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SIDOINE APOLLINAIRE

LETTRES

 

LIVRE II

Étude sur Sidoine Apollinaire et sur la société gallo-romaine au cinquième siècle.

avant-propos

Notice sur Sidoine Apollinaire


lettres  livre I  lettres livre III

 l

 

 

LIVRE SECOND.

LIBER SECUNDUS.

LETTRE I.

SIDONIUS A SON CHER ECDICIUS, SALUT.

EPISTOLA PRIMA.

Sidonius Ecdicio suo salutem.

Deux maux affligent également aujourd'hui tes Arvernes; quels maux, diras-tu ? la présence de Séronatus et ton absence. Pour parler d'abord de Séronatus, la fortune prévoyant, en quelque sorte, ce qui devait arriver, semble avoir joué sur son nom; c'est ainsi que nos ancêtres ont donné, par antiphrase, le nom de bella aux combats qui sont, de tous les désastres, les plus hideux ; c'est ainsi encore qu'ils ont appelé Parcae les destins qui n'épargnent personne. Le Catilina de notre, siècle est venu depuis peu des pays voisins de l'Adour; afin de mêler ici le sang des malheureux citoyens à la ruine de leurs fortunes, et d'achever parmi nous ce qu'il avait commencé, ailleurs. Sachez que son naturel féroce, longtemps dissimulé, se dévoile de jour en jour; il se montre envieux sans dissimulation, il feint avec bassesse, il s'enorgueillit comme un esclave, il commande en maître, il exige en tyran, il condamne en juge, il calomnie en barbare; armé tout le jour par la crainte, affamé par l'avarice, terrible par sa cupidité, cruel par sa vanité, il ne cesse ou de punir ou de commettre lui-même des larcins. C'est ouvertement et au milieu des rires, qu'il parle de combats avec les citoyens, de littérature avec les Barbares; sans avoir même les premiers principes de grammaire, il dicte publiquement et avec jactance des lettres qu'il retouche avec impudence. Tout ce qu'il convoite, il l'acquiert en quelque sorte, n'en donne pas le prix par dédain, n'en prend pas d'acte de vente faute d'espoir qu'on pût le trouver légitime. Il ordonne dans le conseil, il se tait dans les délibérations, il plaisante à l'église, il moralise dans les festins, il condamne dans sa chambre, il dort sur le tribunal. Chaque jour il remplit les forêts de fugitifs, les campagnes de citoyens, les temples de coupables et les prisons de clercs ; il loue les Goths, et insulte aux Romains ; il se moque des préfets, et s'entend avec les receveurs publics; foulant aux pieds les lois de Théodose, proposant celles de Théodoric, il recherche d'anciennes fautes et imagine de nouveaux tributs.

Débarrasse-toi donc promptement des affaires qui te retardent, et brise tous les obstacles qui peuvent te retenir. La liberté aux abois de nos citoyens tremblants soupire après ton retour. Quelle que soit la crainte ou l'espérance, on ne veut rien faire qu'avec toi et sous ta conduite. S'il n'y a point de ressources, point de secours à espérer de la république; si, comme on le dit, la puissance du prince Anthémius est nulle, la noblesse a résolu d'attendre ton avis pour quitter la patrie, ou pour embrasser l'état ecclésiastique.

Duo nunc pariter mala sustinent Arverni tui. Quaenam? inquis: praesentiam Seronati, et absentiam tuam. Seronati, inquam, de cujus ut primum etiam nomine loquar, sic mihi videtur quasi praescia futurorum lusisse fortuna, sicuti ex adverso majores nostri praelia quibus nihil est foedius, bella dixerunt: quique etiam pari contrarietate, fata, quae non parcerent, Parcas vocitavere. Rediit ipse Catilina saeculi nostri, nuper Aturribus, ut sanguinem fortunasque miserorum, quas ille ibi ex parte propinaverat, hic ex asse misceret. Scitote in eo per dies spiritum diu dissimulati furoris aperiri: aperte invidet, abjecte fingit, serviliter superbit: indicit ut dominus, exigit ut tyrannus, addicit ut judex, calumniatur ut barbarus, toto die a metu armatus, ab avaritia jejunus, a cupiditate terribilis, a vanitate crudelis; non cessat simul furta vel punire, vel facere; palam et ridentibus convocatis ructat inter cives pugnas, inter barbaros litteras: epistolas, ne primis quidem apicibus sufficienter initiatus, publice a jactantia dictat, ab impudentia emendat; totum quod concupiscit quasi comparat, nec dat pretia contemnens, nec accipit instrumenta desperans; in consilio tacet, in concilio jubet, in ecclesia jocatur, in convivio praedicat, in cubiculo damnat, in quaestione dormitat; implet quotidie silvas fugientibus, villas hospitibus, altaria reis, carceres clericis; exsultans Gothis, insultans Romanis, illudens praefectis, colludensque numerariis; leges Theodosianas calcans, Theodoricianasque proponens veteres culpas, nova tributa perquirit.

Proinde moras tuas citus explica, et quidquid illud est quod te retentat, incide. Te exspectat palpitantium civium extrema libertas. Quidquid sperandum, quidquid desperandum est, fieri te medio, te praesule, placet. Si nullae a republica vires, nulla praesidia, si nullae quantum rumor est. Anthemii principis opes: statuit te auctore nobilitas, seu patriam dimittere, seu capillos.

LETTRE II.

SIDONIUS A SON CHER DOMITIUS, SALUT.

EPISTOLA II.

Sidonius Domitio suo salutem.

Tu me querelles de ce que je suis à la campagne, lorsque je pourrais plutôt me plaindre de te voir aujourd'hui retenu à la ville. Déjà le printemps fait place à l'été, et le soleil, remontant vers le tropique du Cancer, s'avance à grands pas contre le pôle septentrional. Pourquoi te parler ici de notre climat? le Créateur l'a placé de manière à ce que nous fussions exposés aux chaleurs de l'occident. Que dire de plus? le monde est en feu, la glace fond au sommet des Alpes, et la sécheresse entrouvre partout le sein de la terre. Les gués n'ont plus d'eau, le limon se durcit sur le rivage, les champs ne présentent que poussière, les ruisseaux languissants ne se traînent plus qu'avec peine, et la chaleur fait bouillonner les ondes. Chacun sue maintenant ou sous la toile, ou sous la soie; mais toi, enveloppé d'un manteau qui recouvre d'autres habits, cloué de plus au fond d'une chaire dans le municipe de Camérino, tu expliques en bâillant à tes disciples, aussi pâles de chaleur que de crainte : Ma mire était de Samos. Hâte-toi donc, si tu tiens à ta santé, de te soustraire aux rues étroites de ta ville, où l'on ne peut respirer, et de venir au milieu de nous braver, dans une aimable retraite, les ardeurs de la canicule.

Veux-tu connaître la position de la campagne où je t'appelle? Nous sommes à Avitacum, c'est le nom de ma terre qui me vient de ma femme, et qui par-là m'est bien plus précieuse que celle que mon père m'a laissée. Nous y vivons, les miens et moi, dans une douce concorde, sous la protection divine, à moins que tu n'attribues notre bonheur à quelque enchantement. Au couchant, s'élève une montagne de terre escarpée toutefois, qui produit comme d'un double foyer des collines plus basses, éloignées l'une de l'autre d'environ quatre arpents. Jusqu'à ce que l'on découvre le champ qui sert de vestibule à notre domicile, les flancs des collines suivent en ligne droite une vallée placée au milieu, et se terminent au bord de notre villa dont les deux faces regardent l'une au midi, l'autre au septentrion. Du côté du sud-ouest, est un bain appuyé contre le pied d'un rocher couvert de bois; lorsqu'on abat les arbres qui l'ombragent, ils roulent comme d'eux-mêmes jusqu'à la bouche de la fournaise où l'on fait chauffer l'eau. Cette pièce est de la même grandeur que la salle des parfums qui l'avoisine, si toutefois l'on excepte le demi-cercle d'une cuve assez grande, dans laquelle l'eau bouillante vient se rendre par des tuyaux de plomb, qui traversent les murs. Dans l'appartement des bains, le jour est parfait, et cette brillante clarté augmente encore la pudeur de ceux qui s'y baignent. Près de là se trouve la pièce où l'on se rafraîchit; elle est vaste, et pourrait bien aisément le disputer aux piscines publiques. Le toit qui la couvre se termine en cône, dont les quatre côtés sont revêtus de tuiles creuses; cette salle est carrée, d'une étendue convenable, et d'une exacte proportion ; les domestiques ne s'embarrassent point dans leur service, elle peut contenir autant de sièges que le bord demi-circulaire de la cuve reçoit de personnes. L'architecte a percé deux fenêtres à l'endroit où commence la voûte, afin qu'on pût voir le goût avec lequel le plafond est construit. La face intérieure des murs ne présente qu'un enduit d'une extrême blancheur. Là, aucune peinture obscène, point de honteuse nudité qui, tout en faisant admirer l'art, vienne déshonorer l’artiste. On n'y voit point d'histrions, dans un costume et sous un masque ridicule, imiter Philistio par leur fard et la bigarrure de leurs couleurs. On n'y aperçoit aucun lutteur tâchant, par diverses attitudes, de vaincre son adversaire ou d'éluder ses coups ; aujourd'hui même, si les luttes offrent des postures indécentes, la chaste baguette des gymnasiarques les détruit sur le champ. On n'y trouve rien, en un mot, qui puisse alarmer la pudeur. Quelques vers néanmoins peuvent arrêter un instant les personnes qui entrent; ils sont de telle nature, qu'on n'est point tenté de les relire, qu'on ne regrette pas de les avoir lus.

En fait de marbres, on ne trouve chez moi ni ceux de Paros, ni ceux de Carystos, ni ceux de Proconissos, ni ceux de Phrygie, de Numidie ou de Sparte, avec leurs variétés; des pierres figurées en rochers éthiopiens, et en précipices que la pourpre colore, ne viennent point déguiser l'indigence de notre séjour. Mais si aucun marbre étranger ne l'enrichit, du moins cette humble habitation offre-t-elle la fraîcheur naturelle du pays. Pourquoi ne pas te dire ce que nous avons, plutôt que ce que nous n'avons pas? A l'extérieur et à l'orient du château se rattache une piscine, ou, si tu aimes mieux l'expression grecque, un baptistère qui contient environ vingt mille muids. C'est là qu'au sortir des bains chauds, l'on se rend par des passages ouverts dans le mur en forme de voûtes; au milieu de ce réservoir s'élèvent, non pas des pilastres, mais des colonnes que les plus habiles architectes appellent la pourpre des édifices. Six tuyaux, dirigés extérieurement autour de la piscine, amènent des torrents d'eau du sommet de la montagne ; ils sont terminés chacun par une tête de lion si bien exécutée, que les personnes qui entrent sans être prévenues croient effectivement voir des dents prêtes à les dévorer, des yeux étincelants de fureur, et une crinière qui se hérisse. Si les gens de la maison ou du dehors environnent le maître, comme le bruit des eaux dans leur chute empêche de s'entendre réciproquement, on se parle à l'oreille, et les conversations ainsi gênées par une cause extérieure, offrent un air mystérieux qui devient risible. En sortant de là, on trouve devant soi l'appartement des femmes ; le garde-manger est contigu à cette pièce, et n'est séparé que par une cloison du lieu où l'on fait la toile. De dessous le portique, soutenu moins par de pompeuses colonnes que par de simples piliers ronds, on découvre un lac du côté du levant. Près du vestibule, s'ouvre une longue allée couverte, qui n'est interrompue par aucun mur transversal ; cette allée n'offrant aucun point de vue, il me semble qu'on peut l'appeler, sinon un hippodrome, au moins une galerie fermée. Elle se rétrécit quelque peu à son extrémité, et forme une salle d'une admirable fraîcheur. La troupe babillarde des clientes et des nourrices se hâte, lorsque les miens et moi nous avons gagné la chambre à coucher, de venir s'y reposer sur des sièges placés exprès. De cette galerie, on passe dans l'appartement d'hiver; là, un feu quelquefois très grand charge de suie la voûte de la cheminée. Mais à quoi bon tous ces détails, puisque je ne t'invite pas à venir te chauffer? Il vaut beaucoup mieux te parler de choses relatives à toi et à la saison.

De l'appartement d'hiver on passe dans une petite salle à manger, d'où l'on découvre presque tout le lac; on peut aussi, depuis ce lac, apercevoir la salle. Elle offre un lit pour se mettre à table, et un très beau buffet. Au-dessus de ce bâtiment, est une plate-forme à laquelle on monte du portique par un escalier large et commode ; on y peut jouir tout à la fois des plaisirs de la table et d'une vue délicieuse. Si l'on t'apporte de l'eau de cette fontaine, renommée pour sa fraîcheur, tu verras soudain, quand elle sera versée dans les vases, se former des taches de neige et des parcelles nébuleuses ; une gelée subite obscurcira l'éclat des verres, comme ferait de la graisse. La liqueur répond aux coupes qui la contiennent, et les bords glacés de celles-ci rebuteraient, je ne dis pas ceux qui ne boivent point, mais encore les personnes les plus altérées. De là, tu verras les pécheurs faire avancer leur nacelle en plein lac, jeter leurs filets que des morceaux de liège retiennent arrêtés, ou bien, après avoir placé des signes de distance en distance, lancer à l'eau leurs lignes armées d'hameçons, ou enfin tendre des pièges aux truites avides, qui viendront la nuit se jeter dans ces embûches fraternelles; quel terme plus propre en effet puis-je employer ici, pour dire qu'un poisson est trompé par un poisson ?

Les repas finis, tu seras reçu dans un appartement que sa fraîcheur rend très agréable en été. Comme il est exposé au seul aquilon, il laisse entrer le jour sans être incommodé du soleil; auprès est une autre petite pièce, dans laquelle les valets, toujours assoupis, trouvent pins souvent place pour sommeiller, que pour dormir. Qu'il est doux ici d'entendre, vers le midi, le bruit des cigales ; sur le soir, le coassement des grenouilles; dans le plus profond silence de la nuit, le chant des cygnes, des oies et des coqs, puis les cris des corbeaux, saluant trois fois le flambeau pompeux de la naissante aurore, et, au point du jour, la voix de Philomèle cachée sous le feuillage, les gazouillements de Progné sur les branches touffues ! A ce concert viennent se mêler encore les sons rustiques de la flûte à sept trous, avec laquelle les vigilants Tityres de nos montagnes se disputent le prix du chant durant la nuit, au milieu des troupeaux qui font retentir leurs sonnettes en beuglant dans la prairie; ces voix, ces sons divers, favoriseront encore plus ton sommeil.

En sortant du portique, si l'on descend sur la verte pelouse, jusques au bord du lac, on trouve, à peu de distance, un bois ouvert à tout le monde; deux larges tilleuls, dont les branches sont unies, quoique leurs troncs soient séparés, forment un ombrage sous l'épaisseur duquel je joue quelquefois à la balle avec mon Ecdicius, lorsqu'il m'honore de sa présence. Ce plaisir dure jusqu'à ce que l'ombre ne s'étende pas au-delà de leurs rameaux; alors ils nous prêtent encore un abri contre les rayons du soleil, et là nous jouons aux dés pour nous remettre de notre fatigue.

Mais comme, après avoir achevé la description du bâtiment, je te dois celle du lac, écoute ce qui reste. Il dirige son cours vers l'est ; lorsque les vents soufflent et font enfler ses eaux, il mouille le pied de l'édifice qui est sur le rivage. L'endroit vers lequel il prend sa source présente un sol marécageux, rempli de précipices et tout-à-fait inaccessible; il s'y amasse une quantité de limon, que l'eau rend extrêmement gras; de tous côtés jaillissent des sources d'eau froides, et les bords sont tout couverts d'algues. Cependant, de petites barques sillonnent au loin la surface mobile du lac, alors que l'onde est tranquille; mais, s'il s'élève un tourbillon du côté du midi, les flots s'enflent alors d'une manière prodigieuse, et, jetée avec fracas au-dessus de la cime des arbres qui bordent le rivage, l'eau retombe sur eux en forme de pluie. Le lac, suivant les mesures appelées nautiques, a dix-sept stades de long. Il reçoit un fleuve dont les eaux, brisées contre les rochers, paraissent toutes blanches d'écume, et se perdent un peu au-dessous de l'endroit où les écueils semblent vouloir s'opposer à son passage. Cette rivière coule encore au-delà du lac, soit qu'elle le traverse sans mêler ses eaux avec les siennes, soit qu'elle les y mêle ; forcée de s'échapper par de petits couloirs souterrains, elle ne perd, dans ce passage, que les poissons qui ont suivi son cours; ceux-ci, repoussés dans une eau plus tranquille, y croissent promptement, et la blancheur de leur ventre fait ressortir la rougeur de leur chair ; ainsi, ne pouvant quitter le lac, ils trouvent dans leur corpulence même une sorte de prison vivante et portative.

A droite, le lac va serpentant ; les bords en sont coupés, et tout couverts de bois; le rivage du coté gauche est uni, découvert et tapissé d'herbes. Vers le sud-ouest, les arbres, dont le feuillage s'étend jusque sur l'eau, en font paraître la surface entièrement verte; car, si les eaux communiquent au sable leur couleur, elles reçoivent également la couleur des rameaux qu'elles réfléchissent. Du côté de l'orient, une autre couronne d'arbres colore aussi les flots d'une teinte verdâtre. Au nord, les eaux conservent leur aspect naturel; vers l'ouest, les bords sont remplis d'arbrisseaux de toute espèce, courbés souvent par le passage des barques. Tout auprès fléchissent des touffes de joncs, et sur les flots nagent les plantes grasses du marais; les saules verts ont toujours là des eaux douces pour entretenir leur amertume. Au milieu du lac se trouve une petite île, où s'élèvent, sur de grosses pierres naturellement amoncelées, des bouts de rames qui servent de borne à de nombreuses courses navales ; c'est là que les bateliers viennent faire de joyeux naufrages. Nos aïeux avaient coutume d'imiter en cet endroit les naumachies que la superstition troyenne avait établies à Drepano.

Pour ce qui concerne la campagne, quoique je ne me sois pas engagé à te la décrire, elle est couverte de bois dispersés çà et là; elle a des prairies émaillées de fleurs, des pâturages où abondent les troupeaux, des bergers riches de leurs épargnes. Mais je ne te retiens plus, car si je ne mettais fin à ma lettre, je craindrais que l'automne ne te trouvât encore occupé à la lire. Par conséquent, hâte-toi de venir, et tu te ménageras ainsi le moyen de t'en retourner plus tard. Pardonne-moi, si ma lettre trop minutieuse a dépassé les justes bornes, jalouse qu'elle était de n'épargner aucun détail ; toutefois, dans la crainte de t'ennuyer, je n'ai pas voulu tout dire. Un bon juge et un lecteur ingénieux appelleront grande, non pas la page qui décrit une campagne spacieuse, mais cette campagne elle-même. Adieu.

Ruri me esse causaris, cum mihi potius queri suppetat te nunc urbe retineri. Jam ver decedit aestati, et per lineas sol altatus extremas, in axem Scythicum radio peregrinante porrigitur. Hic quid de regionis nostrae climate loquar? cujus spatia divinum sic tetendit opificium, ut magis vaporibus orbis occidui subjiceremur. Quid plura? Mundus incanduit, glacies Alpina deletur, et hiulcis arentium rimarum flexibus terra perscribitur, squalet glarea in vadis, limus in ripis, pulvis in campis, aqua ipsa quaecunque perpetuo labens, tractu cunctante languescit. Jam non solum calet unda, sed coquitur; et nunc dum in carbaso sudat unus, alter in bombyce, tu endromidatus exterius, interius fasciatus; insuper et concava municipii Camerini sede compressus, discipulis non aestu minus quam timore pallentibus, exponere oscitabundus ordiris, Samia mihi mater fuit. Quin tu mage, si quid salubre tibi cordi, raptim subduceris anhelantibus angustiis civitatis, et conturbernio nostro aventer insertus, fallis clementissimo recessu inclementiam canicularem?

Sane si placet, quis sit agri in quem vocaris, situs accipe. Avitaci sumus; nomen hoc praedio: quod quia uxorium patrio mihi dulcius. Haec mihi cum meis, praesule Deo, nisi quid tu fascinum verere, concordia. Mons ab occasu quanquam terrenus, arduus tamen inferiores sibi colles tanquam gemino fomite effundit, quatuor a se circiter jugerum latitudine abductos. Sed donec domicilio competens vestibuli campus aperitur, mediam vallem rectis tractibus prosequuntur latera clivorum, usque in marginem villae, quae in Boream Austrumque conversis frontibus tenditur. Balneum ab Africo radicibus nemorosae rupis adhaerescit; et si caedua per jugum silva truncetur, in ora fornacis lapsu velut spontaneo, deciduis struibus impingitur. Hinc aquarum surgit cella coctilium; quae consequenti unguentariae spatii parilitate conquadrat, excepto solii capacis hemicyclio: ubi et vis ferventis undae per parietem foraminatum flexilis plumbi meatibus implicita singultat. Intra conclave succensum solidus dies, et haec abundantia lucis inclusae, ut verecundos quosque compellat aliquid se plus putare quam nudos. Hinc frigidaria dilatatur, quae piscinas publicis operibus exstructas non impudenter aemularetur. Primum tecti apice in conum cacuminato, cum ab angulis quadrifariam concurrentia dorsa cristarum tegulis interjacentibus imbricarentur; ipsa vero convenientibus mensuris exactissima spatiositate quadratur: ita ut ministeriorum sese non impediente famulatu, tot possit recipere sellas, quot solii sigma personas. Fenestras e regione conditor binas confinio camerae pendentis admovit, ut suspicientum visui fabrefactum lacunar aperiret. Interior parietum facies solo laevigati caementi candore contenta est. Non hic per nudam pictorum corporum pulchritudinem turpis prostat historia; quae sicut ornat artem, sic devenustat artificem. Absunt ridiculi vestitu et vultibus histriones, pigmentis multicoloribus Philistionis supellectilem mentientes. Absunt lubrici, tortuosique pugillatu et nexibus palaestritae: quorum etiam viventum luctas, si involvantur obscenius, casta confestim gymnasiarchorum virga dissolvit. Quid plura? nihil illis paginis impressum reperietur, quod non vidisse sit sanctius. Pauci tamen versiculi lectorem adventitium remorabuntur, minime improbo temperamento; quia eos nec relegisse desiderio est, nec perlegisse fastidio.

Jam si marmora inquiras, non illic quidem Paros, Carystos, Proconissos, Phryges, Numidae, Spartiatae, rupium variatarum posuere crustas; neque per scopulos Aethiopicos, et abrupta purpurea genuino fucata conchylio, sparsum mihi saxa furfurem mentiuntur. Sed etsi nullo peregrinarum cautium rigore ditamur, habent tamen tuguria seu mapalia nostra civicum frigus. Quin potius quid habeamus quam quid non habeamus ausculta. Huic basilicae appendix piscina forinsecus, seu si graecari mavis, baptisterium ab Oriente connectitur, quod viginti circiter modiorum millia capit. Huc elutis e calore venientibus triplex medii parietis aditus per arcuata intervalla reseratur: nec pilae sunt mediae, sed columnae, quas architecti peritiores aedificiorum purpuras nuncupavere. In hanc ergo piscinam fluentum de supercilio montis elicitum, canalibusque circumactis per exteriora natatoriae latera curvatum, sex fistulae prominentes leonum simulatis capitibus effundunt; quae temere ingressis veras dentium crates, meros oculorum furores, certas cervicum jubas imaginabuntur. Hic si dominum seu domestica, seu hospitalis turba circumstet, quia prae strepitu caduci fluminis, mutuae vocum vices minus intelliguntur, in aurem sibi populus confabulatur: ita sonitu pressus alieno ridiculum affectat publicus sermo secretum. Hinc egressis frons triclinii matronalis offertur; cui continuatur vicinante textrino cella penuaria, discriminata tantum pariete castrensi. Ab ortu lacum porticus intuetur, magis rotundatis fulta collyriis, quam columnis invidiosa monubilibus. A parte vestibuli longitudo tecta interius patet, mediis non interpellata parietibus: quae quia nihil ipsa prospectat, et si non hypodromus, saltim cryptoporticus meo mihi jure vocitabitur. Haec tamen aliquid spatio suo in extimo deambulacri capite defrudans, efficit membrum bene frigidum, ubi publico lectisternio exstructo, clientarum sive nutricum loquacissimus chorus receptui canit, cum ego meique dormitorium cubiculum petierimus. A cryptoporticu in hiemale triclinium venitur, quod arcuatili camino saepe ignis animatus pulla fuligine infecit. Sed quid haec tibi, quem nunc ad focum minime invito? quin potius ad te, tempusque pertinentia loquar.

Ex hoc triclinio fit in diaetam sive coenatiunculam transitus, cui fere totus lacus, quaeque tota lacui patet. In hac stibadium, et nitens abacus: in quorum aream, sive suggestum, a subjecta porticu sensim, non breviatis angustatisque gradibus ascenditur. Quo loci recumbens, si quid inter edendum vacas, prospiciendi voluptatibus occuparis. Jam si tibi ex illo conclamantissimo fontium decocta referatur, videbis in calicibus repente perfusis nivalium maculas ac frusta nebularum; et illam lucem lubricam poculorum, quadam quasi pinguedine subiti algoris hebetatam. Tum respondentes poculis potiones, quarum rigentes cyathi siticuloso cuique, ne dicam tibi granditer abstemio, metuerentur. Hinc jam spectabis ut promoveat alnum piscator in pelagus; ut stataria retia suberinis corticibus extendat, aut signis per certa intervalla dispositis, tractus funium librentur hamati: scilicet ut nocturnis per lacum excursibus rapacissimi salares in consanguineas agantur insidias. Quid enim hic congruentius dixerim, cum piscis pisce decipitur?

Edulibus terminatis, excipiet te diversorium, quia minime aestuosum, maxime aestivum. Nam per hoc, quod in aquilonem solum patescit, habet diem, non habet solem, interjecto consistorio perangusto, ubi somnolentiae cubiculariorum dormitandi potius quam dormiendi locus est. Hic jam quam volupe est auribus insonare cicadas meridie concrepantes, ranas crepusculo incumbente blaterantes, cycnos atque anseres concubia nocte clangentes, intempesta gallos gallinaceos concinentes, oscines corvos voce triplicata puniceam surgentis aurorae facem consalutantes; diluculo ante philomelam inter frutices sibilantem, prognem inter asseres minurientem? Cui concentui licebit adjungas fistulae septitoris armentalem camoenam, quam saepe nocturnis carminum certaminibus insomnes nostrorum montium Tityri exercent, inter greges tinnibulatos per depasta buceta reboantes: quae tamen varia vocum cantuumque certamina, profundius confovendo sopori tuo lenocinabuntur.

Porticibus egresso, si portum littoris petas, in area virenti, vulgare quanquam, non procul nemus: ingentes tiliae duae, connexis frondibus, fomitibus abjunctis, unam umbram non una radice conficiunt: in cujus opacitate, cum me meus Ecdicius illustrat, pilae vacamus: sed hoc eo usque, donec arborum imago contractior, intra spatium ramorum recussa cohibeatur; atque illic aleatorium lassis consumpto sphaeristerio faciat.

Sed quia tibi sicut aedificium solvi, sic lacum debeo, quod restat agnosce. Lacus in Eurum defluus meat, ejusque arenis fundamenta impressa domicilii, ventis motantibus aestuans humectat alluvio. Is quidem sane circa principia sui, solo palustri voraginosus, et vestigio inspectoris inadibilis est: ita limi bibuli pinguedo coalescit, ambientibus sese fontibus algidis, littoribus algosis. Attamen pelagi mobilis campus cymbulis late secatur pervagabilibus, si flabra posuere. Si turbo Austrinus insorduit, immane turgescit; ita ut arborum comis quae margini insistunt, superjectae asperginis fragor impluat. Ipse autem secundum mensuras quas ferunt nauticas, in decem et septem stadia procedit. Fluvio intratur, qui salebratim saxorum obicibus affractus spumoso canescit impulsu, et nec longum scopulis praecipitibus exemptus, lacu conditur: quem fors fuat, an incurrat, an faciat, praeterit certe, coactus per cola subterranea deliquari, non ut fluctibus, sed ut piscibus pauperaretur: qui repulsi in gurgitem pigriorem, carnes rubras albis abdominibus extendunt. Ita illis nec redire valentibus, nec exire permissis, quemdam vivum et circumlatitium carcerem corpulentia facit.

Lacus ipse qua dexter, incisus, flexuosus, nemorosusque; qua laevus, patens, herbosus, aequalis. Aequor ab Africo viride per littus, quia in undam fronde porrecta, ut glareas aqua, sic aquas umbra perfundit. Hujusmodi colorem ab Oriente par silvarum corona continuat: per Arctoum latus, ut pelago natura, sic species; a Zephyro plebeius et tumultuarius frutex, frequenterque lemborum superlabentum ponderibus inflexus. Hunc circa lubrici scirporum cirri plicantur simulque pingues ulvarum paginae natant, salicumque glaucarum fota semper dulcibus aquis amaritudo. In medio profundi brevis insula, ubi supra molares naturaliter aggeratos, per impactorum puncta remorum navalibus trita gyris meta protuberat, ad quam se jocunda ludentum naufragia collidunt. Nam moris istic fuit senioribus nostris agonem Drepanitanum Trojanae superstitionis imitari.

Jam vero ager ipse, quanquam hoc supra debitum, diffusus in silvis, pictus in pratis, pecorosus in pascuis, in pastoribus peculiosus. Sed non amplius moror, ne, si longior stylo terminus, relegentem te autumnus inveniat. Proinde mihi tribue veniendi celeritatem, nam redeundi moram tibi ipse praestabis: daturus hinc veniam, quod brevitatem sibi debitam paulo scrupulosior epistola excessit, dum totum ruris situm sollicita rimatur, quae tamen submovendi fastidii studio nec cuncta perstrinxit. Quapropter bonus arbiter, et artifex lector non paginam quae spatia describit, sed villam quae spatiosa describitur, grandem pronuntiabunt. Vale.

LETTRE III.

SIDONIUS A SON CHER FELIX, SALUT.

EPISTOLA III.

Sidonius Felici suo salutem.

Je me réjouis, mon digne maître, de ce que tu as obtenu les insignes d'un haut rang; mais je ne me réjouis pas moins de ce que tu m'as envoyé un message tout exprès pour me l'annoncer ; car, quoique à présent tu sois le magistrat le plus élevé, et que la dignité patricienne, après tant de siècles, rentre aujourd'hui dans les lares Philagriens, grâce à ta seule félicité, tu sais trouver toutefois, ô le plus constant des amis, le moyen de rehausser encore tes honneurs par des manières affables, et, chose bien rare, d'ajouter à ton élévation par l'abaissement de ta modestie. C'est ainsi qu'autrefois la faveur publique préféra Q. Fabius, maître de la cavalerie, à l'inflexibilité dictatoriale et à l'orgueil de Papirius. C'est ainsi que la constante popularité de Cn. Pompeius le plaça au-dessus de ses rivaux. C'est ainsi que Germanicus étouffa, par l'amour de tout l'empire, la jalousie de Tibère. Je ne veux donc pas que la munificence du prince aille s'applaudir de tes succès, puisque, après tout, elle ne t'a donné que ce que tu aurais obtenu malgré nous et en nous dépassant. Ce qui t'appartient d'une manière spéciale, ton mérite particulier, c'est que, n'ayant pas d'envieux, tu ne trouves pas non plus de rivaux. Adieu.

Gaudeo te, domine major, amplissimae dignitatis infulas consecutum. Sed id mihi ob hoc solum destinato tabellario nuntiatum non minus gaudeo. Nam licet in praesentiarum sis potissimus magistratus, et in lares Philagrianos patricius apex tantis post saeculis, tua tantum felicitate remeaverit: invenis tamen, vir amicitiarum servantissime, qualiter honorum tuorum crescat communione fastigium, raroque genere exempli altitudinem tuam humilitate sublimas. Sic quondam Q. Fabium magistrum equitum dictatorio rigori, et Papirianae superbiae favor publicus praetulit. Sic et Cn. Pompeium super aemulos extulit nunquam fastidita popularitas. Sic invidiam Tiberianam pressit universitatis amore Germanicus. Quocirca nolo sibi de successibus tuis principalia beneficia plurimum blandiantur; quae nihil tibi amplius conferre potuerunt, quam ut si id noluissimus, transiremus inviti. Illud peculiare tuum est, illud gratiae singularis, quod tam qui te aemulentur non habes, quam non invenis qui sequantur. Vale.

LETTRE IV.

SIDONIUS A SON CHER SYAGRIUS, SALUT.

EPISTOLA IV.

Sidonius Syagrio suo salutem.

L'illustre Projectus, distingué par sa naissance, remarquable par son père et son oncle, et que recommande aussi un aïeul, pontife rempli de mérite, vient avec empressement, si cela ne te déplaît pas, se jeter, dans le sein de ton amitié. La splendeur de sa famille, la probité de ses mœurs, l'étendue de son patrimoine, l'éclat de sa jeunesse, tout contribue à le rendre digne des premiers partis; mais, avec cela, il se croira parvenu au comble du bonheur le plus parfait, s'il est admis dans l'intimité de ta grâce. Bien qu'il ait demandé et obtenu de sa mère (Dieu veuille en cela lui devenir favorable!) la fille de l'illustre Optantius, mort assez récemment, il pense toutefois que ses vœux sont loin d'être accomplis, s'il n'obtient ton consentement à cet égard, ou par son assiduité ou par l'entremise de mes prières. Car, en tout ce qui concerne la jeune fille, tu remplaces Optantius par ta sollicitude généreuse, tu as pour cette enfant l'affection d'un père, l'autorité d'un patron, les soins d'un tuteur. Donc, puisque tu es digne que les personnes même les plus éloignées recherchent avec empressement la discipline si vantée de ta maison, accorde, comme doit le faire un homme d'honneur, une réponse favorable à la timidité suppliante d'un amant. Sollicité d'une pareille manière, lorsque tu devrais désirer que ta pupille fût demandée par Projectus, ne crains pas de la lui donner, maintenant qu'elle est promise ; car tu tiens de ton mérite une si grande autorité sur la jeune fille, qu'Optantius, fût-il même vivant, ne pourrait en avoir plus. Adieu.

Vir clarissimus Projectus domi nobilis, et patre patruoque spectabilibus, avo etiam praestantissimo sacerdote conspicuus, amicitiarum tuarum, nisi respuis, avidissime sinibus infertur: et cum illi familiae splendor, probitas morum, patrimonii facultas, juventutis alacritas, in omne decus pari lance conquadrent; ita demum sibi tamen videbitur ad arcem fastigatissimae felicitatis evectus, si gratiae tuae sodalitate potiatur. Optantii clarissimi viri nuper vita functi filiam, quod Deo prosperante, succedat, licet in conjugium petierit, obtinueritque a matre pupillae; parum tamen votorum suorum promotum censet effectum, nisi assensum tuum super his omnibus, seu sedulitate sua, seu precatu nostrae intercessionis adipiscitur. Namque ipse quantum ad institutionem spectat puellae in locum mortui patris curarum participatione succedis, conferendo virgini parentis affectum, patroni auctoritatem, tutoris officium. Quocirca quia dignus es ut domus tuae celeberrimam disciplinam, etiam procul positorum petat ambitus, sicut decet bonarum partium viros, benignitate responsi proci supplicis verecundiam munerare; et qui ita expetitus deberes illi expetere pollicendam, securus permitte promissam: quia sic te conditioni huic meritorum ratio praefecit, ut nec superstiti Optantio in liberos suos decuerit plus licere. Vale.

LETTRE V.

SIDONIUS A SON CHER PETRONIUS, SALUT.

EPISTOLA V.

Sidonius Petronio suo salutem.

Joannes, mon ami, jeté dans l'inextricable labyrinthe d'une affaire très embarrassante, ignore ce qu'il doit dédaigner, ce qu'il doit désirer, tant que votre science, ou un savoir égal au votre, si toutefois il en est, n'aura pas examiné la valeur de ses titres. La forme de ce procès, en quelque sorte à deux faces, est tellement compliquée, qu'il ne sait plus, dans son exposé, ce qu'il faut défendre, ni ce qu'il faut combattre. En conséquence, je vous prie instamment d'étudier ses papiers, de lui dire s'il a quelque droit, lui exposant ce qu'il peut objecter, ce qu'il peut réfuter, et comment il doit s'y prendre. Nous ne craindrons pas que le cours de cette affaire, s'il trouve sa source dans vos conseils, vienne à être affaibli et détourné par les menées des opposants. Adieu.

Joannes familiaris meus inextricabilem labyrinthum negotii multiplicis incurrit, et donec suarum merita chartarum, vel vestra scientia, vel si qua est vestrae, si tamen est ulla, similis inspexerit, quid respuat quidve optet ignorat. Ita se quodam modo bipertitae litis forma confundit, ut propositio sua, quem actionis ordinem propugnatura, quem sit impugnatura, non noverit. Pro quo precem sedulam fundo, ut perspectis chartulis suis, si quid jure competit instruatis; quae qualiterve sint objicienda, quae refellenda monstrantes. Non enim verebimur, quod causae istius cursus, si de vestri manaverit fonte consilii, ulla contrastantium derivatione tenuetur. Vale.

LETTRE VI.

SIDONIUS A SON CHER PEGASIUS, SALUT.

EPISTOLA VI.

Sidonius Pegasio suo salutem.

C'est un proverbe assez répandu, que souvent un retard est une bonne chose, comme nous venons de l'éprouver. Menstruanus, ton ami, que nous avons eu longtemps avec nous, a mérité de trouver place parmi les personnes qui nous sont chères, qui nous sont attachées ; c'est un homme agréable, élégant, modeste, sobre, économe, religieux, et doué d'un tel caractère, que, s'il est admis à l'amitié de quelques hommes de bien, il ne procure pas lui-même un avantage moindre que celui qu'il reçoit Je ne t'écris pas cela, comme si tu l'ignorais ; mais c'est que je veux manifester ma pensée. Ainsi donc, triple sujet de se réjouir : pour toi d'abord, qui as le bonheur de former ou de choisir de tels amis ; ensuite pour les Arvernes, qui ont été flattés assurément du mérite que tu as su voir en lui, je n'en doute pas; enfin, pour Pégasius, dont les gens de bien s'accordent à faire l'éloge. Adieu.

Proverbialiter celebre est saepe moram esse meliorem, sicuti et nunc experti sumus. Menstruanus amicus tuus longo istic tempore inspectus, meruit inter personas nobis quoque caras devinctasque censeri: opportunus, elegans, verecundus, sobrius, parcus, religiosus, et his morum dotibus praeditus, ut quoties in boni cujusque asciscitur amicitias, non amplius consequatur beneficii ipse quam tribuat. Haec tibi non ut ignoranti, sed ut judicio meo satisfacerem, scripsi. Quamobrem triplex causa laetandi: tibi prima, cui amicos sic aut instituere, aut eligere contingit; Arvernis secunda, quibus hoc in eo placuisse confirmo, quod te probasse non ambigo; illi tertia, de quo boni quique bona quaeque judicaverunt. Vale.

LETTRE VII.

SIDONIUS A SON CHER EXPLICIUS, SALUT.

EPISTOLA VII.

Sidonius Explicio suo salutem.

Comme votre justice est avec raison vénérée de tout le monde, parce qu'on a fait souvent l'épreuve de votre droiture, c'est volontiers et avec empressement que je recommande à vos lumières toutes les personnes qui demandent cela ; car je désire me délivrer au plus tôt des ennuis de la discussion, et les soulager, elles, du fardeau de l'inimitié. C'est ce qui arrivera, si tu ne vas pas, conseiller modeste, refuser d'entendre toute la plainte des parties ; quoique, au reste, en accordant difficilement ta présence aux personnes litigantes, tu prouves que tu jugeras bien. Car, où est celui qui n'ambitionne point d'être choisi pour arbitre, afin d'accorder quelque chose à l'argent ou à la faveur ? Excuse donc ceux qui volent en toute hâte vers le tribunal de ta sainte conscience; le vaincu n'accuse pas tes décisions, comme ferait un sot; le vainqueur ne s'en moque pas, comme ferait un esprit subtil ; par égard pour la vérité, les condamnés te conservent du respect, les absous te marquent leur gratitude.

En conséquence, je te prie instamment de prononcer entre Aléthius et Paulus, sur le sujet de leurs débats, aussitôt qu'ils te l'auront exposé. Car, si je ne me trompe, la modération toute seule de ton caractère saura, bien plus que les sentences des Décemvirs et des Pontifes, remédier, avec ta sagesse accoutumée, au mal de cette querelle presque interminable. Adieu.

Quia justitia vestra jure fit universitati per complura recti experimenta venerabilis, idcirco singulas quasque personas id ipsum efflagitantes in examen vestrum libens et avidus emitto, quamprimum ambiens, me discussionis, illos simultatis onere laxari: quod demum ita sequetur, si non ex solido querimonias partium verecundus censor excludas: quanquam et hoc ipsum, quod copiam tui jurgantibus difficile concedis, indicium sit bene judicaturi. Quis enim se non ambiat arbitrum legi, aut pretio aliquid indulturus, aut gratiae? Igitur ignosce ad tam sanctae conscientiae praerogativam raptim perniciterque properantibus: quandoquidem sententiam tuam, nec victus ut stolidus accusat; nec victor ut argutus irridet; veritatisque respectu dependunt tibi addicti reverentiam, gratiam liberati.

Proinde impense obsecro, ut inter Alethium et Paulum, quae veniunt in disceptationem, mox ut utrinque fuerint opposita, discingas. Namque, ni fallor, supra decemvirales, pontificalesque sententias, aegritudini hujus prope interminabilis jurgii, sola morum tuorum temperantia solita judicandi salubritate medicabitur. Vale.

LETTRE VIII.

SIDONIUS A SON CHER DESIDERATUS, SALUT.

EPISTOLA VIII.

Sidonius Desiderato suo salutem.

C'est avec une extrême douleur que je t'annonce cette nouvelle. Nous avons perdu, voilà trois jours, au milieu du deuil général, la matrone Philimatia, épouse soumise, maîtresse indulgente, mère utile, fille pieuse, qui méritait chez elle et au-dehors les hommages de ses inférieurs, les égards de ses supérieurs, l'affection de ses égaux. Unique enfant d'une mère qui depuis longtemps n'était plus, elle avait, à force de tendres caresses, empêché que son père, jeune encore, ne désirât un rejeton d'un autre sexe. Maintenant, par un trépas soudain, elle plonge son mari dans le veuvage, son père dans un cruel abandon. Ajoute à cela que cette mort prématurée livre au deuil cinq enfants, tristes fruits d'une malheureuse fécondité. Ces jeunes orphelins, s'ils avaient, au lieu de leur mère, perdu un père faible depuis longtemps, sembleraient peut-être moins délaissés. Toutefois, si ce ne sont pas de vains honneurs ceux que l’on rend à nos corps, Philimatia n'a point été inhumée par le ministère sinistre des vespillones et des sandapilaires ; mais, comme tout le monde et les étrangers même touchaient, arrêtaient et baisaient son cercueil, reçue par les mains des prêtres et de ses proches, elle fut portée aux éternelles demeures, plus semblable à une personne endormie qu'à une personne défunte. Ensuite, d'après la demande de son malheureux père, j'ai dicté, les yeux encore brûlants de larmes, une nénie funèbre, non pas en vers élégiaques, mais en vers hendécasyllabes, que l'on a gravés sur le marbre. Si elle trouve grâce devant toi, mon libraire pourra la joindre au recueil de mes épigrammes ; si elle ne te plaît pas, c'est assez qu'une méchante pièce soit mise sur la pierre. Voici donc cette épitaphe :

« Ravie par un trépas subit et cruel à ses cinq enfants, à son père, à son époux, la matrone Philimatia repose dans ce tombeau, où l'ont placée les mains de ses concitoyens en pleurs. O femme, l'honneur de ta race, la gloire de ton mari, prudente, chaste, modeste, sévère, douce, et digne d'être imitée par les vieillards eux-mêmes, tu as su, grâce à la facilité de ton caractère, allier bien des choses qu'on regarde comme inconciliables ! Un abandon plein de gravité, une pudeur pleine d'enjouement furent les douces compagnes de ta vie. Voilà pourquoi nous sommes si tristes que tu aies à peine vu ton sixième lustre, et qu'à la fleur de ton âge il nous ait fallu, bien avant l'heure, te rendre les derniers devoirs. »

Que mes vers te plaisent ou non, hâte-toi, viens au plus tôt à la ville ; car tu dois des consolations aux familles affligées de deux citoyens. Remplis ce pieux office, et plaise au Ciel qu'on n'ait jamais à le remplir envers toi!

Moestissimus haec tibi nuntio. Decessit nudius tertius, non absque justitio, matrona Filimatia, morigera conjux, domina clemens, utilis mater, pia filia: cui debuerit domi forisque persona minor obsequium, major officium, aequalis affectum. Haec cum esset unica jamdiu matri amissae, facile diversis blandimentorum generibus effecerat, ne patri adhuc juveni sobole, sexus alterius desideraretur. Nunc autem per subita suprema virium caelibatu, patrem orbitate confodit. His additur, quod quinque liberum parens immaturo exitu reddidit infortunatam fecunditatem. Qui parvuli, si matre sospite perdidissent jamdiu debilem patrem, minus pupilli existimarentur. Hanc tamen, si quis haud incassum honor cadaveribus impenditur, non vespillonum sandapilariorumque ministeria ominosa tumulavere: sed cum Libitinam ipsam flentes omnes externi quoque prensitarent, remorarentur, exoscularentur, sacerdotum propinquorumque manibus excepta, perpetuis sedibus dormienti similior illata est. Post quae, precatu parentis orbati, naeniam funebrem, non per elegos sed per hendecasyllabos, marmori incisam, planctu prope calente dictavi. Quam si non satis improbas, caeteris epigrammatum meorum voluminibus applicandam mercenarius bibliopola suscipiet. Si quid secus, sufficit saxo carmen saxeum contineri. Hoc enim epitaphium est.

Occasu celeri feroque raptam
Natis quinque, patrique, conjugique,
Hoc flentis patriae manus locarunt
Matronam Philimatiam sepulcro.
O splendor generis, decus mariti.
Prudens, casta, decens, severa, dulcis,
Atque ipsis senioribus sequenda:
Discordantia quae solent putari,
Morum commoditate copulasti.
Nam vitae comites bonae fuerunt,
Libertas gravis, et pudor facetus.
Hinc est quod decimam tuae saluti
Vix actam trieteridem dolemus,
Atque in temporibus vigentis aevi,

Injuste tibi justa persoluta.

Placeat tibi carmen nec ne, tu propera, civitatemque festinus invise. Debes enim consolationis officium duorum civium domibus afflictis. Quod ita solvas, Deum quaeso, ne unquam tibi redhibeatur.

LETTRE IX.

SIDONIUS A SON CHER DONIDIUS, SALUT.

EPISTOLA IX.

Sidonius Donidio suo salutem.

Tu me demandes pourquoi je diffère si longtemps mon retour de Nîmes, après lequel tu soupires avec ardeur; je vais l'exposer les motifs qui ont prolongé mon séjour, et je ne tarde pas à le faire, parce que les choses qui me sont agréables te plaisent aussi à toi. Au milieu des plus belles campagnes, chez les seigneurs les plus aimables, Ferréolus et Apollinaris, j'ai passé le temps le plus délicieux. Leurs terres sont contiguës, leurs domiciles voisins, et l'intervalle qui les sépare n'est qu'une promenade, un peu longue pour un homme à pied, trop courte pour un homme à cheval. Les coteaux qui dominent leurs habitations sont plantés de vignes et d'oliviers ; vous diriez les sommets d'Aracynthe et de Nysa, si vantés par les poètes. De l'une des deux maisons, vous apercevez les plaines et un pays découvert ; de l'autre, de vastes forêts ; mais toutefois leurs sites différents procurent un égal plaisir. Au reste, que vous parlé-je de la position de ces terres, quand je dois vous raconter la manière dont on m'y a reçu?,

D'abord des hommes intelligents avaient été apostés pour épier notre arrivée; les deux seigneurs avaient fait occuper non seulement les grands chemins, mais aussi les chemins tortueux et détournés, et jusqu'aux sentiers fréquentés par les bergers, afin qu'il nous fut impossible d'échapper aux embûches officieuses que nous tendait l'amitié. Nous tombâmes dans le piège, je l'avoue, mais sans que ce fût contre notre gré, et l'on nous fit jurer sur le champ de ne pas songer à poursuivre notre route avant que sept jours ne se fussent écoulés. Chaque matin il s'élevait entre nos deux hôtes une contestation flatteuse pour nous, afin de savoir lequel des deux nous aurait ce jour-là, et quelle cuisine fumerait en notre honneur. L'alternative ne pouvait accorder leur différend, quoique je fusse lié à l'une des maisons par le sang, et à l'autre par mes proches; car, outre l'amitié qui m'unit à l'ancien préfet Ferréolus, son grand âge et sa dignité lui donnaient le droit d'obtenir la préférence. Nous volions chez eux de plaisirs en plaisirs. A peine avait-on mis le pied sous le vestibule de l'un ou de l'autre, que l’on voyait ici les bandes des joueurs de paume s'agiter dans l'arène circulaire, et que là, à travers les voix bruyantes de quelques autres joueurs, on entendait bruire les cornets et les dés. Ailleurs, beaucoup de livres, tu dirais des tablettes destinées aux ouvrages de grammaire, ou les degrés de l'Athénée, ou enfin les armoires qui remplissent les boutiques des libraires. Tout est disposé de manière que les tablettes des matrones contiennent des livres de piété, et que les gradins des pères de famille sont enrichis des plus beaux ouvrages de l'éloquence latine. Différents auteurs ont employé avec un même succès le même langage pour traiter des sujets différons ; aussi l'on y voit Augustin, Varron, Horace et Prudence, hommes d'un savoir égal. Parmi tous ces auteurs, celui qui intéressait le plus les personnes de notre croyance, est Adamantius Origènes, traduit excellemment par Turranius Rufinus. Chacun, selon qu'il l'affectionnait plus ou moins, pensait et parlait de lui diversement. Pourquoi certains Protomystes le rejetaient-ils comme un docteur violent et à craindre? Pourtant ses expressions et ses pensées ont été rendues avec une telle fidélité, qu'Apulée n'a pas mieux reproduit le Phoedon de Platon, ni Tullius le Ctésiphon de Démosthène, d'après l'usage et les règles de la langue latine.

Pendant que chacun de nous était occupé soit à lire, soit à jouer, on venait, de la part du chef d'office, pour avertir qu'il était temps de se mettre à table; l'envoyé observait sur la clepsydre la marche des heures, et la cinquième heure, prête à expirer, nous prouvait qu'il était entré à propos. Nous dînions promptement et beaucoup, à la manière des sénateurs ; il est d'usage chez eux de mettre une grande quantité de viandes sur un petit nombre de plats ; le repas cependant était varié, tantôt par des mets rôtis, tantôt par d'autres cuits dans leur jus. En buvant, on racontait quelque histoire qui réjouissait la compagnie et lui servait en même temps de leçon, parce qu'elle était toujours présentée d'une manière à la fois gaie et instructive. Qu'ajouter de plus? Nous étions reçus avec distinction, avec délicatesse, avec magnificence. Au sortir de table, si nous étions à Voroangus (c'est le nom de l'une des terres), nous retournions vers nos bagages et à notre auberge; si nous étions à Prusianum, (c'est le nom de l'autre terre), nous jetions Tonantius et ses frères, les plus excellents de tous les seigneurs, hors de leurs lits ; car il eût été trop difficile de transporter souvent l'appareil de notre couche.

Notre méridienne achevée, nous faisions une petite promenade à cheval, afin de mieux préparer pour le souper nos estomacs chargés de nourriture. Chacun de nos hôtes avait des bains dans sa maison., mais aucun n'en faisait usage ; lorsque la troupe des gens de ma suite et de mes domestiques avait un peu cessé de boire, et que de nombreuses libations dans les coupes de nos hôtes avaient troublé les cerveaux, on creusait à la hâte une fosse au bord d'une rivière ou au bord d'une fontaine, et l'on jetait dedans un monceau de pierres échauffées; ensuite on entrelaçait, en forme d'hémisphère, sur l'ouverture de cette fosse, des branches flexibles de coudrier; lorsqu'elle était bien embrasée, l'on étendait sur ces branches des couvertures de poil de chèvre; elle fermait tout passage à la lumière, et repoussait ainsi la vapeur qui s'exhale des cailloux enflammés, sur lesquels on a verse de l'eau bouillante. Nous passions là des heures entières, bien enveloppés, non sans y tenir des discours pleins de sel et d'enjouement, pendant lesquels une nuée, qui s'élevait avec bruit, excitait en nous une sueur très salutaire ; de là nous allions nous plonger dans des bains chauds, qui facilitaient en nous la digestion, et nos chairs, amollies par la chaleur, reprenaient ensuite leur fermeté dans des eaux froides de fontaine, de puits ou de rivière. Le Vuardo coule au milieu de ces terres, sur un lit de cailloux, clair, pur et tranquille, à moins que les neiges fondues n'en troublent les eaux, ce qui ne l'empêché point d'abonder en poissons délicats. Je te parlerais de nos soupers où régnait l'abondance, si le papier, plus que la retenue, ne mettait des bornes à mon babil ; j'aurais cependant beaucoup de plaisir à t'en faire la description, mais je serais honteux de salir le dos de ma lettre avec mes plumes humides. Comme nous sommes prêts à partir, et, qu'avec l'aide du Christ, nous espérons te revoir bientôt, il sera mieux de te raconter les soupers de mes amis dans ceux que nous ferons ensemble : puisse la fin de la semaine arriver rapidement, et nous rendre cet appétit si désiré ! car il n'est rien qui soit capable, comme la diète, de rétablir un estomac délabré par les excès de la table. Adieu.

Quaeris cur ipse jam pridem Nemausum profectus vestra serum ob adventum desideria producam. Reddo causas reditus tardioris, nec moras meas prodere moror, quia quae mihi dulcia sunt, tibi quoque. Inter agros amoenissimos, apud humanissimos dominos Ferreolum et Apollinarem tempus voluptuosissimum exegi. Praediorum iis jura contermina, domicilia vicina, quibus interjecta gestatio lassat peditem, nec sufficit equitaturo. Colles aedibus superiores exercentur vinitori et olivitori. Aracynthum et Nysam, celebrata poetarum carminibus juga, censeas. Uni domui in plana patentiaque, alteri in nemora prospectus; sed nihilominus dissimilis situs similiter oblectat. Quanquam de praediorum quid nunc amplius positione, cum restat hospitalitatis ordo reserandus?

Jam primum agacissimis in hoc exploratoribus destinatis, qui reditus nostri iter aucuparentur, domus utraque non solum tramites aggerum publicorum, verum etiam calles compendiis tortuosos, atque pastoria diverticula insedit, ne quo casu dispositis officiorum insidiis elaberemur. Quas incidimus, fateor, sed minime inviti: jusquejurandum confestim praebere compulsi, ne priusquam septem dies evolverentur, quidquam de itineris nostri continuatione meditaremur. Igitur mane quotidiano, partibus super hospite prima et grata contentio quaenam potissimum anterius edulibus nostris culina fumaret: nec sane poterat ex aequo divisioni lancem ponere vicissitudo, licet uni domni mecum, alteri cum meis vinculum foret propinquitatis: quia Ferreolo, praefectorio viro, praeter necessitudinem sibi debitam, dabat aetas et dignitas primi invitatoris praerogativam. Ilicet a deliciis in delicias rapiebamur. Vix quodcunque vestibulum intratum, et ecce huc sphaeristarum contra stantium paria inter rotatiles catastropharum gyros duplicabantur, huc inter aleatoriarum vocum competitiones, frequens crepitantium fritillorum tesserarumque strepitus audiebatur. Huc libri affatim in promptu: videre te crederes aut grammaticales pluteos, aut Athenaei cuneos, aut armaria exstructa bibliopolarum. Sic tamen quod qui inter matronarum cathedras codices erant, stylus iis religiosus inveniebatur: qui vero per subsellia patrumfamilias, ii cothurno Latialis eloquii nobilitabatur. Licet quaepiam volumina quorumpiam auctorum servarent in causis disparibus dicendi parilitatem. Nam similis scientiae viri, hinc Augustinus, hinc Varro; hinc Horatius, hinc Prudentius lectitabantur. Quos inter Adamantius Origenes, Turranio Rufino interpretatus, sedulo fidei nostrae lectoribus inspiciebatur. Pariter et prout singulis cordi diversa censentes sermocinabantur, cur a quibusdam protomystarum, tanquam saevus cavendusque tractator improbaretur: quanquam sic esset ad verbum sententiamque translatus, ut nec Apuleius Phaedonem sic Platonis, neque Tullius Ctesiphontem sic Demosthenis in usum regulamque Romani sermonis exscripserint.

Studiis hisce dum nostrum singuli quique prout libuerat, occupabantur, ecce et ab archimagiro adventans, qui tempus instare curandi corpora moneret: quem quidem nuntium per spatia clepsydrae horarum incrementa servantem, probabat competenter ingressum quinta digrediens. Prandebamus breviter, copiose, senatorium ad morem, quo insitum institutumque, multas epulas paucis paropsidibus apponi: quamvis convivium per edulia nunc assa, nunc jurulenta varietur. Inter bibendum narratiunculae, quarum cognitu hilararemur institueremurque, quia eas bifariam orditas, laetitia peritiaque comitabantur. Quid multa? Sancte, pulchre, abundanter accipiebamur. Inde surgentes, si Voroangi eramus, hoc uni praedio nomen, ad sarcinas et ad diversorium pedem referebamus: si Prusiani, sic fundus alter nuncupabatur, Tonantium cum fratribus, lectissimos aequaevorum nobilium principes, stratis suis ejiciebamus, quia nec facile crebro cubilium nostrorum instrumenta circumferebantur.

Excusso torpore meridiano, paulisper equitabamus, quo facilius pectora marcida cibis coenatoriae fami exacueremus. Balneas habebat uterque hospes in opere, in usu neuter: sed cum vel pauxillulum bibere desiisset asseclarum meorum famulorumque turba compotrix, quorum cerebris hospitales craterae nimium immersae dominabantur, vicina fonti aut fluvio raptim scrobs fodiebatur, in quam forte cum cumulus lapidum ambustus demitteretur, antro in hemispherii formam corylis flexilibus intexto, fossa inardescens operiebatur: sic tamen ut superjectis Cilicum velis, patentia intervalla virgarum, lumine excluso, tenebrantur, vaporem repulsura salientem, qui undae ferventis aspergine flammatis silicibus excuditur. Hic nobis trahebantur horae, non absque sermonibus salsis jocularibusque; quos inter halitu nebulae stridentis oppletis, involutisque saluberrimus sudor eliciebatur; quo prout libuisset effuso, coctilibus aquis ingerebamur, harumque fotu cruditatem nostram tergente resoluti, aut fontano deinceps frigore, putealique, aut fluviali copia solidabamur. Siquidem domibus medius it Vuardo fluvius, nisi cum deflua nive pastus impalluit flavis ruber glareis, et per alveum perspicuus, quietus, calculosusque, neque ob hoc minus piscium ferax delicatorum. Dicerem et coenas, et quidem unctissimas, nisi terminum nostrae loquacitati quem verecundia non adhibet, charta posuisset. Quarum quoque replicatio fieret amoena narratu, nisi epistolae tergum madidis sordidare calamis erubesceremus. Sed qui et ipsi in procinctu sumus, teque sub ope Christi actutum nobis invisere placet, expeditius tibi coenae amicorum in mea coena tuaque commemorabuntur: modo nos quamprimum hebdomadis exactae spatia completa votivae restituant esuritioni: quia disruptum ganea stomachum nulla sarcire res melius quam parcimonia solet. Vale.

LETTRE X

SIDONIUS A SON CHER HESPERIUS SALUT.

EPISTOLA X.

Sidonius Hesperio suo salutem.

J'aime en toi ton amour pour les lettres, et je m'efforce toujours d'entretenir par les plus grands éloges une si noble passion, qui me rend ton début recommandable, et me fait chérir mes propres études. Car, lorsque nous voyons les jeunes esprits grandir avec des goûts pour lesquels nous avons, nous aussi, soumis nos mains à la férule, nous retirons une ample récompense de notre travail. Il y a plus, la foule des hommes oisifs s'accroît tellement, que si vous autres, amateurs de la langue latine, n'en défendez, avec votre petit nombre, la pureté et la propriété, contre des barbarismes rudes et grossiers, nous déplorerons bientôt la perte de sa gloire et sa ruine entière : tant les fleurs du beau langage se flétrissent par l'incurie du peuple ! Mais nous parlerons une autre fois de ceci. En attendant, reçois ce que tu demandes. Or, tu désires que s'il m'est échappé quelques vers depuis notre séparation, je te les envoie comme pour compenser en quelque sorte mon absence. Je me hâte de t'obéir. Tu es doué, quoique jeune encore, d'une telle maturité d'esprit, que nous, tes aînés, nous aimons à condescendre à tes vœux.

On vient de bâtir à Lugdunum une église, dont la perfection est due aux soins du pape Patiens, homme saint, courageux, sévère, compatissant, et qui, par ses abondantes largesses, par son humanité envers les pauvres, donne la plus haute idée de sa vertu. Sur la demande du pieux évêque, j'ai fait graver à l'extrémité de cette église des vers à triple trochée, faits à la hâte, genre de poésie qui m'est encore très familier, et dans lequel tu excelles. Les hexamètres de deux poètes illustres, Constantius et Secundinus, embellissent les côtés de la basilique, voisins de l'autel ; une certaine pudeur me défend de te les transcrire ici, car je ne t'offre qu'en tremblant les fruits de mon loisir, et je serais écrasé par le voisinage de vers bien supérieurs aux miens. Et, comme rien ne convient moins à une nouvelle mariée qu'une conductrice plus belle qu'elle-même; comme un homme d'un teint basané paraît beaucoup plus noir, s'il est vêtu de blanc : ainsi les faibles sons de mon chalumeau vont se perdre au milieu des trompettes retentissantes ; et c'est moins son peu de mérite, que l'audace avec laquelle il ose se placer auprès d'elles, qui en fait mieux sentir encore toute la faiblesse. Les inscriptions des autres poètes éclipsent donc bien justement la mienne par leur éclat ; je l'ai tracée en quelque sorte au hasard et sans trop d'attention. Mais à quoi bon tout ceci? laissons le modeste chalumeau murmurer le chant qu'on lui demande.

« Qui que tu sois qui vantes cet ouvrage de Patiens, notre pontife et notre père, puisses-tu voir tes vœux exaucés et tes demandes écoutées ! Ici s'élève un temple ; il n'est tourné ni vers la droite, ni vers la gauche, mais sa face regarde l'orient équinoxial. La lumière étincelle au-dedans ; le soleil est attiré contre des lambris dorés, et promène sur le métal jaunâtre ses rayons de même couleur. Des marbres de différente nature enrichissent la voûte, les fenêtres et le pavé ; et, sous des figures peintes, un enduit d'un vert printanier fait éclater des saphirs sur des vitraux verdoyants. Un triple portique, soutenu par de magnifiques colonnes de marbre d'Aquitaine, forme l'entrée du temple : d'autres portiques, semblables au premier, embellissent le fond du vestibule ; une forêt de colonnes de pierre, se déroulant au loin, environne la grande nef. D'un côté retentit la voie publique ; de l'autre l'Arar se voit repoussé : c'est vers le temple que se retourne le piéton, le cavalier, et celui qui dirige un chariot bruyant ; c'est vers le temple que le chœur des matelots inclinés élève la voix en saluant le Christ; les rimes répètent cependant de joyeux alléluia. Chantez, chantez ainsi, matelots et passants : voilà le lieu où chacun doit se rendre, voilà le chemin qui conduit au salut. »

Tu vois que j'ai obéi à tes ordres, comme si j'étais le plus jeune. Rappelle-toi maintenant que je dois être amplement récompensé; et, afin de me satisfaire avec plus de facilité et de plaisir, il te faut lire toujours, avoir toujours envie de lire. Ne souffre pas que l'heureuse épouse qui va bientôt être conduite dans ta maison, te détourne de ce goût pour l'étude. Souviens-toi bien que jadis Marcia tenait le flambeau à Hortensius, Terentia à Cicéron, Calpurnia à Pline, Pudentilla à Apulée, et Rusticiana à Symmaque, pendant que ces grands hommes lisaient et méditaient. Si tu dis que la société des femmes affaiblit ton éloquence et ta verve ; si tu te plains que la force de ta parole, embellie par des études assidues, se flétrit et s'énerve, souviens-toi que Corinna acheva souvent un vers avec Ovide, Lesbia avec Catulle, Césennia ave Gœtulicus, Argentaria avec Lucain, Cynthia avec Properce, Délia avec Tibulle. Il est donc manifeste que le mariage ; fournit aux hommes studieux une occasion d'étudier; il n'y a que les paresseux qui s'en fassent une excuse. Donc, applique-toi, et que la tourbe des ignorants ne déprise point ton amour pour les lettres ; car naturellement toutes les sciences paraissent d'autant plus précieuses, que le nombre de ceux qui les cultivent est moins grand. Adieu.

Amo in te quod litteras amas, et usquequaque praeconiis cumulatissimis excolere contendo tantae diligentiae generositatem per quam nobis non solum initia tua, verum etiam studia nostra commendas. Nam cum videmus in hujusmodi disciplinam juniorum ingenia succrescere, propter quam nos quoque subduximus ferulae manum, copiosissimum fructum nostri laboris adipiscimur. Illud appone, quod tantum increbuit multitudo desidiosorum, ut nisi vel paucissimi quique meram Latiaris linguae proprietatem de trivialium barbarismorum rubigine vindicaveritis, eam brevi abolitam defleamus interitamque: sic omnes nobilium sermonum purpurae per incuriam vulgi decolorabuntur. Sed isthaec alias. Interea tu quod petis accipe. Petis autem ut si qui versiculi mihi fluxerunt, postquam ab alterutro discessimus, hos tibi pro quadam morarum mercede pernumerem. Dicto pareo, Nam praeditus es, quanquam juvenis, hac animi maturitate, ut tibi etiam natu priores gerere morem concupiscamus.

Ecclesia nuper exstructa Lugduni est, quae studio papae Patientis summum coepti operis accessit, viri sancti, strenui, severi, misericordis, quique per uberem munificentiam in pauperes humanitatemque, non minora bonae conscientiae culmina levet. Hujus igitur aedis extimis, rogatu praefati antistitis, tumultuarium carmen inscripsi trochaeis triplicibus, adhuc mihi jamque tibi perfamiliaribus. Namque ab hexametris eminentium poetarum Constantii et Secundini vicinantia altari basilicae latera clarescunt: quos in hanc paginam admitti nostra quam maxime verecundia vetat, quam suas otiositates trepidanter edentem meliorum carminum comparatio premit. Nam sicuti novam nuptam nihil minus quam pulchrior pronuba decet: et sicuti si vestiatur albo quisque fuscus, fit nigrior: sic nostra, quantulacunque est, tubis circumfusa potioribus stipula vilescit: quam mediam loco, infimam merito, despicabiliorem pronuntiari. non imperitia modo, sed et arrogantia facit. Quapropter illorum justius epigrammata micant, quam ista haec, quae imaginarie tantum et quodam modo umbratiliter effingimus. Sed quorsum ista? quin potius paupertinus flagitatae cantilenae culmus immurmuret.

Quisquis pontificis patrisque nostri
Collaudas Patientis hic laborem,
Voti compote supplicatione
Concessum experiere quod rogabis.
Aedes celsa nitet, nec in sinistrum
Aut dextrum trahitur, sed arce frontis
Ortum prospicit aequinoctialem.
Intus lux micat, atque bracteatum
Sol sic sollicitatur ad lacunar,
Fulvo ut concolor erret in metallo.
Distinctum vario nitore marmor,
Percurrit cameram, solum, fenestras:
Ac sub versicoloribus figuris
Vernans herbida crusta sapphiratos
Flecti per prasinum vitrum lapillos.

Hinc est porticus applicata triplex

Fulmentis Aquitanicis superba:
Ad cujus specimen remotiora
Claudunt atria porticus secundae:
Et campum medium procul locatas
Vestis saxea silva per columnas.
Hinc agger sonat, hinc Arar resultat.
Hinc sese pedes, atque eques reflectit,
Stridentum et moderator essedorum:
Curvorum hinc chorus helciariorum,
Responsantibus alleluia ripis,
Ad Christum levat amnicum celeusma.
Sic sic psallite, nauta, vel viator:
Namque iste est locus omnibus petendu.
Omnes quo via ducit ad salutem.

Ecce parui tanquam junior imperatis. Tu modo fac memineris multiplicato me foenore remunerandum: quoque id facilius possit voluptuosiusque, opus est ut sine dissimulatione lectites, sine fine lecturias. Neque patiaris, ut te ab hoc proposito propediem conjux domum feliciter ducenda deflectat: sisque oppido meminens, quo olim Martia Hortensio, Terentia Tullio, Calpurnia Plinio, Pudentilla Apuleio, Rusticiana Symmacho legentibus meditantibusque candelas et candelabra tenuerunt. Certe si praeter rem oratoriam, contubernio feminarum poeticum ingenium, et oris tui limam frequentium studiorum cotibus expolitam, quereris obtundi, reminiscere quod saepe versum Corinna cum suo Nasone complevit, Lesbia cum Catullo, Cesennia cum Gaetulico, Argentaria cum Lucano, Cynthia cum Propertio, Delia cum Tibullo. Proinde liquido claret, studentibus discendi per nuptias occasionem tribui, desidibus excusationem. Igitur incumbe, neque apud te litterariam curam turba depretiet imperitorum: quia natura comparatum est ut in omnibus artibus hoc sit scientiae pretiosior pompa, quo rarior. Vale.

LETTRE XI.

SIDONIUS A SON CHER RUSTICUS, SALUT.

EPISTOLA XI.

Sidonius Rustico suo salutem.

Si l'intervalle des lieux nous rapprochait davantage, si nous n'étions séparés l'un de l'autre par une vaste distance, je ne voudrais pas cette rareté de lettres entre des amis, et je ne cesserais d'élever, par toute sorte de bons offices, les fondements une fois jetés d'une affection mutuelle. Mais nos demeures, que séparent l'une de l'autre des espaces immenses, s'opposent au rapprochement de nos âmes, sans pouvoir néanmoins refroidir deux cœurs unis par l'amitié. Toutefois la distance respective de nos municipes fait qu'étant liés comme nous le sommes, nous voulons nous imputer réciproquement cette rareté de lettres, qui vient du vaste intervalle jeté entre nous, tandis que des difficultés naturelles ne doivent ni constituer une offense, ni donner lieu à une excuse. Seigneur illustre, les porteurs de tes lettres, formés à l'école de ta discipline, et montrant sur eux l'aimable réserve des manières de leur maître, je les ai bien reçus, je les ai écoutés patiemment, je les ai congédiés comme il faut. Adieu.

Si nobis pro situ spatiisque regionum vicinaremur. nec a se praesentia mutua vasti itineris longinquitate discriminaretur, nihil apicum raritati licere in coeptae familiaritatis officia permitterem: neque jam semel missa fundamenta certantis amicitiae, diversis honorum generibus exstruere cessarem. Sed animorum conjunctioni separata utrimque porrectioribus terminis obsistit habitatio, equidem semel devinctis parum nocitura pectoribus. Sed tamen ex ipsa communium municipiorum discretione procedit, quod cum amicissimi simus, raritatem colloquii de prolixa terrarum interjectione venientem, in reatum volumus transferre communem, cum de naturalium rerum difficultate nec culpa nos debeat manere nec venia. Domine illustris, gerulos litterarum de disciplinae tuae institutione formatos, et morum herilium verecundiam praeferentes, opportune admisi, patienter audivi, competenter explicui. Vale.

LETTRE XII.

SIDONIUS A SON CHER AGRICOLA, SALUT.

EPISTOLA XII.

Sidonius Agricolae suo salutem.

Tu m'as envoyé une felouque légère, solide, capable de contenir un lit, et remplie de poissons. Tu m'as envoyé aussi un pilote très habile, des rameurs forts et dégagés, qui savent glisser sur la surface d'un fleuve, en le remontant avec une rapidité égale à celle de son cours. Tu m'excuseras, si je refuse l'invitation que tu me fais d'aller pêcher avec toi : car des liens trop puissants me retiennent auprès de notre malade, et j'éprouve un chagrin que doivent partager mes amis et les étrangers mêmes. Si donc tu ressens une véritable affection fraternelle, je pense qu'aussitôt après avoir lu ma lettre, tu ne manqueras pas de songer au retour. Sévériana, notre commune sollicitude, inquiétée d'abord par une toux lente et pénible, est fatiguée maintenant d'une fièvre qui va s'aggravant chaque nuit ; elle désire donc aller à la campagne, et, lorsque nous avons reçu ta lettre, nous nous préparions à partir pour notre villa. Ainsi, que tu viennes ou non, joins tes prières aux nôtres, afin que Sévériana, qui désire l'air des champs, se trouve bien de son nouveau séjour. Ta sœur et moi, suspendus entre l'espérance et la crainte, nous avons cru que nous pourrions augmenter son ennui, si nous nous opposions à la volonté de notre malade. Nous allons donc, nous et toute notre maison, nous dérober, sous la conduite du Christ, à la chaleur et à l'engourdissement de la ville ; nous fuyons en même temps les conseils des médecins toujours divisés d'opinion, et qui, peu habiles, quoique assez assidus, tuent de la manière la plus officieuse grand nombre de malades. Cependant, par droit d'amitié, nous emmènerons avec nous le médecin Justus, duquel je pourrais dire, s'il était permis de plaisanter au milieu de la tristesse, qu'il est plus versé dans l'art de Chiron que dans celui de Machaon. C'est un motif pour prier et conjurer le Christ avec plus d'instance, afin que le pouvoir d'en-haut rétablisse une santé que tous nos soins n'ont pu guérir. Adieu.

Misisti tu quidem lembum mobilem, solidum, lecti capacem, jamque cum piscibus. Tum praeterea gubernatorem longe peritum, remiges etiam robustos expeditosque, qui scilicet ea rapiditate praetervolant amnis adversi terga, qua defluit. Sed dabis veniam, quod invitandi tibi in piscationem comes venire dissimulo. Namque me multo decumbentibus nostris validiora moeroris retia tenent; quae sunt amicis quoque et externis indolescenda. Unde te quoque puto, si rite germano moveris affectu, quo temporis puncto paginam hanc sumpseris, de reditu potius cogitaturum. Severiana sollicitudo communis, inquietata primum lentae tussis impulsu, febribus quoque jam fatigatur, iisque per noctes ingravescentibus: propter quod optat exire in suburbanum: litteras tuas denique cum sumeremus, egredi ad villulam jam parabamus. Quocirca seu tu venias, seu moreris, preces nostras orationibus juva, ut ruris auram desideranti salubriter cedat ipsa vegetatio. Certe ego, vel tua soror, inter spem metumque suspensi, credidimus ejus taedium augendum, si voluptati jacentis obstitissemus. Igitur ardori civitatis atque torpori, tam nos quam domum totam, praevio Christo, pariter eximimus: simulque mediocrum consilia vitamus assidentum dissidentumque; qui parum docti et satis seduli languidos multos officiosissime occidunt. Sane contubernio nostro jure amicitiae Justus adhibebitur, quem, si jocari liberet in tristibus, facile convincerem, Chironica magis institutum arte quam Machaonica. Quo diligentius postulandus est Christus obsecrandusque ut valetudini cujus curationem cura nostra non invenit, potentia superna medeatur. Vale.

LETTRE XIII.

SIDONIUS A SON CHER SERRANUS, SALUT.

EPISTOLA XIII.

Sidonius Serrano suo salutem.

Ta lettre m'a été remise par l'avocat Marcellinus, homme habile et amical ; après les premières paroles de salutation, tu consacres le reste de cette missive assez étendue, à louer ton patron l'empereur Pétronius Maximus. Avec plus d'obstination ou de flatterie que de justesse et de vérité, tu l'appelles très heureux, sans doute parce qu'à travers les emplois les plus honorables, il s'est élevé jusqu'à l'empire. Pour moi, je ne serai jamais de l'opinion qu'il faille regarder comme heureux les hommes qui sont placés au faite glissant et escarpé de la république. On ne saurait dire, en effet, combien de misères supporte à chaque heure dans ce monde la vie de ces heureux, si toutefois l'on peut appeler de ce nom ceux qui osent, comme Sylla, usurper ce titre présomptueux, et qui, s'élevant au-dessus de toutes les lois humaines, prennent le souverain pouvoir pour la souveraine béatitude, d'autant plus malheureux en cela, qu'ils comprennent moins le pénible asservissement auquel ils sont condamnés. Car, de même que les rois dominent sur les autres hommes, de même aussi le désir de commander domine sur les rois. Laissons de côté la chute de tant de princes qui ont passé et qui passeront encore ; tout seul, ton Maximus pourra nous être ici d'un haut enseignement. Lui qui était monté d'un pas intrépide au rang de préfet, de patricien, de consul, et qui, insatiable dans son ambition toujours renaissante, avait passé de nouveau par les premières magistratures, lorsqu'il fut venu cependant de toutes ses forces au faîte escarpé de l'autorité souveraine, il éprouvait sous la couronne une sorte de vertige que lui donnait son immense domination, et il ne pouvait plus supporter l'empire, cet ambitieux qui n'avait pu supporter de maître. Enfin, considère quelle fut sa première condition, son crédit, sa puissance, sa longue prospérité, et mets en regard l'origine, les troubles, la fin d'un pouvoir qui ne dura guère plus de deux mois ; assurément tu verras que cet homme était plus heureux avant de porter ce nom, qu'il ne le fut ensuite.

Ainsi donc, celui qui avait vu ses repas, ses manières, ses trésors, sa magnificence, son savoir, ses dignités, son patrimoine, son crédit, vantés naguères; dont toutes les heures, tous les instants étaient réglés par les clepsydres : dès qu'il fut proclamé Auguste, et qu'il fut renfermé avec ce titre dans le palais impérial, il soupira, même avant le soir, d'être parvenu au terme de ses vœux. Comme le poids des affaires l'empêchait de se livrer à ses anciens loisirs, il renonça bientôt à ses habitudes, et comprit que les occupations de prince ne pouvaient aller de pair avec l'oisiveté de sénateur. L'avenir justifia ses tristes prévisions. Après avoir parcouru tranquillement tous les honneurs du palais, cet homme gouverna la cour de la manière la plus orageuse, parmi les troubles des soldats, du peuple et des alliés ; à cela vint se joindre une chute étrange, prompte et cruelle, ensanglantée par les perfidies d'une fortune longtemps flatteuse, qui le frappa de ses derniers coups, à la manière du scorpion. Un personnage érudit, et que son mérite éleva jadis à la questure, Fulgentius, l'un des plus hommes de bien, avait coutume de dire qu'il avait souvent entendu Maximus, lorsque, fatigué du poids de l'empire, il regrettait son ancienne sécurité, laisser échapper ces mots : Heureux Damoclès, qui n'as supporté les embarras du trône que durant l'espace d'un seul repas !

Ce Damoclès, comme nous lisons, de la province de Sicile, de la ville de Syracuse, fut l'ami du tyran Dionysius ; dans son inexpérience, il donnait des louanges outrées aux biens de son patron, et à tout le reste. Veux-tu, lui dit alors Dionysius, essayer du moins aujourd'hui, à cette table, et de mes biens et de mes maux? — Volontiers, répliqua Damoclès. Le prince fait donc aussitôt dépouiller de ses vêtements plébéiens son client joyeux, le couvre, quoique étonné, de la pourpre de Tyr ou de Tarente, puis le place tout brillant de diamants et de perles sur un lit d'or, sur un tapis soyeux. On lui prépare un festin digne de Sardanapale ; on lui donne un pain fait avec du blé de Leontium ; on lui sert des mets exquis sur des plats magnifiques ; le Falerne écume dans de riches et vastes coupes; les essences réchauffent le froid cristal; parfumée de cinnamome et d'encens, la salle répand des odeurs étrangères ; des guirlandes de fleurs couronnent ses cheveux humectés de nard : mais voilà qu'un glaive nu se balance au-dessus de sa tête du haut des lambris, et semble prêt à frapper le royal convive; car, suspendu à un crin de cheval, et terrible par sa pesanteur menaçante comme par sa pointe acérée, il arrêtait l'appétit de cet autre Tantale épouvanté et craignant que les vivres, une fois entrés dans son corps, n'en sortissent à travers les blessures. Après des prières mêlées de larmes, après de nombreux soupirs, Damoclès à peine délivré s'échappe en toute hâte, et se dérobe à ces royales délices avec l'empressement que l'on met à les rechercher. Il revient au désir de la médiocrité par la crainte des grandeurs, et se garde bien d'appeler ou d'estimer heureux l'homme qui, entouré d'armes et de satellites, couve ainsi des richesses enlevées, et pèse sur l'or, pendant que le fer pèse sur lui. J'ignore donc, seigneur frère, si c'est un bonheur d'aspirer à une pareille condition ; toujours est-il que c'est un malheur d'y parvenir. Adieu.

Epistolam tuam nobis Marcellinus togatus exhibuit, homo peritus, virque amicorum: quae primoribus verbis salutatione libata, reliquo sui tractu qui quidem grandis est, patroni tui Petronii Maximi imperatoris laudes habebat. Quem tamen tu pertinacius aut amabilius quam rectius veriusque felicissimum appellas, propter hoc quippe, cur per amplissimos fascium titulos fuerit evectus usque ad imperium. Sed sententiae tali nunquam ego assentior, ut fortunatos putem, qui reipublicae praecipitibus ac lubricis culminibus insistunt. Nam dici nequit quantum per horas fert in hac vita miseriarum vita felicium istorum, si tamen sic sunt pronuntiandi, qui sibi hoc nomen, ut Sylla, praesumunt: nimirum qui supergressi jus fasque commune; summam beatitudinem existimant, summam potestatem: hoc ipso satis miseriores, quod parum intelligunt inquietissimo se subjacere famulatui. Nam sicut hominibus reges, ita regibus dominandi desideria dominantur. Hic si omittamus antecedentium principum casus, vel secutorum, solus iste peculiaris tuus Maximus, maximo nobis ad ista documento poterit esse: qui quanquam in arcem praefectoriam, patriciam, consularemque intrepidus ascenderat, eosque quos gesserat magistratus, ceu recurrentibus orbitis inexpletus iteraverat: cum tamen venit omnibus viribus ad principalis apicis abruptum, quamdam potestatis immensae vertiginem sub corona patiebatur, nec sustinebat dominus esse, qui non sustinuerat esse sub domino. Denique require in supradicto vitae prioris gratiam, potentiam, diuturnitatem, aeque diverso principatus paulo amplius quam bimestris originem, turbinem, finem: profecto invenies hominem beatiorem prius fuisse, quam beatissimus nominaretur.

Igitur ille cujus anterius epulae, mores, pecuniae, pompae, litterae, fasces, patrimonia, patrocinia florebant, cujus ipsa sic denique spatia vitae custodiebantur, ut per horarum dispositas clepsydras explicarentur; is nuncupatus Augustus, ac sub hac specie palatinis liminibus inclusus, ante crepusculum ingemuit, quod ad vota pervenerat. Cumque mole curarum pristinae quietis tenere dimensum prohiberetur, veteris actutum regulae legibus renuntiavit, atque perspexit pariter ire non posse negotium principis et otium senatoris. Nec fefellerunt futura moerentem. Namque cum caeteros aulicos honores tranquillissime percurrisset, ipsam aulam turbulentissime rexit, inter tumultus militum, popularium, foederatorum, quod et exitus prodidit novus, celer, acerbus: quem cruentavit fortunae diu lenocinantis perfidus finis, quae virum, ut scorpius, ultima sui parte percussit. Dicere solebat vir litteratus, atque ob ingenii merita quaestorius, partium certe bonarum pars magna, Fulgentius, ore se ex ejus frequenter audisse, cum perosus pondus imperii, veterem securitatem desideraret, Felicem te, Damocles, qui non uno longius prandio regni necessitatem toleravisti.

Iste enim, ut legimus, Damocles provincia Siculus, urbe Syracusanus, familiaris tyranno Dionysio fuit: qui cum nimiis laudibus bona patroni, ut caetera, scilicet inexpertus, efferret: Vis, inquit Dionysius, hodie saltem in hac mensa bonis meis pariter ac malis uti? Libenter, inquit. Tum ille confestim laetum clientem, quanquam et attonitum, plebeio tegmine erepto, muricis Tyrii, seu Tarentini, conchyliato ditat indutu: et renidentem gemmis, margaritisque aureo lecto, sericatoque toreumati imponit. Cumque pransuro Sardanapalicum in morem, panis daretur e Leontina segete confectus, insuper dapes cultae ferculis cultioribus apponerentur, spumarent falerno gemmae capaces, inque crystallis calerent unguenta glacialibus: hinc suffita cinnamo ac thure coenatio spargeret peregrinos naribus odores, et madescentes nardo capillos circumfusa florum serta siccarent: coepit supra tergum sic recumbentis repente vibrari mucro districtus e lacunaribus, qui videbatur in jugulum purpurati jam jamque ruiturus: nam filo equinae setae ligatus, et ita pondere minax, ut acumine gulam formidolosi Tantaleo frenabat exemplo, ne cibi ingressi per ora, per vumera exirent. Unde post mixtas fletibus preces atque multimoda suspiria, vix absolutus emicatimque prosiliens, illa refugit celeritate divitias deliciasque regales, qua solent appeti: reductus ad desideria mediocrium timore summorum, et satis cavens, ne beatum ultra diceret duceretque, qui septus armis ac satellitibus, et per hoc raptis incubans opibus, ferra pressus, premeret aurum. Quapropter ad statum hujusmodi, domine frater, nescio an constet tendere beatos: patet certe miseros pervenire. Vale.

LETTRE XIV.

SIDONIUS A SON CHER MAURUSIUS, SALUT.

EPISTOLA XIV.

Sidonius Maurusio suo salutem.

J'apprends que la vendange a mieux répondu à tes soins et à nos vœux communs, que ne donnait lieu de l'espérer la stérilité dont nous étions menacés cette année. Aussi, je présume que tu resteras plus longtemps à Vialosc, bourg appelé dans les âges précédents Martialis, à cause du quartier d'hiver qu'y passèrent les troupes de Jules César. Tu as là une vigne féconde, puis un domaine digne de toi par son étendue; les agréments de sa situation, et les récoltes dont tu es occupé, t'y retiendront sans doute pendant quelque temps avec ta famille ; mais si, après avoir rempli tes caves et tes greniers, tu te décides à y attendre le retour des hirondelles et des cigognes, à y passer au coin du feu, dans un repos champêt