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table des matières de l'œuvre d'Aristote

 

table des matières de l'histoire des animaux

 

 

 

ARISTOTE

 

 

HISTOIRE DES ANIMAUX D'ARISTOTE

 

LIVRE PREMIER

 

relu et corrigé

préface

 

texte grec

 

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HISTOIRE DES ANIMAUX D'ARISTOTE

LIVRE PREMIER

CHAPITRE PREMIER Variétés infinies des animaux : dans les parties dont ils sont composés et qui se décomposent elles-mêmes en parties similaires et non similaires ; dans l'analogie des parties pour des genres différents; dans la dimension des parties; dans la nature de leurs parties, sèches, liquides, ou solides; dans leur genre de vie, selon qu'ils vivent sur terre ou dans l'eau; dans leur immobilité ou leur locomotion ; dans leur habitude de vivre en troupes ou solitaires; dans les sons qu'ils produisent, inarticulés ou articulés; dans leurs chants ou leur mutisme ; dans leur caractère ; privilège et supériorité de l'homme, doué de la réflexion et de la réminiscence.

§ 1. [486b] [5] Entre les parties dont les animaux sont formés, il y en a qui ne sont pas complexes; ce sont celles qui peuvent se diviser en parties similaires, comme les chairs, qui se divisent toujours en chairs ; il y en a d'autres, au contraire, qui sont complexes, comme toutes celles qui se divisent en parties non similaires; et telles sont, par exemple, la main, qui ne se divise pas en plusieurs mains; ou le visage, qui ne se divise pas non plus en plusieurs visages.

§ 2. De ces parties non composées, il en est qu'on n'appelle pas seulement des parties, mais qu'on appelle plus proprement des membres ; ce sont en général [10] les parties qui, formant un tout complet, renferment encore en elles d'autres parties distinctes. C'est ce qu'on peut voir pour la tête, pour la jambe, pour la main, pour le bras pris dans son ensemble, pour la poitrine, puisque chacune de ces parties composent un tout, et qu'en outre, elles contiennent en elles d'autres parties encore.

§ 3. Toutes les parties non similaires se composent à leur tour de parties similaires : la main, par exemple, est composée de chair, de nerfs et d'os.

§ 4. II y a [15] des animaux chez qui toutes les parties sont mutuellement semblables ; il en est aussi chez lesquels elles sont fort différentes. Les parties sont spécifiquement les mêmes, comme le nez et l'œil d'un homme sont de même espèce que le nez et l'œil d'un autre homme; comme sa chair est semblable à la chair; et ses os, aux os. On en peut dire autant des chevaux, ou de tels autres animaux que nous trouvons [20] d'espèce identique les uns aux autres; car la ressemblance qui se manifeste de l'animal entier à un autre animal entier, se reproduit également entre chacune de leurs parties, les unes relativement aux autres.

§ 5.  Toutefois ces parties, tout en étant pareilles dans tous les animaux d'un même genre, diffèrent néanmoins selon qu'elles sont plus grandes ou moins grandes. Quand je dis genre, j'entends par exemple, l'oiseau et le poisson. Ces deux êtres ont entre eux une différence de genre ; et chacun d'eux, dans leur genre particulier, ont encore d'autres différences, puisqu'il y a plusieurs espèces [25] de poissons et d'oiseaux.

§ 6. Dans ces genres mêmes, ce qui fait ordinairement les différences les plus sensibles entre presque toutes les parties, [5] outre les contrariétés de modifications dans la couleur et dans la forme, c'est que ces modifications affectent davantage certaines parties et qu'elles affectent moins les autres. C'est ainsi que ces différences se marquent par leur nombre plus grand ou plus petit, par les proportions de leur grandeur ou de leur petitesse, et en général par l'excès ou le défaut, c'est-à-dire le plus ou le moins.

§ 7. Il y a des animaux dont la chair est molle, d'autres dont la chair est dure ; [10] ceux-ci ont un long bec (comme les grues); chez ceux-là, le bec est court. Ici, le plumage est abondant; là, il est presque nul. Même dans certains genres, les parties sont différentes selon les espèces : ainsi, les uns ont des ergots, tandis que les autres n'en ont pas; les uns ont des crêtes, qui manquent aux autres. En un mot, ou la plupart des parties qui composent la masse entière [15] de l'animal peuvent être les mêmes ; ou elles peuvent différer par des qualités contraires, et des dimensions plus ou moins fortes. Le plus et le moins dans ces dimensions constitue ce qu'on peut appeler l'excès des unes et le défaut des autres.

§ 8. Dans quelques animaux, ce n'est pas l'identité des parties sous le rapport de l'espèce, ni l'identité selon le plus ou moins de grandeur, qu'il faut remarquer; c'est l'identité par simple analogie. Et, par exemple, l'os est analogue à l'arête, [20] l'ongle à la corne, la main à la pince, la plume à l'écaille, etc. ; car ce qu'est la plume dans l'oiseau, l'écaille l'est dans le poisson. Non seulement les parties dont se composent les animaux diffèrent entre elles, ou se ressemblent, comme on vient de le dire; mais elles se ressemblent encore ou diffèrent par leur position; car beaucoup d'animaux ont bien les mêmes parties, mais ces parties ne sont pas posées de même : par exemple, les mamelles sont placées [25] pour les uns sur la poitrine; pour les autres, elles sont placées entre les cuisses.

§ 9. Les parties similaires sont tantôt molles et liquides; tantôt, sèches et solides. Les parties liquides sont liquides d'une manière absolue, ou du moins tant qu'elles restent dans leur disposition naturelle; et tels sont le sang, la lymphe, la graisse, le suif, la moelle, le sperme, la bile, le lait, dans les animaux qui sécrètent ces matières, la chair et les [5] matières analogues. Dans une autre classe, on peut indiquer aussi les excrétions, telles que le phlegme, et tout ce que rejettent les intestins et la vessie. Les parties sèches et solides, ce sont, par exemple, les nerfs, la peau, les veines, les cheveux, les os, les cartilages, les ongles, les cornes. D'ailleurs, on se sert du même mot qui exprime la partie, quand, par sa forme, le tout doit être appelé aussi de la corne. Les parties molles et liquides, sèches et solides, sont encore tout ce qui correspond aux parties qu'on vient d'énumérer. [10]

§ 10. Les différences des animaux se montrent dans leur genre de vie, dans leurs actions, dans leur caractère, aussi bien que dans leurs parties. Traçons-en d'abord une esquisse générale; et plus tard, nous insisterons plus spécialement sur chaque genre. Les différences qui regardent la manière de vivre, [15] les actes et le caractère, tiennent à ce que les uns vivent dans l'eau ; et les autres, sur la terre.

§ 11. Parmi les animaux aquatiques, il y a deux espèces à distinguer. La première vit dans l'eau et s'y nourrit; elle absorbe le liquide et le rejette ; si elle vient à en manquer, elle ne peut plus vivre. C'est le cas de la plupart des poissons. La seconde espèce se nourrit aussi dans l'eau et y passe sa vie; [20] mais cependant elle ne respire pas l'eau; elle respire l'air et se reproduit hors du liquide.

§ 12. Bon nombre de ces derniers animaux sont pourvus de pieds, comme la loutre, le castor et le crocodile; ou aussi, pourvus d'ailes, comme la mouette et le plongeon. Quelques-uns se nourrissent également dans l'eau et ne peuvent vivre dehors ; [25] et pourtant, ils n'absorbent ni l'air, ni l'eau, comme l'ortie de mer et l'huître. Parmi les animaux aquatiques, les uns vivent dans la mer; les autres, dans les rivières; ceux-ci, dans les lacs; ceux-là, dans les mares, comme la grenouille et le cordyle. Les animaux marins habitent, tantôt la haute mer, tantôt les rivages et les rochers.

§ 13. Quant aux animaux terrestres, il y en a qui reçoivent l'air et le rejettent; c'est ce qu'on appelle aspirer et expirer; on observe ce phénomène dans [30] l'homme, et dans tous les animaux terrestres qui ont des poumons. D'autres au contraire n'absorbent pas l'air; mais ils vivent et trouvent leur nourriture sur le sol, comme la guêpe, l'abeille et les autres insectes. Par Insectes, j'entends tous les animaux qui ont des sections dans leur corps, que ces sections soient sous le ventre seulement, ou qu'elles soient à la fois sous le ventre et aussi sur le dos.

§ 14. Ainsi qu'on vient de le dire, [487b] un grand nombre d'animaux terrestres tirent leur nourriture de l'eau; mais pas un seul animal aquatique, ou absorbant l'eau de mer, ne trouve sur terre ses aliments. Quelques animaux en petit nombre vivent d'abord dans l'eau, et changent ensuite de forme pour vire dehors; telles sont les empis ou mouches de rivière, d'où naissent les taons.

§ 15. Il est des animaux qui restent toujours en place; il en est d'autres qui en changent. Ceux qui restent immobiles sont dans l'eau; mais pas un seul animal terrestre n'est immobile. Dans l'eau, il y en a beaucoup qui continuent à vivre là où ils naissent, comme bien des espèces de coquillages. Même il semble que l'éponge a une sorte de [10] sensibilité; et ce qui le prouverait, c'est qu'elle est plus difficile à détacher, à ce qu'on prétend, quand on ne sait pas dissimuler le mouvement par lequel on la saisit. Il y a même aussi des animaux aquatiques qui sont attachés et qui se détachent, comme certaine espèce de ce qu'on nomme les orties de mer, qui, dans la nuit, se détachent du rocher pour aller chercher leur pâture.

§ 16. Beaucoup qui sont détachés sont néanmoins immobiles, comme les huîtres et [15] ce qu'on appelle les holothuries. Certains animaux aquatiques nagent, comme les poissons, les mollusques, et ceux dont l'écaille est molle, ainsi qu'elle l'est dans les langoustes; certains autres ont la faculté de marcher, comme l'espèce des crabes, qui, tout en étant naturellement aquatiques, n'en marchent pas moins sur terre.

§ 17. Les animaux terrestres peuvent tantôt voler, comme les oiseaux et les abeilles, qui d'ailleurs diffèrent les uns des autres [20] à bien des égards; et tantôt, ils se meuvent sur terre, soit qu'ils marchent, soit qu'ils rampent, soit qu'ils se roulent. Aucun animal n'est simplement volatile, de même que le poisson n'est doué que de la faculté de nager. En effet, les animaux qui ont des ailes membraneuses peuvent aussi marcher; la chauve-souris a des pieds, de même que le phoque a également des pieds, quoique mal conformés. Il y a encore quelques oiseaux qui ont des pieds très mauvais, [25] et que, pour cette raison, on appelle apodes, ou sans pieds. Par contre, ce genre d'oiseaux vole à merveille; et toutes les espèces qui leur ressemblent ont en général des ailes excellentes et des pieds très faibles, comme l'hirondelle et le martinet.

§ 18. Du reste, tous ces oiseaux, ayant les mêmes allures et le même plumage, se rapprochent beaucoup d'aspect entre eux. L'apode se montre en toute saison, tandis que le martinet [30] ne se montre qu'en été, quand il pleut: c'est alors qu'on le voit et qu'on le prend. D'ailleurs, c'est un oiseau qu'on aperçoit rarement. Il y a beaucoup d'animaux qui ont à la fois les deux qualités de pouvoir marcher et de pouvoir nager.

§ 19. Des différences se présentent aussi dans le genre de vie des animaux et dans leurs actes. Ceux-ci vivent en troupe; [488b] ceux-là sont solitaires, soit qu'ils marchent sur terre, soit qu'ils volent ou qu'ils nagent; d'autres ont indifféremment les deux genres de vie. Ceux qui vivent en troupe, tantôt sont organisés en sociétés fixes, tantôt ils sont errants. Les animaux vivant en troupe sont, par exemple, dans les volatiles, le genre des colombes, la grue, le cygne, [5] etc. Ceux qui sont munis d'ongles crochus ne vivent jamais en troupe.

§ 20. Parmi les poissons qui vivent en pleine mer, il y en a un bon nombre qui vivent en troupe, comme les dromades, les thons, les pélamydes, les amies ou bonitons. L'homme vit également des deux façons, ou en troupe, ou solitaire. Les animaux qui forment des sociétés sont ceux qui ont à faire un travail identique et commun; mais tous les animaux vivant en troupes ne forment pas des sociétés dans ce but. Au contraire, l'homme, l'abeille, [10] la guêpe, la fourmi, la grue forment des sociétés de ce genre; et de ces sociétés, les unes ont un chef, tandis que les autres n'en ont pas. Ainsi, la grue et l'espèce des abeilles ont un chef, tandis que les fourmis et tant d'autres n'en ont pas.

§ 21. Les animaux vivant en troupe et les solitaires, tantôt restent dans les mêmes lieux, et tantôt ils en changent. Les uns sont carnivores, [15] les autres frugivores; les uns mangent de tout ; les autres ont une pâture toute spéciale, comme les abeilles et les araignées. Les abeilles font leur nourriture du miel, et de quelques autres matières aussi douces; les araignées vivent des mouches qu'elles chassent.

§ 22. II y a des animaux qui se nourrissent de poissons. Il y en a qui sont chasseurs; [20] d'autres font provision d'aliments; d'autres n'ont pas ce soin. Les uns ont des demeures; d'autres n'en ont pas. Ainsi la taupe, le rat, la fourmi, l'abeille en ont; mais la plupart des insectes et des quadrupèdes s'en passent. Ceux-ci, comme le lézard et le serpent, vivent dans des trous; ceux-là, comme le cheval et le chien sont toujours à la surface de la terre. Les uns [25] se creusent des tanières; les autres ne s'en font pas. Les uns vivent toujours dans les ténèbres, comme la chouette et la chauve-souris; les autres, à la clarté du jour.

§ 23. De plus, tels animaux sont privés; tels autres sont sauvages. Les uns sont toujours privés, comme l'homme et le mulet; d'autres restent toujours sauvages, comme la panthère et le loup; d'autres encore sont susceptibles de s'apprivoiser très vite comme l'éléphant. A un autre point de vue, [30] toutes les espèces qui sont privées peuvent être sauvages aussi, comme les chevaux, les bœufs, les cochons, les moutons, les chèvres et les chiens.

§ 24. II y a des animaux qui émettent des sons; d'autres sont muets. Parmi ceux qui ont une voix, les uns l'articulent; les autres produisent des bruits que les lettres ne peuvent représenter. Ceux-ci sont bavards; ceux-là sont silencieux; ceux-ci ont un chant; ceux-là n'en ont pas; mais une qualité commune à tous, [489a] c'est qu'ils chantent ou jasent bien davantage au temps de l'accouplement. Les uns se plaisent dans les champs, comme le ramier; d'autres, sur les montagnes, comme la huppe; d'autres vivent familièrement avec l'homme, comme le pigeon. Les uns sont lascifs, comme les perdrix et les coqs ; [5] les autres sont plus retenus, comme le corbeau et les espèces analogues, qui ne s'accouplent que de loin à loin. Parmi les animaux marins, les uns vivent en haute mer; les autres, sur les bords; d'autres, dans les rochers. Certains animaux se défendent et attaquent; certains autres se bornent à se garder; les animaux qui attaquent sont ceux qui dressent des pièges et qui se défendent quand ils sont attaqués; ceux qui se gardent [10] sont ceux qui ont en eux-mêmes un instinct qui les avertit du mal qui les menace.

§ 25. Le caractère des animaux n'offre pas moins de différences. Les uns sont doux et ne s'irritent presque jamais ; ils ne résistent pas ; tel est le bœuf. D'autres, au contraire, sont enclins à la fureur, à la résistance ; et l'on ne peut rien leur apprendre; tel est le sanglier. [15] Ceux-ci sont prudents et craintifs, comme le cerf et le lièvre; ceux-là sont vils et traîtres, comme les serpents. D'autres sont nobles, courageux et fiers, comme le lion. D'autres sont franchement féroces et rusés, comme le loup. J'entends par noble, en parlant d'un animal, celui qui sort d'une race bien douée; et j'entends par franc celui qui n'a rien perdu de la nature [20] qui lui est propre.

§ 26. Tel animal est plein d'activité et de malice, comme le renard ; tel autre, comme le chien, est plein de cœur, d'attachement et de fidélité. D'autres sont doux et faciles à apprivoiser, comme l'éléphant; d'autres, comme l'oie, sont timides et de bonne garde. D'autres sont jaloux et vaniteux, comme le paon. Entre tous les animaux, l'homme [25] seul a le privilège de la réflexion. Beaucoup d'animaux autres que lui ont également la faculté de se souvenir et d'apprendre; mais l'homme seul a le don de se ressouvenir à volonté.

§ 27. Nous reviendrons plus tard avec plus de précision encore sur ce qui regarde les diverses espèces d'animaux, et aussi sur le caractère et la façon de vivre de chacune de ces espèces.

Ch. 1. Ce début paraît un peu brusque; et des commentateurs ont proposé de regarder le premier livre du Traité des Parties des Animaux comme le préambule nécessaire de l'Histoire des Animaux. Cette opinion n'est pas acceptable, puisqu'alors le Traité des Parties des Animaux serait à son tour décapité. Patrizzi croyait que l'Histoire des Animaux faisait suite au Traité des Parties. C'est le contraire qui est vrai. Voir l'Aristote de M. Lewes, p.279. Les grands naturalistes, Buffon, Cuvier, ont commencé leurs ouvrages en exposant la méthode qu'ils comptaient suivre. Aristote n'expose pas ici la sienne, bien qu'il n'ait pas tout à fait omis ce soin, même dans l'Histoire des Animaux. Voir plus loin chap. VI, §§ 10 et 11. Mais sa méthode d'histoire naturelle est exposée surtout dans le traité des Parties des Animaux, où elle remplit tout le premier livre. Le lecteur voudra bien se reporter à cet autre ouvrage.

§ 1. Qui ne sont pas complexes... qui sont complexes. Cette division, aussi profonde que simple, est encore usitée dans la science; et, sous des formes un peu différentes, on la retrouve dans presque tous les traités contemporains de quelque importance. Les Parties similaires répondent à l'anatomie générale; et les Parties non similaires, à l'anatomie descriptive. Voir l'Introduction de MM. Aubert et Wimmer, t. 1, p. 36. - Comme les chairs. Peut-être eût-il mieux valu prendre le singulier; mais j'ai suivi le texte fidèlement. - La main, qui ne se divise pas en mains. L'exemple est aussi clair que possible; et il explique parfaitement ce qui précède. Sur le rapport des parties similaires et non similaires, voir le Traité des Parties des Animaux, liv. II, ch. I et II.

§ 2. Des membres. C'est la traduction exacte; on aurait peut-être pu encore traduire : des organes. Voir plus loin, ch. VI, § 12. - Pour le bras pris dans son ensemble. C'est-à-dire comprenant le haut du bras, l'avant-bras et la main, sous le nom générique de bras. - Pour la poitrine, ou le thorax. La poitrine contient, en effet, dans sa totalité, une foule de parties diverses.

§ 3. Se composent à leur tour de parties similaires. Les parties similaires ne se ressemblent pas parfaitement entre elles; et la chair, par exemple, contient une foule de variétés qu'il est facile de distinguer, bien que toutes ces variétés soient comprises sous un nom commun. - De nerfs, de muscles. Il n'y a qu'un seul mot dans le texte; mais ce mot signifie également Nerfs et Muscles.

§ 4. Spécifiquement les mêmes. Au lieu de «spécifiquement », on pourrait traduire aussi : « Sous le rapport de la forme ». Dans la langue grecque, le même mot exprime l'espèce et la forme; et au fond, l'espèce, comme l'étymologie elle-même l'indique en latin aussi bien qu'en grec, n'est que la forme qui frappe notre vue, et qui, pour notre intelligence, classifie immédiatement l'être qui nous offre cette forme. - Les unes relativement aux autres. On peut comprendre encore : « De chaque animal relativement aux parties de chaque autre animal ». C'est en ce dernier sens que quelques traducteurs ont rendu ce passage. L'interprétation que je donne me semble plus naturelle, et plus conforme au texte.

§ 5. D'un même genre. Comme l'homme ou le cheval, cités au paragraphe précédent. - Quand je dis genre. Cette définition du mot genre, bien qu'elle soit fort juste et qu'elle soit nécessaire, ne paraît pas ici fort bien à sa place. C'est peut-être une interpolation de quelque scholiaste plutôt qu'une addition de l'auteur lui-même. - L'oiseau et le poisson. Ce sont bien des genres, si l'on veut; mais il semble qu'ici il faudrait une expression encore plus étendue que celle de genre; par exemple, celles de classe ou d'ordre. Le mot de genre est un peu vague, parce qu'alors il comprend trop de choses très distinctes. - Plusieurs espèces. Ce sont en effet les espèces, dont l'ensemble forme un genre.

§ 6. Dans ces genres mêmes. Le texte est moins précis, et il se sert d'un pronom indéfini qui pourrait se rapporter aussi aux oiseaux; mais le sens n'est guère douteux. - Les Contrariétés, ou les Oppositions. - C'est-à-dire le plus ou le moins. J'ai ajouté ces mots, qui ne sont qu'une paraphrase de ceux qui précèdent. - Tout ce paragraphe pourrait n'être appliqué qu'aux oiseaux, comme le pensent MM. Aubert et Wimmer; je crois qu'il est préférable de le rapporter aux genres plutôt qu'aux oiseaux; par là l'observation a beaucoup plus d'étendue, et elle n'a pas moins de justesse.

§ 7. Dont la chair est molle. J'ai adopté la leçon de MM. Aubert et Wimmer. Quelques manuscrits donnent deux variantes qui seraient également acceptables : «dont la peau est molle »; dont «l'écaille est molle ». L'idée de chair est préférable, parce qu'elle est plus générale. - Comme les grues. J'ai mis ces mots entre parenthèses, parce que tous les manuscrits ne les donnent pas, et qu'ils peuvent sembler une interpolation peu nécessaire. Il est à remarquer que tout ce paragraphe, sauf le début, se rapporte aux oiseaux, le bec, le plumage, les ergots, etc. ; voir la note du paragraphe précédent. - Dans certains genres. La suite prouve que ceci est exclusivement applicable aux oiseaux. - En un mot. Il semble que cette fin du paragraphe est plus générale, et qu'elle est relative à tous les animaux, et non plus aux oiseaux seulement. Il y a dans tout ce passage un peu d'obscurité, que j'ai dû conserver dans la traduction. - Par des qualités contraires... C'est en partie une répétition du § 6.

§ 8. L'identité. Le mot est peut-être un peu fort, et il vaudrait mieux dire : « La ressemblance ». - L'identité par simple analogie. Ceci fait bien ressortir l'impropriété de l'expression. L'analogie n'est que de la ressemblance, même assez éloignée: ce n'est pas de l'identité. Les idées d'ailleurs n'en sont pas moins très vraies. - A la pince. Dans certaines espèces de crustacés, si l'on veut. - Par leur position. La remarque est fort exacte, et la position à elle seule peut faire une très grande différence. - Pour les uns sur la poitrine, comme dans l'espèce humaine. - Entre les cuisses, comme plusieurs espèces de bêtes à cornes : le bœuf, le mouton, la chèvre, etc.

§ 9. Les parties similaires. Voir plus haut, § 1. - Dans leur disposition naturelle. Quelques traducteurs précisent davantage le sens en disant : « Dans le corps vivant ». Le texte est un peu plus vague; et je l'ai suivi d'aussi près que je l'ai pu. - Le phlegme. Une des quatre humeurs principales du corps humain, selon les anciens, qui faisaient venir le phlegme surtout de la tête. Voir Hippocrate, Traité des Maladies, liv. IV, p. 514, édition Littré. Le phlegme répond en partie à ce qu'on appelle aujourd'hui sérosité, pituite. - Les nerfs, ou  plutôt: « les muscles », voir plus haut, § 3. - D'ailleurs. Cette idée n'est pas rendue plus clairement dans le texte que dans la traduction ; ce n'est peut-être qu'une glose; et ceci veut dire sans doute qu'une corne, entière, comme celle d'un bœuf par exemple, s'appelle corne, tout aussi bien que la portion la plus petite de cette corne raclée. - Les parties molles et liquides... Le texte n'est pas aussi explicite.

§ 10. Dans leur genre de vie, etc. Ce sera là l'objet des livres suivants et de toute l'Histoire des Animaux, comme l'indique l'auteur lui-même dans la phrase qui suit. - Leur caractère. On pourrait traduire aussi : « Leurs habitudes ». Caractère et habitudes se confondent pour les animaux; car ce sont leurs habitudes qui déterminent le caractère que nous leur prêtons. - Une esquisse générale. C'est la méthode que pratique toujours Aristote; il commence par une vue très générale du sujet qu'il veut traiter, et il passe ensuite aux détails. - Et le caractère. Même remarque que plus haut.

§ 11. La première. Ce sont les poissons en général. - La seconde espèce. Ce sont en grande partie ceux des oiseaux qui virent sur l'eau, et qui y trouvent leur nourriture, tout en étant le plus souvent sur la terre.

§ 12. La loutre. II paraît bien que c'est ainsi que doit être identifié le mot grec; mais il est probable qu'il s'agit ici de la loutre de mer, à laquelle les naturalistes ont conservé le nom spécial qu'Aristote lui donne dans ce passage. Les loutres ont des pieds palmés, et sont comprises parmi les digitigrades carnassiers de Cuvier, Règne animal, t. I, p. 148, édition de 1829. Le castor. D'après le témoignage de Strabon, le castor se trouvait encore de son temps en Espagne, et en Italie, près de l'embouchure du Pô. Du temps d'Aristote, ces animaux, qui disparaissent devant l'homme, devaient être plus nombreux qu'au siècle de Strabon: et peut-être s'en trouvait-il alors dans quelques parties de la Grèce. Il y en a même encore aujourd'hui quelques-uns en Europe, et notamment, dit-on, en Suisse. Voir plus loin, liv. VIII, ch. VII, § 5, en ce qui concerne la loutre et le castor; pour les animaux aquatiques en général, voir aussi le Livre VIII, ch. II et ch. III. - Crocodile. Voir plus loin, ch. IX, s 11; voir aussi la Table des matières, article Crocodile. Aristote est revenu souvent à l'étude de cet animal. qui offre en effet des particularités très remarquables. - L'ortie de mer. Voir plus bas, 15, liv. IV, ch. VI, une description des deux espèces d'orties de mer. - L'huître. Les huîtres sont comprises parmi les mollusques crustacés, dont elles forment la première classe; voir Cuvier, Règne animal, t. III p. 120. - La grenouille. Cuvier, Règne animal, t. II, p. 103, met la grenouille parmi les reptiles; elle en forme le quatrième ordre sous le nom de Batraciens. Cuvier décrit la manière dont la grenouille respire. Voir aussi le Traité de Zoologie de M. le Dr. Claus, trad. française de M. Moquin-Tandon, p. 879. La grenouille est un amphibie. - Le cordyle. On n'est. pas encore parvenu à identifier bien précisément le mot grec. Cuvler, Règne animal, t. Il, p. 32, cite un passage d'Aristote sur le cordyle; il croit avec Schneider que la description d'Aristote ne peut convenir qu'à la larve de la Salamandre aquatique. Voir plus loin, liv. Vlll, ch. II, §, 8.

§ 13. N'absorbent pas l'air. Aristote se trompe en ceci, et les insectes absorbent l'air par les trachées dont tout leur corps est couvert. Voir Cuvier, Règne animal, t. IV, p. 293. Voir aussi la 1ère leçon de son Anatomie comparée. 2e édit. - La guêpe. Voir plus loin la description de la guêpe, liv. IX, ch. XXVIII. - L'abeille. Voir plus loin une admirable et longue étude sur les abeilles, liv. IX, ch. XXVII. - Par Insectes, j'entends... Voir plus loin une même définition des insectes, liv. IV, ch. I.

§ 14. Empis. MM. Aubert et Wimmer croient que l'empis pourrait bien être le Culex pipiens de Swammerdam. Voir Cuvier, Règne animal, tome V, p.159: voir aussi la Zoologie descriptive de M. Claus, p. 604. L'empis est classé parmi les insectes diptères. - D'où naissent les taons. MM. Aubert et Wimmer supposent que cette phrase n'est qu'une interpolation; et leur conjecture peut sembler acceptable. Voir plus loin, liv. V, ch. XVII, § 11.

§ 15. Qui restent toujours en place. Nouveau caractère, qui met de grandes différences entre les animaux. - Ceux qui restent immobiles sont dans l'eau. Remarque fort juste, qui n'a été, à ce qu'il semble, recueillie par aucun naturaliste après Aristote. - L'éponge. Cette demi-sensibilité dans l'éponge n'est pas admise par les naturalistes modernes; Cuvier, Règne animal, tome V, p. 322. Aristote lui-même semble en douter, puisqu'il ne rapporte ce fait que comme un on dit : «- A ce qu'on prétend ». Il paraît que les plongeurs ont plus ou moins de peine à arracher les éponges des rochers où elles s 'attachent; et ils supposent que, quand elles tiennent davantage, c'est qu'on ne s'est pas approché d'elles avec assez de précaution. Voir la note de MM. Aubert et Wimmer. - Les orties de mer. Voir plus haut, § 12. Voir aussi Cuvier. Règne animal, tome III, p. 274. Les Acalèphes forment la troisième classe des Zoophytes. - Pour aller chercher leur pâture. Je ne sais pas si la science moderne a constaté ce fait; je n'ai rien trouvé sur ce sujet dans les ouvrages que j'ai pu consulter.

§ 16. Les holothuries. Les holothuries sont des zoophytes, et forment la première classe des échinodermes pédicellés; voir Cuvier, Règne animal, tome III, p. 238; voir aussi la Zoologie descriptive de M. Claus, pp. 263, 268. - Dont l'écaille est molle. Les langoustes, qui sont citées en exemple, ont une écaille assez dure, bien quelle le soit moins que celle des homards. - Des crabes. C'est ce qu'on peut voir très fréquemment dans les rochers que la mer laisse à sec lors de son reflux sur un grand nombre de côtes.

§ 17. Aucun animal n'est simplement volatile. Observation très sagace. - Des ailes membraneuses. Comme la chauve-souris, citée un peu plus bas. - La chauve-souris. Elle fait partie du troisième ordre des Mammifères carnassiers, première famille de Chiroptères; voir Cuvier, Règne animal, tome I. p. 112. Cuvier remarque aussi que les pieds de derrière des chauves-souris sont faibles ; Traité de Zoologie de M. Claus, p. 1079, Chiroptères. - De même que le phoque. On ne comprend pas bien comment on arrive ici à parler du phoque; MM. Aubert et Wimmer pensent que cette phrase est une interpolation. Pour le Phoque, voir plus loin, liv. Il, ch. II, § 11. - Apodes. Ce mot a été conservé par la science moderne et appliqué à plusieurs espèces d'animaux, notamment à des amphibies; voir le Traité de Zoologie de M. Claus, p. 870. - Ce genre d'oiseaux. Les chauves-souris et leurs analogues. - Vole à merveille. Cuvier fait la même remarque, loc. cit. - Le martinet. C'est, je crois, le seul passage où Aristote parle de cet oiseau.

§ 18. Du reste... Cette observation ne paraît pas être bien à sa place ici. - L'apode. Il semble que ce soit le nom d'un oiseau et d'une espèce d'hirondelle; mais il serait difficile d'indiquer précisément l'espèce dont Aristote entend parler. Tout ce passage interrompt la pensée; et c'est avec raison que MM. Aubert et Wimmer l'ont mis entre crochets. - Il y a beaucoup d'animaux. Les pensées reprennent ici leur suite.

§ 19. Dans le genre de vie. Plus loin, liv. VIII et IX, cette étude spéciale est très développée. - Virent en troupe... solitaires. C'est un caractère très important dans la vie des animaux; et cette observation générale est ici bien placée. Schneider, et après lui MM. Aubert et Wimmer, ont supprimé quelques mots qui paraissent en effet hors de place et qui indiquent « des animaux solitaires ». - En sociétés fixes. Le mot dont se sert le texte grec est plus fort que celui de ma traduction. - Munis d'ongles crochus. Ce sont les oiseaux de proie, qui vivent toujours solitaires, bien que parfois ils se réunissent par bandes, comme les vautours, momentanément. J'ai préféré traduire mot à mot le texte grec en disant «à ongles crochus » plutôt qu'Oiseaux de proie, comme l'ont fait plusieurs traducteurs.

§ 20. Les dromades. Aristote cite encore une fois les dromades, liv. VI, ch. XVI, § 5. Il serait difficile d'identifier cet animal; c'est un poisson, et son nom semble indiquer que sa qualité la plus remarquable était de nager très vite. En grec, dromas veut dire coureur. - Les Pélamydes. Espèce de thons qui se trouve aussi dans la Méditerranée; voir le Traité de Zoologie de M. Claus, p. 853. Pélamydes est encore le nom donne à des ophidiens; voir Cuvier, Règne animal, tome II, p. 97. - Les amies. Je ne sais pas si le poisson dont parle ici Aristote est le même que celui dont parle Cuvier, Règne animal, tome II, p. 321, et qui semble n'appartenir qu'aux rivières de la Caroline en Amérique; voir aussi le Traité de Zoologie de M. Claus, p. 827. - Bonitons. J'ai ajouté ce synonyme, que donne Camus. Voir plus loin, liv. VI, ch. XVI, § 11. - L'homme... ou solitaire. Ceci n'est pas d'accord avec ce qu'Aristote dit de l'homme dans la Politique, où il le fait un être essentiellement sociable ; voir la Politique, liv. I, ch. I, § 9, p.7 de ma traduction. 3e édit. - L'homme, l'abeille, la guêpe. Il est assez étrange de confondre l'homme avec les autres animaux, bien que ce soit pour un point très défini de ressemblance. - Les unes ont un chef. On ne peut assimiler les chefs des hommes aux chefs des abeilles et des guêpes. - Et tant d'autres. MM. Aubert et Wimmer suppriment ces mots.

§ 21. Et les solitaires. Voir plus haut, § 19. - Tantôt ils en changent. Aristote a consacré une longue étude aux migrations des animaux ; voir plus loin, liv. Vlll, ch. xiv. - Les abeilles et les araignées. Sur les abeilles et les araignées, voir liv. IX, ch. XXVI et ch. XXVII; et Traité de la Génération des animaux, liv. III. ch. X. - Quelques. MM. Aubert et Wimmer retranchent ce mot, bien que presque tous les manuscrits et les éditions le donnent.

§ 22. Font provision. Le texte dit mot à mot : «Thésaurisent. » - La fourmi. Quelques manuscrits ajoutent : La mouche, après la fourmi. - Et la chauve-souris. Le nom grec de la chauve-souris indique précisément que c'est un oiseau de nuit par excellence. Notre mot de chauve-souris est beaucoup moins bien fait.

§ 23. L'homme et le mulet. Cette réunion de l'homme et du mulet a quelque chose d'étrange, quoiqu'elle ne soit pas fausse. - Comme les chevaux. Quelques manuscrits ajoutent de plus : « Les hommes ». L'édition des Aldes et la traduction de Gaza ont aussi cette addition, que la plupart des éditeurs ont bien fait de supprimer.

§ 24. Qui émettent des sons. J'ai dû prendre l'expression la plus générale possible. - Que les lettres ne peuvent représenter. J'ai dû développer un peu le texte grec, qui n'a ici qu'un seul mot. Sur la voix des animaux et ses nuances, voir plus loin, liv. IV, ch. IX. - Au temps de l'accouplement. L'observation est très exacte; et chacun de nous a pu la faire. - Vivent familièrement avec l'homme. Le texte grec n'a qu'un seul mot, qui est très bien fait. - Parmi les animaux marins dans les rochers. Cette pensée, qui est déjà plus haut, § 12, semble ici hors de place; et elle ne se rapporte bien, ni à ce qui la précède, ni à ce qui la suit. C'est là sans doute ce qui aura porté quelques éditeurs à la supprimer; mais les manuscrits. ne le permettent pas. - Se défendent et attaquent. Il n'y a dans le texte qu'un seul mot, qui me paraît avoir ces deux sens. - Un instinct. Le texte n'est pas aussi positif.

§ 25 Le caractère. Plus loin, deux livres presque entiers, le Vlll et le IXe, sont consacrés à étudier le caractère des divers animaux. - J'entends par Noble... j'entends par Franc. Ces définitions sont peut-être un peu subtiles, bien que ces différences dans les qualités et le caractère des animaux soient très réelles.

§ 26. Le privilège de la réflexion. Il faut voir au début de la Métaphysique la comparaison de l'homme avec les autres animaux. - A volonté. J'ai ajouté ces mots, dont le sens me semble implicitement compris dans l'expression du texte grec. MM. Aubert et Wimmer entendent ce mot un peu autrement; et ils croient qu'il s'agit de la mémoire appliquée exclusivement au passé. Je pense qu'Aristote veut distinguer ici entre la mémoire et la réminiscence, comme il l'a fait dans son traité spécial. Voir ma traduction, Opuscules psychologiques, p. 109.

CHAPITRE II Parties communes à tous les animaux : l'une pour prendre la nourriture, l'autre pour en rejeter l'excrétion; La bouche, l'intestin; rapports de la vessie pour l'excrétion liquide, et de l'intestin pour l'excrétion sèche; organes génitaux.

§ 1. Tous les animaux ont certaines parties qui leur sont communes : celle par où ils prennent [30] leur nourriture, et celle où ils la reçoivent. Ces parties se ressemblent ou diffèrent entre elles, selon ce qu'on a déjà exposé, par la forme, par la dimension, par l'analogie et par la position. Mais outre ces parties que nous venons d'indiquer, la plupart des animaux ont aussi d'autres parties communes, qui leur servent à rejeter le résidu de la nourriture. [489b] Je dis La plupart, parce que tous n'ont pas cet organe. La partie qui sert à prendre la nourriture s'appelle la bouche: celle qui sert à la recevoir s'appelle l'intestin. Les autres parties ont des dénominations diverses.

§ 2. Le résidu excrété étant de deux natures, les animaux qui ont des organes destinés à recevoir l'excrétion liquide, en ont également pour l'excrétion sèche; [5] mais tous les animaux qui ont cette dernière n'ont pas l'autre excrétion. Ainsi, tous les animaux qui ont une vessie ont tous un intestin; mais ceux qui ont un intestin n'ont pas tous une vessie. Du reste, le nom de vessie s'applique à la partie qui reçoit l'excrétion liquide, et le nom d'Intestin, à la partie qui reçoit l'excrétion sèche.

§ 3. Outre ces parties que possèdent beaucoup d'animaux, il y a la partie par laquelle ils émettent leur semence. [10] Parmi ceux qui ont la faculté de se reproduire, on distingue l'animal qui fait l'émission en lui-même, et celui qui la fait dans un autre. Celui qui la fait en lui-même s'appelle femelle; celui qui la fait dans un autre s'appelle mâle. Dans quelques espèces, il n'y a ni mâle ni femelle; et la forme des organes chargés de cette fonction diffère d'une espèce à l'autre. Certaines espèces ont une matrice; d'autres n'en ont pas.

§ 4. Les parties qu'on vient d'énumérer sont les plus nécessaires; aussi, elles se trouvent les unes dans tous les animaux, et les autres, au moins dans la plupart.

§ 1. Par où ils prennent leur nourriture. C'est la bouche et les organes correspondants, selon les diverses espèces d'animaux.  - Celle où ils la reçoivent. C'est l'estomac et les organes correspondants. L'auteur explique lui-même un peu plus bas ce que sont ces premières parties communes à tous les animaux, la bouche et l'intestin. - Ce qu'on a déjà exposé. Voir plus haut, ch.I, §§ 5 et suivants. - Ces parties que nous venons d'indiquer. La bouche et l'estomac. - Le résidu de la nourriture. Les excréments sous toutes les formes. Après ces mots, les manuscrits ajoutent: « et à la prendre » Schneider a proposé de retrancher cette addition, qui est en effet hors de place; et MM. Aubert et Wimmer l'ont supprimée dans leur texte; la correction est de toute évidence, et je l'ai adoptée. - Je dis la plupart. Le texte n'est pas tout à fait aussi précis. - L'intestin. J'ai pris ce mot, parce qu'il exprime une idée plus générale que celui d'estomac, ou même celui de ventre. D'après l'étymologie, le mot grec signifie le creux. - Les autres parties. Ainsi Aristote distingue ici trois parties : la bouche, l'intestin et la partie excrétoire. Dans le Traité des Parties des Animaux, liv. Il, ch. X, §, 1 il n'en distingue que deux, la bouche et la partie excrétoire. L'ouverture buccale et l'ouverture anale se retrouvent, comme indispensables, chez les animalcules les moins formés, les protozoaires, comme les appellent les naturalistes modernes.

§ 2. L'excrétion liquide. L'urine, selon ses diverses formes. - Un intestin. Dans le texte, c'est le même mot que celui qui signifie l'estomac ou le ventre. La distinction que fait ici Aristote est réelle; et il y a des animaux qui ont un organe pour l'excrétion sèche, sans en avoir un pour l'excrétion liquide; mais les naturalistes ne sont pas d'accord sur ces animaux, qui occupent en général les plus bas degrés de l'échelle.

§ 3. Ils émettent leur semence. L'expression grecque peut signifier tout à la fois la semence et le résultat qu'elle produit, c'est-à-dire le jeune être qui vient de l'accouplement; mais il me semble que la suite prouve bien qu'il s'agit de semence, dans l'acception ordinaire de ce mot. - Qui fait rémission en lui-même. Ceci ne peut se rapporter qu'à l'idée de Semence, entendue comme je viens de le faire. - S'appelle femelle. C'est ce qu'on voit dans les animaux supérieurs, où les deux sexes sont parfaitement distincts, et spécialement dans l'homme. - Dans quelques espèces. Aujourd'hui on pourrait dire sans doute : « Dans beaucoup d'espèces »; mais au temps d'Aristote, les espèces inférieures, où l'hermaphrodisme est le cas le plus ordinaire, étaient beaucoup moins connues qu'aujourd'hui.

§ 4. Qu'on vient d'énumérer. La bouche, l'intestin avec vessie ou sans vessie, et les partiel de la génération.

CHAPITRE III Le toucher est le seul sens qui soit commun à tous les animaux; tout animal a un fluide indispensable à son existence; parties où se trouve le sens du toucher et où se trouvent les facultés actives; animaux qui ont du sang; animaux qui n'en ont pas.

§ 1. Un seul et unique sens est commun à tous les animaux sans exception : c'est le toucher. L'organe dans lequel ce sens réside naturellement, n'a pas reçu de nom spécial, parce que, dans les uns, l'organe est identique, et que, dans les autres, c'est une partie simplement analogue.

§ 2. [20] Pareillement, tout animal sans exception a un fluide dont il ne peut être privé, soit naturellement, soit par violence, sans périr sur-le-champ; et il y a de plus la partie où ce fluide est renfermé. Chez les uns, la partie liquide est le sang, et le vaisseau est la veine; chez d'autres, c'est un fluide et un vaisseau équivalents. Lorsque ces matières sont imparfaites, c'est ce qu'on appelle la fibre et la lymphe.

§ 3. Quant au sens du toucher, il est placé dans une partie similaire, par exemple, dans la chair, ou dans quelque chose [25] qui la remplace. En général, chez les animaux qui ont du sang, le toucher est dans les parties sanguines ; et pour ceux qui n'en ont pas, dans la partie correspondante. Si pour tous les animaux, le toucher réside évidemment dans les parties similaires, les facultés actives résident dans les parties non-similaires; et, par exemple, l'élaboration des aliments a lieu dans la bouche; la fonction du mouvement pour changer de lieu se fait par les pieds, par les ailes, et par les organes qui y correspondent. [30] Il faut ajouter que certains animaux ont du sang, tels que les hommes, les chevaux et tous les animaux, qui, bien que d'une organisation complète, ou n'ont pas de pieds, ou en ont deux, ou en ont quatre. Au contraire, d'autres animaux, tels que l'abeille ou la guêpe, n'ont pas de sang; et parmi les animaux marins, tels sont la seiche et le crabe, et tous ceux qui ont plus de quatre pieds.

§ 1. C'est le toucher. Aristote fait du toucher dans les animaux le sens de la nutrition; et voilà pourquoi il est indispensable à tous; voir le Traité de l'âme, liv. Il, ch. II, §§ 5 et 11, et ch. III, § 3, pp. 174, 177 et 182 de ma traduction. Voir aussi Cuvier, 1ère Leçon d'anatomie comparée, 2e édit. - N'a pas reçu de nom spécial. Précisément parce que le toucher n'est pas localisé, et qu'il est répandu dans le corps entier.

§ 2. La partie où ce fluide est renfermé. Le texte grec n'est pas aussi précis. - Chez les uns... J'ai adopté en partie la leçon ordinaire, et en partie la correction de MM. Aubert et Wimmer. De cette façon, le sens de ce passage est absolument satisfaisant. - Équivalents, ou Analogues. - La fière et la lymphe. - Les mots du texte sont peut-être plus vagues; et il serait difficile d'en bien préciser le sens.

§ 3. Une partie similaire. Voir plus haut, ch. I, § 1. - Dans les parties sanguines. La physiologie contemporaine n'accepte peut-être pas cette opinion.

§ 4. Dans la bouche. La bouche n'est pas une partie similaire, puisqu'elle ne peut pas se diviser en bouches; voir plus haut, ch. I, § 1.

§ 5. L'abeille et la guêpe n'ont pas de sang. La physiologie moderne n'admet pas cette théorie, et elle distingue les animaux à sang rouge et les animaux à sang blanc ou incolore; voir le Traité de Zoologie de M. Claus, p. 545.

CHAPITRE IV Distinction des animaux en vivipares, ovipares et vermipares; les animaux à poils sont vivipares; définition de l'œuf et de la larve; variétés dans les vivipares; variétés dans la nature des œufs; annonce de recherches plus détaillées; citation du Traité de la Génération des Animaux.

§ 1. Les animaux sont vivipares, ovipares ou vermipares. L'homme, le cheval, [490a] le phoque et tous les animaux qui ont des poils, sont vivipares. Parmi les animaux marins, les cétacés, tels que le dauphin et les sélaciens ainsi appelés, sont vivipares également.

§ 2.  De ces animaux marins, les uns ont le tuyau-souffleur et n'ont pas de branchies, comme le dauphin et la baleine. Le dauphin a le tuyau sur le dos, tandis que la [5] baleine l'a sur le front. D'autres ont des branchies apparentes, comme les sélaciens, les chiens de mer et les Batos.

§ 3. Parmi les germes qui sont complets, on appelle œuf ce qui contient deux parties : l'une qui sert d'abord à former l'animal, et l'autre où il trouve sa nourriture, une fois qu'il est produit. C'est un ver, lorsque, d'un animal complet, sort un autre animal également complet, l'embryon s'articulant et [10] se développant lui-même.

§ 4. Parmi les vivipares, il y en a qui font des œufs à l'intérieur d'eux-mêmes, comme les sélaciens; d'autres, comme l'homme et le cheval, font dans leur propre sein de petits animaux.

§ 5. Pour certains animaux, quand le germe qui s'est complètement formé se produit au jour, c'est un être vivant qui en sort; pour d'autres, c'est un œuf; pour d'autres, c'est un ver.

§ 6. Tantôt les œufs ont une enveloppe de coquille, comme ceux [15] des oiseaux, et ils sont de deux couleurs; tantôt leur enveloppe est molle, comme ceux des sélaciens, et ils n'ont qu'une couleur unique.

§ 7.  Quant aux vers, les uns se meuvent aussitôt après leur naissance ; les autres sont immobiles.

§ 8. Mais ce sont là des sujets que nous traiterons avec plus de détails, quand nous nous occuperons de la Génération des Animaux.  

§ 1. Vermipares. Ce sont les insectes; Aristote leur attribue de se reproduire sous forme de vers. Peut-être aussi veut-il parler des larves; mais ce point reste obscur. - Les Sélaciens. Ce sont des poissons cartilagineux à branchies fixes, attachées à la peau par leur bord extérieur. Ils forment le deuxième ordre des Chondroptérygiens; voir Cuvier, Règne animal, tome II, p. 383 et suiv. Parmi les Sélaciens, sont compris les squales, les requins, les marteaux, les raies, les torpilles, indépendamment d'autres espèces; voir aussi le Traité de Zoologie de M. Claus, pp. 812 et 814. - Ainsi appelés. II paraîtrait que du temps d'Aristote, cette classe d'animaux était encore peu connue. D'après un passage de Pline, liv. IX, ch. XI., édit. Littré, il paraîtrait que c'est Aristote qui a inventé le mot de Sélaciens.

§ 2. Le tuyau-souffleur. Ou évent. Ces cétacés se nomment aussi des souffleurs. Ils forment la seconde famille des cétacés dans la nomenclature de Cuvier, Règne animal, tome I, p. 287. Elle comprend aussi les narvals, les cachalots, les baleines, etc.; voir le Traité de Zoologie de M. Claus, p. 1041. - A le tuyau sur le dos. La zoologie moderne n'a pas signalé cette différence entre le dauphin et la baleine. - Apparentes. Le texte dit mots à mot : « Non couvertes ». Cette expression ne suffit pas pour qu'on voie très clairement ce qu'Aristote pense des branchies particulières des Sélaciens, comparées aux branchies des autres poissons. - Les chiens de mer et les batos. Ces identifications ne sont pas certaines. On ne sait pas précisément ce qu'est le sélacien appelé batos. J'ai reproduit simplement le mot grec. Mais le batos est de la famille des raies. Voir le catalogue de MM. Aubert et Wimmer, p. 145.

§ 5. Ce qui contient deux parties. Le texte est moins précis. La définition de l'œuf est exacte; car ce qui le constitue essentiellement, c'est d'avoir deux parties, dont l'une sert à la nourriture de l'autre. - C'est un ver. La différence de l'œuf au ver, telle que l'entend Aristote, est évidente. Le scolex une fois né n'a plus rien à demander qu'au dehors, pour acquérir son développement. Dans l'œuf au contraire, l'animal qui y est contenu se nourrit d'une partie de l'œuf, qui le renferme.

§ 4. Comme les Sélaciens. Pour la fécondation des Sélaciens, voir le Traité de Zoologie de Mr. Claus p. 815. - Comme l'homme et le cheval. J'ai conservé la formule d'Aristote. Peut-être eût-il été plus régulier de dire : « la femme et la jument  ».

§ 5. C'est un être vivant qui en sort. Répétition de ce qui précède. - C'est un ver. Aristote aurait pu expliquer plus précisément cette troisième espèce de génération. qui est moins évidente que les deux autres.

§ 6. Leur enveloppe est molle. Sans doute en comparaison de la coquille dans les oiseaux ; car l'enveloppe des œufs de sélaciens n'est pas absolument molle, puisqu'elle a la consistance du parchemin; voir le Traité de Zoologie de M. Claus, p. 815.

§ 7. Les uns se meuvent. II eût été bon de citer des exemples.

§ 8. De la Génération des animaux. Voir le traité spécial. - De la Génération des animaux, voir les liv. Il et III de ce traité, liv. II, ch. IV, p. 126, édit. Aubert et Wimmer et tout le liv. III, pp. 212 et suiv., même édition et traduction.

CHAPITRE V Animaux pourvus de pieds; animaux sans pieds; dipodes; tétrapodes; polypodes; les pieds sont toujours en nombre pair; animaux qui nagent; poissons sans nageoires; position des nageoires; poissons qui ont à la fois des pieds et des nageoires; volatiles qui ont des ailes de plume; volatiles à membranes plus ou moins épaisses; volatiles qui ont du sang ou qui n'en ont pas; volatiles à élytres; dimensions des animaux dans l'eau ou sur terre, et selon les climats; moyens généraux de locomotion chez les animaux; nombre de pieds ; mouvement diamétral.

§ 1. Certains animaux ont des pieds; d'autres n'en ont pas [5] ; et parmi ceux qui ont des pieds, il n'y a que l'homme et l'oiseau qui en aient deux. D'autres en ont quatre, comme le lézard et le chien; d'autres en ont davantage, comme la scolopendre et l'abeille. Mais dans tous les animaux, le nombre des pieds est toujours pair.

§ 2. Parmi les animaux qui nagent, tous ceux qui sont privés de pieds ont des nageoires, comme les poissons. Quelques-uns ont quatre [25] nageoires, dont deux en haut dans les parties supérieures, et deux en bas dans les parties inférieures, comme la dorade et le loup de mer. D'autres n'ont que deux nageoires seulement; et ce sont les poissons allongés et lisses, comme l'anguille et le congre.  § 3. Il y a des poissons qui sont absolument dépourvus de nageoires, comme la murène; ceux-là se servent de l'eau, comme les serpents se servent de la terre; et ils se meuvent [30] de la même façon dans le liquide.

§ 4. Parmi les sélaciens, il y en a qui n'ont pas de nageoires; et ce sont ceux qui sont larges et pourvus de queue, comme la raie et la pastenague; ceux-là nagent grâce à leur largeur. Mais la grenouille de mer a des nageoires, ainsi qu'en ont tous les poissons dont la largeur ne va pas en s'amincissant.

§ 5. Ceux qui ont des apparences de pieds, comme les mollusques, se servent à la fois de ces pieds et de leurs nageoires; [35] et ils nagent plus rapidement sur le ventre, comme la seiche, le calmar et le polype; mais aucun des deux premiers ne peut marcher, comme le polype.

§ 6. Les crustacés, comme la langouste, nagent avec leur queue; mais ils nagent plus vite dans le sens de la queue, à cause des nageoires qu'elle porte. Le cordyle nage avec les pieds et la queue; et sa queue [5] ressemble à celle du Silure (ou Glanis), autant qu'une petite bête ressemble à une grande.

§ 7. Parmi les volatiles, les uns ont des plumes, comme l'aigle et l'épervier; d'autres ont des membranes, comme l'abeille et le hanneton;  d'autres ont des ailes semblables à du cuir, comme le renard-volant et la chauve-souris.

  § 8. Tous les volatiles qui ont du sang ont des ailes de plume; les volatiles à ailes de cuir ont aussi du sang. Tous ceux qui n'ont pas de sang ont, comme les insectes, des ailes de duvet.

§ 9. [10] Les volatiles à ailes de plume et à ailes de cuir, ont deux pieds ou n'ont pas de pieds; et l'on affirme qu'en Éthiopie on trouve des serpents qui sont organisés de même. Les volatiles qui ont des ailes à plume s'appellent des oiseaux ; les deux autres espèces de volatiles n'ont pas reçu un nom spécial et unique, qui les comprendrait toutes les deux.

§ 10. Parmi les volatiles qui n'ont pas de sang, les uns ont un fourreau pour leurs ailes : ce sont les coléoptères, comme les hannetons et les scarabées. Les autres n'ont pas de fourreau ; et ils ont tantôt deux ailes et tantôt quatre.

§ 11. Les quatre ailes appartiennent à ceux qui sont d'une certaine grandeur, et qui ont un dard en arrière; ceux qui ne sont pas grands et qui ont le dard en avant, n'ont que deux ailes.

§ 12. Pas un seul coléoptère n'a de dard. Ceux des insectes [20] dont le dard est en avant n'ont que deux ailes, comme la mouche, le myope, le taon et le cousin.

§ 13. Tous les animaux privés de sang sont plus petits que ceux qui ont du sang, à l'exception de quelques animaux marins, qui, bien que privés de sang, n'en sont pas moins énormes, comme certains mollusques. Les plus grands animaux de ce genre se trouvent dans les pays les plus chauds ; et dans la mer, [25] les animaux sont toujours plus grands que sur terre et dans les eaux douces.

§ 14. Tous les animaux qui peuvent se mouvoir se meuvent par quatre points, ou plus. Les animaux qui ont du sang n'ont que ces quatre points; tel est l'homme, qui a deux mains et deux pieds. L'oiseau a deux ailes et deux pieds aussi.

§ 15. Les quadrupèdes et les poissons ont, les uns quatre pieds; les autres, quatre [30] nageoires. Ceux qui n'ont que deux nageoires, ou qui même n'en ont pas du tout, comme le serpent, n'en ont pas moins les quatre points, puisque les flexions du corps sont au nombre de quatre, ou de deux, avec deux nageoires.

§ 16. Tous les animaux qui, n'ayant pas de sang, ont plus de quatre pieds, qu'ils soient d'ailleurs volatiles ou qu'ils marchent sur terre, se meuvent par plus de quatre points de mouvement, comme l'animal qu'on nomme l'éphémère, qui a tout ensemble quatre pieds et [491a] quatre ailes; car celle bête a non seulement cette particularité d'existence qui lui a valu le nom qu'elle porte; mais de plus, elle a cette autre particularité d'être un volatile avec quatre pieds.

§ 17. Tous les quadrupèdes et les polypèdes se meuvent d'ailleurs d'une manière semblable : leur mouvement est diamétral; et tous [5] les animaux ont, pour leur locomotion, deux pieds qui la commandent tour à tour; il n'y a que le crabe seul qui ait quatre pieds de devant.  

§ 1. Certains animaux ont des pieds. Cette distinction entre les divers ordres d'animaux n'est pas moins exacte que toutes les précédentes. - L'homme et l'oiseau. C'est à cette ressemblance que se rapporte la prétendue définition de l'homme par Platon. - Scolopendre. Voir plus loin, liv. II, ch. x, § 2. Insecte venimeux, qui forme la seconde famille du premier ordre des insectes ; ce sont les myriapodes. Il y a des scolopendres qui ont jusqu'à quarante-deux pieds, et même encore un plus grand nombre: voir Cuvier, Règne animal, tome IV, p. 335. Traité de Zoologie de M. Claus, p. 535. Les scolopendres sont peut-être vivipares. On les appelle aussi chilopodos, à cause de leurs pattes-mâchoires. - L'abeille. Voir Cuvier. Règne animal, t. V, p. 380, et Traité de Zoologie de M. Claus, p. 665. - Toujours pair. Parce que le corps se compose de deux moitiés, qui chacune doivent avoir des organes semblables.

§ 2. Les animaux qui nagent. Ce qui comprend beaucoup d'autres animaux, outre les poissons proprement dits. - La Dorade. Les dorades sont comprises dans la quatrième famille des Acanthoptérygiens. L'espèce qu'indique ici Aristote est, dit Cuvier, un beau et bon poisson que les anciens nommaient Chrysophrys, Sourcil d'or, à cause d'une bande en croissant de couleur dorée, qui va d'un œil à l'autre. Voir Règne animal, tome ll, p. 182. Cuvier écrit Daurade et non Dorade; je ne sais pourquoi. Les dorades sont très abondantes dans la Méditerranée; et elles forment un manger délicat. - Loup de mer. Le bar commun, grand poisson, d'un goût excellent, le lupus des Romains, le labrax des Grecs, dit Cuvier, Règne animal, p. 133, tome II. Le labrax fait aussi partie de l'ordre des Acanthoptérygiens, première famille des Percoïdes ou Percides; voir Traité de Zoologie de M. Claus, p. 847. - L'anguille et le congre. Poissons fort ressemblants entre eux et de la même famille; Cuvier, Règne animal, tome II, pp. 318 et 350; et Traité de Zoologie de M. Claus, p. 834. - La murène. Qui se confond avec l'anguille. - Comme les serpents. Voir un passage tout pareil, dans le Traité du Mouvement des animaux d'Aristote, ch. VII, où il est question aussi de l'anguille et du congre. Pline a copié ce passage, liv. XI, ch. XXXVII, p. 371, édition Littré.

§ 4. La Pastenague. C'est le nom que les Latins ont donné au poisson qu'Aristote appelle le Trygon. Selon Pline, liv. IX, ch. LXXIII, édition Littré, la Pastenague est très redoutable, à cause de l'aiguillon qu'elle porte à la queue, dont elle tue les poissons et dont elle perce même les troncs d'arbre. La Pastenague, appelée aussi Trygon, du nom grec, par quelques naturalistes, fait partie des chondroptérygiens, à branchies fixes; voir Cuvier, Règne animal, tome II, p. 399; et Traité de Zoologie descriptive de M. Claus, p. 820. C'est une espèce de raie. - La grenouille de mer. Le texte dit simplement : « la grenouille »; mais il est évident que c'est de la grenouille de mer qu'il s'agit.

§ 5. Les mollusques. Le terme est bien général; les mollusques sont excessivement nombreux, formant à eux seuls la seconde grande division du règne animal et se divisant eux-mêmes en six classes : voir le Règne animal de Cuvier, tome III, pp. 1 à 180. Il y a des mollusques qui marchent, au moyen des protubérances charnues, fortes et allongées, avec lesquelles ils saisissent les objets. Certaine classe de mollusques s'appelle Céphalopodes, Ptéropodes et Gastéropodes. Mais Aristote a raison de dire que ce sont des apparences de pieds, plutôt que des pieds véritables. - Et le polype. MM. Aubert et Wimmer proposent de retrancher ces mots. - Marcher comme le polype. Si toutefois l'on peut dire que le polype marche tellement. Les polypes, appelés polypes d'Aristote, sont de l'espèce des seiches ou poulpes, qui sont également des mollusques: Cuvier, Règne animal, tome III, p. 12.

§ 6. Les crustacés. Les crustacés forment la première classe des animaux articulés; ils ont en général une carapace, qui recouvre leurs branchies; voir Cuvier. Règne animal, tome IV, pp.7 et suiv. - La langouste. Cuvier ne doute pas que l'animal ici désigné ne soit la langouste, de la famille des crustacés décapodes; voir Cuvier, Règne animal, tome IV, p. 81; en latin, Locusta. - Dans le sens de la queue. Les mots grecs ne semblent pas pouvoir présenter un autre sens. Ceci voudrait dire alors que la langouste nage en arrière. Je ne sais pas si le fait est exact. - Le cordyle. Voir plus haut, ch. I, § 12. - Le silure (ou Glanis). Le silure est un poisson rangé dans le second ordre des Malacoptérygiens; c'est un poisson d'eau douce et un des plus grands; il n'a pas d'écailles; sa peau est nue, ou formée de grandes plaques osseuses. Il y a des espèces qui ont sur le dos une forte épine, que l'animal peut dresser et qui devient alors fort dangereuse. Le Silure a été confondu souvent avec le Glanis; voir Cuvier, Règne animal, tome Il, p. 299. - Une petite bête. C'est le cordyle.

§ 7. L'aigle et l'épervier. Ces deux oiseaux présentent beaucoup d'espèce; voir Cuvier, Règne animal, tome 1, pp. 324 et 333. - Le hanneton. De l'ordre des Coléoptères, famille des Lamellicornes. Les naturalistes l'appellent aussi du nom grec Mélolonthta; voir Cuvier, Règne animal. tome IV, p. 558; et Traité de Zoologie de M. Claus, p. 641, Arthropodes. - Le renard-volant. Le texte dit simplement : « le renard ». Je n'ai pas trouvé à identifier cet insecte. - La chauve-souris. Voir plus haut, ch. 1, § 17.

§ 8. A ailes de cuir. Ou ailes membraneuses, comme celles de la chauve-souris. - N'ont pas de sang. Ou plutôt, ont un sang incolore, un sang blanc.

§ 9. Des serpents qui sont organisés de même. Le texte n'est pas plus clair; et ceci peut vouloir dire à la fois qu'il y a des serpents à deux pieds ou des serpents ailés. Aristote d'ailleurs n'affirme rien pour son propre compte; il ne fait que rapporter un récit : « On affirme ».  - L'Éthiopie, qui encore aujourd'hui est si peu accessible, l'était encore bien moins du temps des Anciens. Tout le Moyen-âge a cru aussi à des serpents ailés, ou dragons. - Les deux autres espèces. A ailes membraneuses et à ailes de duvet. MM. Aubert et Wimmer croient que les deux espèces désignées ici sont les notables à ailes membraneuses, pourvus de pieds et dépourvus de pieds.

§ 10. Qui n'ont pas de sang. Voir plus haut, § 8. - Coléoptères. Le nom est resté dans la zoologie moderne. - Les scarabées. Le terme employé dans le texte est aussi général que celui de ma traduction. Les scarabées présentent des espèces très nombreuses. On croit qu'il s'agit ici de celui qu'on appelle spécialement Ateuchus Sacer, ou Ateuchus des Égyptiens; voir Cuvier, Règne animal, tome IV, p. 533.

§ 11. D'une certaine grandeur. Cette définition est bien vague. - N'ont que deux ailes. Voir le § suivant, où ceci est répété.

§ 12. Pas un seul coléoptère n'a de dard. Voir Cuvier, Règne animal, tome IV, p. 352. - La mouche. Selon toute probabilité, il s'agit de notre mouche ordinaire, aussi commune en Grèce que dans le reste de l'Europe ; voir Cuvier, Règne animal, tome V, p. 509. - Le myope, id., ibid. p. 506.  - Le taon. Ou l'oestre, en conservant le mot grec, comme le fait la zoologie moderne; id., ibid., p. 500. - Le cousin. De la famille des némocères; le cousin commun (culex pipiens) est sans doute celui dont Aristote parle ici. Voir aussi le Traité de Zoologie de M. Claus, pp. 602, 603 et 607.

§ 13. Certains mollusques. Voir plus loin, liv. 1V, ch. 1, § 12, où Aristote parle de la grandeur extraordinaire de certains polypes. - De ce genre. Peut-être pourrait-on généraliser davantage cette observation ; et elle ne serait pas moins vraie appliquée à l'ensemble des animaux, au lien d'être appliquée seulement aux mollusques. - Dans la mer. En effet, les plus grands de tous les animaux sont les baleines.

§ 14. Par quatre points. C'est le mot même dont se sert le texte grec. - L'homme... l'oiseau. La conformité de plan est manifeste, quelques différences que présentent ces deux ordres d'animaux; chez les quadrupèdes comparés à l'homme, c'est encore plus évident.

§ 15. Les quadrupèdes. Cet ordre d'animaux aurait été placé plus convenablement à côté de l'homme, au paragraphe précèdent. - Les flexions du corps sont au nombre de quatre. Ceci est exact pour les quadrupèdes; ce ne l'est plus pour les poissons. - Ou de deux avec deux nageoires. En en comptant deux de chaque côté; mais il y a des poissons sans nageoires; et il serait difficile de trouver quatre flexions dans les serpents. Tous ces faits sont tellement évidents qu'il est probable qu'il y a ici quelque désordre dans le texte; mais les manuscrits n'offrent pas de variantes. MM. Aubert et Wimmer ont proposé quelques changements au texte grec.

§ 16. L'éphémère. Insecte névroptère, subulicorne; voir Cuvier, Règne animal, tome V, p. 241. - Le nom qu'elle porte. Le mot d'éphémère veut dire en effet : « Qui ne vit qu'un jour » et il paraît bien que, dans son état parfait, l'insecte ne vit réellement qu'un jour, et pour se reproduire uniquement; mais à l'état de larve, il vit beaucoup plus longtemps. Dans le Traité de Zoologie de M. Claus, p. 575, les éphémérides sont la seconde famille des amphibiotiques, insectes arthropodes. - Un volatile avec quatre pieds. Cette particularité n'a été remarquée que par Aristote. On ne la trouve pas signalée par les naturalistes modernes. Voir plus loin, liv. V, ch. XVII, § 19.

§ 17. Diamétral. C'est le mot même du texte; il est parfaitement juste. Le fait est évident pour les quadrupèdes aussi bien que pour l'homme; pour les polypèdes, l'auteur aurait bien fait d'être moins concis. - Deux pieds qui le commandent. Le texte dit précisément  «Deux pieds-chefs ». - Le crabe, famille des crustacés décapodes, brachyoures; Cuvier, Règne animal, tome IV, p. 30. - Seul qui ait quatre pieds de devant. Les naturalistes modernes n'ont pas retenu cette observation. Tout ce qui ils disent des pieds du crabe, c'est que ces pieds-mâchoires sont généralement plus courts et plus larges que dans les autres décapodes; voir le Traité de Zoologie de M. Claus, pp. 483 et 498, et Cuvier, loc. cit.

CHAPITRE VI Diversité des genres des animaux; les genres les plus étendus sont ceux des oiseaux, des poissons et des cétacés; coquillages durs; coquillages mous; mollusques; insectes; genres privés de sang; distinctions dans les quadrupèdes, vivipares, ovipares; distinctions plus ou moins précises des espèces. - Méthode à suivre dans l'histoire des animaux; il faut commencer par l'étude de l'homme, qui nous est le mieux connu de tous; étude préalable des parties organiques.

§ 1. Les autres genres d'animaux les plus étendus et leurs divisions principales sont les oiseaux, les poissons et les cétacés. Tous ces animaux ont du sang.

§ 2. Un autre genre [10]  est celui des testacés, qu'on appelle huîtres ou coquillages. Puis, le genre des animaux à coquilles molles (crustacés), pour lesquels il n'y a pas de nom unique qui les comprenne tous, tels que les langoustes, les cancres et les écrevisses; puis le genre des mollusques, comme la seiche, le grand et le petit calmar. Un autre genre est celui des insectes.

§ 3. Ces quatre genres sont tous privés de sang; et tous ceux d'entre eux qui ont des pieds [15] en ont un grand nombre. Parmi les insectes, quelques-uns sont volatiles.

§ 4. Les animaux autres que ceux-là ne forment pas de grandes classes ; car il n'y a plus pour eux de genre qui contienne plusieurs espèces. Parfois, l'espèce est simple et n'offre pas de différences spécifiques, comme pour l'homme, par exemple; d'autres fois, le genre renferme bien plusieurs espèces; mais elles n'ont pas reçu de nom particulier.

§ 5. Tous les quadrupèdes, qui ne sont pas [20] pourvus d'ailes, ont du sang; mais les uns sont vivipares; et les autres, ovipares. Les vivipares ne sont pas tous pourvus de poils; mais tous ceux des quadrupèdes qui sont ovipares ont des écailles, qui jouent un rôle semblable aux écailles des poissons.

§ 6. Le genre des serpents est sans pieds, quoique, par sa nature, il ait du sang et vive sur terre; leur peau est écailleuse. Tous les serpents [25] sont ovipares, excepté la vipère, qui est vivipare.

§ 7. D'ailleurs, tous les vivipares n'ont pas de poil; et c'est ainsi qu'il y a des vivipares parmi les poissons; mais les animaux qui sont pourvus de poils sont tous vivipares. Il faut du reste prendre aussi pour une espèce de poils ces poils en forme d'épines que portent les hérissons de terre et les porcs-épics. Ces épines en effet remplissent la fonction [30] de poils, mais non pas de pieds, comme celles des hérissons de mer.

§ 8. Dans le genre des quadrupèdes vivipares, il y a une foule d'espèces; mais elles n'ont pas reçu de nom ; on les désigne chacune pour ainsi dire comme on le fait pour l'homme, et l'on dit : le lion, le cerf, le cheval, le chien, et ainsi de suite. Cependant il y a un surnom [