|
RETOUR
À L’ENTRÉE DU SITE
ALLER
à LA TABLE DES MATIÈRES D E
SIDOINE APOLLINAIRE
SIDOINE
APOLLINAIRE
LETTRES
Oeuvre numérisée par Marc Szwajcer
LIVRE I
Étude
sur Sidoine Apollinaire et sur la société gallo-romaine au cinquième siècle.
par M. Eugène Baret,...
E. Thorin, 1878.
avant propos
Notice
lettres livre II
l
|
LETTRE I.
SIDONIUS A SON CHER
CONSTANTIUS, SALUT.
Depuis
longtemps, mon digne maître, avec cette force
d'autorité persuasive, avec cette rare prudence qui te caractérise,
quand il s'agit de conseil, tu me demandes que s'il m'est échappé,
en différentes occasions, quelques lettres un peu soignées, selon
que le sujet, la personne, la circonstance me les inspirèrent, je
les réunisse toutes en un seul volume, après les avoir revues et
corrigées, pour suivre, dans une allure présomptueuse, le style
arrondi de Q. Symmaque et l'art consommé de C. Pline. Car, pour ce
qui regarde Cicéron, en fait de style épistolaire, il vaut mieux, je
crois, garder le silence, puisque Julius
Titianus lui-même, sous
les noms de femmes illustres, n'a pu nous en retracer une digne
image. Aussi, les autres disciples de Fronton, le jalousant comme un
rival de gloire, l'ont-ils appelé le singe des orateurs, parce qu'il
imitait un genre d'écrire suranné.
Je ne saurais t'exprimer combien, dans mon esprit, je
me suis toujours placé au-dessous de ces hommes-là ; j'ai toujours
cru qu'il faut laisser à chacun d'eux la prérogative que lui
assurent son époque et son talent. Toutefois, je t'obéis, et je te
donne ces lettres, non pas à revoir, car ce serait trop peu, mais à
polir et à limer ; sachant que tu es le zélé protecteur, non
seulement des lettres, mais encore de ceux qui les cultivent. Tu me
pousses donc, malgré mon hésitation, sur cette mer de la renommée.
Pourtant, j'aurais mieux fait de laisser dans l'oubli un ouvrage de
ce genre; j'aurais dû me contenter de la gloire que m'ont donnée des
vers publiés avec plus de succès que de talent; j'ai traversé les
écueils, essuyé les cris de la jalousie, et depuis assez longtemps
l'ancre d'une illustration suffisante pour moi, est assise au port
du jugement public. Si ces bagatelles échappent aux dents de
l'envie, tu ne tarderas pas à voir sortir de ma plume de nombreux
volumes sur diverses matières. Adieu.
|
LIBER PRIMUS.
EPISTOLA
PRIMA.
Sidonius
Constantio suo salutem.
Diu
praecipis, domine
major, summa suadendi auctoritate, sicuti es in iis quae
deliberabuntur consiliosissimus, ut, si quae
litterae paulo politiores varia occasione fluxerunt, prout eas
causa, persona, tempus elicuit, omnes,
retractatis exemplaribus enucleatisque, uno
volumine includam, Q. Symmachi
rotunditatem, C. Plinii disciplinam maturitatemque vestigiis
praesumptiosis insecuturus. Nam de Marco
Tullio silere me in stylo epistolari melius puto, quem nec
Julius Titianus totum sub nominibus
illustrium feminarum digna similitudine expressit. Propter quod
illum caeteri quique Frontonianorum,
utpote consectaneum aemulati, cur veternorum
dicendi genus imitaretur, oratorum simiam nuncupaverunt.
Quibus omnibus ego, immane dictu est,
quantum semper, judicio meo,
cesserim, quantumque servandam singulis pronuntiaverim temporum
suorum meritorumque praerogativam. Sed scilicet tibi parui, tuaeque
examinationi, has non recensendas, hoc enim
parvum est, sed defaecandas, ut aiunt, limandasque commisi, sciens
te immodicum esse fautorem non studiorum modo, verum etiam
studiosorum. Quamobrem nos nunc perquam haesitabundos in hoc
deinceps famae pelagus impellis. Porro autem super hujusmodi
opusculo tutius conticueramus, contenti versuum felicius quam
peritius editorum opinione, de qua mihi jampridem in portu judicii
publici, post lividorum latratuum
scyllas enavigatas, sufficientis gloriae anchora sedet. Sed si et
hisce deliramentis genuinum molarem invidia non fixerit, actutum
tibi a nobis volumina numerosiora percopiosis scaturentia
sermocinationibus multiplicabuntur. Vale. |
|
LETTRE II.
SIDONIUS A SON CHER AGRICOLA, SALUT.
PLUS d'une fois tu m'as prié de te faire connaître l'extérieur et
les habitudes de Théodoric, roi des Goths, dont la renommée
populaire vante la politesse. J'obéis volontiers, jaloux de
satisfaire, autant que le permet l'espace d'une lettre, ta curiosité
si louable et si noble.
C'est un prince bien digne d'être connu de ceux-là mêmes qui ne sont
point admis à son intimité ; car Dieu, souverain arbitre, et la
nature, se sont réunis pour le combler des plus heureux dons. Ses
mœurs sont telles, que l'envie même, qui assiège les trônes, ne
saurait lui refuser des éloges. Quant à sa taille, elle est bien
proportionnée, au-dessous des plus élevées, et supérieure aux
moyennes. Sa tête, arrondie par le haut, présente une chevelure
frisée qui se rejette un peu vers le sommet du front. Des nerfs
saillants ne viennent point déparer son cou. Un arc épais de
sourcils couronne ses deux yeux. Lorsqu'il abaisse les paupières, la
longueur de ses cils atteint presque le milieu de ses joues. Ses
oreilles, suivant la coutume de sa nation, sont couvertes par des
cheveux qui descendent en tresses. Son nez est agréablement arqué.
Ses lèvres, minces et délicates, se proportionnent à sa bouche dont
les angles sont peu dilatés. Si, par hasard, ses dents viennent à se
montrer avec leur gracieux alignement, elles offrent une blancheur
égale à celle de la neige. Chaque jour on lui coupe le poil qui
pousse à l'ouverture des narines. Vers la cavité de ses tempes, se
hérisse une barbe touffue, et tous les jours un barbier lui arrache
avec des pinces celle qui croît depuis le bas du visage jusqu'aux
joues. Son menton, sa gorge, son cou sans obésité, mais d'une
carnation délicate, présentent une peau qui le dispute au lait pour
la blancheur, et qui, vue de près, semble teinte du vermillon de la
jeunesse ; car, la rougeur dont ses joues se colorent souvent, est
plutôt l'effet de la pudeur que de la colère.
Il a les épaules bien arrondies, les bras forts et vigoureux, les
mains larges, le ventre retiré en arrière et la poitrine avancée.
L'abaissement de l'épine, vers les lieux où les côtes prennent
naissance, partage la surface de son dos. Les saillies de ses
muscles donnent à ses côtés beaucoup d'élévation. Une ceinture
environne ses flancs pleins de vigueur. Ses cuisses présentent le
poli de l'ivoire ; ses jarrets sont mâles et nerveux ; ses genoux
sans rides et bien conformés. Ses jambes s'appuient sur des mollets
arrondis, et des membres si vastes reposent sur un très petit pied.
Me demandes-tu quelles sont ses actions journalières et publiques?
Il se rend avec une suite peu nombreuse aux assemblées de ses
prêtres, qui précèdent l'aube du jour; il prie avec grande
attention, mais, quoiqu'il le fasse à voix basse, l'on peut
remarquer aisément que cette observance extérieure tient plutôt de
l'habitude que de la religion. Les soins qu'exige l'administration
du royaume, occupent le reste de la matinée. Un écuyer de sa suite
se tient debout auprès de son siège ; on introduit la troupe des
gardes revêtus de fourrures, afin qu'ils ne s'éloignent pas ; on les
écarte ensuite, de peur qu'ils ne fassent trop de bruit, et ainsi,
ils parlent à leur aise devant les portes, en dehors des rideaux et
en dedans des barrières. Cependant, on fait entrer les envoyés des
puissances ; le roi écoute beaucoup, répond assez peu. S'agit-il de
discuter quelque affaire; il ne se presse pas. S'agit-il de
l'expédier ; il ne met point de retard. Est-ce la deuxième heure; il
se lève de son siège pour visiter ses trésors ou ses haras. S'il
veut aller à la chasse, après l'avoir toutefois annoncé d'avance, il
regarde comme au-dessous de la majesté royale d'attacher un arc à
son côté: lui montre-t-on alors, ou le hasard lui vient-il offrir
dans la route un oiseau, une bête sauvage à sa portée, il tend la
main en arrière et reçoit de celle d'un page un arc dont la corde
flotte détendue; car, de même qu'il regarde comme puéril de le
porter dans un étui, il croit aussi qu'une femme seule peut
l'accepter déjà tout prêt. Ainsi donc, après l'avoir reçu, tantôt il
le bande en faisant fléchir les deux bouts; tantôt, appuyant contre
son talon l'extrémité où se trouve le nœud, il pousse du doigt la
boucle pendante et mobile ; puis il prend des traits, les ajuste,
les chasse. Il demande auparavant ce que vous désirez qu'il frappe :
vous désignez l'objet, il l'atteint aussitôt. Et si l'un des deux
doit se tromper, le coup de celui qui décoche le trait est moins
souvent en défaut, que la vue de celui qui indique le but.
Dans les festins, car ses repas ordinaires ne différent point de
ceux d'un particulier, on ne voit jamais un esclave essoufflé placer
sur des tables fléchissantes une grande quantité d'argenterie
grossière et jaunâtre. On met alors beaucoup de réserve dans les
paroles; car, ou l'on garde le silence, ou l'on ne tient que des
propos sérieux. Les garnitures des lits de table, et les autres
meubles de la salle, sont tantôt de pourpre, tantôt de fin lin. Ce
qui fait le prix des mets, c'est l'art et non pas la valeur; la
vaisselle se recommande bien plus par la netteté que par le poids.
Les convives ont plutôt à se plaindre du petit nombre de santés
qu'on leur porte, qu'ils ne sont obligés de refuser les coupes et
les patères, pour avoir trop bu. En un mot, on remarque dans ses
repas l'élégance des Grecs, l'abondance des Gaulois, la célérité des
Italiens, la pompe d'une fête publique, l'attention d'une table
privée, l'ordre qui sied à la demeure d'un roi. Mais il est inutile
de te parler plus longtemps de ce luxe d'apparat, qui ne saurait
être ignoré des personnes même les plus éloignées du monde. Revenons
à notre sujet.
Après le repas, Théodoric souvent ne fait point la sieste, ou ne la
fait que très courte. Quand il veut jouer, il ramasse les dés avec
vitesse, les examine avec sollicitude, les agite avec adresse, les
lance avec vivacité, les interpelle en plaisantant, les attend avec
patience. Si les coups sont heureux, il se tait; s'ils sont
malheureux, il rit ; jamais il ne s'emporte, toujours il se conduit
en sage. Il dédaigne également de craindre la revanche, ou de la
prendre; il méprise les chances favorables qu'on lui offre;
sont-elles contraires, il passe outre. On se retire sans bruit,
Théodoric se retire sans tricherie. Vous le croiriez, au milieu même
du jeu, tout occupé de guerre. L'unique objet pour lui, c'est la
victoire.
Dans ces circonstances, il dépose un peu la gravité royale, exhorte
à jouer avec liberté, comme entre des égaux. Pour te dire mon
sentiment, il a peur d'être craint. Il s'amuse de l'émotion du
vaincu, et croit enfin qu'on ne s'est point laissé gagner par
déférence, quand l'humeur d'un antagoniste vient le convaincre de
son triomphe. Ce qui te surprendra, c'est que souvent cette joie,
qui résulte des causes les plus simples, fait valoir le mérite des
affaires les plus importantes. Alors, des grâces qui avaient été
refusées à la protection, sont accordées subitement. Alors,
moi-même, si j'ai quelque chose à demander, je me tiens heureux
d'être vaincu, puisque ma défaite au jeu amène le succès de ma
requête.
Vers la neuvième heure, les soins fatigants du trône commencent à
renaître. Viennent les solliciteurs, viennent ceux qui les éloignent
; partout frémissent la cabale et l'intrigue. La foule s'éclaircit à
l'approche du souper du roi, puis se disperse chez les courtisans,
et chacun veille auprès de son patron, jusqu'au milieu de la nuit.
Quelquefois, mais rarement, on donne pendant le souper, un libre
cours aux saillies des mimes, de manière toutefois que nul convive
ne devienne le but d'une épigramme sanglante et envenimée. On
n'entend là néanmoins ni orgues hydrauliques, ni concerts savants et
étudiés. Là, point de joueur de lyre, point de joueur de flûte,
point de maître de chœur ; point de femme qui joue du sistre ou de
tout autre instrument ; le roi n'admet que les musiciens dont les
sons ne plaisent pas moins à l’âme, que les chants à l'oreille.
Quand il s'est levé de table, les gardes du trésor commencent leurs
fonctions nocturnes; ils se tiennent armés devant les portes du
palais royal, ou ils doivent veiller pendant les heures du premier
sommeil.
Et quel rapport tout ceci peut-il avoir à mon sujet, puisque je ne
t’ai point promis de te parler au long du gouvernement, mais de te
dire quelques mots sur le prince? Il convient que je pose ici la
plume, car tu as seulement demandé que je te fisse connaître les
goûts et la personne de Théodoric; et moi, j'ai voulu écrire, non
pas une histoire, mais une lettre. Adieu. |
EPISTOLA II.
Sidonius Agricolae suo salutem.
SAEPENUMERO postulavisti ut, quia
Theodorici regis Gothorum commendat populis fama civilitatem,
litteris tibi formae suae quantitas, vitae qualitas significaretur.
Pareo libens, in quantum epistolaris pagina sinit, laudans in te tam
delicatae sollicitudinis ingenuitatem.
Igitur vir est et illis dignus agnosci qui eum minus familiariter
intuentur, ita personam suam Deus arbiter et ratio naturae,
consummatae felicitatis dote sociata, cumulaverunt. Mores autem
hujuscemodi, ut laudibus eorum nihil ne
regni quidem defraudet invidia. Si forma quaeratur : corpore
exacto, longissimis brevior, procerior, eminentiorque mediocribus.
Capitis apex rotundus, in quo paululum a planitie frontis in
verticem caesaries refuga crispatur.
Cervix non sedet nervis. Geminos orbes hispidus superciliorum
coronat arcus. Si vero cilia flectantur, ad malas medias palpebrarum
margo prope pervenit. Aurium legulae, sicut
mos gentis est, crinium superjacentium
flagellis operiuntur. Nasus venustissime incurvus. Labra
subtilia, nec dilatatis oris angulis ampliata. Si casu dentium
series ordinata promineat, niveum protinus repraesentat colorem.
Pilis infra narium antra fruticantibus quotidiana succisio. Barba
concavis hirta temporibus, quam in subdita vultus parte surgentem
stirpitus tonsor assiduus genas ad usque forpicibus evellit. Menti,
gutturis, colli, non obesi, sed succulenti, lactea cutis, quae
propius inspecta juvenili rubore suffunditur. Namque hunc illi
crebro colorem non ira, sed verecundia facit.
Teretes humeri, validi lacerti, dura brachia, patulae manus;
recedente alvo pectus accedens. Aream dorsi humilior inter
excrementa costarum spina discriminat. Tuberosum est utrumque
musculis prominentibus latus. In succinctis regnat vigor ilibus.
Corneum femur, internodia poplitum bene mascula; maximus in minime
rugosis genibus honor. Crura suris fulta turgentibus, et, qui magna
sustentat membra, pes modicus.
Si actionem diurnam, quae est forinsecus exposita, perquiras :
antelucanos sacerdotum suorum coetus
minimo comitatu expetit, grandi sedulitate veneratur: quanquam, si
sermo secretus, possis animadvertere quod servet istam pro
consuetudine potius, quam pro ratione reverentiam.
Reliquum mane regni administrandi cura
sibi deputat. Circumsistit sellam comes
armiger, pellitorum turba satellitum
ne absit, admittitur; ne obstrepat, eliminatur, sicque pro foribus
immurmurat exclusa velis, inclusa cancellis.
Inter haec, intromissis gentium legationibus, audit plurima, pauca
respondet. Si quid tractabitur, differt ; si quid expedietur,
accelerat. Hora est secunda : surgit e solio, aut thesauris
inspiciendis vacaturus, aut stabulis. Si venatione nuntiata
procedit, arcum lateri innectere citra gravitatem regiam judicat:
quem tamen, si cominus avem feramque aut venanti monstres, aut
vianti sors offerat, manui post tergum reflexae puer inserit, nervo
lorove fluitantibus: quem sicut puerile computat gestare thecatum,
ita muliebre accipere iam tensum. Igitur acceptum modo insinuatis e
regione capitibus intendit, modo ad talum pendulum, nodi parte
conversa, languentem chordae laqueum vagantis digito superlabente
prosequitur: et mox spicula capit, implet, expellit; quidve cupias
percuti, prior admonet. Eligis quid faciat, quod elegeris ferit: et,
si ab alterutro errandum est, rarius fallitur figentis ictus, quam
destinantis obtutus.
Si in convivium venitur, quod quidem diebus profestis simile privato
est, non ibi impolitam congeriem liventis argenti mensis cedentibus
suspiriosus minister imponit. Maximum
tunc pondus in verbis est, quippe cum illic aut nulla narrantur, aut
seria. Toreumatum peripetasmatumque modo
conchyliata profertur suppellex, modo byssina. Cibi arte, non
pretio placent: fercula nitore, non pondere. Scyphorum paterarumque
raras oblationes facilius est ut accuset sitis, quam recuset
ebrietas. Quid multis? Videas ibi
elegantiam Graecam, abundantiam
Gallicanam, celeritatem Italam, publicam pompam, privatam
diligentiam, regiam disciplinam. De luxu autem illo
sabbatario narrationi meae
supersedendum est, qui nec latentes potest latere personas. Ad
coepta redeatur.
Dapibus expleto somnus meridianus saepe
nullus, semper exiguus. Quibus horis viro
tabula cordi est, tesseras colligit rapide, inspicit sollicite,
volvit argute, mittit instanter, joculanter compellat, patienter
exspectat. In bonis jactibus tacet, in malis ridet, in neutris
irascitur, in utrisque philosophatur. Secundas fastidit vel timere,
vel facere, quarum opportunitates spernit oblatas, transit
oppositas. Sine motu evaditur, sine colludio evadit. Putes illum et
in calculis arma tractare. Sola est illi cura vincendi.
Cum ludendum est, regiam sequestrat tantisper severitatem, hortatur
ad ludum, libertatem, communionemque. Dicam quod sentio: timet
timeri. Denique oblectatur commotione superati, et tunc demum credit
sibi non cessisse collegam, cum fidem fecerit victoriae suae bilis
aliena. Quodque mirere, saepe illa laetitia, minimis occasionibus
veniens, ingentium negotiorum merita fortunat. Tunc petitionibus diu
ante per patrociniorum naufragia jactatis, absolutionis subitae
portus aperitur. Tunc etiam ego aliquid
obsecraturus feliciter vincor, quando mihi ad hoc tabula petit,
ut causa salvetur.
Circa nonam recrudescit moles illa
regnandi. Redeunt pulsantes, redeunt submoventes, ubique litigiosus
fremit ambitus: qui tractus in vesperam, coena regia interpellante
rarescit, et per aulicos deinceps pro patronorum varietate
dispergitur, usque ad tempus concubiae noctis excubaturus. Sane
intromittuntur, quanquam raro, inter coenandum mimici sales, ita ut
nullus conviva mordacis linguae felle feriatur. Sic tamen quod illic
nec organa hydraulica sonant, nec sub
phonasco
vocalium concentus meditatum acroama simul intonat. Nullus ibi
lyristes, choraules,
mesochorus, tympanistria, psaltria
canit: rege solum illis fidibus delinito, quibus non minus mulcet
virtus animum quam cantus auditum. Cum surrexerit, inchoat nocturnas
aulica gaza custodias, armati regiae domus aditibus assistunt,
quibus horae primi soporis vigilabuntur.
Sed jam quid meas istud ad partes, qui tibi indicanda non multa de
regno, sed pauca de rege promisi? Simul et stylo finem fieri decet:
quia et tu cognoscere viri non amplius quam studia personamque
voluisti, et ego non historiam, sed epistolam efficere curavi. Vale.
|
|
LETTRE III.
SIDONIUS A SON CHER PHILIMATIUS, SALUT.
COURAGE donc, chasse-moi du sénat après m'avoir demandé, suivant les
lois contre la brigue, pourquoi je mets tant d'efforts à obtenir une
dignité héréditaire, moi dont le père, le beau-père, l'aïeul, le
bisaïeul ont été préfets de Rome et du prétoire, maîtres du palais
et commandants des armées. Voilà que mon cher Gaudentius, jusqu'ici
simple tribun du prétoire, laisse bien loin derrière lui nos
concitoyens engourdis et inactifs, et s'élève à la dignité de
vicaire. A la vérité, nos jeunes gens murmurent de voir ainsi leur
noblesse abaissée; mais Gaudentius, qui dépasse ses détracteurs,
n'est accessible à nul autre sentiment qu'à celui de la joie. On
respecte donc un homme jusque-là méprisé; on s'émerveille des
soudaines faveurs de la fortune, et celui qu'on dédaignait perdu
dans la foule, on l'admire aujourd'hui siégeant sur le tribunal.
Gaudentius, par la voix rauque du crieur, frappe les oreilles
quelquefois assoupies des envieux; et si vive que soit l'inimitié
qui les excite contre lui, néanmoins ils sont assignés devant les
bancs des avocats. Il te faut donc, par le privilège de conseiller
préfectorial qui t'est offert, et qui t'élève à la participation de
la préfecture elle-même, compenser promptement la perte d'une autre
dignité ; car, si tu viens au conseil sans cette prérogative, il
semblera que ta n'aies exercé que les fonctions de vicaire. Adieu.
|
EPISTOLA III.
Sidonius Philimatio suo salutem.
I nunc, et legibus me ambitus interrogatum
senatu move, cur adipiscendae dignitati haereditariae curis
pervigilibus incumbam: cui pater, socer, avus, proavus, praefecturis
urbanis praetorianisque, magisteriis
palatinis militaribusque micuerunt. Et ecce Gaudentius meus
hactenus tantum Tribunitius, oscitantem
nostrorum civium desidiam vicariano apice
transcendit. Mussitat quidem juvenum nostrorum calcata generositas:
sed qui transit derogantes, in hoc solum movetur, ut gaudeat. Igitur
venerantur hucusque contemptum, ac subitae stupentes dona fortunae,
quem consessu despiciebant, sede suspiciunt.
Ille obiter stertentum oblatratorum aures
rauci voce praeconis everberat: qui in eum licet stimulis
inimicalibus excitentur, scamnis tamen
amicalibus deputantur. Unde te etiam
par fuerit privilegio gaudentem praefecturae, in quae participanda
deposceris, antiquati honoris perniciter sarcire dispendium: ne si
extra praerogativam consiliarii in concilium veneris, solas
vicariorum vices egisse videare. Vale. |
|
LETTRE IV.
SIOONIUS A SON CHER GAUDENTIUS, SALUT.
COURAGE, très noble citoyen; ton mérite t'a donné les faisceaux, et,
pour posséder ces titres, ces hautes dignités, tu n'as fait valoir
ni l'opulence de ta mère, ni les largesses de tes ancêtres, ni les
joyaux de ton épouse, ni les trésors de ton père ; au contraire, ce
qui t'a recommandé dans la maison du prince, c'est ta franchise, ton
application bien éprouvée, et le bon choix de tes connaissances. O
trois et quatre fois heureux, toi, dont l'élévation réjouit tes
amis, afflige tes envieux, illustre tes descendants, sert d'exemple
aux hommes de cœur et d'activité, d'encouragement aux lâches et aux
paresseux ! S’il se trouve des personnes toutefois qui ambitionnent
plus tard de l’imiter, elles se devront peut-être à elles-mêmes de
t'atteindre ; mais elles se devront sans doute de venir après toi.
Il me semble voir, cela soit dit sans offenser les gens de bien, il
me semble voir cette paresse orgueilleuse des envieux, ce dégoût de
combattre si ordinaire aux lâches, lorsque, dans le désespoir de
s'élever, ils philosophent à table, vantent les loisirs de ceux qui
ne sont point dans les honneurs, et cela par un vice de paresse,
plutôt que par un désir de perfection. Les anciens rejetaient un
pareil prétexte, de peur que les enfants ne s'en autorisassent ;
ainsi, comparant à des pièces d'étoffe les essais d'éloquence des
jeunes gens, ils disaient qu'il est plus difficile d'allonger un
discours peu étendu que de le raccourcir.
En voilà bien assez sur ce sujet ; sois persuadé, je te prie, que
j'ai la volonté sincère de correspondre à ton amitié, si Dieu
toutefois, favorisant de louables désirs, me ramène sain et sauf
auprès de toi. Adieu.
|
EPISTOLA IV.
Sidonius Gaudentio suo salutem.
MACTE esto, vir amplissime, fascibus partis dote meritorum: quorum
ut titulis apicibusque potiare, non maternos reditus, non avitas
largitiones, non uxorias gemmas, non paternas pecunias numeravisti:
quia tibi econtrario apud principis domum,
inspecta sinceritas, spectata sedulitas, admissa sodalitas laudi
fuere. O terque quaterque beatum te, de cujus culmine datur amicis
laetitia, lividis poena, posteris gloria; tum praeterea vegetis et
alacribus exemplum, desidibus et pigris incitamentum; et tamen si
qui sunt qui te quocunque animo deinceps aemulabuntur, sibi
forsitan, si te consequantur, debeant; tibi debebunt procul dubio,
quod sequuntur. Spectare mihi videor, bonorum pace praefata, illam
in invidis ignaviam superbientem, et illud militandi inertibus
familiare fastidium, cum a desperatione crescendi, inter bibendum
philosophantes, ferias inhonoratorum laudant, vitio desidiae, non
studio perfectionis. Cujus appetitus, ne adhuc pueris usui foret,
majorum judicio rejiciebatur; sic adolescentum declamatiunculas
pannis textilibus comparantes, intelligebant eloquia juvenum
laboriosius brevia produci quam porrecta succidi.
Sed hinc quia ista haec satis, quod subest, quaeso, reminiscaris,
velle me tibi studii hujusce vicissitudinem reponderare, modo me
actionibus justis Deus annuens et sospitem praestet, et reducem.
Vale. |
|
LETTRE V.
SIDONIUS A SON CHER HERONIUS, SALUT.
J'ETAIS à Rome, lorsque j'ai reçu la lettre par laquelle tu me
demandes avec empressement si les affaires, objet de mon voyage,
marchent suivant notre commun désir. Tu veux aussi connaître par
quelle route et de quelle manière j'ai voyagé, quels fleuves
illustrés par les chants des poètes, quelles villes remarquables par
leur situation, quelles montagnes fameuses, quelles plaines célèbres
par les combats qui s'y sont livrés, j'ai vus dans mon chemin: tu
trouves, en effet, une sorte de plaisir à connaître, par le récit
fidèle de témoins oculaires, les choses que tu as apprises dans les
livres. Je me réjouis donc du désir que tu manifestes de connaître
ce que je fais ; une telle curiosité ne part que de ton cœur. Je
vais, contre l'ordinaire, te peindre d'abord, avec l'aide de Dieu,
les agréments de mon voyage, quoique nos ancêtres commençassent par
le récit des événements fâcheux.
En sortant des murs de notre Rhodanusia, je me servis de la poste
impériale, comme appelé par l'empereur lui-même; sur ma route,
s'offraient les demeures de mes connaissances et de mes proches; ce
qui me retardait, ce n'était donc pas le manque de voitures, mais la
foule de mes amis; ils me serraient en d'étroits embrassements, et
me souhaitaient à l'envi un heureux voyage, un retour plus heureux
encore. C'est ainsi que j'arrivai aux Alpes; je les franchis
promptement et sans peine, entre les flancs escarpés de montagnes
effrayantes, par un sentier doux que la neige avait creusé sur le
chemin ordinaire. Si quelques fleuves n'étaient point navigables, on
pouvait aisément les passer à gué, ou du moins sur des ponts voûtés
en arcs, élevés par les anciens, et dont le ceintre s'étend depuis
les fondements jusqu'à la chaussée, revêtue de cailloux. Je montai
sur la diligence du Tésin, qui me conduisit bientôt à l'Eridan ; je
ris beaucoup des sœurs de Phaéton, que nous avons souvent chantées à
table, et des larmes d'or qu'elles répandaient avant d'être changées
en arbre. Porté un peu en travers des bouches du bourbeux Lambro, du
bleuâtre Adda, du rapide Adige, du paresseux Mincio, je vis jusque
dans leurs lits ces fleuves qui prennent leurs sources aux monts
Liguriens et Euganées; les rives en sont couvertes de forêts de
chênes et d'érables. On y entend les doux concerts des oiseaux, dont
les nids se balancent cachés tantôt parmi les roseaux creux, tantôt
parmi les joncs acérés, tantôt parmi des broussailles flexibles;
tous ces arbustes, nourris par l'humidité du sol, croissent
pêle-mêle sur les bords de ces rivières. Chemin faisant, j'arrivai à
Crémone, dont le voisinage fut autrefois si déploré par le berger de
Mantoue. Ensuite, pendant que les rameurs vénitiens cédaient la
place à ceux d'Emilie, j'entrai à Brixillum, pour en sortir
aussitôt; puis bordent la voie Flaminienne ; je laissai à gauche le
Picenum, et à droite l’Umbrie. Dans ces contrées, l'Atabulus de
Calabre, la région pestilentielle de Toscane, l'air chargé
d'exhalaisons empoisonnées, le passage subit et alternatif du froid
au chaud, m'épuisèrent et me firent tomber malade. Cependant, la
fièvre et la soif me dévoraient les entrailles. Pour les apaiser, je
promettais à leur avidité, non seulement les eaux délicieuses des
fontaines ou des sources cachées, mais encore toutes celles qui
étaient voisines, ou qui pourraient s'offrir à ma vue, c'est-à-dire
les eaux limpides du Fucin, celles du froid Clitumne, du bleu
Téveron, du sulfureux Naro, l'onde pure du Fabaris, et l'eau trouble
du Tibre; toutefois c'était en vain.
Cependant Rome s'offrit à mes regard»; il me semblait que j'allais
épuiser et ses aqueducs, et ses naumachies. Avant d'atteindre le
Pomœrium, je me prosternai sur le seuil triomphal des Apôtres, et je
sentis tout à coup se dissiper la langueur qui accablait mes
membres. Après avoir éprouvé, d'une manière aussi miraculeuse,
l'assistance du Ciel, j'entrai dans une hôtellerie dont j'ai loué
une portion, et c'est là que maintenant je t'écris de mon lit; je
prends un peu de repos, avant de me présenter aux portes
tumultueuses du prince et des courtisans. A mon arrivée, on
célébrait les noces du patrice Ricimer, et de la fille de
l'empereur, unis ensemble dans l'intérêt de la tranquillité
publique.
Au milieu de cette joie commune non seulement à tous les ordres de
citoyens, mais encore aux différents partis, j'envie le repos
tranquille dont vous jouissez au-delà des Alpes. Au moment où je
t'écris ces lignes, on affiche des épithalames en vers fescennins à
la porte de tous les théâtres, dans tous les marchés, au prétoire,
dans toutes les places publiques, sur les murs des temples et des
gymnases. Les études sont suspendues, les affaires laissées de côté,
les tribunaux se taisent, les députations sont différées, toute
brigue est interrompue, et, devant les bouffonneries des histrions,
toute occupation sérieuse disparaît. Déjà la jeune vierge est livrée
à Ricimer; déjà il a reçu la couronne de l'époux, la robe brodée de
palmes du consulaire; déjà la conductrice s'est vêtue de la cyclade;
Ricimer a pris la toge du sénateur; déjà il dépose l'humble manteau,
et néanmoins la pompe nuptiale continue, parce que la nouvelle
mariée n'a point encore été conduite à la maison de son époux. Une
fois ces réjouissances finies, je te ferai part de mes démarches, si
pourtant la fin de la solennité vient mettre un terme à ces loisirs
si agités de toute une ville. Adieu. |
EPISTOLA V.
Sidonius Heronio suo salutem.
LITTERAS tuas Romae positus accepi, quibus an secundum commune
consilium sese peregrinationis meae coepta promoveant sollicitus
inquiris. Viam etiam qualem qualiterque confecerim, quos aut fluvios
viderim poetarum carminibus illustres, aut urbes moenium situ
inclytas, aut montes nominum opinione vulgatos, aut campos
praeliorum replicatione monstrabiles: quia voluptuosum censeas, quae
lectione compereris, eorum qui inspexerint fideliore didicisse
memoratu. Quocirca gaudeo te quid agam cupere cognoscere; namque
hujuscemodi studium ex affectu interiore proficiscitur. Ilicet, et
si secus quaepiam, sub ope tamen Dei ordiar a secundis; quibus
primordiis majores nostri etiam sinisteritatum suarum relationes
evolvere auspicabantur.
Egresso mihi Rhodanusiae nostrae
moenibus publicus cursus usui fuit,
utpote sacris apicibus accito, et
quidem per domicilia sodalium propinquorumque: ubi sane moram vianti
non veredorum paucitas, sed amicorum
multitudo faciebat: quae mihi arcto implicita complexu, itum
reditumque felicem certantibus votis comprecabatur. Sic Alpium jugis
appropinquatum: quarum mihi citus et facilis ascensus, et inter
utrimque terrentis latera praerupti cavatis in callem nivibus
itinera mollita. Fluviorum quoque si qui
non navigabiles, vada commoda, vel certe pervii pontes, quos
antiquitas a fundamentis ad usque aggerem calcabili silice crustatum
crypticis arcubus fornicavit. Ticini
cursoriam, sic navigio nomen, ascendi: qua in Eridanum brevi
delatus, et cantatas saepe comessaliter nobis
Phaethontiadas, et commentitias arborei
metalli lacrymas risi Ulvosum Lambrum,
coerulum Adduam, velocem
Athesim, pigrum
Mincium, qui
Ligusticis Euganeisque montibus
oriebantur, paulum per ostia adversa subvectus, in suis etiam
gurgitibus inspexi: quorum ripae torique passim quernis acernisque
nemoribus vestiebantur. Hic avium resonans dulce concentus, quibus
nunc in concavis arundinibus, nunc quoque in juncis pungentibus,
nunc et in scirpis enodibus, nidorum strues imposita nutabat: quae
cuncta virgulta tumultuatim super amnicos margines soli bibuli succo
fota fruticaverant. Atque obiter Cremonam
pervectus adveni, cujus olim est Tityro Mantuano larium
suspirata proximitas. Brixillum dein
oppidum, dum succedenti Aemiliano nautae
decedit Venetus remex, tantum ut exiremus, intravimus, Ravennam
paulo post cursu dexteriore subcuntes: quo loci
veterem civitatem, novumque portum,
media via Caesaris ambigas utrum
connectat, an separet. Insuper oppidum
duplex pars interluit Padi certa, pars alluit: qui ab alveo
principali molium publicarum discerptus objectu, et per easdem
derivatis tramitibus exhaustus, sic dividua fluenta partitur, ut
praebeant moenibus circumfusa praesidium, infusa commercium. Huc cum
peropportuna cuncta mercatui, tum praecipue quod esui competeret
deferebatur: nisi quod, cum sese hinc salsum portis pelagus
impingeret, hinc cloacali pulte fossarum discursu lintrium
ventilata, et ipse lentati languidus lapsus humoris nauticis
cuspidibus foraminato fundi glutino sordidaretur, in medio undarum
sitiebamus: quia nusquam vel aquae ductuum liquor integer, vel
cisterna defaecabilis, vel fons irriguus, vel puteus illimis.
Unde progressis ad Rubiconem ventum,
qui originem nomini de glarearum puniceo colore mutuatur: quique
olim Gallis Cisalpinis, Italisque veteribus terminus erat, cum
populis utriusque Adriatici maris oppida divisui fuere. Hinc
Ariminum,
Fanumque perveni, illud Juliana rebellione memorabile, hoc
Asdruballano funere infectum. Siquidem illic
Metaurus, cujus ita in longum felicitas
uno die parta porrigitur, ac si etiam nunc Dalmatico salo cadavera
sanguinolenta decoloratis gurgitibus
inferret. Hinc caetera Flaminiae
oppida, statim ut ingrediebar, egressus, laevo Picentes, dextro
Umbros latere transmisi. Ubi mihi seu Calaber
Atabulus, seu
pestilens regio Tuscorum, spiritu aeris venenatis flatibus
inebriato, et modo calores alternante, modo frigora, vaporatum
corpus infecit. Interea febris, sitisque penitissimum cordis
medullarumque secretum depopulabantur. Quarum aviditati non solum
amoena fontium, aut abstrusa puteorum, quanquam haec quoque, sed
tota illa vel vicina vel obvia fluenta, id est vitrea
Fucini, gelida
Clitumni, Anienis coerula,
Naris sulphurea, pura
Fabaris, turbida Tyberis, metu tamen
desiderium fallente, pollicebamur.
Inter haec patuit et Roma conspectui: cujus mihi non solum
formas, verum etiam
naumachias videbar epotaturus. Ubi
priusquam vel pomoeria contingerem,
triumphalibus apostolorum liminibus affusus, omnem protinus sensi
membris male fortibus explosum esse langorem. Post quae coelestis
experimenta patrocinii, conducti diversorii parte susceptus, atque
etiam nunc ista haec inter jacendum scriptitans, quieti pauxillulum
operam impendo. Neque adhuc principis, aulicorumque tumultuosis
foribus obversor. Interveni etenim nuptiis
patricii Ricimeris, cui filia perennis Augusti
in spem publicae securitatis
copulabatur.
Igitur nunc in ista non modo personarum, sed etiam ordinum
partiumque laetitia, Transalpino tuo latere conducibilius visum:
quippe cum hoc ipso tempore quo haec mihi exarabantur, vix per omnia
theatra, macena, praetoria, fora, templa, gymnasia,
talassio fescenninus explicaretur.
Atque etiamnum econtrario studia sileant, negotia quiescant, judicia
conticescant, differantur legationes, vacet ambitus, et inter
scurrilitates histrionum totus actionum seriarum status
peregrinetur. Jam quidem virgo tradita est,
jam corona sponsus, jam
palmata consularis, jam
cyclade pronuba, jam toga senator
honoratur, jam penulam deponit
inglorius: et nondum tamen cuncta thalamorum pompa defremuit, quia
necdum ad mariti domum nova nupia migravit. Qua festivitate decursa,
caetera tibi laborum meorum molimina reserabuntur, si tamen vel
consummata solemnitas aliquando terminaverit istam totius civitatis
occupatissimam vacationem. Vale. |
|
LETTRE VI.
SIDONIUS A SON CHER EUTROPIUS, SALUT.
DEPUIS longtemps, sans doute, je désirais t'écrire; aujourd'hui que,
grâces au Christ, je prends le chemin de Rome, je suis bien plus
porté à le faire. L'unique, ou plutôt le vrai motif qui me presse,
c'est l'envie que j'ai de t'arracher à la profondeur de ton repos
domestique, pour l'engager à solliciter les charges du palais. Je
dois ajouter à cela que, par la faveur de Dieu, tu es dans toute la
vigueur de l'âge, du corps, de l'esprit, puis ensuite que tu es
abondamment pourvu de chevaux, d'armes, de vêtements, de richesses,
d'esclaves, et que, si je ne me trompe, tu crains seulement de
commencer. Actif, comme tu l'es, dans ton intérieur, une sorte
d'inertie et je ne sais quel découragement te font reculer devant un
voyage en pays étranger; si toutefois un homme de race sénatoriale,
qui chaque jour a sous les yeux les images de ses ancêtres vêtus de
la trabée, peut dire avec raison qu'il a quitté son pays, lorsqu'une
fois, et dans sa jeunesse, il a vu le domicile des lois, le gymnase
des lettres, le palais des dignités, le faite du monde, la patrie de
la liberté, l'antique cité de l'univers, ou les Barbares seuls et
les esclaves puissent être étrangers. Et maintenant, ô honte! tu
restes parmi des bouviers rustiques et de vils porchers. Fendre la
terre avec une charrue tremblante; butiner les vertes richesses des
prairies, penché sur la faux recourbée; labourer, incliné sur le
hoyau, une vigne chargée de sarments, c'est là maintenant pour toi
le comble de la félicité. Que ne te réveilles-tu plutôt, afin que
ton esprit, abandonnant la mollesse et la torpeur d'un ignoble
loisir, s'élève à de plus grandes choses. Il n'appartient pas moins
à un homme de ton rang, de cultiver sa personne que sa villa. Et
d'ailleurs, ce que tu nommes l'exercice de ta jeunesse, n'est autre
chose que le repos des vétérans, dont les mains affaiblies échangent
le glaive rouillé pour le hoyau tardif. Soit : des vins abondants
écumeront dans tes celliers agrandis; tes greniers se rompront sous
des monceaux de blé; un pâtre robuste enfermera dans ton immense
bergerie un nombreux troupeau, qui t'offre son lait avec ses
mamelles pendantes; que sert-il d'accroître ainsi ton patrimoine, et
de t'y cacher non seulement au milieu de toutes ces choses, mais, ce
qui est plus honteux, pour ces choses mêmes? Ce ne sera pas à tort
que, dans nos assemblées, derrière des jeunes gens assis au tribunal
et ouvrant leur avis, la sentence d'un pauvre parvenu aux honneurs
tombera sur toi, obscur citoyen des champs, vieillard debout, noble
perdu dans la foule, lorsque tu verras avec douleur que tu as été
devancé par des hommes, pour qui c'eût été déjà trop de suivre nos
pas. Qu'ajouter de plus? Si tu te rends à mes exhortations, je serai
le compagnon, l'aide, le guide de tes efforts; j'y prendrai part.
Mais si, retenu dans les liens enchanteurs du plaisir, tu aimes
mieux t’attacher aux dogmes d’Epicure, qui rejette la vertu et place
le souverain bien dans les voluptés du corps, j'atteste nos
ancêtres, j'atteste nos descendants que je suis étranger à cette
conduite.
|
EPISTOLA VI.
Sidonius Eutropio suo salutem.
OLIM quidem scribere tibi concupiscebam, sed nunc vel maxime
impellor, id est, cum mihi ducens in Urbem, Christo propitiante, via
carpitur. Scribendi causa vel sola, vel maxima, qua te scilicet a
profundo domestica quietis extractum ad capessenda
militiae palatinae munia vocem. His
additur, quod munere Dei tibi congruit aevi, corporis, animi vigor
integer; dein quod equis, armis, veste, sumptu, famulitio
instructus, solum, nisi fallimur, incipere formidas: et cum sis
alacer domi, in aggredienda peregrinatione trepidum te iners
desperatio facit: si tamen senatorii seminis homo,
qui quotidie trabeatis proavorum imaginibus
ingeritur, juste dicere potest semet peregrinatum, si semel et
in juventa viderit domicilium legum,
gymnasium litterarum,
curiam dignitatum, verticem mundi,
patriam libertatis, in qua unica totius
mundi civitate soli barbari et servi peregrinantur. Et nunc,
proh pudor ! si relinquare inter bussequas rusticanos, subulcosque
ronchantes. Quippe si et campum stiva tremente proscindas, aut prati
floreas opes panda curvus falce populeris, aut vineam palmite gravem
cernuus rastris fossor invertas; tunc est tibi summa votorum
beatitudo. Quin potius expergiscere, et ad majora se pingui otio
morcidus, et innervis animus attollat. Non minus est tuorum natalium
viro, personam suam excolere, quam villam. Ad extremum quod tu tibi
juventutis exercitium appellas, hoc est
otium veteranorum, in quorum manibus effetis enses rubiginosi
sero ligone mutantur. Esto, multiplicatis tibi spumabunt musta
vinetis, innumeros quoque cumulos frugibus
rupta congestis horrea dabunt, densum pecus gravidis uberibus in
mulctram per antra olida caularum pinguis tibi pastor includet: quo
spectat tam faeculento patrimonium promovisse compendio; et non
solum inter ista, sed, quod est turpius, propter ista latuisse? Non
nequiter te concilii tempore, post sedentes censentesque juvenes,
inglorium rusticum, senem stantem, nobilem latitabundum pauperis
honorati sententia premet, cum eos quos esset indignum si vestigia
nostra sequerentur, videris dolens antecessisse. Sed quid plura? Si
pateris hortantem conatuum tuorum
socius adjutor, praevius particeps ero. Sin autem illecebrosis
deliciarum cassibus involutus, mavis, ut aiunt, Epicuri dogmatibus
copulari, qui jactura virtutis admissa, summum bonum sola corporis
voluptate determinat, testor ecce majores, testor posteros nostros,
huic me noxae non esse confinem.
|
|
LETTRE VII.
SIDONIUS A SON CHER VINCENTIUS, SALUT.
LE malheur d'Arvandus m'afflige, et je ne le dissimule pas. Car, ce
qui met le comble à la gloire de l'empereur, c'est qu'on peut aimer
publiquement ceux-mêmes qui sont condamnés à la peine capitale. J'ai
été ami de cet homme, au-delà de ce que pouvaient souffrir la
faiblesse et la légèreté de son caractère. Ce qui l'atteste, c'est
la haine que je me suis attirée depuis peu à cause de lui, et dont
les feux m'ont consumé dans mon imprudence. Mais, si j'ai persévéré
dans son amitié, je le dois à moi-même. Pour lui, il ne sut jamais
être constant, je m'en plains avec franchise, et non point pour
insulter à son malheur ; car, en méprisant les conseils de ses plus
fidèles amis, il a été en tout le jouet de la fortune ; enfin, si
quelque chose peut m'étonner, ce n'est pas qu'il soit tombé, mais
qu'il ait été si longtemps debout.
Oh ! combien de fois ne se vantait-il pas lui-même d'avoir souvent
bravé l'infortune ! et combien de fois n'avons-nous pas déploré de
toute notre âme une imprudence qui devait, tôt ou tard, l'entraîner
à sa ruine ! Nous étions loin de regarder comme heureux un homme
dont le bonheur était plutôt passager que durable. Tu me demandes
quelle a été sa manière de gouverner. Avec tous les égards que l'on
doit à un ami dans le malheur, je t'exposerai la chose en peu de
mots.
Arvandus a géré sa première préfecture au milieu de l'affection
publique, et la suivante au milieu des plus criantes exactions.
Accablé de dettes, et dans la crainte de ses créanciers, il portait
envie aux grands qui devaient lui succéder. Il se moquait de tout,
voulait tout savoir, méprisait les bons offices, concevait des
soupçons contre ceux qui le voyaient rarement, se dégoûtait de ceux
qui le voyaient assidûment, tant qu'à la fin, succombant sous le
poids de la haine publique, et investi de gardes avant même d'être
dépouillé de sa puissance, il fut, pris et envoyé à Rome. Là, il se
vanta fièrement d'avoir côtoyé sans danger les bords orageux de la
mer de Toscane, comme si la conscience ne lui eût rien reproché et
que les éléments eussent été, en quelque sorte, à ses ordres. Il
était gardé au Capitole par son hôte Flavius Asellus, maître des
trésors sacrés, qui respectait encore en lui le dernier éclat d'une
dignité dont il venait d'être dépouillé. Sur ces entrefaites,
arrivèrent les députés de la province des Gaules, Tonantius
Ferréolus, ex-préfet du prétoire et petit-fils du consul Afranius
Syagrius, Thaumastus et Petronius, personnages doués d'une haute
éloquence, d'une rare habileté dans les affaires, et dignes d'être
placés parmi les hommes qui honorent le plus notre patrie; ils
venaient à la suite d'Arvandus, munis des pièces nécessaires,
l'accuser au nom de leur province. Entre autres preuves pour établir
leur accusation, ils portaient une lettre interceptée, que le
secrétaire d'Arvandus, arrêté lui aussi, confessait lui avoir été
dictée par son maître. Cette lettre paraissait être adressée au roi
des Goths, pour le dissuader de faire la paix avec l'empereur grec,
pour lui faire entendre qu'il fallait attaquer les Bretons établis
sur la Loire, pour lui assurer que, selon le droit des gens, les
Gaules devaient être partagées avec les Bourguignons ; elle
contenait plusieurs autres folies à peu près semblables, propres à
allumer la colère d'un roi féroce, et à faire rougir un prince doux
et pacifique. Les jurisconsultes la déclaraient à l'envi un
véritable crime de lèse-majesté.
Auxanius, personnage très distingué, et moi, nous ne pûmes ignorer
tout ce qui se passait; nous regardions comme une chose lâche,
perfide et barbare, d'abandonner dans sa disgrâce Arvandus, notre
ami commun, quoi qu'il en fût d'ailleurs. Nous rapportâmes donc à
cet homme trop présomptueux toutes les machinations qui
s'apprêtaient contre lui, et que des adversaires violents et
passionnés se proposaient de tenir artificieusement cachées jusqu'au
jour du jugement, afin sans doute d'embarrasser, par l'aveu d'une
réponse précipitée, un coupable pris au dépourvu, qui repoussait les
conseils de ses amis, pour ne s'en fier qu'à lui seul. Nous lui
dîmes alors ce qui nous semblait, à nous et à ses amis les plus
intimes, un moyen de sûreté. Nous lui conseillâmes de ne faire aucun
aveu, quand même cet aveu lui paraîtrait sans importance pour ses
ennemis; cette dissimulation les jetterait dans un rude embarras, et
les empêcherait d'établir facilement leurs preuves. Après nous avoir
entendus, il se détourne de nous, et éclate aussitôt en injures. «
Allez, dit-il, hommes dégénérés, et indignes d'avoir eu pour pères
des préfets du prétoire, allez avec cette crainte puérile; puisque
vous n'y entendez rien, laissez-moi le soin de cette affaire.
Arvandus a bien assez de sa conscience ; à peine daignerai-je
souffrir que des avocats me défendent contre l'accusation de
péculat. » Nous nous retirâmes avec tristesse, aussi confus de son
injustice, qu'accablés de chagrin car, où est le médecin qui
pourrait se fâcher, toutes les fois que la rage s'empare d'un
furieux? Cependant notre coupable parcourait, vêtu de blanc, la
place du Capitale; tantôt il se repaissait de trompeuses salutations
; tantôt il écoutait avec plaisir, et comme aux jours de son
élévation, les vaines flatteries de la foule ; tantôt il recherchait
les étoffes de soie, les pierreries et tous les précieux tissus des
marchands, les regardait comme pour les acheter, les prenait, les
dépréciait, les déroulait, et, au milieu de tout cela, invectivait
hautement contre les lois, les temps, le sénat, le prince, et se
plaignait de ce que, loin de punir d'abord ses ennemis, on discutait
sa cause. Quelques jours se passent, tout le sénat se réunit dans la
salle destinée à l'examen des accusés, comme on me l'a rapporté
depuis; car, dans l'intervalle, j'avais quitté la ville. Quelques
instants auparavant, Arvandus s'était rendu au palais, plus propre,
plus paré qu'à l'ordinaire, tandis que ses accusateurs à demi-vêtus
de deuil, et dans un costume négligé, attendaient les messagers des
décemvirs, et que, par ce deuil concerté, ils s'emparaient de la
commisération qui n'était due qu'à l'accusé, jetant sur lui de
l'odieux avec ces vêtements en désordre. Les parties sont appelées
et introduites; elles se tiennent, suivant l'usage, debout et
éloignées. Avant de commencer la plaidoirie, on offre aux prétoriens
la permission de s'asseoir. Arvandus, alors, poussé par une funeste
imprudence, va rapidement se placer presque au milieu des juges.
Ferréolus, ses collègues à ses côtés, s'assied modestement et sans
précipitation sur le bout d'un banc, de manière à faire voir qu'il
ne se ressouvenait pas moins de sa qualité de légat que de son rang
de sénateur, conduite qui, plus tard, lui valut des éloges et de la
gloire. Cependant, les grands personnages qui manquaient étaient
arrivés; les parties se lèvent, et les députés exposent leurs
plaintes. Après le décret de la province, ils présentent la lettre
dont j'ai parlé plus haut; et, pendant qu'on la lisait, Arvandus,
que l'on n'interrogeait pas encore, s'écrie qu'il l'a dictée
lui-même. Les députés ajoutent qu'elle est bien de lui, quoique cela
déjà fût malheureusement trop certain. Mais Arvandus, hors de lui,
et ne connaissant pas toute la gravité de sa position, achève de se
perdre par un aveu répété deux ou trois fois; ses accusateurs
poussent des acclamations, les juges s'écrient qu'il est, de son
propre aveu, convaincu du crime de lèse-majesté. Il y avait aussi
contre lui mille textes de lois pour le condamner.
Alors enfin, il se repentit vainement d'avoir parlé avec imprudence;
il changea de visage, reconnaissant trop tard qu'on pouvait être
déclaré criminel de lèse-majesté, même sans avoir aspiré à la
pourpre. Il se voit dépouillé sur-le-champ des privilèges de la
double préfecture qu'il avait exercée pendant cinq ans; rendu et non
ajouté à la classe plébéienne, il est envoyé dans la prison
publique. Ce qu'il y eut de plus cruel pour lui, comme le rapportent
des témoins oculaires, c'est qu'après s'être présenté devant les
juges, élégamment paré, tandis que ses accusateurs étaient en habits
de deuil, il ne pouvait, dans son malheur, éveiller aucune pitié,
quand on l'entraînait après sa condamnation. Quel est celui, en
effet, qui serait fort touché de la situation d'un homme, bien paré
et bien parfumé, que l'on conduirait aux carrières ou à la prison
des esclaves? Son jugement fut à peine différé de quinze jours;
condamné à mort, il fut jeté dans l’île du serpent d'Epidaure. Là,
défiguré jusqu'à exciter la compassion même de ses ennemis, et banni
du théâtre des choses humaines par le courroux d'une fortune
dédaigneuse, il doit, suivant le sénatus-consulte de Tibère, traîner
un reste de vie pendant trente jours après la sentence, redoutant à
chaque heure les crampons de fer, les gémonies et la corde hideuse
du bourreau.
Pour nous, autant qu'il est en notre pouvoir, absent comme présent,
nous faisons des vœux, nous redoublons de prières et de
supplications, afin que le glaive déjà tiré suspende ses coups, et
que la clémence de l'empereur punisse tout au plus de l'exil, même
après la confiscation de ses biens, un homme à demi-mort. Soit qu'il
attende, le dernier supplice, soit qu'il doive l'endurer, rien
n'égale son infortune, si, malgré tant d'affronts et tant
d'outrages, il craint encore quelque chose de plus que de vivre.
Adieu.
|
EPISTOLA VII.
Sidonius Vincentio suo salutem.
ANGIT me casus
Arvandi, nec dissimulo quin angat.
Namque hic quoque cumulus accedit laudibus imperatoris, quod amare
palam licet et capite damnatos. Amicus homini fui, supra quam morum
ejus facilitas varietasque patiebantur. Testatur hoc, propter ipsum
mihi nuper invidia conflata, cujus me paulo incautiorem flamma
detorruit. Sed quod in amicitia steti, mihi debui. Porro autem in
natura ille non habuit diligentiam perseverandi: libere queror, non
insultatorie: quia fidelium consilia despiciens, fortunae ludibrium
per omnia fuit: denique non eum aliquando cecidisse, sed tam diu
stetisse plus miror.
O quotiens saepe ipse se adversa perpessum gloriabatur! cum tamen
nos ab affectu profundiore ruituram ejus quandoque temeritatem
miseraremur, definientes non esse felicem, qui hoc frequenter potius
esse, quam semper judicaretur. Sed gubernationis suae ordinem
exposcis. Salva fidei reverentia quae amico etiam afflicto debetur,
rem breviter exponam.
Praefecturam primam gubernavit cum magna popularitate,
consequentemque cum maxima populatione. Pariter onere depressus
aeris alieni, metu creditorum successuros sibi optimates
aemulabatur. Omnium colloquia ridere, consilia rimari, officia
contemnere, pati de occurrentum raritate suspicionem, de assiduitate
fastidium: donec odii publici mole vallatus, et prius cinctus
custodia quam potestate discinctus, captus,
destinatusque pervenit Romam: illico
tumens, quod prospero cursu procellosum Tusciae littus enavigasset,
tanquam sibi bene conscio ipsa quodammodo elementa famularentur. In
Capitolio custodiebatur ab hospite Flavio
Asello, comite sacrarum largitionum,
qui adhuc in eo semifumantem praefecturae nuper extortae dignitatem
venerabatur. Interea legati provinciae Galliae Tonantius Ferreolus
praefectorius, Afranii Syagrii consulis e filia nepos, Thaumastus
quoque et Petronius, maxima rerum verborumque scientia praediti, et
inter principalia patriae nostrae decora ponendi, praevium Arvandum
publico nomine accusaturi cum gestis
decretalibus insequuntur. Qui inter caetera quae sibi
provinciales agenda mandaverant, interceptas litteras deferebant,
quas Arvandi scriba correptus dominum dictasse profitebatur. Haec ad
regem Gothorum charta videbatur
emitti, pacem cum Graeco imperatore
dissuadens, Britannos super Ligerim sitos
impugnari oportere demonstrans, cum Burgundionibus jure gentium
Gallias dividi debere confirmans, et in hunc ferme modum plurima
insana, quae iram regi feroci, placido verecundiam inferrent. Hanc
epistolam laesae majestatis crimine ardenter juris consulti
interpretabantur.
Me et Auxanium, praestantissimum virum, tractatus iste non latuit,
qui Arvandi amicitias, quoquo genere incursas, inter ipsius adversa
vitare, perfidum, barbarum, ignavum computabamus. Deferimus igitur
nihil tale metuenti totam perimachiam,
quam summo artificio acres et flammei
viri occulere in tempus judicii meditabantur: scilicet ut
adversarium incautum, et consiliis sodalium repudiatis sibi soli
temere fidentem professione responsi praecipitis involverent.
Dicimus ergo, quid nobis, quid amicis secretioribus tutum putaretur.
Suademus nil quasi leve fatendum, si quid ab inimicis etiam pro
levissimo flagitaretur: ipsam illam dissimulationem
tribulosissimam fore, quo facilius
persuasionis securitatem inferrent. Quibus agnitis, proripit sese;
atque in convicia subita prorumpens: Abite degeneres, inquit, et
praefectoriis patribus indigni, cum hac superforanea trepidatione:
mihi, quia nihil intelligitis, hanc negotii partem sinite curandam.
Satis Arvando conscientia sua sufficit: vix illud dignabor
admittere, ut advocati mihi in actionibus repetundarum
patrocinentur. Discedimus tristes, et non magis injuria quam moerore
confusi: quis enim medicorum jure moveatur, quoties desperatum furor
arripiat? Inter haec reus noster aream Capitolinam
percurrere albatus: modo subdolis
salutationibus pasci, modo crepantes adulationum bullas ut
recognoscens libenter audire, modo serica, et gemmas, et pretiosa
quaeque trapezitarum involucra
rimari, et quasi mercaturus inspicere, prensare, depretiare,
devolvere, et inter agendum multum de legibus, de temporibus, de
senatu, de principe queri, quod se non priusquam discuterent,
ulciscerentur. Pauci medii dies; it in
tractatorium frequens senatus; sic post comperi: nam inter ista
discesseram. Procedit noster ad curiam
paulo ante detonsus pumicatusque, cum accusatores semipullati
atque concreti, nuntios a decemviris
operirentur, et ab industria squalidi praeripuissent reo debitam
miserationem sub invidia sordidatorum.
Citati intromittuntur; partes, ut
moris est, e regione consistunt. Offertur praefectoriis, ante
propositionis exordium, jus sedendi. Arvandus jam tunc infelici
impudentia concito gressu mediis prope judicum sinibus ingenitur.
Ferreolus, circumsistentibus latera collegis, verecunde ac leniter
in imo subselliorum capite consedit, ita ut non minus legatum se
quam senatorem reminisceretur: plus ob hoc postea laudatus
honoratusque. Dum haec, et qui procerum defuerant, adfuerunt,
consurgunt partes, legatique proponunt. Epistola, post provinciale
mandatum cujus supra mentio facta est, profertur; atque cum sensim
recitaretur, Arvandus necdum interrogatus se dictasse proclamat.
Respondere legati, quanquam valde nequiter constaret quod ipse
dictasset. At ubi se furens ille, quantumque caderet ignarus, bis
torque repetita confessione transfodit, acclamatur ab accusatoribus,
conclamatur a judicibus, reum laesae majestatis confitentem teneri.
Ad hoc, et millibus formularum juris id sancientum jugulabatur.
Tum demum laboriosus tarda poenitudine loquacitatis impalluisse
perhibetur, sero cognosceus posse reum majestatis pronuntiari etiam
eum qui non affectasset habitum purpuratorum. Confestim privilegiis
geminae praefecturae, quam per quinquennium repetitis fascibus
rexerat, exauguratus, et plebeiae familiae non ut additus, sed ut
redditus, publico carceri adjudicatus est. Illud sane
aerumnosissimum, sicut narravere qui viderant, quod quia se sub
atratis accusatoribus exornatum ille, politumque judicibus
intulerat, paulo post cum duceretur addictus,
miser, nec miserabilis erat. Quis
enim super statu ejus nimis inflecteretur, quem videret accuratum
delibutumque latomiis aut ergastulo
inferri? Sed et judicio vix per hebdomadem duplicem comperendinato,
capite multatus, in insulam conjectus est
serpentis Epidaurii: ubi usque ad inimicorum dolorem
devenustatus, et a rebus humanis veluti vomitu fortunae nauseantis
exsputus, nunc ex vetere senatusconsulto
Tiberiano triginta dierum vitam post sententiam trahit, uncum et
gemonias, et laqueum per horas
turbulenti carnificis horrescens.
Nos quidem, prout valemus, absentes praesentesque vota facimus,
preces supplicationesque geminamus, ut suspenso ictu jam jamque
mucronis exserti, pietas Augusta seminecem, quanquam publicatis
bonis, vel exsilio muneretur. Illo tamen, seu exspectat extrema
quaeque, seu sustinet, infelicius nihil est, si post tot notas
inustas contumeliasque, aliquid nunc amplius quam vivere timet.
Vale.
|
|
LETTRE VIII.
SIDONIUS A SON CHER CANDIDIANUS, SALUT.
Te me félicites de mon séjour à Rome, mais toutefois d'un ton
facétieux et railleur. Tu te réjouis, dis-tu, de ce que ton intime
ami peut voir enfin le soleil à son aise, lui qui a joui si rarement
de sa vue, tant qu'il n'a bu que les eaux de la Saône. Car, tu me
parles ironiquement du ciel nébuleux de mes Lyonnais, et tu te
plains de ce que la chaleur du midi éclaircit à peine le jour voilé
sous les brouillards du matin. Et c'est toi, habitant de la
fournaise plutôt que de la ville de Césène, c'est toi qui viens nous
dire de pareilles choses ! Certes, en quittant ton pays natal, tu
m'as bien fait connaître ce que tu penses de ses agréments, de ses
avantages, puisque c'est pour toi un bonheur de t'exiler à Ravenne,
où les cousins du Pô vous percent les oreilles, où la troupe
coassante des grenouilles du municipe sautille à tes côtés. Dans ce
marais fétide, où les lois de toutes choses sont éternellement
renversées, les murailles croulent, les eaux restent stagnantes, les
tours flottent, les vaisseaux reposent immobiles, les malades se
promènent, les médecins sont alités, les bains sont glacés, les
maisons brûlantes, les vivants meurent de soif, les morts nagent,
les voleurs veillent, le pouvoir dort, les clercs se font usuriers,
les Syriens chantent l'office, les marchands sont soldats, les
soldats marchands, les vieillards jouent à la paume, les jeunes gens
au dé, les eunuques s'exercent aux armes, les alliés à la
littérature. Vois quel lieu tu prends pour y fixer tes dieux lares !
une cité ou l'on trouve bien plus de territoire que de terre
labourable. Ne t'avise donc plus de critiquer les paisibles
Transalpins qui, satisfaits du sol natal, ne trouveraient pas leur
gloire bien relevée, s'ils ne brillaient que par la comparaison avec
ceux dont le climat ne vaut pas le leur. Adieu. |
EPISTOLA VIII.
Sidonius Candidiano suo salutem.
MORARI me Romae congratularis: id tamen quasi facete, et
fatigationum salibus admixtis. Ais
enim gaudere te, quod aliquando necessarius tuus videam solem, quem
utique raro bibitor Araricus
inspexerim. Nebulas enim mihi meorum
Lugdunensium exprobras, et diem quereris nobis matutina caligine
obstructum vix meridiano fervore reserari. Et tu mihi haec ista
Caesenatis furni potius quam oppidi
verna deblateras? De cujus natalis
tibi soli, vel jocunditate vel commodo; quid etiam ipse sentires,
dum migras, indicasti: ita tamen quod te Ravennae felicius
exsulantem, auribus Padano culice
perfossis, municipalium ranarum
loquax turba circumsilit. In qua palude indesinenter rerum omnium
lege perversa, muri cadunt, aquae stant, turres fluunt, naves
sedent, aegri deambulant, medici jacent, algent balnea, domicilia
conflagrant, sitiunt vivi, natant sepulti, vigilant fures, dormiunt
potestates, fenerantur clerici, Syri
psallunt, negotiatores militant,
milites negotiantur, student pilae senes, aleae juvenes,
armis eunuchi, litteris foederati. Tu
vide qualis sit civitas, ubi tibi lar familiaris incolitur, quae
facilius territorium potuit habere quam terram. Quocirca memento
innoxiis Transalpinis esse parcendum,
quibus coeli sui dote contentis, non
grandis gloria datur, si deteriorum collatione clarescant. Vale.
|
|
LETTRE IX.
SIDONIUS A SON CHER HERONIUS, SALUT.
APRES les noces du patrice Ricimer, c'est-à-dire, après la
dissipation des richesses de l'un et de l'autre empire, on rentra
enfin dans le calme public, et les choses reprirent leur allure
accoutumée. Cependant, accueilli sous le toit du prétorien Paulus,
aussi respectable par le savoir que par la vertu, je recevais tous
les bons offices d'une douce et gracieuse hospitalité. Assurément,
dans quelque genre de science que ce puisse être, cet homme n'a pas
de rival. Bon Dieu! quelles propositions captieuses! quelle
éloquence fleurie! quels vers harmonieux! quelle merveilleuse
adresse dans les doigts! Une chose néanmoins surpasse en lui toutes
ces rares qualités, c'est qu'il a une âme bien supérieure à cet
éminent savoir. J'ai donc fait sonder par lui tout le premier, s'il
est quelque moyen d'avoir à la cour un accès favorable ; avec lui,
j'ai examiné quels sont ceux d'entre les grands qui pourraient le
mieux seconder nos espérances. Et certes, nous ne devions pas
hésiter longtemps, car il y en avait peu dont le patronage put
laisser notre choix indécis. Le sénat comptait sans doute parmi ses
membres des hommes d'une grande opulence, d'une haute extraction,
d'un âge vénérable, d'une sagesse reconnue, d'an rang élevé, d'une
égale considération ; mais, sans rien ôter à leur mérite, je dirai
que l'on remarquait spécialement deux consulaires fort distingués,
Gennadius Avienus et Caecina Basilius. Ces illustres sénateurs, si
vous exceptez la prérogative de la milice, étaient, sans contredit,
les premiers de l'état après l'empereur. L'un et l'autre, avec un
naturel merveilleux, offraient pourtant une diversité de caractère ;
et s'ils se ressemblaient, c'était plutôt par le crédit et la
considération, que par les goûts et les manières. Je vais donner en
peu de mots quelques détails à ce sujet.
La fortune seule avait conduit Avienus au consulat, Basilius y était
arrivé par son mérite. Avienus était donc renommé pour l'heureuse
rapidité avec laquelle il avait obtenu les honneurs ; Basilius, pour
le nombre de dignités qu'il avait acquises, quoique assez tard.
Venaient-ils à sortir de leurs demeures, une foule nombreuse de
clients se pressait devant eux, derrière eux, à leurs côtés ; mais,
quoiqu'ils fussent égaux, les espérances et les prétentions de leurs
amis étaient fort inégales. Si Avienus avait quelque pouvoir, il
l'employait à l'avancement de ses fils, de ses gendres, de ses
frères ; toujours assiégé de candidats domestiques, il lui était
plus difficile de satisfaire aux sollicitations du dehors. On
préférait donc la famille Décienne à celle de Corvinus, parce que
Basilius, simple particulier, donnait généreusement aux étrangers ce
qu'Avienus, dans les honneurs, n'obtenait que pour les siens.
Avienus ouvrait son âme à tous les solliciteurs, et de prime abord,
mais sans utilité pour eux ; Basilius ne s'ouvrait qu'à peu de gens,
après de longues entrevues, mais avec de féconds résultats. Ils
n'étaient ni l'un ni l'autre d'un accès difficile, embarrassant ;
mais si vous les cultiviez tous deux, Avienus vous accordait plus
facilement son amitié, Basilius un bienfait. Toutes choses longtemps
balancées, et après des rapports mutuels, je résolus, tout en
conservant des égards pour le vieux consulaire chez lequel j'allais
assez souvent, de m'attacher de préférence à ceux qui fréquentaient
Basilius. Tandis que, par le moyen de ce personnage remarquable, je
tachais d'obtenir quelque chose au nom des députés de l'Auvergne,
arrivèrent les calendes de janvier, temps où l'empereur allait
commencer un second consulat, et inscrire de nouveau son nom dans
les fastes. « Allons, mon cher Sollius, me dit alors mon patron :
quoique vous soyez accablé sous le poids de l'affaire dont vous êtes
chargé, je veux que vous ranimiez encore votre muse en l'honneur du
nouveau consul, et que vous fassiez, même à la hâte, quelques vers
de souhait et de félicitation. Je pourrai vous introduire chez le
prince, vous faciliter les moyens de les lui débiter, vous obtenir
un succès honorable: Si vous en croyez mon expérience, cette
bagatelle avancera beaucoup vos affaires. » J'obéis à ses ordres ;
il ne retira point ses faveurs à des vers qu'il m'avait demandés; et
garant, en quelque sorte, de mon dévouement, il fit si bien avec le
nouveau consul, que celui-ci me nomma aussitôt préfet du sénat.
Mais, si je ne me trompe, ennuyé de la longueur de ma lettre, tu
auras maintenant plus de plaisir peut-être à lire les vers de cet
opuscule : mon poème te parviendra donc en même temps que cette
missive qui doit causer et s'entretenir avec toi quelques jours,
jusqu'à mon arrivée. Si tu m'accordes ton suffrage, j'en serai tout
aussi flatté que je pourrais l'être aux comices ou bien aux rostres,
en voyant mes paroles accueillies par les nombreux applaudissements
des sénateurs et des tribus. Ne va pas toutefois, je t'en avertis et
je te le déclare, comparer ces bagatelles aux productions de ta
muse. Car, si mes vers osaient se rapprocher des tiens, ils
mériteraient d'être comparés, non point à l'éclat des chants
héroïques, mais aux pleurs des épitaphes. Réjouis-toi cependant de
ce que mon panégyrique a obtenu, si non la renommée, du moins le
résultat d'un bon ouvrage. C'est pourquoi, s'il faut égayer par des
plaisanteries un sujet grave d'ailleurs, je veux, imitateur du
Pyrgopolynice de Plaute, achever ma page en glorieux, c'est-à-dire à
la Thrason. Comme j'ai obtenu, avec l'aide du Christ, la préfecture
à l'occasion de ce poème, fais donc, en considération de ma dignité
nouvelle, que des acclamations unanimes et générales élèvent
jusqu'aux nues mon éloquence, si je te plais ; mon bonheur, si je te
déplais. Il me semble voir déjà comme tu ris, en comparant mes
prétentions avec la jactance de ce présomptueux soldat du poète
comique. Adieu. |
EPISTOLA IX.
Sidonius Heronio suo salutem.
POST nuptias patricii Ricimeris, id est, post imperii utriusque opes
eventilatas, tandem reditum est in publicam serietatem, quae rebus
actitandis januam campumque patefecit. Interea nos Pauli
praefectorii tam doctrina quam sanctitate venerandis laribus
excepti, comiter blandae hospitalitatis officiis excolebamur. Porro
non isto quisquam viro est in omni artium genere praestantior. Deus
bone, quae ille propositionibus aenigmata, sententiis schemata,
versibus commata, digitis mechanemata facit? Illud tamen in eodem
studiorum omnium culmen antevenit, quod habet huic eminenti
scientiae conscientiam superiorem. Igitur per hunc primum, si quis
quoquo modo aulam gratiae aditus, exploro: cum hoc confero, quinam
potissimum procerum spebus valeret nostris opitulari. Nec sane multa
cunctatio, quia pauci, de quorum eligendo patrocinio dubitaretur.
Erant quidem in senatu plerique opibus culti, genere sublimes,
aetate graves, consilio utiles, dignitate elati, dignatione
communes: sed servata pace reliquorum, duo fastigatissimi
consulares, Gennadius Avienus, et Caecina Basilius prae caeteris
conspiciebantur. Hi in amplissimo ordine, seposita
praerogativa partis armatae, facile
post purpuratum principem principes erant. Sed inter hos quoque,
quanquam stupendi, tamen varii mores, et
genii potius quam ingenii similitudo. Fabor namque super his
aliqua succinctius.
Avienus ad consulatum felicitate, Basilius virtute pervenerat.
Itaque dignitatum in Avieno jocunda velocitas, in Basilio sera
numerositas praedicabatur. Utrumque quidem, si fors laribus
egrediebantur, arctabat clientium praevia, pedissequa, circumfusa
populositas: sed longe in paribus dispares sodalium spes et spiritus
erant. Avienus si quid poterat, in filiis, generis, fratribus
provehendis moliebatur; cumque semper domesticis candidatis
destringeretur, erga expediendas forinsecus ambientium necessitates
minus valenter efficax erat: et in hoc Corvinorum familiae Deciana
praeferebatur, quod qualia impetrabat
cinctus Avienus suis, talia conferebat Basilius discinctus
alienis. Avieni animus totis, et cito, sed infructuosius; Basilii
paucis, et sero, sed commodius aperiebatur. Neuter aditu difficili,
neuter sumptuoso: sed si utrumque coluisses, facilius ab Avieno
familiaritatem, a Basilio beneficium consequebare. Quibus diu
utrinque libratis, id tractatus mutuus temperavit, ut reservata
senioris consularis reverentia, in domum cujus nec nimis raro
ventitabamus, Basilianis potius frequentatoribus applicaremur.
Ilicet dum per hunc amplissimum virum aliquid de legationis Arvernae
petitionibus elaboramus, ecce calendae Januariae, quae Augusti
consulis mox futuri repetendum fastis nomen opperiebantur. Tunc
patronus, Eia, inquit, Solli meus, quanquam suscepti officii onere
pressaris, exseras volo in obsequium novi consulis veterem musam,
votivum quippiam vel tumultuariis fidibus carminantem. Praebebo
admittendo aditum, recitaturoque solatium, recitantique suffragium.
Si quid experto credis, multa tibi seria hoc ludo promovebuntur.
Parui ergo praeceptis: favorem ille non subtraxit injunctis: et
impositae devotionis astipulator invictus, egit cum consule meo, ut
me praefectum faceret senatui suo.
Sed tu, ni fallor, epistolae perosus prolixitatem, voluptuosius nunc
opusculi ipsius relegendis versibus
immorabere, scio; atque ob hoc carmen ipsum loquax in consequentibus
charta deportat, quae pro me interim dum venio diebus tibi pauculis
sermocinetur. Cui si examinis tui quoque
puncta tribuantur, aeque gratum mihi, ac si me in comitio vel
inter rostra concionante, ad sophos meum, non modo
laticlavi, sed tribulium quoque
fragor concitaretur. Sane moneo, praeque
denuntio, quisquilias ipsas Clius tuae hexametris minime
exaeques. Merito enim collata vestris mea carmina, non
heroicorum phaleris, sed
epitaphistarum naeniis comparabuntur.
At tamen gaude, quod hic ipse panegyricus, et si non judicium, certe
eventum boni operis accepit. Quapropter, si tamen tetrica sunt
amoenanda jocularibus, volo paginam glorioso, id est, quasi
Thrasoniano fine concludere, Plautini
Pyrgopolynicis imitator. Igitur cum
ad praefecturam, sub ope Christi, styli occasione pervenerim, jubeas
ilicet pro potestate cinctuti, undique
omnium laudum convasatis acclamationibus, ad astra portare, si
placeo, eloquentiam; si displiceo, felicitatem. Videre mihi videor
ut rideas, quia perspicis nostram cum milite Comico ferocissimo
jactantiam. Vale.
|
|
LETTRE X.
SIDONIUS A SON CHER CAMPANIUS, SALUT.
J'AI reçu par le préfet des vivres la lettre dans laquelle tu me le
recommandes à moi, nouveau magistrat, comme un de tes anciens amis.
Je te remercie beaucoup, je te rends de grandes actions de grâces,
de ce que tu as assez bien jugé de mon amitié, pour estimer qu'elle
est sûre, pour croire qu'elle est constante. C'est très volontiers,
c'est même avec une sorte d'empressement, que je ferai sa
connaissance, que j'accueille son amitié ; car je sens que cette
condescendance resserrera les nœuds qui nous unissent l'un à
l'autre. Pour toi, recommande-moi à sa vigilance, c'est-à-dire,
recommande-lui ce qui concerne ma réputation. Je crains que les cris
tumultueux du théâtre ne me reprochent la souffrance du peuple
romain, et que l'on ne m'impute la disette publique, à moi
malheureux magistrat. Je vais l'envoyer au port sur le champ, parce
que j'apprends que cinq vaisseaux, partis de Brindes avec du froment
et du miel, ont abordé aux bouches du Tibre. Si le préfet répond à
mon impatience, il se hâtera d'offrir à l'attente du peuple tout ce
que portent ces vaisseaux; il se rendra par là recommandable à
moi-même, il me mettra dans les bonnes grâces du peuple, nous fera
chérir l'un et l'autre de Campanius. Adieu. |
EPISTOLA X.
Sidonius Campaniano suo salutem.
ACCEPI per praefectum annonae
litteras tuas, quibus eum tibi sodalem veterem mihi insinuas judici
novo. Gratias ago magnas illi, maximas tibi, quod statuistis de
amicitia mea, vel praesumere tuta, vel illaesa credere. Ego vero
notitiam viri familiaritatemque non solum volens, sed et avidus
amplector: quippe qui noverim nostram quoque gratiam hoc obsequio
meo fore copulatiorem. Sed et tu vigilantiae suae me, id est, famae
meae statum causamque commenda. Vereor autem ne famem populi Romani
theatralis caveae fragor insonet, et
infortunio meo publica deputetur esuries. Sane hunc ipsum e vestigio
ad portum mittere paro, quia comperi naves quinque Brundusio
profectas cum speciebus tritici ac mellis,
ostia Tiberina tetigisse. Quarum
onera exspectationi plebis, si quid strenue gerit, raptim faciet
offerri, commendaturus se mihi, me populo, utrumque tibi. Vale.
|
|
LETTRE XI.
SIDONIUS A SON CHER MONTIUS, SALUT.
Tu me demandes, mon savant ami, de t'envoyer, maintenant que tu vas
chez tes Séquanais, certaine satire dont tu me crois l'auteur ; une
pareille demande peut bien m'étonner. Car, c'est mal à toi d'avoir
si tôt mauvaise opinion des mœurs, d'un ami. Quoi ! lorsque j'ai
besoin de repos, à mon, âge, me serais-je occupé d'un pareil sujet ?
dans ma jeunesse, et quand j'étais au service, il y aurait eu de la
présomption à composer de tels vers, du péril à les publier. Quel
est l'homme, pour peu qu'il soit instruit, qui ne connaisse ces vers
du Calabrais :
On pendra tout poète, auteur de vers médians,
En réparation du tort qu'il fait aux gens.
HORACE, Sat. II, I. Trad. de Daru.
Mais afin qu'à l'avenir tu ne croies rien de semblable sur ton ami,
je t'exposerai un peu au long, en remontant à l'origine, ce qu'il en
est de cette satire qu'une rumeur vaine et méchante a voulu
m'attribuer.
Au temps de l'empereur Majorien, il circula dans la cour, mais sans
nom d'auteur, un écrit plein de vers satiriques très mordants, qui
invectivaient contre des noms perfidement dévoilés, et critiquaient
beaucoup les vices, plus encore les personnes. Alors, grande rumeur
dans la ville d'Arles, où la chose se passait ; on cherchait sur
quel poète devait tomber avec justice le poids de l'indignation
publique; et ceux que l'auteur anonyme avait irrités en les
désignant d'une manière notoire, mettaient surtout de l'ardeur à le
découvrir. Le hasard fit que l'illustre Catullinus, qui venait
d'Auvergne, arriva pour lors à Arles ; il avait toujours été mon
ami, et notre union s'était fortifiée encore depuis que nous avions
porté les armes ensemble. Les voyages contribuent puissamment à
resserrer les nœuds de l'amitié. Comme il ne se doutait de rien,
Paeonius et Bigerrus lui tendirent un piège, et lui demandèrent
devant plusieurs personnes, afin de le surprendre, s'il ne
connaissait point le nouveau poème ? Oui, répondit-il. Ils lui
récitèrent quelques passages, comme par simple plaisanterie ;
Catullinus éclata de rire, et se prit à crier bien à contretemps,
que ces vers étaient dignes d'être gravés en lettres d'or et placés
dans la tribune aux harangues, ou même dans le Capitole. Paeonius,
que le satirique avait le plus vivement mordu, transporté de colère,
dit à ceux qui l'environnaient : « J'ai trouvé l'auteur de l'injure
que nous avons reçue. Voyez-vous comme Catullinus se pâme de rire?
Il paraît qu'on lui rappelle des choses connues. Quelle raison le
porte à donner si promptement son avis? en parlant ainsi d'une
partie de l'œuvre, ne fait-il pas voir qu'il a déjà vu le tout?
Sidonius est maintenant en Auvergne; il doit donc être l'auteur de
la satire; Catullinus l'aura entendue de sa bouche. » On s'emporte,
on se déchaîne contre un absent, contre un homme qui ignorait tout,
qui n'était pas coupable ; on n'attend pas de plus amples
informations. Voilà comment un homme adroit à manier le peuple sut
entraîner, où il lui plaisait, une foule inconstante et mobile.
Ce Paeonius était fort bien venu du peuple, et, tribun remuant, il
avait plus d'une fois soufflé le feu des séditions. Veut-on
connaître ensuite son origine, sa famille? Il était simple citoyen
de municipe, et, s'il avait commencé de se faire connaître, c'était
plutôt à la réputation de son beau-père qu'il le devait, qu'à celle
de son père. Quelquefois cependant il cherchait à s'élever par
toutes sortes de moyens, et prodiguait par ambition l'argent qu'il
épargnait par avarice. Car, pour s'allier tout au moins par sa
fille, très honnête du reste, à une famille d'un rang supérieur au
sien, notre Chrémès avait, dit-on, contre sa ténacité habituelle,
promis à son Pamphilus une dot magnifique. Et, lorsque la
conjuration Marcellienne méditait de ravir le diadème, il s'était
mis à la tête de la jeune noblesse pour seconder les factieux ;
homme encore nouveau, même dans sa vieillesse, il put enfin, grâces
aux tentatives de son heureuse audace et à un long interrègne, jeter
quelque éclat sur l'obscurité de sa naissance. Pendant que le trône
était vacant, au milieu des troubles de la république, il fut le
seul qui, osant prendre les faisceaux pour gouverner les Gaules,
sans avoir reçu de mandat, siégeât plusieurs mois en qualité de
préfet sur le tribunal des illustres puissances. Ce ne fut qu'au
bout d'une année, vers la fin de sa gestion, qu'il reçut les
pouvoirs de cette place, suivant la coutume des maîtres de comptes
ou plutôt des avocats, dont les dignités ne commencent que lorsque
leurs fonctions expirent. Ainsi, devenu préfet et sénateur (je ne
veux pas faire un éloge complet de ses mœurs, par égard pour celles
de son gendre), il excita contre moi qui ignorais cela, qui étais
encore son ami, la haine de beaucoup de gens, plutôt que celle des
hommes de bien, comme si j'eusse été le seul de mon siècle à pouvoir
faire des vers. Je me rendis à Arles, ne soupçonnant pas ce qui se
passait ; et comment l'eussé-je connu ? Mes ennemis s'imaginaient
que je n'oserais y paraître ; le lendemain de mon arrivée, après
avoir rendu ma visite au prince, j'allai, suivant ma coutume, me
promener sur la place publique. Dès qu'on me vit, les séditieux,
frappés d'une frayeur subite, ne purent en venir à aucune
détermination courageuse, comme dit le poète. Les uns cependant se
jetaient à mes pieds avec des respects excessifs; les autres, pour
ne pas me saluer, fuyaient derrière les statues, te cachaient
derrière les colonnes ; d'autres enfin, l'air triste et soucieux, se
pressaient à mes côtés. Moi, néanmoins, je cherchais tout étonné ce
que pouvait signifier dans les uns cet orgueil extraordinaire, dans
les autres cette soumission profonde ; je ne témoignais rien de ma
surprise, lorsqu'un d'entre eux, député sans doute par le grand
nombre, s'approcha pour me saluer. Alors, la conversation une fois
engagée : « Vois-tu ces hommes-là ? me dit-il. — Oui, répondis-je ;
leur contenance me surprend, et je suis loin de l'admirer. — C'est,
répondit notre interprète, qu'ils te haïssent ou te craignent comme
écrivain satirique. — Comment donc, de quelle manière, depuis quand
? qui a pu me trouver coupable d'un tel crime, qui a pu m'en
accuser, qui a pu l'établir ? Courage, mon ami, ajoutai-je en
souriant ; demande, je te prie, à ces hommes que mon nom seul
irrite, si le délateur qui a imaginé que j'avais fait une satire, a
pu supposer encore que je l'eusse répandue ; car, s'ils disent que
cela n'est pas, mieux vaut pour eux quitter cet air dédaigneux et
superbe. » Aussitôt que le député leur eut fait part de mes paroles,
je les vis tout à coup s'avancer vers moi, non pas l'un après
l'autre, mais tous ensemble et avec empressement, pour m'embrasser
et me prendre la main. Seul, mon Curion, invectivant contre la
perfidie des transfuges, se fit reconduire chez lui vers le soir et
à la hâte par des porteurs de chaise, plus noirs que ceux qui vont
inhumer les morts.
Le lendemain, l'empereur nous fit dire de nous trouver au repas
qu'il donnait à l'occasion des jeux du cirque. La première place du
côté gauche était occupée par le consul ordinaire Severinus,
personnage qui avait joui d'une faveur toujours égale, malgré les
fréquents changements de princes, et les révolutions survenues dans
la république. Près de lui était Magnus, ancien préfet, qui venait
de quitter le consulat, et digne à tous égards des deux places qu'il
avait occupées ; Camillus, fils de son frère, se trouvait après lui
; il avait aussi passé par ces deux charges, et avait également
honoré le proconsulat de son père et le consulat de son oncle.
Venait ensuite Paeonius, puis Athenius, homme versé dans les procès
et habile à se plier aux variétés des temps. A côté d'Athenius on
voyait Gratianensis, personnage d'une conduite irréprochable, qui,
sans égaler Severinus en dignités, l'avait toutefois devancé en
faveur. Enfin, j'étais le dernier à gauche de l'empereur, qui
occupait le côté droit. Vers la fin du repas, le prince adresse
d'abord la parole au consul assez brièvement ; puis il passe au
consulaire, et après être revenu plusieurs fois à lui, parce qu'on
s'entretenait de littérature, il se met à causer avec l'illustre
personnage Camillus, et va jusqu'à lui dire : « En vérité, mon frère
Camillus, tu as un oncle pour lequel je me félicite d'avoir donné un
consulat à ta famille. » Alors, Camillus qui ambitionnait quelque
chose de semblable, trouvant l'occasion favorable : « Seigneur
Auguste, dit-il, non seulement tu lui en as accordé un, mais c'est
encore le premier. » Cette réponse fut reçue avec de bruyantes
félicitations, et le respect dû au prince ne put nous empêcher
d'applaudir. L'empereur, demandant ensuite quelque chose à Athenius,
laissa Paeonius qui se trouvait placé avant lui ; j'ignore s'il le
fit à dessein ou non. Celui-ci, piqué mal à propos, prévint plus mal
à propos encore Athenius, en répondant pour lui. L'empereur, avec le
joyeux abandon qu'il avait montré pendant le repas, sans rien perdre
de sa dignité, se prit à sourire, et ce fut pour Athenius l'occasion
d'une vengeance non moins signalée que ne l'avait été l'outrage. Le
rusé vieillard ne se déconcerte pas, et, comme il voyait toujours
avec un dépit secret que Paeonius fût placé avant lui : « Je ne
m'étonne pas, dit-il, seigneur Auguste, si Paeonius tâche de
m'enlever ma place à table, puisqu'il ne rougit point de la prendre
encore pour te répondre. — Cette querelle, dit aussitôt l'illustre
Gratianensis, ouvre un beau champ aux satiriques. » L'empereur se
retourne alors vers moi : « J'apprends, comte Sidonius, que tu fais
une satire. — Et moi, seigneur prince, répliquai-je, je l'apprends
aussi. — Il me dit en riant : De grâce, épargne-nous du moins. —
Lorsque je m'abstiens, répondis-je, de faire des choses qui sont
défendues, je m'épargne moi-même. — Et que ferons-nous donc, me dit
l'empereur, à ceux qui t'accusent? — Je répondis : Quelles que
soient ces personnes, seigneur prince, qu'elles m'attaquent
publiquement. Si l'on peut me convaincre, je dois subir la peine que
je mérite ; mais si je parviens à me disculper, je demande à ta
clémence qu'il me soit permis, sans outrager les lois, d'écrire tout
ce que je voudrai contre mon accusateur. — Alors l'empereur,
regardant Paeonius qui avait l'air d'hésiter, lui demanda par un
signe si la condition lui plaisait. Mais comme Paeonius, extrêmement
confus, gardait le silence, le prince ayant pitié de son embarras :
« J'accède à tes désirs, me dit-il, pourvu que sur le champ tu me
fasses la requête en vers. — Soit, » répliquai-je ; et je me
retournai aussitôt, comme si j'eusse demandé de l'eau pour me laver
; puis, après avoir mis autant de temps qu'il en faut à un valet
actif pour faire le tour de la table, je m'appuyai de nouveau sur le
lit. L'empereur me dit alors : Tu m'avais promis de demander en vers
improvisés l'autorisation de composer une satire. — Je répondis :
« Grand prince, ordonne, je t'en prie, que celui qui m'accuse
d'avoir écrit une satire, prouve le fait, ou qu'il tremble. »
On applaudit, c'est peut-être une jactance de le dire, comme pour
Camillus ; et ce qui me valut ces félicitations, ce fut moins le
mérite des vers, que le peu de temps qu'il m'avait fallu. L'empereur
dit alors : « Je prends Dieu et la république à témoin, que jamais
je ne t'empêcherai d'écrire ce que tu voudras, puisque l'on ne peut
en aucune manière établir les accusations dirigées contre toi ; il
serait aussi trop injuste que le prince, laissant vivre des
inimitiés privées, la noblesse innocente et tranquille se trouvât en
butte à des haines certaines, sous prétexte d'un crime qui ne serait
rien moins que prouvé. » Je m'inclinai profondément pour remercier
l'empereur de la sentence qu'il venait de prononcer ; et mon
harangueur, en qui la colère avait déjà fait place à la tristesse,
pâlit tout à coup ; peu s'en fallut même qu'il ne sentît son sang se
glacer dans ses veines, comme s'il eût été condamné à tendre la tête
sous le glaive. Nous nous levâmes presqu'aussitôt après. Nous nous
étions un peu éloignés de l'empereur, et nous prenions nos chlamydes
; le consul se jeta dans mes bras, les préfectoriens me baisèrent
les mains, et mon ami Paeonius lui-même s'humilia jusqu'à provoquer
leur compassion. Je craignis que ses prières n'armassent contre moi
la haine que ses calomnies n'avaient pu exciter. Pressé par les
supplications des convives réunis autour de moi, je lui dis enfin
que je consentais à ne point faire de vers contre lui, pourvu
toutefois que dans la suite il ne s'avisât plus de censurer mes
actions; il devait être assez puni, ajoutai-je, de voir qu'en
m'attribuant cette satire, il avait travaillé à ma gloire et à son
déshonneur.
En somme, très excellent seigneur, je pouvais moins reprocher à
Paeonius d'avoir inventé la calomnie, que de l'avoir sourdement
propagée. Mais, comme la réparation fut si grande, que des hommes
distingués et puissants se jetèrent dans mes bras en demandant grâce
pour le coupable, l'offense, je dois l'avouer, m'a été bien utile,
puisqu'elle a fini par tourner à ma gloire. Adieu.
|
EPISTOLA XI.
Sidonius Montio suo salutem.
PETIS tibi, vir disertissime, Sequanos tuos expetituro satyram
nescio quam, si sit a nobis perscripta, transmitti: quod equidem te
postulasse demiror. Non enim sanctum est, ut de moribus amici cito
perperam sentias. Huic eram themati scilicet incubaturus, id jam
agens otii, idque habens aevi, quod juvenem militantemque dictasse
praesumptiosum fuisset, publicasse autem
periculosum. Cui namque grammaticum vel salutanti Calaber ille
non dixit:
Si mala condiderit in quem quis carmina, jus est,
Judiciumque?
Sed ne quid ultra tu de sodali simile credas, quid fuerit illud,
quod me sinistrae rumor ac fumus opinionis afflavit, longius paulo,
sed ab origine exponam. Temporibus Augusti Majoriani, venit in
medium charta comitatum, sed carens indice, versuum plena
satyricorum mordacium: sane qui satis invectivaliter abusi nominum
nuditate, carpebant plurimum vitia, plus homines. Inter haec fremere
Arelatenses, quo loci res agebatur, et quaerere quem poetarum
publici furoris merito pondus urgeret, iis maxime auctoribus quos
notis certis auctor incertus exacerbaverat. Accidit casu, ut
Catullinus illustris tunc ab Arvernis illo veniret, cum semper mihi,
tum praecipue commilitio recenti familiaris. Saepe enim cives magis
amicos peregrinatio facit. Igitur insidias nescienti, tam Paeonius,
quam Bigerus has tetenderunt, ut plurimis coram tanquam ab incauto
sciscitarentur, hoc novum carmen an recognosceret. Et ille: Si,
inquit, dixeritis. Cumque frustra diversa, quasi per jocum
effunderent, solvitur Catullinus in risum, intempestivoque suffragio
clamare coepit, dignum poema, quod apicibus perennandum auratis
juste tabula rostralis acciperet, aut etiam
Capitolina. Paeonius exarsit, cui
satyricus ille morsum dentis igniti avidius impresserat: atque ad
astantes circulatores, Injuriae communis, inquit, jam reum inveni.
Videtis ut Catullinus deperit risu? Apparet ei nota memorari. Nam
quae causa compulit festinam praecipitare sententiam, nisi quod jam
tenet totum, qui de parte sic judicat? Itaque Sidonius nunc in
Arverno est: unde colligitur auctore illo, isto auditore, rem
textam. Itur in furias, inque convicia absentis, nescientis,
innocentisque conscientiae; fidei quaestioni nil reservatur. Sic
levis turbae facilitatem, qua voluit, contraxit persona popularis.
Erat enim ipse Paeonius populi totus, qui tribunitiis flatibus
crebro seditionum pelagus impelleret. Caeterum si requisisses,
qui genus, unde domo; non eminentius
quam municipaliter natus: quemquem inter initia cognosci, claritas
vitrici magis quam patris fecerit. Identidem tamen per fas nefasque
crescere affectans; pecuniaeque per avaritiam parcus, per ambitum
prodigus. Namque ut familiae superiori per filiam saltim quanquam
honestissimam jungeretur, contra rigorem civici moris, splendidam,
ut ferunt, dotem Chremes noster
Pamphilo suo dixerat. Cumque de capessendo diademate conjuratio
Marcelliana coqueretur, nobilium juventuti signiferum sese in
factione praebuerat: homo adhuc novus in senectute, donec aliquando
propter experimenta felicis audaciae, natalium ejus obscuritati
dedit hiantis interregni rima fulgorem. Nam vacante aula, turbataque
republica, solus inventus est, qui ad Gallias administrandas,
fascibus prius quam codicillis ausus accingi, mensibus multis
tribunal illustrium potestatum spectabilis praefectus ascenderet:
anno peracto militiae extremae terminum circa vix honoratus,
numerariorum more, seu potius
advocatorum, quorum cum finiuntur
actiones, tunc incipiunt dignitates. Igitur iste
sic praefectorius, sic senator, cujus
moribus, quod praeconia competentia non ex asse persolvo, generi sui
moribus debeo, multorum plus quam bonorum odia commovit adhuc
ignoranti mihi, adhuc amico, tanquam saeculo meo canere solus versu
valerem. Venio Arelatem, nihil adhuc suspicans: unde enim? quanquam
putarer ab inimicis non adfuturus; ac principe post diem viso, in
forum ex more descendo; quod ubi visum est illico expavit, ut ait
ille:
.........................................Nil fortiter ausa
Seditio.
Alii tamen mihi plus quam deceret ad genua provolvi; alii ne
salutarent, fugere post statuas, occuli
post columnas; alii tristes, vultuosique junctis mihi lateribus
incedere. Hic ego, quid sibi haec vellet in illis superbiae nimiae,
in istis humilitatis forma, mirari, nec ultro tamen causas
interrogare, cum subornatus unus e turba factiosorum dat sese mihi
consalutandum. Tunc procedente sermone, Cernis hoc? inquit. Et ego,
Video, inquam, gestusque eorum miror equidem, nec admiror. Ad haec
noster interpres: Ut satyrographum te, inquit, aut exsecrantur, aut
reformidant. Unde? quando? respondi: quis crimen agnovit? quis
detulit? quis probavit? Moxque subridens: Perge, inquam, amice, nisi
molestum est, et tumescentes nomine meo consulere dignare, utrumnam
ille delator aut index, qui satyram me scripsisse confinxit, et
perscripsisse confinxerit: unde forte sit tutius si retractabunt, ut
superbire desistant. Quod ubi nuntius retulit, protinus cuncti non
modeste, neque singuli, sed propere et catervatim oscula ac dexteras
mihi dederunt. Solus Curio meus, in
transfugarum perfidiam invectus, cum advesperasceret, per
cathedrarios servos vespillonibus
tetriores domum raptus ac reportatus est.
Postridie jussit Augustus ut epulo suo circensibus ludis
interessemus. Primus jacebat cornu
sinistro consul ordinarius
Severinus, vir inter ingentes principum motus atque inaequalem
reipublicae statum gratiae semper aequalis. Juxta eum Magnus, olim
ex praefecto, nuper ex consule, par honoribus persona geminatis:
recumbente post se Camillo filio fratris, qui duabus dignitatibus et
ipse decursis, pariter ornaverat proconsulatum patris, patrui
consulatum. Paeonius hinc propter, atque hinc Athenius, homo litium
temporumque varietatibus exercitatus. Hunc sequebatur Gratianensis
omni ab infamia vir sequestrandus, qui Severinum sicut honore post
ibat, ita favore praecesserat. Ultimus ego jacebam, qua purpurati
laevum latus in dextro margine porrigebatur. Edulium multa parte
finita, Caesaris ad consulem sermo dirigitur, isque succinctus: inde
devolvitur ad consularem, cum quo saepe repetitus, quia de litteris
factus, ad virum illustrem Camillum ex occasione transfertur, in
tantum ut diceret princeps, Vere habes patruum,
frater Camille, propter quem me
familiae tuae consulatum unum gratuler contulisse. Tunc ille, qui
simile aliquid optaret, tempore invento, Non unum, inquit, Domine
Auguste, sed primum. Summo fragore, ut nec Augusti reverentia
obsisteret, excepta sententia est. Inde nescio quid Athenium
interrogans superjectum Paeonium compellatio Augusta praeteriit,
casu an industria, ignoro. Quod cum turpiter Paeonius aegre
tulisset, quod fuit turpius compellato tacente respondit. Subrisit
Augustus, ut erat auctoritate servata, cum se communioni dedisset,
joci plenus: per quem cachinnum non
minus obtigit Athenio vindictae, quam contigisset injuriae. Colligit
itaque sese trebacissimus senex, et
ut semper intrinsecus aestu pudoris excoquebatur, cur sibi Paeonius
anteferretur, Non miror, inquit, Auguste, si mihi standi locum
praeripere conetur, qui tibi invadere non erubescit loquendi. Et vir
illustris Gratianensis, Multus, inquit, satyricis hoc jurgio campus
aperitur. Hic imperator, ad me cervice
conversa, Audio, ait, comes Sidoni,
quod satyram scribas. Et ego, inquam, hoc audio, domine princeps.
Tunc ille, sed ridens, parce vel nobis. At ego, inquam, quod ab
illicitis tempero, mihi parco. Post quae ille: Et quid faciemus his,
inquit, qui te lacessunt? Et ego: Quisquis est iste, domine
imperator, publice accuset. Si redarguimur, debita luamus supplicia
convicti: caeterum objecta si non improbabiliter cassaverimus, oro
ut indultu clementiae tuae, praeter juris injuriam, in accusatorem
meum quae volo scribam. Ad hoc ipse Paeonium conspicatus, nutu
coepit consulere nutantem, placeret ne conditio. Sed cum ille
confusus reticuisset, princepsque consuleret erubescenti, ait, Annuo
postulatis, si hoc ipsum e vestigio versibus petas. Fiat, inquam:
retrorsumque conversus, tanquam aquam
poscerem manibus, tantumque remoratus quantum stibadii circulum
celerantia ministeria percurrunt, cubitum toro reddidi. Et
imperator: Spoponderas te licentiam scribendae satyrae versibus
subitis postulaturum. Et ego:
Scribere me satyra qui culpat, maxime princeps,
Hanc rogo decernas, aut probet, aut timeat.
Secutus est fragor, nisi quod dico jactantia est, par Camillano:
quem quidem non tam carminis dignitas, quam temporis brevitas
meruit. Et princeps, Deum testor et statum publicum, me de caetero
nunquam prohibiturum quin quae velis scribas, quippe cum tibi crimen
impactum probari nullo modo possit; simul et perinjurium est
sententiam purpurati tribuere privatis hoc simultatibus, ut innocens
ac secura nobilitas propter odia certa crimine incerto periclitetur.
Ad hanc ipse sententiam cum verecunde, capite demisso, gratias
agerem, concionatoris mei coeperunt ora pallere, in quae paulo ante
post iram tristitia successerat; nec satis defuit quin gelarent,
tanquam ad exsertum praebere cervices jussa mucronem. Vix post haec
alia pauca, surreximus. Paululum ab aspectu imperatoris
processeramus, atque etiamnum chlamydibus induebamur, cum mihi
consul ad pectus, praefectorii ad manus cadere, ipse ille meus
amicus crebro et abjecte miserantibus cunctis humiliari: ita ut
timerem ne mihi invidiam supplicando moveret, quam criminando non
concitaverat. Dixi ad extremum, pressus oratu procerum
conglobatorum, sciret conatibus suis versu nil reponendum, derogare
actibus meis si tamen in posterum pepercisset; etenim sufficere
debere, quod. satyrae objectio famam mihi parasset, sibi infamiam.
In summa pertuli quidem, domine major, non assertorem calumniae
tantum, quantum murmuratorem. Sed cum mihi sic satisfactum est, ut
pectori meo, pro reatu ejus, tot potestatum dignitatumque culmina et
jura submitterentur, fateor exordium contumeliae talis tanti fuisse,
cui finis gloria fuit. Vale.
|
|
|
|
NOTES DU LIVRE I.
LETTRE PREMIÈRE.
Constantius.
Né au Ve siècle, et a Lyon,
suivant l'opinion la plus commune,
Constantius était ami
de Sidonius, qu'il égalait en noblesse, en savoir, en réputation et
en vertu. Il devint un homme d'un excellent conseil, et passa pour
un des plus beaux esprits de son siècle. Il était doué d'une
éloquence si persuasive, que, s'il parlait en public, son avis
prévalait toujours.
Appliqué sans relâche à la méditation des pages sacrées, il ne
négligeait pas les lettres profanes, et chérissait encore tous ceux
qui faisaient profession de les cultiver. Ce fut en partie ce qui
l'unit si intimement avec Sidonius et quelques autres savants, qui
soumettaient volontiers leurs écrits à sa censure. Aussi Constantius
avait-il un jugement fin et délicat, pour n'approuver que les choses
qui méritaient d'être approuvées ; il n'était toutefois ni moins
grave, ni moins solide, et les ouvrages pleins de force lui
plaisaient plus qu'une élégance efféminée.
Ce fut d'après ses instantes sollicitations que
Sidonius recueillit et publia les lettres qu'il avait écrites en
diverses occasions. Il les partagea en sept livres qu'il lui dédia,
le priant de les retoucher et de les polir ; mais il ne parait pas
que Constantius en ait jamais rien fait.
Sidonius chargea encore Constantius de publier le
viie livre,
qu'il avait recueilli à la prière de M. Petronius, célèbre
jurisconsulte de la ville d'Arles.
A ses vertus et à son savoir, Constantius joignait
une rare prudence, se faisait chérir de tout le monde, savait
accommoder ses discours au sujet qu'il traitait et se mettre à la
portée de ses auditeurs. Il était caressant avec l'enfance, aimable
et gai avec la jeunesse, grave et mûr avec les vieillards, sensible
jusqu'aux larmes à la vue de l'infortune, mais ferme, mais habile à
lui tendre la main. Il se servit avec succès de tous ces talents,
pour les affaires des Romains dans les Gaules, pendant les troubles
du ve
siècle, et surtout en faveur de l'Auvergne. La capitale de la
province était désolée par un long siège, par la désertion de
presque tous ses habitons, et par la discorde qui y régnait. Voilà
que Sidonius, évêque de ces contrées, appelle son ami; Constantius
apparaît, malgré son grand âge, et l'ascendant de son mérite calme
aussitôt les esprits, ramène le peuple dans la cité, et répare en
quelque sorte toutes ces vastes ruines accumulées sous les coups des
barbares.
Cette conduite admirable valut au prêtre Constantius
l'affection publique de toute l'Auvergne, et quand il fut de retour
à Lyon, Sidonius lui écrivit au nom de son peuple une lettre de
remerciements, que nous avons encore. On ne peut rien ajouter au
tableau qu'il y fait de la tendresse et de la bonté de Constantius ;
on ne saurait donner une plus haute idée et de son esprit et de son
cœur. Cette lettre fait, à elle seule, une grande et belle page de
notre histoire nationale.
Constantius, qui savait si bien engager les autres à
écrire, n'osait écrire lui-même ; il fallut toute l'autorité de son
évêque pour lui faire composer la Vie de St. Germain d'Auxerre. Je
n'oserais adopter, sans quelque restriction, le magnifique éloge que
le moine Hericus, qui florissait au
ixe siècle,
a fait de cette histoire et de celui qui en est l'auteur. Il en
trouve les pensées choisies, les expressions pures et diversifiées ;
enfin Constantius, qui était, au jugement d'Hericus, lui savant du
premier ordre, a composé cette Vie avec tout l'art, avec toute
l'attention possible.
Cet éloge, qui doit paraître excessif aujourd'hui que
le goût est épuré, ne pouvait sembler tel au
ixe siècle.
Les ouvrages que l'on publiait alors n'étaient ni aussi sensés, ni
aussi latins, ni d'un aussi bon goût que celui de Constantius, et
Tillemont n'a pas eu tort de dire, en parlant de Germain d'Auxerre :
« Il a cet avantage assez particulier, que sa vie a été écrite par
le célèbre prêtre Constance, auteur contemporain, dont la piété, la
science et l'éloquence ont reçu de grands éloges. » Cette Vie est
estimée de tout le monde, et les plus habiles s'y arrêtent comme à
une autorité incontestable, quoiqu'elle n'ait été écrite que quelque
temps après le saint, lorsque la mémoire de ses miracles commençait
déjà à s'effacer, c'est-à-dire, quarante ans au moins après sa mort,
selon Hericus, moine d'Auxerre, ce qui reviendrait à l'an 488.
Ce fut sur la demande réitérée de deux grands évêques
des Gaules, que Constantius publia la Vie de Germain ; ces deux
prélats étaient Patiens, archevêque de Lyon, et son frère Censurius,
évêque d'Auxerre. Patiens, qui venait d'élever Constantius au
sacerdoce, l'engagea, sollicité d'ailleurs par son frère, à écrire
la vie de Germain, qui était en grande vénération à Lyon, où il
avait séjourné quelque temps. On s'y souvenait encore des
prédications qu'il y avait faites, des prodiges qu'il y avait
opérés, lorsqu'il y passa quand il se rendait à Arles pour aller
soumettre ses remontrances au préfet du prétoire, Auxiliaris, sur
les impôts exorbitants dont le peuple d'Auxerre était accablé. En
quittant Lyon pour s'embarquer sur le Rhône, Germain trouva son
passage couvert d'une double haie de malades qui l'attendaient avec
impatience, afin de recevoir de lui leur guérison. Personne, sans
doute, n'était plus capable de rendre à la postérité un compte exact
de ces merveilles que Constantius, qui en avait vu une partie dans
ses premières années, et qui avait pu facilement apprendre le reste
par la voix des témoins oculaires.
Nous avons cette histoire dans Surius
et dans les Bollandistes
qui la divisent en deux livres, d'après tous les manuscrits.
Constantius reconnaît qu'il a omis beaucoup de choses pour que son
ouvrage ne parût pas trop long;
mais, du reste, on s'accorde à louer et l'exactitude et la vérité de
ses récits. Quant à sa manière, elle est nette, pure et facile ; ce
n'est pas seulement l'histoire ecclésiastique, c'est encore
l'histoire profane qui peut demander à ce livre des faits, des
détails précieux et de grands secours pour rétablir le commencement
de nos annales. Dans le Discours
préliminaire
de son Histoire critique de la monarchie française, le savant
abbé Dubos fait une mention spéciale de l'ouvrage de Constantius, et
le parti qu'il sait en tirer lui-même atteste la vérité de ses
éloges. C'est, en effet, dans la Vie de St. Germain qu'il prend un
chapitre d'une haute importance ; nous le placerons ici en
substituant notre version à celle de Dubos.
« A. peine Germain était-il de retour de la
Grande-Bretagne à Auxerre, qu'une députation du pays Armorique vint
demander un nouveau travail au bienheureux prélat. Indigné de la
hauteur et de l'orgueil des habitants de cette contrée, le grand
Aetius, qui gouvernait la chose publique, avait chargé Eochar, roi
des Alains et prince très féroce, de dompter ces présomptueux
rebelles, et de soumettre des contrées que le barbare, avide de
pillage, convoitait déjà.
« A cette nation si belliqueuse, à ce prince
adorateur des idoles, on oppose d |