l'être. - Car simple altération, j'ai ajouté le mot de Simple. - Ce qui naît à proprement parler, c'est ce qu'il tient d'appeler « la génération absolue, » ainsi que le remarque Philopon. - La matière se compose de plus d'un principe, ou bien : « Qu'il y a plus d'une manière. » Les partisans de la pluralité des éléments sont nommés ici; ceux de l'unité ne le sont pas. Philopon supplée au silence d'Aristote, et il rappelle que Thalès n'admettait que l'eau pour unique élément; Anaximène et Diogène d'Apollonie, l'air; Anaximandre, un élément intermédiaire entre l'eau et l'air; Héraclite enfin, le feu. Quant aux philosophes de la pluralité, Empédocle admettait les quatre éléments, comme l'a fait aussi Aristote, le feu, l'air, l'eau et la terre. Anaxagore supposait ces corps similaires, les Homoeoméries, infinis; Démocrite et Leucippe faisaient la même supposition pour leurs atomes, infinis en nombre et par la diversité de leurs formes. Voir les paragraphes suivants. § 3. Anaxagore a méconnu l'expression propre, au temps d'Anaxagore, la langue philosophique n'était pas encore formée, comme elle le fut plus tard. - Comme d'autres philosophes, qui sont énumérés un peu plus bas. - Avec les principes moteurs, les deux principes moteurs d'Empédocle sont la Discorde et l'Amour, l'une qui divise les choses, et autre qui les rapproche. - Au nombre de six, avec les quatre éléments ordinaires de la terre, de l'eau, de l'air et du feu. Selon Empédocle, les quatre derniers étaient purement passifs; les deux autres sont actifs et moteurs. - De parties similaires, les Homoeoméries, l'une de ces expressions n'est que la traduction de l'autre. - Dont chaque partie en synonyme du tout, ainsi une partie de l'os est encore de l'os, une partie de chair est encore de la chair, tandis que la partie de la main n'est pas une main, etc. Ainsi il y a autant d'homoeoméries que de substances différentes; et c'est en ce sens que les éléments d'Anaxagore sont infinis en nombre. § 4. D'indivisibles ou d'atomes, l'un des mots traduit l'autre simplement; celui d'atomes est plus habituel. Philopon essaie de démontrer ici en quoi le système d'Épicure, sur les atomes, diffère de celui de Démocrite. Épicure admet que les atomes sont infinis en nombre; mais il n'admet pas qu'ils le soient en figures. - Que par les éléments dont ils sont formés, ou bien : « d'où ils viennent. » Voilà pour la diversité infinie de la nature des atomes. - Par la position et par l'ordre, voilà pour l'infinité des formes. § 5. Semble ici d'une opinion opposée, Philopon ne trouve pas qu'entre l'opinion d'Anaxagore et celle d'Empédocle, il y ait autant de distance qu'Aristote l'indique. - Le feu, l'eau, l'air et la terre, j'ai conservé l'ordre même dans lequel Aristote énumère ces quatre éléments. - Qu'ils sont plus simples que la chair, il semblerait résulter de la tournure de cette phrase qu''Émpédocle aurait pu connaître et critiquer le système d'Anaxagore; mais la chronologie ne le permet pas. Il s'agit des disciples d'Empédocle, comme l'annonce l'expression grecque, plus encore que d'Empédocle lui-même. - Les germes des éléments, ces germes se rapprochent alors beaucoup des atomes, qui sont aussi répandus partout, d'après le système de Démocrite. § 6. On prétend faire sortir toutes la choses d'un élément unique, système qu'Aristote n'a jamais accepté. - Comme une simple altération, voir plus haut, § 1. - Le sujet des phénomènes, j'ai ajouté en derniers mots. - Qu'il subit une altération, il faut, en effet, un sujet permanent, pour qu'il puisse être successivement le lieu des altérations qui se produisent tour à tour, parlant du froid au chaud, du blanc au noir, etc.; ou réciproquement. - Plusieurs espèces de substances, le texte dit précisément : « plusieurs genres. » - De la combinaison et de la séparation, sous l'influence de l'Amour et de la Discorde, comme le veut Empédocle. § 7. A l'hypothèse de ces philosophes, qui admettent la pluralité des éléments. - C'est bien aussi la manière dont ils s'expriment ou bien encore : « l'hypothèse que nous leur prêtent est bien celle qu'ils admettent. » - Sont forcés de reconnaître, il ne semble pas qu'Empédocle l'ait précisément nié; et ceci s'adresserait plutôt à Démocrite et aux partisans de l'unité. - Qu'il y ait altération réelle, le texte est un peu moins précis. - Nous voyons qu'elle éprouve, c'est à l'observation des faits, qu'en appelle Aristote; et pour lui, l'altération n'est pas un phénomène moins évident que l'accroissement ou la diminution, que nos sens perçoivent si aisément. La pensée de tout ce § reste embarrassée et obscure ; je n'ai pu l'éclaircir comme je l'aurais voulu, malgré les explications de Philopon, et celles d'Alexandre d'Aphrodisée, qu'il rapporte à côté des siennes. - Observer l'altération, ou un changement de qualité. § 8. Ceux qui admettent plus d'un principe, il semblerait d'après ceci que, dans le § précédent, il s'agit des philosophes qui admettent l'unité de substance; mais le texte se se prête pas bien à cette interprétation. - Les affections, ou « modifications. » - Des différences des éléments, ou d'une manière un peu moins concise ; « des différences que présentent les éléments. » - Le chaud et le froid, d'une manière générale, toutes les oppositions par contraires, qui se succèdent et se remplacent dans un même sujet. - Il s'ensuit, ce n'est pas une conséquence qui ressorte nécessairement du système d'Empédocle. - Or, c'était là précisément ce qu'on entendait par l'altération, il ne semble pu qu'Empédocle le nie. § 9. Mais n'est-il pas évident, pour cette théorie, voir la Physique, livre 1, ch. 7, § 9; et les Catégories, ch. 11. - En se déplaçant dans l'espace ... par accroissement ... par altération, ce sont la trois espèces de mouvement admises par Aristote et étudiées dans la Physique. - Seule et même matière, le texte n'est pas tout à fait aussi explicite. - Qui changent les unes dans les autres, et qui par conséquent sont contraires. C'est le même corps, qui est tour à tour chaud ou froid, blanc ou noir, etc. § 10. Contredire les faits les plus réels, en niant l'existence de l'altération, phénomène qu'il est si facile d'observer. - Ramené à l'unité, c'est le Sphérus dans lequel l'univers est enveloppe, selon Empédocle, par l'effet de l'Amour, jusqu'à ce que la Discorde vienne le développer de nouveau par la séparation des éléments. - La Discorde exceptée, puisque c'est elle qui doit de nouveau rompre l'unité établie par l'Amour. - A l'étendre, il semblerait que ce qui soit est une citation textuelle d'Empédocle; mais cette exposition n'est pas très nette, et elle a l'obscurité habituelle des réfutations d'Aristote. - Telle chose est devenue de l'eau, il ne semble pas que ce soit là le système exact d'Empédocle. Selon lui, les éléments sont tout formés, et ils ne changent pas. Seulement, ils se réunissent, ou ils se séparent, sous l'influence toute puissante de l'Amour et de la Discorde. - Et elles peuvent l'être, ce n'est peut-être pas là la pensée vraie d'Empédocle. - Elles sont nées à un certain moment, Empédocle, au contraire semble croire que ces différences sont éternelles. - Mais qui changent également aujourd'hui, dans le système d'Aristote, mais non dans celui d'Empédocle. § 11. Ajoutez que, dans le système d'Empédocle, le texte n'est pas tout à fait aussi précis. La nouvelle objection consiste en ceci, que, dans le système d'Empédocle, il y a des principes antérieure aux éléments, et que par conséquent, ces éléments ne sont pas de vrais éléments. - La Discorde et l'Amour, principes antérieurs aux éléments qu'ils réunissent ou qu'ils séparent. - D'un seul principe, quand le Sphérus se développe de nouveau par l'effet de la Discorde. - Un seul principe ou plusieurs, il y en aurait au moins deux: la Discorde et l'Amour. - Comme matière, peut-être encore n'est-ce pas bien là la pensée d'Empédocle. La Discorde et l'Amour ne forment pas précisément les éléments; ils agissent seulement sur eux. - Plus élémentaires, c'est le mot même du texte. § 12. A notre tour, j'ai ajouté ces mots, pour tenir lieu d'une transition qui manque ici. Après avoir exposé succinctement les opinions des autres, Aristote va expliquer la sienne; et il traitera d'abord de la production, se réservant de parler plus tard de l'accroissement et de l'altération des choses. |
|
Insuffisance de la théorie de Platon; retour sur la théorie de Démocrite et de Leucippe. - Théorie nouvelle sur la production et l'altération des choses; méthode à suivre; importance de la question des atomes; opinion de Démocrite et de Leucippe; opinion du Timée; erreur des uns et des autres. C'est surtout à l'observation des faits qu'on doit s'appliquer; mérite de Démocrite à cet égard. Idées de la divisibilité des choses; on peut la supposer infinie. Difficultés de cette théorie; difficultés non moins grandes de la théorie des atomes; réfutation de cette théorie. Idée générale qu'Il faut se faire de la production des choses. |
|
|
§ 1. Platon n'a donc étudié la production et la destruction [30] qu'en considérant la manière dont elles sont dans les choses, et encore n'a-t-il pas étudié la production dans toute sa généralité, mais seulement celle des éléments. Il n'a rien dit sur la formation de tous les corps du genre de la chair, des os et autres corps analogues; il n'a pas parlé non plus, ni de l'altération ni de l'accroissement, et il n'a pas montré comment il les conçoit dans les êtres. § 2. Du reste, on peut affirmer que personne, si l'on en excepte Démocrite, n'a parlé d'aucun de ces sujets autrement que d'une façon toute superficielle. [35] Quant à lui, il semble bien avoir songé à toutes les questions; mais il diffère de nous en expliquant la manière dont les choses se passent. [316a] Personne, comme nous venons de le dire, n'a pensé à expliquer l'accroissement, si ce n'est peut-être dans le sens où tout le monde comprend ce phénomène, c'est-à-dire en disant que les corps s'accroissent, parce que le semblable vient se joindre au semblable. Mais comment ce phénomène a lieu, c'est ce qu'on n'a point encore expliqué. § 3. D'ailleurs, on n'a pas étudié non plus davantage la question du mélange, ni aucune des questions de ce genre, et par exemple, [5] la question de savoir comment les choses peuvent agir ou souffrir, et comment telle chose produit et telle autre souffre les actions naturelles. § 4. Démocrite et Leucippe, en ne s'attachant qu'aux formes des éléments, en font sortir l'altération et la production des choses. Ainsi, c'est de la division et de la combinaison des atomes que viennent la production et la destruction ; c'est de leur ordre et de leur position que vient l'altération. Mais comme ces philosophes trouvent la vérité [10] dans la simple apparence, et que les phénomènes sont à la fois contraires et en nombre infini, ils ont dû faire les formes des atomes infinies aussi, de telle sorte que, selon les changements de la disposition, la même chose peut sembler contraire à tel ou tel observateur. Elle semble transformée, pour peu que la moindre parcelle étrangère vienne s'y mêler et s'y ajouter, et elle semble totalement différente par le déplacement d'une seule de ses parties. C'est ainsi qu'avec les mêmes lettres on peut faire à son choix une tragédie et une comédie. § 5. Mais, comme tout le monde, presque sans exception, croit en général que la production et l'altération des choses sont des phénomènes très différents, et que les choses, pour se produire ou se détruire, doivent se combiner ou se séparer, tandis qu'elles s'altèrent par les changements de leurs propriétés, il faut nous arrêter à ces questions, qui offrent, en effet, de nombreuses et réelles difficultés. [20] Si l'on ne fait de la production des choses, par exemple, qu'une combinaison, cette théorie a une foule de conséquences insoutenables. Mais il y a d'autres arguments en sens contraire non moins décisifs, et qu'il est très difficile de réfuter, démontrant que la production ne peut pas être autre chose qu'une simple combinaison, et que, si la production n'est pas une combinaison, dès lors il n'y a plus du tout de production, et qu'elle n'est qu'une altération. Il n'en faut pas moins essayer de résoudre ces difficultés, toutes graves qu'elles sont. § 6. Le point essentiel, [25] au début de toute cette discussion, c'est de savoir si les choses se produisent, s'altèrent, et s'accroissent, ou souffrent les phénomènes contraires à ceux-là, parce qu'il y a des atomes, c'est-à-dire des grandeurs primitives indivisibles ; ou bien s'il n'y a pas du tout de grandeurs indivisibles. Ce problème est de la plus haute importance. D'autre part, en supposant qu'il y ait des atomes, on peut se demander encore si, comme le veulent Démocrite et Leucippe, ces grandeurs indivisibles sont des corps, ou si ce sont de simples surfaces, comme on le dit dans le Timée. § 7. Mais il est absurde, [30] ainsi que nous l'avons démontré ailleurs, de pousser l'analyse des corps jusqu'à les réduire en surfaces; et par conséquent, il serait plus raisonnable de croire que les atomes sont des corps. J'avoue du reste que cette opinion offre aussi bien peu d'apparence de raison. On peut néanmoins, dans ce système, ainsi qu'on l'a dit, [35] expliquer l'altération et la production des choses, en métamorphosant le même corps selon sa rotation, selon son contact, ou selon les différences de ses formes. C'est là ce que fait Démocrite, [316b] et voilà ce qui l'amène à nier la réalité de la couleur, attendu que, selon lui, c'est la rotation seule des corps qui la produit. Mais ceux qui admettent la division des corps en surfaces ne peuvent plus rendre compte de la couleur; car en accumulant des surfaces qui ont de la largeur les unes avec les autres, on arrive uniquement à produire des solides ; mais l'on ne saurait jamais réussir à en tirer aucune qualité corporelle. § 8. [5] La cause qui a fait que ces philosophes ont aperçu moins bien que d'autres les phénomènes sur lesquels tout le monde est d'accord, c'est le défaut d'observation. Au contraire, ceux qui ont donné davantage à l'examen de la nature sont mieux en état de découvrir ces principes, qui peuvent s'étendre ensuite à un si grand nombre de faits. Mais ceux qui, se perdant dans des théories compliquées, n'observent pas les faits réels, n'ont les yeux fixés que sur un petit nombre de phénomènes ; et ils se prononcent plus aisément. § 9. [10] C'est encore ici qu'on-peut bien voir toute la différence qui sépare l'étude véritable de la nature et une étude purement logique; car pour démontrer, par exemple, qu'il y a des atomes ou grandeurs indivisibles, ces philosophes prétendent que, s'il n'y en avait pas, le triangle même, le triangle idéal, serait multiple, tandis que, sur cette question, Démocrite paraît ne s'en être rapporté qu'à des études spéciales et toutes physiques. Du reste, la suite de cette discussion fera mieux voir ce que nous voulons dire. § 10. C'est une grande difficulté [15] de supposer que le corps existe, qu'il est une grandeur divisible à l'infini, et qu'il est possible de réaliser cette division. Que restera-t-il, en effet, dans le corps qui puisse échapper à une division pareille ? Si l'on suppose [20] qu'une chose est divisible absolument, et qu'on puisse réellement la diviser ainsi, il n'y aurait rien d'impossible à ce qu'elle pût être absolument divisée, bien qu'elle ne le fût pas en réalité, ni à ce qu'elle le fût effectivement. Il en est donc de même si l'on divise la chose par moitié ; et, d'une manière toute générale, si une chose naturellement divisible à l'infini, vient à être divisée, il n'y aura point là d'impossibilité, pas plus qu'il n'y a rien d'impossible à supposer qu'elle puisse être divisée en dix mille fois dix mille, bien que personne ne puisse pousser la division jusque-là. § 11. Puisque le corps est censé doué de cette propriété, admettons qu'il soit absolument ainsi divisé. Mais alors que restera-t-il donc après toutes ces divisions ? Sera-ce une grandeur? Mais cela n'est pas possible ; car alors il y aurait quelque chose qui aurait échappé à la division ; et l'on supposait, au contraire, que le corps était divisible sans aucune limite et absolument. [25] Mais s'il ne reste plus ni corps ni grandeur, et qu'il y ait cependant encore division, ou bien cette division ne portera que sur des points, et alors les éléments qui composeront le corps seront sans aucune grandeur ; ou bien, il n'y aura plus rien du tout. § 12. Par conséquent, soit que le corps vienne de rien, soit qu'il soit composé, c'est toujours réduire le tout à n'être qu'une apparence. Même en admettant que le corps puisse venir de points, il n'y aura pas là encore de quantité. [30] En effet, quand tous ces points se touchaient pour former une seule grandeur, que la grandeur était bien une, et que tous y étaient, tous ces points réunis ne faisaient pas que le tout fût plus grand ; car divisé en deux ou plusieurs points, le tout n'est ni plus grand ni plus petit qu'auparavant ; de telle sorte qu'on aurait beau réunir tous ces points, on n'arriverait jamais à en composer une vraie grandeur. § 13. Si l'on dit que, par la division, on arrive à ne plus avoir qu'une sorte de sciure du corps, [317a] même dans cette hypothèse c'est toujours d'une certaine grandeur que le corps provient, et il reste la même question : à savoir, comment ce dernier corps est divisible à son tour. Si l'on dit que ce qui s'est détaché n'est pas un corps, mais que c'est quelque forme séparable, ou quelque propriété, il en résulte que la grandeur se réduit à des points et à des contacts modifiés de cette façon. Alors il est absurde de croire que la grandeur puisse jamais venir de choses qui ne sont pas des grandeurs.
§ 14. [5] Mais de plus, dans quel lieu seront ces points, soit qu'on les suppose
sans mouvement, soit qu'on les suppose mobiles? Il n'y a bien toujours qu'un
seul contact pour deux choses; mais il faut aussi supposer qu'il existe quelque
chose qui n'est ni le contact, ni la division, ni le point. § 15. D'autre part, si, après la division, je puis recomposer le bois que j'ai scié, ou telle autre matière, en lui rendant sa première unité et en la refaisant toute pareille à ce qu'elle était, [10] il est clair que je puis toujours faire la même chose, en quelque point que je coupe le bois. Donc, en puissance le corps est toujours divisible absolument et sans limite. Qu'y a-t-il donc ici en dehors et à part de la division, si l'on dit que c'est une propriété du corps ? On peut toujours demander comment le corps se résout en des propriétés de ce genre, comment il peut en être formé, et comment ces propriétés peuvent être séparées du corps. § 16. Si donc il est impossible [15] que les grandeurs se composent de simples contacts, ou de points, il faut nécessairement qu'il y ait des corps et des grandeurs indivisibles. Mais cette supposition même des atomes crée une impossibilité non moins insurmontable. Bien qu'on ait examiné cette question ailleurs, on n'en doit pas moins essayer de la résoudre encore ici ; et pour y parvenir, il faut la reprendre tout entière dès le principe.
§ 17. Nous dirons donc d'abord qu'il n'y a rien d'absurde à soutenir
[20] que tout
corps sensible est à la fois divisible et indivisible en un point quelconque,
attendu qu'il se peut qu'il soit divisible en simple puissance, et indivisible
en réalité. Mais ce qui paraît tout à fait impossible, c'est qu'un corps soit
ensemble l'un et l'autre en puissance ; car si cela était possible, ce ne
pourrait jamais être de cette façon que le corps eût tout ensemble les deux
propriétés d'être indivisible et divisible en réalité, mais seulement de
pouvoir être réellement divisible en un point quelconque. [25] Il n'en restera donc
absolument rien, et le corps se sera perdu dans quelque chose d'incorporel. § 18. Ce qui est évident, c'est que le corps se divise réellement en parties distinctes et séparées, et en grandeurs toujours de plus en plus petites, qui s'éloignent les unes des autres, et qui s'isolent. [30] Mais ce qui n'est pas moins certain, c'est que ce morcellement partiel ne peut être poussé à l'infini, et qu'il n'est pas non plus possible de diviser le corps en un point quelconque; car cette division indéfinie n'est pas praticable, et elle ne peut aller que jusqu'à une certaine limite. § 19. Il faut donc qu'il y ait des atomes ou grandeurs invisibles, surtout si l'on admet que la production et la destruction des choses se font, l'une par désunion, l'autre par réunion. Tel est le raisonnement qui semblerait démontrer qu'il y a nécessairement des grandeurs indivisibles, des atomes. [317b] Mais nous nous faisons fort de prouver que ce raisonnement repose, sans le savoir, sur un paralogisme caché, que nous allons dévoiler. § 20. Comme le point ne tient pas au point, la divisibilité absolue peut, en un sens, appartenir aux grandeurs, et en un autre sens, ne peut pas leur appartenir. En admettant cette théorie, [5] on semble admettre aussi qu'il n'y a plus que le point, qui est partout et en tous sens. Par une conséquence nécessaire, la grandeur en se divisant se réduit à rien ; car le point étant partout, le corps ne peut se composer que de contacts ou de points. § 21. Or cela revient à dire que le corps est absolument divisible, puisqu'il y a partout un point quelconque, que tous ensemble sont comme chacun en particulier, et qu'effectivement il n'y en a pas plus d'un seul ; car les points ne sont pas à la suite les uns des autres. Par conséquent non plus, le corps n'est pas absolument divisible ; [10] car si le corps est divisible à son milieu, il le sera également dans le point qui tient à celui-là. Mais l'instant ne continue pas l'instant, non plus que le point ne continue le point. Or, c'est en cela précisément que consistent la division et la composition des corps, de telle sorte qu'il y ait aussi union et désunion de parties. Mais le corps néanmoins ne se réduit pas en atomes, et il ne provient pas d'atomes, théorie qui renferme bien des difficultés insolubles. Le corps ne peut pas être formé [15] non plus de manière à ce que la division y soit possible sans aucune limite. Si le point suivait en effet le point, il en serait ainsi ; mais le corps se résout en parties de plus en plus petites, et la combinaison a lieu entre les plus petites parties. § 22. La production absolue et parfaite des choses ne se borne pas, comme on le prétend, à l'union des éléments et à leur désunion, pas plus que l'altération n'est un simple changement dans le continu. Mais c'est là une erreur complète, que tout le monde commet. [20] Encore une fois, il n'y a pas de production et de destruction absolues des choses, par union et désunion d'éléments ; il y en a seulement, quand une chose tout entière change, en venant de telle autre. § 23. Parfois aussi, l'on pense que l'altération est un changement quelconque du même genre; mais il y a ici une différence considérable. Dans le sujet, une partie se rapporte à l'essence, et l'autre à la matière. [25] C'est seulement quand il y a changement dans ces deux choses qu'il y a vraiment production et destruction ; il n'y a que simple altération, quand il y a changement dans les propriétés et les qualités accidentelles de la chose. § 24. C'est en se désunissant et en s'unissant que les choses deviennent facilement destructibles ; par exemple, quand les eaux se divisent en petites gouttelettes, elles deviennent plus vite de l'air, tandis que, si elles restent en masse, elles le deviennent plus lentement. § 25. Ceci, du reste, sera plus clair dans ce qui va suivre. Mais ici nous avons voulu seulement prouver qu'il est impossible que la production des choses soit une simple combinaison, comme l'ont prétendu quelques philosophes. |
Ch. Il, § 1. Platon n'a donc étudié, Aristote revient à examiner les systèmes de ses prédécesseurs. - Donc, cette conjonction est dans le texte, sans qu'on voie bien ce qui la justifie. - La manière dont elles sont dans les choses, Aristote veut dire probablement que Platon n'a étudié la production que dans l'état actuel des choses, sans essayer de remonter à l'origine. Si c'est bien là sa pensée, elle ne serait peut-être pas très juste ; et on trouverait dans le Timée de quoi la contredire. - Celle des éléments, et non celle des qualités, qui se succèdent dans les éléments. - De l'altération, ni de l'accroissement, c'est-à-dire les deux autres espèces de mouvements. § 2. Si l'on en excepte Démocrite, cet éloge de Démocrite peut paraître bien grand, après la critique précédente sur Platon. - Toutes les questions, le texte n'est pu aussi précis. - Dont les choses se passent, ceci n'est pas très clair; mais le texte est encore plus concis que ma traduction. Aristote vent dire sans doute que Démocrite est d'accord avec lui, en admettant la production des choses, mais qu'il n'est plus d'accord avec lui sur la manière dont ce phénomène a lieu. - A expliquer l'accroissement, on ne voit pas qu'Aristote lui-même ait comblé cette lacune; voir la Physique, Livre VI, ch. 16, § 5, de ma traduction. § 3. D'ailleurs on n'a pas étudié non plus, une partie de ces questions ont été étudiées, soit dans la Physique, soit dans le quatrième livre de la Météorologie; mais je ne sais si Aristote les a poussées beaucoup plus loin que ses devanciers. § 4. En ne s'attachant qu'aux formes des éléments, le texte n'est pas tout à fait aussi précis. Ce sens est celui de Philopon. On pourrait traduire aussi : « Après avoir imaginé les formes des éléments. » - Des atomes, j'ai ajouté ces mots; car le système de Démocrite est bien connu ; et la doctrine des atomes n'admet en effet que la division et la combinaison, l'ordre et la position, comme causes de tous les phénomènes. - Trouvent la vérité dans la simple apparence, c'est la doctrine reprise plus tard par les Sophistes, et tant combattue par Socrate; voir le Protagoras. - Les formes des atomes, j'ai encore ajouté ces derniers mots. - Les changements de la disposition, Philopon cite le cou de la colombe, qui, selon la direction de la lumière, et la position des spectateurs, présente les couleurs les plus diverses. - D'une seule de ses parties, le texte n'est pas aussi précis. - Avec es mêmes lettres, ce serait plutôt : « avec les lettres de l'alphabet. »
§ 5. Tout le monde, en y comprenant Anaxagore et Empédocle. - § 6. C'est de savoir, s'il y a ou s'il n'y a pas d'atomes. - Se produisent, s'altèrent et s'accroissent, ce sont les trois espèces de mouvements, dont les choses sont susceptibles. - Les phénomènes contraires à ceux-là, c'est-à-dire la destruction, l'altération en une qualité opposée, et le décroissement. - Des atomes, c'est-à-dire, j'ai ajouté ces mots. - Ce problème est de la plus haute importance, aussi Aristote y est-il revenu à plusieurs reprises. - Comme on le dit dans le Timée, voir plus haut, le Traité du ciel, livre III, ch. 7, § 14. § 7. Ailleurs, dans le Traité du Ciel, livre III, comme le dit aussi Philopon. - Jusqu'à les réduire en surfaces, cette opinion n'est pas celle de Platon dans le Timée, au point où Aristote semble le dire ici. - J'avoue du reste, l'expression du texte est moins nette. - Ainsi qu'on l'a dit, Philopon croit que termes dont se sert ici Aristote, d'après Démocrite, sont particulièrement empruntés à l'idiome d'Abdère. - Sa rotation son contact, ces expressions ne sont pas plus précises en français que les expressions correspondantes ne le sont en grec. - Ceux qui admettent la division des corps en surfaces, comme Platon, ou d'autres philosophes. - Rendre compte de la couleur, ou de toute autre qualité des corps. Le texte grec n'est pas aussi précis. § 8. Sur lesquels tout le monde est d'accord, l'expression du texte est un peu vague; et je ne suis pas sûr d'avoir bien saisi le sens. - C'est le défaut d'observation, Aristote recommande ici l'observation des faits, comme il l'a toujours recommandée; mais nulle part, il n'a été aussi net et aussi décisif ; voir la préface à ma traduction de la Météorologie, pages et suivantes. - Qui peuvent s'étendre ensuite, ou suivant une variante indiquée par Philopon : « dans lesquels on peut ensuite comprendre un si grand nombre de faits. » La différence est insignifiante. - Se perdant dans des théories compliquées, le texte peut vouloir dire encore : « Mais ceux qui, loi n des idées vulgaires, etc. » - Plus aisément, et plus légèrement. § 9. L'étude véritable, j'ai ajouté ce dernier mot. - Ces philosophes, Platon et son école. - S'il n'y en avait pas, j'ai ajouté ces mots, qui semblent indispensables. - Le triangle même, le triangle idéal, ces derniers mots ne sont que la paraphrase des précédents. Le triangle même signifie, dans le langage du Platonisme, l'idée du triangle. - Serait multiple, c'est-à-dire divisible, ce qui est tout à fait contraire à la théorie des idées. - La suite de cette discussion fera mieux voir, Aristote sent lui-même qu'il n'en dit pas assez ici pour être parfaitement clair. Philopon défend Platon contre Aristote, qui n'a pas très bien reproduit la pensée de son maître. Il croit que cette théorie pouvait se trouver tout au plus dans les Doctrines non écrites de Platon. § 10. C'est une grande difficulté, toute la pensée de ce § est obscure. La voici réduite à son expression la plus simple : « Il est difficile de comprendre que le corps puisse être divisible à l'infini, et qu'il n'y ait plus d'atomes ; car cette division à l'infini épuisera le corps tout entier, dont il ne restera plus rien, et l'on arrivera ainsi à composer le corps de simples points, qui n'ont plus aucune dimension. » - Et qu'il est possible de réaliser cette division, le texte n'est pas tout à fait aussi précis. - Qui puisse échapper à une division pareille, puisqu'elle fera évanouir définitivement tout ce qui peut composer le corps. - Il n'y aurait rien d'impossible, c'est une supposition qu'on peut toujours faire, et qui n'implique rien d'absurde. - Si l'on divise la chose par moitié, c'est-à-dire, si l'on partage toujours en deux ce qui reste de la chose, dans les divisions successives, ou si on la divise par parties inégales. De l'une et l'autre façon, on arrive à l'épuiser totalement par cette division indéfinie. - Ne puisse pousser la division jusque-là, par l'insuffisance des instruments dont l'homme dispose. § 11. Est censé doué de cette propriété, le texte n'est pas aussi précis. - Que restera-t-il? répétition de la question posée dans le § précédent. - Après toutes ces divisions, j'ai ajouté ces mots, pour éclaircir un peu la pensée. - Une grandeur, qui serait encore divisible. - Sans aucune limite et absolument, il n'y a qu'un seul mot dans le texte. - Sans aucune grandeur, parce que les points mathématiques sont supposés n'en point avoir. § 12. Vienne de rien, c'est-à-dire de points, qui n'ont aucune dimension. - A n'être qu'une apparence, c'était la conséquence que les Sophistes avaient tirée de la doctrine de Démocrite. - Que le corps puisse venir de points, le texte n'est pals tout à fait aussi formel. - De quantité, parce que les points ne peuvent représenter aucune quantité quelconque. - Ni plus grand ni plus petit qu'auparavant, quel qu'ait été le nombre des points de division. - Une vraie grandeur, j'ai ajouté le mot vraie. § 13. Une sorte de sciure du corps, le texte est un peu concis, et la pensée parait obscure, bien qu'au fond elle soit claire. Aristote suppose qu'on veut prouver qu'il y a des atomes et que la division du corps ne peut aller à l'infini. Si par la division poussée aussi loin que possible, on arrive à réduire le corps en poussière, comme la sciure du bois que l'on coupe, ces fragments de sciure, tout ténus qu'ils sont, n'en ont pas moins eux-mêmes une dimension; et alors la question revient pour ces petits corps, aussi bien que pour le corps qu'ils formaient primitivement par leur union. - D'une certaine grandeur, les fragments de la sciure, quelque petits qu'on les suppose, ont cependant une grandeur appréciable. - A son tour, j'ai ajouté ces mots. - Que ce qui s'est détaché, par la division poussée à son dernier terme. - Séparable, Philopon atteste qu'il y avait ici une variante, et que certains manuscrits portaient « inséparable » au lieu de « séparable. » Le contexte semblerait prouver que c'est cette dernière version qui est la bonne. Cependant Philopon paraît approuver davantage l'idée «d'inséparable. » La forme est en effet inséparable du corps, en ce sens qu'elle périt quand le corps périt lui-même, et qu'elle ne peut être rien sans lui. J'ai conservé dans ma traduction la version la plus ordinairement reçue; mais l'autre pourrait convenir aussi. - A des points et à des contacts, théories déjà réfutées plus haut. - Des choses qui ne sont pas des grandeurs, les points et les contacta ne pouvant avoir par hypothèse aucune dimension, en quelque sens que ce soit. § 14. Dans quel lieu, c'est-à-dire : « dans quelle partie du corps ? » - Soit qu'on les suppose, mobiles, comme le font les mathématiciens, quand ils admettent qu'en se mouvant le point engendre la ligne, comme la ligne engendre la surface, et la surface le corps. Philopon remarque qu'on peut indifféremment donner à cette phrase la forme interrogative, ou la forme affirmative. - Qu'il existe quelque chose, c'est-à-dire, les deux parties matérielle qui se touchent, ou sont divisées mutuellement en un point qui les sépare. - Si donc l'on admet, voir plus haut, § 10. Ceci est le résumé de la première partie de toute cette discussion.. Si l'on n'admet pas les atomes, et qu'on croie que tout corps est absolument divisible, voilà les conséquences insoutenables où mène cette théorie; on en conclut avec Démocrite la vérité de la théorie des atomes. Ce résumé d'ailleurs peut sembler un peu prématuré. § 15. D'autre part, nouvel argument pour démontrer l'existence des atomes. - Toute pareille à ce qu'elle était, ceci semble en contradiction avec ce qui a été dit plus haut, § 13. - En quelque point que je coupe le bois, et le nombre des points peut être infini, puisqu'ils sont supposés n'avoir aucune dimension. - En puissance, si ce n'est en réalité, par l'insuffisance seule des instruments dont l'homme doit se servir. - En dehors et à part de la division, il n'y a qu'un seul mot dans le texte. - En des propriétés de ce genre, répétition de ce qui a été dit plus haut, § 13. § 16. Si donc, résumé en faveur de la théorie de Démocrite. - Des corps et des grandeurs indivisibles, en d'autres termes, des atomes, comme Démocrite le soutenait. - Des atomes, j'ai ajouté ces mots, pour que la pensée fût plus claire. - Ailleurs, voir le Ille livre du Traité du Ciel, ch. 4, § 5; voir aussi la Physique, dans divers passages, où le système des atomes est plutôt indirectement désigné que positivement indiqué. Philopon cite en particulier le VIIe livre de la Physique, où je ne trouve rien de pareil. Il cite également le petit traité des Lignes insécables, qu'il attribue aussi à Théophraste, au lieu d'Aristote, d'après l'opinion de quelques auteurs. § 17. A la fois divisible et indivisible, en réalité, c'est impossible ; mais il se peut que l'un soit une simple possibilité, et que l'autre soit réel. Ainsi, par la pensée, le corps est divisible à l'infini; mais effectivement la division s'arrête assez vite. - Divisible en simple puissance, et indivisible en réalité, le texte n'est pu tout à fait aussi précis. - Soit ensemble l'un et l'autre en puissance, c'est-à-dire à la fois divisible et indivisible en simple puissance. Malgré les explications de Philopon, et malgré tous mes efforts, ce passage présente une obscurité que je n'ai pu faire disparaître entièrement. Voici, je crois, comment on peut le comprendre. « Un corps ne peut pas être tout à la fois divisible et indivisible, même en simple puissance; car s'il l'était en puissance il faudrait qu'il le fût en réalité; et dans la réalité, les deux propriétés sont absolument incompatibles. Tout ce qui se peut réellement, c'est que le corps soit divisible en un point quelconque ; ce qui ne veut pas dire qu'il soit absolument divisible ; car alors il n'en resterait absolument rien après la division, et le corps s'évanouirait ainsi en quelque chose d'incorporel. » - Le corps.... incorporel, cette antithèse de mots est dans le texte. - De points, qui ne sont rien de sensible, puisqu'ils sont supposés n'avoir aucune dimension. - Absolument de rien du tout, ou peut-être : « Du néant, du rien. » - Cette reproduction du corps, le texte n'est pas tout à fait aussi précis. § 18. Se divise réellement, j'ai ajouté ce dernier mot, pour que la pensée fût plus claire. - Toujours de plus en plus petites, selon la matière que l'on divise, et selon les instruments dont on se sert. - Qui s'éloignent, c'est l'expression même du texte, qui n'est peut-être pas très-convenable. — Et qui s'isolent, après que la division a été faite. - Le morcellement, ou l'amoindrissement, la réduction successive en des parties de plus en plus ténues. - Que jusqu'à une certaine limite, dans la réalité, bien qu'en pensée elle soit indéfiniment possible. § 19. Il faut donc, en ne s'en tenant qu'aux phénomènes sensibles et observables, le système des atomes semble très vrai, parce qu'en effet la division doit s'arrêter bientôt, et qu'elle semble rencontrer un obstacle insurmontable dans des particules qu'elle ne peut plus atteindre. - Par désunion, de certains éléments irréductibles et permanents. - Par réunion, de ces mêmes éléments. - Des atomes, j'ai ajouté ces mots. Les atomes sont indivisibles, comme leur nom l'indique; et de plus, ils sont indivisibles pour nous, à cause de leur ténuité. - Nous nous faisons fort, le texte n'est pas tout à fait aussi précis; mais j'ai voulu rendre par cette expression la vivacité de la tournure qu'il emploie. - Que nous allons dévoiler, les développements qui suivent peuvent paraître ne pas répondre tout à fait à cette promesse. § 20. Ne tient pas au point, puisque les points sont censés n'avoir aucune dimension. - En admettant cette théorie, que le corps est absolument divisible. - En se divisant, selon les points dont on le dit composé. - Que de contacts ou de points, voir plus, haut § 16. § 21. Que le corps est absolument divisible, c'est le sens adopté par Philopon, qui trouve d'ailleurs que l'expression n'est pas assez claire. Toute cette discussion est très confuse et il est bien difficile d'y discerner la véritable pensée de l'auteur. - Il y a partout un point quelconque, c'est-à-dire que la division peut toujours se faire en quelque point que ce soit. - Il n'y en a pas plus d'un seul, en réalité, il y en a tout autant qu'on veut; mais tous se ressemblent, et l'on n'en peut jamais prendre qu'un seul à la fois. - Par conséquent non plus, le texte n'est pas aussi précis ; mais j'ai dû le préciser davantage, afin de le mettre d'accord avec l'alternative du § précédent. - L'instant.... le point, les deux mots dont se sert le texte grec, sont plus rapprochés entre eux que les deux mots dont je suis obligé de me servir dans la traduction. - De parties, j'ai ajouté ces mots. - Bien des difficultés insolubles, dont quelques-unes ont été exposées plus haut. - Soit possible sans aucune limite, ce qui détruirait le système des atomes. Ainsi, Aristote repousse tout ensemble et admet ce système, parce qu'il trouve de part et d'autre des difficultés insurmontables. - Si le point suivait en effet le point, ceci a l'air d'une glose, qui aurait été intercalée dans le texte par quelque commentateur. § 22. La production, toute cette fin de chapitre est une digression; où l'auteur s'éloigne de plus en plus de la pensée qu'il semblait primitivement poursuivre. - Union et désunion d'éléments, parce qu'alors les éléments sont antérieurs au composé qu'ils forment. - En venant de telle autre, l'expression n'est pas très juste; et là non plus, il n'y aurait pas de production proprement dite. § 23. L'altération, la digression continue de plus en plus. - Considérable, j'ai ajouté ce mot. - Dans le sujet, ou dans l'objet. - A l'essence, ou à la définition et à l'idée. - Ces deux choses, j'ai ajouté Deux ; le texte n'a qu'un pluriel. - Vraiment, j'ai ajouté ce mot. § 24. En se désunissant et en s'unissant, voir plus haut la fin du § 22. - Quand les eaux se divisent, l'observation est juste, et elle a dû être faite de très bonne heure, ce phénomène se représentant d'une manière très fréquente. Voir la Météorologie, livre II, ch. 2, § 18 de ma traduction. - Elles deviennent plus vite de l'air, en d'autres termes, elles se vaporisent.
§ 25. Ceci du reste sera plus clair, c'est que l'auteur
lui-même a senti qu'il ne l'avait pas toujours été autant qu'on peut
le désirer. - Une simple combinaison, soit réunion, soit
désunion ; voir plus haut, § 19. |
|
De la production absolue et de la destruction des choses; difficulté de cette question ; de la production et de la destruction relatives. Méthode à suivre dans cette recherche; citation du Traité du mouvement. De la perpétuité des êtres et de leur constante succession ; réciprocité de production et de destruction. Distinctions verbales importantes à faire; citation de Parménide. Différence de la production absolue et relative; différences de la destruction considérée sous ces deux rapports. Opinion vulgaire sur ce sujet; on donne trop en général au témoignage des sens. Explications diverses; manière de comprendre la perpétuité des phénomènes. |
|
|
§ 1. Ceci fixé, il faut rechercher d'abord s'il y a bien réellement quelque chose qui naisse et qui meure d'une manière absolue, ou s'il n'y a rien qui naisse et meure, à proprement parler. Dans ce cas, il faut rechercher si une chose quelconque ne vient pas toujours d'une autre chose d'où elle sort : comme, par exemple, du malade [35] vient le bien portant, et du bien portant vient le malade, ou comme le petit vient du grand, et le grand vient du petit, toutes les autres choses sans exception se produisant de cette même manière. [318a] Que si l'on admet une production absolue, alors il faudra que l'être vienne absolument du non-être, du néant, de telle sorte qu'il serait vrai d'affirmer que le néant appartient à certains êtres. Une production relative peut bien venir d'un non-être relatif; et par exemple, le blanc peut venir du non-blanc, ou le beau vient du non-beau ; mais la production absolue doit venir de l'absolu non-être. § 2. [5] Or, l'Absolu en ceci exprime, ou le primitif dans chaque catégorie de l'être, ou l'universel, c'est-à-dire, ce qui renferme et contient tout. Si c'est le primitif que signifie l'absolu, il y aura production de substance, venant de ce qui n'est pas substance. Mais ce qui n'a pas de substance, et ce qui n'est point telle chose déterminée ne peut évidemment être non plus à aucune autre des catégories, [10] telles que la qualité, la quantité, le lieu, etc. ; car alors ce serait admettre que les qualités des substances en peuvent être séparées. Si c'est le non-être d'une façon générale que signifie l'absolu, c'est alors la négation universelle de toutes choses; et par conséquent, ce qui naît et se produit doit nécessairement naître de rien.
§ 3. Du reste, nous avons parlé ailleurs de ce sujet, et nous en avons traité
déjà plus au long. Mais nous résumerons ici notre pensée, et nous dirons en peu
de mots [15] qu'en un sens il peut y avoir absolue production de quelque chose venant
du néant, du non-être, et qu'en un autre sens, rien ne peut jamais venir que de
ce qui est. § 4. [20] On peut rechercher, en effet, s'il y a uniquement production de la substance et de telle chose déterminée et réelle, ou s'il n'y a pas aussi production de la qualité, de la quantité, du lieu etc. Mêmes questions également pour la destruction. Que si réellement quelque chose vient à se produire et à naître, il est évident qu'il doit y avoir une certaine substance qui est au moins en puissance, si elle n'est pas en réalité, et en entéléchie, d'où sortira la production de la chose, et dans la quelle la chose devra se changer de toute nécessité, quand elle est détruite.
§ 5. [25] Se peut-il qu'une des autres catégories qui sont en toute réalité, en
entéléchie, appartienne à cet être en puissance ? En d'autres termes, peut-on
appliquer les idées de quantité, de qualité, de lieu, à ce qui n'est telle chose
qu'en puissance, et est en puissance uniquement, sans être telle chose d'une
manière absolue, ni même sans être absolument du tout ? Car si cet être n'est
aucune chose en réalité, mais qu'il soit toutes choses en puissance, le non-être
ainsi compris peut avoir une existence séparée ; et alors on en arrive à cette
conséquence, qu'ont encore redoutée par dessus [30] tout les premiers philosophes, de
faire naître les choses du pur néant. § 6. Tels sont les problèmes qu'il faut discuter ici, dans la mesure qui convient, de même qu'il nous faut rechercher quelle est la cause qui rend la production des êtres éternelle, soit la production absolue, soit la production partielle. [318b] Or, comme il n'y a, selon nous, qu'une seule et unique cause d'où part le principe du mouvement, et comme il n'y a également qu'une seule et unique matière, il faut expliquer ce que c'est que cette cause. § 7. Mais déjà nous en avons parlé dans notre Traité du mouvement, quand nous y avons établi qu'il y a, d'une part, quelque chose d'immobile durant toute l'éternité, et d'autre part, quelque chose qui est mis au contraire dans un éternel mouvement. [5] L'étude du principe immobile des choses relève d'une philosophie différente et plus haute ; mais quant au moteur qui meut tout le reste, parce qu'il est mis lui-même dans un mouvement continu, nous en parlerons plus tard, en expliquant quelle est la cause de chacun des phénomènes particuliers. Ici nous nous bornerons à traiter de cette cause qui se présente sous forme de matière, et qui fait que la production des choses et leur destruction ne font jamais défaut dans la nature. [10] Mais cette discussion éclaircira peut-être, du même coup, le doute que nous venons d'élever tout à l'heure, et l'on verra comment il faut entendre aussi la destruction absolue et l'absolue production des choses. § 8. D'ailleurs, c'est déjà une question bien assez embarrassante que de savoir quelle peut-être la cause qui entretient et enchaîne la génération des choses, si l'on suppose que ce qui est détruit s'en retourne dans le néant, et que le non-être n'est rien ; [15] ce qui n'est pas, n'étant ni substance, ni qualité, ni quantité, ni lieu, etc. Car alors, puisque à tout instant quelqu'un des êtres disparaît et s'éteint, comment se fait-il que le monde entier n'ait pas été déjà depuis si longtemps épuisé mille fois, si la source d'où vient chacun de ces êtres est limitée et finie? Certes si cette perpétuelle succession ne cesse jamais, ce n'est pas que la source d'où proviennent les êtres soit infinie ; [20] car cela est tout à fait impossible, puisqu'en réalité rien n'est infini, et que c'est même seulement en puissance que quelque chose peut être infini dans la division. Or nous avons démontré que la division était seule à être incessante et à ne jamais manquer, parce qu'on peut toujours prendre une quantité de plus en plus faible. Mais ici nous ne voyons rien de pareil. La perpétuité de la succession ne devient-elle pas nécessaire par cela seul que la destruction d'une chose est la production d'une autre, et que, réciproquement, [25] la production de celle-ci est la mort et la destruction de celle-là ? § 9. Par là, on aura une cause qui pourra suffire à tout expliquer pour la production et la destruction des choses : ici, dans leur généralité, et là, dans chacun des êtres particuliers. Mais il n'en faut pas moins rechercher pourquoi, en parlant de certaines choses, on dit d'une manière absolue qu'elles se produisent et qu'elles se détruisent, tandis qu'en parlant de telles autres choses, on ne le dit pas absolument, s'il est bien vrai que la production [30] de tel être soit la même chose que la destruction de tel autre, et si à l'inverse la destruction de celui-ci est bien la production de celui-là. § 10. Cette différence d'expression demande aussi à être expliquée, puisque nous disons d'un être qu'il est, dans tel cas, absolument détruit, et non pas qu'il l'est seulement sous tel rapport; et puisque nous prenons la production dans un sens absolu, aussi bien que la destruction. Ainsi telle chose devient telle autre chose ; mais elle ne devient pas absolument. Voilà, par exemple, comment nous disons de quelqu'un qui apprend, qu'il devient savant, [35] mais nous ne disons pas pour cela qu'il devient et se produit absolument. En se rappelant ce que nous avons dit bien souvent, [319a] à savoir que tels noms expriment une substance réelle et que tels autres ne l'expriment pas, on peut voir d'où vient la question ici posée ; car il importe beaucoup de déterminer ce en quoi se change l'objet qui change. Par exemple, la transition d'un objet qui devient du feu peut être une production absolue ; mais c'est aussi la destruction de quelque chose, par exemple, de la terre. De même, la production de la terre [5] est bien sans doute aussi une production ; mais ce n'est pas une production absolue, bien que ce soit une destruction absolue, et par exemple, la destruction du feu. § 11. C'est en ce sens que Parménide ne reconnaît que deux choses au monde : l'être et le non-être, qui sont pour lui le feu et la terre. Peu importe, du reste, de faire l'hypothèse de ces éléments, ou d'autres éléments pareils ; car nous ne recherchons que la manière dont les phénomènes se passent, et non leur sujet. Ainsi, la modification qui mène les choses à l'absolu [10] non-être, c'est une destruction absolue ; et au contraire, ce qui les mène absolument à l'être, c'est une absolue production. Mais quelles que soient les substances où l'on considère la production et la destruction, soit le feu, soit la-terre, soit tout autre élément analogue, la production et la destruction n'en sont pas moins toujours, l'une de l'être, et l'autre du non-être. § 12. Telle est donc une première différence d'expression, qu'on peut établir entre la production et la destruction absolues, et entre la production et la destruction qui ne sont pas absolues. Une autre différence qui peut les distinguer, c'est la matière où elles ont lieu, quelle que soit cette matière. Celle dont les différences expriment [15] davantage telle ou telle réalité, est aussi davantage de la substance ; et celle dont les différences expriment davantage la privation est davantage du non-être. Ainsi, la chaleur est une certaine catégorie et une espèce réelle ; au contraire, le froid n'est qu'une privation ; et c'est par ces mêmes différences que la terre et le feu se distinguent. § 13. Pour le vulgaire, ce qui constitue surtout la différence de la production et de la destruction, c'est que l'une est perceptible aux sens, et que l'autre ne l'est pas. [20] Quand il y a changement en une matière sensible, le vulgaire dit que l'objet naît et se produit, et qu'il meurt et se détruit quand il change en une matière invisible. C'est que les hommes définissent en général l'être et le non-être, selon qu'ils sentent la chose ou ne la sentent pas ; de même qu'ils prennent pour l'être ce qu'on connaît, et pour le non-être, ce qu'on ignore. Mais alors c'est la sensibilité qui remplit la fonction de la science. De même donc que les hommes ne conçoivent [25] leur propre vie et leur être que par ce qu'il sentent ou peuvent sentir, de même aussi conçoivent-ils l'existence des choses, cherchant bien à connaître la vérité, mais ne la trouvant pas dans ce qu'ils disent. § 14. C'est que la production et la destruction absolues des choses sont tout autres, selon qu'on les considère d'après l'opinion commune, ou dans leur réalité véritable. C'est ainsi que l'air et le vent existent moins, comme corps, si l'on s'en rapporte au simple témoignage des sens ; et voilà pourquoi [30] l'on croit que les choses qui sont détruites absolument, se détruisent en se changeant en ces éléments, tandis que l'on croit que les choses naissent et se produisent, quand elles se changent en quelque élément qu'on puisse toucher; et par exemple, en terre. Mais dans la vérité, ces deux éléments sont substance et espèce, bien plus que la terre elle-même. § 15. On a donc expliqué ce qui fait qu'il y a la production absolue, en tant que destruction de quelque chose, et la destruction absolue, en tant que production [35] de quelque chose aussi. Cela tient en effet à ce que la matière est différente, soit parce que l'une est substance, [319b] tandis que l'autre ne l'est pas, soit parce que l'une est davantage, et que l'autre est moins, ou bien enfin que la matière d'où vient la chose, et celle où elle va, est plus ou moins sensible. On dit des choses, tantôt qu'elles naissent et deviennent absolument, et tantôt on dit limitativement qu'elles deviennent telle ou telle chose, sans qu'elles viennent l'une de l'autre réciproquement, à la manière dont nous l'entendons ici. [5] Nous nous bornons en effet maintenant à expliquer pourquoi, toute production étant la destruction de quelque autre chose, et toute destruction étant la production d'une autre chose aussi, nous n'attribuons pas dans le même sens la production et la destruction aux choses qui changent les unes dans les autres. § 16. Ceci du reste ne résout pas la question que nous nous posions en dernier lieu. Mais cela nous explique pourquoi de quelqu'un qui apprend, on dit qu'il devient savant, [10] et non pas qu'il devient absolument; tandis que d'une chose qui pousse naturellement, on dit d'une manière absolue qu'elle naît et devient. Ce sont là les déterminations, les différentes catégories, dont les unes expriment l'être réel et particulier, les autres la qualité, les autres la quantité. Par suite, de toutes les choses qui n'expriment pas une substance, on ne dit point d'une manière absolue qu'elles deviennent, mais qu'elles deviennent telle ou telle chose. Cependant, pour tous les cas également, la production ne s'applique expressément qu'aux objets placés dans une des deux séries. Par exemple; dans la catégorie de la substance, on dit que la chose devient, [15] si c'est du feu qui se produit ; on ne le dit pas, si c'est de la terre ; dans la catégorie de la qualité, on dit que la chose devient, si l'être devient savant, et non pas s'il devient ignorant. § 17. Ainsi donc, voilà comment nous expliquons pourquoi certaines choses se produisent d'une manière absolue, et comment d'autres ne se produisent, ni d'une manière absolue, ni du tout, jusque dans les substances elles-mêmes. Nous avons dit aussi pourquoi le sujet, en tant que matière, est la cause de la production continue et éternelle des choses, [20] attendu qu'il peut indifféremment se changer dans les contraires, et que, pour les substances, la production d'un phénomène est toujours la destruction d'un autre; et réciproquement, que la destruction de celui-ci est la production de celui-là. § 18. Du reste, il n'y a pas non plus à se demander pourquoi c'est cette destruction éternelle des êtres qui fait que quelque chose peut se produire ; car de même qu'on dit qu'une chose est détruite absolument, quand elle passe à l'insensible et au non-être, de même on peut dire qu'elle se produit et vient du non-être, quand elle vient de l'insensible. [25] Par conséquent, soit qu'il y ait, soit qu'il n'y ait pas préalablement un sujet, la chose vient toujours du néant; de telle sorte que, tout à la fois, la chose, en se produisant vient du non-être, et qu'en se détruisant, elle retourne au non-être encore. C'est bien là ce qui fait qu'il n'y a ni cessation ni lacune ; car la production est la destruction du non-être, et la destruction est la production du néant. § 19. Mais on pourrait se demander si ce non-être absolu [30] est le second des deux contraires ; et par exemple, la terre et tout ce qui est lourd étant le non-être, si c'est le feu et tout ce qui est léger qui est, ou qui n'est pas l'être. Mais on peut dire encore que la terre est l'être, et que le non-être est la matière de la terre, comme il l'est également du feu. Mais la matière de l'un et de l'autre de ces éléments est-elle donc différente? Et est-il impossible qu'ils viennent l'un de l'autre, non plus que des contraires? [320a] Car le feu, la terre, l'eau et l'air ont des contraires ; ou bien, leur matière est-elle la même en un sens, et n'est-elle différente qu'en un autre sens ? Car ce qui est le sujet de part et d'autre est identique, et c'est le mode seul d'existence qui ne l'est pas. [5] Mais arrêtons-nous à ce que nous venons de dire sur ce sujet. |
Ch. III, § I. D'une manière absolue, c'est-à-dire, sans qu'il y ait rien qui le précède et d'où il puisse sortir. - A proprement parler, c'est-à-dire, dans le sens absolu du mot. - Dans ce cas, c'est-à-dire, en supposant qu'il n'y a pas de production absolue, et que ce soit toujours d'un être antérieur que sorte l'être qui se produit. J'ai dû couper la phrase, qui est un peu trop longue dans le texte. - Du malade vient le bien portant, c'est-à-dire que l'être qui est malade redevient bien portant ; ou réciproquement, l'être qui est bien portant redevient malade. L'être alors ne se produit pas, à proprement dire ; il change seulement d'état et passe par diverses qualités ; mais préalablement il est, avant de changer. - Une production absolue, c'est-à-dire que la chose qui n'était pas antérieurement vient à être, sortant du néant, où elle était auparavant. - Du non-être, du néant, il n'y a qu'un seul mot dans le texte. C'est en ce sens qu'on dit d'une chose qu'elle est plongée dans le néant, et que « le néant appartient à certains êtres, » comme le dit le texte. L'expression semble contradictoire, et cependant elle est juste. - Le blanc peut venir du non-blanc, c'est-à-dire qu'une chose qui n'est pas blanche peut devenir blanche. Ce n'est pas là une production, à proprement parler ; c'est un simple changement, une simple altération. - La production absolue doit venir de l'absolu non-être, c'est-à-dire qu'une chose est, après n'avoir pas été, sortant du néant où elle était. § 2. Or, l'Absolu en ceci exprime, ou le primitif, l'absolu ne semble pas pouvoir être employé en ce sens restreint ; mais c'est ici une simple distinction verbale, qui est tout arbitraire. - Dans chaque catégorie de l'être, c'est-à-dire dans toutes les catégories autres que celle de la substance, le primitif est le terme le plus élevé. Ainsi dans la catégorie de la qualité, ce n'est aucune des qualités particulières ; mais c'est la qualité même. - Ou l'universel, c'est-à-dire la substance, et c'est en ce sens que d'ordinaire on entend l'absolu. - Renferme et contient tout, il n'y a qu'un seul mot dans le texte. Cela revient à dire qu'il faut d'abord que la chose existe, pour qu'ensuite elle puisse être douée de quelque qualité que ce soit. - Si c'est le primitif que signifie l'absolu, j'ai ajouté les trois derniers mots, pour rendre la pensée plus précise et plus claire. - Il y aura production de substance, l'expression ne paraît pas très convenable ; ce n'est pas de la substance précisément, mais plutôt une simple existence modifiée selon chaque catégorie. Une chose devient blanche, qui n'était pas blanche auparavant. - Et cætera, j'ai ajouté ce mot, pour indiquer que toutes les catégories ne sont pas énoncées ici. - Les qualités, le texte dit précisément : « les affections. » - Que signifie l'absolu, j'ai cru devoir répéter ces mots, pour compléter le texte. - La négation universelle de toutes choses, ou peut-être mieux : « la négation universelle de toutes les catégories, » y compris celle de la substance. - Ce qui mot et se produit, il n'y a qu'un seul mot dans le texte. § 3. Ailleurs, comme le remarque Philopon, c'est dans le 1er livre de la Physique; ch. 8, §§ 1 et suivants, page 473 de ma traduction. - Venant du néant, du non-être, il n'y a qu'un seul mot dans le texte. - Rien ne peut jamais venir, le texte n'est pas aussi développé. - Ce qui est en simple puissance, le possible n'est pas précisément; mais il suffit qu'il puisse être, pour qu'il ait déjà une sorte d'existence. - Des deux feront que nous venons d'indiquer, j'ai ajouté ces derniers mots. En d'autres termes, le possible est et n'est pu tout à la fois. § 4. S'il y a uniquement, j'ai ajouté ce dernier mot. - Production de la substance, on pourrait traduire encore : « Si la production appartient à la substance.» - Pour la destruction, qui est le contraire de la production. N'y a-t-il production et destruction que dans la catégorie de la substance? Et n'y en a-t-il pas aussi dans les autres catégories! - Réellement, j'ai ajouté ce mot. - Une certaine substance, le mot même de Substance est dans le texte; mais il semble que la substance doit toujours être réelle et non simplement possible. - En réalité et en entéléchie, il n'y a qu'un seul mot dans le texte. § 5. Qu'une des autres catégories, c'est-à-dire une des catégories autres que celle de la substance. - A cet être en puissance, le texte n'est pas aussi explicite. - De lieu, ou de toute autre catégorie. - Avoir une existence séparée, ce qui est contradictoire. - Qu'ont encore redoutée par dessus tout les philosophes, qui n'ont jamais pu admettre sous aucune forme l'idée du néant, la création e nihilo. - Du pur néant, le texte dit précisément : « du néant préexistant. » - Un être véritable, on pourrait ajouter : « et distinct. » Si le possible n'est pas une substance, dira-t-on qu'il soit une autre des catégories? - Indiquées, un peu plus haut. - Nous l'avons déjà dit, voir plus haut, § 2. § 6. Dans la mesure qui convient, au sujet spécial qui est traité dans le présent ouvrage. - La cause qui rend la production des êtres éternelle, ce ne serait pas moins que l'intervention de Dieu, considéré comme créateur et conservateur des choses, ainsi qu'il est indiqué un peu plus bas. - Soit la production absolue, c'est-à-dire, celle qui fait sortir les choses du néant. - Soit la production partielle, c'est-à-dire, celle des qualités successives des choses. - Une seule et unique cause, c'est le moteur immobile. - Une seule et unique matière, sur laquelle agit le premier moteur. - Ce que c'est que cette cause, ici l'expression du texte laisse à désirer un peu plus de netteté ; car il s'agit de deux causes et non pas d'une seule, la cause efficiente et la cause matérielle. § 7. Dans notre Traité du mouvement, ce titre indique la Physique. - Quand nous y avons établi, voir la Physique, livre VIII, ch. 3, § 2, de ma traduction ; voir aussi le début de la Physique, et la Dissertation spéciale sur les titres divers de ce traité. - D'une philosophie différente et plus haute, c'est-à-dire, de la Métaphysique; voir le livre XII de la traduction de M. V. Cousin. -Nous en parlerons plus tard, voir le second livre du présent traité, ch. 10. - Des phénomènes, ou des êtres. - La cause qui se présente sous forme de matière, c'est-à-dire, la cause matérielle. - Ne font jamais défaut, c'est la perpétuelle succession des êtres ; mais dans le système d'Aristote, le monde n'ayant pas commencé et ne devant pas avoir de fin, la succession des êtres doit continuer telle que nous la voyons. Cette question a été traitée aussi dans le Vlll. livre de la Physique, ch. 7, § 4, et en outre, livre III, ch. 5, § 4. - La destruction absolue, et l'absolue production, c'est-à-dire la possibilité qu'une chose vienne du néant et rentre dans le néant. § 8. Qui entretient et enchaîne, il n'y a qu'un seul mot dans le texte. - S'en retourne dans le néant, ou simplement : « s'en va dans le néant. » - Ni substance, ni qualité, c'est-à-dire, dans aucune des catégories. - Ni lieu, il n'y a ici que quatre catégories d'énumérées, au lieu de dix; voilà pourquoi j'ai ajouté un et cætera. - Le monde entier, le texte dit précisément : Le tout. - Est limitée et finie, il n'y a qu'un seul mot dans le texte. - Cette perpétuelle succession, le texte n'est pas tout à fait si explicite. - Nous avons démontré, voir la Physique, Théorie de l'infini, livre Ill, ch. 5, § 4, et ch. 11, § 5. - De plus en plus faible, c'est en effet la théorie d'Aristote dans la Physique; mais il semble qu'on peut trouver que l'accroissement des choses est infini, tout aussi bien que leur division, puisqu'il s'agit toujours, de part et d'autre, de quantités purement imaginaires. - Par cela seul que la destruction dune chose, la même supposition est faite dans la Physique, livre III, ch. 12, § 2 de ma traduction. § 9. Ici dans leur généralité, le texte n'est pas aussi formel. - D'une manière absolue, sans limitation ni modification d'aucune espèce. § 10. Cette différence d'expression, le texte dit simplement : « Cela. » - Qu'il est absolument détruit, c'est-à-dire qu'il passe de l'être au non-être d'une manière complète, et cesse absolument d'exister, après avoir existé quelque temps. - Seulement sous tel rapport, c'est-à-dire, par exemple, qu'une chose devient blanche, de noire qu'elle était; elle ne cesse pas d'être absolument pour cela ; seulement elle cesse d'être blanche; elle est détruite en tant que blanche, sans être réellement détruite. - De quelqu'un qui apprend, et qui par conséquent n'est pas encore savant; il devient donc savant. Mais on ne peut pas dire d'une manière absolue qu'il devient, comme s'il naissait par exemple. - Qu'il devient et se produit, il n'y a qu'un seul mot dans le texte. - Nous avons dit bien souvent, on peut voir les Catégories, ch. 4, § 1. - Tels noms, l'expression du texte est indéterminée. - Une substance réelle, le texte dit précisément : « telle chose. » - La destruction de quelque chose, par exemple, de la terre, c'est-à-dire que la terre doit être détruite pour devenir du feu, en admettant que cette transformation soit possible, comme le suppose Parménide. - La destruction du feu, même remarque. § 11. L'être et le non-être, dans la Physique, livre I, ch. 6, § 4, c'est le froid et le chaud, et non l'être et le non-être qui sont indiqués comme les deux éléments primitifs de Parménide. D'ailleurs, le froid et le chaud y sont identifiés aussi avec la terre et le feu. - Peu importe du reste, Aristote sent ici que la transformation de la terre en feu, ou du feu en terre, est une hypothèse bien singulière. - Et non leur sujet, c'est-à-dire le sujet dans lequel se passent les phénomènes, et qui peut être indifféremment, de la terre, du feu, on tout autre corps quelconque. La substance peut varier ; mais le phénomène est toujours le même. Aristote d'ailleurs s'en explique positivement un peu plus bas. - La nidification qui amène, le texte n'est pas aussi formel. - Soit le feu soit la terre, comme le veut Parménide. - L'une de l'être, n'est la production ou génération. - L'autre du non-être, la destruction ou corruption. § 12. Une première différence d'expression, le texte n'est pas tout à fait aussi précis. - Où elles ont lieu, j'ai ajouté ces mots, pour éclaircir la pensée. - Telle ou telle réalité, le texte dit simplement : « telle chose. » - Aussi la chaleur est une certaine catégorie, l'exemple n'est peut-être pas très bien choisi ; et si le froid est la privation de la chaleur, on peut dire aussi que la chaleur est la privation du froid. Le froid et la chaleur sont également des qualités, dont l'une est le contraire de l'autre. - La terre et le feu se distinguent, voir le § précédent. D'après le commentaire de Philopon, le feu est plus substance que la terre ; il est l'affirmation ou la possession, tandis que la terre est la négation. Voir la fin du § suivant. § 13. La différence de la production et de la destruction, ma traduction est un peu plus précise que le texte. - Quand il y a changement, même observation. - Naît et se produit.... meurt et se détruit, il n'y a de part et d'autre qu'un seul mot dans le texte. — Conçoivent-ils l'existence des choses, c'est-à-dire selon que les choses sont senties, et selon qu'elles ne le sont pas, ou ne peuvent pas l'être. § 14. D'après l'opinion commune, on pourrait traduire ainsi : « selon la simple apparence. » - Existent moins comme corps, le texte dit précisément : « sont moins. » - Au simple témoignage des sens, attendu que l'air et le vent se sentent moins que les éléments plus grossiers de la terre et de l'eau. - En ces éléments, de l'air et du vent. - Par exemple, j'ai ajouté ces mots, qui complètent la pensée. -- Et espèce, ou forme. Le mot du texte n'est pas plus précis que celui que j'ai dû employer. - Bien plus que la terre elle-même, il aurait peut-être fallu donner la raison de cette théorie, qui, à première vue, semble paradoxale. Philopon prétend que l'air est en réalité plus substance que la terre, parce qu'il l'entoure et qu'il a en outre le caractère de la chaleur, qui le spécifie davantage. § 15. On a donc expliqué, l'explication n'a pas été aussi claire qu'on peut le désirer ; et le résumé qui est donné ici peut paraître un peu prématuré. - Qu'il y a, il semble qu'il vaudrait mieux dire : « que l'on croit qu'il y a. » Mais je n'ai pas osé risquer ce changement. - La matière, l'expression du texte est tout aussi indéterminée que celle dont je me sers dans la traduction. On peut demander : La matière de quoi ? - L'une, des deux choses, sous-entendu. - Est substance, c'est-à-dire, un objet individuel et spécial. - Est davantage, en d'autres termes: « l'une a une existence plus prononcée, et l'autre une existence moins sensible. » - Naissent et deviennent, il n'y a qu'un seul mot dans le grec. - Limitativement, ou seulement. - Dont nous l'entendons ici, en disant que la génération absolue est la destruction d'une autre chose, et que la destruction absolue est aussi une génération. - Nous n'attribuons pas dans le même sens, toutes ces restrictions sont subtiles et obscures. - Aux choses qui se changent les unes dans les autres, ce sont les différents états par lesquels passe un même corps, comme la suite semble l'indiquer. Ce n'est pas à proprement parler la destruction, ou la production, d'une qualité; c'est une simple succession. § 16. Que nous nous posions en dernier lieu, sur les rapports véritables de la production et de la destruction absolues. - Qu'il devient savant, son ignorance se changeant en savoir, de même que son savoir peut se changer en ignorance, s'il oublie ce qu'il a appris. - Qui pousse naturellement, le mot du texte me semble avoir toute la force de l'expression dont je me sers en traduisant. - Qu'elle naît et devient, il n'y a qu'un seul mot dans le texte. Les unes... l'être réel et particulier, c'est la catégorie de la substance. Le texte est un peu moins précis. - Les autres la quantité, il n'y a ici que trois catégories d'énumérées, bien qu'il y en ait dix; voir le traité des Catégories, ch. 4, page 58 de ma traduction. - Qu'elles deviennent telle ou telle chose, c'est-à-dire, qu'elles changent de qualité on de manière d'être, la substance étant nécessairement supposée permanente, sous toutes les catégories. - Dans une des deux séries, l'une affirmative, l'autre négative. La suite d'ailleurs éclaircit cette pensée, bien que les termes pris pour exemple ne soient peut-être pas très bien choisis. - Si c'est du feu, le feu étant pris pour le terme positif, tandis que la terre est prise pour le terme négatif. - Si c'est de la terre, voir plus haut, § 14. - Si l'être devient savant, c'est le terme positif, tandis qu'Ignorant est le terme négatif; mais dans l'un et l'autre cas, on dit aussi bien qu'on devient savant ou qu'on devient ignorant. Tout ceci est évidemment très subtil. § 17. Jusque dans les substances elles-mêmes, c'est-à-dire, quand une des choses, tout en existant, a cependant moins d'existence qu'une autre, en ce qu'elle lui est subordonnée; voir plus haut, § 15. - Le sujet en tant que matière, le sujet subsiste ; car il est matériellement le lieu des contraires, qui se passent en lui et qui s'y succèdent. Le sujet persiste tout en changeant. - Continue et éternelle, il n'y a qu'un seul mot dans le texte. - La production d'un phénomène, en d'autres termes, le changement des qualités. La production du noir est la destruction du blanc; la production du blanc est la destruction du noir; et le sujet, qui devient tour à tour noir et blanc, n'en subsiste pu moins. § 18. C'est cette destruction éternelle des êtres, le texte n'est pas tout à fait aussi formel dans tout ce passage. - Quand elle passe à l'insensible, voir plus haut, § 13. - La chose vient toujours du néant, j'ai pris une expression aussi générale et aussi vague que celle du texte. En d'autres termes, soit qu'il y ait simple changement de qualité, le phénomène vient toujours de ce qui n'était pas. - Ni cessation ni lacune, il n'y a qu'un seul mot dans le texte. C'est d'ailleurs par une subtilité, ou plutôt un abus de langage, qu'on peut parler de la production ou de la destruction du néant.
§ 19. Est le second des deux contraires, celui qui n'est pas
réellement, mais qui pourrait être, en remplaçant le contraire qui
est. - La terre et tout ce qui est lourd étant le notre,
contre l'opinion vulgaire, qui accorderait plus d'être à la terre
qu'à l'air et au feu, parce qu'elle est plus perceptible aux sens;
voir plus haut, § 13. - Que la terre est l'être, il semble en
effet difficile de le nier. - Le non-être est la matière de la
terre, il ne semble pu que le non-être puisse être la matière de
quoi que ce soit, si ce n'est dans le sens purement abstrait, où on
vient de le dire un peu plus haut. - Est-il impossible qu'ils
viennent l'un de l'autre, c'est ce qu'il semble, à ne s'en
rapporter qu'au témoignage des sens. - Ont des contraires, il
serait peut-être plus exact de dire qu'ils sont contraires les uns
aux autres. - Ce qui est le sujet, c'est-à-dire la matière
prise au sens abstrait, mais non pas au sens réel et positif. -
Le mode seul d'existence, distinction familière à Aristote, et
qui souvent est très exacte. - Arrêtons-nous, il ne paraît
pas cependant que le sujet soit épuisé, ni surtout qu'il soit
suffisamment élucidé par les développements qui précèdent. |
|
Différences de la production et de l'altération ; distinction du sujet et de l'attribut du sujet ; définition de l'altération, exemples divers; définition de la production absolue, et, exemples divers. Fin de la comparaison entre la production et l'altération. |
|
|
§ 1. Il faut maintenant expliquer en quoi diffèrent la production et l'altération ; car nous pensons que ces changements des choses sont tout à fait distincts l'un de l'autre, attendu que le sujet qui est un être réel, et la modification, qui, naturellement, est attribuée au sujet, sont quelque chose de tout différent, et qu'il peut y avoir changement [10] de l'un et de l'autre. § 2. Il y a altération quand le sujet demeurant le même et étant toujours sensible, il subit un changement dans ses propriétés spéciales, qui peuvent être d'ailleurs ou contraires ou intermédiaires. Ainsi par exemple, le corps est bien portant ; et ensuite il est malade, tout en restant le même. C'est encore ainsi que l'airain est tantôt arrondi, et tantôt anguleux, tout en restant le même substantiellement. § 3. Mais lorsque l'être vient à changer tout entier, [15] sans qu'il reste rien de sensible, en tant que seul et même sujet, et que, par exemple, le sang se forme en venant de toute la semence, que l'air vient de toute l'eau, ou réciproquement, l'eau de tout l'air; alors il y a, dans ce cas, production de l'un, et destruction de l'autre. C'est surtout vrai, lorsque le changement passe de l'insensible au sensible, soit pour le sens du toucher, soit pour tous les autres sens ; par exemple, lorsqu'il y a production d'eau, ou lorsqu'il y a dissolution [20] de l'eau en air ; car l'air est comparativement à peu près insensible. § 4. Mais si dans ces choses, il subsiste quelque qualité identique pour les deux termes de l'opposition, dans l'être qui naît, et dans celui qui est détruit ; et si par exemple, lorsque l'eau se forme en venant de l'air, ces deux éléments sont également diaphanes et froids, alors il ne faut plus que l'une de ces deux propriétés seulement appartienne au corps dans lequel se fait le changement. Quand il n'en est pas ainsi, ce n'est qu'une simple altération ; [25] par exemple, dans le cas où l'homme musicien est venu à disparaître, et l'homme non-musicien s'est produit et a paru. Mais l'homme n'en demeure pas moins toujours le même. Si donc ce n'était pas essentiellement une propriété ou affection de cet être que l'habileté; ou l'ignorance, en fait d'art musical, alors il y aurait production de l'un des phénomènes et destruction de l'autre. Aussi voilà pourquoi ce ne sont là que des modifications de l'homme, tandis que c'est production et destruction de l'homme qui est musicien, et de l'homme qui ne sait pas la musique. [30] Il n'y a là qu'une affection du sujet qui subsiste, et c'est là précisément ce qu'on appelle une altération. § 5. Lors donc que le changement d'un terme contraire à l'autre se fait en quantité, c'est augmentation et diminution ; quand c'est dans le lieu, c'est translation ; quand c'est en propriété spéciale et en qualité, c'est altération proprement dite. Mais lorsque rien [320b] ne demeure absolument du sujet, dont l'un des contraires est une affection ou un accident, c'est qu'il y a production, d'une part, et destruction, d'autre part. § 6. Or c'est la matière qui est, éminemment et par excellence, le sujet susceptible de la production et de la destruction ; et en un certain sens, elle est aussi ce qui subit les autres espèces de changements, parce que tous les sujets, quels qu'ils soient, sont susceptibles de certaines oppositions par contraires. [5] Du reste, nous nous arrêtons ici, dans ce que nous avions à dire sur la production et la destruction, et aussi sur l'altération, pour expliquer si elles sont ou ne sont pas, et comment elles sont. |
|